Présidentielle/2022: Qui nous délivrera des Russes et des Sarrasins ? (What tragic moment for a Western world incapable of confronting at the same time both the Islamic and Russian threats ?)

25 février, 2022

Vous avez finalement un paradoxe aujourd’hui dans la politique française, qui est presque une tenaille. C’est à dire que nous sommes pris en tenaille entre d’une part une gauche qui dans son ensemble ne reconnait pas le danger de l’islamisme, ou en tout cas ne l’évalue pas à sa juste dimension. (…)  Et puis, (…) une droite qui est incapable de penser la question russe. (…) Il y a un côté, que je dirais presque tragique pour nous Français, de se dire qu’il n’y a pas vraiment sur la scène politique un homme politique qui est capable de penser de manière vraiment sérieuse ces deux menaces en même temps. Laure Mandeville
S’il a fallu repenser de fond en comble la sociologie des intellectuels, c’est que, du fait de l’importance des intérêts en jeu et des investissements consentis, il est suprêmement difficile, pour un intellectuel, d’échapper à la logique de la lutte dans laquelle chacun se fait volontiers le sociologue — au sens le plus brutalement sociologiste — de ses adversaires, en même temps que son propre idéologue, selon la loi des cécités et des lucidités croisées qui règle toutes les luttes sociales pour la vérité. Pierre Bourdieu
Messieurs, charbonnier est maître chez soi. Nous sommes un Etat souverain. Tout ce qu’a dit cet individu ne nous regarde pas. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes et de nos juifs, et nous n’avons à subir de contrôle ni de l’humanité ni de la SDN. Joseph Goebbels (SDN, Genève, 1933)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech (2005)
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Le XXe siècle n’est pas encore terminé en Asie et ni la guerre froide ni même la Seconde Guerre mondiale n’ont dit leur dernier mot dans cette région. Thérèse Delpech
Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire (…) Pour Moscou, en revanche, rétablir le contrôle sur l’Ukraine ― un pays de cinquante-deux millions d’habitants doté de ressources nombreuses et d’un accès à la mer Noire –, c’est s’assurer les moyens de redevenir un État impérial puissant, s’étendant sur l’Europe et l’Asie. La fin de l’indépendance ukrainienne aurait des conséquences immédiates pour l’Europe centrale. (…) La Russie peut-elle, dans le même mouvement, être forte et démocratique ? Si elle accroît sa puissance, ne  cherchera-t-elle pas à restaurer son domaine impérial ? Peut-elle prospérer en tant qu’empire et en tant que démocratie ? (…) Et la « réintégration » de l’Ukraine reste, à ce jour, une position de principe qui recueille le consensus de la classe politique. Le refus russe d’entériner le statut d’indépendance de l’Ukraine, pour des raisons historiques et politiques, se heurte frontalement aux vues américaines, selon lesquelles la Russie ne peut être à la fois impériale et démocratique. (…) D’autant que la Russie postsoviétique n’a accompli qu’une rupture partielle avec son passé. Presque tous ses dirigeants « démocratiques », bien que conscients du passif et sans illusions sur la valeur du système, en sont eux-mêmes le produit et y ont accompli leur carrière jusqu’au sommet de la hiérarchie. Ce n’étaient pas des anciens dissidents comme en Pologne ou  en République tchèque. Les institutions clés du pouvoir soviétique ― même affaiblies et frappées par la démoralisation et la corruption ― n’ont pas disparu. À Moscou, sur la place Rouge, le mausolée de Lénine, toujours en place, symbolise cette résistance de l’ordre soviétique. Imaginons un instant une Allemagne gouvernée par d’anciens gauleiters nazis, se gargarisant de slogans démocratiques et entretenant le mausolée d’Hitler au centre de Berlin. Zbigniew Brzezinski (“Le Grand Echiquier”, 1997)
C’est toujours la même chose. (…) La Russie se présente comme faible: il faut l’aider, se garder de l’humilier, consolider ses progrès. Elle se présente en même temps comme redoutable par son immensité, son armée, son arsenal atomique, son pétrole. Elle fait planer une vague menace. Elle pourrait être encore pire. Apaisons-la. (…) Que veut la Russie de Poutine ? Pour commencer, reconstituer l’URSS. Elle est en contentieux de frontières avec l’Ukraine, l’Estonie, la Lettonie, la Moldavie, le Kazakhstan, la Géorgie. Elle a soin d’entretenir ce contentieux, de le faire suppurer et quand l’occasion se présente, de l’enflammer, comme aujourd’hui. Au lieu de s’occuper de l’épouvantable niveau sanitaire, de l’école à la dérive, elle construit des sous-marins, des porte-avions, développe des systèmes d’armes, pratique la menace et le chantage tous azimuts. Nous saluons : «La Russie a retrouvé sa fierté.» En fait elle court à sa ruine. Elle ne peut concevoir la négociation qu’en termes de victoire. (…) À force de répétition, de crise en crise, cet appétit pour l’agrandissement finit par nous paraître naturel. C’est comme un vieux travers de la Russie, presque un élément du folklore, comme le samovar. C’est leur habitude et nous nous y habituons. Notre jobardise, notre crédulité, notre naïveté sont, avec la domination, l’autre grande satisfaction de l’État russe. Alain Besançon
La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, – et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial. Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. Aussi devons-nous avant tout nous débarrasser de cette culpabilité débilitante, à tous les sens du terme. Nous devons nous rappeler comment Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir, par la provocation et une guerre menée contre des citoyens russes. Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. (…) C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une « sphère d’influence », pour la « rassurer, apaiser » son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945). A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. (…) La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa « sphère d’influence ». Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Tant que demeurera une Europe indépendante alliée aux Etats-Unis, la Russie se sentira encerclée. La réalisation des prétendus intérêts de sécurité russes passe par l’asservissement par cercles successifs de tous ses voisins occidentaux et méridionaux. Françoise Thom (2008)
Les intellectuels et le communisme étaient faits pour se rencontrer depuis que Lénine a compris que le prolétariat n’allait pas briser ses chaînes d’exploité, comme le croyait Marx, et qu’il fallait un parti de révolutionnaires professionnels pour prendre le pouvoir, comme il l’écrit dans Que faire? en 1902. La révolution, devenait du coup une affaire d’intellectuels éclairés, chargés de faire le bonheur du peuple malgré lui. Être au centre du pouvoir, en tant que conseiller ou comme acteur, est un vieux rêve de l’élite pensante depuis Platon. De plus, le déterminisme historique qui caractérise la théorie marxiste, avec la lutte des classes comme moteur de l’histoire et l’inéluctable avènement du communisme, stade suprême de l’humanité, offrait aux intellectuels la feuille de route dont ils rêvaient. Les voilà au cœur de l’action avec la boussole pour les diriger. Le communisme une fois instauré, tous les régimes en question ont éliminé les intellectuels qui n’étaient pas dans la ligne, mais tant qu’il s’est agi du sang des autres là-bas, au loin, de ceux qui subissaient, la plupart des intellectuels occidentaux sympathisants ont continué à croire en l’avenir radieux. (…) L’expression «opium des intellectuels» est de Raymond Aron, l’un de nos rares intellectuels à avoir échappé à l’attraction communiste. L’appétence particulière de nos «penseurs» pour cette idéologie tient à plusieurs facteurs. Pour l’essentiel, disons que le rapport de l’intellectuel français au pouvoir est singulier, au phénomène de cour mis en place sous la royauté: être proche, avoir l’oreille du prince a toujours été une marque de reconnaissance. En France le pouvoir attire, jusqu’à aveugler souvent. D’autre part, la philosophie des Lumières qui a annoncé la Révolution française a démontré comment la pensée pouvait préparer les esprits aux bouleversements politiques et sociaux, ce que le communisme systématise avec le parti de Lénine justement. Le facteur révolution joue aussi son rôle, toute la culture post 1789 a magnifié ce moment, c’est seulement récemment que nous avons pris conscience que l’instrumentalisation idéologique pouvait conduire à la Terreur, comme en 1793. L’expression populaire «on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs» présente les excès révolutionnaires comme nécessaires, donc acceptables. En réalité, il n’y a jamais eu de révolution communiste, c’est l’une des impostures de cette histoire. Dans les faits, le pouvoir n’a jamais été conquis à la suite d’une révolte populaire: le coup d’État de Lénine en octobre 1917, la guerre civile gagnée par Mao en 1949, la guerre de libération nationale conduite par Ho Chi Minh au Vietnam en sont quelques exemples. Le terme de «révolution communiste» est un oxymore que nos intellectuels ont vénéré. (…) L’expression [« compagnon de route »] est due à Trotski, en 1922. Elle désigne l’intellectuel qui est prêt à faire un bout de chemin avec les communistes sans pour autant adhérer au parti. (…) Dans à peu près tous les pays du monde il y a eu des compagnons de route: GB Shaw en Grande Bretagne, Dashiell Hammett aux Etats Unis, Bertolt Brecht en Allemagne, Alberto Moravia en Italie, etc. Il serait plus court de citer les intellectuels restés lucides. (…) Lénine désignait par ce terme [« idiot utile »] l’homme politique, l’homme d’affaires qui pouvaient être utilisés pour promouvoir tel ou tel aspect du communisme, par orgueil (se rendre intéressant), par ignorance, par cupidité, bref en usant de tous les ressorts humains. Le plus connu des « idiots utiles » est l’ancien président du Conseil français, sous la IIIe République, Edouard Herriot, invité en Ukraine au début des années 1930 alors que la famine, instrumentalisée par Staline pour liquider les paysans récalcitrants à la collectivisation, battait son plein. Il en a nié la réalité, soit plusieurs millions de morts. Plus près de nous, François Mitterrand s’est prêté à la même opération pour le compte de Mao. Reçu par le Grand Timonier alors que la famine décimait le pays à cause du Grand bond en avant, il en a contesté l’ampleur comme Mao lui avait dit. De 30 à 50 millions de Chinois sont morts à cette époque. On ne compte pas les hommes d’affaires capitalistes qui ont aidé les régimes communistes à survivre par des crédits ou en livrant du matériel, de la technologie jusque et y compris à l’usage des travailleurs forcés des camps de concentration. Tout ce passé est douloureux pour nos consciences, voilà pourquoi aussi il est tentant de l’oublier, voire de l’escamoter. (…) La fameuse phrase de Sartre sur « il ne faut pas désespérer Billancourt », peut-être une explication de cette cécité. Le communisme a représenté un tel espoir que peu importait la réalité. Pour beaucoup il était préférable de croire que de voir, donc ils se sont aveuglés d’eux-mêmes car la vérité sur le communisme a été connue dès les premiers mois, les témoignages n’ont jamais cessé de s’accumuler: qui voulait savoir pouvait savoir. C’est bien ce qui rend cet aveuglement coupable, autant, quitte à choquer, que ceux qui savaient sur la Shoah avant la découverte des camps d’extermination en 1945 mais qui se sont tus pour raison d’État, dans un contexte de guerre mondiale. L’indifférence, pis les mensonges qui ont couvert la réalité communiste, ne bénéficient même pas d’une telle excuse. C’est ainsi que des dizaines de millions de personnes ont disparu dans ces régimes que la doxa intellectuelle présentait comme LE modèle pour l’humanité. La culpabilité est immense ce qui rend ce passé si douloureux pour la conscience universelle. Certains sont toutefois plus coupables que d’autres. Un Aragon, apparatchik communiste jusqu’à ses derniers jours, est cent fois plus blâmable qu’un Sartre qui a fait des allers-retours avec l’idéologie. (…) En exergue à l’un de mes chapitres je cite cette phrase de Camus: «Toute idée fausse finit dans le sang mais il s’agit toujours du sang des autres». Le communisme a été une idée fausse, des hectolitres de sang ont été versés en son nom, mais qu’importe…. L’intellectuel, d’une manière générale, s’embarrasse peu de la réalité surtout s’il n’y est pas confronté directement. Cette indifférence, voire cet amour du sang des autres a des ressorts profonds dont l’une des sources est probablement la haine de soi éprouvée en tant que profiteur d’un monde que l’on abhorre. L’adhésion au communisme a été d’autant plus forte que le rejet du capitalisme a été profond, un système vu, jugé comme l’exploitation du plus grand nombre, l’enrichissement d’une minorité, et le fourrier de la guerre (celle de 1914-1918) qui venait de meurtrir le monde. La charge était telle que s’en débarrasser devenait une libération pour l’humanité, quel qu’en soit le coût humain puisque le capitalisme ne pouvait en ce domaine donner de leçon. La violence est devenue une nécessité pour s’arracher de ce monde. L’enchaînement capitalisme – haine – égalité – révolution – violence annonçait l’indifférence à venir. Les intellectuels s’y sont complus tant qu’ils n’en étaient pas les victimes. (…) Avoir été maoïste est à la fois plus grave et moins grave qu’avoir été stalinien. Plus grave puisqu’intervenant après, quand on pouvait tout savoir des dégâts provoqués par l’aveuglement sur Staline. Plus grave encore car Mao est responsable de bien plus de morts que Staline. La complicité est donc moralement plus grave. En même temps, l’aveuglement a duré moins longtemps et certains maoïstes occidentaux s’en sont repentis. Moins grave aussi parce que le maoïsme a pris en Occident un côté folklorique qui lui conférait un aspect ridicule: voir des intellectuels brandir le Petit livre rouge en ânonnant les slogans du Grand Timonier pouvait difficilement être pris aux sérieux. Le maoïsme a démontré de manière éclatante combien l’aveuglement idéologique abêtit, en cela il a été utile si j’ose dire. Maintenant, que Mao garde une stature de commandeur quand Staline a été déboulonné, la responsabilité en revient en premier lieu au régime chinois qui en est l’héritage. Que tous les billets de banque de la République populaire de Chine soient encore à l’effigie du Grand Timonier est aussi scandaleux que si les Deutsche Marks d’après guerre avaient mis le Führer en emblème. (…) Le meilleur allié du communisme a été le nazisme et le plus utile des idiots, si l’on peut dire, fut Hitler. Les deux totalitarismes se sont entraidés avant de se combattre. Ils avaient la même haine du monde occidental, de la démocratie et leur système politique était cousin germain. Après avoir aidé Hitler à arriver au pouvoir en 1933 grâce à la lutte conjointe des communistes allemands (aux ordres de Moscou) et des nazis, contre le gouvernement social-démocrate en place à Berlin ; après avoir soutenu l’effort de guerre du Führer grâce au pacte germano-soviétique d’août 1939 ; après s’être partagé l’Europe au début de la guerre, les deux totalitarismes se sont affrontés. À partir de là, toute l’intelligence de Staline, toute la tactique communiste a consisté à se présenter comme le meilleur rempart, le seul même face à la peste brune, jusqu’à faire oublier l’alliance passée. L’antifascisme a servi de paravent au stalinisme pour accomplir ses noirs desseins, d’abord contre son peuple puis contre les peuples conquis à la faveur du conflit mondial. Communisme et nazisme sont deux variantes du totalitarisme. Être contre l’un aurait dû amener à être contre l’autre, c’est cela que dit Orwell. Or l’hémiplégie d’une partie de l’opinion publique (cela va bien au-delà des intellectuels) consiste toujours à diaboliser un totalitarisme, le brun, pour excuser ou minorer l’autre, le rouge. C’est l’un des héritages du communisme dans les têtes. La seule attitude morale qui vaille est d’être antitotalitaire et de renvoyer dos à dos toutes les idéologies qui en sont le substrat. (…) Le communisme a représenté un grand espoir de justice sociale, il a mis ses pas dans la démarche chrétienne. Cela explique en partie son succès: au message christique «les derniers seront les premiers» au paradis, l’idéologie a substitué l’idée que les prolétaires (les plus pauvres) gouverneront le monde pour instaurer l’égalité pour tous. L’échec est d’autant plus durement ressenti. La mort du communisme revient pour certains à la mort de Dieu pour les croyants: inacceptable, impensable. Le communisme n’est toujours pas sorti de cette phase de deuil, d’où le négationnisme dont je parle: on nie la réalité de ce qui fut pour ne pas souffrir des espoirs qu’il a suscité. Il est certes désormais reconnu que ces régimes ont fait des millions de morts. C’est un progrès. Il n’empêche, être anti communiste reste péjoratif, quand cela devrait être une évidence. L’intellectuel qui a eu des faiblesses envers le fascisme demeure coupable à jamais quand celui qui a idolâtré le stalinisme ou le maoïsme, ou le pol-potisme (le Cambodge des Khmers rouge) est vite pardonné. C’est aussi cela le négationnisme communiste. Il ne s’agit pas de faire des procès, mais de regarder la réalité historique en face. En outre, la complicité envers le communisme a été telle, elle a pris une telle ampleur – des militants des PC du monde entier aux intellectuels, des dirigeants politiques des démocraties aux hommes d’affaires -, qu’il existe un consensus tacite pour oublier cette face sombre de l’humanité. L’être humain n’aime pas se sentir coupable, alors il passe à autre chose. Ce ne peut être que transitoire. La dimension du drame communiste fait qu’il est impossible d’en faire l’impasse. Je fais le pari que la réflexion sur cette époque va prendre de l’ampleur pour que l’histoire se fasse enfin. Il faudra sans doute pour cela que tous les témoins (acteurs ou simples spectateurs) de cette époque disparaissent. Et avec eux ce négationnisme diffus qui sert de garde-fou à l’émergence de la mauvaise conscience. Il est évident que l’étude approfondie de cette époque est indispensable pour la compréhension de notre monde actuel, l’héritage somme toute du XXe siècle communiste. (…) En premier lieu, il reste encore des régimes communistes: outre la Chine, la Corée du Nord, le Laos, le Vietnam, Cuba, l’Erythrée notamment. Ces pays fonctionnent sous l’égide d’un parti unique qui se réclame de l’idéologie marxiste-léniniste, avec tout ce que cela comporte d’atteinte aux libertés et de drames humains. Maintenant, l’échec du bloc soviétique a discrédité ce type de système politique. Je doute que des régimes communistes nouveaux apparaissent. En fait, il n’y a plus le terreau nécessaire pour cela. L’idéal, comme les régimes qui s’en réclament, sont apparus dans un contexte idéologico-politico-économique particulier, fait à la fois de scientisme, de guerres, de massification des individus, de crises sociales, toutes choses que je développe largement dans mon livre, qui ne sont plus. J’ajoute que la mondialisation, l’ouverture obligée des frontières pour y participer, est antinomique avec l’esprit totalitaire qui oblige à l’enfermement des êtres comme des esprits. On peut d’ailleurs constater que les pays qui restent communistes s’ouvrent économiquement tout en restant fermés politiquement. La Chine en est le meilleur exemple. Or, à terme, cette schizophrénie politico-économique n’est pas viable. Non seulement le contexte mondial a changé pour que de nouveaux pays tombent dans la nasse communisme, mais ceux qui y restent sont condamnés à terme à disparaître, en tout cas tels qu’ils existent. Dans nos contrées démocratiques, seul un quarteron d’idéologues se réclame encore du communisme marxiste-léniniste vieille manière, celui qui a brillé au XXe siècle. Mais ils n’ont plus d’influence. La page est tournée. La protestation sociale née des inégalités, qui elles ne cesseront sans doute jamais, prend et prendra d’autres chemins, mais pas celui emprunté tout au long du XXe siècle. (…) Le philosophe anglais Bertrand Russel remarquait déjà au début des années 1920 une ressemblance entre communisme et islamisme, notamment la même volonté de convertir le monde. N’oublions pas que la propagande communiste, très présente au XXe siècle, a développé des thèmes anti-occidentaux au nom de la lutte contre l’abomination capitaliste, et contre l’impérialisme. Cela a façonné des esprits, y compris dans des pays musulmans influencés par l’URSS, leur allié contre l’ennemi principal, Israël. La doxa communiste contre la liberté d’être, de penser, de se mouvoir, d’entreprendre, etc., se retrouve dans le discours des islamistes, présentée comme des tentations de Satan. En tant qu’idéologie totalitaire, le communisme cherchait à atomiser les individus en les arrachant de leurs racines sociales, politiques, culturelles, voire familiales, pour mieux les dominer, les contrôler. L’islamisme, lui, propose des repères, des codes, à des individus déjà déracinés sous la poussée d’une mondialisation dont les effets ont tendance à déstructurer les sociétés traditionnelles. La démarche est différente, mais le résultat est comparable: dans les deux cas il s’agit d’unir des personnes isolées grâce à des sentiments identitaires – la communauté socialiste, la communauté des croyants -, de donner sens à leur collectif grâce à un mythe absolu et exclusif, le parti pour les communistes, l’oumma pour les islamistes, terme qui désigne à la fois la communauté des croyants et la nation. Enfin, on retrouve dans l’islamisme des marqueurs du communisme: la contre-modernité du propos, une explication globale du monde et de sa marche, une opposition radicale entre bons et mauvais – croyants/impies en lieu et place des exploités/exploiteurs -, la volonté de modeler les hommes, et un esprit de conquête planétaire. Dès lors, la substitution est possible. Thierry Wolton
Sur fond de grave crise aux confins orientaux de l’Ukraine, où le bruit des bottes fait redouter une nouvelle offensive militaire russe, le Kremlin a ordonné le tir d’une salve de missiles hypersoniques « Zircon », et ce la veille de Noël (selon le calendrier grégorien). Vladimir Poutine s’est félicité de ce succès : « un grand événement pour le pays et une étape significative pour renforcer la sécurité de la Russie et ses capacités de défense ». Au vrai, il ne s’agit pas du premier essai mais il intervient dans un contexte particulier, quand le Kremlin pose de manière claire et explicite un ultimatum qui exige des Occidentaux qu’ils signent deux traités ordonnant le repli de l’OTAN et donc, à brève échéance, son sabordage. Dans l’esprit des dirigeants russes et de nombreux commentateurs à Moscou, enthousiasmés par la possibilité d’une grande guerre à visée hégémonique, il ne s’agit pas tant de démontrer l’avance acquise dans la gamme des armes dites « nouvelles » que d’intimider et de menacer l’Europe et les États-Unis. Et la discrétion des dirigeants occidentaux quant à ces essais répétés laisse dubitatif. Dès lors se pose la question des possibles effets produits par ces « armes nouvelles ». S’agirait-il là d’une rupture technologique, vecteur d’une révolution stratégique ? En d’autres termes, le problème est de savoir si la Russie, posée par ses dirigeants comme puissance révisionniste, prête à recourir aux armes pour modifier le statu quo international, aligne son discours géopolitique, son système militaire et sa stratégie. On se souvient du discours prononcé par Vladimir Poutine au Parlement, le 1er mars 2018, le président russe ayant alors présenté un programme de nouveaux missiles qui impressionna la classe dirigeante russe et nombre d’observateurs internationaux. Ces armes dites de rupture sont hypersoniques (soit une vitesse supérieure à Mach 5), sur une partie de leur trajectoire à tout le moins. Elles sont présentées comme étant capables d’effectuer des manœuvres qui permettent de déjouer les capacités d’interception adverses, c’est-à-dire les défenses antimissiles des États-Unis et de l’OTAN. Parmi ces « super-missiles », citons le « Kinjal » (un missile lancé par un avion), l’« Avangard » (un planeur hypersonique lancé par une fusée « Sarmat ») et le « Zircon » (un missile antinavire déployé sur des bâtiments de surface, des sous-marins ainsi que des batteries côtières). Curieusement, le « Zircon » dont il est désormais question ne fut pas mentionné lors de la prestation du 1er mars 2018. En revanche, d’autres armes furent présentées, à l’instar de la torpille « Poséidon », capable de déclencher un tsunami radioactif de l’autre côté de l’Atlantique, le drone sous-marin « Peresvet », à propulsion nucléaire et à charge atomique, et le missile « Bourevestnik » qualifié d’« invincible » par Vladimir Poutine. Il existe des interrogations sur le degré réel d’avancement de ces programmes et leur opérationnalité effective. Ainsi l’accident survenu le 8 août 2019, sur une base septentrionale russe, serait-il lié à un nouvel échec du « Bourevestnik » (l’explosion a fait plusieurs morts et provoqué une hausse de la radioactivité). Nonobstant des imprécisions et des effets d’annonce parfois trop hâtifs, le programme d’armes nouvelles illustre la réalité du réarmement russe, plus axé sur la qualité des technologies que sur le volume des arsenaux. Les optimistes veulent voir dans la posture russe une forme contre-intuitive de « dialogue stratégique » avec les États-Unis, en vue d’un renouvellement de l’arms control (la maîtrise des armements). Le sort du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), violé par la Russie, dénoncé en conséquence par Washington (Moscou suivit), ainsi que les incertitudes autour des négociations nucléaires stratégiques ne sont pas de bon augure. Faut-il voir dans ces armes une rupture technologique et stratégique ? D’aucuns soulignent le fait que l’hypervélocité et la capacité à manœuvrer de ces « armes nouvelles » ne font pas une révolution stratégique. D’une part, les fusées balistiques outrepassent l’hypervélocité de ces engins. S’il est vrai, d’autre part, que leur capacité à manœuvrer permettrait de contourner les défenses antimissiles des Alliés (États-Unis et OTAN), il en serait de même avec un missile balistique intercontinental. Au demeurant, les défenses antimissiles n’ont pas été pensées pour intercepter les missiles balistiques intercontinentaux de la Russie ou de la Chine populaire mais pour contrer une puissance proliférante, du type de l’Iran ou de la Corée du Nord, détentrice d’un nombre réduit d’engins. Soulignons ici la mauvaise foi russe qui, tout en développant ses propres défenses antimissiles, ne cesse de dénoncer les effets prétendument déstabilisateurs du dispositif américano-otanien. En première analyse, le déploiement d’« armes nouvelles » russes ne changerait donc pas l’équation stratégique ; quand bien même leur hypervélocité réduirait le délai de réaction, les puissances nucléaires occidentales conserveraient une capacité de frappe en second, pour exercer des représailles sur l’État agresseur. Théoriquement, une telle perspective devrait le détourner de la tentation d’une première frappe désarmante, « dissuader » signifiant « empêcher de passer à l’acte ». Pourtant, la Russie, ces dernières années, a amplement modernisé ce que les spécialistes nomment la « triade stratégique », ses armes nucléaires stratégiques terrestres (missiles intercontinentaux), aériennes (missiles lancés depuis un bombardier) et sous-marines (missiles lancés par des sous-marins nucléaires lance-engins). Aussi le développement et le déploiement d’engins « exotiques » (les « armes nouvelles ») posent question : à quelles fins et selon quels scénarios ? (…) Sur le plan de la réflexion stratégique, rappelons l’important article de l’Américain Albert Wohlstetter sur le « fragile équilibre de la terreur » (« The Delicate Balance of Terror », Rand Corporation, 6 novembre 1958). Selon l’analyse de ce stratège, l’équilibre de la terreur est instable et la dissuasion de l’adversaire potentiel n’est en rien automatique, la symétrie des arsenaux pouvant coexister avec l’asymétrie morale. (…) Dès lors, le développement et le déploiement par la Russie d’« armes nouvelles », hors du cadre de l’« arms control », ne viserait-il pas à sortir de la parité pour acquérir une position de supériorité nucléaire ? Dans une telle perspective, les armes nucléaires ne seraient plus au seul service de la dissuasion, pour préserver le territoire national et ses approches de toute entreprise guerrière ; elles pourraient être le moyen d’une stratégie d’action et de coercition visant des buts d’acquisition. (…) Il suffit d’ailleurs de se reporter à la présente situation, nombre d’officiels russes n’hésitant pas à menacer l’Europe d’une frappe préventive s’ils n’obtiennent pas une sphère d’influence exclusive dans l’« étranger proche » (l’espace post-soviétique), élargie à toute l’Europe si les États-Unis se retiraient de l’OTAN. (…) Ainsi une « escalade pour la désescalade », c’est-à-dire une frappe nucléaire théoriquement destinée à interdire l’intensification d’une guerre classique (conventionnelle), n’est pas exclue. En d’autres termes, cela signifierait la volonté de vaincre en ayant recours à l’arme nucléaire. Sur ce point, ajoutons que Vladimir Poutine, à la différence du secrétaire général du parti communiste soviétique autrefois, n’est pas limité par un Politburo. À tout le moins, il importe d’envisager le fait que la Russie mette son arsenal au service d’une stratégie de « sanctuarisation agressive » : lancer une offensive armée classique sur les espaces géographiques convoités (l’Ukraine, en tout ou en partie, ainsi que d’autres républiques post-soviétiques refusant un statut d’État croupion, privées de leur souveraineté), les puissances extérieures étant dissuadées de leur porter secours en les menaçant d’une escalade nucléaire. Si l’on considère l’Ukraine, n’est-ce pas déjà le cas ? La lecture attentive des projets de traité que Moscou prétend imposer aux États-Unis laisse penser qu’outre les trois États baltes, seules ex-républiques soviétiques intégrées dans l’OTAN, les anciens satellites d’« Europe de l’Est » — le syntagme d’« Europe médiane », entre Baltique, mer Noire et Adriatique, est aujourd’hui plus approprié — seraient également l’objet de cette grande manœuvre. C’est ici que certaines des « armes nouvelles » russes, notamment le « Zircon », si elles n’apportent rien à la dissuasion russe, trouvent leur place. Qu’elles soient déployées au sol, en mer ou dans les airs, ces armes sont duales : elles peuvent tout aussi bien être dotées de charges conventionnelles que de têtes nucléaires. D’ores et déjà, le « Zircon » et d’autres systèmes d’armes pourraient servir à verrouiller la Baltique et la mer Noire (mise en place d’une « bulle stratégique » sur ces mers et leur pourtour), l’objectif étant d’écarter les alliés occidentaux des pays riverains. Alors, ces derniers seraient à la merci d’une agression militaire russe. Le seul poing levé pourrait convaincre les récalcitrants. (…) Ainsi placée sous la menace d’une première frappe désarmante, avec un temps de réaction de quelques minutes (insuffisant pour disperser les cibles), l’Europe serait prise en otage. Certes, la France et le Royaume-Uni, a fortiori les États-Unis, conserveraient leur capacité de frappe en second, mais ces puissances occidentales, possiblement épargnées par cette première frappe, non nucléaire de surcroît, porteraient alors la responsabilité de l’escalade nucléaire. Gageons qu’il ne manquerait pas dans ces pays de politiques et de publicistes pour poser la question fatidique : « Mourir pour Dantzig ? » et plaider qui le « grand retranchement », qui la cause d’une « grande Europe, de Lisbonne à Vladivostok ». À l’évidence, un tel scénario n’est pas sans rappeler la configuration géostratégique générée par le déploiement par les Soviétiques des missiles SS-20 (1977), une arme jugée alors déstabilisante du fait de sa précision. L’objectif de ces armes de théâtre, ensuite baptisées « forces nucléaires intermédiaires », était de provoquer de prendre en otage l’Europe occidentale et de provoquer un découplage géostratégique entre les deux rives de l’Atlantique Nord. S’ensuivit la « bataille des euromissiles », l’OTAN exigeant le retrait des SS-20 et, à défaut, menaçant de déployer des missiles encore plus précis et véloces (missiles balistiques Pershing-II et missiles de croisière Tomahawk). (…) En 1987, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev signèrent un traité portant sur le retrait de toutes les forces nucléaires intermédiaires, d’une portée de 500 à 5 500 kilomètres. Peu après, l’armée soviétique devrait évacuer l’Afghanistan puis, après la chute du mur de Berlin, la réunification de l’Allemagne et la « révolution de velours », mettre à bas les régimes communistes d’Europe médiane : l’URSS implosait (1991). Mutatis mutandis, la situation actuelle semble mener à une nouvelle bataille des euromissiles, si tant est que les Occidentaux se montrent unis et déterminés à résister aux ambitions de Vladimir Poutine et, il faut en convenir, d’une partie des Russes qui semblent considérer la fin de la précédente guerre froide comme une simple trêve, nécessaire pour reconstituer le potentiel russe de puissance et de nuisance. (…) le discours géopolitique révisionniste du Kremlin et le positionnement de la Russie comme « État perturbateur » est difficilement conciliable avec la vision classique de la dissuasion et du nucléaire comme arme de statu quo. Quitte à se répéter, il nous faut donc envisager le pire et s’y préparer, politiquement, intellectuellement et moralement. Jean-Sylvestre Mongrenier
Alors que l’extrême droite et les néonazis tirent parti des échecs des politiques européennes, comparer le communisme au nazisme est historiquement faux, dangereux et inacceptable. En outre, le fait que le gouvernement estonien décide de se concentrer sur les ‘crimes communistes’ montre clairement son intention d’utiliser la présidence tournante de l’UE à des fins idéologiques. Groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique
En cette période où les valeurs fondamentales de l’UE sont ouvertement remises en question par la montée des mouvements d’extrême droite et des partis néonazis en Europe, cette initiative est très maladroite. L’organisation d’une conférence sur ce thème spécifique, avec ce titre spécifique, envoie un message politique faussé et dangereux […] ranime l’esprit de la Guerre froide, qui a tant fait souffrir l’Europe, contredit les valeurs de l’UE et ne reflète certainement pas les vues du gouvernement et du peuple grecs : le nazisme et le communisme ne devraient jamais être considérés comme similaires. Les horreurs vécues durant la période nazie n’ont qu’une version, terrible, alors que le communisme, au contraire, a donné naissance à des dizaines de tendances idéologiques, dont l’eurocommunisme. Stavros Kontonis (ministre de la Justice du gouvernement de gauche de Syriza)
La conférence qui a lieu le 23 août à Tallinn est dédiée à l’enquête sur l’héritage laissé par les crimes commis par le régime communiste. Il s’agit de l’expérience estonienne, partagée par les autres pays baltes et certains autres États d’Europe de l’Est. Du point de vue estonien, cette période ne s’est terminée qu’il y a 26 ans. Katrin Lunt (ministère estonien de la Justice)
Le groupe GUE/NGL a appelé les ministres de la Justice des États membres, surtout ceux qui appartiennent à des gouvernements progressistes, à boycotter l’événement, comme l’a fait le gouvernement grec. Il souligne que les « horreurs » vécues durant la période nazie n’ont qu’une version, terrible, alors que « le communisme, au contraire, a donné naissance à des dizaines de tendances idéologiques, dont l’eurocommunisme ». Faudrait-il exacerber les divisions de nos sociétés en vilipendant les anciens régimes ? Sur ce point, les États membres qui ont connu le communisme sont divisés. L’an dernier, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie ont publié une critique des nations qui célébraient leur Histoire communiste. En Bulgarie, à l’inverse, un monument a été récemment érigé en l’honneur de Todor Zhivkov, personnalité forte de l’ère communiste, dans sa ville natale de Pravets, et est régulièrement visité par des dirigeants socialistes. Contactée par Euractiv, Katrin Lunt, porte-parole du ministère estonien de la Justice, a rappelé que dans le pays, le régime stalinien avait fait des dizaines de milliers de victimes, même après la fin de la guerre. Les crimes commis par le régime soviétique ont laissé des traces encore visibles dans le pays, a-t-elle assuré. La porte-parole a également indiqué que Tallinn avait déjà organisé une conférence sur le sujet en 2015. Euractiv
En 1989, lors de la chute des « démocraties populaires », l’Europe de l’Est s’est tournée vers la démocratie et l’économie de marché, l’intégration dans l’Otan et l’Union européenne. Le tournant s’accompagna du processus de lustration (transparence sur les responsabilités individuelles sous le régime défunt et sanctions éventuelles, NDLR) qui variait d’un pays à l’autre. (…)  Si la « lustration » a touché des milliers d’individus dans chaque pays concerné, les procès de ceux qui avaient donné ou exécuté des ordres criminels du régime communiste ont été bien plus rares. (…) Cependant, le Nuremberg de l’Est n’a jamais eu lieu, qui aurait condamné non seulement des criminels, mais la nature criminelle des régimes communistes, plus ou moins meurtriers, selon les époques, malgré la résolution n° 1481 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur la «Nécessité d’une condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires», adoptée en janvier 2006 ; et celle adoptée par le Parlement européen le 2 avril 2009, qui instaure, en tant que Journée européenne du souvenir, la date du 23 août: l’anniversaire de l’infâme pacte Molotov-Ribbentrop ayant partagé l’Europe de l’Est entre deux alliés totalitaires, Hitler et Staline. L’unique proposition d’organiser un tribunal international pour enquêter sur les « crimes du communisme » a été faite à la conférence internationale « Héritage criminel du communisme et du nazisme », à Tallinn, en 2017. Cette initiative du ministre de la Justice estonien de l’époque fut soutenue par les ministères de la Justice de Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie et Croatie, mais rien n’est concrétisé à ce jour. C’est probablement la réticence fréquente de comparer nazisme et communisme qui bloque de telles initiatives, comme l’a bien démontré la critique acharnée contre le directeur de l’ouvrage Le Livre noir du communisme (Robert Laffont, 1997), Stéphane Courtois, pour son rapprochement du génocide nazi et de la répression stalinienne, et plus largement, contre l’ensemble de l’ouvrage qui met en cause l’idéologie communiste elle-même. Or, pour les peuples qui avaient vécu sous l’occupation soviétique, comme les pays baltes, ou sous la domination soviétique, comme l’ensemble de l’Europe de l’Est, le traumatisme reste extrêmement vif. En témoignent les musées du KGB à Riga, à Vilnius et à Tallinn et dans d’autres capitales ; la création d’Instituts de mémoire nationale dans plusieurs pays dont la Pologne et l’Ukraine, chargés non seulement d’étudier et de rendre accessibles, au public général, les archives des services secrets communistes, mais aussi d’élaborer les narratifs historiques nationaux indépendants ; les procédures de décommunisation, à savoir le démantèlement de l’héritage idéologique de l’État communiste, y compris ses symboles et sa toponymie ; un flot de livres et de films, comme Purge de Sofi Oksanen (Stock, 2008) ou Katyn (2007) et Les Fleurs bleues (2016) de Wajda. Il est d’autant plus regrettable que la Russie postcommuniste ait adopté, au cours des dernières années, une attitude opposée en justifiant et en glorifiant son passé soviétique, y compris la période stalinienne, au nom de sa « fierté retrouvée ».  Galia Ackerman
Si vous écoutez les médias russes, ce que disent les officiels russes, y compris le président Poutine, cela semble tout à fait plausible. Je ne dit pas qu’il y aura une guerre. Mais tous les préparatifs pour la guerre sont là : il y a une concentration de troupes, il y a un discours extrêmement agressif et des ultimatums qui ne peuvent pas être satisfaits car totalement irréalistes. On a l’impression qu’ils ne sont qu’un prétexte pour envahir l’Ukraine. [Et ce] Parce qu’il y a une haine de l’Ukraine depuis plusieurs années. Cette haine a très fortement augmenté à la suite de la révolution ukrainienne : je rappelle qu’à ce jour, on parle non pas de Maïdan, non pas d’une révolution populaire mais d’un coup d’Etat, on parle de nazis au pouvoir, on exige que les accords de Minsk soient réalisés à 100% mais surtout dans l’interprétation de Moscou et il est tout à fait clair que la Russie ne veut pas tolérer que son proche étranger prenne une orientation qui ne lui plaît pas, celle de sortir totalement de la sphère d’influence russe. (…) Ils disent tout le temps que l’Ukraine en soi n’a aucune importance, que c’est un terrain que l’OTAN, les Etats-Unis, l’Union européenne, utilisent pour rapprocher les équipements militaires dirigés contre la Russie, pour l’assaut du pays. C’est totalement faux. 73 experts allemands de la Russie ont publié une lettre dans le journal allemand « Die Zeit », ils disent que tout ce que la Russie dit sur sa sécurité menacée est faux : la Russie a la 3e armée au monde, qu’elle est un pays nucléarisé qui a plus de nucléaire que les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne réunis. Personne ne peut menacer la Russie, mais elle prend une pose de personne offensée et demande à ce que ses exigences soient satisfaites : c’est à dire non pas seulement la démilitarisation de l’Ukraine, mais la démilitarisation de toute l’Europe de l’est. Galia Ackerman
La propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. (…) [Mais] il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire. Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation. En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. (…) En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. (…) Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 (…) L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. (…) Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe. (…) Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Lettre ouverte de 73 experts allemands (Die Zeit, 14 janvier 2022)
Nous n’allons pas demander pardon… il n’y a aucune raison de demander pardon. Viktor Tchernomyrdine (ambassadeur de Russie en Ukraine, août 2003)
L’URSS a connu en 1932-1933 une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement, pas une famine et en tout cas pas une famine à « six millions de morts. » Annie Lacroix-Riz
Ils ont fait plus fort que Hitler: parce qu’il y avait réellement des Allemands sur le territoire des Sudètes, tandis que Poutine a dû inventer de toutes pièces sa “minorité russe opprimée” en Géorgie. Stuart Koehl
Le gouvernement russe actuel n’est pas communiste ou stalinien. Ce sont plutôt des gens intéressés par l’argent. Ils inscrivent leurs enfants dans les écoles occidentales, ils vont passer leurs vacances en Occident. Ils ont donc tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec l’Ouest. Mais ils sont aussi très cyniques vis-à-vis de cet Occident qu’ils aiment tant. Ils pensent qu’ils peuvent manipuler à leur guise les Européens. Poutine a proféré à plusieurs reprises des menaces contre la Géorgie en nous disant :«Vous croyez que vos amis occidentaux vont venir se battre dans le Caucase ? » (…) Nous n’avions pas d’autre choix que d’intervenir. Les Russes avaient mobilisé les irréguliers ossètes. Ils avaient massé des troupes en Ossétie du Nord. Ils avaient remplacé les gardes frontières ossètes par leurs propres soldats à l’entrée du tunnel de Roki. Nous avons prévenu les Américains que quelque chose se préparait pour qu’ils disent aux Russes d’arrêter. Et les Russes ont jugé que le mois d’août, en pleine campagne électorale américaine, d’un côté, et pendant les Jeux olympiques, de l’autre, était la meilleure période pour agir. Ils ne nous ont pas laissé le choix. Mikheïl Saakachvili
Ce qui est incompréhensible, c’est l’incapacité des démocraties de réaliser que la Russie, une fois requinquée par ses exportations de pétrole, gaz et autres métaux, une fois débarrassée, avec l’argent américain, d’une partie de ses cimetières de sous-marins nucléaires et de moult missiles qui rouillaient sans entretien, fait ce qu’elle veut et ne fera rien de ce que l’Occident attend. Sur tous les fronts d’aujourd’hui : Afghanistan, Irak, Liban, Hezbollah, Gaza, Hamas, Soudan, Somalie, la Russie se trouve toujours du côté adverse à l’Occident : en fournissant des armes, en s’opposant aux sanctions contre l’Iran pour arrêter son programme nucléaire militaire, bref, en s’opposant à tout ce qui pourrait atténuer ou faire disparaître les menaces «extrémistes» (pour ne pas dire islamistes, pour ne fâcher personne…). Michel Poirier
Grâce à la déclassification des comptes-rendus de réunions provenant aussi bien des archives allemandes qu’américaines et russes, Mark Kramer, chercheur à Harvard, démontre dans un article publié par The Washington Quarterly que le non-élargissement de l’OTAN n’a même pas été un sujet de discussion en 1990. Et pour cause: à cette époque, personne n’imagine encore que l’URSS va s’effondrer avec le pacte de Varsovie. L’enjeu principal est alors de savoir si l’Allemagne, dont la partie ouest faisait déjà partie de l’alliance, resterait ou non au sein de l’OTAN en tant que nation réunifiée, et à quelles conditions. Les Occidentaux s’engagent alors sur trois points. Premièrement: ne déployer en Allemagne de l’Est que des troupes allemandes ne faisant pas partie de l’OTAN tant que le retrait soviétique n’est pas fini. Deuxièmement: des troupes allemandes de l’OTAN pourront être déployées en Allemagne de l’Est après le retrait soviétique, mais aucune force étrangère ni installation nucléaire. Et enfin, troisièmement: ne pas augmenter la présence militaire française, britannique et américaine à Berlin. Après d’âpres négociations, ces conditions ont finalement été acceptées par Gorbatchev et inscrites dans le traité concernant les aspects internationaux de la réunification, signée par toutes les parties en septembre 1990. Nulle part, y compris dans les archives russes, n’est fait mention d’une quelconque promesse formelle de ne pas inclure d’autres pays d’Europe de l’Est dans l’OTAN à l’avenir. Même après 2009, l’accusation a pourtant continué à prospérer. Et ce en dépit des dénégations de Mikhaïl Gorbatchev en personne, pourtant assez bien placé pour savoir ce qui s’est vraiment dit à l’époque. Dans une interview accordée en 2014 à Russia Beyond the Headlines, l’ancien président de l’URSS se montre catégorique: «Le sujet de l’expansion de l’OTAN n’a pas du tout été abordé et n’a pas été abordé au cours de ces années.» Gorbatchev précise que l’URSS voulait surtout «s’assurer que les structures militaires de l’OTAN n’avanceraient pas, et que des forces armées supplémentaires ne seraient pas déployées sur le territoire de l’ex-RDA après la réunification allemande». Et d’ajouter: «Tout ce qui aurait pu être et devait être fait pour consolider cette obligation politique a été fait.» Gorbatchev y affirme bien que l’élargissement de l’OTAN constituerait une trahison de ce qu’était selon lui «l’esprit» des discussions de l’époque, mais réaffirme qu’aucun engagement formel n’avait été pris. Les Russes continuent d’affirmer que les Occidentaux auraient néanmoins offert des garanties informelles. Une théorie qui a l’avantage d’être par nature impossible à vérifier. La pertinence de l’expansion de l’OTAN continue cependant de faire débat, y compris au sein des experts occidentaux. Comme le notait le chercheur Olivier Schmitt en 2018, la question a repris de l’importance à partir de 1993 sous l’impulsion du président américain Bill Clinton, alors même qu’une bonne partie de l’administration américaine y était défavorable par crainte des perceptions russes. Mais pour rassurer la Russie, l’OTAN avait justement fait le choix en 1993 de l’intégrer dans son Partenariat pour la paix. Le but: «bâtir un partenariat avec la Russie, en instaurant un dialogue et une coopération pratique dans des domaines d’intérêt commun». Cette coopération n’a été suspendue qu’en 2014, quand la Russie a décidé d’annexer la Crimée. Ce que les supporters de Vladimir Poutine prennent bien soin de ne pas préciser, c’est qu’au moment de l’invasion de la Crimée, c’est bien la Russie qui bafouait une promesse, réelle celle-là. Signé par la Russie, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Chine en 1994, le mémorandum de Budapest garantissait à l’Ukraine le respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, en échange de son adhésion au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et de l’abandon des stocks d’armes nucléaires héritées de l’URSS. Surtout, outre leur passé douloureux avec l’URSS, c’est la politique agressive de la Russie vis-à-vis des anciennes républiques soviétiques, et leur volonté de s’arrimer à un espace démocratique, qui ont en partie poussé celles-ci dans les bras de l’OTAN. Ainsi, alors qu’une majorité d’Ukrainiens s’opposaient à une adhésion à l’alliance transatlantique avant 2014, l’opinion publique a totalement basculé dans le sens inverse depuis le début de la guerre: 58% des Ukrainiens souhaitent désormais rejoindre l’alliance. Le mythe de la Russie assiégée a tout d’une prophétie autoréalisatrice. Slate
La question de savoir s’il y a eu une promesse de la part de responsables politiques occidentaux de ne pas élargir l’Otan vers l’Est post-chute du mur, notamment dans le contexte de l’unification des deux Allemagne, continue d’être débattue. Certains assurent qu’une telle promesse avait été donnée, mais le sens exact des propos tenus à l’époque ne semble pas faire consensus. Certains pensent que [les occidentaux] se référaient uniquement à la partie “Est” de l’Allemagne, donc au-delà de l’Elbe, d’autres le comprennent comme ayant trait également aux pays à l’Est de la ligne «Oder-Neisse», la frontière avec la Pologne entérinée par les accords 2+4. Mais il faut souligner qu’au moment de ces négociations, un élargissement de l’Otan pour inclure des pays anciennement du Pacte de Varsovie ne figurait nullement à l’agenda, et qu’il s’agissait du règlement du statut de l’Allemagne unifié, ses frontières, et de la question des troupes et d’armes de l’Otan dont l’Allemagne fédérale était déjà membre. En revanche, il semble avéré qu’aucun engagement formel de la part ni de l’Otan, ni des Etats-Unis, ni du Royaume-Uni, ni de la France n’ait été formulé. Johanna Möhring (Université de Bonn)
Il n’y a pas eu de traité formel garantissant à l’URSS que l’OTAN ne s’élargira pas. Il y a eu des discussions en février 1990 entre le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, James Baker et Mikhaïl Gorbatchev, notamment à propos du statut de l’Allemagne réunifiée et de l’inclusion de la RDA au sein de l’Otan. L’expression «pas d’un pouce» fait référence à une déclaration du secrétaire d’Etat James Baker à Mikhaïl Gorbatchev, lors de ces échanges. Effectivement, la question d’un élargissement plus à l’Est de l’Otan n’est alors pas envisagée tout simplement parce que cela est inconcevable dans le contexte de l’époque. L’URSS existe encore, les pays d’Europe de l’Est font toujours partie des structures de coercition soviétiques (Pacte de Varsovie et Conseil d’assistance économique mutuelle [CAEM], ndlr). Le Pacte ne sera officiellement dissous qu’en juillet 1991. Il est donc inconcevable d’évoquer alors un élargissement de l’Otan aux pays d’Europe centrale et orientale. Il est difficile de parler de trahison car il va y avoir en peu de temps un enchaînement d’événements imprévisibles qui fera entrer l’Europe dans une nouvelle configuration de sécurité. Amélie Zima (chercheuse en relations internationales)
Ce que [Poutine] craint énormément aussi, et ça, il ne le dit absolument pas, c’est qu’il craint la progression démocratique. Quand vous vous promenez à Kiev et que vous voyez toute cette proximité, culturelle, architecturale avec la Russie, vous comprenez que là un pouvoir autoritaire russe se sent menacé parce que si ça se passe à Kiev, pourquoi est-ce que ça ne se passerait pas à Moscou ? Sylvie Kauffmann
Ce qui suscite chez nous une préoccupation et une inquiétude particulières, de ces menaces fondamentales pour la sécurité de notre pays que des hommes politiques irresponsables à l’Occident créent pas à pas, sans détours et brutalement, depuis des années. Je fais allusion à l’élargissement de l’OTAN vers l’est, au rapprochement de son infrastructure militaire vers les frontières russes. (…) Ce que j’évoque ne concerne pas uniquement la Russie, et nous ne sommes pas seuls à nous inquiéter. Cela concerne tout le système des relations internationales, et parfois même les propres alliés des Etats-Unis. (…) D’abord, sans aucune autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU, une opération militaire sanglante a été menée contre Belgrade. On a utilisé l’aviation, des missiles au centre même de l’Europe. Plusieurs semaines de bombardements incessants sur des villes pacifiques, sur des infrastructures vitales. (…) Après, cela a été le tour de l’Irak, de la Lybie, de la Syrie. (…) La promesse faite à notre pays de ne pas élargir d’un pouce l’Otan vers l’est en fait partie. Je le répète: on nous a trompés (…) dans les années 1990 et au début des années 2000, quand ce qu’on appelle l’Occident a soutenu de la manière la plus active le séparatisme et des bandes de mercenaires dans le sud de la Russie. Quelles pertes, combien de victimes cela nous a coûté avant de briser définitivement le terrorisme international dans le Caucase. (…) Du reste, jusqu’à encore récemment on n’a cessé de tenter de nous utiliser à profit, de détruire nos valeurs traditionnelles et de nous imposer des prétendues valeurs qui auraient détruit notre peuple de l’intérieur, les principes qu’ils imposent déjà de manière agressive dans leurs propres pays et qui mènent directement à la dégradation et à la dégénérescence puisqu’elles vont à l’encontre de la nature humaine elle-même. (…) Pour ce qui concerne le domaine militaire, la Russie, même après l’effondrement de l’URSS et la perte d’une part significative de son potentiel, est aujourd’hui une des plus grandes puissances nucléaires au monde, et dispose en outre d’avantages certains dans une série de nouveaux types d’armements. En ce sens, personne ne doit avoir de doutes sur le fait qu’une attaque directe contre notre pays mènera à la destruction et à d’épouvantables conséquences pour tout agresseur potentiel. (…) Le problème est que, sur des territoires voisins des nôtres – je souligne qu’il s’agit de nos propres territoires historiques – se crée une « anti-Russie » qui nous est hostile et qui est placée entièrement sous contrôle extérieur, où les forces armées de pays de l’Otan prennent leurs aises et où sont introduits les armements les plus modernes. (…) sur la situation dans le Donbass. Nous voyons que les forces qui ont effectué en 2014 un coup d’Etat en Ukraine se sont emparées du pouvoir et le conservent grâce à ce qui est en fait des procédures électorales décoratives, ont définitivement renoncé à un règlement pacifique du conflit. Durant huit ans, d’interminables huit années (…) on ne peut pas regarder sans compassion ce qui se passe là-bas. Il n’était simplement plus possible de rester sans rien faire. Il fallait mettre fin sans délai à ce cauchemar – un génocide à l’égard des millions de personnes qui vivent là-bas et qui ne fondent leurs espoirs que sur la Russie. (…) Les principaux pays de l’Otan, pour parvenir à leurs fins, soutiennent en Ukraine les ultra-nationalistes et des néonazis, qui à leur tour ne pardonneront jamais le choix libre des habitants de la Crimée et de Sebastopol, la réunification avec la Russie. Ils vont bien entendu s’attaquer à la Crimée, comme au Donbass, pour tuer, comme les bandes de nationalistes ukrainiens, complices d’Hitler au moment de la Seconde guerre mondiale, tuaient des gens sans défense. Et ils déclarent ouvertement qu’ils ont des vues sur toute une série d’autres territoires russes. (…) Maintenant ils ambitionnent même d’acquérir l’arme nucléaire. (…) Les républiques populaires du Donbass ont demandé l’aide de la Russie. Par conséquent, conformément à l’article 51 alinea 7 de la Charte de l’ONU, avec l’accord du Conseil de sécurité russe et dans le cadre des accords d’Amitié et d’assistance mutuelle avec la République populaire de Donetsk et la la République populaire de Lougansk, ratifiés le 22 février par le Conseil de la Fédération, j’ai pris la décision d’une opération armée spéciale. Son objectif – défendre les gens qui depuis huit ans sont soumis à des brimades et à un génocide de la part du régime de Kiev. Dans ce but nous allons nous efforcer de parvenir à la démilitarisation et à la dénazification de l’Ukraine, ainsi que de traduire devant la justice ceux qui ont commis de nombreux crimes sanglants contre des civils, y compris contre des citoyens de la Fédération de Russie. (…) Les résultats de la Seconde guerre mondiale, tout comme les pertes apportées par notre peuple sur l’autel de la victoire sur le nazisme, sont sacrés. Mais cela ne contredit pas les hautes valeurs des droits et libertés de l’homme, si l’on part des réalités qui se sont établies depuis la fin de la guerre. Cela n’annule pas davantage le droit des nations à l’autodétermination, inscrit à l’article 1 de la Charte de l’ONU. (…) Au fondement de notre politique, la liberté, la liberté de choix pour chacun de déterminer librement son avenir et l’avenir de ses enfants. Et nous jugeons important que ce droit – le droit à choisir – puisse être exercé par tous les peuples qui vivent sur le territoire de l’actuelle Ukraine, tous ceux qui le voudront. En ce sens je m’adresse aux citoyens ukrainiens. En 2014 la Russie a été dans l’obligation de défendre les habitants de la Crimée et de Sebastopol face à ceux que vous appelez vous-mêmes les « naziki ». Les habitants de la Crimée et de Sebastopol ont fait leur choix – être avec leur patrie historique, avec la Russie, et nous les avons soutenus. Je le répète, nous ne pouvions nous comporter autrement. (…) Je le répète, nos actes sont une autodéfense contre des menaces créées contre nous et contre des malheurs encore plus grands que ceux qui surviennent aujourd’hui. (…) Maintenant quelques mots importants, très importants pour ceux qui peuvent avoir la tentation de s’immiscer depuis l’extérieur dans les événements en cours. Quiconque tentera de nous gêner, a fortiori de créer une menace pour notre pays pour notre peuple, doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et infligera des conséquences telles que vous n’en avez jamais connu dans votre histoire. Nous sommes prêts à tout développement de la situation. Toutes les décisions en ce sens ont déjà été prises. J’espère que je serai entendu. Vladimir Poutine (24.02.2022)
La question de l’élargissement de l’OTAN n’a dans l’ensemble pas été discutée et ne se posait pas au cours de ces années-là. Je dis cela en toute responsabilité. Aucun pays d’Europe de l’Est n’a soulevé cette question, y compris après la dissolution du pacte de Varsovie en 1991. Elle n’a pas non plus été soulevée par les dirigeants occidentaux. Une autre question a en revanche été abordée : le fait qu’après la réunification de l’Allemagne, aucune extension des structures militaires de l’OTAN ni aucun déploiement de forces militaires supplémentaires de l’alliance ne devait avoir lieu sur le territoire de l’ancienne RDA. C’est dans ce contexte que M. Baker a prononcé les paroles mentionnées dans votre question. Des déclarations similaires ont été faites par M. Kohl et M. Genscher. Tout ce qui pouvait et devait être fait pour consolider ce règlement politique a été fait. Et respecté. Mikhaïl Gorbatchev (04.11.2014)
Chrobog said we needed new ideas on how to provide for the Security of Central and East European Countries. We had made it clear during the 2+4 negotiations that we would not extend Nato beyond the Elbe (sic). We could not therefor offer membership of Nato to Poland and the others. British memo (March 6, 1991)
The term NATO eastward expansion is a term of a later epoch. Vladislav Petrovich Terekhov (first Soviet and later Russian ambassador in Bonn from 1990 to 1997)
Gorbachev never spoke to me about the eastward expansion of NATO. Dimitri Yasov  (Former Marshal of the Soviet Union)
This is a “myth. There couldn’t be such an agreement, it was only about the territory of the GDR. There was no trickery. Everything else is inventions, with which one wants to pin something on us, the Germans or anyone else. Gorbachev
There was never a discussion about NATO expansion in the general sense. During the two-plus-four negotiations, NATO was only discussed in connection with the GDR. James Baker (US Secretary of State)
A la chute du mur de Berlin fin 1989, on s’interroge sur le statut de la future Allemagne réunifiée. Doit-elle être neutre ou intégrer l’Otan ? A l’époque, c’était logique. L’URSS et ses alliances ne s’effondreraient qu’à partir de 1991. L’idée d’élargir l’Otan à l’Europe centrale et orientale était hors de propos, on parlait uniquement de la RDA. Jean-Sylvestre Mongrenier 
Vladimir Poutine a admis lui-même qu’il n’y avait pas eu d’engagement contraignant. Il l’utilise plutôt comme un argument moral. David Teurtrie 
Cette assurance faite par Baker à Gorbatchev de ne pas s’étendre à l’Est a été faite dans le cadre d’une discussion sur l’Allemagne et la RDA et seulement dans ce cadre-là. Le texte final, le Traité de Moscou signé le 12 septembre 1990, mentionne effectivement “l’interdiction du déploiement de forces armées autres que les forces allemandes sur le territoire de l’ex-RDA”. Cette promesse ne pouvait pas concerner les pays de l’Est, puisqu’ils auraient pu difficilement prévoir à l’époque la chute de l’URSS et l’éparpillement des pays du Bloc soviétique. (…) Enfin, et c’est surtout là que le bât blesse pour la Russie: cette promesse de ne pas “avancer d’un pouce vers l’Est”, ne figure sur aucun texte officiel. Elle est seulement visible sur des “mémorandums”, c’est-à-dire des comptes rendus de discussions entre les Soviétiques et leurs principaux interlocuteurs occidentaux. Huffington post
Rien n’avait été couché sur le papier. Ce fut une erreur de Gorbatchev. En politique, tout doit être écrit, même si une garantie sur papier est aussi souvent violée. Gorbatchev a seulement discuté avec eux et a considéré que cette parole était suffisante. Mais les choses ne se passent pas comme cela! Vladimir Poutine
Dans le discours qu’il a prononcé devant le Parlement russe, le 18 avril 2014, et dans lequel il justifiait l’annexion de la Crimée, le président Poutine a insisté sur l’humiliation subie par la Russie du fait des nombreuses promesses non tenues par l’Ouest, et notamment la prétendue promesse de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée. Poutine touchait là, chez ses auditeurs, une corde sensible. Pendant plus de 20 ans, le récit de la prétendue « promesse non tenue » de ne pas élargir l’OTAN vers l’est a fait partie intégrante de l’identité post-soviétique. Il n’est guère surprenant, par conséquent, que ce récit ait refait surface dans le contexte de la crise ukrainienne. S’appesantir sur le passé demeure le moyen le plus commode pour nous distraire du présent. (…) Au cours des dernières années, d’innombrables documents et autres matériaux d’archives ont été rendus publics, permettant aux historiens d’aller au-delà des interviews ou des autobiographies des dirigeants politiques qui étaient au pouvoir lors des évènements décisifs qui se sont produits entre la chute du mur de Berlin, en novembre 1989, et l’acceptation par les soviétiques, en juillet 1990, d’une appartenance à l’OTAN de l’Allemagne réunifiée. Pourtant, même ces nouvelles sources ne modifient pas la conclusion fondamentale: il n’y a jamais eu, de la part de l’Ouest, d’engagement politique ou juridiquement contraignant de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée. (…) Le mythe de la « promesse non tenue » tire ses origines de la situation politique sans précédent dans laquelle se sont trouvés en 1990 les acteurs politiques clés, et qui a façonné leurs idées sur le futur ordre européen. Les politiques de réforme entreprises par l’ancien dirigeant de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, avaient depuis longtemps échappé à tout contrôle, les États baltes réclamaient leur indépendance, et des signes de bouleversements commençaient à apparaître dans les pays d’Europe centrale et orientale. Le mur de Berlin était tombé; l’Allemagne avait entamé son chemin vers la réunification. Toutefois, l’Union soviétique existait encore, tout comme le Pacte de Varsovie, dont les pays membres d’Europe centrale et orientale n’évoquaient pas une adhésion à l’OTAN, mais plutôt la « dissolution des deux blocs ». Ainsi, le débat autour de l’élargissement de l’OTAN s’est déroulé exclusivement dans le contexte de la réunification allemande. Au cours de ces négociations, Bonn et Washington ont réussi à assouplir les réserves soviétiques quant au maintien dans l’OTAN d’une Allemagne réunifiée. Une aide financière généreuse et la conclusion du Traité « 2+4 » excluant le stationnement de forces OTAN étrangères sur le territoire de l’ex-Allemagne de l’Est ont contribué à ce résultat. Cette réussite a toutefois été, aussi, le résultat d’innombrables conversations personnelles au cours desquelles Gorbatchev et d’autres dirigeants soviétiques ont été assurés que l’Ouest ne profiterait pas de la faiblesse de l’Union soviétique et de sa volonté de retirer ses forces armées d’Europe centrale et orientale. Ce sont peut-être ces conversations qui ont pu donner à certains politiciens soviétiques l’impression que l’élargissement de l’OTAN, dont le premier acte fut l’admission de la République tchèque, la Hongrie et la Pologne en 1999, avait constitué un manquement à ces engagements occidentaux. Certaines déclarations d’hommes politiques occidentaux – et en particulier du ministre allemand des Affaires étrangères, Hans Dietrich Genscher, et de son homologue américain, James A. Baker – peuvent en fait être interprétées comme un rejet général de tout élargissement de l’OTAN au-delà de l’Allemagne de l’Est. Toutefois, ces déclarations ont été faites dans le contexte des négociations sur la réunification allemande, et leurs interlocuteurs soviétiques n’ont jamais exprimé clairement leurs préoccupations. Au cours des négociations décisives à « 2+4 », qui ont finalement conduit Gorbatchev à accepter, en juillet 1990, que l’Allemagne réunifiée demeure au sein de l’OTAN, la question n’a jamais été soulevée. L’ancien ministre soviétique des affaires étrangères, Édouard Chevardnadze, devait déclarer plus tard que les protagonistes de cette époque ne pouvaient même pas imaginer une dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie et l’admission au sein de l’OTAN des anciens membres de ce Pacte. Mais, même si l’on devait supposer que Genscher et d’autres auraient en effet cherché à prévenir un futur élargissement de l’OTAN afin de respecter les intérêts de sécurité de l’URSS, ils n’auraient jamais pu le faire. La dissolution du Pacte de Varsovie et la fin de l’Union soviétique, en 1991, ont ensuite créé une situation complètement nouvelle, puisque les pays d’Europe centrale et orientale se trouvaient finalement en mesure d’affirmer leur souveraineté et de définir leurs propres objectifs de politique étrangère et de sécurité. Ces objectifs étant centrés sur l’intégration à l’Ouest, tout refus catégorique de l’OTAN aurait signifié une continuation de facto de la division de l’Europe suivant les lignes établies précédemment au cours de la guerre froide. Le droit de choisir sa propre alliance, garanti par la Charte d’Helsinki de 1975, en aurait été nié – une approche que l’Ouest n’aurait jamais pu soutenir, ni politiquement, ni moralement. (…) Lorsque le débat sur l’élargissement de l’OTAN a débuté sérieusement, vers 1993, sous la pression croissante des pays d’Europe centrale et orientale, il s’est accompagné de sérieuses controverses. Dans les milieux universitaires, en particulier, certains observateurs ont exprimé leur opposition à l’admission de nouveaux membres au sein de l’OTAN, car elle aurait inévitablement pour effet de contrarier la Russie et pourrait compromettre les résultats positifs ayant suivi la fin de la guerre froide. En fait, dès le début du processus d’élargissement de l’OTAN entamé après la fin de la guerre froide, le souci premier des occidentaux a été de trouver les moyens de concilier ce processus et les intérêts de la Russie. C’est pourquoi l’OTAN a rapidement cherché à créer un contexte de coopération propice à l’élargissement et à développer, dans le même temps, des relations spéciales avec la Russie. En 1994, le programme de « Partenariat pour la paix » a instauré une coopération militaire avec pratiquement tous les pays de la zone euro-atlantique. En 1997, l’Acte fondateur OTAN-Russie créait le Conseil conjoint permanent, un cadre spécialement consacré à la consultation et à la coopération. L’année 2002, au cours de laquelle les Alliés ont préparé la nouvelle grande phase d’élargissement, a été aussi celle de la création du Conseil OTAN-Russie, donnant à cette relation une focalisation et une structure renforcées. Ces diverses mesures s’inscrivaient dans le cadre d’autres efforts déployés par la communauté internationale pour attribuer à la Russie la place qui lui revient, en l’admettant au sein du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale, du G7 et de l’Organisation mondiale du commerce. La nécessité d’éviter de contrarier la Russie a également été évidente dans la manière dont l’élargissement de l’OTAN est intervenu dans le domaine militaire. En 1996, les Alliés déclaraient que, dans les circonstances actuelles, ils n’avaient « aucune intention, aucun projet et aucune raison de déployer des armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres ». Cette déclaration a été intégrée, en 1997, à l’Acte fondateur OTAN-Russie, ainsi que des références du même ordre à d’importantes forces de combat et à l’infrastructure. Cette approche militaire « douce » du processus d’élargissement devait envoyer à la Russie le signal suivant: le but de l’élargissement de l’OTAN n’est pas « l’encerclement » militaire de la Russie, mais l’intégration de l’Europe centrale et orientale dans un espace atlantique de sécurité. (…) L’intervention militaire de l’OTAN dans la crise du Kosovo a été interprétée comme un coup de force géopolitique mené par un camp occidental déterminé à marginaliser la Russie et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’approche de l’OTAN en matière de défense antimissile, bien que dirigée contre des pays tiers, a été interprétée par la Russie comme une tentative de compromettre sa capacité de seconde frappe nucléaire. Pire encore, la « Révolution orange » en Ukraine et la « Révolution des roses » en Géorgie ont porté au pouvoir des élites qui envisageaient l’avenir de leurs pays respectifs au sein de l’UE et de l’OTAN. Dans un tel contexte, les arguments des occidentaux quant au caractère bienveillant de l’élargissement de l’OTAN n’ont jamais eu – et n’auront probablement jamais – un très grand poids. Demander à la Russie de reconnaître le caractère inoffensif de l’élargissement de l’OTAN néglige un point tout à fait essentiel: l’élargissement de l’OTAN – tout comme celui de l’Union européenne – est conçu comme un projet d’unification du continent. Il ne comporte par conséquent pas de « point final » susceptible d’une définition convaincante, que le point de vue adopté soit intellectuel ou moral. Autrement dit, et précisément parce que les processus respectifs d’élargissement des deux organisations ne sont pas conçus comme des projets antirusses, ils n’ont pas de limites et – paradoxalement – sont inévitablement perçus par la Russie comme un assaut permanent contre son statut et son influence. Tant que la Russie se dérobera à un débat honnête sur les raisons pour lesquelles un si grand nombre de ses voisins cherchent à se rapprocher de l’Ouest, cela ne changera pas – et la relation OTAN-Russie demeurera hantée par les mythes du passé au lieu de se tourner vers l’avenir. Michael Rühle
Qu’est-ce qui menace l’existence de la Russie elle-même aujourd’hui ? (…) Tous les domaines vitaux, y compris la démographie, ne cessent de se détériorer, et le taux d’extinction de la population bat des records mondiaux. Et la dégradation est systémique, et dans tout système complexe, la destruction d’un des éléments peut conduire à l’effondrement de tout le système. Et cela, à notre avis, est la principale menace pour la Fédération de Russie. Mais il s’agit d’une menace de nature interne, fondée sur le modèle de l’État, la qualité du pouvoir et l’état de la société. Et les raisons de sa formation sont internes : l’inviabilité du modèle étatique, l’incapacité totale et le manque de professionnalisme du système de pouvoir et de gestion, la passivité et la désorganisation de la société. Aucun pays ne vit dans cet état pendant longtemps. Quant aux menaces extérieures, elles sont bien présentes. Mais, selon notre évaluation d’expert, elles ne sont pas pour le moment critiques, menaçant directement l’existence de l’État russe, ses intérêts vitaux. En général, la stabilité stratégique persiste, les armes nucléaires sont sous contrôle fiable, les groupes de forces de l’OTAN n’augmentent pas, il n’y a pas d’activité menaçante. Par conséquent, la situation qui s’est aggravée autour de l’Ukraine est, avant tout, de nature artificielle et égoïste pour certaines forces internes, dont la Fédération de Russie. À la suite de l’effondrement de l’URSS, dans lequel la Russie (Eltsine) a joué un rôle décisif, l’Ukraine est devenue un État indépendant, membre de l’ONU et, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations Unies, a le droit à la liberté individuelle et à la défense collective. (…) Naturellement, pour que l’Ukraine reste une voisine amie de la Russie, il fallait qu’elle démontre l’attractivité du modèle russe d’Etat et de système de pouvoir. Mais la Fédération de Russie en est très loin, son modèle de développement et son mécanisme de politique étrangère de coopération internationale repoussent presque tous ses voisins, et pas seulement eux. L’acquisition de la Crimée et de Sébastopol par la Russie et leur non-reconnaissance par la communauté internationale (et, par conséquent, la grande majorité des pays du monde les considèrent toujours comme appartenant à l’Ukraine) montre de manière convaincante l’échec de la politique étrangère russe et le manque d’attrait de la politique intérieure. Les tentatives par le biais d’un ultimatum et de menaces de recours à la force pour « aimer » la Fédération de Russie et ses dirigeants sont dénuées de sens et extrêmement dangereuses. L’utilisation de la force militaire contre l’Ukraine, premièrement, remettra en question l’existence même de la Russie en tant qu’État ; deuxièmement, cela fera à jamais des Russes et des Ukrainiens des ennemis mortels. Troisièmement, il y aura d’une part des milliers (des dizaines de milliers) d’enfants jeunes et en bonne santé morts, ce qui aura certainement une incidence sur la situation démographique future de nos pays en voie de disparition. (…) Le président de la République de Turquie, Recep Erdogan, a clairement indiqué de quel côté la Turquie combattra. Et on peut supposer que deux armées de campagne et la flotte turque recevront l’ordre de « libérer » la Crimée et Sébastopol et éventuellement d’envahir le Caucase. De plus, la Russie sera définitivement classée parmi les pays menaçant la paix et la sécurité internationale, soumise aux sanctions les plus sévères, se transformera en paria de la communauté mondiale, et risquera d’être privée du statut d’État indépendant. (…) La question se pose : quels sont les véritables objectifs de provoquer ainsi des tensions qui nous précipitent au bord de la guerre, et le possible déclenchement d’hostilités généralisées ? (…) A notre avis, la direction du pays, se rendant compte qu’elle n’est pas en mesure de sortir le pays d’une crise systémique, et cela peut conduire à un soulèvement du peuple et à un changement de pouvoir dans le pays, avec le soutien de l’oligarchie, les fonctionnaires corrompus, nourris des médias et des forces de sécurité, ont décidé d’intensifier la ligne politique pour la destruction définitive de l’État russe et l’extermination de la population indigène du pays. Et la guerre est le moyen qui résoudra ce problème afin de conserver un temps son pouvoir anti-national et de préserver les richesses pillées au peuple. Nous ne pouvons supposer aucune autre explication. Au président de la Fédération de Russie, nous sommes des officiers russes, nous exigeons l’abandon de l’actuelle politique criminelle et va-t-en-guerre, dans laquelle la Fédération de Russie sera seule contre les forces combinées de l’Occident, pour créer les conditions de la mise en œuvre de l’art. 3 des Constitutions de la Fédération de Russie et démissionner. Colonel-général Leonid Grigorievich Ivashov (président de « l’Assemblée panrusse des officiers »)
La Russie ainsi que la Chine et d’autres puissances œuvrant à la transformation du système mondial (…) disposent d’une fenêtre d’opportunité pour accélérer l’expulsion des États-Unis du trône mondial en augmentant la pression sur eux. Car si l’affaiblissement de l’Occident est en cours depuis un certain temps, les phénomènes de crise actuels indiquent que le processus est passé à un niveau qualitativement nouveau, et il serait donc insensé de ne pas saisir cette chance. D’autant plus que, pour notre part, nous avons achevé de nous donner nos propres mécanismes et outils stratégiques — alternatifs  ceux de l’Occident — nécessaires au bon fonctionnement de l’économie nationale et des relations avec les autres pays, qu’il s’agisse de la production de biens, des règlements monétaires, de la diffusion d’informations, etc… (…) Il ne s’agit pas de propositions de discussion, mais bien d’un ultimatum — d’une demande de reddition inconditionnelle. L’Occident n’a pas d’autre choix que de perdre la face — à moins de tenir fièrement bon et d’entrer en guerre avec la Russie. À en juger par la façon dont les Occidentaux ont commencé à s’agiter de l’autre côté, ils en sont bien conscients. (…)En brandissant la menace d’une guerre, Moscou souligne que la Russie est prête — moralement, techniquement et dans tous les autres sens du terme — à toute évolution des événements. Et la réputation qu’elle a acquise au cours des années précédentes confirme que les Russes seront effectivement prêts à recourir à la force s’ils l’estiment nécessaire. Il convient de rappeler les propos de Vladimir Poutine, qui a déclaré sans ambages cet été que si la Russie coulait le destroyer britannique responsable d’une provocation au large des côtes de Crimée, il n’y aurait pas de conséquences majeures : le tollé de la presse mondiale ne doit pas être compté comme tel.[…] Non, cette fois-ci, l’Occident va payer de sa personne. (…) De hauts responsables américains ont effectué de fréquentes visites à Moscou. La venue en novembre du directeur de la CIA, William Burns, était à l’époque la quatrième visite d’un haut responsable de l’administration de la Maison Blanche depuis la réunion de Genève. Il n’est pas difficile de deviner que le but de la visite personnelle du directeur de la CIA n’était pas du tout de présenter des demandes à propos de l’Ukraine, comme les médias occidentaux ont essayé de le présenter, mais de tenter de trouver un compromis. Face à la chute de l’autorité internationale due au retrait infructueux d’Afghanistan, la Maison Blanche souhaitait vivement trouver un accord avec le Kremlin. Irina Alksnis (RIA Novosti)
Pour amener les États-Unis et l’OTAN à la table des négociations, une sorte de super arme est nécessaire. Pour le moment, la Russie ne montre pas ce potentiel à ses adversaires. Mais il existe. La Russie a la capacité d’utiliser des munitions super puissantes d’une capacité allant jusqu’à 100 mégatonnes. […] Nous devons répéter que nous ne sommes pas intéressés par un monde sans la Russie, comme Poutine l’a dit un jour, et démontrer notre détermination à frapper si l’OTAN s’élargit. Après cela, je peux vous assurer qu’ils [les Occidentaux] auront peur. Rien d’autre ne peut les arrêter. […] Il est naïf de compter sur des procédés diplomatiques. […] La démarche de la Russie est un signal indiquant que des mesures déjà radicales vont être prises. Vous avez refusé, alors tant pis… (…) Nous ne pouvons résoudre le problème de la neutralisation de l’Europe et des États-Unis qu’en les éliminant physiquement avec notre potentiel nucléaire. […] Les USA et l’Europe disparaîtront physiquement. Il n’y aura presque pas de survivants. Mais nous aussi, nous serons détruits. A moins que le sort de la Russie ne soit meilleur, car nous avons un grand territoire. Nos adversaires ne pourront pas tout détruire avec des frappes nucléaires. Par conséquent, le pourcentage de la population survivante sera plus élevé. Cependant la Russie en tant qu’État peut disparaître après une guerre nucléaire à grande échelle. Elle risque de se fragmenter. Konstantin Sivkov (expert militaire)
En plus de l’espace post-soviétique, l’initiative de Moscou englobe un large éventail de pays situés entre l’Europe occidentale et la Russie. Mais ce sont principalement la Pologne et les États baltes qui sont visés car des forces supplémentaires de l’Alliance de l’Atlantique Nord y ont été déployées comme il a été décidé lors du sommet de l’OTAN de Varsovie en 2016. La Russie a maintenant on ne peut plus nettement tracé ses lignes rouges, non seulement le refus d’étendre l’OTAN à l’Est, mais aussi, comme indiqué dans le projet d’accord avec l’alliance, le refus « de mener toute activité militaire sur le territoire de l’Ukraine, ainsi que d’autres États d’Europe de l’Est, de Transcaucasie et d’Asie centrale. Il est clair que les États-Unis ne rapatrieront leurs armes nucléaires que lorsque le projet anglo-saxon de domination mondiale s’effondrera enfin, mais il est bon de préparer le terrain… Si l’Occident ne veut pas remarquer nos lignes rouges (plus précisément, s’il fait semblant de ne pas vouloir les remarquer), alors c’est avant tout son problème, pas le nôtre. Piotr Akopov
L’initiative russe pourrait aider les Américains à quitter tranquillement l’Europe centrale et orientale. (…) Bien sûr, la Pologne et les pays baltes seront mécontents. Mais ils seront probablement les seuls à s’opposer au retrait américain d’Europe centrale et orientale. Après tout, le reste des « Jeunes Européens » est guidé par la position du « noyau » de l’Union européenne, et ils n’ont pas de complexes anti-russes stables. (…) Au cours de la prochaine année et demie, la Russie modifiera considérablement l’équilibre du pouvoir planétaire. (…) La situation historique actuelle de la Russie est unique. L’État s’est préparé aux défis majeurs qui peuvent survenir sous une pression critique. D’énormes réserves ont été accumulées, y compris en or. Des plans nationaux d’infrastructure financière et d’information ont été créés et lancés. La numérisation a commencé à englober l’ensemble de l’économie, l’amenant à un nouveau niveau de compétitivité. L’expansion de notre propre base industrielle, y compris dans des domaines high-tech très sensibles, se fait à pas de géant, le « fossé technologique » se comble. Nous sommes sortis de la dépendance critique dans le domaine de la sécurité alimentaire. (…) L’armée est depuis cinq ans la première de la planète. Dans ce domaine, le « fossé technologique » est en notre faveur et ne fait que s’élargir… De plus, l’explosion de l’inflation planétaire entraîne une crise énergétique, ce qui rend les Européens, pour la plupart, beaucoup plus accommodants et exclut un blocus de nos approvisionnements énergétiques, QUOI QUE NOUS FASSIONS. […] » Si la Russie et la Chine coordonnent leurs actions à l’encontre de l’Ukraine et de Taïwan respectivement, « tout deviendra beaucoup plus simple pour nous. Et pour la Chine aussi, de laquelle nous détournerons l’attention, ce qui nous libérera encore davantage les mains…» Bref, la Russie a restauré son poids dans l’arène internationale au point qu’elle est capable de dicter ses propres conditions dans l’élaboration de la sécurité internationale.  Quant à  l’empire décrépit des Stars and Stripes, affaibli par les LGBT, BLM, etc., il est clair qu’il ne survivra pas à une guerre sur deux fronts. Russtrat
Le monde d’avant et le monde d’après le 17 décembre 2021 sont des mondes complètement différents… Si jusqu’à présent les États-Unis tenaient le monde entier sous la menace des armes, ils se retrouvent désormais eux-mêmes sous la menace des forces militaires russes… Une nouvelle ère s’ouvre, de nouveaux héros arrivent, et un nouveau Danila Bagrov [personnage du truand patriotique dans le film populaire Brat], levant sa lourde poigne et regardant dans les yeux son interlocuteur, demande à nouveau doucement : quelle est ta force, l’Américain ? Vzgliad
Les Européens doivent aussi réfléchir s’ils veulent éviter de faire de leur continent le théâtre d’un affrontement militaire. Ils ont le choix. Soit prendre au sérieux ce que l’on met sur la table, soit faire face à une alternative militaro-technique. Alexandre Grouchko (vice-ministre des Affaires étrangères)
Nos partenaires doivent comprendre que plus ils feront traîner l’examen de nos propositions et l’adoption de vraies mesures pour créer ces garanties, plus grande est la probabilité qu’ils subissent une frappe préventive. Andrei Kartapolov (ancien vice-ministre de la Défense)
Eh bien, j’espère que les notes [du 17 décembre] seront ainsi plus convaincantes. Dmitri Peskov (porte-parole du Kremlin, commentant une salve de missiles hypersoniques tueurs de porte-avions, 24/12/2021)
Quels sont nos arguments ? Ce sont, bien sûr, avant tout nos alliés les plus fiables — l’armée et la marine. Pour être plus précis, le missile hypersonique Zircon (« tueur de porte-avions », comme on l’appelle affectueusement en Occident), qui rend absurde pour les États-Unis d’avoir une flotte de porte-avions. L’impact du Zircon fend un destroyer comme une noix. Plusieurs Zircons coulent immanquablement un porte-avions. Le Zircon fait simplement son travail : il tire méthodiquement sur d’énormes porte-avions maladroits, comme un revolver sur des canettes. Vladimir Mojegov
L’ultimatum de Poutine : la Russie, si vous voulez, enterrera toute l’Europe et les deux tiers des États-Unis en 30 minutes (…) Le Kremlin devra prouver par des actes le bien-fondé de sa position. Il n’est probablement possible de forcer les « partenaires » à s’asseoir à la table des négociations que par la contrainte. Économiquement, la Fédération de Russie ne peut rivaliser avec l’Occident. Il reste la guerre. Svpressa
Vladimir Poutine a sonné l’heure de la revanche. L’heure de régler enfin ses comptes avec l’Histoire. Avec l’Ukraine. Et avec l’Occident. Rien ne peut être compris de la folle aventure qui a commencé ce jeudi au petit jour avec l’attaque massive par la terre et par l’air lancée par l’armée russe à travers tout le territoire ukrainien, si on n’a pas en tête que l’homme tout-puissant qui est aux commandes de la Russie veut se venger. Avec un grand V. «Nous allons démilitariser et dénazifier l’Ukraine», a-t-il lancé à la face du monde, en annonçant «une opération spéciale», utilisant – ce qui est loin d’être un hasard – un vocable propre aux tchékistes de l’époque soviétique pour désigner la guerre qu’il a déclaré à l’Ukraine. Il s’agit d’une reconquête. Où s’arrêtera-t-elle? Pour comprendre cette obsession de vengeance, il faut remonter des années en arrière à cette journée historique du 8 au 9 novembre 1989, qui soudain voit des milliers d’Allemands escalader le mur de Berlin en train de tomber. À l’époque, le lieutenant-colonel du KGB Vladimir Poutine, 39 ans, est basé à Dresde, en RDA, avant-poste de la présence militaire soviétique. Mais son cœur n’est pas à l’unisson des foules en liesse qui dansent et pleurent à travers le pays pour célébrer les retrouvailles émues des deux Allemagnes et la réunification en marche de l’Europe. Il est du côté des vaincus. Son monde, celui de la superpuissance soviétique invincible qui tenait dans ses griffes la moitié de l’Europe, est en train de s’écrouler comme un château de cartes, sous ses yeux stupéfiés. (…) Pour cet espion, dont l’enfance a été baignée par la propagande des films d’espionnage sur la grandeur de la mère patrie, c’est l’heure de la retraite, humiliante. Tandis que des centaines de milliers de soldats soviétiques plient bagage dans une ambiance de déroute, Vladimir Poutine quitte Dresde à son tour en février 1990, emportant la machine à laver qu’il a acquise et quelques leçons de haute politique… (…) Pour Vladimir Poutine commence alors ce qu’il faut bien appeler la reconquête. En dix ans, elle va le mener au Kremlin, en trois temps. Le temps de l’infiltration/intégration des nouvelles structures démocratiques qui émergent avant et surtout après le putsch raté d’août ; le temps de l’installation au pouvoir qui commence en 2000, après sa nomination en 1999 au poste de premier ministre d’un Boris Eltsine chancelant qui cherche un successeur ; et le temps de la reconquête extérieure, qui s’affirme à partir de l’invasion militaire de la Géorgie en 2008. (…) Au départ, l’Occident hésite sur la nature de Poutine. Sa capacité à jouer sur tous les tableaux, à alterner tous les visages qu’il a appris à adopter pendant sa montée éclair vers le pouvoir – celui du réformateur, celui du guerrier, celui du législateur – déconcerte ses interlocuteurs, qui s’interrogent sur la nature de ses intentions, modernisatrices ou impériales. Mais peu à peu, la reconquête va déborder vers l’empire. Cela commence en réalité dès le début des années 2000 avec toutes les opérations hybrides de déstabilisation et d’infiltration qu’il déclenche, des pays Baltes, à la Géorgie et l’Ukraine. La rage que provoquent les révolutions de couleur qui balaient les régimes pro-russes installés en Ukraine et en Géorgie va accroître son désir de revanche. Convaincu d’être encerclé par un Occident qui cherche à déstabiliser son propre pouvoir, Poutine va dès lors, contre-attaquer par la guerre hybride: désinformation, cyber-attaques, achat d’élites, et finalement la force militaire. Il est frappant de constater que de 2000 à 2022 Vladimir Poutine a finalement peu hésité à utiliser la force, de la Tchétchénie, à la Géorgie, en passant par la Syrie et aujourd’hui l’Ukraine. Il a aussi beaucoup utilisé la violence, allant éliminer ses adversaires là où ils se trouvaient comme on le vit avec les anciens espions Litvinenko et Skripal, assassinés avec des poisons. Il est aussi à l’offensive à l’Ouest, où il a multiplié les offensives de charme et de propagande et les attaques contre les élections. Il y a cultivé des alliés politiques. Et chaque nouvelle crise l’a convaincu de la pusillanimité de l’Occident, de sa décadence et de ses divisions. L’intellectuel Vladimir Pastoukhov, très inquiet, est persuadé que l’invasion actuelle de l’Ukraine cache en réalité un projet beaucoup plus vaste, visant à défaire l’Occident, avec une pression maximale, pour le faire imploser de l’intérieur par une guerre d’usure tous azimuts, allant de l’effet de la sidération à l’intimidation. Pourrait-il tenter sa chance vers les pays Baltes pour détruire la légitimité de l’article 5 de l’Otan? À Moscou, les opposants abasourdis par l’audace de l’attaque disent se demander si leur «tsar» «de ténèbres», ivre de toute-puissance, n’a pas perdu la tête. Le journaliste Alexandre Nevzorov estime par exemple que « l’on assiste aux obsèques de la Russie », pas à celles de l’Ukraine. «Il n’y a personne qui puisse l’arrêter», note le rédacteur en chef de Novaya Gazeta, Dmitri Mouratov, qui dit sa « honte ». Laure Mandeville
Auprès de Besançon, j’ai appris l’importance de l’éthique, et compris qu’on ne pouvait pas considérer le régime communiste comme un autre, car c’était un régime criminel. Evidemment, ce n’était pas très à la mode. Françoise Thom
Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations? Françoise Thom
Quel intérêt y a-t-il à introniser à nouveau un pays dont le but avoué est la destruction de l’ordre international et le ralliement de toute l’Europe à son régime militaro-policier ?  (…) L’initiative Macron, sans avoir consulté les partenaires européens, est extrêmement risquée à un moment où les Etats-Unis sont totalement paralysés. Le premier service qu’on puisse rendre à la Russie est de lui tenir un discours de vérité, or le président français ne le fait pas quand il cite tous les poncifs, il la conforte au contraire dans une voie calamiteuse.  Françoise Thom
Il n’aurait pas fallu, en Occident, approuver la destruction du Parlement en octobre 1993 [en butte au Congrès des députés du peuple, Boris Eltsine fit intervenir l’armée et prononça sa dissolution au terme de plusieurs jours d’affrontements meurtriers dans les rues de Moscou] car c’était une violation gravissime du droit. Les germes du poutinisme sont là, dans cette liquidation du Parlement par la force, et l’impossible séparation des pouvoirs. C’était la fin de l’espérance d’une démocratie libérale. Françoise Thom
Moscou mise sur l’effet démoralisant sur l’Europe de cette négociation russo-américaine sur son sort dont elle est exclue et sur la faiblesse de la partie américaine en l’absence des alliés européens. (…) Le pacte Ribbentrop-Molotov n’est jamais loin dans la tête des dirigeants du Kremlin. C’est aussi une question de statut, et le reflet de l’obsession de Poutine d’effacer l’effondrement de l’URSS. (…) En négociant d’égal à égal avec le président des Etats-Unis Poutine démontre en même temps aux Russes que sa position de capo est reconnue par les maudits Occidentaux. Le sentiment d’avilissement qu’ils éprouvent au fond d’eux-mêmes en se pliant au despotisme se dissipe au spectacle de l’humiliation des Occidentaux : eux aussi courbent l’échine devant Poutine. La propagande du régime sait admirablement jouer de ces cordes sensibles. Il est important de comprendre quelles motivations ont poussé Poutine à lancer ce défi aux pays occidentaux. Comme toujours le comportement russe est dicté par une analyse soigneuse de la « corrélation des forces », qui, selon les experts du Kremlin, vient de basculer en faveur des puissances révisionnistes anti-occidentales. Après 20 ans de préparation à la guerre, la position russe est jugée forte comme jamais, à en croire le think tank Russtrat (…) Car en face, les Etats-Unis affrontent une crise sans précédent, avec une inflation galopante, des pénuries d’approvisionnement, un président faible, une société plus divisée que jamais. D’où la démarche du Kremlin : « Il ne s’agit pas de propositions de discussion, mais bien d’un ultimatum — d’une demande de reddition inconditionnelle. L’Occident n’a pas d’autre choix que de perdre la face — à moins de tenir fièrement bon et d’entrer en guerre avec la Russie. À en juger par la façon dont les Occidentaux ont commencé à s’agiter de l’autre côté, ils en sont bien conscients. » En brandissant la menace d’une guerre, fait remarquer RIA Novosti, « Moscou souligne que la Russie est prête — moralement, techniquement et dans tous les autres sens du terme — à toute évolution des événements. (…) Évidemment la guerre n’est pas sans risques, ce dont, espérons-le, les militaires russes essaient de persuader Poutine.  (…) Mais (…) il ressort des analyses de Russtrat (entre autres) que le déclic pour le Kremlin a été la politique malencontreuse de la Maison Blanche qui, après la débandade en Afghanistan, a multiplié cet automne les émissaires à Moscou, rendant encore plus manifeste aux yeux de Poutine la faiblesse des Etats-Unis :  (…) Le 2 novembre 2021, Burns a effectivement rencontré le secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie Nikolaï Patrouchev et, probablement, le président Poutine. C’est un personnage apprécié du Kremlin : en 2005-2008, il a été ambassadeur en Russie et « a trouvé un langage commun avec Poutine. Sobre et pragmatique, totalement dépourvu du complexe messianique caractéristique des Américains, Burns a toujours prôné le refus d’élargir l’OTAN vers l’Est. » La visite de Burns a été interprétée à Moscou comme l’indice du choix d’une politique d’appeasement à Washington et donc un encouragement à faire monter les enchères et à « s’emparer de l’initiative stratégique ». Au fond, nous retrouvons dans ces considérations un substrat léniniste. Les États-Unis et leurs alliés européens étaient les nantis de l’ordre international, les principaux bénéficiaires du système existant, qui leur apportait des avantages disproportionnés par rapport à leur contribution. Grâce à la crise, leur hégémonie est sur le déclin. Les Etats autrefois « prolétaires » sont en train de l’emporter, sous le leadership russe. Là encore Poutine est en train de rejouer la guerre froide, avec un happy end cette fois. (…) Les Occidentaux doivent d’abord percevoir la situation telle qu’elle est, si désagréable fût-elle pour nos Etats démocratiques plus habitués à des entreprises futiles qu’à assurer leur préservation. Pour cela nous devons nous extraire du mensonge russe. Le premier mensonge concerne les prétendues inquiétudes de Moscou pour la sécurité russe, le danger que représenterait pour elle des missiles de l’OTAN déployés dans les pays frontaliers. Il suffit de prendre connaissance des textes cités plus haut pour constater que les préoccupations de « sécurité » mises en avant par Moscou ne sont qu’un rideau de fumée, que l’OTAN même est considéré comme un tigre en papier (…) Quand Moscou parle de « sécurité » il faut entendre « domination russe » et « impunité », car c’est de cela qu’il s’agit. Le Kremlin considère en effet que tout ce qu’il ne contrôle pas peut mettre le régime en péril. On le voit à la politique intérieure russe, où depuis des années les oasis de liberté sont asséchées une à une. Ce que Moscou craint en Ukraine, ce ne sont pas les quelques instructeurs de l’OTAN, ce sont les libertés. Elle veut une Ukraine désarmée de manière à pouvoir intimider les rebelles de Kiev et mettre en place un régime haï par son peuple, donc dépendant totalement du Kremlin. On se souvient que la Russie a laissé faire Aliev en Arménie justement parce que le président Pachinian avait été choisi par le peuple arménien contre les marionnettes du Kremlin. Si la Russie parvient à chasser les Etats-Unis d’Europe, elle ne tardera pas à se sentir menacée par les libertés des pays d’Europe de l’Ouest, et sous prétexte d’assurer sa « sécurité », elle mettra le même acharnement chez nous que chez elle à asservir les media, à éradiquer les institutions démocratiques et les partis indépendants. Aujourd’hui déjà, Lavrov se permet de réclamer la démission de Stoltenberg, secrétaire de l’OTAN, qui selon lui « n’est pas à la hauteur de sa tâche ». Autre illusion dont il faut se défaire, l’idée d’une société civile bouillonnante en Russie qui pourrait freiner les aspirations belliqueuses du président Poutine. Les sondages montrent que le lavage de cerveau effectué par la propagande officielle est fort efficace : 50 pour cent des Russes interrogés considèrent que l’OTAN et l’Occident en général sont responsables de la tension actuelle. 16 pour cent incriminent l’Ukraine. Les rares opposants qui subsistent critiquent très rarement la politique étrangère et ne dénoncent guère le chauvinisme nauséabond qui émane du régime de Poutine. Enfin, mentionnons cette vache sacrée démocratique qui doit être sacrifiée : la foi absolue dans la vertu du « dialogue », que la plupart des responsables occidentaux, de Florence Parly à Mario Draghi, continuent à préconiser face à Moscou. Or rien n’est plus dangereux que ces échanges au sommet, qui, quoi qu’on dise, alimentent immanquablement soit la paranoïa, soit la folie des grandeurs et l’ivresse de puissance russes. Si les Occidentaux se montrent fermes, le Kremlin en tire la conclusion qu’ils veulent détruire la Russie ; si les Occidentaux offrent des concessions, le Kremlin en conclut qu’ils sont faibles et qu’il faut foncer. Très souvent avec la Russie la meilleure politique est celle du silence et de la distance : ne rien faire, ne rien dire et tenir bon l’arme au pied. S’accrocher au dialogue à tout prix, surtout quand Moscou nous tient en joue comme un forcené détenant un otage, ne fait qu’étaler notre faiblesse et encourager le Kremlin à l’escalade. Surtout nous devons cesser de donner à la guerre froide la connotation péjorative qu’elle ne mérite nullement. La ministre de la Défense Florence Parly vient de déclarer que les pays occidentaux doivent éviter l’escalade avec la Russie afin de ne pas provoquer une nouvelle guerre froide. Tant que nous restons dans ces cadres conceptuels la Russie sera gagnante. Il faut se rappeler que la guerre froide a commencé en 1946, lorsque les Occidentaux ont cessé de céder à Staline, après lui avoir laissé en pâture les pays d’Europe centrale et orientale. C’est grâce à la guerre froide que les pays de l’Europe occidentale ont conservé leur liberté. Les leçons des années 1946-7 sont d’actualité aujourd’hui. Les pionniers de la guerre froide furent les Britanniques, qui constituèrent un bloc occidental autour du noyau anglo-français et persuadèrent les Américains tentés par l’isolationnisme de rester en Europe. Au printemps 1947, les gouvernements français, italien et belge expulsèrent les ministres communistes, conscients du danger que représentait la cinquième colonne de Moscou en Europe. Cette volonté manifeste de résister à Staline acheva de persuader Washington de s’engager dans la sécurité européenne. Il s’agissait de tout un programme d’action dont nous pourrions nous inspirer aujourd’hui, au lieu de nous livrer à une puérile guerre des boutons avec la Grande-Bretagne. Mais pour cela nous devons réapprendre à voir les choses en face, à raisonner en termes politiques, au lieu de flotter au gré des passions médiatiques et des sondages. En 1946-7 on savait que la liberté valait la peine qu’on meure pour elle, ce qui visiblement est oublié aujourd’hui. Après Munich, en 1938, les Occidentaux éprouvèrent une grande honte d’avoir abandonné la Tchécoslovaquie dans les griffes d’Hitler. Aujourd’hui nous sommes en train de laisser tomber lâchement l’Ukraine, mais nous ne nous rendons même pas compte de notre déshonneur, ni du péril qu’il y a à céder à un agresseur. Nous discutons du sexe des anges, comme les Byzantins lorsque les forces ottomanes étaient en train de détruire les remparts de la ville. Françoise Thom
Ceux qui préconisent le « dialogue » ne voient pas que toute main tendue de l’Occident est perçue en Russie soit comme une agression camouflée – l’expression du projet prêté à l’Occident de « démembrer la Russie » pour mettre le grappin sur ses richesses –, soit comme le signal d’une disposition à la capitulation de « l’adversaire » (car le Kremlin considère comme des adversaires tous les pays qui ne sont pas des dictatures). Il résulte de ceci que toute démarche des Occidentaux à l’égard de la Russie se retournera contre eux. Une bonne politique russe est une politique où on en fait le moins possible, où l’on parle le moins possible, une politique d’isolement, sans les déclarations fracassantes, sans les menaces creuses, qui nourrissent à la fois la paranoïa et l’arrogance des occupants du Kremlin. Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas marquer le coup quand Moscou pratique le fait accompli, agresse ses voisins ou se livre à des répressions. Toutefois ce n’est pas en paroles qu’il faut réagir, mais en actes, et en actes mis en place sans crier gare, à la manière des opérations spéciales qu’affectionne le président Poutine. Si nous nous donnons le luxe d’être imprévisibles, Poutine cessera de jouer sur le velours. Ceci concerne avant tout les sanctions. On nous dit que les sanctions sont inutiles, qu’elles permettent au régime de provoquer un sursaut patriotique autour du pouvoir ; on laisse entendre que les sanctions sont imposées par les Etats-Unis à une Europe qui ne demanderait pas mieux que de manifester son « indépendance » en pratiquant une politique accommodante avec Moscou, bref que les Européens doivent être « réalistes », privilégier leurs « intérêts », assurer leur « sécurité énergétique » en soutenant le Nord Stream 2 [projet de gazoduc entre la Russie et l’Allemagne]. Justement, soyons « réalistes » et réfléchissons où sont nos vrais « intérêts », sans que le Kremlin nous dicte le sens qu’il faut attribuer à ces termes. D’abord, contrairement à ce qu’on ne cesse de prétendre, les sanctions marchent, et c’était déjà le cas à l’époque soviétique. Les archives montrent qu’elles ont dissuadé Khrouchtchev de pratiquer l’escalade au moment de la crise de Berlin [entre 1958 et 1962], qu’elles ont dissuadé Brejnev et Andropov d’intervenir en Pologne en 1981 [au moment des grèves massives conduites par le mouvement Solidarnosc]. Si des sanctions sérieuses avaient été adoptées après le démembrement de la Géorgie en 2008, au lieu du pathétique « reset » [la relance des relations russo-américaines voulue par le président Obama], on aurait évité l’annexion de la Crimée, en 2014. Mais venons-en aux relations économiques, dont on nous assure qu’elles vont permettre un rapprochement entre l’Europe et la Russie. C’est oublier que pour Moscou, les relations d’affaires sont avant tout un instrument de projection de la puissance et de l’influence russe. En devenant le fournisseur de pétrole et de gaz de l’Europe, le Kremlin se crée de puissants oligarques au sein des élites politiques occidentales, qui, comme les oligarques russes, sont autorisés à s’enrichir à condition de servir Moscou. Les grandes sociétés faisant des affaires en Russie deviennent les vecteurs de la politique russe en Europe. Quant à la « sécurité énergétique » qu’assurerait le Nord Stream 2, souvenons-nous de la manière dont le Kremlin ferme les robinets du gaz aux pays de « l’étranger proche » qui ont le malheur de lui déplaire. L’Europe a-t-elle vraiment « intérêt » à se passer la corde au cou ? A-t-elle « intérêt » à augmenter les flux financiers vers la Russie, quand on sait que ces ressources vont alimenter la guerre hybride menée contre les Occidentaux, acheter notre classe politique, nos médias et nos think tanks, financer le déploiement de nouveaux missiles braqués contre l’Europe ? Les sanctions sont un outil efficace, surtout si elles visent les oligarques et les siloviki [soit « les hommes en uniforme », issus des services de sécurité russes – le KGB, puis le FSB] proches du pouvoir, ou si elles entravent le développement des secteurs de puissance de la Russie (énergétique et armement), les seuls qui comptent aux yeux du Kremlin. Une politique résolue de sanctions dures obligerait les hommes du Kremlin à se demander si la politique de confrontation voulue par le président Poutine est vraiment conforme aux intérêts nationaux russes. La claque infligée à Josep Borrell (…) jette une lumière crue sur un aspect essentiel de la stratégie du Kremlin. Il s’agit de faire une démonstration éclatante de la faiblesse des Occidentaux, pour hâter l’avènement d’un ordre, ou plutôt, d’un désordre international postoccidental. C’est un signal lancé à Xi Jingping, Erdogan et consorts : voyez, nous pouvons impunément nous essuyer les pieds sur l’UE et elle passera par nos volontés. C’est pourquoi, si nous voulons éviter que Poutine fasse des émules, la première règle que les Européens doivent adopter est de ne plus faire étalage de leur faiblesse et de leur désunion, de riposter sans tarder aux humiliations publiques et aux provocations. Mieux vaut agir sans parler que parler sans agir. Dans le monde de voyous qui nous entoure, il est temps que l’UE apprenne à se faire craindre. Françoise Thom
Pour moi, l’homme de l’année est Vladimir Poutine. Il (…) fut le seul à oser donner l’asile politique à Snowden, l’homme qui révéla la folle réalité de l’espionnage américain. Mais cette année restera avant tout celle où le chef de l’Etat russe est sorti vainqueur du grand bras de fer diplomatique autour de la Syrie. Poutine tient dans cette histoire le rôle glorieux d’un Chirac qui aurait réussi à empêcher la guerre en Irak. (…) Poutine a remis le couvert avec l’Iran, servant d’honnête courtier avec les Américains. Et il a parachevé son triomphe diplomatique en empêchant le ralliement de l’Ukraine à l’Europe. (…) Poutine n’est pas en odeur de sainteté ni dans les médias français ni au Quai d’Orsay. On évoque non sans raisons ses penchants autoritaires, ses accointances avec certains cercles plus ou moins mafieux, son incapacité à couper l’économie de sa rente pétrolière et gazière. Mais personne ne peut contester qu’il été élu démocratiquement. (…) La bourgeoisie occidentalisée conteste ses manières, mais la majorité du peuple lui sait gré d’avoir restauré l’Etat. (…) Poutine a mis au pas les oligarques qui dépeçaient la Russie et rétabli la souveraineté de la Russie face à la pression impériale de l’Amérique. Poutine a peu à peu endossé les habits de nouveau tsar dans la grande tradition russe. Il reste le dernier résistant à l’ouragan politiquement correct qui, parti d’Amérique, détruit toutes les structures traditionnelles, famille, religion, patrie. Eric Zemmour (20.12.2013)
C’est, jusqu’au bout, un aveuglement. (…) [Eric Zemmour] « condamne sans réserve l’intervention militaire », qu’il qualifie d’ « injustifiable ». Mais [il] accuse aussi, peu après, dans une déclaration filmée en direct, les Occidentaux d’avoir envenimé la situation « depuis des années, avec l’expansion ininterrompue de l’OTAN ». Il appelle toujours à signer un traité pour garantir que l’Ukraine n’entrera « jamais » dans l’Alliance atlantique. « Comme ça, monsieur Poutine sera rassuré », ajoutait-il dimanche. (…) Depuis plusieurs mois, Eric Zemmour et Marine Le Pen minimisaient les menaces lancées par Moscou, tout en reprenant la propagande du Kremlin sur de prétendues prétentions américaines. (…) Des positions constantes, mais qui comportent leurs contradictions. Si les deux candidats s’affirment souverainistes, Eric Zemmour et Marine Le Pen faisaient peu de cas de la souveraineté de l’Ukraine, Etat indépendant depuis 1991, membre de l’ONU, ayant inscrit légalement dans sa constitution, en 2019, son aspiration à adhérer un jour à l’Union européenne et à l’OTAN. Ce pays, déclarait Marine Le Pen en décembre 2021, dans un entretien au média polonais Rzeczpospolita, « appartient à la sphère d’influence russe ». Pour Eric Zemmour, « l’Ukraine n’existe pas », comme il le développe dans Un quinquennat pour rien (Albin Michel, 2016), puisque Kiev est, écrit-il, « le berceau de la civilisation russe ». Patriotes autoproclamés, tous deux se sont évertués à affaiblir Emmanuel Macron, Marine Le Pen en le traitant de « petit télégraphiste » de Joe Biden ; Eric Zemmour en l’accusant d’être « impuissant », et même « le néant ». Jeudi 24 février, le candidat d’extrême droite a appelé le chef de l’Etat à se rendre de nouveau à Moscou et à Kiev pour « s’interposer » et réclamer un cessez-le-feu immédiat. Une position en totale contradiction avec ce qu’il soutenait quatre jours auparavant, en citant le « porte-parole de Vladimir Poutine qui a tout dit en une phrase  : “Emmanuel Macron est membre de deux organisations, l’Union européenne et l’OTAN, dont il n’est pas le chef.” C’est tout notre problème. Nous sommes vus par les Russes comme les petits télégraphistes de Washington. (…) Notre parole ne vaut rien, en vérité. » En écho, Marine Le Pen a déclaré jeudi que « la France devrait prendre l’initiative d’une réunion diplomatique », oubliant qu’elle avait deux jours avant étrillé « l’échec diplomatique » français. (…) Les deux candidats vouent une profonde admiration à Poutine. En mars 2017, Marine Le Pen s’était rendue auprès du dirigeant russe à Moscou et avait vanté un « point de vue sur l’Ukraine qui coïncide avec celui de la Russie ». En septembre 2018, Eric Zemmour avait déclaré qu’il « rêv[ait] d’un Poutine français » puis, en septembre 2020, sur CNews, qu’il voyait en Poutine « l’allié qui serait le plus fiable, plus que les Etats-Unis, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne ». Dimanche, il discourait au pied du Mont-Saint-Michel (Manche) en agitant le spectre de « la prochaine guerre » et clamait qu’être président de la République, « c’est savoir regarder le pire en face, justement pour l’éviter ». Les deux candidats n’ont pas su regarder. Ivanne Trippenbach

Comme ça, Monsieur Poutine sera rassuré !

A l’heure où l’injustifiable agression contre le peuple ukrainien aurait dû nous ouvrir les yeux …

Sur le cynique et proprement dément (jusqu’à pousser à rejoindre l’OTAN des petits pays jusque là neutres comme la Suède ou la Finlande ?) projet de l’actuel régime kleptocratique et revanchiste russe …

Sur la base de contre-vérités comme la prétendue promesse américaine de non-élargissement de l’OTAN

Et appuyé sur un nouveau chantage stratégique à base de nouvelles armes de théâtre hypersoniques pour s’assurer une « bulle stratégique » pour verrouiller la Baltique et la mer Noire …

Si bien décrit par les travaux de notre meilleure « soviétologue » Françoise Thom

De profiter, comme il y a huit ans sous l’Administration Obama/Biden, de la fenêtre d’opportunité d’une présidence américaine proprement cacochyme …

Mais aussi de plus de 20 ans de passivité européenne et notamment allemande …

Pour tout simplement tenter de bouter hors d’Europe et du monde via ses clones et complices chinois la seule garantie de stabilité et de protection pour les prochaines victimes …

Après la Géorgie et la Crimée ou Hong Kong et peut-être bientôt Taiwan

Et sans parler des famines fabriquées d’Ukraine ou de Chine

De la part du dernier système politique à n’avoir toujours pas eu (merci la gauche européenne !) de procès de Nuremberg pour ses quelque 100 millions de morts

Et donc incapable de faire leur deuil d’empire

Comment ne pas voir la triste implication d’un tel aveu …

Et ne pas se désoler …

Avec la journaliste spécialiste des Etats-Unis et de la Russie Laure Mandeville

De cette tragique incapacité de nombre de nos compatriotes …

A l’instar de l’habituellement si perspicace candidat Zemmour sur la menace islamiste et wokiste …

Qui en même temps pousse l’aveuglement sur le jeu victimaire et le nationalisme complètement dévoyé derrière lequel se cache l’impérialisme poutinien

Jusqu’à à jouer, au nom d’un souverainisme sans limites quasi-goebbelsien, les petit télégraphistes de Moscou …

A penser ensemble ces deux menaces proprement existentielles …

Pour notre pays comme pour l’avenir de notre monde libre ?

Eric Zemmour et Marine Le Pen fragilisés par l’attaque de Vladimir Poutine en Ukraine
Les deux candidats d’extrême droite à la présidentielle opèrent une volte-face dans la foulée des premiers bombardements russes, après avoir relayé durant des mois la propagande du Kremlin.
Ivanne Trippenbach
24 février 2022

C’est, jusqu’au bout, un aveuglement. Dimanche 20 février, l’un des principaux candidats à l’élection présidentielle, Eric Zemmour, livre sa vision de la crise ukrainienne. « Je suis sceptique, dit-il sur Europe 1, je pense qu’il y a beaucoup de propagande, d’agitation des services américains pour hystériser cette histoire. » Vingt-quatre heures plus tard, Vladimir Poutine déclare reconnaître l’indépendance des zones séparatistes prorusses, puis ordonne à son armée d’entrer en Ukraine. Interrogée à son tour, mardi 22 février sur RTL, Marine Le Pen regrette une « escalade claire », mais se prononce contre les sanctions visant Moscou et accuse Emmanuel Macron d’avoir « essayé de jouer un rôle et de se servir » de cette crise.

Ce n’est qu’une fois la guerre déclarée par Poutine au nom d’une « dénazification de l’Ukraine », les frappes russes tombées sur Kiev comme dans tout le pays, les premières morts civiles annoncées, jeudi 24 février, que Le Pen et Zemmour se sont empressés de rétropédaler par voie de communiqués. La première y appelle à la « cessation immédiate des opérations militaires russes en Ukraine ». Le second y« condamne sans réserve l’intervention militaire », qu’il qualifie d’« injustifiable ». Mais Eric Zemmour accuse aussi, peu après, dans une déclaration filmée en direct, les Occidentaux d’avoir envenimé la situation « depuis des années, avec l’expansion ininterrompue de l’OTAN ». Il appelle toujours à signer un traité pour garantir que l’Ukraine n’entrera « jamais » dans l’Alliance atlantique. « Comme ça, monsieur Poutine sera rassuré », ajoutait-il dimanche.

« C’est Poutine l’agressé ! »

Depuis plusieurs mois, Eric Zemmour et Marine Le Pen minimisaient les menaces lancées par Moscou, tout en reprenant la propagande du Kremlin sur de prétendues prétentions américaines. « Les Américains n’ont pas respecté leur parole et ont avancé, avancé [et] mangé petit à petit ce glacis », justifiait Zemmour sur France 5, il y a un mois, en comparant l’adhésion à l’OTAN à des annexions territoriales. Un discours en cohérence avec celui qu’il tenait sur CNews, en juin 2021 : « Il faut arrêter de faire de Poutine l’agresseur, c’est Poutine l’agressé ! Evidemment, après, il se défend. » « Le problème de l’Ukraine n’est pas une invasion, je n’y crois pas, assénait encore le candidat avec assurance, le 9 décembre sur France 2. La Russie, j’en prends le pari, n’envahira pas l’Ukraine. »

Marine Le Pen n’était pas en reste. « Je ne le crois pas du tout, je ne vois vraiment pas ce que les Russes feraient en Ukraine », martelait-elle le 7 février, sur Franceinfo. La candidate du Rassemblement national (RN) répétait ce qu’elle nomme elle-même les « éléments de langage » du Kremlin, en soutenant que « les Etats-Unis veulent absolument faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN, donc on est en train de créer un conflit qui n’a pas lieu d’être ». Mardi 22 février, elle estimait que « la France s’est soumise à une forme de guerre froide imposée par l’Union européenne, à l’écoute des Américains ».

Des positions constantes, mais qui comportent leurs contradictions. Si les deux candidats s’affirment souverainistes, Eric Zemmour et Marine Le Pen faisaient peu de cas de la souveraineté de l’Ukraine, Etat indépendant depuis 1991, membre de l’ONU, ayant inscrit légalement dans sa constitution, en 2019, son aspiration à adhérer un jour à l’Union européenne et à l’OTAN. Ce pays, déclarait Marine Le Pen en décembre 2021, dans un entretien au média polonais Rzeczpospolita, « appartient à la sphère d’influence russe ». Pour Eric Zemmour, « l’Ukraine n’existe pas », comme il le développe dans Un quinquennat pour rien (Albin Michel, 2016), puisque Kiev est, écrit-il, « le berceau de la civilisation russe ».

Profonde admiration pour Poutine

Patriotes autoproclamés, tous deux se sont évertués à affaiblir Emmanuel Macron, Marine Le Pen en le traitant de « petit télégraphiste » de Joe Biden ; Eric Zemmour en l’accusant d’être « impuissant », et même « le néant ». Jeudi 24 février, le candidat d’extrême droite a appelé le chef de l’Etat à se rendre de nouveau à Moscou et à Kiev pour « s’interposer » et réclamer un cessez-le-feu immédiat. Une position en totale contradiction avec ce qu’il soutenait quatre jours auparavant, en citant le « porte-parole de Vladimir Poutine qui a tout dit en une phrase  : “Emmanuel Macron est membre de deux organisations, l’Union européenne et l’OTAN, dont il n’est pas le chef.” C’est tout notre problème. Nous sommes vus par les Russes comme les petits télégraphistes de Washington. (…) Notre parole ne vaut rien, en vérité. » En écho, Marine Le Pen a déclaré jeudi que « la France devrait prendre l’initiative d’une réunion diplomatique », oubliant qu’elle avait deux jours avant étrillé « l’échec diplomatique » français.

A la place d’Emmanuel Macron, « j’essaierais de trouver une issue diplomatique à cette crise, à cette violation massive, évidente du droit international », a-t-elle réitéré, dans la soirée sur France 2. Elle s’est dit « tout à fait opposée à ce qu’on envoie des troupes françaises en Ukraine », sans évoquer les victimes ni l’inquiétude des pays européens proches de la Russie. Elle a tenté d’expliquer son opposition aux sanctions par le risque d’une baisse du pouvoir d’achat, jugeant « si ça entraîne une explosion des prix de l’énergie, alors ce sera un véritable drame pour la population française », malgré le bouclier tarifaire bloquant les tarifs réglementés de vente du gaz.

Les deux candidats vouent une profonde admiration à Poutine. En mars 2017, Marine Le Pen s’était rendue auprès du dirigeant russe à Moscou et avait vanté un « point de vue sur l’Ukraine qui coïncide avec celui de la Russie ». En septembre 2018, Eric Zemmour avait déclaré qu’il « rêv[ait] d’un Poutine français » puis, en septembre 2020, sur CNews, qu’il voyait en Poutine « l’allié qui serait le plus fiable, plus que les Etats-Unis, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne ». Dimanche, il discourait au pied du Mont-Saint-Michel (Manche) en agitant le spectre de « la prochaine guerre » et clamait qu’être président de la République, « c’est savoir regarder le pire en face, justement pour l’éviter ». Les deux candidats n’ont pas su regarder.

Voir aussi:

Poutine: la patiente reconquête du petit kagébiste, métamorphosé en champion de l’Empire russe
Laure Mandeville
Le Figaro
25 février 2022

RÉCIT – L’ancien lieutenant-colonel du KGB, marqué par la chute du mur de Berlin, a autorisé une opération militaire en Ukraine. Une forme de revanche.

Vladimir Poutine a sonné l’heure de la revanche. L’heure de régler enfin ses comptes avec l’Histoire. Avec l’Ukraine. Et avec l’Occident. Rien ne peut être compris de la folle aventure qui a commencé ce jeudi au petit jour avec l’attaque massive par la terre et par l’air lancée par l’armée russe à travers tout le territoire ukrainien, si on n’a pas en tête que l’homme tout-puissant qui est aux commandes de la Russie veut se venger. Avec un grand V.

«Nous allons démilitariser et dénazifier l’Ukraine», a-t-il lancé à la face du monde, en annonçant «une opération spéciale», utilisant – ce qui est loin d’être un hasard – un vocable propre aux tchékistes de l’époque soviétique pour désigner la guerre qu’il a déclaré à l’Ukraine. Il s’agit d’une reconquête. Où s’arrêtera-t-elle?

La chute du mur de Berlin

Pour comprendre cette obsession de vengeance, il faut remonter des années en arrière à cette journée historique du 8 au 9 novembre 1989, qui soudain voit des milliers d’Allemands escalader le mur de Berlin en train de tomber. À l’époque, le lieutenant-colonel du KGB Vladimir Poutine, 39 ans, est basé à Dresde, en RDA, avant-poste de la présence militaire soviétique. Mais son cœur n’est pas à l’unisson des foules en liesse qui dansent et pleurent à travers le pays pour célébrer les retrouvailles émues des deux Allemagnes et la réunification en marche de l’Europe. Il est du côté des vaincus. Son monde, celui de la superpuissance soviétique invincible qui tenait dans ses griffes la moitié de l’Europe, est en train de s’écrouler comme un château de cartes, sous ses yeux stupéfiés.

Le 5 novembre, il a vu des foules prendre d’assaut et investir le siège de la redoutée police politique allemande, la Stasi, à quelques rues seulement de la grosse maison blanche où se trouve le siège des services spéciaux soviétiques, au 4, rue Angelika. Et voilà que dans la nuit du 8 au 9 novembre, une foule de quelques centaines de personnes pénètre dans le jardin du propre QG du KGB. C’est Vladimir Poutine qui sort avec un pistolet pour leur faire face et les prévenir de ne pas forcer le passage, d’après ce qu’il en racontera dans ses Conversations à la première personne. «Qui êtes-vous? Vous parlez trop bien allemand», lui lancent les manifestants. «Un interprète», répond-il sans perdre son sang-froid, tirant apparemment en l’air pour qu’ils se dispersent. «La situation était sérieuse… Les gens étaient agressifs. J’ai téléphoné à notre base militaire… Mais on m’a répondu: nous ne pouvons rien faire sans ordre de Moscou. Et Moscou se tait», raconte Poutine dans son livre.

Ce «Moscou se tait», une phrase capitale pour comprendre la suite. Elle explique 2022. «J’ai eu alors le sentiment que le pays n’existait plus. Il était clair que l’Union soviétique était très malade. Cette maladie mortelle avait un nom: la paralysie du pouvoir», ajoutera-t-il, avant d’évoquer les journées suivantes passées à «brûler tous les documents secrets dans la chaudière» de la maison, à une cadence telle qu’elle «explosera».

Un retour rude

Pour cet espion, dont l’enfance a été baignée par la propagande des films d’espionnage sur la grandeur de la mère patrie, c’est l’heure de la retraite, humiliante. Tandis que des centaines de milliers de soldats soviétiques plient bagage dans une ambiance de déroute, Vladimir Poutine quitte Dresde à son tour en février 1990, emportant la machine à laver qu’il a acquise et quelques leçons de haute politique…

Direction Leningrad, la ville où il a grandi, dans un appartement communautaire d’une pièce, élevé par des parents largement absents, sous l’influence de petits caïds de rue avant d’intégrer le KGB. «J’étais une petite frappe», explique-t-il dans À la première personne, un milieu dont il a conservé l’art de l’intimidation et du rapport de force, ainsi qu’un langage parfois ordurier et brutal. Un naturel qui vient de ressurgir.

Le retour est rude, après des années d’une vie privilégiée en RDA. Tandis que le pays se lance dans une véritable frénésie d’ouverture pour secouer les fondements idéologiques du système communiste, Vladimir Poutine doit faire un temps le taxi dans la Volga qu’il a payée avec ses économies allemandes. «J’avais l’impression que Volodia avait perdu le sens de sa vie», racontera sa femme Lioudmilla. Cette situation, et les attaques répétées dont le KGB (organisation criminelle qui a terrorisé son peuple) est l’objet, le fait enrager. Pourtant, dans la tourmente, les agents s’organisent, créant des réseaux, investissant les nouveaux partis et les entreprises qui se créent, préparant en secret leurs arrières et leur reconversion. Recruté comme vice-recteur par l’université de Leningrad, Poutine va lui aussi se raccrocher aux branches. Faire sa route dans un monde auquel il n’est pas préparé, tout en restant solidement arrimé à sa maison d’origine (avec laquelle il maintiendra son affiliation jusqu’au putsch d’août 1991). «Je suis spécialiste des relations avec les gens», dit-il mystérieusement à ceux qui l’interrogent. En 1990, Anatoli Sobtchak, figure du mouvement démocratique et brillant professeur de droit dont il a été l’élève, l’appelle à la mairie pour en faire son collaborateur, quand il remporte les élections municipales de 1990.

La reconquête

Pour Vladimir Poutine commence alors ce qu’il faut bien appeler la reconquête. En dix ans, elle va le mener au Kremlin, en trois temps. Le temps de l’infiltration/intégration des nouvelles structures démocratiques qui émergent avant et surtout après le putsch raté d’août ; le temps de l’installation au pouvoir qui commence en 2000, après sa nomination en 1999 au poste de premier ministre d’un Boris Eltsine chancelant qui cherche un successeur ; et le temps de la reconquête extérieure, qui s’affirme à partir de l’invasion militaire de la Géorgie en 2008.

Sur la première période, tous ceux qui ont étudié sa biographie savent à quel point ses années au poste de président du Comité pour les relations extérieures de la mairie de Saint-Pétersbourg sont importantes pour comprendre les entrelacs et les réseaux de la planète Poutine. C’est là dans le séisme de la fin de l’URSS et les décombres du communisme, qu’il apprend à naviguer dans les eaux sulfureuses et corrompues du capitalisme sauvage qui relie souterrainement pouvoir, structures de sécurité, business et réseaux mafieux. Là qu’il noue ses amitiés solides avec toute une série de personnages liés au KGB et au monde des affaires, regroupé autour d’un coopératif de datchas, la «coopérative Ozero». Ils deviendront les nouveaux «princes» de la Russie poutinienne.

C’est aussi dans ces années saint-pétersbourgeoises qu’il devient «l’allié» du démocrate Anatoli Sobtchak, gagnant sa confiance, tissant sa toile dans l’ombre avec discrétion, avant d’être propulsé en 1997, en remerciement de ses loyaux services, au Kremlin, à la direction des biens de la présidence, un immense empire quasi occulte couvrant tous les biens mobiliers et immobiliers relevant du chef de l’État. Poutine, un tchékiste qui a appris à l’école du KGB à renvoyer à ses interlocuteurs l’image qu’ils affectionnent, gagne peu à peu du galon. Mais que pense-t-il vraiment? La famille Eltsine et le petit groupe d’oligarques qui gravite autour du pouvoir comme des vautours, le juge en tout cas suffisamment «sûr» pour le nommer chef du KGB. C’est là qu’il montrera sa loyauté en orchestrant sans ciller la destruction du clan du maire de Moscou et de son allié Evgueni Primakov, qui est alors premier ministre.

L’empoignade entre clans russes va finalement propulser cet inconnu du KGB au poste de premier ministre de Russie en 1999, sur fond de petite guerre au Caucase et d’attentats terroristes à travers la Russie. Les attentats sont attribués sans preuve aux Tchétchènes et l’invasion de la Tchétchénie lancée. C’est la première opération militaire supervisée par Poutine et elle est massive et impitoyable, faisant plus de 100.000 morts. En quelques mois, la popularité du nouveau premier ministre grimpe en flèche dans une population qui rêve de vengeance. Dès lors, la passation de pouvoirs anticipée qui est orchestrée dans la soirée du 31 décembre 1999 entre Eltsine et lui.

Un compromis historique

Beaucoup sont persuadés que ces attaques ont été précisément organisées pour lui tailler un habit de sauveur. Ce sera l’accusation formulée par le général Alexandre Lebed, avant qu’il ne périsse dans un accident d’hélicoptère. C’est aussi la thèse du russologue américain David Satter. «Nous remettrons de l’ordre», lance sobrement le petit homme discret aux yeux transparents, devant les députés stupéfiés quand il surgit sur la scène politique. Personne, sur le moment, ne croit que Poutine puisse durer. Ils ont tort. Dans les coulisses, un accord a été conclu entre les structures de force qui veulent leur revanche et les oligarques qui contrôlent les richesses. Tchékiste, mais proche des «libéraux», Poutine semble incarner un compromis historique. Mais seuls ceux qui l’ont promu croient à ce fameux compromis. Pas lui! «Il est malléable», nous confie l’influent oligarque Boris Berezovski. Comme il se trompe! La Russie ne sait pas encore qu’elle s’est donné un maître. Et que 22 ans plus tard, il sera toujours là…

Car d’emblée, dans la deuxième phase de la reconquête, Poutine va s’en prendre sans hésiter à ceux qui l’ont «fait». En quelques années, tous les oligarques dominants sont chassés à l’étranger, ou matés, par le nouvel homme fort au nom de la «dictature de la loi». C’est en réalité une logique de contrôle systématique, que choisit le nouveau président. Il s’en prend aussi avec brutalité à la presse, puis aux gouverneurs, aux partis d’opposition, à la Douma, mettant peu à peu en coupe réglée tous les contre-pouvoirs. Loin d’agir en arbitre, il installe son clan de Saint-Pétersbourg aux commandes. La supposée remise en ordre cache en réalité une nouvelle étape du pillage organisé, mais cette fois sous contrôle des tchékistes.

Capacité à jouer sur tous les tableaux

Au départ, l’Occident hésite sur la nature de Poutine. Sa capacité à jouer sur tous les tableaux, à alterner tous les visages qu’il a appris à adopter pendant sa montée éclair vers le pouvoir – celui du réformateur, celui du guerrier, celui du législateur – déconcerte ses interlocuteurs, qui s’interrogent sur la nature de ses intentions, modernisatrices ou impériales. Mais peu à peu, la reconquête va déborder vers l’empire. Cela commence en réalité dès le début des années 2000 avec toutes les opérations hybrides de déstabilisation et d’infiltration qu’il déclenche, des pays Baltes, à la Géorgie et l’Ukraine. La rage que provoquent les révolutions de couleur qui balaient les régimes pro-russes installés en Ukraine et en Géorgie va accroître son désir de revanche. Convaincu d’être encerclé par un Occident qui cherche à déstabiliser son propre pouvoir, Poutine va dès lors, contre-attaquer par la guerre hybride: désinformation, cyber-attaques, achat d’élites, et finalement la force militaire.

Il est frappant de constater que de 2000 à 2022 Vladimir Poutine a finalement peu hésité à utiliser la force, de la Tchétchénie, à la Géorgie, en passant par la Syrie et aujourd’hui l’Ukraine. Il a aussi beaucoup utilisé la violence, allant éliminer ses adversaires là où ils se trouvaient comme on le vit avec les anciens espions Litvinenko et Skripal, assassinés avec des poisons. Il est aussi à l’offensive à l’Ouest, où il a multiplié les offensives de charme et de propagande et les attaques contre les élections. Il y a cultivé des alliés politiques. Et chaque nouvelle crise l’a convaincu de la pusillanimité de l’Occident, de sa décadence et de ses divisions. L’intellectuel Vladimir Pastoukhov, très inquiet, est persuadé que l’invasion actuelle de l’Ukraine cache en réalité un projet beaucoup plus vaste, visant à défaire l’Occident, avec une pression maximale, pour le faire imploser de l’intérieur par une guerre d’usure tous azimuts, allant de l’effet de la sidération à l’intimidation. Pourrait-il tenter sa chance vers les pays Baltes pour détruire la légitimité de l’article 5 de l’Otan? À Moscou, les opposants abasourdis par l’audace de l’attaque disent se demander si leur «tsar» «de ténèbres», ivre de toute-puissance, n’a pas perdu la tête. Le journaliste Alexandre Nevzorov estime par exemple que «l’on assiste aux obsèques de la Russie», pas à celles de l’Ukraine. «Il n’y a personne qui puisse l’arrêter», note le rédacteur en chef de Novaya Gazeta, Dmitri Mouratov, qui dit sa «honte».

Voir également:

« Face à Poutine, ce n’est pas en paroles qu’il faut réagir, mais en actes mis en place sans crier gare »
Après la « claque » infligée au chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, à Moscou, le 5 février, l’universitaire spécialiste de la Russie Françoise Thom préconise, dans une tribune au « Monde », que l’Union européenne adopte une politique « résolue de sanctions dures » et de riposte aux provocations.
Françoise Thom
Le Monde
21 février 2021

S’il est une leçon que l’on peut tirer de la visite calamiteuse du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, à Moscou, c’est qu’il est temps pour l’Union européenne (UE) de repenser de fond en comble sa politique russe. Car le comportement de Moscou à cette occasion a révélé une chose : le Kremlin considère désormais que l’UE est moribonde et qu’on peut impunément rouer de coups le lion devenu vieux. Mais ce n’est pas parce qu’il se tournerait vers la Chine, comme le ressasse l’orchestre de Moscou. C’est parce qu’une autre structure européenne, patiemment construite par la Russie depuis des années, est prête à prendre la relève.

Il s’agit du réseau des relations bilatérales tissé par le Kremlin avec les principaux pays européens, grâce auquel la Russie espère acquérir une place centrale et prépondérante en Europe. La France ne cesse d’appeler à un « partenariat stratégique » avec Moscou ; les successeurs présumés d’Angela Merkel ont les yeux fixés sur les juteux contrats que le Kremlin fait miroiter devant eux.

L’Angleterre, seul pays considéré comme réfractaire par la Russie, est maintenant hors jeu grâce au Brexit. Le traitement humiliant démonstrativement infligé à Josep Borrell montre que le Kremlin entend désormais faire de la question russe un « boutoir » contre ce qu’il reste de l’UE.

Se débarrasser des clichés
Il est par conséquent urgent pour l’Union de formuler une politique russe cohérente qui permette de resserrer les rangs et d’éviter à l’avenir les désastres comme celui auquel nous venons d’assister. Pour cela, il faut d’abord se débarrasser des clichés qui nous collent à la peau et qui défilent déjà de nouveau, quelques jours après la volée de bois vert infligée à M. Borrell : « Il faut maintenir le dialogue », « le mur du silence n’est pas une option », il faut « trouver des domaines où la coopération est possible », les Occidentaux ont « humilié la Russie », etc.

Ce genre de rhétorique a persuadé Moscou qu’on peut souffleter les Européens, et qu’ils tendront l’autre joue. Ceux qui préconisent le « dialogue » ne voient pas que toute main tendue de l’Occident est perçue en Russie soit comme une agression camouflée – l’expression du projet prêté à l’Occident de « démembrer la Russie » pour mettre le grappin sur ses richesses –, soit comme le signal d’une disposition à la capitulation de « l’adversaire » (car le Kremlin considère comme des adversaires tous les pays qui ne sont pas des dictatures).

« Une bonne politique russe est une politique où on en fait le moins possible, où l’on parle le moins possible, une politique d’isolement »
Il résulte de ceci que toute démarche des Occidentaux à l’égard de la Russie se retournera contre eux. Une bonne politique russe est une politique où on en fait le moins possible, où l’on parle le moins possible, une politique d’isolement, sans les déclarations fracassantes, sans les menaces creuses, qui nourrissent à la fois la paranoïa et l’arrogance des occupants du Kremlin.

Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas marquer le coup quand Moscou pratique le fait accompli, agresse ses voisins ou se livre à des répressions. Toutefois ce n’est pas en paroles qu’il faut réagir, mais en actes, et en actes mis en place sans crier gare, à la manière des opérations spéciales qu’affectionne le président Poutine. Si nous nous donnons le luxe d’être imprévisibles, Poutine cessera de jouer sur le velours. Ceci concerne avant tout les sanctions.

Soyons « réalistes »
On nous dit que les sanctions sont inutiles, qu’elles permettent au régime de provoquer un sursaut patriotique autour du pouvoir ; on laisse entendre que les sanctions sont imposées par les Etats-Unis à une Europe qui ne demanderait pas mieux que de manifester son « indépendance » en pratiquant une politique accommodante avec Moscou, bref que les Européens doivent être « réalistes », privilégier leurs « intérêts », assurer leur « sécurité énergétique » en soutenant le Nord Stream 2 [projet de gazoduc entre la Russie et l’Allemagne].

Justement, soyons « réalistes » et réfléchissons où sont nos vrais « intérêts », sans que le Kremlin nous dicte le sens qu’il faut attribuer à ces termes. D’abord, contrairement à ce qu’on ne cesse de prétendre, les sanctions marchent, et c’était déjà le cas à l’époque soviétique. Les archives montrent qu’elles ont dissuadé Khrouchtchev de pratiquer l’escalade au moment de la crise de Berlin [entre 1958 et 1962], qu’elles ont dissuadé Brejnev et Andropov d’intervenir en Pologne en 1981 [au moment des grèves massives conduites par le mouvement Solidarnosc].

Si des sanctions sérieuses avaient été adoptées après le démembrement de la Géorgie en 2008, au lieu du pathétique « reset » [la relance des relations russo-américaines voulue par le président Obama], on aurait évité l’annexion de la Crimée, en 2014.

Mais venons-en aux relations économiques, dont on nous assure qu’elles vont permettre un rapprochement entre l’Europe et la Russie. C’est oublier que pour Moscou, les relations d’affaires sont avant tout un instrument de projection de la puissance et de l’influence russe. En devenant le fournisseur de pétrole et de gaz de l’Europe, le Kremlin se crée de puissants oligarques au sein des élites politiques occidentales, qui, comme les oligarques russes, sont autorisés à s’enrichir à condition de servir Moscou. Les grandes sociétés faisant des affaires en Russie deviennent les vecteurs de la politique russe en Europe.

Viser les oligarques
Quant à la « sécurité énergétique » qu’assurerait le Nord Stream 2, souvenons-nous de la manière dont le Kremlin ferme les robinets du gaz aux pays de « l’étranger proche » qui ont le malheur de lui déplaire. L’Europe a-t-elle vraiment « intérêt » à se passer la corde au cou ? A-t-elle « intérêt » à augmenter les flux financiers vers la Russie, quand on sait que ces ressources vont alimenter la guerre hybride menée contre les Occidentaux, acheter notre classe politique, nos médias et nos think tanks, financer le déploiement de nouveaux missiles braqués contre l’Europe ?

Les sanctions sont un outil efficace, surtout si elles visent les oligarques et les siloviki [soit « les hommes en uniforme », issus des services de sécurité russes – le KGB, puis le FSB] proches du pouvoir, ou si elles entravent le développement des secteurs de puissance de la Russie (énergétique et armement), les seuls qui comptent aux yeux du Kremlin. Une politique résolue de sanctions dures obligerait les hommes du Kremlin à se demander si la politique de confrontation voulue par le président Poutine est vraiment conforme aux intérêts nationaux russes.

La claque infligée à Josep Borrell n’est pas seulement l’expression d’un mouvement d’humeur du Kremlin mécontent du soutien étranger à l’opposant Alexeï Navalny. Elle jette une lumière crue sur un aspect essentiel de la stratégie du Kremlin. Il s’agit de faire une démonstration éclatante de la faiblesse des Occidentaux, pour hâter l’avènement d’un ordre, ou plutôt, d’un désordre international postoccidental. C’est un signal lancé à Xi Jingping, Erdogan et consorts : voyez, nous pouvons impunément nous essuyer les pieds sur l’UE et elle passera par nos volontés.

C’est pourquoi, si nous voulons éviter que Poutine fasse des émules, la première règle que les Européens doivent adopter est de ne plus faire étalage de leur faiblesse et de leur désunion, de riposter sans tarder aux humiliations publiques et aux provocations. Mieux vaut agir sans parler que parler sans agir. Dans le monde de voyous qui nous entoure, il est temps que l’UE apprenne à se faire craindre.

Françoise Thom est historienne spécialiste de la Russie et autrice de « Comprendre le poutinisme » (Desclée de Brouwer, 2018).

Voir également:

Que signifie l’ultimatum russe aux occidentaux ?
Françoise Thom
Desk Russie.eu
30 décembre 2021

Le 17 décembre, le ministère des Affaires étrangères russe a dévoilé deux projets de textes — un « Traité entre les États-Unis et la Fédération de Russie sur les garanties de sécurité » et un « Accord sur les mesures pour assurer la sécurité de la Fédération de Russie et des États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord [OTAN] ». L’objectif déclaré de Moscou est d’obtenir « des garanties juridiques de sécurité de la part des États-Unis et de l’OTAN ». Moscou a mis en demeure les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN de satisfaire sans tarder les revendications russes.

« Les deux textes ne sont pas rédigés selon le principe d’un menu, où l’on peut choisir l’un ou l’autre, ils se complètent et doivent être considérés comme un ensemble », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov. Le deuxième texte constitue en quelque sorte une garantie parallèle car « le ministère russe des Affaires étrangères est pleinement conscient que la Maison Blanche peut ne pas faire face à ses obligations, et il existe donc un projet de traité distinct pour les pays de l’OTAN ». La manœuvre russe consiste à lier l’OTAN par les Etats-Unis, les Etats-Unis par l’OTAN. Il n’y a rien à négocier, il faut tout accepter en bloc.

Certains médias russes, comme le journal numérique Vzgliad, triomphent déjà : « Le monde d’avant et le monde d’après le 17 décembre 2021 sont des mondes complètement différents… Si jusqu’à présent les États-Unis tenaient le monde entier sous la menace des armes, ils se retrouvent désormais eux-mêmes sous la menace des forces militaires russes… Une nouvelle ère s’ouvre, de nouveaux héros arrivent, et un nouveau Danila Bagrov [personnage du truand patriotique dans le film populaire Brat], levant sa lourde poigne et regardant dans les yeux son interlocuteur, demande à nouveau doucement : quelle est ta force, l’Américain ? »

Un chantage orchestré

Le chantage russe est explicite et s’adresse à la fois aux Américains et aux Européens. Si les Occidentaux n’acceptent pas l’ultimatum russe, ils devront faire face « à une alternative militaire et technique », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Alexandre Grouchko : « les Européens doivent aussi réfléchir s’ils veulent éviter de faire de leur continent le théâtre d’un affrontement militaire. Ils ont le choix. Soit prendre au sérieux ce que l’on met sur la table, soit faire face à une alternative militaro-technique ». Après la publication du projet de traité, la possibilité d’une frappe préventive contre des cibles de l’OTAN (similaires à celles qu’Israël a infligées à l’Iran), a été confirmée par l’ancien vice-ministre de la Défense Andrei Kartapolov (Comité de défense de la Douma) : « Nos partenaires doivent comprendre que plus ils feront traîner l’examen de nos propositions et l’adoption de vraies mesures pour créer ces garanties, plus grande est la probabilité qu’ils subissent une frappe préventive. »

Pour que les choses soient claires, la Russie a procédé le 24 décembre au tir d’une «salve» de missiles hypersoniques Zircon. Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a ainsi commenté cet événement : « Eh bien, j’espère que les notes [du 17 décembre] seront ainsi plus convaincantes ». L’éditorialiste Vladimir Mojegov renchérit : « Quels sont nos arguments ? Ce sont, bien sûr, avant tout nos alliés les plus fiables — l’armée et la marine. Pour être plus précis, le missile hypersonique Zircon (« tueur de porte-avions », comme on l’appelle affectueusement en Occident), qui rend absurde pour les États-Unis d’avoir une flotte de porte-avions. L’impact du Zircon fend un destroyer comme une noix. Plusieurs Zircons coulent immanquablement un porte-avions. Le Zircon fait simplement son travail : il tire méthodiquement sur d’énormes porte-avions maladroits, comme un revolver sur des canettes.»

Un article de Svpressa éloquemment intitulé « L’ultimatum de Poutine : la Russie, si vous voulez, enterrera toute l’Europe et les deux tiers des États-Unis en 30 minutes » met les points sur les i : « Le Kremlin devra prouver par des actes le bien-fondé de sa position. Il n’est probablement possible de forcer les « partenaires » à s’asseoir à la table des négociations que par la contrainte. Économiquement, la Fédération de Russie ne peut rivaliser avec l’Occident. Il reste la guerre. » L’expert militaire Konstantin Sivkov cité dans le même article estime que « pour amener les États-Unis et l’OTAN à la table des négociations, une sorte de super arme est nécessaire. Pour le moment, la Russie ne montre pas ce potentiel à ses adversaires. Mais il existe. La Russie a la capacité d’utiliser des munitions super puissantes d’une capacité allant jusqu’à 100 mégatonnes. […] Nous devons répéter que nous ne sommes pas intéressés par un monde sans la Russie, comme Poutine l’a dit un jour, et démontrer notre détermination à frapper si l’OTAN s’élargit. Après cela, je peux vous assurer qu’ils [les Occidentaux] auront peur. Rien d’autre ne peut les arrêter. […] Il est naïf de compter sur des procédés diplomatiques. […] La démarche de la Russie est un signal indiquant que des mesures déjà radicales vont être prises. Vous avez refusé, alors tant pis… »

Ce qui est en jeu

A lire la presse occidentale, on a l’impression que rien ne se passe. Les Occidentaux semblent ne pas comprendre ce qui est en jeu. Ils s’imaginent que seul se décide le sort de l’Ukraine, qui les préoccupe moins que celui de l’Arménie, à en juger par les pèlerinages de nos candidats à la présidentielle. En France nombre de responsables trouvent normal que la Russie réclame une sphère d’influence. Ils ressemblent à ceux qui en 1939 croyaient que les revendications d’Hitler se bornaient à Dantzig. Or il suffit de jeter un coup d’œil aux textes proposés par Moscou pour comprendre que les enjeux sont tout autres.

L’ultimatum russe exige que soient « juridiquement fixés : le renoncement à tout élargissement de l’OTAN [vers l’est], l’arrêt de la coopération militaire avec les pays postsoviétiques, le retrait des armes nucléaires américaines de l’Europe et le retrait des forces armées de l’OTAN aux frontières de 1997 ». La Russie et les États-Unis s’engagent à ne pas déployer d’armes nucléaires à l’étranger et à retirer celles déjà déployées, ainsi qu’à éliminer les infrastructures de déploiement d’armes nucléaires en dehors de leur territoire. L’article 4 stipule notamment que « la Fédération de Russie et tous les participants qui étaient, au 27 mai 1997, des États membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, ne déploient pas leurs forces armées et leurs armements sur le territoire de tous les autres États européens en plus des forces postées sur ce territoire au 27 mai 1997 ». Et l’article 7 précise que « les participants, qui sont des États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, renoncent à mener toute activité militaire sur le territoire de l’Ukraine, ainsi que des autres États d’Europe orientale, de Transcaucasie et d’Asie centrale ».

Sont concernés les quatorze États d’Europe orientale et des Balkans devenus membres de l’OTAN ces vingt-quatre dernières années : « Ainsi en plus de l’espace post-soviétique, l’initiative de Moscou englobe un large éventail de pays situés entre l’Europe occidentale et la Russie. Mais ce sont principalement la Pologne et les États baltes qui sont visés car des forces supplémentaires de l’Alliance de l’Atlantique Nord y ont été déployées comme il a été décidé lors du sommet de l’OTAN de Varsovie en 2016. » Bref, « l’initiative russe pourrait aider les Américains à quitter tranquillement l’Europe centrale et orientale », titre le très officiel think tank Russtrat. Mais il ne s’agit pas que de cela : « le lien établi entre la notion d’« intérêts fondamentaux de sécurité » (qui est introduite pour la première fois) et la portée des missiles oblige les États-Unis à s’abstenir d’entrer dans nos mers (principalement la mer Noire, mais aussi celles du nord : la Baltique, Barents, Okhotsk), et de mettre fin aux vols de bombardiers américains (compte tenu de la portée réelle des « Tomahawks » d’environ 1800 km), pratiquement sur toute l’Europe et la majeure partie de l’Asie. Il en est de même du Japon, pour lequel l’acceptation des clauses du Traité signifie la désoccupation et la liquidation des bases américaines… »

En résumé, « les parties excluent le déploiement d’armes nucléaires en dehors du territoire national et ramènent sur le territoire national les armes déjà déployées en dehors du territoire national au moment de l’entrée en vigueur du présent Traité. » Le commentateur Piotr Akopov souligne : « La Russie a maintenant on ne peut plus nettement tracé ses lignes rouges. [Elles supposent] non seulement le refus d’étendre l’OTAN à l’Est, mais aussi, comme indiqué dans le projet d’accord avec l’alliance, le refus « de mener toute activité militaire sur le territoire de l’Ukraine, ainsi que d’autres États d’Europe de l’Est, de Transcaucasie et d’Asie centrale». En précisant: « Il est clair que les États-Unis ne rapatrieront leurs armes nucléaires que lorsque le projet anglo-saxon de domination mondiale s’effondrera enfin, mais il est bon de préparer le terrain… Si l’Occident ne veut pas remarquer nos lignes rouges (plus précisément, s’il fait semblant de ne pas vouloir les remarquer), alors c’est avant tout son problème, pas le nôtre ».

Et qu’offre la Russie en échange de toutes les concessions exigées des Occidentaux ? Propose-t-elle d’évacuer l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud, la Crimée, le Donbass, puisqu’elle parle de revenir à la situation de 1997 ? Que nenni. En retour elle se dit prête… à s’engager à ne pas menacer la sécurité américaine. On se souvient d’une boutade en cours au moment de la guerre froide : « Ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous est négociable ».

En un mot la Russie exige que l’OTAN se fasse harakiri, et que les Etats-Unis soient ramenés au rôle d’une puissance régionale. Vzgliad invite l’Amérique « à se mettre derrière ses colonnes d’Hercule et à se tenir à carreau sur ses « îles ». Et cela veut dire que de facto (quelle que soit la réponse à ces propositions) le « monde américain » en tant que tel pour la Russie a cessé d’exister ». Du coup la Russie aura la haute main en Europe. Les pays d’Europe de l’Ouest sont déjà considérés comme acquis, Moscou comptant sur le vivier de collaborateurs qu’elle a cultivés pendant des années au sein des élites dirigeantes européennes : elle vient d’envoyer à ceux-ci un signal fort en nommant François Fillon administrateur du géant de la pétrochimie Sibur. Privés du soutien américain, les pays « russophobes » qui cristallisent la résistance à l’hégémonie de Moscou n’auront plus qu’à se plier à l’inévitable : toujours selon Russtrat, « Bien sûr, la Pologne et les pays baltes seront mécontents. Mais ils seront probablement les seuls à s’opposer au retrait américain d’Europe centrale et orientale. Après tout, le reste des « Jeunes Européens » est guidé par la position du « noyau » de l’Union européenne [les pays d’Europe occidentale], et ils n’ont pas de complexes anti-russes stables. »

Ce « noyau » « ne partage pas les sentiments russophobes et antirusses [des pays d’Europe centrale et orientale], est conscient du retrait inévitable des Américains d’Europe centrale et orientale et ne veut pas s’en mêler. […] Il vaut mieux que les États-Unis s’entendent avec Moscou, tout en se déchargeant du problème d’assurer la sécurité de l’Europe centrale et orientale sur le « noyau » de l’Union européenne, la France et l’Allemagne, qui sont en faveur de « l’autonomie stratégique » de l’UE. » Ce n’est pas sans raison que Riabkov a fait remarquer que l’initiative russe a « un potentiel puissant pour la formation de la sécurité européenne ». Le 18 décembre, il précise: « Nous proposons des négociations sur une base bilatérale avec les États-Unis. Si nous y impliquons d’autres pays, nous allons tout simplement noyer tout cela dans les parlotes et le verbiage. J’espère que les Américains ne sous-estiment pas à quel point tout a changé, et pas pour le mieux ».

Moscou mise sur l’effet démoralisant sur l’Europe de cette négociation russo-américaine sur son sort dont elle est exclue et sur la faiblesse de la partie américaine en l’absence des alliés européens. L’Union européenne voulait participer. Mais Moscou a imposé mordicus le format bilatéral avec Washington. Le sénateur russe Alexeï Pouchkov explique pourquoi : à ses yeux les pays européens s’efforcent de participer aux négociations pour les saboter. Or « la perspective d’accords ne dépend que des relations entre la Russie et les Etats-Unis ». Seules les autorités américaines contrôlent le vol de leurs bombardiers près des frontières de la Russie, et sont également capables de déployer des systèmes de missiles américains sur le territoire de l’Ukraine. Alors que les pays européens ne possèdent pas d’armes qui pourraient menacer la Russie et ne sont pas indépendants pour ce qui est du déploiement de ces armes sur leur territoire.

Le pacte Ribbentrop-Molotov n’est jamais loin dans la tête des dirigeants du Kremlin. C’est aussi une question de statut, et le reflet de l’obsession de Poutine d’effacer l’effondrement de l’URSS. Comme le souligne Nezavisimaya Gazeta, « La Russie a agi comme l’héritière de l’URSS, la deuxième superpuissance, qui se considère en droit de négocier avec l’Occident sur un pied d’égalité. » En négociant d’égal à égal avec le président des Etats-Unis Poutine démontre en même temps aux Russes que sa position de capo est reconnue par les maudits Occidentaux. Le sentiment d’avilissement qu’ils éprouvent au fond d’eux-mêmes en se pliant au despotisme se dissipe au spectacle de l’humiliation des Occidentaux : eux aussi courbent l’échine devant Poutine. La propagande du régime sait admirablement jouer de ces cordes sensibles.

Pourquoi cet ultimatum russe ?

Il est important de comprendre quelles motivations ont poussé Poutine à lancer ce défi aux pays occidentaux. Comme toujours le comportement russe est dicté par une analyse soigneuse de la « corrélation des forces », qui, selon les experts du Kremlin, vient de basculer en faveur des puissances révisionnistes anti-occidentales. Après 20 ans de préparation à la guerre, la position russe est jugée forte comme jamais, à en croire le think tank Russtrat : « Au cours de la prochaine année et demie, la Russie modifiera considérablement l’équilibre du pouvoir planétaire. […] La situation historique actuelle de la Russie est unique. L’État s’est préparé aux défis majeurs qui peuvent survenir sous une pression critique. D’énormes réserves ont été accumulées, y compris en or. Des plans nationaux d’infrastructure financière et d’information ont été créés et lancés. La numérisation a commencé à englober l’ensemble de l’économie, l’amenant à un nouveau niveau de compétitivité. L’expansion de notre propre base industrielle, y compris dans des domaines high-tech très sensibles, se fait à pas de géant, le « fossé technologique » se comble. Nous sommes sortis de la dépendance critique dans le domaine de la sécurité alimentaire. […] L’armée est depuis cinq ans la première de la planète. Dans ce domaine, le « fossé technologique » est en notre faveur et ne fait que s’élargir… De plus, l’explosion de l’inflation planétaire entraîne une crise énergétique, ce qui rend les Européens, pour la plupart, beaucoup plus accommodants et exclut un blocus de nos approvisionnements énergétiques, QUOI QUE NOUS FASSIONS. […] » Si la Russie et la Chine coordonnent leurs actions à l’encontre de l’Ukraine et de Taïwan respectivement, « tout deviendra beaucoup plus simple pour nous. Et pour la Chine aussi, de laquelle nous détournerons l’attention, ce qui nous libérera encore davantage les mains…» Bref,« la Russie a restauré son poids dans l’arène internationale au point qu’elle est capable de dicter ses propres conditions dans l’élaboration de la sécurité internationale. » Quant à « l’empire décrépit des Stars and Stripes, affaibli par les LGBT, BLM, etc., il est clair qu’il ne survivra pas à une guerre sur deux fronts. »

Car en face, les Etats-Unis affrontent une crise sans précédent, avec une inflation galopante, des pénuries d’approvisionnement, un président faible, une société plus divisée que jamais. Du coup, comme le note Irina Alksnis dans RIA Novosti, « la Russie ainsi que la Chine et d’autres puissances œuvrant à la transformation du système mondial […] disposent d’une fenêtre d’opportunité pour accélérer l’expulsion des États-Unis du trône mondial en augmentant la pression sur eux. Car si l’affaiblissement de l’Occident est en cours depuis un certain temps, les phénomènes de crise actuels indiquent que le processus est passé à un niveau qualitativement nouveau, et il serait donc insensé de ne pas saisir cette chance. D’autant plus que, pour notre part, nous avons achevé de nous donner nos propres mécanismes et outils stratégiques — alternatifs à ceux de l’Occident — nécessaires au bon fonctionnement de l’économie nationale et des relations avec les autres pays, qu’il s’agisse de la production de biens, des règlements monétaires, de la diffusion d’informations, etc…»

D’où la démarche du Kremlin : « Il ne s’agit pas de propositions de discussion, mais bien d’un ultimatum — d’une demande de reddition inconditionnelle. L’Occident n’a pas d’autre choix que de perdre la face — à moins de tenir fièrement bon et d’entrer en guerre avec la Russie. À en juger par la façon dont les Occidentaux ont commencé à s’agiter de l’autre côté, ils en sont bien conscients. » En brandissant la menace d’une guerre, fait remarquer RIA Novosti, « Moscou souligne que la Russie est prête — moralement, techniquement et dans tous les autres sens du terme — à toute évolution des événements. Et la réputation qu’elle a acquise au cours des années précédentes confirme que les Russes seront effectivement prêts à recourir à la force s’ils l’estiment nécessaire. Il convient de rappeler les propos de Vladimir Poutine, qui a déclaré sans ambages cet été que si la Russie coulait le destroyer britannique responsable d’une provocation au large des côtes de Crimée, il n’y aurait pas de conséquences majeures : le tollé de la presse mondiale ne doit pas être compté comme tel.[…] Non, cette fois-ci, l’Occident va payer de sa personne.»

Évidemment la guerre n’est pas sans risques, ce dont, espérons-le, les militaires russes essaient de persuader Poutine. Revenons à l’analyse de l’expert militaire Konstantin Sivkov citée plus haut : les forces conventionnelles russes étant insuffisantes, « nous ne pouvons résoudre le problème de la neutralisation de l’Europe et des États-Unis qu’en les éliminant physiquement avec notre potentiel nucléaire. […] Les USA et l’Europe disparaîtront physiquement. Il n’y aura presque pas de survivants. Mais nous aussi, nous serons détruits. A moins que le sort de la Russie ne soit meilleur, car nous avons un grand territoire. Nos adversaires ne pourront pas tout détruire avec des frappes nucléaires. Par conséquent, le pourcentage de la population survivante sera plus élevé. Cependant la Russie en tant qu’État peut disparaître après une guerre nucléaire à grande échelle. Elle risque de se fragmenter. »

Mais revenons au tournant du 17 décembre. Il ressort des analyses de Russtrat (entre autres) que le déclic pour le Kremlin a été la politique malencontreuse de la Maison Blanche qui, après la débandade en Afghanistan, a multiplié cet automne les émissaires à Moscou, rendant encore plus manifeste aux yeux de Poutine la faiblesse des Etats-Unis : « De hauts responsables américains ont effectué de fréquentes visites à Moscou. La venue en novembre du directeur de la CIA, William Burns, était à l’époque la quatrième visite d’un haut responsable de l’administration de la Maison Blanche depuis la réunion de Genève. Il n’est pas difficile de deviner que le but de la visite personnelle du directeur de la CIA n’était pas du tout de présenter des demandes à propos de l’Ukraine, comme les médias occidentaux ont essayé de le présenter, mais de tenter de trouver un compromis. Face à la chute de l’autorité internationale due au retrait infructueux d’Afghanistan, la Maison Blanche souhaitait vivement trouver un accord avec le Kremlin. »

Le 2 novembre 2021, Burns a effectivement rencontré le secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie Nikolaï Patrouchev et, probablement, le président Poutine. C’est un personnage apprécié du Kremlin : en 2005-2008, il a été ambassadeur en Russie et « a trouvé un langage commun avec Poutine. Sobre et pragmatique, totalement dépourvu du complexe messianique caractéristique des Américains, Burns a toujours prôné le refus d’élargir l’OTAN vers l’Est. » La visite de Burns a été interprétée à Moscou comme l’indice du choix d’une politique d’appeasement à Washington et donc un encouragement à faire monter les enchères et à « s’emparer de l’initiative stratégique ».

Au fond, nous retrouvons dans ces considérations un substrat léniniste. Les États-Unis et leurs alliés européens étaient les nantis de l’ordre international, les principaux bénéficiaires du système existant, qui leur apportait des avantages disproportionnés par rapport à leur contribution. Grâce à la crise, leur hégémonie est sur le déclin. Les Etats autrefois « prolétaires » sont en train de l’emporter, sous le leadership russe. Là encore Poutine est en train de rejouer la guerre froide, avec un happy end cette fois.

Que faire ?

Les Occidentaux doivent d’abord percevoir la situation telle qu’elle est, si désagréable fût-elle pour nos Etats démocratiques plus habitués à des entreprises futiles qu’à assurer leur préservation. Pour cela nous devons nous extraire du mensonge russe.

Le premier mensonge concerne les prétendues inquiétudes de Moscou pour la sécurité russe, le danger que représenterait pour elle des missiles de l’OTAN déployés dans les pays frontaliers. Il suffit de prendre connaissance des textes cités plus haut pour constater que les préoccupations de « sécurité » mises en avant par Moscou ne sont qu’un rideau de fumée, que l’OTAN même est considéré comme un tigre en papier, c’est RIA qui le constate : « Les atlantistes, malgré tous leurs appétits, n’entreront pas en conflit ouvert avec la Russie, ils n’en veulent pas et en ont peur. Même les stratèges anglo-saxons raisonnables comprennent que l’Occident n’a pas la force de maintenir l’Ukraine dans son orbite pendant longtemps, les lois de l’histoire russe (comme les lois de la géopolitique) fonctionneront toujours. »

Quand Moscou parle de « sécurité » il faut entendre « domination russe » et « impunité », car c’est de cela qu’il s’agit. Le Kremlin considère en effet que tout ce qu’il ne contrôle pas peut mettre le régime en péril. On le voit à la politique intérieure russe, où depuis des années les oasis de liberté sont asséchées une à une. Ce que Moscou craint en Ukraine, ce ne sont pas les quelques instructeurs de l’OTAN, ce sont les libertés. Elle veut une Ukraine désarmée de manière à pouvoir intimider les rebelles de Kiev et mettre en place un régime haï par son peuple, donc dépendant totalement du Kremlin. On se souvient que la Russie a laissé faire Aliev en Arménie justement parce que le président Pachinian avait été choisi par le peuple arménien contre les marionnettes du Kremlin. Si la Russie parvient à chasser les Etats-Unis d’Europe, elle ne tardera pas à se sentir menacée par les libertés des pays d’Europe de l’Ouest, et sous prétexte d’assurer sa « sécurité », elle mettra le même acharnement chez nous que chez elle à asservir les media, à éradiquer les institutions démocratiques et les partis indépendants. Aujourd’hui déjà, Lavrov se permet de réclamer la démission de Stoltenberg, secrétaire de l’OTAN, qui selon lui « n’est pas à la hauteur de sa tâche ».

Autre illusion dont il faut se défaire, l’idée d’une société civile bouillonnante en Russie qui pourrait freiner les aspirations belliqueuses du président Poutine. Les sondages montrent que le lavage de cerveau effectué par la propagande officielle est fort efficace : 50 pour cent des Russes interrogés considèrent que l’OTAN et l’Occident en général sont responsables de la tension actuelle. 16 pour cent incriminent l’Ukraine. Les rares opposants qui subsistent critiquent très rarement la politique étrangère et ne dénoncent guère le chauvinisme nauséabond qui émane du régime de Poutine.

Enfin, mentionnons cette vache sacrée démocratique qui doit être sacrifiée : la foi absolue dans la vertu du « dialogue », que la plupart des responsables occidentaux, de Florence Parly à Mario Draghi, continuent à préconiser face à Moscou. Or rien n’est plus dangereux que ces échanges au sommet, qui, quoi qu’on dise, alimentent immanquablement soit la paranoïa, soit la folie des grandeurs et l’ivresse de puissance russes. Si les Occidentaux se montrent fermes, le Kremlin en tire la conclusion qu’ils veulent détruire la Russie ; si les Occidentaux offrent des concessions, le Kremlin en conclut qu’ils sont faibles et qu’il faut foncer.

Très souvent avec la Russie la meilleure politique est celle du silence et de la distance : ne rien faire, ne rien dire et tenir bon l’arme au pied. S’accrocher au dialogue à tout prix, surtout quand Moscou nous tient en joue comme un forcené détenant un otage, ne fait qu’étaler notre faiblesse et encourager le Kremlin à l’escalade.

Surtout nous devons cesser de donner à la guerre froide la connotation péjorative qu’elle ne mérite nullement. La ministre de la Défense Florence Parly vient de déclarer que les pays occidentaux doivent éviter l’escalade avec la Russie afin de ne pas provoquer une nouvelle guerre froide. Tant que nous restons dans ces cadres conceptuels la Russie sera gagnante. Il faut se rappeler que la guerre froide a commencé en 1946, lorsque les Occidentaux ont cessé de céder à Staline, après lui avoir laissé en pâture les pays d’Europe centrale et orientale. C’est grâce à la guerre froide que les pays de l’Europe occidentale ont conservé leur liberté.

Les leçons des années 1946-7 sont d’actualité aujourd’hui. Les pionniers de la guerre froide furent les Britanniques, qui constituèrent un bloc occidental autour du noyau anglo-français et persuadèrent les Américains tentés par l’isolationnisme de rester en Europe. Au printemps 1947, les gouvernements français, italien et belge expulsèrent les ministres communistes, conscients du danger que représentait la cinquième colonne de Moscou en Europe. Cette volonté manifeste de résister à Staline acheva de persuader Washington de s’engager dans la sécurité européenne. Il s’agissait de tout un programme d’action dont nous pourrions nous inspirer aujourd’hui, au lieu de nous livrer à une puérile guerre des boutons avec la Grande-Bretagne. Mais pour cela nous devons réapprendre à voir les choses en face, à raisonner en termes politiques, au lieu de flotter au gré des passions médiatiques et des sondages. En 1946-7 on savait que la liberté valait la peine qu’on meure pour elle, ce qui visiblement est oublié aujourd’hui. Après Munich, en 1938, les Occidentaux éprouvèrent une grande honte d’avoir abandonné la Tchécoslovaquie dans les griffes d’Hitler. Aujourd’hui nous sommes en train de laisser tomber lâchement l’Ukraine, mais nous ne nous rendons même pas compte de notre déshonneur, ni du péril qu’il y a à céder à un agresseur. Nous discutons du sexe des anges, comme les Byzantins lorsque les forces ottomanes étaient en train de détruire les remparts de la ville.

Voir de plus:

Françoise Thom, la procureure de Poutine
Formée à l’école d’Alain Besançon, l’historienne française est l’une des voix les plus critiques, et les plus haïes, du Kremlin.
Isabelle Mandraud

Le Monde

21 octobre 2019
Rencontre. Assurément, la langue de bois, objet de sa thèse en 1987, lui est étrangère. Comme ce samedi 5 octobre, lorsqu’un journaliste de RT (ex-Russia Today) lui tend le micro à l’issue d’un débat sur les « Ingérences de Poutine » organisé par Le Monde Festival à l’Opéra Bastille. « Vous feriez mieux d’aller chercher un travail honnête », lui répond Françoise Thom, laissant sans voix son interlocuteur dépêché par le canal français de la télévision pro-poutinienne.

L’universitaire, spécialiste de l’URSS et de la Russie, ne prend guère de détour, non plus, lorsqu’elle présente le Kremlin comme « un régime prédateur ». Françoise Thom est l’une des voix françaises les plus critiques du poutinisme, à l’opposé de celles qui, à l’instar de l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine, prônent la réconciliation avec Moscou au nom du « réalisme ».

En août, elle cosignait avec son amie écrivaine Galia Ackerman une tribune cinglante dans Le Monde pour dénoncer la réception de Vladimir Poutine par Emmanuel Macron au fort de Brégançon à la veille du G7 organisé à Biarritz : « Quel intérêt y a-t-il à introniser à nouveau un pays dont le but avoué est la destruction de l’ordre international et le ralliement de toute l’Europe à son régime militaro-policier ? » Plus tôt, en décembre 2018, elle publiait Comprendre le poutinisme (éd. Desclée de Brouwer), dans lequel elle décortiquait au scalpel la propagande du pouvoir russe et le profil « kagébiste » de son président, issu des rangs du KGB, non sans s’attarder sur l’influence concentrationnaire encore présente dans les mentalités et les réseaux. Un essai devenu une Bible pour certains ; un brûlot pour d’autres.

Au même moment, le ministère russe des affaires étrangères se déchaînait sur Twitter en faisant tourner ce message via ses ambassades : « Il semble que les textes français signés Françoise Thom sur la “propagande russe” sont bien payés par Londres, Royaume-Uni ». Bête noire du Kremlin et de ses supporteurs, elle fut aussi traitée de « pute sioniste » ou d’« intellectuelle haineuse » sur les réseaux sociaux. Classée en tête de gondole des « russophobes », selon l’étiquette accolée par les thuriféraires du régime à tous ceux qui osent émettre une critique. L’intéressée s’en moque.

Tout juste retraitée de l’université Paris-Sorbonne, où elle enseignait l’histoire contemporaine, Françoise Thom, 68 ans, le regard vif et les cheveux courts en bataille, ne désarme pas. « L’initiative Macron, sans avoir consulté les partenaires européens, est extrêmement risquée à un moment où les Etats-Unis sont totalement paralysés, dit-elle. Le premier service qu’on puisse rendre à la Russie est de lui tenir un discours de vérité, or le président français ne le fait pas quand il cite tous les poncifs, il la conforte au contraire dans une voie calamiteuse ». Les références littéraires du chef de l’Etat français citant Dostoïevski face à son homologue russe l’ont laissé de marbre.

C’est pourtant par la littérature, et Dostoïevski en particulier, que Françoise Thom est arrivée au russe, une langue qu’elle a d’abord enseignée comme professeure agrégée. « C’est un excellent auteur mais je le vois un peu différemment aujourd’hui, en tout cas je suis sortie du mysticisme. En Occident, on donne dans le kitsch slavophile. Pour moi, la grande force de la littérature russe, outre la poésie, c’est la satire », affirme-t-elle en nommant en tête de ses préférences – outre Dostoïevski – Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine, Mikhaïl Zochtchenko, Andreï Platonov, ou Alexandre Zinoviev.

Né à Strasbourg dans une famille « profondément européenne », d’un père mathématicien, récompensé par la médaille Fields, l’équivalent d’un prix Nobel dans cette discipline, et d’une mère institutrice, Françoise Thom a passé quatre années aux Etats-Unis durant son enfance, après que son père a été appelé dans de prestigieuses universités comme Berkeley. Mais toujours éprise de la langue russe, c’est à Moscou qu’elle débarque seule et enthousiaste, à l’âge de 23 ans. Quatre années, ici aussi, entre 1973 et 1978, afin de parfaire son apprentissage à l’université MGU et dans les éditions Mir, réputées pour faire connaître à l’étranger les réalisations scientifiques soviétiques.

C’est une catastrophe. Sous Brejnev, l’URSS est plongée dans la stagnation. Les signes du déclin de l’empire rouge apparaissent, les pénuries s’étendent. L’étudiante est choquée. « Sur place, cela a été une révélation progressive qui a infusé surtout dans le domaine moral, explique-t-elle. Ce que je voyais, en plus de la laideur extérieure, c’était le côté sordide des relations humaines, la peur, l’espionnite, le mensonge en pleine figure, le côté intéressé… » Rentrée en France, Françoise Thom se sent plus isolée que jamais. Ses relations dans le milieu universitaire « où le marxisme battait son plein » s’effritent. Jusqu’à ce qu’elle lise Les Origines intellectuelles du léninisme, (éd. Gallimard, 1996), d’Alain Besançon. Un « éblouissement ».

Communiste repenti en 1956 après la publication du rapport Khrouchtchev sur les crimes staliniens et le soulèvement réprimé de Budapest, l’historien Alain Besançon a réorienté tous ses travaux sur le totalitarisme. Françoise Thom va le trouver et commence sous sa direction sa thèse sur la langue de bois. C’est l’histoire désormais qui la passionne. « Auprès de Besançon, j’ai appris l’importance de l’éthique, et compris qu’on ne pouvait pas considérer le régime communiste comme un autre, car c’était un régime criminel », souligne-t-elle, ajoutant dans un rire : « Evidemment, ce n’était pas très à la mode. »

Suit une véritable « traversée du désert » dans un milieu universitaire encore empreint des idéaux communistes au sein duquel le maître et ses élèves « fonctionnent en petit groupe, comme des dissidents ». Des dissidents, justement, que Françoise Thom fréquente parmi les Russes exilés, auprès de cette « dissidence humble qui passait ses nuits à taper des samizdats à la machine ». L’effondrement de l’URSS la surprend, les prémices de la nouvelle Russie sous Eltsine l’inquiètent, l’arrivée au pouvoir de Poutine « et sa bande de killers formée dans la jungle de l’après-communisme » la glace.

« Il n’aurait pas fallu, en Occident, approuver la destruction du Parlement en octobre 1993 [en butte au Congrès des députés du peuple, Boris Eltsine fit intervenir l’armée et prononça sa dissolution au terme de plusieurs jours d’affrontements meurtriers dans les rues de Moscou] car c’était une violation gravissime du droit. Les germes du poutinisme sont là, dans cette liquidation du Parlement par la force, et l’impossible séparation des pouvoirs. C’était la fin de l’espérance d’une démocratie libérale. »

Françoise Thom va souvent à contre-courant de la pensée dominante. Elle est aussi l’auteure d’une somme décoiffante de près de 1 000 pages sur Béria, Le Janus du Kremlin (Ed. du Cerf, 2013) dans lequel elle décrit le bourreau de Staline d’origine géorgienne comme ce dernier sous les traits… d’un précurseur de la perestroïka. Dans ce livre d’une lecture ardue, elle développe la thèse d’un homme ambivalent, à la fois serviteur zélé d’un régime totalitaire (à la tête du NKVD, ancêtre du KGB, il a développé à une échelle industrielle le goulag), mais aussi comme un réformateur caressant le projet de desserrer l’étau du parti.

« Je suis partie du plénum de 1953 et des accusations inhabituelles portées contre lui comme celle d’avoir donné l’ordre de cesser le brouillage des radios occidentales, expose-t-elle. C’était quelqu’un d’antipathique évidemment, mais l’idée qu’il ait pu jouer un double jeu, qu’il soit parvenu au sommet d’un système tout en étant un adversaire de ce système m’a fascinée ». C’est au cours de cette enquête hors norme que Françoise Thom rencontra son mari, géorgien lui aussi, dans un colloque.

Mais la voici qui s’attelle désormais à une autre entreprise colossale, une étude sur la façon dont sont vécues les grandes catastrophes historiques par leurs contemporains, de la fin d’Athènes, avec la guerre du Péloponnèse, en passant par la fin de Rome ou celle de Byzance, jusqu’à la révolution communiste. Sans pour autant abandonner son œil critique ni son franc-parler sur l’actualité poutinienne, bien sûr.

Voir enfin:

Traduction intégrale du discours de Vladimir Poutine ce 24 février

Chers citoyens russes, Chers amis

Aujourd’hui je trouve indispensable de revenir sur les événements tragiques qui se produisent au Donbass, et aux questions clés qui concernent la sécurité de la Russie.
Je commencerai par ce que j’ai déjà évoqué dans mon allocution du 21 février de cette année. Il est question de ce qui suscite chez nous une préoccupation et une inquiétude particulières, de ces menaces fondamentales pour la sécurité de notre pays que des hommes politiques irresponsables à l’Occident créent pas à pas, sans détours et brutalement, depuis des années. Je fais allusion à l’élargissement de l’OTAN vers l’est, au rapprochement de son infrastructure militaire vers les frontières russes.
Nous savons bien que 30 ans durant nous avons tenté patiemment et obstinément de nous entendre avec les principaux pays de l’OTAN sur les principes d’une sécurité également partagée et indivisible en Europe. En réponse à nos propositions, nous nous sommes heurtés à chaque fois soit à des mensonges et des tromperies cyniques, soit à des tentatives de pression et de chantage, tandis que l’Alliance nord-atlantique dans le même temps ne cessait de s’élargir en dépit de toutes nos protestations et inquiétudes. La machine militaire avance et, je le répète, s’approche au plus près de nos frontières.
Pourquoi tout cela se produit-il ? D’où vient cette manière arrogante de nous traiter depuis une position d’élus, d’irréprochables, à qui tout est permis ? D’où vient ce mépris, ce je-m’en-foutisme envers nos intérêts et nos exigences absolument légitimes ?
La réponse est claire, évidente et facile à expliquer. L’URSS à la fin des années 80 s’est affaiblie, et s’est finalement totalement écroulée. Tout le cours des évènements de cette époque constitue une bonne leçon pour nous également aujourd’hui. Il a montré clairement que la paralysie du pouvoir, de la volonté, sont le premier pas vers la dégradation totale et la relégation. Il nous a suffi à cette époque de perdre pour quelque temps notre confiance en nous, et voilà: l’équilibre des forces dans le monde a été rompu.
La conséquence en a été que les accords, les traités existants ont de facto perdu effet. Les tentatives de convaincre et les demandes sont sans effet. Tout ce qui n’arrange pas l’hégémon, les tenants du pouvoir, est déclaré archaïque, obsolète, inutile. Et au contraire, ce qui leur paraît bénéfique est proclamé vérité absolue, imposé de force à tout prix, avec arrogance, par tous les moyens. Ceux qui ne sont pas d’accord sont brisés.
Ce que j’évoque ne concerne pas uniquement la Russie, et nous ne sommes pas seuls à nous inquiéter. Cela concerne tout le système des relations internationales, et parfois même les propres alliés des Etats-Unis.
Après la chute de l’URSS, c’est dans les faits une recomposition du monde qui a commencé, et les normes jusqu’alors établies du droit international – dont les principales avaient été adoptés à l’issue de la Deuxième guerre mondiale et en grande partie en pérennisaient les résultats – ont commencé à gêner ceux qui s’étaient déclarés vainqueurs de la Guerre froide.
Bien sûr, dans la vie pratique, dans les relations internationales et dans leurs règles, il fallait prendre en compte les changements de la situation mondiale et de l’équilibre des forces. Mais il fallait le faire de manière professionnelle, progressivement, patiemment, en tenant compte et en respectant les intérêts de tous les pays et avec le sens de la responsabilité. Mais non, (on a vu) l’euphorie de la suprématie absolue, une sorte d’absolutisme de notre temps, en outre sur fond de faible culture générale et d’arrogance de ceux qui préparaient, adoptaient et imposaient des décisions qui ne profitaient qu’à eux-mêmes. La situation a commencé à se développer suivant un scénario différent.
Inutile de chercher loin pour trouver des exemples. D’abord, sans aucune autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU, une opération militaire sanglante a été menée contre Belgrade. On a utilisé l’aviation, des missiles au centre même de l’Europe. Plusieurs semaines de bombardements incessants sur des villes pacifiques, sur des infrastructures vitales. On est forcé de rappeler ces faits, car certains de nos collègues occidentaux n’aiment pas se souvenir de ces événements, et quand nous en parlons, préfèrent non pas se référer aux normes du droit international, mais à des circonstances qu’ils interprètent comme ils le jugent nécessaire.
Après, cela a été le tour de l’Irak, de la Lybie, de la Syrie. Le recours illégitime à la force militaire contre la Libye, la déformation de toutes les décisions du Conseil de Sécurité de l’Onu sur la question libyenne ont mené à la destruction totale de l’Etat, à l’apparition d’un foyer énorme de terrorisme international, à ce que le pays a sombré dans une catastrophe humanitaire, dans l’abîme d’une guerre civile qui perdure jusqu’à présent. La tragédie à laquelle ont été condamnées des centaines de milliers, des millions de personnes en Libye et dans toute la région a provoqué un exode massif de l’Afrique du Nord et du Proche Orient vers l’Europe.
On préparait le même sort pour la Syrie. Les opérations militaires de la coalition occidentale sur le territoire de ce pays, sans accord du gouvernement syrien et sans autorisation du conseil de Sécurité de l’ONU, ce n’est rien d’autre qu’une agression, une intervention.
Mais une place à part dans ce rang est due sans doute à l’invasion en Irak, également dénuée de tout fondement légal. Comme prétexte on a choisi une information sûre que les Etats Unis prétendaient avoir sur les armes d’extermination massive en Irak. Pour le prouver, le secrétaire d’Etat américain, aux yeux du monde entier, a agité une sorte de fiole avec une poudre blanche, assurant à tout le monde que c’était une arme chimique élaborée en Irak. Et puis il s’est avéré que tout cela était de la tricherie, du bluff : qu’il n’y avait aucun arme chimique en Irak. C’est incroyable, étonnant, mais un fait reste un fait. Il y a eu mensonge au plus haut niveau de l’Etat et depuis la haute tribune de l’ONU. Et pour résultat, une quantité énorme de victimes, de destructions, une flambée incroyable de terrorisme.
On a d’une manière générale l’impression que pratiquement partout, dans de nombreuses régions du monde où l’Occident arrive pour instaurer son ordre, ne restent à la fin que des plaies sanglantes qui ne cicatrisent pas, les ulcères du terrorisme international et de l’extrémisme. Tout ce dont j’ai parlé, ce n’est que les exemples les plus flagrants mais c’est loin d’être les seuls exemples du mépris pour le droit international.
La promesse faite à notre pays de ne pas élargir d’un pouce l’Otan vers l’est en fait partie. Je le répète: on nous a trompés, et pour utiliser un langage populaire, on nous a roulés. Certes, on dit souvent que la politique est quelque chose de sale. C’est possible, mais pas à ce point. Une telle roublardise va à l’encontre non seulement des principes des relations internationales mais avant tout des normes de la morale. Où sont la justice et le droit ? On n’a ici que du mensonge et de l’hypocrisie.
D’ailleurs les hommes politiques, politologues et les journalistes américains eux-mêmes écrivent et disent que c’est un véritable « empire du mensonge » qui a été créé ces dernières années aux Etats-Unis. Il est difficile de les contredire: c’est le cas. Mais ne soyons pas trop modestes: les Etats-Unis sont tout de même un grand pays, une puissance déterminante. Tous ses satellites non seulement lui chantent des louanges et lui font écho fidèlement et invariablement à tout propos, mais aussi copient son comportement, et adoptent avec enthousiasme les règles qu’il propose. C’est pourquoi on peut dire avec certitude et assurance que c’est ce qu’on appelle le bloc occidental dans son ensemble, formé par les Etats-Unis à leur image et sur leur modèle, qui est « l’empire du mensonge ».
Pour ce qui concerne notre pays, après l’effondrement de l’URSS, malgré l’ouverture sans précédent de la nouvelle Russie, sa disposition à travailler honnêtement avec les Etats-Unis et les autres partenaires occidentaux, et dans un contexte de désarmement pratiquement unilatéral, on a aussitôt essayé de nous achever et de nous détruire cette fois définitivement. C’est exactement ce qui s’est produit dans les années 1990 et au début des années 2000, quand ce qu’on appelle l’Occident a soutenu de la manière la plus active le séparatisme et des bandes de mercenaires dans le sud de la Russie. Quelles pertes, combien de victimes cela nous a coûté avant de briser définitivement le terrorisme international dans le Caucase. Nous nous en souvenons et n’oublierons jamais.
Du reste, jusqu’à encore récemment on n’a cessé de tenter de nous utiliser à profit, de détruire nos valeurs traditionnelles et de nous imposer des prétendues valeurs qui auraient détruit notre peuple de l’intérieur, les principes qu’ils imposent déjà de manière agressive dans leurs propres pays et qui mènent directement à la dégradation et à la dégénérescence puisqu’elles vont à l’encontre de la nature humaine elle-même. Cela ne se fera jamais, et personne n’a réussi jusqu’à présent. Cela ne se fera pas davantage maintenant.
En dépit de tout cela, en décembre 2021 nous avons malgré tout encore une fois entrepris une tentative de nous entendre avec les Etats-Unis et leurs alliés sur des principes de sécurité en Europe et sur le non-élargissement de l’Otan. Tout est clair. La position des Etats-Unis ne change pas. Ils ne jugent pas nécessaire de s’entendre avec la Russie sur cette question clé pour nous, poursuivant leurs objectif et négligeant nos intérêts.
Et bien sûr dans cette situation se pose une question : mais que faire maintenant, que doit-on attendre ? L’Histoire nous enseigne bien, comment en 1940 et au début de 1941 quand l’Union soviétique s’efforçait d’empêcher ou au moins de repousser le début de la guerre, et pour cela, jusqu’au dernier moment, essayait de ne pas provoquer l’agresseur potentiel, n’entreprenait pas ou reportait les mesures les plus indispensables et les plus évidentes pour se préparer à faire face à une agression inévitable. Et les mesures qui ont finalement été prises, arrivaient avec un retard catastrophique.
Le résultat en a été que le pays n’a pas été prêt à faire face pleinement à l’invasion par l’Allemagne nazie, qui a attaqué notre patrie sans déclaration de guerre le 22 juin 1941. On a réussi à arrêter l’ennemi et ensuite à le vaincre, mais à un prix colossal. La tentative d’amadouer l’agresseur à la veille de la Seconde guerre mondiale a été une erreur qui a coûté cher à notre peuple. Dans les premiers mois de combats nous avons perdu des territoires gigantesques et d’une importance stratégique, et des millions de vies humaines. Nous ne ferons pas une telle erreur une seconde fois, nous n’en avons pas le droit.
Ceux qui prétendent à la domination du monde, publiquement, dans l’impunité et, je le souligne, sans aucun fondement, nous déclarent, nous, la Russie, leur ennemi. Ils ont effectivement aujourd’hui des capacités financières, scientifiques et technologiques, militaires, supérieures. Nous le savons et évaluons objectivement les menaces proférées à notre adresse de manière permanente dans le domaine de l’économie – tout comme nos capacités à résister à ce chantage permanent et arrogant. Je le répète, nous les évaluons sans illusion, de manière extrêmement réaliste.
Pour ce qui concerne le domaine militaire, la Russie, même après l’effondrement de l’URSS et la perte d’une part significative de son potentiel, est aujourd’hui une des plus grandes puissances nucléaires au monde, et dispose en outre d’avantages certains dans une série de nouveaux types d’armements. En ce sens, personne ne doit avoir de doutes sur le fait qu’une attaque directe contre notre pays mènera à la destruction et à d’épouvantables conséquences pour tout agresseur potentiel.
Dans le même temps, les technologies, y compris de défense, changent vite. Le leadership dans ce domaine change de mains et va continuer de le faire, alors que la prise de contrôle militaire de territoires voisins de nos frontières, si nous le laissons faire, perdurera pour des décennies, voire pour toujours, et constituera pour la Russie une inacceptable menace en croissance permanente.
Dès maintenant, au fur et à mesure de l’élargissement de l’Otan vers l’est, la situation pour notre pays devient chaque année pire et plus dangereuse. En outre, ces derniers jours la direction de l’Otan parle sans détours de la nécessité d’accélérer et de renforcer la progression des infrastructures de l’Alliance vers les frontières de la Russie. En d’autres termes, ils durcissent leur position. Nous ne pouvons pas continuer d’observer simplement le cours des événements. Ce serait de notre part absolument irresponsable.
La poursuite de l’élargissement des infrastructures de l’Alliance nord-atlantique, la prise de contrôle militaire du territoire de l’Ukraine sont pour nous inacceptables. Ce n’est bien entendu pas l’Otan elle-même qui est en jeu – c’est simplement un instrument de politique étrangère des Etats-Unis. Le problème est que, sur des territoires voisins des nôtres – je souligne qu’il s’agit de nos propres territoires historiques – se crée une « anti-Russie » qui nous est hostile et qui est placée entièrement sous contrôle extérieur, où les forces armées de pays de l’Otan prennent leurs aises et où sont introduits les armements les plus modernes.
Pour les Etats-Unis et leurs alliés c’est la prétendue politique d’endiguement de la Russie, des dividendes géopolitiques évidents. Mais pour notre pays c’est en fin de compte une question de vie ou de mort, la question de notre avenir historique comme peuple. Et ce n’est pas une exagération, c’est la vérité. C’est une menace réelle non seulement pour nos intérêts mais pour l’existence même de notre Etat, pour sa souveraineté. C’est la fameuse ligne rouge dont on a parlé nombre de fois. Ils l’ont franchie.
A ce propos – sur la situation dans le Donbass. Nous voyons que les forces qui ont effectué en 2014 un coup d’Etat en Ukraine se sont emparées du pouvoir et le conservent grâce à ce qui est en fait des procédures électorales décoratives, ont définitivement renoncé à un règlement pacifique du conflit. Durant huit ans, d’interminables huit années, nous avons fait tout ce qui était possible pour que la situation soit réglée par des moyens pacifiques et politiques. En vain.
Comme je l’ai déjà dit dans ma précédente allocution, on ne peut pas regarder sans compassion ce qui se passe là-bas. Il n’était simplement plus possible de rester sans rien faire. Il fallait mettre fin sans délai à ce cauchemar – un génocide à l’égard des millions de personnes qui vivent là-bas et qui ne fondent leurs espoirs que sur la Russie. Ce sont précisément ce désir, ces sentiments, la douleur des gens qui ont été pour nous le principal motif pour prendre la décision de reconnaître les républiques populaires du Donbass.
Ce que je souhaite en outre souligner. Les principaux pays de l’Otan, pour parvenir à leurs fins, soutiennent en Ukraine les ultra-nationalistes et des néonazis, qui à leur tour ne pardonneront jamais le choix libre des habitants de la Crimée et de Sebastopol, la réunification avec la Russie.
Ils vont bien entendu s’attaquer à la Crimée, comme au Donbass, pour tuer, comme les bandes de nationalistes ukrainiens, complices d’Hitler au moment de la Seconde guerre mondiale, tuaient des gens sans défense. Et ils déclarent ouvertement qu’ils ont des vues sur toute une série d’autres territoires russes.
Toute l’évolution de la situation et l’analyse des informations qui nous arrivent montrent que l’affrontement de la Russie avec ces forces est inévitable. Ce n’est qu’une question de temps: ils se préparent, ils attendent le moment favorable. Maintenant ils ambitionnent même d’acquérir l’arme nucléaire. Nous ne laisserons pas faire.
Comme je l’ai déjà dit précédemment, la Russie, après l’effondrement de l’URSS, a pris en compte les nouvelles réalités géopolitiques. Nous considérons avec respect tous les pays apparus dans l’espace postsoviétique. Nous respectons et respecterons leur souveraineté, et l’exemple en est l’aide que nous avons apportée au Kazakhstan qui s’est trouvé confronté à des événements tragiques mettant en jeu l’Etat et son intégrité. Mais la Russie ne peut pas se sentir en sécurité, se développer, exister avec une menace permanente émanant du territoire de l’Ukraine.
Je rappelle qu’en 2000-2005 nous avons répondu militairement aux terroristes dans le Caucase, avons défendu l’intégrité de notre pays, et préservé la Russie. En 2014 nous avons défendu les habitants de la Crimée et de Sebastopol. En 2015 nous avons eu recours aux forces armées pour empêcher l’entrée de terroristes en Russie depuis la Syrie. Nous n’avions pas d’autre moyen de nous protéger.
C’est la même chose qui se produit aujourd’hui. On ne nous a pas laissé d’autre possibilité de défendre la Russie, nos gens, que celle que nous allons être obligés d’utiliser aujourd’hui. Les circonstances exigent de nous des actes rapides et fermes. Les républiques populaires du Donbass ont demandé l’aide de la Russie.
Par conséquent, conformément à l’article 51 alinea 7 de la Charte de l’ONU, avec l’accord du Conseil de sécurité russe et dans le cadre des accords d’Amitié et d’assistance mutuelle avec la République populaire de Donetsk et la la République populaire de Lougansk, ratifiés le 22 février par le Conseil de la Fédération, j’ai pris la décision d’une opération armée spéciale.
Son objectif – défendre les gens qui depuis huit ans sont soumis à des brimades et à un génocide de la part du régime de Kiev. Dans ce but nous allons nous efforcer de parvenir à la démilitarisation et à la dénazification de l’Ukraine, ainsi que de traduire devant la justice ceux qui ont commis de nombreux crimes sanglants contre des civils, y compris contre des citoyens de la Fédération de Russie.
Mais l’occupation de territoires ukrainiens ne fait pas partie de nos plans. Nous n’avons pas l’intention d’imposer quoi que ce soit par la force, à quiconque. Dans le même temps nous entendons de plus en plus souvent en Occident qu’il n’est plus nécessaire de respecter les documents signés par le régime totalitaire soviétique, qui fixaient les résultats de la Seconde guerre mondiale. Que répondre à cela ?
Les résultats de la Seconde guerre mondiale, tout comme les pertes apportées par notre peuple sur l’autel de la victoire sur le nazisme, sont sacrés. Mais cela ne contredit pas les hautes valeurs des droits et libertés de l’homme, si l’on part des réalités qui se sont établies depuis la fin de la guerre. Cela n’annule pas davantage le droit des nations à l’autodétermination, inscrit à l’article 1 de la Charte de l’ONU.
Je rappelle que ni lors de la fondation de l’URSS, ni après la Seconde guerre mondiale, personne n’a jamais demandé aux gens qui vivaient sur tel ou tel territoire entrant dans l’actuelle Ukraine, comment ils comptaient eux-mêmes construire leur vie. Au fondement de notre politique, la liberté, la liberté de choix pour chacun de déterminer librement son avenir et l’avenir de ses enfants. Et nous jugeons important que ce droit – le droit à choisir – puisse être exercé par tous les peuples qui vivent sur le territoire de l’actuelle Ukraine, tous ceux qui le voudront.
En ce sens je m’adresse aux citoyens ukrainiens. En 2014 la Russie a été dans l’obligation de défendre les habitants de la Crimée et de Sebastopol face à ceux que vous appelez vous-mêmes les « naziki ». Les habitants de la Crimée et de Sebastopol ont fait leur choix – être avec leur patrie historique, avec la Russie, et nous les avons soutenus. Je le répète, nous ne pouvions nous comporter autrement.
Les événements d’aujourd’hui sont liés non à une volonté de porter atteinte aux intérêts de l’Ukraine et du peuple ukrainien. Ils sont liés à la défense de la Russie elle-même contre ceux qui ont pris l’Ukraine en otage et tentent de l’utiliser contre notre pays et son peuple.
Je le répète, nos actes sont une autodéfense contre des menaces créées contre nous et contre des malheurs encore plus grands que ceux qui surviennent aujourd’hui. Quelle qu’en soit la difficulté, je vous demande de le comprendre et j’appelle à coopérer pour tourner le plus vite possible cette page tragique et, ensemble, aller de l’avant en ne laissant personne se mêler de nos affaires, de nos relations, mais en les construisant nous-mêmes de manière à permettre de surmonter tous les problèmes et, malgré la présence de frontières, à nous renforcer de l’intérieur comme un tout. Je crois en cela, précisément en un tel avenir commun.
Je dois m’adresser aux militaires des forces armées ukrainiennes.
Chers camarades ! Vos pères, grand-pères, arrière-grand-pères n’ont pas combattu les nazis, défendant notre patrie commune, pour que les néonazis d’aujourd’hui s’emparent du pouvoir en Ukraine. Vous avez prêté serment envers le peuple ukrainien, et non envers la junte qui aujourd’hui pille l’Ukraine et se moque de son peuple.
N’exécutez pas ses ordres criminels. Je vous appelle à déposer immédiatement les armes et à rentrer chez vous. Je précise : tous les militaires de l’armée ukrainienne qui rempliront cette exigence pourront quitter sans encombre la zone de combats et rejoindre leur famille.
Je souligne encore une fois avec force : toute la responsabilité de l’éventuelle effusion de sang reposera entièrement sur la conscience du régime en place sur le territoire de l’Ukraine.
Maintenant quelques mots importants, très importants pour ceux qui peuvent avoir la tentation de s’immiscer depuis l’extérieur dans les événements en cours. Quiconque tentera de nous gêner, a fortiori de créer une menace pour notre pays pour notre peuple, doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et infligera des conséquences telles que vous n’en avez jamais connu dans votre histoire. Nous sommes prêts à tout développement de la situation. Toutes les décisions en ce sens ont déjà été prises. J’espère que je serai entendu.
Chers citoyens russes !
La prospérité, et l’existence même d’Etats et de peuples entiers, leur succès et leur vitalité prennent toujours leur source dans de fortes racines culturelles, dans un système de valeurs, d’expérience et de traditions des ancêtres, et bien entendu dépendent directement des capacités à s’adapter rapidement aux changements perpétuels de la vie, de la cohésion de la société, de sa disposition à s’unir, unir toutes ses forces pour aller de l’avant.
La force est toujours nécessaire – toujours, mais la force peut-être de différentes qualités. Au fondement de la politique de « l’empire du mensonge » dont je parlais au début de mon allocution, repose avant tout la force brute. Dans ce cas on a coutume de dire chez nous « La force est là, pas besoin d’intelligence ».
Mais vous et moi savons que la véritable force est dans la justice et la vérité, qui est de notre côté. Et s’il en est ainsi, il est difficile de ne pas admettre que ce sont précisément la force et la disposition au combat qui fondent l’indépendance et la souveraineté, constituent l’indispensable base sur laquelle on peut construire sûrement son avenir, bâtir sa maison, sa famille, sa patrie.
Chers concitoyens !
Je suis certain que les soldats et officiers des forces armées russes, fidèles à leur pays, vont remplir leur devoir avec professionnalisme et courage. Je ne doute pas que les pouvoirs de tous niveaux, les spécialistes qui répondent de la stabilité de notre économie, de notre système financier, du secteur social, les dirigeants de nos entreprises et tout le milieu d’affaires russe vont agir de manière coordonnée et efficace. Je compte sur l’attitude unie et patriotique de tous les partis parlementaires et des forces de la société.
En fin de compte, comme cela a toujours été le cas dans l’Histoire, le destin de la Russie est entre les mains de notre peuple aux nombreuses nationalités. Et cela signifie que les décisions prises seront exécutées, les objectifs fixés seront atteints, que la sécurité de notre patrie sera garantie.
Je crois en votre soutien, dans la force invincible que nous donne notre amour de la patrie.

Voir enfin:

Appeal of the All-Russian Officers’ Assembly to the President and citizens of the Russian Federation

Chairman of the “All-Russian Officer’s Assembly” Colonel-General Leonid Grigorievich Ivashov wrote an Address to the President and citizens of the Russian Federation “Chanle of War”:

Today humanity lives in anticipation of war. And war is the inevitable human sacrifices, destruction, suffering of large masses of people, destruction of habitual lifestyles, violation of the systems of life of states and peoples.

The big war is a huge tragedy, whose serious crime is. It so happened that Russia was at the center of this threatening catastrophe. And perhaps this is the first time in her history.

Previously, Russia (USSR) waged forced (just) wars, and, as a rule, when there was no other way out, when the vital interests of the state and society were threatened.

And what threatens the existence of Russia itself today, and are there such threats? It can be argued that there are really threats – the country is on the verge of completing its history.

All vital areas, including demography, are steadily deteriorating, and the rate of extinction of the population is breaking world records. And degradation is systemic, and in any complex system, the destruction of one of the elements can lead to the collapse of the entire system.

And this, in our opinion, is the main threat to the Russian Federation. But this is a threat of an internal nature, based on the model of the state, the quality of power and the state of society.

And the reasons for its formation are internal: the inviability of the state model, complete incapacity and unprofessionalism of the system of power and management, passivity and disorganization of society. Any country does not live in this state for a long time.

As for external threats, they are certainly present. But, according to our expert assessment, they are not at the moment critical, directly threatening the existence of Russian statehood, its vital interests.

In general, strategic stability persists, nuclear weapons are under reliable control, NATO force groups are not increasing, there is no threatening activity.

Therefore, the situation escalated around Ukraine is, first of all, artificial, selfish in nature for some internal forces, including the Russian Federation.

As a result of the collapse of the USSR, in which Russia (Yeltsin) took a decisive part, Ukraine became an independent state, a member of the UN, and in accordance with Article 51 of the UN Charter has the right to individual and collective defense.

The leadership of the Russian Federation has not yet recognized the results of the referendum on the independence of the DPR and LPR, while at the official level more than once, including during the Minsk negotiation process, stressed the belonging of their territories and population to Ukraine.

It has also been repeatedly said at a high level about the desire to maintain normal relations with Kiev, without distinguishing it into special relations with the DPR and LPR.

The issue of genocide committed by Kiev in the south-eastern regions was not raised either in the UN or in the OSCE. Naturally, in order for Ukraine to remain a friendly neighbor for Russia, it was necessary for it to demonstrate the attractiveness of the Russian model of the state and the system of power.

But the Russian Federation has not become so, its development model and foreign policy mechanism of international cooperation repels almost all neighbors, and not only.

Russia’s acquisition of Crimea and Sevastopol and their non-recognition by the international community (and, therefore the vast majority of countries in the world still consider them belonging to Ukraine) convincingly shows the failure of Russian foreign policy, and the unattractiveness of domestic policy.

Attempts through an ultimatum and threats of use of force to “love” the Russian Federation and its leadership are meaningless and extremely dangerous.

The use of military force against Ukraine, firstly, will call into question the existence of Russia itself as a state; secondly, it will forever make Russians and Ukrainians deadly enemies. Thirdly, there will be thousands (tens of thousands) dead young, healthy children on the one hand, which will certainly affect the future demographic situation in our endangered countries.

On the battlefield, if this happens, Russian troops will face not only Ukrainian servicemen, among whom there will be many Russian guys, but also with servicemen and equipment of many NATO countries, and member states of the alliance will be obliged to declare war on Russia.

President of the Republic of Turkey R. Erdogan clearly stated on whose side Turkey will fight. And it can be assumed that two field armies and the Turkish fleet will be ordered to “liberate” Crimea and Sevastopol and possibly invade the Caucasus.

In addition, Russia will definitely be classified as countries threatening peace and international security, subject to the most severe sanctions, turn into an outcast of the world community, and is likely to be deprived of the status of an independent state.

The president and government cannot understand such consequences, the Ministry of Defense cannot, they are not so stupid.

The question arises: what are the true goals of provoking tension on the verge of war, and the possible unleashing of widespread hostilities? And what will be, says the number and combat composition of the groups of troops formed by the parties – at least one hundred thousand servicemen on each side. Russia, bare the eastern borders, is transferring connections to the borders of Ukraine.

In our opinion, the country’s leadership, realizing that it is not able to lead the country out of a systemic crisis, and this can lead to an uprising of the people and a change of power in the country, with the support of the oligarchate, corrupt officials, fed media and security forces, decided to intensify the political line for the final destruction of Russian statehood and the extermination of the country’s indigenous population.

And war is the means that will solve this problem in order to retain its anti-national power for a while and preserve the wealth looted from the people. We can’t assume any other explanation.

From the President of the Russian Federation, we are Russian officers, we demand to abandon the criminal policy of provoking war, in which the Russian Federation will be alone against the combined forces of the West, to create conditions for the implementation in practice of Art. 3 Constitutions of the Russian Federation and resign.

We appeal to all reserve and retired servicemen, Russian citizens with a recommendation to show vigilance, organization, support the requirements of the Council of the All-Russian Officers’ Assembly, actively oppose propaganda and the outbreak of war, prevent internal civil conflict with the use of military force.

Voir par ailleurs:

Mikhaïl Gorbatchev : « Je m’oppose à tous les murs »
04 nov 2014
Maxim Korchounov, RBTH

Un entretien exclusif de RBTH avec Mikhaïl Gorbatchev, à l’approche du 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin et avec comme question centrale : un nouveau mur s’érige-t-il entre l’Est et l’Ouest ?

L’année 1989 est celle de la chute du mur de Berlin. Mais celle-ci n’est intervenue qu’au mois de novembre. Durant l’été précédent, au cours d’une conférence de presse à l’issue des négociations de Bonn avec le chancelier Kohl, une personne vous a interpellé en demandant : « Et que va-t-il se passer avec le mur ? » Vous avez alors répondu : « Sous la Lune, rien n’est éternel. Le mur pourra disparaître lorsque les conditions ayant conduit à sa création ne seront plus en place. Je ne vois pas ici de difficulté majeure ». A quel déroulement des événements vous attendiez-vous alors ? 

À l’été 1989, ni moi-même ni le chancelier Kohl ne nous attendions bien évidemment à ce que tout se déroule aussi rapidement, je ne m’attendais pas à ce que le mur tombe au mois de novembre. Nous l’avons d’ailleurs tous deux reconnu par la suite. Je ne prétends pas être un prophète.Il arrive que l’histoire accélère sa course. Elle punit alors tous ceux qui se trouvent en retard. Mais elle punit encore plus sévèrement tous ceux qui prétendent se mettre en travers de son chemin. Cela aurait été une grave erreur que de rester derrière le « rideau de fer ». C’est pourquoi il n’y a eu aucune pression de notre part sur le gouvernement de la RDA.Lorsque le déroulement des événements a commencé à s’accélérer de façon inattendue, les dirigeants soviétiques ont pris la décision unanime – je tiens à souligner ce fait – de ne pas interférer dans les processus internes à l’œuvre en RDA, et donc de faire en sorte que nos troupes ne sortent sous aucun prétexte de leurs garnisons. Je suis aujourd’hui convaincu que cela était la bonne décision.Quels sont les éléments ayant, au final, permis de mettre un terme à la partition de l’Allemagne et qui, selon vous, a joué un rôle décisif dans la réalisation de cette réunification pacifique ? Ce sont les Allemands eux-mêmes qui ont joué le rôle décisif dans la réunification de l’Allemagne. Je ne parle pas ici seulement des manifestations de masse en faveur de l’unité, mais également du fait qu’au cours des décennies d’après-guerre, les Allemands de l’Est comme de l’Ouest ont apporté la preuve qu’ils avaient tiré les leçons du passé et que l’on pouvait leur accorder notre confiance.En ce qui concerne le déroulement pacifique de la réunification et le fait que ce processus n’a pas débouché sur une dangereuse crise internationale, je pense qu’un rôle décisif a ici été joué par l’Union soviétique. Nous autres au sein de la direction soviétique, nous savions que de tous les peuples de l’Union soviétique, les Russes étaient sensibles aux aspirations des Allemands à vivre au sein d’un État démocratique unifié.Je voudrais également souligner qu’au-delà de l’URSS, les autres acteurs du processus de règlement final de la question allemande ont également fait preuve de mesure et de sens des responsabilités. Je parle ici des pays de l’Alliance atlantique : les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Ce n’est aujourd’hui un secret pour personne que François Mitterrand comme Margaret Thatcher avaient de sérieux doutes sur le rythme de la réunification. La guerre avait tout de même laissé une marque profonde. Mais lorsque tous les aspects ayant trait à ce processus ont été résolus, ils ont signé les documents mettant fin à la guerre froide.Il vous a incombé de résoudre un problème crucial touchant aux évolutions mondiales. Le règlement international de la question allemande, avec la participation des grandes puissances et d’autres États, constitue un exemple de la grande responsabilité et de la grande « qualité » des responsables politiques de cette génération. Vous avez démontré qu’une telle chose était possible en fondant votre action sur ce que vous avez qualifié de « nouvelle pensée ». Dans quelle mesure les dirigeants contemporains sont-ils capables de résoudre de manière pacifique les problèmes actuels et qu’est ce qui a changé au cours des vingt-cinq dernières années en termes de méthodes visant à trouver des réponses aux défis géopolitiques ?  

La réunification allemande n’était pas un développement isolé mais une partie du processus d’achèvement de la guerre froide. Le chemin en avait été ouvert par la Perestroïka et la démocratisation de notre pays. Sans cela, l’Europe aurait pu rester divisée et « gelée » pendant encore des décennies. Et la sortie d’une telle situation aurait pu être, j’en suis convaincu, bien plus difficile.  Qu’est-ce que la nouvelle pensée ? C’est la reconnaissance du fait qu’il existe des menaces globales, il s’agissait à cette époque principalement de la menace d’une guerre nucléaire, qui ne pouvait être résolue que dans le cadre d’efforts conjoints. Cela signifie qu’il était nécessaire de bâtir une nouvelle relation, un dialogue, de rechercher un moyen de mettre un terme à la course aux armements. Cela signifiait qu’il fallait reconnaître la liberté de choix de tous les peuples et en même temps prendre en considération les intérêts de chacun, bâtir un partenariat, développer les relations pour faire en sorte que les conflits et les guerres deviennent impossibles en Europe.

Ce sont ces principes qui ont formé la base de la Charte de Paris (1990) pour une nouvelle Europe, un document politique de la plus haute importance, ratifié par l’ensemble des pays d’Europe, des Etats-Unis et du Canada. Il a ensuite fallu développer, concrétiser ces dispositions, créer de véritables structures, des mécanismes de prévention, des mécanismes de coopération. C’est par exemple à ce moment qu’a été proposée la création du Conseil pour la sécurité de l’Europe. Je ne souhaite pas opposer la génération des dirigeants d’hier à celle d’aujourd’hui. Mais le fait demeure que cela n’a pas été fait. Le développement de l’Europe s’est ensuite poursuivi de manière unilatérale, ce à quoi, je dois bien le dire, a contribué l’affaiblissement de la Russie au cours des années 1990.

Nous devons aujourd’hui admettre que nous nous trouvons face à une crise politique européenne et mondiale. L’une de ses causes, bien qu’elle ne soit pas la seule, tient à la réticence de nos partenaires occidentaux à prendre en compte le point de vue de la Russie et les intérêts légitimes touchant à sa sécurité. Dans leurs paroles, ils applaudissaient la Russie, en particulier durant la période Eltsine, mais dans les faits, notre voix n’était pas entendue.

Je fais ici en particulier référence à l’élargissement de l’OTAN, aux plans de déploiement du bouclier antimissile, aux agissements de l’Occident dans plusieurs régions de grande importance pour la Russie (la Yougoslavie, l’Irak, la Géorgie, l’Ukraine). Ils nous disaient alors littéralement : cela ne vous regarde pas. Cette situation a créé un abcès, qui a ensuite éclaté. Je conseillerais aux dirigeants occidentaux d’analyser attentivement tout cela, au lieu de blâmer la Russie en toutes circonstances. Souvenez-vous du type d’Europe que nous sommes parvenus à créer au début des années 1990 et de sa transformation malheureuse au cours des dernières années.

L’une des questions centrales qui se trouve aujourd’hui liée au déroulement des événements en Ukraine concerne l’élargissement de l’OTAN vers l’Est. Vous n’avez pas le sentiment d’avoir été trompé par vos partenaires occidentaux dans le cadre de l’élaboration des plans pour l’avenir de l’Europe de l’Est ?

Pourquoi n’avez-vous pas insisté sur une formalisation juridique des promesses faites en particulier par le secrétaire d’État américain James Baker relatives à l’absence d’expansion vers l’Est de l’OTAN ? Je le cite : « Il n’y aura aucun élargissement de la juridiction ou de la présence militaire de l’OTAN d’un seul pouce vers l’Est ». 

La question de l’élargissement de l’OTAN n’a dans l’ensemble pas été discutée et ne se posait pas au cours de ces années-là. Je dis cela en toute responsabilité. Aucun pays d’Europe de l’Est n’a soulevé cette question, y compris après la dissolution du pacte de Varsovie en 1991. Elle n’a pas non plus été soulevée par les dirigeants occidentaux.

Une autre question a en revanche été abordée : le fait qu’après la réunification de l’Allemagne, aucune extension des structures militaires de l’OTAN ni aucun déploiement de forces militaires supplémentaires de l’alliance ne devait avoir lieu sur le territoire de l’ancienne RDA. C’est dans ce contexte que M. Baker a prononcé les paroles mentionnées dans votre question. Des déclarations similaires ont été faites par M. Kohl et M. Genscher.

Tout ce qui pouvait et devait être fait pour consolider ce règlement politique a été fait. Et respecté. L’accord de règlement final avec l’Allemagne mentionnait qu’aucune structure militaire supplémentaire ne serait implantée dans la partie Est du pays et qu’aucune troupe additionnelle ni arme de destruction massive n’y seraient déployées.

Toutes ces dispositions ont été respectées jusqu’à ce jour. Nul besoin donc de prétendre que Gorbatchev et les dirigeants soviétiques de l’époque étaient des naïfs qui se sont laissés abuser. S’il y a eu de la naïveté, elle est intervenue plus tard, lorsque cette question a été soulevée et que la Russie a dans un premier temps répondu « pas d’objections ».

La décision d’élargir l’OTAN vers l’Est a finalement été prise par les USA et leurs alliés en 1993. Je l’ai dès l’origine qualifié d’erreur majeure. Cela constituait bien évidemment une violation de l’esprit des déclarations et assurances qui nous avaient été données en 1990. En ce qui concerne l’Allemagne, ces assurances ont été formalisées juridiquement et respectées.

Pour tous les Russes, l’Ukraine et la question de notre relation avec ce pays constitue un sujet sensible.  Vous êtes vous-même à 50% Russe et à 50% Ukrainien.  Sur la quatrième de couvertur de votre livre Après le Kremlin, vous indiquez que vous ressentez aujourd’hui une profonde douleur du fait des événements survenus dans ce pays. Quelles options voyez-vous pour une sortie de crise en Ukraine et à la lumière des événements récents, comment vont se développer les relations de la Russie avec l’Ukraine, l’Europe et les USA au cours des prochaines années ?

En ce qui concerne l’avenir immédiat, tout est plus ou moins clair : il est indispensable de se conformer intégralement aux dispositions arrêtées lors des négociations de Minsk du 5 et du 19 septembre dernier. La situation sur le terrain est encore très fragile. Le cessez-le-feu est violé en permanence. Mais au cours des derniers jours, l’impression qu’un processus s’est enclenché est devenue plus tangible. Une zone tampon a été créée, les armes lourdes en ont été retirées. Des observateurs de l’OSCE, dont des Russes, sont arrivés. Si l’on parvient à consolider tout cela, il s’agira d’une grande réussite, mais uniquement d’une première étape.

Il faut admettre que les relations entre la Russie et l’Ukraine ont subi d’immenses dommages. Il faut à tout prix éviter que cela ne se transforme en une aliénation mutuelle entre nos deux peuples. Une immense responsabilité incombe à ce titre aux dirigeants : les présidents Poutine et Porochenko. Ils doivent donner l’exemple. Il est indispensable de faire baisser la tension émotionnelle. Nous verrons plus tard qui a raison et qui est coupable. Aujourd’hui, l’essentiel est d’entamer un dialogue sur des questions concrètes. La normalisation des conditions de vie dans les zones les plus affectées, en laissant de côté pour l’instant la question de leur statut, etc. Ici, l’Ukraine comme la Russie et l’Occident peuvent apporter leur aide : séparément et collectivement.

Les Ukrainiens ont beaucoup à faire pour assurer la réconciliation, afin que chaque personne puisse se considérer comme un citoyen à part entière, dont les droits et les intérêts sont garantis et sécurisés. Il ne s’agit ici pas tant de garanties constitutionnelles et juridiques que de la vie de tous les jours. C’est pourquoi je recommanderais en plus des élections de mettre en place aussi rapidement que possible une « table ronde » représentant l’ensemble des régions ainsi que toutes les catégories de la population et dans le cadre de laquelle il serait possible d’aborder et de discuter de toutes les questions.

En ce qui concerne les relations de la Russie avec les pays d’Europe occidentale et les USA, la première étape consisterait à sortir de la logique des accusations mutuelles et des sanctions. D’après moi, la Russie a déjà fait le premier pas en se refusant à répondre à la dernière vague de sanctions occidentales. La parole est maintenant à nos partenaires. Je pense qu’il est nécessaire qu’ils abandonnent les sanctions dites « personnelles ». Comment établir un dialogue si vous « punissez » les personnes en charge de la prise des décisions qui influencent les politiques ? Il est nécessaire que nous puissions nous parler. C’est un axiome qui a été complètement oublié. A tort.

Je suis convaincu que dès que le dialogue sera restauré, nous trouverons des points de contact. Il suffit de regarder autour de nous ! Le monde est sous tension, nous faisons face à des défis communs, des problèmes globaux qui ne peuvent être résolus qu’au moyen d’efforts collectifs. Ce fossé entre la Russie et l’UE nuit à tout le monde, il affaiblit l’Europe au moment où la concurrence globale s’intensifie, au moment où d’autres « centres de gravité » de la politique mondiale se renforcent. Il est hors de question d’abandonner. Il ne faut pas nous laisser entraîner dans une nouvelle guerre froide.

Les menaces communes pesant sur notre sécurité n’ont pas disparues. Au cours de la période récente, de nouveaux mouvements extrémistes extrêmement dangereux sont apparus, en particulier le soi-disant « Etat islamique ». Il s’agit également de l’aggravation des problèmes écologiques, de la pauvreté, des migrations, des épidémies. Face à des menaces communes, nous pouvons à nouveau trouver un langage commun. Cela ne sera pas facile, mais il n’y a pas d’autre chemin.

L’Ukraine évoque la construction d’un mur le long de sa frontière avec la Russie. Comment expliquez-vous que nos peuples, frères depuis toujours, ayant appartenu à un seul et même État, se soient soudainement brouillés à tel point que la séparation pourrait ne pas être seulement politique mais également se matérialiser par un mur ?

La réponse à cette question est très simple : je m’oppose à tous les murs. Que ceux qui envisagent de « construire » un tel ouvrage y réfléchissent à deux fois. Je pense que nos peuples ne se brouilleront pas. Nous sommes trop proches à bien des égards. Il n’y a pas entre nous de problèmes et de différences insurmontables. Mais beaucoup de choses dépendront de l’intelligentsia et des médias. S’ils décident de travailler à notre désunion, en initiant et exacerbant les querelles et les conflits, cela sera catastrophique. De tels exemples nous sont connus. C’est pourquoi j’appelle l’intelligentsia à se comporter de manière responsable.

Voir par ailleurs:

Cette promesse de l’OTAN à la Russie qui n’a jamais existé

D’après Vladimir Poutine et ses soutiens en France, la Russie ne ferait que se défendre face à l’OTAN qui n’aurait pas tenu sa promesse de non extension à l’Est après la chute du mur de Berlin. Une contre-vérité historique.
Elie Guckert
Slate
14 décembre 2021

«Il y a un bon adage qui dit que la première victime de toute guerre est la vérité», professe Jean-Luc Mélenchon sur France 24, le 7 décembre dernier. Interrogé au sujet de l’escalade de tensions à la frontière ukrainienne, où la Russie amasse des troupes depuis plusieurs mois, le leader de La France insoumise va pourtant asséner une contrevérité historique: «Il faut bien que nous nous rendions compte que nous avons manqué de parole aux Russes. On leur avait dit: “Si vous laissez tomber le mur [de Berlin], nous on n’ira pas mettre l’OTAN à leur porte.” Bon, ils ont laissé tomber le mur, et qu’est-ce qu’on a fait: on a mis l’OTAN à leur porte.»

Éric Zemmour a répété la même chose sur France 2, le 9 décembre. Jean-Luc Mélenchon et lui s’accordent d’ailleurs sur un point: la France devrait simplement quitter l’alliance. Cette supposée promesse trahie par l’OTAN à la fin de la guerre froide est invoquée par les soutiens de Vladimir Poutine dès que les tensions avec la Russie repartent. Elle permet de remettre en cause l’existence même de l’OTAN, qui n’aurait plus de raison d’être depuis la chute de l’URSS et la dissolution du pacte de Varsovie.

Ce discours, c’est d’abord celui de Vladimir Poutine lui-même. En 2007, le président russe avait ainsi déclaré: «Nous avons le droit de poser la question: contre qui cette expansion [de l’OTAN] est-elle dirigée? Et qu’est-il advenu des assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du pacte de Varsovie?» En 2014 encore, pour justifier l’annexion illégale de la Crimée par la Russie, il affirmait: «Les Occidentaux nous ont menti à maintes reprises. Ils ont pris des décisions dans notre dos et présenté devant nous un fait accompli. Cela s’est produit avec l’expansion de l’OTAN à l’Est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières.»

Un mythe démenti par les archives

La plupart des dirigeants occidentaux de l’époque ont démenti, mais la Russie n’a cessé de formuler cette accusation. Le débat avait été lancé en 1998 par un analyste britannique, Michael MccGwire. Dans un article publié par la Review of International Studies, il critiquait la décision d’inviter la République tchèque à rejoindre l’alliance transatlantique, affirmant qu’en 1990, «Mikhaïl Gorbatchev a reçu des garanties de haut niveau que l’Occident n’élargirait pas l’OTAN, promettant une zone tampon non alignée entre la frontière orientale de l’OTAN et la Russie».

Le non-élargissement de l’OTAN n’a même pas été un sujet de discussion en 1990.

L’analyste estimait à l’époque que l’OTAN «viole le marché conclu en 1990 permettant à une Allemagne réunifiée de faire partie de l’OTAN». Une référence aux négociations diplomatiques qui se sont tenues cette année-là entre l’Allemagne de l’Ouest, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’URSS au sujet de la réunification de l’Allemagne.

Il faudra attendre 2009 pour que l’affaire soit finalement tirée au clair. Grâce à la déclassification des comptes-rendus de réunions provenant aussi bien des archives allemandes qu’américaines et russes, Mark Kramer, chercheur à Harvard, démontre dans un article publié par The Washington Quarterly que le non-élargissement de l’OTAN n’a même pas été un sujet de discussion en 1990.

Et pour cause: à cette époque, personne n’imagine encore que l’URSS va s’effondrer avec le pacte de Varsovie. L’enjeu principal est alors de savoir si l’Allemagne, dont la partie ouest faisait déjà partie de l’alliance, resterait ou non au sein de l’OTAN en tant que nation réunifiée, et à quelles conditions.

Les Occidentaux s’engagent alors sur trois points. Premièrement: ne déployer en Allemagne de l’Est que des troupes allemandes ne faisant pas partie de l’OTAN tant que le retrait soviétique n’est pas fini. Deuxièmement: des troupes allemandes de l’OTAN pourront être déployées en Allemagne de l’Est après le retrait soviétique, mais aucune force étrangère ni installation nucléaire. Et enfin, troisièmement: ne pas augmenter la présence militaire française, britannique et américaine à Berlin.

Et c’est Gorby qui le dit

Après d’âpres négociations, ces conditions ont finalement été acceptées par Gorbatchev et inscrites dans le traité concernant les aspects internationaux de la réunification, signée par toutes les parties en septembre 1990. Nulle part, y compris dans les archives russes, n’est fait mention d’une quelconque promesse formelle de ne pas inclure d’autres pays d’Europe de l’Est dans l’OTAN à l’avenir.

Les Russes continuent d’affirmer que les Occidentaux auraient néanmoins offert des garanties informelles.

Même après 2009, l’accusation a pourtant continué à prospérer. Et ce en dépit des dénégations de Mikhaïl Gorbatchev en personne, pourtant assez bien placé pour savoir ce qui s’est vraiment dit à l’époque. Dans une interview accordée en 2014 à Russia Beyond the Headlines, l’ancien président de l’URSS se montre catégorique: «Le sujet de l’expansion de l’OTAN n’a pas du tout été abordé et n’a pas été abordé au cours de ces années.»

Gorbatchev précise que l’URSS voulait surtout «s’assurer que les structures militaires de l’OTAN n’avanceraient pas, et que des forces armées supplémentaires ne seraient pas déployées sur le territoire de l’ex-RDA après la réunification allemande». Et d’ajouter: «Tout ce qui aurait pu être et devait être fait pour consolider cette obligation politique a été fait.»

Gorbatchev y affirme bien que l’élargissement de l’OTAN constituerait une trahison de ce qu’était selon lui «l’esprit» des discussions de l’époque, mais réaffirme qu’aucun engagement formel n’avait été pris. Les Russes continuent d’affirmer que les Occidentaux auraient néanmoins offert des garanties informelles. Une théorie qui a l’avantage d’être par nature impossible à vérifier.

Un traité violé… par la Russie

La pertinence de l’expansion de l’OTAN continue cependant de faire débat, y compris au sein des experts occidentaux. Comme le notait le chercheur Olivier Schmitt en 2018, la question a repris de l’importance à partir de 1993 sous l’impulsion du président américain Bill Clinton, alors même qu’une bonne partie de l’administration américaine y était défavorable par crainte des perceptions russes.

Mais pour rassurer la Russie, l’OTAN avait justement fait le choix en 1993 de l’intégrer dans son Partenariat pour la paix. Le but: «bâtir un partenariat avec la Russie, en instaurant un dialogue et une coopération pratique dans des domaines d’intérêt commun». Cette coopération n’a été suspendue qu’en 2014, quand la Russie a décidé d’annexer la Crimée.

Ce que les supporters de Vladimir Poutine prennent bien soin de ne pas préciser, c’est qu’au moment de l’invasion de la Crimée, c’est bien la Russie qui bafouait une promesse, réelle celle-là. Signé par la Russie, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Chine en 1994, le mémorandum de Budapest garantissait à l’Ukraine le respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, en échange de son adhésion au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et de l’abandon des stocks d’armes nucléaires héritées de l’URSS.

Surtout, outre leur passé douloureux avec l’URSS, c’est la politique agressive de la Russie vis-à-vis des anciennes républiques soviétiques, et leur volonté de s’arrimer à un espace démocratique, qui ont en partie poussé celles-ci dans les bras de l’OTAN. Ainsi, alors qu’une majorité d’Ukrainiens s’opposaient à une adhésion à l’alliance transatlantique avant 2014, l’opinion publique a totalement basculé dans le sens inverse depuis le début de la guerre: 58% des Ukrainiens souhaitent désormais rejoindre l’alliance. Le mythe de la Russie assiégée a tout d’une prophétie autoréalisatrice.

Voir de plus:

14 janvier 2022

Sur fond de grave crise aux confins orientaux de l’Ukraine, où le bruit des bottes fait redouter une nouvelle offensive militaire russe, le Kremlin a ordonné le tir d’une salve de missiles hypersoniques « Zircon », et ce la veille de Noël (selon le calendrier grégorien). Vladimir Poutine s’est félicité de ce succès : « un grand événement pour le pays et une étape significative pour renforcer la sécurité de la Russie et ses capacités de défense ».

Au vrai, il ne s’agit pas du premier essai mais il intervient dans un contexte particulier, quand le Kremlin pose de manière claire et explicite un ultimatum qui exige des Occidentaux qu’ils signent deux traités ordonnant le repli de l’OTAN et donc, à brève échéance, son sabordage (cf. Françoise Thom).

Des armes hypersoniques et ultra-précises

Dans l’esprit des dirigeants russes et de nombreux commentateurs à Moscou, enthousiasmés par la possibilité d’une grande guerre à visée hégémonique, il ne s’agit pas tant de démontrer l’avance acquise dans la gamme des armes dites « nouvelles » que d’intimider et de menacer l’Europe et les États-Unis. Et la discrétion des dirigeants occidentaux quant à ces essais répétés laisse dubitatif.

Dès lors se pose la question des possibles effets produits par ces « armes nouvelles ». S’agirait-il là d’une rupture technologique, vecteur d’une révolution stratégique ? En d’autres termes, le problème est de savoir si la Russie, posée par ses dirigeants comme puissance révisionniste, prête à recourir aux armes pour modifier le statu quo international, aligne son discours géopolitique, son système militaire et sa stratégie.

On se souvient du discours prononcé par Vladimir Poutine au Parlement, le 1er mars 2018, le président russe ayant alors présenté un programme de nouveaux missiles qui impressionna la classe dirigeante russe et nombre d’observateurs internationaux. Ces armes dites de rupture sont hypersoniques (soit une vitesse supérieure à Mach 5), sur une partie de leur trajectoire à tout le moins. Elles sont présentées comme étant capables d’effectuer des manœuvres qui permettent de déjouer les capacités d’interception adverses, c’est-à-dire les défenses antimissiles des États-Unis et de l’OTAN.

Parmi ces « super-missiles », citons le « Kinjal » (un missile lancé par un avion), l’« Avangard » (un planeur hypersonique lancé par une fusée « Sarmat ») et le « Zircon » (un missile antinavire déployé sur des bâtiments de surface, des sous-marins ainsi que des batteries côtières). Curieusement, le « Zircon » dont il est désormais question ne fut pas mentionné lors de la prestation du 1er mars 2018.

En revanche, d’autres armes furent présentées, à l’instar de la torpille « Poséidon », capable de déclencher un tsunami radioactif de l’autre côté de l’Atlantique, le drone sous-marin « Peresvet », à propulsion nucléaire et à charge atomique, et le missile « Bourevestnik » qualifié d’« invincible » par Vladimir Poutine.

Rodomontades ? Nenni

Il existe des interrogations sur le degré réel d’avancement de ces programmes et leur opérationnalité effective. Ainsi l’accident survenu le 8 août 2019, sur une base septentrionale russe, serait-il lié à un nouvel échec du « Bourevestnik » (l’explosion a fait plusieurs morts et provoqué une hausse de la radioactivité). Nonobstant des imprécisions et des effets d’annonce parfois trop hâtifs, le programme d’armes nouvelles illustre la réalité du réarmement russe, plus axé sur la qualité des technologies que sur le volume des arsenaux.

Les optimistes veulent voir dans la posture russe une forme contre-intuitive de « dialogue stratégique » avec les États-Unis, en vue d’un renouvellement de l’arms control (la maîtrise des armements). Le sort du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), violé par la Russie, dénoncé en conséquence par Washington (Moscou suivit), ainsi que les incertitudes autour des négociations nucléaires stratégiques ne sont pas de bon augure.

Faut-il voir dans ces armes une rupture technologique et stratégique ? D’aucuns soulignent le fait que l’hypervélocité et la capacité à manœuvrer de ces « armes nouvelles » ne font pas une révolution stratégique. D’une part, les fusées balistiques outrepassent l’hypervélocité de ces engins. S’il est vrai, d’autre part, que leur capacité à manœuvrer permettrait de contourner les défenses antimissiles des Alliés (États-Unis et OTAN), il en serait de même avec un missile balistique intercontinental.

Au demeurant, les défenses antimissiles n’ont pas été pensées pour intercepter les missiles balistiques intercontinentaux de la Russie ou de la Chine populaire mais pour contrer une puissance proliférante, du type de l’Iran ou de la Corée du Nord, détentrice d’un nombre réduit d’engins. Soulignons ici la mauvaise foi russe qui, tout en développant ses propres défenses antimissiles, ne cesse de dénoncer les effets prétendument déstabilisateurs du dispositif américano-otanien.

En première analyse, le déploiement d’« armes nouvelles » russes ne changerait donc pas l’équation stratégique ; quand bien même leur hypervélocité réduirait le délai de réaction, les puissances nucléaires occidentales conserveraient une capacité de frappe en second, pour exercer des représailles sur l’État agresseur. Théoriquement, une telle perspective devrait le détourner de la tentation d’une première frappe désarmante, « dissuader » signifiant « empêcher de passer à l’acte ».

Quelle place dans l’arsenal russe ?

Pourtant, la Russie, ces dernières années, a amplement modernisé ce que les spécialistes nomment la « triade stratégique », ses armes nucléaires stratégiques terrestres (missiles intercontinentaux), aériennes (missiles lancés depuis un bombardier) et sous-marines (missiles lancés par des sous-marins nucléaires lance-engins). Aussi le développement et le déploiement d’engins « exotiques » (les « armes nouvelles ») posent question : à quelles fins et selon quels scénarios ?

Rappelons l’idée, évoquée plus haut, selon laquelle ces armes ne seraient qu’une monnaie d’échange dans les négociations américano-russes relatives aux armes nucléaires stratégiques. In extremis, l’Administration Biden a proposé la prorogation du traité post-START et le « dialogue stratégique » en cours permettra de tester cette hypothèse.

Il reste que la politique, comprise dans son essence, consiste à envisager le pire afin qu’il n’advienne pas. En l’occurrence, il importe de comprendre que la dissuasion n’est pas une loi physique qui, telle la loi de gravité mise au jour par Newton, s’imposerait à toutes les puissances nucléaires.

Sur le plan de la réflexion stratégique, rappelons l’important article de l’Américain Albert Wohlstetter sur le « fragile équilibre de la terreur » (« The Delicate Balance of Terror », Rand Corporation, 6 novembre 1958). Selon l’analyse de ce stratège, l’équilibre de la terreur est instable et la dissuasion de l’adversaire potentiel n’est en rien automatique, la symétrie des arsenaux pouvant coexister avec l’asymétrie morale. Dès lors, les questions essentielles sont : qui dissuade qui, de quoi et dans quel contexte ?

De fait, les « armes nouvelles » tant vantées par le Kremlin ne semblent pas apporter de valeur additionnelle à la force de dissuasion russe, assurée par une « triade stratégique » constamment modernisée. Et, nonobstant l’affirmation surréaliste selon laquelle les États-Unis et l’OTAN prépareraient une offensive multiforme, il est difficile d’imaginer les démocraties occidentales, en proie au doute et absorbées par les questions intérieures, fourbir leurs armes pour mener une guerre préventive contre la Russie.

Dès lors, le développement et le déploiement par la Russie d’« armes nouvelles », hors du cadre de l’« arms control », ne viserait-il pas à sortir de la parité pour acquérir une position de supériorité nucléaire ? Dans une telle perspective, les armes nucléaires ne seraient plus au seul service de la dissuasion, pour préserver le territoire national et ses approches de toute entreprise guerrière ; elles pourraient être le moyen d’une stratégie d’action et de coercition visant des buts d’acquisition.

Depuis plusieurs années, les signaux nucléaires dont Vladimir Poutine use et abuse, pour étayer sa politique extérieure et renforcer sa main sur la scène stratégique mondiale, laissent redouter la transformation de la Russie en une puissance nucléaire révisionniste qui utiliserait son arsenal pour contraindre et obtenir des gains stratégiques. Il suffit d’ailleurs de se reporter à la présente situation, nombre d’officiels russes n’hésitant pas à menacer l’Europe d’une frappe préventive s’ils n’obtiennent pas une sphère d’influence exclusive dans l’« étranger proche » (l’espace post-soviétique), élargie à toute l’Europe si les États-Unis se retiraient de l’OTAN.

Certains spécialistes de ces questions se réfèrent aux documents politico-stratégiques officiels pour écarter un scénario de coercition nucléaire (voir « Les fondements de la politique d’État de la Fédération de Russie dans le domaine de la dissuasion nucléaire », oukaze présidentiel n° 5, 2 juin 2020). Il reste que ledit document élargit la gamme des options dans lesquelles l’emploi de l’arme nucléaire serait envisagé.

Ainsi une « escalade pour la désescalade », c’est-à-dire une frappe nucléaire théoriquement destinée à interdire l’intensification d’une guerre classique (conventionnelle), n’est pas exclue. En d’autres termes, cela signifierait la volonté de vaincre en ayant recours à l’arme nucléaire. Sur ce point, ajoutons que Vladimir Poutine, à la différence du secrétaire général du parti communiste soviétique autrefois, n’est pas limité par un Politburo.

Une capacité de frappe chirurgicale

À tout le moins, il importe d’envisager le fait que la Russie mette son arsenal au service d’une stratégie de « sanctuarisation agressive » : lancer une offensive armée classique sur les espaces géographiques convoités (l’Ukraine, en tout ou en partie, ainsi que d’autres républiques post-soviétiques refusant un statut d’État croupion, privées de leur souveraineté), les puissances extérieures étant dissuadées de leur porter secours en les menaçant d’une escalade nucléaire.

Si l’on considère l’Ukraine, n’est-ce pas déjà le cas ? La lecture attentive des projets de traité que Moscou prétend imposer aux États-Unis laisse penser qu’outre les trois États baltes, seules ex-républiques soviétiques intégrées dans l’OTAN, les anciens satellites d’« Europe de l’Est » — le syntagme d’« Europe médiane », entre Baltique, mer Noire et Adriatique, est aujourd’hui plus approprié — seraient également l’objet de cette grande manœuvre.

C’est ici que certaines des « armes nouvelles » russes, notamment le « Zircon », si elles n’apportent rien à la dissuasion russe, trouvent leur place. Qu’elles soient déployées au sol, en mer ou dans les airs, ces armes sont duales : elles peuvent tout aussi bien être dotées de charges conventionnelles que de têtes nucléaires. D’ores et déjà, le « Zircon » et d’autres systèmes d’armes pourraient servir à verrouiller la Baltique et la mer Noire (mise en place d’une « bulle stratégique » sur ces mers et leur pourtour), l’objectif étant d’écarter les alliés occidentaux des pays riverains. Alors, ces derniers seraient à la merci d’une agression militaire russe. Le seul poing levé pourrait convaincre les récalcitrants.

Au-delà de ces mers, et peut-être du bassin Levantin (Méditerranée orientale), les « mesures militaro-techniques » brandies par Moscou, dans le cas d’un refus des projets de traité, pourraient consister en un déploiement en nombre de « Zircon » et d’autres engins de mort (missiles balistiques de portée intermédiaire « Iskander » et missiles de croisière « Kalibr »), et ce à l’échelle du théâtre européen. Ainsi placée sous la menace d’une première frappe désarmante, avec un temps de réaction de quelques minutes (insuffisant pour disperser les cibles), l’Europe serait prise en otage.

Certes, la France et le Royaume-Uni, a fortiori les États-Unis, conserveraient leur capacité de frappe en second, mais ces puissances occidentales, possiblement épargnées par cette première frappe, non nucléaire de surcroît, porteraient alors la responsabilité de l’escalade nucléaire. Gageons qu’il ne manquerait pas dans ces pays de politiques et de publicistes pour poser la question fatidique : « Mourir pour Dantzig ? » et plaider qui le « grand retranchement », qui la cause d’une « grande Europe, de Lisbonne à Vladivostok ».

Le retour du même

À l’évidence, un tel scénario n’est pas sans rappeler la configuration géostratégique générée par le déploiement par les Soviétiques des missiles SS-20 (1977), une arme jugée alors déstabilisante du fait de sa précision. L’objectif de ces armes de théâtre, ensuite baptisées « forces nucléaires intermédiaires », était de provoquer de prendre en otage l’Europe occidentale et de provoquer un découplage géostratégique entre les deux rives de l’Atlantique Nord.

S’ensuivit la « bataille des euromissiles », l’OTAN exigeant le retrait des SS-20 et, à défaut, menaçant de déployer des missiles encore plus précis et véloces (missiles balistiques Pershing-II et missiles de croisière Tomahawk). Le réarmement intellectuel et moral de l’Occident produisant ses effets sur le système soviétique, préalablement épuisé par les maux inhérents à l’économie planifiée et l’hyperextension stratégique induite par l’impérialisme rouge, Mikhaïl Gorbatchev fut acculé.

En 1987, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev signèrent un traité portant sur le retrait de toutes les forces nucléaires intermédiaires, d’une portée de 500 à 5 500 kilomètres. Peu après, l’armée soviétique devrait évacuer l’Afghanistan puis, après la chute du mur de Berlin, la réunification de l’Allemagne et la « révolution de velours », mettre à bas les régimes communistes d’Europe médiane : l’URSS implosait (1991).

Mutatis mutandis, la situation actuelle semble mener à une nouvelle bataille des euromissiles, si tant est que les Occidentaux se montrent unis et déterminés à résister aux ambitions de Vladimir Poutine et, il faut en convenir, d’une partie des Russes qui semblent considérer la fin de la précédente guerre froide comme une simple trêve, nécessaire pour reconstituer le potentiel russe de puissance et de nuisance. Une différence de taille sur le plan technico-stratégique : les spécificités et capacités du « Zircon », précis et hypervéloce, sont sans commune mesure avec le SS-20. Le scénario d’une frappe chirurgicale est donc plus réaliste.

En guise de conclusion : se préparer au pire

Précisons enfin que ce scénario tient de l’hypothèse. L’exercice consiste à comprendre ce que Vladimir Poutine et les siens concoctent, à anticiper ce que signifierait de nouvelles mesures « militaro-techniques », à baliser le champ des possibles.

Une certitude toutefois : le discours géopolitique révisionniste du Kremlin et le positionnement de la Russie comme « État perturbateur » est difficilement conciliable avec la vision classique de la dissuasion et du nucléaire comme arme de statu quo. Quitte à se répéter, il nous faut donc envisager le pire et s’y préparer, politiquement, intellectuellement et moralement.

Voir encore:

Mouvements de troupes en Ukraine : « Tous les préparatifs pour la guerre sont là », estime une historienne spécialiste de la Russie

D’après le ministère biélorusse de la Défense, la Russie va déployer des troupes en février pour des exercices de préparation au combat.

Franceinfo

Alors que de nouvelles manoeuvres militaires russes vont débuter en Biélorussie, au nord de l’Ukraine, « tous les préparatifs pour la guerre sont là », estime mardi 18 janvier sur franceinfo Galia Ackerman, historienne et journaliste, spécialiste de la Russie et de l’espace post-soviétique. « Nous sommes à un stade où la Russie peut lancer à tout moment une attaque en Ukraine », a estimé la porte-parole de la Maison Blanche, en parlant d’une « situation extrêmement dangereuse ».

franceinfo : La menace d’une attaque russe sur l’Ukraine est-elle réelle ?

Galia Ackerman : Si vous écoutez les médias russes, ce que disent les officiels russes, y compris le président Poutine, cela semble tout à fait plausible. Je ne dit pas qu’il y aura une guerre. Mais tous les préparatifs pour la guerre sont là : il y a une concentration de troupes, il y a un discours extrêmement agressifs et des ultimatums qui ne peuvent pas être satisfaits car totalement irréalistes. On a l’impression qu’ils ne sont qu’un prétexte pour envahir l’Ukraine.

Pourquoi la Russie voudrait-elle envahir l’Ukraine ?

Parce qu’il y a une haine de l’Ukraine depuis plusieurs années. Cette haine a très fortement augmenté à la suite de la révolution ukrainienne : je rappelle qu’à ce jour, on parle non pas de Maïdan, non pas d’une révolution populaire mais d’un coup d’Etat, on parle de nazis au pouvoir, on exige que les accords de Minsk soient réalisés à 100% mais surtout dans l’interprétation de Moscou et il est tout à fait clair que la Russie ne veut pas tolérer que son proche étranger prenne une orientation qui ne lui plaît pas, celle de sortir totalement de la sphère d’influence russe.

Ça veut dire que l’Ukraine devient une sorte de pion aujourd’hui, de pays qui sert d’affrontement entre l’OTAN et les Etats-Unis d’un côté et Moscou de l’autre ?

C’est l’explication russe. Ils disent tout le temps que l’Ukraine en soi n’a aucune importance, que c’est un terrain que l’OTAN, les Etats-Unis, l’Union européenne, utilisent pour rapprocher les équipements militaires dirigés contre la Russie, pour l’assaut du pays. C’est totalement faux. 73 experts allemands de la russie ont publié une lettre dans le journal allemand « Die Zeit », ils disent que tout ce que la Russie dit sur sa sécurité menacée est faux : la Russie a 3e armée au monde, qu’elle est un pays nucléarisé qui a plus de nucléaire que les Etats-Uni, la France et la Grande Bretagne réunis. Personne ne peut menacer la Russie, mais elle prend une pose de personne offensée et demande à ce que ses exigeances soient satisfaites : c’est à dire non pas seulement la démilitarisation de l’Ukraine, mais la démilitarisation de toute l’Europe de l’est.

Voir enfin:

Desk Russie publie la lettre ouverte de 73 spécialistes allemands de l’Europe orientale et de la sécurité internationale, diffusée par Zeit Online le 14 janvier 2022. Des universitaires de renom s’adressent au gouvernement et aux partis politiques. Mettant en évidence une politique russe destructrice et agressive, ce document important pourrait enfin inciter le gouvernement et les milieux d’affaires allemands à réévaluer la menace que le Kremlin représente pour l’ensemble du monde occidental.
Desk Russie

Des concentrations massives et menaçantes de troupes russes aux frontières orientale et méridionale de l’Ukraine, d’intenses opérations de propagande anti-occidentale qui ne reculent devant aucun mensonge, ainsi que des exigences clairement inacceptables pour l’OTAN et ses États membres : aujourd’hui, la Russie remet fondamentalement en question le système de sécurité qui est en vigueur en Europe depuis la fin de la guerre froide. En même temps, la propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. Le Kremlin défigure délibérément le concept de garanties de sécurité. La nécessité de telles garanties a été débattue depuis la négociation du traité de non-prolifération nucléaire en 1968, mais elles concernent en premier lieu la protection des États non dotés d’armes nucléaires.

Il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire.

Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation.

En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. En Moldavie, la revanche impériale de Moscou a commencé dès 1992, immédiatement après l’effondrement de l’URSS, avec une intervention de la 14e armée russe. Un groupe opérationnel de troupes russes se trouve encore officiellement en Transnistrie aujourd’hui, malgré les demandes répétées des gouvernements moldaves successifs, démocratiquement élus, de les voir retirer, et malgré les promesses correspondantes du Kremlin. La République fédérale n’a réagi de manière adéquate ni à cet événement ni aux nombreuses aventures revanchistes de la Russie dans l’espace post-soviétique et au-delà.

En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. D’un autre côté, en 2019, le gouvernement allemand s’est efforcé de faire réadmettre la délégation russe à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, alors que Moscou n’avait rempli, ni ne remplit aujourd’hui, aucune des conditions pour ce geste hautement symbolique.

Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2.

Les sanctions économiques de l’UE contre Moscou depuis 2014, trop légères, ne constituent pas une réponse suffisante au parcours de plus en plus agressif du Kremlin. Dans le contexte de la poursuite des relations spéciales germano-russes, la coopération allemande en matière de développement, de culture et d’éducation avec l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie apparaît comme le simple achat d’indulgences par la politique orientale allemande. Cela n’excuse en rien les faux pas graves de la politique allemande à l’égard de la Russie, comme l’invitation faite à Poutine de s’exprimer devant le Bundestag en 2001 ou le partenariat pour la modernisation à partir de 2008. De telles mesures allemandes, alors que des troupes russes, indésirables, restent en Moldavie et en Géorgie, ont été perçues comme une confirmation des droits spéciaux de Moscou dans l’espace post-soviétique.

L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. La formule allemande bien connue d’« Annäherung durch Verflechtung » [la convergence par l’interconnexion], à savoir l’approche coopérative de Berlin envers Moscou, a ainsi acquis une signification tragi-comique. Elle signifie désormais plutôt le rapprochement de la sphère d’influence de la Russie aux frontières orientales de l’UE.

Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe.

Face à de telles distorsions, l’Allemagne devrait enfin abandonner sa politique orientale spéciale, perçue comme singulière en Europe centrale et orientale, mais pas seulement. Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Cela est particulièrement vrai lorsque, comme dans le cas de l’Ukraine, il s’agit d’une invasion russe du territoire d’une autre nation victime de l’ancien expansionnisme allemand. La violation continue et manifeste par la Russie des principes fondamentaux de l’ONU, de l’OSCE et du Conseil de l’Europe, pourtant officiellement acceptés par Moscou, en Europe orientale et maintenant aussi en Europe du Nord, ne doit pas être tolérée.

La politique russe de l’Allemagne fédérale doit être totalement changée. De nouvelles réactions purement verbales ou symboliques de Berlin aux aventures révisionnistes russes ne feront, comme par le passé, qu’inciter le Kremlin à de nouvelles aventures. L’Allemagne porte une responsabilité particulière en tant que pays clé de l’UE, de l’OTAN et de la communauté occidentale dans son ensemble.

Dans l’intérêt de la sécurité internationale, de l’intégration européenne et des normes communes, Berlin doit enfin combler le fossé entre sa rhétorique publique et son action réelle en Europe orientale. Cela devrait se traduire par une série de mesures parallèles et concrètes de nature politique, juridique, diplomatique, civique, sociétale, technique et économique. L’Allemagne est un partenaire majeur de la Russie et des États du Partenariat oriental de l’UE en matière de commerce, de recherche et d’investissement, ainsi qu’une puissance de premier plan de l’Union européenne. Elle est beaucoup plus en mesure de faire avancer les choses que la plupart des autres pays occidentaux. C’est vrai tant pour ce qui est de contenir et de sanctionner la Russie que pour ce qui est de soutenir les États démembrés et harcelés par Moscou. Berlin doit faire en sorte que ses bonnes paroles soient suivies d’actions plus nombreuses et plus efficaces que celles entreprises à ce jour.

    • Hannes Adomeit, chercheur à l’Institut de politique de sécurité de l’Université de Kiel (ISPK).
    • Dr. Vera Ammer, membre du conseil d’administration de Memorial International et de l’Initiative pour une Ukraine démocratique, Euskirchen.
    • Oesten Baller, juriste, professeur et président de l’ONG German-Ukrainian School of Governance, Berlin.
    • Volker Beck, député de 1994 à 2017, maître de conférences associé au Centre d’études religieuses (CERES) de l’université de Bochum.
    • Carl Bethke, chercheur à la chaire d’histoire de l’Europe de l’Est et du Sud-Est, Université de Leipzig.
    • Florian Bieber, professeur et directeur du Centre d’études de l’Europe du Sud-Est, Université de Graz.
    • Katrin Boeckh, professeur et chercheur à l’Institut Leibniz d’études de l’Europe de l’Est et du Sud-Est (IOS), Regensburg.
    • Falk Bomsdorf, juriste, chef du bureau de Moscou de la Fondation Friedrich Naumann de 1993 à 2009, Munich.
    • Karsten Brüggemann, professeur d’histoire générale et d’histoire estonienne, Université de Tallinn, Estonie.
    • Dr. Martin Dietze, publiciste et premier président de l’Association culturelle germano-ukrainienne, Hambourg
    • Dr. Jörg Forbrig, directeur pour l’Europe centrale et orientale, German Marshall Fund of the United States, Berlin
    • Dr. Annette Freyberg-Inan, Professeur de théorie des relations internationales, Université d’Amsterdam
    • Angelos Giannakopoulos, professeur associé DAAD d’études allemandes et européennes, Académie Kyiv-Mohyla, Ukraine.
    • Dr. Anke Giesen, membre des conseils d’administration de Memorial International et de Memorial Deutschland, Berlin
    • Witold Gnauck, historien, directeur général de la Fondation scientifique germano-polonaise, Francfort (Oder)
    • Gustav C. Gressel, Senior Policy Fellow au Wider Europe Program, Conseil européen des relations étrangères, Berlin
    • Irene Hahn-Fuhr, politologue, membre du conseil d’administration du Centre pour la modernité libérale (LibMod), Berlin
    • Ralph Hälbig, spécialiste des sciences culturelles, journaliste indépendant pour ARTE et MDR, et opérateur du site Internet “Géorgie et Caucase du Sud”, Leipzig.
    • Aage Ansgar Hansen-Löve, jusqu’en 2013, professeur de philologie slave à l’université Ludwig-Maximilian de Munich.
    • Rebecca Harms, députée européenne en 2004-2019, ancienne présidente de la délégation de l’UE à l’Assemblée parlementaire EURO-NEST, Wendland
    • Ralf Haska, pasteur étranger de l’Église luthérienne allemande (EKD) à Kiev 2009-2015, Marktleuthen
    • Guido Hausmann, professeur et directeur du département d’histoire de l’Institut Leibniz de recherche sur l’Europe de l’Est et du Sud-Est (IOS), Regensburg.
    • Jakob Hauter, politologue, doctorant à la School of Slavonic and East European Studies (SSEES), University College London
    • Dr. Richard Herzinger, publiciste indépendant, auteur de livres et opérateur du site web “hold these truths”, Berlin
    • Maren Hofius, chargée de recherche au département des sciences sociales de l’université de Hambourg.
    • Mieste Hotopp-Riecke, directrice de l’Institut d’études caucasiennes, tatares et turques (ICATAT), Magdebourg.
    • Hubertus F. Jahn, professeur d’histoire de la Russie et du Caucase, Université de Cambridge, Angleterre.
    • Dr. Kerstin Susanne Jobst, professeur d’histoire de l’Europe de l’Est, Université de Vienne
    • Markus Kaiser, spécialiste des sciences sociales, président de l’Université germano-kazakh (DKU) d’Almaty de 2015 à 2018, Constance, Allemagne.
    • Dr. Christian Kaunert, professeur de sécurité internationale et titulaire de la chaire Jean Monnet, Dublin City University, Irlande
    • Dr. Sarah Kirchberger, Chef de département à l’Institut de politique de sécurité de l’Université de Kiel (ISPK)
    • Nikolai Klimeniouk, journaliste et responsable du programme Initiative Quorum à l’ONG European Exchange, Berlin
    • Gerald Knaus, lauréat du prix Karl Carstens de l’Académie fédérale de politique de sécurité (BAKS) et président de l’Initiative européenne pour la stabilité, Berlin
    • Gerd Koenen, historien, publiciste et auteur de livres dont “The Russia Complex : The Germans and the East 1900-1945”, Francfort (Main)
    • Peter Koller, directeur général de la Bahnagentur Schöneberg et auteur de livres tels que “Ukraine : Handbook for Individual Discoveries”, Berlin.
    • Joachim Krause, professeur et directeur de l’Institut de politique de sécurité de l’université de Kiel (ISPK)
    • Cornelius Ochmann, politologue, directeur général de la Fondation pour la coopération germano-polonaise, Varsovie/Berlin
    • Dr. Otto Luchterhandt, ancien professeur de droit public et de droit de l’Europe de l’Est, Université de Hambourg
    • Carlo Masala, professeur de politique internationale à l’université des forces armées fédérales de Munich.
    • Markus Meckel, ministre des Affaires étrangères de la RDA en 1990, député de 1990 à 2009, et président du Conseil allemand de la Fondation pour la coopération germano-polonaise, Berlin
    • Johanna Möhring, chargée de recherche à la chaire Henry Kissinger pour la sécurité et les études stratégiques, Université de Bonn
    • Michael Moser, professeur de linguistique slave et de philologie textuelle, Université de Vienne
    • Andrej Novak, politologue, cofondateur de l’Alliance pour une Russie démocratique et libre ainsi que de “Russia Uncensored Deutsch”, Nuremberg.
    • Barbara von Ow-Freytag, politologue, membre du conseil d’administration du Centre de la société civile de Prague.
    • Susanne Pocai, historienne, auteur de livres et membre du personnel de la faculté des sciences de la vie de l’université Humboldt de Berlin.
    • Ruprecht Polenz, député de 1994 à 2013, depuis 2013 président de l’Association allemande pour les études est-européennes (DGO), Münster
    • Detlev Preusse, politologue, auteur de livres et ancien chef du programme de soutien aux étrangers de la Fondation Konrad Adenauer, Hambourg.
    • Manfred Quiring, auteur de livres et ancien correspondant en Russie du “Berliner Zeitung”, “Die Welt” et “Zürcher Sonntagszeitung”, Hohen Neuendorf.
    • Waleria Radziejowska-Hahn, membre du conseil consultatif et ancienne directrice générale du Forum Lew Kopelew, Cologne
    • Dr. Oliver Reisner, professeur d’études européennes et caucasiennes, Ilia State University, Tbilissi, Géorgie
    • Felix Riefer, politologue, auteur de livres et membre du conseil consultatif du Forum Lew Kopelew, Bonn.
    • Christina Riek, traductrice-interprète, coordinatrice du projet et membre du conseil d’administration de Memorial Deutschland, Berlin.
    • Stefan Rohdewald, professeur d’histoire de l’Europe de l’Est et du Sud-Est, Université de Leipzig.
    • Grzegorz Rossoliński-Liebe, chercheur au département d’histoire et d’études culturelles de l’Université libre de Berlin.
    • Sebastian Schäffer, politologue, auteur de livres et directeur général de l’Institut pour la région du Danube et l’Europe centrale (IDM), Vienne.
    • Stefanie Schiffer, directrice générale de l’ONG European Exchange et présidente de la Plate-forme européenne pour les élections démocratiques (EPDE), Berlin.
    • Frank Schimmelfennig, professeur de politique européenne, École polytechnique fédérale de Zurich (ETH), Zurich
    • Karl Schlögel, jusqu’en 2013, professeur d’histoire de l’Europe de l’Est, Université européenne Viadrina, Francfort (Oder).
    • Winfried Schneider-Deters, économiste, auteur de livres, et chef du bureau de Kiev de la Fondation Friedrich Ebert en 1995-2000, Heidelberg
    • Werner Schulz, député en 1990-2005, député européen en 2009-2014, ancien vice-président de la commission parlementaire de coopération UE-Russie, Kuhz
    • Dr. Gerhard Simon, ancien professeur au département d’histoire de l’Europe de l’Est, Université de Cologne
    • Susanne Spahn, historienne de l’Europe de l’Est, publiciste et chercheuse associée au Vilnius Institute of Policy Analysis (VIPA), Berlin.
    • Kai Struve, professeur associé et chercheur à l’Institut d’histoire de l’université de Halle-Wittenberg.
    • Ernst-Jörg von Studnitz, ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès de la Fédération de Russie de 1995 à 2002, Königswinter.
    • Sergej Sumlenny, politologue, auteur de livres et chef du bureau de Kiev de la Fondation Heinrich Böll de 2015 à 2021, Berlin.
    • Dr. Maximilian Terhalle, lieutenant-colonel (res.), professeur invité à LSE IDEAS, London School of Economics and Political Science.
    • Dr. Stefan Troebst, jusqu’en 2021, professeur d’histoire culturelle de l’Europe de l’Est, Université de Leipzig
    • Frank Umbach, chef de la recherche au Pôle européen pour le climat, l’énergie et la sécurité des ressources (EUCERS), Université de Bonn.
    • Dr. Andreas Umland (initiateur/rédacteur), analyste au Stockholm Centre for Eastern European Studies, Institut suédois des affaires internationales (UI)
    • Elisabeth Weber, spécialiste de la littérature et du théâtre, membre du conseil consultatif du Forum Lew Kopelew, Cologne.
    • Anna Veronika Wendland, chargée de recherche à l’Institut Herder de recherche historique sur l’Europe centrale et orientale, Marbourg.
    • Alexander Wöll, professeur de culture et de littérature d’Europe centrale et orientale, Université de Potsdam.
    • Susann Worschech, chargée de recherche à l’Institut d’études européennes, Université européenne Viadrina, Francfort (Oder).

Voir par ailleurs:

L’élargissement de l’OTAN et la Russie: mythes et réalités
Michael Rühle
NATO Review

01 juillet 2014

Dans le discours qu’il a prononcé devant le Parlement russe, le 18 avril 2014, et dans lequel il justifiait l’annexion de la Crimée, le président Poutine a insisté sur l’humiliation subie par la Russie du fait des nombreuses promesses non tenues par l’Ouest, et notamment la prétendue promesse de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée. Poutine touchait là, chez ses auditeurs, une corde sensible. Pendant plus de 20 ans, le récit de la prétendue « promesse non tenue » de ne pas élargir l’OTAN vers l’est a fait partie intégrante de l’identité post-soviétique. Il n’est guère surprenant, par conséquent, que ce récit ait refait surface dans le contexte de la crise ukrainienne. S’appesantir sur le passé demeure le moyen le plus commode pour nous distraire du présent.
Mais, y a-t-il quelque vérité dans ces affirmations? Au cours des dernières années, d’innombrables documents et autres matériaux d’archives ont été rendus publics, permettant aux historiens d’aller au-delà des interviews ou des autobiographies des dirigeants politiques qui étaient au pouvoir lors des évènements décisifs qui se sont produits entre la chute du mur de Berlin, en novembre 1989, et l’acceptation par les soviétiques, en juillet 1990, d’une appartenance à l’OTAN de l’Allemagne réunifiée. Pourtant, même ces nouvelles sources ne modifient pas la conclusion fondamentale: il n’y a jamais eu, de la part de l’Ouest, d’engagement politique ou juridiquement contraignant de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée. Qu’un tel mythe puisse néanmoins apparaître ne devrait toutefois pas surprendre. La rapidité des changements politiques à la fin de la guerre froide a produit une forte dose de confusion. Ce fut une époque propice à l’émergence des légendes.

Le mythe de la « promesse non tenue » tire ses origines de la situation politique sans précédent dans laquelle se sont trouvés en 1990 les acteurs politiques clés, et qui a façonné leurs idées sur le futur ordre européen. Les politiques de réforme entreprises par l’ancien dirigeant de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, avaient depuis longtemps échappé à tout contrôle, les États baltes réclamaient leur indépendance, et des signes de bouleversements commençaient à apparaître dans les pays d’Europe centrale et orientale. Le mur de Berlin était tombé; l’Allemagne avait entamé son chemin vers la réunification. Toutefois, l’Union soviétique existait encore, tout comme le Pacte de Varsovie, dont les pays membres d’Europe centrale et orientale n’évoquaient pas une adhésion à l’OTAN, mais plutôt la « dissolution des deux blocs ».
Ainsi, le débat autour de l’élargissement de l’OTAN s’est déroulé exclusivement dans le contexte de la réunification allemande. Au cours de ces négociations, Bonn et Washington ont réussi à assouplir les réserves soviétiques quant au maintien dans l’OTAN d’une Allemagne réunifiée. Une aide financière généreuse et la conclusion du Traité « 2+4 » excluant le stationnement de forces OTAN étrangères sur le territoire de l’ex-Allemagne de l’Est ont contribué à ce résultat. Cette réussite a toutefois été, aussi, le résultat d’innombrables conversations personnelles au cours desquelles Gorbatchev et d’autres dirigeants soviétiques ont été assurés que l’Ouest ne profiterait pas de la faiblesse de l’Union soviétique et de sa volonté de retirer ses forces armées d’Europe centrale et orientale.

Ce sont peut-être ces conversations qui ont pu donner à certains politiciens soviétiques l’impression que l’élargissement de l’OTAN, dont le premier acte fut l’admission de la République tchèque, la Hongrie et la Pologne en 1999, avait constitué un manquement à ces engagements occidentaux. Certaines déclarations d’hommes politiques occidentaux – et en particulier du ministre allemand des Affaires étrangères, Hans Dietrich Genscher, et de son homologue américain, James A. Baker – peuvent en fait être interprétées comme un rejet général de tout élargissement de l’OTAN au-delà de l’Allemagne de l’Est. Toutefois, ces déclarations ont été faites dans le contexte des négociations sur la réunification allemande, et leurs interlocuteurs soviétiques n’ont jamais exprimé clairement leurs préoccupations. Au cours des négociations décisives à « 2+4 », qui ont finalement conduit Gorbatchev à accepter, en juillet 1990, que l’Allemagne réunifiée demeure au sein de l’OTAN, la question n’a jamais été soulevée. L’ancien ministre soviétique des affaires étrangères, Édouard Chevardnadze, devait déclarer plus tard que les protagonistes de cette époque ne pouvaient même pas imaginer une dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie et l’admission au sein de l’OTAN des anciens membres de ce Pacte.

Mais, même si l’on devait supposer que Genscher et d’autres auraient en effet cherché à prévenir un futur élargissement de l’OTAN afin de respecter les intérêts de sécurité de l’URSS, ils n’auraient jamais pu le faire. La dissolution du Pacte de Varsovie et la fin de l’Union soviétique, en 1991, ont ensuite créé une situation complètement nouvelle, puisque les pays d’Europe centrale et orientale se trouvaient finalement en mesure d’affirmer leur souveraineté et de définir leurs propres objectifs de politique étrangère et de sécurité. Ces objectifs étant centrés sur l’intégration à l’Ouest, tout refus catégorique de l’OTAN aurait signifié une continuation de facto de la division de l’Europe suivant les lignes établies précédemment au cours de la guerre froide. Le droit de choisir sa propre alliance, garanti par la Charte d’Helsinki de 1975, en aurait été nié – une approche que l’Ouest n’aurait jamais pu soutenir, ni politiquement, ni moralement.

Le casse-tête de l’élargissement de l’OTAN

L’absence d’une promesse de ne pas élargir l’OTAN signifie-t-elle que l’Ouest n’a jamais eu aucune obligation vis-à-vis de la Russie? La politique d’élargissement des institutions occidentales s’est-elle poursuivie sans aucune prise en compte des intérêts de la Russie? Ici encore, les faits racontent une autre histoire. Ils démontrent aussi, toutefois, que les deux objectifs parallèles – admission des pays d’Europe centrale et orientale au sein de l’OTAN et développement d’un « partenariat stratégique » avec la Russie – étaient beaucoup moins compatibles en pratique qu’en théorie.

Lorsque le débat sur l’élargissement de l’OTAN a débuté sérieusement, vers 1993, sous la pression croissante des pays d’Europe centrale et orientale, il s’est accompagné de sérieuses controverses. Dans les milieux universitaires, en particulier, certains observateurs ont exprimé leur opposition à l’admission de nouveaux membres au sein de l’OTAN, car elle aurait inévitablement pour effet de contrarier la Russie et pourrait compromettre les résultats positifs ayant suivi la fin de la guerre froide. En fait, dès le début du processus d’élargissement de l’OTAN entamé après la fin de la guerre froide, le souci premier des occidentaux a été de trouver les moyens de concilier ce processus et les intérêts de la Russie. C’est pourquoi l’OTAN a rapidement cherché à créer un contexte de coopération propice à l’élargissement et à développer, dans le même temps, des relations spéciales avec la Russie. En 1994, le programme de « Partenariat pour la paix » a instauré une coopération militaire avec pratiquement tous les pays de la zone euro-atlantique. En 1997, l’Acte fondateur OTAN-Russie créait le Conseil conjoint permanent, un cadre spécialement consacré à la consultation et à la coopération. L’année 2002, au cours de laquelle les Alliés ont préparé la nouvelle grande phase d’élargissement, a été aussi celle de la création du Conseil OTAN-Russie, donnant à cette relation une focalisation et une structure renforcées. Ces diverses mesures s’inscrivaient dans le cadre d’autres efforts déployés par la communauté internationale pour attribuer à la Russie la place qui lui revient, en l’admettant au sein du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale, du G7 et de l’Organisation mondiale du commerce.
La nécessité d’éviter de contrarier la Russie a également été évidente dans la manière dont l’élargissement de l’OTAN est intervenu dans le domaine militaire. En 1996, les Alliés déclaraient que, dans les circonstances actuelles, ils n’avaient « aucune intention, aucun projet et aucune raison de déployer des armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres ». Cette déclaration a été intégrée, en 1997, à l’Acte fondateur OTAN-Russie, ainsi que des références du même ordre à d’importantes forces de combat et à l’infrastructure. Cette approche militaire « douce » du processus d’élargissement devait envoyer à la Russie le signal suivant: le but de l’élargissement de l’OTAN n’est pas « l’encerclement » militaire de la Russie, mais l’intégration de l’Europe centrale et orientale dans un espace atlantique de sécurité. Autrement dit, la méthode était le message.

La Russie n’a jamais interprété ces faits nouveaux avec autant de bienveillance que l’espérait l’OTAN. Pour le ministre russe des Affaires étrangères, M. Primakov, la signature de l’Acte fondateur OTAN-Russie en 1997 servait simplement à « limiter les dégâts »: la Russie n’ayant aucun moyen de faire obstacle à l’élargissement de l’OTAN, elle pouvait aussi bien prendre ce que les Alliés étaient disposés à offrir, même au risque de sembler donner son acquiescement au processus d’élargissement. La contradiction fondamentale de toutes les instances OTAN-Russie – où la Russie siège et peut participer à la décision sur les questions clés mais ne peut pas exercer de véto – n’a pas pu être surmontée.
Ces faiblesses institutionnelles paraissaient dérisoires par rapport aux véritables conflits politiques. L’intervention militaire de l’OTAN dans la crise du Kosovo a été interprétée comme un coup de force géopolitique mené par un camp occidental déterminé à marginaliser la Russie et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’approche de l’OTAN en matière de défense antimissile, bien que dirigée contre des pays tiers, a été interprétée par la Russie comme une tentative de compromettre sa capacité de seconde frappe nucléaire. Pire encore, la « Révolution orange » en Ukraine et la « Révolution des roses » en Géorgie ont porté au pouvoir des élites qui envisageaient l’avenir de leurs pays respectifs au sein de l’UE et de l’OTAN.

Dans un tel contexte, les arguments des occidentaux quant au caractère bienveillant de l’élargissement de l’OTAN n’ont jamais eu – et n’auront probablement jamais – un très grand poids. Demander à la Russie de reconnaître le caractère inoffensif de l’élargissement de l’OTAN néglige un point tout à fait essentiel: l’élargissement de l’OTAN – tout comme celui de l’Union européenne – est conçu comme un projet d’unification du continent. Il ne comporte par conséquent pas de « point final » susceptible d’une définition convaincante, que le point de vue adopté soit intellectuel ou moral. Autrement dit, et précisément parce que les processus respectifs d’élargissement des deux organisations ne sont pas conçus comme des projets antirusses, ils n’ont pas de limites et – paradoxalement – sont inévitablement perçus par la Russie comme un assaut permanent contre son statut et son influence. Tant que la Russie se dérobera à un débat honnête sur les raisons pour lesquelles un si grand nombre de ses voisins cherchent à se rapprocher de l’Ouest, cela ne changera pas – et la relation OTAN-Russie demeurera hantée par les mythes du passé au lieu de se tourner vers l’avenir.

Voir aussi:

Quand la Russie rêvait d’Europe

« L’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est « 

«Ils nous ont menti à plusieurs reprises, ils ont pris des décisions dans notre dos, ils nous ont mis devant le fait accompli. Cela s’est produit avec l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord [OTAN] vers l’est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières. » Dans son discours justifiant l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie, le 18 mars 2014, le président Vladimir Poutine étale sa rancœur envers les dirigeants occidentaux.

Peu après, la Revue de l’OTAN lui répond par un plaidoyer visant à démonter ce « mythe » et cette « prétendue promesse » : « Il n’y a jamais eu, de la part de l’Ouest, d’engagement politique ou juridiquement contraignant de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières d’une Allemagne réunifiée », écrit M. Michael Rühle, chef de la section sécurité énergétique (1). En précisant « juridiquement contraignant », il révèle le pot aux roses. Des documents récemment déclassifiés (2) permettent de reconstituer les discussions de l’époque et de prendre la mesure des engagements politiques occidentaux envers M. Mikhaïl Gorbatchev en échange de ses initiatives pour mettre fin à la guerre froide.

Dès son arrivée à la tête de l’Union soviétique, en 1985, M. Gorbatchev encourage les pays du pacte de Varsovie à entreprendre des réformes et renonce à la menace d’un recours à la force (lire « Quand la Russie rêvait d’Europe »). Le 13 juin 1989, il signe même avec Helmut Kohl, le chancelier de la République fédérale d’Allemagne (RFA), une déclaration commune affirmant le droit des peuples et des États à l’autodétermination. Le 9 novembre, le mur de Berlin tombe. Une fois l’euphorie passée, les questions économiques deviennent pressantes dans toute l’Europe centrale. Les habitants de la République démocratique allemande (RDA) aspirent à la prospérité de l’Ouest, et un exode menace la stabilité de la région. Le débat sur les réformes économiques devient très rapidement un débat sur l’union des deux Allemagnes, puis sur l’adhésion de l’ensemble à l’OTAN. Le président français François Mitterrand accepte l’évolution, pourvu qu’elle se fasse dans le respect des frontières, de manière démocratique, pacifique, dans un cadre européen (3)… et que l’Allemagne approuve son projet d’union monétaire. Tous les dirigeants européens se disent avant tout soucieux de ménager M. Gorbatchev.

L’administration américaine soutient le chancelier allemand, qui avance à marche forcée. À Moscou, le 9 février 1990, le secrétaire d’État américain James Baker multiplie les promesses devant Édouard Chevardnadze, le ministre des affaires étrangères soviétique, et M. Gorbatchev. Ce dernier explique que l’intégration d’une Allemagne unie dans l’OTAN bouleverserait l’équilibre militaire et stratégique en Europe. Il préconise une Allemagne neutre ou participant aux deux alliances — OTAN et pacte de Varsovie —, qui deviendraient des structures plus politiques que militaires. En réponse, M. Baker agite l’épouvantail d’une Allemagne livrée à elle-même et capable de se doter de l’arme atomique, tout en affirmant que les discussions entre les deux Allemagnes et les quatre forces d’occupation (États-Unis, Royaume-Uni, France et URSS) doivent garantir que l’OTAN n’ira pas plus loin : « La juridiction militaire actuelle de l’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est », affirme-t-il à trois reprises.

« En supposant que l’unification ait lieu, que préférez-vous ?, interroge le secrétaire d’État. Une Allemagne unie en dehors de l’OTAN, absolument indépendante et sans troupes américaines ? Ou une Allemagne unie gardant ses liens avec l’OTAN, mais avec la garantie que les institutions ou les troupes de l’OTAN ne s’étendront pas à l’est de la frontière actuelle ? » « Notre direction a l’intention de discuter de toutes ces questions en profondeur, lui répond M. Gorbatchev. Il va sans dire qu’un élargissement de la zone OTAN n’est pas acceptable. » « Nous sommes d’accord avec cela », conclut M. Baker.

Le lendemain, 10 février 1990, c’est au tour de Kohl de venir à Moscou pour rassurer M. Gorbatchev : « Nous pensons que l’OTAN ne devrait pas élargir sa portée, assure le chancelier d’Allemagne occidentale. Nous devons trouver une résolution raisonnable. Je comprends bien les intérêts de l’Union soviétique en matière de sécurité. » M. Gorbatchev lui répond : « C’est une question sérieuse. Il ne devrait y avoir aucune divergence en matière militaire. Ils disent que l’OTAN va s’effondrer sans la RFA. Mais, sans la RDA, ce serait aussi la fin du pacte de Varsovie… »

Face au réalisateur américain Oliver Stone, en juillet 2015, M. Poutine esquisse un rictus en évoquant cet épisode majeur de l’histoire des relations internationales : « Rien n’avait été couché sur le papier. Ce fut une erreur de Gorbatchev. En politique, tout doit être écrit, même si une garantie sur papier est aussi souvent violée. Gorbatchev a seulement discuté avec eux et a considéré que cette parole était suffisante. Mais les choses ne se passent pas comme cela (4)  ! »

L’histoire galope. Tous les régimes d’Europe centrale sont tombés. Les seuls gages solides qui restent à l’URSS dans les négociations sont les accords de Potsdam d’août 1945 et la présence de 350 000 soldats soviétiques sur le sol allemand. M. Baker se rend à nouveau à Moscou le 18 mai 1990 pour démontrer à M. Gorbatchev que ses positions sont prises en compte : « L’OTAN va évoluer pour devenir davantage une organisation politique. (…) Nous nous efforçons, dans divers forums, de transformer la CSCE [Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, future OSCE] en une institution permanente qui deviendrait une pierre angulaire d’une nouvelle Europe. » M. Gorbatchev le prend au mot : « Vous dites que l’OTAN n’est pas dirigée contre nous, qu’il s’agit seulement d’une structure de sécurité qui s’adapte à la nouvelle réalité. Nous allons donc proposer de la rejoindre. »

Mitterrand rencontre M. Gorbatchev le 25 mai 1990 à Moscou et lui déclare : « Je tiens à vous rappeler que je suis personnellement favorable au démantèlement progressif des blocs militaires. » Il ajoute : « Je l’ai toujours dit : la sécurité européenne est impossible sans l’URSS. Non parce que l’URSS serait un adversaire doté d’une armée puissante, mais parce que c’est notre partenaire. » Le président français écrit dans la foulée à son homologue américain que l’hostilité de M. Gorbatchev à la présence de l’Allemagne unifiée dans l’OTAN ne lui paraît « ni feinte ni tactique », en précisant que le dirigeant soviétique « n’a plus guère de marge de manœuvre ».

Malgré la dégradation économique, M. Gorbatchev raffermit son pouvoir. Ayant été élu président de l’URSS en mars, il écarte les conservateurs lors du Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique qui se tient début juillet. Le dernier acte politique se joue le 16 juillet, dans le village montagnard d’Arhiz, dans le nord du Caucase. En échange du retrait des troupes soviétiques de la future Allemagne unie et membre de l’OTAN, Kohl s’engage devant M. Gorbatchev à accepter les frontières de 1945 (ligne Oder-Neisse), à n’avoir aucune revendication territoriale, à diminuer presque de moitié les effectifs de la Bundeswehr, à renoncer à toute arme ABC (atomique, bactériologique ou chimique) et à verser une substantielle « aide au départ ».

L’accord est scellé dans le traité sur la réunification de l’Allemagne signé le 12 septembre 1990 à Moscou. Mais ce texte n’aborde la question de l’extension de l’OTAN qu’à propos du territoire de l’ancienne RDA après le retrait des troupes soviétiques : « Des forces armées et des armes nucléaires ou des vecteurs d’armes nucléaires étrangers ne seront pas stationnés dans cette partie de l’Allemagne et n’y seront pas déployés (5).  » À la dernière minute, les Soviétiques renâclent. Pour obtenir leur signature, les Allemands ajoutent un avenant précisant que « toutes les questions concernant l’application du mot “déployés” (…) seront tranchées par le gouvernement de l’Allemagne unie d’une manière raisonnable et responsable prenant en compte les intérêts de sécurité de chaque partie contractante. » Aucun texte ne fixe le sort des autres pays du pacte de Varsovie.

Début 1991, les premières demandes d’adhésion à l’OTAN arrivent de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Pologne et de Roumanie. Une délégation du Parlement russe rencontre le secrétaire général de l’OTAN. Manfred Wörner lui affirme que treize membres du conseil de l’OTAN sur seize se prononcent contre un élargissement, et ajoute : « Nous ne devrions pas permettre l’isolement de l’URSS. »

Ancien conseiller de M. Gorbatchev, M. Andreï Gratchev comprend les motivations des pays d’Europe centrale « tout juste affranchis de la domination soviétique » et ayant toujours en mémoire les « ingérences » de la Russie tsariste. En revanche, il déplore la « vieille politique du “cordon sanitaire” » qui conduira par la suite à un élargissement de l’OTAN à tous les anciens pays du pacte de Varsovie, et même aux trois anciennes républiques soviétiques baltes : « La position des faucons américains est bien moins admissible, révélant une profonde ignorance de la réalité et une incapacité à sortir des carcans idéologiques de la guerre froide (6). « 

Voir par ailleurs:

La gauche européenne accuse Tallinn d’instrumentaliser sa présidence

La présidence estonienne du Conseil organise une conférence sur « l’héritage dans l’Europe du 21e siècle des crimes commis par les régimes communistes ». La gauche européenne dénonce un amalgame politique.

La conférence organisée par Tallinn sur les régimes communistes n’est pas passée inaperçue. Le groupe parlementaire de gauche GUE/NGL accuse l’Estonie de politiser sa présidence, et le ministre grec de la Justice a indiqué qu’il boycotterait l’événement.

La présidence estonienne a annoncé que l’événement, auquel participeront les ministres de la Justice ou leurs représentants, sera dédié à la journée européenne du souvenir des victimes de tous les régimes totalitaires et autoritaires, instaurée en 2009 lors de l’adoption d’une résolution sur la conscience européenne et le totalitarisme.

Le groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) a fermement condamné l’événement, considéré comme manipulateur et d’« insulte à la mémoire historique européenne ».

« Alors que l’extrême droite et les néonazis tirent parti des échecs des politiques européennes, comparer le communisme au nazisme est historiquement faux, dangereux et inacceptable », estiment les députés. « En outre, le fait que le gouvernement estonien décide de se concentrer sur les ‘crimes communistes’ montre clairement son intention d’utiliser la présidence tournante de l’UE à des fins idéologiques. »

Durant la Deuxième Guerre mondiale, les communistes de nombreux pays européens se sont retrouvés en tête de la lutte contre le fascisme et le nazisme. Si le régime totalitaire installé dans l’ex-URSS est appelé « communiste », la justesse de cette appellation est mise en cause. C’est même Staline, auteur d’innombrables crimes lui-même, qui a fourni le plus grand effort militaire contre l’Allemagne nazie.

Le groupe GUE/NGL a appelé les ministres de la Justice des États membres, surtout ceux qui appartiennent à des gouvernements progressistes, à boycotter l’événement, comme l’a fait le gouvernement grec.

« En cette période où les valeurs fondamentales de l’UE sont ouvertement remises en question par la montée des mouvements d’extrême droite et des partis néonazis en Europe, cette initiative est très maladroite », aurait déclaré Stavros Kontonis, ministre de la Justice du gouvernement de gauche de Syriza, qui ne participera pas à la conférence.

« L’organisation d’une conférence sur ce thème spécifique, avec ce titre spécifique, envoie un message politique faussé et dangereux […] ranime l’esprit de la Guerre froide, qui a tant fait souffrir l’Europe, contredit les valeurs de l’UE et ne reflète certainement pas les vues du gouvernement et du peuple grecs : le nazisme et le communisme ne devraient jamais être considérés comme similaires », a-t-il renchéri.

Il souligne que les « horreurs » vécues durant la période nazie n’ont qu’une version, terrible, alors que « le communisme, au contraire, a donné naissance à des dizaines de tendances idéologiques, dont l’eurocommunisme ».

Faudrait-il exacerber les divisions de nos sociétés en vilipendant les anciens régimes ? Sur ce point, les États membres qui ont connu le communisme sont divisés.

L’an dernier, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie ont publié une critique des nations qui célébraient leur Histoire communiste. En Bulgarie, à l’inverse, un monument a été récemment érigé en l’honneur de Todor Zhivkov, personnalité forte de l’ère communiste, dans sa ville natale de Pravets, et est régulièrement visité par des dirigeants socialistes.

Contactée par Euractiv, Katrin Lunt, porte-parole du ministère estonien de la Justice, a rappelé que dans le pays, le régime stalinien avait fait des dizaines de milliers de victimes, même après la fin de la guerre. Les crimes commis par le régime soviétique ont laissé des traces encore visibles dans le pays, a-t-elle assuré.

La porte-parole a également indiqué que Tallinn avait déjà organisé une conférence sur le sujet en 2015. « La conférence qui a lieu le 23 août à Tallinn est dédiée à l’enquête sur l’héritage laissé par les crimes commis par le régime communiste. Il s’agit de l’expérience estonienne, partagée par les autres pays baltes et certains autres États d’Europe de l’Est. Du point de vue estonien, cette période ne s’est terminée qu’il y a 26 ans », a-t-elle expliqué.


Chute de Kaboul: On a voulu voir Truman et on a vu Carter ! (In just seven months we have matched the darkest days of the Carter years with the Afghanistan implosion, the historic anarchy on the border, the worst racial relations in a half-century, historic spikes in violent crime, the soaring inflation and the loss of US energy independence)

17 août, 2021

Jay Dayvault (@DayvaultJay) | Twitter Afghan Men Try To Hang With The Jet Engine Of The Aircraft in Kabul- Afghanistan News - Kabul News - YouTubeமு.நியாஸ் அகமதுTema mítico* : - ¡¡EXTRA, EXTRA!! Los TALIBANES toman KABUL, la gente intenta ESCAPAR AGARRÁNDOSE A LAS RUEDAS DE LOS AVIONES | Página 133 | Burbuja.info
https://pbs.twimg.com/media/E8xlIwBUcAQIr9S?format=jpg&name=large
DEFUND THE ARMY ! TALIBAN LIVES MATTER !
This is Joe Biden's checkered Iraq history - Vox

L’erreur est humaine, c’est persévérer dans l’erreur qui est diabolique. Proverbe latin
La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Einstein (?)
Tout au long de sa phénoménale carrière publique, [Gunther Grass] n’aura cessé d’adopter des postures consternantes. « Homme de gauche », absolument de gauche, il aura épousé toutes les mauvaises causes de sa génération sans en manquer aucune, aura approuvé toutes les révolutions sanguinaires, de Cuba à la Chine. Toujours disposé à accabler ces fascistes d’Américains, Ronald Reagan et, bien sûr, George W. Bush (c’est sans risque), l’a-t-on en revanche entendu, ne serait-ce qu’un peu, dénoncer le fascisme de Mao Zedong ? Ou celui des islamistes ? (…) comment s’interdire de songer à cette génération entière d’intellectuels et d’artistes en Europe, en France surtout, autoproclamée de gauche – au point que le mot ne fait plus sens –, qui n’ont cessé d’adopter des postures morales tout en illustrant des causes absolument immorales ? Comment ne pas voir surgir des spectres : ceux qui hier, ont aimé Staline et Mao et, bientôt, vont pleurer Castro ? Ceux qui n’ont rien vu à Moscou, Pékin, La Havane, Téhéran, Sarajevo, et Billancourt ? Ceux qui, maintenant, devinent dans l’islamisme une rédemption de l’0ccident ? Cette grande armée des spectres, de l’erreur absolue, dieu merci, elle n’a jamais cessé de se tromper d’avenir. (…) par-delà ce cas singulier, on ne se méfie pas assez du grand écrivain et de la star dès qu’ils abusent de leur séduction pour propager des opinions politiques, seulement politiques, mais déguisées autrement. (…) On se garde de l’homme politique, l’élu démocratique, beaucoup trop puisqu’il avance à découvert. On ne se garde pas assez, en revanche, de l’artiste quand son talent le dissimule, surtout quand le talent est grand : des magiciens, grimés en moralistes, on ne se méfie jamais assez. Guy Sorman
Les Etats-Unis étaient allés au Viêt-nam pour porter un coup d’arrêt à ce qu’ils estimaient être un complot communiste centralisé, et ils échouèrent. De l’échec de l’Amérique, Moscou déduisit ce que les tenants de la théorie des dominos avaient tant redouté, à savoir que la corrélation historique des forces avait tourné en sa faveur. En conséquence, l’URSS essaya d’étendre son hégémonie au Yémen, en Angola, en Ethiopie, et enfin en Afghanistan. Mais elle découvrit, ce faisant, que les réalités géopolitiques s’appliquaient autant aux sociétés communistes qu’à leurs soeurs capitalistes. De fait, étant moins élastique, le surengagement soviétique n’engendra pas une catharsis, comme en Amérique, mais la désintégration. Les événements auraient-ils évolué dans la même direction si l’Amérique s’était contentée de rester passive en comptant sur l’évolution de l’histoire pour se charger du défi communiste ? Ou bien cette démission aurait-elle créé un élan et une certitude de l’inéluctabilité de la victoire, chez les communistes, suffisants pour retarder, voire conjurer, l’effondrement soviétique ? La question reste posée. Quelle que soit la réponse des experts, l’homme d’Etat ne peut adopter la démission comme principe d’action politique. Il peut apprendre à modérer sa confiance dans ses évaluations et à faire la part des imprévus; mais compter sur la chute éventuelle d’un adversaire menaçant est une politique qui n’offre aucun réconfort aux millions de victimes immédiates et transforme l’art de gouverner en un pari téméraire sur l’intuition. Henry Kissinger (Diplomatie, 1994)
Like Carter in the 1970s, Obama comes from the old-fashioned Jeffersonian wing of the Democratic Party, and the strategic goal of his foreign policy is to reduce America’s costs and risks overseas by limiting U.S. commitments wherever possible. He’s a believer in the notion that the United States can best spread democracy and support peace by becoming an example of democracy at home and moderation abroad. More than this, Jeffersonians such as Obama think oversize commitments abroad undermine American democracy at home. Large military budgets divert resources from pressing domestic needs; close association with corrupt and tyrannical foreign regimes involves the United States in dirty and cynical alliances; the swelling national-security state threatens civil liberties and leads to powerful pro-war, pro-engagement lobbies among corporations nourished on grossly swollen federal defense budgets. (…) Obama seeks a quiet world in order to focus his efforts on domestic reform — and to create conditions that would allow him to dismantle some of the national-security state inherited from the Cold War and given new life and vigor after 9/11. Preferring disarmament agreements to military buildups and hoping to substitute regional balance-of-power arrangements for massive unilateral U.S. force commitments all over the globe, the president wishes ultimately for an orderly world in which burdens are shared and the military power of the United States is a less prominent feature on the international scene. While Wilsonians believe that no lasting stability is possible in a world filled with dictatorships, Jeffersonians like Obama argue that even bad regimes can be orderly international citizens if the incentives are properly aligned. Syria and Iran don’t need to become democratic states for the United States to reach long-term, mutually beneficial arrangements with them. And it is North Korea’s policies, not the character of its regime, that pose a threat to the Pacific region. (…) Yet as Obama is already discovering, any president attempting such a Jeffersonian grand strategy in the 21st century faces many challenges. In the 19th-century heyday of Jeffersonian foreign policy in American politics, it was easier for U.S. presidents to limit the country’s commitments. Britain played a global role similar to that of the United States today, providing a stable security environment and promoting international trade and investment. Cruising as a free rider in the British world system allowed Americans to reap the benefits of Britain’s world order without paying its costs. As British power waned in the 20th century, Americans faced starker choices. With the British Empire no longer able to provide political and economic security worldwide, the United States had to choose between replacing Britain as the linchpin of world order with all the headaches that entailed or going about its business in a disorderly world. In the 1920s and 1930s, Americans gave this latter course a try; the rapid-fire series of catastrophes — the Great Depression, World War II, Stalin’s bid for Eurasian hegemony — convinced virtually all policymakers that the first course, risky and expensive as it proved, was the lesser of the two evils. Indeed, during Franklin D. Roosevelt’s first two terms, the United States pursued essentially Jeffersonian policies in Europe and Asia, avoiding confrontations with Germany and Japan. The result was the bloodiest war in world history, not a stable condominium of satisfied powers. (…) A Jeffersonian policy of restraint and withdrawal requires cooperation from many other countries, but the prospect of a lower American profile may make others less, rather than more, willing to help the United States. There is an additional political problem for this president, one that he shares with Carter. In both cases, their basic Jeffersonian approach was balanced in part by a strong attraction to idealistic Wilsonian values and their position at the head of a Democratic Party with a distinct Wilsonian streak. A pure Jeffersonian wants to conserve the shining exceptionalism of the American democratic experience and believes that American values are rooted in U.S. history and culture and are therefore not easily exportable. For this president, that is too narrow a view. Like Abraham Lincoln, Woodrow Wilson, and Martin Luther King Jr., Barack Obama doesn’t just love the United States for what it is. He loves what it should — and can — be. Leadership is not the art of preserving a largely achieved democratic project; governing is the art of pushing the United States farther down the road toward the still-distant goal of fulfilling its mission and destiny. Obama may well believe what he said in his inaugural speech — « we reject as false the choice between our safety and our ideals » — but as any president must he is already making exactly those tradeoffs. Why else refuse to meet the Dalai Lama? Why else pledge support to the corrupt regime of President Hamid Karzai in Afghanistan or aid Pakistan despite the dismal track record of both the civil and military arms of the Pakistani government when it comes to transparent use of U.S. resources? Did the administration not renew its efforts to build a relationship with the regime in Tehran even as peaceful democratic protesters were being tortured and raped in its jails? Is Obama not taking « incentives » to Khartoum, a regime that has for more than a decade pursued a policy in Darfur that the U.S. government has labeled genocidal? It is hard to reconcile the transcendent Wilsonian vision of America’s future with a foreign policy based on dirty compromises with nasty regimes. If the government should use its power and resources to help the poor and the victims of injustice at home, shouldn’t it do something when people overseas face extreme injustice and extreme peril? The Obama administration cannot easily abandon a human rights agenda abroad. The contradiction between the sober and limited realism of the Jeffersonian worldview and the expansive, transformative Wilsonian agenda is likely to haunt this administration as it haunted Carter’s, most fatefully when he rejected calls to let the shah of Iran launch a brutal crackdown to remain in power. Already the Wilsonians in Obama’s camp are muttering darkly about his failure to swiftly close the Guantánamo prison camp, his fondness for government secrecy, his halfhearted support for investigating abuses of the past administration, and his failure to push harder for a cap-and-trade bill before the Copenhagen summit. Walter Russell Mead
Former vice president Joe Biden said in a recent interview he agrees with Jim Mattis that the Obama administration’s decision to withdraw troops from Iraq was a mistake, but that as vice president he tried to keep “a residual force” stationed there. This is revisionist nonsense. Just a few months ago, at the July Democratic presidential debate, Biden boasted that “one of the proudest moments of my life was to stand there in Al-Faw Palace and tell everyone that . . . all our combat troops are coming home.” In September, he declared, “We were right to get the combat troops out.” But now he agrees it was a mistake? The fact is, at the time, Biden expressed zero regrets about the complete US withdrawal, which he was in charge of executing. The New York Times reports that in December 2011 Biden was “ebullient” as he presided over the departure ceremony for the last American forces, calling President Barack Obama from Baghdad to tell him “All I’ve said about this job, I take it back. Thank you for giving me the chance to end this goddamn war.” Of course, he did not actually end the “goddamn war,” he unleashed a humanitarian and national security catastrophe. Biden’s withdrawal created a vacuum that allowed the Islamic State — which had been reduced to just 700 fighters — to regroup, reconstitute itself and build a murderous caliphate the size of Britain. The terrorists enslaved and raped thousands of Yazidi girls and carried out gruesome executions across Iraq and Syria. And they spread their murderous tentacles across the globe, carrying out 143 attacks in 29 countries that killed more than 2,000 people and injured many thousands more. Biden has criticized President Trump for withdrawing from Syria against the advice of our military commanders. Yet Biden did not listen to our military commanders when it came to the Iraq withdrawal. The Times reports that Gen. Lloyd J. Austin III, the U.S. commander in Iraq, proposed keeping as many as 24,000 troops in Iraq. According to Biden national security adviser Colin H. Kahl, Austin was told by the White House “you’ve got to be kidding.” So Austin presented Obama and Biden with options for 19,000, 16,000 and 10,000 troops — and told them the lowest number was “unwise.” But Biden “aggressively pushed for a smaller force,” and Obama agreed. Then, during negotiations with the Iraqis, the administration cut the offer in half to just 5,000 — an offer the Iraqis rejected. In his interview with the Wall Street Journal, Biden blamed George W. Bush for the US withdrawal, noting that he had negotiated a status of forces agreement that required an end to the US military presence by 2011. Please. Does anyone really believe that if Bush were still in office in 2011, he would have pulled out all US forces? Of course not. The reason Obama and Biden were unable to get an agreement to extend the US troop presence is because they made it crystal clear to the Iraqis that America was headed for the exits. Iraqis watched as Obama and Biden rejected numbers well above 10,000, only grudgingly agreed to even that number and then cut that number to 5,000. If you were an Iraqi, would this have given you confidence in America’s long-term commitment? (…) In 2013, as the Islamic State was gaining steam, Biden said that he and Obama felt “happy and . . . fulfilled” with the decision to withdraw from Iraq. A year later, they would be forced to send US forces back to Iraq to deal with the debacle they had unleashed. Biden supported the Iraq invasion but then opposed the Bush surge, which crushed the Islamic State and won the war. Then he supported a premature withdrawal that allowed the terrorists to regroup and was celebrating that decision as recently as four months ago — but now says he regrets it. That’s quite a record for a man running on his record of experience and judgment. Mark Thiessen (2019)
President Obama (…) believes history follows some predetermined course, as if things always get better on their own. Obama often praises those he pronounces to be on the “right side of history.” He also chastises others for being on the “wrong side of history” — as if evil is vanished and the good thrives on autopilot. When in 2009 millions of Iranians took to the streets to protest the thuggish theocracy, they wanted immediate U.S. support. Instead, Obama belatedly offered them banalities suggesting that in the end, they would end up “on the right side of history.” Iranian reformers may indeed end up there, but it will not be because of some righteous inanimate force of history, or the prognostications of Barack Obama. (…) Another of Obama’s historical refrains is his frequent sermon about behavior that doesn’t belong in the 21st century. At various times he has lectured that the barbarous aggression of Vladimir Putin or the Islamic State has no place in our century and will “ultimately fail” — as if we are all now sophisticates of an age that has at last transcended retrograde brutality and savagery. In Obama’s hazy sense of the end of history, things always must get better in the manner that updated models of iPhones and iPads are glitzier than the last. In fact, history is morally cyclical. Even technological progress is ethically neutral. It is a way either to bring more good things to more people or to facilitate evil all that much more quickly and effectively. In the viciously modern 20th century — when more lives may have been lost to war than in all prior centuries combined — some 6 million Jews were put to death through high technology in a way well beyond the savagery of Attila the Hun or Tamerlane. Beheading in the Islamic world is as common in the 21st century as it was in the eighth century — and as it will probably be in the 22nd. The carnage of the Somme and Dresden trumped anything that the Greeks, Romans, Franks, Turks, or Venetians could have imagined. (…) What explains Obama’s confusion? A lack of knowledge of basic history explains a lot. (…) Obama once praised the city of Cordoba as part of a proud Islamic tradition of tolerance during the brutal Spanish Inquisition — forgetting that by the beginning of the Inquisition an almost exclusively Christian Cordoba had few Muslims left. (…) A Pollyannaish belief in historical predetermination seems to substitute for action. If Obama believes that evil should be absent in the 21st century, or that the arc of the moral universe must always bend toward justice, or that being on the wrong side of history has consequences, then he may think inanimate forces can take care of things as we need merely watch. In truth, history is messier. Unfortunately, only force will stop seventh-century monsters like the Islamic State from killing thousands more innocents. Obama may think that reminding Putin that he is now in the 21st century will so embarrass the dictator that he will back off from Ukraine. But the brutish Putin may think that not being labeled a 21st-century civilized sophisticate is a compliment. In 1935, French foreign minister Pierre Laval warned Joseph Stalin that the Pope would admonish him to go easy on Catholics — as if such moral lectures worked in the supposedly civilized 20th century. Stalin quickly disabused Laval of that naiveté. “The Pope?” Stalin asked, “How many divisions has he got?” There is little evidence that human nature has changed over the centuries, despite massive government efforts to make us think and act nicer. What drives Putin, Boko Haram, or ISIS are the same age-old passions, fears, and sense of honor that over the centuries also moved Genghis Khan, the Sudanese Mahdists, and the Barbary pirates. Obama’s naive belief in predetermined history — especially when his facts are often wrong — is a poor substitute for concrete moral action. Victor Davis Hanson
In fact, there is a predictable pattern to Obama’s foreign policy. The president has an adolescent, romantic view of professed revolutionary societies and anti-Western poseurs — and of his own ability uniquely to reach out and win them over. In the most superficial sense, Obama demonstrates his empathy for supposedly revolutionary figures of the non-Western world through gratuitous, often silly remarks about Christianity and Western colonial excesses, past and present. He apologizes with talk of our “own dark periods” and warns of past U.S. “dictating”; he contextualizes; he ankle-bites the very culture he grew up and thrived in, as if he can unapologetically and without guilt enjoy the West’s largesse only by deriding its history and values. (…) Reminiscent of college naïfs with dorm-room posters of Che Guevara, Obama mythologizes about the underappreciated multicultural “Other” that did everything from fuel the Western Renaissance and Enlightenment to critique Christian excesses during the Inquisition. In truth, what he delivers is only a smoother and more refined version of Al Sharpton’s incoherent historical riff on “astrology” and “Greek homos.” Obama refuses to concede that Islam can become a catalyst for radical killers and terrorists, and he has a starry-eyed crush on those who strike anti-Western poses and have turned their societies upside down on behalf of the proverbial people. Keep that in mind, and it makes sense that, during the Egyptian turmoil, Obama was intent on ousting the pro-Western kleptocrat Hosni Mubarak and investing in the Muslim Brotherhood, despite the dark anti-democratic history of Mohamed Morsi and the Brothers and their agenda of Islamicizing the most populous country in the Arab world. For Obama, such zealotry is evidence of their legitimacy and the justice of their efforts to overturn the established hierarchies of old Egypt. Moammar Qaddafi was a monster and a thug. But in fear both of radical Islamists and of the implications for Libya of the Western military action in Iraq and Afghanistan, and eager to have Western knowhow rehabilitate his ailing oil and gas industry, he had reached out to the West and ceased his support for international terrorists. But ridding Libya of the cartoonish and geriatric Qaddafi and allowing it to be overrun by stern revolutionary Islamists was again in tune with Obama’s rose-colored view of the Middle East. One of the many reasons why Obama pulled all U.S. troops out of a stable and secure Iraq at the end of 2011 was that its democracy was, in his eyes, tainted by its American birthing and its associations with George W. Bush. Such a hazy belief that Western influence and power are undeserved and inordinate made it initially impossible for Obama to condemn ISIS as growing and dangerous rather than dismiss it as “jayvees.” Putin perhaps should study Iran’s PR effort and its aggression in Lebanon and Yemen. If he would only cut out the guns, tigers, and “macho shtick,” and instead mouth shibboleths about the oppressed minorities in Crimea and Ukraine and the need for revolutionary fairness, he might be reset yet again. His crimes were not so much naked invasions of his neighbors, as aggression in the most un-Iranian fashion of a right-wing kleptocrat and thug. Again, nothing Putin has done is all that different from what Iran did in Iraq, Lebanon, Syria, and Yemen. No one could quite figure out why Obama bragged of his “special relationship” with Turkey’s prime minister Recep Erdogan. Erdogan, after all, is systematically destroying free expression in Turkey. He has bragged that he got off the bus of democracy when he no longer found any utility in it — and he has openly romanticized the Ottoman imperialists. A once-staunch NATO ally, Turkey has turned into a virulently anti-Israeli and anti-American society that has spiked tensions in the eastern Mediterranean with Cyprus, Greece, and Israel. But, again, the redeeming virtue was that Erdogan was taking Turkey in a new and revolutionary direction, trying to massage the Arab Revolution as its spiritual mentor, and becoming point nation in hatred of Israel. In other words, Turkey was churning and evolving, and, for Obama, that apparently was a good thing. Without asking anything in return from Cuba — such as releasing political prisoners or allowing free expression — Obama by executive order is normalizing relations with the Castro brothers, who are allied with fascist Iran, North Korea, and Venezuela. He keeps saying that 50 years of containment have “failed,” as if successfully curbing Cuba’s revolutionary aspirations abroad was a bad thing, and siding with dissidents in its gulags was counterproductive. For Obama, the Castros are authentic anti-colonialists. They perhaps may have broken a few too many eggs to make their egalitarian omelets, but their regime is certainly preferable to what is envisioned by loud Cuban exiles in America or troublemakers like imprisoned Cuban refuseniks. (…) Keep in mind this juvenile view of the revolutionary non-West, and there is a clarity of sorts in American foreign policy. (…) For Obama, in the struggle between the Palestinian Authority and Israel, Israel is a Westernized colonial construct and a proponent of Western neo-liberal capitalism. The PA and Hamas, in contrast, are seen both as the downtrodden in need of community-organizing help and as authentic peoples whose miseries are not self-induced and the wages of tribalism, statism, autocracy, fundamentalism, misogyny, and anti-Semitism, but rather the results of Israeli occupation, colonialism, and imperialism. Obama may not articulate this publicly, but these are the assumptions that explain his periodic blasts against Netanyahu and his silence about the autocratic Palestinian Authority and the murderous Hamas. In such a landscape, the current Iranian talks make perfect sense. Obama was in no mood in the spring of 2009 to vocally support a million, pro-Western Iranian dissidents who took to the streets in anger over the theocracy’s rigged elections, calling for transparency and human rights. He snubbed them as if they were neoconservative democracy zealots. In his eyes, their false consciousness did not allow them to fully appreciate their own suffering at the hands of past American imperialists. In Obama’s worldview, the Iranian mullahs came to power through revolution and were thus far more authentic anti-Western radicals, with whom only someone like Obama — prepped by the Harvard Law Review, Chicago organizing, the Rev. Jeremiah Wright’s pulpit, and the most liberal voting record during a brief stint in the U.S. Senate — could empathize and negotiate. Why would Iranian idealists and democrats be foolish enough to spoil Obama’s unique diplomatic gymnastics? Traditional analyses deconstruct the Obama administration’s negotiations over Iran’s nuclear program and are aghast at the naïveté — no stop to ongoing uranium enrichment, no open or surprise inspections, no conditions to be met before sanctions are scaled back, no prohibitions against the marriage of nuclear-weapon technology and intercontinental-missile development. But that is to misunderstand the Obama worldview. He is less worried about a nuclear Iran and what it will do to a mostly pro-Western Gulf or Israel, or to other traditional U.S. interests, than about the difficulties he faces in bringing Iran back into the family of nations as an authentic revolutionary force that will school the West on regional justice. (“There’s incredible talent and resources and sophistication inside of Iran, and it would be a very successful regional power that was also abiding by international norms and international rules, and that would be good for everybody.”) Iran will assume its natural revolutionary role as regional power broker in the Middle East; and, almost alone, it is not beholden to any Western power. In some sense, Obama views the rest of the world in the same way as he views America: a rigged order in which the oppressed who speak truth to power are systematically mischaracterized and alienated — and in need of an empathetic voice on the side of overdue revolutionary accounting. The chief danger in Obama’s romantic view of revolutionary societies is that nothing in their histories suggests that these regimes will ever cease aggression or adopt internal reforms. Cuba will still stir up revolution in Latin America and ally itself with anti-American regimes. Iran will still subsidize Hezbollah and Hamas — and, soon, in the fashion of a nuclear power. Turkey will still try to carve out Mediterranean and Middle Eastern influence at someone else’s expense and destroy secular traditions. And one-election, one-time Islamic movements will still attempt to set up theocracies the moment they snatch power. And at no point does Obama ever empathize with thousands of dissidents rotting in Cuban and Palestinian jails, or homosexuals and feminists persecuted in Iran or journalists in Turkey. The only distinction between these illiberal movements and the unromantic Putin’s Russia is their more wily professions of revolutionary fervor, which apparently have fooled or captivated the Obama administration. Victor Davis Hanson
Il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! Joe Biden (08.07.
Emmanuel Le Pen ! Edward Snowden
Ne sous-estimez pas la capacité de Joe à tout foirer. Barack Obama
Il s’est trompé sur quasiment toutes les questions de politique étrangère et de sécurité nationale des quatre dernières décennies. Robert Gates (ancien ministre de la défense américain, 2014)
Le vice-président, quand il était sénateur – un tout nouveau sénateur – a voté contre le programme d’aide au Sud-Vietnam, et cela faisait partie de l’accord lorsque nous nous sommes retirés du Sud-Vietnam pour essayer de les aider. Il a dit que lorsque le Shah est tombé en Iran en 1979, c’était un pas en avant pour le progrès vers les droits de l’homme en Iran. Il s’est opposé à pratiquement tous les éléments de renforcement de la défense du président Reagan. Il a voté contre le B-1, le B -2, le MX et ainsi de suite. Il a voté contre la première guerre du Golfe. Donc sur un certain nombre de ces questions majeures, j’ai juste franchement, pendant une longue période, estimé qu’il avait eu tort. Robert Gates
Joe Biden doesn’t have a perfect foreign policy record. But unlike Trump, he’s learned from his mistakes. In considering Joe Biden’s foreign policy record, it’s hard to overlook the scathing critique delivered by Robert Gates, the Washington wise man and veteran of half a dozen administrations who served as President Barack Obama’s first defense secretary. While Biden was “a man of integrity” who was “impossible not to like,” Gates wrote in a 2014 memoir, “he has been wrong on nearly every major foreign policy and national security issue over the past four decades.” (…) Biden voted against the successful U.S. military campaign that expelled Saddam Hussein from Kuwait in 1991. In Iraq, he compiled a trifecta of blunders: He voted for the 2003 invasion; opposed the 2007 “surge” that rescued the mission from utter disaster; and oversaw the premature 2011 withdrawal of the last U.S. troops, which opened the way for the Islamic State. Biden argued against Obama’s 2009 decision to surge U.S. troops in Afghanistan, proposing that the mission should instead limit itself to counterterrorism. But according to Gates, he raised his hand against the most important counter­terrorism operation of recent years, the 2011 special forces raid that killed Osama bin Laden. (Biden has said he later encouraged Obama to go ahead.) (Yet] by all accounts the former vice president, unlike Trump, has learned from his mistakes. (…) If he wins and sticks to that, he won’t go far wrong. Jackson Diehl (Deputy Editorial Page Editor, The Washington post, Sep. 27, 2020)
For this community and for our nation and for the world, Pride Month represents so much.  It stands for courage — the courage of all those in previous generations and today who proudly live their truth. It stands for justice: both the steps we’ve taken and the steps we need to take. And above all, Pride Month stands for love — you know, being able to love yourself, love whomever you love, and love this country enough to make it more fair and more free and more just. (…) This month, Pride flags are flying — as some of my friends in our last admin- — in the Obama-Biden administration who are openly gay — they are flying in more than — over 130 U.S. embassies around the world. A powerful — a powerful symbol of our commitment to safety, dignity, and opportunity for all. Joe Biden
Just a few minutes ago, surrounded by the survivors of family members who were — we’ve lost, I signed a bill consecrating another piece of hallowed ground: the Pulse nightclub.  And I want to thank all of the members of the United States House of Representatives and the United States Senate for standing up and making sure that will never be forgotten.  Never be forgotten.  The site of the deadliest attack affecting the LBT- — LGBTQ+ community in American history.  It’s now a national memorial. Joe Biden
The mass shooting at Pulse nightclub in Orlando, Florida, that killed 49 people [was] widely believed to be an act of aggression against the club’s LGBTQ clientele and “undeniably a homophobic hate crime.” There’s now conclusive evidence that the shooter wasn’t intending to target LGBTQ people at all. In fact, he allegedly had no idea Pulse was a gay club, and simply Googled “Orlando nightclubs” after finding that security at his original target, a major shopping and entertainment complex, was too high, as reported by ClickOrlando.com. This evidence dramatically changes the mass shooting’s narrative; politicians and individuals across the political spectrum had positioned it as an anti-LGBTQ hate crime. Instead, the new evidence suggests, the Pulse nightclub shooting was intended as revenge for US anti-terror policies abroad. (…) The shooter’s motive was apparently revenge for United States bombing campaigns on ISIS targets in the Middle East. He had pledged allegiance to ISIS’s leader, Abu Bakr al-Baghdadi, and during the Pulse shooting posted to Facebook, “You kill innocent women and children by doing us airstrikes. … Now taste the Islamic state vengeance.” In his final post, he wrote, “In the next few days you will see attacks from the Islamic state in the usa.” (…) The Pulse nightclub shooting was the deadliest attack on LGBTQ people in American history, and liberals and conservatives — including then-presidential candidate Donald Trump — assumed the shooting was based on the victims’ sexual orientation and gender identity. Trump and other Republicans attempted to use their response to the shooting to argue that they were true pro-LGBTQ advocates because of their support for immigration restrictions aimed at Muslims. (…) But the evidence shows otherwise. The shooter didn’t target LGBTQ people — he didn’t even realize Pulse was a gay-oriented nightclub, asking a security guard at the club where all the women were just before he started shooting. After a mass shooting, observers, including journalists, often search for a motive, sometimes even before the first victims have been identified. But the Pulse shooting proves that initial narratives about mass shooters’ motivations are often wrong — and those narratives can be far more powerful than the truth. Vox
Nous n’avons pas besoin d’avoir 100 000 soldats stationnés partout. Mais nous devons être engagés et organisés, et nous organiser avec nos alliés et nos amis. Et quand nous laissons un vide, comme il le fait, cela crée d’importantes sources de problèmes, dont ce que vous voyez en ce moment au Moyen Orient. Si nous n’organisons pas le monde, qui le fera ? Pas les gentils. Il a pris une décision irréfléchie en retirant les forces américaines de Syrie, ce qui a ouvert la voie à l’attaque turque contre les alliés kurdes des Etats-Unis. Une petite force américaine devrait rester en Syrie. (…) Se retirer de Syrie renforce, non seulement, le pouvoir du dictateur syrien Bachar al-Assad, mais aussi de ses amis en Russie et en Iran. En raison de l’amélioration de la position iranienne en Syrie, Téhéran possède maintenant un passage qui va jusqu’en Syrie et même au Liban. Si j’étais les Israéliens, je n’en serais pas très heureux. (…) Je partage l’avis du général Jim Mattis, la décision de l’administration Obama de retirer les troupes d’Irak en 2011 était une erreur. Ca a directement conduit à la croissance et à l’expansion de l’Etat islamique, qui a pu élargir son emprise de la Syrie vers l’Irak. Mais en tant que vice-Président, j’ai essayé de faire en sorte qu’un contingent américain reste en Irak. Le Président m’a demandé de rapatrier 150 000 militaires, et c’est moi qui en avais la charge. J’ai plaidé auprès du gouvernement irakien pour qu’une force résiduelle soit maintenue sur place pour que nous puissions rester et nous concentrer sur Al-Qaïda, qui était présent avant Daech. Mais le président George W. Bush avait, avant de quitter son poste, conclu un accord » avec l’Irak pour que toutes les forces américaines quittent le pays à un moment déterminé. Nous n’avons pas pu obtenir les votes du parlement [irakien] pour le modifier afin que nous puissions, avec leur autorisation, rester dans la région. Joe Biden
I’ve read Mao Zedong. I’ve read Karl Marx. I’ve read Lenin. That doesn’t make me a communist. So what is wrong with understanding … the country which we are here to defend? (…) I want to understand white rage. And I’m white. What is it that caused thousands of people to assault this building and try to overturn the Constitution of the United States of America. What caused that? I want to find that out. Army Gen. Mark Milley (US chairman of the Joint Chiefs of Staff)
Le retrait des troupes américaines d’Afghanistan a entraîné la chute rapide du gouvernement de Kaboul. Le monde a vu comment les États-Unis évacuaient leurs diplomates par hélicoptère tandis que les soldats talibans se pressaient dans le palais présidentiel de Kaboul. Cela a porté un coup dur à la crédibilité et à la fiabilité des États-Unis. Beaucoup de gens ne peuvent s’empêcher de se rappeler comment la guerre du Vietnam s’est terminée en 1975 : les États-Unis ont abandonné leurs alliés au Sud-Vietnam ; Saigon a été repris; puis les États-Unis ont évacué presque tous leurs citoyens à Saigon. Et en 2019, les troupes américaines se sont brutalement retirées du nord de la Syrie et ont abandonné leurs alliés, les Kurdes. (…) L’abandon du régime de Kaboul par Washington a particulièrement choqué certains en Asie, dont l’île de Taïwan. Taïwan est la région qui dépend le plus de la protection des États-Unis en Asie, et les autorités du Parti démocrate progressiste (DPP) de l’île ont poussé Taïwan de plus en plus loin sur cette voie anormale. La situation en Afghanistan a soudainement changé radicalement après l’abandon du pays par les États-Unis. Et Washington vient de partir malgré l’aggravation de la situation à Kaboul. Est-ce une sorte de présage du sort futur de Taïwan ? (…) Une fois qu’une guerre trans-détroit éclate alors que le continent s’empare de l’île avec ses forces armées, les États-Unis devraient avoir une détermination beaucoup plus grande que pour l’Afghanistan, la Syrie et le Vietnam s’ils veulent intervenir. (…) Au cours des deux dernières décennies, le gouvernement de Kaboul a coûté plus de 2 000 soldats américains, 2 000 milliards de dollars et la majesté des États-Unis contre les « bandits ». Mais combien de vies de soldats américains et combien de dollars les États-Unis sacrifieraient-ils pour l’île de Taïwan ?  Global Times
C’est une tragédie. Pas seulement pour le peuple afghan, mais aussi pour l’Amérique, l’Europe et tout l’Occident. Vingt ans d’efforts ont été réduits à néant. Forcément, comme beaucoup, j’ai pensé à Saigon et à la désastreuse évacuation du pays à la fin de la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, les talibans contrôlent tout le territoire afghan et vont en refaire un sanctuaire pour terroristes. Nous approchons du 20e anniversaire du 11 septembre 2001 et jamais le risque de voir un nouveau 11 Septembre se reproduire n’a été aussi grand. Les États-Unis sont plus vulnérables aujourd’hui qu’hier. (…) Nous avons gagné la guerre en Afghanistan, mais nous partons comme si nous l’avions perdue. C’est pire encore qu’une défaite militaire, c’est une décision politique, qui demeure pour moi inexplicable. (…) La situation était loin d’être parfaite en Afghanistan. Mais il vaut mieux une guerre sans fin que subir des attaques terroristes sur son sol.(…) Trump et Biden partagent la responsabilité de cette déroute. Si Trump avait été réélu, la même chose serait arrivée, nous serions aussi partis d’Afghanistan. Biden ne fait qu’appliquer les décisions prises par Trump, mais il s’y prend si mal qu’il nous plonge dans un désordre terrible. (…) J’étais au département d’État à cette époque. Nous savions très bien que les talibans hébergeaient Al-Qaïda. George Bush avait bien compris le risque que représentaient les talibans et les groupes extrémistes du Pakistan. Envahir l’Afghanistan était la bonne décision stratégique. L’erreur, c’était de se fixer pour objectif de bâtir un État afghan. Nous n’étions pas là pour ça. Nous étions en Afghanistan pour défendre la sécurité des États-Unis et pour nous assurer que le pays ne passe pas aux mains des talibans. (…) On ne peut pas savoir à quel moment le risque que représentent les talibans aurait disparu. Mais une chose est sûre : il vaut mieux combattre en Afghanistan que dans les rues ou le ciel de l’Amérique. Après la Seconde Guerre mondiale, des troupes américaines sont restées aux portes de l’Union soviétique pendant près de cinquante ans, le temps que nous gagnions la guerre froide. [Si j’étais toujours aux affaires] Je ferais en sorte que nous restions dans le pays et j’augmenterais le budget de la Défense. À Pékin, Moscou, Téhéran, nous passons pour des faibles, voire des guignols. Après son élection à la présidence, Joe Biden a dit au monde : l’Amérique est de retour. Comment le prendre au sérieux, désormais ? John Bolton
Ce qui est triste, c’est que beaucoup dans mon parti essaient de rejeter la faute comme si la dernière administration ne nous avait pas mis sur cette voie. Voici la triste vérité : aucun des deux partis n’est sérieux en matière de politique étrangère. Depuis une décennie maintenant, des démagogues mentent au peuple américain au sujet de notre mission en Afghanistan. Le président Trump a été le pionnier de la stratégie de retrait que poursuit le président Biden, avec un effet désastreux. Les politiciens et les experts qui trouvent des excuses pour cette retraite honteuse prétendront de manière malhonnête que c’était cela ou des soi-disant « guerres éternelles ». Ils prétendent que nos seuls choix étaient une occupation massive ou un retrait immédiat. Ils ignorent la réalité sur le terrain. Leurs arguments faciles ont conduit au chaos, à la persécution et à la mort. Les politiciens ne disent pas cette vérité : l’Amérique n’avait pas de force d’occupation de reconstruction nationale en Afghanistan. La dernière fois que nous avons eu 100 000 soldats dans le pays, c’était il y a dix ans. Nous ne menons pas plus de « guerres sans fin » en Afghanistan que nous ne menons des guerres sans fin en Corée du Sud, en Allemagne ou au Japon – ou au Kosovo, ou au Honduras, ou dans un certain nombre d’autres pays où nous avons des forces déployées. Un nombre relativement restreint de soldats a soutenu avec succès nos alliés afghans en fournissant l’épine dorsale des missions de renseignement et d’opérations spéciales. Les Américains ne construisaient pas d’empires ni ne menaient des batailles impossibles à gagner. Nous défendions les aérodromes et décapitions les organisations terroristes tout en gardant une empreinte légère. Les Américains ont entendu parler de certains hommes de main de premier plan, tels que Qasem Soleimani et Abu Bakr Al-Baghdadi. Mais nos héros en Afghanistan ont tué beaucoup plus d’apirants Ben Laden dont vous ne connaissez pas les noms, précisément parce que nous les avons tués avant qu’ils ne puissent détruire un World Trade Center. Nous avons combattu et gagné cette guerre en Afghanistan, pas sur les côtes américaines. Mais vous ne vous en rendriez pas compte à partir de la rhétorique isolationniste qui entoure les choix de Biden. Ben Sasse
Le retrait désastreux de l’administration Biden d’Afghanistan est une humiliation de politique étrangère différente de tout ce que notre pays a enduré depuis la crise des otages en Iran. Il a embarrassé l’Amérique sur la scène mondiale, fait douter les alliés de notre fiabilité et enhardi les ennemis à tester notre détermination. Pire encore, cela a déshonoré la mémoire des Américains héroïques qui ont aidé à traduire les terroristes en justice après le 11 septembre, et de tous ceux qui ont servi en Afghanistan au cours des 20 dernières années.(…) Il semble que le président n’a tout simplement pas voulu donner l’impression de respecter les termes d’un accord négocié par son prédécesseur. (…) Une fois que M. Biden a rompu l’accord, les talibans ont lancé une offensive majeure contre le gouvernement afghan et se sont emparés de Kaboul. Ils savaient qu’il n’y avait pas de menace de force sous ce président. Ils l’ont vu s’aplatir devant des groupes terroristes antisémites comme le Hamas, restituer des millions de dollars d’aide à l’Autorité palestinienne et ne pas bouger plus tôt cette année alors que des milliers de roquettes pleuvaient sur les civils israéliens. La faiblesse suscite le mal – et l’ampleur du mal qui monte actuellement en Afghanistan en dit long sur les faiblesses de M. Bide. Mike Pence
The scenes of a Taliban victory in Afghanistan have resonated very differently in various parts of the world and hold many lessons, especially for Israel. (…) The (…) most valuable lesson for Israel is that fundamentalist Islam does not give up without force. The Taliban had remained largely dormant for two decades but never gave up hope of ultimate victory, even when the odds were stacked against it by the overwhelming presence of foreign militaries. The major problem was that the international forces never truly defeated the Taliban, and did not provide a mortal blow to a paramilitary force which was allowed to regroup and dream of a future conquest. This failure should be seen in direct opposition to the victory over the Islamic State in Iraq. The Islamic State was territorially defeated. It was routed completely from the territory it purported to hold in 2017. Of course, there is still some Islamic State activity, but it is largely peripheral and Iraqi forces have shown they are in a good position to repel it. Unlike the Taliban, the Islamic State was not left with large swathes of territory on which to reorganize, rearm and bide its time. In any military tacticians’ book, absolute defeat is a world of difference away from partial defeat. Israel’s enemies, like Hamas and Hezbollah, were left standing after every confrontation with the IDF. They might not have been victorious, but it is impossible to say they were defeated in any meaningful way. When Israel goes to war with its enemies, defeat must mean defeat. It should mean that at the end of a conflict, the enemy is not left standing and remaining in power. This lesson is not lost on Hamas which has already congratulated the Taliban on its stunning victory. (…) Hamas and other terrorist organizations confronting Israel have been given a massive morale boost by events in Afghanistan. They perceive the West, of which they see Israel as a central part, as something that can be defeated with steadfastness and an unshakeable belief in an ultimate victory regardless of time and against all odds and logic. Israel must take every step to disavow this belief and ensure that its opponents understand that while they might still dream of ultimate victory and the destruction of the Jewish State, they will instead taste the bitter crucible of defeat. Gregg Roman
It is unclear just what the United States has gained from withdrawing the small, affordable, and effective deterrent force that had remained in Afghanistan to support its security forces. It is unnervingly obvious what we’ve lost: national prestige, vast sums of political capital, credibility on the world stage and, most tangibly, our security. The world is much more dangerous today than it was just 72 hours ago. As recently as August 12, when the elected government in Afghanistan still controlled most of its provincial capitals and the country’s total implosion was still evitable, U.S. intelligence officials warned that America’s abandonment of its ally in Central Asia would allow al-Qaeda to reconstitute itself. (…) And the threat to American lives and interests arising from our humiliation in Afghanistan does not begin and end with non-state actors. The world’s irridentist great powers are watching closely, and they are no doubt emboldened by our fecklessness. The Chinese Communist Party has already demonstrated its willingness to court international condemnation in its quest to impose its sovereignty on the greater Chinese sphere. (…) Bejing’s reservation of its prerogative to retake the Republic of China through force has thus far been deterred not just by America’s assets in the Pacific but also by our willingness to use them and by the assumption that the American public would support that mission. That deterrent has no doubt suffered a devastating blow, and China’s propagandists won’t let us forget it. (…) In Europe, too, the United States has much to lose. In 2008, Russia invaded and functionally annexed large swaths of territory in Georgia. In 2014, Moscow invaded Ukraine, outright subsuming the whole of Crimea into the Russian Federation. (…) And Russia’s territorial ambitions are not limited to Ukraine. (…) Eighty years ago, the West’s appeasers howled in unison “Why Die for Danzig?” Why wouldn’t today’s “peacemakers” be just as inclined to question the value of a global war against Russia over Tallinn? At least, that’s what the Kremlin’s hungriest revanchists must be asking themselves. It’s a perfectly rational question. After all, even America’s allies were shocked to watch the United States so callously sacrifice an ally for no discernible strategic purpose and under no perceptible pressure from the voting public. Our caprice has shaken the faith that we will defend our partners’ interests around the world if we’re unwilling to bear the modest burdens associated with preserving our own. Noah Rothman
Nous n’arrivons pas à trouver un équilibre entre la promotion irrationnellement exubérante de la démocratie et le réalisme et la retenue des grandes puissances. Nous sommes allés en Afghanistan pour fermer des camps d’entraînement terroristes, et nous l’avons fait – dans notre propre intérêt – pour ce qui viendrait après l’intervention et le renversement d’un gouvernement. Ensuite, cependant, nous avons fait ce que nous faisons : nous nous sommes perdus dans des priorités concurrentes et des attentes irréalistes. Nous n’avons pas non plus vu ce qui s’était passé en cours de route. En Afghanistan, les camps d’entraînement terroristes du type de ceux qui ont rendu possible le 11 septembre sont restés fermés. L’espérance de vie s’est améliorée. La mortalité infantile a diminué. Les femmes ont acquis des opportunités qui étaient auparavant impensables. Pour ceux qui se concentraient sur la concurrence des grandes puissances, la Russie est restée en dehors, la Chine a été maintenue à distance, et le Pakistan, l’allié de la Chine, a été contraint. Ces gains seront désormais anéantis car nous ne pouvons pas nous contenter de gérer les problèmes, nous devons les résoudre. Si nous ne pouvons pas gagner clairement et décisivement y, refaisant une société dans le processus, nous reculerons et abandonnerons nos alliés. Pourquoi n’aurions-nous pas pu laisser une force résiduelle en Afghanistan pour aider à y assurer un minimum de sécurité ? Après tout, trois quarts de siècle après la guerre de Corée, nous maintenons 29 000 soldats en Corée du Sud. Nous avons encore des troupes d’après-guerre en Europe. Ce sont les coûts indirects de la paix et de la stabilité. (…) Neuf millions d’enfants afghans ont commencé à aller à l’école au cours des vingt dernières années, dont 40 pour cent de filles. L’objectif était de « gagner du temps », a déclaré l’ancien ambassadeur américain Ryan Crocker, membre du conseil d’administration de RFE/RL, « pour que cette jeune génération d’Afghans devienne majeure. Jeffrey Gedmin
As Afghanistan collapses, there is no shortage of explanations, justifications, and outright myths taking root, some encouraged by the Biden administration. Among the most common: This was inevitable. The U.S. presence was unsustainable, critics say. The administration was boxed in by the 2020 peace deal with the Taliban. If the U.S. had repudiated the deal, the Taliban would have gone on the offensive and resumed killing U.S. troops. And for what? We gave it our best for 20 years, they say, proving that the mission was effectively impossible. The rapid collapse only demonstrates that we were never going to succeed no matter how long we stayed. We achieved the most important thing: Osama bin Laden is dead. The Afghans have to run their own country. We cannot stay there forever, we shouldn’t try nation building, and we can keep an eye on al-Qaeda from afar to make sure they do not threaten us. On the surface, these explanations make a compelling case. It is also a comforting case, because it washes our hands of responsibility for what is about to happen. As a humanitarian catastrophe unfolds—as Afghan women fall back under the Taliban’s uniquely cruel tyranny, as the Hazara and Shiites flee the Taliban’s near-genocidal oppression of religious dissidents—we can tell ourselves, “There’s nothing we could have done.” These myths function as an ex post facto explanation that we—the most powerful nation in the world—were actually powerless all along. It turns out we didn’t fail because of bad decisions, strategic incompetence, or moral myopia. We failed because no one could have succeeded, because the mission was inherently impossible. No amount of insight, troop surges, or Marshall-Plan-level reconstruction assistance could have made a difference. Of course, none of that is true. The myths are just that: myths. The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan. U.S. troops faced low risks in Afghanistan, and the low casualty rate is not a function of the 2020 peace deal. Just 66 U.S. personnel have been killed in action since 2014, less than one per month for nearly seven years. That is not to make light of the loss of individual soldiers, but it is to recognize, in historical perspective, that the conflict in Afghanistan is very small and U.S. ground troops have not been involved in direct combat in large numbers for years. The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse. The rapid collapse of the Afghan army in recent weeks was not inevitable and is not a sign that the mission was always doomed, nor that we never would have succeeded. We had been making slow, fitful progress building a new Afghan security force from scratch. The U.S. (…) cobbled together a fighting force by 2010, one that has lost tens of thousands of soldiers keeping the Taliban at bay for the past decade. (…) but surely President Biden’s announcement of a full withdrawal—when everyone, including the U.S. Department of Defense, knew the Afghan army wasn’t yet ready to stand independent of international assistance—had a crippling effect on the morale of Afghan troops. (…) It is easy to envision the counterfactual: If the United States had maintained a small presence (perhaps marginally larger than what Trump left behind), it could have kept the Afghan army in the field indefinitely, giving time and space for the political situation in Kabul to sort itself out, for a fresh round of negotiations with better leverage against the Taliban, and for reconstruction and development to continue. (…) And we should have stayed because the mission is not over. While bin Laden is dead, al-Qaeda is not and, along with the Islamic State and a murderer’s row of copycat jihadists, is almost certain to regain safe haven in Afghanistan and Pakistan following the collapse of our allies. Our presence for the past 20 years kept jihadists on the run, in hiding, and focused on avoiding our air strikes and special forces. They now will have room to breathe, which means room to plan, recruit, train, and fundraise. (..) Our policymakers made specific strategic missteps that caused direct, avoidable harm, including Bush’s light footprint, Obama’s withdrawal timetable, Trump’s peace deal, and Biden’s inexplicable withdrawal, each of which made a bad situation worse. (…) That is why Biden’s claim that the Afghans just have to start taking responsibility for their own country is so mendacious. He is telling a drowning man to take responsibility for swimming while reeling in the life preserver the man had been clinging to. He is overestimating the Afghans’ ability to fight on their own while minimizing American responsibility for the crisis in the midst of which we are abandoning them—all while preaching a soothing myth that there was nothing we could have done after all. Many Americans will be eager to believe him because it is much easier, emotionally and cognitively, to believe in the myth of our powerlessness than in the reality of our own stupidity and moral cowardice. Paul Miller
Mr. Biden refused to accept responsibility for the botched withdrawal while blaming others. He blamed Donald Trump’s peace deal with the Taliban and falsely claimed again that he was trapped. He blamed his three predecessors for not getting out of Afghanistan. He blamed the Afghans for not fighting hard enough, their leaders for fleeing, and even Afghans who helped us for not leaving sooner. The one group he conspicuously did not blame was the Taliban, who once harbored Osama bin Laden and may protect his terrorist successor. The President made glancing reference to the horrible scenes unfolding in Kabul and especially at the airport, though again without addressing the mistakes that led to them. Had the U.S. not given up the air base at Bagram, now controlled by the Taliban, the U.S. would not now have to fight to control Kabul’s commercial airfield. The chaotic scenes at the airport, with Afghans hanging from a U.S. military plane and two falling from the sky to their deaths, will be the indelible images of this debacle. They are the echo of 9/11, with people falling from the sky, that Mr. Biden didn’t anticipate when he chose the 20th anniversary of 9/11 as his withdrawal deadline. Instead of taking responsibility, Mr. Biden played to the sentiment of Americans who are tired of foreign military missions. It’s a powerful point to speak of sending a child to risk his life in a foreign country, and no doubt it will resonate with many Americans. It is a question that every President should ask. But the President was dishonest in framing the U.S. mission merely as fighting in another country’s “civil war.” The U.S. didn’t remain in Afghanistan for 20 years to send women to school or to “nation build.” The core mission was to prevent the country from again becoming a terrorist safe haven. The Taliban’s victory will now attract thousands of young jihadists from around the world, and they will have Americans and the U.S. homeland in their sights. Mr. Biden said he would maintain a “counterterrorism over-the-horizon capability” to strike camps in Afghanistan, but that will be much harder from the distance of the Persian Gulf. This is a far bigger risk than he lets on, as U.S. intelligence agencies know. Mr. Biden was also dishonest in framing his Afghan decision as a false choice between total withdrawal and sending tens of thousands of troops again. He knows his own advisers, military and civilian, believed they could support the Afghan military with no more than a few thousand troops to supply air power and intelligence. He also knows the U.S. hasn’t had a single casualty in more than a year in Afghanistan. Even if Mr. Biden was set on withdrawal, he could have done it based on conditions that would have given the Taliban more incentive to negotiate with the government. Mr. Biden claimed that Afghan leaders Ashraf Ghani and Abdullah Abdullah had refused his advice to negotiate with the Taliban. That is false. They had been negotiating with the Taliban for months, under enormous pressure from the Trump Administration. The problem is that the Taliban had no incentive to negotiate in good faith when it knew the U.S. was leaving and would be able to take its chances on a military victory. Like all good liberal internationalists, Mr. Biden thinks you can achieve a diplomatic outcome by diplomacy alone. Mr. Biden’s claim that the U.S. will continue to support the Afghan people and stand for human rights and the women of Afghanistan is the same kind of internationalist twaddle. The Taliban is taking the women of Afghanistan back to the Dark Ages, and the “international community” will do nothing to stop it. Mr. Biden’s words of “support” will be cold comfort when the Taliban knocks on the doors of women who worked in the Afghan government. We had hoped that Mr. Biden would accept some responsibility and explain how he would fix this mess. He did none of that, making it clear that he himself is the main architect of this needless American surrender. It does not bode well for the rest of his Presidency. The world has seen a President portraying surrender as an act of political courage, and retreat as strategic wisdom. As we write this, the world’s rogues are looking for ways to give him a chance to deliver a similar speech about other parts of the world. WSJ
Alors que Barack Obama s’opposait courageusement [sic] à l’invasion de l’Irak, en 2003, son futur vice-président en était un chaud partisan au Sénat. Joe Biden est allé encore plus loin que la plupart des « faucons », proposant en 2006-2007 que l’Irak soit divisé en trois entités autonomes, sunnite, chiite et kurde, ce qui n’aurait fait qu’aggraver la guerre civile alors en cours, elle-même directement causée par l’occupation américaine. Il est important de revenir sur cet épisode, très révélateur de la vision du Moyen-Orient du prochain locataire de la Maison blanche, afin que l’idéalisation du vainqueur de Donald Trump ne conduise pas à de nouvelles et sérieuses désillusions. Biden, sénateur du Delaware depuis 1973, préside la puissante commission des Affaires étrangères quand, à l’été 2002, il relaie la propagande de l’administration Bush sur les « armes de destruction massive » que détiendrait l’Irak: « Saddam Hussein doit abandonner ces armes ou il doit abandonner le pouvoir ». Un tel soutien est essentiel pour la Maison blanche, confrontée à un Sénat majoritairement démocrate. En octobre 2002, Biden est un des 29 sénateurs démocrates à voter, contre l’avis de 23 autres et aux côtés de 48 élus républicains, le chèque en blanc qui permet à George W. Bush de mener la guerre à sa guise en Irak. En juillet 2003, trois mois après le renversement de Saddam Hussein, et malgré l’échec des 150.000 soldats américains en Irak à trouver la moindre trace d’armes de destruction massive, Biden persiste et signe: « Je l’ai dit l’an passé, et je le crois aujourd’hui, avec les milliards de dollars à la disposition de Saddam, je n’ai aucun doute qu’au bout de cinq ans, il aurait gagné accès à une arme nucléaire tactique ». Le toujours sénateur Biden participe alors activement à la campagne de dénigrement de la France, accusée de tous les maux pour ne pas avoir soutenu l’invasion américaine de l’Irak: « Nous savons tous que les Français ont été tout sauf coopératifs, qu’ils ont même été casse-c… » (a pain in the you-know-what). Cette diffamation du plus vieil allié des Etats-Unis s’accompagne d’une manoeuvre de Biden pour réécrire sa propre histoire sur l’Irak: en octobre 2004, il affirme « n’avoir jamais cru à la détention d’armes de destruction massive » par le régime de Saddam. (…) Biden s’oppose en revanche au « surge » américain en Irak, où les renforts déployés s’appuient sur des milices sunnites, dites du « Réveil » (Sahwa), pour refouler, et finalement vaincre les groupes jihadistes. (…) Quand Obama confie, en 2009, le dossier irakien à son vice-président, celui-ci va miser sans réserve sur l’homme fort de la communauté chiite, Nouri al-Maliki, Premier ministre depuis 2006. Biden apporte ainsi un soutien déterminant au maintien de Maliki à son poste, en novembre 2010. Peu importe l’autoritarisme de plus en plus agressif du chef du gouvernement irakien, sa coopération de plus en plus étroite avec l’Iran et son acharnement sectaire contre les milices sunnites du « Réveil », seul compte pour Biden la réussite du retrait américain hors d’Irak en 2011. Cette politique américaine à très courte vue favorise le retour de flamme de l’EII qui, en 2013, prend pied dans la Syrie voisine et devient « l’Etat islamique en Irak et en Syrie », connu sous son acronyme arabe de Daech. (…) Ce rappel de l’histoire irakienne de Biden prouve que, chaque fois qu’il a eu à trancher, le sénateur, devenu vice-président, a toujours choisi l’option la plus risquée en termes de conflit international et de guerre civile. Et rien ne prouve que le futur président ait tiré la moindre leçon de tant d’erreurs passées. Jean-Pierre Filiu
Il y a bien sûr les errements catastrophiques de la présidence Trump. [?] Si tout cela n’était pas si tragique, il y aurait quelque chose de risible à voir Donald Trump demander la démission de son successeur, alors qu’il a lui-même conclu à Doha avec les talibans le pire des accords, un accord par lequel les Américains faisaient sans délai toutes les concessions – comme de libérer sur parole 5000 combattants, immédiatement réembrigadés – tandis que les concessions supposées des talibans étaient soumises au préalable du départ américain. Trump avait même envisagé d’inviter à Camp David ces dignes héritiers d’al-Qaida et de Daesh: pourquoi pas un 11 septembre, par exemple! (…) Le retrait d’Afghanistan a été voulu par Biden et par Trump, mais aussi par Obama. Le retour des boys après tant d’aventures militaires coûteuses et décevantes au cours des soixante dernières années est devenu un impératif catégorique dans l’opinion américaine et dément spectaculairement la volonté proclamée par Biden – «America is back» – de voir les États-Unis s’investir à nouveau pleinement dans ce qui est parfois présenté comme une nouvelle guerre froide, cette fois-ci contre la Chine. Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines. Les Américains donnent le sentiment de pouvoir encore se battre pour leurs intérêts, mais pas, semble-t-il, pour leurs valeurs. (…) Les Chinois ne manqueront pas de se gausser du nouveau tigre de papier et les États de l’Indo-Pacifique, déjà tiraillés entre l’amitié américaine et la proximité massive et incontournable de la Chine, vont douter un peu plus des États-Unis. À court terme, la Chine devrait sans doute être prudente et y regarder à deux fois avant, par exemple, de tenter un coup de main sur Taïwan, car la réaction d’une Amérique humiliée ne pourrait être que brutale, mais la crédibilité des États-Unis dans le bras de fer avec Pékin en sort inévitablement amoindrie. D’autant que la société américaine n’a jamais été aussi divisée sur ses valeurs, donc sur ses ambitions. (…) Ce que le monde a touché du doigt dans la plus grande stupeur, c’est la vertigineuse inutilité de la supériorité militaire. [?] Par les temps qui courent, il importe moins d’être aimé que d’être craint, or c’est moins l’image de la trahison que celle de l’impuissance que nous renvoie aujourd’hui l’Amérique. On est tenté de dire, paraphrasant Jacques Brel: on a voulu voir Truman et on a vu Carter! (…) Il reste que, le Sahel, c’était notre part du travail et que nous aussi nous tentons d’aider des sociétés vulnérables à faire face à la subversion islamo-terroriste et au crime organisé. Nous le faisons d’ailleurs en bonne intelligence avec les Américains. Les initiatives qui ont été prises ces derniers mois par le président Macron – le redimensionnement de notre effort militaire et la responsabilisation politique des États de la zone – ont cependant pour objet précis de nous épargner le piège du tout ou rien qui a «naufragé» l’action américaine en Afghanistan. En remettant en cause Barkhane, une opération devenue trop lourde, trop coûteuse et trop unilatérale, sans pour autant quitter le théâtre des opérations, nous adressons à nos amis africains un message clair, mesuré et responsable: nous nous battrons avec vous, mais pas à votre place. Par ailleurs, nous nous efforçons d’associer à l’action nos partenaires européens, car le sort du Sahel n’est ni l’affaire de la seule France ni même celle de la seule Europe du Sud. Nous avons sur ce point la satisfaction d’être mieux entendus que naguère. Nous ne nous faisons toutefois aucune illusion: rien n’est joué. (…) Nous sommes les voisins du désastre: ce sont les Américains qui jouent, mais ce sont les Européens qui paient les dettes de jeu. L’évanouissement de la puissance américaine a trois conséquences précises: il libère des flots de candidats à l’émigration, dont l’Europe sera la destination privilégiée ; avec la culture systématique du pavot, il offre au crime organisé les moyens de relancer massivement chez nous la consommation de drogue ; il offre enfin au terrorisme international la base territoriale arrière qu’il a perdue depuis la fin de Daesh. Il est à cet égard un peu dérisoire d’entendre Anthony Blinken nous expliquer que les Américains ont «fait le job» puisque al-Qaida a été puni et que Ben Laden n’est plus! Nous n’avons cependant qu’à nous en prendre à nous-mêmes de ce qui nous arrive, car nous payons le prix de notre nanisme politique. La montée en puissance de la Chine et le pivotement des Américains vers l’Indo-Pacifique créent, du cercle polaire au sud de l’Afrique, une verticale du vide que l’Europe, amorphe, apathique et fragmentée, paraît incapable d’occuper. La situation est d’autant plus pressante que nous sommes entourés de puissances inamicales et que notre «étranger proche», le Moyen-Orient et l’espace méditerranéen, est traversé par des déséquilibres politiques, religieux, démographiques et climatiques à haut risque. La construction d’une Europe politiquement puissante est devenue, sous l’effet d’un désengagement américain partiel mais structurel, un véritable impératif catégorique. Les Européens ne peuvent plus, sans dommage, rester aux abonnés absents de la confrontation internationale. Jean-Louis Bourlanges
Dans une allocution télévisée, au lendemain de la prise de Kaboul par les Talibans, le président Biden a fait reposer toute la responsabilité de la débandade américaine sur, (qui d’autre ?) … son prédécesseur Donald Trump. Voici ses propos : « En entrant à la Maison Blanche, j’ai hérité d’un accord négocié par le président Trump avec les Talibans, en vertu duquel nos soldats devaient avoir quitté le pays au 1er mai 2021… Le nombre de nos soldats sur place avait déjà été ramené de quinze mille à deux mille cinq cents par l’administration Trump. Alors que les Talibans n’avaient jamais été aussi forts militairement depuis 2001…. Le choix qui se présentait à moi en tant que président consistait à m’en tenir à cet accord, ou bien à me préparer à combattre à nouveau les Talibans au printemps… La froide réalité se limitait à suivre cet accord en retirant nos troupes, ou à escalader le conflit en renvoyant des milliers de soldats au combat et en nous engageant dans une troisième décennie de conflit en Afghanistan. » Ainsi donc Joe Biden, président des Etats-Unis, et homme le plus puissant de la planète, s’est présenté comme pieds et poings liés, par un accord négocié par Donald Trump! Loin de reconnaître une quelconque responsabilité, il s’est érigé en victime. Venant d’un Démocrate, une telle posture n’a pas de quoi surprendre. Mais venant aussi d’un président qui a réintégré les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat, par décret, dès son premier jour au pouvoir, annulant d’un coup de crayon la décision de son prédécesseur ; qui a ouvert la porte à une reprise du dialogue avec l’Iran sur la question nucléaire, inversant à nouveau la politique de son prédécesseur ; qui a suspendu la construction du mur à la frontière mexicaine, qui a laissé entrer les immigrants clandestins par centaines de milliers et qui a accepté l’entrée de demandeurs d’asile sur le territoire, supprimant non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur ; venant d’un tel personnage, donc, une telle affirmation est grotesque et inacceptable. D’autant que les faits racontent une tout autre histoire. A la vérité, en arrivant à la Maison Blanche, Biden et ses conseillers étaient bien contents du travail accompli par leurs prédécesseurs, à savoir le président Trump et son secrétaire d’Etat Mike Pompéo. Ils ont pris à leur compte un retrait de troupes qui leur permettait d’apparaitre comme des faiseurs de paix. Par contre, ils ont fait preuve d’une incompétence et d’une impréparation invraisemblables dans l’exécution de la manœuvre. Selon l’accord passé entre l’administration Trump et les Talibans, le retrait des troupes américaines était lié à l’absence de toute offensive. Les Talibans étaient tenus de ne rien tenter contre les troupes américaines, et les troupes afghanes, tant que les Américains seraient sur place ! Le retrait des troupes, du matériel et au besoin des civils afghans ayant travaillé avec les Américains, devait être achevé avant de laisser le gouvernement en place et les Talibans se disputer le contrôle du pays. La faute de l’administration Biden a été de laisser les Talibans lancer leur campagne de reconquête, avant la fin du retrait américain, sans envisager la possibilité que celle-ci puisse les prendre de vitesse. C’est une faute gravissime, un péché d’orgueil et d’inattention. (…) Pour Donald Trump, mettre un terme à la guerre en Afghanistan, et permettre aux milliers de GIs, déployés sur place, de rentrer au bercail, était une promesse de campagne. Il y tenait. Tout comme il tenait à ce que l’autorité des Etats-Unis soit respectée. D’ailleurs, entre 2018 et 2020, il avait suspendu les négociations à plusieurs reprises, à cause d’incidents terroristes attribués aux Talibans. Côté américain, cet accord incluait un retrait progressif des troupes présentes depuis 2001 ; l’échange de cinq mille Talibans détenus en Afghanistan contre mille soldats des Forces de Défense Afghanes faits prisonniers par les Talibans, et la levée progressive de sanctions contre les Talibans. Le départ des troupes américaines et de l’Otan pouvait s’achever en quatorze mois, soit à la date du 1er mai 2021, si les Talibans tenaient tous leurs engagements. Le moindre écart serait sanctionné par des représailles militaires de la part des Etats-Unis. Selon les mots de Donald Trump à l’époque, les Talibans seraient exposés au feu américain « comme jamais encore auparavant ». En échange les Talibans s’engageaient à cesser toute violence et à n’abriter ou soutenir aucun mouvement terroriste, tel Daech ou Al Qaida. Le devenir politique de l’Afghanistan était laissé à des négociations futures entre le gouvernement du président Ashraf Ghani, élu en 2014 et réélu en 2019, et les dirigeants talibans. A noter que ces discussions ont commencé dès la signature de cet accord, sans aboutir et ont fini par être suspendues. La sécurité du pays, une fois le retrait des troupes étrangères effectué, était supposée être assurée par les trois cent mille soldats de l’armée afghane, formés et équipés par les Américains. Face à une force talibane estimée à soixante mille combattants, la tâche, sur le papier, n’était pas impossible… Voilà ce dont le président Biden a hérité en janvier 2021 à son entrée à la Maison Blanche. Il pouvait à tout moment dénoncer cet accord. C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre d’élus Démocrates, soutenus par des Républicains Néoconservateurs, dont Liz Cheney, la fille du vice-président de George W. Bush lui ont recommandé de faire. (…) Biden suivit partiellement ses conseils. Il abandonna l’objectif du 1er mai et repoussa le retrait total à la date, hautement symbolique, du 11 septembre 2021, soit vingt ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Par contre, il ne remit jamais le principe du retrait en question. Et il renonça à sanctionner les Talibans pour leurs manquements répétés à leurs engagements. Le message fut, à l’évidence, parfaitement reçu et compris à Doha et à Kaboul. (…) le 8 juillet précisément, Joe Biden faisait une déclaration télévisée depuis la Maison Blanche suivie d’une de ses très rares conférences de presse. Le retrait américain était alors considérablement engagé. Loin de se plaindre d’un quelconque legs de l’administration Trump, il s’arrogeait la paternité du processus de paix et utilisait à répétition le pronom « je » en parlant des évènements récents. Pressé par une journaliste sur les risques d’un départ précipité et d’une chute de Kaboul, rappelant la dramatique évacuation de Saïgon en 1975, Joe Biden avait affirmé « il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! » (…) Si cela ne suffisait pas encore, Joe Biden en a rajouté une couche le 23 juillet. Suite à une conversation téléphonique avec le président Ghani, la Maison Blanche indiquait par communiqué avoir renouvelé ses « assurances du soutien des Etats-Unis au peuple afghan». Alors même que des combats faisaient rage dans plusieurs provinces afghanes, et que les troupes gouvernementales étaient submergées par l’avancée des forces talibanes. Notant que « l’offensive actuelle des Talibans est en contradiction avec l’engagement de ce mouvement pour une solution négociée » et tout en déplorant « les pertes de vies civiles dues à des attaques ciblées, les déplacements de population et les pillages », Joe Biden n’évoquait à aucun moment de quelconques représailles contre les Talibans, ni surtout une suspension ou une remise en question du retrait des troupes américaines. Et pourtant cela aurait été pleinement justifié selon les termes de l’accord dont Biden s’est ensuite dit prisonnier. (…) Prétendre ensuite que la chute de Kaboul et le chaos afghan sont la faute de Donald Trump, c’est se moquer du monde ! D’ailleurs, même la clique de ses partisans dans les médias a trouvé la couleuvre trop difficile à avaler. De part et d’autre du paysage médiatique américain, on observe les premières fissures dans la grande muraille protectrice démocrate. La déroute américaine en Afghanistan est le premier tournant de la présidence Biden. Jusqu’à présent ses errements avaient été passés sous silence par les médias dominants, au nom de l’anti-Trumpisme. Ce ne sera sans doute plus le cas à l’avenir. Le reste de son mandat s’annonce aussi chaotique que la chute de Kaboul. Gérald Olivier
Joe Biden aurait pu facilement garder le silence sur ses intentions en Afghanistan – ou du moins laisser l’ennemi dans le doute. Il aurait pu maintenir les installations aériennes américaines pour soutenir les forces afghanes et assurer la sécurité des grandes villes telles qu’elles l’étaient entre 2017 et 2020 sous Trump, qui lui-même a critiqué le déploiement continu depuis 20 ans. Mais Trump n’était pas stupide au point de retirer toutes les troupes avec tout le soutien aérien ou pour donner aux talibans un calendrier virtuel de conquête. Pire encore, Biden a fait en sorte que ses politiques régionales au Moyen-Orient envers l’Iran, le Hamas et Israël ne projettent pas un sentiment de dissuasion ou de fiabilité américaine. (…) En seulement sept mois, nous avons égalé les jours les plus sombres des années Carter avec l’implosion de l’Afghanistan, l’anarchie historique à la frontière, l’érosion complète de la loi américaine sur l’immigration, la destruction de l’engagement de l’ère des droits civils envers une société racialement aveugle et les pires relations raciales depuis un demi-siècle, des pics historiques de crimes violents, l’inflation galopante de l’économie Biden et la perte de l’indépendance énergétique des États-Unis et des prix raisonnables du carburant. Victor Davis Hanson
Attention: un retrait calamiteux peut en cacher plus d’un autre !
Reprise des négociations avec les mollahs et du financement de l’Autorité palestinienne, implosion de l’Afghanistan, anarchie historique à la frontière, érosion complète de la loi américaine sur l’immigration, destruction de l’engagement de l’ère des droits civils envers une société racialement aveugle, pires relations raciales depuis un demi-siècle, pics historiques de crimes violents, inflation galopante, perte de l’indépendance énergétique des États-Unis et des prix raisonnables du carburant, programmes « woke » de rééducation idéologique, désignation comme monument national d’une boite de nuit homosexuelle  site d’un attentat islamiste alors que le motif n’avait rien d’homophobique, proclamation du mois des fiertés avec drapeau arc en ciel sur les ambassades du monde entier dont les capitales des états musulmans, Kaboul comprise …
Quarante-six ans après la tragique et humiliante chute de Saïgon …
Et sept petits mois après le hold up électoral de novembre dernier …
Où ironie de l’histoire …
Le président américain qui avait ouvert son mandat en supprimant, entre accord du climat, négociation avec l’Iran et immigration, non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur
Prétend à présent, comme en 2019 avec Bush et l’Iak, qu’il était lié par la décision du retrait d’Afghanistan de celui-ci …
Se voit condamné par sa presse-caniche pour avoir voulu faire, rivalité mimétique oblige, plus Trump que Trump
Pendant que le président d’une France qui avait quitté l’Afghanistan depuis sept ans se voit traité de Le Pen
Y-a-t-il une posture consternante ou une mauvaise cause …
Avec les catastrophiques conséquences que l’on sait …
Pour les pauvres Afghans aujourd’hui …
Et peut-être les Taïwanais, les Ukrainiens et les Européens de l’est en général demain …
Qu’à l’image du calamiteux Jimmy Carter en son temps …
Joe Biden et l’équipe Obama derrière lui n’auront pas épousée …
Oubliant comme pour son propre autre calamiteux retrait d’Irak d’il y a dix ans qui avait donné au monde la barbarie de l’Etat islamique …
Derrière le faux choix entre la fuite la queue entre les jambes et la victoire définitive …
Pour, comme le rappelait l’ancien ambassadeur Crocker, « gagner le temps » de faire maturer une nouvelle génération … ?
Our Afghan Agonies
Victor Davis Hanson
The Blade of Perseus
Aug. 16, 2021
Joe Biden could easily have stayed quiet about his intentions in Afghanistan—or at least leave the enemy in some doubt. He might have maintained US air facilities to support Afghan forces, and kept the major cities secure as they were between 2017-20 under Trump, who himself was a critic of the continued 20-year deployment. But Trump was not foolish enough to yank all troops out along with all air support—or to give the Taliban a virtual timetable for conquest. Worse still, Biden ensured that his regional policies in the Middle East toward Iran, Hamas, and Israel would not project a sense of US deterrence or reliability.
So we should assume that Iran is now dangerously emboldened. Anti-American Pakistan is making the necessary further anti-American adjustments. And the general Middle East will become even scarier, as the US begs the Gulf monarchies (that the Biden administration has so feverishly criticized) to pump all the oil they can—even as the Biden administration damns the use of oil and those in the US who produce it (but will be glad to buy its importation by printing even more money at a time of national financial insolvency).
The Afghan debacle is eerily similar to the US border in which extremists are now in control of US policy and demand that ideology and politics trump common sense and basic humanity. We should brace ourselves for some horrific scenes to follow in Kabul over the next few weeks. They will tragically dwarf the mayhem on the southern border.
Who are the culpable? The CIA utterly failed to give any accurate appraisal of the rapid Taliban advance and takeover. I hope the ruinous legacy within our intelligence and investigatory agencies—of John Brennan, James Clapper, James Comey and Andrew McCabe—does not explain the epidemic of current mediocrity. The Pentagon has been in the news a lot lately, but mostly in connection with our highest officers virtue signaling their woke and careerist new credentials that either had nothing to do with military readiness or actually would undermine it. The gay pride flag over the US embassy in Kabul, along with the embassy’s virtue-signaling woke communiques, did not resonate confidence among Afghans that the US policy was based on shrewd deterrent policies with a full understanding of a traditionalist Islamic society.
Remember, there was a lot of calumny—including military resignations—that met President Trump over the decision in late 2018 not to intervene in the territorial disputes between Turkey and Kurdish forces in Syria, and again during the false charges that he had used tear gas to clear areas near the White House to do a photo-op with Gen. Milley—the latter accusations were proven erroneous by the Inspector General of the Interior Department.
But the loud and twitter-addicted US military top brass, active and retired, has been strangely quiet about the lunatic idea of simply telling the Taliban when all US forces will leave and then allowing thousands of allied Afghans and billions in US equipment to fall into the Taliban’s hands.
Where is the US military-industrial-intelligence complex outrage? Where the cry-of-the-heart tweeting? Where the letter to Biden from distinguished emeriti CIA and military officers? Why would retired generals addictively tweet about Trump’s cancellations of leftwing newspapers to bureaucracies or falsely charge that Obama’s “cages” on the border were Trump’s Auschwitz-like cells—and yet say nothing about the greatest military disaster in recent memory? If Trump was smeared as Nazi-like and a Mussolini, what exactly is Biden’s stewardship?
Given the 20-year-long investment, this ignominious withdrawal is likely to be more humiliating than the final 1975 dark days in Saigon and the boat people who followed, the Reagan 1984 pullout from Lebanon after the 1983 barracks bombing, and President Obama’s sudden 2012 yanking all troops out of Iraq that birthed the “JV” ISIS beheaders. Note that Obama later blamed his decision on the Iraqis, and Biden now blames Trump, even though both boasted during their campaigns that they would boldly do what they actually did.
The Afghanistan implosion—assured to be impossible or at least unlikely by Joe Biden—is occurring in concert with the historic anarchy on the border, the complete erosion of US immigration law, the destruction of the Civil Right-era commitment to a racially blind society and the worst racial relations in a half-century, historic spikes in violent crime, the soaring inflation of the Biden economy, and the loss of US energy independence and reasonable fuel prices. So in just seven months we have matched the darkest days of the Carter years, when at least the President was coherent and a master of his own policies, misguided though they were.
Since Biden in the last 60 days of public commentaries appears to have no idea of what was, is and will be going on in Afghanistan, it is legitimate to ask who does in his administration? Dr. Biden? Ron Klein? General Milley? Antony Blinken? The Obamas?
In the inevitable blame-gaming to come, even the toadish press will have a hard time blaming Trump, as Biden is already doing—given he left troops in Afghanistan and earlier had bombed the “sh*t” out of ISIS in Syria/Iraq. In general, the Pentagon, the CIA and the Biden state departments and national security council teams should have been warning the nation months ago that the decision to virtue signal a complete cave-in would have rapid and deadly ramifications.
Instead, to the very end of this historic disaster, the true dangers on the immediate horizon were denied ad nauseam by Biden himself, with only a few mousy questions and clarifications from the press. Bottom line: a woke Pentagon and revolving-door careerist top brass, a politically warped intelligence bureaucracy, an obsequious press, and a virtue signaling progressive elite can explain well enough why 300,000 vanished into thin air before the murderous Taliban. I think they concluded that siding with our sanctimonious postmodern apparat was a lot more dangerous even than returning to the Dark Ages.
A final lesson. When there is no free press; a president loses all fears of lying and obfuscation, and counts on pet journalists to hide his untruth or at least claim they are minor exaggerations. Biden, to the extent he is even compos mentis, assumed his assertions that Afghans would fight effectively, given their numbers and US equipment and training, would never be seriously cross-examined by a morally bankrupt media, which always puts partisan interests over the national interest. So he simply went on lying….
Voir aussi:

Biden’s Iraq War walk-back is revisionist nonsense

Mark A. Thiessen

The Washington Post

Former vice president Joe Biden said in a recent interview he agrees with Jim Mattis that the Obama administration’s decision to withdraw troops from Iraq was a mistake, but that as vice president he tried to keep “a residual force” stationed there. This is revisionist nonsense. Just a few months ago, at the July Democratic presidential debate, Biden boasted that “one of the proudest moments of my life was to stand there in Al-Faw Palace and tell everyone that . . . all our combat troops are coming home.” In September, he declared, “We were right to get the combat troops out.” But now he agrees it was a mistake?

The fact is, at the time, Biden expressed zero regrets about the complete US withdrawal, which he was in charge of executing. The New York Times reports that in December 2011 Biden was “ebullient” as he presided over the departure ceremony for the last American forces, calling President Barack Obama from Baghdad to tell him “All I’ve said about this job, I take it back. Thank you for giving me the chance to end this goddamn war.”

Of course, he did not actually end the “goddamn war,” he unleashed a humanitarian and national security catastrophe. Biden’s withdrawal created a vacuum that allowed the Islamic State — which had been reduced to just 700 fighters — to regroup, reconstitute itself and build a murderous caliphate the size of Britain. The terrorists enslaved and raped thousands of Yazidi girls and carried out gruesome executions across Iraq and Syria. And they spread their murderous tentacles across the globe, carrying out 143 attacks in 29 countries that killed more than 2,000 people and injured many thousands more.

Biden has criticized President Trump for withdrawing from Syria against the advice of our military commanders. Yet Biden did not listen to our military commanders when it came to the Iraq withdrawal. The Times reports that Gen. Lloyd J. Austin III, the U.S. commander in Iraq, proposed keeping as many as 24,000 troops in Iraq. According to Biden national security adviser Colin H. Kahl, Austin was told by the White House “you’ve got to be kidding.” So Austin presented Obama and Biden with options for 19,000, 16,000 and 10,000 troops — and told them the lowest number was “unwise.” But Biden “aggressively pushed for a smaller force,” and Obama agreed. Then, during negotiations with the Iraqis, the administration cut the offer in half to just 5,000 — an offer the Iraqis rejected.

In his interview with the Wall Street Journal, Biden blamed George W. Bush for the US withdrawal, noting that he had negotiated a status of forces agreement that required an end to the US military presence by 2011. Please. Does anyone really believe that if Bush were still in office in 2011, he would have pulled out all US forces? Of course not.

The reason Obama and Biden were unable to get an agreement to extend the US troop presence is because they made it crystal clear to the Iraqis that America was headed for the exits. Iraqis watched as Obama and Biden rejected numbers well above 10,000, only grudgingly agreed to even that number and then cut that number to 5,000. If you were an Iraqi, would this have given you confidence in America’s long-term commitment?

Iran and its political allies inside Iraq were pressing for a US withdrawal, and threatening politicians who supported extending the American military presence. For Iraqi leaders, 24,000 American troops might have been worth the political risk, and maybe even 10,000 would have been worth it. But an offer of just 5,000 troops from an administration that was determined to go to zero as quickly as possible was not. If America was leaving, and Iran was staying, why risk siding with the Americans?

In 2013, as the Islamic State was gaining steam, Biden said that he and Obama felt “happy and . . . fulfilled” with the decision to withdraw from Iraq. A year later, they would be forced to send US forces back to Iraq to deal with the debacle they had unleashed.

Biden supported the Iraq invasion but then opposed the Bush surge, which crushed the Islamic State and won the war. Then he supported a premature withdrawal that allowed the terrorists to regroup and was celebrating that decision as recently as four months ago — but now says he regrets it. That’s quite a record for a man running on his record of experience and judgment.

Voir également:

Mike Pence: Biden Broke Our Deal With the Taliban

It’s a foreign-policy humiliation unlike anything our country has endured since the Iran hostage crisis.

‘The likelihood there’s going to be the Taliban overrunning everything and owning the whole country [of Afghanistan] is highly unlikely,” President Biden confidently proclaimed in July. “There’s going to be no circumstance where you see people being lifted off the roof of an embassy.”

One month later, the scenario Mr. Biden deemed impossible has become a horrifying reality. In recent days, the world has watched panicked civilians cling to U.S. military aircraft in a desperate attempt to escape the chaos unleashed by Mr. Biden’s reckless retreat. American diplomats had to beg our enemies not to storm our embassy in Kabul. Taliban fighters have seized scores of American military vehicles, rifles, artillery, aircraft, helicopters and drones.

The Biden administration’s disastrous withdrawal from Afghanistan is a foreign-policy humiliation unlike anything our country has endured since the Iran hostage crisis.

It has embarrassed America on the world stage, caused allies to doubt our dependability, and emboldened enemies to test our resolve. Worst of all, it has dishonored the memory of the heroic Americans who helped bring terrorists to justice after 9/11, and all who served in Afghanistan over the past 20 years.

Unanimously endorsed by the United Nations Security Council, the agreement immediately brought to Afghanistan a stability unseen in decades. In the past 18 months, the U.S. has not suffered a single combat casualty there.

By the time we left office, the Afghan government and the Taliban each controlled their respective territories, neither was mounting major offensives, and America had only 2,500 U.S. troops in the country—the smallest military presence since the war began in 2001.

America’s endless war was coming to a dignified end, and Bagram Air Base ensured we could conduct counterterrorism missions through the war’s conclusion.

The progress our administration made toward ending the war was possible because Taliban leaders understood that the consequences of violating the deal would be swift and severe. After our military took out Iranian terrorist Qasem Soleimani, and U.S. Special Forces killed the leader of ISIS, the Taliban had no doubt we would keep our promise.

But when Mr. Biden became president, he quickly announced that U.S. forces would remain in Afghanistan for an additional four months without a clear reason for doing so. There was no plan to transport the billions of dollars worth of American equipment recently captured by the Taliban, or evacuate the thousands of Americans now scrambling to escape Kabul, or facilitate the regional resettlement of the thousands of Afghan refugees who will now be seeking asylum in the U.S. with little or no vetting. Rather, it seems that the president simply didn’t want to appear to be abiding by the terms of a deal negotiated by his predecessor.

Once Mr. Biden broke the deal, the Taliban launched a major offensive against the Afghan government and seized Kabul. They knew there was no credible threat of force under this president. They’ve seen him kowtow to anti-Semitic terrorist groups like Hamas, restore millions of dollars in aid to the Palestinian Authority, and sit by earlier this year while thousands of rockets rained down on Israeli civilians.

Weakness arouses evil—and the magnitude of evil now rising in Afghanistan speaks volumes about the weaknesses of Mr. Biden. To limit the carnage, the president has ordered more troops to Afghanistan, tripling our military presence amid a supposed withdrawal.

After 20 years, more than 2,400 American deaths, 20,000 Americans wounded, and over $2 trillion spent, the American people are ready to bring our troops home.

But the manner in which Mr. Biden has executed this withdrawal is a disgrace, unworthy of the courageous American service men and women whose blood still stains the soil of Afghanistan.

Mr. Pence served as vice president of the United States, 2017-21, and is chairman of Advancing American Freedom.

Voir de même:

It is unclear just what the United States has gained from withdrawing the small, affordable, and effective deterrent force that had remained in Afghanistan to support its security forces. It is unnervingly obvious what we’ve lost: national prestige, vast sums of political capital, credibility on the world stage and, most tangibly, our security. The world is much more dangerous today than it was just 72 hours ago.

As recently as August 12, when the elected government in Afghanistan still controlled most of its provincial capitals and the country’s total implosion was still evitable, U.S. intelligence officials warned that America’s abandonment of its ally in Central Asia would allow al-Qaeda to reconstitute itself. The Taliban never renounced violence or its affiliation with the group responsible for the September 11 terrorist attacks, despite repeated overtures from American negotiators to do so. And although that particular Islamist terror group remains a diminished presence, if the “pressure comes off, I believe they’re going to regenerate,” U.S. Centcom commander Gen. Frank McKenzie said.

Accordingly, the Defense Department will reportedly revise its previous estimates suggesting the threat from groups capable of exporting terrorism out of Afghanistan had been relatively low. Today, that threat is unknown, but few believe that the Taliban will do anything but provide succor to fundamentalist terror sects with revenge on their minds. As one source in government privy to the Pentagon’s deliberations told Axios, “the timeline in terms of threats has accelerated.”

And the threat to American lives and interests arising from our humiliation in Afghanistan does not begin and end with non-state actors. The world’s irridentist great powers are watching closely, and they are no doubt emboldened by our fecklessness.

The Chinese Communist Party has already demonstrated its willingness to court international condemnation in its quest to impose its sovereignty on the greater Chinese sphere. The crushing of Democracy in Hong Kong in direct violation of the terms of its handover to the CCP from Britain in 1997 should be evidence enough of that. And in the months that followed that insult to Western proceduralism and power, the People’s Republic has openly flirted with finally retaking the island nation of Taiwan by force. “This problem is much closer to us than most think,” Navy Adm. John Aquilino told a Senate committee in May. He speculated that a Chinese operation designed to rapidly change the facts on the ground and force the U.S. to recognize them could occur in this decade.

“We do not promise to renounce the use of force and reserve the option to use all necessary measures,” Chinese President Xi Jinping said in 2019. Bejing’s reservation of its prerogative to retake the Republic of China through force has thus far been deterred not just by America’s assets in the Pacific but also by our willingness to use them and by the assumption that the American public would support that mission. That deterrent has no doubt suffered a devastating blow, and China’s propagandists won’t let us forget it. “The grand strategy seemed flawless and inspiring for Washington, until the U.S.’ epic defeat and chaotic retreat in Afghanistan mirrored how shaky it is,” read one representative exercise in chest-thumping via China’s Global Times. “The point is, if the U.S. cannot even secure a victory in a rivalry with small countries, how much better could it do in a major power game with China?”

In Europe, too, the United States has much to lose. In 2008, Russia invaded and functionally annexed large swaths of territory in Georgia. In 2014, Moscow invaded Ukraine, outright subsuming the whole of Crimea into the Russian Federation. And Moscow isn’t done yet. Only months ago, Russian President Vladimir Putin threatened the Western world with a renewed assault on Ukraine designed to capture more of its territory along the Black Sea coast. The tools Moscow uses to secure the reconquest of the post-Soviet space are myriad: emigration to rebalance local ethnic demography; exporting Russian passports to non-citizens, propaganda, energy blackmail, and cyber warfare. But the use of force is not off the table. And Russia’s territorial ambitions are not limited to Ukraine.

The notion that Russia might test NATO in a Baltic state has kept American strategists up at night for years. Today, such an experiment must appear even more tempting from the Kremlin’s perspective. Estonia has already been the target of many such provocations—among them, a crippling 2007 cyberattack on the nation’s infrastructure and a sophisticated 2014 raid by Russian forces across the Estonian border, abducting a local police officer and putting him on trial. A more direct provocation that would try NATO’s commitment to the treaty’s mutual-defense provisions is far easier to envision today than it was on Friday night.

Eighty years ago, the West’s appeasers howled in unison “Why Die for Danzig?” Why wouldn’t today’s “peacemakers” be just as inclined to question the value of a global war against Russia over Tallinn? At least, that’s what the Kremlin’s hungriest revanchists must be asking themselves.

It’s a perfectly rational question. After all, even America’s allies were shocked to watch the United States so callously sacrifice an ally for no discernible strategic purpose and under no perceptible pressure from the voting public. Our caprice has shaken the faith that we will defend our partners’ interests around the world if we’re unwilling to bear the modest burdens associated with preserving our own.

As the Washington Post’s Liz Sly reported over the weekend, U.S. allies are fit to be tied over the shambolic handling of Afghanistan. “U.S. allies complain that they were not fully consulted on a policy decision that potentially puts their own national security interests at risk,” Sly reported. One German official raged over the Biden administration’s haughty disregard for European security. “We’re back to the transatlantic relationship of old, where the Americans dictate everything,” she snarled. Another British parliamentarian wondered aloud about whether America under Joe Biden would or even could stand up to its peer competitors if it is “being defeated by an insurgency armed with no more than [rocket-propelled grenades], land mines, and AK-47s?” And in the Middle East, which continues to be menaced by an increasingly extroverted Iran, some are now conceding that American involvement in the region ends up ultimately being more trouble than it’s worth.

Advocates for American retrenchment abroad fancy themselves a serious sort. They don’t think America should commit its resources to the defense of interests on purely moral grounds. So, if they are not moved by the sight of Afghans we abandoned to the Taliban clinging to U.S. transport planes, tumbling to their deaths from hundreds of feet up, perhaps they will be moved by the grave implications to U.S. interests and global security. If not, we can safely assume that their interests are not as benign as they insist. Perhaps pursuing what’s best for America at home and abroad isn’t their only or even foremost motive.

The Magical, Self-Justifying Afghanistan Debacle
Noah Rothman
Commentary
August 17, 2021

It’s hard to imagine how the debacle the Biden administration is overseeing in Afghanistan could be any worse. It’s such a self-evident fiasco, in fact, that even hardened advocates of America’s withdrawal from the world’s hot spots have been forced to admit that this whole thing could have been handled better. Much like Communism, America’s retrenchment from conflicts abroad has never really been tried and just needs better managers. But that’s as far as they’re willing to go. Across the political spectrum, champions of American introversion still insist that the collapse of the Afghan state was inevitable regardless of when or how we withdrew our commitments to it. Indeed, the disaster we’ve been forced to witness is being repurposed as a justification for the very circumstances that led to it.

On Monday, President Joe Biden delivered what could only have been a hastily prepared speech on the meltdown in Afghanistan before resuming his vacation. In it, the president abandoned his rationale for total U.S. withdrawal which, in July, was predicated on the competence, training, and numerical strength of the Afghan National Forces. This week, Biden insisted, withdrawal was justified by the abject weakness and cowardice of those very same Afghan soldiers.

“American troops cannot and should not be fighting in a war and dying in a war that Afghan forces are not willing to fight for themselves,” Biden insisted. “We gave them every chance to determine their own future. What we could not provide them was the will to fight for that future.” This sentiment must have appealed to Democrats like Sen. Chris Murphy, who took the opportunity of Afghanistan’s collapse to insist that the lesson here is that we should abandon the pursuit of America’s long-term interests in favor of applying Band-Aids to threats as they arise. Presumably, the rest of Joe Biden’s party will see the virtue of this sort of projection soon enough.

Leaving aside for a moment that running down an ally—even one we’ve summarily abandoned to the mercies of an Islamist militia—is an odd way to restore American credibility on the world stage, Biden’s exercise in blame-shifting has the added defect of being untrue. Tens of thousands of Afghan soldiers fought and died in defense of their country since NATO-led combat operations ended in 2014. They continued to do so well into 2020, when American “peace talks” with the Taliban began to sap those soldiers of the “will to fight” with the understanding that U.S. support was winding down. And when Biden pulled the plug on “air support, intelligence, and contractors servicing Afghanistan’s planes and helicopters,” a thorough Wall Street Journal expose revealed, “the Afghan military simply couldn’t operate anymore.” The Afghans didn’t lose the will to fight for their country; they were robbed of the means of effectively doing so by Washington.

The audience for President Biden’s self-soothing talk about the inevitability of Afghanistan’s implosion isn’t limited to stunned Democrats. A certain sort of conservative for whom retrenchment is both a means to an end and an end in itself is just as enamored of this dubious talking point.

“There was no ‘Afghan Government,’” the popular commentator and talk show host Saagar Enjeti insisted. “It was a fiction the entire time backed only by U.S. dollars, U.S. blood, and U.S. military might.” Though he regrets the conditions to which we’ve consigned Afghanistan, The American Conservative’s Rod Dreher agrees. “True, the Taliban takeover was inevitable,” he writes, “and we had to get out.” Though we probably could have better executed this declinist project. Newsweek opinion editor Josh Hammer echoed these sentiments: “It’s time for a late-stage empire to come home and rebuild itself as a durable and functioning nation-state,” he wrote.

Much like Biden, these center-right voices seem to want to believe that the dynamic situation in Afghanistan is static and unchanging. That’s simply false. The collapse of the Afghan state was not written in the stars. It was engineered and executed. And what comes next is unlikely to be something that a competent steward of American national interests can afford to ignore. As even a bleak and clear-eyed assessment from the Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction (SIGAR) concluded, “there will likely be times in the future when insurgent control or influence over a particular area or population is deemed an imminent threat to U.S. interests.”

Maybe those who believe a fatalistic assessment of America’s role in Afghanistan is unjustified are out of touch with Real America. But we have scant evidence that the American people will support, grudgingly or otherwise, what they’re watching on their television screens. Will Americans or the policymakers they empower gaze upon the abandonment of upwards of 10,000 American civilians and the Afghans who aided them as the mere wages of “late-stage empire?” Will they see the reestablishment of a well-armed terrorist state to which aspiring Jihadists around the globe are now flocking, emboldened and determined to once again export terrorism to the West, and throw up their hands in befuddlement?

That doesn’t sound like American voters, who can be counted on to not care about foreign policy up until the minute foreign policy begins producing U.S. casualties or delivers the nation into a state of abject humiliation. Perhaps The Folks are content to sink every last American dollar into the welfare state, settle into a warm bath, and succumb comfortably to the forces of history. Or maybe, just maybe, our capitulatory populists are more oriented toward surrender than the people for whom they presume to speak.

Advocates of retrenchment need this total debacle to be predestined. It cannot have been the product of a series of choices, accidents, and mismanagement. To admit that things might have turned out differently would be to imperil their preferred project—”nation-building at home,” as though the sole superpower seeing to its commitments abroad and managing domestic affairs simultaneously were mutually exclusive. We can only hope the disaster these fatalists abide in Afghanistan will help shake the voting public out of its attraction to this sort of resignation in its political leaders.

Noah Rothman is the Associate Editor of Commentary and the author of Unjust: Social Justice and the Unmaking of America.

Lessons for Israel from the Taliban Victory
Gregg Roman
The Jewish Press
August 17, 2021

The scenes of a Taliban victory in Afghanistan have resonated very differently in various parts of the world and hold many lessons, especially for Israel.

Some in the West have seen a failure of American foreign policy in the region, and the scenes of a helicopter evacuating people from a rooftop was eerily reminiscent from a photo during the fall of Saigon in 1975 at the end of the Vietnam War.

There is no getting away from the sense of defeat after a Western-trained Afghan army was routed in weeks, frequently surrendering without a bullet being fired.

Even Abdul Ghani Baradar, the Taliban leader freed from a Pakistani jail on the request of the U.S. less than three years ago, expressed his shock at the ease in which they retook Kabul. Only a few months since President Biden promised to remove all remaining troops from Afghanistan, it took the Taliban eleven days to recapture almost the entire country.

Intelligence estimates are frequently wrong

The first lesson to be learned is that intelligence estimates are frequently wrong. Many experts told President Biden and his advisors that the Afghan army was ready to hold the country without direct Western help. Even up until the day before the capture, there was the belief that Kabul could be held for months rather than the hours it took to lose it.

The State of Israel has relied on this type of advice before, when it relinquished the Gaza Strip to the Palestinian Authority who were subsequently routed by Hamas two years later.

Over the years, many foreign officials and experts have tried to tie hoped-for Israeli concessions with security assurances, but so far, the record has been terrible.

After Israel’s withdrawal from Gaza in 2005, the EUBAM (European Union Border Assistance Mission) was deployed at the Rafah crossing point between Gaza and Egypt. The mission was « to help bring peace to the area ».

After these forces ran away any time they were threatened by Palestinian forces, they left permanently in 2007, but not before bizarrely blaming Israel for their ignominious retreat.

The United Nations Interim Force in Lebanon, or UNIFIL, a UN-NATO peacekeeping force in southern Lebanon, had done little more than protect itself as it has been impressively toothless at disarming Hezbollah and demilitarizing southern Lebanon.

Military expertise and technology doesn’t always win

The second lesson is that military expertise and technology doesn’t always win. The Afghan army, numbering around 250,000 had over $80 billion spent on it, but was humiliated by the Taliban who had little significant firepower.

The third and most valuable lesson for Israel is that fundamentalist Islam does not give up without force. The Taliban had remained largely dormant for two decades but never gave up hope of ultimate victory, even when the odds were stacked against it by the overwhelming presence of foreign militaries.

Fundamentalist Islam does not give up without force

The major problem was that the international forces never truly defeated the Taliban, and did not provide a mortal blow to a paramilitary force which was allowed to regroup and dream of a future conquest.

This failure should be seen in direct opposition to the victory over the Islamic State in Iraq.

The Islamic State was territorially defeated. It was routed completely from the territory it purported to hold in 2017. Of course, there is still some Islamic State activity, but it is largely peripheral and Iraqi forces have shown they are in a good position to repel it.

Unlike the Taliban, the Islamic State was not left with large swathes of territory on which to reorganize, rearm and bide its time.

In any military tacticians’ book, absolute defeat is a world of difference away from partial defeat.

Israel’s enemies, like Hamas and Hezbollah, were left standing after every confrontation with the IDF. They might not have been victorious, but it is impossible to say they were defeated in any meaningful way.

When Israel goes to war with its enemies, defeat must mean defeat. It should mean that at the end of a conflict, the enemy is not left standing and remaining in power.

This lesson is not lost on Hamas which has already congratulated the Taliban on its stunning victory. Senior Hamas figure Musa Abu Marzuk praised the Taliban for its cleverness and ability to confront the United States and its allies while rejecting all compromises proposed, and without falling into the traps of « democracy » and « elections. »

Hamas and other terrorist organizations confronting Israel have been given a massive morale boost by events in Afghanistan. They perceive the West, of which they see Israel as a central part, as something that can be defeated with steadfastness and an unshakeable belief in an ultimate victory regardless of time and against all odds and logic.

Israel must take every step to disavow this belief and ensure that its opponents understand that while they might still dream of ultimate victory and the destruction of the Jewish State, they will instead taste the bitter crucible of defeat.

Gregg Roman is director of the Middle East Forum.

Biden déclare « La fierté est de retour à la Maison Blanche » après avoir désigné Pulse monument national / Nation LGBTQ
Gay friendly
26 juin 2021
Le président Joe Biden (D) a signé HR 49, le projet de loi désignant le site de la fusillade du Pulse Nightclub de 2016 à Orlando, en Floride, comme monument national, en tant que monument national. Par la suite, Biden a commémoré le mois de la fierté avec des remarques faites aux côtés du secrétaire aux Transports Pete Buttigieg, la première personne publiquement confirmée à un poste au Cabinet.« Il y a un peu plus de cinq ans, la discothèque Pulse, un lieu d’acceptation et de joie, est devenue un lieu de douleur et de perte indicibles », a déclaré Biden lors de la cérémonie de signature, ajoutant: « Nous ne nous remettrons jamais complètement, mais nous nous souviendrons .
«Connexes : Cinq ans se sont écoulés depuis la fusillade de Pulse. Le changement n’est pas venu.
Il a déclaré que le projet de loi « consacrerait à perpétuité … un monument à une perte qui s’est produite là-bas et une détermination absolue que nous allons gérer cela chaque jour en solitaire et nous assurer que nous ne sommes pas en mesure de voir cela se produire de nouveau. »Le président Biden a également parlé de son fils Beau lors des deux événements, révélant que du vivant de son fils Beau, le jeune Biden voulait créer un fondation pour LGBTQ jeunesse principalement se concentrer au transgenres jeunesse.Biden a ajouté que lorsqu’il a rendu visite à Pulse immédiatement après la fusillade, il s’est demandé comment il se serait senti si, comme les familles d’autres victimes, il ne savait pas si ses propres fils – Beau ou Hunter – ou d’autres membres de la famille avaient été perdus juste après la fusillade.« Je suis fier à conduire la plus pro-LGBTQ égalité administration de notre histoire », a déclaré Joe Biden lors du deuxième événement commémorant le mois de la fierté dans la salle est de la Maison Blanche. Il a mentionné que sous son administration, 130 ambassades américaines dans le monde arborent actuellement des drapeaux de la fierté comme « un symbole de nos engagements en matière de sécurité, de dignité et d’opportunités pour tous ».Puis il a souligné les efforts de son administration pour étendre les droits civils des Américains LGBTQ, notamment en veillant à ce que l’orientation sexuelle et l’identité de genre soient couvertes par la loi anti-discrimination existante.Néanmoins, Biden a mentionné le fait que plus de la moitié des États ici manquent encore de protections explicites contre la discrimination LGBTQ. Il a appelé le Sénat à adopter la loi sur l’égalité, affirmant qu’elle renforcerait également les civil droits protections pour gens de Foi, gens de couleur et gens avec handicapées. Biden a également dénoncé de nombreux projets de loi anti-LGBTQ présentés par les républicains dans les législatures des États. Il a qualifié les projets de loi de « lois les plus laides et anti-américaines » et de « brimades déguisées en législation ».Biden a ensuite annoncé sa récente nomination de Jessica Stern en tant qu’envoyée spéciale des États-Unis pour faire avancer les droits humains des personnes LGBTQI+. Il a qualifié le rôle de Stern de partie importante des efforts de son administration pour promouvoir et protéger les droits de l’homme à l’étranger.Dans les commentaires du secrétaire Buttigieg dans la salle Est, il se souvient avoir vu le visage de la victime de crimes haineux Matthew Shepard à la télévision alors qu’il était adolescent. Buttigieg a appris peu de temps après qu’être LGBTQ pouvait coûter la vie à quelqu’un et l’empêcher également de servir dans l’armée ou le gouvernement fédéral.Il a dit que lui, et tant d’autres avant lui, ont dû choisir « entre le service et l’amour, entre le devoir et moi-même, tout mon moi ».« Le simple fait d’être ici prouve à quel point le changement est possible en Amérique », a déclaré Buttigieg. « Tant de vies ont été changées, sauvées par le plaidoyer soutenu, la détermination morale, le courage politique d’innombrables dirigeants et alliés LGBTQ+, certains élus, certains invisibles, certains disparus depuis longtemps, certains dans cette salle en ce moment. »Mais malgré les progrès, Buttigieg a déclaré que des «actes de violence choquants» comme Pulse et les projets de loi anti-transgenres dans de nombreux États menacent de faire reculer les droits des LGBTQ. Il a félicité la communauté pour avoir combattu la violence anti-LGBTQ au pays et dans le monde, en particulier la violence dirigée contre les femmes transgenres de couleur.« C’est une question de vie ou de mort, et soutenir et célébrer notre communauté LGBTQ+ est une question de compassion et de décence, et c’est une question de caractère national portant sur la question de savoir si cela peut vraiment être un pays de liberté et de justice pour tous , » il ajouta.Au cours de la commémoration du mois de la fierté, Ashton Mota, un adolescent trans de 16 ans afro-latino de Lowell, Massachusetts, a également parlé de l’importance vitale des familles soutenant leurs enfants transgenres.« C’est simple : lorsque les enfants sont aimés, nous nous épanouissons grâce à l’amour », a déclaré Mota.« Nous sommes de futurs ingénieurs logiciels, enseignants, élus et acteurs du changement. Ce sont les histoires que nous racontons que la plupart des gens n’ont jamais rencontré quelqu’un qui est transgenre. Lorsqu’ils nous rencontrent, nous voient et entendent nos histoires, ils se rendent compte que nous sommes comme tous les autres jeunes.Lors de la signature du projet de loi du mémorial Pulse et de la commémoration de la fierté, Biden a été rejoint par la première dame, le Dr Jill Biden, des survivants de la fusillade de Pulse, des membres de la famille des victimes et des membres de la délégation du Congrès de Floride.Biden a également été rejoint par la secrétaire adjointe à la Santé, le Dr Rachel Levine, la toute première personne transgenre confirmée par le Sénat; le lieutenant-colonel Bree Fram, l’un des militaires ouvertement trans les plus hauts gradés ; Les dirigeants d’organisations LGBTQ tels que le président de la campagne pour les droits de l’homme David Alphonso, la PDG de GLAAD Sarah Kate Ellis et le directeur exécutif de PFLAG Brian Bond ; et les membres du Caucus pour l’égalité du Congrès, y compris les membres du Congrès, la sénatrice Tammy Baldwin (D-WI), le représentant David Cicilline (D-RI) et d’autres.La résolution de transformer le mémorial Pulse en monument national a été adoptée à l’unanimité dans les deux chambres du Congrès en mai et juin de cette année. La résolution a été présentée par le sénateur Rick Scott (R-FL). Scott a été gouverneur de Floride lorsque la fusillade a eu lieu.« Cela donnera à ce terrain sacré la reconnaissance fédérale qu’il mérite, en particulier pour ceux qui ont tout perdu », a déclaré le représentant Darren Soto (D-FL) lors du dépôt initial du projet de loi en 2019. « Cela donnera à ce terrain sacré la reconnaissance fédérale il mérite, surtout pour ceux qui ont tout perdu.La fusillade à Pulse le 12 juin 2016 a fait 49 morts et 53 autres blessés parmi les clients du club LGBTQ avant que la police ne tire sur le tireur. C’était la fusillade de masse la plus meurtrière en Amérique à l’époque.Au cours des cinq années précédentes, le Sénat a refusé d’adopter une résolution alors qu’il était sous le contrôle du chef de la majorité de l’époque, Mitch McConnell (R-KY). La résolution que Biden a signée aujourd’hui indiquait qu’aucun fonds fédéral ne serait utilisé pour entretenir le monument.
Voir de plus:

Biden fait de la défense des minorités sexuelles un axe fort de sa diplomatie

Joe Biden, qui a promis une politique étrangère porteuse des « valeurs démocratiques » de l’Amérique, a érigé la défense des droits des minorités sexuelles dans le monde en priorité, plus que tout autre président des Etats-Unis avant lui, et en rupture avec Donald Trump.

Le démocrate a relancé une initiative prise en 2011 par Barack Obama pour « promouvoir les droits humains des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, transgenres, queer et intersexes (LGBTQI) à travers le monde ».

Dans son premier discours de politique étrangère, le président Biden a demandé jeudi aux agences américaines présentes à l’étranger de présenter dans les 180 jours un plan d’action pour en faire un axe fort de leurs interventions.

« Tous les êtres humains doivent être traités avec respect et dignité et doivent pouvoir vivre sans avoir peur, peu importe qui ils sont et qui ils aiment », a-t-il écrit dans un memorandum présidentiel dévoilé le même jour.

Tout en annonçant une hausse spectaculaire du nombre de réfugiés qui seront accueillis aux Etats-Unis, après un tour de vis tout aussi drastique sous l’ère Trump, Joe Biden a notamment promis de « protéger les demandeurs d’asile LGBTQ ».

Il a demandé à son gouvernement de combattre les lois discriminatoires à l’étranger.

– Emissaire spécial –

Un émissaire spécial va être nommé pour « renforcer encore l’attention sur ces questions », a déclaré à l’AFP un haut responsable du département d’Etat.

Au-delà des intentions, la diplomatie américaine version Biden a déjà commencé à adresser ses premières mises en garde. Le département d’Etat, par la voix de son premier porte-parole ouvertement gay Ned Price, a critiqué durement la Turquie après des attaques verbales du président Recep Tayyip Erdogan contre les minorités sexuelles.

Les militants LGBT se réjouissent de ce tournant.

« Que le président Biden publie ce memorandum présidentiel très complet aussi tôt en début de mandat, cela montre clairement qu’il s’agit d’une priorité politique pour lui », estime Jessica Stern, du groupe de pression OutRight Action International.

Elle dit espérer que l’Etat américain, à l’instar de plusieurs pays européens, augmente ses financements pour les organisations non gouvernementales.

Mais elle prévient que le soutien américain, pour obtenir des résultats sur le terrain, devra parfois se faire discret.

« Une des manières les plus efficaces et constantes pour discréditer les personnes LGBTQI et notre mouvement, c’est de les accuser d’être des produits des Occidentaux et d’une forme de colonisation, en pointant le financement par des donateurs étrangers », met en garde Jessica Stern.

« Notre maître-mot, c’est toujours d’écouter les militants sur le terrain et de travailler avec eux sur ces sujets pour avoir leur avis sur comment avancer », a répondu le haut responsable du département d’Etat, promettant une approche au cas par cas.

– Pompeo et les droits « inaliénables » –

Les leçons des années Obama peuvent être utiles à l’administration Biden.

L’ex-président démocrate avait coupé l’aide ou annulé le statut commercial préférentiel de l’Ouganda et de la Gambie en riposte à des lois punissant l’homosexualité de peines de prison. Mais cette ligne dure avait aussi poussé d’autres pays, comme le Nigeria, à adopter leurs propres lois draconiennes.

Pour autant, les progrès sont sensibles, bien que lents. Les relations homosexuelles sont désormais légales dans près des deux-tiers des pays, et 28 d’entre eux autorisent le mariage entre personnes du même sexe, selon l’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association.

Phillip Ayoub, professeur à l’Occidental College, en Californie, estime qu’il faut laisser les militants locaux décider de comment mener leur combat.

« Certains diront qu’il est trop tôt pour sortir totalement de l’ombre car cela risque d’accroître la violence vers leur communauté », explique ce chercheur. « Ce genre de politique étrangère ne peut être imposée par le haut. Cela doit être fait avec précaution, en partenariat avec la société civile de chaque pays. »

Non seulement Donald Trump n’avait pas défendu cette cause, mais il est même revenu sur plusieurs droits acquis des personnes trans aux Etats-Unis.

Son secrétaire d’Etat Mike Pompeo était un fervent chrétien évangélique qui n’a jamais caché son opposition au mariage gay et à qui ses détracteurs ont reproché des déclarations passées assimilant l’homosexualité à une « perversion ».

Il a limité les visas pour l’entrée aux Etats-Unis des partenaires de diplomates étrangers homosexuels et interdit aux ambassades américaines d’arborer le drapeau arc-en-ciel les jours de « Gay Pride », ou Marche des fiertés.

Cet ultraconservateur a aussi mis l’accent sur la défense des « droits inaliénables », une formule controversée dénoncée par de nombreuses associations comme une manière de restreindre le champ des droits humains en s’appuyant sur une interprétation religieuse, au détriment notamment des droits des minorités sexuelles.

Voir encore:

The uprising at the Stonewall Inn in June, 1969, sparked a liberation movement — a call to action that continues to inspire us to live up to our Nation’s promise of equality, liberty, and justice for all.  Pride is a time to recall the trials the Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, and Queer (LGBTQ+) community has endured and to rejoice in the triumphs of trailblazing individuals who have bravely fought — and continue to fight — for full equality.  Pride is both a jubilant communal celebration of visibility and a personal celebration of self-worth and dignity.  This Pride Month, we recognize the valuable contributions of LGBTQ+ individuals across America, and we reaffirm our commitment to standing in solidarity with LGBTQ+ Americans in their ongoing struggle against discrimination and injustice.

The LGBTQ+ community in America has achieved remarkable progress since Stonewall.  Historic Supreme Court rulings in recent years have struck down regressive laws, affirmed the right to marriage equality, and secured workplace protections for LGBTQ+ individuals in every State and Territory.  The Matthew Shepard and James Byrd, Jr. Hate Crimes Prevention Act broadened the definition of hate crimes to include crimes motivated by sexual orientation or gender identity.  Members of the LGBTQ+ community now serve in nearly every level of public office — in city halls and State capitals, Governors’ mansions and the halls of the Congress, and throughout my Administration.  Nearly 14 percent of my 1,500 agency appointees identify as LGBTQ+, and I am particularly honored by the service of Transportation Secretary Pete Buttigieg, the first openly LGBTQ+ person to serve in the Cabinet, and Assistant Health Secretary Dr. Rachel Levine, the first openly transgender person to be confirmed by the Senate.

For all of our progress, there are many States in which LGBTQ+ individuals still lack protections for fundamental rights and dignity in hospitals, schools, public accommodations, and other spaces.  Our Nation continues to witness a tragic spike in violence against transgender women of color.  LGBTQ+ individuals — especially youth who defy sex or gender norms — face bullying and harassment in educational settings and are at a disproportionate risk of self-harm and death by suicide.  Some States have chosen to actively target transgender youth through discriminatory bills that defy our Nation’s values of inclusivity and freedom for all.

Our Nation also continues to face tragic levels of violence against transgender people, especially transgender women of color.  And we are still haunted by tragedies such as the Pulse Nightclub shooting in Orlando.  Ending violence and discrimination against the LGBTQ+ community demands our continued focus and diligence.  As President, I am committed to defending the rights of all LGBTQ+ individuals.

My Administration is taking historic actions to finally deliver full equality for LGBTQ+ families.  On my first day in office, I signed an Executive Order charging Federal agencies to fully enforce all Federal laws that prohibit discrimination on the basis of gender identity or sexual orientation.  As a result, the Federal Government has taken steps to prevent discrimination against LGBTQ+ people in employment, health care, housing, lending, and education.  I also signed an Executive Order affirming all qualified Americans will be able to serve in the Armed Forces of the United States — including patriotic transgender Americans who can once again proudly and openly serve their Nation in uniform — and a National Security Memorandum that commits to supporting LGBTQ+ Federal employees serving overseas.  My Administration is also working to promote and protect LGBTQ+ human rights abroad.  LGBTQ+ rights are human rights, which is why my Administration has reaffirmed America’s commitment to supporting those on the front lines of the equality and democracy movements around the world, often at great risk.  We see you, we support you, and we are inspired by your courage to accept nothing less than full equality.

While I am proud of the progress my Administration has made in advancing protections for the LGBTQ+ community, I will not rest until full equality for LGBTQ+ Americans is finally achieved and codified into law.  That is why I continue to call on the Congress to pass the Equality Act, which will ensure civil rights protections for LGBTQ+ people and families across our country.  And that is why we must recognize emerging challenges, like the fact that many LGBTQ+ seniors, who faced discrimination and oppression throughout their lives, are isolated and need support and elder care.

During LGBTQ+ Pride Month, we recognize the resilience and determination of the many individuals who are fighting to live freely and authentically.  In doing so, they are opening hearts and minds, and laying the foundation for a more just and equitable America.  This Pride Month, we affirm our obligation to uphold the dignity of all people, and dedicate ourselves to protecting the most vulnerable among us.

NOW, THEREFORE, I, JOSEPH R. BIDEN JR., President of the United States of America, by virtue of the authority vested in me by the Constitution and the laws of the United States, do hereby proclaim June 2021 as Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, and Queer Pride Month.  I call upon the people of the United States to recognize the achievements of the LGBTQ+ community, to celebrate the great diversity of the American people, and to wave their flags of pride high.

IN WITNESS WHEREOF, I have hereunto set my hand this first day of June, in the year of our Lord two thousand twenty-one, and of the Independence of the United States of America the two hundred and forty-fifth.

JOSEPH R. BIDEN JR.

East Room

2:39 P.M. EDT

THE PRESIDENT:  Well, my name is Joe Biden.  I’m Jill Biden’s husband.  (Laughter.)

Ashton, thank you.  You seemed awfully comfortable up here.  (Laughter and applause.)  You were awfully comfortable up here.  I don’t know.  I — I’m not sure I’ll be around, but, you know — (laughter) — if you’re here, just don’t pretend you don’t know me.  Okay?  (Laughter.)

Your story, your leadership, and your mom is an inspiration.  (Applause.)  Your mom.  If my mother were here, she’d look at you and say, “Honey, God love you, dear.”  God love you — what you do, what you did, what you continue to do.

I want to thank Secretary — well, first of all, I want to say to Chasten: Belated happy birthday, Chasten. (Applause.)  If you could hear us inside, we were singing happy birthday to him.  We got a bunch of cupcakes, but not enough for everybody.  (Laughter.)  But — and, Mr. Secretary, thank you.  You are — you’re the best, man.

Look, our presence here this afternoon makes a simple, strong statement: Pride is back at the White House.  (Applause.)

For this community and for our nation and for the world, Pride Month represents so much.  It stands for courage — the courage of all those in previous generations and today who proudly live their truth.

It stands for justice: both the steps we’ve taken and the steps we need to take.

And above all, Pride Month stands for love — you know, being able to love yourself, love whomever you love, and love this country enough to make it more fair and more free and more just.

You know, during the campaign, Tim Gill and Scott Miller — and Tim — one of them is here today, I don’t want to embarrass him; he always gets mad when I do that — (laughter) — brought me and Jill to visit the Stonewall Inn.  I wanted to go, and they wanted — they offered to take me.  We wanted to pay tribute to that hallowed ground that represents the the fight to ensure that all people are treated with dignity and respect.

Just a few minutes ago, surrounded by the survivors of family members who were — we’ve lost, I signed a bill consecrating another piece of hallowed ground: the Pulse nightclub.  And I want to thank all of the members of the United States House of Representatives and the United States Senate for standing up and making sure that will never be forgotten.  Never be forgotten.  The site of the deadliest attack affecting the LBT- — LGBTQ+ community in American history.  It’s now a national memorial.

This month, on the way to the office, I walk through — from my — from the Residence to the Oval Office every morning — I walk through a hallway lit with rainbow colors of Pride, which you’ll have a chance to see in just a few minutes.  You’ll see a candle carried during the AIDS vigil in the early ’90s by a pair — and a pair of sandals belonging to Matthew Shepard.

They’re reminders of how much this community has suffered and lost.  But they’re also reminders of this community’s incredible resiliency, the incredible contributions, the incred- — including, we just saw, the National Football League and the National Women’s Soccer League.

All of you here — Henry Muñoz and Kyle — good to see you, man — (laughter).  I had the — I had the opportunity to officiate at their wedding.  (Laughter and applause.)

And Representative Malcolm Kenyatta — where are you, Malcolm?   You’re around here some — (applause) — good to see you, man.  And Dr. Matt Miller — they stole the show at the Democratic Convention.  (Laughter.)

And my friend, Sarah McBride — where is Sarah?  (Applause.)  Sarah?  Sarah worked closely with my son, Beau, when he was Attorney General of the State of Delaware; and is now serving Delaware, as well, as one of the first openly transgender state legislators in history.  Senator.  (Applause.)

You just heard from our history-making Secretary of Transportation.

And we have today the first openly transgender person ever confirmed to the U.S. Senate — you just met her — Dr. Levine.  (Applause.)

Representation matters.  Recognition matters.  But there’s something else that matters: Results.  Results.

I am proud to lead the most pro-LGBTQ equality administration in U.S. history.  And even on the very — my very first day in office, the first executive order I signed was to change the whole of the federal government to commit to work aggressively to root out discrimination against LBT- — LGBTQ+ people and their families.  That was the first executive order.

I ordered our agencies — every agency — to rapidly implement the Supreme Court’s ruling in Bostock, which affirmed that civil rights protections on the basis of sex apply to sexual orientation and gender identity.

And as a result of that executive order, the Department of Housing and Urban Affairs [Development] announced that it would be — take steps to protect LGBTQ+ people from discrimination in housing, and ensured critical protections for transgender Americans experiencing homelessness.

The Consumer Financial Protection Bureau announced it would work to combat discrimination against LGBTQ+ people in credit and lending.  The Department of Health and Human Services announced it would protect against discrimination in healthcare services.

And just last week, the Department of Education made clear that Title IX protections apply to sexual orientation and gender identity — (applause) — and prohibit discrimination against LGBTQ students in our nation’s schools.

And a moment ago, I signed an executive order to advance diversity, equality, and inclusion, and accessibility across the entire federal workforce.  The order directs the entire federal government to eliminate barriers so people from every background and walk of life have an equal opportunity to serve our nation, including LGBTQ+ folks and all employees in underserved communities.

Look, I also was proud to rescind the discriminatory and un-American ban on openly transgender servicemembers.  Today, we’re joined by Lieutenant Colonel Bree Fram.  Bree, Colonel — (applause) — thank you.  One of the highest-ranking openly transgender servicemembers in the United States Military.  Lieutenant Colonel Fram, thank you for your service to our nation.  We owe you.  Thank you.  (Applause.)

And everyone who has served — everyone deserves the absolute high quality of healthcare.  That’s why I was so pleased that, last week, Secretary McDonough announced the Department of Veterans Affairs is beginning the process to provide more comprehensive gender-affirming care to our nation’s transgen- — for our nation’s transgender veterans.

We’re also making equality the centerpiece of our diplomacy around the world.  We believe LGBTQ+ rights are human rights.

In February, I signed a presidential memorandum establishing that it’s the policy of the United States to pursue an end to violence and discrimination on the basis of sexual orientation or gender identity.

This month, Pride flags are flying — as some of my friends in our last admin- — in the Obama-Biden administration who are openly gay — they are flying in more than — over 130 U.S. embassies around the world.  (Applause.)  A powerful — a powerful symbol of our commitment to safety, dignity, and opportunity for all.

And today, I’m proud to announce that Jessica Stern, who many of you know as an LGBT special — -Q+ special envoy at the State Department.

And yes, we’re also making progress, but I know we still have a long way to go, a lot of work to do.  But we must protect the gains we’ve made and fend off the cruel and unconscionable attacks we’re seeing now to ensure that everyone enjoys the full promise of equality and dignity and protection.

When I was Vice President, I was proud — although, some — it won’t surprise some people in the administration at the moment — (laughter) — and, by the way, I did tell the President that I would not go out and proselytize, but if I was asked, I would not remain quiet.  (Laughter.)  The President — I was proud to have called for marriage equality, along with Barack Obama, because, at the time, I said, “Love is love, period.”

Six year ago, tomorrow, when the Supreme Court ruled in favor of marriage equality, we’re all reminded of the White House lit up in rainbow colors.  Shortly thereafter, I went to New York to celebrate with my friend Evan Wolfson and a team from — at Freedom to Marry.  The joy was palpable.

But we knew then, as we know now, that our work is unfinished.   When a same-sex couple can be married in the morning but denied a lease in the afternoon for being gay, something is still wrong.

Over half of our states — in over half of our states, LGBTQ+ Americans still lack explicit state-level civil rights protections to shield them from discrimination.

As I said as a presidential candidate and in my first joint address to Congress, it’s time for the United States Senate to pass the Equality Act and put the legislation on my desk.  (Applause.)  Put it on my desk.

Harvey Milk was right when he said, quote, “It takes no compromise to give people their rights.”  It takes no compromise to give people their rights.

And, by the way, this bill doesn’t just protect LGBTQ+ people.  It’s also going to strengthen existing civil rights protections for people of faith, people of color, people with disabilities, women — in public accommodations, like doctors’ offices, parks, and gyms.

I want to thank the leaders of the Congressional Equity [Equality] Caucus for their continued work to make it happen.

The Equality Act will also help protect against the disturbing proliferation of anti-LGBTQ bills we’re seeing in state legislatures.

So far this year, hundreds of anti-LGBTQ bills have been introduced in state legislatures.  More than a dozen of them have already passed — more than a dozen of them.  These are some of the ugliest, most un-American laws I’ve seen, and I’ve been here awhile.  Many of them target transgender children, seeking to prevent them from receiving the appropriate medical care; for using the bathroom at high schools while they’re — the one where they’ll be most safe; even preventing them from joining sports teams with their classmates.

Let’s be clear: This is nothing more than bullying disguised as legislation.  (Applause.)

As I’ve said before, many times, transgender kids are some of the bravest people in the world.  I mean it sincerely.  You just saw it with Ashton, and you’ll see it with several other young people here.  It takes courage to be true to your authentic self and to face — in the face of the — these kinds of discrimination you know exist.  It takes a toll.

We know more than half of transgender youth seriously considered suicide just in the past year.  These young people aren’t hurting anyone, but these laws are hurting them.  And they’ve got to stop.

Our deceased son, Beau — when he was Delaware’s Attorney General — was one of the first AGs in the country to call for legislation to establish legal protections on the basis of gender identity to protect — to protect trans people — trans people.

And now, the Department of Justice has filed statements of interest in cases challenging two of these — those bills that got passed — explaining why they’re so unconstitutional.

So, we have to work.  We have to work to do so much in these areas to support seniors, aging in isolation without support; to confront disproportionate levels of homelessness and poverty and unemployment in the LGBTQ community; to address the — the epidemic level of violence against transgender people, especially transgender women — it’s been mentioned before — women of color — in the coming days, my administration is going to have more to say about that; and to finally eradicate the AIDS epidemic.  (Applause.)

I’m not sure I’m allowed to talk about this — (laughter) — but our son, Beau, who was a decorated war veteran and attorney general of the United — of the state of Delaware and should be standing here instead of me, came home from war after a year in Iraq and, before that, six months in Kosovo.  And what he did — he decided he was going to set up a foundation for LGBTQ youth, but primarily focusing on transgender youth.

And he took all the money left from the campaign — he was going to run for governor — and put it in and a lot more.  Because in his working with everyone from YMCAs to all the — all the — all the areas where young people can find some solace — his buddy Chris Coons and my buddy Senator Coons knows what he’s done.

The point is: A lot of transgender youth — those who commit suicide — based on the studies his foundation has done, do it because their mom doesn’t understand, because mom or dad says, “You can’t be here anymore” — are rejected.

So, folks, we got a lot of work to do.  A lot of it’s basically public education.

Let me close with this: When you go downstairs, you’ll see some of the Smithsonian exhibit.  You get a sense of the long, long journey — and how long it’s been, and how far we’ve come — have you come.  But how much further we have to go.

So, this afternoon, we celebrate.  But tomorrow, we go back to work.  Progress won’t come easily; it never has.  But we’re going to stand strong, stand together.  And I promise you, we will succeed.  I promise you.

I said to folks earlier, you know things are — why — why — I always get asked by the press, “Why are you so optimistic, Biden?”  Well, as my neurosurgeon once said, I’m probably a congenital optimist.  But beyond that — (laughter) — it’s a simple proposition.

Look at the young people: straight and gay, doesn’t matter.  They’re the least prejudiced — this generation — the most open, the most giving, and the best educated generation in history.  It’s a fact.  In all of history.

And look where they are.  Look how it’s changing.  It’s changing in ways that — in my generation, 270 years ago — (laughter) — you’d get beat up for defending somebody.

But really and truly, there’s a great reason for hope.  And so much talent — so much talent can be unleashed by embracing the LGBT+ community — -Q+ community.

So I want to thank you and say: Happy Pride.

May God bless you all.  And may God protect our troops.  Thank you.  (Applause.)

Voir également:

A pedestrian crosses Christopher Street Thursday, June 27, 2019, in New York. Two LGBT pride parades this Sunday, June 30, cap a month of events marking the 50th anniversary of the Stonewall uprising, when patrons of a Greenwich Village gay bar fought back against a police raid and sparked a new era

Département d’État des États-Unis
Antony J. Blinken, secrétaire d’État
Le 1er juin 2021
Communiqué de presse

Cette année, pendant le Mois des fiertés, nous célébrons un message important : « Vous êtes inclus. »  Les diverses expériences, perspectives et contributions de la communauté du département d’État rendent notre institution plus forte et font progresser les objectifs de la diplomatie américaine.  De plusieurs, nous sommes un.

Le département s’est engagé à accroître l’engagement des États-Unis sur les questions des droits humains des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers et intersexes (LGBTQI+) à l’étranger.  Pour ce faire, nous travaillons avec des partenaires du monde entier qui apportent leur expertise sur leurs défis uniques et des solutions innovantes. Nous reconnaissons que, grâce à ces partenariats, nous serons en mesure de construire une société mondiale plus sûre et plus inclusive pour toutes les personnes LGBTQI+. Nous nous efforçons également d’accroître la visibilité des communautés LGBTQI+ particulièrement marginalisées, notamment les femmes et les filles, les minorités raciales et religieuses, les personnes handicapées et les personnes transgenres, de genre différent et intersexuées, et de relever les défis considérables auxquels elles sont confrontées.

Alors que nous célébrons le Mois des fiertés en juin, observons non seulement le chemin parcouru dans la lutte pour les droits humains des personnes LGBTQI+, mais reconnaissons également les défis qui restent à relever.  Les personnes LGBTQI+ du monde entier continuent de subir des discriminations, des violences et d’autres formes de persécution en raison de ce qu’elles sont et de qui elles aiment.  Bien que nous ayons encore du travail à faire, le département est fier d’être un leader grâce au pouvoir de l’exemple, et notamment l’exemple donné par les membres LGBTQI+ de notre personnel, dans la promotion des droits humains pour toutes les personnes.

Nous sommes fièrement différents du point de vue de notre identité mais unis dans notre engagement commun pour la liberté et la dignité de toutes les personnes.

Voir de même:

Jean-Louis Bourlanges: « Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines »

ENTRETIEN – La victoire spectaculaire des talibans et le retrait des États-Unis d’une partie du monde ont des conséquences, très graves pour l’Union européenne, explique le président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale*.

LE FIGARO. – La chute de Kaboul prend le monde occidental au dépourvu. N’assistons-nous pas, cependant, à la réalisation d’un désastre annoncé?

Jean-Louis BOURLANGES. – Ce qui déroute les esprits, ce n’est pas tant la victoire politique des talibans que la rapidité inouïe du retournement, la liquéfaction en quelques jours, par quelques milliers d’irréguliers, d’une force politique et militaire construite en vingt ans à coups de millions de dollars par la première puissance du monde. Les États-Unis vont être paradoxalement tentés de justifier leur désengagement par leur échec et c’est un fait qu’un effondrement si soudain et si complet semble montrer que, en dehors d’eux, il n’y avait pas grand-chose à opposer aux talibans. Il reste qu’une débâcle aussi brutale n’avait été en aucune façon anticipée. Le président Biden n’affirmait-il pas encore début juillet comme «hautement improbable l’hypothèse que les talibans s’emparent de l’ensemble du pays»?

Notre sidération vient toutefois de plus loin. Elle tient au fait que ce que nous appelons le camp de la liberté et de la démocratie s’est, en dépit de sa puissance et de sa supériorité apparentes, révélé incapable de produire les solutions politiques et militaires adaptées à la situation. En apparence, les talibans, ce n’est pas grand-chose comparé à l’Empire soviétique, mais nous semblons ne plus avoir aujourd’hui la bonne grammaire pour parler à l’histoire!

Comment la première puissance du monde s’est-elle ainsi fait prendre au piège tendu par les talibans?

Il y a bien sûr les errements catastrophiques de la présidence Trump. Si tout cela n’était pas si tragique, il y aurait quelque chose de risible à voir Donald Trump demander la démission de son successeur, alors qu’il a lui-même conclu à Doha avec les talibans le pire des accords, un accord par lequel les Américains faisaient sans délai toutes les concessions – comme de libérer sur parole 5000 combattants, immédiatement réembrigadés – tandis que les concessions supposées des talibans étaient soumises au préalable du départ américain. Trump avait même envisagé d’inviter à Camp David ces dignes héritiers d’al-Qaida et de Daesh: pourquoi pas un 11 septembre, par exemple!

Le problème est toutefois plus fondamental. Le retrait d’Afghanistan a été voulu par Biden et par Trump, mais aussi par Obama. Le retour des boys après tant d’aventures militaires coûteuses et décevantes au cours des soixante dernières années est devenu un impératif catégorique dans l’opinion américaine et dément spectaculairement la volonté proclamée par Biden – «America is back» – de voir les États-Unis s’investir à nouveau pleinement dans ce qui est parfois présenté comme une nouvelle guerre froide, cette fois-ci contre la Chine. Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines. Les Américains donnent le sentiment de pouvoir encore se battre pour leurs intérêts, mais pas, semble-t-il, pour leurs valeurs.

Le crédit des États-Unis dans le monde va-t-il être affecté par ce fiasco?

Oui, bien sûr. Les Chinois ne manqueront pas de se gausser du nouveau tigre de papier et les États de l’Indo-Pacifique, déjà tiraillés entre l’amitié américaine et la proximité massive et incontournable de la Chine, vont douter un peu plus des États-Unis. À court terme, la Chine devrait sans doute être prudente et y regarder à deux fois avant, par exemple, de tenter un coup de main sur Taïwan, car la réaction d’une Amérique humiliée ne pourrait être que brutale, mais la crédibilité des États-Unis dans le bras de fer avec Pékin en sort inévitablement amoindrie. D’autant que la société américaine n’a jamais été aussi divisée sur ses valeurs, donc sur ses ambitions.

Ce que le monde a touché du doigt dans la plus grande stupeur, c’est la vertigineuse inutilité de la supériorité militaire. Par les temps qui courent, il importe moins d’être aimé que d’être craint, or c’est moins l’image de la trahison que celle de l’impuissance que nous renvoie aujourd’hui l’Amérique. On est tenté de dire, paraphrasant Jacques Brel: on a voulu voir Truman et on a vu Carter!

La France a-t-elle des leçons à tirer de la victoire des talibans en ce qui concerne son engagement militaire au Sahel?

Le parallèle a ses limites. Les situations sont très différentes, même si les États africains ont leur fragilité. Il reste que, le Sahel, c’était notre part du travail et que nous aussi nous tentons d’aider des sociétés vulnérables à faire face à la subversion islamo-terroriste et au crime organisé. Nous le faisons d’ailleurs en bonne intelligence avec les Américains.

Les initiatives qui ont été prises ces derniers mois par le président Macron – le redimensionnement de notre effort militaire et la responsabilisation politique des États de la zone – ont cependant pour objet précis de nous épargner le piège du tout ou rien qui a «naufragé» l’action américaine en Afghanistan. En remettant en cause Barkhane, une opération devenue trop lourde, trop coûteuse et trop unilatérale, sans pour autant quitter le théâtre des opérations, nous adressons à nos amis africains un message clair, mesuré et responsable: nous nous battrons avec vous, mais pas à votre place.

Par ailleurs, nous nous efforçons d’associer à l’action nos partenaires européens, car le sort du Sahel n’est ni l’affaire de la seule France ni même celle de la seule Europe du Sud. Nous avons sur ce point la satisfaction d’être mieux entendus que naguère. Nous ne nous faisons toutefois aucune illusion: rien n’est joué.

L’Union européenne ne va-t-elle pas subir le contrecoup du désastre afghan, notamment sous la forme d’une nouvelle vague de demandeurs d’asile?

C’est l’évidence. Nous sommes les voisins du désastre: ce sont les Américains qui jouent, mais ce sont les Européens qui paient les dettes de jeu. L’évanouissement de la puissance américaine a trois conséquences précises: il libère des flots de candidats à l’émigration, dont l’Europe sera la destination privilégiée ; avec la culture systématique du pavot, il offre au crime organisé les moyens de relancer massivement chez nous la consommation de drogue ; il offre enfin au terrorisme international la base territoriale arrière qu’il a perdue depuis la fin de Daesh. Il est à cet égard un peu dérisoire d’entendre Anthony Blinken nous expliquer que les Américains ont «fait le job» puisque al-Qaida a été puni et que Ben Laden n’est plus!

Nous n’avons cependant qu’à nous en prendre à nous-mêmes de ce qui nous arrive, car nous payons le prix de notre nanisme politique. La montée en puissance de la Chine et le pivotement des Américains vers l’Indo-Pacifique créent, du cercle polaire au sud de l’Afrique, une verticale du vide que l’Europe, amorphe, apathique et fragmentée, paraît incapable d’occuper. La situation est d’autant plus pressante que nous sommes entourés de puissances inamicales et que notre «étranger proche», le Moyen-Orient et l’espace méditerranéen, est traversé par des déséquilibres politiques, religieux, démographiques et climatiques à haut risque.

La construction d’une Europe politiquement puissante est devenue, sous l’effet d’un désengagement américain partiel mais structurel, un véritable impératif catégorique. Les Européens ne peuvent plus, sans dommage, rester aux abonnés absents de la confrontation internationale.

* Agrégé de lettres, ancien élève de l’ENA et conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, Jean-Louis Bourlanges a été député européen de 1989 à 2007. Il est député MoDem des Hauts-de-Seine.

Voir de plus:

Biden’s Afghanistan Exit Raises Questions About His Foreign-Policy Record
U.S. withdrawal from Afghanistan could create a haven for terrorist groups, experts warn
The Wall Street Journal
Aug. 15, 2021

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

During the 2020 political campaign, President Biden presented himself as a globe-trotting leader who had helmed the Senate Foreign Relations Committee, served as President Barack Obama’s point man on complex international issues and who was determined to bring a steady hand to national security.

Yet the turmoil that has engulfed Afghanistan, which has led Mr. Biden to send 5,000 troops back to the country, roughly doubling the force he decided in April to take out, has confronted the White House with a crisis that could have lasting humanitarian and national-security consequences, former officials say.

“We are not at the worst point yet,” said Carter Malkasian, the author of a comprehensive history of the Afghan conflict who served as an adviser to former Joint Chiefs of Staff Chairman Gen. Joe Dunford. “Now that the Taliban are moving into Kabul and overturning the democratic government we have been supporting for 20 years, it is highly likely they will seek to punish, and perhaps even execute, the Afghans who worked with us.”

Mr. Biden has resolutely defended his troop withdrawal decision, saying that Washington had accomplished its mission in the region by killing Osama bin Laden and depriving al Qaeda of its sanctuary in Afghanistan, and had nothing to gain by perpetuating its military deployments in the country.

“One more year, or five more years, of U.S. military presence would not have made a difference if the Afghan military cannot or will not hold its own country,” Mr. Biden said in a statement Saturday. “And an endless American presence in the middle of another country’s civil conflict was not acceptable to me.”

On Sunday, Secretary of State Antony Blinken ramped up the Biden administration’s effort to deflect criticism by alleging that former President Trump had allowed the Taliban threat to grow on his watch while boxing in his successor with his Afghan diplomacy.

“The Taliban was at its strongest position in terms of its strength since 2001 when we came into office,” Mr. Blinken said on NBC’s “Meet the Press.”

Some former officials, however, say Mr. Biden’s troop withdrawal was a blunder and that the fallout could have lasting repercussions. The cratering security, which has put the Biden administration in a race to evacuate thousands of Afghan allies, may threaten the rights of women and could provide terrorist groups with an opportunity to move into Afghanistan’s ungoverned spaces.

“I think it is damning for him to have created this situation in his first significant action as commander in chief,” said Ryan Crocker, who served as the U.S. ambassador to Afghanistan during the Obama administration and has worked under Democratic as well as Republican presidents. “It’s an unforced error, and as an American I am deeply concerned.”

So far, public opinion polls show that a plurality of Americans favor Mr. Biden’s position. Yet they also indicate that many people have paid little attention in recent years to Afghanistan and that attitudes could shift depending on how events unfold after the last of the U.S. forces are gone.

In a September poll by the research organization NORC at the University of Chicago, 38% supported removing all American forces after being reminded of how many U.S. service personnel had died in the nearly 20-year-old conflict—about 2,400. Some 57% acknowledged, however, that they hadn’t been closely following news about the U.S. role in the country.

“Americans may have supported a withdrawal from Afghanistan, but views could change if we start to see the Taliban beating women in the streets, preventing girls from going to school, and otherwise dealing brutally with the population as they did in the 1990s, or if we see the re-emergence of a terrorist hotbed, including the arrival of foreign terrorist fighters,” said Lisa Curtis, who served as the top National Security Council official for South and Central Asia during the Trump administration.

Mr. Biden didn’t inherit a strong hand in Afghanistan. In February 2020, the Trump administration concluded an agreement with the Taliban that called for all foreign troops to leave by May 2021. Eager to wind down the U.S. military presence, former President Donald Trump reduced U.S. forces more quickly than the deal required.

By the time Mr. Biden took office in January, the U.S. had 2,500 troops in Afghanistan, its lowest level since 2001, which diminished Washington’s military leverage. Under the Trump administration’s pressure, the Afghan government also released 5,000 Taliban prisoners, many of whom have returned to the battlefield during the Taliban’s continuing offensive.

Still, Mr. Biden took office deeply skeptical of U.S. involvement in Afghanistan. As vice president, he argued for maintaining a modest counterterrorism force in the country instead of sending tens of thousands of troops in a surge of reinforcement.

“The Taliban, per se, is not our enemy,” Mr. Biden told Newsweek in 2011, drawing a distinction between terrorist groups that menaced the U.S. and the Taliban, which threatened the Afghan government. Mr. Biden lost the argument on sending troops during the Obama administration, but as commander in chief, he was finally in a position to call the shots.

In contrast to the numerous Trump policies he reversed, he opted to carry out Mr. Trump’s deal with the Taliban instead of trying to renegotiate it. In so doing, he overruled his top military commanders: Gen. Frank McKenzie, the commander of U.S. forces in the Middle East; Gen. Austin Scott Miller, who led NATO forces in Afghanistan; and Gen. Mark Milley, chairman of the Joint Chiefs of Staff. Citing the risks of removing American forces to Afghan security and the U.S. Embassy, they recommended that the U.S. keep 2,500 troops in Afghanistan while stepping up diplomacy to try to cement a peace agreement.

“This is really his first big decision as commander in chief,” said Eliot Cohen, a military historian and a professor at Johns Hopkins School of Advanced and International Studies. “He is unquestionably willing to stare down his advisers. This is a decision that involves a lot of blood, just not American blood. Whether it was wise or not, it was not an act of weakness. He is a hard guy, determined to follow through on his instincts, and live with the consequences.”

Those consequences, however, have come more quickly than the White House had anticipated.

The president’s decision to remove U.S. troops prompted NATO nations to withdraw their larger force, which consisted of some 9,600 troops including U.S. service members. It also led foreign contractors, whom the Afghan military depended on to maintain its aircraft, to head for the exits.

The abrupt departure of international support added to the crisis of confidence by the Afghan government’s forces. Their swift defeats happened as the U.S. struggled, so far without success, to secure access in Central Asian nations for U.S. military forces or at least contractors to more easily carry out counterterrorism operations in Afghanistan if al Qaeda or other terrorism threats emerge.

And it happened before the U.S. had evacuated tens of thousands of Afghans who had worked with the Americans and are now in danger, prompting Mr. Biden to temporarily retain 6,000 troops in Kabul to safeguard the airport and the U.S. Embassy.

The Biden administration has been at pains to dispel the impression that this is a Saigon moment, referring to the frantic American departure from South Vietnam in 1975 that came to symbolize America’s defeat. Yet while the White House insists the U.S. accomplished its main aims in Afghanistan, the speed of the Taliban’s advance has surprised the Biden administration. Just last month, Mr. Biden told reporters that “the likelihood there’s going to be the Taliban overrunning everything and owning the whole country is highly unlikely.”

The sense that events have outrun Mr. Biden’s planning has given fodder to Republican lawmakers, who have largely refrained from criticizing Mr. Trump’s handling of the issue while trying to turn Mr. Biden’s claim to foreign policy expertise into a political liability by challenging his understanding of Afghan realities.

“The folks in the administration keep pointing to the fact that the Afghan forces have the advantage in airplanes, equipment and training compared to the Taliban,” said Richard Fontaine, a former foreign-policy adviser to the late Sen. John McCain and the chief executive officer of the Center for a New American Security, a think tank. “All of that is true, but it comes down to will. And it turns out the Afghan military’s will to fight for the government was bound up in our will to remain supportive of that government and present on the ground.”

Voir encore:

Afghan abandonment a lesson for Taiwan’s DPP
Aug 16, 2021

Illustration: Liu Rui/GT

Illustration: Liu Rui/GT

The US troops’ withdrawal from Afghanistan has led to the rapid demise of the Kabul government. The world has witnessed how the US evacuated its diplomats by helicopter while Taliban soldiers crowded into the presidential palace in Kabul. This has dealt a heavy blow to the credibility and reliability of the US.

Many people cannot help but recall how the Vietnam War ended in 1975: The US abandoned its allies in South Vietnam; Saigon was taken over; then the US evacuated almost all its citizens in Saigon. And in 2019, US troops withdrew from northern Syria abruptly and abandoned their allies, the Kurds. Some historians also point out that abandoning allies to protect US interests is an inherent flaw that has been deeply rooted in the US since the founding of the country. During the American War of Independence, the US humbly begged the king of France, Louis XVI, to ally with it. After the war, it quickly made peace with Britain unilaterally and concluded a peace treaty with Britain that was detrimental to France’s interests. This put Louis XVI’s regime in a difficult position, giving cause for the French Revolution.

How Washington abandoned the Kabul regime particularly shocked some in Asia, including the island of Taiwan. Taiwan is the region that relies on the protection of the US the most in Asia, and the island’s Democratic Progressive Party (DPP) authorities have made Taiwan go further and further down this abnormal path. The situation in Afghanistan suddenly saw a radical change after the country was abandoned by the US. And Washington just left despite the worsening situation in Kabul. Is this some kind of omen of Taiwan’s future fate?

Tsai Ing-wen, who had sent a message of condolence to the US president for the death of his dog, did not mention even a word about the change in the situation in Afghanistan. Other DPP politicians as well as the media that tilt toward the DPP downplayed the shocking change as well. But they must have been nervous and feel an ominous presentiment. They must have known better in secret that the US is not reliable.

The geopolitical value of Afghanistan is no less than that of Taiwan island. Around Afghanistan, there are the US’ three biggest geopolitical rivals – China, Russia and Iran. In addition, Afghanistan is a bastion of anti-US ideology. The withdrawal of US troops from there is not because Afghanistan is unimportant. It’s because it has become too costly for Washington to have a presence in the country. Now the US wants to find a better way to use its resources to maintain its hegemony in the world.

Taiwan is probably the US’ most cost-effective ally in East Asia. There is no US military presence on the island of Taiwan. The way the US maintains the alliance with Taiwan is simple: It sells arms to Taiwan while encouraging the DPP authorities to implement anti-mainland policies through political support and manipulation. As a result, it has caused a certain degree of depletion between the two sides of the Taiwan Straits. And what Washington has to do is only to send warships and aircraft near the Straits from time to time. In general, the US does not have to spend a penny on Taiwan. Instead, it makes money through arms sales and forced pork and beef sales to the island. This is totally a profitable geopolitical deal for Washington.

Once a cross-Straits war breaks out while the mainland seizes the island with forces, the US would have to have a much greater determination than it had for Afghanistan, Syria, and Vietnam if it wants to interfere. A military intervention of the US will be a move to change the status quo in the Taiwan Straits, and this will make Washington pay a huge price rather than earn profit.

Some people on the island of Taiwan hype that the island is different from Afghanistan, and that the US wouldn’t leave them alone. Indeed, the island is different from Afghanistan. But the difference is the deeper hopelessness of a US victory if it gets itself involved in a cross-Straits war. Such a war would mean unthinkable costs for the US, in front of which the so-called special importance of Taiwan is nothing but wishful thinking of the DPP authorities and secessionist forces on the island.

In the past two decades, the Kabul government cost over 2,000 US soldiers, $2 trillion, and the majesty of the US against the « bandits. » But how many lives of US troops and how many dollars would the US sacrifice for the island of Taiwan? After all, the US acknowledges that « there is but one China and that Taiwan is part of China. » Will the US get more moral support from within and from the West if it fights for the secession of Taiwan than it did during the Afghan War?

The DPP authorities need to keep a sober head, and the secessionist forces should reserve the ability to wake up from their dreams. From what happened in Afghanistan, they should perceive that once a war breaks out in the Straits, the island’s defense will collapse in hours and the US military won’t come to help. As a result, the DPP authorities will quickly surrender, while some high-level officials may flee by plane.

The best choice for the DPP authorities is to avoid pushing the situation to that position. They need to change their course of bonding themselves to the anti-Chinese mainland chariot of the US. They should keep cross-Straits peace with political means, rather than acting as strategic pawns of the US and bear the bitter fruits of a war.

Voir aussi:

Worse Than Saigon
Ben Sasse
National Review
August 16, 2021

In yielding Afghanistan to the Taliban, Joe Biden has engineered the worst foreign-policy disaster in a generation.

While President Joe Biden cowers at Camp David, the Taliban are humiliating America. The retreat from Afghanistan is our worst foreign-policy disaster in a generation. As the Taliban marches into Kabul, they’re murdering civilians, reimposing their vicious Islamist law, and preparing to turn Afghanistan back into a bandit regime. The U.S. embassy has told Americans to shelter in place. Refugees are fleeing to the airport, begging to escape the coming bloodbath. None of this had to happen.

America is the world’s greatest superpower. We ought to act like it. But President Biden and his national-security team have failed to protect even the American embassy in Kabul. They have broken America’s promises to the men and women who long for freedom — especially those thousands of Afghans who served alongside our military and intelligence services. They are turning their backs on the women and children who are desperate for space on the remaining flights out of hell.

Gross incompetence has given the Taliban a terrible opportunity to slaughter our allies. Eighty-eight thousand of our Afghan allies have applied for visas to get out of the country, but this administration has approved just 1,200 so far. I’ve been among a bipartisan group of senators that has pushed Biden to expedite this process, but to no avail. At this point, it’s not clear how many we’ll be able to get out. Every translator and ally who stood by us is now at risk.

This bloodshed wasn’t just predictable, it was predicted. For months, Republicans and Democrats on the Senate Intelligence Committee have warned the Biden administration that this would happen. Now the administration is acting like this is a surprise. It’s shameful, dishonest spin.

America’s retreat is a major propaganda coup for the jihadists. The Taliban will claim to be a “superpower-slayer.” The Taliban helped their allies stage the 9/11 attacks almost exactly 20 years ago, and after our retreat they’ll be able to brag about humiliating us again.

Make no mistake: The Taliban will exploit every image of American retreat. Pictures of desperate Afghans perilously crowded around the unguarded airport in Kabul are painfully reminiscent of images of Saigon — images that cemented communist victory in Vietnam and showed American weakness to the world. Jihadists are flocking to the “hallowed ground” where they have just defeated the “infidels.” Afghanistan will become a sanctuary for terrorist groups all over again.

China and Russia will look to capitalize on Biden’s weakness and incompetence, too. Their message is simple: Why should Ukraine or Taiwan put any faith in the United States after seeing how Washington has abandoned its allies in Afghanistan? America’s enemies are salivating at the thought of taking advantage of the president who surrendered in the War on Terror.

The sad thing is, many in my party are trying to blame-shift as if the last administration didn’t set us on this course. Here’s the ugly truth: Neither party is serious about foreign policy. For a decade now, demagogues have lied to the American people about our mission in Afghanistan. President Trump pioneered the strategy of retreat President Biden is pursuing, to disastrous effect.

The politicians and pundits who make excuses for this shameful retreat will dishonestly claim that it was this or fighting so-called “forever wars.” They pretend that our only choices were a massive occupation or an immediate withdrawal. They ignore the reality on the ground. Their cheap talking points have led to chaos, persecution, and death.

Politicians don’t tell this truth: America didn’t have a nation-building occupation force in Afghanistan. The last time we had 100,000 troops in the country was a decade ago. We’re not waging “endless wars” in Afghanistan any more than we’re waging endless wars in South Korea, Germany, or Japan — or Kosovo, or Honduras, or any number of other nations where we have forward-deployed forces. A relatively small number of troops has successfully supported our Afghan allies by providing the backbone for intelligence and special-operations missions. Americans weren’t building empires or fighting unwinnable battles. We were defending airfields and decapitating terror organizations while keeping a light footprint. Americans have heard of some high-profile goons, such as Qasem Soleimani and Abu Bakr Al-Baghdadi. But our heroes in Afghanistan have killed a lot more Bin Laden wannabes whose names you don’t know — precisely because we killed them before they could take down a World Trade Center. We fought and won this war in Afghanistan, not on American shores. But you wouldn’t realize that from the isolationist rhetoric surrounding Biden’s choices.

It’s important to recognize the work that our special forces and intelligence operatives did after 9/11. The partnerships they built with our Afghan allies were premised on the idea that America isn’t capable of this kind of betrayal. I’ve had a dozen conversations with American intelligence officers and special operators over the past few weeks, and they’ve told me that they swore to their Afghan recruits that if they fought shoulder-to-shoulder with Americans, we’d protect their wives and children. Those promises are being broken. America is supposed to be better than this. The Biden administration is spitting in the face of all these heroes, but we owe them a debt of gratitude. The work they did mattered, and still matters.

Our troops didn’t lose this war. Politicians chose defeat. We never had to let the Taliban win, but a bipartisan doctrine of weakness has humiliated the world’s greatest superpower and handed Afghanistan to butchers. In the next few weeks, the situation in Afghanistan will get much worse. Americans need to pray for that troubled country. President Biden needs to man up, come out of hiding, and take charge of the mess he created. Secure the airfields and get as many souls out as possible. Time is short.

Voir également:

Biden to Afghanistan: Drop Dead
Biden is defiant in blaming others for his Afghan debacle.
The Wall Street Journal
Aug. 16, 2021

President Biden told the world on Monday that he doesn’t regret his decision to withdraw rapidly from Afghanistan, or even the chaotic, incompetent way the withdrawal has been executed. He is determined in retreat, defiant in surrender, and confident in the rightness of consigning the country to jihadist rule. We doubt the world will see it the same way in the days, months and years ahead.

***

Mr. Biden refused to accept responsibility for the botched withdrawal while blaming others. He blamed Donald Trump’s peace deal with the Taliban and falsely claimed again that he was trapped. He blamed his three predecessors for not getting out of Afghanistan. He blamed the Afghans for not fighting hard enough, their leaders for fleeing, and even Afghans who helped us for not leaving sooner. The one group he conspicuously did not blame was the Taliban, who once harbored Osama bin Laden and may protect his terrorist successor.

The President made glancing reference to the horrible scenes unfolding in Kabul and especially at the airport, though again without addressing the mistakes that led to them. Had the U.S. not given up the air base at Bagram, now controlled by the Taliban, the U.S. would not now have to fight to control Kabul’s commercial airfield.

The chaotic scenes at the airport, with Afghans hanging from a U.S. military plane and two falling from the sky to their deaths, will be the indelible images of this debacle. They are the echo of 9/11, with people falling from the sky, that Mr. Biden didn’t anticipate when he chose the 20th anniversary of 9/11 as his withdrawal deadline.

Instead of taking responsibility, Mr. Biden played to the sentiment of Americans who are tired of foreign military missions. It’s a powerful point to speak of sending a child to risk his life in a foreign country, and no doubt it will resonate with many Americans. It is a question that every President should ask.

But the President was dishonest in framing the U.S. mission merely as fighting in another country’s “civil war.” The U.S. didn’t remain in Afghanistan for 20 years to send women to school or to “nation build.” The core mission was to prevent the country from again becoming a terrorist safe haven. The Taliban’s victory will now attract thousands of young jihadists from around the world, and they will have Americans and the U.S. homeland in their sights.

Mr. Biden said he would maintain a “counterterrorism over-the-horizon capability” to strike camps in Afghanistan, but that will be much harder from the distance of the Persian Gulf. This is a far bigger risk than he lets on, as U.S. intelligence agencies know.

Mr. Biden was also dishonest in framing his Afghan decision as a false choice between total withdrawal and sending tens of thousands of troops again. He knows his own advisers, military and civilian, believed they could support the Afghan military with no more than a few thousand troops to supply air power and intelligence.

He also knows the U.S. hasn’t had a single casualty in more than a year in Afghanistan. Even if Mr. Biden was set on withdrawal, he could have done it based on conditions that would have given the Taliban more incentive to negotiate with the government.

Mr. Biden claimed that Afghan leaders Ashraf Ghani and Abdullah Abdullah had refused his advice to negotiate with the Taliban. That is false. They had been negotiating with the Taliban for months, under enormous pressure from the Trump Administration. The problem is that the Taliban had no incentive to negotiate in good faith when it knew the U.S. was leaving and would be able to take its chances on a military victory.

Like all good liberal internationalists, Mr. Biden thinks you can achieve a diplomatic outcome by diplomacy alone. Mr. Biden’s claim that the U.S. will continue to support the Afghan people and stand for human rights and the women of Afghanistan is the same kind of internationalist twaddle. The Taliban is taking the women of Afghanistan back to the Dark Ages, and the “international community” will do nothing to stop it. Mr. Biden’s words of “support” will be cold comfort when the Taliban knocks on the doors of women who worked in the Afghan government.

***

We had hoped that Mr. Biden would accept some responsibility and explain how he would fix this mess. He did none of that, making it clear that he himself is the main architect of this needless American surrender. It does not bode well for the rest of his Presidency.

The world has seen a President portraying surrender as an act of political courage, and retreat as strategic wisdom. As we write this, the world’s rogues are looking for ways to give him a chance to deliver a similar speech about other parts of the world.

Voir enfin:

The Calamitous Fall of Afghanistan
A light is going out now. There’s still no easy exit
Jeffrey Gedmin
American purpose
16 Aug 2021

Afghanistan is a bewildering, agonizing, enchanting place. You get a feel for this in Khaled Hosseini’s 2003 novel The Kite Runner. I got a sense of it when I went there a decade ago.We Americans tend to travel to such places in organized bubbles. My particular bubble was an exceptional one: I arrived in Kabul as president of a congressionally funded media group. The bubble included a little caravan of black SUVs with armored-plated doors, three bodyguards carrying assault rifles, a lead car and follow-on vehicle in chaotic Kabul traffic, and bullet-proof glass. True, my job at the time made me a target—but so was the simple fact that I was a foreigner. Foreigners were getting kidnapped for ransom.The Afghanistan of bleakness, death, and destruction is often the only one we see in the media. I learned better from my Afghan colleagues at Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) headquarters in Prague. They were women and men of creativity, energy, and elegance. I never ceased to be amazed by the large bags of mail they received each week from devoted listeners.The “letters” were usually scrolls—ten, twenty, thirty feet long. One ran to seventy feet. These letters, once unfurled, were stunning. They contained drawings and paintings, poems and prayers, songs and tributes and commentary. They named and reflected regions, tribes, and dialects. People would walk for miles to a village scribe to share their stories, to memorialize their reactions to this or that program. I brought samples back to Washington to share with people like Librarian of Congress James Billington and his specialists, who were impressed enough to put hundreds of them on exhibit just outside the library’s main reading room near the Gutenberg Bible. The proximity was not inappropriate.What I saw in Afghanistan deepened the impression that the letters made. I broke bread with a young imam who told me that the United States could never be a model for his country: Afghanistan was religious, tribal, traditional. He also told me he couldn’t stand the Taliban. They were vicious, he opined. Girls should go to school. I met with tribal leaders, all men with beards and long white tunics. I’m not sure what they thought about women’s rights. One told me, though, that he would occasionally adjust a prayer schedule so that people could tune in to important radio programs. One of them, as he would have known, was a popular Azadi program, a call-in show on women’s health issues hosted by a female Afghan gynecologist.Azadi is the local brand of Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL). It’s radio, mostly; this is still a radio country, mostly. RFE/RL’s programming in Dari and Pashto was and has remained immensely popular. Former Afghan President Hamid Karzai told me it was the first thing he listened to in the morning to get a feel for things in the country. Azadi has had a bureau in Kabul with journalists who report from across the country’s thirty-four provinces.We can’t seem to find balance between irrationally exuberant democracy promotion and great-power realism and restraint. We went to Afghanistan to close terrorist training camps, and we did. We surely understood that we would bear some responsibility—in our own self-interest—for what would come after the intervention and the toppling of a government. Then, however, we did what we do: We got lost in competing priorities and unrealistic expectations. We also failed to see what else happened along the way.In Afghanistan, terrorist training camps of the kind that made 9/11 possible remained closed. Life expectancy improved. Infant mortality declined. Women acquired opportunities that were previously unthinkable. For those focused on great-power competition, Russia stayed out, China was kept at bay, and Pakistan, China’s ally, was constrained.These gains will now be wiped out because we can’t be satisfied with managing problems; we have to solve them. If we can’t win clearly and decisively, remaking a society in the process, we will retreat and abandon our allies. Why couldn’t we have left a residual force in Afghanistan to help provide a modicum of security there? Three-quarters of a century after the Korean War, after all, we maintain twenty-nine thousand troops in South Korea. We still have post-World War II troops in Europe. These are the overhead costs of peace and stabilitOne can see the way in which such arguments are faltering today. The new realism is hollow, oblivious to power. Idealism is not fashionable.

A couple of years ago, I asked a former RFE/RL colleague about those Afghan letters. We still get them, he wrote me, from

children who dream of becoming scientists. From peasants who pray for rain—or better irrigation. Some are love poems from shepherds or soldiers on front lines. From teachers who want better buildings, or any buildings at all. Many women and girls thank us for being their window to the world. They write from remote mountain hamlets, teeming cities, and refugee camps in neighboring Iran and in parts of Afghanistan where there is no electricity and, thus, no television. Many letters close with a prayer for peace.

Nine million Afghan children started going to school in the last twenty years, some 40 percent of them girls. The aim was “to buy time,” said former U.S. ambassador Ryan Crocker, a member of the RFE/RL board, “for this young generation of Afghans to come of age.”

But time is up. We are now scrambling to get our people—diplomats, select civilians—out of the country. After initial miscalculations, Biden has committed five thousand troops for this purpose. And the Afghans who have worked closely with the United States over the last two decades? RFE/RL president Jamie Fly is determined—and struggling—to get adequate support for the nearly one hundred of his people still there and trying to leave (Voice of America has dozens on the ground looking for safe passage out). They were always targets. Three summers ago, journalist Abadullah Hananzai and video producer Sabawoon Kakar died in a bombing on the main road behind the RFE/RL Kabul bureau. Maharram Durrani, a twenty-eight-year-old female university student training to become a journalist at the bureau, was also killed in the attack.

RFE/RL’s Abubakar Siddique has been reporting that thousands, and possibly tens of thousands, were streaming into Kabul in the last week. Women have been rushing to buy all-concealing burqas. One woman in a makeshift camp for women and children in the capital reports that in her hometown Taliban fighters have gone door-to-door, forcing young girls to marry them at gunpoint.

American adversaries are pushing back into the region. Russian diplomats met with Taliban representatives in Doha last week. Beijing is pressing for Islamabad’s cooperation—and the Taliban’s pledge—in repressing and rounding up Uighurs in their respective countries.

Afghan President Ashraf Ghani is, in a very real sense, ours. He is a Western-oriented anthropologist, a friend of the United States, who was determined to lessen the country’s corruption. He called for help, until he was forced to flee. The Taliban have taken Kabul.

We Americans see this as our struggle, which is now coming to an end. The Afghans’ struggle is certainly not finished. The two are not so easily separated.

Jeffrey Gedmin is a former president and current board member of RFE/RL. He is co-founder and editor-in-chief of American Purpose.

Voir par ailleurs:

New evidence shows the Pulse nightclub shooting wasn’t about anti-LGBTQ hate
The trial of the Pulse nightclub shooter’s wife dramatically changed the narrative about the deadly attack
Jane Coaston
Vox
Apr 5, 2018

It’s been nearly two years since the mass shooting at Pulse nightclub in Orlando, Florida, that killed 49 people — widely believed to be an act of aggression against the club’s LGBTQ clientele and “undeniably a homophobic hate crime.” There’s now conclusive evidence that the shooter wasn’t intending to target LGBTQ people at all.

In fact, he allegedly had no idea Pulse was a gay club, and simply Googled “Orlando nightclubs” after finding that security at his original target, a major shopping and entertainment complex, was too high, as reported by ClickOrlando.com.

This evidence dramatically changes the mass shooting’s narrative; politicians and individuals across the political spectrum had positioned it as an anti-LGBTQ hate crime. Instead, the new evidence suggests, the Pulse nightclub shooting was intended as revenge for US anti-terror policies abroad.

The evidence emerged during the trial of the shooter’s wife, Noor Salman, whom the federal government charged with aiding and abetting and obstruction of justice. Federal prosecutors argued that Salman had helped her husband plan and orchestrate the attack. She was acquitted by a jury last Friday, a rare occurrence when most defendants accused of terror charges accept plea deals and the average conviction rate in such cases is above 90 percent.

The shooter’s motive was apparently revenge for United States bombing campaigns on ISIS targets in the Middle East. He had pledged allegiance to ISIS’s leader, Abu Bakr al-Baghdadi, and during the Pulse shooting posted to Facebook, “You kill innocent women and children by doing us airstrikes. … Now taste the Islamic state vengeance.” In his final post, he wrote, “In the next few days you will see attacks from the Islamic state in the usa.”

Salman’s attorneys introduced evidence showing that, far from assisting the shooter, she was a victim of her husband’s abuse, including frequent beatings and sexual assault.

The Pulse nightclub shooting was the deadliest attack on LGBTQ people in American history, and liberals and conservatives — including then-presidential candidate Donald Trump — assumed the shooting was based on the victims’ sexual orientation and gender identity. Trump and other Republicans attempted to use their response to the shooting to argue that they were true pro-LGBTQ advocates because of their support for immigration restrictions aimed at Muslims.

In a speech on June 13, the day after the shooting, Trump said, “This is a very dark moment in America’s history. A radical Islamic terrorist targeted the nightclub, not only because he wanted to kill Americans, but in order to execute gay and lesbian citizens, because of their sexual orientation.” The following day at a North Carolina rally Trump said, “We want to live in a country where gay and lesbian Americans and all Americans are safe from radical Islam, which, by the way, wants to murder and has murdered gays and they enslave women.”

During Trump’s speech at the Republican National Convention where he accepted his party’s presidential nomination, he said, “Only weeks ago, in Orlando, Florida, 49 wonderful Americans were savagely murdered by an Islamic terrorist. This time, the terrorist targeted the LGBTQ community. No good. And we’re going to stop it. As your president, I will do everything in my power to protect our LGBTQ citizens from the violence and oppression of a hateful foreign ideology.”

But the evidence shows otherwise. The shooter didn’t target LGBTQ people — he didn’t even realize Pulse was a gay-oriented nightclub, asking a security guard at the club where all the women were just before he started shooting.

After a mass shooting, observers, including journalists, often search for a motive, sometimes even before the first victims have been identified. But the Pulse shooting proves that initial narratives about mass shooters’ motivations are often wrong — and those narratives can be far more powerful than the truth.

COMPLEMENT:

Chaos à Kaboul: Pourquoi Biden est responsable et coupable

Gérald Olivier

France Amérique

18 août 2021

La présence américaine en Afghanistan, commencée en 2001, vient de s’achever dans la confusion et le chaos. Les images de milliers de personnes tentant désespérément de fuir le pays dans les bagages de l’occupant ont évoqué les pires clichés de conflits passés que l’on pensait ne jamais revoir.

Ce retrait précipité est une défaite incontestable, voire une déroute, pour les Etats-Unis. Néanmoins, la décision de quitter l’Afghanistan était et demeure la bonne décision. Après vingt ans d’une occupation stérile, c’était la seule chose à faire. Mais c’est la manière qui pose problème. La façon dont le président Biden et ses conseillers ont laissé le pays être submergé par les Talibans, avant même d’avoir pu en évacuer tous les Américains – sans parler des milliers de collaborateurs afghans dont la vie est aujourd’hui menacée – trahit une naïveté, une impréparation et franchement une incompétence coupables. C’est tout l’appareil stratégique américain qui est en cause : le Conseil National de Sécurité, le Département d’Etat, le Pentagone, les services de Renseignements, et tout en haut, bien sûr, le président Biden !

L’heure des comptes viendra. Connaissant les institutions américaines, il y aura des enquêtes parlementaires. Les responsabilités seront tirées au clair. Pour l’instant, il importe de comprendre l’enchaînement des évènements qui a engendré ce chaos.

Dans une allocution télévisée, au lendemain de la prise de Kaboul par les Talibans, le président Biden a fait reposer toute la responsabilité de la débandade américaine sur, (qui d’autre ?) … son prédécesseur Donald Trump. Voici ses propos :

« En entrant à la Maison Blanche, j’ai hérité d’un accord négocié par le président Trump avec les Talibans, en vertu duquel nos soldats devaient avoir quitté le pays au 1er mai 2021… Le nombre de nos soldats sur place avait déjà été ramené de quinze mille à deux mille cinq cents par l’administration Trump. Alors que les Talibans n’avaient jamais été aussi forts militairement depuis 2001…. Le choix qui se présentait à moi en tant que président consistait à m’en tenir à cet accord, ou bien à me préparer à combattre à nouveau les Talibans au printemps… La froide réalité se limitait à suivre cet accord en retirant nos troupes, ou à escalader le conflit en renvoyant des milliers de soldats au combat et en nous engageant dans une troisième décennie de conflit en Afghanistan. »

Ainsi donc Joe Biden, président des Etats-Unis, et homme le plus puissant de la planète, s’est présenté comme pieds et poings liés, par un accord négocié par Donald Trump! Loin de reconnaître une quelconque responsabilité, il s’est érigé en victime.

Venant d’un Démocrate, une telle posture n’a pas de quoi surprendre. Mais venant aussi d’un président qui a réintégré les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat, par décret, dès son premier jour au pouvoir, annulant d’un coup de crayon la décision de son prédécesseur ; qui a ouvert la porte à une reprise du dialogue avec l’Iran sur la question nucléaire, inversant à nouveau la politique de son prédécesseur ; qui a suspendu la construction du mur à la frontière mexicaine, qui a laissé entrer les immigrants clandestins par centaines de milliers et qui a accepté l’entrée de demandeurs d’asile sur le territoire, supprimant non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur ; venant d’un tel personnage, donc, une telle affirmation est grotesque et inacceptable.

D’autant que les faits racontent une tout autre histoire.

A la vérité, en arrivant à la Maison Blanche, Biden et ses conseillers étaient bien contents du travail accompli par leurs prédécesseurs, à savoir le président Trump et son secrétaire d’Etat Mike Pompéo. Ils ont pris à leur compte un retrait de troupes qui leur permettait d’apparaitre comme des faiseurs de paix. Par contre, ils ont fait preuve d’une incompétence et d’une impréparation invraisemblables dans l’exécution de la manœuvre.

Selon l’accord passé entre l’administration Trump et les Talibans, le retrait des troupes américaines était lié à l’absence de toute offensive. Les Talibans étaient tenus de ne rien tenter contre les troupes américaines, et les troupes afghanes, tant que les Américains seraient sur place ! Le retrait des troupes, du matériel et au besoin des civils afghans ayant travaillé avec les Américains, devait être achevé avant de laisser le gouvernement en place et les Talibans se disputer le contrôle du pays. La faute de l’administration Biden a été de laisser les Talibans lancer leur campagne de reconquête, avant la fin du retrait américain, sans envisager la possibilité que celle-ci puisse les prendre de vitesse. C’est une faute gravissime, un péché d’orgueil et d’inattention.

Voici ce qui s’est passé dans le détail.

L’accord de paix entre les Etats-Unis et les Talibans remonte au 29 février 2020. Il fut signé dans la capitale du Qatar, Doha, lieu où s’étaient tenues les négociations, par l’envoyé spécial des Etats-Unis, Zalmay Khalilzad et le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur et chef politique des Talibans. Baradar avait été capturé en 2010 au Pakistan, emprisonné puis libéré à l’automne 2018, précisément pour engager des négociations de paix (alors secrètes) avec les Américains. Mike Pompéo, alors secrétaire d’Etat avait assisté à la signature de cet accord.

Pour Donald Trump, mettre un terme à la guerre en Afghanistan, et permettre aux milliers de GIs, déployés sur place, de rentrer au bercail, était une promesse de campagne. Il y tenait. Tout comme il tenait à ce que l’autorité des Etats-Unis soit respectée. D’ailleurs, entre 2018 et 2020, il avait suspendu les négociations à plusieurs reprises, à cause d’incidents terroristes attribués aux Talibans.

Côté américain, cet accord incluait un retrait progressif des troupes présentes depuis 2001 ; l’échange de cinq mille Talibans détenus en Afghanistan contre mille soldats des Forces de Défense Afghanes faits prisonniers par les Talibans, et la levée progressive de sanctions contre les Talibans. Le départ des troupes américaines et de l’Otan pouvait s’achever en quatorze mois, soit à la date du 1er mai 2021, si les Talibans tenaient tous leurs engagements. Le moindre écart serait sanctionné par des représailles militaires de la part des Etats-Unis. Selon les mots de Donald Trump à l’époque, les Talibans seraient exposés au feu américain « comme jamais encore auparavant ».

En échange les Talibans s’engageaient à cesser toute violence et à n’abriter ou soutenir aucun mouvement terroriste, tel Deach ou Al Qaida.

Le devenir politique de l’Afghanistan était laissé à des négociations futures entre le gouvernement du président Ashraf Ghani, élu en 2014 et réélu en 2019, et les dirigeants talibans. A noter que ces discussions ont commencé dès la signature de cet accord, sans aboutir et ont fini par être suspendues. La sécurité du pays, une fois le retrait des troupes étrangères effectué, était supposée être assurée par les trois cent mille soldats de l’armée afghane, formés et équipés par les Américains. Face à une force talibane estimée à soixante mille combattants, la tâche, sur le papier, n’était pas impossible…

Voilà ce dont le président Biden a hérité en janvier 2021 à son entrée à la Maison Blanche. Il pouvait à tout moment dénoncer cet accord. C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre d’élus Démocrates, soutenus par des Républicains Néoconservateurs, dont Liz Cheney, la fille du vice-président de George W. Bush lui ont recommandé de faire.

“Les Talibans ne respectent pas tous leurs engagements en vertu de l’accord du 29 février, ce qui pose un problème quant à la sécurité future de l’Afghanistan » dit alors le sénateur Robert Menendez, président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat. Pour lui, il existait un risque de voir « l’Afghanistan sombrer dans le chaos » et il avait recommandé au président Biden de renoncer à un retrait effectif en date du 1er mai.

Biden suivit partiellement ses conseils. Il abandonna l’objectif du 1er mai et repoussa le retrait total à la date, hautement symbolique, du 11 septembre 2021, soit vingt ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Par contre, il ne remit jamais le principe du retrait en question. Et il renonça à sanctionner les Talibans pour leurs manquements répétés à leurs engagements.

Le message fut, à l’évidence, parfaitement reçu et compris à Doha et à Kaboul.

Le 25 juin 2021 le président Biden reçut à la Maison Blanche le président afghan Ashraf Ghani. La rencontre donna lieu à un communiqué lénifiant sur « la poursuite d’un solide partenariat bilatéral » et le « soutien durable des Etats-Unis au peuple afghan, y compris aux femmes et aux filles afghanes, ainsi qu’aux minorités. » Biden assura aussi son homologue de la « poursuite de l’assistance américaine aux forces de défense et de sécurité nationales ».

A cette date, les Talibans avaient déjà commencé de regrouper leurs forces pour préparer la reconquête du pays. Mais de cela, le communiqué officiel ne disait rien !

Quelques jours plus tard, le 8 juillet précisément, Joe Biden faisait une déclaration télévisée depuis la Maison Blanche suivie d’une de ses très rares conférences de presse. Le retrait américain était alors considérablement engagé. Loin de se plaindre d’un quelconque leg de l’administration Trump, il s’arrogeait la paternité du processus de paix et utilisait à répétition le pronom « je » en parlant des évènements récents.

« Quand j’ai annoncé notre retrait en avril j’ai dit que nous serions partis en septembre et nous sommes en bonne voie pour réaliser cet objectif… Notre retrait se déroule de façon ordonnée et sécurisée… Une fois ma décision prise de mettre un terme à cette guerre, il nous fallait agir vite… Que les choses soient claires, la mission américaine en Afghanistan se poursuit jusqu’à la fin août et nous conservons d’ici là les mêmes capacités et la même autorité que par le passé… Par la suite nous maintiendrons notre présence diplomatique en Afghanistan ! »

Pressé par une journaliste sur les risques d’un départ précipité et d’une chute de Kaboul, rappelant la dramatique évacuation de Saïgon en 1975, Joe Biden avait affirmé « il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! »

Propos prémonitoires qui reviennent déjà le hanter ! Certes on n’a pas (encore) vus de civils évacués depuis un toit, mais on en a vu des centaines courir et s’accrocher à un avion militaire américain en train de décoller… Quant à l’ambassade américaine à Kaboul, elle a été évacuée et l’ambassadeur Ross Wilson a fui l’Afghanistan quelques minutes après le président Ghani ! L’inverse de ce qu’avait affirmé Biden.

Si cela ne suffisait pas encore, Joe Biden en a rajouté une couche le 23 juillet. Suite à une conversation téléphonique avec le président Ghani, la Maison Blanche indiquait par communiqué avoir renouvelé ses « assurances du soutien des Etats-Unis au peuple afghan». Alors même que des combats faisaient rage dans plusieurs provinces afghanes, et que les troupes gouvernementales étaient submergées par l’avancée des forces talibanes. Notant que « l’offensive actuelle des Talibans est en contradiction avec l’engagement de ce mouvement pour une solution négociée » et tout en déplorant « les pertes de vies civiles dues à des attaques ciblées, les déplacements de population et les pillages », Joe Biden n’évoquait à aucun moment de quelconques représailles contre les Talibans, ni surtout une suspension ou une remise en question du retrait des troupes américaines. Et pourtant cela aurait été pleinement justifié selon les termes de l’accord dont Biden s’est ensuite dit prisonnier.

Sans doute avait-il d’autres priorités. Il est vrai que ce même 23 juillet, s’est tenue à la Maison Blanche une table ronde avec « les représentants des femmes transgenres de couleur » qui a, sans doute, retenu toute son attention et celle de ses conseillers !

Comble de l’impréparation, Biden a estimé que le temps était venu de prendre des vacances et de libérer son staff. Il s’est offert un week-end à Camp David, comme il le fait souvent, et sa porte-parole Jen Psaki a laissé un message sur son répondeur comme une simple employée de bureau… Alors que pendant ce temps-là l’Afghanistan sombrait dans le chaos.

Prétendre ensuite que la chute de Kaboul et le chaos afghan sont la faute de Donald Trump, c’est se moquer du monde ! D’ailleurs, même la clique de ses partisans dans les médias a trouvé la couleuvre trop difficile à avaler. De part et d’autre du paysage médiatique américain, on observe les premières fissures dans la grande muraille protectrice démocrate.

Jake Tapper de CNN s’est offusqué de la tendance du président Biden à s’absoudre de toute responsabilité et à « pointer du doigt et blâmer les autres ». La chaine a parlé « d’une débâcle et d’un désastre politique qui vient entacher une présidence déjà marquée par des multiples crises ». David Sanger du New York Times estime que « Biden restera dans l’histoire comme celui qui a présidé au dénouement humiliant de l’expérimentation américaine en Afghanistan. » Dans le reste de la presse, c’est le mot « fiasco » qui revient le plus.

Un « fiasco » qui repose sur les épaules de Joe Biden, mais pas seulement. Le Pentagone, le Conseil National de Sécurité et le Département d’Etat sont aussi dans la ligne de mire des chroniqueurs américains.

En tête, tous ceux – et ils sont nombreux, du général Stanley Mc Chrystal, commandant en chef des forces américaines en Afghanistan sous Barack Obama, à John Mattis, responsable du commandement central américain, donc de la zone Iraq-Afghanistan, sous Obama, puis chef du Pentagone sous Donald Trump, qui ont prétendu au long des quinze dernières années que les efforts et les investissements américains étaient payants et que l’Afghanistan était sur la voie de la démocratie. Alors que ce n’était clairement pas le cas !

Tout récemment encore, le général Mark Milley, chef des Etats-Majors inter-armées, répétait que « les forces armées afghanes ont la capacité de défendre le pays et une victoire des Talibans n’est pas une certitude ». Se tromper à ce point, lorsque l’on occupe un poste aussi sensible, dépasse l’erreur d’analyse et constitue de l’incompétence, voire une volonté de mentir…

La déroute américaine en Afghanistan est le premier tournant de la présidence Biden. Jusqu’à présent ses errements avaient été passés sous silence par les médias dominants, au nom de l’anti-Trumpisme. Ce ne sera sans doute plus le cas à l’avenir. Le reste de son mandat s’annonce aussi chaotique que la chute de Kaboul.

Voir aussi:

John Bolton : « Trump et Biden partagent la responsabilité de la déroute en Afghanistan »
ENTRETIEN. Ancien ambassadeur américain à l’ONU, John Bolton explique pourquoi il n’aurait jamais ordonné le retrait des troupes d’Afghanistan.

Propos recueillis par Julien Peyron

20/08/2021

Sous la présidence de George W. Bush, il faisait partie du clan de ceux que l’on appelait « les faucons ». John Bolton a été l’un des grands artisans de la guerre en Irak en 2003 aux côtés de Donald Rumsfeld. Désigné ambassadeur américain à l’ONU en 2005, il est contraint de démissionner l’année suivante car les démocrates refusent de confirmer un homme qui représente à leurs yeux la politique va-t-en-guerre des États-Unis. Donald Trump ira ensuite le chercher pour lui offrir le rôle de conseiller à la Sécurité nationale en 2018. Les deux hommes se brouillent rapidement, notamment sur le dossier afghan. En effet, contre l’avis de son conseiller, farouchement opposé à tout retrait américain, le président annonce son intention de quitter le pays . Depuis, John Bolton a des mots très durs envers Donald Trump puis Joe Biden , car le nouveau président a continué, voire accéléré le départ des troupes d’Afghanistan. Comme le reste du monde, il a regardé avec sidération les images des talibans s’emparant de Kaboul le 15 août dernier. Au Point, il fait part de sa colère. Entretien.

Le Point :Comment décririez-vous ce qui s’est passé le 15 août à Kaboul ?

John Bolton : C’est une tragédie. Pas seulement pour le peuple afghan, mais aussi pour l’Amérique, l’Europe et tout l’Occident. Vingt ans d’efforts ont été réduits à néant. Forcément, comme beaucoup, j’ai pensé à Saigon et à la désastreuse évacuation du pays à la fin de la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, les talibans contrôlent tout le territoire afghan et vont en refaire un sanctuaire pour terroristes. Nous approchons du 20e anniversaire du 11 septembre 2001 et jamais le risque de voir un nouveau 11 Septembre se reproduire n’a été aussi grand. Les États-Unis sont plus vulnérables aujourd’hui qu’hier.

Malgré tout, vous dites que l’Amérique n’a pas perdu la guerre en Afghanistan…

Nous avons gagné la guerre en Afghanistan, mais nous partons comme si nous l’avions perdue. C’est pire encore qu’une défaite militaire, c’est une décision politique, qui demeure pour moi inexplicable.

Ne fallait-il pas mettre un terme à cette « guerre sans fin » ?

La situation était loin d’être parfaite en Afghanistan. Mais il vaut mieux une guerre sans fin que subir des attaques terroristes sur son sol.

Qui tenez-vous pour responsable du fiasco en Afghanistan ? Donald Trump ou Joe Biden ?

Trump et Biden partagent la responsabilité de cette déroute. Si Trump avait été réélu, la même chose serait arrivée, nous serions aussi partis d’Afghanistan. Biden ne fait qu’appliquer les décisions prises par Trump, mais il s’y prend si mal qu’il nous plonge dans un désordre terrible.

Pas du tout. J’étais au département d’État à cette époque. Nous savions très bien que les talibans hébergeaient Al-Qaïda. George Bush avait bien compris le risque que représentaient les talibans et les groupes extrémistes du Pakistan. Envahir l’Afghanistan était la bonne décision stratégique. L’erreur, c’était de se fixer pour objectif de bâtir un État afghan. Nous n’étions pas là pour ça. Nous étions en Afghanistan pour défendre la sécurité des États-Unis et pour nous assurer que le pays ne passe pas aux mains des talibans.

Sans doute. On ne peut pas savoir à quel moment le risque que représentent les talibans aurait disparu. Mais une chose est sûre : il vaut mieux combattre en Afghanistan que dans les rues ou le ciel de l’Amérique. Après la Seconde Guerre mondiale, des troupes américaines sont restées aux portes de l’Union soviétique pendant près de cinquante ans, le temps que nous gagnions la guerre froide.

Si vous étiez toujours aux affaires, que feriez-vous ?

Je ferais en sorte que nous restions dans le pays et j’augmenterais le budget de la Défense. À Pékin, Moscou, Téhéran, nous passons pour des faibles, voire des guignols. Après son élection à la présidence, Joe Biden a dit au monde : l’Amérique est de retour. Comment le prendre au sérieux, désormais ?

Voir encore:

Afghanistan Didn’t Have to End This Way
There is no shortage of explanations and justifications for our withdrawal. They are myths.
Paul Miller
The Despatch
Aug 13 2021

With dizzying speed, the Taliban has seized a dozen provincial capitals across Afghanistan in the past week. On Thursday militants seized Herat, the country’s third-largest city, one with a reputation for being relatively urbane and strongly antipathetic to the Taliban’s jihadist vision. U.S. intelligence reportedly estimates that Kabul could fall within 90 days of the U.S. withdrawal.

As Afghanistan collapses, there is no shortage of explanations, justifications, and outright myths taking root, some encouraged by the Biden administration. Among the most common: This was inevitable. The U.S. presence was unsustainable, critics say. The administration was boxed in by the 2020 peace deal with the Taliban. If the U.S. had repudiated the deal, the Taliban would have gone on the offensive and resumed killing U.S. troops.

And for what? We gave it our best for 20 years, they say, proving that the mission was effectively impossible. The rapid collapse only demonstrates that we were never going to succeed no matter how long we stayed. We achieved the most important thing: Osama bin Laden is dead. The Afghans have to run their own country. We cannot stay there forever, we shouldn’t try nation building, and we can keep an eye on al-Qaeda      from afar to make sure they do not threaten us.

On the surface, these explanations make a compelling case. It is also a comforting case, because it washes our hands of responsibility for what is about to happen. As a humanitarian catastrophe unfolds—as Afghan women fall back under the Taliban’s uniquely cruel tyranny, as the Hazara and Shiites flee the Taliban’s near-genocidal oppression of religious dissidents—we can tell ourselves, “There’s nothing we could have done.”

These myths function as an ex post facto explanation that we—the most powerful nation in the world—were actually powerless all along. It turns out we didn’t fail because of bad decisions, strategic incompetence, or moral myopia. We failed because no one could have succeeded, because the mission was inherently impossible. No amount of insight, troop surges, or Marshall-Plan-level reconstruction assistance could have made a difference.

Of course, none of that is true. The myths are just that: myths. The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan.

U.S. troops faced low risks in Afghanistan, and the low casualty rate is not a function of the 2020 peace deal. Just 66 U.S. personnel have been killed in action since 2014, less than one per month for nearly seven years. That is not to make light of the loss of individual soldiers, but it is to recognize, in historical perspective, that the conflict in Afghanistan is very small and U.S. ground troops have not been involved in direct combat in large numbers for years.

The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse.

The rapid collapse of the Afghan army in recent weeks was not inevitable and is not a sign that the mission was always doomed, nor that we never would have succeeded. We had been making slow, fitful progress building a new Afghan security force from scratch. In 2021, it was better than it had been in 2001—because in 2001 it did not exist. It was better than it had been in 2006—because the Germans, British, and the U.N., which had assumed responsibility for training the new army and police, wasted five years doing essentially nothing.

The U.S. took over and cobbled together a fighting force by 2010, one that has lost tens of thousands of soldiers keeping the Taliban at bay for the past decade. The Afghan army was again better this year than previously, but the Department of Defense truthfully reported year after year that it was not ready for fully independent operations yet.

The Afghan army’s collapse this summer is demoralizing for anyone who has watched or participated in the war. Historians will give us the full story decades from now, but surely President Biden’s announcement of a full withdrawal—when everyone, including the U.S. Department of Defense, knew the Afghan army wasn’t yet ready to stand independent of international assistance—had a crippling effect on the morale of Afghan troops.

Some Americans are now sneering at the Afghan troops’ supposed lack of willpower, patriotism, or grit—but consider, if you know that your army is simply not equipped to win the battle that’s coming, why fight? It is an individually rational decision to save your life by not fighting, a decision that, when multiplied, loses a war.

It is easy to envision the counterfactual: If the United States had maintained a small presence (perhaps marginally larger than what Trump left behind), it could have kept the Afghan army in the field indefinitely, giving time and space for the political situation in Kabul to sort itself out, for a fresh round of negotiations with better leverage against the Taliban, and for reconstruction and development to continue.

Critics may complain that “we can’t stay forever.” Perhaps, but we could have stayed long enough for the military presence to evolve, very gradually, into a near-peacetime deployment. Again, the military presence was small, low-risk, and relatively low-cost.

And we should have stayed because the mission is not over. While bin Laden is dead, al-Qaeda is not and, along with the Islamic State and a murderer’s row of copycat jihadists, is almost certain to regain safe haven in Afghanistan and Pakistan following the collapse of our allies. Our presence for the past 20 years kept jihadists on the run, in hiding, and focused on avoiding our air strikes and special forces. They now will have room to breathe, which means room to plan, recruit, train, and fundraise.

The myths about Afghanistan’s collapse—that we were actually powerless and the mission was always inevitably doomed—denies the reality of the United States’ agency. Our policymakers made specific strategic missteps that caused direct, avoidable harm, including Bush’s light footprint, Obama’s withdrawal timetable, Trump’s peace deal, and Biden’s inexplicable withdrawal, each of which made a bad situation worse. Those decisions were made by politicians elected by and accountable to the U.S. electorate, who largely ignored the war and enabled policymakers’ strategic muddling for two decades.

That is why Biden’s claim that the Afghans just have to start taking responsibility for their own country is so mendacious. He is telling a drowning man to take responsibility for swimming while reeling in the life preserver the man had been clinging to. He is overestimating the Afghans’ ability to fight on their own while minimizing American responsibility for the crisis in the midst of which we are abandoning them—all while preaching a soothing myth that there was nothing we could have done after all. Many Americans will be eager to believe him because it is much easier, emotionally and cognitively, to believe in the myth of our powerlessness than in the reality of our own stupidity and moral cowardice.

Paul D. Miller is a professor of the practice of international affairs at Georgetown University. He served as director for Afghanistan and Pakistan on the national security council staff for Presidents George W. Bush and Barack Obama. He is a veteran of the war in Afghanistan. His most recent book is Just War and Ordered Liberty.

Voir enfin:

Biden’s Long Trail of Betrayals
Why is the president so consistently wrong on major foreign-policy matters?
Peter Wehner
The Atlantic
August 18, 2021

“I’m getting sick and tired of hearing about morality, our moral obligation,” Joe Biden said in 1975. “There’s a point where you are incapable of meeting moral obligations that exist worldwide.” At the time, he was arguing against U.S. aid to Cambodia. But he could just as easily have said the same about his decision this year to end the American presence in Afghanistan, a catastrophic mistake that has led to a Taliban takeover, undermined our national interest, and morally stained Biden’s presidency.

It is the latest blunder in a foreign-policy record filled with them.

In 1975, Biden opposed giving aid to the South Vietnamese government during its war against the North, ensuring the victory of a brutal regime and causing a mass exodus of refugees.
In 1991, Biden opposed the Gulf War, one of the most successful military campaigns in American history. Not only did he later regret his congressional vote, but in 1998, he criticized George H. W. Bush for not deposing Saddam Hussein, calling that decision a “fundamental mistake.”
In 2003, Biden supported the Iraq War—another congressional vote he later regretted.
In 2007, he opposed President George W. Bush’s new counterinsurgency strategy and surge in troops in Iraq, calling it a “tragic mistake.” In fact, the surge led to stunning progress, including dramatic drops in civilian deaths and sectarian violence.
In December 2011, President Barack Obama and Vice President Biden withdrew America’s much-scaled-down troop presence in Iraq; the former had declared Iraq to be “sovereign, stable, and self-reliant,” and the latter had predicted that Iraq “could be one of the great achievements of this administration.” Their decision sent Iraq spiraling into sectarian violence and civil war, allowing Iran to expand its influence and opening the way for the rise of the jihadist group ISIS.
According to Obama’s memoir A Promised Land, Biden had advised the former president to take more time before launching the raid that killed Osama bin Laden.
Ten years ago, Biden said in an interview that “the Taliban per se is not our enemy.” He added, “If, in fact, the Taliban is able to collapse the existing government, which is cooperating with us in keeping the bad guys from being able to do damage to us, then that becomes a problem for us.” Indeed.

In his 2014 memoir, Duty: Memoirs of a Secretary at War, Robert Gates, who served as the secretary of defense under George W. Bush and Obama, said that Biden “has been wrong on nearly every major foreign policy and national security issue over the past four decades.”

So is there a unifying theory of why Biden is so consistently wrong on major foreign-policy matters? Does he misunderstand something about the world, or possess some set of instincts that don’t serve him well?

Perhaps the place to begin is by recognizing that Biden has never been an impressive strategic thinker. When talking about his strengths, those close to Biden stress his people skills: his ability to read foreign leaders, to know when to push and when to yield, when to socialize and when to turn to business. But that’s very different from having a strategic vision and a sophisticated understanding of historical events and forces.

What the Biden foreign-policy record shows, I think, is a man who behaves as if he knows much more than he does, who has far too much confidence in his own judgment in the face of contrary advice from experts. (My hunch is he’s overcompensating for an intellectual inferiority complex, which has manifested itself in his history of plagiarism, lying about his academic achievements, and other embellishments.)

On national-security matters, President Biden lacks some of the most important qualities needed in those who govern—discernment, wisdom, and prudence; the ability to anticipate unfolding events; the capacity to make the right decision based on incomplete information; and the willingness to adjust one’s analysis in light of changing circumstances.

To put it in simple terms, Joe Biden has bad judgment.

William Inboden of the Clements Center for National Security at the University of Texas, who worked on George W. Bush’s National Security Council, told me that the key thing to understand about Biden is he is first and foremost a politician, consistently aligned with the Democratic Party’s center of gravity on any foreign-policy issue, a follower more than a leader, and certainly not an independent or creative thinker.

But Biden’s foreign-policy record has one other through line: the betrayal of people who have sided with the United States against its enemies and who, in the aftermath of American withdrawal, face a future of oppression, brutality, and death. And these betrayals of people in foreign lands seem to leave Biden unmoved. There is a troubling callousness to it all, a callousness that is at odds with empathy that Biden has clearly shown in other areas of his life.

According to my colleague George Packer’s biography of Richard Holbrooke, Obama’s special envoy to Afghanistan and Pakistan, Biden has argued that the United States does not have an obligation to Afghans who trusted the United States.

“We don’t have to worry about that. We did it in Vietnam. Nixon and Kissinger got away with it,” Biden told Holbrooke. Biden also “reportedly pushed back on the argument that America had a moral obligation to women in Afghanistan,” according to The Washington Post.

The withdrawals that Biden insisted on in Iraq and Afghanistan were at stages in those wars when very few American troops were at risk, when U.S. troop levels in those countries were quite low. As Paul D. Miller wrote in The Dispatch, “The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan.” Miller, a veteran of the war in Afghanistan who served as director for Afghanistan and Pakistan on the National Security Council for Presidents George W. Bush and Obama, went on to say this:

The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse.

But Biden decided to do in Afghanistan what he decided to do in Iraq: cut the cord because he was determined to cut the cord, because he thinks he knows better, not because circumstances on the ground dictated that it be done. The result is a human-rights catastrophe.

America’s second Catholic president speaks openly of his faith, carries a rosary in his pocket, and attends Mass every Sunday. “Joe is someone for whom the ways in which he sees issues around racial justice, around the treatment of refugees and immigrants—all of that is connected to a view of other people—who he sees as neighbor, who he sees as being made in the image of God,” Senator Chris Coons of Delaware, a close friend of Biden’s, told NPR.

Carol Keehan, the former head of the Catholic Health Association, who has worked closely with Biden for years, echoes those sentiments. “He’s very clear about justice,” she told NPR. “When Joe Biden talks about faith, he talks very much about things like the Gospel of Matthew—‘what you’ve done to the least of my brother, you’ve done to me.’”

Just don’t tell that to the girls, women, and other frightened souls in Afghanistan who, thanks to a decision made by Joseph R. Biden Jr., are about to enter the gates of hell.

COMPLEMENT:

Retrait d’Afghanistan : le fiasco de trop pour Joe Biden

Gérald Olivier

25 août 2021

Depuis la chute de Kaboul, le climat politique aux Etats-Unis a changé du tout au tout. C’est comme si les Américains se réveillaient après plusieurs mois d’insouciance avec une gueule de bois carabinée. Les images terribles et les commentaires cinglants suscités par le départ chaotique des Américains d’Afghanistan ont comme ouvert les yeux des électeurs. Ce qui était toléré, ou même ignoré depuis huit mois, au nom de l’alternance ou du « tout sauf Trump », ne l’est plus.

Médias et électeurs portent un nouveau regard sur la politique de l’administration et découvrent subitement les multiples crises qui affectent l’Amérique depuis huit mois : crise migratoire, crise de l’énergie, crise sanitaire sans fin, crise budgétaire, crise sociale et même crise raciale et culturelle, avec l’inquiétante révolution « woke ». Leur verdict est impitoyable. Il se traduit, entre autres choses, par une chute de la popularité de Joe Biden et de la cause Démocrate.

De janvier à juillet, Joe Biden a bénéficié d’une côte de popularité relativement stable, avec 53% d’opinions favorables et 42% d’opinions défavorables. Des chiffres moins bons que ceux de Barack Obama ou Ronald Reagan, au même stade de leur mandat, mais comparables à ceux de Bill Clinton ou Georges W. Bush. Depuis le 15 août cependant, cette côte a chuté de cinq points, tombant à 48%. Selon plusieurs instituts de sondages, les opinions défavorables dépassent désormais les opinions favorables.

Cette chute est particulièrement sensible sur la situation en Afghanistan. Seuls 25% des électeurs approuvent la gestion de ce dossier par Biden contre 60% qui la désapprouvent. Mais cette chute touche aussi d’autres pans de sa politique.

Sur la gestion du Covid, Biden a perdu seize points entre avril et août. 53% des électeurs le soutiennent, contre 69% précédemment.

Sur l’économie il a perdu cinq points. Ils ne sont plus que 47% à l’approuver, contre 52% en avril. Alors que 49% désapprouvent ses options.

Sur l’immigration, seuls 33% des électeurs approuvent le travail de Biden. 55% en ont une opinion défavorable.

Sur la question de savoir si le pays, dans son ensemble, évolue dans la « bonne », ou la « mauvaise » direction, Joe Biden n’est plus suivi que par 33% des électeurs. Contre 44% en avril. C’est son plus mauvais score depuis son entrée à la Maison Blanche.

Cette chute de popularité n’a rien de surprenant. Elle aurait même pu survenir plus tôt. L’administration Biden n’a cessé de prendre des décisions à l’encontre des intérêts américains. Intérêts nationaux, ou intérêts particuliers. Partout où son administration est intervenue, le résultat a été désastreux. Comme le souligne Jim Jordan, Représentant Républicain de l’Ohio, : « l’administration Biden s’est plantée sur tous les sujets qu’elle a abordés. » Tout ce que Biden touche devient un champ de ruines. Barack Obama aurait dit à son sujet : « ne sous-estimez jamais la capacité de Joe (Biden) à tout foutre en l’air ». Le fiasco afghan lui donne raison. Toutefois ce fiasco n’est pas le seul d’une présidence, vieille de seulement huit mois. La crise afghane a plutôt servi à réveiller les consciences. C’est le fiasco de trop. Celui qui fait ressortir toutes les crises précédentes. Et elles sont nombreuses.

La première reste la crise migratoire.

2021 sera une année record pour les entrées de clandestins aux Etats-Unis. Au rythme actuel, leur nombre pourrait approcher des deux millions ! Du quasi jamais vu. En juillet, les garde-frontières ont effectué deux cent mille arrestations. Le chiffre mensuel le plus élevé depuis vingt ans ! Cet afflux massif de clandestins est la conséquence directe des politiques vantées puis mises en place par l’administration Biden.

Donald Trump avait fait campagne contre l’immigration clandestine. Et il avait tenu promesse. A l’issu de son mandat le flot des entrées illégales s’était presque tari. En avril 2020 le nombre d’arrestations à la frontière mexicaine était tombé à seize mille. D’un côté, la pandémie de Covid-19 naissante avait découragé les tentatives de passage, de l’autre ses décisions avaient porté leur fruit : construction d’un mur à la frontière mexicaine (la longueur bâtie fut inférieure aux attentes de ses électeurs, mais l’objet n’en avait pas moins une forte portée symbolique) ; obligation pour les demandeurs d’asile de déposer leurs demandes depuis l’étranger ; renvoi systématique des clandestins hors du pays.

Ces politiques ont été abandonnées par l’administration Biden. Dès les premiers jours. Par décrets présidentiels. Et Joe Biden a annoncé en fanfare une grande loi d’amnistie pour les douze millions de clandestins déjà présents aux Etats-Unis. Ces décisions et ces annonces ont fonctionné comme un appel d’air et déclenché un afflux massif de nouveaux candidats à l’immigration. En avril 2021 le nombre d’arrestations à la frontière mexicaine fut de cent quatre-vingt-dix mille ! Douze fois plus qu’un an plus tôt. Cet afflux a submergé les services sociaux des localités et régions concernées. S’en suivit une crise humanitaire et sanitaire dont les images ont indigné les Américains : gardes-frontières débordés, centre d’accueils surpeuplés, mineurs non-accompagnés entassés par centaines dans des cellules vitrées, etc. L’administration Démocrate a été dépassée par les conséquences de ses décisions.

Cette crise n’est toujours pas terminée ! Elle n’occupe plus les écrans, comme au printemps, mais les clandestins continuent d’affluer.

La seconde crise concerne l’énergie.

Comme la précédente, elle est entièrement le fait des politiques instituées par l’administration Biden. C’est une crise qui n’avait pas lieu d’être. L’excellente santé du secteur énergétique constituait le succès le plus retentissant de l’administration Trump. L’Amérique était devenue, pour la première fois de son histoire moderne, auto-suffisante en énergie. Les Américains produisaient plus qu’ils ne consommaient. Mieux, les Etats-Unis étaient devenus le premier producteur de gaz naturel et le premier producteur de pétrole au monde. Devant la Russie et devant l’Arabie Saoudite. Cette réussite a été sapée, consciemment et délibérément, par Joe Biden et les Démocrates.

Les deux éléments déclencheurs furent deux décrets signés dans les premiers jours de l’administration. Le premier suspendit, sans sommation, la construction du pipeline Keystone, reliant des champs bitumineux du Canada et du nord des Etats-Unis au golfe du Mexique. Le second suspendit les permis d’exploration et de forages sur les terres fédérales et programma l’élimination progressive des énergies fossiles aux Etats-Unis. Le président signa d’un trait de plume la mort d’un secteur économique florissant et des dizaines de milliers d’emplois qui en dépendent.

Cela a été fait au nom de la lutte contre le changement climatique, pénalisant instantanément l’économie et l’emploi aux Etats-Unis. Sans aucune contrepartie de la part des partenaires et concurrents des Etats-Unis. Au contraire, Biden mit fin aux sanctions imposées par Donald Trump contre le pipeline russe Nord-Stream 2, donnant un coup de pouce à l’exportation du gaz russe vers l’Allemagne et l’Europe centrale. Non content de pénaliser l’Amérique il favorisait ses concurrents. Une logique incompréhensible pour les électeurs.

La première conséquence de cette politique fut une envolée du prix de l’essence à la pompe et du pétrole au baril ! .Le « gallon » (4 litres) d’essence qui coûtait environ deux dollars sous Donald Trump en coûte désormais le double. Parfois plus. En Californie une station-service située sur le célèbre Highway 101, affichait un prix de 5, 39 dollars le gallon cet été.

Le prix du baril qui se situait autour de 40 dollars début novembre 2020 approche désormais les 80 dollars ! Il a été multiplié par deux en huit mois ! Comble de l’incohérence le président Biden a demandé, début août, aux membres de l’OPEP d’augmenter leur propre production, pour faire baisser les prix et soutenir l’économie mondiale… Si le ridicule tuait, il y aurait une hécatombe à la Maison Blanche!

Cette hausse du prix du brut ne s’est pas produite dans un vide économique. Le prix de toutes les matières premières est reparti à la hausse engendrant aux Etats-Unis un redémarrage de l’inflation ! Une crise supplémentaire manufacturée par l’administration.

L’inflation renvoie à un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C’était le mal des années 1970-1990. Elle avait disparu du contexte international depuis. Elle revient aux Etats-Unis. En mai et juin les prix ont augmenté à un rythme annuel de 12%. Le taux le plus élevé depuis 2008. Sur les douze derniers moi la hausse est de 5,4%, alors que depuis 2010 elle a été contenue entre 1 et 2% par an. Les produits les plus touchés sont le bois (donc l’immobilier et le mobilier aux Etats-Unis), les voitures, les appareils électroménagers, le café, la viande et les soins de santé.

Au-delà du contexte international qui peut susciter des variations de prix sur certains produits comme le café, les analystes attribuent ces hausses au nouveau « climat inflationniste ». Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Biden a approuvé plus de trois mille milliards de dépenses supplémentaires, portant la dette nationale à près de trente mille milliards de dollars, à travers des plans de relance successifs, et des gros projets d’infrastructures. Or ces trains de mesure débordent de dotations aux motivations plus politiques qu’économiques (ce que les Américains appellent « pork ») et surtout seront financés par l’emprunt c’est-à-dire la planche à billets…

Ce qui n’a pas empêché Joe Biden d’annoncer par ailleurs une série de hausses d’impôt.

La taxe fédérale sur les revenus du capital passerait de 29% aujourd’hui à 39%. Une fois facturées les taxes d’Etat sur ces mêmes gains, les investisseurs se verraient ponctionnés de près de 49%. Ce qui ferait des Etats-Unis le pays avec la taxation du capital la plus lourde de tous les pays de l’OCDE ! Surprenant pour un pays encore dénoncé comme porte étendard de l’ultra-libéralisme

Dans la foulée, Biden a proposé une hausse des taxes sur le revenu des salariés, sur les entreprises, sur la propriété et même sur les successions. Il ne s’agit pour l’instant que de propositions qui doivent être débattues au Congrès mais l’effet de ces annonces sur l’économie a été immédiat.

Entreprises et investisseurs hésitent à s’engager avant de savoir à quelle sauce ils seront mangés. Du coup l’économie se traine. Le taux de chômage national reste largement au-dessus de ce qu’il était sous Donald Trump avant la pandémie de Covid-19. 5,4% en juillet 2021 contre 3,2% en décembre 2019.

Justement la pandémie n’en finit pas aux Etats-Unis. C’est une crise supplémentaire et les Américains se lassent de recommandations changeantes et d’une obligation de port du masque sans cesse prolongée dont les politiciens à Washington semblent, au passage, être exempts.

Grace au plan « Warp speed » de Donald Trump, les Etats-Unis ont développé en 2020 plusieurs vaccins contre le Covid en un temps record, neuf mois. La campagne de vaccination a commencé dès décembre, avant la prise de fonction de Joe Biden. Celui-ci avait promis que le 4 juillet, date de la fête nationale, serait aussi la date de la « libération », c’est-à-dire de la fin des restrictions liées au Covid. Nous sommes fin août et les restrictions sont toujours en place. Pire, le Docteur Anthony Fauci, expert scientifique auprès du gouvernement, affirme à présent que « la pandémie ne sera pas sous contrôle avant le printemps 2022 ». Et encore, à condition que les taux de vaccination progressent.

La faute aux « variants », dit-il. C’est-à-dire aux différentes mutations du virus, La faute aussi à une perte de confiance des Américains envers les vaccins. Non seulement leur efficacité est limitée dans le temps (certains parlent de rappels annuels, comme pour la grippe) mais ces vaccins n’ont pas enrayé la propagation du virus. Illustration étonnante de ce phénomène de rejet, Donald Trump, d’habitude si adulé par ses partisans, a récemment essuyé des huées quand il a invité ses supporters à se faire vacciner ! La campagne de vaccination a d’ailleurs connu un coup d’arrêt au cours des dernières semaines. Avec 52% de sa population vaccinées, les Etats-Unis se retrouvent au même niveau de vaccination que la Grèce et derrière la France.

L’ultime crise de crise est une crise raciale, avec des retombées culturelles et sociales.

Depuis huit mois, au nom de « l’équité raciale », les programmes scolaires, les enseignements militaires, et même les formations professionnelles des grandes entreprises ont été bouleversés pour faire place à la « théorie critique des races ». Le phénomène s’est répandu à travers le pays comme une trainée de poudre. C’est une révolution culturelle d’une telle soudaineté et d’une telle ampleur qu’elle a d’abord suscité de l’incrédulité, avant de déboucher sur un rejet résolu de la part des électeurs, toutes races confondues !

La « théorie critique des races » est une construction intellectuelle d’inspiration marxiste qui considère la race comme le vecteur dominant des rapports sociaux et dénonce les personnes de race « blanche » comme intrinsèquement racistes. Sans exception. Ce racisme serait responsable de la persistance d’un échec économique au sein d’une partie de la communauté noire et appellerait à être corrigé par des réparations financières et une rééducation de la communauté blanche.

Les tenants de cette théorie, appuyés par l’administration Biden, mettent en avant le concept « d’équité » raciale, qui va bien au-delà de l’idée « d’égalité » raciale. Il ne s’agit plus de garantir l’égalité des chances. Il s’agit de parvenir à l’égalité des résultats. C’est une idée qui a germé pendant des décennies au sein de la gauche radicale américaine et de Noirs « racialistes » avant d’exploser au visage de l’Amérique en 2021.

Concrètement, elle passe par l’enseignement dans les écoles primaires américaines de l’existence d’un racisme systémique blanc. Dès l’âge de sept ans, les écoliers sont soumis à cet endoctrinement et tenus d’apprendre et réciter ses préceptes, comme les Chinois sous Mao et les Cambodgiens sous Pol Pot.

Les nouvelles recrues de l’armée sont sommées de lire le livre « Comment devenir un anti-raciste » par Ibram Xolandi Kendi (de son vrai nom Ibram Henry Rogers), dont l’une des propositions est la mise en place d’un « Ministère de l’anti-racisme » chargé de superviser l’action de… tous les autres ministères.

Tandis que la gauche et de pseudo-révolutionnaires noirs font ainsi la chasse aux racistes blancs, la criminalité explose, dans les quartiers noirs et au-delà. Depuis les manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd en mai 2020, avec leur flot de revendications visant à réduire les services de police dans les grandes villes, on assiste à une explosion de toutes les formes de criminalité: homicides par armes à feu, vols de voiture, cambriolages et vols à l’étalage.

New York, Chicago, Baltimore, Saint Louis, Detroit, Sans Francisco, et d’autres grandes villes ont vu une hausse vertigineuse de nombre de meurtres. A Chicago, les meurtres ont augmenté de 50% entre 2019 et 2020, passant de 500 à 775. En 2021, le cap de 800 meurtres pourrait être dépassé. A Seattle la progression a été de 61%. A Minneapolis, ville où George Floyd a été tué, les homicides sont remontés à leur niveau des années 1990, au plus fort des ravages de la « crack-cocaïne ». Idem dans la capitale fédérale Washington D.C..

Ces villes ont deux choses en commun. Elles sont toutes dirigées par des administrations démocrates depuis des décennies. Elles ont toutes réduit leur budget consacré à la police en 2020.

A San Francisco, le vol à l’étalage est devenu une activité banale. Régulièrement, les grands magasins sont dévalisés par des bandes de pillards qui prennent soin de ne pas voler pour plus de 950 dollars de marchandises. En effet une loi locale considère qu’en dessous de cette somme le vol n’est pas un « crime » mais un simple « délit » et que la police ainsi que le procureur s’en désintéresseront. Résultat, les pillages se déroulent en plein jour, sous les caméras de sécurité et sous l’œil de gardes qui ont pour ordre de ne pas intervenir, de peur de provoquer des affrontements violents pouvant engendrer des victimes humaines…

Voilà à quoi ressemble l’Amérique de Joe Biden.

Avec des tels résultats il est presque surprenant que sa côte de popularité ne soit pas encore plus basse. Il peut remercier les médias dominants qui jusqu’à présent l’ont épargné. Comme ils l’avaient fait durant la campagne électorale. Mais cela aussi est en train de changer. A la lumière de la débâcle afghane CNN et le New York Times réévaluent leur soutien aveugle à Joe Biden. Leurs journalistes retrouvent soudain de leur mordant et Joe Biden est pointé du doigt pour ses lapsus, ses errements, ses trous de mémoire, ses faiblesses intellectuelles, et surtout sa déconnexion apparente face aux conséquences gravissimes de sa politique. Il transparaît de plus en plus que Biden n’est qu’un président par intermittence. La question de savoir s’il est en mesure de diriger le pays, et s’il peut achever son mandat, est sur toutes les lèvres.

Toutefois, une destitution ou une démission de Joe Biden, ouvrirait la porte du bureau ovale à Kamala Harris, sa vice-présidente. Et heureusement pour lui, elle est encore plus impopulaire qu’il ne l’est devenu.


Cannes/74e: On s’agenouille tous pour la People’s Republic of Brooklyn ! (BLMization of world cinema: Guess which Hollywood friend of notorious antisemites Farrakhan and Sharpton the Cannes film festival just happened to pick for its president poster boy ?)

9 juillet, 2021

 

Do the Right Thing' — remixed

Spike Lee Do the right Thing – Analysis of the riot scene – Au cas ou ça t'aiderais
Spike Lee Do the right Thing – Analysis of the riot scene – Au cas ou ça t'aiderais

The DGA Fails to Do the Right Thing | by Argun Ulgen | The Outtake | Medium

Martin Luther King, Jr. quote: It is always the right time to do the right ...Malcolm X quote: I don't even call it violence when it's in self... Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesOpinion | The Civil Rights Act of 2020 - The New York TimesViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPuisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race.  Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
The greatest miracle Christianity has achieved in America is that the black man in white Christian hands has not grown violent. It is a miracle that 22 million black people have not risen up against their oppressors–in which they would have been justified by all moral criteria, and even by the democratic tradition! It is a miracle that a nation of black people has so fervently continued to believe in a turn-the-other-cheek and heaven-for-you-after-you-die philosophy! It is a miracle that the American Black people have remained a peaceful people, while catching all the centuries of hell that they have caught, here in white man’s heaven! The miracle is that the white man’s puppet Negro ‘leaders,’ his preachers and the educated Negroes laden with degrees, and others who have been allowed to wax fat off their black poor brothers, have been able to hold the black masses quiet until now. Malcom X (épigraphe du film Do the right thing)
Ils sont toujours à la recherche de leur golden boy blanc. Spike Lee
Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction. Spike Lee
Tu as brûlé ma photo dans Do the Right Thing! Frank Sinatra
Parce que l’impatience est immense de retrouver enfin le décor cannois : le bord de mer, les palmiers et l’écran noir qui accueillera en page blanche les films de la Sélection officielle, parce que ce regard curieux qu’il va poser sur le travail de ses collègues cinéastes qui viennent apporter des nouvelles du monde, de leur monde et forcément un peu du nôtre, parce que ce regard personnel qu’il nous offre depuis son tout premier film : tourné dans la chaleur de l’été 1985 en noir et blanc – déjà –, il bousculait le cinéma – déjà – en imposant un style précurseur, pétri de culture urbaine et populaire, parce que ce regard tendre qu’il incarne en Mars Blackmon, le B-Boy de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, stéréotype de représentation de la communauté afro-américaine que le film dynamite, parce que ce regard malicieux qui, malgré questionnements renouvelés et révoltes incessantes depuis près de quatre décennies, ne néglige jamais le divertissement, … Spike Lee, citoyen de la « People’s Republic of Brooklyn, New York », est sur l’affiche de cette édition collector… forcément ! Who else ? Depuis la « People’s Republic of the World of Cinéma, Cannes. L’équipe du Festival de Cannes
Sal, how come you ain’t got no brothers up on the wall here? (…)  you own this, but rarely do I see any Italian Americans eating in here. All I’ve ever seen is black folks. So since we spend much money here, we do have some say. (…) Put some brothers up on this Wall of Fame. We want Malcolm X, Angela Davis, Michael Jordan tomorrow. (…) Boycott Sal’s. Boycott Sal’s. Buggin out (personnage de Do the right thing)
What did I tell ya ’bout dat noise? (…) What da fuck! Are you deaf? (…) Turn that JUNGLE MUSIC off. We ain’t in Africa. (…) It’s about turning that shit off and getting the fuck outta my pizzeria. (…) What ever happened to nice music with words you can understand? Sal (propriétaire de la pizzeria dans Do the right thing)
Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. [Al Sharpton] a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée. Spike Lee
Tout d’un coup une maladie surgit de nulle part et pour laquelle personne n’a de remède, et elle cible spécifiquement les gays et les minorités (les latinos et les noirs). La maladie mystérieuse, ouais, à peu près aussi mystérieuse que le génocide. […] Je suis convaincu que le sida est une maladie conçue par le gouvernement. Spike Lee (Rolling Stone, 1992)
Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. Spike Lee (après un voyage en Afrique du sud)
Abattez-le avec un calibre .44 Bulldog. Spike Lee (au sujet de Charlton Heston, alors acteur et président de la NRA)
Je ne vois jamais d’hommes noirs avec de belles femmes blanches. Ils sont laids, moches, des chiens. Et vous voyez toujours des hommes blancs avec de belles femmes noires. Chaque fois que vous voyez un couple interracial, les gens les regardent fixement. (…) Je n’ai pas besoin d’ennuis. Comme je n’y vais pas, je n’aime pas cette merde. Je ne trouve pas les femmes blanches attirantes, c’est tout. Et il y a beaucoup trop de belles femmes noires. (…) Les noirs ne peuvent pas être racistes. Spike Lee (1991)
I give interracial couples a look. Daggers. They get uncomfortable when they see me on the street. Hand in hand and arm in arm. I just hope they’re on in it for the sex mythology. Spike Lee
It’s not too far-fetched. I don’t put anything past the United States government. I don’t find it too far-fetched that they tried to displace all the black people out of New Orleans. Spike Lee
My first experience [with doing nude scenes] was Do the Right Thing. And I had a big problem with it, mainly because I was afraid of what my family would think — that’s what was really bothering me. It wasn’t really about taking off my clothes. But I also didn’t feel good about it because the atmosphere wasn’t correct. And when Spike Lee puts ice cubes on my nipples, the reason you don’t see my head is because I’m crying. I was like, I don’t want to do this. Rosie Perez
[Spike Lee] n’a pas été suivi, je n’ai vu personne d’autre monter au créneau, et ce sont plutôt des libéraux blancs qui reprochent au film de n’être pas très correct. J’utilise le mot nigga parce que je n’ai qu’une idée en tête: être au plus près de la vérité des personnages d’Elmore Leonard, c’est ainsi qu’ils s’expriment : “Comment ça va, nigga ?” J’ai grandi dans un environnement où on parlait comme ça. Je ne vois pas pourquoi je n’écrirais pas les choses telles qu’elles sont. Je devrais prendre des pincettes pour écrire un personnage noir ? Je suis bien placé pour écrire des personnages de jeune femme ou de vieux gangster mais pas des personnages noirs ? C’est délirant. Quentin Tarantino (1998)
Je ne pense pas que le mot est insultant placé dans le contexte du film. Les artistes noirs pensent qu’ils sont les seuls autorisés à utiliser ce mot. Jackie Brown est un superbe film rendant hommage aux films de la Blaxploitation. C’est un bon film, chose que Spike n’a pas fait depuis quelques années. (…) Y avait-il un autre mot pour appeler les personnes noires dans le langage courant à cette époque ? Si vous devez faire un film d’époque, alors vous devez utiliser le langage qui était présent. Et c’était ce langage qui était présent à cette époque. J’ai grandi dans le Sud, j’ai entendu Nigger toute ma vie. Je ne suis pas perturbé par ça. Samuel L. Jackson
Je ne peux pas en parler, parce que je n’irai pas le voir. Je ne veux pas le voir. […] Je pense que ça serait manquer de respect à mes ancêtres. C’est tout ce que j’ai à dire. Je ne peux pas manquer de respect à mes ancêtres.  L’esclavage américain n’était pas un western spaghetti de Sergio Leone. C’était un holocauste. Mes ancêtres étaient esclaves. Je leur ferai honneur. Spike Lee
 Clint Eastwood a fait deux films sur Iwo Jima qui dépassaient les quatre heures au total et pas un acteur noir n’est vu à l’écran. (…) Dans sa version d’Iwo Jima, les soldats noirs n’existaient pas. Si vous, les journalistes, en aviez, vous lui demanderiez pourquoi. Il n’y a aucun moyen que je sache pourquoi il a fait ça… Mais je sais que ça lui a été signalé et qu’il aurait pu le changer. Ce n’est pas comme s’il ne savait pas. Spike Lee
Est-ce qu’il déjà étudié l’histoire ? (…) Il s’est plaint quand j’ai fait Bird [le biopic de 1988 de Charlie Parker]. Pourquoi un Blanc ferait-il ça ? J’étais le seul gars qui l’a fait, c’est pour ça. Il aurait pu aller de l’avant et y arriver. Au lieu de cela, il faisait autre chose. Quant à Flags of Our Fathers, oui, il y avait un petit détachement de troupes noires sur Iwo Jima dans le cadre d’une compagnie de munitions, mais ils n’ont pas hissé le drapeau. L’histoire est Flags of Nos pères, la célèbre photo de lever de drapeau, et ils n’ont pas fait ça. Si je mettais un acteur afro-américain là-dedans, les gens diraient : « Ce type a perdu la tête. » Je veux dire, ce n’est pas exact. (…) Qu’est-ce que tu vas faire, tu vas raconter une putain d’histoire à ce sujet ? Faire ressembler ça à une publicité pour un joueur de l’égalité des chances ? Je ne suis pas dans ce jeu. Je « Je le joue comme je l’ai lu historiquement, et c’est comme ça. Quand je fais une image et qu’elle est à 90% noire, comme Bird, j’utilise 90% de noirs. (…) Je ne vais pas faire de Nelson Mandela un Blanc. Clint Eastwood
EVERYBODY REPOST THIS George W. Zimmerman 159 Edgewater Circle Sanford, Florida 32773 — MARCUS D.HIGGINS (@MACCAPONE) ⁠Spike Lee (March 23, 2012)
Pas ma tasse de thé. Un tel point de vue sur les Noirs n’est vraiment pas tolérable. Spike Lee (au sujet de Green book)
I grew up here in Fort Greene. I grew up here in New York. It’s changed. And why does it take an influx of white New Yorkers in the south Bronx, in Harlem, in Bed Stuy, in Crown Heights for the facilities to get better? The garbage wasn’t picked up every motherfuckin’ day when I was living in 165 Washington Park. P.S 20 was not good. P.S 11. Rothschild 294. The police weren’t around. When you see white mothers pushing their babies in strollers, three o’clock in the morning on 125th Street, that must tell you something. (…) Then comes the motherfuckin’ Christopher Columbus Syndrome. You can’t discover this! We been here. You just can’t come and bogart. There were brothers playing motherfuckin’ African drums in Mount Morris Park for 40 years and now they can’t do it anymore because the new inhabitants said the drums are loud. My father’s a great jazz musician. He bought a house in nineteen-motherfuckin’-sixty-eight, and the motherfuckin’ people moved in last year and called the cops on my father. He’s not — he doesn’t even play electric bass! It’s acoustic! We bought the motherfuckin’ house in nineteen-sixty-motherfuckin’-eight and now you call the cops? In 2013? Get the fuck outta here! Nah. You can’t do that. You can’t just come in the neighborhood and start bogarting and say, like you’re motherfuckin’ Columbus and kill off the Native Americans. Or what they do in Brazil, what they did to the indigenous people. You have to come with respect. There’s a code. There’s people. You can’t just – here’s another thing: When Michael Jackson died they wanted to have a party for him in motherfuckin’ Fort Greene Park and all of a sudden the white people in Fort Greene said, « Wait a minute! We can’t have black people having a party for Michael Jackson to celebrate his life. Who’s coming to the neighborhood? They’re gonna leave lots of garbage. » Garbage? Have you seen Fort Greene Park in the morning? It’s like the motherfuckin’ Westminster Dog Show. There’s 20,000 dogs running around. Whoa. So we had to move it to Prospect Park! I mean, they just move in the neighborhood. You just can’t come in the neighborhood. I’m for democracy and letting everybody live but you gotta have some respect. You can’t just come in when people have a culture that’s been laid down for generations and you come in and now shit gotta change because you’re here? Get the fuck outta here. Can’t do that! (…) And then! So you’re talking about the people’s property change? But what about the people who are renting? They can’t afford it anymore! You can’t afford it. People want live in Fort Greene. People wanna live in Clinton Hill. The Lower East Side, they move to Williamsburg, they can’t even afford fuckin’, motherfuckin’ Williamsburg now because of motherfuckin’ hipsters. What do they call Bushwick now? What’s the word? (…) That’s another thing: Motherfuckin’… These real estate motherfuckers are changing names! Stuyvestant Heights? 110th to 125th, there’s another name for Harlem. What is it? What? What is it? No, no, not Morningside Heights. There’s a new one. (…) What the fuck is that? How you changin’ names? And we had the crystal ball, motherfuckin’ Do the Right Thing with John Savage’s character, when he rolled his bike over Buggin’ Out’s sneaker. I wrote that script in 1988. He was the first one. How you walking around Brooklyn with a Larry Bird jersey on? You can’t do that. Not in Bed Stuy. So, look, you might say, « Well, there’s more police protection. The public schools are better. » Why are the public schools better? First of all, everybody can’t afford — even if you have money it’s still hard to get your kids into private school. Everybody wants to go to Saint Ann’s — you can’t get into Saint Ann’s. You can’t get into Friends. What’s the other one? In Brooklyn Heights. Packer. If you can’t get your child into there … It’s crazy. There’s a business now where people — you pay — people don’t even have kids yet and they’re taking this course about how to get your kid into private school. I’m not lying! So if you can’t get your kid into private school and you’re white here, and you can’t afford it, what’s the next best thing? All right, now we’re gonna go to public schools. So, why did it take this great influx of white people to get the schools better? Why’s there more police protection in Bed Stuy and Harlem now? Why’s the garbage getting picked up more regularly? We been here! (…) My one sole point though is wealth creation in the African-American community, something that we’ve traditionally been locked out – you bought a house in the ghetto and in three generations the house was worth nothing in the ghetto. So, for those homeowners that did stick in in Bed Stuy – my parents moved in it was an all Jewish neighbourhood there, so I’ve seen it through everything – so for those people that did stick in, now we have an opportunity for wealth creation that we’ve been locked out of. So now while it may not help the renters, and everything you said was absolutely true, what about that one aspect of wealth creation for people that have paid those taxes, that have fought to keep the crime down on their blocks, and all the other things they did to maintain… because the white folks are not moving back because it’s the ghetto, they’re moving back because they are beautiful blocks full of beautiful brownstones that have been well maintained by people of colour.] (…) The people you talked about are not a great number. Number one, a lot of these people have not kept their taxes so they can’t afford to keep the house. Number two, when these real estate guys come around and open a suitcase with a bunch of money they’re gonna sell it. I mean these people you’re talking about are elderly. And they get the money, their money goes a lot further down south. Black people by droves in New York City, it’s called reverse migration. They’re moving to Atlanta, they’re moving to North Carolina. They got a house, they got a lawn, they got a backyard, they have less taxes… New York City’s a hard place and so if you’ve worked all your life and you’re retired, they’re selling their houses and I don’t blame them. I can’t say to them, ‘you can’t sell your house’. They’re like, ‘Fuck you, Spike’. You have to do some research, and look at the numbers. The black American population of New York City is going down. There’s reverse migration. (…) what we need, we need affordable housing for everybody. People can’t afford, I mean, here’s the thing… the further away from Manhattan. Brooklyn Heights is the most expensive neighbourhood. Then you got Park Slopes, Fort Greene, Cobble Hill, Clinton Hill and then, you know, it works like this… the rents get cheaper the further away you go from Brooklyn. And the reality is, after the sand on Coney Island, it’s the motherfucking Atlantic ocean. So, where you gonna go? Where you gonna go? Puerto Ricans say the same thing. A lot of people said ‘well, we’re gonna move to Bucks County. Or move back to Puerto Rico’. People can’t afford to live here anymore. And if people can’t afford to live then it’s going to be the [words unclear] like you. There used to be a time you could… when $2 and $1, you could get by. You can’t do it anymore. So, if New York City is not affordable then the great art that we have is not going to be here, because people can’t afford it. So, I know what you’re saying, but I don’t see a lot of good coming from gentrification for the people living in those neighbourhoods. We got a new neighbourhood in the South Bronx now, what do we call it? What? SoBro. It’s a scam! It’s shenanigans, trickery, people being bamboozled, leather string, run a-muck. What they call Bushwick now? Spike Lee
Ce monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’ [Trump], le gars au Brésil [Bolsanoro] et Poutine sont des gangsters. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. (…) Quand on voit le frère Eric Gardner, le roi George Floyd, tué, lynché, je pense à Radio Raheem [personnage noir de Do the right thing tué par la police]. On pourrait croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les noirs ne soient plus chassées comme des animaux. Alors je suis content d’être ici. ⁠Spike Lee (président du festival de Cannes)
[Spike Lee qui appelle au boycott des Oscars et à des quotas] « Non, je trouve ça, c’est dans l’autre sens raciste, raciste pour les blancs. (…) On peut jamais savoir si c’est vraiment le cas, mais peut-être les acteurs noirs méritaient pas d’être dans la dernière ligne droite (…) Pourquoi classer les gens? On vit dans des pays où maintenant, quand même, on est plus ou moins accepté. Mais il y aura toujours des problématiques un petit peu: lui, il est moins beau, lui, il est est trop noir, lui, il est trop blanc… Il y aura toujours, toujours, quelqu’un qu’on va dire: ‘Oh, vous êtes trop’… Alors, on va classer tout ça pour faire des milliers de petites minorités partout? ». Charlotte Rampling (23.01.2016)
Je regrette que mes propos aient été mal interprétés cette semaine dna sl’interview avec Europe 1. Je voulais simplement dire que dans un monde idéal, on donnerait les mêmes chances de considération à toutes les prestations. Charlotte Rampling
La diversité est, dans notre industrie, un enjeu important auquel il faut trouver des réponses. Charlotte Rampling
There are particular individuals who are especially outraged by the lack of African-American Oscar nominees this year, such as director Spike Lee, who promises to boycott the supposedly racist ceremony. Actor Will Smith will too, insisting that his own failure to be nominated did not contribute to his pique — although his pique is symbolic of the crisis in the black community, while apparently black-on-black crime, illegitimacy, and gun violence are not so much. Yet by Spike Lee’s own standards and his own past, he should find nothing wrong with racial bias. Lee should boycott his own films for his long record of racist and reprehensible public statements designed to inflame and divide. It was the demagogic Lee, after all, who disclosed — inaccurately, as it turned out — the home address of the Zimmerman family in a sick effort to stir up violence during the Trayvon Martin debacle. And it was Lee who offered a number of incoherent but clearly racist comments about the supposed gentrification of his neighborhood (“You can’t just come in the neighborhood and start bogarting and say, like, you’re [expletive] Columbus and kill off the Native Americans”). Lee’s solution to apartheid in South Africa was direct and murderous. After visiting the country in the Nineties, he said: “I seriously wanted to pick up a gun and shoot whites. The only way to resolve matters is by bloodshed.” He has ridiculed interracial marriages in the tradition of Bull Connor’s old South. Announced Oscar host Chris Rock was said at one time also to be considering boycotting the awards. But why should Rock mind racialization? He too has a history of sloppy racist outbursts that contradict his comic persona. He claimed that police never shoot “white kids” — although the number of unarmed suspects shot annually by police roughly reflects the racial percentages of those who are arrested or detained by police. On the Fourth of July, Rock announced: “Happy white people’s independence day.” The logical corollary is to suggest that commemoration of Martin Luther King’s birthday should be confined to the black community. Speaking of the field of Oscar nominees this year, Rock, in an accidentally self-revealing comment, described the ceremony as “The White BET Awards. Victor Davis Hanson
Le nouveau film de Spike Lee, Chiraq, suscite la polémique à Chicago, où le tournage vient de débuter. En cause: le titre. Cette expression, contraction de «Chicago» et d’«Iraq», a été inventée par des rappeurs locaux en référence à une zone du sud de la ville où la violence par armes à feu prolifère. Plusieurs hommes politiques ont déjà dénoncé ce titre qui risque, selon eux, d’offrir une vision négative de la ville des vents. Le maire de Chicago Rahm Emanuel (Parti démocrate) a contesté le mois dernier le titre, indiquant que la ville devrait avoir son mot à dire après la réduction fiscale de 3 millions de dollars accordée au long métrage. Les Chicagoans, confrontés chaque jour à la violence, voient eux aussi d’un mauvais œil le tournage, rapporte le New York Times. Janelle Rush, une étudiante de 24 ans citée par le quotidien américain, n’apprécie pas le titre, mais pense «qu’il serait judicieux de montrer les quartiers de la ville que les médias ne montrent pas». Elle espère cependant «que [ce film] pourra renverser la tendance et présenter [Chicago] sous un aspect positif. Pour révéler qu’il y a autre chose que la violence par armes à feu». Le Figaro
Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’ [Trump], son gars au Brésil [Bolsanoro] et Poutine sont des gangsters. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. (…) Quand vous voyez le frère Eric Gardner, quand vous voyez le roi George Floyd, assassiné, lynché, je pense à Radio Raheem. On pourrait penser et espérer qu’une trentaine d’années plus tard, les Noirs cesseraient d’être pourchassés comme des animaux. Alors je suis content d’être ici. Spike Lee
This year’s poster features jury president Spike Lee looking out ironically through his large black glasses, framed by two palm trees. It’s not only the first time a black filmmaker presides over the jury, it’s also the first time a jury head appears on the official festival poster. Jury member Mati Diop also made history in 2019 when she became the first woman of color to have a film in competition at the festival with her feature Atlantics. This year’s jury, which awards the the festival’s highest honor the Palm D’or, also includes more women than men. At the opening day press conference, Diop and her fellow jurors emphasized the importance of greater equity and inclusion in legacy institutions like Cannes. When asked about her fellow jurors, American actor Maggie Gyllenhaal said, « I’m so curious to see what happens with this new formulation. » Cannes President Lescure says Spike Lee’s presence over the festivities in such a moment — amidst a pandemic and worldwide calls for racial justice — is particularly meaningful. « Because of his filmography, because of his talent because of his political and social actions, because of who he is, » says Lescure. « It seemed to us he was the right man, in the right place, at the right moment. » NPR
Imaginez un cinéaste blanc qui admirerait un leader raciste du Ku Klux Klan, critiquerait ses confrères pour avoir embauché trop d’acteurs de couleur et traiterait les noirs de « négros ». Imaginez le scandale, la presse en furie, les condamnations unanimes. Imaginez un peu. Mais voilà, Spike Lee a le bon goût d’être de gauche, afro-américain et militant « antiraciste ». A peine avait-il posé ses bagages sur la Croisette que le président du jury du 74e Festival de Cannes n’a pu s’empêcher de prêcher sa propagande progressiste face aux caméras. « Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’, son gars au Brésil et Poutine sont des gangsters, a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, au premier jour de l’événement, ce mardi 6 juillet. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. » Evidemment, le couplet sur les violences policières n’a pas manqué. « Quand vous voyez le roi George Floyd, tué, lynché, vous pourriez croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les personnes noires ne soient plus chassées comme des animaux », a poursuivi le premier réalisateur noir à présider le jury cannois, comme si le délinquant multirécidiviste, drogué et violent, étouffé au cours de son arrestation, était un modèle de vertu pour l’humanité. « Spike Lee a placé d’emblée le Festival sous le signe de la lutte, dénonçant les discriminations raciales et de genre », résume l’AFP, reprise par les médias français énamourés. Libération encense aussi sa « stature de guérillero ». C’est un « infatigable militant », renchérit Le Monde. Un militant haineux, serait-on tenté de préciser. Car le talentueux cinéaste de 64 ans a beau porter des lunettes (et un costume) roses sur le tapis rouge, il voit toujours le monde en noir et blanc. Jugez plutôt : dans son film Get on the Bus (1996), où le méchant de l’histoire est un chauffeur juif, Spike Lee célèbre la Million Man March, une manifestation afro-américaine organisée un an auparavant à Washington par Louis Farrakhan, le leader raciste, antisémite, négationniste, homophobe et complotiste de la Nation de l’islam (NOI), une organisation suprémaciste, noire et musulmane. Prêcheur de haine influent, Farrakhan a traité les blancs de « diables aux yeux bleus », Hitler de « très grand homme » et les juifs de « sangsues », accusés d’avoir fomenté le trafic d’esclaves et de diriger le gouvernement, l’économie, Hollywood et les médias. En 2014, celui qui considère le judaïsme comme un « mensonge trompeur » fustige encore ces « juifs sataniques qui contrôlent tout ». Un joli palmarès qui n’a pas refréné Spike Lee de l’étreindre tout sourire à l’avant-première de son film Chi-Raq, à Chicago, l’année suivante. « Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction », déclarait aussi dans une interview au Los Angeles Times, en 1992, le réalisateur, au sujet de la Nation de l’islam et de son film Malcolm X (1992), biopic à la gloire du célèbre prédicateur antisémite (les juifs sont des « youpins », « les juifs dirigent le pays ») et raciste virulent (« l’homme blanc est le diable »), délinquant repenti et converti à l’islam en prison, ex-porte-parole de la NOI et mentor de… Louis Farrakhan. Le cinéaste a même fait appel aux miliciens de l’organisation haineuse, adeptes de la violence et de l’intimidation, pour sécuriser les plateaux de ses films, parmi lesquels Do The Right Thing (1989), Jungle Fever (1991) et Malcolm X (1992). « Ils sont plus efficaces que la police », a-t-il expliqué. « La police et les noirs ne se sont jamais entendus, et la communauté a simplement un grand respect pour la Nation de l’islam. » Dans son brûlot Do The Right Thing apparaît aussi sur un mur de briques la phrase « Tawana a dit la vérité », référence directe et engagée à Tawana Brawley, une adolescente noire de 15 ans qui dit avoir été enlevée, violée et sodomisée par six hommes blancs, deux ans plus tôt. La jeune fille, retrouvée dans un sac poubelle, ses vêtements brûlés et déchirés, le corps recouvert d’excréments et d’insultes (« KKK », « négresse », « salope »), est défendue par le pasteur noir Al Sharpton, qui monte des manifestations, dénonce un crime raciste et calomnie sans preuves les suspects, y compris policiers. Sauf que tout est faux. L’agression a été inventée. Un an plus tard, à l’issue d’une enquête accablante, un grand jury conclut au canular. (…) A propos de son « ami » Al Sharpton, le réalisateur n’a d’ailleurs pas de mots assez forts pour vanter son action radicale. « Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée, louange-t-il, en 2020. J’ai hâte, debout à ses côtés, de voir, d’être témoin de cette nouvelle énergie, de ce jour nouveau sur le point d’advenir dans ces États-Unis d’Amérique. »  Pape « antiraciste » adoubé par l’ancien président Barack Obama et désormais par Joe Biden dont il est aussi un conseiller officieux, le Parti démocrate et la gauche institutionnelle, Al Sharpton est pourtant un prêcheur haineux, racialiste et antisémite, qui fut à l’origine d’un des plus graves incidents antisémites dans toute l’histoire des Etats-Unis. En 1991, après qu’un conducteur hassidique d’une ambulance tue par accident un garçon noir de 7 ans, le pompier pyromane encourage de violentes émeutes dans le quartier des Crown Heights, à Brooklyn. Les juifs sont des « marchands de diamants » avec « du sang de bébés innocents sur les mains », tempête-t-il. « Mort aux juifs ! », scandent aussi des factieux noirs, qui brûlent un drapeau israélien. Un étudiant rabbinique est même tué par une bande qui le poignarde et lui fracture le crâne. « Si les Juifs veulent le faire, dites-leur d’épingler leurs kippa et de venir chez moi », provoque Al Sharpton. Bilan : 152 policiers et 43 civils blessés. Menaces, chantage, extorsion… L’escroc multiplie depuis les fausses accusations de racisme. Lui aussi était à Washington en 1995 à la marche de son « ami » Farrakhan, exaltée par Spike Lee, dont les films Mo’s Better Blues (1990) et Bamboozled (2000) figurent des juifs racistes et manipulateurs. A l’époque, le réalisateur relaie également une théorie conspirationniste délirante, populaire au sein de la communauté noire et propagée par ses pires militants extrémistes, selon laquelle le gouvernement américain a créé le virus du sida. (…) Plus violent encore, il lâche au Guardian après avoir visité l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : « Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. » Des années plus tard, il appellera même au meurtre de Charlton Heston, alors patron de la NRA, exhortant quelqu’un à « tirer avec un calibre .44 Bulldog » sur l’acteur oscarisé, un mois après la tuerie sanglante de Columbine, en mai 1999. (…) Fidèle à la pensée racialiste, exprimée par des intellectuels noirs radicaux depuis les années 60, Spike Lee sombre carrément dans le séparatisme en avouant son mépris pour les couples mixtes. (…) Lui-même a juré de ne jamais entretenir de relation avec des femmes blanches (…) Dans le même entretien à Playboy, il ajoutait : « Les noirs ne peuvent pas être racistes. » Ironie de l’histoire, son père, le musicien de jazz Bill Lee, a épousé une femme blanche et juive… Ajoutons à son CV gratiné que le réalisateur de BlacKkKlansman (2018) a pris la défense de criminels noirs, diffusé une fausse adresse de George Zimmerman, accusé (puis acquitté) du meurtre de Trayvon Martin en 2012 – alors que le New Black Panther Party, une organisation noire extrémiste, offrait une rançon pour sa capture « mort ou vif » – obligeant un couple âgé à fuir son domicile pour se réfugier à l’hôtel, mais aussi dénigré des noirs conservateurs « qui pensent comme des blancs » ou comparé « l’enculé » et « suprémaciste blanc » Donald Trump et ses électeurs républicains à Adolf Hitler et aux nazis. C’est donc en toute logique que le militant d’extrême gauche et pro-Obama apportait son soutien au candidat démocrate et « socialiste » auto-proclamé Bernie Sanders à la présidentielle de 2016. Depuis lors, Spike Lee le multimillionnaire continue à condamner le « racisme systémique » des Etats-Unis depuis son luxueux manoir new-yorkais du quartier huppé et très blanc de l’Upper East Side, à Manhattan. Amaury Brelet

Vous avez dit Blacklivesmatterisation ?

En ces temps étranges …

Où après des mois d’émeutes et de pillage au nom de l’antiracisme

Salués, entre deux génuflexions, par le bénéficiaire du hold up électoral de novembre dernier …

Un homme qui avait le malheur d’être à la fois blanc et policier se prend, suite à une interpellation qui tourne mal, 22 ans et demi de prison pour expurger le tout …

Pendant qu’enhardis par le pro-palestinisme et le pro-iranisme renouvelés de la nouvelle administration américaine, reprennent dans nos rues les bons vieux pogroms du passé …

Et où, entre deux altercations intercommunautaires, déboulonnages ou stages de rééducation idéologique, nos génuflexeurs du football se défoulent sur les Asiatiques …

Quelle meilleure illustration de la Blacklivesmatterisation du monde que nous vivons …

Que cet ô combien courageux choix des organisateurs du 74e Festival de Cannes

Comme à la fois premier président noir du jury et première tête d’affiche …

Du « citoyen de la People’s Republic of Brooklyn, New York » …

Et accessoirement…

Entre deux films appelant à l’émeute et au pillage …

Pour imposer par la violence au monde blanc, via un pauvre restaurateur italo-américain comme dans son plus célèbre film Do the right thing, à la fois les décibels de sa musique

Et, sur le mur de photos de héros italo-américains de celui-ci (comme DiMaggio, Marciano, Como, Sinatra, Pavarotti, Minnelli, Cuomo, Pacino ou Stallone), les photos de ses propres héros improbablement réunis comme MLK et Malcom X …

Meilleur ami des notoires antisémites Louis Farrakhan et Al Sharpton ?

Spike Lee, président du jury du Festival de Cannes et militant haineux racialiste
Le réalisateur afro-américain de « Malcolm X », adulé par la presse pour sa propagande « antiraciste » professée sur la Croisette, traîne pourtant derrière lui un passif sulfureux.
Amaury Brelet
7 juillet 2021

Imaginez un cinéaste blanc qui admirerait un leader raciste du Ku Klux Klan, critiquerait ses confrères pour avoir embauché trop d’acteurs de couleur et traiterait les noirs de « négros ». Imaginez le scandale, la presse en furie, les condamnations unanimes. Imaginez un peu. Mais voilà, Spike Lee a le bon goût d’être de gauche, afro-américain et militant « antiraciste ». A peine avait-il posé ses bagages sur la Croisette que le président du jury du 74e Festival de Cannes n’a pu s’empêcher de prêcher sa propagande progressiste face aux caméras. « Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’, son gars au Brésil et Poutine sont des gangsters, a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, au premier jour de l’événement, ce mardi 6 juillet. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. »

Evidemment, le couplet sur les violences policières n’a pas manqué. « Quand vous voyez le roi George Floyd, tué, lynché, vous pourriez croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les personnes noires ne soient plus chassées comme des animaux », a poursuivi le premier réalisateur noir à présider le jury cannois, comme si le délinquant multirécidiviste, drogué et violent, étouffé au cours de son arrestation, était un modèle de vertu pour l’humanité. « Spike Lee a placé d’emblée le Festival sous le signe de la lutte, dénonçant les discriminations raciales et de genre », résume l’AFP, reprise par les médias français énamourés. Libération encense aussi sa « stature de guérillero ». C’est un « infatigable militant », renchérit Le Monde. Un militant haineux, serait-on tenté de préciser. Car le talentueux cinéaste de 64 ans a beau porter des lunettes (et un costume) roses sur le tapis rouge, il voit toujours le monde en noir et blanc.

Un admirateur du « Hitler noir » Farrakhan

Jugez plutôt : dans son film Get on the Bus (1996), où le méchant de l’histoire est un chauffeur juif, Spike Lee célèbre la Million Man March, une manifestation afro-américaine organisée un an auparavant à Washington par Louis Farrakhan, le leader raciste, antisémite, négationniste, homophobe et complotiste de la Nation de l’islam (NOI), une organisation suprémaciste, noire et musulmane. Prêcheur de haine influent, Farrakhan a traité les blancs de « diables aux yeux bleus », Hitler de « très grand homme » et les juifs de « sangsues », accusés d’avoir fomenté le trafic d’esclaves et de diriger le gouvernement, l’économie, Hollywood et les médias. En 2014, celui qui considère le judaïsme comme un « mensonge trompeur » fustige encore ces « juifs sataniques qui contrôlent tout ». Un joli palmarès qui n’a pas refréné Spike Lee de l’étreindre tout sourire à l’avant-première de son film Chi-Raq, à Chicago, l’année suivante.

« Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction », déclarait aussi dans une interview au Los Angeles Times, en 1992, le réalisateur, au sujet de la Nation de l’islam et de son film Malcolm X (1992), biopic à la gloire du célèbre prédicateur antisémite (les juifs sont des « youpins », « les juifs dirigent le pays ») et raciste virulent (« l’homme blanc est le diable »), délinquant repenti et converti à l’islam en prison, ex-porte-parole de la NOI et mentor de… Louis Farrakhan. Le cinéaste a même fait appel aux miliciens de l’organisation haineuse, adeptes de la violence et de l’intimidation, pour sécuriser les plateaux de ses films, parmi lesquels Do The Right Thing (1989), Jungle Fever (1991) et Malcolm X (1992). « Ils sont plus efficaces que la police », a-t-il expliqué. « La police et les noirs ne se sont jamais entendus, et la communauté a simplement un grand respect pour la Nation de l’islam. »

Spike Lee, Al Sharpton et les juifs

Dans son brûlot Do The Right Thing apparaît aussi sur un mur de briques la phrase « Tawana a dit la vérité », référence directe et engagée à Tawana Brawley, une adolescente noire de 15 ans qui dit avoir été enlevée, violée et sodomisée par six hommes blancs, deux ans plus tôt. La jeune fille, retrouvée dans un sac poubelle, ses vêtements brûlés et déchirés, le corps recouvert d’excréments et d’insultes (« KKK », « négresse », « salope »), est défendue par le pasteur noir Al Sharpton, qui monte des manifestations, dénonce un crime raciste et calomnie sans preuves les suspects, y compris policiers. Sauf que tout est faux. L’agression a été inventée. Un an plus tard, à l’issue d’une enquête accablante, un grand jury conclut au canular. Quand le film Sex, Lies and Videotape de Steven Soderbergh bat le sien pour la Palme d’Or en 1989, Spike Lee se victimise et blâme… le racisme : « Ils sont toujours à la recherche de leur golden boy blanc. »

A propos de son « ami » Al Sharpton, le réalisateur n’a d’ailleurs pas de mots assez forts pour vanter son action radicale. « Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée, louange-t-il, en 2020. J’ai hâte, debout à ses côtés, de voir, d’être témoin de cette nouvelle énergie, de ce jour nouveau sur le point d’advenir dans ces États-Unis d’Amérique. » Pape « antiraciste » adoubé par l’ancien président Barack Obama et désormais par Joe Biden dont il est aussi un conseiller officieux, le Parti démocrate et la gauche institutionnelle, Al Sharpton est pourtant un prêcheur haineux, racialiste et antisémite, qui fut à l’origine d’un des plus graves incidents antisémites dans toute l’histoire des Etats-Unis.

En 1991, après qu’un conducteur hassidique d’une ambulance tue par accident un garçon noir de 7 ans, le pompier pyromane encourage de violentes émeutes dans le quartier des Crown Heights, à Brooklyn. Les juifs sont des « marchands de diamants » avec « du sang de bébés innocents sur les mains », tempête-t-il. « Mort aux juifs ! », scandent aussi des factieux noirs, qui brûlent un drapeau israélien. Un étudiant rabbinique est même tué par une bande qui le poignarde et lui fracture le crâne. « Si les Juifs veulent le faire, dites-leur d’épingler leurs kippa et de venir chez moi », provoque Al Sharpton. Bilan : 152 policiers et 43 civils blessés. Menaces, chantage, extorsion… L’escroc multiplie depuis les fausses accusations de racisme. Lui aussi était à Washington en 1995 à la marche de son « ami » Farrakhan, exaltée par Spike Lee, dont les films Mo’s Better Blues (1990) et Bamboozled (2000) figurent des juifs racistes et manipulateurs.

« Les nègres d’Hollywood »

A l’époque, le réalisateur relaie également une théorie conspirationniste délirante, populaire au sein de la communauté noire et propagée par ses pires militants extrémistes, selon laquelle le gouvernement américain a créé le virus du sida. « Tout d’un coup une maladie surgit de nulle part et pour laquelle personne n’a de remède, et elle cible spécifiquement les gays et les minorités (les latinos et les noirs). La maladie mystérieuse, ouais, à peu près aussi mystérieuse que le génocide. […] Je suis convaincu que le sida est une maladie conçue par le gouvernement », assure-t-il ainsi dans une interview au magazine Rolling Stone, en 1992. Plus violent encore, il lâche au Guardian après avoir visité l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : « Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. » Des années plus tard, il appellera même au meurtre de Charlton Heston, alors patron de la NRA, exhortant quelqu’un à « tirer avec un calibre .44 Bulldog » sur l’acteur oscarisé, un mois après la tuerie sanglante de Columbine, en mai 1999.

En donneur de leçons obnubilé, le militant « antiraciste » n’hésite pas non plus à dénoncer publiquement ses confrères de cinéma, comme l’actrice noire Whoopi Goldberg qui ose porter des lentilles de contact bleues (!), « les nègres d’Hollywood » traîtres à la cause comme Eddie Murphy et Cuba Gooding Jr., ou les réalisateurs Woody Allen et Clint Eastwood et leurs films un peu trop blancs (« Ce type devrait la fermer », a répondu l’interprète de l’inspecteur Harry). En 1991, déjà, il confiait avoir en horreur Le Lys des champs, un classique des années 60 illustrant la relation entre un homme à tout faire noir nommé Homer Smith, incarné par le comédien Sidney Poitier, et un couvent de religieuses blanches allemandes. « J’ai détesté ce film », expliquait-il. « J’avais envie de lancer une pierre dans l’écran de télé. […] Mais nous devons beaucoup à Sidney Poitier, car pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui, il a fallu faire ces films. Et Sidney devait faire ce qu’il avait à faire. Il était le nègre parfait » (sic).

Aux frontières du séparatisme

Fidèle à la pensée racialiste, exprimée par des intellectuels noirs radicaux depuis les années 60, Spike Lee sombre carrément dans le séparatisme en avouant son mépris pour les couples mixtes. « Je ne vois jamais d’hommes noirs avec de belles femmes blanches. Ils sont laids, moches, des chiens. Et vous voyez toujours des hommes blancs avec de belles femmes noires. Chaque fois que vous voyez un couple interracial, les gens les regardent fixement », disait-il en 1991. Lui-même a juré de ne jamais entretenir de relation avec des femmes blanches : « Je n’ai pas besoin d’ennuis. Comme je n’y vais pas, je n’aime pas cette merde. Je ne trouve pas les femmes blanches attirantes, c’est tout. Et il y a beaucoup trop de belles femmes noires. » Dans le même entretien à Playboy, il ajoutait : « Les noirs ne peuvent pas être racistes. » Ironie de l’histoire, son père, le musicien de jazz Bill Lee, a épousé une femme blanche et juive…

Ajoutons à son CV gratiné que le réalisateur de BlacKkKlansman (2018) a pris la défense de criminels noirs, diffusé une fausse adresse de George Zimmerman, accusé (puis acquitté) du meurtre de Trayvon Martin en 2012 – alors que le New Black Panther Party, une organisation noire extrémiste, offrait une rançon pour sa capture « mort ou vif » – obligeant un couple âgé à fuir son domicile pour se réfugier à l’hôtel, mais aussi dénigré des noirs conservateurs « qui pensent comme des blancs » ou comparé « l’enculé » et « suprémaciste blanc » Donald Trump et ses électeurs républicains à Adolf Hitler et aux nazis. C’est donc en toute logique que le militant d’extrême gauche et pro-Obama apportait son soutien au candidat démocrate et « socialiste » auto-proclamé Bernie Sanders à la présidentielle de 2016. Depuis lors, Spike Lee le multimillionnaire continue à condamner le « racisme systémique » des Etats-Unis depuis son luxueux manoir new-yorkais du quartier huppé et très blanc de l’Upper East Side, à Manhattan.

Voir aussi:

1.
Spike Lee was inspired to write Do the Right Thing by what is now known as the Howard Beach incident. On December 20, 1986, a mob of twelve angry white men chased down and beat three black men who had just left a pizzeria in the predominantly Italian-American community. During the pursuit, the mob forced one of their victims, Michael Griffith, to run onto the Belt Parkway, where he was hit by a car and killed. In the behind-the-scenes footage of Do the Right Thing on this edition, Lee recalls the protest led by Reverend Al Sharpton and the call for all African-Americans to boycott white-owned pizzerias, an act that inspired the scene in which Buggin Out instigates a boycott of Sal’s.
Michael Griffith

Culture « woke »: Les entreprises aussi ! (Back in the USSR: Racial dysphoria goes big-buck corporate and fully confirms Chesterton’s 100-year-old prophecy of a modern world full of the old Christian virtues gone mad)

1 juillet, 2021

Image gallery for The Confession - FilmAffinityExcellence, Schmexcellence Part III*: When the Better is the Enemy of the Good - New APPS: Art, Politics, Philosophy, Science"</p

 

 

I’m back in the USSR, you don’t know how lucky you are boy, back in the US, back in the US, back in the USSR. Lennon-McCartney
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées les unes des autres et qu’elles errent indépendamment dans la solitude. Ainsi des scientifiques se passionnent-ils pour la vérité, et leur vérité est impitoyable. Ainsi des « humanitaires » ne se soucient-ils que de la pitié, mais leur pitié (je regrette de le dire) est souvent mensongère. G.K. Chesterton
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur. Rachel Dolezal
C’était facile pour les Blancs de l’accepter en tant qu’Afro-Américaine parce qu’elle leur ressemblait, contrairement à une femme plus basanée aux cheveux crépus… De nombreuses femmes noires avaient le même message et n’ont pas reçu le même soutien. Kitara Johnson (NAACP)
J’ai essayé de m’enfuir de ma condition de Blanc et cherché à tout prix à ne pas être blanc. Je sais que ce n’est peut-être pas la bonne réaction, ou que c’est impossible, ou même que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut. Converti à l’islam
Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier. Jess Row
Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. Pourquoi y a-t-il un tel double standard et une telle hypocrisie avec des gens qui me critiquent parce que je suis coréen. C’est la même chose que quelqu’un qui est né dans le mauvais corps et veut devenir un homme ou une femme. Je suis effectivement né dans le mauvais corps ! Oli London
Je sais que beaucoup de gens ne comprennent pas, mais je m’identifie en tant que coréen, je ne m’identifie pas comme britannique, et maintenant j’ai l’air coréen, je me sens coréen. (…) C’est ma culture, mon pays, (…) j’ai enfin eu le courage d’aller au bout de ma transition raciale, et j’en suis très heureux. (…) Pendant si longtemps je me suis senti prisonnier de mon corps. (…) J’ai vécu en Corée, je parle la langue (…) Si vous ne me connaissiez pas, vous penseriez que je suis coréen, et non un homme ni une femme, juste une personne. (…) J’espère que cette vidéo encouragera d’autres jeunes à toujours faire ce qui les rend heureux dans la vie, c’est mon message, soyez qui vous voulez être. Oli London
Oli London, influenceur Instagram qui s’identifie en tant que Coréen, a dépensé près de 150 000 euros pour ressembler à son idole K-Pop. Et relancé au passage les débats autour du transracialisme. Pour lui, c’était une évidence. Oli London est né dans le mauvais corps, celui d’un homme blanc britannique, alors que son moi profond est coréen. Au mois de juin, Oli London a fait son coming-out, celui d’une personne non-binaire coréenne. Après avoir subi 18 opérations de chirurgie esthétique étalées sur 8 ans pour avoir le physique le plus approchant possible de celui du chanteur Park Ji-Min du groupe BTS, il a également repris le prénom de l’artiste. Alors qu’Oli alias Ji-Min se félicite de sa transition, les critiques enflamment les réseaux sociaux et les médias, relançant les discussions autour du transracialisme. (…) Les critiques acérées pleuvent sur l’artiste qui se revendique désormais comme « le premier activiste transracial ». Oli London aka Ji-Min aurait même reçu en plus d’acerbes reproches (principalement de la part de « blancs de gauche », selon lui) des centaines de menaces de mort. En Corée, la transition fait ricaner, voire révolte franchement. Depuis plusieurs mois, Oli London est dans le collimateur de youtubeurs coréens qui accusent la jeune personne de fétichisation, d’appropriation culturelle, d’activisme performatif et d’exploitation, notamment à cause de la manière dont il présente la Corée dans ses clips. À ces critiques, Oli London oppose dans un tweet une question à laquelle il n’est guère aisé de répondre, et autour de laquelle philosophes et académiciens continuent de s’écharper. « Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. » (…) En 2015, « l’affaire Dolezal » secoue les États-Unis. Au détour d’une interview filmée, le pays découvre que Rachel Dolezal, responsable d’une section locale de la NAACP, association de défense des Afro-Américains, n’est pas noire comme elle le prétend, mais blanche. Après des mois de polémique, Rachel sort en 2017 In full color, un ouvrage très mal accueilli par les communautés afro-américaines dans lequel elle affirme qu’être noire correspond à son identité. « Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur », affirme-t-elle alors. Qu’en est-il alors ? Existe-t-il réellement des personnes « transraciales », au même titre qu’il existe des personnes « transgenres », nées avec un sexe biologique qui ne correspond pas à leur identité de genre ? Comme le rappelle Slate dans son article très fouillé, la question divise, empêtrée dans des notions d’auto-identification, de doubles standards, d’héritage culturel et de privilèges. Et la réponse est loin d’être évidente, opposant frontalement journalistes, militants, sociologues et intellectuels de tous bords. En 2017 déjà, la philosophe Rebecca Tuvel avait déchaîné les foudres de 800 universitaires en publiant dans une revue académique l’article « En défense du transracialisme », rappelant que la race est de toute façon avant tout une construction sociale… Laure Coromines
Quand le monde a changé, nous avons été trop lents à réagir. Nous devions arrêter d’être ce que veulent les hommes et être ce que veulent les femmes. Je savais que nous devions changer cette marque depuis longtemps, nous n’avions simplement pas le contrôle de l’entreprise pour pouvoir le faire. Pour le moment, je ne considère pas [les Anges] comme étant culturellement pertinents. Autrefois, la marque Victoria avait un seul objectif, qui s’appelait ‘sexy’. (…) [ce qui signifiait aussi] que la marque n’a jamais célébré la fête des mères. Martin Adams
Confrères diététiciens blancs : arrêtez, s’il vous plaît, de dire que le régime méditerranéen est la façon la plus « saine » de manger. Cela confirme la suprématie blanche. Kathleen Meehan (diététicienne et nutritionniste diplômée)
Le repas français est souvent représenté comme un rituel national auquel tous les citoyens peuvent participer à égalité. [Mais] les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches. Mathilde Cohen (chargée de recherche au CNRS mais également maître de conférences à l’université du Connecticut aux États-Unis)
La gastronomie française, raciste? C’est ce qu’a expliqué une chercheuse dans une intervention qui suscite depuis la polémique sur les réseaux sociaux, à l’occasion de la «semaine doctorale intensive» organisée par l’École de Droit de l’Institut d’études politiques de Paris chaque année.  (…) La « blanchité alimentaire » participerait à « renforcer la blanchité comme identité raciale dominante », en s’imposant dans la société à l’aide du droit, si l’on en croit la chercheuse. Elle appuie son raisonnement sur deux exemples: d’un côté, les cantines scolaires établies aux XIXe siècle et justifiées par « un discours racialisé et eugéniste » auraient établi les «normes blanches et chrétiennes» comme normes par défaut. De l’autre, la nationalité française aurait été accordée en fonction de « perfomances blanches » dont font partie les habitudes alimentaires. «Les administrateurs coloniaux prêtaient attention aux modes de vie des postulants, y compris leurs habitudes alimentaires: mangeaient-ils du riz ou du pain? Mangeaient-ils au sol ou attablés?», poursuit la chercheuse. «Le droit contribue à marginaliser les minorités raciales et ethnologiques en accordant à la culture alimentaire blanche française le statut de régime alimentaire privilégié et juridiquement protégé », conclut-elle. Pour terminer, Mathilde Cohen déplore que ce «problème» dépasse largement la France, car, souligne-t-elle, «la cuisine française est dans de nombreux pays un modèle de technique culinaire et de gastronomie. » Le Figaro
Ce qui est vraiment stupéfiant, c’est l’hubris qui se reflète dans le Putsch judiciaire d’aujourd’hui. Antonio Scalia
La Cour n’est pas une législature. (…) Que le mariage homosexuel soit une bonne idée ne devrait pas nous concerner mais est du ressort de la loi. John Roberts
La justice française a été longtemps considérée comme soumise au pouvoir exécutif, et il était difficile de le contester. La catastrophe des années 80 qualifiées à juste titre d’«années fric» qui a vu une corruption massive investir le champ politique, a fini par provoquer de vives réactions dans la société française. C’est le triomphe du slogan «tous pourris» et un certain nombre de magistrats, à l’image de ce qui s’est passé en Italie avec l’opération «Mani pulite», ont vu là une opportunité pour s’émanciper de la soumission au pouvoir qu’on leur reprochait. Avec l’appui de l’opinion publique mais aussi de la presse, ils ont alors lancé une offensive contre une classe politique affaiblie. Dans un contexte de crise économique, les politiques incarnaient ceux dont les privilèges étaient insupportables, et il leur était reproché, souvent à juste titre, d’entretenir des rapports élastiques avec la morale publique. Alors, dans une lutte, vouée à l’échec, de reconquête de leur crédibilité, ils ont multiplié les textes destinés à restaurer leur image, mais qui ont eu surtout pour conséquence de les exposer et de les affaiblir. Ce fut bien sûr la fameuse loi sur le financement des partis politiques adoptée en 1990, qui eut le mérite de faire reculer la corruption qui en était auparavant l’outil principal. Désormais les partis recevaient des fonds publics en proportion de leurs résultats électoraux, mais la contrepartie était celle du contrôle part des organes dédiés et surtout par le juge. Il y eut également la multiplication des textes répressifs, chaque affaire politico-financière provoquant l’adoption de nouvelles lois, de nouvelles contraintes, et de nouvelles sanctions. Le problème a été aggravé par ce que les politiques eux-mêmes n’ont pas résisté à la tentation d’instrumentaliser les affaires judiciaires contre leurs adversaires, espérant, en ces temps de recul des clivages idéologiques, en percevoir des bénéfices politiques. Dans un premier temps ce fut la droite qui joua à ce petit jeu avant que l’alternance ne la ramène au pouvoir, où elle devint la cible d’offensives méthodiques, contre Jacques Chirac d’abord puis Nicolas Sarkozy ensuite. Méthodiques, parce qu’elles bénéficiaient d’une forte présence de la «gauche» socialiste au sein de la magistrature organisée dans les deux principales organisations syndicales que sont le Syndicat de la Magistrature (SM) et l’Union Syndicale des Magistrats (USM). C’est ainsi que l’on a entendu en permanence, comme une psalmodie, la revendication de «l’indépendance», sans jamais prononcer le mot «d’impartialité» dont l’indépendance ne devrait être que le moyen. De façon très paradoxale l’autonomie conquise par la magistrature est devenue l’outil de la partialité, celle-ci étant d’ailleurs revendiquée comme l’a montré la fameuse affaire du «mur des cons». La présidence de François Hollande a été le moyen pour lui de finaliser un dispositif directement politique avec la création au moment de l’affaire Cahuzac de deux outils essentiels. D’abord le Parquet National Financier (PNF), autorité de poursuite à compétence nationale qui permet de décider sur l’ensemble du territoire, qui sera poursuivi et qui ne le sera pas. La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) ensuite, destinataire de toutes les informations financières concernant les élus, qui peuvent s’avérer bien utiles le moment venu. La nomination à sa tête d’un ami du parti socialiste fut une jolie confirmation. (…) Il est aujourd’hui difficile de nier que François Fillon a fait l’objet d’un traitement très particulier du haut appareil judiciaire à partir du 25 janvier 2017, le jour de la publication par le Canard enchaîné d’informations relatives à l’emploi d’attachée parlementaire de son épouse Pénélope. Rappelons que l’enquête préliminaire ouverte par le PNF l’a été en fin de matinée du même jour. Difficile d’être plus rapide! En janvier 2017 les sondages donnaient François Fillon à 24 % d’intentions de vote et Emmanuel Macron à 16 %. Pendant un mois et demi, ce fut un invraisemblable tintamarre politico-judiciaire, à base de violations grossières et orientées du secret de l’enquête, de la séparation des pouvoirs, et d’initiatives judiciaires absolument fulgurantes. Aucun magistrat ou avocat de bonne foi, ne peut prétendre avoir déjà vu une affaire pénale se dérouler de cette façon. François Fillon s’est certes très mal défendu, et a contribué à sa défaite, mais il ne serait pas non plus sérieux de prétendre que sans le raid judiciaire dont il a été l’objet, le résultat eût été le même. En tout cas, de la part de ceux qui étaient à la manœuvre, probablement à l’Élysée puis dans l’appareil judiciaire, c’était bien l’objectif poursuivi. Comme Éliane Houlette ancienne patronne du PNF l’a quasiment reconnu lors de son audition par une commission parlementaire en juin 2020. Emmanuel Macron fut secrétaire général adjoint de l’Élysée avant de devenir ministre de l’économie sous François Hollande. Il était perçu par l’opinion et l’essentiel du parti socialiste comme le successeur et l’héritier de celui-ci. La mansuétude dont je parle est tout à fait établie, si l’on pense à Kader Arif ministre de Hollande mis en examen en 2014 et dont on n’a plus jamais entendu parler, Bruno Le Roux éphémère ministre de l’intérieur démissionné pour des emplois d’attachés parlementaires familiaux, lui aussi mis en examen, et disparu dans un trou noir. Mais aussi les traitements judiciaires bienveillants dont ont bénéficié Richard Ferrand, Alexis Kohler, Ismael Emelien, François Bayrou, Sylvie Goulard, Jean-Paul Delevoye, et quelques autres. Alexandre Benalla n’a, jusqu’à présent, pas eu à se plaindre des rigueurs judiciaires qui ne l’ont pas empêché de violer allègrement son contrôle judiciaire et de poursuivre ses petits business. On peut aussi constater le refus de se pencher plus précisément sur les conditions financières de la campagne d’Emmanuel Macron. (…) Il n’a pas été nécessaire de donner des ordres puisque dans son ensemble l’appareil judiciaire s’est mis au service d’Emmanuel Macron. D’abord pour son arrivée au pouvoir, et ensuite pour l’exercice de celui-ci. Rappelons les poursuites judiciaires contre ses adversaires, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en ont fait l’expérience. La mansuétude pour ses amis, et une répression de masse contre les mouvements sociaux, les gilets jaunes en savent quelque chose. Point n’est besoin pour cela d’un engagement pour un parti, mais c’est simplement l’expression d’une disponibilité idéologique et par conséquent politique pour l’actuel pouvoir en place. Incontestablement pour des raisons sociologiques et professionnelles, le corps des magistrats a des affinités avec ce pouvoir macroniste, dont on peut raisonnablement considérer qu’il rassemble le centre-droit et le centre-gauche. (…) La France est un pays hétérogène qui s’est constitué en tant que nation grâce à un État fort. La culture administrative y est traditionnellement beaucoup plus forte que la culture juridique, c’est incontestable. Une des conséquences et que l’on y préfère l’ordre à la justice. Et malheureusement ce tropisme est partagé par les magistrats qui se considèrent comme dépositaires de la protection d’un ordre plutôt que comme des arbitres chargés de trancher impartialement les contradictions qui naissent dans la société et qui leur sont soumises. La conséquence malheureuse réside dans un attachement insuffisant de l’opinion aux libertés publiques, et une méconnaissance des règles judiciaires en ce qu’elles sont d’abord là pour protéger les innocents. Ce qui explique la facilité avec laquelle on veut attribuer à la justice des objectifs et des fins qui ne sont pas les siens. Et la volonté de vouloir l’instrumentaliser. Les débats récents autour des questions de la pédophilie et de l’inceste reflètent malheureusement cette tendance. Le problème est aggravé par le fait que les élites de ce pays partagent cette culture comme le démontre l’exemple [de] l’ancienne ministre socialiste Juliette Méadel réclamant la suppression du «bénéfice du doute» en cas de délinquance sexuelle. Madame Méadel a été avocate avant de passer l’ENA, ce qui démontre que sept ans d’études juridiques et une prestation de serment ne protègent de rien… (…) Le problème est celui de la définition de la «mission sacrée» qui devrait être, il ne faut pas l’oublier, celle d’un arbitre impartial et qui a besoin par exemple en matière pénale du débat contradictoire pour se prononcer. Pour parvenir à élaborer une «vérité judiciaire» lui permettant de prendre une décision légitime. Par conséquent l’autorité de poursuite c’est-à-dire le parquet, et d’autre part les avocats devaient être perçus comme des auxiliaires de l’élaboration de cette vérité judiciaire. Dès lors qu’aujourd’hui le corps des magistrats ne se perçoit plus comme un corps d’arbitres impartiaux mais comme un outil porteur d’une responsabilité directement politique, les avocats sont de plus en plus perçus comme un obstacle. Il y a par exemple l’affaire de l’enquête secrète du PNF mettant sous surveillance une dizaine d’avocats pénalistes pendant six ans pour en témoigner. Malheureusement, de ce scandale, Éliane Houlette ancienne patronne du PNF soutenue par l’ensemble du corps a refusé catégoriquement de rendre des comptes. Il y a aussi les perquisitions dans les cabinets d’avocats devenues désormais pour certains magistrats instructeurs une pratique systématique. Et enfin n’oublions pas les attaques judiciaires directes contre ce secret professionnel des avocats réduit aujourd’hui à peau de chagrin avec l’appui de la Cour de cassation. On ne citera que le récent arrêt de la CEDH condamnant l’État français pour une décision de cette même Cour de cassation validant la diffusion par Mediapart d’une conversation enregistrée de Madame Bettencourt et de son avocat. (…) L’expérience a montré que la nomination d’un avocat comme ministre de la Justice ne garantissait pas grand chose. Et certains confrères n’ont pas laissé de souvenir marquant de leur passage place Vendôme, c’est le moins que l’on puisse dire. La nomination d’Eric Dupond Moretti à ce poste a constitué une surprise car il n’est guère apprécié par les magistrats et d’ailleurs l’affrontement n’a pas tardé. Comme l’a montré la plainte pour «prise illégale d’intérêts» déposée devant la Cour de justice de la république par deux organisations syndicales contre celui-ci. Cette réaction étonnante du refus par l’autorité judiciaire d’une décision du pouvoir exécutif a eu le mérite de démontrer l’existence de cette autonomie politique. Preuve que le soutien apporté par la justice à Emmanuel Macron dont j’ai tenté de démontrer l’existence, est le fruit non pas d’une soumission mais bien d’une connivence politique. Et que celle-ci ne lui est pas garantie dans la durée. (…) Un retour rapide sur la façon dont cette affaire s’est déroulée le démontre abondamment. Lors d’une émission le journaliste Jean-Jacques Bourdin, avait comparé le Front National à Daesh faisant vivement réagir Marine Le Pen et Gilbert Collard. Qui avaient alors, chacun de leur côté brièvement publié sur les réseaux des photos des exactions de l’organisation terroriste, assorties du commentaire: «Daesh, c’est ça!» Il s’est immédiatement trouvé un parquet pour chercher le moyen de mettre en cause judiciairement les deux parlementaires. Enquête préliminaire et ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge du siège qui prononça prestement la mise en examen des horribles criminels. L’incrimination utilisée était celle prévue à l’article 227-24 du Code pénal, texte spécialement destiné à la protection de l’enfance! Détournement de procédure évident, qui vit le magistrat instructeur, naturellement plein de zèle, et alors que sa procédure n’en avait nul besoin, solliciter la mainlevée de l’immunité des deux parlementaires, immédiatement accordée par la majorité LREM. Puis multiplier les auditions, dont la presse était toujours la première informée, pendant la campagne de l’élection présidentielle de 2017, pour finir par faire convoquer les prévenus par un expert psychiatre chargé de déterminer si Marine Le Pen et Gilbert Collard devaient être astreints à un traitement inhibiteur de libido! Une ordonnance de non-lieu aurait mieux valu pour l’image de la justice. Mais, lutte contre un fascisme imaginaire oblige, on a assisté à un renvoi devant le tribunal correctionnel, à une audience ridicule où un parquet gêné a requis de simples amendes! Il faut ajouter que pour organiser cette manipulation, nul besoin de consignes du pouvoir. Se comportant en militants, ceux qui s’y sont livrés l’on fait spontanément. (…) Dans [la] fameuse «Affaire du siècle», l’État français a été considéré comme ayant commis une faute engageant sa responsabilité en ne respectant pas les objectifs qu’il s’était lui-même fixés en matière de la lutte contre le réchauffement climatique et pour n’avoir pas mis en œuvre les moyens afin d’y parvenir. Dans le système français, le juge administratif est chargé de contrôler les décisions de la sphère publique et dans son principe la décision rendue dans cette affaire n’est pas une première. Par exemple l’État a déjà été condamné, pour faute lourde pour n’avoir pas, interdit l’utilisation de l’amiante dès lors que les preuves scientifiques de sa dangerosité étaient indiscutables. Ou interdit les transfusions de sang non chauffé alors que l’on savait qu’il était susceptible de transmettre le virus du sida. La nouveauté avec la décision récente est que le tribunal administratif de Paris s’est donné en plus deux mois de délibéré pour prononcer des injonctions à l’égard de l’État. C’est-à-dire que le juge considère qu’il a le pouvoir de lui dire ce qu’il doit faire pour atteindre les objectifs qu’il s’est lui-même fixés. Cela change tout: si on comprend bien, la juridiction considère qu’elle ne doit pas se limiter au constat de la défaillance de l’État, mais prendre sa place pour décider les mesures à prendre. Le fait est que dans une interprétation excessive de «l’État de droit» on a enserré l’action de la puissance publique, normalement émanation de la souveraineté du peuple, dans un carcan de règles multiples qu’elles soient nationales, européennes ou internationales (par l’adhésion à des conventions du même nom).Et naturellement, cette nflation de normes qui s’imposent à l’État multiplie les possibilités d’intervention du juge, qui peut ainsi empiéter sur les prérogatives de la puissance publique. Dans la mesure où ces interventions judiciaires vont être à l’initiative de divers groupes de pressions, plus ou moins légitimes ou représentatifs, le risque de déséquilibre démocratique est réel. Régis de Castelnau
An explosion of fortune in 2020 is one of the few universal things in the amorphous industry of diversity consulting — a space as varied as its constellation of interrelated acronyms and ampersands implies. DEI and DE&I “diversity, equity, and inclusion” are more common than D&I, but many refer to the cause as I&D or DEIB (the B is for “belonging”). Portrayed by the right wing as a single-minded cult, DEI is in reality a loose federation of adherents, with a host of methodologies, competing for money and attention. DEI practitioners share a worldview — that workplaces can become more humane and just — but they are also rivals in a for-profit industry of their own making, with the same incentives of salespeople and marketers everywhere. Corporate America spends roughly $8 billion annually on diversity, according to a figure that gets passed around routinely — though that rough estimate was first cited in 2003, which means the true profitability of the market is uncharted. Certainly, after Floyd’s murder, the business became astronomically larger than ever. But instead of an industry finally coming into focus, thanks to unprecedented funding and momentum, what composes DEI feels even more dizzyingly diffuse, and its true beneficiaries remain in question. “It really is the Wild West,” Lily Zheng, a consultant in San Francisco who has amassed more than 23,000 followers on LinkedIn, tells me. “One of the major challenges of DEI is there’s no quality control. Anyone can call themselves a DEI practitioner. When your clients are these companies that are desperate to do anything and don’t quite understand how this works, ineffective DEI work can be lucrative. And we’re seeing cynicism pop up as a result, that DEI is just a shitty way in which companies burn money. And I’m like, Yeah, it can be.” If you work in an office, virtual or otherwise, chances are high you’ve been required to take a diversity-related training course. (…) There is a saying among professionals that HR is where DEI goes to die, and when they say it, they usually have something like these two characters in mind. (…) DEI consultants argue (out of self-interest, but persuasively) that the generalists in HR, tasked with organizing everything from commuter discounts to holiday parties, don’t have the skills to set norms around the most sensitive interactions in the office. (…) [It ] hearkens back to the origin of the corporate diversity movement: Title VII of the 1964 Civil Rights Act, which barred certain forms of discrimination at work. The earliest corporate training consisted of short sessions, led by HR departments, to remind managers of company policies. The goal was to protect corporations from litigation. In the late 1980s, as women and people of color entered the white-collar workforce in greater numbers, diversity efforts shifted. The advent of “sensitivity training” concerned the well-being of these newcomers in a variety of common scenarios that went beyond legal liability into the realms of appropriateness and respect. This evolution of the work required more than just knowledge of the law and gave way to a niche industry. Companies began hiring outsiders to tell them how to behave. (…) This new way of corporate thinking — that the thing called “diversity” was not a potential source of losses via litigation but rather a source of value in and of itself — led to the idea of “inclusion,” a necessary counterpart, through the late 1990s and early aughts. Companies were betting on an appeal to multicultural consumers as well as employees. Even some of the most staid institutions embraced new measures, like the NFL, whose Rooney Rule required every team with a head-coaching vacancy to interview at least one “diverse candidate.” (When the rule was instituted in 2003, there were three Black head coaches. Today, the number is still three.) Harris says that when he got started at what became Kaleidoscope, there were about 12 firms in the U.S. doing his kind of work; he estimates that there are now about 600 worldwide. In 2014, Google famously revealed its hiring data, showing dismal racial and gender disparities: 30 percent of employees globally were women, and black and Hispanic employees together made up just 5 percent of workers in the U.S. Facebook, Microsoft, and Apple soon published similarly stark numbers. The reckoning that followed, led by younger and more progressive tech workers, shaped the diversity-consulting industry as it existed when Floyd was murdered. Many contemporary DEI agencies are now focused on helping companies that profess to have progressive values live up to those ideals. This is referred to in DEI parlance as “alignment”: The idea is to jerk system operations into sync with make-the-world-better branding, like a diversity chiropractor. (…) It can be as contentious and awkward as therapy; one strategist recalls how, during a call on how bias impacts performance reviews, a white male CEO hung up when accused of potential prejudice, “like an angry teenager slamming the door on their parents.” If all goes well, the public results of consulting by Collective, for example, can look like this: A millennial media company ditches a logo that appears to feature a thin white woman. Or Peloton formalizes a structure for its employee resource groups to participate in marketing and branding discussions. The whole service, from assessment to implementation, can cost between $70,000 and $150,000. (…) Zheng can command $15,000 for a corporate speech, as can Wagner, who is hiring a publicist.(…) In August, a conservative journalist named Christopher Rufo wrote excitedly on Twitter about an “explosive” leak he had received from inside Sandia National Laboratories, a nuclear-weapons research facility in New Mexico. The documents concerned an event called “White Men’s Caucus on Eliminating Racism, Sexism, and Homophobia in Organizations” that had been conducted with Sandia’s largely white and male executives at a luxury resort. It had been led by a DEI consultancy called White Men As Full Diversity Partners. What Rufo published, under the headline “Nuclear Consequences,” was ultimately tame. There was an image showing the phrase WHITE MEN on a dry-erase board along with a word cloud of associated terms: MAGA hat, mass killings, beer, Founding Fathers, heart failure. Although Rufo referenced the participants being forced to “publicly recite” statements about their own privilege, most of the materials seem to have been generated by the participants themselves, including handwritten assessments about how much the workshop helped them feel as though they could be better people. Tucker Carlson, funneling the story into right-wing panic about critical race theory, called the event a “reeducation camp” with “mandatory Maoist struggle sessions.” Senator Josh Hawley wrote to the secretary of Energy that the material was “deeply disturbing.” President Donald Trump signed an executive order on diversity training, partly inspired by what had happened at Sandia. White Men As Full Diversity Partners is not, in reality, a shadowy cabal of fanatics. The group was founded in 1997 by two white men, Bill Proudman and Michael Welp, who had both been Outward Bound instructors for executive clients and shifted into diversity consulting. (Welp traveled to South Africa, doing ropes courses for newly integrated employees of mines, banks, and pharmaceutical companies, and later got a Ph.D.) They saw that women and nonwhite people bore the brunt of educating white men about race and gender and that there was value in white men being explicitly asked to learn on their own; it became the founding principle of their company. Though they lead all kinds of sessions for companies and not all of their consultants are white men, their best-known offering is the caucus, in which “white men rediscover their sense of mutual self-interest in a more inclusive world,” as Welp puts it. First, white men learn that they have a shared culture. (Facilitators show clips from films like Apollo 13 and Gran Torino.) They do exercises to establish empathy: Standing on one side of the room, participants take one step forward if they belong to a members-only country club but take a step back if they lived in a mobile home growing up. The company’s three-and-a-half-day program can cost north of $50,000. (…) Another horrific cycle of death, protest, and corporate spending occurred in March, when eight people, six of whom were Asian women, were shot to death in suburban Atlanta — the apex of months of anti-Asian violence. There was a rush for consultants who could translate, sometimes literally, systemic issues of oppression and bias faced by the Asian American and Pacific Islander community. “Almost everyone I know who has even the most basic knowledge of Asian American studies got trucked out on MSNBC, CNN,” says Kim Tran, an equity consultant, a community organizer, and a writer with a Ph.D. in ethnic studies. Corporations and brands seemed to react more nimbly to this spate of violence than they had to previous high-profile killings. “There’s a playbook now,” Tran says, “and it goes something like: A terrible thing happens to a marginalized community; then we put out a statement of outrage; then we do a listening session; and then we drop it until the next terrible thing.” After the shootings, Ad Age released a live blog “tracking how brands, agencies and media players are supporting AAPI communities and responding to anti-Asian sentiment.” Bridget Read
Rachel Dolezal est-elle une personne «transraciale», un peu comme il existe des personnes «transgenres», nées avec un sexe qui ne correspond pas à leur identité profonde de genre? C’est ainsi que se nomme l’intéressée, dans une interview à la NBC: «trans-noire», ce qui selon elle veut dire qu’elle n’est «pas née comme cela» mais que «c’est ce qu’[elle est] réellement». C’est depuis cette affaire que le mot «transracialisme» a pris ce sens, alors qu’il désignait avant aux États-Unis les enfants noirs adoptés par des familles blanches, ou inversement, les enfants blancs adoptés par des familles noires. Sur les réseaux sociaux et dans le monde académique, le débat fait rage. «Dolezal a menti sur elle-même et elle continue de mentir. En tant que femme trans je n’ai pas envie d’être comparée à une menteuse», s’insurge la YouTubeuse noire et transgenre Kat Blaque. En avril 2017, la philosophe Rebecca Tuvel publie un article intitulé «En défense du transracialisme» dans une revue académique, qui suscite un vif débat. «Puisque nous devrions accepter les décisions des individus trans de changer de sexe, alors nous devrions aussi accepter les décisions des individus transraciaux de changer de race», argumente-t-elle, déclenchant une lettre ouverte de près de 800 universitaires qui demandent la suspension de la publication, et la démission de la rédactrice en chef de la revue. Jesse Singal du New York Magazine parle de chasse aux sorcières, et Glenn Greenwald, le journaliste qui a publié les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, de «campagne hideuse». En France, les chercheurs et chercheuses que nous avons interrogées sont gênées aux entournures: «Le terme ne peut s’utiliser qu’avec précautions», confie Magali Bessone, professeure de philosophie politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, autrice en 2013 de Sans distinction de race? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques. «Ce n’est pas une catégorie que je mobiliserais, mais je ne dirai peut-être pas la même chose dans deux ans», nuance la politiste Audrey Célestine. Et les militantes aussi: «Concernant la “transracialité”, je me permets de vous suggérer de ne pas utiliser ce terme car il crée une analogie injustifiée avec la transidentité», nous écrit une membre d’un collectif afro-féministe. «Une violente farce», une «non notion», une «errance raciste et essentialisante», juge Ketsia Mutombo, présidente et co-fondatrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement. Mais d’abord, qu’entend-t-on par transracialisme? Les définitions données par les spécialistes que nous avons interviewées varient. «C’est le fait de passer d’une race à une autre», explique Magali Bessone. La philosophe définit le transracialisme comme une catégorie large, qui comprend par exemple le fait de passer de blanc à noir, tout comme le fait de passer de noir à blanc. Ce dernier phénomène est plus connu et fut utilisé par certaines personnes noires aux États-Unis durant la période de ségrégation constitutionnelle pour éviter les sanctions ou bénéficier d’avantages structurellement réservés aux Blancs. On l’appelle «passing». D’autres universitaires, comme Éric Fassin, choisissent de réserver le mot «transracialisme» au passage de blanc à noir: «C’est l’inverse du passing», déclare-t-il. On parle aussi parfois de passing inversé, justement pour désigner le passage de blanc à noir. Le phénomène du passing a engendré toute une série de romans autour des années 1920 sur ce phénomène, les passing novels. (…) Le passing, aujourd’hui, prend des formes plus diffuses. On retrouve des réminiscences de ce phénomène dans les nombreuses échoppes du quartier de Château Rouge à Paris, qui proposent des crèmes à l’hydroquinone, pour blanchir l’épiderme et bercer les espoirs de femmes noires. On appelle aussi ce phénomène le «teint Hollywood», selon l’historien Pap Ndiaye, teint que sont soupçonnées d’avoir adopté de nombreuses stars comme Beyoncé ou encore l’acteur Denzel Washington. Quant à Michael Jackson, il a toujours affirmé être atteint de vitiligo, une maladie qui dépigmente la peau par endroits. Son dermatologue, Arnold Klein, a lui-même affirmé qu’il l’avait «rendu blanc parce qu’il était malade». Outre blanchir sa peau, avoir un conjoint ou une conjointe blanche et des enfants métis est une autre façon de «passer», précise Pap Ndiaye. En Guadeloupe, les parents qui ont un enfant à peau plus claire sont encore parfois félicités, et l’enfant né qualifié de «po chapé», ce qui signifie «peau échappée, peau sauvée». «Comme dans les campagnes, on pouvait féliciter d’avoir eu un garçon plutôt qu’une fille», fait remarquer l’historien. Dans tous les cas, le mot transracialisme semble revêtir une dimension plus psychologique, tandis que le passing a un caractère stratégique, de survie dans un monde de dominants. «Cette démarche procède d’une forme d’intelligence des hiérarchies sociales: ces personnes ne souhaitent pas devenir blanches, elles souhaitent rester noires avec la peau plus claire», explique Pap Ndiaye. «C’est un changement de race essentiellement effectué pour des raisons économiques», détaille Magali Bessone. «Le passing n’est qu’un calcul, ça n’est pas un enjeu identitaire, c’est un enjeu de survie», complète Audrey Celestine. Si l’on comprend largement les raisons qui poussent un individu à vouloir passer pour blanc –favoriser une carrière, être moins sujet aux discriminations voire à certaines époques aux violences ou même à l’esclavage–, le chemin inverse semble beaucoup moins évident. Certes, aux États-Unis, il peut y avoir des avantages à être racialisé, pour bénéficier de places à l’université par exemple. Ou lorsqu’on évolue dans le milieu musical, notamment dans le blues, «où être noir est un avantage, par une sorte d’inversion des normes communes», souligne Pap Ndiaye. «Armstrong, je ne suis pas noir / Je suis blanc de peau» chantait Nougaro. Mais, socialement et économiquement, les désavantages sont bien plus nombreux, en raison des discriminations persistantes. Dans une étude publiée en 2013, des chercheuses ont pourtant montré que les personnes nées de couples bi-raciaux dont l’un est blanc, et l’autre noir, ont plutôt tendance à se déclarer comme noires. «Nous voyons un schéma inversé du passing par rapport à la période des lois Jim Crow [la période allant de 1876 à 1964, ndlr]», commentent les autrices de cette étude. Depuis les années 1960, dans le sillage du mouvement pour les droits civiques, ces personnes qu’en France on qualifierait de métisses s’affirment comme noires. D’abord parce qu’elles sont considérées comme noires par la société, mais aussi parce qu’elles le revendiquent. Parce qu’être noir n’est plus un objet de honte, mais au contraire, de fierté. Cette fierté entraînerait-elle, en parallèle, à mesure que s’affirment les minorités, certaines personnes blanches à désirer être non-blanches? En France, c’est ce que suggèrent les recherches de Juliette Galonnier. Cette sociologue a travaillé sur les conversions à l’islam en France et aux États-Unis dans le cadre de sa thèse en sociologie soutenue en juin 2017, et a pu interroger plusieurs personnes qui ne s’identifiaient plus comme blanches, par rejet du groupe dominant. C’est le cas par exemple de Noémie*, une jeune femme originaire du Gers, qu’elle a rencontrée en 2014, alors qu’elle avait 27 ans. Noémie ne se sent «pas française» raconte-t-elle, à cause de «l’histoire de l’esclavage, de la colonisation» et des «discriminations», qui la détachent de cette identité-là. Mais elle va plus loin qu’un simple rejet de son identité française. Au sortir de l’adolescence, captivée par un groupe de femmes portant le voile et discutant de féminisme musulman, elle commence à développer un réseau d’amis pratiquants. Elle se fascine alors pour la négritude et rencontre un jeune musulman originaire de Mauritanie. Un jour, en l’attendant à la sortie d’une mosquée, elle entend un appel à la prière, et sans savoir pourquoi, sans comprendre, se met à pleurer. Elle se convertit, quelques semaines après, à l’islam. Elle épouse ensuite son compagnon et commence à porter le voile. Elle bascule alors aux yeux des gens selon ses propres mots «de la majorité à la minorité»: «En quoi ça me fait plaisir que ça rejaillisse sur moi? répond-t-elle à la chercheuse qui l’interroge sur les discriminations qu’elle subit, selon le texte des entretiens que Slate a pu consulter. Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile, parce qu’elle correspond pas à ce que j’ai dans mon cœur». Cette histoire montre qu’être perçue comme une personne blanche ou noire dépend aussi d’un certain contexte culturel et social, même si cela ne peut être bien sûr totalement indépendant de facteurs génétiques et biologiques (le taux de mélanine par exemple). Les femmes blanches qui se mettent à porter le voile ou les hommes blancs qui arborent une grande barbe «sont exposés à de nouvelles catégorisations raciales comme arabes et maghrébins», explique Juliette Galonnier, tout simplement parce que les musulmans en France aujourd’hui viennent à 80% d’Afrique du Nord. «Les gens font de nouvelles hypothèses sur leur origines ethniques.» Les exemples qui démontrent que la perception de la couleur de peau varie selon le contexte social, ou même historique, sont nombreux. On sait qu’à la fin du XVIIIe siècle, Benjamin Franklin, qui avait classé les humains en trois catégories, les «Noirs», les «Blancs» et les «Basanés», avait rangé les Suédoises et les Suédois chez… les Basanés, tout comme les Français et Françaises d’ailleurs. «Les Tchétchènes sont considérés comme noirs, parce que c’est un critère de dévalorisation… Et Malcolm X, quand il voyageait, s’était vu demander “pourquoi il s’intéressait tant aux Noirs”», raconte Pap Ndiaye. On sait aussi que les Irlandaises et Irlandais ont été associés aux Noirs aux États-Unis au XIXe siècle, parce qu’ils étaient pauvres et catholiques. La militante Angela Davis raconte comment elle parvenait à pénétrer dans des boutiques interdites aux Noires en parlant français, tout comme au début du XXe siècle, les Noirs du Temple de la science maure d’Amérique, qui se définissaient comme musulmans, réussissaient à entrer dans des wagons réservés aux Blancs grâce à leur garde-robe (turban pour les femmes et fez pour les hommes). Ceux-là même qui se définissaient comme «maures» avant tout refusaient d’ailleurs de cocher la case «negro» sur les formulaires. «La “race” mobilise deux caractéristiques: le phénotype et les relations de pouvoir. Et c’est dans la relation entre les deux que tout se joue», résume la philosophe Magali Bessone. «Les catégories de “blanc” ou “noir” existent dans un contexte social: être blanc ou noir en France c’est pas la même chose qu’aux États-Unis», abonde Audrey Célestine, qui elle-même a pu se rendre compte à quel point cette expérience varie. L’un de ses plus jeunes frères, à moitié algérien, et qu’on reconnaissait à Dunkerque comme quelqu’un d’origine maghrébine, s’est vu perçu comme un «blanc» à son arrivée en Guadeloupe, à un moment particulier où le territoire connaissait un état d’urgence, raconte-t-elle dans un livre publié en mai, Une famille française. «Aux Antilles, la blanchité ne se voit pas qu’à la couleur de peau mais aussi par la maîtrise du créole», commente la chercheuse. Dans What Blood Won’t Tell: A History of Race on Trial in America, une historienne américaine raconte les procès intentés au XIXe siècle par des esclaves pour essayer de prouver qu’ils étaient blancs. Ces procès tournaient moins autour de la fameuse «règle de la goutte de sang» («one-drop rule», la règle selon laquelle toute personne ayant un ancêtre noir était considérée comme noire) que des relations sociales ou encore de la «moralité» de ladite personne ou de son civisme. Alors qu’au contraire, aujourd’hui une personne considérée comme très blanche de peau, et qui dans d’autres pays serait très clairement considérée comme blanche, peut s’identifier, puisqu’il s’agit d’une auto-déclaration, comme étant noire aux États-Unis, en vertu de la survivance dans les consciences de la «règle de la goutte de sang». «Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance (même éloignée) africaine-américaine, il est très probable que son cas n’aurait pas suscité un tel scandale et qu’on lui aurait reconnu beaucoup plus facilement le droit de se définir comme noire», estime Solène Brun, doctorante à Sciences-Po qui travaille sur les frontières ethno-raciales et la construction des identités. C’est à la lueur de ces expériences qu’on peut comprendre la réaction d’Arnaud Gauthier Fawas. Ce militant LGBT a fait rire internet et déchaîné des torrents de violence après ses propos sur le plateau d’Arrêt sur images, où il refusait d’être qualifié d’homme. Il refusait aussi d’être qualifié de blanc, malgré son apparence. Interpellé par un membre du collectif Stop au Pinkwashing qui déplorait «un plateau très blanc» (quatre personnes d’apparence masculine et blanches de peau), cet administrateur de l’Inter-LGBT a rétorqué que ce n’était pas le cas, parce qu’il a un parent libanais. «C’est intéressant qu’on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table. Parce que sans même m’avoir posé la question, vous supposez que je suis un homme. Et seulement par mon apparence vous estimez que je suis blanc. La frontière de nos propres stéréotypes est plus fluide que ce qu’on peut penser», a-t-il plaidé. D’une certaine manière, Arnaud Gauthier Fawas a raison. S’il est considéré comme blanc en France, il aurait très bien pu cocher une autre case aux États-Unis, et à coup sûr, sa remarque n’y aurait pas déclenché de telles réactions. Le cas de ce militant LGBT+ est bien différent de celui de Rachel Dolezal, mais interroge de la même manière: qu’est-ce qu’une ou un Blanc? Et qu’est-ce qu’une ou un Noir? Ou plus généralement, qu’est-ce qui fait qu’on est «racialisé»? Et peut-on choisir de se définir comme blanc ou noir, ou est-ce à la société de le faire? Ce qui choque, dans ces deux exemples, a un certain rapport avec la notion de «privilèges». Peut-être qu’Arnaud Gauthier Fawas n’est pas blanc, selon une définition «génétique» ou «héréditaire» très américaine de la chose, mais puisqu’il est perçu comme tel la plupart du temps, il bénéficie largement des «privilèges» qui vont avec, c’est-à-dire qu’il n’écope pas des discriminations dont souffrent en France les personnes perçues comme arabes ou noires. Peut-être a-t-il déjà vécu du racisme lié à son ascendance libanaise, mais cette raison paraît un peu faible pour compenser le fait qu’il y a bien quatre hommes perçus comme blancs sur le plateau d’Arrêt sur images… De même, la dissimulation de Rachel Dolezal, qu’elle relève initialement d’un sentiment sincère ou non, a irrité bon nombre de personnes qui ont jugé qu’elle n’avait pas subi des discriminations liées à sa couleur de peau dans son enfance, avant de «devenir» noire. Et surtout, que pouvoir choisir d’être noir ressemblait encore à un privilège de Blanc. (…) C’est aussi ce que répond l’un des convertis à l’islam interrogés par Juliette Galonnier, et qui ne s’identifie plus comme blanc. (…) Qu’en serait-il si chacun et chacune pouvait avoir entièrement la capacité à s’autodéfinir, sans trop de lien, ou un lien seulement faible, avec la réalité perçue et la réalité sociale vécue? Telle est la question que pose le geste d’Arnaud Gauthier Fawas, dont les implications ne sont pas sans difficultés. Au Brésil, les débats autour des quotas pour les citoyens et citoyennes noires de peau ont commencé à s’envenimer le jour où certains ont remarqué que davantage de personnes claires de peau postulaient. Voilà qui allait donc détruire une partie de l’effet recherché de ces politiques publiques… Les universités n’ont pas trouvé mieux, pendant un temps, que d’instaurer des «commissions de vérifications raciales», rappelant d’inquiétants souvenirs… On retrouve le même type de critiques s’agissant des personnes transgenres, dans une frange minoritaire des milieux féministes, qui reprochent aux femmes transgenres de pouvoir «choisir» leur sexe sans avoir vécu l’oppression qui va avec (alors que l’identité de genre est bien plus souvent présentée comme une nécessité intérieure, et non un choix, par les personnes trans elles-mêmes). Au Royaume-Uni, quand les conservateurs britanniques ont soutenu une réforme du changement d’état civil pour les personnes trans passant par une simple déclaration, nombre de ces Terf, pour «trans exclusionary radical feminists», se sont insurgées, dénonçant une ruse pour leur piquer des places sur les listes électorales. «L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine», ont tonné une dizaine de femmes du Labour, indiquant que 300 d’entre elles avaient quitté le parti à cause de ces nouvelles règles. En France, ces positions ont moins d’audience dans les milieux féministes, mais elles existent, par exemple sous la plume d’une des figures du Mouvement de libération des femmes (MLF), Christine Delphy: «L’identité n’est pas quelque chose que l’on se forge tout seul, c’est quelque chose qui vous est imposé. […] Je pense que là-dedans il y a une négation de la réalité du genre, qui est quelque chose de social, et pas quelque chose de sexuel ou biologique. Et une négation de l’oppression des femmes», faisait valoir en mars la philosophe et sociologue dans l’émission «Vieille Branche» (…) Mais le regard sur la transidentité dans les milieux progressistes et féministes est très différent de celui sur le «transracialisme». Même si les personnes transgenres font l’objet d’une exclusion encore très forte au niveau social, les milieux progressistes et féministes prônent plutôt tolérance et compréhension à leur égard. La transidentité a récemment été retirée de la liste des maladies mentales, et fait l’objet de politiques publiques pour faciliter la vie des personnes trans. Il ne peut pas être encore question de politiques publiques s’agissant du transracialisme, phénomène ultra-minoritaire, dont on n’est même pas encore sûr qu’il ait une véritable existence, mais la réaction quant à ce phénomène en provenance de personnes issues de milieux progressistes voire universitaires interroge. Pourquoi le transracialisme n’est-il pas autant accepté que le transgenrisme? Ce qui étonne dans la virulence des attaques contre Rachel Dolezal, c’est que la «race», comme concept, est communément admise comme étant fictive, comme n’ayant pas d’assise biologique, et c’est précisément pour cela que le transracialisme devrait, selon cette logique, moins choquer que le transgenrisme, alors que le sexe continue d’être perçu comme une chose biologique. «Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur?» Signe de ce deux poids, deux mesures, l’Assemblée nationale vient d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de la «distinction de sexe», au moment même où elle en supprimait le mot «race». S’il y a moins de «race» que de «sexe», pourquoi n’accepterait-on pas une certaine forme de fluidité entre les couleurs de peau, tout comme on accepte que les personnes trans puissent se sentir nées dans le mauvais sexe? C’est l’interrogation du sociologue américian Rogers Brubaker, dans un livre qui a reçu énormément de critiques, Trans: Gender and Race in an Age of Unsettled Identities. Rachel Dolezal a elle-même exploité cette comparaison, allant jusqu’à dire dans une interview avec la sociologue Ann Morning que le stigmate qui pèse sur les personnes «transraciales» serait plus grand, puisque, selon ses mots, «la fluidité de genre est plus largement acceptée que la fluidité de race». «Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur? Les races ont été créées par les Européens et ils avaient tort», affirme Albert Wilkerson, un homme que Rachel Dolezal appelle son «vrai» père, dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté. Les arguments contre l’acceptation du transracialisme paraissent souvent faibles, et tombent assez facilement dès lors qu’on opère une comparaison avec la transidentité et qu’on regarde de près le cas de Rachel Dolezal. À ceux et celles qui lui reprochent d’avoir commis un «blackface» (soit de s’être approchée de cette pratique théâtrale au XIXe siècle dans laquelle des Blancs se grimaient en personnes de couleur pour en faire une caricature débile), on peut rétorquer que Rachel Dolezal est très loin de se moquer des Noirs. «Le black face est occasionnel, ce n’est pas la même chose que de vivre en Noir», acquiesce Éric Fassin. Peut-on reprocher à Rachel Dolezal de s’être approprié une culture, à la manière de ces chaînes internationales de vêtements qui plagient purement et simplement les traditions de pays dans lesquels par ailleurs elles menacent le commerce local? L’«appropriation culturelle» est un problème lorsqu’elle est faite «sans aucune conscience ni lien dans leur épaisseur avec la culture dont le vêtement est issu», relève Pap Ndiaye. «Quel degré de mélanine faudrait-il avoir pour avoir le droit de s’habiller ainsi?» pointe aussi l’historien, soulignant par là les limites d’une telle critique appliquée aux individus. Reproche-t-on à Rachel Dolezal d’accentuer les stéréotypes associés aux personnes noires, en adoptant des signes extérieurs à cette culture? Mais la même critique vaudrait alors pour les personnes trans, qui sont nombreuses, comme Caitlyn Jenner, à se délecter de longues robes et de talons hauts, réflexe qu’on peut comprendre simplement avec un peu d’humanité, puisque cet amour des signes féminins découle tout simplement du fait qu’ils leur ont été interdits pendant longtemps. Quant au «luxe de s’autodéfinir» que s’octroieraient les personnes blanches, ce «privilège» qu’elles auraient de se choisir noires, il tombe là aussi à l’eau lorsqu’on opère une comparaison avec la transidentité: qui connaît un peu le sujet sait que les personnes trans ne «choisissent» pas pour la plupart leur genre, elles le vivent et l’ont pour la plupart toujours vécu pleinement, depuis l’enfance. Douloureusement. Pour l’instant, puisque le sujet de la transracialité est encore totalement méconnu, il est très difficile de dire si les quelques cas relevés dans le monde ressortent d’une nécessité intérieure ou d’un choix délibéré. La biographie de Rachel Dolezal penche plutôt pour la première option. Une explication, plutôt qu’une justification, à ce double standard, tient sans doute à l’histoire des luttes féministes d’un côté, et antiracistes de l’autre. Comme le relève la docteure en sociologie Sarah Mazouz dans une recension du livre de Brubaker, les premières «ont affirmé la fluidité des catégories et la possible circulation d’une identité à une autre comme l’un des principaux instruments de remise en cause d’un ordre social genré et de ses hiérarchies», tandis que «le changement de race n’est pas un enjeu central des mouvements antiracistes». La «race», par ailleurs, à l’inverse du genre, est «inscrite dans une hérédité. Elle implique des ancêtres, une généalogie et une histoire, ce qui n’est, dans les grands traits, pas le cas du genre», explique aussi Solène Brun. Comme dit plus haut, certaines personnes métisses sont très fières de se revendiquer noires, car elles s’inscrivent dans cette histoire de luttes, retournant le stigmate en un atout de fierté. Qu’on puisse leur dérober ceci leur paraît parfaitement insupportable. Le genre semble relever par contraste d’une dimension plus intime. «La race me semble engager davantage d’emblée des communautés et des relations socio-politiques», suggère Magali Bessone. Si la transidentité est mieux acceptée (même si tout est relatif) dans les milieux féministes que le transracialisme, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a jamais vraiment eu, au fond, de «classe des femmes» solidairement unie contre la «classe des hommes», comme il y a eu une solidarité des Noirs contre l’oppression des Blancs. Parce que femmes et hommes ne peuvent vivre séparément, et ne l’ont jamais complètement fait, tandis qu’il a existé des quartiers complètement ségrégés, où Noirs et Blancs étaient séparés. Et parce que par conséquent une femme transgenre ou un homme transgenre ne peut être regardé –du moins par les femmes féministes– comme un «traître à sa classe», au même titre qu’un Noir ou un Blanc qui «passe» de l’autre côté pourrait l’être, à cause de cette histoire. Il faut relire Simone de Beauvoir, au début du Deuxième Sexe, pour le comprendre: «Le prolétariat pourrait se proposer de massacrer la classe dirigeante, un Juif, un Noir fanatiques pourraient rêver d’accaparer le secret de la bombe atomique et de faire une humanité tout entière juive, tout entière noire: même en songe la femme ne peut exterminer les mâles. Le lien qui l’unit à ses oppresseurs n’est comparable à aucun autre». Mais comprendre n’est pas justifier, et il n’est pas sûr qu’un jour les arguments contre le transracialisme ne finissent par tomber, comme ceux qui ont longtemps érigé la transidentité en «abomination». Si le cas de Rachel Dolezal est largement regardé comme de la mythomanie pathologique, il n’est pas exclu qu’un jour ce regard change. «C’est comme si elle vivait dans un futur encore non avéré», a écrit à propos d’elle le New York Times Magazine. Avons-nous aujourd’hui les lunettes pour voir le transracialisme? Rachel Dolezal est-elle une menteuse, ou une pionnière? «Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier», affirme Martin, le personnage de Your face in mine. Il faudra sans doute encore attendre quelques années pour voir si cette prédiction est juste. Aude Lorriaux
Depuis la mort de George Floyd, lors d’un contrôle de police à Minneapolis, des manifestations ont lieu partout aux États-Unis avec pour slogan Black Lives Matter, comme ici à Oklahoma City, le 31 mai 2020. Louboutin revendique (…) le lancement d’une nouvelle collection, « Walk a Mile in my Shoes », inspirée par la phrase de Martin Luther King, et une rencontre avec l’une des fondatrices du mouvement américain Black Lives Matter. Les bénéfices de la collection seront reversés à des organisations œuvrant pour la justice sociale, précise la société. Pour 995 euros, chacun peut ainsi s’offrir l’escarpin Free Walkie, qui « exprime cette saison l’empathie et la solidarité ». L’affaire paraît si caricaturale qu’elle prête d’abord à sourire, rappelant les outrances de l’antiracisme hollywoodien dépeints par Romain Gary ou l’essai au vitriol de Tom Wolf Radical Chic. Le romancier y décrivait une soirée mondaine donnée par le chef d’orchestre Leonard Bernstein dans son splendide appartement de Park Avenue en l’honneur des Black Panthers. La variation Louboutin apporte toutefois une nuance de poids: après les stars et les grands-bourgeois, ce sont désormais les entreprises qui se saisissent à pleines mains de la puissante bannière de l’antiracisme. Ce mouvement vient des États-Unis, où les grandes corporations, pour répondre aux attentes de leurs clients et jeunes recrues, mais surtout éviter toute recension critique par des associations militantes, tentent de coller au mieux à ce qu’elles identifient comme un socle commun d’aspirations de la société. Un tournant politique accentué par l’arrêt Citizens United de 2010, qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales. Ainsi s’est bâti un nouvel équilibre fragile où entreprises, politique et société civile, représentée par les associations, tentent ensemble d’organiser la vie de la cité. La décision, en mai 2019, de l’État de Géorgie d’adopter une loi restrictive sur l’avortement a parfaitement illustré ces nouveaux rapports de force. À l’annonce de la réforme, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter entreprises et événements organisés en Géorgie. Les grands groupes ont embrayé, Netflix, Disney et Warner menaçant de stopper leurs tournages dans l’État. Une centaine de patrons ont ensuite manifesté leur opposition à la loi via une page dans le New York Times. Le texte a pour finir été bloqué, quelques mois plus tard, par un tribunal fédéral américain arguant de sa contradiction avec la jurisprudence de la Cour suprême. Depuis trois ans, c’est autour du mouvement woke, terme qui s’est répandu dans le sillage du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs (sic) aux États-Unis, que se mobilisent les grands groupes américains. Pour gagner leurs galons woke, c’est-à-dire en état d’éveil face aux injustices sociales et raciales, les entreprises les plus motivées n’hésitent pas à organiser une forme de ségrégation entre leurs salariés. Les jeunes recrues à la peau blanche étant formées à prendre conscience de leurs privilèges tandis que les personnes de couleur sont invitées à se reconnaître dans le rôle de victimes. Au siège de Disney, en Californie, la direction des ressources humaines a par exemple constitué trois groupes affinitaires destinés de facto respectivement aux Latinos, aux Asiatiques et aux Noirs. Les employés blancs étant de leur côté incités à s’interroger entre autres sur les liens entre leur patrimoine et le « racisme structurel de la société américaine ». Le journaliste Christopher Rufo, à l’origine des révélations sur Disney, a même relaté l’existence dans certains groupes et administrations de stages de quasi-rééducation réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Ces combats woke s’imposent au sein des grands groupes, essentiellement constitués de cadres urbains. Ils sont valorisés par les actionnaires institutionnels (fonds d’investissement, fonds de pensions, gestionnaire d’actifs…) qui identifient ces formations à des actions de lutte contre les discriminations, un des piliers de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Les sociétés cotées en Bourse tendent alors à s’y convertir pas à pas, avec plus ou moins d’enthousiasme et d’intensité. Ce n’est toutefois pas le cas de l’intégralité du capitalisme américain. Détenue par une famille de fervents chrétiens, la troisième enseigne de restauration rapide du pays, Chick-fil-A, reste par exemple parfaitement hermétique au mouvement. Le groupe conseille à ses franchisés de mener leur établissement «selon les principes de la Bible», ce qui passe notamment par une fermeture le dimanche. En Europe, les entreprises, fidèles à une tradition remontant au XIXe siècle, sont aussi fortement engagées sur les questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE). (….) L’industrie cosmétique, directement exposée par ses produits à ces questions de couleur de peau, a ainsi franchi le Rubicon. En juin 2020, L’Oréal annonçait retirer «les mots blanc/blanchissant, clair de tous ses produits destinés à uniformiser la peau». Le français suivait son concurrent américain Johnson and Johnson, propriétaire notamment des marques Neutrogena, RoC ou Le Petit Marseillais, qui avait déclaré plus tôt abandonner la production de substances éclaircissantes commercialisées en Asie et au Proche-Orient. Le luxe, tétanisé par les procès en appropriation culturelle, suit également le mouvement de près, comme la campagne Louboutin le reflète. Gucci, une marque phare de Kering, s’est ainsi retrouvé au printemps 2019 dans la tempête, pour avoir lancé un col roulé décoré de larges lèvres rouges, jugé raciste, car pouvant évoquer une blackface, une caricature de visage noir. Afin de se faire pardonner, le groupe a multiplié les dons à des associations de lutte contre les discriminations et les séminaires de sensibilisation. Pour les entreprises, rejoindre la croisade woke peut s’apparenter à un très tentant, et économique, bain de jouvence marketing. La conversion exige toutefois un certain professionnalisme, comme la Poste espagnole l’a appris à ses dépens, en mai. Pour marquer l’anniversaire de la mort de George Floyd, lors de son arrestation par la police, le groupe a lancé une collection de timbre, les Equality Stamps, représentant différentes couleurs de peaux. Scandale immédiat car la valeur des timbres était corrélée à la clarté de la peau, variant de 0,70 euro pour celui représentant la peau noire à 1,60 euros pour le blanc. En France, le modèle universel républicain s’oppose frontalement à ces approches racialistes. La grande majorité des chefs d’entreprise, conscients de cette spécificité, se montrent prudents sur ces sujets et tendent plutôt à freiner l’enthousiasme de leurs jeunes directions de l’éthique et/ou de la diversité. L’intense polémique suscité par un tweet d’Évian s’excusant d’avoir fait la publicité de son eau en pleine journée de ramadan a bien démontré la réactivité épidermique d’une grande partie du public hexagonal devant les approches communautaristes.
Il est bien vu, ces jours-ci, de présenter Joe Biden comme un nouveau Roosevelt, ambitieux et pragmatique, courageux et modéré. Celui qui passait hier encore pour un gaffeur hasardeux prend désormais les traits du bon géronte, consacrant sa présidence à la réconciliation d’un pays fracturé. Mais cette image rassurante ne résiste pas à la réalé des faits et masque bien mal la nouvelle poussée de fièvre idéologique associée au wokisme qui traverse la société américaine, très présente dans l’aile gauche de son propre parti. (…) La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée: son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Et (…) c’est au nom du concept d’équité qu’elle se déploie. (…) Mais surtout, on ne saurait tolérer d’autre explication à la moindre disparité dans la représentation que par le «racisme systémique». Comment s’arracher à ce dernier? Par un travail constant de rééducation. Le journaliste Christopher Rufo a critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années les délires du «diversity training». Il l’a encore fait ces derniers jours en révélant que certains dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur «privilège blanc» et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Au cœur du complexe militaro-industriel, le wokisme triomphe. Plus largement, dans une entreprise, un salarié refusant de participer à un tel séminaire s’autodésigne comme un suspect. La réingénierie sociale culmine dans une logique de purge. (…) Et comme «l’antiracisme» d’hier a inventé la discrimination positive, celui d’aujourd’hui engendre ce qu’on appellera la ségrégation positive. Ainsi, la mairesse démocrate noire de Chicago, Lori Lightfoot, pour marquer le deuxième anniversaire de son élection, a décidé de réserver ses entrevues personnalisées aux journalistes «racisés» – autrement dit, de ne pas en accorder aux Blancs. Au nom de la justice raciale elle revendiquait explicitement une nécessaire discrimination raciale contre les Blancs. On n’en sera pas surpris: Ibram X. Kendi, l’intellectuel de référence du racialisme, explique que la discrimination raciale n’est en rien condamnable, pour peu qu’elle produise de l’égalité raciale. Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité. Nos sociétés sont invitées à s’abolir pour renaître à elles-mêmes, purgées du mal par une nouvelle inquisition se réclamant de l’antiracisme révolutionnaire. (…) À l’échelle de l’histoire, et même s’il faut garder à l’esprit que toute comparaison a ses limites, on y verra un transfert du flambeau révolutionnaire, de l’URSS aux États-Unis, comme si avec la fin de la guerre froide, le fondamentalisme de la modernité avait renoué avec la première société qui a voulu se définir intégralement dans ses catégories. On se forme dans les universités américaines à la manière d’un détour dans le centre idéologique de l’empire et grâce aux programmes du Département d’État, on va faire un stage en diversité sur les deux côtes américaines comme on allait hier en pèlerinage dans les pays du socialisme réel. Comme Gide jadis, un grand écrivain s’y rendant pourrait bien en revenir, ensuite, en ramenant dans sa besace un ouvrage qu’il intitulerait Retour des USA, en comprenant que ce modèle conduit notre civilisation vers l’abîme pendant qu’un homme aux airs de bon grand-père croit lui apporter la paix pour notre temps. Mathieu Bock-Côté
Les scènes auxquelles nous assistons dans le sillage du «Black Lives Matter» aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, comme un peu partout en Europe, pour solder une histoire accusée d’être «raciste» ne sont pas sans rappeler des aveuglements de sinistre mémoire. Du passé faisons table rase! Cette injonction célèbre de L’Internationale, le chant révolutionnaire né à l’époque de la Commune de Paris de 1871, peut être lourde de conséquences. (…) Toutes proportions gardées, et dans un contexte politique radicalement différent, la volonté destructrice du passé à laquelle nous assistons fait penser à la Chine maoïste des années 1960-1970 lorsque des cohortes de Gardes rouges s’en prenaient aux symboles de l’histoire. Certes, ces foules étaient téléguidées par un Mao à la reconquête d’un pouvoir qui lui avait été contesté après la gigantesque catastrophe du «Grand Bond en avant» (de 30 à 50 millions de morts selon les estimations) dont il était responsable. Certes, les violences des manifestants actuels ne peuvent naturellement pas être assimilées à celles des jeunes excités chinois qui agitaient leur petit Livre rouge en s’en prenant aux élites cultivées, coupables d’incarner le monde ancien, allant jusqu’à les mettre à mort, suivi de bacchanales où le foie du supplicié pouvait être mangé. Il n’empêche, la mise au pilori d’intellectuels, d’universitaires, aux États-Unis et ailleurs, qui ne se plient pas à la nouvelle doxa sur l’antiracisme, l’anticolonialisme, voire l’antisexisme, participe du même désir d’exclusion, de destruction, non de l’être mais de l’esprit, que complètent d’absurdes censures. «Sur une page blanche, tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau», cette citation de Mao a servi d’argument aux Gardes rouges pour éradiquer l’histoire. Par ce mot d’ordre, le Grand Timonier voulait priver le peuple chinois de mémoire historique afin de le tailler à la mesure de sa propre démesure. Mao a tenté de mettre en œuvre le fameux aphorisme de Big Brother, dans le 1984 de George Orwell, qui exprime au mieux les vrais enjeux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui: «Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir, celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» (…) La charge antiraciste menée de nos jours s’accompagne d’une volonté de culpabiliser ceux qui n’ont pas la chance d’être né du bon côté de l’histoire nouvelle que l’on cherche à imposer. Voir des édiles, comme le maire de Minneapolis, implorer les manifestants pour qu’ils pardonnent son «privilège» d’être Blanc, renvoie pour le coup aux pires moments de la Révolution culturelle chinoise lorsque l’érudit devait avouer son amour des lettres anciennes avant d’être exécuté. L’autocritique est un classique du communisme. Il ne s’agissait pas de prouver la justesse de l’accusation mais de donner bonne conscience aux bourreaux chargés d’éliminer le coupable. Thierry Wolton

Back in the USSR !

Camps de rééducation, séances d’autocritique publique, dénonciations, excommunications, procès-spectacles, censure et auto-censure médiatique, purges périodiques, police de la pensée, inquisition, révisions de la langue,  déboulonnages de statues, effacement de photos, exportation de la révolution …

A l’heure où, après avoir gagné le sexe, la dysphorie s’attaque à présent à la race …
Et à coup de bistouri, un influenceur blanc peut devenir coréen
Tout comme pendant que la lingerie elle-même se wokise …
Un homme peut devenir reine de beauté
Le tout alors qu’avant d’envahir nos stades, l’un vient de remplacer l‘autre dans notre Constitution
Ou après avoir mis le feu à l’Amérique et au monde occidental …
Entre question raciale et épidémie …
Et au prix du hold up électoral du siècle …
Et de son lot classique de boucs émissaires
Un vieil apparatchik nous fait à présent le coup du réconciliateur d’un pays fracturé …
Comment ne pas voir le nouveau totalitarisme qui vient …
Avec l’aide, entre inflation des normes et simple connivence idéologique, de la politisation de la justice
Comme du système médiatique et, avec les réseaux sociaux, paramédiatique …
Où après le bolchévisme et le maoïsme de la Révolution culturelle chinoise …
C’est désormais nos propres entreprises
Qui entre rééducation idéologique, séances d’autocritique publique et excommunication numérique …
Et contre espèces sonnantes et trébuchantes
Sont gagnées par ce monde moderne, prophétisé par Chesterton il y a un siècle, rempli d’idées chrétiennes devenues folles ?

« Demander pardon pour ce qu’on est? Cela s’appelle l’autocritique communiste »

TRIBUNE – Si l’analogie a, Dieu merci, d’évidentes limites, il est difficile de ne pas songer à la Révolution culturelle chinoise en considérant les actes d’intimidation, les menaces voire la violence physique des activistes américains qui fustigent le «privilège blanc», argumente Thierry Wolton, essayiste, spécialiste du communisme.


Thierry Wolton est l’auteur, notamment, de «Une histoire mondiale du communisme», en trois volumes chez Grasset: «Les Bourreaux» (2015), «Les Victimes» (2016), «Les Complices» (2017).


Les scènes auxquelles nous assistons dans le sillage du «Black Lives Matter» aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, comme un peu partout en Europe, pour solder une histoire accusée d’être «raciste» ne sont pas sans rappeler des aveuglements de sinistre mémoire. Du passé faisons table rase! Cette injonction célèbre de L’Internationale, le chant révolutionnaire né à l’époque de la Commune de Paris de 1871, peut être lourde de conséquences. Tourner la page d’hier, croire que l’on peut repartir de zéro pour bâtir un monde nouveau, forcément meilleur, est une tentation pour chaque génération, convaincue qu’elle peut faire mieux que ses prédécesseurs, que l’avenir lui appartient. Cette espérance, qui fait des vies de chacun un point de départ toujours renouvelé, peut néanmoins tourner au cauchemar si elle devient un impératif, destiné non plus à ouvrir les chemins de l’avenir mais à démolir systématiquement ce qui s’est fait auparavant, à renier l’histoire constitutive de ce que l’on est présentement. Faire du passé table rase au risque de l’amnésie ouvre la porte aux manipulations, faute de repères dans le temps.

Toutes proportions gardées, et dans un contexte politique radicalement différent, la volonté destructrice du passé à laquelle nous assistons fait penser à la Chine maoïste des années 1960-1970 lorsque des cohortes de Gardes rouges s’en prenaient aux symboles de l’histoire. Certes, ces foules étaient téléguidées par un Mao à la reconquête d’un pouvoir qui lui avait été contesté après la gigantesque catastrophe du «Grand Bond en avant» (de 30 à 50 millions de morts selon les estimations) dont il était responsable. Certes, les violences des manifestants actuels ne peuvent naturellement pas être assimilées à celles des jeunes excités Chinois qui agitaient leur petit Livre rouge en s’en prenant aux élites cultivées, coupables d’incarner le monde ancien, allant jusqu’à les mettre à mort, suivi de bacchanales où le foie du supplicié pouvait être mangé. Il n’empêche, la mise au pilori d’intellectuels, d’universitaires, aux États-Unis et ailleurs, qui ne se plient pas à la nouvelle doxa sur l’antiracisme, l’anticolonialisme, voire l’antisexiste, participe du même désir d’exclusion, de destruction, non de l’être mais de l’esprit, que complètent d’absurdes censures.

«Sur une page blanche, tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau», cette citation de Mao a servi d’argument aux Gardes rouges pour éradiquer l’histoire. Par ce mot d’ordre, le Grand Timonier voulait priver le peuple chinois de mémoire historique afin de le tailler à la mesure de sa propre démesure. Mao a tenté de mettre en œuvre le fameux aphorisme de Big Brother, dans le 1984 de George Orwell, qui exprime au mieux les vrais enjeux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui: «Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir, celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» Ce n’est pas en épurant l’histoire des faits et des hommes qui déplaisent à la conscience du moment, qu’on peut la comprendre et en tirer les leçons.

La charge antiraciste menée de nos jours s’accompagne d’une volonté de culpabiliser ceux qui n’ont pas la chance d’être né du bon côté de l’histoire nouvelle que l’on cherche à imposer. Voir des édiles, comme le maire de Minneapolis, implorer les manifestants pour qu’ils pardonnent son «privilège» d’être Blanc, renvoie pour le coup aux pires moments de la Révolution culturelle chinoise lorsque l’érudit devait avouer son amour des lettres anciennes avant d’être exécuté. L’autocritique est un classique du communisme. Il ne s’agissait pas de prouver la justesse de l’accusation mais de donner bonne conscience aux bourreaux chargés d’éliminer le coupable.

La lutte contre le racisme est une noble cause qui rappelle la commune condition du genre humain, une évidence qui ne devrait pas avoir besoin d’être défendue. Faut-il pour autant que cette lutte cherche à instrumentaliser l’histoire comme si elle était coupable, comme si on pouvait la réécrire au goût du jour pour plaire aux plaignants du moment? La destruction de symboles d’un passé supposé raciste, le déboulonnage de quelques héros accusés d’actes, de propos racistes, la mise à l’index de chefs-d’œuvre qui ne correspondent plus aux canons à la mode, ne résoudront rien.

De tels actes servent tout au plus à assouvir des haines qui ne sont jamais de bonnes conseillères. Le jusqu’au-boutisme qui aboutit à la stigmatisation de ceux jugés coupables a priori donne au mouvement «antiraciste» actuel une orientation qui permet de douter de sa sincérité. Culpabiliser un Blanc parce qu’il est Blanc, quand il n’y est pour rien, est une stupidité et une inconvenance. S’excuser, demander pardon pour ce que l’on a fait soi-même, pour ce dont on s’est rendu coupable à titre individuel, certes oui, mais certainement pas pour ce que l’on est ou pour ce qui s’est produit plusieurs siècles avant votre naissance.

Tout passe. Les jeunes Chinois d’aujourd’hui ne font plus du passé table rase. Sur ordre du pouvoir national-communiste de Xi Jinping, ils encensent la glorieuse histoire de l’empire du Milieu, celle-là même que Mao voulait passer à la trappe. La roue de l’histoire tourne au rythme que les hommes lui donnent, les vérités d’aujourd’hui ne peuvent pas plus prétendre à l’éternité que celle d’hier, et probablement que celles de demain. Cela ne veut pas dire que les faits en eux-mêmes ne doivent pas être discutés, analysés, voire jugés, mais sans émoi et surtout sans diktat, pressions et menaces, quels qu’ils soient.

Voir aussi:

Mathieu Bock-Côté: «Rééducation à l’américaine»
CHRONIQUE – L’idéologie racialiste américaine cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés.
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
28/05/2021

Il est bien vu, ces jours-ci, de présenter Joe Biden comme un nouveau Roosevelt, ambitieux et pragmatique, courageux et modéré. Celui qui passait hier encore pour un gaffeur hasardeux prend désormais les traits du bon géronte, consacrant sa présidence à la réconciliation d’un pays fracturé. Mais cette image rassurante ne résiste pas à la réalité des faits et masque bien mal la nouvelle poussée de fièvre idéologique associée au wokisme qui traverse la société américaine, très présente dans l’aile gauche de son propre parti. Celle-ci n’est pas loin de considérer Joe Biden comme un président de transition, alors qu’une nouvelle garde s’installe dans un pays dont les coordonnées identitaires de base se transforment. Il laisse croire à un retour au calme alors que tout s’embrase.

La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée: son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Et comme le notait récemment Christopher Caldwell dans la National Review, c’est au nom du concept d’équité qu’elle se déploie. Le principe d’équité prétend accomplir l’égalité à l’américaine mais en fait le falsifie, en liquidant la référence à l’individu pour la reporter à l’échelle raciale: chaque groupe identifié par la bureaucratie diversitaire doit être représenté dans tous les domaines de l’existence sociale selon son poids dans la population, sans la moindre nuance. Le monde se laisse absorber par un fantasme mathématique. Mais surtout, on ne saurait tolérer d’autre explication à la moindre disparité dans la représentation que par le «racisme systémique».

Comment s’arracher à ce dernier? Par un travail constant de rééducation. Le journaliste Christopher Rufo a critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années les délires du «diversity training». Il l’a encore fait ces derniers jours en révélant que certains dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur «privilège blanc» et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Au cœur du complexe militaro-industriel, le wokisme triomphe. Plus largement, dans une entreprise, un salarié refusant de participer à un tel séminaire s’autodésigne comme un suspect. La réingénierie sociale culmine dans une logique de purge.

La ségrégation positive

L’obsession raciale conduit à la ségrégation raciale. Et comme «l’antiracisme» d’hier a inventé la discrimination positive, celui d’aujourd’hui engendre ce qu’on appellera la ségrégation positive. Ainsi, la mairesse démocrate noire de Chicago, Lori Lightfoot, pour marquer le deuxième anniversaire de son élection, a décidé de réserver ses entrevues personnalisées aux journalistes «racisés» – autrement dit, de ne pas en accorder aux Blancs. Au nom de la justice raciale elle revendiquait explicitement une nécessaire discrimination raciale contre les Blancs. On n’en sera pas surpris: Ibram X. Kendi, l’intellectuel de référence du racialisme, explique que la discrimination raciale n’est en rien condamnable, pour peu qu’elle produise de l’égalité raciale.

Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité. Nos sociétés sont invitées à s’abolir pour renaître à elles-mêmes, purgées du mal par une nouvelle inquisition se réclamant de l’antiracisme révolutionnaire. L’individu habité par une névrose raciale et se convertissant à une identité de genre indéterminée est le nouveau visage du rêve américain.

À l’échelle de l’histoire, et même s’il faut garder à l’esprit que toute comparaison a ses limites, on y verra un transfert du flambeau révolutionnaire, de l’URSS aux États-Unis, comme si avec la fin de la guerre froide, le fondamentalisme de la modernité avait renoué avec la première société qui a voulu se définir intégralement dans ses catégories. On se forme dans les universités américaines à la manière d’un détour dans le centre idéologique de l’empire et grâce aux programmes du Département d’État, on va faire un stage en diversité sur les deux côtes américaines comme on allait hier en pèlerinage dans les pays du socialisme réel. Comme Gide jadis, un grand écrivain s’y rendant pourrait bien en revenir, ensuite, en ramenant dans sa besace un ouvrage qu’il intitulerait Retour des USA, en comprenant que ce modèle conduit notre civilisation vers l’abîme pendant qu’un homme aux airs de bon grand-père croit lui apporter la paix pour notre temps.

Voir également:

La culture « woke » s’immisce pas à pas dans les entreprises
ENQUÊTE – Aux États-Unis, les entreprises se sont converties à cet antiracisme militant, quitte à organiser une forme de ségrégation au sein de leurs salariés. Les patrons français gardent un regard critique sur le mouvement, même si quelques lignes commencent à céder.
Anne de Guigné
Le Figaro
27/06/2021

Assa Traoré le poing levé sur son canapé en hauts talons de la marque Louboutin. Publiée sur le compte Facebook du collectif La Vérité pour Adama, la photo s’agrémente d’un texte où la militante antiraciste évoque la mort de son frère Adama «il y a cinq ans entre les mains des gendarmes» avant de conclure sur un lyrique: «Je marcherai dans vos pas à tous les trois (les designers de la maison, NDLR), grandie par cette élégante création qui fait de moi une femme fière de ce que nous construisons ensemble. Justice pour tous».

L’ensemble a fait couler tant d’encre que la marque a dû préciser que l’emblématique jeune femme ne comptait pas parmi ses égéries. Louboutin revendique en revanche le lancement d’une nouvelle collection, «Walk a Mile in my Shoes», inspirée par la phrase de Martin Luther King, et une rencontre avec l’une des fondatrices du mouvement américain Black Lives Matter. Les bénéfices de la collection seront reversés à des organisations œuvrant pour la justice sociale, précise la société. Pour 995 euros, chacun peut ainsi s’offrir l’escarpin Free Walkie, qui «exprime cette saison l’empathie et la solidarité».

L’affaire paraît si caricaturale qu’elle prête d’abord à sourire, rappelant les outrances de l’antiracisme hollywoodien dépeints par Romain Gary ou l’essai au vitriol de Tom Wolf Radical Chic. Le romancier y décrivait une soirée mondaine donnée par le chef d’orchestre Leonard Bernstein dans son splendide appartement de Park Avenue en l’honneur des Black Panthers. La variation Louboutin apporte toutefois une nuance de poids: après les stars et les grands-bourgeois, ce sont désormais les entreprises qui se saisissent à pleines mains de la puissante bannière de l’antiracisme.

Appel au boycott

Ce mouvement vient des États-Unis, où les grandes corporations, pour répondre aux attentes de leurs clients et jeunes recrues, mais surtout éviter toute recension critique par des associations militantes, tentent de coller au mieux à ce qu’elles identifient comme un socle commun d’aspirations de la société. Un tournant politique accentué par l’arrêt Citizens United de 2010, qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales. Ainsi s’est bâti un nouvel équilibre fragile où entreprises, politique et société civile, représentée par les associations, tentent ensemble d’organiser la vie de la cité. La décision, en mai 2019, de l’État de Géorgie d’adopter une loi restrictive sur l’avortement a parfaitement illustré ces nouveaux rapports de force. À l’annonce de la réforme, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter entreprises et événements organisés en Géorgie. Les grands groupes ont embrayé, Netflix, Disney et Warner menaçant de stopper leurs tournages dans l’État. Une centaine de patrons ont ensuite manifesté leur opposition à la loi via une page dans le New York Times. Le texte a pour finir été bloqué, quelques mois plus tard, par un tribunal fédéral américain arguant de sa contradiction avec la jurisprudence de la Cour suprême.

Depuis trois ans, c’est autour du mouvement woke, terme qui s’est répandu dans le sillage du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs aux États-Unis, que se mobilisent les grands groupes américains. Pour gagner leurs galons woke, c’est-à-dire en état d’éveil face aux injustices sociales et raciales, les entreprises les plus motivées n’hésitent pas à organiser une forme de ségrégation entre leurs salariés. Les jeunes recrues à la peau blanche étant formées à prendre conscience de leurs privilèges tandis que les personnes de couleur sont invitées à se reconnaître dans le rôle de victimes. Au siège de Disney, en Californie, la direction des ressources humaines a par exemple constitué trois groupes affinitaires destinés de facto respectivement aux Latinos, aux Asiatiques et aux Noirs. Les employés blancs étant de leur côté incités à s’interroger entre autres sur les liens entre leur patrimoine et le «racisme structurel de la société américaine».

Stage de quasi-rééducation

Le journaliste Christopher Rufo, à l’origine des révélations sur Disney, a même relaté l’existence dans certains groupes et administrations de stages de quasi-rééducation réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Ces combats woke s’imposent au sein des grands groupes, essentiellement constitués de cadres urbains. Ils sont valorisés par les actionnaires institutionnels (fonds d’investissement, fonds de pensions, gestionnaire d’actifs…) qui identifient ces formations à des actions de lutte contre les discriminations, un des piliers de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Les sociétés cotées en Bourse tendent alors à s’y convertir pas à pas, avec plus ou moins d’enthousiasme et d’intensité. Ce n’est toutefois pas le cas de l’intégralité du capitalisme américain. Détenue par une famille de fervents chrétiens, la troisième enseigne de restauration rapide du pays, Chick-fil-A, reste par exemple parfaitement hermétique au mouvement. Le groupe conseille à ses franchisés de mener leur établissement «selon les principes de la Bible», ce qui passe notamment par une fermeture le dimanche.

En Europe, les entreprises, fidèles à une tradition remontant au XIXe siècle, sont aussi fortement engagées sur les questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Sur le Vieux Continent, comme aux États-Unis, la définition de la RSE a eu tendance à évoluer ; synonyme, il y a dix ans, d’un principe de responsabilité de l’impact de ses actions, la RSE dernière génération tend davantage vers la défense de valeurs. Les grands groupes, essentiellement de services, multiplient ainsi les actions en faveur de l’inclusivité et de la diversité, avec un fort accent en faveur de l’égalité hommes-femmes ou de la visibilité des personnes LGBT. À quelques exceptions près, ils conservent toutefois un pas de côté vis-à-vis de l’antiracisme à la sauce woke, se contentant d’inclure ces problématiques dans des formations plus larges aux discriminations.

Les lignes commencent toutefois à bouger. L’industrie cosmétique, directement exposée par ses produits à ces questions de couleur de peau, a ainsi franchi le Rubicon. En juin 2020, L’Oréal annonçait retirer «les mots blanc/blanchissant, clair de tous ses produits destinés à uniformiser la peau». Le français suivait son concurrent américain Johnson and Johnson, propriétaire notamment des marques Neutrogena, RoC ou Le Petit Marseillais, qui avait déclaré plus tôt abandonner la production de substances éclaircissantes commercialisées en Asie et au Proche-Orient. Le luxe, tétanisé par les procès en appropriation culturelle, suit également le mouvement de près, comme la campagne Louboutin le reflète. Gucci, une marque phare de Kering, s’est ainsi retrouvé au printemps 2019 dans la tempête, pour avoir lancé un col roulé décoré de larges lèvres rouges, jugé raciste, car pouvant évoquer une blackface, une caricature de visage noir. Afin de se faire pardonner, le groupe a multiplié les dons à des associations de lutte contre les discriminations et les séminaires de sensibilisation.

Pour les entreprises, rejoindre la croisade woke peut s’apparenter à un très tentant, et économique, bain de jouvence marketing. La conversion exige toutefois un certain professionnalisme, comme la Poste espagnole l’a appris à ses dépens, en mai. Pour marquer l’anniversaire de la mort de George Floyd, lors de son arrestation par la police, le groupe a lancé une collection de timbre, les Equality Stamps, représentant différentes couleurs de peaux. Scandale immédiat car la valeur des timbres était corrélée à la clarté de la peau, variant de 0,70 euro pour celui représentant la peau noire à 1,60 euros pour le blanc.

En France, le modèle universel républicain s’oppose frontalement à ces approches racialistes. La grande majorité des chefs d’entreprise, conscients de cette spécificité, se montrent prudents sur ces sujets et tendent plutôt à freiner l’enthousiasme de leurs jeunes directions de l’éthique et/ou de la diversité. L’intense polémique suscité par un tweet d’Évian s’excusant d’avoir fait la publicité de son eau en pleine journée de ramadan a bien démontré la réactivité épidermique d’une grande partie du public hexagonal devant les approches communautaristes. Les prochaines années, voire les prochains mois, s’annoncent délicates pour les chefs d’entreprise, qui devront naviguer entre les injonctions contradictoires de leur base française et de leurs contreparties anglo-saxonnes. Les crispations risquant de se cristalliser autour de l’épineuse question de la religion en entreprise.

Voir de même:

Brut lève 75 millions de dollars auprès de Murdoch, Pinault et Orange

Le média social français connu dans le monde entier, est valorisé autour de 300 millions de dollars.

Le tour de table du média social français Brut, devient l’un des plus chic de la planète média. Après avoir séduit Xavier Niel, Alexandre Mars et Bpifrance lors d’un tour de table de 40 millions de dollars en 2019, Brut accueille aujourd’hui à son capital James Murdoch (via son fonds Lupa Systems), François-Henri Pinault (via la holding Artémis), le fonds Tikehau et Orange Ventures qui est l’un des plus importants participants à ce tour de table.

Les sagas et les stratégies de l’éco. La vie et les coulisses des entreprises, du monde des affaires et de celles et ceux qui l’animent, par Bertille Bayart.

Tous ces investisseurs, anciens et nouveaux, apportent 75 millions de dollars d’argent frais à Brut sur la base d’une valorisation approchant les 300 millions de dollars. Les trois fondateurs, Guillaume Lacroix, Renaud Le Van Kim et Laurent Lucas, conservent cependant le contrôle de la société.

«Nous discutions depuis deux ans avec James Murdoch. Il nous apportera sa capacité de monter des deals stratégiques dans le monde entier. Il est, tout comme François Henri Pinault, très aligné sur les valeurs de Brut. De son côté, Orange Ventures nous aidera à nous développer en Afrique francophone» détaille Guillaume Lacroix, président de Brut. Jérôme Berger, patron d’Orange Ventures confirme «la présence d’Orange dans 18 pays d’Afrique et le lien avec 130 millions de clients sera un atout considérable pour le développement à la fois de la partie média et de la plateforme de SVOD de Brut».

Guillaume Lacroix souligne, par ailleurs, que le média social français est le premier à recevoir le label international Bcorp, attribuée par B Lab Europe, qui labellise les entreprises répondant à des normes sociales et environnementales rigoureuses. Ce label est de plus en plus exigé par les fonds d’investissement.

Depuis la création Brut sur Facebook en novembre 2016, le média social a conquis une audience planétaire. Plus de 300 millions d’internautes partagent chaque mois les vidéos de Brut sous titrées en langues locales. En 2020, le cap des 20 milliards de vidéos Brut visionnées a été franchi. Brut est très populaire en France, aux États-Unis et en Inde, auprès des jeunes de moins de 35 ans, grâce à une ligne éditoriale reposant sur des valeurs largement partagées par cette communauté : l’environnement, le droit des femmes, les genres ou encore la responsabilité des pouvoirs.

Le live streaming shopping

Aux côtés de ce média social, Brut a lancé en avril dernier, son service de streaming vidéo par abonnement BrutX, en France puis en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et récemment en Afrique francophone. Guillaume Lacroix, PDG de Brut, espère atteindre le million d’abonnés en 2023, avant d’étendre ce service dans le reste du monde.

Aujourd’hui, le groupe repose donc sur deux pieds : l’audience avec Brut et l’abonnement avec Brut X. L’apport d’argent frais va permettre d’accélérer les investissements sur ces deux premiers étages de fusée mais aussi d’en ajouter un troisième. Ainsi, Brut lance aux États-Unis, en Inde et en France, une plateforme de services et de conversation pour permettre aux jeunes créateurs du monde entier de promouvoir des contenus, des services ou même des marques en accord avec les valeurs de Brut. «Nous avons développé une influence dans le monde et maintenant nous voulons utiliser cette influence pour aider les jeunes créateurs. Grâce aux données récoltées auprès de nos communautés de fidèles, nous pouvons les aider à se construire des audiences sur les réseaux sociaux, à les monétiser et même à vendre des produits en live streaming shopping» précise Guillaume Lacroix.

L’arrivée d’investisseurs internationaux réputés, valide le modèle économique de Brut. L’ensemble pourrait atteindre un chiffre d’affaires compris entre 20 et 30 millions d’euros cette année et connaître une croissance supérieure à 200 % l’année prochaine. Déjà rentable en France et en Inde, le média social accélère ses investissements pour consolider sa position.

Soutenu dès sa création par Facebook et son créateur Mark Zuckerberg, Brut a été aussi célébré par Tim Cook, le patron d’Apple, lors de la dernière édition de Vivatech à Paris.

Voir encore:

Doing the Work at Work

What are companies desperate for diversity consultants actually buying?

As the sun went down on May 31, 2020, Kellie Wagner was packing up her Brooklyn apartment when she heard a roar: the chanting of thousands of Black Lives Matter marchers arriving in Fort Greene Park from a nearby rally at Barclays Center. It was the sixth day of nationwide protests in response to the murder of George Floyd, and the NYPD had already made several violent arrests.

Wagner was about to move to California, expecting a slow summer: The pandemic had caused half a million dollars in future business to dry up virtually overnight for Collective, the workplace-diversity consultancy she founded. Companies told her they no longer had the budget for her services. Wagner, who is 35, thought she might have to close up shop for good. Just before she left for the airport, she passed the remnants of a burned-out cop car, broken glass glittering on the sidewalk.

Two days later, Wagner was in Palm Springs — and her in-box was overrun with more than a hundred inquiries from prospective clients. Companies that had canceled on her two months prior were now desperate for help. There were a lot of white CEOs crying on the phone, Wagner recalls, because they had crash-read Robin DiAngelo’s White Fragility and were racked with guilt. There were heads of fashion and beauty brands whose Black employees had begun speaking out on social media about their companies’ racist cultures. What should the CEOs Slack to their staffs? What should they tweet to their customers? What wouldn’t get them criticized but would seem humble and aware — but not so humble and aware that they’d get criticized regardless?

It went on like that for a week, with Wagner in back-to-back-to-back intake calls. Another rush occurred on June 2, #BlackoutTuesday, when two Black entertainment executives called on companies, celebrities, and influencers to post a black square on their Instagram feeds to show solidarity with Black Lives Matter. Brands wanted Wagner’s advice on how best to participate in the campaign — and then, when many of them were excoriated for the low stakes of the gesture, they wanted her advice on how to apologize for it. “They were calling and saying, ‘Well, the black square didn’t work,’ ” Wagner says. “But when you make external statements and you haven’t cleaned up your own house, it’s so inauthentic. You’re asking to be dragged.”

Collective was even courted by the notoriously vulgar media company Barstool Sports, whose founder, Dave Portnoy, was known for provocations like comparing Colin Kaepernick to Osama bin Laden. Wagner said she would consider taking on Barstool as a client if Portnoy agreed to executive-leadership training. She never heard back. (Barstool disputes this.)

Across the country, consultants in the diversity business felt that same whiplash of pandemic bust turning into protest boom. Practitioners who were collecting unemployment received calls from the CEOs of major corporations looking to spend tens or hundreds of thousands of dollars publicly and fast. An in-house diversity professional in San Francisco who had been laid off in a five-minute Zoom meeting in March saw the company re-list his job in a lengthy, solemn Medium post. In Seattle, Tali Lavarry, a former corporate-event planner who had opened her consulting business a few months before statewide shutdowns began, was surviving on instant noodles and peanut-butter sandwiches when her phone started ringing; soon, she took on so many clients she had to hire four employees.

The onslaught was a jarring combination of exhilaration and chaos. One white male executive told Lavarry, “I think I handle colored people all right.” She politely disagreed. Wagner, who is Black, says she had “a kind of breakdown” a few weeks in. “I was having to exert all of this emotional energy to hold space for these white people, who were just waking up for the first time and being like, ‘Oh my God, racism exists.’ ” Still, the mad dash meant that within a quarter, she was able to scale up to 20 employees.

An explosion of fortune in 2020 is one of the few universal things in the amorphous industry of diversity consulting — a space as varied as its constellation of interrelated acronyms and ampersands implies. DEI and DE&I “diversity, equity, and inclusion” are more common than D&I, but many refer to the cause as I&D or DEIB (the B is for “belonging”). Portrayed by the right wing as a single-minded cult, DEI is in reality a loose federation of adherents, with a host of methodologies, competing for money and attention. DEI practitioners share a worldview — that workplaces can become more humane and just — but they are also rivals in a for-profit industry of their own making, with the same incentives of salespeople and marketers everywhere. Corporate America spends roughly $8 billion annually on diversity, according to a figure that gets passed around routinely — though that rough estimate was first cited in 2003, which means the true profitability of the market is uncharted.

Certainly, after Floyd’s murder, the business became astronomically larger than ever. But instead of an industry finally coming into focus, thanks to unprecedented funding and momentum, what composes DEI feels even more dizzyingly diffuse, and its true beneficiaries remain in question. “It really is the Wild West,” Lily Zheng, a consultant in San Francisco who has amassed more than 23,000 followers on LinkedIn, tells me. “One of the major challenges of DEI is there’s no quality control. Anyone can call themselves a DEI practitioner. When your clients are these companies that are desperate to do anything and don’t quite understand how this works, ineffective DEI work can be lucrative. And we’re seeing cynicism pop up as a result, that DEI is just a shitty way in which companies burn money. And I’m like, Yeah, it can be.

If you work in an office, virtual or otherwise, chances are high you’ve been required to take a diversity-related training course. Recently, workers at a multinational company clicked open one such module and encountered “Case Study No. 3: Ethnic Stereotype,” with a photo of a heavyset white man. This was “Michael,” a security guard who “clocks out for lunch from his post on the Upper East Side of Manhattan and sits down to eat in the employee lounge,” where Cindy, his colleague, notices he has only a small sandwich and some apple slices. Cindy needles Michael: “What kind of Italian are you?” she says. “That is the smallest sandwich I have ever seen! Throw some meat on that bread or bust out some pasta and gravy, you big paisan. You’re gonna be starved by the end of your shift!” The module invited workers to consider the ramifications of Cindy’s actions: “How do you think this makes Michael feel? Is Cindy implying that Michael needs to eat more food because he is Italian? Do you think Cindy’s comment could have offended others in the lounge?”

There is a saying among professionals that HR is where DEI goes to die, and when they say it, they usually have something like these two characters in mind. Cindy and Michael are diversity training as bad pornography: low budget, nonsensical, poorly written, too funny to be taken seriously. No one is learning anything meaningful or relevant about bias from this scene. (On Twitter, where it went viral, one user mockingly worried about the “italianx community.”) Its absurdity undermines the entire enterprise. DEI consultants argue (out of self-interest, but persuasively) that the generalists in HR, tasked with organizing everything from commuter discounts to holiday parties, don’t have the skills to set norms around the most sensitive interactions in the office. A security guard who actually took the Cindy-and-Michael training looked into it and told me that he’s pretty sure the video was created in-house by his company’s HR wing — specifically by a white woman from Pennsylvania named Jordyn.

The sandwich incident hearkens back to the origin of the corporate diversity movement: Title VII of the 1964 Civil Rights Act, which barred certain forms of discrimination at work. The earliest corporate training consisted of short sessions, led by HR departments, to remind managers of company policies. The goal was to protect corporations from litigation. In the late 1980s, as women and people of color entered the white-collar workforce in greater numbers, diversity efforts shifted. The advent of “sensitivity training” concerned the well-being of these newcomers in a variety of common scenarios that went beyond legal liability into the realms of appropriateness and respect. This evolution of the work required more than just knowledge of the law and gave way to a niche industry. Companies began hiring outsiders to tell them how to behave.

Doug Harris, the CEO of the Kaleidoscope Group, became a consultant during this wave and has witnessed every subsequent trend in the diversity Zeitgeist. In 1989, Harris was working in minority-talent recruitment when a white woman asked him to join her diversity-consulting firm. (He remembers thinking, “Wow, you can make money doing this?” It seemed like a natural extension of what he had been doing his whole life, as a Black man navigating nearly all-white environments, ever since he first got a scholarship to a prep school in Connecticut.) In 2006, he bought her out. “When I first started doing this work, people were staying out of trouble,” he says, describing the field’s iterations. “Somebody told a bad joke or something happened. And then it went to ‘being nice’: Don’t say anything wrong. Here’s all the dos and don’ts. And then it went to valuing differences, and that’s when the work really changed.”

This new way of corporate thinking — that the thing called “diversity” was not a potential source of losses via litigation but rather a source of value in and of itself — led to the idea of “inclusion,” a necessary counterpart, through the late 1990s and early aughts. Companies were betting on an appeal to multicultural consumers as well as employees. Even some of the most staid institutions embraced new measures, like the NFL, whose Rooney Rule required every team with a head-coaching vacancy to interview at least one “diverse candidate.” (When the rule was instituted in 2003, there were three Black head coaches. Today, the number is still three.) Harris says that when he got started at what became Kaleidoscope, there were about 12 firms in the U.S. doing his kind of work; he estimates that there are now about 600 worldwide.

In 2014, Google famously revealed its hiring data, showing dismal racial and gender disparities: 30 percent of employees globally were women, and Black and Hispanic employees together made up just 5 percent of workers in the U.S. Facebook, Microsoft, and Apple soon published similarly stark numbers. The reckoning that followed, led by younger and more progressive tech workers, shaped the diversity-consulting industry as it existed when Floyd was murdered.

Many contemporary DEI agencies are now focused on helping companies that profess to have progressive values live up to those ideals. This is referred to in DEI parlance as “alignment”: The idea is to jerk system operations into sync with make-the-world-better branding, like a diversity chiropractor. Wagner’s Collective is one of these outfits. She founded the company in 2017 after working at several tech firms where she saw CEOs profess to care about making workers happy; invariably, the Black employees were not.

Compared with more corporate enterprises like Kaleidoscope, consultancies like Collective tend to have sleeker branding. The people in their stock photos wear T-shirts and clear-framed eyeglasses instead of bad suits, and their websites, in pastel hues, often list the names of the Indigenous tribes on whose ancestral land they do business. They tend to use more overtly political terminology like “anti-racism.” The divide is somewhat generational. “I’m not a fan,” says Harris, though he employs young consultants who use the more confrontational approach. “They tell me, ‘Doug, you old, man. You’re dry.’ But I’m not in that world.”

Both Harris and Wagner, who primarily do operations strategy, share an aversion to DEI work’s lowest-hanging fruit: programs that sound nice and can be sold to multiple clients quickly without much alteration. One popular trend at Fortune 500 companies is requiring employees to take “unconscious-bias training,” a generalized lesson in how bias can affect behavior, and it’s profitable for those consultants who offer it. Collective doesn’t because many DEI practitioners suspect it doesn’t really work. Zheng, the consultant from San Francisco, has a form on their website that asks prospective clients “How did you hear about me?” Zheng doesn’t sign on with the ones who write something like “Google.”

The work done by people like Wagner, Harris, and Zheng is granular and unsexy. It can be as contentious and awkward as therapy; one strategist recalls how, during a call on how bias impacts performance reviews, a white male CEO hung up when accused of potential prejudice, “like an angry teenager slamming the door on their parents.” If all goes well, the public results of consulting by Collective, for example, can look like this: A millennial media company ditches a logo that appears to feature a thin white woman. Or Peloton formalizes a structure for its employee resource groups to participate in marketing and branding discussions. The whole service, from assessment to implementation, can cost between $70,000 and $150,000.

Many corporate clients, of course, don’t really want to change; they just want to look as if they are changing. For the consultants, doing flimsier, higher-volume work is a constant temptation. “Speaking is so much more lucrative than project work, just infinitely,” says Zheng, who has become a kind of DEI influencer on LinkedIn, where a new crop of self-proclaimed experts has flourished. Zheng can command $15,000 for a corporate speech, as can Wagner, who is hiring a publicist. “The money that I’m making from even my biggest client right now, for a year-plus of work, I could make in ten one-hour talks,” says Zheng. “When I’m having a bad day, sometimes I’m like, What if I quit and then talked about unconscious bias once a day and just rolled in money?

“Everybody wants to do new things, but people don’t want to stop doing old things,” Harris says. “I’ll say, ‘You really need to look at your insurance policies and how you’re giving out rates.’ Clients will say, ‘I ain’t going to mess with that. Let’s talk about allyship. Let’s talk about white fragility — that’d be a great topic.’ ” He adds, “You can make a lot of money in diversity being abstract.”

In August, a conservative journalist named Christopher Rufo wrote excitedly on Twitter about an “explosive” leak he had received from inside Sandia National Laboratories, a nuclear-weapons research facility in New Mexico. The documents concerned an event called “White Men’s Caucus on Eliminating Racism, Sexism, and Homophobia in Organizations” that had been conducted with Sandia’s largely white and male executives at a luxury resort. It had been led by a DEI consultancy called White Men As Full Diversity Partners.

What Rufo published, under the headline “Nuclear Consequences,” was ultimately tame. There was an image showing the phrase WHITE MEN on a dry-erase board along with a word cloud of associated terms: MAGA hat, mass killings, beer, Founding Fathers, heart failure. Although Rufo referenced the participants being forced to “publicly recite” statements about their own privilege, most of the materials seem to have been generated by the participants themselves, including handwritten assessments about how much the workshop helped them feel as though they could be better people.

Tucker Carlson, funneling the story into right-wing panic about critical race theory, called the event a “reeducation camp” with “mandatory Maoist struggle sessions.” Senator Josh Hawley wrote to the secretary of Energy that the material was “deeply disturbing.” President Donald Trump signed an executive order on diversity training, partly inspired by what had happened at Sandia.

White Men As Full Diversity Partners is not, in reality, a shadowy cabal of fanatics. The group was founded in 1997 by two white men, Bill Proudman and Michael Welp, who had both been Outward Bound instructors for executive clients and shifted into diversity consulting. (Welp traveled to South Africa, doing ropes courses for newly integrated employees of mines, banks, and pharmaceutical companies, and later got a Ph.D.) They saw that women and nonwhite people bore the brunt of educating white men about race and gender and that there was value in white men being explicitly asked to learn on their own; it became the founding principle of their company.

Though they lead all kinds of sessions for companies and not all of their consultants are white men, their best-known offering is the caucus, in which “white men rediscover their sense of mutual self-interest in a more inclusive world,” as Welp puts it. First, white men learn that they have a shared culture. (Facilitators show clips from films like Apollo 13 and Gran Torino.) They do exercises to establish empathy: Standing on one side of the room, participants take one step forward if they belong to a members-only country club but take a step back if they lived in a mobile home growing up. The company’s three-and-a-half-day program can cost north of $50,000.

Shock value is the point of the “White Men” name — a “wake-up call,” in their words. Though they have been doing it for more than two decades, their explicit, emotion-triggering tactics are in vogue alongside recent trends in the anti-racist community. But WMFDP’s founders are far from radicals. They are certainly not Marxists. Instead, they are pointedly apolitical. “We don’t turn this into the PC police, where all of a sudden, to work here, you have to think like I do. What we have to do is behave,” Proudman says. “We have to be respectful. We don’t have to love each other. Some of my best clients were at opposite ends of the political spectrum, and I’ve seen them be incredible champions around equity and inclusion without having to change their belief systems.”

This is why WMFDP is repeatedly invited to work with the federal government and some of the world’s most prominent companies. Last summer, after Jacob Blake was shot by a police officer in Wisconsin, major sports leagues suspended play. The National Hockey League was conspicuously late to act. Afterward, the NHL announced a suite of initiatives, including that all employees would participate in an “inclusion learning experience,” to be led by WMFDP.

The night before the press release went out, Akim Aliu received a call while walking his dog at home in Toronto. Aliu, who was born in Nigeria, is the co-founder of the Hockey Diversity Alliance, an independent group made up of current and former Black and brown players; the league wanted to know if the HDA would agree to be named in the release. Aliu was insulted. Months earlier, the HDA had submitted an eight-point plan asking the NHL to commit to several measures, including a promise that the employment of Black non-player personnel would rise to 10 percent before the end of the 2020–21 season. Talks between the groups disintegrated. (The NHL says they couldn’t agree on timing and other specifics.) In the end, the HDA did agree to the release, but it later severed ties with the league, calling its efforts “performative” in a blistering statement.

Aliu finds the dismissal of the NHL’s players in favor of outside consultants galling. “I’ll never understand how you can say no to players that are currently in your league and have been in your league,” he says, “but think you’re going to do it the right way with someone else that knows nothing about hockey, that knows nothing about being Black in hockey.”

That an organization with a name so rhetorically antagonistic to power is one of the most corporate-friendly DEI consultancies on the ground seems like an omen. I asked Proudman about Aliu and the HDA, and whether he ever felt like he, the consultant, was colluding — to use a DEI concept — with management against employees. “The whole notion that hiring a largely white company to go in to do that feels disingenuous — I absolutely understand the seeds of that,” he says. He had read about the HDA after the partnership was announced and some of its more “brutal” comments. “It’s part of the mosaic of how we have to come together and figure out how to do this work with one another,” he says. “This is what the work looks like.”

Another horrific cycle of death, protest, and corporate spending occurred in March, when eight people, six of whom were Asian women, were shot to death in suburban Atlanta — the apex of months of anti-Asian violence. There was a rush for consultants who could translate, sometimes literally, systemic issues of oppression and bias faced by the Asian American and Pacific Islander community. “Almost everyone I know who has even the most basic knowledge of Asian American studies got trucked out on MSNBC, CNN,” says Kim Tran, an equity consultant, a community organizer, and a writer with a Ph.D. in ethnic studies.

Corporations and brands seemed to react more nimbly to this spate of violence than they had to previous high-profile killings. “There’s a playbook now,” Tran says, “and it goes something like: A terrible thing happens to a marginalized community; then we put out a statement of outrage; then we do a listening session; and then we drop it until the next terrible thing.” After the shootings, Ad Age released a live blog “tracking how brands, agencies and media players are supporting AAPI communities and responding to anti-Asian sentiment.”

The diversity industry has evolved again, and one company at the forefront is Kindred. The start-up is more of a networking entity than a consultancy — it connects “purpose driven” leaders at businesses and nonprofits with experts in areas of environmental, social, and corporate governance. Ian Schafer, a co-founder, describes Kindred as a curation service and a platform. “A member said to me once, ‘You’re like the Peloton of corporate social responsibility,’ ” he says.

Schafer, who once worked in digital marketing for Harvey Weinstein’s Miramax (he says the toxic environment led him to leave and start his own creative agency), remembers thinking in 2015 that a new realm of possibility was opening in the corporate world. “Accountability was going to be the next great disruptor to business,” he says. The original idea was to create a kind of Davos-like event around that prediction. Kindred raised several million dollars and planned to hold its first major conference in the spring of 2020, with speakers including Chance the Rapper and the CEO of Ben & Jerry’s. Then came the pandemic. In October, Schafer and co-founder Elyssa Byck, who had worked in corporate strategy at BuzzFeed, relaunched the company with a new business model. Clients would charge “members” — entities from Casper to Wells Fargo — $3,500 to $7,000 annually for access to diversity experts (like Zheng) and their services, including speaker series and project planning. They also get to join a members-only Slack in which they can see one another’s contact information and collaborate. Companies like Verizon can purchase discounted “enterprise memberships” for large groups of employees. In December, in a joint effort with Kindred, Verizon’s Yahoo division announced a project called the “Allyship Pledge,” which connects “digital creators” with anti-racist activists and academics for four-hour talks. Participants received Allyship Pledge–branded swag, including a notebook and a water bottle.

Members can also access Kindred’s “Concierge” service and commission data analysis or research reports on “ESG topics.” They can appeal for emergency help via “Rapid Response Support” — say, if there is a brutal police killing and consumers or employees are demanding that management address it. Before the verdict in Derek Chauvin’s trial, Kindred members had the chance to book “office hours” with a former LAPD conflict-resolution specialist and mediator. “Where else can you get that?” Schafer says.

He is aware of the optics of running a business, he says, that focuses more explicitly on DEI so quickly after last summer. “I look like the problem that a lot of people have with the way that business does business just by the fact that I’m a cis straight white man. We aren’t here to be activists. We’re actually here to be very practical incrementalists.”

At least one consultant of color says they declined a partnership offer from Kindred. “It felt like they wanted us to do the heavy lifting and give them credibility,” the consultant says. “To have people with more resources and connections come in and take business away from us is really frustrating. It feels so opposite to the goal of equity — just because DEI is trending right now.”

As more money pours into the diversity industry, the products and services for sale are becoming ever more abstracted away from actual workers in pain. Steven Huang, a disillusioned consultant who wants to disrupt the field, plans to experiment with DEI and psychedelics, believing that CEOs who microdose might have an easier time opening their minds to accelerated change than sober ones. There is now DEI.AI, which reads emails for sensitivity, and DEI virtual reality. The right-wing nightmare is that militant “diversinistas” are taking over America’s most beloved institutions, changing the fabric of work life. The much more likely danger is that executives will become better at sounding as if they are onboard with a mandate of social transformation, while little material change happens for the people who need it most. Take Kroger, the grocery chain, which just released an update on its diversity efforts, noting that it had partnered with 107 new diverse suppliers in 2020, an increase of 91 percent. Chairman and CEO Rodney McMullen touted in a press release that “greater racial, gender, health, and wealth equity will drive true and long-lasting change and better outcomes in our country.” Three days later, the company revealed in a regulatory filing that McMullen made his biggest salary ever, $22.4 million, in 2020, while the median salary of workers fell 8 percent to $24,617. In the U.S., workers like stockists and checkout clerks are, of course, disproportionately people of color.

“Diversity, equity, and inclusion functions with the world as it is,” says Tran, “and not the world as we want it to be.”

There is one consultant with a small operation who has perhaps the best sounding board in the world for her efforts to improve it. Aida Davis’s aunt by marriage is Angela Davis, and she is the daughter of Alemayehu G. Mariam, an Ethiopian political scientist and human-rights scholar; her parents immigrated to the U.S. as political refugees, and she grew up in a working-class town near San Bernardino called Apple Valley. In college, Davis became an organizer with the Service Employees International Union and stayed in organizing for a decade. She runs her company, Decolonize Design, from L.A.

Davis founded the company in part as a rejection of DEI, she says, and created her own acronym: BDJ, for “belonging, dignity, and justice.” (There will soon be another J, for joy.) Instead of “tinkering around the edges” of the DEI industry, Davis says, her company is explicitly anti-assimilationist, with a worker-centric approach influenced by her time in the labor movement.

What does anti-assimilationist consulting look like? One example is Davis’s work with a well-known company. This chain’s locations are mostly owned by franchisees, who typically pick the music that is played in the stores — a practice that seems benign but can be overtly exclusionary. At one of these places, in the town where I went to college, the owners blasted classical music as a blatant attempt to deter local Black teenagers. No matter that the workers inside were also Black teenagers who might not have liked the music. The chain wanted to change the policy; at one point, Davis says, it considered devising a standardized playlist that would somehow represent artists from all backgrounds. Her company’s advice instead was to simply let the workers choose what they wanted to play. Now, everywhere in the country, they can.

The change Davis helped implement is remarkable in its specificity. In thinking about the freedom of that choice — to be able to play your own music in the place where you work — the buzzwords of belonging and community feel real again, reinscribed with meaning. They have a bearing on physical space. The strategy isn’t flashy, however; it isn’t a statement from the CEO or a huge donation. Nor is it scalable or something that can go viral. The company, on her recommendation, just gave something up.

Davis says she is still constantly in tension over what she does. She and members of her radical family have long conversations when she works with corporate clients. “I’m like, ‘Am I doing the wrong thing? Where do I stand? Am I selling out?’ ” she says. “They are philosophers, so I don’t get answers. I get more questions.”

Voir de plus:
États-Unis.

Pour avoir des chefs d’entreprise moins blancs, le temps des quotas est-il venu ?

Seuls quatre PDG sont noirs au sein des 500 entreprises les plus influentes des États-Unis, rappelle Bloomberg Businessweek. L’instauration de quotas, qui a déjà facilité l’accès des femmes à des postes de dirigeant, pourrait-elle aussi être une solution pour favoriser une plus grande diversité ? Le magazine économique s’est penché sur la question.

Parmi les rangées de visages blancs qui s’alignent à la une de Bloomberg Businessweek, seules quatre photos se démarquent du lot : celles des quatre PDG noirs que compte le classement “Fortune 500”, recensant les 500 premières entreprises des États-Unis en termes de chiffre d’affaires.

Une situation qui doit impérativement évoluer, estime Jide Zeitlin, PDG du groupe Tapestry, propriétaire de plusieurs sociétés de la mode et du luxe, et l’un des quatre visages noirs de ce classement : “Pas dans dix ans, pas dans quinze ans, mais dans l’année qui vient, ou dans un ou deux ans”, a-t-il récemment déclaré. Une nécessité rendue “encore plus urgente par le contexte des manifestations massives contre la violence policière et le racisme”, souligne le magazine économique.

Si les dirigeants noirs des grandes entreprises américaines se comptent sur les doigts d’une seule main, “ça ne s’améliore pas lorsqu’on regarde plus bas dans la hiérarchie”, poursuit le journal, qui cite Victor Ray, sociologue spécialiste des questions raciales à l’université de l’Iowa : “L’organigramme de la plupart des entreprises conventionnelles ressemble fort à ceux des plantations [exploitations agricoles où de très nombreux Africains-Américains ont été réduits en esclavage, dans le sud des États-Unis, jusqu’en 1865]. Les Noirs sont en bas de l’échelle.”

L’instauration de quotas en question

Alors, comment lutter efficacement contre ce problème ? s’interroge Bloomberg Businessweek. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra bien plus qu’un “engagement presque utopique” pour “atteindre une représentation juste”. C’est pourquoi le magazine explore la piste de “la coercition, ou pour être plus précis des quotas” :

Le mot provoque immédiatement un haussement de sourcils et hérisse le poil. Pour certains, il évoque une époque où les quotas étaient utilisés pour limiter l’embauche des Juifs et des personnes non blanches. Les chefs d’entreprise, qui se fondent sur les statistiques pour évaluer leur réussite, y deviennent allergiques lorsqu’elles concernent la race.”

Mais ces dernières semaines, le mouvement Black Lives Matter a sensiblement changé la donne, explique le média. Le 9 juin, la filiale nord-américaine du groupe allemand Adidas a par exemple annoncé qu’“au moins 30 % de ses futurs employés seraient noirs ou latinos” – il s’agit toutefois d’un simple objectif, et non d’un quota à proprement parler, précise le journal.

Or en matière d’égalité hommes-femmes, l’instauration de certains quotas a déjà commencé à faire ses preuves : la Californie, par exemple, a voté en 2018 une loi contraignant les entreprises cotées en Bourse et dont le siège social est dans cet État à avoir au moins une femme administratrice avant la fin de 2019. D’ici à la fin 2021, elles devront en compter au moins deux lorsque le conseil est composé de cinq personnes, et au moins trois, au-delà. Si la mesure était à l’origine impopulaire, elle a rencontré un franc succès. “Les femmes représentaient près de la moitié des nouveaux membres des conseils d’administration en Californie en 2019”, rapporte le titre.

Pour Bloomberg Businessweek, cette initiative a permis “ce qui est peut-être l’avancée la plus significative en termes de diversité ces dernières années”. Pour autant, nuance le média économique, “les quotas ne résoudront pas le racisme” et certaines problématiques ne disparaîtront pas avec leur instauration. Prenant l’exemple de la Norvège, où les femmes occupent aujourd’hui 42 % des sièges des conseils d’administration à la suite de l’instauration de quotas, le magazine souligne que “les hommes détiennent toujours la majorité du pouvoir exécutif”. De la même manière, une culture d’entreprise excluante à l’égard des Noirs peut perdurer malgré le fait qu’ils soient davantage embauchés : “Envoyer des personnes noires dans un environnement hostile n’est pas beaucoup mieux que de ne pas les embaucher du tout.”

Voir de plus:
Engagement.

Contre le racisme, les entreprises américaines doivent passer des discours aux actes

Courrier international

De nombreuses entreprises ont été promptes à dénoncer les ravages du racisme et des violences policières aux États-Unis à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis. Mais la presse note qu’il existe un certain décalage entre les discours et la réalité des actions menées pas ces firmes.

L’indignation, le rejet du racisme, la condamnation des violences policières et les appels à l’unité forgent les prises de position, ces derniers jours, de nombreuses entreprises aux États-Unis. Un soutien aux manifestants qui devient nécessaire pour des firmes “sous forte pression” qui “vendent des biens et des services au grand public”, explique Quartz. “Le temps où elles pouvaient rester silencieuses sur des sujets de société essentiels est révolu depuis longtemps.”

Mais donner de la voix et faire des promesses ne suffit pas. Ainsi, le Los Angeles Times dresse une liste non exhaustive des entreprises de haute technologie dont les prises de position récentes détonnent avec la réalité quotidienne. Facebook est la première cible du quotidien californien.

La réalité derrière le discours

Depuis le samedi 30 mai, des employés s’opposent à leur patron, Mark Zuckerberg, qui a refusé de retirer du réseau social un message publié par Donald Trump. Le célèbre PDG s’est défendu en promettant un don pour soutenir la justice raciale dans le pays. Pourtant, “ce n’est pas la première fois que Facebook est accusée d’avoir ‘un problème avec les Noirs’”. En 2018, un salarié, raconte le Los Angeles Times, avait publié un texte dénonçant le traitement des utilisateurs noirs de Facebook ainsi que des discriminations subies par des employés noirs.

Même décalage chez Amazon, qui dénonce le “traitement brutal et inéquitable” que subissent les minorités noires, tout en étant partenaire de “200 services de police”, par l’intermédiaire de sa société de surveillance à domicile, Ring, qui encourage l’utilisation d’une application de surveillance de voisinage critiquée pour des “problèmes de profilage racial”. Le Los Angeles Times relève le même genre de contradictions pour Google, Nextdoor ou encore Reddit.

Les entreprises, loin du compte en matière d’intégration sociale

Au-delà de ce décalage, la presse s’interroge sur la capacité des entreprises à agir sur l’intégration sociale des minorités aux États-Unis. Car, comme le note Quartz, les multinationales sont loin d’être exemplaires en matière de diversité. Chez Nike, “si 22 % de l’ensemble des employés sont noirs, […] cette proportion se réduit au fur et à mesure qu’on monte dans la hiérarchie. Parmi les directeurs, 10 % sont noirs et 77 % blancs.” En 2019, les conseils d’administration d’“environ 37 %” des grandes entreprises composant l’indice boursier S & P 500 ne comptaient aucun membre noir, poursuit le média économique, citant une étude du magazine Black Enterprise.

CNN Business rappelle que, dans le classement des 500 premières entreprises américaines du magazine Fortune, quatre seulement ont un PDG noir. “La vraie diversité doit se refléter au sommet”, proclame la chaîne de télévision.

“Prendre des mesures significatives contre le racisme”

Cette promotion de la diversité aurait sûrement “plus d’effet qu’un tweet” déclare le site Mashable.

Le lien entre les violences policières contre les Noirs et un monde des hautes technologies plus juste et avec plus de diversité ne semble pas évident. Pourtant, il existe.”

Ce manque de diversité au sein des entreprises n’est que le résultat, selon le site d’actualité, de la manière dont les “institutions maintiennent les personnes de couleur à distance des chances économiques”. Pour Wired, cela montre la “difficulté pour l’industrie [de la tech] de rompre avec ses racines et avec son histoire, faite de produits fabriqués par un certain type de personnes pour un certain type de personnes.”

Ainsi, la Harvard Business Review appelle les entreprises américaines à prendre des “mesures significatives contre le racisme” et à aller au-delà des discours consolants et des promesses.

Voir par ailleurs:

[Vidéo] Un influenceur blanc britannique dit avoir subi 18 opérations pour devenir non-binaire coréen “transracial”

Le jeune homme affirme se sentir coréen, mais être né dans le mauvais corps. Il a provoqué une vague d’indignation en Corée du Sud.

Jusqu’où peut-on aller dans l’autodétermination de sa propre identité sexuelle et même ethnique ? L’influenceur Oli London a, lui, été jusqu’à de multiples interventions de chirurgie esthétique pour passer de son visage de jeune Britannique blanc à celui de Coréen « non-binaire ». Il a annoncé dans une vidéo, publiée samedi 26 juin, avoir achevé sa « transition » après une nouvelle intervention du visage, afin de se faire notamment lifter le front et brider les yeux. Une démarche qui a choqué de nombreuses personnes, y compris la communauté coréenne.

Insulte à la culture coréenne

« Salut les gars ! Je suis finalement devenu coréen. J’ai accompli ma transition », a-t-il déclaré. Sur le modèle des transgenres, il affirme avoir été « piégé dans le mauvais corps » depuis l’enfance, à savoir celui d’un Anglais blanc, alors qu’il se sent coréen et en revendique la culture. « C’est le pire des sentiments d’être ainsi piégé et de ne pas pouvoir être soi-même. Mais enfin je suis coréen. Je peux être moi-même ».

Oli London affirme avoir subi 18 interventions et dépensé plus de 125 000 euros pour en arriver à ce résultat. Cela fait désormais 6 ans qu’il a annoncé vouloir modifier son visage, avec pour modèle un chanteur de K-Pop, Park Ji-min, dont il a d’ailleurs décidé d’adopter le prénom. Il avait même été jusqu’à annoncer son mariage avec… une image en carton de l’artiste.

La volonté de l’influenceur de se décréter une origine ethnique avait été largement critiquée en Corée du Sud. Les médias locaux avaient notamment dénoncé une insulte envers leur culture, ou une « banalisation » de l’identité coréenne sous prétexte que celle-ci est « à la mode ».

Voir de plus:
Transracialisme : un influenceur blanc se fait opérer pour « devenir » coréen

Laure Coromines
30 juin 2021

Oli London, influenceur Instagram qui s’identifie en tant que Coréen, a dépensé près de 150 000 euros pour ressembler à son idole K-Pop. Et relancé au passage les débats autour du transracialisme.

Pour lui, c’était une évidence. Oli London est né dans le mauvais corps, celui d’un homme blanc britannique, alors que son moi profond est coréen. Au mois de juin, Oli London a fait son coming-out, celui d’une personne non-binaire coréenne. Après avoir subi 18 opérations de chirurgie esthétique étalées sur 8 ans pour avoir le physique le plus approchant possible de celui du chanteur Park Ji-Min du groupe BTS, iel a également repris le prénom de l’artiste. Alors qu’Oli alias Ji-Min se félicite de sa transition, les critiques enflamment les réseaux sociaux et les médias, relançant les discussions autour du transracialisme.

« Soyez qui vous voulez être »

Dans une vidéo YouTube, Oli London explique depuis son lit sa démarche : « Je sais que beaucoup de gens ne comprennent pas, mais je m’identifie en tant que Coréen, je ne m’identifie pas comme Britannique, et maintenant j’ai l’air Coréen, je me sens Coréen. (…) C’est ma culture, mon pays, (…), j’ai enfin eu le courage d’aller au bout de ma transition raciale, et j’en suis très heureux. (…) Pendant si longtemps je me suis senti prisonnier de mon corps. (…) J’ai vécu en Corée, je parle la langue (…) Si vous ne me connaissiez pas, vous penseriez que je suis Coréen, et non un homme ni une femme, juste une personne. (…) J’espère que cette vidéo encouragera d’autres jeunes à toujours faire ce qui les rend heureux dans la vie, c’est mon message, soyez qui vous voulez être. »

Suite à cette annonce, les critiques acérées pleuvent sur l’artiste qui se revendique désormais comme « le premier activiste transracial ». Oli London aka Ji-Min aurait même reçu en plus d’acerbes reproches (principalement de la part de « Blancs de gauche », selon iel) des centaines de menaces de mort.

En Corée, la transition fait ricaner, voire révolte franchement. Depuis plusieurs mois, Oli London est dans le collimateur de youtubeurs coréens qui accusent la jeune personne de fétichisation, d’appropriation culturelle, d’activisme performatif et d’exploitation, notamment à cause de la manière dont iel présente la Corée dans ses clips.

À ces critiques, Oli London oppose dans un tweet une question à laquelle il n’est guère aisé de répondre, et autour de laquelle philosophes et académiciens continuent de s’écharper.

« Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. Pourquoi y a-t-il un tel double standard et une telle hypocrisie avec des gens qui me critiquent parce que je suis Coréen. C’est la même chose que quelqu’un qui est né dans le mauvais corps et veut devenir un homme ou une femme. Je suis effectivement né dans le mauvais corps ! »

L’affaire Dolezal et la question de l’identité raciale

En 2015, « l’affaire Dolezal » secoue les États-Unis. Au détour d’une interview filmée, le pays découvre que Rachel Dolezal, responsable d’une section locale de la NAACP, association de défense des Afro-Américains, n’est pas noire comme elle le prétend, mais blanche. Après des mois de polémique, Rachel sort en 2017 In full color, un ouvrage très mal accueilli par les communautés afro-américaines dans lequel elle affirme qu’être noire correspond à son identité. « Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur », affirme-t-elle alors.

Qu’en est-il alors ? Existe-t-il réellement des personnes « transraciales », au même titre qu’il existe des personnes « transgenres », nées avec un sexe biologique qui ne correspond pas à leur identité de genre ?

Comme le rappelle Slate dans son article très fouillé, la question divise, empêtrée dans des notions d’auto-identification, de doubles standards, d’héritage culturel et de privilèges. Et la réponse est loin d’être évidente, opposant frontalement journalistes, militants, sociologues et intellectuels de tous bords. En 2017 déjà, la philosophe Rebecca Tuvel avait déchaîné les foudres de 800 universitaires en publiant dans une revue académique l’article « En défense du transracialisme », rappelant que la race est de toute façon avant tout une construction sociale

À lire pour aller plus loin : Your face in mine, un roman de Jess Row sorti en 2014 racontant l’histoire d’un homme souffrant de « dysphorie raciale ».

Voir encore:

« Blanchité alimentaire »: Sciences Po sous le feu des critiques après les propos d’une chercheuse du CNRS

Le Figaro

Dans le cadre d’un séminaire organisé par Sciences Po Paris et l’Université de Nanterre, cette chercheuse a défendu le concept de «blanchité alimentaire» comme outil de «l’identité raciale dominante». L’école se défend, affirmant ne promouvoir «aucune théorie ni école de pensée particulière».

La gastronomie française, raciste? C’est ce qu’a expliqué une chercheuse dans une intervention qui suscite depuis la polémique sur les réseaux sociaux, à l’occasion de la «semaine doctorale intensive» organisée par l’École de Droit de l’Institut d’études politiques de Paris chaque année. «Le repas français est souvent représenté comme un rituel national auquel tous les citoyens peuvent participer à égalité», introduit-elle. Jusqu’ici, on ne saurait lui donner tort. Mathilde Cohen, chargée de recherche au CNRS mais également maître de conférences à l’université du Connecticut aux États-Unis, continue: «les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches.»

La «blanchité alimentaire» participerait à «renforcer la blanchité comme identité raciale dominante», en s’imposant dans la société à l’aide du droit, si l’on en croit la chercheuse. Elle appuie son raisonnement sur deux exemples: d’un côté, les cantines scolaires établies aux XIXe siècle et justifiées par «un discours racialisé et eugéniste» auraient établi les «normes blanches et chrétiennes» comme normes par défaut. De l’autre, la nationalité française aurait été accordée en fonction de «perfomances blanches» dont font partie les habitudes alimentaires. «Les administrateurs coloniaux prêtaient attention aux modes de vie des postulants, y compris leurs habitudes alimentaires: mangeaient-ils du riz ou du pain? Mangeaient-ils au sol ou attablés?», poursuit la chercheuse. «Le droit contribue à marginaliser les minorités raciales et ethnologiques en accordant à la culture alimentaire blanche française le statut de régime alimentaire privilégié et juridiquement protégé», conclut-elle.

Pour terminer, Mathilde Cohen déplore que ce «problème» dépasse largement la France, car, souligne-t-elle, «la cuisine française est dans de nombreux pays un modèle de technique culinaire et de gastronomie.»

Sciences Po se défend

Des extraits de cette intervention ont été largement relayés sur les réseaux sociaux. Le logo de l’Institut d’études politiques de Paris, organisateur de l’événement, apparaît sur la vidéo en question, jetant le trouble sur une éventuelle approbation de ce discours par l’école. La séquence n’a pas manqué d’alimenter la polémique alors que le débat sur la prégnance de l’idéologie dite «woke» dans les universités françaises est plus que jamais d’actualité. Le député LR Eric Ciotti a par exemple regretté que l’école dont il est diplômé, «jadis d’ouverture et d’excellence, enseigne désormais des théories indigénistes, racialistes et totalement délirantes.»

Sciences Po a tenu à réagir sur Twitter en précisantne promouvoir «aucune théorie ni école de pensée particulière», soulignant que la chercheuse n’enseigne pas dans l’université parisienne. «Notre Université accueille, dans le cadre du débat scientifique, la pluralité des approches contemporaines des sciences humaines et sociales, dans le respect du cadre déontologique de la recherche». Le séminaire a accueilli «une cinquantaine de vidéos sur divers sujets», s’est défendu l’établissement.

Cette intervention controversée intervient après d’autres polémiques questionnant la place dans l’enseignement supérieur de cette idéologie «woke» venue d’Amérique. À la suite d’un article du Figaro paru en février dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal avait demandé au CNRS – dont est issue Mathilde Cohen – de dresser un «bilan de l’ensemble des recherches» afin de distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme. Si le travail est toujours en cours, un rapport a montré dernièrement l’hégémonie inquiétante du discours «racialiste» et «décoloniale» dans les facs.

En mai dernier, c’est l’organisation d’un «mois décolonial»  à Grenoble dont l’Université et l’IEP isérois étaient partenaires qui avait suscité la polémique. Sciences Po Grenoble avait demandé aux organisateurs «de retirer les marques de soutiens officiels de nos institutions».

Voir enfin:

Le transracialisme existe-t-il? (et pourquoi serait-il moins accepté que la transidentité?)

«L’affaire Dolezal» a mis sur le devant de la scène une question aussi intime que celle de l’identité de genre.

Kelly a perdu sa femme et sa fille dans un accident de voiture. Il revient à Baltimore, où il accepte un poste de manager dans une station de radio locale. Là-bas, sur le parking d’un supermarché asiatique, il croise un homme noir. Un étrange sentiment de familiarité le prend au corps. Cet homme-là, il le connaît, c’est certain. Mais impossible de dire qui il est précisément… «Kelly. Je parie que tu te demandes comment je connais ton nom. Kelly, c’est Martin.» L’homme s’approche, et alors le passé, soudain, ressurgit. Ce visage inconnu se superpose avec une figure ancienne. Celle d’un gringalet pâlichon, en Doc Martens et baggy noir, bassiste dans son groupe au lycée. Mais Martin était blanc. Il n’avait pas le même nez. Ni les mêmes cheveux. Ni l’air d’un Afro-Américain comme l’homme qui se tient en face de lui. «Chirurgie de réassignation raciale», lui répond Martin.

Dans Your face in mine, un roman sorti en 2014, raconte l’histoire fictive d’un homme qui souffre d’une maladie qui n’a sûrement encore jamais été diagnostiquée: «dysphorie raciale». Son identité intérieure n’est pas alignée sur son identité extérieure, ou sa «race», entendue dans tout cet article au sens sociologique (on est «racialisé» par autrui, par le regard et les attitudes des autres). À la manière des personnes trans. On a longtemps parlé en effet de «dysphorie de genre». Un terme clinique aujourd’hui délaissé pour sa connotation pathologique, au profit de l’expression «identité de genre».

Est-ce qu’on peut être noir ou noire de peau, et se sentir profondément blanc ou blanche, ou inversement, être blanc ou blanche de peau, et se sentir profondément noir ou noire? Un peu comme les personnes transgenres? Le roman de Jess Row, qui se situe dans un futur proche, soulève de profondes questions. Des questions d’autant plus troublantes qu’éclate aux États-Unis, à peine un an après sa parution, une affaire bien réelle: «l’affaire Dolezal».

«Cela a toujours été au fond de mon cœur»

Au moment où l’affaire éclate, Rachel Dolezal est responsable d’une section locale de la NAACP, l’une des plus anciennes associations de défense des personnes noires. Elle a les cheveux frisés, souvent attachés en tresses. Elle a la peau légèrement hâlée, portant parfois des tenues avec des motifs ethniques, comme cette robe. Elle se dit «noire», et personne ne remet en question cette affirmation. Lors du recensement, où aux États-Unis chaque personne auto-déclare sa «race», elle a coché des origines «blanches, noires et américano-indiennes» à la mairie de sa ville de résidence. Son combat est respecté. Rachel Dolezal est devenue une personnalité importante au sein de la communauté afro-américaine et du mouvement anti-raciste. Tout bascule pourtant lors d’une interview. Un journaliste lui montre la photo d’un homme noir que Rachel Dolezal a qualifié de «père» dans un post Facebook:
– Est-ce qu’il s’agit de votre père?
– Oui.
– Êtes-vous africaine-américaine?
– Que suggérez-vous par là? Je vous ai dit que c’était mon père.

Puis elle tourne les talons et s’enfuit. Rachel Dolezal a deux parents blancs, et n’a aucune origine afro-américaine.

Autour d’elle, beaucoup, beaucoup de gens ont été bernés. «Je me demande comment je n’ai rien vu», confie à Society un conseiller municipal. «Nous nous sentons manipulés», rapporte le journal local dans lequel elle écrivait. Rachel Dolezal a-t-elle monté ce bateau pour arracher un poste à la NAACP? Et pour obtenir un poste de professeure associée d’études africaines à l’université Eastern Washington? A-t-elle menti pour quelques privilèges? C’est ce qu’une partie des utilisateurs de réseaux sociaux et commentatrices suggèrent.

On aurait pu se contenter de cette explication, si l’histoire n’avait pas été un peu plus complexe. Car Rachel Dolezal n’est pas juste une personne mimant quelques attitudes afro-américaines et plaidant la mythomanie. Dans un livre, In full color, publié en 2017, elle affirme que noire est son identité profonde. «Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur», écrit-elle.

Rachel Dolezal naît dans une famille très religieuse, au terme d’un accouchement qui se passe très mal pour sa mère. «J’ai assimilé l’idée que j’avais commis une erreur ou bien que j’en étais une», explique-t-elle dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté. À l’adolescence, ses parents adoptent quatre enfants, dont trois noirs. Ils sont battus au fouet et au pistolet à colle, selon leur propre témoignage. Rachel Dolezal ressent un profond désir de protection de ses frères et sœurs, et dit alors avoir un «déclic»: «J’ai voulu établir un pont… alors j’ai consulté des livres sur l’histoire des Noirs, des romans, et tout ce qui était écrit par des auteurs noirs […] Grâce à mes frères et sœurs c’est comme si j’avais un prétexte légitime pour poursuivre l’appel de mon âme.»

Bande-annonce du documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté.

Quand elle dessine, ce sont des personnages noirs. Et lorsqu’elle peut enfin quitter le domicile familial où ses parents, selon ses dires, essaient de «l’exorciser» de son «identité noire», la voilà qui file vers le Sud, à Jackson, une ville à 80% noire. «Elle ne s’est pas réveillée un matin en disant “je vais être noire”, cela s’est fait graduellement», affirme son fils Franklin, dans le documentaire de Laura Brownson. «J’ai commencé à me sentir noire quand j’ai eu la garde d’Izaiah», son frère puis fils adoptif, se souvient-elle. «Izaiah ne voulait pas se sentir adopté, elle a choisi cette voie pour renforcer son sentiment d’appartenance», suggère son autre fils, Franklin. De ses deux frères, le premier reconnaît à Rachel une profonde identité noire. L’autre avance qu’elle «n’a jamais perdu la conscience d’être blanche».

«Chasse aux sorcières»

Entre les deux versions, laquelle est vraie? Rachel Dolezal est-elle une personne «transraciale», un peu comme il existe des personnes «transgenres», nées avec un sexe qui ne correspond pas à leur identité profonde de genre? C’est ainsi que se nomme l’intéressée, dans une interview à la NBC: «trans-noire», ce qui selon elle veut dire qu’elle n’est «pas née comme cela» mais que «c’est ce qu’[elle est] réellement». C’est depuis cette affaire que le mot «transracialisme» a pris ce sens, alors qu’il désignait avant aux États-Unis les enfants noirs adoptés par des familles blanches, ou inversement, les enfants blancs adoptés par des familles noires.

Sur les réseaux sociaux et dans le monde académique, le débat fait rage. «Dolezal a menti sur elle-même et elle continue de mentir. En tant que femme trans je n’ai pas envie d’être comparée à une menteuse», s’insurge la YouTubeuse noire et transgenre Kat Blaque. En avril 2017, la philosophe Rebecca Tuvel publie un article intitulé «En défense du transracialisme» dans une revue académique, qui suscite un vif débat. «Puisque nous devrions accepter les décisions des individus trans de changer de sexe, alors nous devrions aussi accepter les décisions des individus transraciaux de changer de race», argumente-t-elle, déclenchant une lettre ouverte de près de 800 universitaires qui demandent la suspension de la publication, et la démission de la rédactrice en chef de la revue. Jesse Singal du New York Magazine parle de chasse aux sorcières, et Glenn Greenwald, le journaliste qui a publié les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, de «campagne hideuse».

«Bravo à Jesse Singal d’avoir dénoncé et discrédité cette campagne de salissage hideuse contre une professeure de philosophie.»

En France, les chercheurs et chercheuses que nous avons interrogées sont gênées aux entournures: «Le terme ne peut s’utiliser qu’avec précautions», confie Magali Bessone, professeure de philosophie politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, autrice en 2013 de Sans distinction de race? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques. «Ce n’est pas une catégorie que je mobiliserais, mais je ne dirai peut-être pas la même chose dans deux ans», nuance la politiste Audrey Célestine.

Et les militantes aussi: «Concernant la “transracialité”, je me permets de vous suggérer de ne pas utiliser ce terme car il crée une analogie injustifiée avec la transidentité», nous écrit une membre d’un collectif afro-féministe. «Une violente farce», une «non notion», une «errance raciste et essentialisante», juge Ketsia Mutombo, présidente et co-fondatrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement.

Transracialisme et «passing»

Mais d’abord, qu’entend-t-on par transracialisme? Les définitions données par les spécialistes que nous avons interviewées varient. «C’est le fait de passer d’une race à une autre», explique Magali Bessone. La philosophe définit le transracialisme comme une catégorie large, qui comprend par exemple le fait de passer de blanc à noir, tout comme le fait de passer de noir à blanc. Ce dernier phénomène est plus connu et fut utilisé par certaines personnes noires aux États-Unis durant la période de ségrégation constitutionnelle pour éviter les sanctions ou bénéficier d’avantages structurellement réservés aux Blancs. On l’appelle «passing». D’autres universitaires, comme Éric Fassin, choisissent de réserver le mot «transracialisme» au passage de blanc à noir: «C’est l’inverse du passing», déclare-t-il. On parle aussi parfois de passing inversé, justement pour désigner le passage de blanc à noir.

Le phénomène du passing a engendré toute une série de romans autour des années 1920 sur ce phénomène, les passing novels. Dans The autobiography of an ex-couloured man, publié en 1912, James Weldon Johnson raconte la vie d’un fils d’une mère noire et d’un riche homme blanc, qui réalise en entrant à l’école qu’il n’est pas considéré comme blanc. Moqué par ses camarades et par son professeur qui lui demande de ne pas s’asseoir sur des places réservées aux Blancs, il comprend le sort qui lui est réservé. Des années plus tard, il assiste au lynchage d’un homme noir et décide alors d’abandonner tout lien avec son passé pour «devenir» un homme blanc, et passer pour tel. Il renonce à sa mère et à sa famille maternelle. Ses enfants eux-mêmes croient qu’ils sont blancs. Il se dit heureux, mais le soir, lorsqu’il ouvre son manuscrit, «dernière trace d’un rêve évanoui», il ne peut s’empêcher de se dire qu’il a troqué son identité contre un «plat de lentilles».

James Weldon Johnson en 1932. | Carl Van Vechten via Wikimedia Commons License by

Le passing, aujourd’hui, prend des formes plus diffuses. On retrouve des réminiscences de ce phénomène dans les nombreuses échoppes du quartier de Château Rouge à Paris, qui proposent des crèmes à l’hydroquinone, pour blanchir l’épiderme et bercer les espoirs de femmes noires. On appelle aussi ce phénomène le «teint Hollywood», selon l’historien Pap Ndiaye, teint que sont soupçonnées d’avoir adopté de nombreuses stars comme Beyoncé ou encore l’acteur Denzel Washington. Quant à Michael Jackson, il a toujours affirmé être atteint de vitiligo, une maladie qui dépigmente la peau par endroits. Son dermatologue, Arnold Klein, a lui-même affirmé qu’il l’avait «rendu blanc parce qu’il était malade».

Outre blanchir sa peau, avoir un conjoint ou une conjointe blanche et des enfants métis est une autre façon de «passer», précise Pap Ndiaye. En Guadeloupe, les parents qui ont un enfant à peau plus claire sont encore parfois félicités, et l’enfant né qualifié de «po chapé», ce qui signifie «peau échappée, peau sauvée». «Comme dans les campagnes, on pouvait féliciter d’avoir eu un garçon plutôt qu’une fille», fait remarquer l’historien.

Dans tous les cas, le mot transracialisme semble revêtir une dimension plus psychologique, tandis que le passing a un caractère stratégique, de survie dans un monde de dominants. «Cette démarche procède d’une forme d’intelligence des hiérarchies sociales: ces personnes ne souhaitent pas devenir blanches, elles souhaitent rester noires avec la peau plus claire», explique Pap Ndiaye. «C’est un changement de race essentiellement effectué pour des raisons économiques», détaille Magali Bessone. «Le passing n’est qu’un calcul, ça n’est pas un enjeu identitaire, c’est un enjeu de survie», complète Audrey Celestine.

Le «plaisir» de basculer «de la majorité à la minorité»

Si l’on comprend largement les raisons qui poussent un individu à vouloir passer pour blanc –favoriser une carrière, être moins sujet aux discriminations voire à certaines époques aux violences ou même à l’esclavage–, le chemin inverse semble beaucoup moins évident. Certes, aux États-Unis, il peut y avoir des avantages à être racialisé, pour bénéficier de places à l’université par exemple. Ou lorsqu’on évolue dans le milieu musical, notamment dans le blues, «où être noir est un avantage, par une sorte d’inversion des normes communes», souligne Pap Ndiaye. «Armstrong, je ne suis pas noir / Je suis blanc de peau» chantait Nougaro.

Mais, socialement et économiquement, les désavantages sont bien plus nombreux, en raison des discriminations persistantes. Dans une étude publiée en 2013, des chercheuses ont pourtant montré que les personnes nées de couples bi-raciaux dont l’un est blanc, et l’autre noir, ont plutôt tendance à se déclarer comme noires. «Nous voyons un schéma inversé du passing par rapport à la période des lois Jim Crow [la période allant de 1876 à 1964, ndlr]», commentent les autrices de cette étude. Depuis les années 1960, dans le sillage du mouvement pour les droits civiques, ces personnes qu’en France on qualifierait de métisses s’affirment comme noires. D’abord parce qu’elles sont considérées comme noires par la société, mais aussi parce qu’elles le revendiquent. Parce qu’être noir n’est plus un objet de honte, mais au contraire, de fierté. Cette fierté entraînerait-elle, en parallèle, à mesure que s’affirment les minorités, certaines personnes blanches à désirer être non-blanches?

En France, c’est ce que suggèrent les recherches de Juliette Galonnier. Cette sociologue a travaillé sur les conversions à l’islam en France et aux États-Unis dans le cadre de sa thèse en sociologie soutenue en juin 2017, et a pu interroger plusieurs personnes qui ne s’identifiaient plus comme blanches, par rejet du groupe dominant. C’est le cas par exemple de Noémie*, une jeune femme originaire du Gers, qu’elle a rencontrée en 2014, alors qu’elle avait 27 ans. Noémie ne se sent «pas française» raconte-t-elle, à cause de «l’histoire de l’esclavage, de la colonisation» et des «discriminations», qui la détachent de cette identité-là. Mais elle va plus loin qu’un simple rejet de son identité française.

«Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile»

Au sortir de l’adolescence, captivée par un groupe de femmes portant le voile et discutant de féminisme musulman, elle commence à développer un réseau d’amis pratiquants. Elle se fascine alors pour la négritude et rencontre un jeune musulman originaire de Mauritanie. Un jour, en l’attendant à la sortie d’une mosquée, elle entend un appel à la prière, et sans savoir pourquoi, sans comprendre, se met à pleurer. Elle se convertit, quelques semaines après, à l’islam. Elle épouse ensuite son compagnon et commence à porter le voile.

Elle bascule alors aux yeux des gens selon ses propres mots «de la majorité à la minorité»: «En quoi ça me fait plaisir que ça rejaillisse sur moi? répond-t-elle à la chercheuse qui l’interroge sur les discriminations qu’elle subit, selon le texte des entretiens que Slate a pu consulter. Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile, parce qu’elle correspond pas à ce que j’ai dans mon cœur».

Être perçu comme blanc ou noir, une question de couleur et de relations sociales

Cette histoire montre qu’être perçue comme une personne blanche ou noire dépend aussi d’un certain contexte culturel et social, même si cela ne peut être bien sûr totalement indépendant de facteurs génétiques et biologiques (le taux de mélanine par exemple). Les femmes blanches qui se mettent à porter le voile ou les hommes blancs qui arborent une grande barbe «sont exposés à de nouvelles catégorisations raciales comme arabes et maghrébins», explique Juliette Galonnier, tout simplement parce que les musulmans en France aujourd’hui viennent à 80% d’Afrique du Nord. «Les gens font de nouvelles hypothèses sur leur origines ethniques.»

Les exemples qui démontrent que la perception de la couleur de peau varie selon le contexte social, ou même historique, sont nombreux. On sait qu’à la fin du XVIIIe siècle, Benjamin Franklin, qui avait classé les humains en trois catégories, les «Noirs», les «Blancs» et les «Basanés», avait rangé les Suédoises et les Suédois chez… les Basanés, tout comme les Français et Françaises d’ailleurs. «Les Tchétchènes sont considérés comme noirs, parce que c’est un critère de dévalorisation… Et Malcolm X, quand il voyageait, s’était vu demander “pourquoi il s’intéressait tant aux Noirs”», raconte Pap Ndiaye. On sait aussi que les Irlandaises et Irlandais ont été associés aux Noirs aux États-Unis au XIXe siècle, parce qu’ils étaient pauvres et catholiques.

La militante Angela Davis raconte comment elle parvenait à pénétrer dans des boutiques interdites aux Noires en parlant français, tout comme au début du XXe siècle, les Noirs du Temple de la science maure d’Amérique, qui se définissaient comme musulmans, réussissaient à entrer dans des wagons réservés aux Blancs grâce à leur garde-robe (turban pour les femmes et fez pour les hommes). Ceux-là même qui se définissaient comme «maures» avant tout refusaient d’ailleurs de cocher la case «negro» sur les formulaires.

Le Temple de la science maure de Chicago en 1928. Noble Drew Ali, le fondateur de l’organisation est au centre du permier rang en blanc. | MrHarman via Wikimedia Commons License by

«La “race” mobilise deux caractéristiques: le phénotype et les relations de pouvoir. Et c’est dans la relation entre les deux que tout se joue», résume la philosophe Magali Bessone. «Les catégories de “blanc” ou “noir” existent dans un contexte social: être blanc ou noir en France c’est pas la même chose qu’aux États-Unis», abonde Audrey Célestine, qui elle-même a pu se rendre compte à quel point cette expérience varie. L’un de ses plus jeunes frères, à moitié algérien, et qu’on reconnaissait à Dunkerque comme quelqu’un d’origine maghrébine, s’est vu perçu comme un «blanc» à son arrivée en Guadeloupe, à un moment particulier où le territoire connaissait un état d’urgence, raconte-t-elle dans un livre publié en mai, Une famille française. «Aux Antilles, la blanchité ne se voit pas qu’à la couleur de peau mais aussi par la maîtrise du créole», commente la chercheuse.

«Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance africaine-américaine, son cas n’aurait pas suscité un tel scandale»

Dans What Blood Won’t Tell: A History of Race on Trial in America, une historienne américaine raconte les procès intentés au XIXe siècle par des esclaves pour essayer de prouver qu’ils étaient blancs. Ces procès tournaient moins autour de la fameuse «règle de la goutte de sang» («one-drop rule», la règle selon laquelle toute personne ayant un ancêtre noir était considérée comme noire) que des relations sociales ou encore de la «moralité» de ladite personne ou de son civisme.

Alors qu’au contraire, aujourd’hui une personne considérée comme très blanche de peau, et qui dans d’autres pays serait très clairement considérée comme blanche, peut s’identifier, puisqu’il s’agit d’une auto-déclaration, comme étant noire aux États-Unis, en vertu de la survivance dans les consciences de la «règle de la goutte de sang». «Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance (même éloignée) africaine-américaine, il est très probable que son cas n’aurait pas suscité un tel scandale et qu’on lui aurait reconnu beaucoup plus facilement le droit de se définir comme noire», estime Solène Brun, doctorante à Sciences-Po qui travaille sur les frontières ethno-raciales et la construction des identités.

Être blanc, une question de privilèges

C’est à la lueur de ces expériences qu’on peut comprendre la réaction d’Arnaud Gauthier Fawas. Ce militant LGBT a fait rire internet et déchaîné des torrents de violence après ses propos sur le plateau d’Arrêt sur images, où il refusait d’être qualifié d’homme. Il refusait aussi d’être qualifié de blanc, malgré son apparence. Interpellé par un membre du collectif Stop au Pinkwashing qui déplorait «un plateau très blanc» (quatre personnes d’apparence masculine et blanches de peau), cet administrateur de l’Inter-LGBT a rétorqué que ce n’était pas le cas, parce qu’il a un parent libanais.

«C’est intéressant qu’on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table. Parce que sans même m’avoir posé la question, vous supposez que je suis un homme. Et seulement par mon apparence vous estimez que je suis blanc. La frontière de nos propres stéréotypes est plus fluide que ce qu’on peut penser», a-t-il plaidé.

D’une certaine manière, Arnaud Gauthier Fawas a raison. S’il est considéré comme blanc en France, il aurait très bien pu cocher une autre case aux États-Unis, et à coup sûr, sa remarque n’y aurait pas déclenché de telles réactions. Le cas de ce militant LGBT+ est bien différent de celui de Rachel Dolezal, mais interroge de la même manière: qu’est-ce qu’une ou un Blanc? Et qu’est-ce qu’une ou un Noir? Ou plus généralement, qu’est-ce qui fait qu’on est «racialisé»? Et peut-on choisir de se définir comme blanc ou noir, ou est-ce à la société de le faire?

Ce qui choque, dans ces deux exemples, a un certain rapport avec la notion de «privilèges». Peut-être qu’Arnaud Gauthier Fawas n’est pas blanc, selon une définition «génétique» ou «héréditaire» très américaine de la chose, mais puisqu’il est perçu comme tel la plupart du temps, il bénéficie largement des «privilèges» qui vont avec, c’est-à-dire qu’il n’écope pas des discriminations dont souffrent en France les personnes perçues comme arabes ou noires. Peut-être a-t-il déjà vécu du racisme lié à son ascendance libanaise, mais cette raison paraît un peu faible pour compenser le fait qu’il y a bien quatre hommes perçus comme blancs sur le plateau d’Arrêt sur images…

«Je sais que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut»

De même, la dissimulation de Rachel Dolezal, qu’elle relève initialement d’un sentiment sincère ou non, a irrité bon nombre de personnes qui ont jugé qu’elle n’avait pas subi des discriminations liées à sa couleur de peau dans son enfance, avant de «devenir» noire. Et surtout, que pouvoir choisir d’être noir ressemblait encore à un privilège de Blanc. «C’était facile pour les Blancs de l’accepter en tant qu’Afro-Américaine parce qu’elle leur ressemblait, contrairement à une femme plus basanée aux cheveux crépus… De nombreuses femmes noires avaient le même message et n’ont pas reçu le même soutien», assure Kitara Johnson, membre de la NAACP, dans le documentaire de Laura Brownson.

C’est aussi ce que répond l’un des convertis à l’islam interrogés par Juliette Galonnier, et qui ne s’identifie plus comme blanc: «J’ai essayé de m’enfuire de ma condition de Blanc et cherché à tout prix à ne pas être blanc. Je sais que ce n’est peut-être pas la bonne réaction, ou que c’est impossible, ou même que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut», dit-il en riant à la chercheuse.

À LIRE AUSSI Peut-on devenir noir?

Les critiques sur le «choix» de la couleur de peau et celles contre les personnes trans

Qu’en serait-il si chacun et chacune pouvait avoir entièrement la capacité à s’autodéfinir, sans trop de lien, ou un lien seulement faible, avec la réalité perçue et la réalité sociale vécue? Telle est la question que pose le geste d’Arnaud Gauthier Fawas, dont les implications ne sont pas sans difficultés. Au Brésil, les débats autour des quotas pour les citoyens et citoyennes noires de peau ont commencé à s’envenimer le jour où certains ont remarqué que davantage de personnes claires de peau postulaient. Voilà qui allait donc détruire une partie de l’effet recherché de ces politiques publiques… Les universités n’ont pas trouvé mieux, pendant un temps, que d’instaurer des «commissions de vérifications raciales», rappelant d’inquiétants souvenirs…

«L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine»

On retrouve le même type de critiques s’agissant des personnes transgenres, dans une frange minoritaire des milieux féministes, qui reprochent aux femmes transgenres de pouvoir «choisir» leur sexe sans avoir vécu l’oppression qui va avec (alors que l’identité de genre est bien plus souvent présentée comme une nécessité intérieure, et non un choix, par les personnes trans elles-mêmes). Au Royaume-Uni, quand les conservateurs britanniques ont soutenu une réforme du changement d’état civil pour les personnes trans passant par une simple déclaration, nombre de ces Terf, pour «trans exclusionary radical feminists», se sont insurgées, dénonçant une ruse pour leur piquer des places sur les listes électorales. «L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine», ont tonné une dizaine de femmes du Labour, indiquant que 300 d’entre elles avaient quitté le parti à cause de ces nouvelles règles.

En France, ces positions ont moins d’audience dans les milieux féministes, mais elles existent, par exemple sous la plume d’une des figures du Mouvement de libération des femmes (MLF), Christine Delphy: «L’identité n’est pas quelque chose que l’on se forge tout seul, c’est quelque chose qui vous est imposé. […] Je pense que là-dedans il y a une négation de la réalité du genre, qui est quelque chose de social, et pas quelque chose de sexuel ou biologique. Et une négation de l’oppression des femmes», faisait valoir en mars la philosophe et sociologue dans l’émission «Vieille Branche» (à partir de 52’06):

Pourquoi les personnes «transraciales» sont-elles moins acceptées que les personnes transgenres?

Mais le regard sur la transidentité dans les milieux progressistes et féministes est très différent de celui sur le «transracialisme». Même si les personnes transgenres font l’objet d’une exclusion encore très forte au niveau social, les milieux progressistes et féministes prônent plutôt tolérance et compréhension à leur égard. La transidentité a récemment été retirée de la liste des maladies mentales, et fait l’objet de politiques publiques pour faciliter la vie des personnes trans. Il ne peut pas être encore question de politiques publiques s’agissant du transracialisme, phénomène ultra-minoritaire, dont on n’est même pas encore sûr qu’il ait une véritable existence, mais la réaction quant à ce phénomène en provenance de personnes issues de milieux progressistes voire universitaires interroge. Pourquoi le transracialisme n’est-il pas autant accepté que le transgenrisme?

Ce qui étonne dans la virulence des attaques contre Rachel Dolezal, c’est que la «race», comme concept, est communément admise comme étant fictive, comme n’ayant pas d’assise biologique, et c’est précisément pour cela que le transracialisme devrait, selon cette logique, moins choquer que le transgenrisme, alors que le sexe continue d’être perçu comme une chose biologique.

«Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur?»

Signe de ce deux poids, deux mesures, l’Assemblée nationale vient d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de la «distinction de sexe», au moment même où elle en supprimait le mot «race». S’il y a moins de «race» que de «sexe», pourquoi n’accepterait-on pas une certaine forme de fluidité entre les couleurs de peau, tout comme on accepte que les personnes trans puissent se sentir nées dans le mauvais sexe? C’est l’interrogation du sociologue américian Rogers Brubaker, dans un livre qui a reçu énormément de critiques, Trans: Gender and Race in an Age of Unsettled Identities.

Rachel Dolezal a elle-même exploité cette comparaison, allant jusqu’à dire dans une interview avec la sociologue Ann Morning que le stigmate qui pèse sur les personnes «transraciales» serait plus grand, puisque, selon ses mots, «la fluidité de genre est plus largement acceptée que la fluidité de race».

«Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur? Les races ont été créées par les Européens et ils avaient tort», affirme Albert Wilkerson, un homme que Rachel Dolezal appelle son «vrai» père, dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté.

Double standard

Les arguments contre l’acceptation du transracialisme paraissent souvent faibles, et tombent assez facilement dès lors qu’on opère une comparaison avec la transidentité et qu’on regarde de près le cas de Rachel Dolezal. À ceux et celles qui lui reprochent d’avoir commis un «blackface» (soit de s’être approchée de cette pratique théâtrale au XIXe siècle dans laquelle des Blancs se grimaient en personnes de couleur pour en faire une caricature débile), on peut rétorquer que Rachel Dolezal est très loin de se moquer des Noirs. «Le black face est occasionnel, ce n’est pas la même chose que de vivre en Noir», acquiesce Éric Fassin.

Peut-on reprocher à Rachel Dolezal de s’être approprié une culture, à la manière de ces chaînes internationales de vêtements qui plagient purement et simplement les traditions de pays dans lesquels par ailleurs elles menacent le commerce local? L’«appropriation culturelle» est un problème lorsqu’elle est faite «sans aucune conscience ni lien dans leur épaisseur avec la culture dont le vêtement est issu», relève Pap Ndiaye. «Quel degré de mélanine faudrait-il avoir pour avoir le droit de s’habiller ainsi?» pointe aussi l’historien, soulignant par là les limites d’une telle critique appliquée aux individus.

Reproche-t-on à Rachel Dolezal d’accentuer les stéréotypes associés aux personnes noires, en adoptant des signes extérieurs à cette culture? Mais la même critique vaudrait alors pour les personnes trans, qui sont nombreuses, comme Caitlyn Jenner, à se délecter de longues robes et de talons hauts, réflexe qu’on peut comprendre simplement avec un peu d’humanité, puisque cet amour des signes féminins découle tout simplement du fait qu’ils leur ont été interdits pendant longtemps.

Quant au «luxe de s’autodéfinir» que s’octroieraient les personnes blanches, ce «privilège» qu’elles auraient de se choisir noires, il tombe là aussi à l’eau lorsqu’on opère une comparaison avec la transidentité: qui connaît un peu le sujet sait que les personnes trans ne «choisissent» pas pour la plupart leur genre, elles le vivent et l’ont pour la plupart toujours vécu pleinement, depuis l’enfance. Douloureusement.

Pour l’instant, puisque le sujet de la transracialité est encore totalement méconnu, il est très difficile de dire si les quelques cas relevés dans le monde ressortent d’une nécessité intérieure ou d’un choix délibéré. La biographie de Rachel Dolezal penche plutôt pour la première option.

Hérédité vs intimité

Une explication, plutôt qu’une justification, à ce double standard, tient sans doute à l’histoire des luttes féministes d’un côté, et antiracistes de l’autre. Comme le relève la docteure en sociologie Sarah Mazouz dans une recension du livre de Brubaker, les premières «ont affirmé la fluidité des catégories et la possible circulation d’une identité à une autre comme l’un des principaux instruments de remise en cause d’un ordre social genré et de ses hiérarchies», tandis que «le changement de race n’est pas un enjeu central des mouvements antiracistes».

La «race», par ailleurs, à l’inverse du genre, est «inscrite dans une hérédité. Elle implique des ancêtres, une généalogie et une histoire, ce qui n’est, dans les grands traits, pas le cas du genre», explique aussi Solène Brun. Comme dit plus haut, certaines personnes métisses sont très fières de se revendiquer noires, car elles s’inscrivent dans cette histoire de luttes, retournant le stigmate en un atout de fierté. Qu’on puisse leur dérober ceci leur paraît parfaitement insupportable. Le genre semble relever par contraste d’une dimension plus intime. «La race me semble engager davantage d’emblée des communautés et des relations socio-politiques», suggère Magali Bessone.

Capture d’écran du documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté de Laura Brownson.

Si la transidentité est mieux acceptée (même si tout est relatif) dans les milieux féministes que le transracialisme, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a jamais vraiment eu, au fond, de «classe des femmes» solidairement unie contre la «classe des hommes», comme il y a eu une solidarité des Noirs contre l’oppression des Blancs. Parce que femmes et hommes ne peuvent vivre séparément, et ne l’ont jamais complètement fait, tandis qu’il a existé des quartiers complètement ségrégés, où Noirs et Blancs étaient séparés. Et parce que par conséquent une femme transgenre ou un homme transgenre ne peut être regardé –du moins par les femmes féministes– comme un «traître à sa classe», au même titre qu’un Noir ou un Blanc qui «passe» de l’autre côté pourrait l’être, à cause de cette histoire.

Il faut relire Simone de Beauvoir, au début du Deuxième Sexe, pour le comprendre: «Le prolétariat pourrait se proposer de massacrer la classe dirigeante, un Juif, un Noir fanatiques pourraient rêver d’accaparer le secret de la bombe atomique et de faire une humanité tout entière juive, tout entière noire: même en songe la femme ne peut exterminer les mâles. Le lien qui l’unit à ses oppresseurs n’est comparable à aucun autre».

«Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier.»

Mais comprendre n’est pas justifier, et il n’est pas sûr qu’un jour les arguments contre le transracialisme ne finissent par tomber, comme ceux qui ont longtemps érigé la transidentité en «abomination». Si le cas de Rachel Dolezal est largement regardé comme de la mythomanie pathologique, il n’est pas exclu qu’un jour ce regard change. «C’est comme si elle vivait dans un futur encore non avéré», a écrit à propos d’elle le New York Times Magazine.

Avons-nous aujourd’hui les lunettes pour voir le transracialisme? Rachel Dolezal est-elle une menteuse, ou une pionnière? «Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier», affirme Martin, le personnage de Your face in mine. Il faudra sans doute encore attendre quelques années pour voir si cette prédiction est juste.


Racisme intercommunautaire: Pendant 800 ans, on vous a vendus comme du bétail (Beware: one systemic racism may hide another)

1 juin, 2021

Biden's old playbook won't end Israeli-Palestinian violence – Ya LibnanIl y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
ll ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes. Christiane Taubira
Pendant 800 ans, on vous a vendus comme du bétail. Employé algérien de restaurant (Cergy, France)
Tout le monde déteste les Versaillais ! À mort les fachos ! Manifestants communards (Paris)
On se serait cru 150 ans en arrière, c’est surréaliste. Monseigneur Denis Jachiet
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. Manuel Valls
La Palestine est l’Afrique du Sud de notre génération. Si nous n’intervenons pas avec audace et courage pour mettre fin au projet impérialiste qui s’appelle Israël, nous sommes condamnés. Patrisse Cullors (cofondatrice de Black Lives Matter, Harvard, 2015)
Le racisme anti-Noirs continue aujourd’hui au Maghreb. La couleur de peau est toujours associée à un statut inférieur. Des tribus pratiquaient l’esclavagisme dans tout le Maghreb et c’est resté dans l’imaginaire collectif. [Mais il y a peu de recherches sur la question] Certains craignent d’être accusés de faire le jeu de l’Occident.