Antilibéralisme: Pourquoi tant de haine? (France’s right turn)

29 avril, 2007

Pourquoi tant de haine?A une semaine, malgré les ultimes et futiles efforts du tandem Royal-Bayrou, d’une décisive confrontation, on l’espère, entre les forces du mouvement et celles du plus paralysant immobilisme …

Rien de tel pour se rassurer que la lecture de l’éternel optimiste du libéralisme français, l’essayiste Guy Sorman, notamment ses deux derniers textes (en français et en anglais) …

Qui, s’il croit déceler, devant tant de haine antilibérale, un substitut au vieux fond d’antiaméricanisme, l’identifie très charitablement au seul antibushisme de nos dirigeants …

Et qui, tout en se réjouissant de l’indéniable tournant que représente l’élection actuelle, n’y voit que le simple rattrapage desdits dirigeants sur une population pour lui depuis bien longtemps acquise (même si je ne partagepastout àfait son enthousiasme pour certains groupes de rap) à l’économie de marché :

Un antilibéralisme si contraire à la vérité historique que probablement , c’est un masque, un code qui désigne autre chose : la détestation des Etats-Unis ?. L’antiaméricanisme, ce puissant fédérateur de la gauche française : quand Ségolène Royal attaque le libéralisme, n’est-ce pas George Bush qu’elle vise ?

Halte à l’antilibéralisme sauvage

« Le libéralisme, en dit Ségolène Royal, c’est la guerre de tous contre tous ». Cet acharnement contre le libéralisme laisse perplexe. A-t-elle lu Tocqueville et Raymond Aron ? Vrai, Jacques Chirac, avant elle, dans un ultime livre d’entretiens, déclarait que le libéralisme «était une perversion de l’esprit humain ».Le temps lui avait sans doute manqué pour Benjamin Constant et Bertrand de Jouvenel.
Mais comme Ségolène Royal particulièrement, semble ne pas savoir de quoi elle parle et que cette ignorance paraît répandue dans sa famille politique, rappelons, vite, ce qu’est le libéralisme.
Avant toute chose, un libéral respecte le libre arbitre de l’autre : c’est le choix philosophique d’où le libéralisme tire son nom. Ce respect implique que nul ne saurait imposer à un individu ni servage, ni servitude, ni faire obstruction à son choix. Au nom de quelle morale supérieure à l’humanisme, pourrait-on le contraindre ? Aucune qui ne serait librement choisie.
Un libéral, ensuite, considère que la démocratie est un excellent régime politique dans toutes les civilisations, sans exception ; cette passion de la démocratie incite les libéraux à défendre partout les droits de l’homme et à s’opposer aux tyrannies, sans jamais céder à la facilité du relativisme culturel.
Un libéral, enfin, constate l’efficacité expérimentale supérieure de l’économie de marché et des échanges. On parle ici d’expérience car l’économie libérale est fondée sur l’observation des phénomènes concrets : partout grâce aux entreprises et au marché , la pauvreté recule et les sociétés gagnent en équité relative.
Ces trois principes et leurs déclinaisons sont tous enracinés dans l’observation des sociétés humaines , jamais sur des a priori théoriques ; le libéralisme n’est pas une idéologie mais une pratique.
L’antilibéral est-il hostile à ces principes ou les ignore-t-il ?
De fait, il idéalise l’Etat, ce qui avec les libéraux sera un sujet de débat mais ne justifie pas tant de haine. Les libéraux français qui ne sont pas des ennemis de l’Etat ne s’interrogent que sur sa juste configuration : le réflexe libéral, inverse de la monomanie socialiste, est d’évaluer la capacité ou non des individus et du marché à progresser, avant de se retourner vers la solution étatique . On fera tout de même observer que les grandes catastrophes du XXe siècle durent plus aux excès d’Etats devenus fous qu’à trop de libre commerce.
En même temps, la même Ségolène Royal, antilibérale sauvage, défend les petites et moyennes entreprises qui constituent la clientèle naturelle du libéralisme : on s’y perd. Ne serait-elle hostile qu’aux grandes entreprises françaises mondialisées, parce que grandes et mondialisées ? Mais , par la création d’emplois et de richesses, par la distribution des profits aux épargnants, celles-ci font vivre une grande partie de notre société ; on ne comprend toujours pas tant d’antilibéralisme.
Un antilibéralisme si contraire à la vérité historique que probablement , c’est un masque, un code qui désigne autre chose : la détestation des Etats-Unis ?. L’antiaméricanisme, ce puissant fédérateur de la gauche française : quand Ségolène Royal attaque le libéralisme, n’est-ce pas George Bush qu’elle vise ? Elle confond donc les néoconservateurs de la droite américaine avec le libéralisme français, elle mêle des circonstances propres aux Etats-Unis en ce moment particulier avec une excommunication de principe des Etats-Unis. C’est regrettable.
Il faut en conclure que l’antilibéralisme sauvage n’a qu’un rapport lointain avec le libéralisme français de la même manière que l’antisémitisme a peu de relation avec les juifs et que l’antiaméricanisme est très distant des Etats-Unis réels. Cet antilibéralisme, comme un fantasme, décrit celui qui le profère, mais ne nous informe en rien sur la tradition libérale française .
Pour autant , chez les libéraux nul n’exige qu’un candidat se réclame de cette tradition ou ne produise un certificat. Estampillé par qui ? Par chance , il n’existe pas de parti Libéral : la pensée libérale par vocation, dépasse les partis, elle imprègne les mœurs et les activités économiques. Elle est dans l’air du temps, le principe organisateur de la société civile : ce pourquoi, dans les faits, la nation française se révèle de plus en plus libérale, sans que les gouvernements récents n’aient particulièrement agi dans ce sens. On espère seulement que les candidats reconnaîtront mieux une grande école de pensée et d’action qui remonte aux Lumières et nous éclaire toujours .Et qu’ils ne fassent pas absurdement obstacle à l’évolution naturelle et progressiste de la société.

Vive la Similarité
By GUY SORMAN
The Wall Street journal
April 27, 2007

PARIS — For more than two decades, Socialist and Gaullist leaders have frozen the French State. Presidents François Mitterrand and Jacques Chirac both belonged to a political tradition of authoritarianism and economic interventionism. They ruled like elected monarchs. They increased public spending. They opposed « American imperialism. » « To lead the French diplomacy, » Mr. Chirac famously declared, « you only need to do the reverse of what the U.S. government does, as it is always wrong. »

But France is changing.

In Sunday’s initial round of our presidential election, the French picked two relatively young political leaders, both in their early fifties. On the left, Ségolène Royal belongs to the Socialist Party but has thrown out the Marxist rhetoric that’s been its staple. While she is vocally hostile to big business, small and medium entrepreneurs are just fine. And, her hatred toward George W. Bush aside, Ms. Royal has nevertheless pulled her party closer to the center, sometimes even right of center, than any previous Socialist politician. Tony Blair is clearly on her mind.

As a confirmation of this tectonic shift of the French left, the unreformed and eternal Communist Party managed only 1.5% of the votes, an unprecedented defeat. We still have Trotskyite parties — three under various denominations — but they belong to our political folklore. Actually, the aim of these far left parties is not to start a revolution, but to forever safeguard the benefits of the public-sector trade unions which they represent.

Significant as well is the severe defeat of the ecologist and anti-globalization candidates, trounced at the polls despite garnering huge media coverage and a lot of sympathy from our radical-chic journalists. Their anti-progress stance, anti-biotech food demonstrations, and alarmism about global warming all played well on television, but did not sell to the French people. This remains the country of Pasteur after all.

A similar shift has occurred on the right, which is much deeper in conservative territory than it ever was in the history of the Gaullist movement. Nicolas Sarkozy, officially a Gaullist, is not afraid of looking tough on law and order. He said he would send illegal immigrants back to their native lands. This has helped him bring down the National Front, a far right party, to a historically low ebb. As part of a vicious campaign organized by the left, Mr. Sarkozy, part Hungarian and Jew, has repeatedly been called racist, even though he has never displayed any form of xenophobia.

Mr. Sarkozy constantly refers to his Christian values and says Pope Jean Paul II is his hero; Ms. Royal hints that her four children have been baptized. This in the secular, anti-church French Republic.

More provocatively, Mr. Sarkozy is not anti-American. He proved it by obtaining a photo opportunity with George W. Bush at the very beginning of his campaign. True enough, he sometimes tones down his pro-American stance by sending some barbs toward Washington, but far less frequently than any U.S. Democrat would.

Mr. Sarkozy has disappointed diehard free market advocates by his cautionary approach. Often times he sounds more like a U.S. liberal than a Milton Friedman disciple. But this is France, where any politician fears provoking the entrenched interests of the public sector. More revealing is Mr. Sarkozy’s record as president of the Hauts-de-Seine local council, which has a budget the size of Belgium. He has skillfully introduced the privatization of public services as the best way to run this wealthy region near Paris.

But the shift in the political landscape is only part of the story. Looking at France only through its political life and the chattering class would be a major mistake. In real life, the civil society is ahead of government reforms.

Higher education is one example. The teachers’ unions have always resisted any modernization of our centralized, anti-elitist universities. As a consequence, a huge number of students receive a poor education and obtain degrees which do not lead to economic opportunities. Tired of expecting reforms which are never implemented, entrepreneurs have opened hundreds of small private universities, mostly in academic fields which faculties despise, like marketing. With a degree from those private universities, each student is almost sure to find a rewarding job.

There is also change in the immigrant ghettos. Small shops thrive, for example, in the Marseille suburbs. The immigrant population does not wait for the central government to find a solution for their economic problems. Rap singers with Arab or African origins have become entrepreneurs in entertainment and fashion. They openly advocate capitalism in their lyrics.

Too often, it is said that France is in a crisis. The French State certainly is, running a huge deficit and employing far too many in the public sector. But French society is finding its way out of the crisis while politicians run behind. After this presidential election, hopefully, the gap between the French people and their government will become more narrow, and the state more in tune with the times. The French people already are.

Mr. Sorman is the author of 20 books on French politics and international affairs.

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Nouvelles parutions: Les années Chirac vues par les Suisses

25 avril, 2007

A signaler dans les bacs des librairies …

Et pour fêter le départ, après 12 longues années, de l’actuel squatter et kleptocrate de l’Elysée …

Cette compilation des meilleurs dessins de presse suisses …

Sur la République bananière qu’il nous a laissée …

« La France vue par les Suisses » …

La France vue par les Suisses

BDParadisio

1995-2007: les années Chirac en dessins La France comme les Français ne l’ont jamais vue… ou n’ont jamais voulu la voir ! On voit plus souvent la paille dans l’oeil du voisin que la poutre qu’on a dans le sien, prétend le proverbe. Ce qui est évidemment une légende. Prenons le simple exemple du dessin de presse. Qui mieux qu’un dessinateur français pourra croquer la grandeur et les mérites du peuple français, lumière du monde ? Hum ? Pour ce qui est des petits quintes de toux de la démocratie, des problèmes en banlieue, de la perte d’influence dans les anciennes colonies, du dopage sur le Tour, du coup de boule de Zizou, du coup de mou des 35 heures etc, etc là peut-être vaudrait-il mieux faire appel à un oeil extérieur, celui d’une douzaine de dessinateurs suisses par exemple, qui eux ne se gêneront pas pour dire – avec humour – ce qui va mal en France car comme le dit le proverbe, on voit plus souvent la paille dans l’oeil du voisin etc, etc Compilation des meilleurs dessins de presse suisse consacrés à la France, La France vue par les Suisses est une sorte de grand miroir réfléchissant qui devrait faire cogiter plus d’un français.. et le faire rire aussi!


Election américaine: Obama finalement rattrapé par les médias (Prodded by the blogs, mainstream media finally gets on Nowhere man’s case)

20 avril, 2007
Doesn’t have a point of view, Knows not where he’s going to, Isn’t he a bit like you and me? John Lennon (Nowhere man, 1965)
You don’t need a weatherman to know which way the wind blows. Bob Dylan (Subterranean homesick blues, 1965)
Je ne regrette pas d’avoir posé des bombes, je crois plutôt qu’on n’en a pas fait assez. William Ayers (entretien au New York Times, septembre 2001)
Nous verrons ce que le sénateur Obama a à nous offrir, ce qu’il est, ce qu’il deviendra. Mais en ce moment il semble faire partie d’un schéma qui oscille brutalement d’une embardée à une autre – l’homme de nulle part, dont on ne sait que très peu, censé nous sortir du pétrin. Sa soudaine ascension et sa popularité sauvage semblent plus symptômes que solutions. Peggy Noonan (WSJ, le 15 décembre 2006)
Combien de temps les grandes démocraties peuvent-elles survivre face à la capacité de la télévision à faire ressembler certains d’entre nous aux dieux qu’ils ne sont pas? Peter Hitchens (Daily Mail, le 2 février dernier)

Longue fréquentation d’un pasteur aux sermons anti-américains, propos condescendants envers l’Amérique profonde amère qui « se raccroche à la religion et aux armes à feu », réticence à porter le drapeau américain sur sa veste, liens avec un ancien membre non repenti d’un groupe radical d’extrême-gauche des années 1960 …

Comme vient de le montrer le débat d’ABC de mercredi dernier entre les deux candidats démocrates, il semble que, forcés et contraints par nombre d’infos sorties notamment par les blogs (Politico, Right wing nut ou American Thinker) et quoi qu’en pense le WP ou le Guardian, les médias américains se soient finalement décidés à s’intéresser à la boite noire qu’était jusqu’à récemment Barack Obama.

D’où l’intérêt de revenir, via l’un des premiers et rares articles vraiment critiques et complets de l’Anglais Peter Hitchens (le petit frère de Christopher) qui déjà en février dernier dans le Daily Mail avait pris au sérieux l’avertissement (dès décembre 2006 !) de l’éditorialiste conservatrice (et ex-parolière de Reagan) du WSJ Peggy Noonan, sur le « Kennedy noir ».

Comme sa légendaire capacité à ne pas se mouiller (en passant notamment beaucoup de temps aux toilettes pendant les votes délicats!).

Mais aussi ses références très radicales comme Franz Fanon ou Malcom X lui faisant voir très marxistement la guerre en Irak comme tentative diversion des problèmes intérieurs (ses parents ne se sont-ils pas rencontrés dans un cours de russe ?)

Comme un certain arrivisme (la sorte de gars qui rentre derrière vous dans une porte-tambour et en ressort avant vous ! – mais devient-on président sans ?)

Ou son apparente affinité pour le style très coups tordus de la politique de sa ville de résidence (mais se fait-on élire autrement à Chicago ?) ou ses amis un peu douteux comme le marchand de sommeil Tony Rezko, actuellement en prison pour fraude (il faut bien se loger).

Ou, déjà, ses liens sulfureux avec le fameux pasteur Jeremy Wright (comme caution de sa négritude) ou l’ex-weatherman qui ne regrette rien Willam Ayers …

So who really is this Obama who can reduce knees and brains to jelly, whose books are read with reverence by normally pungent critics, and who, we are told, is the new JFK?

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Présidentielle: Haro sur le Sarko (après la « banlieue », les médias votent Le Pen)

20 avril, 2007
Avec Le PenLa lépenisation des esprits est chez ceux qui la dénoncent : ils insultent et haïssent le candidat de l’UMP avec les mots et les procédés de la vieille extrême droite. Leur recours à la diabolisation souligne le sectarisme de la gauche. Par de semblables intimidations, elle a rendu impossible toute analyse du déclin de la France. L’immobilisme vient de là. Rioufol
En quarante-huit heures, les 300 000 numéros de Marianne mis en vente étaient épuisés. «C’est inouï, se réjouit Jean-François Kahn, les lecteurs nous disent : « Enfin quelqu’un le dit ! » (Libération)

Une phrase terrible de Sarkozy, qui, à Lille, a accusé tous ses adversaires, Ségolène Royal comme François Bayrou, d’être les candidats de la délinquance et du vol, donc du crime. Pour la première fois, une véritable thématique fascisante lui est venue spontanément à la bouche. Or, aucun média radiotélévisé n’a jugé bon de pointer ce dérapage. On frissonne !
Marianne

Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage …

Après une certaine « banlieue » (à la Gare du nord), c’est apparemment au tour des médias d’inciter au lynchage antiSarko et… d’apporter ainsi leur vote à Le Pen!

Déjà, quand un candidat du FN acculé se met à gloser non seulement sur la nationalité (espagnole) de la femme mais sur les origines soit-disant suspectes (mère sépharade convertie) d’un de ses adversaires et que personne ne relève, on se dit qu’il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume de France (jusqu’à faire courir, Chirak a bien le sien: palestinien – des rumeurs de timbre israélien à son effigie!)…

Mais avec le torchon populiste de gauche Marianne qui a toujours eu du mal à boucler ses fins de mois et recule devant aucun coup bas, on est habitués (voir leur autre gros coup sur Katrina), surtout que financièrement, c’est un très gros coup (En 48h, 300 000 numéros + 80 000 ce matin).

Mais il faut citer le texte de lancement à la “Je suis partout” sur leur site:

Au moins, désormais, est-ce clair. Quelque chose a basculé, dans la dernière ligne droite de cette campagne électorale. Pour la première fois depuis quarante ans, un candidat – pas celui que l’on croit et dont on fait, un peu artificiellement, un absolu épouvantail – a employé un ton et des arguments qui rappellent furieusement (le mot est le bon) la façon dont l’extrême droite d’avant-guerre et les staliniens d’après-guerre poussaient le terrorisme intellectuel et verbal jusqu’à nier la légitimité, l’humanité même de leurs concurrents ainsi diabolisés. Comme si le lapin était déjà fasciné par le boa, les médias, y compris ceux qui font profession d’extrême vigilance en la matière, tel notre confrère Le Monde, n’ont quasiment pas moufté.

Pour découvrir plus loin l’EFFROYABLE secret:

Une phrase terrible de Sarkozy, qui, à Lille, a accusé tous ses adversaires, Ségolène Royal comme François Bayrou, d’être les candidats de la délinquance et du vol, donc du crime. Pour la première fois, une véritable thématique fascisante lui est venue spontanément à la bouche. Or, aucun média radiotélévisé n’a jugé bon de pointer ce dérapage. On frissonne !

Au point que dans sa propre version de son numéro antiSarko, Libération lui-même se sent obligé (ultime perversion ou, on l’espère, reste de décence) de se dédouaner un peu en publiant la tribune critique de l’économiste André Grjébine (on notera au passage le courage du point d’interrogation après le qualficatif « horreur » accolé au nom du candidat UMP!):

La diabolisation du candidat UMP esquive le débat et en fait de façon caricaturale l’homme de tous les défauts.
L’horreur Sarkozy ?

A recenser tous les reproches qui lui sont adressés, on ne peut qu’être étonné de voir tant de défauts réunis en un seul homme. Pour ne reprendre que les accusations proférées au cours des derniers jours. Azouz Begag l’accuse de grossièreté, sinon de violence et explique qu’il s’agit d’ «un homme dangereux pour la France». Le footballeur Lilian Thuram, dans un entretien au journal espagnol El Mundo (14 avril), affirme qu’il est raciste. Le Pen lui reproche de se présenter à la présidence malgré ses origines étrangères. Il n’a pas fallu moins de douze pages au directeur de Marianne (14 avril) pour recenser ses innombrables perversions. Il dénonce «sa proximité avec la droite néo-franquiste espagnole» et voit dans les critiques que Nicolas Sarkozy émet contre ses concurrents «des relents de propagande stalinienne des années 50 et de rhétorique fascisante d’avant-guerre». Finalement, Jean-François Kahn conclut que «cet homme, quelque part, est fou».

Encore ces reproches ne constituent-ils que la partie pour ainsi dire exprimable de l’iceberg. Un processus d’autopersuasion tend à s’instaurer, qui conduit à prendre en considération n’importe quelle accusation. Avant même de s’interroger sur sa véracité, on se demande gravement si un homme ayant de tels défauts peut gouverner.

Sans forcément partager toutes les positions du candidat de l’UMP, on peut néanmoins souhaiter qu’avant de voter les Français sachent s’abstraire de ce déferlement de haine pour s’interroger plus sereinement sur les projets et les comportements des uns et des autres. Il serait pour le moins fâcheux que la diabolisation serve de substitut à un débat esquivé, et que la lepénisation des esprits franchisse ainsi une nouvelle étape décisive.

Avant de lâcher le lendemain le faux cul Schneidermann, qui en rajoute sur le faux derche (et ancien employeur) Le Monde:

un départ du domicile conjugal est un acte autrement plus «lourd» de conséquences, matérielles et psychologiques, qu’une relation extraconjugale.

Mais il se pourrait bien, comme le rappelle Ivan Rioufol dans sa chronique du Figaro de ce matin et tant pour un Le Pen, ses 78 ans et sa campagne de trop, que pour une gauche à bout de souffle et n’ayant toujours pas fait son aggiornamento, qu’il y ait plus là-dedans… d’affolement et de désarroi qu’on croit!

L’affolement qui gagne les dépositaires de la bonne conscience illustre leur désarroi devant la révolution néoconservatrice qui, portée par les Français, traverse la société. À l’instar du phénomène apparu aux États-Unis dès les années 1980, les gens se détournent des idéologies relativistes, au profit de valeurs jugées hier réactionnaires. Nation, famille, autorité, travail, mérite, sécurité sont des sujets qui se sont imposés aux principaux candidats par la force des évidences. Faire la différence entre le bien et le mal, le beau et le laid ne fait plus hurler que les faussaires, en voie de perdre leur magistère.

– MARIANNE:

Cette semaine, un numéro vérité de Marianne !
Le 13/04/2007 à 0 h 00 – par Jean-François Kahn
Vous voulez tout savoir sur Sarko, y compris ce que l’on ne vous a jamais dit ? Alors, le numéro de Marianne de cette semaine est fait pour vous ! Une petite lecture pas inutile avant votre rendez vous de dimanche dans l’isoloir… Explications par Jean-François Kahn.
Au moins, désormais, est-ce clair. Quelque chose a basculé, dans la dernière ligne droite de cette campagne électorale. Pour la première fois depuis quarante ans, un candidat – pas celui que l’on croit et dont on fait, un peu artificiellement, un absolu épouvantail – a employé un ton et des arguments qui rappellent furieusement (le mot est le bon) la façon dont l’extrême droite d’avant-guerre et les staliniens d’après-guerre poussaient le terrorisme intellectuel et verbal jusqu’à nier la légitimité, l’humanité même de leurs concurrents ainsi diabolisés. Comme si le lapin était déjà fasciné par le boa, les médias, y compris ceux qui font profession d’extrême vigilance en la matière, tel notre confrère Le Monde, n’ont quasiment pas moufté.
Au-delà d’une saine compétition entre personnalités différentes et talentueuses, au-delà d’opinions divergentes mais légitimes, c’est donc bien, en réalité, notre conception de la République et le devenir de notre démocratie qui sont en jeu. C’est grave !
Il est donc temps, grand temps, de dévoiler ce qu’on semble avoir décrété indicible, de faire tomber les masques, de mettre toutes les cartes entre les mains des électeurs qui n’entendent pas favoriser une nouvelle fois l’avènement du césarisme. Il ne faut pas qu’on puisse dire, demain, qu’on ne savait pas, qu’on n’était pas prévenu, qu’on n’avait pas été informé.
Donc, cette semaine Marianne brise l’omerta que favorise le verrouillage médiatique, dit ce qu’on n’ose pas vous dire, et se libère de la conspiration du silence pour jeter, dans le débat, cette lourde vérité dont on voudrait vous interdire l’accès !
Dès aujourd’hui, lisez et retenez ce numéro essentiel. Au nom de tout ce qui nous rassemble, aidez-nous à lui assurer la plus large diffusion. Offrez-en un ou plusieurs numéros autour de vous, à vos amis ou connaissances. Le 23 avril, il sera trop tard…

LIBERATION:

La diabolisation du candidat UMP esquive le débat et en fait de façon caricaturale l’homme de tous les défauts.
L’horreur Sarkozy ?
Par André GRJEBINE
Libération
jeudi 19 avril 2007
André Grjebine économiste

Pour cerner les enjeux d’une élection, les commentateurs et les électeurs ont besoin de mettre en évidence les logiques dans lesquelles s’inscrivent les candidats et qui détermineront leur action s’ils sont élus. Dès lors que la confusion du débat empêche de déduire les évolutions prévisibles à partir des projets énoncés, il est tentant de chercher ailleurs. C’est là que la personnalité des candidats devient le thème central de la campagne. Il est certes concevable d’étudier le comportement et les discours des uns et des autres pour déceler leurs contradictions et leurs failles éventuelles. Mais cet examen exige rigueur et sérieux. Il est autrement plus facile de s’attacher aux traits de caractère les plus apparents d’un candidat, de les grossir, de les caricaturer, jusqu’à en faire le facteur explicatif de son action prévisible.
L’hyperactivité de Nicolas Sarkozy, sa volonté de ne jamais reculer devant un obstacle ont fini par susciter une certaine inquiétude, qui a rendu possible un processus de diabolisation sans limites. A recenser tous les reproches qui lui sont adressés, on ne peut qu’être étonné de voir tant de défauts réunis en un seul homme. Pour ne reprendre que les accusations proférées au cours des derniers jours. Azouz Begag l’accuse de grossièreté, sinon de violence et explique qu’il s’agit d’ «un homme dangereux pour la France». Le footballeur Lilian Thuram, dans un entretien au journal espagnol El Mundo (14 avril), affirme qu’il est raciste. Le Pen lui reproche de se présenter à la présidence malgré ses origines étrangères. Il n’a pas fallu moins de douze pages au directeur de Marianne (14 avril) pour recenser ses innombrables perversions. Il dénonce «sa proximité avec la droite néo-franquiste espagnole» et voit dans les critiques que Nicolas Sarkozy émet contre ses concurrents «des relents de propagande stalinienne des années 50 et de rhétorique fascisante d’avant-guerre». Finalement, Jean-François Kahn conclut que «cet homme, quelque part, est fou». D’après lui, la peur que Sarkozy ferait régner est telle que «les grands médias n’osent pas ou ne veulent pas dévoiler» sa véritable nature et que «Simone Veil assure la claque». On peut pourtant se demander de quoi cette femme courageuse aurait-elle peur ? Comme plus personne ne peut nuire à une carrière qui n’est plus à faire, serait-ce, dans l’esprit de Jean-François Kahn, d’être assassinée ? Faisant preuve d’un louable souci d’impartialité (!), l’hebdomadaire annonce qu’ «évidemment, la semaine prochaine, nous nous poserons également la question à propos de Ségolène Royal ou de François Bayrou : qui est-elle ? Ou qui est-il vraiment ?» Simplement, il signale, par ailleurs, que le prochain numéro paraîtra le 24 avril, et donc après le premier tour… On pourrait multiplier ces exemples de diabolisation.
Encore ces reproches ne constituent-ils que la partie pour ainsi dire exprimable de l’iceberg. Un processus d’autopersuasion tend à s’instaurer, qui conduit à prendre en considération n’importe quelle accusation. Avant même de s’interroger sur sa véracité, on se demande gravement si un homme ayant de tels défauts peut gouverner.
Sans forcément partager toutes les positions du candidat de l’UMP, on peut néanmoins souhaiter qu’avant de voter les Français sachent s’abstraire de ce déferlement de haine pour s’interroger plus sereinement sur les projets et les comportements des uns et des autres. Il serait pour le moins fâcheux que la diabolisation serve de substitut à un débat esquivé, et que la lepénisation des esprits franchisse ainsi une nouvelle étape décisive.

SCHNEIDERMANN (Libération):

«Paris Match», Cécilia et les rumeurs
Par Daniel SCHNEIDERMANN
Libération
le 20 avril 2007

Ce fut un tournant, mais un tournant discret, que seuls les initiés auront remarqué. Dans son édition du week-end de Pâques, le Monde faisait pudiquement état de «rumeurs sur les tensions au sein du couple Sarkozy, nourries par l’absence de Cécilia à ses côtés pendant ce long week-end de Pâques». Pour la première fois, un média traditionnel, et pas n’importe lequel, franchissait, d’un doigt, d’un orteil, d’une phalange, la fameuse «barrière de la vie privée». Le Monde relayait ainsi des rumeurs galopant fiévreusement sur Internet, et selon lesquelles l’épouse du favori de la présidentielle avait quitté, une nouvelle fois, le domicile conjugal.
Cette allusion fut tellement discrète qu’elle ne fut suivie de… rien. Averti de l’existence de ces rumeurs, et en ayant averti ses lecteurs, le Monde s’en tint là. Vivez désormais avec cette «rumeur», cher lecteur, cette rumeur assez bruyante pour se faufiler dans une analyse sur «la personnalité de M. Sarkozy, enjeu de la fin de campagne», mais sur laquelle nous ne souhaitons surtout pas approfondir les choses.
Plus rien, donc. Ni dans le Monde, ni ailleurs. Pas une question posée par Libération, par exemple, lors de l’interview de la semaine suivante dans le bureau du candidat. Pas une allusion, dans le réquisitoire fleuve de Marianne cette semaine, qui n’hésite pourtant pas à collecter des témoignages à charge, le plus souvent anonymes, sur Sarkozy. Plus rien jusqu’à ce que Le Pen, après ses immondes attaques xénophobes contre les Sarkozy, enfourche à son tour le cheval des rumeurs, en s’étonnant de la discrétion des médias sur le sort de Cécilia.
Les médias devaient-ils enquêter sur l’état du couple Sarkozy ? Si, comme semble l’indiquer son absence prolongée à ses côtés, l’épouse du favori de la présidentielle a bien quitté le domicile conjugal, il semble à la fois légitime et nécessaire que les médias nationaux en informent le public, même si Le Pen est venu polluer la question. Légitime, parce que Sarkozy a lui-même, de longue date, tiré argument de sa vie de famille. Avant le premier départ de son épouse, par force reportages filmés. Et même après son retour, en convoquant la presse pour des retrouvailles spectacle dans une pirogue en Guyane, sous couvert de déplacement officiel, puis en se faisant photographier par des photographes attitrés lors de week-ends privés. C’est lui-même (comme d’ailleurs Ségolène Royal depuis longtemps, et François Bayrou, lors de cette campagne présidentielle) qui a donné le feu vert aux investigations sur le sujet.
On sait la réticence de la presse française : mais alors, il va falloir évoquer chaque maîtresse, fouiller les poubelles, lister les amants ? Mais non. Une longue distance nous sépare encore de cet enfer orwellien. Et un départ du domicile conjugal est un acte autrement plus «lourd» de conséquences, matérielles et psychologiques, qu’une relation extraconjugale.
Ce départ (éventuel) est donc à la fois une information sur la psychologie du candidat, et sur son entourage politique : son épouse dispose d’un bureau au QG du candidat. Accessoirement, l’épisode met à nu la «pravdaïsation» de la presse française. Car évidemment, elle ne se contente pas de faire silence. Elle remplit le blanc. Mais en crypté, de manière subliminale. Quelques jours après que le Monde a fait état de «la rumeur», l’hebdomadaire du groupe Lagardère, Paris Match, publiait une page entière de photos de l’absente, titrée triomphalement «revoilà Cécilia». En robe fuchsia, l’épouse disparue assistait à un gala de charité, en compagnie de l’homme d’affaires François Pinault, de la reine Rania de Jordanie et de chanteurs de flamenco. Cinq photos de la robe fuchsia dans la même page, assorties d’un article anonyme qui se gardait évidemment d’évoquer la rumeur. Mais la page hurlait deux messages contradictoires : oui, elle était là le 3 avril à Paris, à côté de la reine Rania. Mais seule. Sans lui. Si Sarkozy et son ami Arnaud Lagardère avaient pu, contre la rumeur, offrir aux lecteurs la photo du couple, nul doute qu’ils l’eussent fait. Donc, cette page ovni était, de fait, une confirmation de la rumeur. Elle n’était d’ailleurs pas incluse dans les pages politiques. On la trouvait en fin de journal, dans les pages people. Comme si le reportage se trouvait là par inadvertance. Comme s’il n’avait aucun rapport avec la campagne électorale. Comme si tout cela était anodin. Comme si un précédent directeur de Match n’avait pas été licencié par Lagardère justement pour avoir publié en couverture une photo de Cécilia Sarkozy et de son amant.
Tout se passe comme si la presse française n’avait pas été vaccinée par le précédent Mazarine. Des années durant, de nombreux journalistes (dont l’auteur de ces lignes) ont considéré que l’existence d’une fille naturelle du président Mitterrand, circonstance purement privée, ne devait pas faire l’objet de développements particuliers. Et puis, de fil en aiguille, l’utilisation incontrôlée des moyens de l’Etat pour protéger la jeune fille, utilisation d’autant plus incontrôlée que la presse faisait silence, aboutit au scandale des écoutes téléphoniques. Pour tuer dans l’oeuf toute nouvelle omerta, il est plus que souhaitable qu’un journaliste se lève et pose cette question, que n’importe quel confrère américain considérerait comme naturelle : «Monsieur Sarkozy, des rumeurs font état du départ de votre épouse du domicile conjugal. Que pouvez-vous nous en dire ?» Et de préférence, avant l’élection.

Texte intégral de Marianne (Bellaciao), pour ceux qui veulent apprécier ce petit monument de perversité: on dit sans dire et la plupart des citations (peur oblige!) sont anonymes …

A des moments, on a même la claire impression que Kahn est payé par le maitre assassin de ses dauphins… Chirak lui-même!

LE VRAI SARKOZY (+ video)
lundi 16 avril 2007

Ce que les grands médias n’osent pas ou ne veulent pas dévoiler

de Jean-Francois Kahn, avec Serge Maury, Philippe Cohen, Laurence Dequay et le service France de « Marianne »

Glaçant ! Il a dit glaçant. Mais s’il ne l’avait pas dit ?

Car enfin, sept jours avant que François Bayrou ne laisse tomber ce glacial jugement, le généticien Axel Kahn avait déjà, dans Marianne, agité le grelot. Ainsi Nicolas Sarkozy, qui, déjà (ceci explique cela), voulait faire repérer chez les marmots de 2 ans les bourgeons de la délinquance, avait pu, dans Philosophie Magazine, déclarer que, selon lui, la pédophilie et le suicide des adolescents étaient d’origine génétique, qu’on était en quelque sorte biologiquement programmé pour la déviance ou l’autodestruction, que l’action éducative ou sociale n’y pouvait rien, le rachat ou la miséricorde divine non plus – retour terrifiant du concept eugéniste du gène du crime – sans que, pendant dix jours, aucun journal quotidien ou hebdomadaire, aucune radio ou télévision réagisse.

Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, avant la riposte bayrouiste, notre confrère le Monde, que des dérapages de Le Pen qui allaient beaucoup moins loin faisaient immédiatement monter au créneau, n’avait même pas consacré 10 lignes réprobatrices à cette stupéfiante rémanence de l’idéologie socio-biologique de l’extrême droite païenne. Comme s’il était beaucoup plus dangereux de tacler le patron de l’UMP que de stigmatiser le leader du Front national.

Comme si Sarkozy faisait peur.

Or cette sortie intervenait après l’annonce de la création, en cas de victoire de la droite, d’un « ministère de l’intégration et de l’identité nationale », annonce qui avait littéralement sidéré, et pour cause, la presse allemande, et dont même l’extrême droite autrichienne de Jôrg Haider avait tenu à dénoncer les « nauséeux relents ». Et, surtout, après la série de furieuses philippiques, telles qu’on n’en avait plus entendu depuis quarante ans, inimaginables dans quelque pays européen civilisé que ce soit, relents de propagande stalinienne des années 50 et de rhétorique fascisante d’avant-guerre, qui revenaient à décrire les concurrents du leader UMP, qu’ils fussent centristes ou sociaux-démocrates, comme les candidats protégeant les délinquants, le vol et la fraude, donc du crime, les suppôts des voyous, les représentants du parti des malhonnêtes gens et de la dégénérescence morale, l’anti-France enfin, c’est-à-dire l’incarnation de la haute trahison. Or, cela n’avait nullement empêché que Jean-Louis Borloo, même malheureux comme les pierres, s’aplatisse ; que Simone Veil, fût-ce de la plus mauvaise grâce possible, assure la claque et, dans un premier temps au moins, que les médias, presque tous les grands médias, s’écrasent.
Tant le personnage fait peur.

SES MOTS POUR LE DIRE

Pourquoi ? Parce que ses entreprises de séduction envoûtent. Parce qu’il dispose, partout, et surtout dans les médias, d’amis dans la place et très haut placés ? Ou parce qu’on redoute la brutalité de ses réactions ?

La preuve par l’affaire Azouz Begag. La scène se passe en 2006 : le ministre délégué à l’Egalité des chances, interpellé à propos de quelques fortes saillies du ministre de l’Intérieur, s’excuse : « Je ne m’appelle pas Azouz Sarkozy. » En guise d’agression, on a connu plus destructeur ! Aussitôt, explosion de fureur de Sarkozy qui menace « de casser la gueule de l’insolent » et lui hurle, par saccades rageusement répétitives, qu’il est « un connard, un salaud, qu’il ne veut plus jamais le voir sur son chemin ». On imagine, un instant, Malek Boutih racontant, dans un livre, que Ségolène Royal lui a aboyé à la figure que François Hollande allait « lui casser la gueule » parce qu’il aurait osé murmurer : « Je ne m’appelle pas Malek Royal. » Aussitôt, invitation sur tous les médias à raconter l’histoire, comme l’ex-socialiste Eric Besson. Là, service minimum. C’est Sarkozy qui a obtenu, comme toujours, le temps de parole. Pour expliquer que ce d était là qu’infâme menterie. D’ailleurs, a-t-il expliqué sur iTélé, il « croit n’avoir jamais rencontré Azouz Begag ». Surréaliste ! Depuis deux ans, ils font partie du même gouvernement. On imagine ce que signifierait le fait qu’effectivement, bien que siégeant sur les mêmes bancs et participant aux mêmes conseils, Sarkozy ait refusé de voir Begag !

Pour une fois, cependant, le démenti sarkozyen fait flop. Tout le monde sait, en effet, que les mots que rapporte Azouz Begag sont les siens et pas les pires ; que ces derniers jours, par exemple, il n’a cessé de traiter de « connards » ses propres conseillers et animateurs de campagne, accusés d’être responsables de la moindre difficulté de campagne. Un article qui le défrise dans Libération ? Il téléphone au propriétaire, qui est un ami : « Vous êtes un journal de merde ! Avec des journalistes de merde ! » Il refuse, contrairement à Royal et à Bayrou, pourtant très maltraité par Libé, de se rendre dans ce journal pour un entretien avec la rédaction : « Libé n’a qu’à se déplacer ! ». Il considère qu’il n’a pas été reçu à France 3 national avec les honneurs qui lui sont dus. A l’adresse de la direction il hurle : « Si je suis élu, je vous ferai tous virer ! »

INSULTES…

C’est d’ « enculés » que se font traiter les confrères d’une radio qui lui ont apparemment tapé sur les nerfs… qu’il a sensibles. Il soupçonne un journaliste d’être favorable à François Bayrou. « Ils couchent ensemble », commente-t-il. Evoquant certains de ses adversaires, il prévient, carnassier : « je vais tous les piquer. Les niquer ! » Plus macho, tu ouvres un harem. Parlant de Michèle Alliot-Marie, qu’il soupçonnait, à tort, d’avoir joué un rôle trouble dans l’affaire Clearstream, ne l’appelle-t-il pas « la salope » ? L’économiste et expert financier Patrick Artus critique certaines propositions du candidat UMP Il reçoit aussitôt un mail de son chef de cabinet « On s’en souviendra ! » Même expérience rapportée par un industriel qui eut le malheur de déplaire « On se retrouvera. On est pour moi ou contre moi ! » « Je n’ai jamais été confronté, raconte ce patron, à un entourage aussi agressif, aussi belliqueux. » Pourquoi le préfet Dubois, responsable des relations presse de la Préfecture de police, est-il débarqué du jour au lendemain : parce qu’il aurait ricané des ennuis conjugaux du ministre !

Une enquête télé avait été réalisée dans les Hauts-de-Seine. Elle montrait l’incroyable pesanteur des pressions (avec carotte et bâton, promesses et chantage) qui se sont exercées sur les élus UDF de ce « Sarkoland » pour qu’ils lâchent Bayrou. V enquête en question a été « trappée », comme on dit, sur ordre de la direction. Elle aurait déplu ! Sur une radio, interdiction a été faite à un confrère de rappeler, statistiques à l’appui, que le bilan du ministre en matière de sécurité n’est pas bon. Ça eût dérangé !

IL N’A PLUS BESOIN D’INTERVENIR

Or, comme on ne prête qu’aux riches, on soupçonne systématiquement Sarkozy d’être intervenu. Mais, le plus souvent, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas la peine. Il n’a même pas besoin. Quand Paris Match avait publié un reportage sur les amours new-yorkaises de Cécilia et de son chevalier servant, il avait, effectivement, proclamé à la cantonade qu’il aurait la peau du directeur de la rédaction, Alain Genestar. Mais il en resta là. Mieux il obligea Arnaud Lagardère à attendre plusieurs mois avant de le virer. Au Journal du dimanche, mieux encore : parce qu’il avait appris qu’on s’apprêtait à virer le directeur de la rédaction du journal, soi-disant pour lui complaire, il n’intervint cette fois, après avoir reçu et sans doute retourné le confrère, que pour exiger qu’il reste en place. Il a même tenu à donner son avis sur la journaliste politique que devrait embaucher une radio et sur le directeur que ne devrait pas engager Libération ! Ne prend-il pas un malin plaisir à lancer aux journalistes qui lui font cortège : « je connais très bien votre patron. Je sais ce qui se passe dans votre rédaction. »

On s’interroge donc : outre ses très fortes accointances avec les grands patrons des groupes de médias, est-ce la crainte qu’il suscite, la peur des représailles s’il est élu, qui expliquent cette relative impunité dont bénéficie Sarkozy quand il tient des propos ou prend des initiatives qui, venant de Le Pen ou de Ségolène Royal, provoqueraient une irruption réprobatrice dans le landernau ?

Pourquoi toutes ces angoisses affichées en privé, peut-être excessives, mais qui ne s’expriment jamais en public : cette star de la télévision évoque, en cas de victoire du candidat UMP, « un risque de contrôle quasi totalitaire des médias » ; cette consœur de LCI se dit « terrorisée à l’idée d’une présidence sarkozyste » ; cette journaliste du Figaro, qui connaît bien le candidat, et livre une description effectivement assez dantesque de son caractère. Mais pas question de se dévoiler. Il fait peur. « Ma rupture avec lui, confie Jean-François Probst, ex-secrétaire général adjoint du RPR des Hauts-de-Seine et collaborateur de Charles Pasqua, c’est le gaullisme. Je voulais, j’espérais qu’il serait l’homme de rassemblement. Or, il ne cesse de semer la division. Et j’ai passé l’âge de me laisser impressionner par un Hortefeux hystérique. » Mais les autres ?

LES CONFRÈRES ETRANGERS OSENT, EUX !

Les confrères étrangers, eux, n’ont évidemment pas ces pudeurs. Le correspondant à Paris d’une radio suédoise interroge tout de go : « Sarkozy ne représente-t-il pas un risque de dictature ? » Un journaliste de la télévision croate qui a suivi le candidat dans ses pérégrinations en dresse un portrait, d’ailleurs exagéré, à faire dresser les cheveux sur la tête. Le Süddeutsche Zeitung Munich dépeint « un macho sans scrupule et brutal qui joue avec la peur des gens ». Le Frankfurter Allgemeine Zeitunglui décerne le prix de « l’homme politique le plus ambitieux et plus impitoyable d’Europe qui n’a pas de vraie conviction, mais s’aligne sur l’humeur du peuple ». Le quotidien espagnol El Pais voit en lui un héritier populiste des « régénérationnistes de la droite espagnole de la fin du XIX> siècle ». Le Tageszeitung de Berlin (de gauche, il est vrai) décrit un George Bush tricolore qui veut imposer en France l’idéologie de la droite néoconservatrice américaine. La presse italienne insiste sur sa proximité avec la droite postfasciste de la péninsule (qui s’est, avec Gianfranco Fini, ouverte à la modernité). Si la presse conservatrice britannique identifie volontiers, avec admiration, Sarkozy à Mme Thatcher, la plupart des journaux européens, en particulier scandinaves, l’assimilent plutôt à un aventurier néobonapartiste qui représenterait une grave menace pour la démocratie.

LA PEUR DE LA TRAPPE

En France, en revanche, tout se passe comme si ce type d’analyse était indicible. On n’ose pas. On a peur. De quoi ? Des représailles si Petit César l’emporte ? De la trappe qui s’ouvrira aussitôt ?

Celle qui s’est ouverte, par exemple, sous les pieds de la députée UMP Nadine Morano. Elue de Lorraine, fervente sarkozyste, talentueuse femme de tempérament, n ayant pas froid aux yeux, elle faisait partie de la task force du candidat. Et, soudain, à la trappe ! Officiellement, parce qu’un reportage diffusé sur France 3 lui a attribué un rôle un peu ridicule. Mais il se trouve qu’étant l’une des rares à oser s’adresser avec franchise à son héros elle lui avait fait remarquer que, entouré d’une nuée de courtisans qui passaient leur temps à chanter ses louanges et sa gloire, il était devenu allergique à la moindre remarque critique. Elle s’était en outre inquiétée de sa tendance à s’immerger compulsivement dans les sondages qui lui renvoyaient constamment sa propre image. Résultat : out ! « Cramée », disent les « bonnes camarades » de la pécheresse. Il fait peur.

Eh bien, il est temps de soulever cette chape de plomb. De braver cette conspiration du silence.

CATHERINE NAY ENTRE LES LIGNES

Il y a quelques mois, Guillaume Durand consacrait deux heures de son émission « Esprits libres », au livre plutôt hagiographique de Catherine Nay consacré à Nicolas Sarkozy. Les livres hostiles au candidat UMP, assez nombreux, n’ont jamais eu cette chance. Or la lecture de cet ouvrage, honnête malgré tout, laisse une impression étrange. Certes il est censé vanter les qualités du « grand homme » ; mais, en même temps, et au second degré, il en dresse un portrait psychologique extraordinairement préoccupant : celui d’un homme dont l’unique véritable sujet de préoccupation est lui-même, sa propre saga et sa quête obsessionnelle du pouvoir. L’histoire qui le fascine, c’est la sienne ; de l’humanité, il ne retient que sa part ; son ascension, à quoi se réduit son seul idéal, débouche sur l’arrivée au sommet qui constitue son seul rêve. Il ne lit qu’un livre, celui dont son ambition constitue la trame. N’écoute qu’une seule musique, celle qui lui permet sans répit de chanter son épopée. Aucune ouverture sur une autre perspective que celle dont sa personne dessine l’horizon, sur un autre monde que celui dont il occupe le centre.

Analyse-t-il les changements qui se produisent autour de lui, dans la société ? Non… Mais, sans cesse, il revient sur le seul changement qui l’obsède et rythme ses discours : son propre changement, dont il fait comme un ressort. « C’est vrai, explique-t-il à Catherine Nay, j’étais égoïste, dépourvu de toute humanité, inattentif aux autres, dur, brutal… Mais j’ai changé ! » Sans cesse ensuite, au grand désarroi de ceux qui l’idolâtraient quand il était, à l’en croire, si mauvais, il fera l’aveu de tout ce que lui reprochent ses adversaires pour mieux magnifier l’ampleur des métamorphoses par quoi il se transcende. Quitte à se révéler, à l’usage, plus égotique et plus brutal encore. Au philosophe Michel Onfray il déclare, dans Philosophie Magazine : « Je vais peut-être vous consterner, mais je suis en train de comprendre la gravité des choix que j’ai faits. Jusqu’à présent, je n’avais pas mesuré. »

IL N’A PAS LE DROIT DE LE DIRE

Finalement, le livre de Catherine Nay, bien que non suspect de malveillance, ne révèle-t-il pas une certaine folie et des pulsions autocratiques chez cet homme qu’elle qualifie elle-même de « bonapartiste » ? L hypothèse formulée suscite, aussitôt, une levée de boucliers indignée sur le plateau de l’émission. On n’a pas le droit de dire ça ! Verboten ! Le directeur du Point, Franz-Olivier Giesbert, siffle le hors-jeu. Lequel Giesbert, pourtant, ne se gêne nullement pour déclarer Dominique de Villepin passible de l’asile d’aliénés. Un talentueux éditorialiste de droite convient, en coulisse, qu’il y a « un vrai problème ! ». Halte là ! On n’a pas le droit de dire ça ! C’est tabou !

Pourtant, sur toutes les ondes. Eric Besson, l’ex-responsable socialiste, a pu expliquer que Ségolène Royal, Bécassine dangereusement allumée, déjà comparée par Brice Hortefeux à Pol Pot, au fasciste Doriot et à Staline, représente un mixte du maréchal Pétain et du général Franco.

Concernant Chirac, Villepin, Le Pen ou José Bové, on peut également tout oser. Ce n’est qu’à propos de Nicolas Sarkozy qu’on n’aurait « pas le droit de dire ça ! ». Mais qu’en revanche il serait loisible, comme Paris Match la semaine dernière, de lui consacrer, sur des pages et des pages, des dithyrambes grotesques dignes de Ceausescu, certains journalistes de ce magazine dussent-ils nous avouer qu’ils en auraient « pleuré de honte », mais qu’on ne peut rien contre un ordre d’en haut ! (L’Express a même fait, sur deux pages, ce titre ubuesque : « Sarkozy : il gardera son calme. »)

ET, POURTANT, EN PRIVE, ILS LE DISENT

Tous les journalistes politiques savent, même s’ils s’interdisent (ou si on leur interdit) d’en faire état, qu’au sein même du camp dont Sarkozy se réclame on ne cesse de murmurer, de décliner, de conjuguer. Quoi ? Ça ! Lui confier le pouvoir, c’est, déclara Jacques Chirac à ses proches, « comme organiser une barbecue partie en plein été dans l’Estérel ». Claude Chirac a, elle, lâché cette phrase : « J’aurais préféré Juppé. Lui, au moins, c’est un homme d’Etat. » Le ministre libéral François Goulard ne le dissimule pas : « Son égotisme, son obsession du moi lui tient lieu de pensée. La critique équivaut pour lui à une déclaration de guerre qui ne peut se terminer que par la reddition, l’achat ou la mort l’adversaire. » Sa principale faiblesse ? Son manque total d’humanisme. « Chirac, lui, a le souci des autres, de l’homme. Sarko écrase tout sur son passage. Si les Français savaient vraiment qui il est, il n’y en a pas 5 % qui voteraient pour lui. »

Un des plus importants hiérarques l’UMP, officiellement soutien fervent d candidat (comment faire autrement ?) renchérit : « Sarkozy, c’est le contraire l’apaisement. Chirac, vous verrez, on regrettera. Lui, il n’a jamais eu de mots violents. » « Attention, met en garde le minis de l’Agriculture, Dominique Bussereau, on va très vite à la révolte aujourd’hui. « La France, c’est du cristal », dit, inquiet Jean-Pierre Raffarin.

Dominique de Villepin a mis sa langue dans sa poche. Il n’en pense pas moins… que Sarko « a loupé sa cristallisation » ; que « sa violence intérieure, son déséquilibre personnel, l’empêchent d’atteindre à hauteur de la présidence ». Les chiraquiens du premier cercle, Henri Cuq (ministre délégué aux Relations avec le Parlement) ou Jérôme Monod, le conseiller, ne veulent pas déroger à la consigne du silence. Mais, en petit comité, les mêmes mots reviennent : « Ce garçon n’est pas mûr. Il n’est pas fini. Il a un compte à régler avec la vie qui le pousse à créer de l’affrontement partout, et non à rassembler. » D’autres brodent « C’est un enfant qui n’atteindra jamais l’âge adulte. » A quoi Roselyne Bachelot réplique : « Mais tous les hommes sont immatures ! » On ne parle plus, on n’ose plus parler, comme hier – du moins tout fort -, de « malfrat » ou de « petit voyou » (pourtant, ce qu’on l’a entendu !). Mais, dans les coulisses de l’Elysée, on laisse simplement tomber : « On fait confiance au peuple français ! » Et, justement, il y a encore trois semaines, on se communiquait, en jubilant, les sondages qui indiquaient une montée en puissance de François Bayrou. Non point qu’on l’aime, celui-là, ce « démocrate-chrétien jésuitique » mais, enfin, on ne va pas « laisser la France tomber entre les mains de Catilina », dangereux aventurier populiste romain dénoncé par Cicéron.

COMME UNE BANDE DES « CITES »

Un député UMP spécialiste des problèmes juridiques, eut le malheur de s’opposer au ministre de l’Intérieur à propos des « peines plancher ». Il est, et reste, sarkozyste. Pourtant, il fait part de son effarement. Cette simple prise de distance lui valut d’être désigné du doigt, menacé de représailles, ostracisé parle clan avec une violence « digne d’une bande des cités ». C’est d’ailleurs un ex-haut responsable du RPR qui raconte : « En septembre 1994, aux journées parlementaires de Colmar, alors que Balladur était donné gagnant par tous les sondages, on eut affaire à la garde rapprochée de Sarkozy.

Elle respirait l’arrogance, elle y allait de toutes les menaces. On disait aux députés restés fidèles à Chirac qu’il allait « leur en cuire » »L’ancien vice-président du RPR des Hauts-de-Seine Jean-François Probst confirme : « Sarkozy croit toujours, comme en 1995, qu’il peut intimider les gens. Quand je l’ai rencontré, dans les années 80, il avait déjà ses qualités – énergie, ténacité -, et ses défauts, dont j’imaginais qu’il les corrigerait. Je pensais, notamment, qu’il comblerait son inculture. Bernique ! Il n’a fait que courir d’une lumière l’autre. Il est fasciné par ce qui brille, les nouveaux riches, le show off, les copains à gourmettes même s’ils trichotent avec les règles communes, Tom Cruise qu’il reçoit à Bercy, ébloui, et fait raccompagner en vaporetto. »

Bien sûr, si les chiraquiens maintenus, les derniers villepinistes, les ultimes vrais gaullistes, quelques libéraux ou ex-centristes ralliés à l’UMP confient, à qui veut les entendre (mais les journalistes qui les entendent n’en rapportent rien), que l’hypothèse d’une présidence Sarkozy les terrifie ; qu’il y a « de la graine de dictateur chez cet homme-là » ; que, constamment, « il pète les plombs », de très nombreux élus UMP, les plus nombreux, sont devenus des groupies enthousiastes de l’homme qui seul peut les faire gagner et dont personne ne nie les formidables qualités de battant. Et le courage. Mais même eux n’étouffent pas totalement leur inquiétude et soulignent volontiers sa violence. « Oui, c’est vrai, reconnaît l’un d’eux, il antagonise, il clive, il joue les uns contre les autres avec la plus extrême cruauté. » « Il n’est vraiment totalement humain, confie un autre, que quand il s’agit de lui-même. » « Il a un problème de nerfs, de paranoïa, admettent-ils tous, mais il s’arrange, il mûrit, il se densifie. » Voire…

UN LOURD SECRET

Donc, il y aurait, s’agissant du caractère de Sarkozy et de son rapport à la démocratie, comme un lourd secret qui, au mieux, préoccupe ses amis, au pis, angoisse ou affole ceux qui savent, un terrible non-dit dont bruissent les milieux politico-journalistiques, mais que les médias s’interdisent, ou se voient interdire, de dévoiler. Il fait peur ! La gauche elle-même participe de cette occultation. Sans doute s’attaque-t-elle à Sarkozy, parfois même avec outrance et mauvaise foi. Mais que lui reproche-t-elle ? D’être de droite, ou même, stigmatisation suprême, une sorte de « néoconservateur américain à passeport français », comme le clamait Eric Besson avant de retourner sa veste. Est-ce un crime ? La diabolisation de la différence est aussi contestable venant d’un bord que de l’autre. Le débat démocratique implique qu’il y ait une gauche, un centre, une droite, cette dernière n’étant pas moins légitime que ses concurrents. De même qu’une partie de l’opinion reproche au PS d’avoir trahi l’idéal socialiste ; de même une autre partie, importante, estime que Jacques Chirac a blousé son électorat en menant une vague politique de « centre gauche » et exige un fort coup de barre à droite.

C’est cette aspiration « à droite toute » que Sarkozy incarne avec énergie et talent. Le combattre n’exige nullement qu’on criminalise a priori cette incarnation.

IL EST DE DROITE, ET APRES ?

Oui, Sarkozy, en son tréfonds – et même si on l’a convaincu de ne plus rien en laisser paraître -, est « atlantiste » et entend rompre avec la politique gaulliste d’« orgueilleuse » prise de distance à l’égard des Etats-Unis. Oui, il se réclama de George Bush à l’époque où celui-ci triomphait ; oui, il est le candidat quasi unanimement soutenu par le CAC 40, le pouvoir financier et la très haute bourgeoisie ; oui, ses convictions en matière économique et sociale en font plus le disciple de Mme Thatcher que de Philippe Séguin ; oui, il se sent beaucoup plus proche du modèle néolibéral anglo-saxon que du modèle français mixte tel que l’ont façonné les gaullistes, les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens. Le publicitaire Thierry Saussez, qui lui est tout acquis, explique que « sa manière de faire de la politique renvoie à ce que les patrons et les salariés vivent dans leurs entreprises ». Tout est business.

Mais, finalement, en tout cela, il ne se distingue guère des droites européennes qui, comme lui, veulent démanteler l’Etat providence et approuvèrent la guerre de George Bush en Irak.

Au demeurant, son pragmatisme, son cynisme même, son « populisme » de tonalité bonapartiste, son intelligence instinctive, ne permettent nullement de le décrire en ultralibéral ou en idéologue illuminé. Enfin, même si sa proximité avec la droite néofranquiste espagnole ou berlusconienne italienne n’en fait effectivement pas un « modéré », loin de là, et même si la rhétorique agressivement extrémiste qu’il déroule, depuis quelques semaines, le déporte loin du centre, le qualifier de « facho » ou de « raciste », comme s’y risque l’extrême gauche, est une stupidité.

Pourquoi faudrait-il (à condition de ne pas abuser des camouflages logomachiques comme le fait le champion UMP quand il cite jean Jaurès ou multiplie les envolées « ouvriéristes ») que se situer à droite constitue, en soi, un délit ? On accuse également Sarkozy, ici de soutenir « l’Église de Scientologie », et là d’avoir promis à Chirac une amnistie contre son soutien. Mais il n’existe aucune preuve. Donc, on ne retient pas.

CETTE VERITE INTERDITE

Le problème Sarkozy, vérité interdite, est ailleurs. Ce que même la gauche étouffe, pour rester sagement confinée dans la confortable bipolarité d’un débat hémiplégique, c’est ce constat indicible : cet homme, quelque part, est fou ! Et aussi fragile. Et la nature même de sa folie est de celle qui servit de carburant, dans le passé, à bien des apprentis dictateurs.

Oh, évidemment, cela se murmure, au point même de faire déjà, au sein de la couche supérieure de la France qui sait, et au fond des souterrains de la France qui s’en doute, un boucan d’enfer. Les médiateurs savent, les décideurs le pressentent. Mais les uns et les autres ont comme signé un engagement : on ne doit pas, on ne doit sous aucun prétexte, le dire.

Etrange atmosphère que celle qui fait que, dans cette campagne électorale, ce qui se dit obsède peu, mais ce qui obsède énormément ne se dit pas ; que ce dont on parle au sein des médias et chez les politiques, les médias, précisément, et les politiques n’en parlent pas !

« Fou », entendons-nous : cela ne rature ni l’intelligence, ni l’intuition, ni l’énergie, ni les talents du personnage. « Fou » au sens, où, peut-être, de considérables personnages historiques le furent ou le sont, pour le meilleur mais, le plus souvent, pour le pire. Ecoutons ce que nous confie ce député UMP, issu de l’UDF, officiellement intégré à la meute « de Sarkozy » : « On dit qu’il est narcissique, égotiste. Les mots sont faibles.

Jamais je n’ai rencontré une telle capacité à effacer spontanément du paysage tout, absolument tout, ce qui ne renvoie pas à lui-même. Sarko est une sorte d’aveugle au monde extérieur dont le seul regard possible serait tourné vers son monde intérieur Il se voit, il se voit même constamment, mais il ne voit plus que ça. »

PLUS FORT QUE LUI…

Au fond, où est le mystère ? Sarkozy, c’est peut-être une qualité, est transparent. Aux autres et à lui-même. Moins il regarde, plus il se montre, s’affiche, se livre. D’autant, comme le reconnaît un publicitaire qui a travaillé pour lui, qu’il ne sait pas se réfréner, se contraindre. « Il est tellement fort, ajoute-t-il drôlement, qu’il est plus fort que lui. » La raison ne parvient jamais à censurer son tempérament. Prompt à interdire, il ne sait pas s’interdire. Quelque chose en lui, d’irrépressible, toujours, l’entraîne au-delà. « Sur un vélo, rapporte Michel Drucker qui a souvent pédalé à ses côtés, même quand il s’agit d’une promenade, il se défonce comme s’il devait constamment battre un record. »

Tous ses proches emploient spontanément la même expression : « Il ne peut pas s’empêcher » Par exemple, de dire du mal de Chirac, même quand la prudence exigerait qu’il s’en abstienne. Ainsi, en 1994, cette salve : « L’électroencéphalogramme de la Chiraquie est plat. Ce n’est plus l’Hôtel de Ville, c’est l’antichambre de la morgue. Chirac est mort, il ne manque plus que les trois dernières pelletées de terre. » Il ne peut pas s’empêcher, non plus, de se livrer à un jubilatoire jeu de massacre en direction de ceux, de son propre camp, qui ne sont pas de sa bande ou de sa tribu. « Jamais, peut-être, un leader politique n’avait aussi systématiquement pris son pied- dixit une de ses victimes au sein de l’UMP-à assassiner, les unes après les autres, les personnalités de son propre camp pour, après le carnage, rester seul entouré de ses chaouches. »

Après la défaite de 1995, ne s’est-il pas livré, dans le journal les Echos, sous pseudonyme, à une descente en flammes de ses propres comparses : François Fillon ? « Un nul qui n’a aucune idée. » Michel Barnier ? « Le vide fait homme. » Philippe Douste-Blazy ? « La lâcheté faite politicien. » Alain Juppé ? « Un dogmatique rigide. Fabius en pire. » Quant à Villepin, il s’est plu, si l’on en croit Franz-Olivier Giesbert, à lui promettre de finir « pendu au croc d’un boucher ». Vis-à-vis des autres, fussent-ils des amis politiques, aucune tendresse ! Jamais !

IL SUFFIT DE L’ÉCOUTER

Sarkozy, il suffit, au demeurant, de le lire ou de l’écouter. De quoi parle-t-il ? De lui. Toujours. Compulsivement. Psychanalytiquement. Que raconte-t-il ? Lui ! Qui prend-il comme témoin ? Lui ! Qui donne-t-il en exemple ? Lui ! Il est, jusqu’au délire parfois, sa propre préférence. Jamais hors « je ». Ce « je » qui, à l’entendre, est forcément « le seul qui », « le premier à », « l’unique capable de », « le meilleur pour ». Comme si l’univers tout entier était devenu un miroir qui ne lui renvoie plus que son reflet, quitte à entretenir constamment chez lui l’angoisse que le miroir lui dise un jour, comme à la marâtre de Blanche Neige, qu’il n est « plus la plus belle ».

C’est pourquoi, d’ailleurs – et même ses proches s’en effarent-, il vit constamment immergé dans les enquêtes d’opinion, qui, plusieurs fois par jour, ont pour objet de le rassurer sur l’évolution de son image. Un argument ne passe pas ? On y renonce. Un mot fait tilt ? On le répète à satiété. Une peur s’exprime ? On la caresse dans le sens du poil. Le public veut des expressions de gauche ? On lui en servira. Une musique d’extrême droite ? On la lui jouera. Il a même été jusqu’à faire l’éloge de la violence sociale… des marins pêcheurs.

Il commande tellement de sondages qu’il est devenu le meilleur client de certains instituts, qui, du coup, ont quelques scrupules à ne pas satisfaire son contentement de soi. Il a même réussi à inspirer à l’Ifop des sondages, publiés dans le Figaro, dont les questions quasiment rédigées par son entourage (sur l’affaire de Cachan ou la polémique avec les juges) ne permettaient pas d’autres réponses que celles qui le plébiscitaient.

IL EST « LE SEUL QUI… »

Etrangement, si, constamment confronté à son reflet, il ne cesse d’intervenir pour en corriger les ombres, sa capacité d’écoute (ou de lecture) est extrêmement faible. Invite-t-il des intellectuels médiatiques à déjeuner au ministère de l’Intérieur que l’un d’eux, Pascal Bruckner (qui pourtant le soutient), explique que, loin de s’imprégner de leurs analyses, il a pratiquement parlé tout seul. Reçue par lui, la démographe Michèle Tribalat lui écrit « J’ai pu apprécier votre conception du débat. Vous n’imaginez pas qu’un autre point de vue (que le vôtre) présente un quelconque intérêt. » D’ailleurs, il refuse les débats. Lors de ses prestations télévisées, on s’arrange pour qu’il n’ait jamais de vrais contradicteurs pouvant exercer un droit de suite. Le plus souvent, il choisit, d’ailleurs, lui-même les autres intervenants.

Cette abyssale hypertrophie du moi, à l’évidence, entretient chez Sarkozy cette hargne de conquête, de contrôle, cette boulimie de pouvoir exclusif, le conduit à éradiquer toutes les concurrences potentielles et à neutraliser, à étouffer contestations et critiques. Il suffit, d’ailleurs, de l’écouter, mais aussi de le regarder « être » et « faire ». Jamais il ne se résout à n’être qu’un membre, fût-ce le premier, d’un collectif. Forcément l’unique, le soleil autour duquel tournent des affidés. D’où sa prédilection pour un entourage de groupies de grandes qualités et de grands talents, à la vie à la mort, « une garde rapprochée » comme on dit, mais aussi de porte-serviettes et de porte-flingues, de personnages troubles encombrés de casseroles et de transfuges. Avec eux, peu de risques !

DOUBLE DISCOURS

Il y a, chez Sarkozy, une incroyable dichotomie du discours (ou plutôt du double discours). Seul peut l’expliquer le fait que le rapport à lui-même est, chez lui, à ce point central que cette centralité de l’ego épuise en elle-même, et donc en lui-même, toute contradiction. Ainsi, au lendemain de ses brutales tentatives de criminalisation de ses concurrents, Bayrou l’ayant épinglé sur l’affaire du déterminisme génétique, il déclare benoîtement « Un candidat devrait s’abstenir de toute attaque contre ses adversaires ! » Le jour même où il décide de jouer à fond, contre les candidats qui lui sont opposés – et avec quelle violence ! -, la stratégie guerrière de l’affrontement manichéen, il présente un opuscule dans lequel il explique (sous la rubrique « J’ai changé ») qu’il eut, certes, sa phase brutale, mais qu’il est désormais totalement zen et apaisé. Azouz Begag, dans son récit, rapporte que, lorsqu’il osa critiquer l’emploi du mot « racaille », le ministre de l’Intérieur hurla qu’il s’agissait d’un scandaleux manque de solidarité gouvernementale, qu’il était inconcevable qu’un ministre critique un collègue. Or, depuis des mois, il avait lui-même déclenché un tir nourri contre Chirac et Villepin, son président de la République et son Premier ministre.

D’une façon générale, il en appelle volontiers à une solidarité sans faille des siens, tout son camp devant se mettre à sa disposition, mais, pendant la crise du CPE, alors qu’il avait lui-même, le premier, préconisé ce type de contrat de travail, non seulement il en pointa soudain l’inanité et exigea son retrait, mais, en outre, il incita l’un des leaders de la révolte estudiantine à « tenir bon ». Il s’agissait, évidemment, d’achever Villepin.

COMME ON ASSASSINE TOUS LES CONCURRENTS…

A entendre les chiraquiens, même ceux qui se sont ralliés à son panache, c’est lui, Sarkozy, qui, ministre du Budget de Balladur, lança la justice sur la piste du scandale des HLM de Paris après que, dans l’espoir d’un étouffement, l’industriel Poullain, le patron d’une société de revêtement, e emmené le dossier à son lieutenant, Brice Hortefeux. Objectif ? Abattre Chirac ! C’est lui encore, prétendent-ils, qui aurait fait révéler, au Canard enchaîné, l’affaire d l’appartement d’Hervé Gaymard, en qui voyait un adversaire.

C’est lui encore q fit distiller, dans la presse, de quoi faire continuellement rebondir le feuilleton du scandale Clearstream transformé e machine à broyer et achever Dominique de Villepin. Quand, dans un grand meeting parisien, il lança que la victoire d oui au référendum européen permettrait de sortir, enfin, du modèle social fiançai n’était-il pas conscient qu’il favorisait de sorte le camp du non et, par voie de conséquence, plombait le pauvre Jean-Pierre Raffarin ? Autrement dit, soyez avec moi qui ai profité de toutes les occasions pour être contre vous. En fait Sarkozy vit ses contradictions comme une cohérente unicité de parcours dès lors que c’est lui, l’unique, le point central, qui porte et justifie cette cohérence. Ainsi, lorsqu’il accuse ses concurrents, de gauche ou centristes, d’être les candidats de la fraude, de la voyoucratie et de la dégénérescence morale, c’est le jour où Tapie, l’un des rares affairistes qui lui manquait encore, se rallie à lui.

FAILLITE MORALE, DIT-IL

Quelle capacité d’auto-amnistie cela révèle !

Car, enfin, se faire, fût-ce en partie, offrir un luxueux appartement aménagé par le promoteur qu’on a systématiquement favorisé en tant que maire, et dans l’espace dont on a, toujours comme maire, financé l’aménagement, est-ce un exemple d’attitude hautement morale ? Permettre, après qu’on fut devenu ministre, à son ancien cabinet d’avocats, en partie spécialisé dans les expulsions de locataires après vente à la découpe, de continuer à porter son nom – société Arnault Claude Nicolas Sarkozy-, ce qui s’avère d’autant plus intéressant qu’on continue à détenir un gros paquet d’actions et à toucher des dividendes -, est-ce le modèle même du comportement impitoyablement moral ? Publier un livre consacré à l’ancien ministre Georges Mandel qui se révèle, pour partie au moins, être un plagiat coupé-collé de la thèse universitaire de Bertrand Favreau, certaines erreurs comprises, est-ce la quintessence du moralisme intégral ?

Est-ce une moralité sans faille qui permit à Thierry Gaubert d’organiser son vaste système de gestion arnaqueuse du 1 % logement dans les Hauts-de-Seine à l’ombre des réseaux sarkozystes dont il fut, un temps, l’un des principaux rouages ? Est-ce sous le drapeau de la moralité qu’on envoya de gros clients très évasifs au banquier suisse Jacques Heyer qui, d’ailleurs, consuma leur fortune (celle de Didier Schuller en particulier) ? Les rapports d’affaires (ou de tentatives d’affaires) avec l’intermédiaire saoudien Takieddine étaient-ils placés sous le signe de l’intégrisme moral ? Le soutien constant apporté aux intérêts du groupe Barrière dans les casinos et les machines à sous ne fut-il dicté que par des considérations moralistes ? Pourquoi, enfin, avoir promis de rendre public son patrimoine et être le seul à s’en être abstenu ?

UN SYSTEME CLANIQUE

Sarkozy n’est pas du tout un malhonnête homme. Simplement il est, fût-ce à son corps défendant, le pur produit d’un système, celui du RPR des Hauts-de-Seine, dont Florence d’Harcourt, l’ex-députée gaulliste de Neuilly, a crûment décrit l’irrépressible mafiosisation, renforcée par le déferlement des flux financiers immobiliers générés par le développement du quartier de la Défense, dont Sarkozy tint d’ailleurs à présider l’établissement public.

Son suppléant, en tant que parlementaire, fut d’ailleurs le maire de Puteaux, Charles Ceccaldi-Raynaud, puis sa fille qui, bien qu’adjointe à la mairie de Puteaux, bénéficia en même temps d’un emploi fictif à la mairie de Neuilly. Quand Sarkozy voulu récupérer son siège de député, hop ! , on la nomma au Conseil économique et social. Devenu, à tort ou à raison, le symbole d’une certaine « ripouïsation » d’un demi-monde de politiciens locaux, Ceccaldi-Raynaud, petit dirigeant socialiste en Algérie française, dû regagner précipitamment la métropole à la suite des graves accusations dont il était l’objet, y compris d’avoir toléré des mauvais traitements dans un camp de prisonniers dont il était responsable. En France, élu de la gauche SFIO à Puteaux, il passa à droite et, lors de l’une de ses premières campagnes électorales, ses gros bras tuèrent un militant socialiste et en blessèrent d’autres.

Ensuite, il traîna derrière lui tellement de casseroles (dernière affaire : il est mis en examen dans une affaire de marché truqué de chauffage urbain) qu’il devint une sorte de mythe. Sarkozy, ce qui plaide peut-être en faveur de son sens de la fidélité, ne l’a jamais lâché, même quand, ministre des Finances, il aurait pu ou dû. Quand la fille Ceccaldi-Raynaud, députée-maire à son tour, mécontente des critiques d’un journaliste blogueur, laisse publier sur le site de la mairie une lettre laissant supposer une inclinaison infamante, Sarkozy ne moufte toujours pas. Il resta pareillement fidèle à son grand ami le député-maire de Levallois Patrick Balkany.

Quand ce dernier, archétype lui aussi du roi de la magouille affairisto-municipale, employeur à son seul profit du personnel de la mairie, accablé par la justice et accusé, en prime, de se livrer à des fellations sur menace de revolver, écarté du RPR, est défié par un gaulliste clean, Olivier de Chazeaux, qui soutint Sarkozy ? Patrick Balkany. C’est-à-dire le délinquant. Notons que les Levalloisiens, par suite d’une gestion que soutient Sarkozy, supportent une dette de 4 000 à 6 000 € par habitant. C’est, d’ailleurs, le cabinet d’avocats Sarkozy qui défend, en autres, la mairie de Levallois, laquelle accumule les contentieux.

QUI SONT SES SOUTIENS ?

Faut-il rappeler que ses principaux et premiers supporteurs dans le monde politique ne furent et ne sont pas spécialement vêtus de probité candide Alain Carignon, Gérard Longuet, Thierry Mariani, Manuel Aeschlimann (150 procédures, 600 000 € de frais d’avocats par an) et même Christian Estrosi n’ont pas précisément défrayé la chronique à cause de la blancheur immaculée de leur curriculum vitae. Il paraît même que Pierre Bédier en pince désormais pour lui.

Quant à son fan-club, qui prétendra qu’il n’est constitué que de parangons de vertu : Doc Gyneco, chargé comme un sherpa, Johnny Hallyday qui répudie la France pour ne plus payer d’impôts, comme Jean-Michel Goudard, l’un de ses principaux conseillers en communication, Antoine Zacharias, le Napoléon des stock-options ?

Certes, à l’image de Simone Veil ou de l’écrivain Yasmina Reza, de très nombreuses personnalités de grande qualité, représentant tous les milieux et toutes les professions, soutiennent également Sarkozy, y compris certaines en provenance d’une haute intelligentsia réputée de gauche, mais droitisée par leur soutien à la guerre d’Irak. Reste que le profil de ses partisans les plus enthousiastes et les plus engagés, y compris les plus faisandés des ex-petits marquis mitterrandolâtres, ne font pas nécessairement de Sarkozy (dont il n’est pas question de mettre en doute l’intégrité ou l’allergie à la déviance) le mieux placé pour dépeindre l’ensemble de ses adversaires en défenseurs de la fraude, de la délinquance et de la décadence morale.

« L’IDENTITÉ NATIONALE », PARLONS-EN…

Est-il, en revanche, fondé à se proclamer seul défenseur de « l’identité nationale » ? Mais qui se déclarait « fier d’être surnommé Sarkozy l’Américain » ?

Qui affirma, aux Etats-Unis, qu’il s sentait souvent « un étranger dans son propre pays » ?

Qui regretta que la France ait bran son droit de veto pour s’opposer à la guerre d’Irak ?

Qui stigmatisa, depuis l’Amérique « l’arrogance » dont aurait fait preuve Dominique de Villepin lors de son fameux discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU ?

Qui, avant de confier au chiracoséguiniste Henri Guaino le soin de rédiger ses interventions, opposa sans cesse le ringardisme du « modèle français » à la modernité du modèle anglo-saxon ?

Nicolas Sarkozy pourrait d’ailleurs largement figurer dans la rubrique « Ils ont osé le dire », tant ses propos, depuis quinze ans, illustrent éloquemment tout ce qui précède, c’est-à-dire une dichotomie rhétorique qui se cristallise dans l’unicité de son exaltation du moi !

Citons, presque au hasard : « Il y en a combien qui peuvent se permettre d’aller à La Courneuve ? Je suis le seul [toujours le seul !] à être toléré dans ces quartiers. Je suis le seul ! » « J’irai systématiquement, toutes les semaines, dans les quartiers les plus difficiles et j y resterai le temps nécessaire » (2005).

« Kärcher en septembre, 200 000 adhérents [à l’UMP] en novembre. » « Racaille, le vocable était sans doute un peu faible. »

« Vous savez pourquoi je suis tellement populaire ? Parce que je parle comme les gens » (avril 2004).

« Maintenant, dans les réunions publiques, c’est moi qui fais les questions et les réponses et, à la sortie, les gens ont l’impression qu’on s’est vraiment parlé » (le Figaro, mai 2005).

« Les gens qui habitent Neuilly sont ceux qui se sont battus pour prendre plus de responsabilités, pour travailler plus que les autres. »

« Si je ne faisais pas attention, tous les jours je serais à la télévision jusqu’à ce que les téléspectateurs en aient la nausée » (1995).

« Le rôle du politique est de tout faire pour ne pas exacerber les tensions. Plus la société est fragile, moins le discours doit être brutal. La meilleure façon de faire avancer la société, c’est de la rassurer, non de l’inquiéter La réforme doit être comprise comme un ciment, non comme une rupture » (juillet 2006 dans Témoignages).

« Je n’aime pas étaler ce qui, finalement, appartient à ma vie privée. »

« La France souffre de l’égalitarisme et d’un état de nivellement. »

« Dans un monde où la déloyauté est la règle, vous me permettrez d’afficher, de manière peut-être provocante, ma loyauté envers Jacques Chirac » (juin 1992).

« Je refuse tout ce qui est artifice pour façonner à tout prix une image, les photos avec femme et enfants, la success-story, vouloir se faire aimer, poser en tenue décontractée. »

On nous dira, ensuite : il faut lui faire confiance, il faut le croire. Mais où est le filet de sécurité ?

LE VRAI DANGER

On évoque obsessionnellement le danger Le Pen. Il existe un risque, en effet. Un terrible risque que, comme en 2002, le leader de l’extrême droite déjoue tout les pronostics et porte ainsi un nouveau coup à notre système démocratique. Mais tout le monde sait que Le Pen, lui, ne sera pas élu président de la République. Heureusement, il ne dispose, lui, contrairement à son adversaire – concurrent de droite (à l’égard duquel il fait preuve d’une certaine indulgence), ni du pouvoir médiatique, ni du pouvoir économique, ni du pouvoir financier. Pouvoirs qui, en revanche, si Sarkozy était élu – et il peut l’être -, ainsi que le pouvoir policier et militaire, seraient concentrés, en même temps que les pouvoirs exécutif et législatif, entre les mêmes mains, lesquelles disposeront, en outre, d’une majorité au Conseil constitutionnel, au CSA et au sein de la plupart des institutions du pays.

Hier, le journal la Tribune trappait un sondage parce qu’il n’était pas favorable à Sarkozy ; une publicité pour Télérama était interdite dans le métro parce qu’elle était ironique à l’égard de Sarkozy ; un livre était envoyé au rebut, le patron d’un grand magazine également, parce qu’ils avaient importuné Sarkozy ; Yannick Noah était censuré, parce que ses propos déplaisaient à Sarkozy. Aucun journal, fût-il officiellement de gauche, n’a échappé aux efficaces pressions de Sarkozy.

Voter Sarkozy n’est pas un crime. C’est même un droit. Nous ne dirons pas, nous, que ce candidat représente la fraude, la délinquance, l’anti-France et la faillite morale.

Nous voudrions simplement qu’on se souvienne plus tard – quitte, ensuite, à nous en demander compte – que nous avons écrit qu’il représente pour la conception que nous nous faisons de la démocratie et de la République un formidable danger.

S’il est élu, nous savons que nous pourrions en payer le prix. Nous l’acceptons !

14 au 20 avril 2007 / Marianne

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Collectif Bellaciao

Voir enfin l’excellente analyse de Resiliencetv:

Barclays Capital a établi, à l’attention de ses clients, un “indice du libéralisme des candidats” (Le Figaro). Sarkozy obtient +1,6 et Royal, -1,8 sur une échelle qui va de -4 à +4 (pour le moins libéral au plus libéral).

Qui a peur de Nicolas Sarkozy?

Par Nicolas de Pape le 20/04/2007

Rarement un candidat à la Présidentielle française aura suscité autant de peur voire de haine. Comparé tour à tour à Le Pen puis au régime de Vichy (“Sarkozy parle désormais comme Maurras”, Edwy Plenel; “Sarkozy a des accents vichystes”, Jean-Jacques Jespers), taxé de “néo-conservateur américain au passeport français” (argument de campagne du Parti socialiste), de “danger public” (Michel Rocard), d’“ultra-libéral” et, plus récemment, d’“eugéniste” suite à ses déclarations sur le caractère inné de la pédophilie, Nicolas Sarkozy fait l’objet d’une diabolisation dont l’outrance se partage au ridicule. Car comment cet homme pourrait-il incarner tous ces courants à la fois? Parmi le Club des Diaboliques, ni Bush Junior, ni Benoît XVI, ni Berlusconi, ni Blair, ni Aznar n’ont subi à ce point les amalgames.

Le monde intellectuel et artistique l’abhorre littéralement, à quelques exceptions près. Dans le monde politique, la Chiraquie et une partie insoupçonnable de l’UMP souhaitent sa perte; à gauche, à l’exception de Bernard Tapie et Claude Allègre (qui se tâte), Sarkozy est le diable incarné. Mis à part TF1, Le Figaro et Le Point, la presse française dans son ensemble lui est défavorable. Marianne, Libération, Le Canard Enchaîné (et Le Soir de Bruxelles) ont choisi leur camp.

Face à une campagne qu’on peut raisonnablement qualifier d’injuste, le couple Sarkozy, très astucieusement, ne cesse de rappeler ces derniers temps ses origines étrangères. Métèque parfait, Nicolas Sarkozy descend d’aristocrates magyars et de Grecs de Salonique, mi-chrétiens, mi-juifs. Petite fille du grand compositeur espagnol Isaac Albeniz, Cécilia Sarkozy a assuré très récemment “n’avoir aucune goutte de sang français”. Le peu d’insistance de Nicolas Sarkozy à parler de ses lointaines origines juives est déjà symptomatique d’un certain climat (duquel participe mêmement Dominique Strauss-Kahn qui ne mentionne jamais sa judéité): un “sang-mêlé” à la Présidence de la République, cela sonne mieux et est plus populaire qu’un israélite, même très dilué.

On peut se demander d’ailleurs pourquoi Nicolas Sarkozy est allé serrer la main de Bush (eût-il serré celle de Ahmadinejad, qu’il n’eût certainement pas suscité une telle réaction, mais la main de Bush Junior, imaginez?) et pourquoi il s’affiche régulièrement “libéral”, (un mot qu’il vaut mieux ne pas prononcer en France depuis deux siècles) puisqu’en définitive, il est loin d’être fan de Bush ou du libéralisme orthodoxe.

Quoi qu’il en soit, qui eût pu croire que l’homme affable des années 2000-2002, à l’origine de la création du CFCM (Conseil français du Culte musulman), ami des musulmans, catholique assumé, chrétien de cœur; que le frêle chef de cabinet d’Edouard Balladur concentrerait ainsi toutes les rancoeurs de la Bienpensance?

Les banlieues sont certes passées par là. Interdit, par deux fois, de Matignon par un Chirac d’abord fan des raffarinades puis thuriféraire des alexandrins du poète Galouzeau de Villepin, Nicolas Sarkozy a accepté, après Bercy (le ministère des Finances), la lourde tâche de l’Intérieur. L’avenir proche dira si la posture de chef d’Etat qu’il y recherchait aura été le bon choix. Sarkozy se plaît à rappeler que trois semaines d’insurrection n’ont tué personne, ni côté incendiaires, ni côté forces de l’ordre.

Toujours est-il qu’il a suffi de deux mots lancés à la cantonade (la “racaille” en réponse à une malheureuse habitante des cités, et le fameux “kärcher”) pour que, de malentendus en procès d’intention soigneusement entretenus, l’énarque [?] de centre droit se transforme en incarnation du retour de la Bête immonde. Ces deux mots, excessifs, prêtant à l’amalgame certes et qu’on déplore d’entendre de la bouche d’un ministre de la République, s’adressaient évidemment à une frange minoritaire des banlieusards: ceux qui, de trafic de drogue en viol, hold-up et déprédations de toutes sortes, ont mis la main sur les “territoires perdus de la République” et font subir aux habitants des cités un enfer. Les éditorialistes de la Rive Gauche n’ont d’ailleurs qu’un vécu limité des affres de personnes âgées traitées de tous les noms d’oiseaux à l’entrée de leur immeuble, parfois rénové, souvent saccagé. A telle enseigne qu’on évalue à 40% le vote des banlieues en faveur de Sarkozy.

Certes, l’homme est plus qu’ambitieux. Depuis l’âge de 23 ans, l’Elysée est son obsession. Son sens de l’électeur, depuis qu’il a ravi la mairie de Neuilly à Charles Pasqua, est légendaire. Sa fin de campagne charrie malheureusement une démagogie évidente (sport nécessaire pour atteindre la majorité plus une voix). Son projet est teinté parfois d’une grande naïveté (comment croire que la syndicratie, notamment enseignante, le laissera faire? Comment croire que les 30% de Français qui touchent 80% des retraites vont se laisser ainsi dépouiller? Pense-t-il que la RATP et autre RATM, SNCF, camionneurs, enseignants, trotskystes de tous acabits vont laisser la France réussir le pari de la prospérité?). Certes, en outre, les grands fondamentaux économiques paraissent bien absents de son programme comme celui des autres candidats (on évalue à 60 milliards d’euros l’ensemble de ses promesses). Enfin, le couplage de l’identité nationale et de l’immigration est glissant et ne lui assurera peut-être pas les quelques pourcents nécessaires pris à la droite extrême, pour l’emporter.

Mais les accents de son programme de gouvernement méritent le détour. Paradoxalement, ils ne pourraient, sauf exceptions, que déplaire à… la gauche anglaise tellement ils sont sociaux, peu libéraux, colbertistes; de gauche en somme. Alors que les bookmakers anglais le placent à 3 contre 1 prochain Président, Barclays Capital a établi, à l’attention de ses clients, un “indice du libéralisme des candidats” (Le Figaro). Sarkozy obtient +1,6 et Royal, -1,8 sur une échelle qui va de -4 à +4 (pour le moins libéral au plus libéral).

Que propose en effet cet “ultra-libéral” mâtiné de Pétain?

1. Mettre fin à l’impuissance publique. Adepte d’une politique “volontariste” quasi-keynésienne, Sarkozy croit “à un Etat fort, qui fait des choix, mène des politiques, et plus que tout, poursuit l’intérêt général, l’intérêt de notre nation”. Il évaluera le travail de ses ministres. Et augmentera le salaire des fonctionnaires;

2. “Associer les Français aux réformes” en s’appuyant “fortement sur le dialogue social”;

3. Une démocratie irréprochable. Sarkozy entend garantir la transparence des nominations des grands commis de l’Etat, le non-cumul des mandats, le renforcement du rôle du Parlement, la maîtrise des finances publiques, l’indépendance rigoureuse de la Justice et une meilleure défense des innocents présumés (Outreau);

4. Pour vaincre le chômage, il prône une nouvelle fois un Etat fort enveloppé de mesures aux accents libéraux comme la suppression des 35 heures, la défiscalisation des heures supplémentaires et la fusion des agences de l’emploi. Mais il reprend vite des accents gaulois en plaidant pour des investissements massifs dans la formation et la recherche, et le maintien du tissu industriel français tout en assurant son soutien à l’agriculture subventionnée. Il rompt avec l’indépendance de la Banque centrale européenne souhaitant que l’euro devienne un “outil de croissance”. Il réhabilite certes la valeur travail (révolution copernicienne en France) mais assure vouloir renforcer les protections contre le licenciement, supprimer les contrats de travail précaires et réhabiliter l’éthique du capitalisme (lutte contre les patrons goinfres);

5. L’augmentation du pouvoir d’achat, un des thèmes majeurs de la campagne, serait réalisée par des baisses fiscales financées par la réforme des régimes spéciaux de retraite et une “politique sociale ambitieuse”;

6. Loin de l’image eurosceptique qu’on veut bien lui accoler, il demande “une autre Europe qui protège au sein de la mondialisation (…). L’Europe doit agir dans le monde pour que les valeurs de la civilisation ne cèdent pas sous la pression des seuls intérêts commerciaux et financiers. Elle doit défendre les droits de l’homme, la démocratie, la protection des plus faibles, la solidarité, la protection de la nature”. Soutien inconditionnel à la si peu libérale Politique agricole commune, il refuse, comme Angela Merkel, l’entrée de la Turquie dans l’UE dans le dessein de renforcer cette dernière;

7. D’autres thèmes de sa campagne vont dans le même sens: promouvoir le développement durable, permettre à tous les Français d’être propriétaire de leur logement, restaurer les valeurs de respect et de mérite, démocratiser davantage l’école (école des devoirs pour les plus pauvres, suppression du carnet scolaire), mettre l’enseignement supérieur à hauteur des niveaux mondiaux, mettre en oeuvre un Plan Marshall pour les banlieues (essentiellement par le bras public: lutte contre les discriminations liées à la couleur de la peau, intégration par des vocations dans les services publics);

8. Enfin, il inscrit au fronton de son éventuelle mandature de “grandes politiques de solidarité” via notamment les si peu libéraux “droits opposables” (en fait des “droits-créance” en particulier d’accès au logement, aux services publics, aux bâtiments publics, à l’enseignement supérieur), en faveur des personnes âgées, surtout en fin de vie et, enfin, par rapport à la santé (“la santé est un investissement, pas un coût”, “les professionnels de la santé sont asphyxiés sous les rationalisations”, “les Français doivent se sentir responsables de notre système de santé”).

Nonobstant la création du fameux et controversé Ministère de l’immigration et de l’identité nationale (lire Claude Moniquet: “Immigration choisie: où est le problème?”), sa politique de maîtrise des flux migratoires correspond mutatis mutandis aux orientations des grands pays d’immigration (Canada, USA, Australie): immigration choisie (par le pays d’accueil), instauration de plafonds annuels, vérification de la volonté de respecter la culture du pays, encadrement du regroupement familial en fonction des revenus non sociaux, etc.

Toujours soucieux des équilibres, il voit la place de la France dans le monde au travers de la défense de la langue française – “un bien pour l’humanité” -, l’aide au Tiers-monde et une Union méditerranéenne avec les pays du Sud.

Enfin, atlantiste naturel, apparent adepte d’un “partenariat conflictuel” (Pascal Bruckner) avec les Etats-Unis, Nicolas Sarkozy est… étranger à la vulgate maurassienne anti-anglo-saxonne et anti-capitaliste. Il développe d’ailleurs sur les grands dossiers internationaux des positions relativement consensuelles (“Dix enjeux de politique étrangère”, Le Monde) qui tranchent peu avec les deux autres présidentiables, Bayrou et Royal. C’en est même quasiment étrange mais s’explique par le peu de poids des sujets internationaux et européens dans la campagne.

Ce consensus mou préfigure, pour certains, une volonté de ne pas changer diamétralement la politique étrangère de la France. Tout au plus Nicolas Sarkozy exprime-t-il la nécessité que le Bouclier anti-missile américain protège également le nord de l’Europe tandis que Royal s’en tient à ce que les Européens puissent en avoir, en partie au moins, la maîtrise. Le consensus autour du refus d’une prise de participation russe à hauteur de 5% dans le capital d’EADS est frappant, à chaque fois au nom “de l’indépendance stratégique française et européenne”.

Les positions sur la recherche d’une solution politique au dossier iranien sont tout aussi frappantes, même si le compromis n’est qu’apparent: Sarkozy doit absolument se démarquer d’un profil pro-américain qui, couplé avec sa réputation (usurpée) de libéral lui serait fatal. Bayrou reste fidèle à sa ligne centriste et Ségolène Royal essaye de faire oublier ses nombreuses boulettes comme la sous-estimation presque hallucinante du nombre de sous-marins nucléaires d’attaque français (1 au lieu de 4), sa préférence pour un “Québec libre” et – liste non exhaustive – ses atermoiements autour du Hamas.

Nicolas Sarkozy est-il pour autant le meilleur candidat? Fera-t-il bouger la France? La fera-t-il remonter dans les classements internationaux tant en termes de bien-être, de richesse par habitant (17e place mondiale), de taux de chômage, de nombres de brevets déposés, de création d’entreprise, de croissance (seulement 1,5% en 2006)? La révolution qu’il propose est-elle si tranquille? Pourra-t-il contrôler ses habituels dérapages?

Les Français en seront seuls juges. Pour l’heure, ceux qu’il “terrorise” se comptent surtout parmi les adeptes du statu quo.


Présidentielle: La politique ne serait-elle que la continuation du marketing par d’autres moyens?

18 avril, 2007
https://i1.wp.com/monsieurf.typepad.com/photos/uncategorized/besancenot.jpgCette révolution conservatrice d’un type nouveau se réclame du progrès, de la raison, de la science (l’économie en l’occurrence) pour justifier la restauration et tente ainsi de renvoyer dans l’archaïsme la pensée et l’action progressistes. (…) Elle ratifie et glorifie le règne de ce que l’on appelle les marchés financiers, c’est-à-dire le retour à une sorte de capitalisme radical, sans autre loi que celle du profit maximum, capitalisme sans frein et sans fard, mais rationalisé, poussé à la limite de son efficacité économique par l’introduction de formes modernes de domination, comme le management, et de techniques de manipulation, comme l’enquête de marché, le marketing, la publicité commerciale. Pierre Bourdieu

« Force tranquille », « Génération Mitterrand », on connait les grands slogans des années 80 concotés par les « fils de pub » à la Séguéla.

Ou les descentes hypermédiatisées de la police ou du Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy dans le métro.

Qui connait, dans le grand public en revanche, l’origine des fameux « débats participatifs » de Ségolène Royal, qui, comme le révèle un récent article du site le Blog médias, ont tout des… « réunions qualitatives » de consommateurs?

Ou qui sait que les non moins fameuses expressions de la candidate socialiste ressemblent comme deux gouttes d’eau à… des productions d’une officine de pub?

Mais, avant de conclure un peu vite que la politique ne serait que la continuation du marketing par d’autres moyens, peut-être pourrait-on aussi se demander …

Qui, en dehors de quelques initiés, sait que la si sympathique Arlette n’est pas, avec ses 34 ans et six présidentielles au compteur, la patronne du parti Lutte ouvrière mais sa simple porte-parole?

Et qui connaît le nom de son véritable patron, le mystérieux trotskyste Robert Barcia, alias Hardy, alias Roger Girardot, actionnaire et dirigeant, dans le civil, de plusieurs sociétés de services aux industriels du médicament depuis trente ans ?

Quant au photogénique et gendre idéal « facteur » Besancenot, qui sait qui est derrière le coup de génie marketing qui l’a propulsé il y a cinq ans sur le devant de la scène politique ?

Qui sait qu’avant l’émergence du petit phénomène (de 4, 35% des voix à sa première présidentielle en 2002 à… plus de 5% – seuil de remboursement des frais de campagne – actuellement!), le vrai patron de son parti et député européen de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), un certain Alain Krivine avait oscillé entre 1,06 % des suffrages en 1969 et 0,37 % en 1974, n’obtenant même pas les 500 signatures pour se présenter en 81?

Morceaux choisis:

ces bouleversifiantes expressions n’ont pas un instant été imaginées par la candidate, ni même par l’un ou l’autre de ses collaborateurs politiques. Elles sont le fait, dans un ouvrage intitulé «Le Descendeur social 2″, d’un dénommé Alain Mergier, socio-sémiologue qui n’en demandait peut-être pas tant, un garçon qui s’est un peu fait connaître — dans quelques cercles choisis tout de même — pour avoir, paraît-il, été dans les tout premiers à prédire un second tour Chirac-Le Pen en 2002 et un «non» massif au référendum européen d’avril 2005.

Ségolène aime à se réapproprier de «justes»paroles et pas seulement celles de Mergier d’ailleurs.Avec l’aide de son amie et conseillère («à titre gracieux») Nathalie Rastoin, patronne, pour la France, de la maison de pub américaine Ogilvy, notre amie, pour alimenter sa conscience et sa connaissance des besoins et sentiments profonds du pays, procède à la manière de tous les instituts de sondage: à leur façon, ses «débats participatifs»(les participants, des militants et sympathisants de base, étaient conviés à s’exprimer sur différents sujets de société, tels que la délinquance, l’éducation, etc.) ne sont rien d’autre que des «réunions qualitatives» de consommateurs.

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Présidentielle: Comment nos sondeurs contribuent inévitablement à la volatilité qu’ils mesurent (How polls inevitably contribute to the volatibility they measure)

13 avril, 2007
What elections are forLa vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Le fait même de poser une question peut inventer un résultat car elle fait appel à l’imaginaire du sondé qui n’y avait pas encore réfléchi. Alain Garrigou

Loin de vouloir faire des sondages (ou des sondeurs) les bouc émissaires de qui ou de quoi que ce soit (lesquels, dans un système démocratique font, on le sait, partie du droit incompressible à l’information), il n’en semble pas moins important de prendre conscience d’un certain nombre de limites de l’exercice.

Et même, comme le rappelle cet intéressant commentaire de l’universitaire Alain Garrigou dans Le Monde d’hier, de toute une série d’artefacts et d’effets induits ou inattendus.

Peur de se tromper après la mésaventure de 2002 de la part des sondeurs, sous-déclaration systématique des sondés, notamment les sympathisants de candidats diabolisés (Le Pen, Sarkozy?, d’où la surévaluation induite d’un plus neutre Bayrou ou Sarkozy à nouveau?) ou les futurs abstentionnistes, dopage artificiel des chiffres d’un candidat (la fameuse question sur les très hypothétiques duels avec Bayrou au second tour) et partant… des ventes de journaux et sondages!

Inflation de sondages en période électorale qui servent de vitrines pour imposer la notoriété des instituts pour les études de marché qui constituent l’essentiel de leurs revenus (comme d’accroches pour rédacteurs en chef en panne de sujets et de lecteurs), mais aussi suite à l’arrivée de nouveaux commanditaires (Internet) …

Hausse continue du taux de non réponse suite justement à l’inflation des sondages (notamment commerciaux: les incessantes études de marché du type portes-fenêtres) …

Autant de paramètres et d’effets induits qui finissent par menacer sérieusement la représentatitivité politique des échantillons (réduits de plus en plus, en gros, à ceux qui acceptent de répondre).

Et amènent à une focalisation sur les chiffres (y compris au-delà de la virgule, ce qui n’a plus du tout aucun sens, sans parler des habituels 3% de marges d’erreur).

Comme sur l’opinion aux dépens du débat réel sur les programmes.

Avec ainsi par exemple un PS qui était si sûr de lui en 2002 (avec certes, il faut le rappeler, quelque raison face au délinquant multirécidiviste qui avait alors tous les juges du pays aux fesses) qu’il avait, avec les résultats que l’on sait, parrainé ses concurrents!

Mais aussi, du côté des électeurs (les plus informés), augmentation du vote stratégique, qui, comme le vote protestataire ou de plaisir de 2002, pourrait bien aussi à nouveau… se retourner contre eux?

Morceaux choisis:

même les sondages « sortie des urnes » – effectués après le vote – sont faux. Les électeurs continuent de sous-déclarer leur vote.

dire qu’il peut changer d’avis ou qu’il se décidera dans l’isoloir est une façon, pour le sondé, de ne pas vraiment dire pour qui il veut voter.

Les sondeurs ne veulent pas le dire, mais entre les gens qui ne sont pas chez eux et ceux qui refusent de répondre, il faut passer 10 appels pour avoir un entretien complet, selon les gens qui ont travaillé dans les centres de téléphonie. Une estimation proche des statistiques aux Etats-Unis, où le taux de non-réponse est de 85 %.

Le problème, quand le refus de répondre augmente, est qu’à un moment les échantillons ne sont plus représentatifs politiquement, même s’ils le sont socio-démographiquement. Il n’est pas prouvé que le champ des orientations politiques des gens qui acceptent de répondre est le même que celui des gens qui refusent de répondre.

Le grand piège, c’est qu’on passe complètement à côté d’une campagne de débat et d’argumentation. Le temps qu’on passe à scruter le positionnement de chacun dans les sondages, c’est du temps qu’on ne passe pas à penser au rôle du président et autres questions.

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Iran: Après les faux opposants et les faux attentats, les fausses… recherches? (The Dudoignon affair)

12 avril, 2007

Iran's bag of tricksMarins britanniques en 2004 et encore tout récemment, « photographes » en goguette français et allemand (Stephane Lherbier et Donald Klein) en novembre 2005, les enlèvements et les libérations spectaculaires sont en train de devenir une véritable industrie au pays des mollahs!

Après la pantalonnade des marins britanniques, dont la libération est encensée par les lobbyistes et idiots utiles de tout poil des mollahs (à l’instar de la dhimmie en chef démocrate Chamberlain Pelosi tout récemment en service commandé chez l’affidé syrien de Téhéran dans la région) comme la « réaffirmation des valeurs de la diplomatie sur les options militaires » …

Pantalonnade qui, derrière la diversion bienvenue qu’elle permettait au moment où les sanctions étaient discutées à l’ONU (qui vient par ailleurs d’élire un Iranien et un Syrien comme respectivement vice-président et rapporteur – ça ne s’invente pas – de la Commission de Désarmement), assure quand même aussi aux autocrates iraniens la libre circulation dans le Golfe pour leurs chargements d’armes (que la Marine de Sa majesté était censée, au nom de ladite ONU, contrôler) pour leurs opérations de déstabilisation en Irak …

Devinez ce que l’Iran est sur le point de sortir de son chapeau: une nouvelle (surprise) « libération », celle du chercheur du CNRS Stéphane Dudoignon, marié à une Iranienne et ayant apparemment ses entrées au pays des mollahs!

Du moins si l’on en croit le site Iran-Resist, qui précise qu’après les faux opposants (faux dissidents ou faux séparatistes – sans parler des… faux modérés!) et les faux attentats (pour éliminer discrètement les adversaires du régime ou recycler les pertes des pasdarans tués dans les opérations secrètes extérieures : Irak, Afghanistan), nos mollahs en seraient maintenant (pour se poser ainsi en ultimes garants de l’intégrité territoriale que des sanctions seraient censées menacer?) aux… fausses recherches!

Iran : Le grand secret de Stéphane Dudoignon!
11.04.2007

Le régime des mollahs annoncé dimanche le réexamen en cours du cas de Stéphane Dudoignon, chercheur du CRNS retenu en Iran depuis deux mois. Alors que ce devrait être à la France de se dire optimiste quant à un règlement rapide, c’est la république islamique qui a fait une déclaration dans ce sens.

Stéphane Dudoignon est marié à une iranienne et se rend depuis de nombreuses années en Iran. Le CNRS entretient de très bons rapports avec le régime des mollahs et bon nombre des lobbyistes du régime sont établis en France en tant que chercheurs ou chercheuses au CNRS.

Stéphane Dudoignon a une spécialité qui convient aux mollahs : il est chargé de recherches en sociologie des religions. Dernièrement, il avait été mandaté par les mollahs pour enquêter sur les sunnites iraniens de la région de Baloutchistan ! Il était dans cette province agitée sur l’ordre du régime…

Pour une raison inconnue, il a été interpellé par des miliciens le 30 janvier, on lui a confisqué son appareil photo et son passeport et on l’a reconduit à Téhéran chez sa belle famille. L’affaire a été ébruitée pendant la détention en Iran des marins britanniques par le Quai d’Orsay.

Dès l’annonce de sa garde-à-vue chez ses beaux-parents, les médias français ont commencé à broder autour des raisons de sa pseudo-arrestation ! Delphine Minoui, l’attachée de presse des mollahs, s’était mêlée à l’affaire pour donner une « explication politisée » à cette affaire.

Stéphane Dudoignon aurait été interpellé alors qu’il était en train de photographier une procession religieuse sur la voie publique : incroyable dans une république islamique, surtout qu’il s’agissait d’une procession chiite !

L’explication serait la présence de sunnites sur les lieux qui ne participaient pas à la procession et les expressions de douleur collective des manifestants chiites. Le régime des mollahs insiste pour créer des tensions dans les régions frontalières de l’Iran afin de prétendre à un danger de démantèlement de l’intégrité territoriale de l’Iran. Tout est bon dans ce domaine, du faux attentat à la vraie répression en passant par le soutien à des pseudo-séparatistes instrumentalisés par les mollahs eux-mêmes.

Il faut donc s’attendre à des déclarations de Stéphane Dudoignon à son retour en France avec dans ses bagages de bonnes rumeurs de dissidences ethniques… On en a eu un échantillon écoeurant dans l’interview accordé à Delphine Minoui où le chercheur a fait des confidences du genre : « un agent m’a dit : c’est très intéressant le sujet sur lequel tu travailles, mais on ne veut pas que ça sorte… »

Stéphane Dudoignon, ce chercheur qui a découvert un des secrets du régime, s’est laissé photographier chez ses beaux-parents. On voit un homme bien nourri et portant une belle barbe bien fournie ce qui n’est pas demandé aux étrangers en mission en Iran. Apparemment, Dudoignon n’a aucun scrupule à ressembler à un mollah et dans ce pays où 85% des hommes, des femmes et des enfants sont sous le seuil de pauvreté, il s’est toujours plu à aller et venir en toute discrétion sans jamais dénoncer ce régime. Ce genre de service est bien rémunéré et Stéphane Dudoignon n’a pas l’air de souffrir de sous-alimentation.

Il sera bientôt à Paris pour diffuser les nouvelles de la dissidence sunnite. Actuellement Téhéran ménage de son mieux la sortie de Dudoignon afin de théâtraliser au maximum son départ et ainsi donner de l’importance à ce secret qu’il a dévoilé.

Et le Figaro, qui publie les insanités de Delphine Minoui, publiera aussi les « confidences » de Stéphane Dudoignon et sans doute d’imminents connaisseurs de l’Iran interviendront alors pour broder autour de cette non-affaire préfabriquée qui plaît tant à nos mollahs communicants !

Voir aussi:

Iran : Les détails inexplicables de l’attentat contre les Pasdaran
16.02.2007

Comme nous vous l’avions affirmé à peine quelques heures après l’attentat de Zahedan, le régime communique à présent uniquement sur le danger d’une menace contre l’intégrité territoriale de l’Iran. Il n’y a plus presque aucun doute que cet attentat sert les intérêts du régime.

Par tous ces aspects, il ressemble aux divers faux attentats organisés par le régime lui-même pour répandre la peur parmi les Iraniens qui incapables de renverser le régime sont réduits à attendre une intervention extérieure pour être débarrassés du monstre tentaculaire de la république islamique, des mollahs, des Pasdaran, des Bassidjis et des agents en civils qui imposent sur ce pays une forme de dictature à peine imaginable.

Le mode opératoire est simple | Le régime des mollahs organise un attentat à l’explosif et arrête des gêneurs locaux, organise des pseudos procès, obtient des aveux télévisés, les diffuse et pend publiquement les coupables (ou d’autres prisonniers cagoulés) devant les yeux effarés de leurs familles, amis et concitoyens.

Si ce qu’affirme le régime était vrai, et qu’il y avait d’importants réseaux indépendantistes ou séparatistes en Iran, il aurait dû y avoir des actions de représailles au Khouzestan ou au Kurdistan iranien, mais il n’y a jamais rien eu de tel. Les bombes qui explosent en Iran sont du fait du régime lui-même.

Autre fait : depuis peu les Pasdaran sont engagés en Irak mais aussi en Afghanistan et il y a des tués dans leurs rangs pendant ces missions. Ces opérations étant clandestines, ces morts sont injustifiables. C’est pourquoi le régime annonce régulièrement des accidents de transport de troupes où il peut publier une liste de victimes et ainsi officialiser les morts des opérations clandestines. C’est pourquoi selon les arrivages de blessés ou de morts, le nombre des victimes d’accidents liés au Pasdaran varie sans arrêt dans la même journée.

Concernant l’attentat de Zahedan, tout était préparé. Le régime a annoncé une première arrestation et plus de 60 autres dans la journée. Au Liban, pays meurtri où les bombes explosent depuis des années, jamais personne n’a pu arrêter les auteurs d’attentats aussi rapidement. Mais qu’importe, en Iran, sous le régime des mollahs, c’est possible.

N’en doutons pas, les suspects passeront aux aveux dans peu de temps et seront peut-être pendus… Le plus intéressant est que le régime les inculpe d’être les alliés d’Al Qaeda alors que c’est le régime des mollahs qui collabore avec ce mouvement depuis une dizaine d’années, et qui a abrité en Iran les membres de la famille Ben Laden et du commandement d’Al Qaeda, comme aujourd’hui il abrite Sadr [1] qui en dehors d’être un djihadiste est un psychopathe aux mœurs inqualifiables.

Il y a en fait plusieurs intérêts dans l’attentat. Le régime peut prétendre qu’il n’a rien à voir avec Al Qaeda (tout en continuant les opérations). Il crée un groupe terroriste fictif à qui l’on peut attribuer les opérations en Afghanistan et les aides logistiques et militaires fournies à Al Qaeda par le régime. Reste que ces insinuations ne dupent ni les iraniens ni les spécialistes. | Détails |

Ces insinuations ne dupent pas les spécialistes | Car si les auteurs de l’attentat étaient proches d’Al Qaeda, pourquoi en étant capables de disposer d’armes de guerre comme les fusils lance-roquettes RPG, ont-ils pris le risque de tenter une opération plus compliquée, plus coûteuse et plus périlleuse pour la survie du groupe ? Ceci n’a pas de sens militaire ou terroriste. Il est évident que les mollahs ont opté pour du spectaculaire. Mais là aussi, il y a de quoi être surpris :

Le bus contenant des Pasdaran aurait été soufflé en passant à côté d’une automobile Peykan piégée. Les images du bus ont été largement diffusées, on n’y voit aucune épave de la Peykan et d’ailleurs aucune photo n’a été fournie concernant cette épave invisible.

À bien y regarder, l’autobus lui-même semble avoir explosé de l’intérieur : le toit est plié vers le haut et le bus a été coupé en deux. La charge ne pouvait être à l’extérieur. Dans le cas où la charge aurait été placée dans un autre véhicule, il aurait fallu que ce véhicule ait percuté le bus sur le côté pour s’encastrer dedans au centre avant d’exploser. Mais ceci ne concorde pas avec le récit officiel retransmis à la virgule prêt par Delphine Minoui ou l’AFP. Il faut préciser que les correspondants français en poste en Iran se contentent de rediffuser les news des mollahs sans les vérifier ou se rendre sur les lieux des évènements même quand il s’agit d’un attentat. Mais dans cette affaire, les détails de l’explosion et les invraisemblances importent moins que la cible et le message véhiculé par l’attentat.

Ces insinuations ne dupent pas les iraniens | Car si pour un lecteur européen, des terroristes ont tué des « militaires » iraniens ; pour la population iranienne, le nom des Pasdaran est synonyme de corruption, de contrebande et de trafic de drogue. Il n’y a pas de lien sacré entre ces mercenaires corrompus et le peuple, et l’évocation de leur mort suscite l’indifférence ou le soulagement. Au pire on imagine que l’attentat est le résultat d’une guerre de gang entre trafiquants rivaux, dans ce cas, on peut estimer que l’est du pays est devenu un enfer invivable, un territoire livré aux voyous. Dans ces conditions, parler d’instabilité ou de guerre civile comme le fait Delphine Minoui dans le Figaro est totalement déplacé, mais, bien entendu cette insinuation est conforme à la ligne officielle du régime.

Cette femme sans scrupule que nous avons qualifiée de porte-parole du régime des mollahs a mérité pleinement ce sobriquet grâce à son article sur cet attentat bidon. Minoui insinue qu’il existe un danger latent pour l’Iran. Elle expose cette théorie aux lecteurs incrédules du Figaro, en utilisant une rhétorique française inventée par Gilles Kepel, lui-même un membre notoire du lobby des mollahs en France.

Selon Minoui, l’attentat bidon dont on connaît ni l’heure, ni l’origine, ni le type d’explosif, ni le nombre des victimes, ni leur nom, serait le résultat du « Fitna » (« discorde » au sein de l’islam). Précisons que ces mots feront rire les persans car c’est un mot arabe dit avec l’accent algérien. Cet article de bourrage des crânes s’adresse donc aux médias occidentaux familiers des interprétations biaisées de Kepel. On peut donc estimer que cet attentat bidon s’adresse à l’opinion française et aux anti-guerres plus qu’aux Iraniens.

L’agence officielle du régime a déclaré qu’on ne pouvait pas laisser une guerre interconfessionnelle éclater dans cette province, car un éventuel conflit entre chiites et sunnites risquerait d’embraser le pays tout entier et Delphine Minoui diffuse cette information erronée qui assimile la milice (chiite) Pasdaran au reste des Iraniens nés au hasard des naissances chiites. Depuis l’avènement du régime des mollahs, les « Iraniens » ne se disent plus chiites, ni même musulmans, ils se qualifient de « né(s) musulman(s) » [2]. Aucun n’ira se battre contre d’autres Iraniens pour défendre ce régime corrompu et ses miliciens.

Ce qu’écrit Minoui est de la pure désinformation et propagande du régime. Si l’argument de guerre ethnique ou confessionnelle peut faire rigoler un Iranien, il peut par contre alimenter les réseaux alter-mondialistes, gauchistes et anti-guerres qui attribuent les violences et le terrorisme en Irak à la présence américaine dans ce pays et non pas à l’ingérence du régime des mollahs et à ses budgets, explosifs, armes et instructeurs fournis aux miliciens chiites.

D’ailleurs l’article de Minoui évoque aussi « cette crainte des mollahs » d’une guerre confessionnelle sur le modèle irakien. Et à aucun moment, Minoui n’évoque le rôle du régime des mollahs dans le chaos irakien ou libanais. Les arguments utilisés par Minoui laissent entendre que l’Iran porte en lui des haines inter-confessionnelles latentes qui dégénèreront en conflit ethnique sur le modèle irakien… L’insinuation est claire.

L’article est mono directionnel. Pire encore, Minoui fait l’éloge des efforts consentis par le régime des mollahs pour consolider l’unité nécessaire entre les chiites et les sunnites, à croire qu’elle ne lit pas la presse internationale. Il s’agit d’un simple article de propagande pro-mollahs écrit par une journaliste française d’origine iranienne.

Sans les articles de Minoui et de ses émules, les possibilités d’exploitation de ce genre attentat bidon restent très restreintes. Mais la dévouée Minoui a sorti, un peu trop vite, un article trop bien préparé, et trop riche en arguments spécifiquement susceptibles de marquer l’opinion française. Un article qui laisse entendre que la région pourrait s’embraser plus si l’on cherchait à affaiblir le régime de Téhéran. Pour un Iranien, le débat de la guerre confessionnelle est inexistant en Iran, elle n’a jamais existé. Le séparatisme religieux est un concept étranger importé en Iran par Michael Ledeen (l’individu et l’ethnie) et recyclé par les mollahs.

De plus tous les Iraniens espèrent trouver un allié pour renverser les mollahs et les Pasdaran qui ont détruit ce pays et anéanti sa culture et non pas se faire la guerre entre eux. Le problème est que cette réalité anti-confessionnelle de la société iranienne ou la réalité d’une attente d’un soutien étranger pour virer les mollahs n’arrivent jamais aux oreilles des occidentaux ou des Français car l’interface presse est occupée par des éléments comme Minoui (et son mari), les fans de Gilles Kepel et bien entendu les membres du Lobby universitaire des mollahs en Europe et aux Etats-Unis (en France : Azadeh Kian-Thiebault, Fariba Adelkhah, Djamchid Assadi…).

Ce soir, nous avons une pensée pour nos 68 compatriotes arrêtés injustement après cet attentat bidon et qui seront pendus pour rien.


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