Centenaire du génocide arménien: L’Arménie n’est pas à notre programme (Nothing happened at Gallipoli on April 24: How America, Britain, Australia and New Zealand helped Turkey hide the Armenian Holocaust)

25 avril, 2015
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Armenian genocide map
Après tout, qui parle encore aujourd’hui de l’annihilation des Arméniens? Hitler (le 22 août 1939)
Je n’aimerais pas entendre Obama dire quelque chose comme ça, et je ne m’y attends pas de toute façon. Pour la Turquie, la position américaine est très claire, elle est contre » la reconnaissance du génocide. (…) Tout au long de ces six années depuis qu’il est président, nous avons longuement parlé de cette question et convenu qu’elle devait être laissée aux historiens, pas aux dirigeants politiques (…) Ils vont parler, parler et insulter la Turquie. Nous serons à Canakkale ce jour-là, mais l’Arménie n’est pas à notre programme. Recep Tayyip Erdogan (conférence de presse avec le président irakien Fouad Massoum, 2015)

This barbaric, wolflike & infanticidal regime of which spares no crime has no cure but to be annihilated. 7/23/14

Nous soutenons la Turquie contre la campagne de propagande à laquelle elle fait face au sujet du prétendu génocide arménien. Ismail Haniyeh (chef du Hamas, 24.04.15)
Il y a deux ans, j’ai critiqué la secrétaire d’état pour le renvoi de l’ambassadeur des États-Unis en Arménie John Evans, après qu’il a correctement employé le terme de  « génocide » pour décrire le massacre par la Turquie  de milliers d’Arméniens à partir de 1915. Je partageais avec la secrétaire d’Etat Rice ma conviction fermement tenue que le génocide arménien n’est pas une allégation, une opinion personnelle, ou un point de vue, mais un fait largement documenté et appuyé par un irréfutable faisceau de preuves historiques. Les faits sont indéniables. Une politique officielle qui contraint les diplomates à tordre les faits historiques n’est pas une politique viable. En tant que sénateur, je soutiens fortement le passage de la résolution du génocide arménien et en tant que président je reconnaitrai le génocide arménien. (…) L’Amérique mérite un dirigeant qui parle avec véracité du génocide arménien et qui condamne fermement tous les génocides. J’ai l’intention d’être ce président. Candidat Obama (janvier 2008)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
This year we mark the centennial of the Meds Yeghern, the first mass atrocity of the 20th Century.  Beginning in 1915, the Armenian people of the Ottoman Empire were deported, massacred, and marched to their deaths.  Their culture and heritage in their ancient homeland were erased. Amid horrific violence that saw suffering on all sides, one and a half million Armenians perished.  As the horrors of 1915 unfolded, U.S. Ambassador Henry Morgenthau, Sr. sounded the alarm inside the U.S. government and confronted Ottoman leaders.  Because of efforts like his, the truth of the Meds Yeghern emerged and came to influence the later work of human rights champions like Raphael Lemkin, who helped bring about the first United Nations human rights treaty.  Against this backdrop of terrible carnage, the American and Armenian peoples came together in a bond of common humanity.   Ordinary American citizens raised millions of dollars to support suffering Armenian children, and the U.S. Congress chartered the Near East Relief organization, a pioneer in the field of international humanitarian relief. Thousands of Armenian refugees began new lives in the United States, where they formed a strong and vibrant community and became pillars of American society.  Rising to great distinction as businesspeople, doctors, scholars, artists, and athletes, they made immeasurable contributions to their new home. This centennial is a solemn moment.  It calls on us to reflect on the importance of historical remembrance, and the difficult but necessary work of reckoning with the past.  I have consistently stated my own view of what occurred in 1915, and my view has not changed.  A full, frank, and just acknowledgement of the facts is in all our interests.  Peoples and nations grow stronger, and build a foundation for a more just and tolerant future, by acknowledging and reckoning with painful elements of the past.  We welcome the expression of views by Pope Francis, Turkish and Armenian historians, and the many others who have sought to shed light on this dark chapter of history.  On this solemn centennial, we stand with the Armenian people in remembering that which was lost.  We pledge that those who suffered will not be forgotten.  And we commit ourselves to learn from this painful legacy, so that future generations may not repeat it. Statement by the President on Armenian Remembrance Day
In the government’s opinion, this is a historical question that should be left up to the historians. Per Stig Moeller (Danish Foreign Minister, 01.12.08)
Ces actes de reconnaissance sont très divers: parmi les 24 Etats, seuls quatre -la France, l’Uruguay, l’Argentine et Chypre- ont promulgué des lois en ce sens. La plupart du temps, il s’agit de résolutions adoptées par le Parlement ou une des chambres du Parlement. Les termes employés dans les déclarations ne sont pas toujours les mêmes: 22 pays nomment bien un « génocide » -contrairement à l’Uruguay, placé dans la catégorie « reconnaissance partielle » de la carte. En Allemagne, le texte adopté par le Parlement en 2005 n’emploie pas le terme mais le président Joachim Gauck l’a prononcé jeudi 23 avril, reconnaissant dans la foulée une « coresponsabilité » de son pays dans les massacres. Des variations existent aussi sur l’identification de la responsabilité du génocide. Tous les pays n’évoquent pas la Turquie. Ainsi, la France et le Vatican ne mentionnent pas du tout Ankara, quand la Belgique, l’Italie, la Suisse, le Liban, la Syrie ou le Chili parlent de « l’Empire ottoman ». L’Express
Nous n’avons pas l’intention de faire de ces manifestations une sorte d’hystérie anti-turque. L’un de nos objectifs est de faire un appel à l’humanité toute entière pour lutter contre les génocides. Nous voudrions commémorer le génocide arménien en commun avec le peuple turc. C’est cet objectif qui était à la base des protocoles signés en 2009 pour le rétablissement des relations. Un objectif que je visais aussi avec mon invitation à la Turquie de se rendre au Mémorial en Arménie, le 24 avril. Malheureusement, nous nous sommes heurtés à une démarche négationniste qui a trouvé – pardon de le dire ainsi – une expression particulièrement cynique cette année. La bataille de Gallipoli n’a pas commencé et s’est encore moins achevée le 24 avril. C’est une sorte de blessure adressée au peuple arménien. En même temps, il est évident que c’est une démarche qui vise à créer des obstacles à la commémoration du génocide arménien. Serge Sarkissian (président arménien, 23.03.15)
Cette année, nous allons commémorer le centième anniversaire des batailles des Dardanelles. Nous n’allions pas demander la permission à l’Arménie. La date est établie. Nous connaissons la date. C’est le centième anniversaire de ces batailles des Dardanelles. Et il n’y a aucun rapport de près ou de loin avec les cérémonies qui vont être organisées en Arménie. Au contraire, je pense que c’est eux qui ont fait une indexation sur notre date à nous. (…) Le 24 avril, nous allons essayer d’apporter une contribution à la paix mondiale. Le 18 et le 24 avril, nous allons organiser ces cérémonies (…) Et le 25 avril, nos invités vont participer aux cérémonies de l’Aurore. Erdogan (27.03.15)
This is a very indecent political manoeuvre. It’s cheap politics to try to dissolve the pressure on Turkey in the year of the centennial by organising this event. Everybody knows that the two memorials around Gallipoli have been held on 18 March and 25 April every year. Ohannes Kılıçdağı (Agos, Armenian weekly)
Winston Churchill described it as « an administrative holocaust . . . there is no reasonable doubt that this crime was executed for political reasons. New statesman
HMG is open to criticism in terms of the ethical dimension, but given the importance of our relations (political, strategic and commercial) with Turkey . . . the current line is the only feasible option. British internal memorandum to ministers (Joyce Quin and Baroness Symons)
Vous voulez dire reconnaître la version arménienne de cette histoire ? Il y avait un problème arménien pour les Turcs, à cause de l’avance des Russes et d’une population anti-ottomane en Turquie, qui cherchait l’indépendance et qui sympathisait ouvertement avec les Russes venus du Caucase. Il y avait aussi des bandes arméniennes – les Arméniens se vantent des exploits héroïques de la résistance -, et les Turcs avaient certainement des problèmes de maintien de l’ordre en état de guerre. Pour les Turcs, il s’agissait de prendre des mesures punitives et préventives contre une population peu sûre dans une région menacée par une invasion étrangère. Pour les Arméniens, il s’agissait de libérer leur pays. Mais les deux camps s’accordent à reconnaître que la répression fut limitée géographiquement. Par exemple, elle n’affecta guère les Arméniens vivant ailleurs dans l’Empire ottoman.  » Nul doute que des choses terribles ont eu lieu, que de nombreux Arméniens – et aussi des Turcs – ont péri. Mais on ne connaîtra sans doute jamais les circonstances précises et les bilans des victimes. Songez à la difficulté que l’on a de rétablir les faits et les responsabilités à propos de la guerre du Liban, qui s’est pourtant déroulée il y a peu de temps et sous les yeux du monde ! Pendant leur déportation vers la Syrie, des centaines de milliers d’Arméniens sont morts de faim, de froid… Mais si l’on parle de génocide, cela implique qu’il y ait eu politique délibérée, une décision d’anéantir systématiquement la nation arménienne. Cela est fort douteux. Des documents turcs prouvent une volonté de déportation, pas d’extermination. Bernard Lewis
Nous avons été consternés de découvrir, au milieu de l’entretien érudit et pertinent sur le fondamentalisme islamique que Bernard Lewis a accordé au Monde du 16 novembre, des jugements d’une teneur bien différente au sujet du génocide arménien de 1915. Qualifier ces massacres de génocide, c’est-à-dire de politique délibérée de destruction d’une population, c’est, dit-il, la  » version arménienne de l’Histoire « . Bernard Lewis ne peut ignorer que, dès le 24 mai 1915, les gouvernements alliés, russe mais aussi français et britannique, ont fait savoir publiquement à la Sublime Porte qu’ils tiendraient pour personnellement responsables tous les membres du gouvernement ottoman et leurs agents impliqués dans ce  » crime de lèse-humanité « . Que les diplomates allemands et autrichiens, alliés de la Turquie et présents sur les lieux, ainsi que les diplomates américains neutres, ont envoyé des dizaines de télégrammes dénonçant la  » campagne d’extermination  » menée par le gouvernement jeune-turc pour  » liquider définitivement  » la question arménienne, en se servant, déjà, de la guerre comme prétexte. Ceux-là mêmes qui ne veulent tenir compte que des documents turcs ne peuvent passer sous silence le procès mené en 1919 par le gouvernement libéral de Constantinople, qui a établi les responsabilités des ministres, du parti au pouvoir et des bandes d’assassins qu’ils avaient spécialement recrutés dans les prisons. L’historien ne peut récuser les témoignages convergents des survivants, à qui on ne saurait dénier le droit de dire leur souffrance. Les preuves abondent aussi bien du massacre sur place d’une partie de la population que des multiples formes de tueries qui ont accompagné la déportation des autres. Les victimes ont été livrées à toutes les morts, sauf celle, que cite Bernard Lewis, par le froid puisque la déportation a eu lieu à la saison chaude. Loin d’être limitée géographiquement, l’éradication de la présence arménienne s’est étendue à l’ouest jusqu’à Bursa, au sud jusqu’à Alep, à 800 kilomètres du front russe. Elle a été conduite par un gouvernement contre une partie de ses sujets, un groupe défini religieusement et ethniquement, et détruit comme tel. Ces actes caractérisent un génocide. Et c’est précisément parce qu’il est dangereux d’abuser du terme qu’il est important de reconnaître le génocide quand il ne fait pas de doute. C’est d’ailleurs l’entreprise de destruction des Arméniens de l’Empire ottoman qui a servi de référence aux juristes des années 30 alarmés par la montée du nazisme, comme le Polonais Lemkin, pour fixer le concept de génocide. Toute tentative de comparaison entre cette extermination planifiée et la guerre civile libanaise, où tout Etat avait disparu, est dénuée de fondement. Nier les faits, effacer le crime, c’est à quoi s’emploient les gouvernements turcs depuis Mustafa Kemal. Qu’un savant de l’autorité de Bernard Lewis accrédite cette thèse officielle, qui réitère elle-même le mensonge des criminels d’hier, rien ne le justifie. Autant il est légitime de soutenir la laïcité contre l’intégrisme, autant il importe de ne pas dissimuler des responsabilités connues de tous. Déclaration collective de trente universitaires et intellectuels (dont André Chouraqui, Jacques Ellul, Alain Finkielkraut, André Kaspi, Yves Ternon et Jean-Pierre Vernant, Le Monde, 27 novembre 1993)
Comparer, c’est différencier. (…) Selon moi, le génocide caractérise un processus spécifique de destruction qui vise à l’éradication totale d’une collectivité. (…) Dans un nettoyage ethnique, on tue les gens en partie, mais on leur dit : par ici la sortie. Dans un génocide, on ferme toutes les portes. Jacques Sémelin
There are few genocides more clearly established than that suffered by the Armenians in 1915-16, when half the race was extinguished in massacres and deportations directed by the Young Turk government. Today you can be prosecuted in France and other European countries for denying the slaughter. But the world’s most influential genocide denier – other than Turkey itself – is the British government, which has  repeatedly asserted that there is insufficient evidence that what it terms a « tragedy » amounted to genocide. Now, thanks to the Freedom of Information Act, we learn that (in the words of Foreign Office memos) commercial and political relations with Turkey have required abandoning « the ethical dimension ». The Armenian Centre in London obtained hundreds of pages of hitherto secret memorandums, bearing the astonishing admission that there was no « evidence » that had ever been looked at and there had never been a « judgment » at all. Parliament had been misinformed: as the Foreign Office now admits, « there is no collection of documents, publications and reports by historians, held on the relevant files, or any evidence that a series of documents were submitted to ministers for consideration ». In any case, ministers repeatedly asserted that, « in the absence of unequivocal evidence to show that the Ottoman administration took a specific decision to eliminate the Armenians under their control at the time, British governments have not recognised the events of 1915-16 as genocide ». That was the answer given by the government during the House of Lords debate on the subject in 1999. (…) The other routine excuse for denying the genocide has been that « it is for historians, not governments, to interpret the past ». This « line » was described in 1999 as « long-standing ». But genocide is a matter for legal judgment, not a matter for historians, and there is no dispute about the Armenian genocide among legal scholars. Yet Foreign Office ministers insist that the « interpretation of events is still the subject of genuine debate among historians ». This « line » was stoutly maintained until last year, when it was placed on the Downing Street website in response to an e-petition and provoked angry replies from the public. The minister, by now Jim Murphy, was displeased, and became the first to demand to know just what evidence the Foreign Office had looked at. The Eastern Department had looked at no evidence at all. In great haste, it came up with three historians – Bernard Lewis (who had been prosecuted in France for denying the genocide, but then told Le Monde that he did not dispute that hundreds of thousands of Armenians had died), Justin McCarthy (a Kentucky professor whose pro-Turkish work was sent to Keith Vaz, then a minister at the Foreign Office, by the Turkish ambassador) and Heath Lowry, who, although he does not put his own name to denials of the genocide, provoked dispute at Princeton after it accepted funds from the Turkish government to endow his « Atatürk Chair » and he was then exposed as having helped draft a letter in which the Turkish ambassador denounced a scholar for writing about the genocide. It is astonishing, given the number of British historians, from Arnold Toynbee onwards, who have no doubts on the subject, that the Foreign Office should grasp at the straw of three controversial Americans. (…) In August 1939, Adolf Hitler exhorted his generals to show no mercy to the Polish people they were preparing to blitzkrieg because, « After all, who now remembers the annihilation of the Armenians? » If the ethics-free zone in the Foreign Office has its way, nobody in the UK will remember them either. Geoffrey Robertson
Ce n’est pas pour condamner la Turquie moderne, pas plus qu’à Nuremberg on a voulu condamner l’Allemagne qui naîtrait des ruines du IIIe Reich. D’ailleurs, l’Allemagne fédérale dès sa naissance, la République démocratique allemande peu avant sa chute et l’Allemagne enfin réunifiée ont reconnu le génocide commis par l’Allemagne hitlérienne et, en en assumant les conséquences sur tous les plans, ont libéré le peuple allemand d’une partie de son fardeau moral. Les dirigeants de la Turquie doivent suivre cet exemple. Tant qu’ils nieront la vérité historique, tant qu’ils essaieront d’échapper à leurs responsabilités et qu’ils continueront à prétendre que les Arméniens les ont trahis pendant la première guerre mondiale et qu’eux ont seulement riposté, ils seront tenus à l’écart par la communauté internationale, et en priorité par l’Union européenne. Tant qu’Israël ne reconnaîtra pas le génocide arménien, la Turquie se refusera à le faire. L’Etat juif sait que les nazis ont pu se risquer à commettre au XXe siècle un second génocide parce que les auteurs du premier n’avaient pas été punis. Serge et Arno Klarsfeld
L’un des documents des archives des essais de Nurenberg révèle que l’apathie de la communauté internationale, l’oubli du massacre des Arméniens par les Turcs pendant la Première Guerre mondiale et l’absence de réponse appropriée ont encouragé Adolf Hitler à conquérir des territoires et à anéantir les Juifs d’Europe. « Qui se souvient de ces Arméniens? », a déclaré Hitler à son personnel, pour les informer de sa décision d’envahir la Pologne, ajoutant qu’ils ne devaient pas craindre une réaction internationale, en utilisant le massacre des Arméniens comme preuve. (…) Aujourd’hui, lorsque le président turc, qui a été Premier ministre pendant une décennie, Recep Tayyip Erdogan, maintient une ligne anti-israélienne et antisémite claire, le ministère des Affaires étrangères continue d’ignorer l’holocauste arménien et de maintenir vcette basse politique sur la base de mauvaises considérations. Il y a une justification morale et historique à reconnaître la genocide arménien. L’holocauste arménien doit être enseigné dans les écoles. Dans un mois, le 24 avril 2015 nous allons commémorer les 100 ans de l’assassinat de 1,5 million d’Arméniens. Edy Cohen
For years, close ties between Israel and Turkey were understood to be the reason Jerusalem has avoided the repeated requests of Armenians for the international community to recognize the genocide their community suffered at the hands of the Ottoman Turks during World War I. (…) Given the deterioration of its relationship with Turkey, this occasion would seem to provide Israel with a golden opportunity to respond to the moral claim that it recognize the Armenian genocide, just as Pope Francis recently did, followed by the European Parliament. In fact, dozens of prominent Israeli artists and academics recently signed a petition calling on the Israeli government and Knesset to recognize the Armenian genocide. Nevertheless, officially, Israel continues to squirm. The Foreign Ministry recommends showing greater empathy to the Armenian issue, and this will be the first year that Israel will send an official delegation to participate in the memorial ceremony to take place in Yerevan. It will, however, be a low-ranking delegation, made up of Knesset members. (…) A few senior Israeli officials dealing with the issue spoke to Al-Monitor about it on condition of anonymity. They emphasized that this doesn’t just involve susceptibility toward Turkish sensitivities, but also sensitivity that Israel wants to show toward Azerbaijan, which is a neighbor of both Turkey and Armenia. Since the Soviet Union’s collapse, the borders in the Caucasus region have been redefined. One consequence is a continuing state of war between Azerbaijan and Armenia. One of the pillars of Azerbaijan’s new national narrative is the “Khojaly massacre,” which refers to a battle in the village of Khojaly, located in the disputed Armenian enclave of Nagorno-Karabakh, on Feb. 26, 1992. According to the Azeri narrative, Armenian forces killed 600 Azeri civilians there, including 169 women and children. In this instance, the Armenians deny responsibility for the massacre of civilians, just as they do for a long list of atrocities that the Azeris have blamed on them since WWI. (…) Gallia Lindenstrauss of Israel’s Institute for National Security Studies says that Azerbaijan is the Muslim country with which Israel currently has the closest ties. Trade between Israel and Azerbaijan is estimated at over $5 billion. Israel imports some 40% of its oil from there, and exports mainly weapons and sophisticated defense systems to it. In 2012, when talk of an Israel strike against Iran was at its peak, Foreign Policy quoted a senior US official as saying (apparently with considerable hyperbole), “The Israelis have bought an airfield … and the airfield is called Azerbaijan.” (…) Azerbaijan, like the Israeli government, considers Iran’s nuclear capacity to be an existential threat. Azerbaijan’s border with Iran stretches for 611 kilometers (380 miles), making it longer even than Turkey’s border with Iran, which is 499 kilometers (310 miles) long. Meanwhile, Armenia’s border with Iran stretches for just 35 kilometers (22 miles). If the length of their borders can be used to determine the importance of relations with those countries, then Armenia is the least important of all of them. And in general, it is considered an ally of the country that Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu compares to Hitler’s Germany. Coming back to the official position presented by the Israeli Foreign Ministry spokesman, it would seem that the call to the international community “to prevent humanitarian tragedies in the future” might not refer only to the incidents of mass murder committed daily by the Islamic State against anyone who is not one of them — Yazidis, Christians or Alawites. It is mainly directed against Iran’s “explicit intent of obliterating the Jewish state,” as Netanyahu reiterated April 16 at Yad Vashem during a memorial service for the victims of the Holocaust. Herein lies the real reason for Israel’s policy concerning whether it will recognize the Armenia genocide. The reason isn’t Turkey; it’s Iran. Arad Nir
The first world war operations in Gallipoli – Çanakkale in Turkish – began on 18 March 1915 with the British naval bombardment of the peninsula. Turks have used that date to celebrate their victory against the Allied attack and mourn the soldiers who died in battle. The naval landings on the shores of Gallipoli ended in devastating defeat and are remembered by Australians and New Zealanders on 25 April, known as Anzac Day. After Ankara’s announcement to shift all official commemorations of Gallipoli to 24 April, critics were quick to point out that no significant military event took place at Gallipoli that day and that Armenians had greater claim to it because 24 April 1915 was when Ottoman authorities started to arrest Armenian intellectuals in Istanbul. Guardian
When world leaders, including Prince Charles and the Australian and New Zealand prime ministers, gather at Gallipoli to commemorate the First World War battle at the invitation of the Turkish government in April, the ghosts of one and half million slaughtered Christian Armenians will march with them. For in an unprecedented act of diplomatic folly, Turkey is planning to use the 100th anniversary of the Allied attempt to invade Turkey in 1915 to smother memory of its own mass killing of the Armenians of the Ottoman Empire, the 20th century’s first semi-industrial holocaust. The Turks have already sent invitations to 102 nations to attend the Gallipoli anniversary on 24th April — on the very day when Armenia always honours its own genocide victims at the hands of Ottoman Turkey. (…) The irony of history has now bequeathed these very same killing fields to the victorious forces of the ‘genocidal’ Islamist ISIS army, which has even destroyed the Armenian church commemorating the genocide in the Syrian city of Deir ez-Zour. Armenians chose 24th April to remember their genocide victims because this was the day on which Turkish police rounded up the first Armenian academics, lawyers, doctors, teachers and journalists in Constantinople. (…) Armenians hold their commemorations on April 24th – when nothing happened at Gallipoli – because this was the day on which the Armenian intellectuals were rounded up and jailed in the basement of Constantinople’s police headquarters prior to their deportation and — in some cases — execution. These were the first ‘martyrs’ of the Armenian genocide. By another cruel twist of history, the place of their incarceration is now the Museum of Islamic Arts – a tourist location to which Prince Charles and other dignitaries will presumably not be taken on 24th April. These killings marked the start of the Armenian people’s persecution and exile to the four corners of the earth. (…) The Turkish hero of Gallipoli, of course, was Lieutenant Colonel Mustapha Kemal – later Ataturk, founder of the modern Turkish state – and his own 19th Division at Gallipoli was known as the ‘Aleppo Division’ because of the number of Arabs serving in it. Ataturk did not participate in the mass killings of Armenians in 1915, but some of his associates were implicated – which still casts a shadow over the history of the Turkish state. The bloody Allied defeat at Gallipoli was to cast a shadow over the rest of Winston Churchill’s career, a fact well known to the tens of thousands of Australians and New Zealanders who plan to come to the old battlefield this April. How much they will know about an even more horrific anniversary on April 24th is another matter. Liveleak

Attention: un déni peut en cacher bien d’autres !

Etats-Unis, Royaume-Uni, Irlande, Australie, Nouvelle Zélande, Danemark, Espagne

En ces temps étranges où, triste ironie de l’histoire, les djiahdistes de l’Etat islamique terminent sur les mêmes territoires le travail commencé il y a cent ans par leurs prédécesseurs de l’Etat turc …

Et que fidèle à ses habitudes, le Golfeur-en-chef de la Maison Blanche a non seulement encore laissé dans sa poche les promesses répétées, vote arménien oblige, sur la question …

Mais après Paris et Auschwitz, ajouté Erevan à la longue liste de ses absences remarquées …

Pendant qu’avec le refroidissement de ses relations avec une Turquie qui cache de moins en moins son antisémitisme, la prochaine victime sur la liste des génocidaires se voit seule sommer, pour une reconnaissance largement parlementaire et notoirement à géométrie variable voire inexistante selon les termes utilisés et les pays ou même les régions, y compris au sein de l’Etat juif lui-même et dans la France donneuse de leçons en chef et maitresse es lois liberticides, de sacrifier son dernier soutien dans le monde musulman …

Comment s’étonner encore …

Au nom de leur intérêt bien compris et aux côtés du maitre-négationniste d’Ankara …

De l’incroyable contribution des princes Charles et Harry comme des premiers ministres irlandais, australien et néo-zélandais …

A non seulement la célébration du héros génocidaire d’une des plus tragiques défaites de l’Empire britannique …

Mais via la date complètement fictive du 24 avril, les dates officielles turque et britannique étant respectivement les 18 et 25 avril …

A rien de moins qu’une énième répétition du premier déni d’un génocide

Qui inspira à Hitler sa Solution finale à lui ?

Massacres d’Arméniens: Erdogan se réjouit que Washington évite le mot « génocide »

France 24

22 avril 2015

ANKARA (AFP) – Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est ostensiblement réjoui mercredi de la volonté des Etats-Unis de ne pas qualifier de génocide les massacres d’Arméniens perpétrés en 1915, assurant avoir le plein « soutien » de son homologue Barack Obama.

« Je n’aimerais pas entendre Obama dire quelque chose comme ça, et je ne m’y attends pas de toute façon. Pour la Turquie, la position américaine est très claire, elle est contre » la reconnaissance du génocide, a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse avec le président irakien Fouad Massoum.

La Maison Blanche a appelé mardi à une reconnaissance « pleine, franche et juste » des massacres de centaines de milliers d’Arméniens perpétrés par l’Empire ottoman à partir de 1915, mais elle a comme toujours évité d’utiliser le mot « génocide ».

« Tout au long de ces six années depuis qu’il (M. Obama) est président, nous avons longuement parlé de cette question et convenu qu’elle devait être laissée aux historiens, pas aux dirigeants politiques », a poursuivi M. Erdogan.

La Turquie nie catégoriquement que l’Empire ottoman ait organisé le massacre systématique de sa population arménienne pendant la Première guerre mondiale et récuse le terme de « génocide » repris par l’Arménie, de nombreux historiens et une vingtaine de pays dont la France, l’Italie et la Russie.

Le président turc a aussi dénoncé les commémorations organisées en Arménie le 24 avril pour commémorer le « génocide ». « Ils vont parler, parler et insulter la Turquie. Nous serons à Canakkale (sur les rives du détroit des Dardanelles: ndlr) ce jour-là, mais l’Arménie n’est pas à notre programme », a-t-il ajouté.

La Turquie célèbre vendredi en grande pompe le 100e anniversaire de la meurtrière bataille de Gallipoli, ou des Dardanelles, qui a opposé d’avril 1915 à janvier 1916 les troupes de l’Empire ottoman à celles de l’Empire britannique et de la France.

Voir aussi:

Génocide arménien : le président Sarkissian dénonce le « négationnisme » d’Erdogan
France 24

23/03/2015

Dans une interview exclusive accordée à France 24, le président arménien Serge Sarkissian a regretté le choix de son homologue turc de commémorer la bataille de Gallipoli le jour des cérémonies entourant le 100e anniversaire du génocide arménien.

À un mois des commémorations du 100e anniversaire du génocide arménien de 1915, le président Serge Sarkissian a dénoncé le « négationnisme » du president turc Recep Tayyip Erdogan, dans une interview exclusive à France 24. Il affirme que la décision d’Erdogan d’organiser en Turquie des commémorations de la bataille de Gallipoli, le jour même des commémorations du génocide, est une « provocation ».

« Nous n’avons pas l’intention de faire de ces manifestations une sorte d’hystérie anti-turque. L’un de nos objectifs est de faire un appel à l’humanité toute entière pour lutter contre les génocides », a affirmé le président arménien. « Nous voudrions commémorer le génocide arménien en commun avec le peuple turc. C’est cet objectif qui était à la base des protocoles signés en 2009 pour le rétablissement des relations. Un objectif que je visais aussi avec mon invitation à la Turquie de se rendre au Mémorial en Arménie, le 24 avril. Malheureusement, nous nous sommes heurtés à une démarche négationniste qui a trouvé – pardon de le dire ainsi – une expression particulièrement cynique cette année. La bataille de Gallipoli n’a pas commencé et s’est encore moins achevée le 24 avril. C’est une sorte de blessure adressée au peuple arménien. En même temps, il est évident que c’est une démarche qui vise à créer des obstacles à la commémoration du génocide arménien », a-t-il regretté.

Les cérémonies du 24 avril en Arménie, auxquelles assisteront François Hollande et Vladimir Poutine notamment, doivent être l’occasion de dire non aux crimes contre l’humanité. Le président Sarkissian regrette que la Turquie préfére « saboter » ce moment de solidarité plutôt que de s’y joindre.

Le chef d’État arménien a également souligné « avoir peur » d’une nouvelle guerre contre l’Azerbaïdjan à propos de la région disputée du Haut-Karabakh, où les tensions se sont accentuées ces derniers mois. Mais il a affirmé que l’Arménie était « prête a se battre » s’il le fallait.

Enfin, le président Sarkissian a dit craindre une « nouvelle guerre froide » entre la Russie et l’Occident, tout en affirmant avoir de « très bonnes relations » avec Vladimir Poutine. Le chef d’État arménien a souligné ne pas craindre que son homologue russe ait des vues sur les ex-républiques soviétiques comme l’Arménie.

Voir également:

Turkey eclipses centenary of Armenian massacre by moving Gallipoli memorial

Change of date by Ankara, which leads to a clash of commemoration ceremonies, condemned as ‘indecent manoeuvre’
Constanze Letsch in Istanbul

The Guardian

16 April 2015

Turkey has been accused of belittling the imminent centenary of the Armenian genocide by advancing its Gallipoli commemorations to the same day.

The anniversary of the 1915 military operations on the Gallipoli peninsula has always been marked on 25 April, the day after commemorations of the massacre of more than 1 million Armenians in the Ottoman empire. This year, however, President Recep Tayyip Erdoğan has invited state leaders to join him in Gallipoli on 24 April.

“This is a very indecent political manoeuvre,” said Ohannes Kılıçdağı, a researcher and writer for Agos, an Armenian weekly. “It’s cheap politics to try to dissolve the pressure on Turkey in the year of the centennial by organising this event.

“Everybody knows that the two memorials around Gallipoli have been held on 18 March and 25 April every year.”

Prince Charles, Prince Harry, Tony Abbott, the Australian prime minister, and John Key, New Zealand’s prime minister, have confirmed they will attend events at Gallipoli. As part of the programme on 24 April, services will be held at several military cemeteries. A Foreign Office spokesman said annual Gallipoli commemorations had taken place on both 24 and 25 April “for a number of years”.
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At the same time, hundreds will gather on Istanbul’s Taksim Square, where a commemoration of the Armenian genocide has been held since 2010. Another rally will be held in the eastern city of Diyarbakır, an important centre from where the state governor oversaw the mass killings in 1915. The main event will be held in Yerevan, capital of Armenia, with a number of foreign dignitaries from Russia, France, the UK and elsewhere.

The Turkish government’s efforts to divert international attention from the commemoration of the massacre have been called “disgraceful” by Armenians.

“It’s not just Gallipoli,” said Nazar Büyüm, an Armenian columnist and writer. “Someone also had the audacity to suggest the organisation of a Gallipoli memorial concert in an Armenian church in Istanbul for 24 April. The government does everything to overshadow the centennial of the genocide this year.”

Turkey refuses to accept responsibility for the slaughter of hundreds of thousands of Armenians in the Ottoman empire. In recent days, senior officials have lashed out at the pope and the EU for labelling the events of 1915 a genocide.

The plot thickened on Thursday when it was announced that a senior Turkish government adviser, Etyen Mahçupyan, had stepped down just months after he took on the job – and days after he too used the word “genocide”. Officials said he had retired because he had turned 65.

There are as many as 100,000 Armenians living in Turkey today, but many are too wary of local hostilities to openly project their ethnicity, still less confess their Christian faith.

Professor Ayhan Aktar of Bilgi University in Istanbul, who has long researched the denial of the Armenian genocide in Turkey, was not surprised by the government’s decision to move the date of the Gallipoli events.

“Turkey has been putting forward the Turks dying on world war one battlefields for 97 years, arguing that, yes, Armenians might have died, but so did our ancestors,” he said. “This move just continues this line of defence. It’s indecent, and a disgrace.”

While the Armenian state leader and many Armenians abroad expressed outrage at Turkey’s diplomatic gamble, the reaction in Turkey has been rather mute. Part of the reason, Kılıçdağı says, is the persistent fear of violence against the Armenian community in Turkey.

“Even though the situation has somewhat improved, and even though solidarity with the Armenian community has increased, many have learned to live with the constant fear,” he said. “It has become almost a reflex. Armenians are still a vulnerable group in Turkey.”

The first world war operations in Gallipoli – Çanakkale in Turkish – began on 18 March 1915 with the British naval bombardment of the peninsula. Turks have used that date to celebrate their victory against the Allied attack and mourn the soldiers who died in battle. The naval landings on the shores of Gallipoli ended in devastating defeat and are remembered by Australians and New Zealanders on 25 April, known as Anzac Day.

After Ankara’s announcement to shift all official commemorations of Gallipoli to 24 April, critics were quick to point out that no significant military event took place at Gallipoli that day and that Armenians had greater claim to it because 24 April 1915 was when Ottoman authorities started to arrest Armenian intellectuals in Istanbul.

Hopes of an Armenian-Turkish thaw were raised last year, when Erdogan extended condolences to the grandchildren of all killed Armenians. But this year’s actions have alienated the 100,000-strong Armenian community in Turkey.

“After Erdoğan’s words last year, this was a big disappointment,” said Nayat Karaköse, programme coordinator at the Hrant Dink Foundation, an Istanbul organisation named after an Armenian-Turkish journalist murdered in 2007, which promotes Turkish-Armenian reconciliation, research and culture.

“We expected a more positive step than to try and shift the international focus away from Armenia’s effort to raise awareness about the genocide.”

Orhan Kemal Cengiz, a Turkish journalist and human rights activist, said the forthcoming parliamentary elections made any meaningful concessions by the ruling Justice and Development party impossible.

“They are trying to rally more nationalist votes. Erdoğan is a very pragmatic politician, who is very conscious of political advantages he can gain by any move he makes,” Cengiz said. “But the Armenian issue is a matter of conscience and of morality, which is why Erdoğan is not the leader who will solve it.”

Voir également:

The Gallipoli centenary is a shameful attempt to hide the Armenian Holocaust

Robert Fisk

The Independent

19 January 2015

When world leaders, including Prince Charles and the Australian and New Zealand prime ministers, gather at Gallipoli to commemorate the First World War battle at the invitation of the Turkish government in April, the ghosts of one and half million slaughtered Christian Armenians will march with them.

For in an unprecedented act of diplomatic folly, Turkey is planning to use the 100th anniversary of the Allied attempt to invade Turkey in 1915 to smother memory of its own mass killing of the Armenians of the Ottoman Empire, the 20th century’s first semi-industrial holocaust. The Turks have already sent invitations to 102 nations to attend the Gallipoli anniversary on 24th April — on the very day when Armenia always honours its own genocide victims at the hands of Ottoman Turkey.

In an initiative which he must have known would be rejected, Turkish President Recep Erdogan even invited the Armenian President, Serge Sarkissian, to attend the Gallipoli anniversary after himself receiving an earlier request from President Sarkissian to attend ceremonies marking the Armenian genocide on the same day.

This is not just diplomatic mischief. The Turks are well aware that the Allied landings at Gallipoli began on 25th April – the day after Armenians mark the start of their genocide, which was ordered by the Turkish government of the time – and that Australia and New Zealand mark Anzac Day on the 25th. Only two years ago, then-president Abdullah Gul of Turkey marked the 98th anniversary of the Great War battle on 18th March 2013 — the day on which the British naval bombardment of the Dardanelles Peninsular began on the instructions of British First Lord of the Admiralty Winston Churchill. At the time, no-one in Turkey suggested that Gallipoli – Canakkale in Turkish — should be remembered on 24th April.

The Turks, of course, are fearful that 1915 should be remembered as the anniversary of their country’s frightful crimes against humanity committed during the Armenian extermination, in which tens of thousands of men were executed with guns and knives, their womenfolk raped and then starved with their children on death marches into what was then Mesopotamia. The irony of history has now bequeathed these very same killing fields to the victorious forces of the ‘genocidal’ Islamist ISIS army, which has even destroyed the Armenian church commemorating the genocide in the Syrian city of Deir ez-Zour. Armenians chose 24th April to remember their genocide victims because this was the day on which Turkish police rounded up the first Armenian academics, lawyers, doctors, teachers and journalists in Constantinople.

Like Germany’s right wing and revisionist historians who deny the Jewish Holocaust, Turkey has always refused to accept the Ottoman Turkish Empire’s responsibility for the greatest crime against humanity of the 1914-18 war, a bloodletting which at the time upset even Turkey’s German allies. Armenia’s own 1915 Holocaust – which lasted into 1917 — has been acknowledged by hundreds of international scholars, including many Jewish and Israeli historians, and has since been recognized by many European states. Only Tony Blair’s government tried to diminish the suffering of the Armenians when it refused to regard the outrages as an act of genocide and tried to exclude survivors from commemorating their dead during Holocaust ceremonies in London. Turkey’s claim – that the Armenians were unfortunate victims of the social upheavals of the war – has long been discredited.

Several brave Turkish scholars – denounced for their honesty by their fellow countrymen – have researched Ottoman documents and proved that instructions were sent out from Constantinople (now Istanbul) to regional officials to destroy their Armenian communities. Professor Ayhan Aktar of Istanbul Bilgi University, for example, has written extensively about the courage of Armenians who themselves fought in uniform for Turkey at Gallipoli, and has publicised the life of Captain Sarkis Torossian, an Armenian officer who was decorated by the Ottoman state for his bravery but whose parents and sister were done to death in the genocide. Professor Aktar was condemned by Turkish army officers and some academics who claimed that Armenians did not even fight on the Turkish side. Turkish generals officially denied – against every proof to the contrary, including Torossian’s photograph in Ottoman uniform — that the Armenian soldier existed.
But now Turkey has changed its story. Turkish foreign minister Mevlut Cavusoglu recently acknowledged that other ethnic groups – including many Arabs as well as Armenians – also fought at Gallipoli. “We [Turks and Armenians] fought together at Gallipoli,” he said. “That’s why we have extended the invitation to President Sarkissian as well.” The Armenian president’s reply to Erdogan’s invitation even mentioned Captain Torossian – although he sadly claimed that the soldier was also killed in the genocide when he in fact died in New York in 1954 after writing his memoirs – and reminded the Turkish president that “peace and friendship must first be hinged on the courage to confront one’s own past, historical justice and universal memory… Each of us has a duty to transmit the real story to future generations and prevent the repetition of crimes… and prepare the ground for rapprochement and future cooperation between peoples, especially neighbouring peoples.”

Armenians hold their commemorations on April 24th – when nothing happened at Gallipoli – because this was the day on which the Armenian intellectuals were rounded up and jailed in the basement of Constantinople’s police headquarters prior to their deportation and — in some cases — execution. These were the first ‘martyrs’ of the Armenian genocide. By another cruel twist of history, the place of their incarceration is now the Museum of Islamic Arts – a tourist location to which Prince Charles and other dignitaries will presumably not be taken on 24th April. These killings marked the start of the Armenian people’s persecution and exile to the four corners of the earth.

Professor Aktar’s contribution – along with that of historian Taner Akcam in the US — to the truth of Turkish-Armenian history is almost unique. They alone, through their academic research and under enormous political pressure to remain silent, forced thousands of Turks to debate the terrible events of 1915. Many Turks have since discovered Armenian grandmothers who were ‘Islamised’ or seized by Turkish militiamen or soldiers when they were young women. Aktar also points out that other Armenian soldiers – a First Lieutenant Surmenian, whose own memoirs were published in Beirut 13 years after Torossian’s death – fought in the Turkish army.

He has little time, however, for either the Turkish government or Armenian president Sarkissian. “If you want to honour the Armenian officers and soldiers who… died for the fatherland (Turkey) in 1915, then you should invite the Armenian patriarch of Istanbul,” Aktar told me. “Why do (they) invite President Sarkissian? His ancestors were probably fighting in the Russian Imperial Army in 1915. He is from Karabagh [Armenian-held territory that is part of Turkish Azerbaijan] as far as I know! This is a show of an ‘indecent proposal’ towards President Sarkissian… it is rather insulting!”

Many Armenians might share the same view. For several months, Sarkissian was prepared to sign a treaty with Turkey to open the Armenian-Turkish frontier in return for a mere formal investigation by scholars of the genocide. Then-US Secretary of State Hillary Clinton supported him, along with sundry politicians and some Western journalists based in Turkey. But the Armenian diaspora responded in fury, asking how Jews would feel if friendship with Germany was contingent upon an enquiry to discover if the Jewish Holocaust had ever occurred. In the First World War, American and European newspapers gave massive publicity to the savagery visited upon the Armenians, and the British Foreign Office published a ‘black book’ on the crimes against Armenians of the Turkish army. The very word ‘genocide’ was coined about the Armenian holocaust by Raphael Lemkin, an American lawyer of Polish-Jewish descent. Israelis use the word ‘Shoah’ – ‘Holocaust’ — when they refer to the suffering of the Armenians.

The Turkish hero of Gallipoli, of course, was Lieutenant Colonel Mustapha Kemal – later Ataturk, founder of the modern Turkish state – and his own 19th Division at Gallipoli was known as the ‘Aleppo Division’ because of the number of Arabs serving in it. Ataturk did not participate in the mass killings of Armenians in 1915, but some of his associates were implicated – which still casts a shadow over the history of the Turkish state. The bloody Allied defeat at Gallipoli was to cast a shadow over the rest of Winston Churchill’s career, a fact well known to the tens of thousands of Australians and New Zealanders who plan to come to the old battlefield this April. How much they will know about an even more horrific anniversary on April 24th is another matter.

Voir encore:

Denmark does not recognize Armenian genocide claims: Minister
Agence France Presse

1/12/2008

Denmark does not officially recognize that Ottoman-era killings of Armenians during World War I constitute genocide, Danish Foreign Minister Per Stig Moeller said Thursday.

« In the government’s opinion, this is a historical question that should be left up to the historians, » Moeller said in a written parliamentary answer, indicating that Denmark would not follow the lead of some 20 other countries, including France, that have labeled the killings genocide. Moeller’s note came in response to a question from parliamentary member, Morten Messerchmidt, of the far-right Danish People’s Party, on whether « Denmark had officially recognized this genocide. » « It is unfortunate that the Danish government refuses to join other countries in recognizing this genocide, » Messerschmidt told Agence France Presse. « It is as if they fear Turkey’s reactions, » he said. Copenhagen’s decision « to not recognize this genocide shows that the government indirectly supports Turkey’s cowardly refusal to take responsibility for its history the way the Germans did after World War II, » he said. The mass killing of Armenians is considered genocide by Armenians but not by Turkey, which rejects the term. According to the Armenian claims, 1.5 million of their kinsmen were killed from 1915 to 1917 under an Ottoman Empire campaign of deportation and murder. Rejecting the genocide label, Turkey states that 250,000 to 500,000 Armenians and at least as many Turks died in civil strife when Armenians took up arms for independence in eastern Anatolia during World War I. A number of countries and official bodies, notably the European parliament, France, Canada and now a United States House of Representatives committee, have labeled the killings genocide.

 Voir de plus:

Bataille de Gallipoli : la Turquie se souvient
Le Point

24/04/2015

« Je veux redire à nouveau au nom de tous, devant la mémoire des centaines de milliers de jeunes qui reposent dans cette petite péninsule, notre détermination à assurer la paix et la prospérité dans le monde », a-t-il promis dans son discours. Entouré d’une vingtaine de dirigeants du monde entier réunis sur les rives du détroit des Dardanelles, le chef de l’État turc a honoré la mémoire des soldats de l’Empire ottoman et du corps expéditionnaire franco-britannique tombés pendant cet épisode meurtrier de la Première Guerre mondiale, et a prêché pour la paix.

« Un remède contre le terrorisme »

« J’espère que Canakkale (Dardanelles) servira d’exemple au monde entier et à toutes les communautés pour transformer notre peine commune en un outil de promotion de la fraternité, de l’amour et de la paix », a-t-il insisté, « un remède contre le terrorisme, le racisme, l’islamophobie et la haine ». « Nous devons honorer l’héroïsme des combattants de Gallipoli dans les deux camps », a renchéri sur le même ton le prince Charles, héritier de la couronne britannique. Malgré ce ton très oecuménique, le message délivré par l’homme fort de Turquie est resté largement brouillé par la polémique sur le génocide arménien. D’autres chefs d’État et de gouvernement, dont les présidents russe Vladimir Poutine et français François Hollande, ont ainsi boudé l’invitation de Gallipoli et préféré rendre vendredi hommage à Erevan aux centaines de milliers d’Arméniens massacrés par l’Empire ottoman à partir du 24 avril 1915.

Ces derniers jours, les Turcs ont vigoureusement dénoncé toutes les déclarations, du pape François au président allemand Joachim Gauck, les pressant de reconnaître un « génocide » arménien, et ont dénoncé une « campagne de dénigrement ». Pour la première fois cependant, un ministre turc a assisté vendredi à Istanbul à une messe en l’honneur des victimes arméniennes de 1915. « Nos coeurs sont ouverts aux descendants des Arméniens ottomans de par le monde », a déclaré M. Erdogan dans un message lu pendant cet office en leur renouvelant ses condoléances. Mais le chef de l’État turc n’est pas allé plus loin. Après la cérémonie internationale de Gallipoli, les anciens belligérants de 1915 ont commencé vendredi à honorer leurs morts dans des rendez-vous « nationaux ».

400 000 morts ou blessés dans les deux camps
Le plus célèbre, le fameux « service de l’aube » organisé par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, se déroulera samedi au petit matin, à l’heure précise du débarquement des premières troupes alliées sur les plages turques. La bataille des Dardanelles a commencé en février 1915 par la tentative d’une flottille franco-britannique de forcer le détroit pour s’emparer d’Istanbul, capitale de l’Empire ottoman. Repoussés, les Alliés ont débarqué le 25 avril à Gallipoli mais ont été contraints à une humiliante retraite après neuf fois d’une guerre de tranchées qui a fait plus de 400 000 morts ou blessés dans les deux camps. Malgré la défaite, l’héroïsme des jeunes soldats australiens et néo-zélandais, dont c’était le baptême du feu, contribuera à former l’identité nationale des deux pays. « Leur persévérance, leur dévouement, leur courage et leur compassion nous ont définis en tant que nation », a déclaré le chef du gouvernement australien Tony Abbott.

Comme chaque année, de nombreux touristes ont fait le pèlerinage de Gallipoli depuis l’autre côté de la planète. « Il est très important de revenir ici pour leur rendre l’hommage qu’ils méritent », a déclaré Marjorie Stevens, 87 ans, venue d’Adelaïde (Australie). L’Empire ottoman a fini la guerre dans le camp des perdants et a été démantelé. Mais la bataille de Gallipoli est devenue un symbole de la résistance qui a abouti à l’avènement de la République turque moderne en 1923. À la tête d’un régiment, son père-fondateur Mustafa Kemal y a forgé sa légende de héros national. À un mois des élections législatives turques du 7 juin, M. Erdogan n’a pas manqué de faire vibrer la fibre patriotique nationale. « Nous avons payé un prix élevé pour la victoire de Gallipoli. Il ne faut pas oublier que nous devons à cet esprit et à cette persévérance notre indépendance d’aujourd’hui », a-t-il dit.

Voir de plus:

A genocide denied
Newly uncovered Foreign Office memos show how New Labour has played politics with the massacre of th
Geoffrey Robertson

New Statesman

10 December, 2009

There are few genocides more clearly established than that suffered by the Armenians in 1915-16, when half the race was extinguished in massacres and deportations directed by the Young Turk government. Today you can be prosecuted in France and other European countries for denying the slaughter. But the world’s most influential genocide denier – other than Turkey itself – is the British government, which has
repeatedly asserted that there is insufficient evidence that what it terms a « tragedy » amounted to genocide. Now, thanks to the Freedom of Information Act, we learn that (in the words of Foreign Office memos) commercial and political relations with Turkey have required abandoning « the ethical dimension ».

For the past ten years, various Foreign Office ministers, from Geoff Hoon to Mark Malloch Brown, have told parliament that « neither this government nor previous governments have judged that the evidence is sufficiently unequivocal to persuade us that these events should be categorised as genocide, as defined by the 1948 convention ». This would have come as a shock to the architects of the 1948 UN Convention on Genocide (for whom the Armenian genocide was second only to the Holocaust), as well as to the wartime British government, which accused the Turks of proceeding « systematically to exterminate a whole race out of their domain ». (Winston Churchill described it as « an administrative holocaust . . . there is no reasonable doubt that this crime was executed for political reasons ».)

What does the Foreign Office know that eluded our government at the time as well as the drafters of the Genocide Convention, not to mention the International Association of Genocide Scholars, the US House committee on foreign affairs and at least nine other European governments? The Freedom of Information Act has now unravelled this mystery.

The Armenian Centre in London obtained hundreds of pages of hitherto secret memorandums, bearing the astonishing admission that there was no « evidence » that had ever been looked at and there had never been a « judgment » at all. Parliament had been misinformed: as the Foreign Office now admits, « there is no collection of documents, publications and reports by historians, held on the relevant files, or any evidence that a series of documents were submitted to ministers for consideration ». In any case, ministers repeatedly asserted that, « in the absence of unequivocal evidence to show that the Ottoman administration took a specific decision to eliminate the Armenians under their control at the time, British governments have not recognised the events of 1915-16 as genocide ».

That was the answer given by the government during the House of Lords debate on the subject in 1999. The thinking behind the genocide denial is revealed in an internal memorandum to ministers (Joyce Quin and Baroness Symons) before the debate: « HMG is open to criticism in terms of the ethical dimension, but given the importance of our relations (political, strategic and commercial) with Turkey . . . the current line is the only feasible option. »

An inconvenient truth
Nobody noticed that this « current line » was a legal nonsense. To prove genocide, you do not need unequivocal evidence of a specific government decision to eliminate a race – neither the Nazis nor the Hutu government in Rwanda ever voted to do so or recorded any such decision. Genocidal intentions are inferred from what governments do and from what they knew at the time they did it; and it was obvious to everyone in Armenia (including diplomats and missionaries from Germany, then allied to Turkey, and to neutral US ambassadors) that the deportations had turned into death marches, and the massacres were influenced by race hatred fanned by the government’s « Turkification » campaign. The internal documents show that the Foreign Office has never had the slightest interest in the law of genocide: its stance throughout is that the UK cannot recognise this particular genocide, not because it had not taken place, but because realpolitik makes it inconvenient.

There is no suggestion in these documents that expert legal advice was ever sought before ministers were wrongly briefed on the law of genocide. The definition of the crime includes « deliberately inflicting on the group conditions of life calculated to bring about its physical destruction in whole or in part » – a precise description of the Ottoman government’s orders to deport two million Armenians to the Syrian Desert, in the course of which hundreds of thousands were murdered or died of starvation. Courts in The Hague have actively developed the law relating to genocide in recent years, but the Foreign Office memos make no reference to this – its only concern is that ministers should say nothing which might discomfort a Turkish government that it describes as « neuralgic » about its accountability.

The documents show how Foreign Office officials have discouraged ministers from attending memorial services for Armenian victims and from including any reference to this genocide at Holocaust Memorial Day. They advised Margaret Beckett, Geoff Hoon and Kim Howells to absent themselves from the Armenian genocide memorial day in 2007. It is no business of the Foreign Office to discourage ministers from attending memorial services for victims of crimes against humanity.Notable in these hitherto secret documents is how government ministers parrot their Foreign Office briefs in parliament word for word and never challenge the advice provided by diplomats. None of them has ever pointed out, for example, that the « not sufficiently unequivocal » test is oxymoronic – evidence is either equivocal or it is not. It cannot be a little bit unequivocal.

The other routine excuse for denying the genocide has been that « it is for historians, not governments, to interpret the past ». This « line » was described in 1999 as « long-standing ». But genocide is a matter for legal judgment, not a matter for historians, and there is no dispute about the Armenian genocide among legal scholars. Yet Foreign Office ministers insist that the « interpretation of events is still the subject of genuine debate among historians ». This « line » was stoutly maintained until last year, when it was placed on the Downing Street website in response to an e-petition and provoked angry replies from the public. The minister, by now Jim Murphy, was displeased, and became the first to demand to know just what evidence the Foreign Office had looked at.

The Eastern Department had looked at no evidence at all. In great haste, it came up with three historians – Bernard Lewis (who had been prosecuted in France for denying the genocide, but then told Le Monde that he did not dispute that hundreds of thousands of Armenians had died), Justin McCarthy (a Kentucky professor whose pro-Turkish work was sent to Keith Vaz, then a minister at the Foreign Office, by the Turkish ambassador) and Heath Lowry, who, although he does not put his own name to denials of the genocide, provoked dispute at Princeton after it accepted funds from the Turkish government to endow his « Atatürk Chair » and he was then exposed as having helped draft a letter in which the Turkish ambassador denounced a scholar for writing about the genocide. It is astonishing, given the number of British historians, from Arnold Toynbee onwards, who have no doubts on the subject, that the Foreign Office should grasp at the straw of three controversial Americans.

Will we remember?
The head of the department later told Murphy that it had stopped « deploying this line » because « we found that references to historians tended to raise further questions ». Malloch Brown proceeded to read out the old mantra that « neither this government nor previous governments have judged that the evidence is sufficiently unequivocal » on his behalf, even though no government had actually « judged » or received any evidence at all.Parliament has been routinely misinformed by ministers who have recited Foreign Office briefs without questioning their accuracy. The government’s only policy has been to evade giving any truthful answer about the Armenian genocide, because it has abandoned « the ethical dimension » in the interests of relations with a Turkish government that it acknowledges to be unbalanced in its attitude to this issue.

In August 1939, Adolf Hitler exhorted his generals to show no mercy to the Polish people they were preparing to blitzkrieg because, « After all, who now remembers the annihilation of the Armenians? » If the ethics-free zone in the Foreign Office has its way, nobody in the UK will remember them either.

Geoffrey Robertson, QC is the author of « Crimes Against Humanity: the Struggle for Global Justice » (Penguin, £14.99)
His full opinion on the Armenian genocide and the Foreign Office documents can be obtained for free from j.flint@doughtystreet.co.uk

Voir de même:

Israël doit reconnaître le génocide arménien
Serge et Arno Klarsfeld

Le Monde

20.04.2015

Il est temps pour les autorités les plus représentatives d’Israël, son président, le chef de son gouvernement, la Knesset, de reconnaître le génocide dont ont été victimes les Arméniens de l’Empire ottoman.

Dans moins de vingt-cinq ans, ce sera au tour du centenaire du génocide des juifs d’être célébré dans le monde entier, et – nous l’espérons – y compris dans le monde musulman. Comment cultiver cette espérance d’unanimité si l’Etat des juifs se refuse encore à cette reconnaissance formelle pour ne pas indisposer son puissant voisin turc ?

Le génocide arménien a été reconnu par de nombreux pays, et le président de la République, François Hollande, s’est engagé à ce qu’une loi sanctionne la négation du génocide arménien comme la loi Gayssot sanctionne depuis un quart de siècle la négation du génocide juif.

En un temps ou les massacres des chrétiens d’Orient se multiplient, la voix du pape s’est fait entendre pour le déplorer et pour, enfin, proclamer que les Arméniens ont été victimes d’un génocide.

Suivre l’exemple allemand

Ce n’est pas pour condamner la Turquie moderne, pas plus qu’à Nuremberg on a voulu condamner l’Allemagne qui naîtrait des ruines du IIIe Reich. D’ailleurs, l’Allemagne fédérale dès sa naissance, la République démocratique allemande peu avant sa chute et l’Allemagne enfin réunifiée ont reconnu le génocide commis par l’Allemagne hitlérienne et, en en assumant les conséquences sur tous les plans, ont libéré le peuple allemand d’une partie de son fardeau moral.

Les dirigeants de la Turquie doivent suivre cet exemple. Tant qu’ils nieront la vérité historique, tant qu’ils essaieront d’échapper à leurs responsabilités et qu’ils continueront à prétendre que les Arméniens les ont trahis pendant la première guerre mondiale et qu’eux ont seulement riposté, ils seront tenus à l’écart par la communauté internationale, et en priorité par l’Union européenne. Tant qu’Israël ne reconnaîtra pas le génocide arménien, la Turquie se refusera à le faire.

L’Etat juif sait que les nazis ont pu se risquer à commettre au XXe siècle un second génocide parce que les auteurs du premier n’avaient pas été punis. Aucun argument ne peut s’opposer valablement à la reconnaissance que nous demandons à Israël en ces jours ou nous commémorons Yom HaShoah (la Journée du souvenir de l’Holocauste en Israël).

Serge Klarsfeld préside Fils et filles des déportés juifs de France.

Arno Klarsfeld est l’ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France.

Voir aussi:

Un siècle plus tard, Israël est moralement tenu de reconnaître le génocide arménien
Edy Cohen

i24news

44 membres du Congrès américain ont récemment présenté un projet de loi demandant à l’administration Obama de reconnaître l’holocauste arménien comme un « génocide ». On ne sait pas quand la proposition sera soumise au vote, mais il semble que les États-Unis pourraient très bientôt rejoindre la liste des 21 pays qui ont formellement reconnu le premier génocide du 21ème siècle.

Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, l’Empire ottoman a déclaré la guerre à la Russie. Les Arméniens, qui cherchaient à réaliser leurs aspirations nationales et établir une autonomie arménienne dans l’Empire, ont été perçus comme des traîtres qui collaboraient avec les Russes. Les « Jeunes Turcs », le parti nationaliste turc qui a déposé le sultan Abdul Hamid II, avaient d’autres plans concernant les Arméniens sur son territoire. Le parti a « turquifié” les territoires sous son contrôle en menant un nettoyage ethnique contre la minorité chrétienne.

Les responsables du génocide arménien étaient les hauts gradés des Jeunes Turcs, soit le ministre de l’Intérieur Talaat Pacha et le ministre de la Guerre, Enver Pacha. Ces hauts responsables ont ordonné la création d’une organisation paramilitaire, l’ »Organisation spéciale » (Techkilat-i Mahsoussé), afin de résoudre le « problème arménien ». La mission confiée à l’organisation était de bannir et de détruire le peuple arménien. Des criminels et les détenus libérés ont été engagés spécialement pour exécuter le plan.

Dans la nuit du 23 au 24 avril 1915, l’armée turque est entrée dans les maisons des dirigeants de la minorité arménienne et a cruellement tué des centaines de personnes.

Par conséquent, le 24 avril symbolise le début du génocide arménien et a été fixé comme journée officielle du souvenir. Les enquêteurs ont estimé que, entre 1914 et 1918 entre 1 et 1.5 million d’Arméniens, hommes, femmes et enfants ont été cruellement et systématiquement assassinés. La Turquie moderne refuse avec véhémence d’admettre son implication historique dans l’assassinat du peuple arménien et investit beaucoup dans la propagande de négation de l’holocauste arménien.

L’un des documents des archives des essais de Nurenberg révèle que l’apathie de la communauté internationale, l’oubli du massacre des Arméniens par les Turcs pendant la Première Guerre mondiale et l’absence de réponse appropriée ont encouragé Adolf Hitler à conquérir des territoires et à anéantir les Juifs dans Europe. « Qui se souvient de ces Arméniens? », a déclaré Hitler à son personnel, pour les informer de sa décision d’envahir la Pologne, ajoutant qu’ils ne devaient pas craindre une réaction internationale, en utilisant le massacre des Arméniens comme preuve.

Israël n’a jamais formellement reconnu le génocide arménien. La politique du ministère israélien des Affaires étrangères a toujours été de « ne pas perturber » les Turcs. La presse a fait en sorte de ne pas publier des articles sur le sujet, les éditeurs craignaient d’affronter le ministère des Affaires étrangères et ont sciemment dissumulé au public israélien le droit de savoir et de se familiariser avec la tragédie arménienne. Une grande partie de la population israélienne n’est pas consciente de la question malgré son importance et son influence sur l’histoire juive.

Tout Israël et le peuple juif en particulier, ont le devoir moral de reconnaître le génocide arménien. Un peuple qui a perdu un tiers de ses membres dans la Shoah ne peut pas nier le génocide d’un autre peuple qui avaient perdu les deux tiers de son numéro. Toutes les tentatives faites ces dernières années pour reconnaître le génocide arménien ont échoué en raison des considérations étrangères et des raisons politiques, la plupart du temps sur l’insistance du ministère israélien des Affaires étrangères et de la peur de la réponse turque.

Aujourd’hui, lorsque le président turc, qui a été Premier ministre pendant une décennie, Recep Tayyip Erdogan, maintient une ligne anti-israélienne et antisémite claire, le ministère des Affaires étrangères continue d’ignorer l’holocauste arménien et de maintenircette basse politique sur la base de mauvaises considérations. Il y a une justification morale et historique à reconnaître la genocide arménien. L’holocauste arménien doit être enseigné dans les écoles. Dans un mois, le 24 avril 2015 nous allons commémorer les 100 ans de l’assassinat de 1,5 million d’Arméniens.

A cette occasion, en plus de la page Facebook que j’avais créé – « Reconnaître le génocide arménien » – La parole est au président d’Israël Reuven Rivlin, le Premier ministre Benyamin Netanyahou et le ministre des Affaires étrangères à venir devront prendre immédiatement des mesures pour reconnaître le génocide qui a eu lieu il y a 100 ans et a été ignoré par l’ensemble de leurs prédécesseurs.

Edy Cohen est chercheur au département d’études du Moyen-Orient de l’université de Bar-Ilan

Voir de même:

Why is Israel still silent on Armenian genocide?

Israel has not joined the EU Parliament and the pope in officially recognizing the Armenian genocide, partly because of its strategic alliance with Azerbaijan against Iran.
Arad Nir

Al Monitor

April 22, 2015

Translator Danny Wool
For years, close ties between Israel and Turkey were understood to be the reason Jerusalem has avoided the repeated requests of Armenians for the international community to recognize the genocide their community suffered at the hands of the Ottoman Turks during World War I. Not only has Israel refused to recognize that the massacre was premeditated and planned by the Ottoman government in Istanbul, it has also exerted its influence in Washington to prevent the United States from recognizing the genocide. This alone was a good enough reason for the various Turkish governments to maintain close ties with Israel. Ankara believed that Israel had almost mystical powers of influence over the White House and Capitol Hill.

Diplomatic relations between Israel and Turkey have been foundering for over half a decade. During most of that time, there has been no Turkish ambassador to Israel, while the Israeli ambassador to Turkey was expelled from Ankara in disgrace. Pro-Israel lobbyists no longer meet with the Turkish ambassador in Washington, and the Israel Defense Forces have found apt and even successful alternatives to cooperation with the Turkish military, at least as far as Israel is concerned.

This year, Armenians are marking the centennial of the genocide. Given the deterioration of its relationship with Turkey, this occasion would seem to provide Israel with a golden opportunity to respond to the moral claim that it recognize the Armenian genocide, just as Pope Francis recently did, followed by the European Parliament. In fact, dozens of prominent Israeli artists and academics recently signed a petition calling on the Israeli government and Knesset to recognize the Armenian genocide.

Nevertheless, officially, Israel continues to squirm. The Foreign Ministry recommends showing greater empathy to the Armenian issue, and this will be the first year that Israel will send an official delegation to participate in the memorial ceremony to take place in Yerevan. It will, however, be a low-ranking delegation, made up of Knesset members. Foreign Ministry spokesman Emmanuel Nahshon presented Israel’s official position to Al-Monitor, saying: “Israel’s position has not changed. We are sensitive and attentive to the terrible tragedy of the Armenian people during the First World War, and express our empathy and solidarity. Most of the international community’s efforts must be focused on preventing humanitarian tragedies in the future.”

A few senior Israeli officials dealing with the issue spoke to Al-Monitor about it on condition of anonymity. They emphasized that this doesn’t just involve susceptibility toward Turkish sensitivities, but also sensitivity that Israel wants to show toward Azerbaijan, which is a neighbor of both Turkey and Armenia. Since the Soviet Union’s collapse, the borders in the Caucasus region have been redefined. One consequence is a continuing state of war between Azerbaijan and Armenia. One of the pillars of Azerbaijan’s new national narrative is the “Khojaly massacre,” which refers to a battle in the village of Khojaly, located in the disputed Armenian enclave of Nagorno-Karabakh, on Feb. 26, 1992. According to the Azeri narrative, Armenian forces killed 600 Azeri civilians there, including 169 women and children.

In this instance, the Armenians deny responsibility for the massacre of civilians, just as they do for a long list of atrocities that the Azeris have blamed on them since WWI. Given this relationship, it’s no wonder that the Azeris describe Armenian claims of genocide as fabricated. Last week’s decision by the European Parliament to use the term “Armenian genocide” was described by a spokesman for the Azeri Foreign Ministry as “an attempt to falsify the history [and] its interpretation for political purposes” stemming from the parliament’s succumbing to Armenian pressure.

Gallia Lindenstrauss of Israel’s Institute for National Security Studies says that Azerbaijan is the Muslim country with which Israel currently has the closest ties. Trade between Israel and Azerbaijan is estimated at over $5 billion. Israel imports some 40% of its oil from there, and exports mainly weapons and sophisticated defense systems to it. In 2012, when talk of an Israel strike against Iran was at its peak, Foreign Policy quoted a senior US official as saying (apparently with considerable hyperbole), “The Israelis have bought an airfield … and the airfield is called Azerbaijan.”

About six months ago, Defense Minister Moshe Ya’alon paid his first public visit to Azerbaijan. Foreign Minister Avigdor Liberman has visited Baku, the capital, on several occasions. While there, both of them heard from their hosts that Azerbaijan, like the Israeli government, considers Iran’s nuclear capacity to be an existential threat.

Azerbaijan’s border with Iran stretches for 611 kilometers (380 miles), making it longer even than Turkey’s border with Iran, which is 499 kilometers (310 miles) long. Meanwhile, Armenia’s border with Iran stretches for just 35 kilometers (22 miles). If the length of their borders can be used to determine the importance of relations with those countries, then Armenia is the least important of all of them. And in general, it is considered an ally of the country that Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu compares to Hitler’s Germany.

Coming back to the official position presented by the Israeli Foreign Ministry spokesman, it would seem that the call to the international community “to prevent humanitarian tragedies in the future” might not refer only to the incidents of mass murder committed daily by the Islamic State against anyone who is not one of them — Yazidis, Christians or Alawites. It is mainly directed against Iran’s “explicit intent of obliterating the Jewish state,” as Netanyahu reiterated April 16 at Yad Vashem during a memorial service for the victims of the Holocaust. Herein lies the real reason for Israel’s policy concerning whether it will recognize the Armenia genocide. The reason isn’t Turkey; it’s Iran.

Arad Nir
Contributor,  Israel Pulse
Arad Nir Is the head of the foreign news desk and international commentator for Channel 2 News, the largest news provider in Israel. Arad has covered international politics and diplomacy, ethnic conflicts around the world and interviewed various world leaders, decision-makers and opinion leaders. He teaches TV journalism at the IDC Herzliya and Netanya Academic College.
Original Al-Monitor Translations

Voir encore:

Le dilemme d’Israël face au génocide arménien
Cyrille Louis
Le Figaro

24/04/2015

L’Etat hébreu, soucieux de ne pas froisser la Turquie et l’Azerbaïdjan, s’est toujours refusé à qualifier ainsi les massacres survenus en 1915. Mais une partie de l’opinion israélienne réclame la remise en cause de cette posture.

Correspondant à Jérusalem

L’Etat hébreu, qui a toujours refusé de reconnaître le génocide arménien, ne sera pas pour autant absent des cérémonies organisées à Erevan pour en commémorer le centenaire. Sous pression d’une partie de son opinion publique, le gouvernement a décidé de s’y faire représenter par une délégation parlementaire. «Cette démarche reflète la sympathie et la solidarité que nous éprouvons vis-à-vis du peuple arménien», explique Emmanuel Nahshon, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, tout en soulignant qu’il n’est pas question, à ce stade, de remettre en cause la position israélienne. «Nous continuons d’évoquer une tragédie, et non pas un génocide, pour désigner les événements survenus en 1915», rappelle-t-il.

Avant de s’envoler pour Erevan, le député Nachman Shai (Union sioniste) et sa collègue Anat Berko (Likoud) ont ainsi été priés par les diplomates israéliens de choisir avec soin les mots qu’ils emploieront durant leur mission. Pas question, les a-t-on mis en garde, d’afficher des positions qui risqueraient de froisser la Turquie ou l’Azerbaïdjan. Mais la participation de ces deux parlementaires aux cérémonies d’Erevan laisse penser que la position israélienne n’est pas gravée dans le marbre. «Israël doit se demander si l’heure n’est pas venue de reconnaître qu’un génocide s’est déroulé en Arménie», explique Nachman Shai, qui, à titre personnel, parle d’un «holocauste arménien». «En tant que Juifs, nous avons la responsabilité de franchir ce pas, ajoute-t-il. Notre participation à ces commémorations traduit un engagement fort et clair de la Knesset, qui a régulièrement commémoré le souvenir des victimes, à réexaminer cette question.»

Une pétition pour la reconnaissance du génocide
Le gouvernement, soulignant que seuls une vingtaine de pays ont à ce jour reconnu le génocide arménien, considère qu’une telle démarche irait à l’encontre de ses intérêts stratégiques. Elle risquerait d’aggraver encore la brouille avec Ankara, l’un des rares alliés qu’Israël compte dans la région, avec lequel les relations sont des plus fraîches depuis l’assaut mortel contre le navire Mavi Marmara (2010). Elle ne manquerait pas, en outre, de froisser l’Azerbaïdjan. Or l’Etat hébreu entretient depuis les années 1990 un lien étroit avec Bakou, qui lui apporte une aide discrète mais essentielle dans ses efforts pour surveiller le programme nucléaire iranien. La relation entre les deux pays est «semblable à un iceberg», aurait jadis confié le président Ilham Aliyev, qui précisait alors: «Elles se déroulent à 90% sous la surface…»

Cent ans après le génocide arménien, de nombreuses voix appellent cependant les autorités israéliennes à ne pas sacrifier leurs principes à ces considérations géopolitiques. «En tant que descendants d’un peuple qui a connu l’Holocauste et qui se bat encore contre sa négation, il nous incombe de montrer une sensibilité particulière aux désastres subis par d’autres peuples», affirme une pétition récemment signée par une groupe d’universitaires, d’artistes, d’ex-officiers généraux et de responsables politiques israéliens. Le président Reuven Rivlin, élu au printemps 2014, est lui-même un partisan notoire de la reconnaissance du génocide arménien. Au nom de la raison d’Etat, il a récemment mis ce point de vue en sourdine. «Rouvrir ce débat au moment du centenaire n’a pas paru opportun, décrypte un responsable israélien, mais il ne serait pas surprenant qu’il revienne sur la table une fois les commémorations achevées…»

Voir enfin:

CARTE. La reconnaissance du génocide arménien dans le monde
Marie Le Douaran

L’Express

24/04/2015

Quelques jours avant la commémoration du centenaire des massacres, le Parlement autrichien et le Pape François ont reconnu publiquement le terme « génocide » que la Turquie nie catégoriquement.

Alors que l’Arménie commémore ce vendredi le centenaire des massacres perpétrés contre les Arméniens de Turquie au cours de la Première Guerre mondiale, 24 pays dans le monde reconnaissent actuellement le génocide arménien. Le Parlement européen et l’ONU qualifient aussi ces événements de « génocide ».

Ces actes de reconnaissance sont très divers: parmi les 24 Etats, seuls quatre -la France, l’Uruguay, l’Argentine et Chypre- ont promulgué des lois en ce sens. La plupart du temps, il s’agit de résolutions adoptées par le Parlement ou une des chambres du Parlement.

Les termes employés dans les déclarations ne sont pas toujours les mêmes: 22 pays nomment bien un « génocide » -contrairement à l’Uruguay, placé dans la catégorie « reconnaissance partielle » de la carte. En Allemagne, le texte adopté par le Parlement en 2005 n’emploie pas le terme mais le président Joachim Gauck l’a prononcé jeudi 23 avril, reconnaissant dans la foulée une « coresponsabilité » de son pays dans les massacres.

Des variations existent aussi sur l’identification de la responsabilité du génocide. Tous les pays n’évoquent pas la Turquie. Ainsi, la France et le Vatican ne mentionnent pas du tout Ankara, quand la Belgique, l’Italie, la Suisse, le Liban, la Syrie ou le Chili parlent de « l’Empire ottoman ».

La reconnaissance du génocide donne lieu à des tensions diplomatiques. Ainsi, la Turquie a rappelé son ambassadeur en Autriche cette semaine, après que Vienne a reconnu les massacres. Pour ne pas froisser la Turquie, Israël ne reconnaît toujours pas le génocide, mais évoque une « tragédie », et la Knesset n’a pas adopté de résolution. C’est également un des sujets qui ont pu freiner les discussions entre l’Union européenne et la Turquie, en vue d’une adhésion.

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Gaza: Obama va-t-il continuer à servir de bouclier aux barbares du Hamas à nos portes ? (After Iraq, Syria, Libya and Afghanistan, will Obama throw Israel to the wolves ?)

13 août, 2014
J’étais optimiste quand Obama a été élu président, parce que je pensais qu’il allait corriger certaines erreurs de Bush. Mais Obama est hypocrite. Il abandonne l’Irak aux loups. Tarek Aziz (05.08. 10)
The  friendships and the bonds of trust that I’ve been able to forge with a whole range of leaders is precisely, or is a big part of, what has allowed us to execute effective diplomacy. I think that if you ask them, Angela Merkel or Prime Minister Singh or President Lee or Prime Minister Erdogan or David Cameron would say, We have a lot of trust and confidence in the President. We believe what he says. We believe that he’ll follow through on his commitments. We think he’s paying attention to our concerns and our interests. And that’s part of the reason we’ve been able to forge these close working relationships and gotten a whole bunch of stuff done. Obama (Time, 19.01.12)
Notre démocratie est uniquement le train dans lequel nous montons jusqu’à ce que nous ayons atteint notre objectif. Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats. Erdogan (1997)
La démocratie et ses fondements jusqu’à aujourd’hui peuvent être perçus à la fois comme une fin en soi ou un moyen. Selon nous la démocratie est seulement un moyen. Si vous voulez entrer dans n’importe quel système, l’élection est un moyen. La démocratie est comme un tramway, il va jusqu’où vous voulez aller, et là vous descendez. Erdogan
Dites-moi, quelle est la différence entre les opérations israéliennes et celles des nazis et d’Hitler. C’est du racisme, du fascisme. Ce qui est fait à Gaza revient à raviver l’esprit du mal et pervers d’Hitler. Erdogan
Ce n’est pas la première fois que nous sommes confrontés à une telle situation. Depuis 1948, tous les jours, tous les mois et surtout pendant le mois sacré du ramadan, nous assistons à une tentative de génocide systématique. Recep Tayyip Erdogan (premier ministre turc)
The president’s demeanor is worrying a lot of people. From the immigration crisis on the Mexican border to the Islamic State rising in Mesopotamia, Barack Obama seems totally detached from the world’s convulsions. When he does interrupt his endless rounds of golf, fundraising and photo ops, it’s for some affectless, mechanical, almost forced public statement.  Regarding Ukraine, his detachment — the rote, impassive voice — borders on dissociation. His U.N. ambassador, Samantha Power, delivers an impassioned denunciation of Russia. Obama cautions that we not “get out ahead of the facts,” as if the facts of this case — Vladimir Putin’s proxies shooting down a civilian airliner — are in doubt. (…) Obama’s passivity stems from an idea. When Obama says Putin has placed himself on the wrong side of history in Ukraine, he actually believes it. He disdains realpolitik because he believes that, in the end, such primitive 19th-century notions as conquest are self-defeating. History sees to their defeat. “The arc of the moral universe is long, but it bends toward justice,” said Obama in June 2009 (and many times since) regarding the Green Revolution in Iran. Ultimately, injustice and aggression don’t pay. The Soviets saw their 20th-century empire dissolve. More proximally, U.S. gains in Iraq and Afghanistan were, in time, liquidated. Ozymandias lies forever buried and forgotten in desert sands. Remember when, at the beginning of the Ukraine crisis, Obama tried to construct for Putin “an offramp” from Crimea? Absurd as this idea was, I think Obama was sincere. He actually imagined that he’d be saving Putin from himself, that Crimea could only redound against Russia in the long run. If you really believe this, then there is no need for forceful, potentially risky U.S. counteractions. Which explains everything since: Obama’s pinprick sanctions; his failure to rally a craven Europe; his refusal to supply Ukraine with the weapons it has been begging for. A real U.S. president would give Kiev the weapons it needs, impose devastating sectoral sanctions on Moscow, reinstate our Central European missile-defense system and make a Reaganesque speech explaining why. Obama has done none of these things. Why should he? He’s on the right side of history. Of course, in the long run nothing lasts. But history is lived in the here and now. The Soviets had only 70 years, Hitler a mere 12. Yet it was enough to murder millions and rain ruin on entire continents. Bashar al-Assad, too, will one day go. But not before having killed at least 100,000 people. All domination must end. But after how much devastation? And if you leave it to the forces of history to repel aggression and redeem injustice, what’s the point of politics, of leadership, in the first place? The world is aflame and our leader is on the 14th green. The arc of history may indeed bend toward justice, Mr. President. But, as you say, the arc is long. The job of a leader is to shorten it, to intervene on behalf of “the fierce urgency of now.” Otherwise, why do we need a president? And why did you seek to become ours? Charles Krauthammer
It also reminds us of the tragedy of Obama’s diplomacy, that he really did have something to contribute to U.S. foreign policy and really intended to contribute it but botched it through a peculiar, Carteresque feckless arrogance. When he took office the U.S. was overextended abroad, militarily and in the American public’s willingness to expend blood and treasure trying to bail ungrateful foreigners out of self-inflicted messes. Like many voters, Obama believed a prudent reduction in commitments and ambitions would be healthy for his nation and the world. Humility is good in one’s personal life and has its place in diplomacy. For America to elect a black president willing to be frank about the nation’s shortcomings was a powerful vindication of an open society’s capacity for honest, constructive self-examination. But inability to tell humility from feebleness not only created short-term danger for America and the world, it risks discrediting the option he so passionately championed. In his remarkable Special Providence, Walter Russell Mead identifies four principal schools in American foreign policy. “Hamiltonians” concerned about world order and “Wilsonians” crusading to impose American ideals abroad are the two familiar ones, generally described as “realists” or “idealists” (and prone to squabble over whether idealism is realistic in the long run or vice versa). But Mead adds two others of enormous and often overlooked importance. One is “Jacksonians, »often ignorant and scornful of foreigners but robust supporters of American sovereignty and decisive action when their country is challenged or insulted. And while it might seem petty to resent insults, in foreign policy in particular willingness to tolerate serious insults signals weakness that invites challenges, to such an extent that insults themselves become challenges. Their tendency to swing between scorning the world and kicking its equator imparts a certain volatility to America’s foreign relations. But Jacksonians also give it great supple strength, because they support vigorous action without tolerating hyperactivity. That brings me to the final school, smallest and least influential but still significant and useful, Mead’s “Jeffersonians.” These are idealists, like the Wilsonians. But instead of seeking to impose America’s special virtues on the world, they fear constant engagement in ugly foreign entanglements will tarnish American ideals and undermine domestic liberty. They are present in both parties, on the Democratic “left” and among Republican libertarians. And Mead argues they are another underappreciated source of supple American strength because when the U.S. gets overextended, as under the Wilsonian George W. Bush, they stand ready with an analysis and prescription for retrenchment. Obama is a “Jeffersonian,” despite his drone strikes and excessive surveillance at home and abroad. But, like Carter before him, he seems to have abdicated rather than reduced America’s positive role abroad and, indeed, to doubt it can play one. Mistaking the resulting upheaval for “tranquility” tarnishes not just his presidency but the whole notion of prudent, cautious global engagement. There lies the tragedy of his diplomacy. John Robson
De l’Irak à l’Ukraine, de la Syrie à la Libye et à l’Afghanistan en passant par Gaza, les conflits sanglants se multiplient. «Le monde est devenu un foutoir», s’est même exclamée Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’Etat de Bill Clinton qui utilise d’habitude un langage plus châtié. Cela n’a pas de sens de faire porter toute la responsabilité de ce «foutoir» à Barack Obama et à la diplomatie américaine. Pourtant, dans chacun des points chauds du globe –Irak, Ukraine, Syrie, Libye, Afghanistan et Gaza–, la Maison Blanche a commis de grossières erreurs: en se désengageant trop vite, en ne mesurant pas suffisamment les enjeux et les risques, en menaçant sans jamais agir et en étant incapable de se donner une stratégie. Barack Obama et les Etats-Unis sont ainsi devenus aujourd’hui presque transparents sur la scène internationale, incapables de forcer un cessez-le-feu à Gaza, de faire condamner la Russie de Vladimir Poutine après la destruction en vol d’un avion civil au-dessus de l’est de l’Ukraine ou d’empêcher l’effondrement de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie et de la Libye. La diplomatie américaine a perdu au fil des mois sa crédibilité et son autorité.Il faut dire que la politique étrangère américaine cumule les désastres. (…)  Le retrait de l’ensemble des troupes américaines d’Irak a débouché sur la partition de fait du pays. Sans les 15.000 soldats américains, que les généraux voulaient maintenir sur place, les Etats-Unis n’ont eu aucun moyen de soutenir l’armée irakienne et de l’empêcher de s’effondrer face aux djihadistes. La Maison Blanche a beau se justifier en expliquant que c’était sur l’insistance du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, c’était surtout Barack Obama qui ne voulait plus un seul soldat américain sur le sol irakien. L’erreur a encore été plus grande en Syrie. Obama a d’abord refusé de soutenir les rebelles modérés et prédisait alors la chute de Bachar el-Assad. Quand ce dernier a gazé à mort 1.400 civils, franchissant la ligne rouge fixée par Barack Obama, ce dernier a demandé l’autorisation au Congrès d’apporter une réponse militaire… et s’en est remis à Vladimir Poutine pour obtenir du dictateur syrien qu’il renonce à son arsenal chimique. Bachar el-Assad n’est pas tombé. Les rebelles démocrates ont été balayés. Le nombre de morts dépasse les 200.000 et les djihadistes qui mènent la lutte contre le dictateur ont les mêmes méthodes sanguinaires que lui. Il y a eu aussi l’épisode libyen. Sollicité par la France et le Royaume-Uni, Barack Obama a participé à l’intervention aérienne pour renverser Mouammar Khadafi. Mais il a refusé de soutenir le nouveau gouvernement libyen et d’entraîner son armée. En conséquence de quoi, la Libye sombre dans le chaos. La réponse américaine aux printemps arabes a été désastreuse. Quand des citoyens ordinaires sont descendus dans les rues pour réclamer la démocratie, les occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, leur ont tourné le dos. «La réponse aurait dû être du même type que le plan Marshall après la Seconde Guerre mondiale…», explique Fred Hiatt toujours dans le Washington Post. Personne ne peut savoir si les Etats-Unis avaient eu un «grand» Président, si les occidentaux auraient pu soutenir activement les démocrates arabes, auraient pu empêcher l’Irak de s’effondrer, Bachar el-Assad de garder le pouvoir et auraient fait reculer Vladimir Poutine. Mais en manifestant une telle incompétence, indécision et même indifférence face aux affaires du monde, Barack Obama l’a indéniablement rendu bien plus dangereux au cours des cinq dernières années. Eric Leser
L’association qui regroupe les journalistes travaillant en Israël et dans les Territoires a accusé, dans un communiqué, le mouvement islamiste palestinien Hamas d’avoir recours à « des méthodes énergiques et peu orthodoxes » à l’encontre des envoyés spéciaux.  « On ne peut pas empêcher les médias internationaux de faire leur travail par la menace ou les pressions et priver leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs d’une vision objective du terrain », poursuit le texte.  « A plusieurs reprises, des journalistes étrangers travaillant à Gaza ont été harcelés, menacés ou interrogés sur des reportages ou des informations dont ils avaient fait état dans leur média ou sur les réseaux sociaux », a dit l’association. (…) Les journalistes ayant été menacés répugnent à raconter publiquement leur expérience, par crainte des répercussions, a-t-elle dit. (…) L’association accuse aussi le Hamas de chercher à « filtrer » l’entrée des journalistes en réclamant des informations sur leur compte à leur média. Elle craint l’établissement d’une liste noire des journalistes dont le travail aurait déplu au Hamas. Plusieurs médias ont rapporté avoir reçu lundi une demande du Hamas réclamant les noms des journalistes se rendant à Gaza, leur média, leur pays de résidence, leurs coordonnées ainsi que le nom de leur traducteur, pour « faciliter et organiser » leur travail dans l’enclave palestinienne. AFP/L’Express
 Our strategy is also shaped by deeper understanding of al Qaeda’s goals, strategy, and tactics over the past decade. I’m not talking about al Qaeda’s grandiose vision of global domination through a violent Islamic caliphate. That vision is absurd, and we are not going to organize our counter-terrorism policies against a feckless delusion that is never going to happen. We are not going to elevate these thugs and their murderous aspirations into something larger than they are. John Brennen (conseiller pour le contre-terrrorisme, 30.06.11)
In strongly supporting a surge in Afghanistan, Hillary told the president that her opposition in Iraq had been political because she was facing him in the primary. She went on to say, ‘The Iraq surge worked.’ The president conceded vaguely that opposition to the surge had been political. To hear the two of them making these admissions, and in front of me, was as surprising as it was dismaying. Robert Gates
Great nations need organizing principles, and ‘Don’t do stupid stuff’ is not an organizing principle. (…) I think Israel did what it had to do to respond to the rockets,” she told me. “Israel has a right to defend itself. The steps Hamas has taken to embed rockets and command-and-control facilities and tunnel entrances in civilian areas, this makes a response by Israel difficult. (…) [J]ust as we try to do in the United States and be as careful as possible in going after targets to avoid civilians. (…)  mistakes were made (…) We’ve made them. I don’t know a nation, no matter what its values are—and I think that democratic nations have demonstrably better values in a conflict position—that hasn’t made errors, but ultimately the responsibility rests with Hamas. (…)  it’s impossible to know what happens in the fog of war. Some reports say, maybe it wasn’t the exact UN school that was bombed, but it was the annex to the school next door where they were firing the rockets. And I do think oftentimes that the anguish you are privy to because of the coverage, and the women and the children and all the rest of that, makes it very difficult to sort through to get to the truth. There’s no doubt in my mind that Hamas initiated this conflict. … So the ultimate responsibility has to rest on Hamas and the decisions it made.(…) It is striking … that you have more than 170,000 people dead in Syria. … You have Russia massing battalions—Russia, that actually annexed and is occupying part of a UN member-state—and I fear that it will do even more to prevent the incremental success of the Ukrainian government to take back its own territory, other than Crimea. More than 1,000 people have been killed in Ukraine on both sides, not counting the [Malaysia Airlines] plane, and yet we do see this enormous international reaction against Israel, and Israel’s right to defend itself, and the way Israel has to defend itself. This reaction is uncalled for and unfair. You can’t ever discount anti-Semitism, especially with what’s going on in Europe today. There are more demonstrations against Israel by an exponential amount than there are against Russia seizing part of Ukraine and shooting down a civilian airliner. So there’s something else at work here than what you see on TV. (…) What you see is largely what Hamas invites and permits Western journalists to report on from Gaza. It’s the old PR problem that Israel has. Yes, there are substantive, deep levels of antagonism or anti-Semitism towards Israel, because it’s a powerful state, a really effective military. And Hamas paints itself as the defender of the rights of the Palestinians to have their own state. So the PR battle is one that is historically tilted against Israel. (…) If I were the prime minister of Israel, you’re damn right I would expect to have control over security, because even if I’m dealing with [Palestinian Authority President Mahmoud] Abbas, who is 79 years old, and other members of Fatah, who are enjoying a better lifestyle and making money on all kinds of things, that does not protect Israel from the influx of Hamas or cross-border attacks from anywhere else. With Syria and Iraq, it is all one big threat. So Netanyahu could not do this in good conscience. (…) I would not put Hamas in the category of people we could work with. I don’t think that is realistic because its whole reason for being is resistance against Israel, destruction of Israel, and it is married to very nasty tactics and ideologies, including virulent anti-Semitism. I do not think they should be in any way treated as a legitimate interlocutor, especially because if you do that, it redounds to the disadvantage of the Palestinian Authority, which has a lot of problems, but historically has changed its charter, moved away from the kind of guerrilla resistance movement of previous decadesHillary Clinton
Les Qataris m’ont affirmé à maintes reprises que le Hamas est une organisation humanitaire. Nancy Pelosi (chef de file de la minorité au Congrès)
Whatever happened to the Hillary Clinton who was an early advocate of diplomatic engagement with Iran, and who praised Bashar Assad as a « reformer » and pointedly refused to call for his ouster six months into the uprising? Wasn’t she the most vocal and enthusiastic advocate for the reset with Russia? Didn’t she deliver White House messages to Benjamin Netanyahu by yelling at him? Didn’t she also once describe former Egyptian dictator Hosni Mubarak as a family friend? And didn’t she characterize her relationship with Mr. Obama—in that cloying « 60 Minutes » exit interview the two of them did with Steve Kroft —as « very warm, very close »? Where’s the love now? There are a few possible answers to that one. One is that the views she expressed in the interview are sincere and long-held and she was always a closet neoconservative; Commentary magazine is delivered to her mailbox in an unmarked brown envelope. Another is that Mrs. Clinton can read a poll: Americans now disapprove of the president’s handling of foreign policy by a 57% to 37% margin, and she belatedly needs to disavow the consequences of the policies she once advocated. A third is that she believes in whatever she says, at least at the time she’s saying it. She is a Clinton, after all. There’s something to all of these theories: The political opportunist always lacks the courage of his, or her, convictions. That’s not necessarily because there aren’t any convictions. It’s because the convictions are always subordinated to the needs of ambition and ingratiation. Then again, who cares who Mrs. Clinton really is? When the question needs to be asked, it means we already know, or should know, how to answer it. The truth about Mrs. Clinton isn’t what’s potentially at stake in the next election. It’s the truth about who we are. Are we prepared to believe anything? We tried that with Barack Obama, the man who promised to be whatever we wanted him to be. Mrs. Clinton’s self-reinvention as a hawk invites us to make the mistake twice. Bret Stephens
Il est indiscutable que le Président Obama a, consciemment ou non, servi de bouclier au Hamas. Ce n’est pas un conflit dans lequel les États-Unis doivent jouer le rôle de médiateurs ou même faire allusion à une équivalence morale. Ce conflit nous a été imposé par un groupe terroriste qui promeut la culture de la mort et du martyre, laquelle s’exprime dans le slogan souvent cité: « Les Juifs veulent la vie alors que nous voulons mourir en martyrs ». Nous avons affaire ici à une entité qui veut l’indépendance. C’est un conflit entre le bien et le mal. On se fût attendu à ce que notre allié impute la responsabilité de la mort des victimes aux marchands de mort du Hamas qui prennent pour cibles des citoyens israéliens et causent des victimes à leur propre peuple qu’ils utilisent comme boucliers humains en les exhibant avec joie devant le monde comme des victimes de la tyrannie israélienne. Au lieu de cela, le Président Obama a pris les devants en soutenant hypocritement notre droit à nous défendre, tout en nous reprochant de réagir de manière disproportionnée en ripostant contre la source des tirs de missiles, et les postes de commandement qui sont délibérément imbriqués dans les bâtiments de l’ONU, les écoles, les hôpitaux et les mosquées. Les scènes sanglantes de victimes palestiniennes, mises en relief par les médias mondiaux auraient dû être présentées dans le contexte de la responsabilité du Hamas qui a délibérément orchestré ce cauchemar. Au lieu de cela, le comportement du Président Obama a tout simplement encouragé le Hamas à poursuivre sa stratégie barbare, persuadé qu’il est que les États-Unis le sauveront des machoires de la défaite et le récompenseront de son engagement dans le terrorisme. Dans ce contexte, les éructations clairement synchronisées de la Maison Blanche, du Département d’État, et même du Pentagone, juste avant l’annonce du cessez-le-feu mort-né de 72 heures, condamnant Israël pour les victimes civiles, et ce compris le bombardement d’une école de l’UNRWA à Gaza, comme « indéfendables » et « totalement inacceptables », avaient clairement pour but d’obtenir le soutien du Qatar et de la Turquie. (…) Le choc public causé par la découverte des tunnels terroristes et celle de l’extension de la portée des missiles qui couvrent désormais tout le pays, a réalisé l’union du peuple d’une manière qui rappelle la Guerre des Six-Jours. (…) Bien que ce ne soit pas perceptible en raison de l’extraordinaire tsunami de l’antisémitisme mondial et de l’attitude des deux poids deux mesures, adoptée par les pays occidentaux, il y a un clair consensus sur le fait que cette guerre nous a été imposée, et une plus grande prise de conscience de la nature terroriste du Hamas et de son mépris de la vie humaine. Il y a aussi le revirement radical dans l’approche de l’Égypte, de l’Arabie Saoudite, de la Jordanie, de l’Autorité Palestinienne et de la majeure partie des membres de la Ligue arabe, qui ont avalisé la proposition égyptienne de cessez-le feu, et dont la peur et le mépris des fondamentalistes islamistes extrémistes dépassent de beaucoup leur traditionnelle haine d’Israël. Les Égyptiens et d’autres États arabes modérés affirment, que depuis son discours initial du Caire en 2009, le Président Obama est apparu comme un supporter des Frères musulmans, créateurs du Hamas, qu’ils considèrent à juste titre comme une organisation fondamentaliste terroriste. Ils considèrent l’atteinte causée aux propositions égyptiennes de cessez-le-feu et le recours au Qatar et à la Turquie, qui soutiennent les Frères Musulmans et le Hamas, comme un exemple de plus du fait que les États-Unis trahissent leurs alliés et font cause commune avec leurs ennemis. (…) Le résultat dépend, dans une large mesure, des États-Unis. S’ils récompensent le Hamas pour son agression en s’efforçant de faire « lever le blocus », ou s’ils lui versent des fonds sans démilitarisation, ce sera une trahison à notre égard. Les États-Unis auront détruit le peu de crédibilité mondiale qu’ils ont encore et seront considérés comme abandonnant leurs alliés de longue date pour flatter obséquieusement ceux qui soutiennent le terrorisme islamique fanatique. Les États-Unis soutiendront-ils la juste cause d’Israël contre le terrorisme génocidaire, ou seront-ils un bouclier de protection pour les barbares du Hamas qui sont à nos portes, frayant ainsi la voie à une future guerre beaucoup plus brutale dans un futur proche ? Isi Leibler

Attention: un bouclier humain peut en cacher un autre !

A l’heure où, victime de l’incroyable succès de sa stratégie de propagande morbide comme nous le rappelions dans notre dernier billet, le Hamas a réussi l’exploit de rallier une communauté internationale – Monde arabe, quoi qu’il en dise officiellement, compris ! -jusque là divisée à la demande israélienne de son propre désarmement …

Et  qu’avec son seul autre allié dans la région et aux côtés des  incontournables financiers du jihadisme mondial, l‘islamisme dit « modéré » prend tranquillement  le tramway de la démocratie  …

Pendant qu’après les abjections que l’on sait et à travers une timide et tardive déclaration, commencent à émerger les conditions dans lesquelles nos médias collaborent au cauchemar délibérément orchestré par le Hamas …

Et qu’en Irak même et avant demain  l’Afghanistan apparait  chaque jour un peu plus clairement la folie de l’Administration américaine actuelle d’abandon systématique des positions chèrement acquises …..

Devinez, comme le rappelle cette excellente tribune de l’éditorialiste du Jerusalem Post Isi Leibler traduite par notre ami Menahem Macina, qui entre deux parties de golf est en train de tout saboter ?

Et qui,  fidèle à lui-même et à son habitude de trahir ses alliés (Israël, Egypte) et soutenir ses ennemis (Qatar, Turquie, Iran), pourrait à nouveau jouer les boucliers humains …

Pour une organisation explicitement auto-revendiquée comme terroriste et génocidaire?

Obama va-t-il continuer à servir de bouclier aux barbares du Hamas qui sont à nos portes?
Isi Leibler
The Jerusalem post
12/08/2014
Texte original anglais “Will Obama keep shielding Hamas barbarians at our gates?”, sur le site du Jerusalem Post, 3 août 2014

[Bien qu’il date un peu et qu’entre temps les choses ont quelque peu changé sur le terrain, puisque un nouveau cessez-le-feu de 72 heures est entré en vigueur depuis 24 heures, j’ai cru intéressant de traduire les réflexions de cet éditorialiste engagé et passionné, qui croit à la réalité de l’incident révélant une brouille profonde entre Israël et l’Administration Obama. On n’est bien entendu pas obligé de partager sa vision pessimiste des choses, mais il faut l’entendre. Merci à Giora Hod de m’avoir signalé ce texte. (Menahem Macina).]
Si les États-Unis récompensent le Hamas en voulant faire cesser le blocus ou en les finançant sans démilitarisation, ce sera une trahison à notre égard.

Les États-Unis sont le plus important allié d’Israël. Ils nous ont fourni des armes, et voici juste une semaine [fin juillet], ils nous ont accordé un financement supplémentaire pour améliorer les performances du système de défense anti-missiles Iron Dome (dôme de fer). Ils ont également usé de leur influence politique pour faire échouer l’adoption de résolutions hostiles et de sanctions au niveau international.

Mais nous ne devons pas nous faire d’illusions. La relation américano-israélienne est sous grande tension. En dépit des déclarations sibyllines des gouvernements israélien et américain, niant la véracité des extraits d’une conversation téléphonique empoisonnée entre le Premier ministre Binyamin Netanyahu et le Président Barak Obama, le rédacteur en chef hautement respecté du département étranger de la chaîne de télévision Channel One, Oren Nahary, défend fermement son reportage ; il maintient que sa source – un haut fonctionnaire américain – est crédible, et que l’information ne provient pas du bureau du Premier ministre [israélien].

Le Président américain aurait réagi en disant que ce n’était pas à Netanyahu de dicter à l’Amérique quels pays devaient agir en tant que médiateurs. Quelques jours plus tard, Nancy Pelosi, chef de file de la minorité au Congrès, a accrédité cet échange en disant sur CNN que les États-Unis devraient coopérer avec les Qataris qui, dit-elle « m’ont affirmé à maintes reprises que le Hamas est une organisation humanitaire ». Il est ahurissant qu’un dirigeant démocratique du Congrès puisse qualifier d’« humanitaire » une organisation génocidaire ayant des objectifs similaires à ceux d’al-Qaïda, et dont la charte appelle explicitement à la destruction d’Israël et au meurtre des juifs.

Il y a eu également des échanges tendus entre le bureau du Premier ministre et le Secrétaire d’État américain John Kerry, désormais tristement célèbre pour ses commentaires inappropriés et ses déclarations contradictoires.

Les deux parties ont fait des efforts pour calmer la tempête. Les hauts fonctionnaires américains ont réaffirmé leur soutien à Israël et soutenu à nouveau son droit à se défendre. Avec quelque retard, le président Obama a emboîté le pas aux Européens et fait de la démilitarisation de la bande de Gaza une question qui devrait être négociée en liaison avec la levée du blocus après la cessation des hostilités.

Mais il est indiscutable que le Président Obama a, consciemment ou non, servi de bouclier au Hamas. Ce n’est pas un conflit dans lequel les États-Unis doivent jouer le rôle de médiateurs ou même faire allusion à une équivalence morale. Ce conflit nous a été imposé par un groupe terroriste qui promeut la culture de la mort et du martyre, laquelle s’exprime dans le slogan souvent cité: « Les Juifs veulent la vie alors que nous voulons mourir en martyrs ». Nous avons affaire ici à une entité qui veut l’indépendance. C’est un conflit entre le bien et le mal.

On se fût attendu à ce que notre allié impute la responsabilité de la mort des victimes aux marchands de mort du Hamas qui prennent pour cibles des citoyens israéliens et causent des victimes à leur propre peuple qu’ils utilisent comme boucliers humains en les exhibant avec joie devant le monde comme des victimes de la tyrannie israélienne.

Au lieu de cela, le Président Obama a pris les devants en soutenant hypocritement notre droit à nous défendre, tout en nous reprochant de réagir de manière disproportionnée en ripostant contre la source des tirs de missiles, et les postes de commandement qui sont délibérément imbriqués dans les bâtiments de l’ONU, les écoles, les hôpitaux et les mosquées. Les scènes sanglantes de victimes palestiniennes, mises en relief par les médias mondiaux auraient dû être présentées dans le contexte de la responsabilité du Hamas qui a délibérément orchestré ce cauchemar. Au lieu de cela, le comportement du Président Obama a tout simplement encouragé le Hamas à poursuivre sa stratégie barbare, persuadé qu’il est que les États-Unis le sauveront des machoires de la défaite et le récompenseront de son engagement dans le terrorisme.

Dans ce contexte, les éructations clairement synchronisées de la Maison Blanche, du Département d’État, et même du Pentagone, juste avant l’annonce du cessez-le-feu mort-né de 72 heures, condamnant Israël pour les victimes civiles, et ce compris le bombardement d’une école de l’UNRWA à Gaza, comme « indéfendables » et « totalement inacceptables », avaient clairement pour but d’obtenir le soutien du Qatar et de la Turquie.

Les États-Unis savent parfaitement quelles mesures extraordinaires, sans équivalent dans quelque conflit armé que ce soit, ont été prises par Israël pour réduire au minimum les pertes civiles. Mais des civils innocents meurent au cours d’une guerre – et a fortiori dans des circonstances où des femmes et des enfants sont utilisés comme boucliers humains et délibérément logés dans le voisinage immédiat de lanceurs de missiles et de postes de commandement. Quand les soldats israéliens sont pris sous le feu de terroristes, même si ces tirs proviennent d’écoles, ils doivent riposter, ou être tués. En outre, des accidents sont inévitables. Il sufit de se remémorer les milliers de civils français innocents tués par les Alliés durant l’invasion en 1944.

Pour prendre la mesure du deux poids deux mesures et de l’hypocrisie dont nous sommes victimes, les États-Unis devraient tenir compte des centaines de milliers de civils innocents tués par les forces de la coalition au cours de la guerre d’Irak et en Afghanistan, ainsi que le carnage causé en Serbie par les bombardements indiscriminés de civils par l’OTAN, à Belgrade, pour venir à bout de Milosevic.

La tragédie des victimes palestiniennes innocentes nous attriste tous. Mais il est révoltant de voir le président américain exprimer plus d’indignation pour la mort de 1 500 Palestiniens, dont une grande partie sont des terroristes sanguinaires, que pour les 180 000 Syriens massacrés dans la guerre civile en cours dans ce pays.

Il est absolument inacceptable de condamner un allié de longue date. Comment les États-Unis peuvent-ils justifier leur focalisation sur la perte de vies innocentes sans prendre en considération le contexte et en s’abstenant de jeter le blâme sur le Hamas qui exulte de massacrer tant les Israéliens que son propre peuple, dont il exploite ouvertement les souffrances pour discréditer Israël et détourner l’attention de ses activités terroristes? Cela rappelle l’expression sarcastique – souvent citée – de Golda Meïr, selon laquelle « la paix adviendra quand nos adversaires aimeront leurs enfants plus qu’ils nous haïssent ».

Israël doit rester ferme. Le choc public causé par la découverte des tunnels terroristes et celle de l’extension de la portée des missiles qui couvrent désormais tout le pays, a réalisé l’union du peuple d’une manière qui rappelle la Guerre des Six-Jours. Près de 90% de la population sont inébranlables sur ce point : Israel ne doit pas s’arrêter tant que Gaza ne sera pas démilitarisée et le Hamas complètement écrasé, malgré le terrible coût en vies humaines

Même le Parti d’opposition travailliste “colombe” attend cela de Netanyahu. Bien que ce ne soit pas perceptible en raison de l’extraordinaire tsunami de l’antisémitisme mondial et de l’attitude des deux poids deux mesures, adoptée par les pays occidentaux, il y a un clair consensus sur le fait que cette guerre nous a été imposée, et une plus grande prise de conscience de la nature terroriste du Hamas et de son mépris de la vie humaine.

Il y a aussi le revirement radical dans l’approche de l’Égypte, de l’Arabie Saoudite, de la Jordanie, de l’Autorité Palestinienne et de la majeure partie des membres de la Ligue arabe, qui ont avalisé la proposition égyptienne de cessez-le feu, et dont la peur et le mépris des fondamentalistes islamistes extrémistes dépassent de beaucoup leur traditionnelle haine d’Israël. Les Égyptiens et d’autres États arabes modérés affirment, que depuis son discours initial du Caire en 2009, le Président Obama est apparu comme un supporter des Frères musulmans, créateurs du Hamas, qu’ils considèrent à juste titre comme une organisation fondamentaliste terroriste.

Ils considèrent l’atteinte causée aux propositions égyptiennes de cessez-le-feu et le recours au Qatar et à la Turquie, qui soutiennent les Frères Musulmans et le Hamas, comme un exemple de plus du fait que les États-Unis trahissent leurs alliés et font cause commune avec leurs ennemis. La chose a trouvé son expression dans la proposition initiale de cessez-le-feu de Kerry, parrainée par le Qatar et la Turquie, mais rejetée à l’unanimité par le cabinet israélien, et qui aurait pu être rédigée par le Hamas.

À l’heure actuelle, Israël a largement atteint ses objectifs principaux qui étaient de détruire les tunnels et de neutraliser de manière significative les capacités de tirs de missiles. Mais le Hamas reste intact et, à moins qu’une démilitarisation ne soit imposée, nous devrons faire face à des djihadistes invétérés qui ne renonceront pas à leur objectif ouvertement exprimé de nous détruire ou tout au moins d’user notre moral par des attaques terroristes incessantes.

La responsabilité majeure de tout gouvernement est de protéger ses citoyens. C’est l’occasion pour Israël de rester ferme et de prendre toutes les mesures qui seront nécessaires pour affaiblir le Hamas et démilitariser Gaza. La responsabilité des dommages collatéraux causés aux civils innocents incombe exclusivement au Hamas.

L’insolente violation par le Hamas du cessez-le-feu de 72 heures a mené à une réaction temporaire mondiale à l’encontre du Hamas.

Après avoir neutralisé les tunnels que Tsahal a été en mesure de détecter, les forces terrestres ont été redéployées. Toutefois, Netanyahu a clairement dit que l’opération n’était pas terminée.

Le cabinet doit rapidement décider de l’une des deux options suivantes. Il peut étendre la campagne terrestre et conquérir Gaza, ce à quoi la majorité de la nation souscrira probablement en premier lieu, mais cela impliquerait probablement des pertes massives et donnerait lieu à une pression internationale qui pourrait nous contraindre à nous replier de manière unilatérale ou nous exposer à des sanctions. Il apparaît que sans exclure cette option, le Premier ministre Netanyahu – au moins à court terme – a l’intention de continuer à détruire les lance-missiles et à attaquer le Hamas par voie aérienne, limitant ainsi les pertes israéliennes et exerçant une plus grande influence sur la mise en oeuvre de la démilitarisation.

Le résultat dépend, dans une large mesure, des États-Unis. S’ils récompensent le Hamas pour son agression en s’efforçant de faire « lever le blocus », ou s’ils lui versent des fonds sans démilitarisation, ce sera une trahison à notre égard. Les États-Unis auront détruit le peu de crédibilité mondiale qu’ils ont encore et seront considérés comme abandonnant leurs alliés de longue date pour flatter obséquieusement ceux qui soutiennent le terrorisme islamique fanatique.

Les États-Unis soutiendront-ils la juste cause d’Israël contre le terrorisme génocidaire, ou seront-ils un bouclier de protection pour les barbares du Hamas qui sont à nos portes, frayant ainsi la voie à une future guerre beaucoup plus brutale dans un futur proche ?

Le site Internet de l’auteur peut être consulté at http://www.wordfromjerusalem.com. On peut le contacter à ileibler@leibler.com.

Voir aussi:

JÉRUSALEM
Gaza: une association de médias étrangers dénoncent les pratiques du Hamas
AFP/L’Express

11/08/2014

Jérusalem – L’Association de la presse étrangère en Israël et dans les Territoires palestiniens a accusé lundi le Hamas d’avoir « harcelé » et « menacé » des journalistes étrangers venus couvrir la guerre dans la bande de Gaza.

L’association qui regroupe les journalistes travaillant en Israël et dans les Territoires a accusé, dans un communiqué, le mouvement islamiste palestinien Hamas d’avoir recours à « des méthodes énergiques et peu orthodoxes » à l’encontre des envoyés spéciaux.

« On ne peut pas empêcher les médias internationaux de faire leur travail par la menace ou les pressions et priver leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs d’une vision objective du terrain », poursuit le texte.

« A plusieurs reprises, des journalistes étrangers travaillant à Gaza ont été harcelés, menacés ou interrogés sur des reportages ou des informations dont ils avaient fait état dans leur média ou sur les réseaux sociaux », a dit l’association.

Des centaines de journalistes venus du monde entier se sont rendus à Gaza pour « couvrir » le conflit entre Israël et le Hamas, qui contrôle le territoire. « Environ 10% » d’entre eux ont dit avoir rencontré des difficultés avec les autorités du Hamas, a dit une responsable de l’association à l’AFP.

Les journalistes ayant été menacés répugnent à raconter publiquement leur expérience, par crainte des répercussions, a-t-elle dit.

Un photographe a rapporté à l’association avoir été frappé et son appareil détruit; l’appareil d’un autre lui a été confisqué pendant trois jours et il a été demandé à plusieurs journalistes de retirer des publications sur Twitter et des vidéos sur YouTube. Un média européen a été menacé alors qu’il filmait une manifestation anti-Hamas, a-t-elle dit.

L’association accuse aussi le Hamas de chercher à « filtrer » l’entrée des journalistes en réclamant des informations sur leur compte à leur média. Elle craint l’établissement d’une liste noire des journalistes dont le travail aurait déplu au Hamas.

Plusieurs médias ont rapporté avoir reçu lundi une demande du Hamas réclamant les noms des journalistes se rendant à Gaza, leur média, leur pays de résidence, leurs coordonnées ainsi que le nom de leur traducteur, pour « faciliter et organiser » leur travail dans l’enclave palestinienne.

Voir encore:

Hillary Clinton: ‘Failure’ to Help Syrian Rebels Led to the Rise of ISIS
The former secretary of state, and probable candidate for president, outlines her foreign-policy doctrine. She says this about President Obama’s: « Great nations need organizing principles, and ‘Don’t do stupid stuff’ is not an organizing principle. »
Jeffrey Goldberg

The Atlantic

AUG 10 2014

President Obama has long ridiculed the idea that the U.S., early in the Syrian civil war, could have shaped the forces fighting the Assad regime, thereby stopping al Qaeda-inspired groups—like the one rampaging across Syria and Iraq today—from seizing control of the rebellion. In an interview in February, the president told me that “when you have a professional army … fighting against a farmer, a carpenter, an engineer who started out as protesters and suddenly now see themselves in the midst of a civil conflict—the notion that we could have, in a clean way that didn’t commit U.S. military forces, changed the equation on the ground there was never true.”

Well, his former secretary of state, Hillary Rodham Clinton, isn’t buying it. In an interview with me earlier this week, she used her sharpest language yet to describe the « failure » that resulted from the decision to keep the U.S. on the sidelines during the first phase of the Syrian uprising.

“The failure to help build up a credible fighting force of the people who were the originators of the protests against Assad—there were Islamists, there were secularists, there was everything in the middle—the failure to do that left a big vacuum, which the jihadists have now filled,” Clinton said.

As she writes in her memoir of her State Department years, Hard Choices, she was an inside-the-administration advocate of doing more to help the Syrian rebellion. Now, her supporters argue, her position has been vindicated by recent events.
Hillary Clinton: Chinese System Is Doomed, Leaders on a ‘Fool’s Errand’
Professional Clinton-watchers (and there are battalions of them) have told me that it is only a matter of time before she makes a more forceful attempt to highlight her differences with the (unpopular) president she ran against, and then went on to serve. On a number of occasions during my interview with her, I got the sense that this effort is already underway. (And for what it’s worth, I also think she may have told me that she’s running for president—see below for her not-entirely-ambiguous nod in that direction.)

Of course, Clinton had many kind words for the “incredibly intelligent” and “thoughtful” Obama, and she expressed sympathy and understanding for the devilishly complicated challenges he faces. But she also suggested that she finds his approach to foreign policy overly cautious, and she made the case that America needs a leader who believes that the country, despite its various missteps, is an indispensable force for good. At one point, I mentioned the slogan President Obama recently coined to describe his foreign-policy doctrine: “Don’t do stupid shit” (an expression often rendered as “Don’t do stupid stuff” in less-than-private encounters).

This is what Clinton said about Obama’s slogan: “Great nations need organizing principles, and ‘Don’t do stupid stuff’ is not an organizing principle.”

She softened the blow by noting that Obama was “trying to communicate to the American people that he’s not going to do something crazy,” but she repeatedly suggested that the U.S. sometimes appears to be withdrawing from the world stage.

During a discussion about the dangers of jihadism (a topic that has her “hepped-up, » she told me moments after she greeted me at her office in New York) and of the sort of resurgent nationalism seen in Russia today, I noted that Americans are quite wary right now of international commitment-making. She responded by arguing that there is a happy medium between bellicose posturing (of the sort she associated with the George W. Bush administration) and its opposite, a focus on withdrawal.

“You know, when you’re down on yourself, and when you are hunkering down and pulling back, you’re not going to make any better decisions than when you were aggressively, belligerently putting yourself forward,” she said. “One issue is that we don’t even tell our own story very well these days.”

I responded by saying that I thought that “defeating fascism and communism is a pretty big deal.” In other words, that the U.S., on balance, has done a good job of advancing the cause of freedom.

Clinton responded to this idea with great enthusiasm: “That’s how I feel! Maybe this is old-fashioned.” And then she seemed to signal that, yes, indeed, she’s planning to run for president. “Okay, I feel that this might be an old-fashioned idea, but I’m about to find out, in more ways than one.”

She said that the resilience, and expansion, of Islamist terrorism means that the U.S. must develop an “overarching” strategy to confront it, and she equated this struggle to the one the U.S. waged against Soviet-led communism.

Clinton-watchers say it’s a matter of time before she highlights her differences with Obama. I got the sense that this effort is well underway.
“One of the reasons why I worry about what’s happening in the Middle East right now is because of the breakout capacity of jihadist groups that can affect Europe, can affect the United States,” she said. “Jihadist groups are governing territory. They will never stay there, though. They are driven to expand. Their raison d’etre is to be against the West, against the Crusaders, against the fill-in-the-blank—and we all fit into one of these categories. How do we try to contain that? I’m thinking a lot about containment, deterrence, and defeat.”

She went on, “You know, we did a good job in containing the Soviet Union but we made a lot of mistakes, we supported really nasty guys, we did some things that we are not particularly proud of, from Latin America to Southeast Asia, but we did have a kind of overarching framework about what we were trying to do that did lead to the defeat of the Soviet Union and the collapse of Communism. That was our objective. We achieved it.” (This was one of those moments, by the way, when I was absolutely sure I wasn’t listening to President Obama, who is loath to discuss the threat of Islamist terrorism in such a sweeping manner.)

Much of my conversation with Clinton focused on the Gaza war. She offered a vociferous defense of Israel, and of its prime minister, Benjamin Netanyahu, as well. This is noteworthy because, as secretary of state, she spent a lot of time yelling at Netanyahu on the administration’s behalf over Israel’s West Bank settlement policy. Now, she is leaving no daylight at all between the Israelis and herself.

“I think Israel did what it had to do to respond to the rockets,” she told me. “Israel has a right to defend itself. The steps Hamas has taken to embed rockets and command-and-control facilities and tunnel entrances in civilian areas, this makes a response by Israel difficult.”

I asked her if she believed that Israel had done enough to prevent the deaths of children and other innocent people.

“[J]ust as we try to do in the United States and be as careful as possible in going after targets to avoid civilians,” mistakes are made, she said. “We’ve made them. I don’t know a nation, no matter what its values are—and I think that democratic nations have demonstrably better values in a conflict position—that hasn’t made errors, but ultimately the responsibility rests with Hamas.”
She went on to say that “it’s impossible to know what happens in the fog of war. Some reports say, maybe it wasn’t the exact UN school that was bombed, but it was the annex to the school next door where they were firing the rockets. And I do think oftentimes that the anguish you are privy to because of the coverage, and the women and the children and all the rest of that, makes it very difficult to sort through to get to the truth.”

She continued, “There’s no doubt in my mind that Hamas initiated this conflict. … So the ultimate responsibility has to rest on Hamas and the decisions it made.”

When I asked her about the intense international focus on Gaza, she was quick to identify anti-Semitism as an important motivating factor in criticism of Israel. “It is striking … that you have more than 170,000 people dead in Syria. … You have Russia massing battalions—Russia, that actually annexed and is occupying part of a UN member-state—and I fear that it will do even more to prevent the incremental success of the Ukrainian government to take back its own territory, other than Crimea. More than 1,000 people have been killed in Ukraine on both sides, not counting the [Malaysia Airlines] plane, and yet we do see this enormous international reaction against Israel, and Israel’s right to defend itself, and the way Israel has to defend itself. This reaction is uncalled for and unfair.”

She went on, “You can’t ever discount anti-Semitism, especially with what’s going on in Europe today. There are more demonstrations against Israel by an exponential amount than there are against Russia seizing part of Ukraine and shooting down a civilian airliner. So there’s something else at work here than what you see on TV.” Clinton also blamed Hamas for “stage-managing” the conflict. “What you see is largely what Hamas invites and permits Western journalists to report on from Gaza. It’s the old PR problem that Israel has. Yes, there are substantive, deep levels of antagonism or anti-Semitism towards Israel, because it’s a powerful state, a really effective military. And Hamas paints itself as the defender of the rights of the Palestinians to have their own state. So the PR battle is one that is historically tilted against Israel.”

Clinton also seemed to take an indirect shot at administration critics of Netanyahu, who has argued that the rise of Muslim fundamentalism in the Middle East means that Israel cannot, in the foreseeable future, withdraw its forces from much of the West Bank. “If I were the prime minister of Israel, you’re damn right I would expect to have control over security, because even if I’m dealing with [Palestinian Authority President Mahmoud] Abbas, who is 79 years old, and other members of Fatah, who are enjoying a better lifestyle and making money on all kinds of things, that does not protect Israel from the influx of Hamas or cross-border attacks from anywhere else. With Syria and Iraq, it is all one big threat. So Netanyahu could not do this in good conscience.”

She also struck a notably hard line on Iran’s nuclear demands. “I’ve always been in the camp that held that they did not have a right to enrichment,” Clinton said. “Contrary to their claim, there is no such thing as a right to enrich. This is absolutely unfounded. There is no such right. I am well aware that I am not at the negotiating table anymore, but I think it’s important to send a signal to everybody who is there that there cannot be a deal unless there is a clear set of restrictions on Iran. The preference would be no enrichment. The potential fallback position would be such little enrichment that they could not break out.” When I asked her if the demands of Israel, and of America’s Arab allies, that Iran not be allowed any uranium-enrichment capability whatsoever were militant or unrealistic, she said, “I think it’s important that they stake out that position.”

What follows is a transcript of our conversation. It has been edited for clarity but not for length, as you will see. Two other things to look for: First, the masterful way in which Clinton says she has drawn no conclusions about events in Syria and elsewhere, and then draws rigorously reasoned conclusions. Second, her fascinating and complicated analysis of the Muslim Brotherhood’s ill-fated dalliance with democracy.
JEFFREY GOLDBERG: It seems that you’ve shifted your position on Iran’s nuclear ambitions. By [chief U.S. negotiator] Wendy Sherman’s definition of maximalism, you’ve taken a fairly maximalist position—little or no enrichment for Iran. Are you taking a harder line than your former colleagues in the Obama administration are taking on this matter?

HILLARY RODHAM CLINTON: It’s a consistent line. I’ve always been in the camp that held that they did not have a right to enrichment. Contrary to their claim, there is no such thing as a right to enrich. This is absolutely unfounded. There is no such right. I am well aware that I am not at the negotiating table anymore, but I think it’s important to send a signal to everybody who is there that there cannot be a deal unless there is a clear set of restrictions on Iran. The preference would be no enrichment. The potential fallback position would be such little enrichment that they could not break out. So, little or no enrichment has always been my position.

JG: Am I wrong in saying that the Obama administration’s negotiators have a more flexible understanding of this issue at the moment?

HRC: I don’t want to speak for them, but I would argue that Iran, through the voice of the supreme leader, has taken a very maximalist position—he wants 190,000 centrifuges and the right to enrich. And some in our Congress, and some of our best friends, have taken the opposite position—absolutely no enrichment. I think in a negotiation you need to be very clear about what it is going to take to move the other side. I think at the moment there is a big debate going on in Tehran about what they can or should do in order to get relief from the sanctions. It’s my understanding that we still have a united P5+1 position, which is intensive inspections, very clear limits on what they can do in their facilities that they would permitted to operate, and then how they handle this question of enrichment, whether it’s done from the outside, or whether it can truly be constrained to meet what I think our standard should be of little-to-no enrichment. That’s what this negotiation is about.

JG: But there is no sign that the Iranians are willing to pull back—freezing in place is the farthest they seem to be willing to go. Am I wrong?

HRC: We don’t know. I think there’s a political debate. I think you had the position staked out by the supreme leader that they’re going to get to do what they want to do, and that they don’t have any intention of having a nuclear weapon but they nevertheless want 190,000 centrifuges (laughs). I think the political, non-clerical side of the equation is basically saying, “Look, you know, getting relief from these sanctions is economically and politically important to us. We have our hands full in Syria and Iraq, just to name two places, maybe increasingly in Lebanon, and who knows what’s going to happen with us and Hamas. So what harm does it do to have a very strict regime that we can live under until we determine that maybe we won’t have to any longer?” That, I think, is the other side of the argument.
JG: Would you be content with an Iran that is perpetually a year away from being able to reach nuclear-breakout capability?

HRC: I would like it to be more than a year. I think it should be more than a year. No enrichment at all would make everyone breathe easier. If, however, they want a little bit for the Tehran research reactor, or a little bit for this scientific researcher, but they’ll never go above 5 percent enrichment—

JG: So, a few thousand centrifuges?

HRC: We know what “no” means. If we’re talking a little, we’re talking about a discrete, constantly inspected number of centrifuges. “No” is my preference.

JG: Would you define what “a little” means?

HRC: No.

JG: So what the Gulf states want, and what the Israelis want, which is to say no enrichment at all, is not a militant, unrealistic position?

HRC: It’s not an unrealistic position. I think it’s important that they stake out that position.

JG: So, Gaza. As you write in your book, you negotiated the last long-term ceasefire in 2012. Are you surprised at all that it didn’t hold?

HRC: I’m surprised that it held as long as it did. But given the changes in the region, the fall of [former Egyptian President Mohamed] Morsi, his replacement by [Abdel Fattah] al-Sisi, the corner that Hamas felt itself in, I’m not surprised that Hamas provoked another attack.

JG: The Israeli response, was it disproportionate?

HRC: Israel was attacked by rockets from Gaza. Israel has a right to defend itself. The steps Hamas has taken to embed rockets and command-and-control facilities and tunnel entrances in civilian areas, this makes a response by Israel difficult. Of course Israel, just like the United States, or any other democratic country, should do everything they can possibly do to limit civilian casualties.

« We see this enormous international reaction against Israel. This reaction is uncalled for and unfair. »
JG: Do you think Israel did enough to limit civilian casualties?

HRC: It’s unclear. I think Israel did what it had to do to respond to the rockets. And there is the surprising number and complexity of the tunnels, and Hamas has consistently, not just in this conflict, but in the past, been less than protective of their civilians.

JG: Before we continue talking endlessly about Gaza, can I ask you if you think we spend too much time on Gaza and on Israel-Palestine generally? I ask because over the past year or so your successor spent a tremendous amount of time on the Israel-Palestinian file and in the same period of time an al Qaeda-inspired organization took over half of Syria and Iraq.

HRC: Right, right.

JG: I understand that secretaries of state can do more than one thing at a time. But what is the cause of this preoccupation?

HRC: I’ve thought a lot about this, because you do have a number of conflicts going on right now. As the U.S., as a U.S. official, you have to pay attention to anything that threatens Israel directly, or anything in the larger Middle East that arises out of the Palestinian-Israeli situation. That’s just a given.

It is striking, however, that you have more than 170,000 people dead in Syria. You have the vacuum that has been created by the relentless assault by Assad on his own population, an assault that has bred these extremist groups, the most well-known of which, ISIS—or ISIL—is now literally expanding its territory inside Syria and inside Iraq. You have Russia massing battalions—Russia, that actually annexed and is occupying part of a UN member state—and I fear that it will do even more to prevent the incremental success of the Ukrainian government to take back its own territory, other than Crimea. More than 1,000 people have been killed in Ukraine on both sides, not counting the [Malaysia Airlines] plane, and yet we do see this enormous international reaction against Israel, and Israel’s right to defend itself, and the way Israel has to defend itself. This reaction is uncalled for and unfair.

JG: What do you think causes this reaction?

HRC: There are a number of factors going into it. You can’t ever discount anti-Semitism, especially with what’s going on in Europe today. There are more demonstrations against Israel by an exponential amount than there are against Russia seizing part of Ukraine and shooting down a civilian airliner. So there’s something else at work here than what you see on TV.

And what you see on TV is so effectively stage-managed by Hamas, and always has been. What you see is largely what Hamas invites and permits Western journalists to report on from Gaza. It’s the old PR problem that Israel has. Yes, there are substantive, deep levels of antagonism or anti-Semitism towards Israel, because it’s a powerful state, a really effective military. And Hamas paints itself as the defender of the rights of the Palestinians to have their own state. So the PR battle is one that is historically tilted against Israel.

« There’s no doubt in my mind that Hamas initiated this conflict and did so to leverage its position. »
JG: Nevertheless there are hundreds of children—

HRC: Absolutely, and it’s dreadful.

JG: Who do you hold responsible for those deaths? How do you parcel out blame?

HRC: I’m not sure it’s possible to parcel out blame because it’s impossible to know what happens in the fog of war. Some reports say, maybe it wasn’t the exact UN school that was bombed, but it was the annex to the school next door where they were firing the rockets. And I do think oftentimes that the anguish you are privy to because of the coverage, and the women and the children and all the rest of that, makes it very difficult to sort through to get to the truth.

There’s no doubt in my mind that Hamas initiated this conflict and wanted to do so in order to leverage its position, having been shut out by the Egyptians post-Morsi, having been shunned by the Gulf, having been pulled into a technocratic government with Fatah and the Palestinian Authority that might have caused better governance and a greater willingness on the part of the people of Gaza to move away from tolerating Hamas in their midst. So the ultimate responsibility has to rest on Hamas and the decisions it made.

That doesn’t mean that, just as we try to do in the United States and be as careful as possible in going after targets to avoid civilians, that there aren’t mistakes that are made. We’ve made them. I don’t know a nation, no matter what its values are—and I think that democratic nations have demonstrably better values in a conflict position—that hasn’t made errors, but ultimately the responsibility rests with Hamas.

JG: Several years ago, when you were in the Senate, we had a conversation about what would move Israeli leaders to make compromises for peace. You’ve had a lot of arguments with Netanyahu. What is your thinking on Netanyahu now?
HRC: Let’s step back. First of all, [former Israeli Prime Minister] Yitzhak Rabin was prepared to do so much and he was murdered for that belief. And then [former Israeli Prime Minister] Ehud Barak offered everything you could imagine being given under any realistic scenario to the Palestinians for their state, and [former Palestinian leader Yasir] Arafat walked away. I don’t care about the revisionist history. I know that Arafat walked away, okay? Everybody says, “American needs to say something.” Well, we said it, it was the Clinton parameters, we put it out there, and Bill Clinton is adored in Israel, as you know. He got Netanyahu to give up territory, which Netanyahu believes lost him the prime ministership [in his first term], but he moved in that direction, as hard as it was.

Bush pretty much ignored what was going on and they made a terrible error in the Palestinian elections [in which Hamas came to power in Gaza], but he did come with the Roadmap [to Peace] and the Roadmap was credible and it talked about what needed to be done, and this is one area where I give the Palestinians credit. Under [former Palestinian Prime Minister] Salam Fayyad, they made a lot of progress.

I had the last face-to-face negotiations between Abbas and Netanyahu. [Secretary of State John] Kerry never got there. I had them in the room three times with [former Middle East negotiator] George Mitchell and me, and that was it. And I saw Netanyahu move from being against the two-state solution to announcing his support for it, to considering all kinds of Barak-like options, way far from what he is, and what he is comfortable with.

Now I put Jerusalem in a different category. That is the hardest issue, Again, based on my experience—and you know, I got Netanyahu to agree to the unprecedented  settlement freeze, it did not cover East Jerusalem, but it did cover the West Bank and it was actually legitimate and it did stop new housing starts for 10 months. It took me nine months to get Abbas into the negotiations even after we delivered on the settlement freeze, he had a million reasons, some of them legitimate, some of them the same old, same old.

So what I tell people is, yeah, if I were the prime minister of Israel, you’re damn right I would expect to have control over security [on the West Bank], because even if I’m dealing with Abbas, who is 79 years old, and other members of Fatah, who are enjoying a better lifestyle and making money on all kinds of things, that does not protect Israel from the influx of Hamas or cross-border attacks from anywhere else. With Syria and Iraq, it is all one big threat. So Netanyahu could not do this in good conscience. If this were Rabin or Barak in his place—and I’ve talked to Ehud about this—they would have to demand a level of security that would be provided by the [Israel Defense Forces] for a period of time. And in my meetings with them I got Abbas to about six, seven, eight years on continued IDF presence. Now he’s fallen back to three, but he was with me at six, seven, eight. I got Netanyahu to go from forever to 2025. That’s a negotiation, okay? So I know. Dealing with Bibi is not easy, so people get frustrated and they lose sight of what we’re trying to achieve here.

Hillary Clinton meets Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu in 2010. (Jonathan Ernst/Reuters)
JG: You go out of your way in Hard Choices to praise Robert Ford, who recently quit as U.S. ambassador to Syria, as an excellent diplomat. Ford quit in protest and has recently written strongly about what he sees as the inadequacies of Obama administration policy. Do you agree with Ford that we are at fault for not doing enough to build up a credible Syrian opposition when we could have?

HRC: I have the highest regard for Robert. I’m the one who convinced the administration to send an ambassador to Syria. You know, this is why I called the chapter on Syria “A Wicked Problem.” I can’t sit here today and say that if we had done what I recommended, and what Robert Ford recommended, that we’d be in a demonstrably different place.

JG: That’s the president’s argument, that we wouldn’t be in a different place.

HRC: Well, I did believe, which is why I advocated this, that if we were to carefully vet, train, and equip early on a core group of the developing Free Syrian Army, we would, number one, have some better insight into what was going on on the ground. Two, we would have been helped in standing up a credible political opposition, which would prove to be very difficult, because there was this constant struggle between what was largely an exile group outside of Syria trying to claim to be the political opposition, and the people on the ground, primarily those doing the fighting and dying, who rejected that, and we were never able to bridge that, despite a lot of efforts that Robert and others made.

So I did think that eventually, and I said this at the time, in a conflict like this, the hard men with the guns are going to be the more likely actors in any political transition than those on the outside just talking. And therefore we needed to figure out how we could support them on the ground, better equip them, and we didn’t have to go all the way, and I totally understand the cautions that we had to contend with, but we’ll never know. And I don’t think we can claim to know.

JG: You do have a suspicion, though.

HRC: Obviously. I advocated for a position.

JG: Do you think we’d be where we are with ISIS right now if the U.S. had done more three years ago to build up a moderate Syrian opposition?

HRC: Well, I don’t know the answer to that. I know that the failure to help build up a credible fighting force of the people who were the originators of the protests against Assad—there were Islamists, there were secularists, there was everything in the middle—the failure to do that left a big vacuum, which the jihadists have now filled.

They were often armed in an indiscriminate way by other forces and we had no skin in the game that really enabled us to prevent this indiscriminate arming.

JG: Is there a chance that President Obama overlearned the lessons of the previous administration? In other words, if the story of the Bush administration is one of overreach, is the story of the Obama administration one of underreach?

HRC: You know, I don’t think you can draw that conclusion. It’s a very key question. How do you calibrate, that’s the key issue. I think we have learned a lot during this period, but then how to apply it going forward will still take a lot of calibration and balancing. But you know, we helped overthrow [Libyan leader Muammar] Qaddafi.
JG: But we didn’t stick around for the aftermath.

HRC: Well, we did stick around. We stuck around with offers of money and technical assistance, on everything from getting rid of some of the nasty stuff he left behind, to border security, to training. It wasn’t just us, it was the Europeans as well. Some of the Gulf countries had their particular favorites. They certainly stuck around and backed their favorite militias. It is not yet clear how the Libyans themselves will overcome the lack of security, which they inherited from Qaddafi. Remember, they’ve had two good elections. They’ve elected moderates and secularists and a limited number of Islamists, so you talk about democracy in action—the Libyans have done it twice—but they can’t control the ground. But how can you help when you have so many different players who looted the stuffed warehouses of every kind of weapon from the Qaddafi regime, some of which they’re using in Libya, some of which they’re passing out around the region?

So you can go back and argue either, we should we have helped the people of Libya try to overthrow a dictator who, remember, killed Americans and did a lot of other bad stuff, or we should have been on the sidelines. In this case we helped, but that didn’t make the road any easier in Syria, where we said, “It’s messy, it’s complicated, we’re not sure what the outcome will be.” So what I’m hoping for is that we sort out what we have learned, because we’ve tried a bunch of different approaches. Egypt is a perfect example. The revolution in Tahrir Square was not a Muslim Brotherhood revolution. It was not led by Islamists. They came very late to the party. Mubarak falls and I’m in Cairo a short time after, meeting the leaders of this movement, and I’m saying, “Okay, who’s going to run for office? Who’s going to form a political party?” and they’re saying, “We don’t do that, that’s not who we are.”

And I said that there are only two organized groups in this country, the military and the Muslim Brotherhood, and what we have here is an old lesson that you can’t beat somebody with nobody. There was a real opportunity here to, if a group had arisen out of the revolution, to create a democratic Egyptian alternative. Didn’t  happen. What do we have to think about? In order to do that better, I see a lot of questions that we have to be answering. I don’t think we can draw judgments yet. I think we can draw a judgment about the Bush administration in terms of overreach, but I don’t know that we can reach a conclusion about underreach.

Hillary Cliinton poses with Libyan soldiers in the fall of 2011. (Kevin Lamarque/Reuters)
JG: There is this moment in your book, in which Morsi tells you not to worry about jihadists in the Sinai—he says in essence that now that a Muslim Brotherhood government is in charge, jihadists won’t feel the need to continue their campaign. You write that this was either shockingly sinister or shockingly naïve. Which one do you think it was?

HRC: I think Morsi was naïve. I’m just talking about Morsi, not necessarily anyone else in the Muslim Brotherhood. I think he genuinely believed that with the legitimacy of an elected Islamist government, that the jihadists would see that there was a different route to power and influence and would be part of the political process. He had every hope, in fact, that the credible election of a Muslim Brotherhood government would mean the end of jihadist activities within Egypt, and also exemplify that there’s a different way to power.

The debate is between the bin Ladens of the world and the Muslim Brotherhood. The bin Ladens believe you can’t overthrow the infidels or the impure through politics. It has to be through violent resistance. So when I made the case to Morsi that we were picking up a lot of intelligence about jihadist groups creating safe havens inside Sinai, and that this would be a threat not only to Israel but to Egypt, he just dismissed this out of hand, and then shortly thereafter a large group of Egyptian soldiers were murdered.

JG: In an interview in 2011, I asked you if we should fear the Muslim Brotherhood—this is well before they came into power—and you said, ‘The jury is out.” Is the jury still out for you today?

HRC: I think the jury would come back with a lesser included offense, and that is a failure to govern in a democratic, inclusive manner while holding power in Cairo. The Muslim Brotherhood had the most extraordinary opportunity to demonstrate the potential for an Islamist movement to take responsibility for governance, and they were ill-prepared and unable to make the transition from movement to responsibility. We will see how they respond to the crackdown they’re under in Egypt, but the Muslim Brotherhood itself, although it had close ties with Hamas, for example, had not evidenced, because they were kept under tight control by Mubarak, the willingness to engage in violent conflict to achieve their goals. So the jury is in on their failure to govern in a way that would win the confidence of the entire Egyptian electorate. The jury is out as to whether they morph into a violent jihadist resistance group.

« The jury is out as to whether the Muslim Brotherhood morphs into a violent jihadist resistance group. »
JG: There’s a critique you hear of the Obama administration in the Gulf, in Jordan, in Israel, that it is a sign of naiveté to believe that there are Islamists you can work with, and that Hamas might even be a group that you could work with. Is there a role for political Islam in these countries? Can we ever find a way to work with them?

HRC: I think it’s too soon to tell. I would not put Hamas in the category of people we could work with. I don’t think that is realistic because its whole reason for being is resistance against Israel, destruction of Israel, and it is married to very nasty tactics and ideologies, including virulent anti-Semitism. I do not think they should be in any way treated as a legitimate interlocutor, especially because if you do that, it redounds to the disadvantage of the Palestinian Authority, which has a lot of problems, but historically has changed its charter, moved away from the kind of guerrilla resistance movement of previous decades.

I think you have to ask yourself, could different leaders have made a difference in the Muslim Brotherhood’s governance of Egypt? We won’t know and we can’t know the answer to that question. We know that Morsi was ill-equipped to be president of Egypt. He had no political experience. He was an engineer, he was wedded to the ideology of top-down control.

JG: But you’re open to the idea that there are sophisticated Islamists out there?
HRC: I think you’ve seen a level of sophistication in Tunisia. It’s a very different environment than Egypt, much smaller, but you’ve seen the Ennahda Party evolve from being quite demanding that their position be accepted as the national position but then being willing to step back in the face of very strong political opposition from secularists, from moderate Muslims, etc. So Tunisia might not be the tail that wags the dog, but it’s an interesting tail. If you look at Morocco, where the king had a major role in organizing the electoral change, you have a head of state who is a monarch who is descended from Muhammad, you have a government that is largely but not completely representative of the Muslim party of Morocco. So I think that there are not a lot of analogies, but when you look around the world, there’s a Hindu nationalist party now, back in power in India. The big question for Prime Minister Modi is how inclusive he will be as leader because of questions raised concerning his governance of Gujurat [the state he governed, which was the scene of anti-Muslim riots in 2002]. There were certainly Christian parties in Europe, pre- and post-World War II. They had very strong values that they wanted to see their society follow, but they were steeped in democracy, so they were good political actors.

JG: So, it’s not an impossibility.

HRC: It’s not an impossibility. So far, it doesn’t seem likely. We have to say that. Because for whatever reason, whatever combination of reasons, there hasn’t been the soil necessary to nurture the political side of the experience, for people whose primary self-definition is as Islamists.

« We’ve learned about the limits of our power. But we’ve also learned about the importance of our power appropriately deployed and explained. »
JG: Are we so egocentric, so Washington-centric, that we think that our decisions are dispositive? As secretary, did you learn more about the possibilities of American power or the limitations of American power?

HRC: Both, but it’s not just about American power. It’s American values that also happen to be universal values. If you have no political—small “p”—experience, it is really hard to go from a dictatorship to anything resembling what you and I would call democracy. That’s the lesson of Egypt. We didn’t invade Egypt. They did it themselves, and once they did it they looked around and didn’t know what they were supposed to do next.

I think we’ve learned about the limits of our power to spread freedom and democracy. That’s one of the big lessons out of Iraq. But we’ve also learned about the importance of our power, our influence, and our values appropriately deployed and explained. If you’re looking at what we could have done that would have been more effective, would have been more accepted by the Egyptians on the political front, what could we have done that would have been more effective in Libya, where they did their elections really well under incredibly difficult circumstances but they looked around and they had no levers to pull because they had these militias out there. My passion is, let’s do some after-action reviews, let’s learn these lessons, let’s figure out how we’re going to have different and better responses going forward.

JG: Is the lesson for you, like it is for President Obama, “Don’t do stupid shit”?

HRC: That’s a good lesson but it’s more complicated than that. Because your stupid may not be mine, and vice versa. I don’t think it was stupid for the United States to do everything we could to remove Qaddafi because that came from the bottom up. That was people asking us to help. It was stupid to do what we did in Iraq and to have no plan about what to do after we did it. That was really stupid. I don’t think you can quickly jump to conclusions about what falls into the stupid and non-stupid categories. That’s what I’m arguing.

JG: Do you think the next administration, whoever it is, can find some harmony between muscular intervention—“We must do something”—vs. let’s just not do something stupid, let’s stay away from problems like Syria because it’s a wicked problem and not something we want to tackle?

HRC: I think part of the challenge is that our government too often has a tendency to swing between these extremes. The pendulum swings back and then the pendulum swings the other way. What I’m arguing for is to take a hard look at what tools we have. Are they sufficient for the complex situations we’re going to face, or not? And what can we do to have better tools? I do think that is an important debate.

One of the reasons why I worry about what’s happening in the Middle East right now is because of the breakout capacity of jihadist groups that can affect Europe, can affect the United States. Jihadist groups are governing territory. They will never stay there, though. They are driven to expand. Their raison d’être is to be against the West, against the Crusaders, against the fill-in-the-blank—and we all fit into one of these categories. How do we try to contain that? I’m thinking a lot about containment, deterrence, and defeat. You know, we did a good job in containing the Soviet Union, but we made a lot of mistakes, we supported really nasty guys, we did some things that we are not particularly proud of, from Latin America to Southeast Asia, but we did have a kind of overarching framework about what we were trying to do that did lead to the defeat of the Soviet Union and the collapse of Communism. That was our objective. We achieved it.

Now the big mistake was thinking that, okay, the end of history has come upon us, after the fall of the Soviet Union. That was never true, history never stops and nationalisms were going to assert themselves, and then other variations on ideologies were going to claim  their space. Obviously, jihadi Islam is the prime example, but not the only example—the effort by Putin to restore his vision of Russian greatness is another. In the world in which we are living right now, vacuums get filled by some pretty unsavory players.

Hillary Clinton and Vladimir Putin, in 2012 (Jim Watson/Reuters)
JG: There doesn’t seem to be a domestic constituency for the type of engagement you might symbolize.

HRC: Well, that’s because most Americans think of engagement and go immediately to military engagement. That’s why I use the phrase “smart power.” I did it deliberately because I thought we had to have another way of talking about American engagement, other than unilateralism and the so-called boots on the ground.

You know, when you’re down on yourself, and when you are hunkering down and pulling back, you’re not going to make any better decisions than when you were aggressively, belligerently putting yourself forward. One issue is that we don’t even tell our own story very well these days.
JG: I think that defeating fascism and communism is a pretty big deal.

HRC: That’s how I feel! Maybe this is old-fashioned. Okay, I feel that this might be an old-fashioned idea—but I’m about to find out, in more ways than one.

Great nations need organizing principles, and “Don’t do stupid stuff” is not an organizing principle. It may be a necessary brake on the actions you might take in order to promote a vision.

JG: So why do you think the president went out of his way to suggest recently that that this is his foreign policy in a nutshell?

HRC: I think he was trying to communicate to the American people that he’s not going to do something crazy. I’ve sat in too many rooms with the president. He’s thoughtful, he’s incredibly smart, and able to analyze a lot of different factors that are all moving at the same time. I think he is cautious because he knows what he inherited, both the two wars and the economic front, and he has expended a lot of capital and energy trying to pull us out of the hole we’re in.

So I think that that’s a political message. It’s not his worldview, if that makes sense to you.

Hillary Clinton and Barack Obama on the campaign trail, in 2008 (Jim Young/Reuters)
JG: There is an idea in some quarters that the administration shows signs of believing that we, the U.S., aren’t so great, so we shouldn’t be telling people what to do.

HRC: I know that that is an opinion held by a certain group of Americans, I get all that. It’s not where I’m at.

JG: What is your organizing principle, then?

HRC: Peace, progress, and prosperity. This worked for a very long time. Take prosperity. That’s a huge domestic challenge for us. If we don’t restore the American dream for Americans, then you can forget about any kind of continuing leadership in the world. Americans deserve to feel secure in their own lives, in their own middle-class aspirations, before you go to them and say, “We’re going to have to enforce navigable sea lanes in the South China Sea.” You’ve got to take care of your home first. That’s another part of the political messaging that you have to engage in right now. People are not only turned off about being engaged in the world, they’re pretty discouraged about what’s happening here at home.

I think people want—and this is a generalization I will go ahead and make—people want to make sure our economic situation improves and that our political decision-making improves. Whether they articulate it this way or not, I think people feel like we’re facing really important challenges here at home: The economy is not growing, the middle class is not feeling like they are secure, and we are living in a time of gridlock and dysfunction that is just frustrating and outraging.

People assume that we’re going to have to do what we do so long as it’s not stupid, but what people want us to focus on are problems here at home. If you were to scratch below the surface on that—and I haven’t looked at the research or the polling—but I think people would say, first things first. Let’s make sure we are taking care of our people and we’re doing it in a way that will bring rewards to those of us who work hard, play by the rules, and yeah, we don’t want to see the world go to hell in a handbasket, and they don’t want to see a resurgence of aggression by anybody.

JG: Do you think they understand your idea about expansionist jihadism following us home?

HRC: I don’t know that people are thinking about it. People are thinking about what is wrong with people in Washington that they can’t make decisions, and they want the economy to grow again. People are feeling a little bit that there’s a little bit happening that is making them feel better about the economy, but it’s not nearly enough where it should be.

JG: Have you been able to embed your women’s agenda at the core of what the federal government does?

HRC: Yes, we did. We had the first-ever ambassador for global women’s issues. That’s permanent now, and that’s a big deal because that is the beachhead.

Secretary Kerry to his credit has issued directions to embassies and diplomats about this continuing to be a priority for our government. There is also a much greater basis in research now that proves you cannot have peace and security without the participation of women. You can’t grow your GDP without opening the doors to full participation of women and girls in the formal economy.

JG: There’s a link between misogyny and stagnation in the Middle East, which in many ways is the world’s most dysfunctional region.

HRC: It’s now very provable, when you look at the data from the IMF and the World Bank and what opening the formal economy would mean to a country’s GDP. You have Prime Minister [Shinzo] Abe in Japan who was elected to fix the economy after so many years of dysfunction in Japan, and one of the major elements in his plan is to get women into the workforce. If you do that, if I remember correctly, the GDP for Japan would go up nine percent. Well, it would go up 34 percent in Egypt. So it’s self-evident and provable.

Voir enfin:

The Hillary Metamorphosis
Reasons to be skeptical about Mrs. Clinton’s self-reinvention as a foreign-policy hawk.
Bret Stephens
WSJ
Aug. 11, 2014 7

Robert Gates, who is the Captain Renault of our time, recounts the following White House exchange between Barack Obama and Hillary Clinton, back when she was serving the president loyally as secretary of state and he was taking notes as secretary of defense.

« In strongly supporting a surge in Afghanistan, » Mr. Gates writes in his memoir, « Duty, » « Hillary told the president that her opposition in Iraq had been political because she was facing him in the primary. She went on to say, ‘The Iraq surge worked.’ The president conceded vaguely that opposition to the surge had been political. To hear the two of them making these admissions, and in front of me, was as surprising as it was dismaying. »

Here’s a fit subject for an undergraduate philosophy seminar: What, or who, is your true self? Are you Kierkegaardian or Aristotelian? Is the real « you » the interior and subjective you; the you of your private whispers and good intentions? Or are you only the sum of your public behavior, statements and actions? Are you the you that you have been, and are? Or are you what you are, perhaps, becoming?

And if Mrs. Clinton supported the surge in private—because she thought it would help America win a war—but opposed it in public—because she needed to win a primary—shall we conclude that she is (a) despicable; (b) clever; (c) both; or (d) « what difference, at this point, does it make? »

***
All this comes to mind after reading Mrs. Clinton’s remarkable interview with Jeffrey Goldberg in the Atlantic. « Great nations need organizing principles, » she said, in the interview’s most quotable line, « and ‘Don’t do stupid stuff’ is not an organizing principle. »

That one is a direct riposte to the White House’s latest brainstorm of a guiding foreign-policy concept. But it wasn’t Mrs. Clinton’s only put-down of her old boss.

She was scathing on the president’s abdication in Syria: « I know that the failure »—failure— »to help build a credible fighting force of the people who were the originators of the protests against Assad . . . the failure to do that left a big vacuum, which the jihadists have now filled. » She was unequivocal in her defense of Israel, in a way that would be unimaginable coming from John Kerry : « If I were prime minister of Israel, you’re damn right I would expect to have control over security [on the West Bank]. » She was dubious about the nuclear diplomacy with Iran, and the administration’s willingness to concede to Tehran a « right » to enrich uranium.

She blasted Israel’s critics in its war against Hamas: « You can’t ever discount anti-Semitism, especially with what’s going on in Europe today. » She hinted at the corruption of Mahmoud Abbas and his inner circle, « who are enjoying a better lifestyle and making money on all kinds of things. » She blamed Moscow for « shooting down a civilian jetliner, » presumably while the president waits for the results of a forensic investigation.

And she made the case for American power: « We’ve learned about the limits of our power to spread freedom and democracy. That’s one big lesson out of Iraq. But we’ve also learned about the importance of our power, our influence, and our values. » With Mr. Obama, the emphasis is always on the limitations, period.

All this sounds a lot like what you might read on this editorial page. Whatever happened to the Hillary Clinton who was an early advocate of diplomatic engagement with Iran, and who praised Bashar Assad as a « reformer » and pointedly refused to call for his ouster six months into the uprising? Wasn’t she the most vocal and enthusiastic advocate for the reset with Russia? Didn’t she deliver White House messages to Benjamin Netanyahu by yelling at him? Didn’t she also once describe former Egyptian dictator Hosni Mubarak as a family friend?

And didn’t she characterize her relationship with Mr. Obama—in that cloying « 60 Minutes » exit interview the two of them did with Steve Kroft —as « very warm, very close »? Where’s the love now?

***
There are a few possible answers to that one. One is that the views she expressed in the interview are sincere and long-held and she was always a closet neoconservative; Commentary magazine is delivered to her mailbox in an unmarked brown envelope. Another is that Mrs. Clinton can read a poll: Americans now disapprove of the president’s handling of foreign policy by a 57% to 37% margin, and she belatedly needs to disavow the consequences of the policies she once advocated. A third is that she believes in whatever she says, at least at the time she’s saying it. She is a Clinton, after all.

There’s something to all of these theories: The political opportunist always lacks the courage of his, or her, convictions. That’s not necessarily because there aren’t any convictions. It’s because the convictions are always subordinated to the needs of ambition and ingratiation.

Then again, who cares who Mrs. Clinton really is? When the question needs to be asked, it means we already know, or should know, how to answer it. The truth about Mrs. Clinton isn’t what’s potentially at stake in the next election. It’s the truth about who we are. Are we prepared to believe anything?

We tried that with Barack Obama, the man who promised to be whatever we wanted him to be. Mrs. Clinton’s self-reinvention as a hawk invites us to make the mistake twice.

Voir enfin:

Le monde va mal, et Barack Obama n’y est pas pour rien

Barack Obama arrive en Virginie après avoir passé un week-end à Camp David le 20 juillet 2014. REUTERS/Yuri Gripas

Irak, Syrie, Gaza, Afghanistan, Libye, Ukraine… dans chaque point chaud du globe, la diplomatie américaine, menée par un président vivant dans un monde imaginaire, a commis de grossières erreurs. Inexpérimentée, idéaliste, indécise, dilettante.

De l’Irak à l’Ukraine, de la Syrie à la Libye et à l’Afghanistan en passant par Gaza, les conflits sanglants se multiplient. «Le monde est devenu un foutoir», s’est même exclamée Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’Etat de Bill Clinton qui utilise d’habitude un langage plus châtié.

Cela n’a pas de sens de faire porter toute la responsabilité de ce «foutoir» à Barack Obama et à la diplomatie américaine. Pourtant, dans chacun des points chauds du globe –Irak, Ukraine, Syrie, Libye, Afghanistan et Gaza–, la Maison Blanche a commis de grossières erreurs: en se désengageant trop vite, en ne mesurant pas suffisamment les enjeux et les risques, en menaçant sans jamais agir et en étant incapable de se donner une stratégie.

Des discours mais pas d’actes

Barack Obama et les Etats-Unis sont ainsi devenus aujourd’hui presque transparents sur la scène internationale, incapables de forcer un cessez-le-feu à Gaza, de faire condamner la Russie de Vladimir Poutine après la destruction en vol d’un avion civil au-dessus de l’est de l’Ukraine ou d’empêcher l’effondrement de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie et de la Libye. La diplomatie américaine a perdu au fil des mois sa crédibilité et son autorité.

Il y a 5 ans, Barack Obama avait pourtant reçu le prix Nobel de la Paix pour «ses efforts à renforcer la diplomatie et la coopération entre les peuples». Mais les discours et les promesses, aussi brillants soient-ils, doivent être suivis d’actes.

Charles Krauthammer, chroniqueur républicain du Washington Post, évoque une «présidence vacante», hors du monde réel.

«Barack Obama semble totalement détaché des convulsions du monde. Quand il interrompt ces parties de golf, levées de fonds et autres occasions de prises de vue en public, c’est pour des déclarations publiques presque forcées, sans affect, mécaniques.»

Et il ajoute:

«Un vrai Président des Etats-Unis donnerait à Kiev les armes nécessaires, imposerait des sanctions dévastatrices à Moscou, relancerait notre système de défense anti-missile en Europe centrale et ferait un discours à la Reagan pour expliquer pourquoi. Obama n’a rien fait de cela. Mais pourquoi le ferait-il? Il est du bon côté de l’histoire.»

Se retirer du Moyen-Orient et de l’Europe

Pour Charles Krauthammer, si Barack Obama est si éloigné des nécessités de la realpolitik et des rapports de force, c’est parce qu’il est inexpérimenté, idéaliste et plus encore dilettante. Il est convaincu «qu’à la fin, des notions aussi dépassées et primitives que celles de la conquête territoriale conduisent à la défaite… “L’arc de l’univers moral est long, mais il tend vers la justice”, expliquait-il en juin 2009 en parlant de la révolution islamique en Iran».

C’est dans cette logique que Barack Obama voulait en arrivant au pouvoir en janvier 2009 prendre le contre-pied de son prédécesseur George W. Bush et se retirer des affaires européennes et du Moyen-Orient. Il expliquait alors que les Etats-Unis devaient d’abord se préoccuper de construire une nation sur leur propre territoire plutôt qu’en Afghanistan et en Irak et donnait la priorité à l’Asie, la région du monde la plus dynamique.

Mais en tournant le dos, par principe, à l’Europe et au Moyen-Orient, la Maison Blanche a été incapable de saisir l’opportunité stratégique des printemps arabes et tout aussi incapable de contrer les ambitions impériales retrouvées de Vladimir Poutine. Au passage, elle y a perdu la confiance de ses alliés au Moyen-Orient (Egypte, Arabie saoudite, Turquie, Israël…), de certains de ses alliés en Europe (Pologne, Etats Baltes…) et inquiète fortement ses alliés asiatiques (Japon, Corée du sud, Thaïlande…).

Il faut dire que la politique étrangère américaine cumule les désastres.

Le retrait de l’ensemble des troupes américaines d’Irak a débouché sur la partition de fait du pays. Sans les 15.000 soldats américains, que les généraux voulaient maintenir sur place, les Etats-Unis n’ont eu aucun moyen de soutenir l’armée irakienne et de l’empêcher de s’effondrer face aux djihadistes. La Maison Blanche a beau se justifier en expliquant que c’était sur l’insistance du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, c’était surtout Barack Obama qui ne voulait plus un seul soldat américain sur le sol irakien.

Une ligne rouge en Syrie qui n’en était pas une

L’erreur a encore été plus grande en Syrie. Obama a d’abord refusé de soutenir les rebelles modérés et prédisait alors la chute de Bachar el-Assad. Quand ce dernier a gazé à mort 1.400 civils, franchissant la ligne rouge fixée par Barack Obama, ce dernier a demandé l’autorisation au Congrès d’apporter une réponse militaire… et s’en est remis à Vladimir Poutine pour obtenir du dictateur syrien qu’il renonce à son arsenal chimique.

Bachar el-Assad n’est pas tombé. Les rebelles démocrates ont été balayés. Le nombre de morts dépasse les 200.000 et les djihadistes qui mènent la lutte contre le dictateur ont les mêmes méthodes sanguinaires que lui.

Il y a eu aussi l’épisode libyen. Sollicité par la France et le Royaume-Uni, Barack Obama a participé à l’intervention aérienne pour renverser Mouammar Khadafi. Mais il a refusé de soutenir le nouveau gouvernement libyen et d’entraîner son armée. En conséquence de quoi, la Libye sombre dans le chaos.

L’occasion manquée des printemps arabes

La réponse américaine aux printemps arabes a été désastreuse. Quand des citoyens ordinaires sont descendus dans les rues pour réclamer la démocratie, les occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, leur ont tourné le dos. «La réponse aurait dû être du même type que le plan Marshall après la Seconde Guerre mondiale…», explique Fred Hiatt toujours dans le Washington Post.

«Si les Etats-Unis avaient montré la voie à suivre, l’Europe et l’Amérique auraient pu offrir des investissements, des accords commerciaux, des échanges et des opportunités culturelles pour entraîner cette région dans le monde moderne et démocratique. Mais pour Obama, le tumulte en Egypte et ailleurs était une distraction, pas une opportunité qui ne se présente qu’une seule fois…»

Dans le cas de la Russie, Barack Obama a proposé à Vladimir Poutine son fameux «reset», une remise à zéro des relations entre les Etats-Unis et la Russie. Mais Moscou n’était pas intéressé et avait pour ambition de reconstituer un empire et de le justifier par l’impérialisme américain. La Maison Blanche a été incapable d’apporter la moindre réponse à cela et même de mobiliser les énergies en Europe pour répondre à la menace.

Personne ne peut savoir si les Etats-Unis avaient eu un «grand» Président, si les occidentaux auraient pu soutenir activement les démocrates arabes, auraient pu empêcher l’Irak de s’effondrer, Bachar el-Assad de garder le pouvoir et auraient fait reculer Vladimir Poutine.

Mais en manifestant une telle incompétence, indécision et même indifférence face aux affaires du monde, Barack Obama l’a indéniablement rendu bien plus dangereux au cours des cinq dernières années.

Voir encore:

Tragedy of Obama’s diplomacy

 John Robson

The Toronto Sun

July 20, 2014

Are you enjoying your newfound global tranquility? If so you can thank Barack Obama. At least, that’s what he says.

Seriously. Asked about an eruption of global instability, especially in the Middle East, and the impression “that the president is a bystander to all these crises, » White House press secretary Josh Earnest said “I think that there have been a number of situations in which you’ve seen this administration intervene in a meaningful way, that has substantially furthered American interests and substantially improved the, uh, you know, the – the tranquility of the global community.” And that was before the Israeli incursion into Gaza and the downing of a Malaysian Airlines passenger plane over Ukraine. Uh, you know.

Earnest’s remark reminds us that people really think what they say. No one aware that his statement was absurd would have made it. But it also reminds us of the tragedy of Obama’s diplomacy, that he really did have something to contribute to U.S. foreign policy and really intended to contribute it but botched it through a peculiar, Carteresque feckless arrogance.

When he took office the U.S. was overextended abroad, militarily and in the American public’s willingness to expend blood and treasure trying to bail ungrateful foreigners out of self-inflicted messes. Like many voters, Obama believed a prudent reduction in commitments and ambitions would be healthy for his nation and the world.

Humility is good in one’s personal life and has its place in diplomacy. For America to elect a black president willing to be frank about the nation’s shortcomings was a powerful vindication of an open society’s capacity for honest, constructive self-examination. But inability to tell humility from feebleness not only created short-term danger for America and the world, it risks discrediting the option he so passionately championed.

In his remarkable Special Providence, Walter Russell Mead identifies four principal schools in American foreign policy. “Hamiltonians” concerned about world order and “Wilsonians” crusading to impose American ideals abroad are the two familiar ones, generally described as “realists” or “idealists” (and prone to squabble over whether idealism is realistic in the long run or vice versa). But Mead adds two others of enormous and often overlooked importance.

One is “Jacksonians, »often ignorant and scornful of foreigners but robust supporters of American sovereignty and decisive action when their country is challenged or insulted. And while it might seem petty to resent insults, in foreign policy in particular willingness to tolerate serious insults signals weakness that invites challenges, to such an extent that insults themselves become challenges.

Their tendency to swing between scorning the world and kicking its equator imparts a certain volatility to America’s foreign relations. But Jacksonians also give it great supple strength, because they support vigorous action without tolerating hyperactivity.

That brings me to the final school, smallest and least influential but still significant and useful, Mead’s “Jeffersonians.” These are idealists, like the Wilsonians. But instead of seeking to impose America’s special virtues on the world, they fear constant engagement in ugly foreign entanglements will tarnish American ideals and undermine domestic liberty.

They are present in both parties, on the Democratic “left” and among Republican libertarians. And Mead argues they are another underappreciated source of supple American strength because when the U.S. gets overextended, as under the Wilsonian George W. Bush, they stand ready with an analysis and prescription for retrenchment.

Obama is a “Jeffersonian,” despite his drone strikes and excessive surveillance at home and abroad. But, like Carter before him, he seems to have abdicated rather than reduced America’s positive role abroad and, indeed, to doubt it can play one. Mistaking the resulting upheaval for “tranquility” tarnishes not just his presidency but the whole notion of prudent, cautious global engagement.

There lies the tragedy of his diplomacy.

Voir enfin:

The vacant presidency

Charles Krauthammer
The Washington Post
July 24, 2014

The president’s demeanor is worrying a lot of people. From the immigration crisis on the Mexican border to the Islamic State rising in Mesopotamia, Barack Obama seems totally detached from the world’s convulsions. When he does interrupt his endless rounds of golf, fundraising and photo ops, it’s for some affectless, mechanical, almost forced public statement.

Regarding Ukraine, his detachment — the rote, impassive voice — borders on dissociation. His U.N. ambassador, Samantha Power, delivers an impassioned denunciation of Russia. Obama cautions that we not “get out ahead of the facts,” as if the facts of this case — Vladimir Putin’s proxies shooting down a civilian airliner — are in doubt.

Charles Krauthammer writes a weekly political column that runs on Fridays.

The preferred explanation for the president’s detachment is psychological. He’s checked out. Given up. Let down and disappointed by the world, he is in withdrawal.

Perhaps.

But I’d propose an alternate theory, less psychological than intellectual, that gives him more credit: Obama’s passivity stems from an idea. When Obama says Putin has placed himself on the wrong side of history in Ukraine, he actually believes it . He disdains realpolitik because he believes that, in the end, such primitive 19th-century notions as conquest are self-defeating. History sees to their defeat.

“The arc of the moral universe is long, but it bends toward justice,” said Obama in June 2009 (and many times since) regarding the Green Revolution in Iran.

Ultimately, injustice and aggression don’t pay. The Soviets saw their 20th-century empire dissolve. More proximally, U.S. gains in Iraq and Afghanistan were, in time, liquidated. Ozymandias lies forever buried and forgotten in desert sands.

Remember when, at the beginning of the Ukraine crisis, Obama tried to construct for Putin “an offramp” from Crimea? Absurd as this idea was, I think Obama was sincere. He actually imagined that he’d be saving Putin from himself, that Crimea could only redound against Russia in the long run.

If you really believe this, then there is no need for forceful, potentially risky U.S. counteractions. Which explains everything since: Obama’s pinprick sanctions; his failure to rally a craven Europe; his refusal to supply Ukraine with the weapons it has been begging for.

The shooting down of a civilian airliner seemed to validate Obama’s passivity. “Violence and conflict inevitably lead to unforeseen consequences,” explained Obama. See. You play with fire, it will blow up in your face. Just as I warned. Now world opinion will turn against Putin.

To which I say: So what? World opinion, by itself, is useless: malleable, ephemeral and, unless mobilized by leadership, powerless. History doesn’t act autonomously. It needs agency.

Germany’s Angela Merkel still doesn’t want to jeopardize trade with Russia. France’s François Hollande will proceed with delivery of a Mistral-class attack-helicopter carrier to Russia. And Obama speaks of future “costs” if Russia persists — a broken record since Crimea, carrying zero credibility.

Or did Obama think Putin — a KGB thug who rose to power by turning Chechnya to rubble — would be shamed into regret and restraint by the blood of 298 innocents? On the contrary. Putin’s response has been brazen defiance: denying everything and unleashing a massive campaign of lies, fabrications and conspiracy theories blaming it all on Ukraine and the United States.

Putin doesn’t give a damn about world opinion. He cares about domestic opinion, which has soared to more than 80 percent approval since Crimea. If anything, he’s been emboldened. On Wednesday, his proxies shot down two more jets — a finger to the world and a declaration that his campaign continues.

A real U.S. president would give Kiev the weapons it needs, impose devastating sectoral sanctions on Moscow, reinstate our Central European missile-
defense system and make a Reaganesque speech explaining why.

Obama has done none of these things. Why should he? He’s on the right side of history.

Of course, in the long run nothing lasts. But history is lived in the here and now. The Soviets had only 70 years, Hitler a mere 12. Yet it was enough to murder millions and rain ruin on entire continents. Bashar al-Assad, too, will one day go. But not before having killed at least 100,000 people.

All domination must end. But after how much devastation? And if you leave it to the forces of history to repel aggression and redeem injustice, what’s the point of politics, of leadership, in the first place?

The world is aflame and our leader is on the 14th green. The arc of history may indeed bend toward justice, Mr. President. But, as you say, the arc is long. The job of a leader is to shorten it, to intervene on behalf of “the fierce urgency of now.” Otherwise, why do we need a president? And why did you seek to become ours?


Bac 2014: Attention, un crime peut en cacher un autre ! (To those who hear, those who see: Turkish writer takes on honor killings)

21 juin, 2014
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Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Camus

Le passé est encore là – simplement, il est inégalement réparti. D’après  William Gibson
Aussi loin qu’il se souvienne, il s’est toujours perçu comme le prince de la maison et sa mère comme celle qui, de façon contestable, le mettait en valeur, était sa protectrice inquiète. J. M. Coetzee (Scènes de la vie d’un jeune garçon)
Quand j’avais sept ans, nous vivions dans une maison de verre. Un de nos voisins, un tailleur de talent, battait souvent sa femme. Le soir, on écoutait les pleurs, les cris, les insultes. Le matin, on vaquait à nos occupations habituelles. Tout le voisinage prétendait n’avoir rien entendu, n’avoir rien vu. Ce roman est dédié à ceux qui entendent et à ceux qui voient. Elif Shafak (Crime d’honneur, exergue)
Ma mère est morte deux fois. Je me suis promis de ne pas permettre qu’on oublie son histoire, mais je n’ai jamais trouvé le temps, la volonté ou le courage de la coucher par écrit. Jusqu’à récemment, je veux dire. (…) Il fallait pourtant que je raconte cette histoire, ne serait-ce qu’à une personne. Il fallait que je l’envoie dans un coin de l’univers où elle pourrait flotter librement, loin de nous. Je la devais à maman, cette liberté. (…) C’est ainsi que, dans le pays où naquirent Destinée-Rose et Assez-Belle, « honneur » était plus qu’un mot. C’était aussi un nom. On pouvait le donner à un enfant, à condition que ce soit un garçon. Les hommes avaient de l’honneur – les vieillards, ceux dans la force de l’âge, même les écoliers, si jeunes que, si on leur appuyait sur le nez, il en sortirait du lait. Les femmes n’avaient pas d’honneur. Elles étaient marquées par la honte. Comme tout le monde le savait, « Honte » était un bien mauvais nom à porter. (…) Son silence le déroutait. Et si elle n’était pas vierge ? Comment pourrait-il vivre avec cette interrogation le reste de sa vie ? Que penserait son frère Tariq quand il apprendrait qu’il s’était trouvé une femme souillée – la réplique exacte de leur mère ? (…) Ce serait une des nombreuses ironies de la vie de Pembe, que ce qu’elle détestait le plus dans la bouche de sa mère, elle allait le répéter à sa fille Esma, mot pour mot, des années plus tard, en Angleterre. Elif Shafak (Crime d’honneur, extrait)
Pourquoi Iskander Tobrak, seize ans, fils aîné et chef d’une famille mi-turque mi-kurde depuis le départ de son père, Adem, a-t-il, en 1978, poignardé à mort sa mère, Pembe ? C’est la question toujours aussi douloureuse que se pose, quatorze ans après les faits et alors qu’elle part chercher Iskander à sa sortie de prison, Esma, sa soeur. Pour tenter d’y répondre, elle doit remonter à leurs propres origines, dans un petit village des bords de l’Euphrate. Pembe et Jamila, son identique jumelle, y sont nées en 1945. Selon leur père, quel que soit le malheur infligé à l’une, elles étaient vouées à souffrir ensemble, et donc deux fois plus… Venu d’Istanbul, le jeune Adem Tobrak s’éprit follement de Jamila, mais celle-ci ayant été, quelques mois plus tôt, enlevée, et sa virginité étant, de ce fait, contestée, il ne put l’épouser et se rabattit sur Pembe. Cette dernière accepta et suivit son mari à Istanbul puis en Grande-Bretagne où, malgré la naissance de trois enfants, la vie du couple ne tarda pas à partir à vau-l’eau… Un roman superbe et bouleversant. L’Actualité littéraire
It’s usually the father, brother or first male cousin who is charged with the actual shooting or stabbing, (but not) the mother who lures the girl home. The religion has failed to address this as a problem and failed to seriously work to abolish it as un-Islamic. Phyllis Chesler
I think that as women we’re strong enough now to not only acknowledge our racism, our class bias and our homophobia but our sexism. The coming generation, and second-wave feminists as well, can acknowledge that women, like men, are aggressive and, like men, are as close to the apes as the angels. Our lived realities have never conformed to the feminist view that women are morally superior to men, are compassionate, nurturing, maternal and also very valiant under siege. This is a myth. (…) Women don’t have to be better than anyone else to deserve human rights. Our failure to look at our own sexism lost us a few inches in our ability to change history in our lifetime. The first thing we do is acknowledge what the truth is, and then we have to not have double standards. We have to try not to use gossip to get rid of a rival, we have to try not to slander the next woman because we’re jealous that she’s pretty or that she got a scholarship. I think we have to learn some of the rules of engagement that men are good at. Women coerce dreadful conformity from each other. I would like us to embrace diversity. Then we could have a more viable, serious feminist movement. (…) Because the stereotypes of women have been so used to justify our subordination and since it was a heady moment in history to suddenly come together with other women in quantum numbers around issues of women’s freedom and human rights, it took a while before each of us in turn started looking at how we treated each other. The unacknowledged aggression and cruelty and sexism among women in general — and that includes feminists — is what drove many an early activist out of what was a real movement. (…) I think it gets worse when it’s women only. Men are happy in a middle-distance ground toward all others. They don’t take anything too personally, and they don’t have to get right into your face, into your business, into your life. Women need to do that. Women, the minute they meet another woman, it’s: she’s going to be my fairy godmother, my best friend, the mother I never had. And when that’s not the case we say,  »well, she’s the evil stepmother. » (…) I do have a chapter that says if you have a situation that is male-dominated with a few token women, women will not like each other, they will be particularly vicious in how they compete and keep other women down and out. We can’t say how women as a group would behave if overnight they had all the positions that men now have. (…) It helps to understand that in these non-Western countries where you have mothers-in-law dousing daughters-in-law with kerosene for their dowries and we say  »how shocking, » we have a version here. You have here mothers who think their daughters have to be thin, their daughters have to be pretty and their daughters need to have plastic surgery and their daughters have to focus mainly on the outward appearance and not on inner strength or inner self. It’s not genital mutilation but it’s ultimately a concern with outward appearance for the sake of marriageability.(…) I’m thinking back to the civil rights era and the faces of white mothers who did not want little black children to integrate schools. What should we say about those women who joined the Ku Klux Klan or the Nazi party? You have a lot of women groaning under the yoke of oppression. Nevertheless, there are women who warm the beds and are the partners of men who create orphans. Women are best at collaborating with men who run the world because then we can buy pretty trinkets and have safe homes and nests for ourselves.(…) Women are silenced not because men beat up on us but because we don’t want to be shunned by our little cliques. That applies to all age groups. That’s one of the reasons that women are so conformist and so indirect: we end up sabotaging her rather than risking the loss of her intimate companionship. Women stealing each other’s lovers and spouses and jobs is pandemic. Phyllis Chesler
Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a « déshonoré » sa famille est suffisante pour enclencher une représaille. Human Rights Watch
En général, en Occident, le crime d’honneur varie en fonction de la géographie. Peu coutumier de nos jours dans les régions du Nord, il devient plus intense en descendant vers le Sud (sociétés méditerranéennes et/ou musulmanes, etc..) où les codes d’honneur propres à telle ou telle société traditionnelle ont conservé plus d’importance. C’est ainsi que la vengeance par la justice privée, plus connue sous le nom de vendetta fait partie de la culture de certains groupes ethniques qui se situent dans les Balkans (notamment les régions peuplées d’albanophones), en Turquie (Anatolie, Kurdistan, etc..), le sud de l’Italie et les îles de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile, Crète). Avec l’immigration musulmane (notamment pakistanaise, turque/kurde et arabe), les crimes d’honneur sont réapparus en Europe. En Italie, en 2006, Hina Saleem (it), une jeune pakistanaise de 21 ans, est assassinée à Sarezzo (Lombardie) par ses parents et des membres de sa famille qui n’acceptaient pas sa relation avec un Italien et sa vie jugée « trop occidentale »10. Hina s’était également opposée à un mariage arrangé. Toujours en Italie, en 2009, Sanaa Dafani, une jeune marocaine de 18 ans résidant avec sa famille à Pordenone (N.-E.), est égorgée par son père qui lui reprochait d’être « trop occidentale » et d’avoir une relation avec un Italien11. Il sera condamné définitivement à 30 ans de prison en 201212. En 2010 à Modène (Italie), un pakistanais, aidé de son fils, « punit » à coups de barre d’acier et de pierre son épouse et sa fille qui refusaient un mariage arrangé. La mère succombera à ses blessures13. En Allemagne, en 2005, Hatun Sürücü, une jeune Allemande d’origine turque, est tuée à Berlin par son frère pour « s’être comportée comme une Allemande »14. En Belgique, en 2007, Sadia Sheikh, une pakistanaise de 20 ans, est assassinée à Charleroi (Région wallonne) par des membres de sa famille pour avoir refusé un mariage arrangé15. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur16. En Grande-Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation)) a recensé 2823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de « venger l’honneur d’une famille ». Wikipedia
Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité. C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ». Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces. Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques. (…) La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé. Le Monde

Attention: un crime peut en cacher un autre !

Alors qu’après la prestigieuse Oxford Union (assimilée à un vulgaire bureau des étudiants) l’an dernier

Et sous couvert de la neutralité du titre anglais et le refus de toute identification nationale de la romancière ou de ses personnages …

Réduisant à de simples sorties-cinéma les rencontres, nécessairement clandestines dans les cinémas les plus excentrés du Londres des années 70 et d’ailleurs payées au prix fort du matricide, d »une héroïne kurde abandonnée par son mari et d’un restaurateur multiculturel d’origine grecque …

C’est la tragique héroïne d’un roman anglo-turc que la cuvée du bac d’anglais 2014 assassine à nouveau …

Pendant qu’avec le retour des djihadistes en Irak suite au départ précipité du Munichois en chef de la Maison Blanche, les belles âmes qui avaient hurlé contre Bush et regretté Saddam nous ressortent leurs arguments les plus éculés contre la démocratisation d’une des régions les plus arriérées de la planète …

Comment ne pas voir cet étrange aveuglement, politiquement correct oblige, d’une Europe et d’un Occident d’ordinaire si prompts à dénoncer les moindres manquements aux droits de ces nouveaux damnés de la terre que sont devenus les immigrés …

Sur ces crimes dits d’honneur qui, avec l’afflux d’immigrants et comme le rappelait il y a quelques années Le Monde, ne sont plus  « réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde » …

Et qui, devant le durcissement des législations, se voient même maquillés en suicides ou attribués à des meurtriers mineurs susceptibles d’être jugés moins sévèrement ?

Et comment ne pas saluer, par contraste, la véritable plongée que nous offre  la romancière turque fille d’un philosophe et d’une diplomate Elif Shafak dans ce passé encore « là mais inégalement réparti » …

Ce monde qui nous était devenu inconnu …

Où, via l’éducation qu’elles prodiguent à leurs fils et filles, les victimes elles-mêmes font partie de la reproduction de leur propre victimisation …

Et qui, avec l’immigration et à l’instar de certaines maladies que l’on croyait disparues, fait pourtant son retour en force chez nous ?

Q & A With Elif Shafak

Penguin Q & A with Elif Safak, author of Honour

What is your new book about?

Honour is about a family, mother-son relationship and how we, knowingly or unknowingly, hurt the people we love most. This is the story of a half-Turkish, half-Kurdish family in London in the late 1970s.

What or who inspired it?

Life.

What was the biggest challenge, writing it?

The central character, Iskender, is a young man obsessed with the notion of honour to the extent that he becomes a murderer. It was a challenge for me to put myself in his shoes, to build empathy for this extremely macho character, but it was important. Without understanding boys/men like Iskender we cannot discuss, let alone solve, honour killings.

What did you want to achieve with your book?

I wanted to tell a story, that has always been my primary aim, whatever the subject. I love giving a voice to characters who are kept in the margins, left unheard in life.

What do you hope for your book?

I hope it will connect readers from different backgrounds and lifestyles, I hope it will speak to their hearts and transcend cultural ghettoes.

Are there any parts of it that have special personal significance to you?

My novels are not autobiographical. In other words, my starting point is not myself. I find writing about myself rather boring. What I am more interested in is being other people, discovering other world and universes.

Do you have a favourite character or one you really enjoyed writing?

I don’t have a favourite character, as I feel and love each and every character along the way, even the side characters, even the ones who look troubled. However I must say Yunus, the family’s younger son has a special place in my heart. Imagining him, being him, was an inspiring journey.

What do you see as the major themes in your book?

Love and freedom. There cannot be love without freedom. And there is no honour in murder.

What made you set it in London?

My novel travels to different cities and locations, like all of my novels do. There are scenes in a Kurdish village, Istanbul, but London has been central. I love this city. I love the multicultural blending here, which is different than anywhere else. But I also wanted to say if honour-related attacks are happening even here, and they are, then that means they can happen anywhere.

Did the title come instantly to you or did you labour over it?

The title had a journey of its own. In Turkey the novel is called Iskender, which means Alexander. However I could not name it Alexander in English as people would have thought it was a novel about Alexander the Great. So instead of focusing on a character I focused on the theme and chose Honour. It is being translated into many languages and as it travels from one country to another book jackets change. In Italy they also changed the name because the word Honour in Italian recalls the mafia, and the novel has nothing to do with the mafia. So my Italian publisher Rizzoli and I chose another title: The House of Four Winds, which is the name of the Kurdish village in the novel.

To whom have you dedicated the book and why?

This book is dedicated to people who see, people who hear, people who care. And why I did that? Well the answer is in this little story I wrote at the opening page…

Who do you think will enjoy your book?

I don’t have a specific audience. Very different people read my work and I cherish that. I sincerely hope people who love stories and the art of storytelling will enjoy it, that’s what matters.

Do you have a special spot for writing at home? (If so, describe it)

I don’t have writing rituals or specific places for that. I write at home but I also write in crowded cafes, restaurants, trains stations, airports, always on the move.

Do you like silence or music playing while you’re writing?

I don’t like silence at all. I cannot write in silence. There has to be the sounds of life, music, the sounds coming from the street, rain cars and all of that. Istanbul is a very noisy city. I am used to writing in chaos and noise.

When did you start writing?

At the age of eight, but that’s not because I wanted to be a writer. I didn’t even know there was such a possibility. I fell in love with words and stories. I was a lonely kid and on my own most of the time. Books were my best friends, they were the gates unto other worlds, and they still are.

Did you always want to become an author?

The desire to become an author came to me later, when I was 17 or 18, and it was crystallised in my early twenties. So first there was the love of writing, the love of stories and only much later the desire to become an author. I have a writer inside me and an author inside me. They are different personalities. Most of the time they get along but sometimes they quarrel and disagree.

Tell us a bit about your childhood?

I was raised by a single mother, an independent minded, feminist divorcee. That was a bit unusual in 1970s Turkey. I was also raised by my Grandma for a while and she was a very different woman, she was a healer and an oral storyteller. To this day I love combining the two worlds, the two women.

If you’ve had other jobs outside of writing, what were they?

I contribute regularly to a major newspaper in Turkey, I write twice a week and I also write op-ed pieces for papers around the world. I am a political scientist by training, I teach creative writing too.

Describe yourself in three words?

Storyteller, nomad, freethinker.

What star sign are you and are you typical of it?

I am a Scorpio and like many Scorpio’s I am inward-looking and love to sabotage myself.

What three things do you dislike?

Hate speech, xenophobia, gender discrimination.

What three things do you like?

Connections, creativity, compassion.

Have you a family, partner or are you single?

I am a mother of two and a terrible wife in addition to being a writer.

Voir aussi:

Honour by Elif Shafak – review
A fierce tale of tradition in Muslim culture
Maureen Freely
The Guardian
20 April 2012

Elif Shafak begins her new novel with a dedication containing a dark and portentous anecdote: when she was seven years old, she lived next door to a tailor who was in the habit of beating his wife. « In the evenings, we listened to the shouts, the cries, the swearing. In the morning, we went on with our lives as usual. The entire neighbourhood pretended not to have heard, not to have seen. »

Honour
by Elif Shafak

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Having dedicated her book to « those who hear, those who see », Shafak hands over to Esma Toprak, a London-bred Turkish Kurd, as she prepares to set off for Shrewsbury Prison to collect her brother, who has just served a 14-year term for murder. It is implied, but not confirmed, that his victim was their mother. Esma admits to having thought often about killing her brother in revenge. And yet she plans to welcome him back into the house she now shares with her husband and two daughters.

This is the cloud that hangs over the next 300-odd pages, as Esma offers up fragments of family history, beginning with her mother’s birth in a village near the Euphrates. She describes a world where women as well as men enforce an honour code that results in the social death of men who fail to act like men, and the actual death of several female relatives. When her family migrates to Istanbul, and then to London in the early 1970s, they take that code with them, but as they grow accustomed to life in the west it becomes less a system of social regulation than a compulsion they can neither control nor understand.

Adem, the father, falls in love with an exotic dancer. Disgraced, he drifts away. Iskender, the eldest son, is left unprotected and is brutally bullied before forming his own gang and doing much worse to others. His views on masculinity are further sharpened by the neighbourhood’s fledgling radicals and he has one rule for his English girlfriend and another for Pembe, his mother. Tradition dictates that he is now the head of the household, and even though she does not like him controlling her, she nevertheless defers to him, going out of her way to convey her approval for her « sultan ».

Running in parallel with this all-too-familiar tragedy is another story. Even in that village near the Euphrates, where mothers grieve at the birth of each new daughter, women wield considerable social powers, although they are inclined to express them through dreams, premonitions, and potions. They also impart a gentler Islamic tradition of mercy and compassion, encouraging an imaginative engagement with both tradition and the modern world. Pembe longs to travel, and she has her wish. Her twin sister Jamila stays behind to become the region’s fabled Virgin Midwife, travelling fearlessly through territories controlled by bandits, trusting her fate to God’s hands. When a dream signals that her twin is in danger, Jamila has no trouble finding the people who can get her to London without proper documentation. The two younger Toprak children show a similar independence of thought as they struggle to resolve the contradictions that have brought their family down.

Shafak is an extremely popular novelist in Turkey, particularly loved by young, educated and newly independent women who appreciate her fusion of feminism and Sufism, her disarmingly quirky characters and the artful twists and turns of her epic romances. Born in Strasbourg to a diplomat mother, educated in Europe, the United States and Turkey, she writes some books in her native Turkish and others (like this one) in English. In everything she writes, she sets out to dissolve what she regards as false narratives. In this one, it’s the story of the « honour killing » as we know it from those shock headlines. The book calls to mind The Color Purple in the fierceness of its engagement with male violence and its determination to see its characters to a better place. But Shafak is closer to Isabel Allende in spirit, confidence and charm. Her portrayal of Muslim cultures, both traditional and globalising, is as hopeful as it is politically sophisticated. This alone should gain her the world audience she has long deserved.

• Maureen Freely’s Enlightenment is published by Marion Boyars.

Voir également:

Les crimes d’honneur, une réalité européenne
Benoît Vitkine
Le Monde
15.11.2011

Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité.

C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ».

Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces.

Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques.

« PRÉTENDU » HONNEUR

Le rapport évoque plusieurs cas enregistrés chaque année en Suède, en Suisse ou en Italie. En octobre 2010, par exemple, à Modène, une Pakistanaise de 20 ans et sa mère de 46 ans se sont opposées au mariage arrangé prévu pour la jeune femme : le père et le fils ont tué la mère à coups de barre de fer et blessé grièvement la jeune fille.

Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ont avancé pour la première fois en 2003 des recommandations d’ordre général. Mais seuls les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont adopté un dispositif complet, alliant prévention auprès des associations d’immigrés, protection des témoins, formation des policiers et création d’unités spéciales. Dans les textes britanniques, le mot « honneur » est, à la demande explicite du gouvernement, précédé de la mention « so called » (« prétendu »).

La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé.

Voir encore:

Les «crimes d’honneur» augmentent au Royaume-Uni
Chloé Woitier
Le Figaro
03/12/2011

Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée, torturée, étranglée puis brûlée sur ordre de son père et de son oncle en 2006 car elle fréquentait un garçon. Son meurtre avait choqué le Royaume-Uni.

Une association a recensé près de 3000 victimes de «crimes d’honneur» dans le pays en 2010. Les plaintes déposées à la police ont doublé en un an dans certaines zones, dont Londres.

Battues, séquestrées, mutilées, aspergées à l’acide ou tuées pour avoir porté atteinte à l’honneur de leur famille. Cette réalité a été vécue en 2010 par près de 3000 jeunes femmes résidant en Grande-Bretagne, selon une étude parue par l’Organisation pour le droit des femmes iraniennes et kurdes (Ikwro). Dans la seule capitale de Londres, ces «crimes d’honneur» ont doublé en un an, avec près de 500 cas.

Les données, collectées pour la première fois dans le pays, ont été obtenues par l’association grâce au Freedom of Information Act, une loi promulguée en 2000 par le gouvernement de Tony Blair qui permet à tout citoyen d’avoir accès à un très grand nombre de documents administratifs. Ikwro a ainsi envoyé une demande à l’ensemble des forces de police afin de connaître le nombre de violences qui ont été perpétrées l’an passé au nom de «l’honneur».

Le total, estimé à 2823 incidents, peut selon l’association être augmenté d’au moins 500 cas, 13 unités de police sur 52 n’ayant pas répondu à la demande. Dans certaines zones, les cas recensés ont doublé en un an. Ikwro estime également que ces chiffres sont sous-estimés, de nombreuses victimes n’osant pas porter plainte par peur de représailles.
«Un problème sérieux qui touche des milliers de personnes»

Pour l’association, la très grande majorité des femmes victimes de ces violences proviennent de familles originaires du sous-continent indien, d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient. «Elles résistent de plus en plus aux atteintes à leur liberté, comme un mariage forcé décidé par leur famille. De fait, elles sont plus exposées aux violences», explique au Guardian Fionnuala Ni Mhurchu, responsable de la campagne d’Ikwro. «Ces chiffres sont importants car ils prouvent qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. C’est au contraire un problème sérieux qui touche des milliers de personnes chaque année, dont un certain nombre subit de très importantes violences avant de porter plainte.»

Ces femmes subissent le courroux de leur famille parce qu’elles ont un petit ami, ont refusé un mariage arrangé, ont été violées, ou parlent simplement à des hommes. D’autres sont victimes de violences car elles sont homosexuelles, se maquillent, ou s’habillent à l’occidentale. «Les coupables de ces crimes sont considérés comme des héros dans leur communauté parce qu’ils ont défendu l’honneur de leur famille et la réputation de la communauté»,a expliqué la directrice de l’Ikwro, Dina Nammi, sur la BBC.

L’association, forte de ces données, réclame que les autorités britanniques se donnent les moyens de lutter contre les «crimes d’honneur». Un porte-parole du ministère britannique de l’Intérieur a assuré que le gouvernement était «déterminé à mettre fin» à ces pratiques. Le Royaume-Uni est en effet avec les Pays-Bas le seul pays d’Europe à avoir élaboré une politique complète en la matière selon un rapport de la fondation suisse Surgir. La police britannique s’est ainsi dotée d’unités spéciales, tandis que tous les policiers du pays sont formés depuis 2009 à reconnaître les signes de violence liées à l’honneur. Des sites d’informations destinées aux jeunes filles ont également été mis en ligne pour inciter les victimes à porter plainte contre leur famille. Il n’existe pas de politique similaire en France.

Voir de même:

Meurtre de Banaz Mahmod en Grande-Bretagne : de nouvelles révélations ajoutent à l’horreur de ce « crime d’honneur »
Daily Mail
4 septembre 2007

De nouveaux détails concernant l’affaire Banaz Mahmod viennent d’être révélés sur les dernières heures de la jeune femme kurde assassinée par sa famille pour être tombée amoureuse du mauvais garçon. Ces détails ajoutent encore un peu plus dans le pathétique d’une affaire qui émeut toute l’Angleterre. Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée et frappée à coups de pieds pendant deux heures avant d’être étranglée par une cordelette. Mohamad Hama, âgé de 30 ans avait été reconnu coupable du meurtre. Il avait été recruté par le père de Banaz (52 ans), et par Ari, le frère de celui-ci (51 ans), eux aussi reconnus coupables du meurtre. Les détails terrifiants du meurtre sont parvenus au public après que Hama ait été secrètement enregistré en train de parler à un de ses compagnons de cellule. Il a admis avoir « frappé » et « baisé » Banaz, qui a été soumise à des actes sexuels dégradant. Dans cet enregistrement, on peut entendre Hama et son ami rire de bon coeur pendant qu’il décrit comme il l’a tuée chez elle à Mitcham, dans le sud de Londres, avec Ari Mahmod pour « superviseur » des opérations. Les meurtriers, puisque deux autres suspects se sont enfuis en Irak, pensaient que Banaz serait seule chez elle. Hama déclare : « Ari (l’oncle) avait dit qu’il n’y avait personne d’autre. Mais il y avait quelqu’un d’autre : sa soeur (Biza). Le bâtard nous avait menti ». Au sujet du meurtre, il déclare « Je jure sur Allah que ça a pris plus de deux heures. Son âme et sa vie ne voulaient pas partir. Selon le meurtrier, Banaz avait été garottée pendant cinq minutes, mais il a fallu encore une demi-heure avant qu’elle ne meure. « Le cordon était fin et l’âme ne voulait pas partir comme ça. Nous ne pouvions pas l’enlever, ça a pris en tout et pour tout cinq minutes pour l’étrangler. Je l’ai frappé à coups de pieds sur le cou pour faire sortir son âme. Elle était complètement à poil, sans rien sur elle » Le corps de Banaz a été mis dans une valise et enterrée dans un jardin à Birmingham, où on l’a retrouvée trois mois plus tard.

Voir par ailleurs:

‘Honor killings’ in USA raise concerns
Oren Dorell
USA TODAY
11/30/2009

Muslim immigrant men have been accused of six « honor killings » in the United States in the past two years, prompting concerns that the Muslim community and police need to do more to stop such crimes.

« There is broad support and acceptance of this idea in Islam, and we’re going to see it more and more in the United States, » says Robert Spencer, who has trained FBI and military authorities on Islam and founded Jihad Watch, which monitors radical Islam.

Honor killings are generally defined as murders of women by relatives who claim the victim brought shame to the family. Thousands of such killings have occurred in Muslim countries such as Egypt, Jordan, Pakistan and Palestinian territories, according to the World Health Organization.

Some clerics and even lawmakers in these countries have said families have the right to commit honor killings as a way of maintaining values, according to an analysis by Yotam Feldner in the journal Middle East Quarterly.

In the USA, police allege the latest « honor killing » was that of Noor Almaleki, 20, who died Nov. 2 after she and her boyfriend’s mother were run over in a Peoria, Ariz., parking lot. Prosecutors charged Almaleki’s father, Faleh Almaleki, with murder, saying the Iraqi immigrant was upset that his daughter rejected a husband she married in Iraq and moved in with an American.

« By his own admission, this was an intentional act, and the reason was that his daughter had brought shame on him and his family, » says Maricopa County prosecutor Stephanie Low, according to The Arizona Republic.

Many Muslim leaders in the USA say that Islam does not promote honor killings and that the practice stems from sexism and tribal behavior that predates the religion.

« You’re always going to get problems with chauvinism and suppressing vulnerable populations and gender discrimination, » says Salam Al-Marayati, executive director of the Muslim Public Affairs Council.

Not all agree. Zuhdi Jasser says some Muslim communities have failed to spell out how Islam deals with issues that can lead to violence.

« How should young adult women be treated who want to assimilate more than their parents want them to assimilate? » asks Jasser, founder of the American Islamic Forum for Democracy, which advocates a separation of mosque and state. « How does an imam treat a woman who comes in and says she wants a divorce … or how to deal with your daughter that got pregnant, and she’s in high school? »

Phyllis Chesler, who wrote about honor killings in her book Woman’s Inhumanity to Woman, says police need to focus on the crimes’ co-conspirators if they wish to reverse the trend. Before 2008, there were six honor killings in the USA in the previous 18 years, according to her research.

« It’s usually the father, brother or first male cousin who is charged with the actual shooting or stabbing, (but not) the mother who lures the girl home, » Chesler says. « The religion has failed to address this as a problem and failed to seriously work to abolish it as un-Islamic. »

Jasser says his community needs to address how to treat young women who want to assimilate. « Until we have women’s liberation … we’re going to see these things increase. »

Voir encore:

Q&A; Women Are Nurturing? How About Cruel, Especially to One Another
The New York Times
August 24, 2002

Phyllis Chesler is a feminist psychotherapist, author of several books about women and the founder of the Association for Women in Psychology. In her latest book,  »Woman’s Inhumanity to Woman » (Thunder’s Mouth Press/Nation Books, 2002) she explores the often cruel relationships between women. Felicia R. Lee spoke with her.

There have been several books in the past year about how women and girls treat one another badly. Why is this topic receiving so much attention now?

I began working on this 20 years ago so I think I anticipated the curve. Had I published it sooner I would not have been able to back it up with the extraordinary research that has only begun to gather steam in the last 10 to 15 years.

The media are now willing, for whatever reason, to pay attention to the subject. I think that as women we’re strong enough now to not only acknowledge our racism, our class bias and our homophobia but our sexism. The coming generation, and second-wave feminists as well, can acknowledge that women, like men, are aggressive and, like men, are as close to the apes as the angels. Our lived realities have never conformed to the feminist view that women are morally superior to men, are compassionate, nurturing, maternal and also very valiant under siege. This is a myth.

You are known as a radical feminist who has written extensively about how the courts and the medical system mistreat women. Are you afraid that this book will be used against women?

Women don’t have to be better than anyone else to deserve human rights. Our failure to look at our own sexism lost us a few inches in our ability to change history in our lifetime. The first thing we do is acknowledge what the truth is, and then we have to not have double standards. We have to try not to use gossip to get rid of a rival, we have to try not to slander the next woman because we’re jealous that she’s pretty or that she got a scholarship. I think we have to learn some of the rules of engagement that men are good at.

Women coerce dreadful conformity from each other. I would like us to embrace diversity. Then we could have a more viable, serious feminist movement.

Why did so many feminists make the mistake of believing in what you call the myth of female superiority?

Because the stereotypes of women have been so used to justify our subordination and since it was a heady moment in history to suddenly come together with other women in quantum numbers around issues of women’s freedom and human rights, it took a while before each of us in turn started looking at how we treated each other. The unacknowledged aggression and cruelty and sexism among women in general — and that includes feminists — is what drove many an early activist out of what was a real movement.

Isn’t there conflict and psychological warfare in any social justice movement or workplace?

I think it gets worse when it’s women only. Men are happy in a middle-distance ground toward all others. They don’t take anything too personally, and they don’t have to get right into your face, into your business, into your life. Women need to do that. Women, the minute they meet another woman, it’s: she’s going to be my fairy godmother, my best friend, the mother I never had. And when that’s not the case we say,  »well, she’s the evil stepmother. »

We don’t serve ourselves so well with our depth-charged levels of capacity for intimacy because then we can only be close to a small group. We can’t command a nation-state.

Isn’t that just an extension of arguments that have created glass-ceilings in workplaces?

No. I think the conclusion is not that women should be kept barefoot and pregnant and at home because they have no executive capacity. The conclusion is that there is something about the workplace that is deadly to all living things and men adapt more.

I do have a chapter that says if you have a situation that is male-dominated with a few token women, women will not like each other, they will be particularly vicious in how they compete and keep other women down and out. We can’t say how women as a group would behave if overnight they had all the positions that men now have.

The cruelty you document ranges from mothers-in-law burning their daughters-in-law because of dowry disagreements to women stealing each other’s boyfriends. Can it all really be lumped together?

It helps to understand that in these non-Western countries where you have mothers-in-law dousing daughters-in-law with kerosene for their dowries and we say  »how shocking, » we have a version here. You have here mothers who think their daughters have to be thin, their daughters have to be pretty and their daughters need to have plastic surgery and their daughters have to focus mainly on the outward appearance and not on inner strength or inner self. It’s not genital mutilation but it’s ultimately a concern with outward appearance for the sake of marriageability.

Although you note that women don’t have as much power as men, you view them as equally culpable for many of society’s ills.

I’m thinking back to the civil rights era and the faces of white mothers who did not want little black children to integrate schools. What should we say about those women who joined the Ku Klux Klan or the Nazi party? You have a lot of women groaning under the yoke of oppression. Nevertheless, there are women who warm the beds and are the partners of men who create orphans. Women are best at collaborating with men who run the world because then we can buy pretty trinkets and have safe homes and nests for ourselves.

You say that women are the ones who police and monitor one another and silence dissent.

Women are silenced not because men beat up on us but because we don’t want to be shunned by our little cliques. That applies to all age groups. That’s one of the reasons that women are so conformist and so indirect: we end up sabotaging her rather than risking the loss of her intimate companionship. Women stealing each other’s lovers and spouses and jobs is pandemic.

Voir aussi:

Banaz: An ‘honour’ killing
November 3, 2012 « Honour » based violence (HBV), Blog 1

Artist and activist Deeyah explains the motivation behind her documentary film Banaz: A love story which features IKWRO. A shortened version of this documentary was shown on ITV on 31st October.

Deeyah writes:

I grew up in a community where honour is a form of social currency which is a source of concern from the moment we are born. ‘Honour’ can be the most sought after, protected and prized asset that defines the status and reputation of a family within their community. This burden weighs most heavily upon women’s behaviour. This collective sense of honour and shame has for centuries confined our movement, freedom of choice and restricted our autonomy. You cannot be who you are, you cannot express your needs, hopes and opinions as an individual if they are in conflict with the greater good and reputation of the family, the community, the collective. If you grow up in a community defined by these patriarchal concepts of honour and social structures these are the parameters you are expected to live by. This is true for my own life and experiences.

Autonomy, is not acceptable and can be punished by a variety of consequences from abuse, threats, intimidation, exclusion by the group, violence of which the most extreme manifestation is taking someone’s life; murdering someone in the name of ‘honour’. This is something that has interested me through much of my life especially because of my own experiences of meeting resistance and opposition for my expression and life choices which at the time strayed from the acceptable moral norms afforded to women of my background and I understand what it is like when people want to silence your voice. I have addressed these honour concepts in various forms through the years but I have always wanted to do more, especially about the most extreme form of guarding this “honour” known as honour killings. The medium I felt would allow me the room to explore this topic most in-depth is the documentary film format.

This is why I set out, almost 4 years ago, to make a documentary film about honour killings. My intent was to shed light on this topic and to learn about through reviewing an extensive list of cases across Europe that could help us to understand the extent of this issue and its existence within the European and American diaspora. The purpose of this project being to create a film that would serve primarily to educate and inform, and to help us understand the issue better and to consider what can be done to prevent or reduce these crimes. As I started researching and delving further into various cases, I came across the story of Banaz Mahmod. I realized that this case would best illustrate the constructs of honour, the lack of understanding around this topic in the Western world, and the severe need to do more across social, political and community lines. As a result, Banaz’ story has become the anchor for the topic in the film and shows the lessons needed to be learned from her tragic death.

Banaz Mahmod’s life was marked by betrayal. As a child she underwent FGM at the hands of her grandmother. At age 17 she was married off to a man she had met only once in order to strengthen family alliances. In her marriage she was abused, beaten, raped and forced to endure isolation. At age 19, she left her husband and returned to her family home hoping for safety and security, only to be betrayed again: first by the British authorities who didn’t take her pleas for help seriously when she suspected she was in danger, then by her family, who took her disobedience as an unforgivable act. At age 20 she disappeared and was never heard from again until she was discovered buried under a patio, wedged in a fetal position inside a muddy suitcase— a victim of so-called ‘Honour’ Killing.

After her death, Banaz found another family in the unlikeliest of places: the Metropolitan Police. It took Detective Chief Inspector Caroline Goode and her team five years to find and prosecute the perpetrators of this brutal crime, which included her father, uncle and a male cousin. This case spanned two continents and resulted in the only extradition from Iraq by Britain in modern history. In death, Banaz found a family willing to do whatever it took to protect her memory.

Banaz’s life and murder is just one among thousands of stories around the world where families chose to obey their community and peer pressure instead of honouring their duty to love and protect their children. Through Banaz’s story, which covers many of the classic patterns of Honour Crimes and oppression, we explore the broader topic of honour killings that is becoming particularly prevalent within diaspora communities in Europe and the US. 3000 honour crimes were reported in the UK alone in 2010. Despite these staggering figures being considered the “tip of the iceberg”, many young women, like Banaz, are let down by officials in the West because of their lack of understanding and training in identifying the signs of an honour crime as well as for fear of upsetting cultural sensitivities—and at times from a sense of a general apathy surrounding violence against minority community women. Honour Killings are an ongoing genocide where the murders of women and girls are considered ‘justified’ for the protection of a a family’s reputation. Although , for Banaz, justice did eventually prevail, she was still found dead in a suitcase.

Caroline’s extraordinary dedication shows that effective action can be taken, and that a new benchmark for detection can be set.

During the process of making this film, there were two points that stood out as particular needs that I could concretely do something about. The first, was to create a place where people interested in the subject and in need of information about honour violence could go to find out more. The second, was to create a place where the victims, whose families intended to erase them from the world, could be remembered. So I created The Honour-Based Violence Awareness Network (HBVA) and the Memini Memorial initiatives in collaboration with volunteers and experts from around the world.

During the process of making the film I found that after exhaustively searching the web for information on the subject, my need for research and data was unfulfilled. I continued interviewing experts in the field, ranging from policy makers to NGOs, activists, police officers and legal professionals and realised that they also shared my frustration at the lack of accessible and comprehensive information about Honour Based Violence. During these interviews, I quickly became aware that Honour Based Violence is little understood in the West–with alarming consequences. We know that Honour Based Violence is far more widespread than current figures indicate because it is under-reported, under-researched and under-documented; and therefore, easily misunderstood, overlooked and mis-recognised. I found this absolutely unacceptable. As a result I developed the Honour Based Violence Awareness Network (HBVA).

In collaboration with international experts, HBVA is an international digital resource centre working to advance understanding and awareness of Honour Killings and Honour Based Violence through research, training and information for professionals; teachers, health workers, social services, police, politicians, and others who may encounter individuals at risk. HBVA builds and promotes a network of experts, activists, and NGOs from around the world, establishing international partnerships to facilitate greater collaboration and education. HBVA draws on the expertise of its international partners, collaborators and experts from Pakistan, Iraq, UK, Netherlands, Sweden, Germany, India, Norway, Denmark, Bangladesh, Jordan, Palestine, France. Some of the esteemed HBVA experts are Unni Wikan, Asma Jahangir, Yakin Erturk, Rana Husseini, Serap Cileli, Ayse Onal, Yanar Mohammad, Dr. Shahrzad Mojab, Aruna Papp, Hina Jilani, Dr. Tahira S. Khan, Sara Hossain. WWW.HBV-AWARENESS.COM

Additionally, born as a result of this film project, is WWW.MEMINI.CO. Memini is an online remembrance initiative set up to ensure that the stories of victims of honour killings are told, defying the intent of those who wanted to erase them. Our personal and community silence allows these violent expressions of honour to survive and is what makes these murders possible in the first place. Memini is a small and humble step towards ending that silence.

Although the story of Banaz is filled with so much darkness, Detective Chief Inspector Caroline Goode shows us what can be achieved if we just simply care. Caroline went above and beyond the call of duty, going to the ends of the earth to find justice for Banaz–not just to fulfill her obligation as a police officer, but from feeling duty bound and seeing Banaz with a mother’s eyes and feeling with a mother’s heart.. I am grateful to have found Caroline and Banaz through this journey. For me, Caroline’s dedication and integrity, her compassion and her professionalism, represents the highest expression of truly honourable behaviour. The core lesson I have learned is that there is hope, but more has to be done – and I am committed to doing what I can, however small the action. I believe one thing we can do is to remember the victims. I believe if their own blood relatives discarded, betrayed, exterminated and forgot them, then we should adopt these girls as our own children, our own sisters, our own mothers and as fellow human beings. We will mourn, we will remember, we will honour their memory and we will not forget!

If we worry about offending communities by criticising honour killings, then we are complicit in the perpetuation of violence and abuse, in the restriction of women’s lives. Our silence provides the soil for this oppression and violence to thrive. It is not racist to protest against honour killings. We have a duty to stand up for individual human rights for all people, not for just men and not just for groups. We shall not sacrifice the lives of ethnic minority women for the sake of so-called political correctness.

I’d rather hurt feelings than see women die because of our fear, apathy and silence. We need to stand in solidarity. In order to create change we need to care. We need authorities, decision makers and politicians to provide the same protections and robust actions for women of ethnic minority communities affected by honour based violence and oppression as they would for any other crimes in any other part of society. It is not acceptable to shy away from abuses happening against women in some communities for fears of being labelled racist or insensitive– the very notion of turning a blind eye or walking on egg shells and avoiding to protect basic human rights of some women because they are of a certain ethnic background is not only fatal, but represents true racism.

We cannot continue to allow this slaughter of women in the name of culture, in the name of religion, in the name of tradition and in the name of political correctness. If we allow this to continue, we are betraying not only Banaz but thousands of other women and girls in her situation. Surely we should do all we can to protect all individuals in our societies regardless of skin colour, cultural heritage or gender, without fear?

We must challenge these paradigms in every way we can. Centuries old mindsets, entrenched gender roles and power relations will take time to change, but we can make a real and immediate difference in challenging the lack of awareness, the lack of political will, the lack of sufficient training and understanding when it comes to front line people who can help individuals at risk. This includes police, doctors, nurses, school teachers, social services and so on. At the very least the ignorance of authorities and lack of their understanding and training in European countries should not be a contributing factor in the continuing abuse of thousands of women (and men). We can not allow it to be the reason why these young people continue to suffer in silence because they fear they won’t be understood and won’t get the help they need.

Banaz is among the people who dared to ask for help; the majority of young people at risk of the various forms of honour based violence may not come forward at all.

All of the honour killings I researched are horrifying, heartbreaking and devastating, and no one case felt any less sad and tragic than any other. The reason I ended up choosing the story of Banaz was not because of the horror but because of the love. Banaz’s story was different in my eyes from most other stories because there was love in spite of the hatred she faced in her life, after death there were people who loved her and cared about her, one of whom was the most unexpected person I could have imagined, a police officer, of all people, DCI Caroline Goode. The other was Banaz’s sister Bekhal, who sacrificed her own safety and peace of mind for the sake of her love for her sister and her need to honour her memory through achieving justice. I have the greatest respect for Bekhal, her courage and determination defines true honour for me.

I was most saddened, from the very beginning of this project, to see how absent Banaz was from her own story. Normally a biographical film will feature family members, friends, and other people who knew the person sharing their love, their memories and thoughts about the person who has died, showing home videos and photographs and the other mementoes of loving relationships. In this film that was just not the case at all. The only person in the film speaking about Banaz and who had known Banaz when she was alive was her sister. Everyone else in the film came to know Banaz after she had passed away. We even put out calls in local newspapers and reached out through facebook and other social media to find anyone who would have known her and would be willing to share their memories of her, but no one came forward. This hurt my heart until I came across the footage of Banaz herself, showing us the suffocating reality of her life. Watching this tape for the first time was one of the most painful experiences of my life. I had spent three and a half years working on this documentary, learning everything I could about this young women’s life — and her death, and we were in the final editing process, and then suddenly here she was present on this tape. No one else would come forward to speak about her, but here she was herself in the final momemts of the process of making this film. It was a harrowing experience to finally be able to hear and see her tell her own story.

I found it excruciatingly sad to see her and at the same time I felt so glad and privileged to finally get a chance to see her and hear her. No one listened to her in her life, so the least we can do is listen to her now.

As a society we have let down Banaz, and as her community we have let her down, so the least we can now paying her the respect to listen to her and to learn from her experiences, and to honour Banaz we through addressing this issue with complete honesty and courage.

I deeply regret the fact that it took her death for people to start the process of learning more about this problem, although measures have been taken to improve the understanding around this, in my personal opinion, reflected in the research I have done, there is a very long way to go before we can adequately understand, protect and support women at risk. We don’t need empty slogans or lip service; we need real effective action on this issue. Living in Western societies, we need our lives as “brown” women to matter as much as any white British, Norwegian, French, German, Swedish, American, European or any other woman and fellow human being.

It feels surreal but deeply satisfying to finally stand at the point of completion. It has been a very long, hard and emotionally difficult process. It is my first film ever, and I feel proud to have had the opportunity to work on a project like this, and honoured to get to tell the story of such remarkable women such as Banaz, Bekhal and Caroline.

One of the things that has been very moving about this project is that, every single person who has been involved with the film has done so out of love for Banaz and for this project, and I have a deep feeling of gratitude for everyone who took part..Even though I did not have the budget to make a film like this, the time and commitment of my team made it possible — not only have people worked for significantly reduced rates, but often they have also worked for free. For example, the master musician Dr. Subramaniam contributed a soundtrack for the film because he believed in the project and wanted to contribute even though I was unable to pay him his usual fees. The entire process of this film has been like this and I have nothing but gratitude for the hard work, care and passion of everyone involved.

The tragic story of Banaz Mahmod: she fell in love at 19, so her family killed her
Fiona Barton
Daily Mail
12 June 2007

As one of five daughters in a strictly-traditional Kurdish family, Banaz Mahmod’s future was ordained whether she liked it or not.

She was kept away from Western influences, entered an arranged marriage at the age of 16 with a member of her clan and was expected to fulfil the role of subservient wife and mother.

But Banaz, a bright, pretty 19-year-old, fell in love with another man.

And for that, she was murdered by her father, uncle and a group of family friends. The very people who should have protected her from harm plotted her killing, garrotted her with a bootlace, stuffed her body in a suitcase and buried her under a freezer.

Banaz’s crime was to « dishonour » her father, Mahmod Mahmod, an asylum seeker from Iraqi Kurdistan, by leaving her abusive marriage and choosing her own boyfriend – a man from a different Kurdish clan.

Her punishment was discussed at a family « council of war » attended by her father, uncle Ari and other members of the clan. In the living room of a suburban semi in Mitcham, South London, it was decided that this young woman’s life was to be snuffed out so that her family would not be shamed in the eyes of the community.

Banaz was only ten when she came to Britain with her father, who had served in the Iraqi army, her mother Behya, brother Bahman and sisters Beza, Bekhal, Payman and Giaband.

The family, who came from the mountainous and rural Mirawaldy area, close to the Iranian border, were escaping Saddam Hussein’s regime and were granted asylum.

But Banaz’s move to a western country changed nothing about the life she was made to lead.

She had met her husband-tobe only three times before her wedding day, once on her father’s allotment. He was ill-educated and old-fashioned but her family described him as ‘the David Beckham of husbands’.

The teenage bride, who was taken to live in the West Midlands, was to tell local police in September 2005 that she had been raped at least six times and routinely beaten by her husband.

In one assault, she claimed, one of her teeth was almost knocked out because she called him by his first name in public.

To leave the arranged marriage would have brought dishonour on the Mahmod family and Banaz’s parents apparently preferred their child to suffer abuse rather than be shamed.

But after two years of marriage, she insisted on returning home to seek sanctuary. It was there, at a family party in the late summer of 2005, that she met Rahmat Sulemani.

For the first time in her blighted existence, Banaz fell in love. She was besotted with Rahmat, 28, calling him ‘my prince’ and sending endless loving text messages. Her father and uncle Ari were furious; the young woman was not yet formally divorced by her husband and her boyfriend was neither from their clan nor religious. More importantly, perhaps, he had not been chosen by her family.

Mahmod became enraged when his daughter refused to give up her boyfriend and talked of being in love.

The threat to family honour was immense and made worse by the fact that Banaz’s elder sister, Bekhal, had already brought « shame » on the family by moving out of the house at the age of 15, to escape her father’s violence.

Bekhal’s defiance meant that Mahmod lost status in the community because he was seen to

have failed to control his women and his younger brother Ari, a wealthy entrepreneur who ran a money transfer business, took over as head of the family.

It was he who telephoned Banaz on December 1, 2005 to tell her to end the affair with Rahmat or face the consequences.

The following day, Ari called a council of war to plan her murder and the disposal of her body. She was secretly warned by her mother that the lives of her and her boyfriend were in danger, and she went to Mitcham Police Station to report the death threat. But she was so terrified of her family’s reaction that she asked police to take no action and refused to move to a refuge.

The next day, an officer called at the family home but Banaz would not let him in.

She believed that her mother would protect her from harm but as an insurance against her disappearance, went back to the police station a week later to make a full statement, naming the men she believed would kill her.

One of the men was Mohamad Hama, who has admitted murder and two of the others named fled back to Iraq after the killing. On New Year’s Eve 2005, she was lured to her grandmother’s house in nearby Wimbledon for a meeting with her father and uncle to sort out her divorce.

When her father appeared wearing surgical gloves, ready to kill her, she ran out barefoot, broke a window to get into a neighbour’s house and then ran to a nearby cafe, covered in blood from cuts to her hands and screaming: « They’re trying to kill me ».

The officers who attended the scene and accompanied Banaz to hospital did not believe her story.

However, the distressed and injured victim was able to give her own testimony about the attack to the jury in a short video recorded on Rahmat’s mobile phone at St George’s Hospital, Tooting.

The terrified lovers pretended they had parted but they continued to meet in secret. Tragically, they were spotted together in Brixton on January 21 and the Mahmods were informed.

Mohamad Hama and three other men tried to kidnap Rahmat and, when his friends intervened, told him he would be killed later.

When he phoned to warn Banaz, she went to the police and said she would co- operate in bringing charges against her family and other members of the community.

The policewoman who saw Banaz tried to persuade her to go into a hostel or safe house but she thought she would be safe at home because her mother was there.

On January 24, Banaz was left on her own at the family house and her assassins, Hama and two associates, were alerted.

The full details of what happened to her are still not known but two of the suspects, Omar Hussein and Mohammed Ali, who fled back to Iraq after the killing, are said to have boasted that Banaz was raped before she was strangled, « to show her disrespect ».

There followed a « massively challenging » investigation into her disappearance by detectives, fearing the worst. The family’s appalling crime was finally exposed when, three months after she went missing, Banaz’s remains were found, with the bootlace still around her neck.

The discovery of her body provoked no emotion in her father and uncle. Even at her funeral, the only tears were from Banaz’s brother.

« She had a small life, » a detective on the case said. « There is no headstone on her grave, nothing there to mark her existence. »

Yesterday, her devastated boyfriend, who has been given a new identity by the Home Office under the witness protection programme, said: « Banaz was my first love. She meant the world to me. »

The dead girl’s older sister, Bekhal, urged other women in the same position as her and her sister to seek help before it is too late.

Even today she continues to fear for her life, lives at a secret address and never goes out without wearing a long black veil that covers her entire body and face apart from her eyes.

She strongly rejected the suggestion that Banaz had brought « shame » on her Kurdish family by falling in love with a man they did not approve of, saying her sister simply wanted to live her own life.

« There’s a lot of evil people out there. They might be your own blood, they might be a stranger to you, but they are evil.

« They come over here, thinking they can still carry on the same life and make people carry on how they want them to live life. »

Asked what was in her father’s mind on the day that Banaz died, Bekhal replied: « All I can say is devilishness. How can somebody think that kind of thing and actually do it to your own flesh and blood? It’s disgusting. »

Bekhal says she is scared whenever she sees somebody from the same background as her.

« I watch my back 24/7. »

Voir de plus:

‘They’re following me’: chilling words of girl who was ‘honour killing’ victim
The murder of Banaz Mahmod by her family in 2006 shocked the country. A documentary now tells her story
Tracy McVeigh
The Observer
22 September 2012

On police videotape, a 19-year-old girl named those she believed had intended to kill her. They would try again, she said. « People are following me, still they are following me. At any time, if anything happens to me, it’s them, » she told the officers calmly. « Now I have given my statement, » she asked an officer, « what can you do for me? »

The answer was very little. Banaz Mahmod went back to her family in Mitcham, south London. Three months later she disappeared. It was several months before her raped and strangled body was found and four years before all those responsible for killing her were tracked down and jailed. Her father and uncle planned her death because the teenager had first walked out of a violent and sexually abusive arranged marriage, and later had fallen in love with someone else.

Now a documentary is to be premiered at the Raindance film festival, which opens this week, that includes for the first time some of the recordings made both by Banaz herself in the runup to her murder and the videotapes of some of the five visits she made to police to report the danger she felt herself to be in and name, before the event, her murderers. She told how her husband was « very strict. Like it was 50 years ago. »

« When he raped me it was like I was his shoe that he could wear whenever he wanted to. I didn’t know if this was normal in my culture, or here. I was 17. » Her family were furious when she finally left him.

The so-called honour killing of Banaz, who was murdered on 24 January 2006, shocked not only the country but also the police team, who faced a daunting task in bringing her killers to justice. They faced an investigation within an Iraqi Kurdish community, many of whom believed Banaz had deserved her fate for bringing shame on her father – a former soldier who fled Saddam Hussein and had sought asylum in the UK with his wife and five daughters. Mahmod Mahmod and his brother, Ari, were jailed for life for their part in the murder in 2007, but two other men involved fled to Iraq and were extradited back before being jailed for life in 2010.

Detective Chief Inspector Caroline Goode, who won a Queen’s Award for her dedicated efforts in getting justice for Banaz, said she found the case harrowing. In most cases police get justice after a murder for the family. « In this case the family had no interest whatsoever in the investigation. It was an absolute outrage that this girl was missing and nobody cared. »

The film also shows the continuing effects of the killing, with both Banaz’s boyfriend and her sister, Bekhal, still living in hiding and in fear. Bekhal has put her own life at risk by her decision to give evidence against her family in court. She now « watches her back 24/7 ».

Remembering her sister, she tells the film-makers: « She was a very calm and quiet person. She loved to see people happy and didn’t like arguments, she didn’t like people raising their voices, she hated it. She just wanted a happy life, she just wanted a family. »

The film, Banaz: A Love Story, was made by the former pop star and now music producer and film-maker Deeyah. Norwegian-born, but of Punjabi and Pashtun heritage, Deeyah has herself been subject to honour-related abuse and her singing career was marred by endless death threats that, in part, led to her giving up touring. The story of Banaz, who died because she just wanted to be an ordinary British teenager, she said, struck an immediate chord with her.

« Despite the horror, what emerges is a story of love, » said Deeyah. « What has upset me greatly from the very beginning of this project is how absent Banaz was from her own story. Whenever you see a film about someone who has passed you will always have family, friends, people who knew the person, sharing their love, their memories and thoughts about the person who has died; they have home videos, photos. That was just not the case here at all. The only person speaking for Banaz who had known her alive was her sister. Other than that, everyone else in the film came to know Banaz after she had died. »

A search for other witnesses to her life proved fruitless. « We tried to find anyone who would have known her, no one came forward, » said Deeyah. « Then I came across the videotape with Banaz herself, telling us what her suffocating reality was like. Watching this tape for the first time was among the most difficult things I have ever experienced. I had spent three-and-a-half years working on this film, learning everything I could about this young woman’s life and her death, we were in the final editing process and suddenly here she was, when no one else would come forward to speak about her.

« I found it excruciatingly sad to see her and at the same time I felt so glad to finally get a chance to see her and hear her. No one listened to her in her life. As a society we let down Banaz, as her community we let her down. I am sorry she had to die for people to start learning more about this problem, although measures have been taken to improve the understanding around this.

« There is a very long way to go before we can adequately understand, protect and support women at risk. We don’t need empty slogans or lip service, we need real concise action on this issue. Living in western societies, we need our lives as ‘brown’ women to matter as much as any fellow human being. »

Voir enfin:

Crime d’honneur -Elif Shafak
Patrice
Cultura
le 28/04/2013

Roman sensible et émouvant d’une auteure turque adulée dans son pays, Crime d’honneur tisse les relations complexes d’une famille écartelée entre sa culture traditionnelle et le désir d’émancipation né du passage à l’occident.
Un village près de l’Euphrate, dans un monde patriarcal où l’honneur des hommes est la valeur suprême. Là, une femme qui implore Allah pour la naissance d’un fils après avoir mis au monde six filles voit sa requête ignorée. Ce seront deux filles de plus : Pembe et Jamila, jumelles aux caractères aussi dissemblables que leurs destins. L’une se marie avec le Turc Adem et part vivre avec lui à Londres, dans un pays hostile et providentiel. L’autre se retire dans une cabane isolée et devient la sage-femme vierge. C’est Pembe, la voyageuse, qui réalisera le rêve maternel en accouchant en Angleterre d’un fils : Iskender, aîné de la fratrie, sultan, petit dieu. Mais les amours contrariés pèsent de tout leur poids dans les malheurs à venir. Car amoureux de Jamila, Adem a dû se résoudre à épouser Pembe qu’il n’aimera jamais et quittera. Le champ est libre pour mettre l’honneur à l’épreuve, car chacun sait chez les kurdes que les femmes ne peuvent apporter que la honte. Et qu’en l’absence du mari, c’est sur le fils, aussi jeune soit-il, que pèse la responsabilité de défendre, par tous les moyens, l’honneur du clan.

EXTRAIT

ESMA Londres, septembre 1992

Ma mère est morte deux fois. Je me suis promis de ne pas permettre qu’on oublie son histoire, mais je n’ai jamais trouvé le temps, la volonté ou le courage de la coucher par écrit. Jusqu’à récemment, je veux dire. Je ne crois pas être en mesure de devenir un véritable écrivain, et ça n’a plus d’importance. J’ai atteint un âge qui me met davantage en paix avec mes limites et mes échecs. Il fallait pourtant que je raconte cette histoire, ne serait-ce qu’à une personne. Il fallait que je l’envoie dans un coin de l’univers où elle pourrait flotter librement, loin de nous. Je la devais à maman, cette liberté. Et il fallait que je termine cette année. Avant qu’il soit libéré de prison.
Dans quelques heures, je retirerai du feu le halva au sésame, je le mettrai à refroidir près de l’évier et j’embrasserai mon époux, feignant de ne pas remarquer l’inquiétude dans ses yeux. Je quitterai alors la maison avec mes jumelles – sept ans, nées à quatre minutes d’intervalle – pour les conduire à une fête d’anniversaire. Elles se disputeront en chemin et, pour une fois, je ne les gronderai pas. Elles se demanderont s’il y aura un clown, à la fête, ou mieux : un magicien.
– Comme Harry Houdini, suggérerai-je.
– Harry Wou-quoi ?
– Woudini, elle a dit, idiote !
– C’est qui, maman ?
Ça me fera mal. Une douleur de piqûre d’abeille. Pas grand-chose en surface, mais une brûlure tenace à l’intérieur. Je me rendrai compte, comme à tant d’occasions, qu’elles ne connaissent rien de l’histoire de la famille, parce que je leur en ai raconté si peu. Un jour, quand elles seront prêtes. Quand je serai prête.
Après avoir déposé les petites, je bavarderai un moment avec les autres mères. Je rappellerai à l’hôtesse qu’une de mes filles est allergique aux noix et que, comme il est difficile de distinguer les jumelles, il vaut mieux les garder à l’œil toutes les deux, et s’assurer que ni l’une ni l’autre n’ingère d’aliments contenant des noix, y compris le gâteau d’anniversaire. C’est un peu injuste pour mon autre fille, mais entre jumelles ça arrive parfois – l’injustice, je veux dire.
Je retournerai alors à ma voiture, une Austin Montego que mon mari et moi conduisons à tour de rôle. La route de Londres à Shrewsbury prend trois heures et demie. Il est possible que je doive faire le plein d’essence juste avant Birmingham. J’écouterai la radio. Ça m’aidera à chasser les fantômes, la musique.
Bien des fois, j’ai envisagé de le tuer. J’ai élaboré des plans complexes mettant en action un pistolet, du poison, voire un couteau à cran d’arrêt – une justice poétique, en quelque sorte. J’ai même pensé lui pardonner, tout à fait, en toute sincérité. En fin de compte, je n’ai rien accompli.
*
En arrivant à Shrewsbury, je laisserai la voiture devant la gare et je parcourrai à pied en cinq minutes la distance me séparant du sinistre bâtiment de la prison. Je ferai les cent pas sur le trottoir ou je m’adosserai au mur, face au portail, pour attendre qu’il sorte. Je ne sais pas combien de temps ça prendra. Je ne sais pas non plus comment il réagira en me voyant. Je ne l’ai pas revu depuis plus d’un an. Au début, je lui rendais visite régulièrement mais, alors qu’approchait le jour de sa libération, j’ai cessé de venir.
À un moment, le lourd battant s’ouvrira et il sortira. Il lèvera le regard vers le ciel couvert, lui qui a perdu l’habitude d’une aussi vaste étendue au-dessus de lui, en quatorze années d’incarcération. Je l’imagine plissant les yeux pour se protéger de la lumière du jour, comme une créature de la nuit. Pendant ce temps, je ne bougerai pas, je compterai jusqu’à dix, ou cent, ou trois mille. On ne s’embrassera pas. On ne se serrera pas la main. Un hochement de tête et un salut murmuré de nos voix fluettes et étranglées. Arrivé à la gare, il sautera dans la voiture. Je serai surprise de constater qu’il est toujours musclé. C’est encore un jeune homme, après tout.
S’il veut une cigarette, je ne m’y opposerai pas, bien que j’en déteste l’odeur et que je ne laisse mon mari fumer ni dans la voiture ni à la maison. Je roulerai à travers la campagne anglaise, entre des prairies paisibles et des champs cultivés. Il m’interrogera sur mes filles. Je lui dirai qu’elles sont en bonne santé, qu’elles grandissent vite. Il sourira comme s’il avait la moindre idée de ce que c’est d’être parent. Je ne lui poserai aucune question en retour.
J’aurai apporté une cassette pour la route. « Les plus grands succès d’ABBA » – toutes les chansons que ma mère aimait fredonner en cousant, en faisant la cuisine ou le ménage : Take a Chance on Me, Mamma Mia !, Dancing Queen, The Name of the Game… Parce qu’elle nous regardera, j’en suis certaine. Les mères ne montent pas au paradis, quand elles meurent. Elles obtiennent la permission de Dieu de rester un peu plus longtemps dans les parages pour veiller sur leurs enfants, quoi qu’il se soit passé entre eux au cours de leurs brèves vies mortelles.
De retour à Londres, on gagnera Barnsbury Square et je chercherai une place de stationnement en grognant. Il se mettra à pleuvoir – des petites gouttes cristallines – et je réussirai à me garer. Je me demande s’il me dira en riant que j’ai la conduite typique des femmes au volant. Il l’aurait fait, jadis.
On se dirigera ensemble vers la maison, dans la rue silencieuse et lumineuse devant et derrière nous. Pendant un court instant, je comparerai ce qui nous entoure à notre maison de Hackney, celle de Lavender Grove, et je n’en reviendrai pas de trouver tout si différent, désormais – combien le temps a progressé, alors même que nous ne progressions pas !
Une fois à l’intérieur, on retirera nos chaussures et on enfilera des pantoufles, une paire de charentaises anthracite pour lui, empruntée à mon mari, et pour moi des mules bordeaux à pompon. Son visage se crispera en les voyant. Pour l’apaiser, je lui dirai qu’elles sont un cadeau de mes filles. Il se détendra en comprenant que ce ne sont pas les siennes à elle, que la ressemblance n’est que pure coïncidence.
Depuis la porte, il me regardera faire du thé, que je lui servirai sans lait mais avec beaucoup de sucre, à condition que la prison n’ait pas changé ses habitudes. Puis je sortirai le halva au sésame. On s’assoira tous les deux près de la fenêtre, nos tasses et nos assiettes à la main, comme des étrangers polis observant la pluie sur les jonquilles du jardin. Il me complimentera sur mes talents de cuisinière et me confiera que le halva au sésame lui a manqué, tout en refusant d’en reprendre. Je lui dirai que je respecte la recette de maman à la lettre, mais que jamais il n’est aussi bon que le sien. Ça le fera taire. On se regardera dans les yeux, dans un silence lourd. Puis il s’excusera, prétextera de la fatigue pour demander à aller se reposer, si c’est possible. Je le conduirai à sa chambre et je refermerai lentement la porte.
Je le laisserai là. Dans une pièce de ma maison. Ni loin ni trop près. Je le confinerai entre ces quatre murs, entre la haine et l’amour, sentiments que je ne peux m’empêcher d’éprouver, piégés dans une boîte au fond de mon cœur.
C’est mon frère.
Lui, un meurtrier.

EXTRAIT BAC :

Together they focused on the film.

Pembe watched The Kid with wide-open eyes, the look of surprise on her countenance deepening with each scene. When Chaplin found an abandoned baby in a rubbish bin, and raised him like his own son, she smiled with appreciation. When the child flung stones at the neighbours’ windows so that the tramp–disguised as a glazier–could fix them and earn some money, she chuckled. When social services took the boy away, her eyes welled up with tears.

And, finally, as father and son were reunited, her face lit up with contentment, and a trace of something that Elias took to be melancholy. So absorbed did she seem in the film that he felt a twinge of resentment. What a funny thing it was to be jealous of Charlie Chaplin. Elias observed her as she unpinned her hair, and then pinned it back. He caught a whiff of jasmine and rose, a heady, charming mixture. Only minutes before the film came to an end, he found the nerve to reach out for her fingers, feeling like a teenager on his first date. To his relief, she didn’t move her hand away. They sat still–two sculptures carved out of the dark, both scared of making a move that would disrupt the tenderness of the moment.

When the lights came back on, it took them a few seconds to grow accustomed to real life. Quickly, he took out a notepad and wrote down the name of another cinema in another part of the town. “Next week, same day, same time, will you come?”
“Yes”, she faltered. Before he’d found a chance to say anything else, Pembe leaped to her feet and headed towards the exit, running away from him and everything that had taken place between them, or would have taken place, had they been different people.

She held in her palm the name of the place they were to meet next time, grasping it tightly, as if it were the key to a magic world, a key she would use right now were it in her power to decide. And so it began. They started to meet every Friday at the same time, and occasionally on other afternoons. They frequented the Phoenix more than any other place, but they also met at several other cinemas, all far-away from their home, all unpopular.
[. . .]
In time he found out more things about her, pieces of a jigsaw puzzle that he would complete only long after she had gone.
[..]
Slowly he was beginning to make sense of the situation. This unfathomable, almost enigmatic attraction that he felt for her, a woman so alien to the life he had led, was like a childhood memory coming back.

Elif Shafak, Honour, 2012

Voir par ailleurs:

Bac 2013: shocking confusion à l’épreuve d’anglais
Marie Caroline Missir
L’Express
20/06/2013

Les concepteurs du sujet d’anglais LV1 se seraient risqués à comparer le prestigieux ‘ »Oxford Union » avec une vulgaire association étudiante…

Lorsque le journaliste anglais Peter Gumbel a découvert le sujet d’anglais première langue du bac 2013, son sang n’a fait qu’un tour. Les concepteurs du sujet auraient confondu « Oxford Union », prestigieux cercle de discussion et de débats bien connu Outre-manche, avec l »‘Oxford’s Student Union », l’équivalent du bureau des élèves. Shocking!

Le texte sur lequel devaient en effet plancher les lycéens est tiré d’une oeuvre de Jeffrey Archer, First Among Equal. Le récit en question met en scène un jeune homme très ambitieux, et qui pourrait, selon sa mère, aspirer à présider le prestigieux « Oxford Union ». A partir de la lecture de ce texte, les élèves sont alors invités à disserter en imaginant le discours de campagne de Simon, le héros de Archer, pour devenir président « of the University’s Student Union », soit l’association des étudiants d’Oxford…rien à voir avec l’Oxford Union, évoquée dans le texte du sujet! « Cette confusion, absolument incroyable pour un examen tel que le bac exigerait que l’épreuve soit annulée! », estime-t-il.

Pour l’Inspection générale d’anglais, il n’y a aucune erreur dans ce sujet. « Dans le texte de compréhension, il est en effet fait référence à la prestigieuse société de réflexion et de débats Oxford Union. Il est vraisemblable que relativement peu de candidats la connaissent. L’un des sujets d’expression proposés au choix du candidat envisage une autre situation: le personnage du texte décide d’être candidat à la présidence de the University’s Student Union. Pour éviter toute confusion, Oxford n’est pas mentionné. Les candidats sont invités à tenir compte de ce qu’ils connaissent du personnage pour l’imaginer dans une situation différente du texte », justifie l’inspection. Much Ado about nothing donc, comme dirait Sheakespeare.

Peter Gumbel est l’auteur de « Elite Academy, La France malade de ses grandes écoles », Denoël, 2013.

COMPLEMENT:

Honor’ Killings: A New Kind of American Tragedy
A new kind of American tragedy is taking place in a Brooklyn Federal Courthouse.
Dr. Phyllis Chesler
Breitbart
30 Jun 2014

Both the defendant, standing trial for conspiracy to commit murder abroad in Pakistan, and the main witness against him, his daughter Amina, wept when they first saw each other. Amina’s extended family stared at her with hostility. As she testified, Amina paused, hesitated, and sobbed. She and her father had been very close until he decided that she had become too “Americanized.”

This Pakistani-American father of five, a widower, worked seven days a week driving a cab in order to support his children; this included sending his daughter, Amina, to Brooklyn College.

This is a successful American immigrant story—and yet, it is also a unique and unprecedented story as well, one which demands that Western law prevail over murderously misogynistic tribal honor codes.

At some point, Mohammad Ajmal Choudry sent Amina to Pakistan so that she might re-connect with her “roots”—but he had her held hostage there for three years. During that time, Amina, an American citizen, was forced into an arranged marriage, ostensibly to her first cousin, who probably expected this marriage to lead to his American citizenship. Such arranged marriages, and arranged specifically for this purpose, are routine. They are also factors in a number of high profile honor killing cases in the United States, Canada, and Europe.

For example, the Texas born and raised Said sisters, Aminah and Sarah, refused to marry Egyptian men as their Egyptian cab-driver father Yasir wanted them to do and he killed them for it. Canadian-Indian, Jaswinder Kaur, refused to marry the man her mother had chosen for her and instead married someone she loved. Her widowed mother and maternal uncle had her killed in India. They have been fighting extradition from Canada for more than a decade.

Amina, who grew up in New York from the time she was nine years old, did not want to be held hostage to this marriage. Indeed, Amina had found a man whom she loved and wished to marry.

Plucky Americanized Amina fled the arranged marriage within a month. With the help of a relative, the U.S. State Department, and ultimately, the Department of Homeland Security, Amina left Pakistan and went into hiding in the United States.

She had to. Her father had threatened to kill her if she did not return to her husband, give up her boyfriend, or return to her father. Mohammad may have pledged Amina’s hand without her knowledge, long, long ago.

A female relative’s sexual and reproductive activities are assets that belong to her father’s family, her tribe, her religion. They are not seen as individual rights.

Acting as if one is “free” to choose whom to marry and whom not to marry means that a woman has become too Westernized, or, in Amina’s case, too “Americanized.” This is a capital crime.

From Mohammad’s point of view, his beloved daughter had betrayed and dishonored him. She had “un-manned” him before his family. The desire to marry whom you want or to leave a violent marriage are viewed as filthy and selfish desires. Many Muslims in the Arab and Muslim world; Hindus and Muslims in India; and Muslims and, to a lesser extent, Sikhs in the West share this view and accordingly, perpetrate “honor killings.”

I do not like this phrase. An honor killing is dishonorable and it is also murder, plain and simple. It is a form of human sacrifice. It is also femicide–although sometimes boys and men are also murdered. I would like to call them “horror” murders.

American federal statutes have allowed prosecutors to charge and convict American citizens and residents while they are in the United States for having committed crimes abroad. This includes conspiracy to commit murder, incite terrorism, launder money, engage in racketeering, etc.

What did Mohammad Choudry do? According to the Indictment filed in United States District Court/the Eastern District of New York on September 20, 2013, Choudry “knowingly and intentionally conspired” to commit one or more murders. He contacted and wired money to at least four conspirators in Pakistan, including some relatives. Since Amina would not come out of hiding, their job was to murder the father and sister of Amina’s boyfriend. And they did just that. An eyewitness “observed Choudry’s brother standing over the victims, holding a gun and desecrating the bodies.”

The murders were committed in Pakistan “between January 2013 and February 2013.” Mohammad Ajmal Choudry was arrested in New York on February 25, 2013. The trial began last week, in June, 2014. Amina testified that her father vowed to kill her and every member of her new lover’s family if she did not do the right thing.

The price of love or of freedom for Amina—and for other women in her position–is very high. She will have no family of origin. If she ever weakens and tries to seek them out, she risks being killed by one of her siblings, uncles, or cousins. After all, Amina entrapped her father on the phone by allowing him to death threaten her and others.

I have published three studies about honor killing and am at work on a fourth such study. I have also written countless articles about this subject and submitted affidavits in cases where girls and women have fled honor killing families and are seeking political asylum.

I am beginning to think that, like female genital mutilation, honor murder is so entrenched a custom that, in addition to prevention and prosecution,  (at least in the West), what may be required is this: People may need to be taught courage, the art of resisting tribal barbarism. Families need to learn to go against tradition, withstand ostracism and mockery, withstand being cut off by their families and villages—for the sake of their daughters.

One fear that a “dishonored” family has is that they will not be able to marry off their other daughters or sons. Perhaps educating a pool of potential marriage mates into understanding that murder is not “honorable;” that daughters’ lives are valuable, that such horror murders are not religiously sanctioned (if indeed, that is the case), and that enacting tribal honor codes are high crimes in the West.

The Choudry trial continues today in Brooklyn. Stay tuned for breaking news.


Turquie: Ca fait des années que M. Erdoğan est arrivé à son arrêt (First crack in the Ankara Consensus ? : The West has refused to believe what Turks have known for years)

4 juin, 2013
https://i2.wp.com/cdncms.todayszaman.com/todayszaman/2006/09/15/erdogan_b.jpgLa démocratie et ses fondements jusqu’à aujourd’hui peuvent être perçus à la fois comme une fin en soi ou un moyen. Selon nous la démocratie est seulement un moyen. Si vous voulez entrer dans n’importe quel système, l’élection est un moyen. La démocratie est comme un tramway, il va jusqu’où vous voulez aller, et là vous descendez. Erdogan
 C’est avant tout une question de vision des choses (…) Nous sommes prêts à jouer un rôle de médiateur dans divers conflits, grâce à nos solides relations avec les différents groupes ethniques et religieux, notamment turcophones [présents dans les Balkans, au Caucase, en Russie, à Chypre et au Proche-Orient].  (…) Nous avons une conception de la sécurité pour tous, et une conception de la paix qui nécessite à la fois un dialogue de haut niveau sur le plan politique, une interdépendance sur le plan économique et la prise en compte de la diversité culturelle. Ahmet Davutoglu (ministre des affaires étrangères turc, 2009)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le Mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tocqueville
Le Consensus de Pékin (ou Consensus de Beijing) est un terme décrivant la diplomatie et le modèle de développement proposé par la République populaire de Chine, en particulier auprès des pays en voie de développement, notamment en Afrique. L’Occident et la Chine ont ici des positions très différentes sur les besoins et méthodes pour soutenir le développement de ces pays. La position occidentale est contenue dans le Consensus de Washington, avec pour axes principaux le libre-échange, la lutte contre la corruption, la transparence, les droits civiques et la démocratisation, ainsi que la défense des droits de l’homme. De son côté, l’approche diplomatique chinoise prête une grande estime à la non ingérence (indépendance pour les affaires internes) de tout pays, ainsi qu’un développement « à la chinoise » : structurel (chemins de fer, ports, barrages, etc) et économique d’abord (industrie, mines, pétrole), puis éventuellement civique. Wikipedia
Dans certains cas, il s’agit d’une omerta, dans d’autres, d’une ignorance crasse, et parfois cela relève de la pure naïveté. Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor
Tout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte (L’exception européenne, 2009)
L’identité de la démocratie libérale a été révélée au monde par sa protection du régime le plus criminel de l’histoire de l’Humanité, le régime sioniste, en utilisant la grosse tromperie qu’est l’holocauste ». Ahmadinejad (commémorations du 20e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, le 3 juin 2009)
On ne peut pas être musulman et laïque en même temps (…). Le milliard et demi de musulmans attend que le peuple turc se soulève. Nous allons nous soulever. Avec la permission d’Allah, la rébellion va commencer ». Erdogan  (1992)
Notre démocratie est uniquement le train dans lequel nous montons jusqu’à ce que nous ayons atteint notre objectif. Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats. Erdogan (1997)
L’expression ‘islam modéré’ est laide et offensante,  il n’y a pas d’islam modéré. L’Islam est l’Islam. Erdogan (2007)
La mondialisation en constituants de grands ensembles régionaux entraîne partout la diminution de l’Etat-Nation. Plus la mondialisation s’accroit, plus l’Islam se propage. Ömer Dinçer (proche conseiller politique d’Erdogan)
Personne ne peut vous demander d’être assimilés. Pour moi, le fait de demander l’assimilation est un crime contre l’humanité. Erdogan (Paris, avril 2010)
La Turquie a besoin d’un nouvel esprit de conquête. Grâce à ce parc, nos enfants regarderont vers le futur à travers notre glorieuse histoire. Erdogan (inauguration du musée Panorama 1453)
Ni la mosquée d’Al Aksa, ni le tombeau du prophète Ibrahim ni la tombe de Rachel n’ont été et ne seront jamais des sites juifs, mais uniquement musulmans. Erdogan (mars 2010)
Avec 72 professionnels des médias actuellement emprisonnés, dont au moins 42 journalistes et 4 collaborateurs le sont en lien avec leur activité professionnelle, la Turquie est la plus grande prison du monde pour les journalistes. Un triste paradoxe pour un pays qui se présente comme un modèle régional de démocratie. Cet état de fait, inédit depuis la fin du régime militaire, n’a pourtant rien d’étonnant, au regard des problèmes structurels de la justice turque : un cadre législatif encore largement répressif, aux dispositions si larges et floues qu’elles autorisent tous les excès ; une culture judiciaire volontiers paranoïaque, arc-boutée sur des objectifs sécuritaires au mépris des droits de la défense et de la liberté de l’information. La grande majorité des journalistes emprisonnés sont des représentants de médias pro-kurdes, ce qui souligne une nouvelle fois le caractère indissociable de la liberté de l’information et de la recherche d’une solution pacifique à la question kurde. Reporters sans frontières
Depuis longtemps, un bon nombre de nos pseudo-experts, à la naïveté confondante, nous affirment, contre toute évidence, que l’Islam peut parfaitement faire bon ménage avec la démocratie, qu’il ne s’agit que d’une religion « comme les autres » qui ne déborde pas de la vie privée, que rien dans le Coran ne s’oppose aux valeurs de liberté et d’égalité qui sont les nôtres et qu’il ne faut surtout pas confondre quelques poignées d’extrémistes islamistes fanatiques avec les « braves » musulmans qui se contentent de faire leurs cinq prières quotidiennes, de respecter le Ramadan et, éventuellement, d’aller à La Mecque, tout en vivant sereinement au sein de nos sociétés occidentales. C’est d’ailleurs là le discours officiel que tous nos dirigeants, incapables de faire face aux innombrables problèmes de l’immigration, nous ressassent inlassablement avec la plus totale des mauvaises fois. Devant les inquiétudes de certains qui connaissent un peu le sujet, inquiétudes encore ravivées par le fiasco du fameux « printemps arabe » qui a amené à Tunis, à Tripoli et au Caire, non pas la démocratie annoncée mais des régimes islamistes, ces « bons esprits » nous sortaient immanquablement « le modèle turc ». A les entendre, le parti islamique-conservateur du Premier ministre Erdogan, au pouvoir à Ankara depuis 2002, avait su réaliser la synthèse entre Islam et démocratie et démontrer qu’on pouvait tout à fait être un adepte du Coran tout en respectant la liberté de chacun, l’égalité entre hommes et femmes et tous les droits qui nous semblent aujourd’hui fondamentaux dans une société si ce n’est civilisée du moins du XXIème siècle. Les progrès économiques incontestables de la Turquie, sa volonté d’entrer dans l’Europe et le souvenir d’Ataturk laissaient croire à ces « gogos » qu’Erdogan avait réussi l’impossible en mélangeant le Coran et la Déclaration des Droits de l’homme, les paroles du Prophète et le modernisme. Et ils nous racontaient alors qu’il ne fallait surtout pas s’inquiéter des « petites dérives » des nouveaux régimes issus du « printemps arabe » qui voulaient imposer la Charia à leurs peuples et n’hésitaient pas évoquer le Djihad contre l’Occident judéo-chrétien. Tout cela, nous disaient-ils, n’était que de pure forme, tout allait rapidement rentrer dans l’ordre et tout le monde, de Tunis au Caire, allait bien vite suivre « le modèle turc » et adopter un Islam modéré, raisonnable, « gentil » avec tout le monde. Les manifestations qui se déroulent actuellement à Istanbul et qui se propagent dans d’autres villes turques apportent un cinglant démenti à tous ces discours rassurants. (…) il serait temps que nos « experts » (et nos dirigeants) ouvrent les yeux et s’aperçoivent que, dès qu’il est au pouvoir, l’Islam, même s’il se dit « modéré », ne pense qu’à imposer sa loi dans tous les domaines. Les manifestants de la place Taksim, de gauche comme de droite, des communistes aux kémalistes, nous lancent un appel au secours et, plus encore, un signal d’alarme qu’il faut écouter. Non, « le modèle turc » ne prouve pas que l’Islam peut s’accommoder avec la démocratie. Au contraire même. Il démontre que dès qu’ils sont au pouvoir les Islamiques se transforment en Islamistes. Thierry Desjardins
Nous sommes (…) dans un mouvement citoyen du type Indignés qui risque de perdurer. Il s’inscrit dans une série de conflits sociaux, par exemple la grève des ouvriers de l’entreprise d’État Tekel en 2009 ou bien les mouvements de contestation dans les universités en 2010 puis 2012… La nouveauté, c’est que le mouvement de protestation a gagné de nombreuses villes et que nous ne sommes plus dans des revendications sectorielles. Il reflète l’inquiétude qu’inspire l’évolution de l’AKP à une partie de l’opinion publique. Après trois législatures successives, l’AKP a de plus en plus de pouvoir et le fait sentir. Il s’appuie sur la légitimité des urnes pour imposer son projet de société: réforme du système éducatif au profit des établissements religieux, tentative de réduction du délai légal pour avorter, restriction des ventes d’alcool. Plus grave, l’élaboration de la nouvelle Constitution s’enlise et l’AKP est soupçonné de vouloir faire passer son propre texte par le biais d’un référendum. Or cette nouvelle Constitution, qui visait au début à renforcer l’État de droit, ambitionne maintenant d’instaurer un régime présidentiel qui permettrait à Recep Tayyip Erdogan de rester au pouvoir jusqu’en 2023. C’est d’autant plus inquiétant que l’opposition, faible et divisée, n’apparaît pas comme une alternative crédible. Enfin, le conflit syrien et la crainte qu’il ne déstabilise la Turquie ont remis en cause les choix diplomatiques proclamés ces dernières années par l’AKP, notamment sa politique de réconciliation avec le régime de Bachar el-Assad. (…)  En ce qui concerne Erdogan, sa réaction est assez déconcertante. On a l’impression qu’il n’a pas pris la mesure de l’événement. Il a fallu l’intervention du président Abdullah Gül pour qu’il se décide à retirer les forces de police qui cernaient la place Taksim. Et puis il y a ces déclarations un peu provocatrices: il s’est vanté par exemple de pouvoir rassembler 200.000 personnes quand «ils rassemblent vingt personnes». Enfin, il vient d’entamer une tournée au Maghreb qui pourrait être perçue comme une forme de mépris à l’égard des manifestants et qui pourrait radicaliser le mouvement de contestation. Cette intransigeance inquiète jusqu’à ses partisans et compromet sa candidature à la prochaine présidentielle. (…) Il existe une spécificité de la Turquie, qui vit depuis environ un siècle sous un régime de droit séculier. En Turquie, il n’y a jamais eu de débat sur l’application de la charia comme en Tunisie, en Égypte ou en Libye. Ce qui est sûr, c’est que ce modèle devait beaucoup à Erdogan et que l’image du premier ministre turc sort ternie de cette affaire. Jean Marcou
Dans un pays démocratique, lorsque le pouvoir politique confond la majorité parlementaire et le pouvoir absolu, applique une censure générale par l’intimidation sur la grande majorité des médias, emprisonne des dizaines de journalistes, des centaines d’étudiants et de responsables politiques, méprise systématiquement toute forme d’opposition politique et sociale, n’hésite pas à attaquer avec une brutalité choquante des manifestants pacifiques, affirme avec fierté que rien ne pourra les arrêter, va ouvertement à l’encontre des décisions de justice, il laisse comme seule forme d’expression la manifestation populaire. (…) il est capital et urgent que les soutiens provenant des pays étrangers, en l’occurrence de la France, se multiplient pour (…) casser cette image illusoire entretenue par le Parti de la justice et du développement (AKP) et qui trouvait étrangement un fort écho dans les pays occidentaux, notamment en France, d’une Turquie qui serait désormais plus démocratique, plus tolérante, plus ouverte. Alors que de nombreux chercheurs et journalistes évoquaient encore il y a quelques mois un éventuel modèle démocratique que la Turquie pourrait proposer aux pays issus du Printemps arabe, la réalité est cruellement éloignée de cette image. Le Premier ministre Erdogan invitait, il y a quelques mois, le président syrien Bachar al-Assad à «quitter le pouvoir au lieu de continuer à tyranniser son peuple». Comment pourra-t-il justifier le comportement de ses propres forces de l’ordre à l’égard de ses propres citoyens alors que les images de ces derniers jours sont en train de faire le tour du monde? L’ironie du sort est qu’aujourd’hui c’est le même Bachar al-Assad qui invite Erdogan, en reprenant exactement la même formultaion, à « cesser de tyranniser son propre peuple ». Alican Tayla
Lorsqu’il était maire d’Istanbul, M. Erdoğan a dit un jour: « la démocratie est comme un tramway. Lorsque vous arrivez à votre arrêt, vous descendez. » Peut-être désespéré de trouver en Turquie une preuve que l’islamisme est compatible avec la démocratie, l’Occident a refusé de croire ce que les Turcs savent eux: cela fait des années que M. Erdoğan est arrivé à son arrêt. Michael Rubin

Et si, contrairement à ce que nous serine depuis cinq ans le plus antiaméricain des présidents américains, le prétendu Consensus d’Ankara allait lui aussi succomber à la fameuse Loi de Tocqueville ?

Multiplication des minarets dans tout Istanbul, choix pour le troisième pont du Bosphore du nom du sultan qui a massacré plus de 40 000 Alévis (minorité musulmane chiite), port du voile dans les universités, voire du hidjab dans les lycées religieux, interdiction du rouge à lèvres des hôtesses de l’air et de s’embrasser dans les métros, contrôle de la vente de l’alcool, cours religieux obligatoire à l’école primaire et secondaire, refux de la reconnaissance des autres lieux de culte, ‘injonction répétée aux femmes de faire « au moins trois enfants », suppression de la pilule du lendemain, accès à l’avortement plus difficile, contrôle des journaux, des étudiants en prison, des militaires et des tribunaux, projet de nouvelle constitution avant les élections présidentielles de 2014 pour entériner la majorité pro-islamiste …

En ce 24e anniversaire d’un massacre où, par son indifférence, l’identité de la démocratie libérale a une fois de plus été révélée au monde par sa protection du régime le plus criminel de l’histoire de l’Humanité …

Et où, livrant peut-être leur dernier combat derrière une petite poignée d’écologistes dans « la plus grande prison du monde pour journalistes« , les Turcs savent eux depuis longtemps que le tramway de leur prétendu démocrate de premier ministre est arrivé à son arrêt à lui …

Comment ne pas voir, avec l’enseignant-chercheur turc Alican Tayla et le politologue américain Michael Rubin, le même aveuglement occidental devant la vraie nature d’un régime jusqu’ici présenté, forte croissance et gros contrats obligent, comme l’équivalent musulman du fameux et prétendu indépassable modèle chinois ?

Turquie: la répression de Taksim montre à la France le vrai visage d’Erdogan

Alican Tayla

Slate

02/06/2013

En tant que citoyen turc inquiet depuis longtemps des carences démocratiques, j’apporte mon soutien au mouvement de contestation pacifique qui consiste à demander au gouvernement Erdogan de ne plus ignorer les revendications pour les libertés fondamentales.

Dans un pays démocratique, lorsque le pouvoir politique confond la majorité parlementaire et le pouvoir absolu, applique une censure générale par l’intimidation sur la grande majorité des médias, emprisonne des dizaines de journalistes, des centaines d’étudiants et de responsables politiques, méprise systématiquement toute forme d’opposition politique et sociale, n’hésite pas à attaquer avec une brutalité choquante des manifestants pacifiques, affirme avec fierté que rien ne pourra les arrêter, va ouvertement à l’encontre des décisions de justice, il laisse comme seule forme d’expression la manifestation populaire.

C’est pourquoi, les manifestations pacifiques qui ont éclaté au parc de Gezi à Taksim, qui se sont propagées à une vitesse incroyable d’abord dans presque tous les quartiers d’Istanbul, ensuite dans de nombreuses villes de la Turquie et qui se sont maintenues malgré une violence extrêmement démesurée des forces de l’ordre ne sont ni étonnantes, ni illégitimes.

L’histoire récente de la Turquie, particulièrement depuis le coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980, est marquée par une centralisation du pouvoir exécutif et de nombreuses répressions musclées des manifestations de tout type d’opposition. C’est donc la première fois que des citoyens de bords totalement différents, de l’extrême gauche jusqu’aux groupuscules l’extrême droite, de façon très hétérogène, manifestent massivement, ensemble contre l’autoritarisme gouvernemental.

C’est aussi la première fois qu’une partie de la jeunesse turque, issue de la génération post-années 1980, se politise de façon très rapide et spontanée et, frustrée de ne trouver aucun parti politique les représentant, s’organise activement via les réseaux sociaux pour se faire entendre.

Par conséquent, en tant que citoyen de la Turquie, inquiet depuis longtemps des carences démocratiques, je ne peux qu’apporter mon soutien au mouvement de contestation pacifique qui consiste essentiellement à demander au gouvernement du Premier ministre Erdogan de ne plus ignorer les revendications pour les libertés fondamentales, pour le respect des opinions différentes, pour la tolérance des mouvements d’opposition et notamment pour que les forces de l’ordre cessent leur intervention brutale contre les citoyens sans armes et qui ne constituent aucune véritable menace à l’ordre public.

Par ailleurs, il est capital et urgent que les soutiens provenant des pays étrangers, en l’occurrence de la France, se multiplient pour trois raisons principales. Premièrement, le fait que les médias locaux continuent de ne proposer qu’une couverture extrêmement timide, biaisée et insuffisante de ces évenements a donné naissance à une grande frustration parmi les manifestants en Turquie. Sans oublier que la place relativement faible accordée à la violence policière par les médias français montre aussi l’importance de ce soutien.

Deuxièmement, de nombreux Turcs ont l’espoir qu’une pression venant des pays étrangers qui demanderaient au gouvernement de ne pas franchir les lignes fondamentales en matière de répression, pourrait avoir plus d’effet que les demandes formulées par les partis politiques d’opposition et les citoyens turcs auxquelles le gouvernement continue de n’accorder aucune attention.

La troisième raison consiste à casser cette image illusoire entretenue par le Parti de la justice et du développement (AKP) et qui trouvait étrangement un fort écho dans les pays occidentaux, notamment en France, d’une Turquie qui serait désormais plus démocratique, plus tolérante, plus ouverte. Alors que de nombreux chercheurs et journalistes évoquaient encore il y a quelques mois un éventuel modèle démocratique que la Turquie pourrait proposer aux pays issus du Printemps arabe, la réalité est cruellement éloignée de cette image.

Le Premier ministre Erdogan invitait, il y a quelques mois, le président syrien Bachar al-Assad à «quitter le pouvoir au lieu de continuer à tyranniser son peuple». Comment pourra-t-il justifier le comportement de ses propres forces de l’ordre à l’égard de ses propres citoyens alors que les images de ces derniers jours sont en train de faire le tour du monde? L’ironie du sort est qu’aujourd’hui c’est le même Bachar al-Assad qui invite Erdogan, en reprenant exactement la même formultaion, à «cesser de tyranniser son propre peuple».

Note : au moment où ces lignes sont en train d’être écrites la violence de la police continue à s’exercer brutalement sur les manifestants assemblés à Ankara.

Voir aussi:

The Roots of the Turkish Uprising

While the U.S. has celebrated Turkey as a model of Muslim democracy, Turks have found freedom increasingly elusive.

Michael Rubin

WSJ

June 3, 2013

Two months ago, Prime Minister Recep Tayyip Erdoğan feted the International Olympic Committee in Istanbul, courting the committee’s vote for Turkey’s cosmopolitan cultural capital to host the 2020 Summer Olympics. Over the past few days, in that same city, tear gas has wafted over centuries-old mosques as police clashed with growing crowds of angry Turks, sending more than a thousand to the hospital and, according to some reports, a few to the morgue.

When a small group of environmentalists banded together on May 28 to save an Istanbul park from being turned into a shopping mall, their sit-in hardly seemed likely to spark what is already being called the Turkish Spring. The government’s harsh response—eventually water cannon and tear gas would be used—spurred popular outrage that quickly spread to Ankara, Izmir and more than a dozen other cities and towns across the country. The Turks’ reaction seems to have caught Prime Minister Erdoğan, not to mention many Western observers, entirely by surprise. It shouldn’t have. The unrest has been long brewing.

For the casual tourist or visiting congressman in Turkey in recent months, Mr. Erdoğan likely appeared to be on a roll. His Justice and Development Party, known by its Turkish abbreviation AKP, had won three straight general elections since 2002, increasing its popular vote to 50% in 2011 from 34% in the first election. Mr. Erdoğan’s able economic stewardship—coupled with falling fertility and a large working-age population—fostered unprecedented economic growth. In 2010 and 2011, growth exceeded 8%, putting Turkey behind only China in terms of modern, non-oil-based economies. Istanbul was booming.

Mr. Erdoğan appeared to relish suggesting to Turks that he was unstoppable. Upon winning his latest term, he compared himself to the 16th-century Ottoman architect Sinan, who built Istanbul’s most glorious monuments. The prime minister has certainly aspired to remake the country: In recent years, Mr. Erdoğan began work on a third Istanbul airport and a new bridge to span the Bosporus. He has promised to dig a 30-mile « second Bosporus » to connect the Black Sea and Sea of Marmara. The prime minister has also proposed to build a giant mosque, capable of accommodating 30,000 worshipers, on a hilltop above the city.

Riding high and dominating all branches of government, the charismatic Mr. Erdoğan dispensed with political compromise and doubled down on Islamism and old vendettas. He antagonized Turkey’s minority Alevi population—one-quarter of Turkey’s 75 million citizens—by naming the new Istanbul bridge now under construction after Selim I, a 16th-century sultan who massacred 40,000 Alevis. The proposed skyline-dominating mosque antagonized secularists, and new laws that would dramatically restrict the purchase and drinking of alcohol in Istanbul’s Western-leaning districts provoked liberals. So on May 31, when Mr. Erdoğan dismissed the environmentalist protesters as « marginal elements » after the first police assault, for many it was the last straw.

Washington over the past decade has made a habit of celebrating Turkey as a model of Muslim democracy. But from Turks’ perspective, economic and political freedom have become increasingly elusive.

While Turkey’s balance sheet looks good at first glance—its debt-to-GDP ratio was 36% in 2012, compared with the U.S.’s 105%—Mr. Erdoğan has accumulated more foreign debt in his rule than all of Turkey’s previous prime ministers combined. Last year’s drop in growth to 2.2% from 8.8% in 2011 was a wake-up call that Turkey might not always be able to make its payments. Turks are also saddled by household debt, which has increased 3,600% since the AKP took office.

Against this backdrop, many Turks are enraged by signs that Mr. Erdoğan and his aides have enriched themselves while in power. Few believe the prime minister’s explanation that his newfound wealth—millions of dollars in property and a reputed eight Swiss bank accounts, according to U.S. diplomatic cables released by WikiLeaks—is the result of wedding gifts received by his son.

Turks remember that 13 corruption cases pending from his Istanbul mayoral tenure remain suspended only because he enjoys parliamentary immunity. Many Turks suspect that Mr. Erdoğan’s personal investment in the redevelopment of Taksim Square—where the protesters now face off against police—is quite literal.

The past week’s protests have highlighted the lack of press freedom in Turkey. Exhibit A: As police attacked the protesters, CNN Türk broadcast a cooking show. Tens of thousands of Turks have signed petitions calling on CNN in the U.S. to cut ties with its pro-Erdoğan affiliate. For reporters who do cover the government critically, such pursuits can be dangerous: Turkey imprisons more journalists than any other country in the world, according to Reporters Without Borders.

Alas, signs of the Obama administration’s benign indifference to matters in Turkey may have convinced the prime minister that he has a free pass. When President Obama wanted to laud U.S.-Turkish ties last month to mark Mr. Erdoğan’s Washington visit, the White House placed the president’s article in Sabah, formerly an opposition newspaper before it was seized by the Turkish government in 2007 and transferred to Mr. Erdoğan’s son-in-law. The same day that the two leaders met, the Turkish government confiscated yet another opposition media company. President Obama was silent.

With the protests continuing, many Turks fear that Mr. Erdogan may soon target social media—an important form of communication for the protesters. « There is now a scourge that is called Twitter. The best examples of lies can be found there, » the prime minister declared on June 3. « To me, social media is the worst menace to society. »

As he consolidates power and contends with protesters, Mr. Erdoğan appears to have little to fear from the military, which in past decades might have imposed its wishes on the government. Beginning in 2007, Mr. Erdoğan imprisoned dozens of Turkish generals—a power play that won cheers in many diplomatic circles because he had excised the military’s role in politics. But the prime minister also refused to allow any new body to serve as constitutional guarantors. Bülent Arınç, now Mr. Erdoğan’s chief deputy, famously threatened to dissolve the constitutional court if it found AKP legislation unconstitutional. Mr. Erdoğan’s efforts to write a new constitution—one that would cement his power into the next decade—have convinced many Turks that the street protests now rocking the country are secularism’s last stand.

As Istanbul’s mayor, Mr. Erdoğan once said: « Democracy is like a streetcar. When you come to your stop, you get off. » Perhaps desperate to find in Turkey proof that Islamism is compatible with democracy, the West has refused to believe what Turks know: Mr. Erdoğan arrived at his stop years ago.

Mr. Rubin is a resident scholar at the American Enterprise Institute.

Voir également:

Le « modèle turc » ?

Thierry Desjardins

03/06/13

Depuis longtemps, un bon nombre de nos pseudo-experts, à la naïveté confondante, nous affirment, contre toute évidence, que l’Islam peut parfaitement faire bon ménage avec la démocratie, qu’il ne s’agit que d’une religion « comme les autres » qui ne déborde pas de la vie privée, que rien dans le Coran ne s’oppose aux valeurs de liberté et d’égalité qui sont les nôtres et qu’il ne faut surtout pas confondre quelques poignées d’extrémistes islamistes fanatiques avec les « braves » musulmans qui se contentent de faire leurs cinq prières quotidiennes, de respecter le Ramadan et, éventuellement, d’aller à La Mecque, tout en vivant sereinement au sein de nos sociétés occidentales. C’est d’ailleurs là le discours officiel que tous nos dirigeants, incapables de faire face aux innombrables problèmes de l’immigration, nous ressassent inlassablement avec la plus totale des mauvaises fois. Devant les inquiétudes de certains qui connaissent un peu le sujet, inquiétudes encore ravivées par le fiasco du fameux « printemps arabe » qui a amené à Tunis, à Tripoli et au Caire, non pas la démocratie annoncée mais des régimes islamistes, ces « bons esprits » nous sortaient immanquablement « le modèle turc ».

A les entendre, le parti islamique-conservateur du Premier ministre Erdogan, au pouvoir à Ankara depuis 2002, avait su réaliser la synthèse entre Islam et démocratie et démontrer qu’on pouvait tout à fait être un adepte du Coran tout en respectant la liberté de chacun, l’égalité entre hommes et femmes et tous les droits qui nous semblent aujourd’hui fondamentaux dans une société si ce n’est civilisée du moins du XXIème siècle. Les progrès économiques incontestables de la Turquie, sa volonté d’entrer dans l’Europe et le souvenir d’Ataturk laissaient croire à ces « gogos » qu’Erdogan avait réussi l’impossible en mélangeant le Coran et la Déclaration des Droits de l’homme, les paroles du Prophète et le modernisme. Et ils nous racontaient alors qu’il ne fallait surtout pas s’inquiéter des « petites dérives » des nouveaux régimes issus du « printemps arabe » qui voulaient imposer la Charia à leurs peuples et n’hésitaient pas évoquer le Djihad contre l’Occident judéo-chrétien. Tout cela, nous disaient-ils, n’était que de pure forme, tout allait rapidement rentrer dans l’ordre et tout le monde, de Tunis au Caire, allait bien vite suivre « le modèle turc » et adopter un Islam modéré, raisonnable, « gentil » avec tout le monde.

Les manifestations qui se déroulent actuellement à Istanbul et qui se propagent dans d’autres villes turques apportent un cinglant démenti à tous ces discours rassurants. Non, la Turquie d’Erdogan et de son parti l’AKP n’est pas un modèle de cohabitation pacifique entre l’Islam et la démocratie. Même si Erdogan a été élu et réélu le plus légalement du monde, il a instauré une véritable dictature (rampante) de l’Islam sans que l’Occident ait voulu s’en apercevoir. L’étude du Coran est désormais obligatoire dans les écoles, le port du voile est vivement conseillé (la propre épouse d’Erdogan ne le quitte pas), les minorités religieuses sont malmenées, la liberté d’expression est sévèrement contrôlée (des dizaines de journalistes sont en prison), le droit à l’avortement réduit, comme la consommation d’alcool, etc., etc.

Ce qui ressemble à un début d’insurrection en Turquie a commencé parce qu’une poignée d’écologistes voulait sauver un petit parc du centre d’Istanbul qui devait être détruit pour laisser la place à un grand centre commercial. Mais rapidement tout a dégénéré. Et la place Taksim d’Istanbul s’est mise à ressembler à la place Tahrir du Caire, des milliers de Stambouliotes réclamant la démission d’Erdogan, l’abrogation de toutes les lois islamistes imposées les unes après les autres tout au cours des dernières années et la fin de ce « modèle turc ». La répression a été sans ménagement et ce « printemps turc » ne va sans doute pas renverser Erdogan qui est encore soutenu par une majorité de la population, notamment les classes les plus pauvres qui lui savent gré des progrès économiques qu’il a pu réaliser. Mais il serait temps que nos « experts » (et nos dirigeants) ouvrent les yeux et s’aperçoivent que, dès qu’il est au pouvoir, l’Islam, même s’il se dit « modéré », ne pense qu’à imposer sa loi dans tous les domaines. Les manifestants de la place Taksim, de gauche comme de droite, des communistes aux kémalistes, nous lancent un appel au secours et, plus encore, un signal d’alarme qu’il faut écouter. Non, « le modèle turc » ne prouve pas que l’Islam peut s’accommoder avec la démocratie. Au contraire même. Il démontre que dès qu’ils sont au pouvoir les Islamiques se transforment en Islamistes.

Voir aussi:

Un nouvel Empire ottoman pour M. Erdogan

Le Monde

03.06.2013

Ali Karababa (Responsable des relations publiques à la FUAF (Fédération Union des Alévis de France))

La crise de la place de Taksim a soulevé le questionnement de tout un peuple et de l’opinion politique internationale. L’avenir de la Turquie reste sombre. L’objectif de Recep Tayyip Erdogan est d’installer un régime autoritaire islamique personnalisé avant le centenaire de la république turque en 2023.

Une démarche progressive et stratégique : pour rappel, avant son élection en tant que premier ministre en 2002, Recep Tayyip Erdogan avait promis de construire des minarets dans tout Istanbul. L’ancien maire de la métropole turque avait même été condamné à une peine de prison en 1998 pour incitation à la haine avec les propos suivants d’un théoricien du nationalisme turc Zia Gokalp (1876-1924) : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ».

Ayant compris le pouvoir des militaires et juges, il établit une nouvelle réforme pour le droit de juger les forces armées et les autres piliers de l’Etat turc. L’affaire Ergenekon et Bayloz lui permet de faire taire l’armée et les journaux. Le 19 décembre 2012, d’après reporters sans frontière, avec 72 professionnels des médias actuellement emprisonnés, la Turquie est la plus grande prison du monde pour les journalistes. Lors des événements du parc Gezi, les grandes chaines nationales n’ont pas retransmises de façon objective la dureté des interventions policières. Par le contrôle des journaux, des étudiants en prison, des militaires et des tribunaux Recep Tayyip Erdogan limite le risque de répression et de critique.

Sur le plan national, le premier Ministre entreprend des projets hors norme à l’exemple de son ego. Sur le plan de la laïcité, il durcit le ton envers les Alévis. Il maintient les cours religieux obligatoires dans l’école primaire et secondaire, refuse la reconnaissance envers leurs lieux de culte. Il va même nommer le troisième pont du Bosphore « Yavuz Selim Sultan », nom du sultan qui a massacré plus de 40 000 Alévis. Les coupables de l’incendie du 2 Juillet 1993 avec la mort de 33 alévis ont été libérés pour cause de délai de prescription. L’autorisation du port du voile dans les universités, voir même de porter le hidjab dans les lycées religieux transforme le mode de vie de tous les citoyens. L’interdiction du rouge à lèvres des hôtesses de Turkish Airlines, de s’embrasser dans les métros et le contrôle de la vente de l’alcool montrent l’islamisation via l’assimilation de toute la population.

Sur le plan international, la Turquie voulait d’abord rebondir dans la scène internationale avec la crise syrienne pour jouer son rôle de médiateur. Mais devant l’échec, elle essaye depuis plusieurs mois de prendre part à l’opposition en aidant les armées rebelles et en abritant plus de 400 000 réfugiés. Le but réel est clair : faire tomber le régime de Bachar Al-Assad pour ramener leurs frères sunnites au pouvoir. Les 51 personnes victimes de l’attentat de Reyhanli sont en réalité les victimes de la politique internationale de Recep Tayyip Erdogan. Cette région où Turcs, Kurdes, Syriens, Sunnites, Alévis, Alaouites se mélangent est maintenant devenue un microcosme de la guerre civile syrienne.

Nouvelle constitution et pacte de paix turco-kurde : Une révision totale à la place de nouveaux amendements devrait être réalisée courant 2013 pour obtenir une nouvelle législation avant les élections présidentielles de 2014 dans l’objectif précis d’entériner la majorité pro-islamiste. La deuxième évidence de ce nouvel acte est bien entendu la radicalisation islamiste avec l’appui législatif. Enfin, le modèle étatique tend à évoluer vers un système présidentiel semi-français et semi-américain, mais avec des touches personnelles. Le président sera élu au suffrage universel tous les quatre ans. Le poste de premier ministre serait supprimé. Le président aura alors le plein pouvoir autant pour dissoudre l’Assemblée nationale que pour déterminer son budget. En parallèle, le chef de l’Etat restera aussi le chef de son parti politique. Voici la troisième évidence, Recep Tayyip Erdogan se prépare un costume de président omnipotent sur mesure.

Après trente années de guerre et près de quarante mille morts, le gouvernement de l’AKP consent enfin à initier un processus de paix avec comme pierre angulaire la lettre rédigée par Abdullah Öcalan. Öcalan demande à son peuple la réunification à travers la fraternité de l’islam. Grâce à cet acte de paix, Recep Tayyip Erdogan augmentera son influence dans l’est de la Turquie, confortant ainsi sa majorité. Ce pacte de paix n’est qu’une simple pièce du puzzle de la synthèse islamique pan sunnite à venir.

Erdal Kilickaya, président de la FUAF (Fédération Union des Alévis de France), avait déjà alerté les médias dans son article paru sur le monde le 30 Juillet 2012 « les Alévis tirent la sonnette d’alarme » et à travers le meeting de Strasbourg où plus de 10 000 Alévis ont dit non à cette politique d’assimilation. Nous nous devons tous t’empêcher la construction de cet édifice inhumain où la seule loi de la majorité religieuse sera la réalité.

Ali Karababa (Responsable des relations publiques à la FUAF (Fédération Union des Alévis de France)

Voir de même:

« Erdogan ne semble pas avoir pris la mesure de l’événement »

Arielle Thedrel

Le Figaro

04/06/2013

INTERVIEW – Pour Jean Marcou, professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble et spécialiste de la Turquie, la réaction «déconcertante» du premier ministre turc «ternit son image».

LE FIGARO. – Peut-on déjà parler de «Printemps turc»?

Jean MARCOU. – Nous sommes plutôt dans un mouvement citoyen du type Indignés qui risque de perdurer. Il s’inscrit dans une série de conflits sociaux, par exemple la grève des ouvriers de l’entreprise d’État Tekel en 2009 ou bien les mouvements de contestation dans les universités en 2010 puis 2012… La nouveauté, c’est que le mouvement de protestation a gagné de nombreuses villes et que nous ne sommes plus dans des revendications sectorielles. Il reflète l’inquiétude qu’inspire l’évolution de l’AKP à une partie de l’opinion publique. Après trois législatures successives, l’AKP a de plus en plus de pouvoir et le fait sentir. Il s’appuie sur la légitimité des urnes pour imposer son projet de société: réforme du système éducatif au profit des établissements religieux, tentative de réduction du délai légal pour avorter, restriction des ventes d’alcool.

Plus grave, l’élaboration de la nouvelle Constitution s’enlise et l’AKP est soupçonné de vouloir faire passer son propre texte par le biais d’un référendum. Or cette nouvelle Constitution, qui visait au début à renforcer l’État de droit, ambitionne maintenant d’instaurer un régime présidentiel qui permettrait à Recep Tayyip Erdogan de rester au pouvoir jusqu’en 2023. C’est d’autant plus inquiétant que l’opposition, faible et divisée, n’apparaît pas comme une alternative crédible. Enfin, le conflit syrien et la crainte qu’il ne déstabilise la Turquie ont remis en cause les choix diplomatiques proclamés ces dernières années par l’AKP, notamment sa politique de réconciliation avec le régime de Bachar el-Assad. La Syrie se révèle aujourd’hui un piège pour la Turquie.

Erdogan est-il sérieusement menacé, y compris par une intervention de l’armée?

Je ne crois pas pour le moment que la situation soit assez grave pour légitimer une intervention de l’armée. En ce qui concerne Erdogan, sa réaction est assez déconcertante. On a l’impression qu’il n’a pas pris la mesure de l’événement. Il a fallu l’intervention du président Abdullah Gül pour qu’il se décide à retirer les forces de police qui cernaient la place Taksim. Et puis il y a ces déclarations un peu provocatrices: il s’est vanté par exemple de pouvoir rassembler 200.000 personnes quand «ils rassemblent vingt personnes». Enfin, il vient d’entamer une tournée au Maghreb qui pourrait être perçue comme une forme de mépris à l’égard des manifestants et qui pourrait radicaliser le mouvement de contestation. Cette intransigeance inquiète jusqu’à ses partisans et compromet sa candidature à la prochaine présidentielle.

Le modèle turc est-il remis en cause?

Il existe une spécificité de la Turquie, qui vit depuis environ un siècle sous un régime de droit séculier. En Turquie, il n’y a jamais eu de débat sur l’application de la charia comme en Tunisie, en Égypte ou en Libye. Ce qui est sûr, c’est que ce modèle devait beaucoup à Erdogan et que l’image du premier ministre turc sort ternie de cette affaire.

Voir aussi:

Turquie : les raisons de la colère de la jeunesse laïque

Laure Marchand

Le Figaro

Publié le 04/06/2013

Le ressentiment des jeunes Turcs envers le premier ministre a éclaté au grand jour lorsque les autorités ont tenté de démolir un parc, non loin de la place Taksim.

• Quel a été le détonateur de la révolte?

La défense d’un petit parc attenant à la place Taksim, sur la rive européenne d’Istanbul, menacé de destruction par un projet de réaménagement urbain est à l’origine de la contestation qui a gagné l’Anatolie et Ankara, la capitale. La police a tenté de déloger par la force les quelques centaines de militants qui s’étaient installés dès mardi dernier entre les arbres. C’est la brutalité de la réponse des forces de l’ordre, l’usage disproportionné de gaz lacrymogènes et de canons à eau qui a servi de révélateur à cette immense colère populaire. Samedi, par dizaines de milliers, des Turcs ont convergé vers Taksim, centre névralgique de la métropole sur sa rive européenne, forçant les autorités à lâcher du lest et à ordonner le retrait des forces de l’ordre. «La répression extrêmement brutale des manifestations pacifiques de la place Taksim est proprement scandaleuse, s’est alarmé John Dalhusien, directeur d’Amnesty International pour l’Europe. Elle a largement envenimé la situation dans les rues d’Istanbul, où des dizaines de personnes ont été blessées.» Des centaines de blessés ont été recensés à travers la Turquie ces derniers jours et deux personnes ont été tuées.

• Qui sont les protestataires?

«Les gens qui participent au mouvement le font à titre individuel, explique Élise Massicard, responsable de l’Observatoire de la vie politique turque à l’Institut français d’études anatoliennes. Même s’il y a beaucoup de sympathisants du CHP (le Parti républicain du peuple, fondé par Atatürk, NDLR), ils ne viennent pas à ce titre. Un spectre très large de la gauche turque est représenté.» Les kémalistes, qui défendent l’héritage laïque et nationaliste de Mustafa Kemal, constituent le gros des troupes. À leurs côtés, on trouve aussi des membres d’organisations d’extrême gauche et des libéraux, déçus par le tournant conservateur de la politique d’Erdogan. Des nationalistes de droite et des profils plus conservateurs ont également répondu à l’appel, en nombre plus restreint. Les artistes et les alévis, qui appartiennent à une branche minoritaire de l’islam discriminée par les autorités, sont particulièrement mobilisés. «La dimension générationnelle est également essentielle, le mouvement est porté par les jeunes et les lycéens sont très nombreux», précise la chercheuse associée au Ceri, le Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po. Enfin, cette révolte est aussi celle des femmes. L’injonction répétée du premier ministre de faire «au moins trois enfants», la suppression de la pilule du lendemain et un accès à l’avortement plus difficile font partie des griefs énoncés.

• Que reprochent-ils à Erdogan?

« Erdogan, démission!» La revendication a été reprise par les manifestants, d’Edirne, près de la frontière bulgare, à Antakya (Hatay), ville à la lisière de la Syrie. Les protestataires ressentent un profond mépris de la part du premier ministre et se sentent totalement exclus des orientations sociétales. Le terme de «bande de vandales» qu’il emploie pour qualifier ceux qui marchent «main dans la main avec les terroristes» ne fait que renforcer leur sentiment. Pour eux, ce ton cassant et goguenard est révélateur de ses dérives autoritaires. Au pouvoir depuis 2002, le premier ministre a tourné le dos aux réformes libérales qu’il promouvait au début de son règne. Les premières années, les négociations d’adhésion à l’Union européenne renforçaient la démocratie turque. Le processus s’est totalement grippé. Des centaines de journalistes, avocats, étudiants, militants d’extrême gauche ou Kurdes sont en prison, accusés de «terrorisme». Toutes les institutions ont été mises au pas. L’absence de contre-pouvoir et une opposition incapable de proposer une alternative crédible ont laissé le champ libre à un mode de gouvernement hégémonique.

S’agit-il d’un conflit entre laïques et islamistes?

Une partie importante des manifestants accuse le premier ministre de vouloir islamiser la société et de trahir le concept de laïcité défini par le kémalisme. Les atteintes systématiques contre l’alcool cristallisent les critiques. Exemple de l’absence de débat au Parlement, une loi sur l’alcool a ainsi été inscrite à l’agenda et votée en 48 heures au mois de mai. Elle prévoit l’interdiction de la vente au détail après 22 heures, ainsi que dans un périmètre de 100 mètres autour des mosquées et des établissements éducatifs. En plus du cours de religion hebdomadaire obligatoire, le nouveau programme prévoit un enseignement optionnel de la vie de Mahomet et du Coran. Un choix éducatif qui passe d’autant plus mal qu’Erdogan a ouvertement déclaré vouloir former «une jeunesse religieuse».

Voir encore:

La Turquie, première prison au monde pour les journalistes

Reporters sans frontières

19 décembre 2012

A l’occasion de la publication de son bilan annuel, Reporters sans frontières rend publiques les conclusions d’une enquête de plusieurs mois sur les journalistes emprisonnés en Turquie.

« Avec 72 professionnels des médias actuellement emprisonnés, dont au moins 42 journalistes et 4 collaborateurs le sont en lien avec leur activité professionnelle, la Turquie est la plus grande prison du monde pour les journalistes. Un triste paradoxe pour un pays qui se présente comme un modèle régional de démocratie. Cet état de fait, inédit depuis la fin du régime militaire, n’a pourtant rien d’étonnant, au regard des problèmes structurels de la justice turque : un cadre législatif encore largement répressif, aux dispositions si larges et floues qu’elles autorisent tous les excès ; une culture judiciaire volontiers paranoïaque, arc-boutée sur des objectifs sécuritaires au mépris des droits de la défense et de la liberté de l’information. La grande majorité des journalistes emprisonnés sont des représentants de médias pro-kurdes, ce qui souligne une nouvelle fois le caractère indissociable de la liberté de l’information et de la recherche d’une solution pacifique à la question kurde », a rappelé l’organisation.

« Les autorités turques ont, semble-t-il, commencé à prendre la mesure du problème. Le ‘troisième paquet de réformes judiciaires’ (loi 6352 du 5 juillet 2012) a abouti ces derniers mois à la remise en liberté conditionnelle d’une quinzaine de journalistes, dont certains étaient en prison depuis des années. Mais ils restent en sursis, et surtout, un nombre encore plus important de prisonniers attend toujours de revoir le jour. Pire, le rythme des interpellations, emprisonnements et procès n’a guère ralenti, comme l’a encore montré la semaine dernière l’arrestation de la journaliste Sadiye Eser, du quotidien de gauche Evrensel. A ce jour, Reporters sans frontières a dénombré au moins soixante-et-une interpellations au cours de l’année 2012. »

« Malgré un paysage médiatique vaste et diversifié, le journalisme critique ou d’investigation reste trop souvent criminalisé en Turquie ; une tendance que le regain de tension sur la question kurde n’a fait que renforcer. Seule une réforme en profondeur de la loi antiterroriste et l’abolition d’une vingtaine d’articles liberticides du code pénal seront en mesure d’y remédier. A condition que ces évolutions législatives s’accompagnent d’une mutation de la pratique judiciaire, en conformité avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) : un recours beaucoup moins systématique à la détention provisoire, le respect du droit à l’information sur les sujets d’intérêt général, la protection des sources journalistiques, une justice plus indépendante et plus transparente », a conclu Reporters sans frontières.

Note méthodologique

La liste de journalistes emprisonnés présentée ci-dessous correspondant au « baromètre de la liberté de la presse » publié sur le site de Reporters sans frontières. L’établissement de cet outil répond à une méthodologie précise, uniforme pour tous les pays, qui nécessite une étude approfondie de chaque cas. N’y figurent que les noms de journalistes, collaborateurs ou net-citoyens dont Reporters sans frontières a pu établir qu’ils étaient emprisonnés en lien avec leur activité journalistique. Pour en juger, l’organisation prend en compte des éléments issus de la procédure judiciaire (dossier d’accusation, défense, questions posées au cours de l’interrogatoire) et des éléments d’analyse contextuelle (sujets traités par le journaliste, existence d’un contentieux préalable, contexte politique).

La faiblesse des charges, l’absence d’éléments de preuve convaincants, l’assimilation hâtive de tâches professionnelles (conversations avec des personnalités faisant l’objet de poursuites judiciaires, possession de documents émanent d’organisations illégales, couverture de manifestations pacifiques…) à des actes illégaux, le prolongement injustifié de la détention provisoire, constituent des facteurs déterminants dans la plupart des cas listés ci-dessous.

Le « baromètre de la liberté de la presse » ne constitue pas une liste exclusive des journalistes défendus par l’organisation. L’absence du nom d’un journaliste emprisonné ne constitue pas une présomption de culpabilité, pas plus que sa présence ne signale automatiquement la reconnaissance d’une innocence totale : Reporters sans frontières ne se substitue pas à la justice, mais se prononce sur la pertinence d’une mesure de détention. A la lumière des éléments dont elle dispose, l’organisation demande dans certains cas l’abandon des charges pesant sur le journaliste ; dans d’autres, elle demande une remise en liberté conditionnelle et la tenue d’un procès équitable.

Plusieurs facteurs rendent les recherches concernant les journalistes emprisonnés en Turquie particulièrement difficiles. Le premier est l’opacité et la lenteur de la justice : la plupart d’entre eux passent de longs mois, parfois des années en détention, avant même de connaître la nature des accusations portées contre eux. Les prévenus, leurs proches et leurs avocats n’ont pas toujours accès à l’ensemble de leur dossier.

Un autre obstacle important est la forte politisation des médias, et la perception largement répandue que la presse est dépourvue de toute autonomie. Cet héritage de l’histoire récente affecte non seulement le travail des journalistes, mais aussi celui de la justice : procureurs et juges sont prompts à assimiler journalisme engagé et militantisme politique, voire terrorisme. On ne compte plus les déclarations en ce sens de personnalités publiques : en 2011, la déclaration du premier ministre Recep Tayyip Erdogan assimilant un livre non publié d’Ahmet Sik à « une bombe » avait fait sensation. C’était pourtant peu en comparaison avec le discours du ministre de l’Intérieur Idris Naim Sahin, qui considérait fin décembre 2011 que « la peinture (…), la poésie, ou divers écrits » pouvaient constituer des actes de terrorisme.

Aussi la justice turque substitue-t-elle souvent une analyse politique à l’analyse légale et judiciaire qu’elle devrait effectuer : si un journaliste couvre la question kurde sous un jour critique à l’égard des autorités, par exemple, c’est qu’il partage l’agenda politique du PKK, et donc qu’il y appartient. Reporters sans frontières incite la justice turque à respecter les conventions internationales ratifiées par la Turquie, prévoyant que l’exercice de la liberté d’expression ne peut être limité dans ces circonstances que par l’incitation explicite à la haine ou à la violence. L’organisation rappelle en outre que les standards du Conseil de l’Europe et de l’OSCE recommandent de ne pas punir d’emprisonnement les abus de la liberté d’expression, du fait de l’effet d’intimidation que cela induit.

Reporters sans frontières appelle la justice à libérer immédiatement l’ensemble des journalistes et collaborateurs emprisonnés en lien avec leur activité professionnelle. L’organisation se tient à la disposition des autorités pour discuter des mesures à prendre pour remédier aux racines de ce problème. Reporters sans frontières en appelle également à la collaboration des avocats, des proches et des collègues des journalistes dont les cas sont toujours en investigation, pour rassembler un complément d’information.

Lire le rapport d’enquête de RSF « Médias et justice en Turquie : entre méfiance et réflexes sécuritaires » (juin 2011)

Journalistes emprisonnés en lien avec leur activité professionnelle :

• Bayram Namaz • Füsun Erdogan • Hikmet Ciçek • Tuncay Özkan • Mustafa Balbay • Soner Yalçin • Yalçin Küçük • Turan Özlü • Hasan Özgünes • Tayip Temel • Cengiz Kapmaz • Abdullah Cetin • Ayse Oyman • Cagdas Kaplan • Dilek Demirel • Ertus Bozkurt • Fatma Koçak • Hüseyin Deniz • Ismail Yildiz • Kenan Kirkaya • Mazlum Özdemir • Deniz Yildirim • Nahide Ermis • Nevin Erdemir • Nilgün Yildiz • Nurettin Firat • Ömer Celik • Ömer Ciftçi • Ramazan Pekgöz • Sadik Topaloglu • Selahattin Aslan • Semiha Alankus • Sibel Güler • Yüksek Genç • Zeynep Kuray • Ziya Ciçekçi • Zuhal Tekiner • Mehmet Emin Yildirim • Turabi Kisin • Özlem Agus • Zeynep Kuris • Sadiye Eser

Collaborateurs des médias emprisonnés en lien avec leur activité professionnelle :

• Pervin Yerlikaya • Saffet Orman • Cigdem Aslan • Irfan Bilgiç

Journalistes et collaborateurs de médias emprisonnés, dont les cas restent pour l’heure en investigation :

• Ali Konar • Faysal Tunç • Ferhat Ciftçi • Hamit Dilbahar • Kenan Karavil • Murat Ilhan • Nuri Yesil • Ömer Faruk Caliskan • Sevcan Atak • Seyithan Akyüz • Sahabettin Demir • Ahmet Birsin • Sebahattin Sürmeli • Ferhat Arslan • Sultan Saman • Bahar Kurt • Musa Kurt • Mustafa Gök • Erdal Süsem • Hatice Duman • Hakan Soytemiz • Erol Zavar • Miktat Algül • Sükrü Sak • Mehmet Haberal

Voir par ailleurs:

Turquie: à Ankara, « fanfare des casseroles » contre le gouvernement

Voilà

02/06/2013

Il est 21h00 pile à Ankara et un concert inédit de casseroles secoue les quartiers résidentiels d’Ankara. Armés d’ustensiles de cuisine, les protestataires dénoncent bruyamment le régime du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qu’ils accusent d’autoritarisme.

« L’heure est venue de renvoyer Erdogan dans les limbes de l’Histoire », crie une femme, accompagnée de ses deux enfants sur le balcon de son appartement du quartier chic de Cankaya, fiefs des tenants de la laïcité.

Munis de sifflets, des voisins allument et éteignent les lumières de leurs appartements en guise de protestation. « Tayyip démission, Tayyip démission. Regarde combien nous sommes », crient-ils.

Özcan, un jeune étudiant en économie est descendu au rez-de-chaussée avec un drapeau turc, sous les applaudissements des voisins et de ses parents. « On ne peut pas être plus pacifique, est-ce que la police va aussi nous gazer ? », interroge l’étudiant.

« Il ne s’agit plus du projet de Gezi Park (le parc dont la suppression est à l’origine du mouvement à Istanbul), c’est devenu un mouvement (de contestation) contre le gouvernement qui s’immisce de plus en plus dans notre vie privée », explique Hamdi, qui ne veut pas donner son nom de famille.

A ses côtés, sa femme qui tape frénétiquement avec une grosse cuillère sur une casserole en acier. Le bruit est assourdissant.

Mobilisation

« Ce n’est pas parce qu’un gouvernement est démocratiquement élu avec 50% des suffrages qu’il a le droit de faire ce qu’il lui plaît », commente Hamdi, qui dénonce la loi restreignant la vente et la consommation d’alcool votée la semaine dernière par le Parlement.

Dans un entretien accordé dimanche à la chaîne privée Show TV, M. Erdogan, musulman pratiquant, a justifié ce texte par des motifs de santé publique. « Celui qui boit est un alcoolique », a-t-il sèchement dit, avant de nuancer: « je ne veux pas dire tout le monde, mais ceux qui boivent régulièrement ».

Et plus tôt dans la journée, devant un parterre constitué dans l’ensemble de ses supporters, il a refusé toute concession, qualifiant les protestataires de « bande de vandales ».

Et il a ensuite lancé: « Si l’on veut organiser des rassemblements, si c’est un mouvement social, alors quand ils rassemblent 20 personnes, j’en rassemblerai 200.000. Quand ils réuniront 100.000 personnes, je mobiliserai un million de partisans de mon parti ».

« Ce sont des fascistes », juge un jeune homme au volant de sa voiture en klaxonnant. Sa petite amie agite à ses côtés le drapeau turc et entonne une marche militaire qui loue les réformes du fondateur de la Turquie moderne et laïque, Mustafa Kemal Atatürk.

Dans les rues d’Ankara, la mobilisation touche tous les âges. « J’ai 63 ans et tout ce que je veux, c’est la tranquillité dans ce beau pays », dit Cengiz, un ingénieur à la retraite. « Mais lorsque vous sentez que votre mode de vie est menacé, vous n’avez pas d’autre choix que d’aller manifester, c’est tout », ajoute-t-il.

Le concert de casseroles « à la turque » n’est pas une spécialité d’Ankara. A la tombée de la nuit, il résonne aussi dans de nombreux quartiers d’Istanbul sur le thème « gouvernement, démission! »

Voir encore:

Le monde vu de Turquie

Ni Orient ni Occident, les choix audacieux d’Ankara

Wendy Kristianasen

 Les blogs du Diplo

3 juin 2010

La Cour constitutionnelle a annoncé le 21 janvier l’annulation d’une loi restreignant les prérogatives des tribunaux militaires. Cette décision, comme celle de l’interdiction du plus important parti prokurde, confirme les tensions liées aux tentatives de démocratisation interne. En revanche, un consensus se dessine à Ankara sur la nouvelle politique étrangère de la Turquie.

« C’est avant tout une question de vision des choses », assure M. Ahmet Davutoglu, ministre des affaires étrangères turc. Et sa propre vision n’est pas étriquée : voulant la paix et la sécurité pour la région, il estime que son pays — membre à la fois du G20 et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) — se trouve bien placé pour y contribuer. M. Davutoglu est l’architecte de la nouvelle politique d’Ankara, qui repose sur un principe, « zéro problème avec les voisins », et sur le soft power, un pouvoir fondé sur la persuasion et la négociation. Principal conseiller du premier ministre en matière de politique étrangère après l’éclatante victoire du Parti de la justice et du développement (AKP) lors des législatives du 3 novembre 2002, il est le chef de la diplomatie depuis mai 2009.

« Nous sommes prêts à jouer un rôle de médiateur dans divers conflits, grâce à nos solides relations avec les différents groupes ethniques et religieux, notamment turcophones [présents dans les Balkans, au Caucase, en Russie, à Chypre et au Proche-Orient] », affirme M. Davutoglu. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : « Nous avons une conception de la sécurité pour tous, et une conception de la paix qui nécessite à la fois un dialogue de haut niveau sur le plan politique, une interdépendance sur le plan économique et la prise en compte de la diversité culturelle. »

M. Davutoglu n’est pas un politicien, c’est un universitaire qui n’a aucun mandat électif ; et il n’a pas seulement réfléchi à une politique étrangère novatrice pour la Turquie, il l’a mise en œuvre lui-même. Il dresse la liste de ses réalisations : « Soixante et un accords signés avec la Syrie ; quarante-huit avec l’Irak ; l’obligation de visa levée pour huit pays voisins ; la résolution du problème de la présidence du Liban avec la Syrie ; deux protocoles signés avec l’Arménie. » Et, sans même parler de ses tentatives de médiation entre Israël et les Palestiniens, cette liste pourrait être allongée, car il a aussi supervisé les pourparlers indirects entre la Syrie et Israël en 2007-2008. « Nous avons frôlé, non pas la paix, mais un accord permettant des négociations directes, estime-t-il. L’attaque d’Israël contre Gaza, en décembre 2008, a mis un terme à tout ce travail. Gaza ne faisait pas partie des sujets abordés, mais cette guerre a eu un effet négatif. Pour qu’une médiation soit efficace, il faut qu’il y ait une volonté de paix. Quand Israël aura une telle volonté, nous serons prêts à l’écouter. »

Les Turcs de toutes obédiences s’accordent pour reconnaître à cette stratégie une cohérence motivée par des ambitions économiques et sécuritaires, ainsi qu’une idée bien précise de la place de la Turquie dans le monde. Cette politique intervient à un moment crucial où le pouvoir renvoie son armée dans les casernes, tandis que resurgissent les sombres secrets de son « Etat profond [1] ». Elle ouvre la voie à la démocratisation de ses structures, accompagne l’émergence de nouvelles élites et la présence croissante d’une classe moyenne très active.

Incident entre le premier ministre turc et M. Shimon Pérès

« Il existe une nouvelle dynamique, et elle est alimentée par le peuple, mais l’Occident ne la comprend pas, souligne Ihsan Bal, professeur à l’Académie de police. Cela a débuté en 2003, lorsque les Etats-Unis ont voulu utiliser la Turquie comme porte d’entrée pour envahir l’Irak ; c’est le peuple — les députés et leurs électeurs — qui a dit “non”. »

On pourrait s’attendre à ce que la population s’inquiète en priorité des conséquences de la crise financière mondiale et du chômage — qui s’élève à 15 %, et sans doute à 30 % chez les jeunes. On découvre, en réalité, qu’elle se préoccupe plutôt de Gaza. Il y a un an, cinq mille personnes brandissant des drapeaux sont allées accueillir le premier ministre Recep Tayyip Erdogan à son retour du Forum économique mondial de Davos. Il venait de « claquer la porte » d’un débat télévisé organisé, le 29 janvier 2009, avec le président israélien Shimon Pérès. M. Erdogan lui avait lancé : « Vous êtes en train de tuer des gens », et l’animateur ne lui avait pas permis de réfuter la justification apportée par M. Pérès à la guerre contre Gaza lancée un mois plus tôt [2]. Les Turcs s’intéressent beaucoup à la Palestine. Ils apprécient également la sincérité des sentiments de M. Erdogan, son charisme et ses origines modestes.

Des observateurs ont noté que les Etats-Unis n’étaient pas mécontents de l’incident entre M. Pérès et le premier ministre turc — qui a transformé ce dernier en héros pour le monde arabe et musulman —, même s’ils auraient souhaité voir la Turquie témoigner de la sympathie au Fatah, et pas seulement au Hamas, afin d’aider à relancer le « processus de paix ». D’autres pensent que son appui au gouvernement du Hamas (visible notamment à travers l’invitation de son chef, M. Khaled Mechaal, à Ankara) devrait rapporter certains dividendes ; par exemple, la libération du soldat israélien Gilad Shalit, capturé le 25 juin 2006 et détenu depuis dans la bande de Gaza.

L’arrivée au pouvoir de l’AKP, en 2002, n’a pas empêché le maintien de liens étroits avec Israël, comme l’ont montré ses efforts de médiation avec la Syrie. Mais le climat a changé à partir de l’intervention israélienne de 2008 à Gaza. L’annulation d’exercices militaires conjoints, en octobre 2009, l’a confirmé. En janvier 2010, la Turquie a bruyamment réagi contre le traitement « humiliant » qu’avait fait subir le vice-ministre israélien des affaires étrangères Danny Ayalon à son ambassadeur en Israël [3]. Elle a menacé de rappeler son diplomate, et demandé des excuses qu’elle a obtenues.

Cela signifie-t-il un changement radical dans les rapports entre les deux pays ? Mme Meliha Altunısık, professeure à la Middle East Technical University d’Ankara, explique que, après la guerre de Gaza, « n’importe quel gouvernement aurait eu à infléchir sa politique et à critiquer Israël — qui, d’ailleurs, avec ses dirigeants actuels, est de plus en plus isolé. Avec M. [Barack] Obama au pouvoir, sa position stratégique est en déclin ». De nombreux Turcs soulignent aussi que leur pays est devenu plus important pour Israël, même sur le plan économique, qu’Israël pour la Turquie. Ils envisagent un possible amenuisement des relations mais rien de plus, car ils ne tiennent pas davantage que les Arabes à ce qu’Ankara coupe les ponts avec Israël.

« Les responsables de la région, note Mme Altunısık, se tournent vers la Turquie et l’incitent à jouer un rôle constructif. L’économie est la clé, mais la personnalité de M. Erdogan joue également : j’ai rencontré des femmes, au centre de Damas, qui apprennent le turc à cause de lui ! Tout a commencé en 2003, lorsque Ankara a tenu tête aux Etats-Unis et refusé de laisser utiliser le pays comme une base de la guerre en Irak. Dominait le sentiment que, contrairement aux autres dirigeants, il avait réussi à faire quelque chose. »

« En revanche, poursuit-elle, on voit nettement la concurrence que se livrent Ankara et Téhéran : par son soutien ouvert à Gaza, son engagement dans les négociations entre la Syrie et Israël, sa contribution à la résolution de la crise présidentielle libanaise, la Turquie a essayé de voler la vedette à l’Iran. Ankara tire de multiples avantages de sa volonté de résoudre les problèmes par la coopération : le développement de ses relations avec les Etats arabes et l’Iran, des gains économiques, ainsi que la stabilité dans cette partie du monde. Pour la Turquie, c’est, à long terme, une stratégie “gagnant-gagnant”. »

L’Iran est pratiquement le seul sujet de politique étrangère qui divise les Turcs. Pour M. Yavuz Baydar, correspondant politique de Today’s Zaman, un quotidien anglophone proche du gouvernement, il ne faut pas s’inquiéter de ce qui se passe entre M. Erdogan et le président Mahmoud Ahmadinejad : « Tous deux sont issus du peuple et se conduisent comme des gens ordinaires, même s’ils se méfient l’un de l’autre. » Pour certains, en revanche, les tentatives de médiation sur la question du nucléaire iranien sont au mieux naïves, au pis dangereuses. Ces divergences reflètent les difficultés à saisir les ambitions de Téhéran, mais aussi la crainte d’une situation explosive aux portes de la Turquie.

Parmi les pays arabes, c’est la Syrie qui fait rêver les Turcs. Sur les campus, des professeurs évoquent leur voyage à Damas. Si l’on considère les anciennes et mauvaises relations entre les deux pays — avec le soutien syrien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans les années 1980, les revendications de Damas sur le Hatay (autrefois le sandjak d’Alexandrette) [4] ou encore la question du partage de l’eau —, l’évolution actuelle tient un peu du miracle.

Un ajustement naturel aux réalités de l’après-guerre froide

Concernant Bagdad, l’intérêt des relations économiques et sociales comme les efforts de la Turquie pour obtenir que les groupes sunnites s’assoient à la table des négociations font qu’un calme relatif règne à la frontière turco-irakienne — et un trait a bien été tiré sur l’offensive turque menée en 2007 contre les rebelles du PKK dans le nord de l’Irak. En Afrique également, les relations prospèrent, notamment avec la Libye et le Soudan. Néanmoins, le premier ministre a récemment commis une « gaffe » vis-à-vis de ce dernier pays : il y a en effet déclaré, le 9 novembre 2009, que les crimes de guerre israéliens étaient pires que ceux pour lesquels le président Omar Al-Bachir avait été inculpé par la Cour pénale internationale [5]. Enfin, la présence « non combattante » de mille sept cent cinquante soldats turcs en Afghanistan contribue à la bonne image d’Ankara dans la région.

Mais la Turquie ne regarde pas seulement vers le monde musulman : elle se projette aussi vers la Russie, la Serbie, la Géorgie et même l’Arménie. Deux protocoles ont été signés avec cette dernière, le 10 octobre 2009, pour établir des relations diplomatiques et ouvrir les frontières. Sur le dossier épineux de Chypre, enfin, l’espoir se fait jour que, avec le nouveau premier ministre grec Georges Papandréou, quelques progrès puissent être obtenus.

La nouvelle ligne diplomatique turque, ses ambitions à l’Est comme au Sud, reflètent-elles, ainsi que le suggère ici ou là la presse occidentale, la renaissance d’une « mission ottomane » [6] ? Ce concept ne figure ni dans le vocabulaire, ni dans la réflexion des dirigeants et du peuple turcs. Pour M. Temel Iskit, ancien diplomate qui fut, dans les années 1980, le premier directeur général du ministère chargé des affaires européennes au sein du gouvernement turc, les accusations de « néo-ottomanisme » visent à faire croire « que la Turquie s’islamise et ne tient plus à rejoindre l’Europe ». Selon lui, elles sont injustifiées, et « proviennent de capitales qui rejettent l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, ainsi que de la presse américaine pro-israélienne ».

M. Iskit a autrefois été un sympathisant du Parti républicain du peuple (CHP), mouvement d’opposition laïque de centre gauche dont l’origine remonte au parti unique créé par le père de l’indépendance, Mustapha Kemal, dit Atatürk. Comme beaucoup d’autres, il a perdu confiance dans la ligne de son organisation et dans son dirigeant, M. Deniz Baykal. « Après une vie passée à défendre tout ce qui était tabou — l’Arménie, Chypre, les Kurdes —, j’ai révisé mes opinions et décidé de m’exprimer. » Il tient une chronique dans Taraf, le quotidien indépendant d’Istanbul [7].

Cette attitude nouvelle de la Turquie sur la scène internationale représente-t-elle un changement d’orientation stratégique ? « La Turquie a toujours occupé une place géopolitique centrale, considère M. Iskit. Mais, à cause de sa jeunesse et de sa lutte pour l’indépendance, au lendemain de la première guerre mondiale, puis de la guerre froide, notre pays a constamment été sur la défensive. Ce qui a changé, c’est qu’il a commencé à se démocratiser grâce aux critères de Copenhague [8], adoptés avant que l’AKP n’arrive au pouvoir, puis avec le consentement de l’armée à cesser toute ingérence sur le terrain politique. Cette démocratisation a débouché sur un nouvel esprit de coopération et de négociation. »

Kadri Gürsel, éditorialiste du quotidien laïque Milliyet et commentateur populaire à la télévision, affirme que « l’actuelle orientation de la politique étrangère turque aurait été adoptée par n’importe quel gouvernement ». Et il ajoute : « Nos atouts en politique étrangère ont été multipliés par le boom économique en 2002-2003, par l’ouverture des négociations pour l’adhésion à l’Union européenne, et par le règlement d’un problème de sécurité majeur avec la capture d’[Abdullah] Öcalan [9]. Nous assistons à un ajustement naturel de la Turquie aux réalités de l’après-guerre froide et de la mondialisation, qui ont créé une nouvelle dynamique. Mais un parti laïque n’aurait pas aussi bien tiré profit de la situation : l’AKP se sent à l’aise au Proche-Orient, en particulier avec les sunnites. » Cependant, même si, par exemple, nombre de ministres et de conseillers parlent arabe, il n’existe pas selon lui d’« axe oriental », ni de changement dans les alliances.

Etre à la fois occidental, démocratique, moderne et musulman

A ses yeux, la situation économique de la Turquie explique beaucoup de choses : « Elle est condamnée à une croissance fondée sur les exportations, parce qu’il n’existe pas de structure d’épargne intérieure. Elle doit donc trouver de nouveaux marchés, en premier lieu au Proche-Orient. Globalement, cela a fonctionné : les membres du gouvernement gèrent correctement l’économie, et ils ont le sens du commerce, même s’ils ont tendance à monopoliser les profits pour les leurs. Ils aident ainsi la base sociale de l’AKP, en Anatolie, à former une nouvelle classe moyenne, ce qui représente une police d’assurance pour une démocratie stable. »

M. Soli Özel, professeur de relations internationales à l’université Bilgi d’Istanbul, estime, lui, que beaucoup en Occident ont du mal à accepter une Turquie décidant elle-même de ses priorités. L’AKP, qui a de très bonnes relations avec les Etats-Unis, souhaite la stabilité, une zone de prospérité et de sécurité aspirant à la paix, contrairement à Israël et à l’Iran. Soulignant lui aussi une continuité dans la politique étrangère turque, M. Özel remarque : « L’AKP a conceptualisé cela mieux que d’autres. »

« La question du caractère “occidental” de la Turquie concerne moins son orientation stratégique que le fait de savoir si elle deviendra un vrai pays occidental, explique-t-il encore. Si l’Union européenne se met elle-même hors de l’équation parce qu’elle ne comprend pas bien les agissements de la Turquie — qui sont pourtant dans l’intérêt de l’Occident —, la plupart de nos relations avec l’étranger seront conduites à travers les Etats-Unis. Au cas où on en arriverait là, Washington insistera-t-il pour que la Turquie devienne un véritable pays occidental et démocratique ? Si les Etats-Unis poussent l’Union à aller de l’avant dans l’adhésion de la Turquie, ce sera la preuve que nous avons atteint ce stade. »

Ankara espère que M. Obama réussira mieux que M. George W. Bush. « Sa conception des choses est différente, explique Yasemin Congar, rédacteur en chef de Taraf et spécialiste des Etats-Unis. Il a des atouts : ses origines, sa formation multiculturelle et sa connaissance du monde musulman. Les Turcs n’oublient pas qu’il se prénomme aussi Hussein. » Son discours du Caire en faveur d’un dialogue avec l’islam et du respect des droits de la personne, en juin 2009, fait écho aux préoccupations d’Ankara. Mais son incapacité à obtenir d’Israël l’arrêt total de la colonisation en Palestine et sa décision d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan ont déçu ; aussi faudra-t-il des signaux forts de la Maison Blanche sur le dossier palestinien pour dissiper la méfiance de l’opinion turque.

L’amertume à l’égard de l’Europe est réelle, et ressort dans tous les discours sur la politique étrangère. Les reproches adressés au gouvernement, accusé de ne pas avoir recherché avec suffisamment d’enthousiasme l’adhésion à l’Union, n’ont plus guère de poids depuis que M. Nicolas Sarkozy et Mme Angela Merkel se sont prononcés pour le « non ». L’idée que, par son prestige renforcé, notamment au Proche-Orient, le pays sera en mesure d’apporter davantage à l’Union semble mieux reçue. Et, s’il n’est pas invité à y entrer, il n’en restera pas moins que son rôle sur la scène internationale aura augmenté.

Secrétaire général de l’Association des industriels et des entrepreneurs de Turquie (Tüsiad), traditionnellement aux mains des vieilles familles laïques d’Istanbul, M. Zafar Yavan se plaint : « Le gouvernement n’a pas bougé assez vite sur l’Union européenne, particulièrement en ce qui concerne les marchés publics et d’autres questions économiques, ce qui a suscité des doutes sur son engagement. » Il nuance toutefois son propos en soulignant que « le ralentissement du processus de convergence a plus à voir avec M. Sarkozy qu’avec la Turquie. Celle-ci progressera avec ou sans ce gouvernement, car la démocratisation engagée par l’AKP restera : c’est un processus à sens unique. Le rythme de ses réformes et sa persévérance sont sans comparaison avec les actions des gouvernements précédents. »

Amertume à l’égard de l’Europe, ouverture vers l’Est et le Sud

Ex-ministre CHP de la justice, Mme Ayse Celikel a toutes les raisons de s’opposer au gouvernement de l’AKP, notamment parce qu’elle dirige une association (Cagdas Yasam Dernegi) qui dispense un enseignement laïque pour les filles et se trouve actuellement soumise « aux pressions du pouvoir, avec quatorze employés interpellés sans que les chefs d’accusation aient été portés à leur connaissance ». Se qualifiant de « kémaliste, mais avec un esprit ouvert », elle reconnaît que, « avec l’adhésion à l’Union européenne passée au second plan, le gouvernement est engagé dans un exercice d’équilibre dans ses ouvertures vers l’Est et le Sud ». Mais elle précise : « Tant qu’il ne s’éloigne pas davantage de l’Europe, ou ne se rapproche pas plus de l’Iran, je suis d’accord. »

Et que pense M. Armagan Kuloglu, général à la retraite et l’un des principaux membres du nouveau Centre d’études stratégiques sur le Moyen-Orient ? Il se proclame ataturkcu (« disciple d’Atatürk »), mais pas kémaliste — ce qui implique « la défense de la nation turque sur une base ethnique ». Il a sûrement quelques critiques à formuler ? Bien sûr, il défend les vieux dogmes : « Le nord de Chypre doit être reconnu comme un Etat ; les Kurdes ne sont pas un problème ; l’Arménie doit cesser d’affirmer qu’il y a eu génocide… » Pourtant, lui aussi estime qu’« il n’y a eu aucun changement d’orientation ni renversement d’alliances : le gouvernement cherche tout simplement de bonnes relations avec les pays voisins, et c’est la première fois que cela arrive » grâce à l’évolution de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran. Il ne critique même pas la politique gouvernementale face à l’Union européenne, « sauf quand elle fait des concessions ». Il « serait heureux que la Turquie n’entre pas dans l’Union, parce que cela signifierait le partage de notre souveraineté, précise-t-il aussi, et que, n’étant ni les Pays-Bas ni l’Italie, ce partage affecterait notre sécurité ». S’il défend le rôle traditionnel de l’armée dans la politique, M. Kuloglu concède qu’elle perd de l’influence, et qu’il y a eu en son sein « certains comportements ambitieux confirmés par l’affaire Ergenekon » (cf. note 1).

De nombreux Turcs craignent que le gouvernement AKP, à force de jongler avec trop de balles, ne finisse par en laisser tomber quelques-unes. Certains n’adhèrent pas à l’idée du « zéro problème avec les voisins et pas de bâton », autrement dit : au règlement des conflits par la persuasion et les avantages économiques. Et si la carotte ne fonctionnait pas sans le bâton ? Si la Turquie allait se trouver en danger pour avoir surestimé son potentiel de soft power ?

A sa manière, Mme Altunısık répond à ces craintes : « Pour l’instant, la question est prématurée. Et puis, elle ne prend pas en compte l’essentiel : la manière dont se mène la politique étrangère est aussi importante que les résultats finaux. La Turquie passait auprès de tous ses voisins pour une puissance périphérique ; maintenant, vous ne pouvez discuter de l’avenir de nombreuses régions du monde sans parler d’elle. »

Notes

[1] L’affaire Ergenekon a mis au jour un complot impliquant des militaires et visant à déstabiliser le gouvernement de l’AKP. Les dernières révélations incluent un projet d’assassinat du vice-premier ministre Bülent Arinç. L’enquête en cours a permis de faire la lumière sur les opérations de contre-guérilla menées dans le Kurdistan turc, et menace de dévoiler les activités de ce que les Turcs appellent l’« Etat profond » : une alliance militaro-mafieuse accusée de tirer les ficelles dans l’ombre. Lire, par exemple, « State’s dirty laundry might come out with “cosmic room” search », Sunday’s Zaman, Istanbul, 3 janvier 2010.

[2] On peut voir des vidéos de la polémique sur http://www.YouTube.com

[3] L’ambassadeur avait dû attendre longuement dans un couloir ; après quoi, devant les journalistes, M. Ayalon avait refusé de lui serrer la main et l’avait fait asseoir sur un siège plus bas que le sien. Seul le drapeau israélien était visible dans son bureau. Le vice-ministre reprochait à la Turquie la diffusion sur une chaîne privée d’un téléfilm jugé antisémite, ainsi que les nouvelles critiques du premier ministre Erdogan après un raid israélien sur la bande de Gaza.

[4] Cette province occupée par la France en 1916 faisait partie de la Syrie sous mandat français. Elle a été cédée par Paris à la Turquie en 1939.

[5] Today’s Zaman, Istanbul, 10 novembre 2009.

[6] Cf. Delphine Strauss, « Turkey’s Ottoman mission », Financial Times, Londres, 23 novembre 2009.

[7] Depuis le mois de janvier 2010, Taraf publie une édition en turc du Monde diplomatique.

[8] Les critères d’accession à l’Union européenne tels que définis à Copenhague en 1993 sont de trois ordres : politique, économique et acceptation des acquis communautaires.

[9] Dirigeant du PKK arrêté en février 1999.

Voir enfin:

The Muslim Civil War

Standing by while the Sunnis and Shiites fight it out invites disaster.

Bret Stephens

Yusuf al-Qaradawi, the prominent Sunni cleric, said Friday that Hezbollah and Iran are « more infidel than Jews and Christians. » Coming from the guy who once lauded Hitler for exacting « divine punishment » on the Jews, that really is saying something.

That the war in Syria is sectarian was obvious almost from the start, despite the credulous belief that Bashar Assad ran a nonsectarian regime. That a sectarian ruling minority fighting for its life would not fold easily was obvious within months, despite happy guarantees that the regime’s downfall would come within weeks. That a sectarian war in Syria would stir similar religious furies in Iraq and Lebanon was obvious more than a year ago, despite wishful administration thinking that staying out of Syria would contain the war to Syria alone.

What should be obvious today is that we are at the dawn of a much wider Shiite-Sunni war, the one that nearly materialized in Iraq in 2006 but didn’t because the U.S. was there, militarily and diplomatically, to stop it. But now the U.S. isn’t there. What’s left to figure out is whether this megawar isn’t, from a Western point of view, a very good thing.

The theory is simple and superficially compelling: If al Qaeda fighters want to murder Hezbollah fighters and Hezbollah fighters want to return the favor, who in their right mind would want to stand in the way? Of course it isn’t just Islamist radicals of one stripe or another who are dying in Syria, but also little children and aging grandparents and every other innocent and helpless bystander to the butchery.

But here comes the whispered suggestion: If one branch of Islam wants to be at war with another branch for a few years—or decades—so much the better for the non-Islamic world. Mass civilian casualties in Aleppo or Homs is their tragedy, not ours. It does not implicate us morally. And it probably benefits us strategically, not least by redirecting jihadist energies away from the West.

Wrong on every count.

Similar thinking was popular in the 1980s during the Iran-Iraq War. The war left as many as 1.4 million corpses on the battlefield, including thousands of child soldiers, and caused both countries billions in economic damage. And how did the West benefit from that? It’s true that the price of crude declined sharply almost every year of the war, but that only goes to show how weak the correlation is between Persian Gulf tensions and oil prices.

Otherwise, the 1980s were the years of the tanker wars in the Gulf, including Iraq’s attack on the USS Stark; the hostage-taking in Lebanon; and the birth of Hezbollah, with its suicide bombings of the U.S. Marine barracks and embassy in Beirut. Iraq invaded Kuwait less than two years after the war’s end. Iran emerged with its revolutionary fervors intact—along with a rekindled interest in developing nuclear weapons.

In short, a long intra-Islamic war left nobody safer, wealthier or wiser. Nor did it leave the West morally untainted. The U.S. embraced Saddam Hussein as a counterweight to Iran, and later tried to ply Iran with secret arms in exchange for the release of hostages. Patrolling the Strait of Hormuz, the USS Vincennes mistakenly shot down an Iranian jetliner over the Gulf, killing 290 civilians. Inaction only provides moral safe harbor when there’s no possibility of action.

Maybe that’s what President Obama is secretly aiming for. Had he armed Syria’s rebels early in the conflict, he could have empowered a moderate opposition, toppled the regime, sidelined Sunni jihadists, prevented the bloodbath we now have, stemmed the refugee crisis and dealt a sharp strategic setback to Iran—all without any U.S. military involvement.

Had he moved against Assad after the latter’s use of chemical weapons, the president could have demonstrated the seriousness of U.S. red lines—this time with limited and surgical use of U.S. military assets. (By the way, whatever happened to that U.N. fact-finding mission on Syrian chemical weapons that Mr. Obama promised back in April?)

Yet if Mr. Obama were to move against Assad today, the odds of success would be far longer. He would be going against an emboldened and winning despot, brazenly backed by Russia. And he would be abetting a fractured insurgency, increasingly dominated by radicals answering the call of jihad. The administration has gone from choosing not to take action to having no choice but to remain passive. Thus does global order give way to global disorder.

It’s tempting to rejoin that Syria is small and faraway, and that if Vladimir Putin or Iran’s Ayatollah Khamenei want to play in the Syrian dung heap they’re welcome to it. But these guys aren’t dupes getting fleeced at a Damascene carpet shop. They are geopolitical entrepreneurs who sense an opportunity in the wake of America’s retreat.

Maybe Americans will feel better after ceding the field to these characters. But we won’t be safer. And as a former Chicago friend of Mr. Obama used to say, the chickens sometimes do come home to roost.


Génocide arménien/97e: L’ultime preuve des victimes de l’islamisation forcée (Forced conversion is genocide)

24 avril, 2012
La démocratie et ses fondements jusqu’à aujourd’hui peuvent être perçus à la fois comme une fin en soi ou un moyen. Selon nous la démocratie est seulement un moyen. Si vous voulez entrer dans n’importe quel système, l’élection est un moyen. La démocratie est comme un tramway, il va jusqu’où vous voulez aller, et là vous descendezErdogan
On ne peut pas être musulman et laïque en même temps (…). Le milliard et demi de musulmans attend que le peuple turc se soulève. Nous allons nous soulever. Avec la permission d’Allah, la rébellion va commencer” Erdogan  (1992)
Notre démocratie est uniquement le train dans lequel nous montons jusqu’à ce que nous ayons atteint notre objectif. Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats. Erdogan (1997)
L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano
Au VIIe siècle, quand l’islam est arrivé, tout l’espace correspondant à l’Orient arabe, à la Turquie et à la péninsule arabique était habité, à l’exception des communautés juives, par des populations chrétiennes. De nos jours, sur 17 pays et 350 millions d’habitants, les chrétiens sont 14 millions. La Turquie, notamment, comptait 20% de chrétiens vers 1900; ils sont moins de 1% aujourd’hui. (…) Les chrétiens sont porteurs de valeurs universelles, comme la gratuité, le don, l’amour et le pardon. Ils le prouvent par leurs œuvres sociales, écoles ou hôpitaux, qui sont ouvertes à tous, sans distinction de religion. (…) C’est bien d’accueillir les blessés irakiens, mais la compassion n’est pas une politique. Notre crédibilité est en jeu: le monde musulman nous respectera si nous prenons la défense des chrétiens d’Orient, qui sont nos coreligionnaires. Annie Laurent
De ce tour d’horizon, il ressort que 75 % des cas de persécution religieuse concernent les chrétiens, dont la condition se détériore en de nombreux endroits. En tête de liste, outre le Moyen-Orient, l’AED place la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam, l’Inde, le Pakistan, le Soudan et Cuba. Si l’on tente de classer ces phénomènes de christianophobie en fonction de leur origine, il ressort que leur premier vecteur, à l’échelle de la planète, est constitué par l’islam politique ou le fondamentalisme musulman.  Jean Sévillia
L’historien Ara Sarafian estime qu’entre 100.000 et 200.000 femmes et enfants arméniens ont échappé à la mort ou à la déportation dans le désert durant le génocide de 1915. Les uns cachés –par des «Justes» turcs—, les autres kidnappés, adoptés ou épousées. Pour parler de ces survivants, les Ottomans utilisaient une formule glaçante: «les restes de l’épée». Mais pendant des années, les historiens turcs et arméniens n’ont dit mot de ces «crypto-Arméniens». Ariane Bonzon

Oui, M. Erdogan, la conversion forcée est aussi une forme de génocide!

A l’heure où, dans une large indifférence et après celles des juifs, les persécutions et l’épuration  ethnico-religieuse des chrétiens se poursuivent partout dans le monde et notamment là où l’islam a pris et reprend, avec le prétendu « printemps arabe« , le pouvoir …

Pendant que, dans le déni et la même indifférence, les mollahs nous préparent leur version nucléaire de la solution finale …

Retour, en cette 97e commémoration et avec la journaliste française Ariane Bonzon, sur l’ultime preuve du génocide chrétien (arménien mais aussi assyrien et grec) toujours nié par les autorités turques et pas explicitement reconnu par un président américain qui en avait pourtant fait la promesse …

 A savoir après le massacre de centaines de milliers et l’effacement  toutes les traces de présence culturelle des Arméniens via la destruction ou la saisie des établissement scolaires, religieux ou sociaux …

Les survivants ou descendants de ces dizaines de milliers de femmes, jeunes filles et  enfants enlevés puis convertis et mariés de force …

Dont certains tentent aujourd’hui de retrouver leurs racines …

Les «Arméniens cachés», secret de famille, secret d’Etat

Lors du génocide de 1915, des dizaines de milliers d’Arméniens, femmes et enfants, ont été kidnappés, convertis et mariés de force. De nombreux Turcs découvrent aujourd’hui que l’une de leur aïeule était arménienne.

Ariane Bonzon

Slate

24.04.12

Un secret d’Etat, l’existence de ces «Arméniens cachés». L’évoquer, c’est ébranler le mythe national de «l’identité turque et musulmane», fondement de la République turque. La première fois que j’ai entendu parler de «crypto-arméniens», je n’y ai d’ailleurs pas vraiment cru.

C’était au début des années 2000, Mesrob II Mutafyan, le patriarche des Arméniens de Turquie, recevait dans le cadre solennel et légèrement kitch de sa résidence de Kumkapi, sur la Corne d’Or à Istanbul. Portant la croix et l’habit ecclésiastiques, copie conforme de la tenue de ses prédécesseurs depuis cinq siècles —dont la longue série de portraits, pas toujours très avenants, ornaient les murs—, Sa Béatitude évoquait ses tournées anatoliennes. Il racontait sa visite au village de «Cibinli, près d’Urfa où les Arméniens en fuite en 1915 avaient abandonné leurs filles, des adolescentes de 12 -14 ans».

Mesrob II Mutafyan s’y était entretenu avec un homme et de nombreux petits-enfants issus des unions forcées contractées par ces jeunes filles avec des Turcs.

L’historien Ara Sarafian estime qu’entre 100.000 et 200.000 femmes et enfants arméniens ont échappé à la mort ou à la déportation dans le désert durant le génocide de 1915. Les uns cachés –par des «Justes» turcs—, les autres kidnappés, adoptés ou épousées. Pour parler de ces survivants, les Ottomans utilisaient une formule glaçante: «les restes de l’épée». Mais pendant des années, les historiens turcs et arméniens n’ont dit mot de ces «crypto-Arméniens».

Ma recherche des crypto-Arméniens

«Jusqu’il y a 10-15 ans, c’était une sorte de tabou, confirme le chercheur Bared Manok. Question de dignité pour les Arméniens; méfiance et mépris des convertis par les Turcs. Des deux côtés, on n’évoquait pas cette réalité dérangeante». «On le savait mais on ne pensait pas que c’était aussi important et peut-être ne voulait-on pas le savoir non plus», reconnaît le philosophe français d’origine arménienne Michel Marian. Car admettre qu’il peut exister des Arméniens musulmans est très déconcertant pour ceux de la diaspora dont l’identité était jusqu’ici étroitement liée au christianisme.

Peu de temps après ma conversation avec Mesrob II Mutafyan, je suis allée voir Hrant Dink, qui dirigeait le journal bilingue turc-arménien Agos, fondé cinq ans plus tôt, en 1996 —il a été assassiné en 2007. La page de petites annonces d’Agos rencontre un fort succès. Elle permet aux membres de la diaspora arménienne de lancer un «avis de recherche» pour tenter de retrouver un parent éloigné qui vivrait toujours en Turquie et dont les aïeuls auraient survécu au génocide.

J’ai exposé à Hrant Dink mon projet: me rendre en Anatolie pour y retrouver et filmer des Arméniens islamisés. Il n’a pas été très encourageant. Selon lui, il me serait très difficile de retrouver ces «crypto-Arméniens» qui ne veulent absolument pas se dévoiler. Ils n’accepteront jamais de parler devant une caméra, par peur des représailles, m’a-t-il averti.

Lui-même n’avait pas encore osé publier dans Agos son enquête sur Sabiha Gökçen, la fille adoptive de Mustafa Kemal, le fondateur de la république turque, une Arménienne qui avait perdu ses parents durant le génocide. Un secret d’Etat, comme celui encore des racines chrétiennes supposées du Président Abdullah Gül, un islamo-conservateur, dont la grand-mère aurait été, elle aussi, arménienne.

Des Arméniens qui vont à la mosquée

«Un converti arménien, suggère l’universitaire Etienne Copeaux, l’un des meilleurs connaisseurs du nationalisme turc, est perçu comme un traitre puisque c’est cette épithète qui colle aux Arméniens.» L’injure «Ermeni dölü» («graine d’Arménien») est courante. «Vu le mépris contenu dans cette injure, poursuit Etienne Copeaux, il est certain que s’il s’avérait qu’une part notable de la population turque descend d’Arméniens (convertis ou non), ce serait un ébranlement, une vérité difficilement acceptable.»

Un peu comme un mensonge ethnique courant de l’apartheid, dans les années 90, lorsqu’il était si difficile aux Afrikaners blancs de reconnaitre qu’ils avaient aussi du sang noir, celui de l’employée de la ferme séduite par l’aïeul par exemple.

Après avoir essuyé des dizaines de refus, j’ai enfin pu réaliser ce reportage, en 2007. Pour la première fois, une famille arménienne islamisée a parlé à visage découvert devant une caméra. Comme on le voit dans cette vidéo, rien ne distingue ces «Arméniens cachés» des autres villageois: mêmes pantalons bouffants, même foulard sur les cheveux pour les femmes, même nourriture.

Ils ne parlent même pas l’arménien, à peine le turc et surtout le kurde. Ils vont à la mosquée, leurs enfants fréquentent les écoles de la république turque et leurs morts sont enterrés dans des cimetières musulmans. Mais leurs tombes sont parfois profanées, sans parler des jalousies tenaces vis-à-vis de cette famille d’«infidèles», plus riche que les autres.

«Les restes de l’épée»

En prolongement de cette histoire singulière, d’autres Arméniens islamisés ont commencé de parler. Dans Les restes de l’épée (éditions Thaddée, 2012), la journaliste française Laurence Ritter mène l’enquête. Les portraits et les récits qu’elle a récoltés rompent enfin le silence, cette «règle élémentaire de survie», dans lequel ces Arméniens cachés s’étaient murés. Tandis qu’au centre du livre, les photos de Max Sivaslian donnent un visage à la mémoire, vécue ou transmise, du génocide.

Turcs et Arméniens s’affrontent toujours sur le nombre de victimes en 1915: 300.000 morts, disent les premiers, plus d’un million, répondent les seconds. Doit-on comptabiliser les survivants, les ancêtres de ces crypto-Arméniens? Et si oui, où, dans quelle catégorie?

«Celle des morts», puisqu’ils ne sont comptabilisés nulle part, suggère la sociologue turque Ayse Gül Altinay dans la postface du livre Les petits enfants (Actes sud, 2011). Celle des disparus? L’islamisation forcée vient-elle renforcer la thèse du génocide? Ou au contraire l’atténuer? Questions délicates qui expliquent en partie pourquoi ces secrets de famille sont devenus secret d’Etat.

Autre question: en 2012, combien sont-ils, ces Turcs musulmans qui ont des origines arméniennes, parfois même sans le savoir? En Turquie, au minimum 10 millions, selon une série d’historiens cités par Bared Manok:

«Le chiffrage est d’autant plus difficile que l’islamisation n’a pas concerné que les Arméniens […] [et que] les minorités musulmanes, arabes, kurdes et alévis, ont de leur côté subi une turquification imposée. […] Le discours officiel en Turquie est qu’il y a un seul peuple, caractérisé par l’Islam et le sunnisme: tous les autres ont dû rentrer d’une façon ou d’une autre dans ce cadre.»

L’un des fils de la famille arménienne cachée que j’ai filmée en 2007 ne vit plus au village mais à Istanbul. Dans l’anonymat de la grande ville, il a décidé de se «reconvertir» au christianisme. Ce qui serait impossible, bien trop risqué, pour les siens restés vivre dans la campagne anatolienne.

«Le nombre de “re-conversions” s’est accru», me confirme Luiz Bakar, avocate turque d’origine arménienne qui vit à Istanbul. Elle plaide pour que ces Arméniens reconvertis reprennent des noms arméniens, gardent leur propre langue, leur religion et puissent ainsi revivre leur identité au grand jour en Turquie.

 Voir aussi:

‘Grandma’s Tattoos’: A Riveting Film About the Forgotten Women of Genocide (Trailers)

– Armenian Weekly

September 7, 2011

Director: Suzanne Khardalian

Producer: HB PeA Holmquist Film

Length: 58 min., Sweden

Date of release: September 2011

STOCKHOLM, Sweden—“Grandma Khanoum was not like everyone else. As a child I remember her as a wicked woman. She despised physical contact. This was a grandma who never hugged, gave no kisses. And she wore those gloves, which hid her hands and the tattoos. They hid her secret.” This is how Suzanne Khardalian describes her grandmother.

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Grandma Khanoum

Khardalian is the director and producer of riveting new film called “Grandma’s Tattoos” that lifts the veil of thousands of forgotten women—survivors of the Armenian Genocide—who were forced into prostitution and tattooed to distinguish them from the locals.

“As a child I thought these were devilish signs that came from a dark world. They stirred fear in me. What were these tattoos? Who had done them, and why? But the tattoos on grandma’s hands and face were a taboo. They never spoke about it,” explains Khardalian.

“Grandma’s Tattoos” is a journey into the secrets of the family. Eventually, the secret behind Grandma Khanoum’s blue marks are revealed.

“Grandma was abducted and kept in slavery for many years somewhere in Turkey. She was also forcibly marked—tattooed—as property, the same way you mark cattle. The discovery of the story has shaken me. I share the shame, the guilt, and anger that infected my grandma’s life. Grandma Khanoum’s fate was not an aberration. On the contrary, tens of thousands of Armenian children and teenagers were raped and abducted, kept in slavery,” she explains.

In 1919, just at the end of World War I, the Allied forces reclaimed 90,819 Armenian young girls and children who, during the war years, were forced to become prostitutes to survive, or had given birth to children after forced or arranged marriages or rape. Many of these women were tattooed as a sign that they belonged to abductor. European and American missionaries organized help and saved thousands of refugees who were later scattered all over the world to places like Beirut, Marseille, and Fresno.

The story of “Grandma’s Tattoos” is a personal film about what happened to many Armenian women during the genocide. It is a ghost story—with the ghosts of the tattooed women haunting us—and a mystery film, where many taboos are broken. As no one wants to tell the real and whole story, and in order to bring the pieces of the puzzle together, the director makes us move between different times and space, from today’s Sweden to Khardalian’s childhood in Beirut.

0 ‘Grandma’s Tattoos’: A Riveting Film About the Forgotten Women of Genocide (Trailers)

In the film we meet Grandma Khantoum’s sister, 98-year-old Lucia, who lives in Hollywood. Lucia, too, has those odd tattoos. She is willing to tell us only a part of the story. We also meet with Aunt Marie, Grandma’s only still-living child in Beirut. But Aunt Marie doesn’t know the whole story either. Grandma has never told it to her. It was forbidden to talk about the “unspeakable.” Aunt Marie has the same unpleasant memories as the rest of the family.

It’s finally Khardalian’s mother who tells the story about Grandma Khanoum, and about the Kurdish man who was supposed to help her grandma escape the killings but instead decided to abduct her and keep her as his concubine. Grandma was only a child then. She had just turned 12 The words “Mummy, mummy help me” is the sentence that haunts Suzanne and her family.

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About the Director

Suzanne Khardalian is an independent filmmaker and writer. She studied journalism in Beirut and Paris and worked as a journalist in Paris until 1985, when she started to work on films. She also holds a master’s degree in international law and diplomacy from the Fletcher School at Tufts University, and contributes articles to different journals. She has directed more than 20 films that have been shown both in Europe and the U.S. They include “Back to Ararat” (1988), “Unsafe Ground” (1993), “The Lion from Gaza” (1996), “Her Armenian Prince” (1997), “From Opium to Chrysanthemums” (2000), “Where Lies My Victory” (2002), “I Hate Dogs” (2005), “Bullshit” (2006), and “Young Freud in Gaza” (2009).

Producer

PeA Holmquist Film is a production company established in 1973.The company has been producing films mostly for Scandinavian TV channels often with Scandinavian co-producers. Several films have been sold all over the world.

Article printed from Armenian Weekly: http://www.armenianweekly.com

 Voir enfin:

FORCED CONVERSION IS GENOCIDE: The tale of Aintoura’s Armenian orphans

Ninety-three years after the end of World War I, a Lebanese Armenian researcher has discovered additional proof of the first genocide of the 20th century at the Aintoura Lazarist College in Mount Lebanon. A visit to the college of Saint Joseph Aintoura reveals the history of the Jesuits who settled in Aintoura over 350 years ago; in addition to a magnificent monastery, there is also tragic evidence of the Armenian genocide of 1915. The remains of more than 300 children, now only bones, lie in a small grave behind Aintoura’s grand 19th-century chapel, which has been brought to light over five years of research by Missak Kelechian, an electrical engineer from California, who began the project as a pastime. The children buried in the grave were Armenian orphans who, having survived the genocide, were transferred by Turkish authorities to Aintoura, only to suffer neglect and violence. “It has been recorded and written how the children were beaten with the falaqa [a rod to discipline children], and many of them died from starvation, cholera and forceful attempts to ‘Turkify’ them,” said Kelechian.

The tale of Aintoura’s Armenian orphans

Van Meguerditchian

The Daily Star

April 29, 2011

AINTOURA: Ninety-three years after the end of World War I, a Lebanese Armenian researcher has discovered additional proof of the first genocide of the 20th century at the Aintoura Lazarist College in Mount Lebanon.

A visit to the college of Saint Joseph Aintoura reveals the history of the Jesuits who settled in Aintoura over 350 years ago; in addition to a magnificent monastery, there is also tragic evidence of the Armenian genocide of 1915.

The remains of more than 300 children, now only bones, lie in a small grave behind Aintoura’s grand 19th-century chapel, which has been brought to light over five years of research by Missak Kelechian, an electrical engineer from California, who began the project as a pastime.

The children buried in the grave were Armenian orphans who, having survived the genocide, were transferred by Turkish authorities to Aintoura, only to suffer neglect and violence.

“It has been recorded and written how the children were beaten with the falaqa [a rod to discipline children], and many of them died from starvation, cholera and forceful attempts to ‘Turkify’ them,” said Kelechian.

While hundreds of orphans, aged 3 to 15, survived the systematic massacres of the Armenians in 1915, many of them arrived in Ottoman-controlled Aintoura to be given new Turkish names and forcefully converted to Islam.

The infamous architect of the genocide, Jamal Pasha, walked on the stairs that still stand at the gate of Aintoura College and was responsible for assigning Halide Edip Adivar to oversee the program of “Turkification.”

Adivar was Turkey’s first feminist and a famous novelist who was elected to Turkey’s Parliament in 1950.

Kelechian told The Daily Star that he came across a photograph of Adivar and Pasha in Stanley Kerr’s book, The Lions of Marash.

“This picture triggered [in me an interest] to visit the Aintoura College,” he said.

Over the past five years, Kelechian has been on a quest to locate the grave and meet descendants of survivors. He is still working with several archivists in Lebanon and the United States to track down and study more documents related to fate of the surviving orphans.

“To my surprise, during my visit to Aintoura in 2005, the archivist of the school had gathered and stored all documents related to the occupation of the college by the Turks and the arrival of around 1,200 orphans, among them Armenians and Kurds,” he noted.

The book by Kerr, who was a volunteer of the American Near East Relief agency, did not provide enough information for Kelechian to locate the burial place of the Armenian orphans. “The documents I found at the library of the Aintoura College led me to another finding: accounts written in a book by Karnig Panian,” said Kelechian.

Kelechian said that Panian’s writings helped him locate the mass graves of around 350 Armenian orphans. A survivor of the Armenian genocide and the “Turkification” at the Aintoura orphanage, Panian described how the Turkish authorities buried several children per week behind the college chapel.

“I was informed by the college’s administration that construction workers in 1993 had unearthed many decaying bones in the area described by Panian in his book,” Kelechian explained.

In his book, Panian also described how more than 1,000 orphans had to recite daily “Long Live General Pasha,” as the Turkish flag was lowered in the school’s courtyard. An article from 1947 written by the head priest at the Lazarite Aintoura College, Emile Joppin, described how Armenian orphans were forcefully converted to Islam. According to accounts recorded by Lazarist teachers at Aintoura, children received punishments for speaking Armenian or Kurdish.

According to Kelechian, he recently discovered that the bishop of Saint Jacob’s Church in Achrafieh is the son of another Armenian orphan from Aintoura. “It’s as odd as it can get; the bishop’s father, Sarkis Kerkezian, was given a Turkish name [Antakli Ibrahim] and was chosen to be a muezzin [a chosen person to lead the call to prayer],” Kelechian added.

While Turkey continues to deny the genocide against the Armenians, describing the massacres as part of brutal reality of World War I, “Turkifying” children and depriving them of their identity alone is considered genocide by Article II of the 1951 UN Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide.

According to the convention, genocide is “to destroy in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group,” including “forcibly transferring children of the group to another group.”

More than 150,000 Armenian children became orphans as a result of Ottoman policies. Many of these orphans continued their lives in several “Turkification” centers throughout the Middle East.

In a letter to his father in the United States, the former president of the American University of Beirut, Bayard Dodge, also described how hundreds of Armenian and Kurdish orphans were brought down from the north and settled at Aintoura College.

Another survivor of the orphanage, Haroutioun Alboyadjian, was 11 when he managed to escape from Aintoura. According to Kelechian, Alboyadjian has also written extensively on his experience and has disclosed how a Turkish medical officer disobeyed orders on the eve of Ottoman withdrawal from Aintoura to poison the last dinner of the orphans.

For Kelechian, despite the systematic plans to carry out atrocities against the Armenians, there were many Turks who helped save hundreds of Armenian lives.

“After the withdrawal of Turkish troops, the Turkish officer [Reza Bey], who refused to poison the children, helped them to recover their original Armenian names.

“When he asked one of the orphans, ‘Enver, tell me your real name, the child replied: Toros,’ and many others recovered their names as well.”

Kelechian also said that Turkey’s continued denial of the genocide is hurting the country’s image and is a disservice to the new generation of Turks.

“The Turkish government’s policy is denying Armenians [the chance] to praise the good work of the Turkish people,” Kelechian added.

The head of Saint Joseph College in Aintoura, Father Antoine Pierre Nakad, told The Daily Star that even when he was still a student at the school, the priests and the teachers talked about the Armenian orphans who had once crowded the dormitory.

“This is a historical fact and everyone should know what happened at this historic college,” he said.

According to Nakad, the Turkish blockade resulted in diseases such as cholera and many orphans died from starvation. “There are currently around 4,000 students in Aintoura College and apart from their regular classes, they are taught about the history of the school,” Nakad added.

Today, a giant traditional Armenian stone cross and a bronze statue of a 10-year-old boy stands on the site of the mass grave of the Armenian orphans at Aintoura College, which was donated by Harout Katchadourian, the founder of the Armenian Choir, Kohar.

Earlier this week, a group of more than 200 Armenian Lebanese headed by Ararat Association’s President Krikor Keushgerian, visited the site to mark the 96th commemoration of the Armenian genocide. An official delegation of Lebanese ministers and MPs will join the Armenian Catholic community on May 7 for a Mass at Aintoura.

A version of this article appeared in the print edition of The Daily Star on April 29, 2011, on page 3.

Read more: http://www.dailystar.com.lb/Apr/29/The-tale-of-Aintouras-Armenian-orphans.ashx#ixzz1szjIkqBx

(The Daily Star :: Lebanon News :: http://www.dailystar.com.lb)


Expo Gérôme: Attention, un orientalisme peut en cacher un autre (Osman Hamdi Bey)

18 décembre, 2010
La colonisation fut  certes l’œuvre (brève à l’échelle de l’histoire) des Occidentaux, mais la décolonisation aussi. Le procès de la colonisation a commencé avec Denis Diderot  vers 1750, et se poursuivit jusqu’au milieu du XXe siècle chez Albert Memmi, Claude Lévi-Strauss ou Jean-Paul Sartre. Prétendre que la décolonisation, comme dit Sophie Bessis, très politiquement correcte, fut « l’œuvre des peuples en révolte », participe de la célébration auto-congratulatoire plus que de la réalité historique. Guy Sorman

Attention: un orientalisme peut en cacher un autre!

Où l’on (re)découvre à l’occasion de l’actuelle rétrospective de Jean-Léon Gérome du Musée d’Orsay …

Pendant que, 30 ans après le fameux essai d’Edward Saïd, les pays arabes s’arrachent les toiles évoquant leur passé disparu …

Que les pompiers interdits de séjour en France pendant tout un siècle avaient en fait formé, à commencer par les Américains, une grande partie de l’élite des peintres du reste du monde …

Y compris ceux-mêmes des pays à la domination desquels ils étaient censés avoir contribué …

Comme le peintre et fondateur des musées et de l’archéologie turcs Osmar Hamdi Bey, éduqué en Occident et notamment en France et ami et discile de Gérôme avec lequel il maintint une longue correspondante …

A 19th Century Renaissance Man

Osman Hamdi Bey

Turish Airlines

November 2009

Founder of archaeology and museology in Turkey, Osman Hamdi Bey is also the leading representative of Turkish painting in the period of Westernization and one of the most prominent names in Turkish art.

Went to Paris to study law in 1860, Osman Hamdi’s interest in painting soon took precedence and for a while he tried to learn both subjects. It wasn’t long however before he decided to devote himself entirely to painting and enrolled in the Paris École des Beaux Arts as well as frequenting the private studios, most notably of Jean Léon Gérôme (1824-1904) and Gustave Boulanger, (1824-1888), both prominent artists of the period. In 1869 he returned to Istanbul and entered government service, serving at various levels until he left that position by choice in 1878 with the idea of devoting more time to his painting. Having earned the appreciation of high ranking officials during the period that he was employed, Osman Hamdi succeeded in getting himself reinstated and in 1881 was appointed director of the Imperial Museum (the Istanbul Archaeological Museums) and in 1882 director of the School of Fine Arts (Mimar Sinan University of the Fine Arts), positions he held until his death in 1910.

Rather than limiting himself to museum management, Osman Hamdi preferred to be actively involved in the field, undertaking the first excavation ever mounted by Turks. The Nemrut Dağı, Sidon (today’s Lebanon) and Lagina excavations were all personally directed by him. Before being appointed director of the museum, he is known to have made historical and archaeological studies in the Baghdad region, where he was sent on his first official mission and to have sent some artifacts back to Istanbul.

EXCAVATIONS

First discovered by Germans in 1881, the Nemrut Mound also attracted the attention of high ranking Ottoman officials. Osman Hamdi Bey and the sculptur Osgan Efendi, a faculty member at the School of Fine Arts, were appointed in 1883 to investigate the area. The finds of the partial excavation they carried out there were published in the form of a book in the light of the results of the earlier research. This publication in French, a very significant book for 1883, included not only inscriptions but also scale drawings of reliefs and photographs taken that year.

Osman Hamdi Bey carried out the Sidon excavation in 1887, uncovering close to twenty extremely valuable sarcophagi in the process. The most famous ones, the Alexander, the Weeping Women, the Satrap and the Lycian Sarcophagi, are part of the Istanbul Archaeological Museums collection today.

Led by Prof. Dr. Ahmet Tırpan of Selçuk University today, the Lagina excavations were initially undertaken by Osman Hamdi Bey in 1891-92. Once again, he added the sculptures and reliefs he personally found there over the course of two years to the Istanbul Archaeological Museums collection. 

When the number of artifacts brought to light in the excavations carried out by Osman Hamdi Bey and his associates proliferated significantly, the need arose for a larger and more substantial museum building. Finding the requisite backing, Osman Hamdi Bey opened the first section of the Istanbul Archaeological Museums to visitors in 1899, the second section in 1903 and the third section in 1907.

Beginning in 1840, foreigners were granted permission to engage in excavations on the Ottoman lands. However, in the absence of a clear regulation governing ancient artifacts, the finds uncovered rapidly disappeared out of the country. Osman Hamdi Bey’s most notable contribution therefore after being brought to the museum directorship was to have new provisions added to the 1874 ‘Regulation Governing Ancient Artifacts’ strictly prohibiting their removal outside the country.

A year after Osman Hamdi Bey was appointed head of the Imperial Museum in 1881, he was also appointed Director of the School of Fine Arts in 1882. While dealing with excavations and museum affairs on the one hand, on the other he set up the Imperial School of the Fine Arts and selected the teachers to give instruction there. Designing the building that serves today as the Istanbul Archaeological Museum’s ‘Ancient Oriental Monuments Building’ together with the architect Vallaury, another Fine Arts School teacher, he opened it for instruction in 1883.

PAINTER OSMAN HAMDI

Continuing to paint at every opportunity, Osman Hamdi Bey never neglected his painting, either while dealing with government affairs or while carrying out his archaeological and museological studies. Regarded as one of the most successful painters, in view especially of the conditions of Turkish painting at the time, Osman Hamdi produced close to 200 canvases that still survive today, among them The Coffee Hearth, The Mausoleum of Sultan Selim II, Veiled Women at the Door of the Mosque, Prayer at the Green Tomb, After the Breaking the Fast, The Sultan Leaving the Mosque, Women on an Excursion, The Green Mosque at Bursa, The Prayer Niche, The Water of Life Fountain, In Front of the Rüstem Pasha Mosque, The Tortoise Trainer, Woman with Mimosa.

Together with Şeker Ahmed Pasha and Süleyman Seyyid, who were also trained with him in Paris during the same period, Osman Hamdi Bey is included in the group known as the ‘classics’ of the Art of Turkish Painting. But Osman Hamdi’s style and working technique differ from that of his contemporaries. The influence of the teachers, of Gérôme in particular, who produced works in the Orientalist style is clearly evident in Osman Hamdi’s paintings, which stylistically have a lot in common with the Orientalists. 

Compositions involving human figures, especially large-scale figures, are observed in Turkish painting for the first time in Osman Hamdi Bey. There are always one or more figures in the architectural scenes he depicts. Having acquired documentary value today for their successful depiction of the monuments of Turkish art, Osman Hamdi’s paintings, even though they are occasionally criticized for their use of figures, occupy a very important place in the history of Turkish painting.

Voir aussi:

La critique arabe de l’orientalisme en France et aux États-unis

Lieux, temporalités et modalités d’une relecture

Thomas Brisson

Revue d’anthropologie des connaissances

3/2008

1 L’ORIENTALISME D’EDWARD SAïD (1978) est aujourd’hui quasi unanimement considéré comme le moment fondateur d’une prise de parole des intellectuels arabes (mais aussi indiens, asiatiques ou africains) au sein des champs de savoir occidentaux. Plus précisément, s’est affirmée à cette occasion la nécessité d’un retour critique, de la part des intellectuels non occidentaux, sur les savoirs que l’Europe a construits sur leurs sociétés et cultures d’origine. Geste inaugural d’un débat, donc, où les anciens colonisés revendiquent désormais, en tant que tels, une sorte de droit d’inventaire sur une tradition scientifique auparavant peu soucieuse de leur point de vue.

2 Or on ne peut que s’étonner de constater combien la littérature pléthorique qu’aura inspirée Saïd n’aura que peu contribué à interroger une telle vision. Ses partisans comme ses adversaires témoignent d’un curieux consensus sur les termes mêmes du débat : qu’ils la jugent salutaire ou infondée, tous localisent la critique saïdienne dans un espace scientifique où un intellectuel arabe réinterroge un ensemble de connaissances occidentales. Une telle vision fait l’impasse sur les conditions dans lesquelles a été élaboré L’orientalisme. Car, autant qu’aux origines palestiniennes de son auteur, c’est par rapport au contexte universitaire américain de la fin des années 1970 que se comprend la genèse de l’ouvrage. Paradoxalement, le fait que Saïd soit un intellectuel américain – et non uniquement arabe – doit retenir notre attention pour comprendre les modalités selon lesquelles le corpus classique des savoirs occidentaux sur le monde arabe a pu être mis en cause de manière si radicale. En redoublant, donc, l’analyse reposant sur des catégories anthropologiques (intellectuels arabes vs savoirs occidentaux) par une prise en compte sociologique des déterminants qui structurent les mondes académiques et fondent le cadre épistémologique dans lequel s’est créée une pensée de rupture.

3 C’est à une telle mise en perspective que vise la comparaison, développée ici, entre la critique de l’orientalisme menée depuis les États-Unis par Saïd, et celle qui, quinze ans auparavant, s’était déroulée au sein de l’université française sous l’impulsion d’un intellectuel égyptien, Anouar Abd-el-Malek. Dans les deux cas, la tradition orientaliste fait l’objet d’une relecture radicale par un intellectuel arabe. Pourtant, l’étude croisée de ces deux polémiques scientifiques fait apparaître combien ces lectures ont varié dans la forme de leurs arguments, dans leur déroulement et dans leur postérité. Les comprendre, en se dégageant de l’évidence d’une origine culturelle, pour les réinscrire dans la logique des champs de savoirs précis – les universités américaine et française – où ils se sont construits, sera la tâche de cet article.

4 La spécificité des contextes amène à passer, tout d’abord, par des analyses situées, relativement autonomes l’une par rapport à l’autre : un premier moment de cet article sera consacré à la critique de l’orientalisme menée par Abd-el-Malek, un deuxième à celle initiée par Saïd. Une telle manière de procéder n’est certes pas la plus satisfaisante d’un point de vue heuristique mais s’impose néanmoins pour pouvoir faire apparaître les logiques propres de chacune de ces relectures. On tentera alors, dans un troisième moment, de dépasser la simple juxtaposition des situations pour en dégager plus systématiquement les invariants et les particularités, soumettant par là à l’analyse critique l’idée d’un débat sur l’orientalisme qui pourrait être appréhendée, sans autre forme de procès, à travers la stabilité de catégories telles que celles d’intellectuels « arabes » ou de savoirs « occidentaux ».

ANOUAR ABD-EL-MALEK OU L’AMBIVALENCE D’UNE CRITIQUE

5 C’est au sein des études arabes françaises que la parution de L’orientalisme aura connu l’un de ses plus faibles retentissements, situation paradoxale si l’on se souvient qu’elles furent l’une des cibles principales de Saïd. Mais elles avaient été profondément secouées par une première remise en cause vingt ans auparavant, comme le notait Alain Roussillon, à la faveur de la publication de l’article d’Abd-el-Malek, « L’orientalisme en crise » (1963), ce qui explique en grande partie le paradoxe. À bien des égards, ce dernier anticipe nombre d’analyses de Saïd, qui a d’ailleurs reconnu sa dette à l’égard du sociologue égyptien. Abd-el-Malek établit en effet une relation directe entre le développement de l’orientalisme européen au XIXe siècle et la colonisation. Liaison savoir-pouvoir, si l’on veut, qui lui permet de disqualifier une tradition scientifique au nom de son ancrage politique : l’orientalisme aurait fonctionné comme auxiliaire de la colonisation, la connaissance qu’il offrait des peuples colonisés donnant au colonisateur les moyens « de mieux assurer l’asservissement [de ces peuples] aux puissances européennes » (Abd-el-Malek, 1963, p. 112).

6 À partir de ce postulat, dont on ne saurait oublier combien il était novateur au début des années 1960[1], l’article d’Abd-el-Malek suit en parallèle deux pistes. Il théorise à la fois l’avènement d’un savoir sur les mondes non européens produit par les savants qui en sont originaires et annonce la désuétude d’un orientalisme rendu caduc par les décolonisations. En dépit d’un propos souvent touffu, l’article est en effet guidé par une équivalence plus ou moins explicite entre l’origine culturelle des savants et la nature du savoir qu’ils produisent. Ainsi, aux chercheurs européens ayant travaillé pendant la colonisation revient d’avoir produit un savoir en adéquation avec l’image que les sociétés occidentales se faisaient de peuples qu’ils dominaient. En premier lieu, ils ont figé ces sociétés dans une altérité « constitutive, de caractère essentialiste » (ibid., p. 113). Ils ont également tendu à en privilégier une conception arriérée : la focalisation de l’orientalisme sur le passé des nations étudiées affirme, en creux, que ces nations sont restées en marge de la modernité (occidentale). De même, en se cantonnant à des études textuelles, les savants européens rateraient les déterminations politiques, sociales ou économiques qui traversent ces nations. Essentialisme, « historicisme » et textualisme sont, on le voit, les trois défauts qui grèvent, selon Abd-el-Malek, le savoir orientaliste.

7 À l’inverse, les décolonisations permettent à Abd-el-Malek de théoriser le développement d’une étude des sociétés orientales faite par les Orientaux eux-mêmes. « Depuis 1945 ce n’est pas seulement le terrain qui échappe [à l’orientalisme], mais aussi les hommes, hier encore “objets” d’étude, et, désormais, “sujets” souverains » (ibid., p. 109), affirmation frappante qui, dans l’article, doit être entendue autant d’un point de vue politique que scientifique. Reste qu’Abd-el-Malek demeure finalement très flou sur la nature de ce regard nouveau. Il en esquisse implicitement les contours par différence avec l’orientalisme, suggérant qu’une attention nouvelle sera désormais portée aux déterminations matérielles des sociétés décolonisées, ainsi qu’à leur présent. Abd-el-Malek est certainement guidé par sa propre expérience, puisqu’il est engagé dans un travail, à la limite de l’histoire et de la sociologie, sur l’histoire moderne de l’Égypte. Néanmoins, l’article reste très programmatique et, à de nombreux moments, son auteur est obligé de nuancer son propos, reconnaissant, par exemple, la contribution que des savants européens peuvent continuer à apporter (c’est le cas pour Jacques Berque pour des raisons que l’on verra).

8 On peut certes trouver dans cet article nombre de points communs avec les analyses de Saïd. La similarité des objets, des questions ou des angles d’attaque est, en effet, frappante. Pourtant, elle s’avère en partie trompeuse si l’on examine la visée propre de « L’orientalisme en crise » et le débat précis dans lequel il s’inscrit. L’une des différences importantes entre Saïd et Abd-el-Malek réside dans le fait que, derrière le terme d’orientalisme, l’un et l’autre n’entendent pas tout à fait la même chose. Dans l’article d’Abd-el-Malek, l’orientalisme est entendu comme synonyme strict d’orientalisme scientifique à l’exclusion de tout autre sens (l’orientalisme littéraire, voire pictural, les textes écrits par les missionnaires, les voyageurs, les militaires, etc.). Abd-el-Malek vise donc uniquement une tradition scientifique particulière, l’étude philologique et historique du monde arabe qui s’est développée, en Europe, au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

9 Or, à travers cette restriction, c’est aussi l’espace académique auquel participe Abd-el-Malek qui se laisse apercevoir. Derrière un propos très général, il s’intéresse plus spécifiquement à la manière d’étudier le monde arabe telle qu’elle est pratiquée à la Sorbonne, en particulier à l’Institut d’Études Islamiques. L’allusion aux optiques de recherche de l’Institut est relativement claire lorsqu’Abd-el-Malek critique la focalisation de l’orientalisme sur « le passé des nations et des cultures orientales » et l’importance exclusive accordée à « la langue et la religion » ou aux « manuscrits arabes » (ibid., p. 114-115).

10 Tous ces éléments définissent, en effet, précisément le programme de travail que s’est fixé l’Institut d’Études Islamiques, sis en Sorbonne, qu’ont fondé, dans les années 1930, Maurice Gaudefroy-Demombynes, William Marçais et Louis Massignon. Centre actif, il trouve un second souffle dans les années 1950 à la faveur de l’arrivée d’une nouvelle génération d’orientalistes aux postes centraux de la discipline : c’est le cas pour Roger Brunschvig (nommé professeur d’islamologie en 1955), Charles Pellat (professeur d’arabe, 1956), Régis Blachère (directeur de l’Institut, 1956) ou Henri Laoust (Collège de France, 1956). Le changement générationnel très fort, qui se lit ici dans la concentration des dates, ne doit pas faire illusion : ce sont des hommes porteurs d’un savoir classique qui prennent les commandes de l’Institut. Formés aux méthodes philologiques et à l’histoire médiévale du monde arabe, ils s’inscrivent dans la droite ligne de l’orientalisme le plus traditionnel. La présentation du premier numéro d’Arabica, l’une des deux revues de l’Institut, trace en 1954 une ligne de recherche explicitement orthodoxe : elle entend se consacrer à « la langue et la littérature », à la « civilisation du monde arabophone » ; s’il peut y être question de politique ou de société, ce sera nécessairement au passé (« l’histoire politique », « le passé social »)[2] Autant d’éléments, on le voit, que critiquait Abd-el-Malek dans son article.

11 Ainsi, bien qu’il puisse être lu comme une critique de l’orientalisme en général par un intellectuel arabe, « L’orientalisme en crise » renvoie à la fois à un milieu académique et à un contexte historique au sein desquels Abd-el-Malek occupe une position particulière, et qui expliquent la genèse de son article. Arrivé en France dans les années 1950, celui-ci inscrit une thèse sur l’histoire moderne de l’Égypte mais refuse de le faire à l’intérieur de l’Institut d’Études Islamiques, en choisissant un directeur extérieur au milieu (Maurice de Gandillac). Il n’est pourtant pas totalement en dehors des circuits de l’Institut dont il connaît un certain nombre de membres (il collabore par exemple régulièrement avec Blachère à la rédaction des Cahiers de l’Orient Contemporain). Il occupe ainsi, vis-à-vis de l’Institut, une position profondément ambivalente – ni insider, ni outsider – qui n’est pas loin de rappeler celle de Berque quelques années plus tôt[3]. Position qui s’explique, tout d’abord, par la place de l’Institut dans la structure universitaire parisienne et française.

12 Jusqu’à la fin des années 1960, l’Institut occupe en effet une position centrale dans les études arabes françaises : il coordonne l’ensemble des recherches, a le statut de centre inter-facultaire et abrite les revues spécialisées. Cette place lui permet d’exercer une forte influence sur la reproduction d’un savoir philologique classique. Ce n’est qu’en 1968 que la réforme Faure mettra fin à cette centralité, en multipliant le nombre de départements d’arabe dans les facultés (trois centres seront, par exemple, crées à Paris à la place de la seule Sorbonne). Par ailleurs, tout au long des années 1960, le statut dominant de l’orientalisme philologique n’est pas encore remis en cause par une recherche nouvelle, comme ce sera le cas dans les années 1970. C’est en 1960, certes, qu’est décidée la création de la section 44 du CNRS « Langues et civilisations orientales », dans le but de promouvoir une étude du monde arabe contemporain où la sociologie, l’économie ou les sciences politiques joueraient un rôle moteur. Cependant, c’est la session d’automne du comité national du CNRS en 1971 qui consacrera véritablement ce nouveau rôle des sciences sociales aux dépens de l’orientalisme classique[4]

Quand Abd-el-Malek publie son article, l’Institut d’Études Islamiques jouit donc toujours d’une position incontournable dans les études françaises sur le monde arabe : à la fois par un effet de légitimité propre (il est l’héritier d’une tradition ancienne et prestigieuse) et par l’absence d’une recherche alternative suffisamment institutionnalisée pour promouvoir un discours différent.

13 « L’orientalisme en crise » s’explique ainsi en grande partie par l’influence que continue à avoir l’Institut dans les années 1960 alors qu’une manière nouvelle d’étudier le monde arabe s’impose sans avoir encore trouvé d’assise institutionnelle suffisamment forte. Depuis la fin des années 1950, les décolonisations ont rendu nécessaire un aggiornamento scientifique tant il est devenu caduque d’étudier, uniquement d’un point de vue textuel et historique, des pays en pleine recomposition. L’article d’Abd-el-Malek, on l’a vu, s’inscrit explicitement dans cette perspective quand il affirme, par sa démarche comme par son propos, qu’un regard nouveau doit être porté sur les mondes décolonisés. Mais le contexte géopolitique global n’est pas le seul élément d’explication. « L’orientalisme en crise » est aussi une prise de position dans un espace universitaire où les nouveaux rapports avec les décolonisés peinent à se traduire. Il est, indissociablement, critique générale d’un regard occidental et critique située dans un champ académique particulier, celui des études arabes françaises des années 1960.

14 La position d’Abd-el-Malek au sein du champ académique donne ainsi tout son sens explicatif. Suffisamment proche de l’Institut pour en connaître les hommes, les méthodes et surtout l’influence dans le champ, il en est en même temps suffisamment loin pour bénéficier d’une distance critique à leur égard. Cette distance est confortée par le fait qu’il peut s’appuyer sur d’autres réseaux pour assurer sa légitimité académique : ceux qu’il a construits à travers Gandillac, mais aussi Berque et le CNRS où il est en poste. À la différence d’un certain nombre d’intellectuels arabes qui, bien que précocement novateurs, sont entrés dans le monde universitaire via l’Institut et ont dû attendre plusieurs années avant de pouvoir en remettre en cause les postulats[5]

Abd-el-Malek a pu s’engager dans une polémique frontale dès le début des années 1960. « L’effet de champ », pour reprendre une expression bourdieusienne[6] doit donc être pris en compte. Il permet de comprendre comment « L’orientalisme en crise », pensée de rupture par rapport aux logiques dominantes du champ, n’a pu être menée que depuis une position particulière qui permettait à son auteur de se situer suffisamment en dehors du milieu orientaliste. D’autres éléments que la seule origine arabe de son auteur doivent être ici convoqués, éléments tenant à la nature de la structure académique, pour expliquer pourquoi une telle critique est devenue possible et dicible à ce moment-là.

EDWARD SAÏD : L’UNIVERSITÉ AMÉRICAINE COMME ENJEU DE LA POLÉMIQUE SUR L’ORIENTALISME

15 À la lumière de cette analyse de la genèse de « L’orientalisme en crise », on pourra juger combien il est difficile de convoquer la seule variable culturelle comme facteur de compréhension du regard porté par des intellectuels non européens sur les savoirs occidentaux. Dans le cas d’Abd-el-Malek, comme dans celui de Saïd auquel nous nous consacrerons plus spécifiquement maintenant, la difficulté à objectiver les processus en jeu vient en partie du fait que l’un et l’autre ont produit un certain nombre d’analyses tenant à conforter cette manière de voir. Déconstruction de l’orientalisme classique, l’article d’Abd-el-Malek se voulait explicitement comme une (re)prise de parole par un intellectuel arabe sur sa culture, à rebours du canon occidental. Il semblait ainsi prouver en pratique, et non seulement en raison, ce qu’il affirmait dans son contenu : les savants français ont développé pendant la colonisation une tradition d’étude du monde arabe, l’orientalisme, à laquelle ne pouvaient que s’opposer les anciens colonisés lorsque, à la faveur des décolonisations, ils purent entrer dans le jeu scientifique.

16 Abd-el-Malek, à ma connaissance, ne s’est pas prononcé sur un raisonnement qui en vient, plus ou moins ouvertement, à réserver la possibilité d’une étude objective du monde arabe aux seuls savants du monde arabe[7]. Position d’autant plus étrange que ses ouvrages font preuve d’une plus grande nuance, le recours aux travaux occidentaux étant loin d’y être négligeable. Position qui n’est pas non plus celle d’Edward Saïd qui, contrairement à ce qu’ont affirmé nombre de critiques à son égard, a pris soin de signaler combien l’idée d’une étude des sociétés humaines réservée aux savants qui en sont originaires, était ruineuse[8]. Mais il est vrai que les nombreux entretiens biographiques qu’il a accordés tendent, a contrario, à construire la vision selon laquelle son ouvrage phare, L’orientalisme, s’expliquerait par le regard critique d’un intellectuel arabe palestinien sur la tradition occidentale d’étude du monde arabe.

17 Selon Saïd, c’est en effet la guerre des six jours, en 1967, qui aurait marqué le tournant de sa carrière académique. Brillant professeur de littérature comparée à Columbia, depuis 1963, il aurait quitté à cette occasion la voie classique qui s’ouvrait à lui, pour devenir l’intellectuel engagé, porte-parole de la cause palestinienne, qu’il a incontestablement été[9].

De fait, alors qu’il est jusque-là uniquement connu pour ses publications dans le domaine littéraire (sur Conrad ou Auerbach), il se tourne vers le monde arabe : il effectue une série de voyages en Jordanie, entre 1968 et 1970, pour rencontrer des militants de la cause palestinienne et obtient en 1972 une année de congé sabbatique qu’il passe à Beyrouth où il suit une formation poussée en philologie arabe. Il confessera également comment la phrase de Golda Meir, affirmant en 1969 que les Palestiniens n’existaient pas, a joué un rôle dans l’orientation critique prise par son travail, l’amenant à redéfinir les notions de texte, de langage et d’écriture pour faire apparaître les rapports de pouvoir qu’ils sous-tendent[10]. En se décrivant en train de devenir « entièrement occidental »[11] avant 1967, Saïd aurait effectué à ce moment-là un tournant intellectuel majeur dont la publication de L’orientalisme, en 1978, constituerait l’un des aboutissements les plus remarquables.

18 Or la réalité est plus compliquée, à la fois parce que, après 1967, le travail intellectuel de Saïd ne prend pas une tournure radicalement différente ; mais également parce que la polémique qu’il va initier sur l’orientalisme va s’ancrer dans un réseau de déterminations plus larges où sa position d’intellectuel arabe et palestinien est loin d’être la seule variable explicative.

19 Première évidence à souligner, la publication de L’orientalisme intervient plus de dix ans après la guerre des six jours. Pendant ces dix années, Saïd est loin d’avoir abandonné toute carrière littéraire pour se consacrer à la seule question des rapports entre le monde arabe et l’Occident. Si l’on se rapporte à la bibliographie commentée de l’œuvre de Saïd (Ramadan, 2005), on se rend compte que 1967 ne marque que partiellement une coupure. Certes, avant cette date, la totalité de ses publications appartiennent au domaine de la critique littéraire et c’est bien à la suite de 1967 qu’apparaissent ses premiers textes relatifs au problème israélo-arabe (voir « The Arab Portrayed. The Arab-Israeli Confrontation of June 1967: An Arab Perspective », publié en 1970). Mais pour autant, cette première publication est loin de mettre fin à sa carrière de théoricien littéraire. Dans les années 1970, la majorité des articles qu’il publie restent du domaine d’une réflexion sur la littérature. Cette décennie, surtout, sera l’occasion de la publication d’un de ses premiers livres majeurs, Beginnings : intention and method, en 1975, qui se situe dans le domaine de la critique littéraire. Ce n’est qu’en 1976, soit plus de six ans après son premier article sur le sujet, que Saïd renoue avec ses écrits sur le monde arabe[12]

20 Ces éléments invitent à réexaminer la genèse de L’orientalisme sous un autre jour. Si elle a bien à voir avec le fait que Saïd soit originaire du monde arabe, elle s’explique cependant aussi par d’autres considérations, en particulier les positions qu’occupe son auteur dans le champ académique américain et les transformations de ce dernier tout au long des années 1970 et 1980. On ne saurait négliger, tout d’abord, combien la possibilité même d’une attaque frontale contre l’orientalisme suppose de disposer d’une légitimité académique forte : à la fois parce que Saïd s’attaque à une question sur laquelle il n’a, statutairement, pas vocation à se prononcer, et parce que, ce faisant, il s’oppose de manière critique et politique[13] à un corpus de savoirs qui est celui d’une tradition universitaire occidentale dont il est membre. Or la rédaction de L’orientalisme va justement intervenir dans une période où Saïd accède à des positions reconnues au sein de l’université américaine. En 1977, il est nommé Pass Professor of English and Comparative Litterature à Columbia, et Old Dominion Foundation Professor in the Humanities. Cette nomination lui donne une crédibilité institutionnelle pour parler publiquement et défendre une cause qui n’était pas populaire aux États-Unis[14]. L’orientalisme s’inscrit ainsi dans le cadre d’un engagement politique plus général difficile et qui suppose une assise académique stable[15].

21 Mais L’orientalisme ne se comprend pas uniquement en fonction des positions institutionnelles qu’a occupées Saïd. Il renvoie à des évolutions qui parcourent les champs de savoir et les milieux universitaires américains. Tout d’abord le rôle que va jouer, dans les années 1970, l’apparition de théories nouvelles, et d’un discours radical, dans les cursus universitaires. Les années 1970 en effet voient se dérouler un vaste aggiornamento théorique au sein du monde universitaire américain (Cusset, 2003). En provenance d’Europe, souvent de France, un certain nombre d’auteurs s’imposent dans les programmes et bouleversent l’organisation des savoirs : c’est l’époque où Foucault et Gramsci, Derrida et Lukacs, Deleuze et Baudrillard deviennent des références incontournables pour une partie des étudiants et des universitaires américains.

22 Dans ce contexte, le fait que Saïd ait initialement été un théoricien littéraire prend toute son importance. On a signalé combien une telle position n’était pas a priori favorable pour produire un discours sur le monde arabe. Or les évolutions théoriques des années 1970 vont en partie changer la donne. Les études littéraires américaines sont en effet tout particulièrement impliquées dans le renouveau des problématiques scientifiques : elles vont constituer une sorte de pôle radical dans nombre d’universités et connaître un changement significatif de leurs programmes. Saïd, en tant que professeur de littérature à Columbia, est donc à l’avant-garde de ce changement qui va former la base théorique sur laquelle sera élaboré L’orientalisme. De lui-même, il a signalé combien ce renouveau avait joué dans la réorientation de ses analyses[16]. C’est à partir de lui qu’il faut comprendre l’usage décisif que L’orientalisme fait de Foucault, sa fameuse liaison savoir-pouvoir figurant, dans l’introduction, comme point d’appui à partir duquel il propose de relire la tradition orientaliste européenne[17]. C’est également en fonction de ce contexte que l’on peut, plus généralement, resituer la genèse du propos de l’ouvrage : alors qu’Abd-el-Malek, comme on l’a vu, était avant tout intéressé par l’orientalisme scientifique, Saïd, embrasse un corpus beaucoup plus large puisque l’orientalisme littéraire occupe une place importante dans ses analyses. L’effet de position dans les études littéraires américaines est ici essentiel pour comprendre le corpus et les modalités de la critique portée par Saïd contre l’orientalisme.

23 Par ailleurs, la genèse de l’ouvrage s’inscrit également dans une autre série d’oppositions qui structurent le champ académique américain, liées à la montée des Area Studies. Autant qu’un travail prenant place à l’intérieur des Literary studies, L’orientalisme se comprend aussi comme un texte polémique à l’égard des Area Studies qui sont, à la même époque, en pleine expansion dans l’université américaine. Relativement récents aux États-Unis, contrairement à l’Europe, les départements de Middle-East Studies sont encore en période de structuration à la fin des années 1970. L’orientalisme y fait très directement allusion, lorsque Saïd évoque par exemple la « seductive degradation of knowledge » (p. 238), ou plus clairement quand, parlant du « major shift in Orientalism from an academic to an instrumental attitude », il écrit : « This manifests itself in the transition from the would-be disinterested scholar to the Area Studies expert advising successive Western governments on policy towards colonized or post-colonized States » (p. 246). C’est ainsi qu’il faut également comprendre la polémique avec Bernard Lewis qui occupe une partie des derniers chapitres du livre et qui se poursuivra, par ouvrages et articles interposés, jusqu’à la mort de Saïd. D’origine anglaise, Lewis est recruté par Princeton en 1974 et devient l’une des grandes figures des Middle-East Studies américaines. Leur confrontation est certes de nature politique (partisan engagé de l’État israélien, Lewis jouera le rôle de conseiller pour l’administration républicaine et, secondé par Samuel Huntington, pour Benjamin Netanyahou, à l’ONU). Mais elle s’ancre aussi dans les oppositions de l’espace universitaire américain, Saïd défendant une conception critique et autonome de l’intellectuel (qui sera en partie reprise par les Postcolonial Studies) alors que Lewis est plus directement tourné vers celle de l’expert et du spécialiste des Area Studies.

24 On peut ainsi comprendre la visée de L’orientalisme en la ramenant à l’inscription particulière de Saïd dans le champ académique américain. Spécialiste de littérature, c’est avant tout par l’intermédiaire d’une théorie originale du texte comme inscription du pouvoir, qu’il réinterroge la tradition orientaliste occidentale. L’importance qu’il accorde à la littérature s’explique autant comme un effet de spécialisation que comme un travail original qui s’élabore dans une discipline en plein changement. Ainsi L’Orientalisme est bien plus qu’une relecture critique arabe des textes occidentaux écrits pendant la colonisation, la différence avec Abd-el-Malek étant ici d’autant plus importante que presque vingt années se sont écoulées depuis la fin des décolonisations, et que les États-Unis, contrairement la France, n’ont pas été un pays colonial.

25 On argumentera certes, avec raison, qu’une large partie de l’œuvre de Saïd se place dans l’optique d’une critique de l’impérialisme, et qu’en cela elle poursuit une réflexion plus large sur la colonisation où intervient, à l’évidence, la vision particulière que peut promouvoir un intellectuel palestinien. Reste que ce qui en forme les traits les plus saillants, ce qui en constitue l’ancrage méthodologique et la visée propre s’élabore dans un espace universitaire précis. Pour les comprendre, ce sont moins les caractéristiques individuelles du chercheur qui doivent être prises en compte que les équilibres disciplinaires, les oppositions, mais aussi les possibilités de création, qui se donnent dans cet espace. C’est donc par une comparaison plus serrée des deux polémiques initiées par Abd-el-Malek et Saïd que nous souhaiterions conclure ces analyses, en cherchant à préciser ce que la différence de leurs contextes d’élaboration révèle quant à la nature des positions critiques que des intellectuels originaires du monde arabe ont pu construire au sein des champs de savoir occidentaux.

ABD-EL-MALEK, SAÏD ET L’ORIENTALISME : UNE RESSEMBLANCE EN TROMPE-L’œIL ?

26 Au risque de se répéter, il faut néanmoins redire brièvement ici comment tout incite à inscrire Abd-el-Malek et Saïd dans une même lignée intellectuelle. Ce sont bien deux intellectuels arabes qui se livrent à une déconstruction radicale de l’orientalisme, selon des modalités en apparence similaires. Dans les deux cas, c’est un ensemble de savoirs occidentaux qui se trouve réinterrogé par des intellectuels issus des sociétés qui ont été prises comme objet de connaissance par ces savoirs. Dans les deux cas, également, c’est un point de vue volontairement marginal qui s’élabore et se construit comme tel à des fins heuristiques : celui d’un intellectuel « entre deux mondes » à qui sa position ambivalente offre une acuité critique. Enfin, c’est à chaque fois un même regard qui est porté sur une tradition scientifique occidentale qu’il s’est agi de réinscrire dans un rapport de domination plus global, l’orientalisme apparaissant alors comme un auxiliaire de l’impérialisme européen.

27 Pourtant, derrière ces similarités évidentes, les deux critiques de l’orientalisme que nous avons examinées font bien plus figure d’événements singuliers qu’il n’apparaît au premier coup d’œil. Leurs ressemblances, bien réelles, risquent paradoxalement d’amener à négliger combien des argumentaires relativement semblables peuvent prendre un sens différent selon les contextes dans lesquels ils ont été produits. Dans le cas d’Abd-el-Malek et de Saïd, ce sont à la fois la visée de la polémique et son impact qui ont varié tant le poids et la structuration des études arabes ont été différents au sein de l’université française des années 1960 et de l’université américaine de la fin des années 1970.

28 Visée différente, tout d’abord. On a signalé brièvement combien, derrière le terme même d’orientalisme, Abd-el-Malek et Saïd n’entendaient pas la même réalité : un orientalisme essentiellement scientifique dans le premier cas, qui prenait une acception beaucoup plus large dans le deuxième. Or on peut aller plus loin que ce que nous permettait de constater, dans un premier temps, cette différence, à savoir qu’elle s’expliquait par le poids prépondérant que continuait à jouer l’orientalisme philologique en France, alors qu’elle apparaissait liée à une recomposition des relations entre le champs des études littéraires et celui des Area Studies aux États-Unis. En l’occurrence, on peut ici faire l’hypothèse qu’à l’égard de l’orientalisme purement scientifique, Abd-el-Malek et Saïd ont en réalité des positions opposées.

29 En 1960, il s’agit avant tout pour Abd-el-Malek d’appeler, à travers son article, à une sorte de révolution dans les études arabes françaises à même de les dégager de leur ancrage philologique et de les sortir du solipsisme méthodologique qui continue à caractériser leurs relations à l’égard des sciences humaines, pourtant en plein renouveau à l’époque. « L’orientalisme en crise » poursuit donc un but très particulier, l’alignement des études arabes françaises sur un régime de scientificité qui est celui des disciplines sociologique, anthropologique ou historique. Il s’agit également d’assurer le passage de la philologie à la linguistique (tel qu’il est en train de s’effectuer dans le reste de l’université française) et d’une histoire restée très événementielle vers une historiographie renouvelée (celle des différentes Écoles des Annales, en particulier).

30 À l’inverse, chez Saïd, c’est une vision beaucoup plus nuancée de l’orientalisme scientifique classique qui est promue. Point n’est besoin de se défaire des présupposés d’une discipline qui, dans les années 1970 aux États-Unis, a une influence très restreinte. Mais, plus fondamentalement, il s’agit surtout pour lui de « sauver » une partie de l’orientalisme scientifique de l’appropriation qu’en faisaient les Area Studies à la même époque. Sa critique des grands orientalistes, de Massignon à Goldziher, n’a pas pour fonction de délégitimer une œuvre scientifique dans son entier : elle entend en critiquer un certain nombre de présupposés problématiques mais aucunement en invalider la portée générale. Ce que Saïd vise, c’est au contraire à asseoir la possibilité d’une position autonome du chercheur ou de l’intellectuel, à l’inverse de celle promue par une partie des Middle-East Studies qui, au nom d’une compétence scientifique, se transforme en position d’expertise (Lewis étant ici visé de manière emblématique). L’orientalisme est loin d’être l’ouvrage radical que certains se sont plus à voir en lui, au grand désespoir de son auteur qui n’a eu de cesse de rappeler toute l’importance qu’il accordait au travail académique et à la recherche dans leur acception la plus classique[18].

31 Là où Abd-el-Malek adopte une posture explicitement révolutionnaire, Saïd se situe ainsi dans un rapport plus complexe à ce qu’a été l’orientalisme : dans le premier cas, c’est une rupture épistémologique qui est en jeu, alors que dans le deuxième, c’est une réévaluation mais non une invalidation de la tradition orientaliste qui se joue. Dans chacun des cas, la différence des contextes académiques permet en grande partie de comprendre pourquoi les buts poursuivis et les formes de confrontation qu’ils dessinaient ne pouvaient être les mêmes : une urgence s’imposait à Abd-el-Malek qui ne pouvait être celle de Saïd, quinze ans plus tard, aux États-Unis. Mais c’est aussi dans cette différence que l’on peut trouver une des clés de compréhension de l’influence très diverse qu’auront eu ces deux intellectuels. Immense dans le cas de Saïd, elle sera restée relativement limitée pour Abd-el-Malek. En cela, aussi, se laisse apercevoir la diversité des lectures arabes de l’orientalisme en France et aux États-Unis : si l’une d’elle est demeurée plutôt confidentielle alors que l’autre a été une source d’inspiration internationale, c’est en effet que la manière dont elles ont fait sens dans leurs milieux universitaires respectifs a été propre à chacune d’elles.

32 Autant la charge de « L’orientalisme en crise » aura été forte, autant son impact aura finalement été limité. L’article aura posé des questions mais n’aura réussi ni à provoquer une polémique qui sorte du milieu des spécialistes, ni surtout à peser de manière décisive dans ses évolutions. La réponse la plus significative qui lui sera apportée émane de Claude Cahen, professeur à la Sorbonne mais, à la différence de ses collègues, précocement engagé dans un travail de refondation critique de l’orientalisme[19]. Or sa « Réponse à Monsieur Abd-el-Malek » (Cahen, 1965) occupe à peine quatre pages. Dans l’ensemble, elle se contente de prendre acte de la critique mais tend à la réinscrire dans le mouvement de renouvellement de l’orientalisme qui se dessine à la même époque, quoique sous une forme moins radicale que ne l’avait imaginé Abd-el-Malek.

33 En effet, ce qui frappe dans le destin qu’aura connu « L’orientalisme en crise » est bien que l’article s’est inscrit en grande partie à contre-courant des redéfinitions de l’orientalisme classique tout au long des années 1960 et 1970. L’écart est frappant si l’on regarde quels types de travaux ont effectués les autres intellectuels arabes présents au sein de la recherche française dans ces années. Mohamed Arkoun, Mohamed Talbi ou Jamel-Eddine Bencheikh, pour se limiter à quelques grands noms, ont adopté une attitude contraire à celle d’Abd-el-Malek. Ils ont d’abord été les élèves des orientalistes, sont passés par l’Institut d’Études Islamiques où ils ont réalisé leurs thèses, et ont attendu un second temps avant de réinterroger, de l’intérieur, les présupposés de l’orientalisme philologique. Ils ont été loin, en d’autres termes, de renverser radicalement la vieille tradition orientaliste, qu’ils ont plutôt contribué à faire évoluer en en renouvelant les perspectives, les objets et les méthodes[20]. D’où la faible visibilité d’une critique décalée par rapport aux enjeux du milieu orientaliste dans ces années et qui n’aura pas réussi à faire reconnaître la spécificité d’un point de vue arabe face à ses savoirs : l’origine des chercheurs ne s’est jamais imposée comme critère de positionnement scientifique en France, en dépit des interrogations très vives que cette question a soulevées après les décolonisations[21].

34 La différence est évidemment saisissante avec L’orientalisme, qui aura conféré à Saïd une aura internationale mais aura surtout contribué a faire émerger un point de vue non occidental au sein des champs académiques américains. À sa suite, les Postcolonial Studies, pour lesquelles Saïd fait office de père fondateur, ont en effet bouleversé l’organisation de l’université américaine, amenant à porter une attention plus grande à ses diverses « minorités ». Ce qui aura assuré sa pleine influence à sa critique est bien le fait qu’elle sera rentrée en congruence avec d’autres travaux. Elle aura su fédérer a minima un certain nombre de figures reconnues (de Gayatry Spivak à Homi Bhabha) pour aboutir à légitimer une position, celle de l’intellectuel non occidental. Mais cette réussite n’a été possible que parce qu’elle s’inscrivait dans une logique des champs académiques américains qui ne pouvait être celle de l’université française, particulièrement dans les années 1960. Sans prendre en compte l’ensemble des déterminants politiques et historiques qui font que la question de l’immigration et des minorités n’est pas traitée de la même façon en France et aux États-Unis, c’est bien la montée en puissance des études postcoloniales, appuyée sur la critique radicale de l’université américaine dans les années 1960 et 1970, qui aura conféré un tel poids à L’orientalisme. D’où l’écart qui le sépare de l’article d’Abd-el-Malek, l’un réussissant à se greffer sur les transformations d’un champ académique dont il va symboliser le renouveau, là où l’autre n’a eu qu’une influence mesurée sur les évolutions générales des milieux scientifiques auxquels il appartient. Posant une même question – celle de la relation des intellectuels non occidentaux face aux savoirs de l’Occident – Abd-el-Malek et Saïd suivent ensuite des parcours inverses, la reconnaissance d’une « altérité scientifique » s’avérant problématique en France alors qu’elle a trouvé un écho puissant aux États-Unis. Destins contraires, donc, qui renvoient à l’histoire et aux spécificités de champs de savoir pour lesquels la question d’un point de vue arabe sur l’orientalisme a reçu des réponses opposées.

CONCLUSION

35 Partant de postulats relativement similaires, Abd-el-Malek et Saïd ont donné lieu à deux relectures différentes de l’orientalisme. La première se comprend comme une étape des transformations qu’ont connues les études arabes françaises à la suite des décolonisations, mais elle est restée d’une faible influence en regard des évolutions générales de la discipline. La seconde, au contraire, prend place dans un contexte de reconfiguration académique entre les études littéraires puis postcoloniales, et les Area Studies, finissant par s’imposer comme un temps fort du débat intellectuel américain contemporain. La différence entre ces deux contextes permet ainsi de comprendre pourquoi ces deux polémiques n’ont pas eu tout à fait les mêmes enjeux et ont connu des destins divers. Différence qui amène alors à poser avec circonspection la question de ce qu’a été une relecture arabe de l’orientalisme.

36 Deux niveaux d’analyse me semblent devoir être distingués pour gagner en intelligibilité. Tout d’abord, dans le contenu même de ces relectures, l’influence des milieux académiques français et américains apparaît déterminante, de même que les positions que chacun de ces intellectuels y a occupées : dans leurs références et leurs objets, ces critiques sont ainsi guidées par des enjeux locaux. On se tromperait donc à n’y voir qu’une opposition entre intellectuels arabes et savoirs occidentaux, alors que c’est justement parce qu’ils étaient membres de champs académiques bien précis – et de surcroît occidentaux – que Saïd et Abd-el-Malek ont pu trouver un espace spécifique pour leur critique.

37 À un deuxième niveau, l’analyse de ces relectures diverge également en ce que les champs américains et français offrent des modes de visibilité opposés quant à la possibilité de revendiquer une différence culturelle dans le jeu scientifique : très faible en France, elle bénéficie aux États-Unis d’une plus grande légitimité. Ces spécificités amènent à réinterroger le sens même d’une relecture arabe de l’orientalisme menée depuis les universités occidentales. Si la question est parfaitement légitime et amène à prendre en compte le fait que les intellectuels sont porteurs d’une histoire – singulière et collective – qui entre en compte dans leur travail, elle ne peut néanmoins être traitée en faisant comme si une origine culturelle avait valeur de pré-positionnement scientifique. Etre un intellectuel arabe face à l’orientalisme peut prendre des formes diverses, et c’est bien cette diversité, la multiplicité des réélaborations qu’elle laisse apercevoir, qui apparaît comme l’élément central de toute étude attachée à saisir les processus d’internationalisation des débats et des milieux scientifiques.

Remerciements

38 L’auteur tient à remercier les membres du séminaire « The Social Role of Intellectuals in the Middle-East », organisé au sein de l’Université européenne de Florence, qui ont discuté les hypothèses développées dans cet article. Il remercie également l’équipe de la RAC, et tout particulièrement Rigas Arvanitis, pour leurs relectures précieuses.

39 À la mémoire d’Alain Roussillon, dont les travaux sur les intellectuels arabes restent exemplaires.

Bibliographie

RéFéRENCES

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Société asiatique (1993). Livre blanc de l’orientalisme français, Paris, Société asiatique.

 Notes[ 1] La critique de l’orientalisme a une histoire aussi longue que celle de l’orientalisme, puisque, dès le milieu du XIXe siècle, un certain nombre de lettrés arabes ont réagi au miroir scientifique que leur tendait l’Europe. Leurs réactions sont particulièrement intéressantes car elles montrent une forte continuité dans le point de vue adopté jusqu’à aujourd’hui à l’égard de l’orientalisme : soit une oscillation entre un rejet motivé par la perception biaisée que les Européens ont eue de l’Islam et du monde arabe, et une attitude plus ouverte recommandant un usage raisonné de ces savoirs qui faisaient la preuve de leur fécondité épistémologique (voir Pontificio Istituto di Studi Arabi, 1992). À ma connaissance, néanmoins, on ne trouve pas, avant Abd-el-Malek, de critique « idéologique » motivée par une relation directe entre science et colonisation. On voit par là combien Abd-el-Malek, et a fortiori Saïd, s’ils sont loin d’inaugurer une prise de parole arabe, et critique, sur l’orientalisme, n’en innovent pas moins par les arguments qu’ils développent.

[ 2] Arabica, n° 1, note liminaire.

[ 3] On peut se référer à la biographie de Berque pour s’en convaincre. Connaissant personnellement, parfois intimement, tous les membres de l’Institut, Berque ne manquera pas, néanmoins, de s’en démarquer, affirmant « Je n’eus pas à me plaindre, je le dis hautement, de ces universitaires. Pourtant ce n’est pas eux qui ont découvert un confrère sous le jeune administrateur [qu’il était auparavant] » (Berque, J., 1999, p. 140).

[ 4] Voir Société asiatique (1993).

[ 5] Sur cette question, voir nos analyses de la troisième partie.

[ 6] Bourdieu, P. (1984).

[ 7] Alain Roussillon (1990) signale combien cet argument, qui discrédite l’ensemble de la tradition occidentale d’étude du monde arabe au nom de sa dimension idéologique, est profondément aporétique, pour les nombreux savants arabes qui cherchent à y puiser des éléments de réflexion sur leur propre culture, comme pour les chercheurs européens à qui semble déniée toute légitimité à parler d’un monde qui n’est pas le leur.

[ 8] « La thèse de mon livre […] n’est pas d’affirmer le privilège du point de vue de l’intérieur sur celui de l’extérieur. […] Je ne crois certainement pas à la proposition que seul un Noir peut écrire sur les Noirs, un Musulman sur les Musulmans, et ainsi de suite » (Saïd, 1978, postface de l’auteur, p. 347).

[ 9] Voir, entre autres, cet extrait d’entretien (Saïd, 1998) : “Since there was no political activity which was centered on the Arab World, I found that my concerns in my teachings and research, which were canonical thought slightly unorthodox, kept me within the pale. […] The big change came with the Arab-Israeli war of 1967.”

[ 10] “‘There are no Palestinians’, said Golda Meir in 1969, and that set me, and many others, the slightly preposterous challenge of disapproving her, of beginning to articulate a history of loss and dispossession” (Saïd, 1998).

[ 11] “Although I went back to the Middle East in the holidays (my family continued to live there, moving from Egypt to Lebanon in 1963), I found myself becoming an entirely Western person; both at college and in graduate school I studied literature, music and philosophy, but none of it had anything to do with my own tradition” (Saïd, 1998).

[ 12] « The Palestinian and American Policy » (1976), « The idea of Palestine » (1978).

[ 13] Rappelons que, dans l’esprit de Saïd, L’orientalisme forme une trilogie cohérente avec The Question of Palestine (1979) et Covering Islam (1981), textes nettement plus politiques, en prise directe avec l’actualité.

[ 14] Saïd rappellera que, si 1967 a été un « big change », pour autant la cause palestinienne était très peu populaire, y compris au sein de la gauche : « In the US, however, my politics were rejected – with a few notable exceptions – both by anti-war activists and by supporters of Martin Luther King » (Saïd, 1998).

[ 15] De fait, l’université de Columbia a apporté à Saïd un soutien sans faille face aux nombreuses menaces et demandes de renvoi que ses prises de position ont suscitées.

[ 16] « Inevitably, this led me to reconsider the notions of writing and language, which I had until then treated as animated by a given text or subject – the history of the novel, for instance, or the idea of narrative as a theme in prose fiction. What concerned me now was how a subject was constituted, how a language could be formed – writing as a construction of realities that served one or another purpose instrumentally. This was the world of power and representations, a world that came into being as a series of decisions made by writers, politicians, philosophers to suggest or adumbrate one reality and at the same time efface others », Between Worlds, op. cit.

[ 17] Signalons cependant que, si Foucault a une place centrale dans le dispositif théorique de L’orientalisme, Saïd en fait un usage plus critique qu’on ne le dit souvent. L’introduction prend soin de se démarquer d’une vision strictement textualiste des rapports de pouvoir, Saïd affirmant, à l’inverse de Foucault, son attention de prendre en compte les « auteurs ». Pour un aperçu des relations complexes entre Saïd et Foucault, on pourra consulter Chuaqui (2005).

[ 18] Sur le rapport de Saïd à la recherche orientaliste classique, on consultera la postface de l’auteur précédemment mentionnée, dans laquelle ce dernier réaffirme son estime pour la tradition scientifique européenne. Sur le rapport de Saïd au monde académique, on peut se rapporter à « On the University » (Saïd, 1999).

[ 19] Formé à l’École des Annales avant de se spécialiser sur le monde arabe, Cahen est avant tout historien, cet ancrage disciplinaire l’ayant amené à ouvrir l’histoire du monde arabo-musulman aux problématiques qui s’élaboraient sur d’autres objets d’étude.

[ 20] Sur cette question plus large, nous nous permettons de renvoyer à nos travaux (Brisson, 2008).

[ 21] Voir le point de vue de Maxime Rodinson, pourtant très favorable à une plus grande collaboration entre savants français et arabes (Rodinson, 1993). 
 
 
 
 
 
 
 

 


Turquie: La démocratie est comme un tramway (Democracy is like a streetcar. When you come to your stop, you get off)

11 juin, 2010
Red-crescented Paris (Year of Turkey, 2009-2010)Certains en Europe ont refusé de donner à la Turquie le genre de lien organique avec l’Occident qu’elle recherche. Robert Gates (secrétaire à la Défense américain)
Si la Turquie rejoint l’Union européenne, et avec la présence des deux Etats des Balkans plus l’Albanie, cela voudra alors dire que le continent européen ne sera plus celui des croisés, il ne sera plus un continent chrétien, cela voudra dire que l’Islam deviendra un partenaire solide des européens. (…) Nous attendons le jour où la Turquie rejoindra l’Union européenne pour servir de cheval de Troie, comme le raconte l’histoire. Khadafi
La démocratie et ses fondements jusqu’à aujourd’hui peuvent être perçus à la fois comme une fin en soi ou un moyen. Selon nous la démocratie est seulement un moyen. Si vous voulez entrer dans n’importe quel système, l’élection est un moyen. La démocratie est comme un tramway, il va jusqu’où vous voulez aller, et là vous descendez.  Erdogan
On ne peut pas être musulman et laïque en même temps (…). Le milliard et demi de musulmans attend que le peuple turc se soulève. Nous allons nous soulever. Avec la permission d’Allah, la rébellion va commencer » Erdogan  (1992)
Notre démocratie est uniquement le train dans lequel nous montons jusqu’à ce que nous ayons atteint notre objectif. Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats. Erdogan (1997)
L’expression ‘islam modéré’ est laide et offensante,  il n’y a pas d’islam modéré. L’Islam est l’Islam. Erdogan (2007)
La mondialisation en constituants de grands ensembles régionaux entraîne partout la diminution de l’Etat-Nation. Plus la mondialisation s’accroit, plus l’Islam se propage. Ömer Dinçer (proche conseiller politique d’Erdogan)
Personne ne peut vous demander d’être assimilés. Pour moi, le fait de demander l’assimilation est un crime contre l’humanité. Erdogan (Paris, avril 2010)
La Turquie a besoin d’un nouvel esprit de conquête. Grâce à ce parc, nos enfants regarderont vers le futur à travers notre glorieuse histoire. Erdogan (inauguration du musée Panorama 1453)
Ni la mosquée d’Al Aksa, ni le tombeau du prophète Ibrahim ni la tombe de Rachel n’ont été et ne seront jamais des sites juifs, mais uniquement musulmans.Erdogan (mars 2010)
Arrivé au pouvoir alors que la Turquie était déjà en train de négocier son entrée dans l’Union européenne, Erdogan a laissé faire pour ne contrarier ni l’armée ni la bourgeoisie d’affaires d’Istanbul. Il n’a rien fait non plus pour hâter les choses et, aujourd’hui, a tout lieu de s’en féliciter! Joseph Savès

Mise au pas l’armée (pas moins de 200 arrestations en 2 ans dont 50 officiers de haut rang en février dernier), esclandre public contre le président israélien à Davos (‘vous savez tuer les enfants!’), intervention (avec le Brésil) pour défendre le programme nucléaire iranien, exhortation explicite à ses compatriotes établis en Occident à rester fidèles à leurs racines via les prénoms et la double nationalité (y compris lors de visites officielles dans les pays concernés comme récemment en Allemagne et en France), nostalgie et exaltation de l’empire et du ‘glorieux passé’ ottoman (eg. impasse sur Sainte-Sophie dans l’exposition ‘De Byzance à Istanbul’ l’an dernier au Grand Palais à Paris, à l’occasion de l’Année de la Turquie),  commémorations en grande pompe de la prise de Constantinople le 29 mai dernier …

A l’heure où, fort de son dernier coup de force contre le souffre-douleur universel (dont la génétique vient d’ailleurs de confirmer l’histoire multimillénaire sur le territoire qui lui est depuis 60 ans refusé), le Poutine d’Ankara apparait comme le nouveau champion des damnés de la terre

Et contre ceux qui n’y verraient  que l’effet des réticences européennes à sa candidature à l’UE …

Retour sur l’édifiant parcours du nouveau ‘Mehmet le Conquérant et notamment sur la tactique préférée de ce maitre incontesté de la taqqiah islamique.

Qui, à l’instar de son dernier coup de maitre (un véritable acte de guerre contre son ex-allié israélien finement déguisé derrière une prétendue flottille humanitaire), a toujours su avancer masqué.

Ainsi, s’appuyant démagogiquement sur l’islam des campagnes et du peuple contre la laïcité de l’armée et de la bourgeoisie d’affaires des villes, il utilisera toutes les ficelles de la démocratie (imposition contre l’armée de l’élection au suffrage universel du président de la République) pour imposer progressivement une sorte de national-islamisme à la Nasser.

De même, derrière la façade d’une candidature européenne reprise de ses prédécesseurs et, sous l’étiquette de ‘démocrate-conservateur’, quelques gages consentis à l’Europe (ouvertures en direction des Kurdes, autorisation des langues minoritaires dans les médias, abolition de la peine de mort), il ne lâchera jamais rien sur 36 ans d’occupation de Chypre.

Comme enfin, sous couvert de la redécouverte d’un ‘passé glorieux’ et l’image d’un islam prétendument modéré (‘il n’y a pas d’islam modéré’, avait-il un jour déclaré), c’est, à la fondation même du régime, le génocide de ses minorités chrétiennes (tant arméniennes que grecques ou assyriennes) qu’il tente à présent de faire oublier …

Turquie: le réveil ottoman
Joseph Savès
Hérodote
4 juin 2010

La Turquie change. En quatre mois, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan (AKP, islamiste) a mis au pas l’armée, s’est rapproché de l’Iran et éloigné d’Israël et de l’Europe. La nostalgie de l’empire ottoman revient en force…

Les Européens croyaient avoir affaire à un État pauvre, désireux de se fondre dans l’Union européenne et de bénéficier de sa manne financière, comme en d’autres temps la Grèce, l’Espagne et le Portugal.

Ces dernières semaines, ils ont découvert un peuple «fier et sûr de lui», qui défie les Occidentaux en débattant avec le Brésil et l’Iran de l’avenir nucléaire de ce dernier (16 mai 2010) puis jette aux orties son amitié avec Israël et défie l’État hébreu en tentant de forcer le blocus de Gaza avec une flottille «humanitaire» (31 mai 2010).

Le 22 février 2010, l’a-t-on oublié ?, la justice turque a arrêté pas moins de cinquante officiers de haut rang. Ce coup de filet sans précédent a mis un point final à la guerre d’escarmouches que mène l’état-major laïciste contre le gouvernement islamiste du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan (56 ans), depuis l’arrivée au pouvoir de celui-ci, le 11 mars 2003.

Ces événements prennent tout leur sens dès lors qu’on les rattache à l’Histoire longue de la Turquie.

L’oeuvre d’Atatürk

La République turque a été fondée le 23 octobre 1923 sur les décombres de l’empire ottoman par le général Moustafa Kémal. Surnommé Kémal Atatürk («Père des Turcs») ou le Ghazi (le «Victorieux»), cet émule de Mussolini veut libérer son peuple de l’emprise de l’islam et bâtir un État-Nation sur le modèle occidental. Son principal soutien est l’armée, qui lui est reconnaissante de ses victoires sur les Grecs.

En 1937, un an avant sa mort, Atatürk fait inscrire le principe de laïcité dans la Constitution. Ses successeurs peineront toutefois à réaliser son rêve et, notamment, mettre en application ce principe. Mécontents des dérives du régime, les généraux commettent trois coups d’État en 1960, 1971 et 1980.

Instable et fragile, avec une économie en dents de scie, une rébellion persistante dans les régions kurdes (25% de la population totale) et la montée des mouvements islamistes dans les campagnes, la Turquie kémaliste joue à fond la carte occidentale. Membre de l’OTAN et du Conseil de l’Europe, partenaire privilégiée d’Israël, elle voit sa candidature à l’Union européenne agréée au sommet d’Helsinki en décembre 1999.

Là-dessus, coup de théâtre. Le Parti de la Justice et du Développement (AKP), qualifié d’«islamiste modéré», arrive au pouvoir à la faveur des élections législatives du 3 novembre 2002. Les militaires y voient une menace pour la République laïque et nationaliste de Moustafa Kémal.

L’AKP, qui peut compter sur le soutien populaire, consolide les institutions démocratiques. Il fait des ouvertures en direction des Kurdes et autorise les langues minoritaires dans les médias. Il impose contre l’armée l’élection au suffrage universel du président de la République. Il donne aussi quelques gages à l’Europe en abolissant la peine de mort.

Fort de ces succès et d’une gestion globalement satisfaisante de l’économie, il met au pas l’armée. Pas moins de 200 arrestations en deux ans jusqu’au coup de force du 22 février 2010. Erdogan a dès lors les mains libres pour mener une diplomatie selon ses vœux : rapprochement avec l’Iran, rupture avec Israël, éloignement de l’Europe…

À bas Constantinople !

Un article du quotidien Le Monde (31 mai 2010) rapporte les commémorations de la prise de Constantinople par les Turcs, le 29 mai 1453. D’une ampleur exceptionnelle cette année, ces commémorations témoignent du retour en force d’un «néo-ottomanisme» qui exalte le passé ottoman.

Ce courant orientalisant éclaire d’un jour nouveau l’exposition «De Byzance à Istanbul», qui s’est tenue l’an dernier au Grand Palais, à Paris. Nous nous étions étonnés dans la lettre d’Herodote.net que la conservatrice turque de cette exposition ait souligné à gros trait la césure de 1453 et omis d’évoquer Sainte-Sophie, trait d’union majeur entre toutes les civilisations qui se sont succédé dans la ville. Cet «oubli» reflétait tout simplement le point de vue dominant dans la Turquie d’aujourd’hui, à savoir que celle-ci est fille de l’empire ottoman et en opposition avec l’Occident.

Dans le même temps, le Premier ministre turc exalte le «glorieux passé» de la Nation et invite ouvertement ses compatriotes établis dans les pays occidentaux à rester fidèles à leurs racines.

D’Atatürk à Erdogan

En cela Erdogan se pose en héritier d’Atatürk plus sûrement que ses officiers d’état-major.

Atatürk a créé la Turquie sur le modèle des prestigieux États-Nations européens d’avant 1914 pour lui éviter de sombrer dans le chaos moyen-oriental. Il n’a pas craint non plus de défier les vainqueurs de la Grande Guerre en déchirant le traité de Sèvres. Erdogan, quant à lui, encourage l’islamisation de son pays pour prévenir sa dissolution et la perte de sa singularité dans l’Europe anomique d’aujourd’hui. Tout islamiste qu’il soit, c’est, comme Atatürk, un nationaliste résolu, aux antipodes de l’internationalisme d’al-Qaida. Dans ses rapports avec Chypre, l’Iran et Israël, il ne craint pas de défier les Occidentaux lorsqu’il y va, de son point de vue, de l’intérêt national…

Arrivé au pouvoir alors que la Turquie était déjà en train de négocier son entrée dans l’Union européenne, Erdogan a laissé faire pour ne contrarier ni l’armée ni la bourgeoisie d’affaires d’Istanbul. Il n’a rien fait non plus pour hâter les choses et, aujourd’hui, a tout lieu de s’en féliciter !

Beaucoup de Turcs, il y a dix ans, fondaient leurs espoirs sur la générosité de l’Union européenne comme, avant eux, la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande. Submergés par l’argent «gratuit» de Bruxelles, ces pays sont aujourd’hui au bord de la faillite et sous tutelle de la Commission et du FMI. L’Union est elle-même à la dérive après avoir désarmé les États-Nations qui faisaient sa force.

Revenus de leurs illusions, les Turcs découvrent de nouveaux motifs de satisfaction dans les offensives diplomatiques de leur Premier ministre. Peu leur chaut qu’elles déplaisent aux Européens… Au terme d’un parcours sans faute, Recep Tayyip Erdogan est en piste pour devenir la personnalité de l’année 2010.

Voir aussi:

La Turquie fête la prise de Constantinople, illustration d’une nostalgie ottomane
Guillaume Perrier
Le Monde
30.05.10

Le parti au pouvoir célèbre un âge d’or censé avoir été marqué par une coexistence pacifique entre les différentes communautés du pays

Le musée Panorama 1453 est le plus visité d’Istanbul après le palais de Topkapi et Sainte-Sophie. Inaugurée en 2009, cette reconstitution panoramique de la prise de Constantinople par le sultan ottoman Mehmed II, en 1453, célébrée le 29 mai, a déjà attiré plus d’un million de personnes.

Sous la coupole, les visiteurs sont plongés dans l’ambiance des combats : le feu des canons se mêle aux hennissements et au sifflement des flèches décochées vers les murailles byzantines. « C’est formidable, s’enthousiasme Necmettin, venu en famille. Le musée est très beau, cela plaît aux enfants. Et c’est l’un des événements les plus importants de notre histoire. »

Les écoles d’Istanbul y défilent. Panorama 1453 est emblématique de la nostalgie d’un empire ottoman idéalisé . La mode néo-ottomane est présente aussi bien dans les salles de cinéma que dans les boutiques de vêtements, largement remise au goût du jour par les autorités politiques, les publicitaires ou les designers comme Deniz Tunç, qui expose sa collection d’objets de décoration « néo-ottomans », dans le quartier huppé de Nisantasi.

Le musée est l’attraction principale du « parc culturel » conçu par la mairie d’Istanbul à l’extérieur des murs de Constantin, le symbole du siège de 1453.

Cet espace, « avec sa mosquée, ses théâtres, ses restaurants, ses aires de loisir et ses parkings, reflète l’idéal ottoman de l’Etat-nation, sur la rive du centre historique considérée comme le vestige de la ville ottomane », estime l’architecte Korhan Gümüs, qui se heurte régulièrement à la politique culturelle de la municipalité.

« La Turquie a besoin d’un nouvel esprit de conquête, a claironné le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, ancien maire d’Istanbul, pour l’inauguration. Grâce à ce parc, nos enfants regarderont vers le futur à travers notre glorieuse histoire. »

La mairie, contrôlée par le parti islamo-conservateur au pouvoir, l’AKP, a redessiné des quartiers entiers de la ville, rasé le quartier rom historique, Sulukule, pour y édifier des maisons ottomanes et un marché artisanal. Des dizaines de monuments religieux du XVe et XVIe siècle sont restaurés dans le cadre d’Istanbul 2010, capitale européenne de la culture. Mais les murailles de Constantin, symbole byzantin, menacent toujours de s’effondrer.

L’« ottomania » qui saisit la Turquie est perçue par l’historien Edhem Eldem comme « le rapt du passé ottoman que chacun veut récupérer. C’est la faillite de l’invention de la nation turque séculière, le retour de bâton du kémalisme ».

L’idéologie de la Turquie d’Atatürk, largement construite en opposition à la religion musulmane et à l’empire, n’a pas pour autant effacé les traditions, estime ce spécialiste de l’empire à l’université du Bosphore. « Il y a un besoin de réintégrer un passé qui est dénaturé. Mais la victime de tout ça, c’est -l’histoire. »

Dès les années 1950, l’anniversaire de la prise de Constantinople par les Ottomans a été à nouveau inscrit au calendrier, le 29 mai. Cette année, la mairie d’Istanbul organise un spectacle le long de la Corne d’or. Et le stade de Besiktas est réquisitionné par une association islamiste pour célébrer le sultan Mehmed le Conquérant. Ce dernier « chevauche l’idéologie islamique comme l’idéologie nationaliste turque », souligne M. Eldem, pour qui le populisme néo-ottoman recueille un quasi-consensus.

Au nom de la modernité et de la « turquification » du pays, la République avait remplacé la poésie et la musique traditionnelles par les valses et les ballets classiques. « Dans l’architecture, la cuisine ou la musique, cette culture oubliée revient au galop, mais sous une forme syncrétique qui a perdu toute sa logique et qui frise souvent l’orientalisme », constate M. Eldem.

Les effluves de narguilé avaient ainsi disparu d’Istanbul jusqu’aux années 1990, avant de revenir dans les cafés du centre-ville sous l’effet d’une « mode ethnique » venue d’Europe.

Le néo-ottomanisme se décline aussi dans le discours des dirigeants de l’AKP. « Nous devons être fiers de notre passé », clame Cüneyt Zapsu, conseiller du premier ministre. La glorification de la conquête et d’un âge d’or se mêle à la nostalgie d’une coexistence supposée pacifique entre les différentes communautés religieuses et ethniques.

La diplomatie turque, qui cherche à exercer son influence de Sarajevo à Kaboul, a souvent été qualifiée de néo-ottomane par ses détracteurs.

Le ministre des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, pieux musulman et fin connaisseur de l’histoire, est souvent accusé de poursuivre un idéal impérial, mélange de solidarité islamique et d’hégémonisme turc.

« Je ne crois pas à la diplomatie néo-ottomane, juge cependant la sociologue Nilüfer Narli, professeur à l’université Bahçesehir. C’est une approche régionale plus ouverte et plus active dans la résolution des conflits. Il y a une redécouverte de la diversité. »

Voir enfin:

Istamboul s’expose

La Saison de la Turquie en France est le prétexte à plusieurs expositions.

De Byzance à Istanbul rassemble un grand nombre de belles pièces au Grand Palais, à Paris.

Mais si cette exposition avait pour objectif de témoigner de l’«européanité» de la Turquie, disons clairement que c’est raté : au rez-de-chaussée, nous avons droit à la Byzance païenne et à la Constantinople chrétienne, à l’étage à l’Istamboul ottomane.

Pour mieux dissocier les deux niveaux, on a installé dans l’escalier qui les sépare un canon et une chaîne du siège cruel de 1453 ! Et rien n’évoque le principal trait d’union des différentes époques : la basilique Sainte-Sophie (Ayasofya Camii)…

Évoquons pour mémoire le musée du Louvre qui s’est contenté de trois expositions au format de poche sur Smyrne, un tombeau d’Anatolie et les caftans du Grand Turc. Sans intérêt.

C’est en définitive le musée de Valenciennes (Nord) qui nous offre l’image la plus rafraîchissante d’Istamboul à travers le regard d’un peintre valenciennois, Jean Baptiste Vanmour (1671-1737), qui vécut 38 ans auprès de la Sublime Porte…


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