Francis Cabrel/In extremis: La vertu est la meilleure vengeance (Think of Prospero: The rarer action is in virtue than in vengeance)

31 mai, 2015
Edmund Dulac (the Tempest, 1908)
Prospero, Ariel and sleeping Miranda (William Hamilton, 1797)

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Il y a plus de gloire à la vertu qu’à la vengeance. Qu’ils se repentent, la fin dernière de mes desseins ne va pas au delà … Prospéro (La Tempête, Acte V, scène 1, Shakespeare)
Apprends encore cela. Par un hasard des plus étranges, la fortune bienfaisante, aujourd’hui ma compagne chérie, m’amène mes ennemis sur ce rivage, et ma science de l’avenir me découvre qu’une étoile propice domine à mon zénith, et que si, au lieu de soigner son influence, je la néglige, mon sort deviendra toujours moins favorable. Cesse ici tes questions ; tu es disposée à t’endormir ; c’est un favorable assoupissement ; cède à sa puissance ; je sais que tu n’es pas maîtresse d’y résister. (Miranda s’endort.) Prospéro (Acte I, scène 2)
On peut faire la guerre avec des paroles aussi bien qu’avec des fusils et Prospéro parle beaucoup, à Miranda, au public; il se répand en paroles vengeresses. (…) Ce nouveau Lear est l’homme de lettres archétypal. (…) Quel écrivain n’écrit pas pour assouvir le désir qu’il dénonce vertueusement dans ses oeuvres, celui de la gloire et de l’écrasement de tous ses rivaux. L’impuissance de l’artiste vis-à-vis du monde le convainc qu’il est dépositaire d’une vertu immaculée. Une pièce de théâtre est le champ de bataille imaginaire où le dramaturge prend sa revanche sur la « vie réelle ». René Girard
Prospero, évincé du trône de Milan par son frère Antonio, est exilé depuis douze ans sur une île avec sa fille Miranda. Elle est habitée par un monstre, Caliban, et par un esprit aérien, Ariel. Le temps d’une tempête et d’actions savamment orchestrées par son esprit de vengeance, ces années de rancune s’évaporeront et il ouvrira son cœur à la compassion. Théâtre online
Ces femmes qui s’avancent, en tenant au bout de leurs bras, ces enfants qui lancent, Des pierres vers les soldats, c’est perdu d’avance, les cailloux sur des casques lourds, tout ça pour des billets retour, d’amour, d’amour, d’amour, d’amour… Francis Cabrel (« Tout le monde y pense », 1989)
Jusque-là, les Beatles faisaient de jolies petites chansons d’amour bien construites mais sans fond. Lui [Dylan], il a amené de la poésie, du mystère, des références à la Bible, quelque chose de très littéraire… On a compris que l’époque changeait. (…) Le mariage homosexuel ne me gêne pas. L’amour entre deux êtres est toujours une bonne nouvelle. Je suis aussi favorable à l’homoparentalité. Sur le cannabis, cela m’est égal. Même si je pense que la dépénalisation permettrait de court-circuiter les mafias parallèles. Et que le cannabis ne me paraît pas beaucoup plus nocif que le pastis. Mais je n’ai jamais fumé… Francis Cabrel
On s’est juré les mots des enfants modèles On se tiendra toujours loin des tourbillons géants… Francis Cabrel
Une colline comme il y en a partout Quelqu’un a porté une croix et des clous … Voilà celui qui prétend parler pour nous … C’est de l’amour que j’ai voulu vous laisser … Je vous laisse à ces quelques larmes versées et des siècles et des siècles pour y penser … C’est le trésor qu’il vous faudra rechercher Entre les pierres et sous les herbes séchées … Francis Cabrel
Dylan surcharge d’images, il condense un maximum. Dans une même phrase, il peut y avoir cinq ou six images fortes et le français ne permet pas la même compression que l’anglais. La leçon que donne Dylan dans son écriture est celle de la fluidité et de la rime intelligente perpétuellement rebondissante. J’ai privilégié cette fluidité à la traduction ultra précise. Francis Cabrel
On va viser l’éternité, on est tellement bien ici, on va tout faire comme si on était partis pour rester … Francis Cabrel
Gerra m’imite à la perfection, mais je n’aime pas du tout la façon dont il détourne ma chanson. Je ne me reconnais pas. Je ne dis jamais un gros mot. C’est triste de ridiculiser ce texte, de le rendre graveleux, vulgaire… même si j’avoue que cela fait beaucoup rire autour de moi… C’est juste une réaction d’amour-propre par rapport à cette chanson. Sinon, j’adore quand il se moque de Céline Dion . Francis Cabrel
La Cabane n’est pas une chanson intellectuelle. Une chanson toute candide, une chanson douce à la mélodie claire comme l’eau d’une rivière. «Une chanson anecdotique que l’on a envie de siffler», comme le précise Éric Jean-Jean, journaliste à RTL. Elle sent bon la truite et le goujon… Il fait partie de cette «génération désenchantée», comme le chantait Mylène Farmer, où le désir était de «déjeuner en paix», voir Stéphane Eicher. On visitait son passé tout simple: Mistral gagnant de Renaud. Francis Cabrel le timide s’est retranché dans son petit village d’Astaffort de 2000 habitants aux confins du Lot-et-Garonne et du Gers, village réputé pour sa gastronomie. Deux restaurants étoilés au Michelin. Sur la place du village, sa sœur tient salon… de coiffure. Le chanteur, fan de Bob Dylan – il le découvrit à l’âge de 13 ans en écoutant Like a Rolling Stone , y fut non pas maire, comme on aime à le croire, mais conseiller municipal. La nature est son affaire. Deux ans auparavant, en 1992, Luc Ferry lançait un pavé dans la mare, Le Nouvel Ordre écologique (Éditions Bernard Grasset, Prix Médicis de l’essai). Le philosophe retraçait les trois tendances de l’histoire de l’écologie, dont celle de la Deep Ecology. Il dénonçait, dans cet amour du terroir et de la nostalgie perdue, une certaine forme de «haine de la modernité» et du temps présent. Il n’avait pas tort. La postérité de La Cabane du pêcheur passera par la parodie qu’en fit Laurent Gerra. Le Figaro
Une fois encore, le Gascon risque fort d’atteindre le sommet des ventes. Tout, chez lui, semble rassurer : sa « normalité », son calme, son accent AOC, sa constance… Quitte à ennuyer. Ah, l’accent du terroir (-caisse ?) de Francisseu ! Il aura inspiré les plus grands comiques. D’abord les Guignols, qui ont exploité le filon du barde gaulois défenseur des vieilles valeurs, avec son leitmotiv « c’était mieux avant ». Ensuite, l’impayable Laurent Gerra, qui a réussi à nous faire croire que Cabrel a réellement chanté cette « Cabane au fond du jardin… Y a un arbre juste à ­côté / C’est pratique pour s’essuyer… » Pour une fois qu’il était drôle. Merci Francis. Plus encore que Dylan, ­Cabrel a un maître : Brassens. Est-ce par respect pour lui qu’il a livré sa pres­tation vocale la plus intense ? Son interpré­tation des Passantes, poème d’Antoine Pol mis en musique par le Sétois, est définitivement émouvante. Et l’homme possède une indéniable qualité : sa discrétion. Non seulement, en Mark Knopfler du Sud-Ouest, il sort des disques avec parcimonie, mais, excep­té sa corvée de promo obligée, il reste rare dans les médias. On apprécie d’autant plus l’attention que, dans la caté­gorie bonnet de nuit, il n’a pas grand-chose à envier au toujours incisif Zinédine Zidane. Après la dégaine d’Artagnan-berger des années 1970 et la moustache façon Magnum de la décennie 1990, il opte depuis le tournant du siècle pour une coupe de cheveux sage, une peau rasée de près, de petites lunettes cerclées — sans être sponsorisé par Gillette, Botox ou Optic 2000. Bref, la soixantaine bien portante, Cabrel assume un look de chanteur normal. De Tino Rossi à Pierre Bachelet, la chanson accompagnée d’une chorale d’enfants est une tradition à laquelle tout chanteur de variété se doit de sacrifier pour atteindre les hautes sphères du succès populaire. Il y a mis d’évidence tout son cœur pour accoucher du lénifiant Il faudra leur dire. Dans son ­album de reprises de Dylan, en 2012, le folk singer du Sud-Ouest confond littéraire et littéral. Certains textes semblent avoir été lessivés par un logiciel de traduction : I want you devient Je te veux et It’s all over now, Baby blue : Tout se finit là, bébé bleu. La Schtroumpfette en pleure encore… Reviens, Hugues Aufray, tout est pardonné ! Le baladin sensible fut longtemps… un grand copain de gaudriole de Patrick Sébastien. Pas terrible pour l’image ? En tout cas, si l’on en croit son vieux pote, Cabrel a décidé de snober ses émissions, histoire de préserver une apparence bien entretenue. Pas très chic pour un type dont la première vertu serait d’être ­fidèle en amitié comme en amour. Fidélité, suite : il affiche son attachement à son village, son accent. Et son style. Même si le dernier disque aborde des thèmes inusités (la bataille d’Azincourt, la crucifixion de Jésus), il continue de suivre le même sillon musical plan-plan, entre néofolk et rock blueseux. Encore et encore. Les fans et les adeptes du « c’était mieux avant » sont ravis. Les autres auront du mal à s’enflammer. Télérama
L’époque n’est pas à la gaudriole, mais je n’essaie pas d’enfoncer le clou de la «sombritude». Il y a toujours une petite pointe d’optimisme ici ou là. C’est la définition du blues. Musicalement, j’ai fait une tournée tout seul aux États-Unis l’an passé qui m’a donné envie de ces ambiances à la J.J. Cale. J’avais même pensé enregistrer avec le moins de musiciens possible. Mais j’ai renoncé à ce projet, je n’ai pas osé. J’aurais pu faire mon “Nebraska” [un album de Bruce Springsteen très dépouillé paru en 1982], mais j’ai eu peur de m’ennuyer ! (…) [On a voté le génocide par précaution] C’est une chanson sur la langue occitane que je défends. Le français l’a piétinée et, pour être sûr de son hégémonie, on en a fait table rase. On peut aussi voir cette chanson comme un hymne à tous ceux qui résistent et qui arrivent à avoir gain de cause. L’occitan n’existait plus, mais la force de caractère de certains a permis de faire revivre ce langage. (…) Il y a besoin d’être patriote car la langue française est tout aussi menacée que l’occitan en son temps. Les anglicismes nous vampirisent. En prenant un exemple d’il y a cinq ou six siècles, je me demande si, aujourd’hui, on n’est pas en train de vivre le même truc. Moi je me considère comme un résistant, je chante en français ! J’entends de plus en plus de morceaux qui mélangent anglais et français, ça me surprend toujours. Cela a l’air insignifiant mais, en réalité, c’est grave. Dans beaucoup de domaines, on marche vers le crépuscule, sans trop réagir. Hélas… (..) Je n’ai pas eu le goût de lire avant 27 ans, ce n’était pas dans ma culture, j’avais l’impression de perdre mon temps. Mais quand j’ai écrit “Je l’aime à mourir” et que j’ai eu du succès, les journalistes m’interrogeaient sur mes goûts littéraires. Je n’avais rien à répondre… J’ai donc ouvert des livres. (…) surtout que je me suis fait virer du lycée avant la terminale. Je n’ai donc pas fait de philo et ça m’a complexé. J’aurais pu y puiser des points de réflexion, des guides pour réfléchir. Je n’ai jamais su m’y intéresser tout seul. (…) J’aimais bien Dutronc, Antoine, Brassens, Caradec que j’entendais à la radio. Il y a aussi Yves Simon, qui racontait des histoires bien ficelées. (…) J’ai toujours été en admiration devant Leonard Cohen ou Bob Dylan qui ont fait de belles chansons autour de la religion, comme “Hallelujah” chez Cohen ou l’album “Saved” de Dylan. Car, finalement, le personnage qui a le plus marqué mon enfance et mon adolescence, c’est quand même Jésus-Christ ! On me l’a répété, je connais sa vie par cœur, j’ai été enfant de chœur, j’ai suivi le catéchisme, j’ai fait ma première communion. Aujourd’hui, je suis toujours catholique et croyant. Mais pas pratiquant. (…) C’est ce que je prêche depuis ma première chanson, tout se résume à l’amour et l’harmonie… On a besoin par les temps qui courent de ce genre de messages simples. Enfin, moi j’en ai besoin… Francis Cabrel
Je suis incapable de changer et les chansons que j’écris ne changent pas. Le contenu des textes évolue, mais l’enveloppe musicale sera toujours la même: un peu de blues, de rock, de folk et beaucoup de guitare. Ce que je voudrais que l’on en retienne, c’est que c’est l’album de quelqu’un de son âge, qui n’est plus un adolescent, loin de là. (…) Pour l’instant, je n’en considère aucune comme plus importante, parce qu’elles sont trop récentes. Il faut d’abord que je parte en tournée avec elles. Au bout de quelques mois, je pourrai voir celles qui résistent au temps. (…) J’ai déjà parlé d’une foule de sujets dans mes chansons, dit-il. Les années qui nous séparent de l’album précédent m’ont justement servi à trouver non pas de nouveaux thèmes, mais de nouvelles façons de les aborder. (…) Si on voulait résumer toutes mes chansons, il n’y a qu’un grand thème, et c’est l’amour, que ce soit entre des personnes ou pour l’humanité. La seule chose qui change, ce sont les façons d’en parler. (…) [Azincourt] C’est un prétexte de plus pour parler de la folie des hommes. C’est une bataille où il y a vraiment eu des choses affreuses. Les Anglais ont inventé une méthode qui a fait des ravages en tirant des flèches de façon très organisée et meurtrière. C’était comme une nouvelle machine de guerre qui se mettait en route et qui est aujourd’hui poussée à l’extrême. De nos jours, on peut tuer à distance, d’un pays à l’autre. La cruauté de l’homme ne s’arrête jamais. (…) Pour moi qui ai été élevé dans la tradition chrétienne, depuis le temps que je chante des chansons d’amour, il faut bien reconnaître que le premier qui a parlé d’amour universel, pour toute l’humanité, c’était Jésus. C’est la parole d’amour la plus pure, la plus authentique. Et pour Nelson Mandela, on peut parler aussi de résurrection puisqu’il est passé de 27 ans d’emprisonnement à diriger son pays. Il est passé de la nuit au jour. (…) Je m’intéresse aux personnages qui ont essayé de dispenser autour d’eux de la fraternité et de faire en sorte que les couleurs s’annulent, que les gens s’écoutent et que les peuples s’entendent. Francis Cabrel
Je ne suis pas sensible à l’actualité immédiate, car elle se fane dès le lendemain. Je veux que mes chansons vivent longtemps, donc j’évite les sujets périssables ». (…) Parce que dans l’époque brutale que l’on vit, il est important de se resserrer autour de choses très simples, et le message premier de la religion que je connais le mieux -la religion catholique- est basé sur l’humanité, l’amour, le respect de l’autre. Un refuge simple, mais c’est peut-être l’une des solutions. Je ne suis pas pratiquant, mais je respecte tous ceux qui pratiquent… Tout au long de ma vie, j’ai suivi, même inconsciemment, les grands préceptes religieux, ce sont des règles de vie en société qui sont intelligentes. (…) Comme l’islam, le judaïsme… Toutes ces religions représentent, à la base, des choses extrêmement belles, généreuses. Aujourd’hui, ces religions exacerbées génèrent des peurs dans toutes les communautés. Il faut revenir aux fondamentaux. Sinon, il faut prendre un fusil et aller se battre, mais moi je suis plutôt pour l’option pacifique. (…)  Je me raconte rarement, mais là c’était le petit clin d’œil pour dire ce que l’on peut faire en vingt-sept ans dehors. Mandela a tourné en rond ce temps-là dans une cage. C’est dire la force de caractère pour traverser ça, puis sortir à la lumière et conduire le pays. C’est unique dans l’histoire de l’Humanité. (…) Mais je suis mélancolique. Mes enfants sont partis, et c’est une grande cassure dans une vie. Ils arrivent, on vit avec eux 19, 20 ans, et puis ils partent. C’est assez vache comme truc, mais c’est comme ça… C’est l’occasion de faire une chanson pour leur dire toute la cruauté, sans qu’ils le veuillent bien sûr. Moi aussi, je suis parti vers 17 ans. (…)  j’aime ce titre. Qui sait ? Je suis encore « jeune », mais on est plutôt dans les derniers hectomètres. Il faut donc penser à une sortie honorable. Francis Cabrel
Je pense maintenant que le temps est compté. C’est pour cela que j’ai appelé mon album In extremis. Dorénavant, tout ce que je veux dire, je dois l’exprimer de façon claire. Ce tournant m’a poussé à faire un bilan d’étape. (…) Émotionnellement,  » Madiba  » est le personnage le plus fort du XXe siècle. Sa vie en deux parties, de l’ombre à la lumière, est un exemple pour tous. Après avoir subi des humiliations parfaitement injustes pendant tant d’années, il est arrivé au sommet du pouvoir et ne s’en est pas servi pour se venger. Cette attitude a quelque chose de flamboyant que j’ai voulu saluer. (…) J’ai été papa relativement tard. À 33 ans. À ce moment-là, j’ai choisi d’être davantage père de famille qu’artiste. J’ai bâti un cocon familial avec ma femme et mes trois filles. Quand, il y a quelques mois, les deux aînées ont décidé de partir, je l’ai très mal vécu. Je me suis senti abandonné. On avait vécu pendant vingt ans en symbiose, puis la maison s’est vidée. Ça m’a fait un choc. J’avais pourtant conscience qu’il fallait qu’elles partent pour pouvoir vivre leur vie. C’est cette mélancolie que j’exprime dans Les tours gratuits. J’imagine que tous les parents dans la même situation ressentent la même chose. (…)  Ce n’est ni un aveu, ni une déclaration publique, car je n’ai jamais fait mystère de ma foi. Je suis catholique de fait et de conviction. Mes grands-parents, d’origine italienne, étaient très pratiquants. Mes parents m’ont inculqué les valeurs du catholicisme. Quand j’évoque « le crucifié du Golgotha », son sacrifice résonne parfaitement en moi. (…) Je le prends à témoin et je le remercie régulièrement. C’est un personnage qui fait partie du rêve, de la pureté et du don de soi. J’adhère totalement aux fondements de son message qui est d’une grande clarté et qui parle d’amour du prochain. Mais ce que je n’aime pas, c’est ce que certains ont fait de sa parole. (…) Pour moi, les cardinaux en costume, ce sont toutes les personnes, dans l’Église ou dans d’autres domaines, qui profitent d’une fonction ou d’un pouvoir pour leurs intérêts égoïstes. Francis Cabrel
Sept ans, cela pourrait passer pour un manque de respect, c’est tout le contraire. Je pourrais pondre douze chansons pour la semaine prochaine, mais si on veut qu’elles soient habitées, il faut prendre le temps de vivre. (…) Le théâtre politique ressemble de plus en plus à un vaudeville qui ne fait plus rire personne. Pas la peine de caricaturer les politiques, ils le font très bien tout seuls. Ils ont des postures, s’organisent en castes surprotégées avec des mœurs qui ne correspondent pas forcément aux idées qu’ils défendent… Je ne veux pas donner d’exemples précis. (…) Avec l’âge, on devient un peu plus mystique. J’ai grandi avec le Christ, à la maison, à l’église, dans les rues de mon village. C’est fascinant de voir comment d’un supplice on a fait un symbole d’amour et d’espérance. Et on n’en a jamais eu autant besoin qu’en ce moment. Mais je ne suis pas pratiquant. J’ai un problème avec le décorum, c’est mon côté protestant. Le message d’abord, le message seulement. J’ai opté pour la prière en chansons et l’art pour seule religion. (…) C’est compliqué. Dans une société qui rit de tout, certains condamnent le blasphème. Là, c’est un affrontement, une collision. Cela vient sans doute d’un manque de porosité dans les éducations. On aurait dû être éduqués un peu plus conjointement dans nos croyances pour mieux accepter les différences. Selon moi, la solution passera par un enseignement laïc des religions à l’école. (…) J’aime la symbolique d’un espace de labeur, devenu un atelier de création, même si mon activité reste assez ludique comparée au vécu de mes grands-parents immigrés italiens venus du Frioul. Je culpabilise souvent. Jouer de la musique n’est pas de la transpiration. C’est beaucoup d’insistance, parfois du découragement. Heureusement, quand l’envie d’écrire m’abandonne, je regarde une affichette de mon grand-père avec cette inscription : « Pense à Prospero. » Il me rappelle à l’ordre. J’ai hérité l’amour de la mélodie et du chant de mes racines italiennes. Tout le monde chantait à la maison, au travail, après manger, aux mariages et aux naissances. Chanter, c’est inné chez moi. (…) J’atteins le dernier tiers, je commence à réfléchir à la question. Dans toute carrière, il faut une entrée et une sortie, si possible honorable. Je ne me vois pas arriver sur scène souffreteux, tout cabossé. Attention, on peut être en forme à 90 ans, comme Charles Aznavour, qui repart pour une tournée. Je suis très admiratif, mais je ne cours pas dans la même catégorie. Françis Cabrel
Prospero Cabrel, mon grand-père, était un bosseur, débarqué ici une main devant une main derrière… Il s’est tué à la tâche. Par rapport à mon niveau de vie, je culpabilise ; à tel point que, lorsque je n’ai pas envie d’écrire, j’ai une affichette dans mon studio qui me rappelle à l’ordre : « Pense à Prospero ! » Francis Cabrel
Un artiste à ses débuts n’est qu’une esquisse, un brouillon de ce qu’il sera. Je trouve que je verse trop dans la poésie, depuis toujours. Je me suis un peu calmé avec le temps… mais j’aimerais écrire de façon plus neutre. Francis Cabrel

Troubadour dylanien à l’accent toulousain, refus des tourbillons géants, fascination pour la belle ouvrage, foi revendiquée …

Avec ce 14e album aussi apuré qu’apaisé

De notre James Taylor français …

Et petit-fils d’exilés italiens …

Avec ses 21 millions d’albums et 140 chansons au compteur en près de quarante ans de carrière …

Comment ne pas repenser …

Devant le phénoménal aussi bien qu’improbable succès …

Face au venin et au fiel de ses envieux parisiens …

De ce farouche goût pour le travail bien fait …

Comme, loin le plus souvent des tourbillons géants, pour l’éternité …

A la formidable revanche de ce Prospéro qu’il ne se lasse pas d’évoquer …

Ce grand-père exilé et mort à la tâche …

Mais aussi peut-être à ce dernier héros du Barde immortel …

Découvrant en cassant sur le tard sa baguette magique …

Que la vertu est finalement la meilleure vengeance ?

Francis Cabrel, « Pense à Prospero »
La Dépêche

11/11/2012
Livres/CD/DVD

«Prospero Cabrel, mon grand-père, était un bosseur, débarqué ici une main devant une main derrière… Il s’est tué à la tâche. Par rapport à mon niveau de vie, je culpabilise ; à tel point que, lorsque je n’ai pas envie d’écrire, j’ai une affichette dans mon studio qui me rappelle à l’ordre : «Pense à Prospero !»…

Face à la biographe Pascale Spizzo, Francis Cabrel qui savait, dès 14 ans, qu’il passerait un jour à la télévision, raconte sa vie, son métier : «la musique, ce n’est pas tellement du boulot, le vrai travail, c’est d’écrire».

Il mentionne ses guitares -qu’il préfère vieilles, pour le son. Comme artiste aussi, il se préfère à maturité : «Un artiste à ses débuts n’est qu’une esquisse, un brouillon de ce qu’il sera», estime-t-il, «Je trouve que je verse trop dans la poésie, depuis toujours. Je me suis un peu calmé avec le temps… mais j’aimerais écrire de façon plus neutre.» Regretterait-il ces «étoiles entre elles qui ne parlent que de toi», ou le «gardien du sommeil de ses nuits», formules magiques qu’il griffonnait dès l’âge de quinze ans dans des petits carnets ?

Désormais, c’est l’extra-balle
Obsédé par le cas Brel «partant sur son île au bon moment», Francis se donne encore du temps. «Je ne rêvais pas de quelque chose d’aussi long, qui dure aussi longtemps. Je voulais juste faire de la musique dans des groupes, me marrer. Désormais, c’est du bonus, c’est l’extra-balle»

Econome sur les anecdotes, Cabrel dit les choses par ses sentiments : «Depuis que je suis père de famille, je suis sensible à l’univers entier. Avoir des enfants ouvre le cœur de manière énorme». Chacune de ses femmes, mère, épouse, filles, a inspiré au moins une chanson, «Je n’ai jamais écrit aussi bien que quand l’une d’elles est apparue dans mon paysage.» On passe 285 pages avec lui, et il reste toujours aussi présent que discret. Comme ce soir de Noël, 2002 ou 2003, où il est monté au milieu du repas se raser la moustache, qu’il avait sous le nez depuis 20 ans. «J’ai commencé le repas avec et j’ai fini sans, c’est passé un peu inaperçu. Mais dès que quelqu’un l’a remarqué, ça a été la traînée de poudre et ça a été bizarre.»

Editions Cherche Midi, 17€.

Voir aussi:

Francis Cabrel « Je prends le Christ à témoin »
Après un long silence de sept ans et à l’occasion de la sortie de son treizième album, In extremis, Francis Cabrel s’est confié à Pèlerin. Sans fard, le célèbre chanteur et guitariste du Lot-et-Garonne nous parle de sa carrière, de sa paternité et de sa foi.
Eyoum Nganguè
Pèlerin
23 avril 2015

Pèlerin. Sept ans se sont écoulés depuis votre dernier album. Qu’est-ce qui explique ce long silence ?
Francis Cabrel. Je ne suis pas resté les bras croisés pendant tout ce temps. J’ai travaillé sur deux comédies musicales : L’enfant porte et Le soldat rose. En 2012, j’ai sorti un album d’hommage à Bob Dylan. Mais j’avoue que si ce nouveau disque a pris plus de temps que les autres, c’est parce qu’à mon âge, j’ai moins d’idées qu’il y a vingt-cinq ans.

Vous avez 61 ans. Devenir sexagénaire a-t-il changé quelque chose pour vous ?
F.C. J’ai désormais besoin de sept ans pour écrire douze chansons (rires). Plus sérieusement, je pense maintenant que le temps est compté. C’est pour cela que j’ai appelé mon album In extremis. Dorénavant, tout ce que je veux dire, je dois l’exprimer de façon claire. Ce tournant m’a poussé à faire un bilan d’étape. Pour écrire cet album, j’ai pris le temps de la réflexion. J’ai peiné.

Sur le plan rythmique, vous êtes pourtant resté dans les tonalités anglo-saxonnes qu’on vous connaît !
F.C. Difficile de faire autrement, car c’est en écoutant les Jimmy Hendrix, Bob Dylan, Eric Clapton, Leonard Cohen ou les Rolling Stones que, adolescent, j’ai eu envie de jouer de la guitare et d’écrire des chansons. En revanche, comme je suis contre l’hégémonie de la langue anglaise, je compose essentiellement en français.

Cela fait de vous l’un des chanteurs français les plus écoutés, et vos textes sont enseignés dans les écoles du monde entier !
F.C. Comme je ne voyage pas beaucoup, je n’ai pas tout à fait l’idée de ce que ça représente. J’ai quelques échos sur des personnes qui font du Cabrel en Afrique, dans le Pacifique, dans les Antilles, au Canada. Je suis assez content de l’idée que mes chansons voyagent et que moi je reste à la maison.

Ça me flatte et ça m’intéresse de savoir que je suis un ambassadeur, parmi d’autres, qui font vivre notre magnifique langue française.

Si les chansons d’amour ont fait votre succès, vous êtes aussi un chanteur engagé. Quelques chansons de votre nouvel album laissent penser que vous êtes désabusé par l’actualité…
F.C. Ceux qui nous gouvernent me désespèrent. Ils forment une caste surprotégée et tellement éloignée du peuple qu’il leur est leur difficile de répondre aux aspirations des gens. Dans mes chansons, il n’y a rien de bien révolutionnaire. Je me contente de me moquer gentiment de la classe politique, en donnant mon modeste avis sur la façon dont les choses auraient dû être.

Dans Le pays d’à côté, vous fustigez le repli sur soi de certains Français.
F.C. Cette chanson a été écrite avant les attentats de janvier. À l’époque déjà, une certaine France aspirait à une société cloisonnée, remettant en question les valeurs de solidarité et d’entraide qui ont fondé notre vivre ensemble. Ma chanson plaide pour plus d’humanité. Plutôt que de penser qu’à côté ça va plus mal, il faut déjà faire tout pour que les choses aillent mieux ici.

Cette humanité s’exprime à travers une chanson qui rend hommage à Mandela.
F.C. Émotionnellement,  » Madiba  » est le personnage le plus fort du XXe siècle. Sa vie en deux parties, de l’ombre à la lumière, est un exemple pour tous. Après avoir subi des humiliations parfaitement injustes pendant tant d’années, il est arrivé au sommet du pouvoir et ne s’en est pas servi pour se venger. Cette attitude a quelque chose de flamboyant que j’ai voulu saluer.

Vous faites un parallèle troublant entre Mandela et une de vos filles.
F.C. Lorsque ma première fille a eu 27 ans, j’ai regardé tout le chemin qu’elle a parcouru de sa naissance jusqu’à cet âge-là. J’ai pensé aux vingt-sept ans de séjour en prison de Mandela. J’ai réalisé que, pendant qu’il était au bagne, la terre a continué de tourner. Des fillettes sont devenues des femmes.

Dans un registre plus intime, vous chantez les tourments d’un père au moment où ses filles quittent le domicile familial.
F.C. J’ai été papa relativement tard. À 33 ans. À ce moment-là, j’ai choisi d’être davantage père de famille qu’artiste. J’ai bâti un cocon familial avec ma femme et mes trois filles. Quand, il y a quelques mois, les deux aînées ont décidé de partir, je l’ai très mal vécu. Je me suis senti abandonné. On avait vécu pendant vingt ans en symbiose, puis la maison s’est vidée. Ça m’a fait un choc. J’avais pourtant conscience qu’il fallait qu’elles partent pour pouvoir vivre leur vie. C’est cette mélancolie que j’exprime dans Les tours gratuits. J’imagine que tous les parents dans la même situation ressentent la même chose.

Est-ce ce vertige qui vous a poussé à évoquer votre foi catholique à travers Dans chaque cœur ?
F.C. Ce n’est ni un aveu, ni une déclaration publique, car je n’ai jamais fait mystère de ma foi.
Je suis catholique de fait et de conviction.

Mes grands-parents, d’origine italienne, étaient très pratiquants. Mes parents m’ont inculqué les valeurs du catholicisme. Quand j’évoque « le crucifié du Golgotha », son sacrifice résonne parfaitement en moi.

Le Christ vous accompagne-t-il au quotidien ?
F.C. Je le prends à témoin et je le remercie régulièrement. C’est un personnage qui fait partie du rêve, de la pureté et du don de soi. J’adhère totalement aux fondements de son message qui est d’une grande clarté et qui parle d’amour du prochain. Mais ce que je n’aime pas, c’est ce que certains ont fait de sa parole.

C’est ce que vous avez décrié dans Les cardinaux en costume, un titre de votre album précédent ?
F.C. Oui. Pour moi, les cardinaux en costume, ce sont toutes les personnes, dans l’Église ou dans d’autres domaines, qui profitent d’une fonction ou d’un pouvoir pour leurs intérêts égoïstes.

Pensez-vous que les réformes engagées par le pape François pour réformer l’Église aillent dans le bon sens ?
F.C. Plus proche des gens, plus vrai, un peu moins écrasé par le costume, ce pape donne l’impression d’être un homme libre. Courageux, il n’a pas peur de bousculer et de faire réfléchir les catholiques pour les ramener à l’essentiel du message du Christ. Il dit des choses fortes, prend position sur des questions importantes comme le sort des migrants ou des chrétiens d’Orient. Reste à savoir comment ces déclarations peuvent devenir des actions concrètes.

Vous doutez de ses chances de réussite ?
F.C. J’ai espoir en la jeunesse. On prétend souvent que les valeurs chrétiennes sont menacées ou en recul. Mais des événements comme les Journées mondiales de la jeunesse, qui rassemblent des centaines de milliers de jeunes, donnent le sentiment qu’il y a un regain de spiritualité. Je suis admiratif de cette ferveur qui dépoussière l’image des catholiques, qu’on assimile trop souvent à des personnes âgées et conservatrices. La jeunesse catholique me semble prête à suivre le pape François dans ses réformes.

La religion peut-elle sortir l’humanité des conflits auxquels elle est confrontée ?
F.C. Je pense qu’à la base, toutes les religions prônent bonté, amour et paix. Une poignée de personnes essaient de détourner ces valeurs à leur avantage et insufflent le mal. Si toutes les religions travaillent de concert, on peut espérer un avenir radieux pour tous.

Vous avez toujours été une star discrète. Comment réussissez-vous à échapper au tumulte médiatique ?
F.C. En préservant ma vie privée. Je n’ai jamais voulu montrer ni ma famille ni ma maison. J’ai toujours pensé que mes chansons étaient plus importantes que celui qui les chante. Je ne cherche donc pas spécialement à ce que l’on parle de moi.

J’ai la vie banale de quelqu’un qui joue de la guitare tous les matins et qui écrit des chansons. Le reste est secondaire.

L’étiquette d’artiste de province qui vous colle à la peau vous a aidé ?
F.C. Bien sûr. Paris concentre l’essentiel du microcosme médiatique. Vivre à 700 kilomètres de la capitale m’a protégé des excès du showbiz. Je suis né en province et rien n’a pu me faire renoncer au mode de vie de là-bas : l’air pur et la consommation de produits sains qu’on cultive au fond de son jardin.

Voir également:

Arts/Culture
Francis Cabrel, le Christ au cœur
« J’adhère totalement aux fondements du message du Christ, qui est d’une grande clarté et qui parle d’amour du prochain », confie l’artiste dans le cadre de la promotion de son treizième album.
Team Aleteia

12.05.2015

Il vient de franchir le cap de la soixantaine, ses enfants ont grandi et vivent leur vie, et lui et sa compagne avancent, comme nous tous. Après un demi silence de sept années, le temps que les mots reviennent et que les maux s’effacent, et qu’un Soldat Rose et Bod Dylan passent par là, Francis Cabrel revient avec un treizième album studio, baptisé In extremis. Et soudain l’on se rappelle de tous ces morceaux, de tous ces accords de guitare que l’on connaît en fait par coeur, mais qui nous étaient sortis de la tête.

Un chanteur très discret
Et puis l’on pense à tout ce que l’on ne sait pas, malgré nos temps connectés, de cet auteur compositeur et interprète resté fidèle à sa province, à son village. Et l’on se dit que ce n’est pas plus mal, au fond, de ne connaître d’un chanteur que ses chansons. Ou presque. Pourtant, au détours des interviews, de cette interminable tournée de promotion qui accompagne inévitablement chaque album, Francis Cabrel s’est cette fois laissé à quelques confidences. Sur sa vie, sa famille, sa foi, notamment à nos confrères du Pèlerin, des DNA ou du JDD.

Des valeurs catholiques
Il faut dire que, dans le morceau Dans chaque cœur, qui met en scène la crucifixion, la foi fait plus que poindre. « Ce n’est ni un aveu, ni une déclaration publique, car je n’ai jamais fait mystère de ma foi, reconnaît franchement l’artiste. Je suis catholique de fait et de conviction. Mes grands-parents, d’origine italienne, étaient très pratiquants. Mes parents m’ont inculqué les valeurs du catholicisme. Quand j’évoque « le crucifié du Golgotha », son sacrifice résonne parfaitement en moi. » Pourquoi la religion est-elle à ce point présente sur l’album ? « Parce que dans l’époque brutale que l’on vit, il est important de se resserrer autour de choses très simples, et le message premier de la religion que je connais le mieux -la religion catholique- est basé sur l’humanité, l’amour, le respect de l’autre. Un refuge simple, mais c’est peut-être l’une des solutions. Je ne suis pas pratiquant, mais je respecte tous ceux qui pratiquent… Tout au long de ma vie, j’ai suivi, même inconsciemment, les grands préceptes religieux, ce sont des règles de vie en société qui sont intelligentes. » « Avec l’âge, on devient un peu plus mystique, reconnaît toutefois le chanteur dans les colonnes du JDD. J’ai grandi avec le Christ, à la maison, à l’église, dans les rues de mon village. C’est fascinant de voir comment d’un supplice on a fait un symbole d’amour et d’espérance. Et on n’en a jamais eu autant besoin qu’en ce moment. Mais je ne suis pas pratiquant. J’ai un problème avec le décorum, c’est mon côté protestant. Le message d’abord, le message seulement. J’ai opté pour la prière en chansons et l’art pour seule religion. »

Foi dans la jeunesse
S’il espère que les mots, les discours, du pape François se transformeront en actes concerts, c’est dans la jeunesse que ce jeune sexagénaire place ses espoirs : « On prétend souvent que les valeurs chrétiennes sont menacées ou en recul. Mais des événements comme les Journées mondiales de la jeunesse, qui rassemblent des centaines de milliers de jeunes, donnent le sentiment qu’il y a un regain de spiritualité. Je suis admiratif de cette ferveur qui dépoussière l’image des catholiques, qu’on assimile trop souvent à des personnes âgées et conservatrices. La jeunesse catholique me semble prête à suivre le pape François dans ses réformes. »

Francis Cabrel, In extremis

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Francis Cabrel : « Le théâtre politique ressemble à un vaudeville »
INTERVIEW – Avec In extremis, Francis Cabrel signe un disque à la fois féroce contre les puissants et intimiste. Il en décrit le contenu pour le JDD, mais évoque aussi Charlie Hebdo et la politique.

Éric Mandel

Le Journal du Dimanche

19 avril 2015

La devinette circule depuis quelques années dans le petit milieu de la chanson. « Que fait Francis Cabrel entre deux albums? » « Il regarde depuis sa fenêtre l’arbre de son jardin pousser. » Attablé au bar d’un palace parisien, le principal intéressé s’en amuse : « C’est un cerisier. » Le bluesman gascon aux 18 millions d’albums vendus en quarante ans de carrière traîne sa réputation d’artisan contemplatif habitué à prendre son temps entre deux disques, en moyenne cinq ans. Cette fois, il s’est accordé deux années supplémentaires pour livrer In extremis, son treizième album. Cela n’a rien d’anodin, l’ermite d’Astaffort (Lot-et-Garonne) se définit volontiers comme superstitieux. « Les chats noirs, les échelles, je contourne tout ça. » Qu’il se rassure. À moins d’un cataclysme, In extremis sera bien dans les bacs le 27 avril

Sur la pochette de l’album, on vous voit en gros plan, fixer l’objectif…
C’est nouveau pour moi. Je me suis longtemps caché derrière mes cheveux. Je me faisais photographier dans des coins ombragés, de profil ou de dos. C’est mon côté pudique. Aujourd’hui, je regarde mon public en face : « On va parler, écoute ce que j’ai à dire. » C’est comme un tête-à-tête musical.

«A défaut changer le monde, une chanson peut soulager une conscience.»

Sept ans! Un peu long tout de même. Vous aimez vous faire désirer?
Depuis Des roses et des orties, j’ai multiplié les parenthèses musicales. J’ai sorti un album de reprises de Dylan en 2012 ; participé à l’écriture du Soldat rose 2 ; je me suis même offert l’an dernier une petite tournée aux États-Unis avec ma guitare et un technicien pour une douzaine de concerts à Los Angeles, Chicago, New York… Chanter pendant deux heures seul, c’est une première. Je me suis senti courageux. Tous ces projets ont retardé la sortie du disque. Sept ans, cela pourrait passer pour un manque de respect, c’est tout le contraire. Je pourrais pondre douze chansons pour la semaine prochaine, mais si on veut qu’elles soient habitées, il faut prendre le temps de vivre.

Dans quatre d’entre elles, vous exprimez vos colères de citoyen. In extremis serait votre album le plus politique?
Ah oui? Je n’avais pas fait attention. Disons que je crée des textes « préoccupés » qui ne changeront pas grand-chose. Je le sais depuis Saïd et Mohamed, écrit en 1983, en espérant stopper le FN. J’ai vite déchanté… À défaut de changer le monde, une chanson peut soulager une conscience.

Ce disque débute avec Dur comme fer, une satire féroce du politicien démago…
Le théâtre politique ressemble de plus en plus à un vaudeville qui ne fait plus rire personne. Pas la peine de caricaturer les politiques, ils le font très bien tout seuls. Ils ont des postures, s’organisent en castes surprotégées avec des mœurs qui ne correspondent pas forcément aux idées qu’ils défendent… Je ne veux pas donner d’exemples précis.

«Pas la peine de caricaturer les politiques, ils le font très bien tout seuls.»

Dommage, on aurait aimé connaître le point de vue de l’ex-étudiant maoïste sur la politique social-démocrate de François Hollande…
J’ai bien un avis, mais je le garde pour moi. Certains artistes le donnent sans faire avancer le schmilblick. Après chacun peut s’exprimer dans l’isoloir, et cela me convient parfaitement.

Parlons d’amour alors! Dans chaque cœur met en scène la crucifixion de Jésus.
Avec l’âge, on devient un peu plus mystique. J’ai grandi avec le Christ, à la maison, à l’église, dans les rues de mon village. C’est fascinant de voir comment d’un supplice on a fait un symbole d’amour et d’espérance. Et on n’en a jamais eu autant besoin qu’en ce moment. Mais je ne suis pas pratiquant. J’ai un problème avec le décorum, c’est mon côté protestant. Le message d’abord, le message seulement. J’ai opté pour la prière en chansons et l’art pour seule religion.

On a beaucoup débattu du droit au blasphème après les attentats contre Charlie Hebdo.
C’est compliqué. Dans une société qui rit de tout, certains condamnent le blasphème. Là, c’est un affrontement, une collision. Cela vient sans doute d’un manque de porosité dans les éducations. On aurait dû être éduqués un peu plus conjointement dans nos croyances pour mieux accepter les différences. Selon moi, la solution passera par un enseignement laïc des religions à l’école.

«Charlie Hebdo : c’est un affrontement, une collision.»

In extremis a été enregistré à domicile dans votre studio personnel. Un luxe?
Je l’ai aménagé dans une ancienne grange. C’est un lieu très inspirant, des gens ont sué dans cet endroit, on sent une présence, une âme. J’aime la symbolique d’un espace de labeur, devenu un atelier de création, même si mon activité reste assez ludique comparée au vécu de mes grands-parents immigrés italiens venus du Frioul. Je culpabilise souvent. Jouer de la musique n’est pas de la transpiration. C’est beaucoup d’insistance, parfois du découragement. Heureusement, quand l’envie d’écrire m’abandonne, je regarde une affichette de mon grand-père avec cette inscription : « Pense à Prospero. » Il me rappelle à l’ordre. J’ai hérité l’amour de la mélodie et du chant de mes racines italiennes. Tout le monde chantait à la maison, au travail, après manger, aux mariages et aux naissances. Chanter, c’est inné chez moi.

Avec La Voix du crooner, vous racontez le destin un peu glauque d’un chanteur de bal.
Un hommage à la persévérance et à la passion intacte. Si je n’avais pas rencontré le succès à 25 ans, je n’aurais sans doute pas insisté. Quand on ne m’écoute pas, je m’en vais et je fais autre chose. Ce qui est sûr, c’est je ne savais rien faire de mes dix doigts à part jouer de la guitare.

Vous vous voyez dans vingt ans sur scène?
J’atteins le dernier tiers, je commence à réfléchir à la question. Dans toute carrière, il faut une entrée et une sortie, si possible honorable. Je ne me vois pas arriver sur scène souffreteux, tout cabossé. Attention, on peut être en forme à 90 ans, comme Charles Aznavour, qui repart pour une tournée. Je suis très admiratif, mais je ne cours pas dans la même catégorie.

Francis Cabrel entamera une nouvelle tournée cet automne. (Claude Gassian)

In Extremis ***
Sony Music, CD, 16,99 euros. Sortie le 27 avril.

L’attente fut longue mais justifiée. Sept ans après Des roses et des orties, Francis Cabrel revient avec un album à son image : sincère, humaniste, avec de saines colères et une bienveillance indéfectible pour son prochain. Les mélodies sont ciselées, les paroles habitées et les compositions nourries de folk-rock américain s’enrichissent de nouvelles saveurs (jazz, chœurs africains et gospel…). Le barde d’Astaffort chante la sensualité à fleur de peau, la fuite du temps, le blues d’un père confronté à l’absence de ses filles. Il livre également ses préoccupations de citoyen avec une ironie mordante, tacle les politiciens, prophétise un cataclysme planétaire aux accents bibliques, sans oublier de célébrer l’urgence de vivre malgré tout (Pas si bêtes). Un disque terrien et spirituel, intime et ouvert sur le monde. Du Cabrel pur jus.

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RENCONTRE – INTERVIEW – À l’occasion de la sortie de son nouvel album hier

Francis Cabrel : « Je veux juste chanter, jouer de la guitare… »
Après sept ans (de réflexion ?), Francis Cabrel, l’ermite chantant d’Astaffort, sort de sa tanière lot-et-garonnaise avec “In extremis”. Politique et religion cohabitent sur ce treizième album studio non disponible en streaming avec « l’impérissable » amour, marque de fabrique de cet artiste aimé et discret.
Près de quarante après son premier disque, le chanteur a sorti hier son treizième album intitulé “In extremis”. « Je ne suis pas sensible à l’actualité immédiate, car elle se fane dès le lendemain. Je veux que mes chansons vivent longtemps, donc j’évite les sujets périssables ».

Quel ton souhaitiez-vous donner à « In extremis » ?
Au départ, je veux juste chanter, jouer de la guitare, écrire de jolies petites mélodies, raconter des histoires. C’est un peu à l’emporte-pièce. Je ne suis pas sensible pour mes chansons à l’actualité immédiate, car elle se fane dès le lendemain. Je veux que mes chansons vivent longtemps, donc j’évite les sujets périssables.
Il y a pourtant un beau sujet, bien présent et impérissable…
L’amour, oui ! Mais c’est une demande des gens autour de moi, ceux qui m’aiment, me disaient du précédent ‘’Il est bien ton disque, mais il n’y a pas de chanson d’amour’’. Je pensais en avoir fait le tour, mais j’ai encore des choses à dire sur ce thème…
Ce registre, ça n’effraie pas de terminer comme « chanteur pour femmes finissantes », comme le chantait Jacques Brel ?
Oui, ne chanter que l’amour peut conduire à ça. Au départ, on m’a catalogué chanteur d’amour alors que mes albums traitaient de social, de politique. L’amour est un thème sur lequel on peut mettre beaucoup de romantisme, de tendresse, de poésie, mais je ne voulais pas que, sur scène, mon répertoire ne comprenne que vingt-cinq chansons d’amour !
Pourquoi la religion est-elle à ce point présente sur l’album ?
Parce que dans l’époque brutale que l’on vit, il est important de se resserrer autour de choses très simples, et le message premier de la religion que je connais le mieux -la religion catholique- est basé sur l’humanité, l’amour, le respect de l’autre. Un refuge simple, mais c’est peut-être l’une des solutions. Je ne suis pas pratiquant, mais je respecte tous ceux qui pratiquent… Tout au long de ma vie, j’ai suivi, même inconsciemment, les grands préceptes religieux, ce sont des règles de vie en société qui sont intelligentes.
Les religions n’ont pourtant pas apporté que de l’apaisement dernièrement…
Non, mais c’est pourtant quelque chose de très sain, très pur. Comme l’islam, le judaïsme… Toutes ces religions représentent, à la base, des choses extrêmement belles, généreuses. Aujourd’hui, ces religions exacerbées génèrent des peurs dans toutes les communautés. Il faut revenir aux fondamentaux. Sinon, il faut prendre un fusil et aller se battre, mais moi je suis plutôt pour l’option pacifique.
Pourquoi la politique s’est-elle invitée sur cet album, à votre façon ?
C’est mon petit cheval de bataille. Je ne m’en prends pas à la politique, mais plutôt à ceux qui s’en servent à des fins égoïstes. La politique, c’est plutôt la générosité, servir les autres.
Vous considérez-vous comme chanteur « engagé » comme on dit ?
Non, chanteur satirique ! Pas plus. M’amusant du comportement des autres. Mais ça ne me décourage pas du tout sur mon action civique et mon engagement citoyen.
C’est finalement sur une chanson consacrée à Mandela que vous vous dévoilez plus que d’habitude…
Oui, c’est vrai. Je me raconte rarement, mais là c’était le petit clin d’œil pour dire ce que l’on peut faire en vingt-sept ans dehors. Mandela a tourné en rond ce temps-là dans une cage. C’est dire la force de caractère pour traverser ça, puis sortir à la lumière et conduire le pays. C’est unique dans l’histoire de l’Humanité.
En regardant dans votre rétroviseur justement, que voyez-vous ?
A l’âge de 27 ans, en 1979, j’avais déjà sorti mon deuxième album dans lequel figure « Je l’aime à mourir ». Onze albums plus tard, j’ai l’impression d’avoir réalisé beaucoup de choses, de ne pas avoir perdu mon temps. Et d’être resté sur les mêmes rails : travailler mes écritures, mon jeu de guitare, le piano. Je suis un peu monomaniaque.
Trouve-t-on encore des poètes dans la chanson française aujourd’hui ?
Vincent Delerm et Thomas Fersen sont aussi des poètes. Peut-être les gens aujourd’hui sont plus directs… Est-ce une vision ancienne de vouloir rendre une chanson toujours poétique, de raconter une histoire ?
Etes-vous nostalgique de votre période ?
Non. Je suis plutôt content de ma vie d’aujourd’hui. Mais je suis mélancolique. Mes enfants sont partis, et c’est une grande cassure dans une vie. Ils arrivent, on vit avec eux 19, 20 ans, et puis ils partent. C’est assez vache comme truc, mais c’est comme ça… C’est l’occasion de faire une chanson pour leur dire toute la cruauté, sans qu’ils le veuillent bien sûr. Moi aussi, je suis parti vers 17 ans.
On a l’impression que Francis Cabrel est quelqu’un d’apaisé, de serein…
En réalité, je suis assez inquiet, d’autant que mon disque va sortir. Que vont en penser les gens ? En même temps, je relativise. Je sais que les gens m’aiment bien… Je n’ai pas voulu être célèbre pour m’éloigner du monde. Au contraire, c’est plutôt pour m’en rapprocher, pour parler, à travers des chansons. J’ai une vie assez apaisée.
Vous considérez-vous un peu comme Jean-Jacques Goldman, hors système ?
J’accommode le système à ma propre vitesse. J’y suis les deux pieds dedans, je rencontre tout le monde, je fais des télés, des radios, mais seulement aux occasions importantes, comme la sortie d’un album.
Ce nouveau système s’appuie aussi sur les réseaux sociaux…
Oui, et il faut être prudent. Rien n’est trop contrôlé. Je suis hors de tout réseau social et je n’y viendrai pas. C’est un peu le domaine du ragot, de l’info non vérifiée, non maîtrisée. A partir de là, c’est la place publique, le bistrot mondial, et moi, je ne vais pas dans les bistrots, à cause justement des conversations de comptoir…
A quoi ressemble aujourd’hui le public de Francis Cabrel ?
Je vous le dirai la prochaine fois que je monte sur scène, parce que ce sera la première fois que je porterai mes lunettes. La dernière fois, je ne le voyais pas, ou flou ! Mon public doit vieillir en même temps que moi, il a mon âge sinon plus…
« In extremis », ce titre peut laisser entendre que c’est le dernier…
On peut l’interpréter comme ça, c’est pour ça que j’aime ce titre. Qui sait ? Je suis encore « jeune », mais on est plutôt dans les derniers hectomètres. Il faut donc penser à une sortie honorable.
Quelle est votre plus grande fierté ?
Ma relation avec les gens que je trouve assez naturelle. Basée sur l’estime, plus que sur l’admiration béate ou exagérée. Quelque chose de très normal…

. 23 novembre 1953 Naissance à Agen (Lot et Garonne).

. Juin 1974 Remporte le concours Sud-Radio avec la chanson Petite Marie.

. 1977 Premier album Ma ville. n 1979 Album Les chemins de traverse , dont le standard Je l’aime à mourir repris par Shakira notamment.

. 1989 Énorme succès de l’album Sarbacane , avec le tube éponyme.

. Mars 1989 Conseiller municipal dans sa commune d’Astaffort (Lot-et-Garonne).

. 1990 Victoire de la musique “Interprète masculin de l’année”.

. Juillet 1993 Fonde Voix du Sud , association qui permet aux jeunes compositeurs, auteurs, interprètes de se faire connaître.

. 1994 Single Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai.

. 2005 Participe à la comédie musicale Le Soldat Rose.

.27 avril 2015 Sortie de In extremis (Smart/Sony music).

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Francis Cabrel, fidèle à lui-même

Sept ans après la sortie de son dernier album de chansons originales, Francis Cabrel nous revient avec douze nouvelles pièces qui tournent autour du thème de l’amour.

Caroline Rodgers
collaboration spéciale

La Presse

27 avril 2015

Francis Cabrel n’avait pas lancé d’album de chansons originales depuis 2008. Il nous arrive avec In Extremis, un opus qui lui ressemble et où il nous parle d’amour, bien sûr, mais aussi de politique, d’histoire, du temps qui passe et de l’environnement.
«Je suis incapable de changer et les chansons que j’écris ne changent pas, lance-t-il. Le contenu des textes évolue, mais l’enveloppe musicale sera toujours la même: un peu de blues, de rock, de folk et beaucoup de guitare. Ce que je voudrais que l’on en retienne, c’est que c’est l’album de quelqu’un de son âge, qui n’est plus un adolescent, loin de là.»

Parmi ces 12 nouvelles pièces, il n’accorde sa préférence à aucune. «Pour l’instant, je n’en considère aucune comme plus importante, parce qu’elles sont trop récentes. Il faut d’abord que je parte en tournée avec elles. Au bout de quelques mois, je pourrai voir celles qui résistent au temps.»

Quand on a derrière soi toute une carrière et plus de 140 chansons, il devient plus difficile d’écrire, avoue l’auteur-compositeur. D’autant plus qu’il a tendance à écrire lentement.

«J’ai déjà parlé d’une foule de sujets dans mes chansons, dit-il. Les années qui nous séparent de l’album précédent m’ont justement servi à trouver non pas de nouveaux thèmes, mais de nouvelles façons de les aborder.

«Si on voulait résumer toutes mes chansons, dit-il, il n’y a qu’un grand thème, et c’est l’amour, que ce soit entre des personnes ou pour l’humanité. La seule chose qui change, ce sont les façons d’en parler.»

Mandela et Jésus

L’intérêt déjà connu de Cabrel pour l’histoire et ses grands personnages se manifeste encore sur cet album, entre autres avec une chanson comme Azincourt, qui parle de la bataille du même nom survenue en 1415 pendant la guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre.

«C’est un prétexte de plus pour parler de la folie des hommes. C’est une bataille où il y a vraiment eu des choses affreuses. Les Anglais ont inventé une méthode qui a fait des ravages en tirant des flèches de façon très organisée et meurtrière. C’était comme une nouvelle machine de guerre qui se mettait en route et qui est aujourd’hui poussée à l’extrême. De nos jours, on peut tuer à distance, d’un pays à l’autre. La cruauté de l’homme ne s’arrête jamais.»

Devant la folie humaine, sa position de poète consiste à se tenir à l’écart en répétant les mêmes messages et en espérant qu’ils seront compris, bien qu’il ne se fasse aucune illusion sur sa capacité à changer quoi que ce soit.

Admiratif de ceux qui ont réussi à changer le monde, il a aussi dédié une chanson à Nelson Mandela, Mandela, pendant ce temps, et une autre à Jésus, Dans chaque coeur.

«Pour moi qui ai été élevé dans la tradition chrétienne, depuis le temps que je chante des chansons d’amour, il faut bien reconnaître que le premier qui a parlé d’amour universel, pour toute l’humanité, c’était Jésus. C’est la parole d’amour la plus pure, la plus authentique. Et pour Nelson Mandela, on peut parler aussi de résurrection puisqu’il est passé de 27 ans d’emprisonnement à diriger son pays. Il est passé de la nuit au jour.»

«Je m’intéresse aux personnages qui ont essayé de dispenser autour d’eux de la fraternité et de faire en sorte que les couleurs s’annulent, que les gens s’écoutent et que les peuples s’entendent.»

Est-il satisfait de ce nouveau disque?

«Je ne suis jamais satisfait, dit-il. Je serai satisfait quand je saurai ce que les gens en ont pensé. Moi, j’ai fait ce que j’ai pu et je suis allé au maximum de ce que je pouvais.»

Francis Cabrel sera au Québec en mai pour faire la promotion de ce nouvel album, mais, pour les concerts, il faudra attendre le printemps 2016. Il commencera par une tournée de cinq à six mois en France à l’automne avant de revenir sur le sol québécois.

Voir aussi:

Nouvel album « In Extremis »
La lumière noire de Francis Cabrel
Benjamin Locoge et Sacha Reins

Paris Match

22 avril 2015

Le musicien a pris son temps pour mener à terme ce magnifique treizième album, au propos souvent sombre. L’occasion d’un rare entretien, sous forme de confession.

Il avait dit vouloir aller « plus vite », sortir des albums plus rapidement, retrouver le public plus fréquemment. Mais Francis Cabrel n’est plus homme à laisser des chefs-d’œuvre dans ses tiroirs. Non, il est besogneux, inquiet, prudent. Et surtout très lucide. « In extremis » est loin d’être un album joyeux – ça n’a d’ailleurs jamais été son genre. Mais Cabrel creuse la veine crépusculaire, les orchestrations minimalistes pour, au final, sortir l’un de ses plus beaux disques. Alors oui, musicalement on est plus proche de ses idoles, J.J. Cale ou James Taylor, que de la grande variété française. Mais Cabrel, aussi respecté soit-il, sait qu’il peut tout se permettre. Même de bousculer son public. Et même de se confier comme rarement.

Paris Match. Vous aviez annoncé vouloir aller vite pour composer un nouvel album après «Des roses et des orties» et, finalement, il vous a fallu sept ans. Que s’est-il passé ?
Francis Cabrel. Je voulais prendre mes cinq années habituelles pour enregistrer. Mais, voyant que je n’y arrivais pas, je me suis un peu perdu en route. Ce qui m’a plu d’ailleurs… J’ai fait des traductions de Dylan, il y a eu aussi «L’enfant porte» avec les petits chanteurs d’Astaffort et le «Le soldat rose». Tout cela m’a égayé. Mais la réalité, c’est que j’écris très peu. Le plus long, c’est de trouver l’idée sur laquelle je vais pouvoir écrire et cela peut me prendre des mois. Une fois qu’elle est là, je n’ai besoin que de quelques jours. Mais pour avoir douze idées, il m’a fallu sept ans. C’est long.

La plupart des chansons sont sérieuses…
Sérieuses, ça me va. L’époque n’est pas à la gaudriole, mais je n’essaie pas d’enfoncer le clou de la «sombritude». Il y a toujours une petite pointe d’optimisme ici ou là. C’est la définition du blues. Musicalement, j’ai fait une tournée tout seul aux États-Unis l’an passé qui m’a donné envie de ces ambiances à la J.J. Cale. J’avais même pensé enregistrer avec le moins de musiciens possible. Mais j’ai renoncé à ce projet, je n’ai pas osé. J’aurais pu faire mon “Nebraska” [un album de Bruce Springsteen très dépouillé paru en 1982], mais j’ai eu peur de m’ennuyer !

… Et beaucoup sont politiques.
J’en ai toujours fait sur mes disques précédents. Mais, depuis quelques années, on a vu pas mal de choses… Quand un homme politique devient un people, qu’il fréquente la jet-set, il se trompe, ce n’est pas là qu’il doit œuvrer. Mes chansons sont avant tout une satire, je les ai écrites pour me marrer. Comme pouvait le faire Nicolas Boileau au XVIIe siècle…

« Je me considère comme un résistant, je chante en français ! »
Vous vous exprimez en tant qu’ancien élu ?
Oui, élu local de base, laborieux, le S.E. (sans étiquette) qui a refusé toutes les compromissions… C’est ainsi que devrait être la politique. Moi, j’ai fait deux mandats qui me semblaient être le maximum et, surtout, j’ai eu le sentiment d’être arrivé au bout. Je n’avais plus rien de nouveau à proposer.

Vous écrivez dans «In extremis» : «On a voté le génocide par précaution.» A quoi pensiez-vous ?
C’est une chanson sur la langue occitane que je défends. Le français l’a piétinée et, pour être sûr de son hégémonie, on en a fait table rase. On peut aussi voir cette chanson comme un hymne à tous ceux qui résistent et qui arrivent à avoir gain de cause. L’occitan n’existait plus, mais la force de caractère de certains a permis de faire revivre ce langage.

Faut-il se rebeller contre l’ordre établi ?
Il y a besoin d’être patriote car la langue française est tout aussi menacée que l’occitan en son temps. Les anglicismes nous vampirisent. En prenant un exemple d’il y a cinq ou six siècles, je me demande si, aujourd’hui, on n’est pas en train de vivre le même truc. Moi je me considère comme un résistant, je chante en français ! J’entends de plus en plus de morceaux qui mélangent anglais et français, ça me surprend toujours. Cela a l’air insignifiant mais, en réalité, c’est grave. Dans beaucoup de domaines, on marche vers le crépuscule, sans trop réagir. Hélas…

Vous vous fendez aussi de deux chansons d’amour. Genre que vous aviez délaissé depuis vingt ans…
J’ai fait le tour de tellement de sujets que je cherche toujours un angle original. Je suis revenu à la chanson d’amour avec plaisir, c’est un genre profond, c’est du vécu, c’est beaucoup plus dur à écrire que le reste, d’ailleurs. «A chaque amour que nous ferons» m’a pris six mois, jour et nuit. Là, je tombe dans l’obsession paranoïaque. C’est au mot près, à la virgule. Je dis plus de choses dans mes chansons que dans la vie de tous les jours. Par timidité, je ne parle d’ailleurs jamais d’amour à personne, je n’ai pas envie d’être niais. Heureusement, la musique vous donne toutes les possibilités de dire ces mots-là, le tout enrobé dans un peu de poésie !

Votre fille aînée Aurélie s’est lancée avec difficulté dans la chanson. L’ombre du père est-elle trop lourde à porter ?
Son défi, comme elle est une “fille de”, est d’écrire des choses un étage au-dessus de moi. Elle est partie dans le métier avec un a priori défavorable, car la vie a été simple pour elle, elle a enregistré dans de bonnes conditions, etc. Elle a fait un truc bien, mais sans doute un étage en dessous de ce dont elle est capable. Les désillusions l’ont endurcie, elle s’accroche, elle veut insister, elle est comme sa mère, elle a le même caractère !

« Le personnage qui a le plus marqué mon enfance et mon adolescence, c’est quand même Jésus-Christ ! »
Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien ? La télé ? Les livres ?
Je regarde très peu la télévision, enfin, le moins possible. Parfois dans la journée… Je passe mes journées à travailler ma guitare, au minimum deux heures chaque matin. Quant aux livres, en ce moment je lis les “Mémoires d’outre-tombe” de Chateaubriand, c’est lumineux. Je n’ai pas eu le goût de lire avant 27 ans, ce n’était pas dans ma culture, j’avais l’impression de perdre mon temps. Mais quand j’ai écrit “Je l’aime à mourir” et que j’ai eu du succès, les journalistes m’interrogeaient sur mes goûts littéraires. Je n’avais rien à répondre… J’ai donc ouvert des livres.

Ça vous a manqué, ado, de ne pas avoir accès à la culture ?
Oui beaucoup, surtout que je me suis fait virer du lycée avant la terminale. Je n’ai donc pas fait de philo et ça m’a complexé. J’aurais pu y puiser des points de réflexion, des guides pour réfléchir. Je n’ai jamais su m’y intéresser tout seul.

Vos premières chansons ont donc été écrites “à l’oreille” ?
Quasiment, oui. J’aimais bien Dutronc, Antoine, Brassens, Caradec que j’entendais à la radio. Il y a aussi Yves Simon, qui racontait des histoires bien ficelées.

On vous a tout de suite étiqueté “nouvelle chanson française”. Cela vous a-t-il conféré certaines responsabilités ?
C’était le temps de l’insouciance ! C’est vrai que je fais partie d’une génération qui a percé au même moment. Maintenant on pourrait parler de nous comme de la “vieille chanson française” !

Sauf que vous êtes toujours là, comme Souchon et Voulzy…
C’est la prime à ceux qui ont pris le même chemin obstinément ! J’ai bien senti pendant ces sept dernières années que l’on m’attendait. C’est pour ça aussi que je m’applique, je pense au public, aux gens qui m’abordent dans la rue. Mais bon, j’ai un rapport très sain avec le public.

Vous avez composé une chanson sur Jésus. Que fait-elle là ?
J’ai toujours été en admiration devant Leonard Cohen ou Bob Dylan qui ont fait de belles chansons autour de la religion, comme “Hallelujah” chez Cohen ou l’album “Saved” de Dylan. Car, finalement, le personnage qui a le plus marqué mon enfance et mon adolescence, c’est quand même Jésus-Christ ! On me l’a répété, je connais sa vie par cœur, j’ai été enfant de chœur, j’ai suivi le catéchisme, j’ai fait ma première communion. Aujourd’hui, je suis toujours catholique et croyant. Mais pas pratiquant.

Les valeurs catholiques ont-elles un sens pour vous ?
C’est ce que je prêche depuis ma première chanson, tout se résume à l’amour et l’harmonie… On a besoin par les temps qui courent de ce genre de messages simples. Enfin, moi j’en ai besoin…

«In extremis » (Small/Sonymusic), sortie lundi 27 avril.
En tournée à partir du 30 septembre.

Voir par ailleurs:

La cabane du pêcheur de Francis Cabrel

Anthony Palou
Le Figaro

12/07/2011

LA FRANCE EN CHANSONS (3/41) – Depuis son petit village d’Astaffort, le rocker agricole signe cette ballade mélancolique, qui lui vaudra une parodie de Laurent Gerra.

En 1994, Francis Cabrel sortait ­Samedi soir sur la terre après cinq ans de silence. Il revenait d’un large succès, celui de Sarbacane, vendu à plus d’un million d’exemplaires. Il accouche donc dans la douleur. Le rocker agricole n’était pas en panne d’inspiration, il vivait, vit, ­vivra à Astaffort au milieu des poules, des pintades, des lapins, des couleuvres et des lézards, des céréales et des tournesols. C’est un homme de la nature, un homme naturel, discret. Un chanteur bio. En 1994, il arborait donc encore la moustache du gentilhomme. Curieux comme les écolos aiment bien la moustache: José Bové, Noël Mamère…

Francis Cabrel fait des albums comme on fait du compost. Fait ses devoirs d’écolier au fond du jardin. Samedi soir sur la terre est un album pas très gai, pessimiste sur l’avenir de la planète. Son huitième. La fête semble, selon lui, finie. Il combat la «désabusion», comme disait Nino Ferrer. La Cabane du pêcheur n’est pas la chanson la plus connue du disque: on se souvient plus volontiers de La Corrida ou encore de Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai.

Trois millions d’exemplaires écoulés, peut-être l’album français le plus vendu de tous les temps sur l’Hexagone. La Cabane du pêcheur ne fut jamais un single. C’est une chanson qui ne ­raconte pas grand-chose, c’est le moins que l’on puisse dire. «Le soir tombait de tout son poids/Au-dessus de la rivière/Je rangeais mes cannes/On ne voyait plus que du feu/Je l’ai vu s’approcher/La tête ailleurs dans ses prières/Il m’a semblé voir trop briller ses yeux.»

C’est l’histoire d’un gosse qui se souvient. Le message est, en gros, le suivant: «J’attends que le monde soit meilleur.» Ça ne mange pas de pain. Voilà la philosophie du pêcheur, carte postale, un simple repli sur soi, une façon de dire, dixit le chanteur troubadour lymphatique, affectueusement surnommé par Jacques Dutronc «Trente-six 4L»: «Les bras m’en tombent». «Le pêcheur se dit: la vie passe, essayons de prendre du plaisir, de saisir l’amour parce que dehors tout me dépasse », avait-il déclaré au Figaro en avril 1994. Pas de prétention chez Cabrel.

Amour du terroir, «haine de la modernité»

La Cabane n’est pas une chanson intellectuelle. Une chanson toute candide, une chanson douce à la mélodie claire comme l’eau d’une rivière. «Une chanson anecdotique que l’on a envie de siffler», comme le précise Éric Jean-Jean, journaliste à RTL. Elle sent bon la truite et le goujon… Il fait partie de cette «génération désenchantée», comme le chantait Mylène Farmer, où le désir était de «déjeuner en paix», voir Stéphane Eicher. On visitait son passé tout simple: Mistral gagnant de Renaud. Francis Cabrel le timide s’est retranché dans son petit village d’Astaffort de 2000 habitants aux confins du Lot-et-Garonne et du Gers, village réputé pour sa gastronomie. Deux restaurants étoilés au Michelin. Sur la place du village, sa sœur tient salon… de coiffure. Le chanteur, fan de Bob Dylan – il le découvrit à l’âge de 13 ans en écoutant Like a Rolling Stone , y fut non pas maire, comme on aime à le croire, mais conseiller municipal. La nature est son affaire.

Deux ans auparavant, en 1992, Luc Ferry lançait un pavé dans la mare, Le Nouvel Ordre écologique (Éditions Bernard Grasset, Prix Médicis de l’essai). Le philosophe retraçait les trois tendances de l’histoire de l’écologie, dont celle de la Deep Ecology. Il dénonçait, dans cet amour du terroir et de la nostalgie perdue, une certaine forme de «haine de la modernité» et du temps présent. Il n’avait pas tort. La postérité de La Cabane du pêcheur passera par la parodie qu’en fit Laurent Gerra.

Cabrel n’a, selon son biographe Hugues Royer, pas beaucoup apprécié: «La Cabane au fond du jardin, qui fait mourir de rire le public de l’Olympia, où l’imitateur se produit en 2002, provoque l’irritation de ­Cabrel.»

Inspiré de La Cabane du pêcheur, le sketch évoque dans des termes plutôt crus un «petit coin» dans la nature qui sert de «refuge» au poète. Lorsqu’on lui demande d’expliquer pourquoi il n’aime pas cette caricature, Francis ne tergiverse nullement: «Gerra m’imite à la perfection, mais je n’aime pas du tout la façon dont il détourne ma chanson. Je ne me reconnais pas. Je ne dis jamais un gros mot. C’est triste de ridiculiser ce texte, de le rendre graveleux, vulgaire… même si j’avoue que cela fait beaucoup rire autour de moi… C’est juste une réaction d’amour-propre par rapport à cette chanson. Sinon, j’adore quand il se moque de Céline Dion .»

Laurent Gerra avoue ne pas avoir été spécialement inspiré par cette chanson. Ce qui l’amusa, ce sont «les cailloux». On ne peut s’empêcher dès lors de citer les premiers mots de ce chef-d’œuvre – disons-le – humoristique: «Ma cabane au fond du jardin/Moi, j’y vais quand j’ai besoin/C’est un charmant petit trou/Tout entouré de cailloux/Y a des mouches qui bourdonnent/Des abeilles qui fredonnent/Y a pas de tout-à-l’égout/Alors on fait sur les cailloux/Mais c’est un charmant petit coin/Ma cabane au fond du jardin.» L’imitateur se souvient d’avoir écrit cette saillie avec Jean-Jacques Peroni. «On ne savait pas quoi faire ce matin-là. On l’a écrite en cinq minutes. On a pensé à ce chanteur minéral.» Et si tout était dit?

Voir également:

Nouvel album
Francis Cabrel sort “In extremis” de sa tanière

Valérie Lehoux
03/05/2015.

BlogZep rend hommage à Francis Cabrel pour la sortie de son nouvel album
Sept ans après son dernier album, le chanteur revient avec un nouveau disque, “In extremis”, sorti cette semaine. Une fois encore, le Gascon risque fort d’atteindre le sommet des ventes. Tout, chez lui, semble rassurer : sa « normalité », son calme, son accent AOC, sa constance… Quitte à ennuyer.
Son nouveau disque, “In extremis“, est sorti sort cette semaine, sept ans après son dernier album original. Une fois encore, le Gascon risque fort d’atteindre le sommet des ventes. Tout, chez lui, semble rassurer : sa « normalité », son calme, son accent AOC, sa constance… Quitte à ennuyer.

Recto
Ah, l’accent du terroir (-caisse ?) de Francisseu ! Il aura inspiré les plus grands comiques. D’abord les Guignols, qui ont exploité le filon du barde gaulois défenseur des vieilles valeurs, avec son leitmotiv « c’était mieux avant ». Ensuite, l’impayable Laurent Gerra, qui a réussi à nous faire croire que Cabrel a réellement chanté cette « Cabane au fond du jardin… Y a un arbre juste à ­côté / C’est pratique pour s’essuyer… » Pour une fois qu’il était drôle. Merci Francis. Plus encore que Dylan, ­Cabrel a un maître : Brassens. Est-ce par respect pour lui qu’il a livré sa pres­tation vocale la plus intense ? Son interpré­tation des Passantes, poème d’Antoine Pol mis en musique par le Sétois, est définitivement émouvante. Et l’homme possède une indéniable qualité : sa discrétion. Non seulement, en Mark Knopfler du Sud-Ouest, il sort des disques avec parcimonie, mais, excep­té sa corvée de promo obligée, il reste rare dans les médias. On apprécie d’autant plus l’attention que, dans la caté­gorie bonnet de nuit, il n’a pas grand-chose à envier au toujours incisif Zinédine Zidane. Après la dégaine d’Artagnan-berger des années 1970 et la moustache façon Magnum de la décennie 1990, il opte depuis le tournant du siècle pour une coupe de cheveux sage, une peau rasée de près, de petites lunettes cerclées — sans être sponsorisé par Gillette, Botox ou Optic 2000. Bref, la soixantaine bien portante, Cabrel assume un look de chanteur normal.

Verso
De Tino Rossi à Pierre Bachelet, la chanson accompagnée d’une chorale d’enfants est une tradition à laquelle tout chanteur de variété se doit de sacrifier pour atteindre les hautes sphères du succès populaire. Il y a mis d’évidence tout son cœur pour accoucher du lénifiant Il faudra leur dire. Dans son ­album de reprises de Dylan, en 2012, le folk singer du Sud-Ouest confond littéraire et littéral. Certains textes semblent avoir été lessivés par un logiciel de traduction : I want you devient Je te veux et It’s all over now, Baby blue : Tout se finit là, bébé bleu. La Schtroumpfette en pleure encore… Reviens, Hugues Aufray, tout est pardonné ! Le baladin sensible fut longtemps… un grand copain de gaudriole de Patrick Sébastien. Pas terrible pour l’image ? En tout cas, si l’on en croit son vieux pote, Cabrel a décidé de snober ses émissions, histoire de préserver une apparence bien entretenue. Pas très chic pour un type dont la première vertu serait d’être ­fidèle en amitié comme en amour. Fidélité, suite : il affiche son attachement à son village, son accent. Et son style. Même si le dernier disque aborde des thèmes inusités (la bataille d’Azincourt, la crucifixion de Jésus), il continue de suivre le même sillon musical plan-plan, entre néofolk et rock blueseux. Encore et encore. Les fans et les adeptes du « c’était mieux avant » sont ravis. Les autres auront du mal à s’enflammer.

Voir encore:

Le biographe de Fran­cis Cabrel répond à la polé­mique
« Je n’ai pas raconté tout ce qu’on m’avait dit »

Hugues Royer

Voici

7 mai 2015

Attaqué par Cabrel qui demande le retrait de son livre, Alain Wodraska persiste et signe. « J’ai le droit d’abor­der les zones d’ombre », nous a-t-il confié.
Alain Wodraska, auteur de Cabrel, les chemins de traverse, ne s’at­ten­dait pas à ça. La semaine dernière, l’avo­cate du chan­teur d’As­taf­fort a envoyé une lettre à son éditeur, l’Ar­chi­pel, deman­dant le retrait pur et simple de son livre. « J’ai trouvé le procédé d’au­tant plus éton­nant que mon livre est un hommage sincère à un artiste que j’ad­mire », nous a confié le biographe. En outre, Cabrel s’était engagé à ne pas pour­suivre le livre, qu’il a reçu début mars, avant sa paru­tion. »

En cause, des propos sibyl­lins sur le couple où certains ont vu la révé­la­tion de l’in­fi­dé­lité du chan­teur vis-à-vis de son épouse et muse, Mariette, la fameuse « petite Marie » de son premier tube. « La noto­riété a fané les amours prin­ta­nières. Elle a mis sur la route du chan­teur d’autres visages en fleurs. Tandis que la muse s’est chan­gée en muse­lière, les deux amants ont scellé un second pacte, qui a garanti à Mariette le pouvoir de diri­ger la carrière de l’ar­tiste, le privi­lège d’in­car­ner pour lui un repère affec­tif. » Selon l’au­teur, ces phrases extraites du livre ne révèlent aucun secret sur la vie privée du chan­teur.

« Mon livre est une biogra­phie raison­nable et équi­li­brée, le fruit d’une enquête sur la vie d’ar­tiste de Cabrel, mais cela n’est pas non plus une hagio­gra­phie. Au nom de la liberté d’ex­pres­sion, j’aborde certaines zones d’ombre du chan­teur, mais par éthique person­nelle et par élégance, je n’ai pas raconté tout ce qu’on m’avait dit. »

Sa biogra­phie, émaillée de nombreux témoi­gnages de proches, aborde d’autres points nébu­leux du chan­teur, par exemple ses rapports pas toujours clairs avec ses colla­bo­ra­teurs artis­tiques, dont certains ont été lâchés sans la moindre expli­ca­tion. Une chose est sûre : cette polé­mique prouve que le chan­teur, qui cartonne actuel­le­ment avec son album In Extre­mis (108.900 copies ont été écou­lées dès la première semaine), n’a rien du trou­ba­dour sans histoire qu’on imagi­ne…

Voir de plus:

Chanson française
Cabrel chante Dylan
Nouvel album,Vise le Ciel ou Bob Dylan revisité.

07/11/2012 – Depuis toujours, Francis Cabrel admire Bob Dylan et s’en inspire. Il sort en cette fin d’année, Vise le ciel ou Bob Dylan revisité, son treizième album studio. Hasard du calendrier, le disque marque ses trente-cinq ans de carrière. Revue de détail sur RFI Musique.

A ses débuts, Francis Cabrel confessait en interview qu’adolescent, l’anglais était la seule matière qui retenait son attention à l’école, car elle lui permettait de comprendre les chansons de son idole, Bob Dylan. Et ce dès la sortie de Like a Rolling Stone sur Highway 61 Revisited (1965).

Alors, on n’est pas vraiment surpris de le voir nous livrer aujourd’hui, en guise de nouvel  album, onze titres de Bob Dylan, adaptés en français par ses bons soins et interprétés avec cet accent reconnaissable entre mille qui nous berce depuis tant d’années.

D’abord parce que ce n’est pas la première fois. Dans ses deux disques précédents, Les beaux dégâts et Des roses et des orties, Shelter from the Storm devenait déjà S’abriter de l’orage et She belongs to me, Elle m’appartient. Ensuite parce que, en laissant traîner ses oreilles, l’on découvre que lorsqu’il effectue ses balances afin de régler le son avant l’un de ses concerts, il n’est pas rare que Francis le fasse sur des chansons de Robert. Enfin, l’on se rend compte que des deux côtés de l’Atlantique, il est arrivé aux deux musiciens d’avoir à leurs côtés le même guitariste, en la personne de Freddy Koella.

L’album s’appelle Vise le ciel. On visait un peu le ciel, nous aussi, en espérant pouvoir le rencontrer, tout en sachant que le chanteur n’est pas friand de promotion dans les médias. On a fait chou blanc, alors on apprendra dans les lignes des happy few qui ont eu cette chance -et qu’on jalouse un peu, il faut bien l’avouer-, que c’est le manque d’inspiration qui l’a poussé à s’attaquer au répertoire de Dylan.

Si on ne l’avait lu, on aurait eu du mal à s’imaginer qu’au soleil et au vent du Lot-et-Garonne, sa plume puisse s’assécher. Et on aurait eu raison. Car pour un temps de disette, le souffle poétique est bel et bien présent.

Adapter Dylan et le faire sonner en langue française relève, plus que du défi, du véritable casse-tête. D’autres s’y sont essayés. Hugues Aufray, avant lui, en a adapté les chansons par dizaines, s’attachant à reproduire les ambiances musicales quasi stricto sensu, traduisant ici littéralement, reprenant parfois jusqu’aux sonorités des mots, ou interprétant là largement, quitte à prendre quelques libertés (sur N’y pense plus tout est bien, sa version de Don’t think twice it’s alright, par exemple).

Dans les morceaux originaux, il y a une foule d’images à la seconde, et souvent plus d’une dizaine de couplets dans chaque titre. Alors Francis Cabrel, comme son prédécesseur, raccourcit, combine les couplets, ajuste pour mieux s’approprier. Contrairement à Aufray, il ne s’attache pas à reprendre en priorité les grands succès de Dylan, et laisse leur place aux titres plus confidentiels. A Dignity (Dignité), qui, enregistré à l’origine pour l’album Oh mercy (1989), n’y figura finalement pas, pour ne sortir que cinq ans plus tard sur une compilation. A Blind Willie Mc Tell,composé par Dylan en hommage au chanteur et guitariste de blues américain à l’époque d’Infidels, mais édité lui aussi plus tardivement, dans les premiers volumes de ses Bootleg series.

La rencontre de deux univers.

Sur les onze titres, on retrouve des tubes, bien sûr : le fameux All Along the Watchtower (En haut de la tour du guet) popularisé par Jimi Hendrix et repris par tant d’autres (Eric Clapton, Neil Young, U2, pour ne citer qu’eux), Quinn the Eskimo, dont Cabrel offre une version à l’atmosphère presque plus proche de celles de Manfred Mann et des Grateful Dead, Gotta serve somebody (Il faudra que tu serves quelqu’un), ou bien encore It’s all over now Baby Blue (Tout se finit là, Bébé Bleu), qu’on a en son temps presque plus entendu par Joan Baez que par Dylan lui-même.

Parmi sa sélection, deux titres seulement avaient déjà été revus par son prédécesseur : Just like a woman (Comme une femme) et Ballad of Hollis Brown (L’histoire d’Hollis Brown). Cabrel en livre sa lecture propre, comme il nous livre entre ses lignes son image de la femme, qui, si elle l’a probablement inspiré autant que son maître à écrire, n’a pas le même écho dans ses textes, ici comme ailleurs.

C’est sans doute cela qui le distingue le plus de Dylan, finalement, dans cette adaptation. Moins « revanchard », plus débonnaire, plus amoureux peut-être, au sens large : dans sa version de Just like a woman, la femme « règne ».

Entendre du Bob Dylan en français aurait pu nous faire crier à l’hérésie, et certaines de ces adaptations sont sans doute plus réussies que d’autres.  Mais c’était sans compter sur la patte de l’un de nos faiseurs de vers préférés, qui, ne serait-ce que par son phrasé, a toujours mis un peu de cette Amérique-là dans ses chansons. Et, quand bien même il y remplace l’harmonica par de l’accordéon, il suffit d’écouter sa version d’I want you pour s’en convaincre tout à fait. A bien y réfléchir, qui d’autre aurait pu se permettre d’entonner un refrain qui dit « Je te veux/Tellement fort » en restant tout à fait crédible ?

Francis Cabrel Vise le ciel ou Bob Dylan revisité (Columbia) 2012

Voir de même:

VIDÉO. Quand Francis Cabrel rencontre Bob Dylan
Le Point

22/10/2012

Francis Cabrel livre une interprétation toute personnelle de la musique de Bob Dylan, influence majeure de sa vie d’artiste, dans Vise le ciel, un recueil d’adaptation en français de chansons du troubadour américain publié lundi. En 1965, Francis Cabrel entend pour la première fois Like a Rolling Stone et sa vie bascule. « Je répétais avec un petit groupe dans un garage près d’Agen quand un mec a amené le 45 tours qui arrivait d’Angleterre direct. Et ce fut la révélation, le coup de tonnerre, la lumière », raconte le musicien dans le dossier de presse de l’album publié chez Columbia/Sony, également le label de Dylan.

« J’avais 16 ans et j’ai su que ma musique prendrait cette direction-là. Peu de temps après, j’ai entendu le premier album de Leonard Cohen et tout cela s’est mélangé, mais dans l’attitude, la posture, la démarche, Dylan a toujours été le modèle », dit-il. Si l’idée d’un album de reprises était dans l’air depuis une quinzaine d’années, Vise le ciel est né d’une panne d’inspiration. « Quand j’ai regardé en janvier l’état d’avancée de mon album de chansons personnelles, j’ai compris que mon inspiration était dans un creux, je faisais du surplace. J’ai donc sorti un grand livre de chansons de Dylan et j’ai pioché dedans », explique Francis Cabrel.

L’ombre d’Aufray

En France, l’ombre d’Hugues Aufray plane sur l’oeuvre de Dylan. Ami et grand admirateur du musicien américain, il a consacré une partie de sa carrière à adapter ses chansons. Francis Cabrel est volontairement resté à l’écart de la plupart des grands succès de Dylan popularisés en France par l’auteur de Santiano. Car le chanteur d’Astaffort, qui a appris l’anglais en écoutant Dylan, a décidé de s’attaquer à son tour à la rude tâche de traduire en français les textes du mythique « songwriter ».

Les puristes s’amuseront à relever les nuances dans les deux seules chansons de Vise le ciel également traduites par Aufray. Comme Just Like a Woman, Tout comme une vraie femme dans la version Aufray, Comme une femme dans la version Cabrel. Pour son album, Cabrel a déniché des chansons sur des enregistrements pirates comme Mighty Quinn, You Ain’t Going Nowhere ou Blind Willie McTell, mais a aussi choisi des classiques comme It’s All Over Now, Baby Blue ou I Want You.

Douceur

« Dylan surcharge d’images, il condense un maximum. Dans une même phrase, il peut y avoir cinq ou six images fortes et le français ne permet pas la même compression que l’anglais. La leçon que donne Dylan dans son écriture est celle de la fluidité et de la rime intelligente perpétuellement rebondissante. J’ai privilégié cette fluidité à la traduction ultra précise », explique-t-il. Si elles n’ont rien de révolutionnaire, ces nouvelles versions font la synthèse entre la personnalité de Dylan et celle de Cabrel, entre le folk et la chanson française.

Avec sa voix chantante et ses arrangements feutrés, Cabrel apporte de la douceur et du rythme là où Dylan est plus grinçant, mais aussi plus percutant. Vise le ciel a en tout cas permis à Cabrel de retrouver l’inspiration. « Pendant quatre ou cinq mois, je me suis changé les idées en me plongeant avec un microscope dans l’écriture de quelqu’un d’autre. Quand je suis sorti de là, j’ai recommencé à écrire, comme si une vanne s’était ouverte », confie-t-il.

Chanson –

Cabrel chante Dylan. Avec déférence et en français. On reste perplexe…

François Gorin

Télérama

27/10/2012

Dans les années 1960 – il y a, semble-t-il, une éternité -, Hugues Aufray fut le premier à chanter Bob Dylan en français. Avec un coup de main de Pierre Delanoë pour adapter les paroles de ce jeune troubadour américain qui gagnait tant à être connu. Francis Cabrel arrive aujourd’hui après la bataille, fort de l’enthousiasme du fan de longue date. Il est clair que son souci est de rendre hommage à l’auteur Dylan plus qu’au musicien. Le quasi-Nobel a jadis qualifié ses textes de « things to sing ». Des trucs à chanter, ni plus ni moins. Fausse modestie ? Les disciples se sont toujours chargés de faire reluire ses galons de poète, et Cabrel traite les mots du maître avec une certaine déférence, doublée du zèle d’un prof d’anglais. Sur des musiques tièdement dupliquées, il veille à mettre en valeur des traductions soignées, aussi littérales que possible. Avec le Dylan échevelé des sixties, le résultat laisse perplexe. A quoi bon mettre ainsi à plat Just like a woman (Comme une femme) ou I want you (Je te veux), sans une trace de l’étincelle qui les électrisait ? You ain’t goin’ nowhere devient On ne va nulle part. En effet… Le doux barde d’Astaffort se sort mieux des textes plus narratifs que sont A simple twist of fate, The Ballad of Hollis Brown, ou même le périlleux Blind Willie McTell. Le bénéfice est mince mais, contre toute attente, Un simple coup du sort devient réellement une chanson de Francis Cabrel. N’était-ce pas là le but à viser ?

Voir encore:

Des roses et des orties

Chanson – Francis Cabrel

Valérie Lehoux

Telerama

Ce n’est pas tant la voix qui change, ni l’accent, évidemment. Ce ne sont pas non plus les musiques, même si les incursions rock, folk et latinos s’enrichissent cette fois de résonances arabisantes. Ce qui change surtout, c’est le poids du propos. Comme si Francis Cabrel le réservé osait assumer une parole plus personnelle qu’hier. L’engagement est flagrant dès le premier morceau : il chante le désir avec une impudeur soudaine, au gré des inflexions sensuelles d’une très belle guitare flamenca ; c’est doux, poétique, léger.

Le reste ne l’est pas. C’est la seconde surprise : passé l’insouciance amoureuse, Cabrel a le ton grave, sombre, inquiété, inquiétant. Jamais il n’a porté un chant si politique. Il dit l’Afrique déboussolée qui rêve du Nord mais se cogne à ses barbelés ; les fossés trop profonds entre les puissants protégés et le monde déchiré ; la folie ordinaire qui guette tout un chacun sous la pression du quotidien. Et puisque, malgré tout, on ne se refait pas, l’appel à la fraternité refait régulièrement surface, comme s’il lui fallait respirer. Sentiments généreux teintés de naïveté… Cabrel le rêveur côtoie le révolté. Preuve qu’après trente ans de carrière un chanteur consacré au discours longtemps consensuel peut assumer le monde et dire ses colères, au risque de déranger. Et sans pour autant se renier.

Voir enfin:

Francis Cabrel : « Le cannabis ne me paraît pas beaucoup plus nocif que le pastis »
Le Parisien

27 Oct. 2012

Il n’est jamais en retard. Mieux encore, mardi, Francis Cabrel arrive en avance dans les locaux du « Parisien » et « Aujourd’hui en France » à Saint-Ouen. Une voiture aux vitres teintées, avec chauffeur, le dépose devant notre journal, où le chanteur rejoint déjà nos lecteurs.

Il a recouvré la forme après être resté cloué au lit la semaine dernière. « J’ai fait les vendanges il y a quelques jours avec près de 50 personnes sur nos vignes à Astaffort. C’est là que j’ai dû choper un coup de froid. » Il n’a pas ramené la dernière cuvée de son boiron mais plutôt son nouveau disque, « Vise le ciel », sorti lundi, hommage en français au répertoire de Bob Dylan. Un album à son image, sobre et subtil, humble et exigeant. C’est ainsi que Cabrel se confie à nos lecteurs, auxquels il parle de tout : musique, famille, politique. De sa vie hors norme et néanmoins très simple, « tellement pas intéressante », avoue-t-il. Passionnante au contraire pour nos lecteurs, charmés par celui qui reste, à 58 ans, l’une des figures emblématiques de la musique en France, presque malgré lui.

Extraits de l’interview, à découvrir dans son intégralité dans «le Parisien» – «Aujourd’hui en France»

CABREL REVISITE DYLAN : «C’est quelqu’un qu’on ne rencontre pas. Il n’aime pas qu’on l’approche»

LUCIE CAUBEL. Qu’aimez-vous chez Bob Dylan?
FRANCIS CABREL. Son audace! Jusque-là, les Beatles faisaient de jolies petites chansons d’amour bien construites mais sans « fond ». Lui, il a amené de la poésie, du mystère, des références à la Bible, quelque chose de très littéraire… On a compris que l’époque changeait.

Quels sont vos points communs avec lui?
J’en ai peu, hélas ! J’ai eu peut-être un peu d’audace dans quelques chansons où j’ai décrit la société et quelques travers humains… mais c’est sans commune mesure avec la profondeur de ce qu’il a fait.

THIERRY WACOGNE. Pourquoi avoir traduit Dylan en français?
Quand, en 1965, Hugues Aufray a sorti un album de chansons de Dylan en français, je l’avais acheté tout de suite. Aufray était extrêmement célèbre. C’était troublant qu’il dédie un album complet à un Américain dont personne n’avait entendu parler. Je m’étais toujours dit qu’un jour, si je m’en sentais la force, je mettrais ma pierre à l’édifice.

PIERRE BOUVET. Avez-vous déjà rencontré Bob Dylan? Aimeriez-vous chanter avec lui?
C’est quelqu’un qu’on ne rencontre pas. Il n’aime pas qu’on l’approche. J’en ai pris mon parti. Ses chansons me suffisent. Quant à faire un duo avec lui… même pas la peine d’y penser! (Rires.)

Sait-il que vous avez réalisé cet album?
Non, toujours pas, je pense, et ça m’étonnerait que cela l’intéresse beaucoup. Je crois que dans chaque pays il y a quelqu’un comme moi qui l’aime tellement qu’il traduit ses chansons. S’il fallait qu’à chaque fois il bavarde, encourage, dise ce qu’il en a pensé…

Faites-vous toujours des kilomètres pour aller le voir en concert?
Partout où il passe, je ne suis pas très loin.

THIERRY WACOGNE. N’avez-vous pas eu peur d’être la cible de critiques en vous mesurant à ce mythe?
Forcément, je m’expose à ceux qui estiment qu’on ne doit pas toucher à l’œuvre de Bob Dylan. Je ne suis pas loin de le penser aussi, même si c’est trop tard… (Rires.) Mais comme je me suis beaucoup, beaucoup appliqué… j’ai la conscience tranquille!

SÉVERINE LECERF. Prévoyez-vous une tournée?
Non, parce que je n’ai pas assez de chansons. Là, je suis reparti dans l’écriture de mon prochain album qui sortira en 2013 : sept chansons sont prêtes, j’en suis à la moitié. C’est en 2014 que je referai une tournée.

LYDIA DARINI. Que pensez-vous de la reprise de « Je l’aime à mourir » par Shakira? L’avez-vous rencontrée, elle?
A part vous, je ne rencontre personne! (Rires.) J’ai été prévenu un peu à la dernière minute! Vous savez, lorsqu’on reprend une chanson de quelqu’un sans la transformer, on n’est pas obligé de demander son avis à celui qui l’a écrite. De fait, j’ai trouvé sa reprise très belle, très sensuelle. J’apprécie le fait que ce soit une femme avec un accent sud-américain.

LUCIE CAUBEL. Vous êtes d’une nature timide… Pourquoi êtes-vous si discret dans les médias?
J’estime que je ne dois apparaître que lorsque c’est utile à mes chansons, pour les expliquer un peu. Sinon, je ne vois pas de raison de parler. Parler de quoi? De ma vie de famille? De mes prochaines vacances?…

On ne vous voit jamais dans la presse people…
Je pense que j’ai une vie tellement peu intéressante! (Rires.) Que, de fait, cela n’intéresse personne! Et tant mieux.

SÉVERINE LECERF. Dans votre répertoire, quelle est votre chanson favorite?
J’ai une tendresse pour « Octobre » car l’automne est une saison que j’aime beaucoup, qui, en général, est assez propice à l’écriture chez moi. En plus, j’ai l’impression d’avoir plutôt bien décrit cette période. Mais sinon, j’aime un bloc de vingt-cinq ou trente chansons, celles qui résistent au temps…

SÉVERINE LECERF. Vos chansons sont-elles autobiographiques?
N’ayant pas beaucoup d’imagination, je parle de ma vie dans mes chansons, c’est sûr. Chaque personne que j’aime a sa chanson. Mes filles ont chacune la leur, mon épouse, ma mère, mon père ont eu leur chanson.

NOUSHIN GREBERT. Y a-t-il des périodes pendant lesquelles vous ne travaillez pas?
Surtout pas quand je dois finir un disque. Je me mets à la tâche tous les jours. C’est une discipline obligatoire. Tu ne peux pas dire : « Je vais me balader, il va m’arriver une idée. » Si tu te balades, tu as zéro idée! (Rires.

LA FISCALITE, LE CANNABIS, LA CORRIDA…

LUCIE CAUBEL. Vous avez été conseiller municipal. Envisagez-vous de refaire de la politique?
Non, mon principe, c’est pas plus de deux mandats! Quand je vois des sénateurs de 85 ans qui ont été maire, député, conseiller… cela me fout en rogne. Il faut que ça se renouvelle. Quand j’ai quitté le conseil après douze ans d’exercice, quelqu’un m’a remplacé avec d’autres idées, une autre jeunesse, une autre passion.

LYDIA DARINI. Si François Hollande vous appelait au gouvernement, y iriez-vous?
Ah non! (Rires.) Parce que j’ai horreur de ces postes de responsabilité où il y a de l’orgueil, de la vanité, du pouvoir.

NOUSHIN GREBERT. Justement, que pensez-vous de l’action de François Hollande et des critiques dont il fait l’objet?
Ah bon, il y a des critiques?… (Rires.) Je les trouve très rapides. Ce gouvernement arrive tout juste, il y a des calages nécessaires. C’est tellement une autre philosophie que la précédente.

THIERRY WACOGNE. Avez-vous voté aux dernières élections?
Je ne rate jamais aucune élection. Mais je ne dis jamais pour qui je vote!

SÉVERINE LECERF. Que pensez-vous de la taxation des gros salaires à 75%? Etes-vous concerné?
Je me plie aux décisions majoritaires. La majorité des Français a décidé d’installer ce gouvernement. Je respecterai donc ses décisions. Je ne sais pas si je suis concerné par les 75%, mais si je le suis, cela ne me gêne pas, je vis suffisamment bien. Et je ne quitterai jamais Astaffort, ni la France, pour des raisons fiscales.

LUCIE CAUBEL. Que pensez-vous de ces débats en cours sur le mariage homosexuel et la dépénalisation du cannabis?
Le mariage homosexuel ne me gêne pas. L’amour entre deux êtres est toujours une bonne nouvelle. Je suis aussi favorable à l’homoparentalité. Sur le cannabis, cela m’est égal. Même si je pense que la dépénalisation permettrait de court-circuiter les mafias parallèles. Et que le cannabis ne me paraît pas beaucoup plus nocif que le pastis. Mais je n’ai jamais fumé…

PIERRE BOUVET. Le Conseil constitutionnel vient de juger les corridas conformes à la loi. Cela vous désole-t-il?
Je déteste la corrida. Cette décision m’attriste. Même si fatalement, un jour, ça va s’arrêter. C’est tellement contre la morale.

Dans Chaque Cœur
Francis Cabrel
2015

Une colline comme il y en a partout
Quelqu’un a porté une croix et des clous
Les gens se pressent et restent là, debout
Une colline comme il y en a partout
Quelqu’un a porté une croix et des clous
Les gens se pressent et restent là, debout
Voilà celui qui prétend parler pour nous
On rit de voir les marques à ses genoux
Dans chaque cœur, il peut faire un froid d’igloo

On se bouscule pour voir l’homme blessé
Ce qu’il murmure avec son regard baissé
C’est de l’amour que j’ai voulu vous laisser
L’amour, l’amour, y en aura jamais assez
Il est partout sous chaque étoffe froissée
Dans chaque épine de ma couronne tressée

Les hommes soudain se sont montrés pressés
On l’a fait marcher vers cette croix dressée
Ses mains qui n’avaient jamais fait qu’embrasser
Ça n’a pris qu’un instant pour les traverser
Je vous laisse à ces quelques larmes versées
Et des siècles et des siècles pour y penser

Les mots glissaient de son visage penché
Dans chaque cœur, il y a un printemps caché
C’est le trésor qu’il vous faudra rechercher
Entre les pierres et sous les herbes séchées
Pour le faire boire, un homme s’est approché
Voilà l’espoir auquel il faut s’accrocher

Une colline comme il y en a partout
Quelqu’un a porté une croix et des clous

Pour le faire boire, un homme s’est approché
Dans chaque cœur, il y a un printemps caché.

Voir également:

Partis Pour Rester
Francis Cabrel
Y’a quelqu’un d’autre dans ta glace
Entre les potions et les crèmes
Tous les petits pots qui s’entassent
Tu vois le temps est passé quand même

On croyait faire du surplace à ça on s’en est donné de la peine
On se dépense, on se démène et même sous les pas d’une reine
La grande aiguille se déplace

On va viser l’éternité
On est tellement bien ici
On va tout faire comme si
On était partis pour rester

Entre les KO du parcours
Les demi-tours, les impasses
Les grandes nuits, les petits jours
Et tout ce qui raye la surface

On tombe chacun à son tour
Entre les griffes du rapace
Le seul remède c’est l’amour
D’ailleurs, c’est pour ça qu’on court
D’un bout à l’autre de l’espace

On va viser l’éternité
On est tellement bien ici
On va tout faire comme si
On était partis pour rester
On est loin d’être lassés

Dans un coin de mes pensées
Une vie à t’enlacer
Mille fois recommencer

Et c’est pour ça qu’on va rester, rester, rester

J’aurais aimé te l’apporter
Sur un beau coussin de dentelle
La niche où se cachent les clefs
De la mécanique éternelle

Mais l’horloge est hors de portée
Et ce n’est pas là l’essentiel
Elle peut continuer de tourner,
Et elle peut tout emporter
Je te trouve chaque jour plus belle

On va viser l’éternité
On est tellement bien ici
On va tout faire comme si
On était partis pour rester
On est loin d’être lassé

Dans un coin de mes pensées
Une vie à t’enlacer
Mille fois recommencer
On va rester, rester, rester
On n’est même pas pressés

Pour tous ceux qu’on a blessés
Qu’on aurait dû embrasser
Autant tout recommencer

On va viser l’éternité
On est tellement bien ici
On va tout faire comme si
On était partis pour rester

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Commémorations: A un moment trop de mémoire tue la mémoire (Spot the mistake: Repentance in the West, impunity in the East)

27 mai, 2015
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Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
https://i0.wp.com/img1.closermag.fr/var/closermag/storage/images/media/images-des-contenus/actu-people/politique/2014-08-25-francois-hollande-en-pleine-tempete-politique-prend-l-eau-a-l-ile-de-sein-photos/francois-hollande-sous-la-pluie-lundi-a-l-ile-de-sein-pour-les-commemorations-de-la-liberation/3265160-1-fre-FR/Francois-Hollande-sous-la-pluie-lundi-a-l-ile-de-Sein-pour-les-commemorations-de-la-Liberation_exact1024x768_l.jpg
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. René Girard
Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. Jean Jaurès
D’ailleurs, qui a jamais cru que le général de Gaulle, étant appelé à la barre, devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? Charles De Gaulle
Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l’Ouest et les euromissiles à l’Est. Mitterrand
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe. Vladimir Poutine (à Bill Clinton, novembre 1999)

Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres.
Alexandre Prokhanov
Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe. Vladimir Soloviev
Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire. L’Humanité
Le combat contre la barbarie nazie célébré aujourd’hui. Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay reposeront dans la crypte qui reste close aux résistants communistes, ainsi en a décidé François Hollande. Le PCF rend hommage à tous les combattants de l’ombre. L’Humanité
Tout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Le parlement français a adopté à l’unanimité une loi déclarant que « la traite transatlantique et de l’Océan Indien, perpétué à partir du 15ème siècle contre des Africains, Amérindiens, Malgaches et Indiens, constitue un crime contre l’humanité »: les siècles d’esclavage avant le 15e siècle et l’esclavage d’autres peuples ne constituant apparemment pas un tel crime, du moins en France. Pourquoi le parlement français devrait-il dénoncer l’esclavage post-15e siècle comme « crime contre l’humanité » mais pas celui qui a construit les Pyramides et le Parthénon et la plupart des autres grands monuments de l’Antiquité? Les millions d’Européens et d’Américains qui, aux 17e et 18èmes siècles, ont été enlevés et asservis par les Etats barbaresques de l’Afrique du nord n’ont-il pas eux aussi droit à des excuses, de la part par exemple de Khadafi ou du roi du Maroc? (…) Les agents de la fourrière deviendront-ils la Gestapo du 22e siècle, nos zoos son goulag, rappelés avec honte? Verra-t-on le magazine Hartford Courant qui a fait d’abjectes excuses pour avoir publié aux 18e et 19e siècles des pubs pour des ventes d’esclaves se confondre en excuses au siècle prochain pour avoir présenté des pubs de chiots à vendre? Gorman Beauchamp
Ce n’est pas une chose que nous devions approuver. La charia ne nous requiert pas d’approuver le port du coquelicot. Il est question ici de la Seconde Guerre Mondiale, et elle n’a rien à voir avec les musulmans. Il n’est pas permis aux musulmans de participer à quoi que ce soit qui est visiblement du nationalisme britannique. Anjem Choudary
Dire qu’il y a des commémorations qui seraient dignes d’être célébrées par la communauté nationale et d’autres qui ne le seraient pas, c’est prendre le risque d’ouvrir cette concurrence des mémoires. Patrick Lozès (président du Conseil représentatif des associations noires de France)
A un moment trop de mémoire tue la mémoire. André Kaspi
Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la Nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes. Rapport Kaspi
Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent. Luc Rosenzweig
Hors-la-loi est une suite d’Indigènes qui s’imposait, d’autant plus que le film précité se termine à Sétif où Abdelkader débarqua. Hors-la-loi va sans doute rétablir une vérité historique confinée dans les coffres. Je voudrais, à travers le cinéma, mettre la lumière sur une partie de l’histoire commune des deux nations. N’étant pas un documentaire historique, cette nouvelle œuvre cinématographique sera interprétée par de grands acteurs tels Djamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouadjila, Larbi Zekkal, Ahmed Benaïssa, Chafia Bouadraâ et Mourad Khan, pour ne citer que ceux-là. Plus de 12 000 figurants prendront en outre part au tournage qui aura lieu à Sétif, Kherrata, en France et en Allemagne. (…) Jacques Chirac, l’ex-président français, qui a été invité par mes soins à assister à l’avant-première de Indigènes, a été prié de réparer cette injustice subie par ces anciens combattants indigènes, lesquels ne percevaient que 5 ou 10 euros par trimestre. Le chef de l’Etat, qui n’est pas resté insensible devant le sacrifice de plus de 150 000 Algériens, a usé de tout son pouvoir pour qu’une loi soit votée à cet effet. J’espère que Hors-la-loi, dont une bonne partie sera consacrée aux événements du 8 Mai 45, fera la lumière sur ce pan de l’histoire commune aux deux pays. On va tout déballer à travers ce film ! (…) En tant que cinéaste, l’essentiel pour moi est de rétablir la vérité historique qu’on ne doit en aucune manière occulter. Rachid Bouchareb (El Watan, 21.06.09)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Je crois aux principes affirmés à Nuremberg en 1945 : ’Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d’obéissance. Par conséquent, les citoyens ont à titre privé le devoir de violer les lois domestiques pour empêcher des crimes contre la paix et l’humanité d’avoir lieu.’ Edward Snowden
En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique : même politique d’obstruction à l’ONU, même démagogie tiers-mondiste, même alignement sur le monde arabe, même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats « anti-impérialistes » dirigée contre Washington. (…) L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L’ »antibushisme » peut se comparer à l’ »antifascisme » des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste. Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS. En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur. Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français. Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues. (…) La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l’ »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation. On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom
La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, – et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial. Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. (…) Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. La Russie que nous voyons agir aujourd’hui en Géorgie atteste du succès de cette entreprise de création d’un homme nouveau qui n’a rien à envier à son précédent bolchevik. C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une « sphère d’influence », pour la « rassurer, apaiser » son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945). A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. Et dans ce cas les patriotes russes de service, toujours prêts à revendiquer les terres des pays voisins, sont restés muets. La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa « sphère d’influence ». Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Françoise Thom
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée. Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien ! Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne. (…) Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler. Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2. Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage. Françoise Thom
Pour résumer, c’est attirance-répulsion. Surtout parmi les classes éduquées qui rêvent d’envoyer leurs enfants dans les universités américaines et en même temps peuvent être emplies de ressentiment à l’égard d’une Amérique qu’elles perçoivent comme hostile, pour beaucoup à cause de la propagande de leur gouvernement. Du communisme comme justificatif du pouvoir il ne reste rien. Le nouveau dogme est un nationalisme fondé sur l’exacerbation d’un sentiment victimaire vis-à-vis du Japon et des Etats-Unis. En Chine, à Singapour, en Corée du Sud, on constate une forte ambivalence typique de certaines élites, par ailleurs fortement occidentalisées, pour qui le XXIe siècle sera asiatique. Dans les années 1960, au Japon, a émergé une nouvelle droite ultranationaliste, dont les représentants les plus virulents étaient professeurs de littérature allemande ou française. Ils voulaient se sentir acceptés, légitimes en termes occidentaux, et se sentaient rejetés. C’est ce que ressentent aujourd’hui les nationalistes chinois. (…) L’obstacle à surmonter, en Chine, est que le confucianisme rejette la légitimité du conflit. L’harmonie est caractérisée par un ordre social ou règne l’unanimité. Donc la plus petite remise en cause apparaît instantanément menaçante. (…) Le plus grand obstacle est l’alliance entre les élites urbaines et le Parti communiste. Les deux ont peur de l’énorme masse paysanne ignorante. Ces élites ont une telle histoire récente de violence et une telle peur d’un retour du chaos qu’elles préfèrent un ordre qui leur assure la croissance, au risque d’avancer vers la démocratie. Pour le pouvoir, la grande faiblesse de ce système est que, le jour où l’économie cesse de croître et que l’enrichissement des élites urbaines s’arrête, l’édifice s’écroule. Dans ce cas, tout pourrait advenir, d’une alliance entre démocrates, ressortissants des nouvelles élites, et une fraction du parti, jusqu’à un coup d’Etat militaire. Ian Buruma
D’une certaine manière, le système chinois diffère du soviétique dans la mesure où il est encore plus intrusif : il pénètre plus profondément les rouages de l’administration et des institutions d’Etat. C’est comme si, chez vous, tous les ministres, tous les directeurs de journaux – de L’Expansion à Libération -, tous les présidents des chaînes de télévision, tous les responsables des grandes organisations – qu’il s’agisse d’universités ou de cabinets d’avocats -, tous les PDG des grandes entreprises, publiques comme privées, étaient nommés par un parti. Une fois que vous avez compris cela, vous mesurez le pouvoir du département de l’organisation centrale. (…) Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec
En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre… Hamlaoui Mekachera
Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme. Jean-Jacques Mirassou (sénateur PS)
Un proche de Hollande: « Son discours au Panthéon sera le plus important du quinquennat ». Quand on parle non-stop, tout est nivelé… D. De Monvalon
S’inspirant du bicentenaire de la Révolution française, qui avait attiré 33 chefs d’Etat à Paris, le 14-Juillet 1989, la Mission du centenaire espérait organiser de grandes commémorations officielles internationales. Le rapport rendu le 15 septembre 2011 par M. Zimet au président Nicolas Sarkozy prévoyait d’inviter les chefs d’Etat des pays belligérants pour le centenaire de l’attentat de Sarajevo et pour le 14-Juillet. Ceux-ci ont préféré se rendre aux célébrations du 70e anniversaire du Débarquement, le 6 juin. Les tensions géopolitiques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient montrent que le monde n’en a pas fini avec les conséquences du premier conflit mondial. « La mémoire de la Grande Guerre ravive les plaies des minorités, explique l’historien Rémi Dalisson. Le problème des nationalités, mis sous le boisseau pendant l’ère communiste, resurgit aujourd’hui. On le voit avec la redécouverte du nationalisme en Hongrie, l’éclatement des frontières en Ukraine. Dans ce contexte, il est difficile d’inviter des chefs d’Etat à Paris, où furent conclus les traités de paix en 1919-1920. La seconde guerre mondiale est plus facile à commémorer : on peut mettre tout le monde à la même table pour célébrer la victoire contre le nazisme. » Le Monde
Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements. La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record. Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme. Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. (…) Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration. Maxime Tandonnet
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres. (…) La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique. On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore. Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ». Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ». De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République. Bruno Roger-Petit
En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective (…) nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier de l’historien … Pierre Nora

Attention: une mémoire peut en cacher une autre !

Paris (11 janvier), Shoah (27 janvier), déportation (Stuthof, 27 avril), victoire des Alliés (8 mai), abolition de l’esclavage (10 mai),  Résistance (27 mai), morts d’Indochine (8 Juin), Jean Moulin (17 juin), appel de De Gaulle (18 juin), Justes de France (16 Juillet), harkis (25 Septembre), morts d’Algérie (5 Décembre) …

Au lendemain du Grand Pardon australien pour un prétendu « génocide »

Et en cette journée, française et déjà contestée par le parti des prétendus « 75 000 fusillés », de la panthéonisation de quatre résistants (en trois ans – dont deux cercueils vides – contre une sous de Gaulle, aucune sous Pompidou et Giscard, deux sous Chirac, une sous Sarkozy mais sept sous Mitterrand) …

Où, reprenant une tradition typiquement corrézienne de bouchage de trous d’agenda présidentiel et  de trous d’air sondagiers notre Inaugurateur-en-chef des chrysanthèmes devrait,  nous dit-on, prononcer son « discours le plus important du quinquennat »

Pendant que de l’autre côté de l’Atlantique le Flagellant-en-chef ne manque jamais de rappeler au monde nos croisades, inquisition et esclaves …

Face à un monde musulman dont, avec les papiers récemment publiés de Ben Laden, on mesure la véritable obsession de l’Occident …

Et, encouragés par le repentancisme occidental et l’impunité de leur quelque 100 millions de victimes au compteur, aux successeurs des communismes soviétique et chinois, toujours plus revanchistes et menaçants dans leur sphère auto-revendiquée d’influence …

Comment ne pas voir …

Avec ce doublement, sans compter les lois liberticides, des commémorations françaises en vingt ans …

Que « trop de mémoire », pour reprendre le mot de l’historien André Kaspi, finit par « tuer la mémoire » ?

Et surtout comment ne pas apercevoir …

L’inévitable envers de cette débauche unilatérale de repentir et d’autocritique …

A savoir tant les revendications toujours nouvelles et plus radicales, au niveau intérieur, du communautarisme mémoriel …

Que l’escalade de dénonciation et de revanchisme, au niveau extérieur, de nos grands amis démocrates du côté de la Russie, de la Chine ou des pays musulmans ?

La leçon d’histoire de Pierre Nora à Hollande, Taubira et Vallaud-Belkacem
Bruno Roger-Petit
Challenges
26-05-2015

Dans Le Figaro, l’historien membre de l’Académie française, dénonce la confusion entre mémoire et histoire. Un diagnostic qui vaut rappel à l’ordre républicain pour la gauche au pouvoir?

A la veille de la cérémonie de Panthéonisation de quatre figures de la Résistance, il faut lire Pierre Nora dans Le Figaro de ce mardi. L’historien dresse un tableau accablant des lieux de l’histoire telle qu’elle est devenue : un gadget mémoriel pour politiques en mal de profondeur et en quête de sens.

Et si Pierre Nora cite Christiane Taubira, directement désignée comme l’une des responsables de ce drame français, à travers une révision imposée de l’histoire du 18e siècle du fait de la loi qui porte son nom, le message vaut aussi pour François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, les promoteurs et défenseurs d’une réforme d’une Collège qui heurte de plein fouet l’héritage républicain. « La réforme du Collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans » avance Pierre Nora.

On ne peut plus jouer avec la confusion Mémoire et Histoire dans la France d’aujourd’hui sans prendre le risque de désintégrer le lien républicain noué à partir de 1789, c’est la conséquence potentielle de « l’atomisation de la vie de l’esprit » propre à la France universitaire de l’époque, si bien diagnostiquée par Nora. Un exemple lui suffit pour convaincre de la nocivité intellectuelle de la confusion Histoire et Mémoire entretenue, avec une certaine forme d’inconscience, par les responsables politiques de la gauche de gouvernement.

Une atteinte à l’histoire
Revenant sur les mots choisis dans le programme d’histoire de 4e et 3e inscrits dans la réforme du Collège, l’historien démontre que présenter le 18e siècle comme « Un Monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières » est une atteinte à l’histoire : « La ‘domination’, condamnable, a remplacé ‘l’expansion’, dont la domination n’est que l’un des effets. Les empires coloniaux sont nés des rivalités entre puissances européennes ; quant aux traites négrières, si atroces qu’elles aient été, elles ne sont pas le trait majeur du 18e siècle ; mais leur étude est l’un des effets de la loi Taubira… »

L’enfer historique est parfois pavé des bonnes intentions de la mémoire. Comme le discerne Nora : « Nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier d’historien ». Et c’est ainsi que l’on décide d’enseigner l’histoire aux collégiens d’aujourd’hui.

Pourquoi en sommes-nous là ? Selon Nora parce que « Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé ‘l’accélération de l’histoire’. Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. (…) L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire (…) nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire. »

Comment ne pas penser, à lire Nora évoquer l’inflation de commémorations, ultime transformation de l’histoire en mémoire, à la cérémonie qui doit se tenir ce mercredi au Panthéon, sous les auspices de François Hollande, où quatre figures de la Résistance au nazisme, vont entrer dans le Temple des grands Hommes? S’agira-t-il d’Histoire? Sans doute pas. Car François Hollande, à l’instar de Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem est lui aussi prisonnier de la confusion.

Le goût des commémorations
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres.

Depuis quelques jours, parvient de l’Elysée l’écho que François Hollande s’apprête à délivrer le discours le plus important de son quinquennat. C’est fixer la barre très haut au regard de l’histoire, justement. Du reste, un président est-il le mieux placé pour discourir? Depuis quelques jours, à mesure que l’on approche de la cérémonie, on rappelle le fameux discours de Malraux, prononcé lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon. Mais personne ne remarque l’essentiel ; à savoir que ce jour-là, le général de Gaulle lui-même s’était effacé derrière son ministre de la Culture. C’est que le général, sachant que l’on célébrait d’abord et avant tout la mémoire d’un Grand homme, avait compris qu’il fallait un poète pour se faire, et non un président en fonction.

Un bon coup événementiel
La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique.

On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore.

Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ».

Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ».

De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République.

Voir aussi:

Pierre Nora: «La France vit le passage d’un modèle de nation à un autre»
Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
25/05/2015

FIGAROVOX/EXTRAIT – L’académicien Pierre Nora revient sur la polémique autour des nouveaux programmes d’histoire. Une controverse qui traduit, selon lui, une profonde crise identitaire.

Pierre Nora est un historien français, membre de l’Académie française, connu pour ses travaux sur le «sentiment national» et sa composante mémorielle. Il a notamment dirigé l’ouvrage collectif: Les lieux de mémoire .
LE FIGARO: Le débat sur la réforme du collège a été très tendu. Que révèle-t-il de notre société?

Pierre NORA: Ce qui frappe, c’est l’emballement progressif à partir d’une mesure qui paraissait un simple ajustement à la société déjà décidé de longue date. En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective.

Vous êtes depuis longtemps l’un des acteurs et observateurs de la vie intellectuelle en France. Considérez-vous qu’elle s’est détériorée ces dernières années?

Peut-être le débat s’est-il déplacé des enjeux idéologiques et politiques vers des enjeux biologiques, scientifiques, et climatiques, mais pour ce qui est de la vie intellectuelle en général, on ne peut malheureusement que constater un rétrécissement des horizons et des curiosités. Depuis le déclin et la fin des grandes idéologies rassembleuses. Il y a aussi certainement une atomisation de la vie de l’esprit, où chacun travaille dans sa discipline, sans qu’aucun courant ne réunisse les milieux de pensées isolés. Il y a aussi, à coup sûr, une provincialisation nationale, qui résulte du recul de la langue française à travers le monde, comme en témoigne le nombre très faible des traductions à l’étranger.

Ma discipline, l’histoire, qui, il y a trente ans, était la curiosité du monde entier, est devenue la cinquième roue de la charrette internationale. Nous payons l’effondrement du système universitaire, qui était le terreau de la vie intellectuelle. Cela nous ramène à la question du collège. C’est-à-dire la grande incertitude sur le message éducatif. Cela étant, s’il n’y a plus de grands courants unificateurs, il me semble que l’on observe deux orientations principales de la vie intellectuelle. Une radicalisation à gauche, dans ce que Régis Debray appelait «la basse intelligentsia», et une orientation de la «haute intelligentsia», sinon vers la droite politique, du moins vers une sorte de réaction conservatrice.

L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre.
Le culte de l’instant est le contraire de la mémoire. Sommes-nous en train de perdre la mémoire?

Je dirais tout l’inverse. Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé «l’accélération de l’histoire». Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. Cela ressemble à ce qui s’est passé au lendemain de la Révolution française, le basculement qui a fait baptiser tout le passé de la France sous le nom d’«Ancien Régime». La coupure du monde contemporain dans les années 1970-1980 a été plus sourde, mais plus radicale encore. L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire. Nous sommes dans tous les domaines sollicités, pour ne pas dire condamnés à la mémoire. Un exemple entre mille: ces chefs d’entreprise qui ne voulaient entendre parler que de l’avenir se sont mis à engager des archivistes, à collectionner leurs produits anciens. Les archives elles-mêmes sont moins fréquentées par les historiens que par les familles en quête de leur généalogie. Toutes les institutions de mémoire se multiplient, à commencer par les musées. Les expositions temporaires débordent de visiteurs. Et nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire.»

(…)

Voir également:

Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. Fabrice d’Almeida

Panthéonisation : gare à la fuite dans la commémoration!
Maxime Tandonnet
Le Figaro

26/05/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Quatre résistants de la Deuxième Guerre mondiale vont entrer au Panthéon ce mercredi. Maxime Tandonnet déplore que le choix des personnalités honorées par cette commémoration soit à l’unique discrétion du président de la République.

Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour FigaroVox. Il est haut fonctionnaire, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République , Perrin, 2013. Son dernier livre Au coeur du Volcan, carnet de l’Élysée est paru le 27 août. Découvrez également ses chroniques sur son blog.

Décidée par François Hollande le 21 février 2014, la cérémonie solennelle de transfert au Panthéon des cendres de Pierre Brossolette, Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Antonioz et Germaine Tillion a lieu ces 26 et 27 mai 2015.

La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France.

Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements.

La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record.

Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme.

Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. Aussi est-on en droit de réagir à l’absence, dans la liste des panthéonisés, d’Honoré d’Estienne d’Orves, premier grand résistant fusillé à 41 ans, père de quatre enfants.

L’arbitraire dans le choix qui est ainsi effectué, sur des critères non précisés, soulève des interrogations… Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration.

Voir de même:

Le PCF rend hommage à toute la Résistance, demain, mercredi 27 mai (PCF)
L’Humanité

26 Mai, 2015

Le PCF participera demain à la journée nationale de la Résistance. Dans tout le pays, les militants communistes vont prendre des initiatives pour commémorer l’unité de la résistance, le courage des résistants et le rôle majeur qu’ils ont joué dans la Libération de la France.

Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire.

« Résister hier et aujourd’hui » – Journée nationale de la Résistance

Mercredi 27 mai 2015 à 19h30

En présence de Pierre Laurent

Voir encore:

Même la panthéonisation de quatre résistants crée la polémique

L’Express

26/05/2015
A priori consensuel, le choix de François Hollande de rendre hommage à quatre figures héroïques de la Résistance ne va pas sans polémique, notamment au sujet de Jean Zay.
Mercredi, François Hollande fera entrer au Panthéon quatre grandes figures de la Résistance: Jean Zay, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. Des sommités, censées permettre à la Nation de communier dans le consensus républicain.

Mais aussi héroïques soient-elles, ces personnalités n’ont pas permis à l’Elysée d’éviter totalement les polémiques. Dès mars 2014, un Comité national d’Entente, qui regroupe une quarantaine d’associations d’anciens militaires, condamne le choix de Jean Zay. Peu importe que ce ministre radical du Front populaire ait démissionné pour rejoindre l’armée française pour se battre contre les nazis. Peu importe qu’il ait fait partie des parlementaires qui ont refusé de se soumettre aux Allemands et ont embarqué pour le Maroc. Peu importe qu’il ait été ensuite emprisonné par le régime de Vichy et assassiné par la Milice. Il a commis, selon ces mécontents, une « faute inexcusable », « celle de l’atteinte au symbole par excellence de notre patrie, de notre pays, de notre nation, le Drapeau ». En cause: un poème antimilitariste de Jean Zay, écrit en 1924 dans la foulée de la Première Guerre mondiale.

Pour Poisson, « un contre-signal d’unité nationale »

Dans ce texte, le jeune homme s’adresse au drapeau français: « Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, Oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes, Pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui gicle sous tes plis Je te hais au nom des squelettes (…) Et n’oublie pas, malgré tes généraux, ton fer doré et tes victoires, Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ». Un poème pacifiste que le régime de Vichy utilisera déjà contre lui pour prouver son soi-disant antipatriotisme.

Le 20 mai dernier, c’est le député du parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson qui y va de son opposition sur son blog. « À l’heure où notre peuple a besoin de retrouver sa cohésion, le sens de ce qui unit les Français, l’intégration de Jean Zay au Panthéon est un contre-signal d’unité nationale. » Et le parlementaire des Yvelines de demander au gouvernement « de renoncer purement et simplement à la mise à l’honneur de Jean Zay à cette occasion ».

Le PCF surpris qu’il n’y ait pas de communistes

L’année dernière, c’est le député d’extrême droite Jacques Bompard qui s’était offusqué du choix de Jean Zay pour des raisons similaires. Dans une question adressée au ministre des Anciens combattants, il lui demandait de « marquer son attachement au drapeau français en annulant l’entrée au Panthéon » du résistant.

Dans un tout autre registre, le Parti communiste exprime lui également son « incompréhension » face au choix de François Hollande. Tout en prenant soin de saluer « les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon », le PCF s’étonne que soient honorées « toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste ». « La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire », s’offusquent les communistes qui rendront hommage à 19h30 au siège du PCF à Marie-Claude Vaillant-Couturier, une résistante de leur bord politique. Jean-Marc Todeschini, le secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire, y assistera.

Voir de plus:

Commémoration de la guerre d’Algérie: l’UMP ne digère pas le 19 mars
Laure Equy

Libération

9 novembre 2012

DÉCRYPTAGE Les sénateurs de l’opposition ont saisi le Conseil constitutionnel pour tenter d’invalider le texte, voté jeudi, qui fixe la journée d’hommage aux victimes de la guerre d’Algérie. La date choisie continue de faire débat.

«Séance de repentance», «non sens historique», «faute politique»,… Au lendemain de l’adoption au Sénat d’une proposition de loi faisant du 19 mars la journée nationale «à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc», la droite ne décolère pas. Christine Boutin (parti chrétien démocrate) dénonce des «décisions à la fois inutiles et dangereuses» qui «réveillent de veilles rancœurs», le député (UMP) Jacques Myard accuse un gouvernement d’«apprentis sorciers» de «réécrire l’histoire et (de) rouvrir des plaies toujours sanglantes». Et les sénateurs UMP ont saisi, ce vendredi, le Conseil constitutionnel pour tenter de faire censurer le texte. Invoquant un «brouillage démocratique», ils rappellent que la proposition de loi remonte à janvier 2002, lorsqu’elle avait été adoptée par les députés – à majorité de gauche -, avant de prendre la poussière dans les placards du Sénat. A trois mois de la présidentielle, le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, avait renoncé à présenter le texte au Sénat. Depuis plus de dix ans, les parlementaires et associations d’anciens combattants et de rapatriés d’Algérie se déchirent sur la date à laquelle doit se tenir cet hommage.

C’est bien le choix du 19 mars, en référence au cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, qui hérisse la droite. Pour elle, c’est oublier les dizaines de milliers de victimes, harkis et pieds noirs, tuées après le cessez-le-feu en Algérie. «Une insulte adressée à l’ensemble des personnes ayant subi la violence du FLN», s’insurge Christine Boutin. Autre problème pour les détracteurs du 19 mars: comment imaginer commémorer une défaite de la France? «Cela divise trop. L’Algérie a fait imprimer des timbres où il était inscrit « 19 mars: fête de la victoire »», déplore le sénateur (UMP) Jean-Claude Carle.

«On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage»
Pour le rapporteur du texte, Alain Néri, il n’est pas question d’occulter les massacres commis dans les mois qui ont suivi les accords d’Evian. Le socialiste fait valoir que pour les deux précédentes «générations du feu», «les combats ont aussi continué après le 11 novembre 1918 et après le 8 mai 1945», sans que les dates de commémoration des deux guerres mondiales soient contestées. «On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage, c’est différent», explique-t-il. Surtout il estime que le 19 mars a le mérite d’«avoir une portée historique et symbolique».

Comprendre: pas comme le 5 décembre, choisi en 2003 pour rendre «hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord». Que s’est-il passé un 5 décembre? Pas grand chose. Ce jour-là en 2002, le chef de l’Etat, Jacques Chirac, avait inauguré le mémorial du quai Branly (Paris), dédié aux militaires «morts pour la France». «Le 5 décembre renvoie seulement à un trou dans l’agenda du Président. Les victimes et leurs familles méritent autre chose qu’une date de mascarade», s’irrite Alain Néri. Au groupe UMP, on assume le choix d’une «date neutre historiquement parlant qui a l’avantage de n’offenser personne» et on ajoute que depuis février 2012, on commémore, le 11 novembre, «tous les morts pour la France» dans l’ensemble des conflits. «Une commémoration doit être faite dans le rassemblement et en toute sérénité, avec le 19 mars c’est l’inverse», souligne Jean-Claude Carle.

«Hollande voulait partir en Algérie avec cette loi votée»
L’opposition n’en démord pas, si la gauche revient sur ce dossier, malgré un calendrier commémoratif qui a été étoffé, ce serait pour «faire repentance». Elle en veut pour preuve le voyage de François Hollande en Algérie en décembre. «Il semble que ce soit pour faire un usage diplomatique de ce texte que [le président de la République] en brusque l’examen», accuse Joëlle Garriaud-Maylam (UMP). «Il voulait partir en Algérie avec cette loi votée et donner des signes à son aile gauche ainsi qu’à la Fnaca, même si 40 autres associations étaient contre», complète Jean-Claude Carle. La Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie (350.000 adhérents) était favorable depuis longtemps à une journée d’hommage le 19 mars, mais une quarantaine d’autres associations s’y opposait.

Le sénateur UMP veut croire que le Conseil constitutionnel rejettera la proposition de loi en raison de ces «dix années de stand by» entre Assemblée et Sénat et du «changement de contexte»: «depuis l’Assemblée s’est renouvelée deux fois et il y a eu une alternance au Sénat.» Mais selon Alain Néri, «le réglement du Sénat prévoit que des textes déposés sans avoir été mis en discussion n’ont pas une durée de validité limitée»

Voir de même:

Le 27 mai, future « journée nationale de la Résistance »?

Thomas Wieder

Le Monde

27.03.2013

Pour la deuxième fois depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République, la liste des commémorations nationales pourrait s’allonger. Quatre mois après l’instauration du 19 mars comme « journée nationale » en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc, une nouvelle date pourrait intégrer le calendrier des célébrations officielles : celle du 27 mai, qu’une proposition de loi du groupe socialiste, examinée jeudi 28 mars au Sénat, vise à transformer en « journée nationale de la Résistance ».

Comme cela avait été le cas pour le 19 mars, c’est la gauche qui a pris l’initiative d’instituer cette nouvelle commémoration. Mais, cette fois, elle ne devrait pas se heurter à l’opposition de la droite, à la fois parce que la mémoire de la Résistance est beaucoup moins clivante que ne l’est celle de la guerre d’Algérie, et parce que la date retenue est des plus consensuelles.

LARGE ASSENTIMENT

Le 27 mai correspond en effet à ce jour de 1943 où les représentants des principaux mouvements de résistance, des deux grandes centrales syndicales et des différents partis politiques hostiles à la collaboration ont participé, autour de Jean Moulin, à la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR). En somme, c’est une date qui renvoie aux Français une image d’unité et de gloire. Sa signification est très différente de celle du 19 mars, qui correspond à l’anniversaire des accords signés à Evian en 1962, donc à la fin d’une guerre peu glorieuse, voire à la fin d’un monde pour tous ceux qui n’ont jamais accepté la fin de l’Algérie française.

En toute logique, donc, la proposition de loi sur le 27 mai devrait rencontrer un large assentiment. A la différence de ce qui s’était passé pour le 19 mars, « une grande majorité des membres du groupe UMP devraient voter « pour » », pronostique ainsi Bernard Fournier, sénateur UMP de la Loire.

Si l’issue du vote ne fait guère de doute, c’est aussi parce que la gauche ne souhaite pas politiser le débat. Jean-Jacques Mirassou, sénateur PS de Haute-Garonne et auteur de la proposition de loi, insiste en effet sur la portée civique de l’initiative. « Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme », plaide-t-il.

PAS DE REVENDICATION MASSIVE

Souhaitée depuis plusieurs années par l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr), marquée à gauche, la création de cette journée nationale ne faisait toutefois pas l’objet d’une revendication massive. « Nous n’étions pas spécialement demandeurs, mais nous sommes pour, et tant qu’à choisir une date, celle du 27 mai est sans doute la meilleure », explique ainsi Pascal Convert, directeur général de la Fondation de la Résistance. « Je n’étais pas au courant de cette initiative, mais je trouve que la date est excellente, alors oui, pourquoi pas », estime quant à lui Daniel Cordier, ancien secrétaire et biographe de Jean Moulin.

Ce sont les historiens, en réalité, qui sont les plus sceptiques. « On célèbre déjà la mémoire de la Shoah le 27 janvier, les victimes de la déportation le dernier dimanche d’avril, la victoire des Alliés le 8 mai, Jean Moulin le 17 juin, l’appel de De Gaulle le lendemain, les victimes de Vichy et les Justes en juillet, cela fait déjà beaucoup : à un moment trop de mémoire tue la mémoire », estime ainsi André Kaspi, auteur en 2008 d’un rapport sur la modernisation des commémorations.

Spécialiste de la Résistance et de sa mémoire, Olivier Wieviorka partage son avis: « Le politique n’a-t-il pas mieux à faire qu’accorder une journée ? A la limite, ne serait-il pas plus judicieux de réfléchir à un vrai lieu de mémoire pour la Résistance, comme il y a Verdun ou la tombe du soldat inconnu pour la guerre de 1914 ? »

Voir aussi:

Russia is so desperate to hide its military involvement in Ukraine that it has brought in mobile crematoriums to destroy the bodies of its war dead, say U.S. lawmakers who traveled to the war-torn country this spring.

The U.S. and NATO have long maintained that thousands of Russian troops are fighting alongside separatists inside eastern Ukraine, and that the Russian government is obscuring not only the presence but also the deaths of its soldiers there. In March, NATO Deputy Secretary General Alexander Vershbow told a conference, « Russian leaders are less and less able to conceal the fact that Russian soldiers are fighting — and dying — in large numbers in eastern Ukraine. »

Hence the extreme measures to get rid of the evidence. “The Russians are trying to hide their casualties by taking mobile crematoriums with them,” House Armed Services Committee Chairman Mac Thornberry told me. “They are trying to hide not only from the world but from the Russian people their involvement.”

Thornberry said he had seen evidence of the crematoriums from both U.S. and Ukrainian sources. He said he could not disclose details of classified information, but insisted that he believed the reports. “What we have heard from the Ukrainians, they are largely supported by U.S. intelligence and others,” he said.

Representative Seth Moulton, a former Marine Corps officer and a Democrat on the Armed Services Committee, was with Thornberry on the Ukraine trip in late March. He tweeted about the mobile crematoriums at the time, but didn’t reveal his sources. He told me this week the information didn’t come just from Ukrainian officials, whose record of providing war intelligence to U.S. lawmakers isn’t stellar.

“We heard this from a variety of sources over there, enough that I was confident in the veracity of the information,” Moulton said, also being careful not to disclose classified U.S. intelligence.

Both Thornberry and Moulton agreed with Vershbow’s assessment that Russian President Vladimir Putin was struggling to keep up the ruse that he has no soldiers fighting inside Ukraine. Moulton said the mounting evidence of dead Russian soldiers is causing a domestic backlash for Putin. Russian and Ukrainian bloggers and activists have been compiling lists of Russian soldiers killed in Ukraine, including details of their service and circumstances of their deaths. New organizations in Russia representing soldiers’ families have sprung up to publicly challenge Putin’s narrative.

“Russia is clearly having a problem with their home front and the casualties they are taking from the war,” Moulton said. “The fact that they would resort to burning the bodies of their own soldiers is horrific and shameful.”

There had been unconfirmed reports of Russia using mobile crematoriums in Ukraine for months, including leaked videos purporting to show them. But never before have U.S. lawmakers confirmed that American officials also believe the claims.

The head of Ukraine’s security service, Valentyn Nalyvaichenko, said in January that seven truck-mounted crematoriums crossed into his country over a four-day period. « Each of these crematoriums burns 8-10 bodies per day, » he said.

The next month, Ukrainian President Petro Poroshenko held up the passports of several Russian soldiers and intelligence officers he said were captured or killed in Ukraine, rejecting the Russian assertions that these troops had accidentally wandered over the border.

For many in Washington, the Russian casualties represent a rare vulnerability for Putin — one that should be exploited through providing weapons to the Ukrainian military. This is a position held by the top U.S. military commander in Europe, General Philip Breedlove, Secretary of State John Kerryand many top lawmakers in both parties.

Yet, in the face of European resistance, President Barack Obama said in March that he was still pondering providing defensive arms to Ukraine. More than two months later, he has yet to make a decision. The result has been a de facto policy of limiting U.S. assistance to Kiev to non-military items. Even that assistance has been delivered late, or in many cases not at all.

Thornberry said arming the Ukrainians would raise the price Putin pays for his aggression. As long as Putin feels the cost of his Ukraine policy is manageable, Russian fueled instability will continue, he said.

The recently passed House version of next year’s national defense authorization act contains explicit authorization for appropriations to support Ukraine’s military and provide it with defensive lethal weapons. This goes further than the action Congress took last year in passing the Ukrainian Freedom Support Act, which Obama signed but still has not acted on with regard to lethal support for Ukraine. The new legislation would set aside money specifically for the arms, and provide for increased production of items the Ukrainians want including Javelin anti-tank missiles.

“We’re doing anything we can possibly think of to get at legislatively forcing it to happen.  How do we force the president to provide weapons to a country if he doesn’t want to? » Thornberry said. « I can’t find anyone who is against this except for President Obama.”

Moulton said that the West has a moral obligation to help the Ukrainians, and under current conditions, the Ukrainian military simply can’t face down the heavy weapons Russia continues to pour into Ukraine. He also said that if Putin isn’t confronted now, he will only become more aggressive later. “When a bear comes out of hibernation, he doesn’t have a few blueberries and go back to sleep. He is hungry for more,” said Moulton.

The Obama administration is understandably concerned that giving the Ukrainians arms will fuel the fire and risk a retaliatory Russian escalation. But if that’s the decision, Obama should let the Ukrainians and the American public know it. He then must come up with an alternative to the current, failing approach to stopping Putin’s murderous mischief.

Voir aussi:

Guerre d’Algérie, un jour qui ne fait pas date
Jean-Dominique Merchet

Libération

18 septembre 2003

Controverse sur le 5 décembre pour commémorer en France la fin du conflit.

La «journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord» aura lieu le 5 décembre, a annoncé hier le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. Cette date a été approuvée hier en Conseil des ministres. Pourquoi le 5 décembre qui ne correspond à aucun événement connu de la guerre d’Algérie ? Uniquement parce que, l’an dernier, Jacques Chirac était libre ce jour-là ! Le président de la République avait alors inauguré un mémorial, quai Branly à Paris, consacré aux 24 000 militaires «morts pour la France». «En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre…», dit Hamlaoui Mekachera.

Cessez-le-feu. «C’est bien la première fois que l’inauguration d’un monument devient une date historique», s’insurge Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca (fédération nationale des anciens combattants d’Algérie). Cette organisation, qui revendique 370 000 adhérents, milite pour la reconnaissance officielle du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian. Fêté en Algérie comme la victoire contre la France, le 19 mars est un chiffon rouge pour les autres associations d’anciens combattants. «La guerre ne s’est pas terminée à la date du cessez-le-feu. Il y a encore eu des milliers de morts après», explique Pierre Durr, secrétaire général de la Fédération nationale des combattants et prisonniers de guerre. C’est aussi l’avis du secrétaire d’Etat, qui était officier à l’époque. «Il nous fallait une date neutre», reconnaît Pierre Durr. D’où l’idée de l’inauguration du mémorial par Chirac, approuvée par neuf associations d’anciens combattants sur douze.

«C’est parfaitement arbitraire, constate l’historien Guy Pervillé, auteur d’un Atlas de la guerre d’Algérie (La Découverte). Ceux qui ne veulent pas du 19 mars n’ont toujours pas trouvé une autre date à commémorer.» Au regard du droit, il en existe pourtant une : le 2 juillet 1962. C’est la date limite pour l’attribution de la carte de combattant d’Afrique du Nord. «Mais c’est aussi l’indépendance de l’Algérie ! Difficile de commémorer cela en France», affirme Pierre Durr. D’autres vétérans célèbrent le 16 octobre 1977, quand un soldat inconnu d’Algérie a été inhumé à Notre-Dame de Lorette.

Le gouvernement voulait mettre de l’ordre dans ces histoires de calendrier. La gauche avait failli le faire en janvier 2002. Une proposition de loi socialiste avait été adoptée en première lecture par les députés, reconnaissant le 19 mars, mais, devant le concert de protestations à quelques mois des élections, le gouvernement Jospin avait reculé. En demandant que le texte soit approuvé par plus de 70 % des parlementaires. Revenue au pouvoir, la droite crée une commission. Présidée par l’historien Jean Favier, elle regroupe les représentants du monde combattant. Le 22 janvier 2003, ils remettent leur rapport, proposant la date du 5 décembre, contre l’avis de la Fnaca.

«Trahis». «Nous ne nous associerons pas aux cérémonies du 5 décembre et nous continuerons de notre côté à commémorer le 19 mars», prévient Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca. «Une commémoration doit rassembler. Or, le 19 mars n’aurait jamais fait l’unanimité, remarque Guy Pervillé. Pour certains anciens d’Algérie, c’est la date à partir de laquelle ils se sont sentis trahis par la métropole.» Seul point d’accord entre tous : personne ne réclame que cet «hommage national» devienne un jour férié chômé supplémentaire. Dommage.

Voir encore:

Etats-Unis. La bibliothèque de Ben Laden, un reflet de son obsession de l’Occident
Courrier international
21/05/2015

Livres, articles, lettres, rapports et un certain nombre de documents sur la France… La Direction nationale du renseignement américain a décidé de déclassifier la liste des documents trouvés dans la résidence du chef d’Al-Qaida à Abbottabad.

“La bibliothèque d’Oussama Ben Laden reflète la fixation qu’il faisait sur l’Occident”, titre le New York Times. Et pour cause, dans la liste déclassifiée des documents trouvés à Abbottabad lors du raid de mai 2011 publiée sur le site de la Direction nationale du renseignement américain figurent de nombreux ouvrages américains plutôt critiques à l’égard de la politique étrangère de la Maison-Blanche, des livres conspirationnistes et de nombreux articles et rapports sur différents aspects de la politique et de la société américaines.

Pour le quotidien, qui note également la présence dans cette bibliothèque de livres sur le djihad mais aussi sur l’art de la calligraphie ou la nutrition, ces ouvrages “montrent la fascination d’Oussama pour l’Ouest et les efforts qu’il faisait pour essayer de comprendre l’Amérique (pour mieux la combattre) et son besoin de confirmer ses croyances en la rapacité et la corruption américaine (peut-être pour mieux justifier les attentats d’Al-Qaida)”.

Une sorte d’étudiant en terrorisme
Le New York Times rappelle que le chef d’Al-Qaida avait étudié l’anglais dans une école de style occidental à Djeddah, en Arabie Saoudite, et que ses lectures suggèrent qu’“il a passé ses dernières années à plancher – comme une sorte d’étudiant en terrorisme spécialisé dans l’impérialisme américain”.

Enfin, le quotidien new-yorkais souligne qu’un grand nombre de documents retrouvés à Abbottabad concernent la France, “dont un rapport sur les inégalités de salaires en France, et un autre sur la gestion des déchets nucléaires dans l’Hexagone”.

Voir aussi:

Au Panthéon, les cercueils des deux résistantes seront vides
Laure Dautriche avec Cécile Bouanchaud

26 mai 2015

Les familles de Geneviève de Gaulle et de Germain Tillion ne souhaitent pas que les dépouilles quittent le caveau familial. Mais les cercueils ne seront pas vraiment vides.
Le Panthéon va accueillir mercredi quatre grands noms de la résistance. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay vont en effet faire leur entrée dans ce temple des Grands hommes. A cette occasion, François Hollande prononcera un discours pour célébrer l’esprit de résistance. Et dès mardi, une cérémonie d’hommages est prévue en fin d’après midi à la Sorbonne, où les cercueils seront veillés toute la nuit par des militaires. Deux des cercueils ne contiendront toutefois aucune dépouille. Les familles de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ont préféré que les dépouilles restent dans les caveaux familiaux. Mais c’est avant tout le symbole qui compte.

Les corps restent avec les dépouilles familiales. Ainsi, leur esprit sera au Panthéon, mais pas leur corps. L’Elysée a d’ailleurs accepté « avec une grand compréhension » la demande des deux familles. La mère de Germaine Tillion étant morte dans les chambres à gaz, « nous n’avons jamais pu faire notre deuil, faute de corps », racontent ses proches. Ils ne veulent donc pas revivre cette situation avec Germaine Tillion. La dépouille de l’ethnographe et ethnologue restera donc au cimetière de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne.

Une poignée de terre en guise de dépouille. La famille de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, elle, refuse que sa dépouille quitte le petit cimetière de Haute-Savoie, où elle est enterrée avec son mari. Leurs enfants ne veulent pas les séparer. « Elle avait une sépulture avec mon père, résistant savoyard, dans un petit village de Haute-Savoie, où il se sont mariés », détaille sa fille Isabelle. Dans le cercueil de Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon, il y aura donc une poignée de terre mise dans une petite boite sculptée par un des enfants de cette résistante du réseau du musée de l’homme.

« J’avais entendu que la famille d’Aimé Césaire avait fait la même démarche pour que sa sépulture reste en terre de Martinique. Il nous semblait vraiment important de respecter cet état, cette situation. On est allé dans l’intimité la plus absolue, la plus familiale, prendre une poignée de terre au cimetière de ce petit village, qu’on a mis dans une boîte, en y ajoutant quelques petits souvenirs. Maman était quelqu’un d’assez discret, très aimante, d’extrêmement humain, donc on y va presque sur la pointe des pieds », confie sa fille, Isabelle Anthonioz-Gaggini, qui a écrit un ouvrage sur les deux femmes panthéonisées.

« Les femmes ont joué un rôle prépondérant » dans la résistance. Cette dernière s’enthousiasme donc que les deux femmes, très peu nombreuses dans le temple républicain, entrent au Panthéon. « Mais par contre, ça me semble important que tout le monde sache que les femmes ont joué un rôle vraiment prépondérant à ce moment là de l’histoire et que ce rôle doit être dans nos mémoires, compte-tenu de tout ce qui continue à se passer aujourd’hui en matière de droits de l’Homme », réagit-elle.

D’autres cercueils sans dépouille. Au Panthéon, les quatre cercueils seront tous dans la même crypte, à part, pas très loin d’André Malraux et de Jean Moulin. Des cercueils presque vides, il y en a d’autres. En 1920, la famille de Léon Gambetta n’a donné au Panthéon que son « cœur » et elle a gardé le reste de sa dépouille. Pour Jean Moulin, qui est mort torturé par les nazis, son corps n’a jamais été retrouvé et ce sont ces « cendres présumées  » qui sont là au Panthéon.

Voir enfin:

Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
Selon un sondage Ifop pour Atlantico 62% des Français trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations. Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président. Un chiffre qui témoigne de la persistance du sentiment républicain en France.

Sondage Ifop-Atlantico
11 Août 2014
Info Atlantico

Atlantico : Le président de la République a été présent à de nombreuses commémorations cet été, que ce soit pour le débarquement de Normandie, ou plus récemment avec le 100ème anniversaire du début de la Première guerre mondiale. Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 62% des Français trouvent qu’il est légitime pour un président de la République d’y participer. Comment les Français ont-ils perçu la participation de François Hollande à ces événements historiques ?
Jérôme Fourquet : En dépit d’une polémique médiatique sur un excès de commémoration et une éventuelle stratégie de communication qui s’apparenterait à une stratégie de diversion, près de deux tiers des français (62%), trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations.

Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président.

Les sensibilités politiques individuelles s’y retrouvent : ainsi, les sympathisants de gauche estiment à 78% qu’il est normal et légitime quand ceux du Front National sont à 44%, et 59% à l’UMP. Cela signifie que même dans les camps les plus opposés à François Hollande, soit l’UMP et le FN, il y a un sentiment d’approbation à ce que le représentant du peuple français participe aux commémorations du débarquement de Normandie, et au centenaire du début de la Grande Guerre qui a traumatisé et changé en profondeur notre pays. Dans les institutions de la Vème république, il est communément admis et partagé, au-delà des clivages politiques, qu’un pays comme la France se doit d’être présent lors de ce type de cérémonie

Quelle est l’influence des sensibilités politiques des Français ?
Le fait que les sympathisants FN remettent en cause la capacité de François Hollande à représenter le peuple français renvoie à un déficit d’incarnation et de « présidentialité » qui lui est reproché depuis le début de son mandat. L’idée d’un président normal accolé aux polémiques de l’affaire Gayet-Closer a laissé des traces.

La question porte donc moins sur l’intensité des commémorations, que sur sa capacité à bien représenter la France, de manière plus globale, c’est-à-dire sur le style de sa présidence.

Le président sera d’ailleurs présent lors des commémorations du débarquement de Provence sur le Charles de Gaulle le 15 aôut, mais à la lueur de ce sondage, on peut penser qu’il n’y aura pas matière à relancer la polémique.

Les résultats de ce sondage montrent aussi que le sentiment républicain existe encore dans ce pays, puisqu’une large majorité estime qu’il est normal qu’il y participe.

Néanmoins, dans cette séquence si consensuelle, on aurait pu imaginer qu’à la deuxième question il ait eu des scores plus élevés. On voit que 45% estiment qu’il n’a pas bien fait son travail. Les 45% de mécontents montrent qu’il y a encore beaucoup d’efforts à accomplir pour que François Hollande soit pleinement reconnu dans sa fonction présidentielle sous la Vème République.

A quel point ces résultats pourraient influencer sa cote de popularité, à l’aube d’une rentrée politique qui s’annonce difficile ?
Je pense qu’il est assez illusoire de s’attendre à un regain dans les cotes de popularité. Les 45% de Français qui lui dénient de bien assurer sa prestation illustre le lien très dégradé qui le lie avec les Français. Ils attendent plus qu’un beau discours, François Hollande est attendu sur le front économique, pour sortir de la crise, ils attendent de lui qu’il passe un cap, ainsi qu’une certaine autorité pour mettre à bien les réformes. Dans quelques jours, l’Insee publiera l’activité économique au premier semestre, et les bruits de couloirs disent qu’ils ne sont pas bons.

Les membres du gouvernement ont donc commencé à préparer le terrain, en prévenant que la croissance risquait d’être atone, et que les engagements déficitaires ne seront pas tenus. C’est bien là-dessus que les français élaboreront leur opinion sur le président.

En début d’année 2013, lorsque François Hollande a décidé d’envoyer une force militaire au Mali, on avait pu voir la polémique, en partie équivalente sur le fait qu’il voulait endosser les habits de commandant en chef pour grimper dans les sondages. Au final, le gain de popularité n’avait été que d’un point. Les Français font donc la part des choses. Après le 15 août en revanche, François Hollande sera confronté sur des sujets beaucoup plus réels puisqu’il sera confronté à son bilan, et il lui sera difficile d’invoquer l’héritage et l’ardoise laissés par ses prédécesseurs après deux ans et demi de mandat.

Que penser de l’opinion des sympathisants du Front national, réputés attachés aux évènements qui fondent l’histoire de la France ?
L’élément moteur qui explique ce rejet, c’est que c’est dans cet électorat, l’idée du complot est le plus répandu que dans les autres formations. Les électeurs du FN sont donc plus prompts à voir dans un certain nombre d’actions du gouvernement une stratégie de diversion. C’est l’électorat qui est le plus inquiet pour le pays, dans sa situation sociétale, sociale et économique. Si vous écoutez Marine Le Pen qui est, et c’est heureux pour elle, assez en phase avec son électorat, ces représentations ne sont que des paroles. On va être dans une lecture très pessimiste de l’histoire, et elle dit clairement que les gouvernants ont refusé à gouverner et qu’il s’agit de « discours de façade ». Le décalage avec le réel, la capacité à faire respecter une interdiction de manifester, ramener l’ordre dans les banlieues est jugé trop important. De même, Marine Le Pen illustrait bien cette idée en disant que François Hollande n’était qu’un « sous-préfet » de Bruxelles, le ramenant alors à une fonction qui ne serait qu’honorifique, comme son homologue allemand en Alsace pour l’anniversaire du début de la Grande Guerre.

Voir par ailleurs:

Un seul empereur sous le ciel ?

Laurent Murawiec

L’Esprit des Nations

Editions Odile Jacob, 2001, pp. 102-106

L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction.

L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste.

Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. Comme l’écrit un idéologue du régime : « La renaissance de l’esprit chinois sera comme la cloche du matin pour l’ère du [monde centré sur l’océan] Pacifique. Toute gloire à la Grande Chine. L’avenir appartient à l’esprit chinois modernisé au nom du siècle nouveau. » À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier.

La Chine de ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade. Deng l’avait fortement exprimé devant Henry Kissinger : « La Chine ne craint rien sous le Ciel ni sur la Terre. » De même, avec précision, le général Mi Zhenyu, commandant en second de l’Académie des sciences militaires : [En ce qui concerne les Etats-Unis,] pendant une période de temps assez considérable, nous devons absolument entretenir notre soif de vengeance […]. Nous devons celer nos capacités et attendre notre heure. » Qu’est-ce qu’une grande stratégie chinoise ?

L’ « Esquisse d’un excellent stratège chinois » de l’universitaire taiwanais Chien Chao l’avait montré : « Il attend patiemment l’occasion propice, en alerte, observant et analysant constamment la situation. Quand il agit, ses actions tendent à être indirectes et trompeuses, et souvent il essaie d’atteindre son but en utilisant une tierce partie. Quelques fois exagérera-t-il et mentira, mais toujours il feindra. Il fait de son mieux pour stopper l’avance de son adversaire. Il pourra attirer, éprouver et menacer l’adversaire, mais, à moins que cela ne soit absolument nécessaire, il ne lancera pas de choc frontal réel avec lui. S’il le doit, il agira avec promptitude et voudra prendre rapidement le contrôle de l’adversaire. Il est toujours disposé à abandonner ou à se retirer, car cela n’est qu’un pas en arrière avant de revenir. »

Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique.

Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme.

L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941.

La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant.

Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures.

La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée.

Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage.

Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction.

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Beijing warns US: ‘We will fight back’ as battle of words escalates over South China Sea
China reveals ‘active defence’ military strategy after US flies surveillance jet over disputed territory
Jamie Fullertone
Beijing
The Independent
26 May 2015

China has upped its military posturing, issuing a strategy paper saying Beijing would “surely counterattack if attacked” by an enemy amid concerns from the US and neighbouring countries over its developments in the South China Sea.
The release of the document came shortly after Beijing lodged a complaint against the US for flying a surveillance jet over disputed territory in the South China Sea, where China is building artificial islands.

Chinese state media reported that the white paper, issued by the state council, the country’s cabinet, underscored that Beijing was committed to world peace and believed that a world war was unlikely. But it added that “small-scale wars, conflicts and crises are recurrent in some regions”. The state-owned news agency Xinhua highlighted one particular phrase, which appeared in the “Strategic Guideline of Active Defence” section: “We will not attack unless attacked, but we will surely counterattack if attacked.”

Much to the concern of its neighbours and the US, China, the dominant powerhouse in the region, has been building artificial islands and buildings in the disputed South China Sea, where the Philippines, Vietnam, Malaysia, Brunei and Taiwan all have overlapping claims.

In one area, the Spratly islands, the US says China has created 2,000 acres of land, with satellite images showing what appears to be an airstrip.

The paper said that China’s armed forces would work to “resolutely safeguard China’s sovereignty [and] security and development interests” and work towards “realising the Chinese dream of achieving the great rejuvenation of the Chinese nation”.

The white paper on China’s military strategy said it would fight back if attacked (Reuters)

Announcing its release, the People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun appeared to be referring to the US when he said that “outside powers” were attempting to “tarnish the Chinese military’s reputation and create an atmosphere of exaggerated tension.” He added: “We cannot eliminate the possibility that this is to create excuses for the actions that certain countries may be planning to take.”

Although President Barack Obama recently said that China was acting like a “bully” towards its neighbours in the South China Sea, the US refrained from having a physical presence in the disputes until it flew a spy plane over the region. The move sparked a diplomatic row, and the Chinese foreign ministry spokeswoman Hua Chunying called the flyover “provocative behaviour”.

China’s rampant land reclamation efforts in the sea have alarmed its neighbours and the US over Beijing’s potential military ambitions there. But despite satellite images showing runways and helipads, Beijing has never acknowledged that the building work is military in nature.

People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun holds a copy of the annual white paper during a news conference in Beijing (Reuters)

On Tuesday, it compared the building efforts to simple road construction.
“Every day all around China, there are all kinds of construction projects being started [such as] building homes, paving roads, building bridges, opening new farmland, etc,” Mr Yang said. “Looking from the angle of sovereignty, China’s development of construction on its islands is no different at all from all the other types of construction going on around the country.”

Taiwan’s President Ma Ying-jeou proposed a peace initiative yesterday for the South China Sea, asking claimants to cast aside disputes and concentrate on sharing resources instead. “We demand that freedom of navigation and overflight be respected in the South China Sea,” he said, urging a resolution before “major conflict breaks out.”

The statement was rebuffed by Ms Hua, who said in response: “We believe Chinese people on both sides of the Strait have a duty to jointly protect China’s territorial sovereignty and maritime rights and interests and safeguard the stability of the South China Sea region.”

Voir aussi:

US-China war ‘inevitable’ unless Washington drops demands over South China Sea
Warning from state-run China newspaper as Beijing reveals plans for development of disputed South China Sea islands
Julian Ryall, Tokyo
26 May 2015

China’s armed forces are to extend their operations and its air force will become an offensive as well as defensive force for the first time, in a major shift in policy that will strengthen fears of accidental conflict.
A policy document by the state council, or cabinet, said China faced a “grave and complex array of security threats”, justifying the change.
The People’s Liberation Army, including its navy and air force, will be allowed to “project power” further beyond its borders at sea and more assertively in the air in order to safeguard its maritime possessions, the white paper stated.

The navy will add “open seas protection” to a traditional remit of “offshore waters defence”, it said.
The posture risks escalating the tension over disputed islands in the South China Sea and elsewhere in the Pacific, where the United States is determined to protect the interests of allies like Taiwan and the Philippines.

Only last week, a US aircraft ignored repeated warnings from the Chinese military to fly a reconnaissance mission over the islands.

Global Times, a tabloid newspaper run by the Communist Party, said that China might have to “accept” there would be conflict with the United States.

“If the United States’ bottom line is that China has to halt its activities, then a US-China war is inevitable in the South China Sea”, said the paper, which is often seen as a mouth-piece of hardline nationalists in the government in Beijing.

State media reported on Tuesday that Beijing had begun building two lighthouses on reefs in the Spratly Islands, a smattering of outcrops that are claimed by an array of countries including not only China but also Vietnam and the Philippines.

Last month, satellite imagery revealed the Chinese had almost completed an air strip on another reef – Fiery Cross – while they are turning another rock, Mischief Reef, into a full island through land reclamation.

The Global Times article described the construction of runways, harbour facilities and buildings on the disputed Spratly Islands as the nation’s “most important bottom line”.

Speaking at a press conference in Beijing, Yang Yujun, a spokesman for the Defence Ministry, dismissed international criticism of China’s policies in the South China Sea, claiming the work was the same as building roads and homes on mainland China and that it would benefit “the whole of international society”.

“From the perspective of sovereignty, there is absolutely no difference”, he said, adding that “some external countries are also busy meddling in South China Sea affairs”.

Analysts say neither Washington nor Beijing appear to be in the mood to back down and that there is a serious risk of a minor incident in airspace around the islands escalating rapidly.

“I think the concern has to be that China misjudges the situation”, said Robert Dujarric, director of the Institute of Contemporary Asian Studies at the Japan campus of Temple University.

“Neither party wants a war if it can be avoided, but there are red lines for both sides”, he said. “I worry whether Beijing considers the US to be a declining power and assumes that Washington will back down if it shoots down a US observation aircraft”.

Washington chose to “de-escalate” a major crisis that blew up after a Chinese fighter collided with a US Navy intelligence-gathering aircraft off Hainan Island in April 2001.

However, Prof. Dujarric said there would be a different response if a similar incident were to occur in what Washington insists is international air space over the South China Sea.

Recent developments have provoked new concerns in the region, with Ma Ying-jeou, the president of Taiwan, calling for the different nations laying claim to the South China Sea to put their differences aside and carry out joint development of natural resources.

Voir enfin:

La guerre cachée  du Kremlin contre l’Europe

Françoise Thom*

* Historienne, spécialiste de la Russie. Auteur, entre autres nombreuses publications

POLITIQUE INTERNATIONALE

« Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe » (Vladimir Poutine à Bill Clinton en novembre 1999) (1).

« Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres » (Alexandre Prokhanov) (2).

« Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe ». (Vladimir Soloviev) (3).

Une ambition de puissance qui ne date pas d’hier

En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée.

Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest

Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien !

Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne.

Dès mars 1993, Boris Eltsine exigeait que « les organisations

internationales, y compris l’ONU, reconnaissent à la Russie des

droits particuliers en tant que garante de la paix et de la stabilité

sur le territoire de l’ex-URSS ». À partir de l’arrivée d’Evguéni

Primakov aux Affaires étrangères en janvier 1996, la diplomatie

russe prend une tournure néo-soviétique de plus en plus mar-
quée. Un nouvel accent est mis sur les relations avec les voisins

de la Russie  : avec les pays d’Europe centrale et orientale que

M­oscou avait négligés depuis la fin du Pacte de Varsovie, mais

aussi avec le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et l’Extrême-Orient.

Les axes eurasiatiques de l’action russe se dessinent clairement :

« partenariat stratégique » avec la Chine (4) en 1996 ; création à

l’automne 1997 d’une troïka Eltsine-Kohl-Chirac dans laquelle la

Russie voit l’embryon d’un directoire européen à vocation anti-
américaine (« la première victoire presque inconditionnelle [de la

Russie] en politique étrangère » (5) selon la presse de l’époque) ;

Françoise Thom 71

consolidation de l’emprise russe sur la CEI, marquée notamment

par un accord de réintégration signé avec le Bélarus en avril 1997 ;

un traité d’amitié avec l’Arménie en août 1997, prévoyant une

alliance militaire entre les deux pays, et donc des bases russes en

Arménie. Le  1er décembre 1999, la  Douma adopte en première

lecture un  projet de  loi intitulé «  Modalités pour l’adhésion à

la  Fédération de Russie et la  création au  sein de  la  Fédération

d’une nouvelle formation territoriale ». Cette loi réglemente non

seulement le  redécoupage des  «  sujets  » de  la  Fédération, mais

aussi l’inclusion éventuelle d’États étrangers ou de  territoires

appartenant à des États étrangers (article 4) (6). On le voit : les

ingrédients de la politique de Poutine étaient déjà présents durant

les années Eltsine. Ce qui manquait à l’époque à la diplomatie

russe, c’étaient les moyens, la discipline et la persévérance.

Première phase : la mobilisation de l’opinion en Russie

On a répété à l’envi que Poutine et la caste tchékiste qui l’en-
toure ne sont pas des stratèges, qu’ils ne font qu’« improviser ».

L’analyse de la politique conduite depuis 1999 révèle au contraire

un esprit de suite et une obstination dans la poursuite des objectifs

Commençons par le premier acte. Pour les siloviki (les offi-
ciers des structures de sécurité), l’étape préalable à la restauration

du grand empire eurasien détruit par l’impéritie de l’ancienne

nomenklatura communiste est le retournement de l’opinion

en Russie même. Il fallait un choc pour inciter la société russe

à faire bloc derrière la nouvelle élite tchékiste. Du 4  au16  sep-
tembre 1999, quatre mystérieuses explosions meurtrières se pro-
duisent dans des villes de Russie (deux à Moscou), faisant plus

de 300 morts. Poutine, qui vient d’être nommé premier ministre,

attribue ces attentats plus que suspects (7) aux Tchétchènes. Sa

rhétorique musclée suscite une vague patriotique qui lui permettra

de se présenter en chef de guerre et de se faire élire président en

mars 2000, en pleine guerre contre la Tchétchénie.

Le nouveau chef de l’État et la secte de l’ex-KGB propulsée

avec lui au Kremlin peuvent se féliciter : désormais, le rétablis-
sement de la grande puissance russe est un objectif partagé par

l’opinion. La Russie a cessé de se débobiner avec l’écrasement

de la rébellion tchétchène. À présent, elle peut entamer la phase

de reflux, récupérer les terres perdues avec la chute de l’URSS.

Comme l’écrit Alexandre Prokhanov, l’un des idéologues en vogue

à l’époque du troisième mandat de Vladimir Poutine, entamé en

2012 : « À la fin des années 1990 et au début des années 2000, il

fut décidé de renoncer à l’idée mort-née de l’État national.

Après la deuxième guerre de Tchétchénie commença la renais-
sance de l’empire russe. Après avoir écrasé les séparatistes, le

Kremlin recolla le pays grâce à de nouvelles agrafes d’acier — les

districts fédéraux — et rectifia les Constitutions et les lois locales.

(…) Maintenant, la Russie est prête à revenir dans les régions d’où

elle avait reflué à l’époque de sa faiblesse » (8).

L’exaltation patriotique et les succès économiques — dus à

la hausse du prix des hydrocarbures — font accepter à la majorité

de la population la mise au pas du pays, l’asservissement de la

presse, le grignotage inexorable des libertés. La première moda-
lité de la « guerre hybride » qui fera ses preuves en Ukraine en

2014  est appliquée contre la société russe durant cette période

initiale du régime poutinien : se camouflant derrière l’Inspection

fiscale, le parquet, des partis bidons, voire des oligarques, n’agis-
sant jamais à visage découvert, le Kremlin éradique et neutralise

tous ses adversaires et fait de la Russie une parfaite table rase.

Le pays devient un tremplin monolithique à partir duquel ­Poutine

peut se consacrer à la phase suivante  de son grand dessein : la

réintégration autour de Moscou de l’espace ex-soviétique. Car

« le véritable critère de la souveraineté et de l’indépendance d’un

État est sa capacité à être le noyau et le centre de rassemble-
ment d’autres États, à court terme et à long terme » (9).

Dans un premier temps, les hommes du Kremlin ont un sens

aigu de la faiblesse de la Russie. Ils sont conscients que leur projet

visant à reconstituer l’empire n’est réalisable que si les États-Unis

et l’UE sont neutralisés. La « guerre contre le terrorisme » per-
mettra un rapprochement avec l’administration Bush. Aux

­Européens Poutine propose un « partenariat énergétique » que les

intéressés saisissent avec empressement. Dès 2000, les dirigeants

russes envisagent d’utiliser les Européens de l’Ouest pour for-
cer les pays d’Europe centrale et orientale à déférer aux volon-
tés de Moscou. Par exemple la Pologne, toujours rebelle : « La

­Russie préfère prendre toutes les décisions à Bruxelles et dans les

capitales ouest-européennes, dans la certitude que les partenaires

européens aînés pourront agir sur la Pologne. Il se peut que la

position arrogante des négociateurs russes soit payante et que les

Polonais cèdent devant les pressions conjointes des Russes et des

Mais, d’emblée, Moscou donne la préférence à sa politique

traditionnelle de priorité aux relations bilatérales avec les États

européens, ce qui permet la mise en concurrence de ceux-ci pour

l’obtention des faveurs de Poutine. Dès 2004, Sergueï Markov,

un expert proche du Kremlin, explique qu’il est souhaitable pour

Moscou d’avoir affaire « non à la bureaucratie européenne, mais

aux locomotives de l’intégration, surtout l’Allemagne et la France,

de même que l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre » car « les bureau-
crates européens considèrent la Russie comme un problème et

n’ont pas peur d’entrer en conflit avec elle » (11).

Poutine sait que les contrats gaziers entraînent une dépen-
dance durable entre consommateurs et producteurs. En liant les

pays européens à Gazprom, il travaille à créer dans chacun d’entre

eux un lobby pro-russe proche du pouvoir, capable de bloquer

toute initiative jugée indésirable à Moscou et de faire passer les

initiatives voulues par le Kremlin. Dans la logique de rapport

des forces qui est la sienne, la Russie préfère avoir affaire à des

États européens isolés, car elle est alors en mesure d’obtenir ce

qu’elle veut grâce au parti russe bien implanté dans chaque capi-
tale européenne : très vite, en Europe, on comprend que ceux qui

servent les intérêts russes sont généreusement rétribués. Hommes

politiques, industriels, journalistes et experts se pressent pour

bénéficier de la manne. Le calcul de Moscou est de créer une

situation où les grands pays d’Europe (l’Allemagne, l’Italie, la

France pour le gaz) dépendront des hydrocarbures russes, et de

former un « politburo européen » regroupant ces pays et leurs diri-
geants « schröderisés ». Grâce à ce réseau de relations bilatérales

patiemment tissé, la Russie se retrouverait alors en position domi-
nante — un peu comme le Pacte de Varsovie était venu, en 1955,

couronner les accords bilatéraux entre l’URSS et les démocraties

À partir de 2004, la politique de Poutine va s’infléchir, sous

l’influence de l’enlisement américain en Irak, de l’augmen-
tation du prix des hydrocarbures, de l’élargissement de l’UE

et de l’éclatement de plusieurs «  révolutions de couleur  » dans

l’espace post-soviétique. Comme le président russe et sa cote-
rie de siloviki ne comprennent ni la liberté ni la complexité des

74 POLITIQUE INTERNATIONALE

phénomènes sociaux, ils voient dans ces révolutions le résultat

de complots ourdis par des puissances hostiles à la Russie, au

premier rang desquelles les États-Unis. Ils en tirent la conclusion

que ceux-ci n’ont pas l’intention de laisser l’Europe à la ­Russie,

contrairement à ce que donnait à penser l’attitude europhobe des

néo-conservateurs de l’entourage du président Bush. Poutine en

conçoit un violent ressentiment contre l’Amérique. Ce glissement

vers un affrontement avec Washington (dont les Américains ne

sont guère conscients) s’accompagne d’une activation de la poli-
tique européenne. La Russie s’efforce de faire main basse sur les

infrastructures énergétiques de son «  étranger proche  » et des

nouveaux membres de l’UE. Parallèlement, elle cherche à obtenir

un accès aux réseaux de distribution dans les pays de l’UE. Dès

2005, après la signature avec l’Allemagne d’un accord en vue de

la construction du Northstream (un pipeline reliant directement

les deux pays sous la mer Baltique), elle se considère comme une

superpuissance énergétique. Elle peut se permettre de fermer les

robinets du gaz aux pays insoumis et de forcer les autres à lui

abandonner des pans toujours plus importants de leur souverai-
neté en échange de rabais sur la facture gazière.

Avec la crise des subprimes en 2007-2008, les dirigeants

russes pressentent non seulement le recul des États-Unis mais la

défaite de l’Occident tout entier. Désormais, au révisionnisme

post-soviétique s’ajoute un révisionnisme néo-soviétique  : de

même que l’URSS ne s’était jamais résignée à l’ordre européen

de l’après-guerre — qui reposait sur la coopération puis sur la

construction d’un espace commun sous la garantie de sécurité

apportée par les États-Unis —, la Russie de Poutine ambitionne

de subvertir cet ordre européen des années 2000  qui l’empêche

de s’assurer une position dominante sur le continent. Les adeptes

russes de la géopolitique sont persuadés que l’Union soviétique

a implosé parce que Moscou n’avait pas réussi à instaurer son

contrôle sur le « Rimland » de l’Europe, c’est-à-dire sur les pays

ouest-européens. La reconstitution du « grand espace » eurasien

doit donc englober l’Europe occidentale si l’empire est bâti pour

durer. C’est pourquoi la réintégration de l’espace ex-soviétique doit

nécessairement s’accompagner d’un démantèlement de l’Union

européenne et de l’effilochage du lien transatlantique : autrement

dit de la destruction de tout l’ordre européen de l’après-guerre.

La crise géorgienne offre à la Russie la première occasion

de mesurer les progrès de sa stratégie. En avril 2008, lors du

sommet de Bucarest de l’Otan, Moscou remporte un grand suc-
cès  : la France et l’Allemagne bloquent le Membership Action

Program (MAP), l’étape préalable de l’élargissement de l’Alliance

atlantique à la Géorgie et à l’Ukraine. Pour le Kremlin, le test

est positif  : Paris et Berlin ont pris le parti de Moscou contre

Washington. Il est maintenant possible d’aller plus loin. Le

président Medvedev, tout juste élu, propose la mise en place d’un

nouveau système de sécurité en Europe. Cette démarche résulte

de l’évaluation faite à Moscou de la nouvelle «  corrélation des

forces ». Aux yeux des dirigeants russes, l’effacement américain

est acquis ; il faut que l’Europe en prenne acte et donne une forme

institutionnelle à la situation qui s’est créée. Pour les Russes, le

droit est toujours la codification d’un rapport des forces. Celui-ci

ayant évolué au détriment des États-Unis et en faveur de la Russie,

l’architecture de sécurité européenne doit être modifiée en consé-

quence. En s’adressant aux États européens « en qualité d’États

nationaux, en excluant les considérations de bloc ou de grou-
pements » (12), le pacte proposé par Medvedev a vocation à mar-
ginaliser les structures existantes auxquelles la Russie n’est pas

en mesure de dicter sa volonté, à savoir l’Otan et l’UE. Tel est le

contexte de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 qui poursuit

deux objectifs : montrer que la Russie estime désormais avoir les

mains libres pour agir dans l’espace ex-soviétique comme bon lui

semble ; et prouver à tous les alliés des États-Unis que la protec-
tion américaine est devenue une fiction. À Moscou, l’Otan est

perçue « non comme un bloc militaire mais comme un club poli-
tique amorphe et mou » qui étale sa faiblesse en Afghanistan (13) :

preuve que les innombrables experts qui font valoir que l’élargis-
sement de l’Otan serait vu à Moscou comme une « menace » sont

loin du compte. La Russie ne prend plus l’Otan au sérieux en tant

que force militaire depuis longtemps. Si elle s’oppose à son élar-
gissement, ce n’est pas parce qu’elle craint pour sa sécurité mais

parce que l’adhésion à l’Otan rend les pays limitrophes moins

vulnérables au chantage et à la subversion russes.

2008-2014 : la reprise en main de l’« étranger proche »

La crise de 2008-2009 frappe la Russie de plein fouet et dissipe

quelque peu l’euphorie patriotique qu’avait suscitée le démembre-
ment de la Géorgie. Mais au Kremlin, on se console en consta-
tant que les circonstances sont propices aux ambitions russes  :

la montée du populisme anti-européen  ; le rejet des politiques

d’austérité  ; la vogue du souverainisme et du protectionnisme  ;

et la flambée de xénophobie dans nombre de pays de l’Union

européenne. Autant de phénomènes dont on se félicite à Moscou.

Comme l’a dit Marine Le Pen, visiblement bien briefée par ses

mentors moscovites : « La crise donne la possibilité de tourner le

dos à l’Amérique et de se tourner vers la Russie » (14).

Les suites de la guerre russo-géorgienne conduisent le

Kremlin à une double conclusion. D’un côté, l’Union européenne

semble plus que jamais un obstacle aux ambitions russes. En mai

2009, en effet, l’UE instaure le Partenariat oriental, auquel sont

invités l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Géorgie, la

Moldavie et l’Ukraine ; et en juillet 2009, elle adopte le troisième

paquet énergétique qui prévoit la dissociation de la production et

de l’acheminement des ressources énergétiques — une mesure

qui vise avant tout l’empire Gazprom. En revanche, la politique

de rapprochement bilatéral avec les États européens paraît por-
ter ses fruits. Les Américains se désintéressent de l’Europe et se

lancent dans la politique du « reset », comme s’il ne s’était rien

passé en Géorgie. Nombre d’États européens, la France en tête, se

ruent dans la coopération militaire avec la Russie, appâtés par le

faux dégel impulsé à ces fins par Medvedev, l’homme de paille de

Les responsables russes prévoient de créer l’Union eurasienne

en janvier 2015. La perspective de faire renaître le grand empire

continental dont la Russie entend être la force dirigeante confère

une nouvelle urgence à la tâche à laquelle le Kremlin travaille

depuis longtemps : l’éclatement de l’Union européenne. Car, tant

que cette dernière subsiste, l’Union eurasienne ne peut qu’être

fragilisée par ce pôle d’attraction dont la force se fait encore sen-
tir malgré la crise de 2008-2009. « Si l’Union européenne est une

pure zone d’occupation par les États-Unis, l’Union eurasienne,

elle, se présente en tant qu’alternative à l’occupation améri-
caine » (15). Dans l’esprit des hommes du Kremlin, l’heure du

bras de fer avec l’UE et les États-Unis approche. Comme l’a dit

Sergueï Markov  : « En 1939, nous avons conclu un pacte avec

le diable pour diviser le front occidental solidaire. Aujourd’hui,

notre tâche est de détruire le front commun entre les États-Unis et

l’Union européenne — un front où, en guise de voix de l’Europe,

nous entendons seulement l’écho de Washington » (16).

Après le lancement par l’UE du Partenariat oriental, Moscou

décide de précipiter la signature de l’Union douanière entre la

Russie, le Bélarus et le Kazakhstan en janvier 2010. Cette date

coïncide avec une grande victoire de Vladimir Poutine : son favori

Viktor Ianoukovitch, un ancien repris de justice multirécidiviste,

est élu à la présidence de l’Ukraine. Il est instructif d’examiner

la façon dont la Russie a, au cours des années suivantes, noyauté

l’Ukraine. Kiev est d’abord appâté par une substantielle baisse des

ministre ukrainien de l’Éducation nationale, Dmitri Tabatchnik,

qui considère que le « monde russe » contribue à la renaissance

spirituelle des Ukrainiens, joue un rôle important dans ce pro-
cessus. Non content d’imposer la conception russe de l’histoire

ukrainienne en faisant réécrire les manuels d’histoire, il patronne

la création d’une multitude de centres de culture russe qui ser-
vent de points d’appui à la subversion de l’État ukrainien par les

services de Moscou. À partir de 2010, le Centre de coordination

des organisations de compatriotes russes chapeaute 116 groupes

dispersés sur le territoire de toute l’Ukraine (17). À l’été 2012,

le Comité des relations avec les Russes de la CEI est invité à

intensifier son activité. Il est alors décidé de regrouper dans une

organisation unique — «  Notre patrie l’Union eurasienne  » —

tous les groupes pro-russes actifs sur le territoire de la CEI. Il est

aussi question de recruter des « bataillons slaves » sous l’égide de

cette organisation. Des « cabinets du monde russe » sont ouverts

à Sébastopol, Kherson, Kharkov et Lougansk. De 2010 à la chute

de Ianoukovitch en février 2014, la Russie va systématiquement

phagocyter l’État ukrainien, détruisant son armée, ses services

secrets, sa police et son économie (à l’exception des industries

travaillant pour le complexe militaro-industriel russe).

L’Ukraine passée sous le contrôle russe, le moment est venu

d’accélérer la défection des États de la périphérie de l’UE. Le

Kremlin va utiliser à cette fin ses atouts habituels : le pétrole et le

au lieu de 330 auparavant. Le

La stratégie de grignotage de l’UE à la périphérie

L’examen des méthodes de Moscou dans un certain nombre

de pays nous en apprend beaucoup sur l’approche russe. Comme

on va le voir, des méthodes similaires sont, en effet, appliquées

En avril 2010, le président Medvedev annonce que le prix

du gaz russe vendu à l’Ukraine sera réduit de 30 %. En échange,

l’Ukraine s’engage à ne pas exporter vers la Pologne le gaz de

pays tiers, tant que Varsovie ne sera pas parvenue à un accord

avec Moscou. Medvedev annonce que les pays que le Kremlin

considère comme ses «  partenaires  » recevront un «  traitement

préférentiel  ». L’offre est étendue à la Pologne. Façon, pour la

Russie, de tester la capacité de l’UE à imposer le troisième paquet

énergétique. Le président Kaczynski s’oppose à la signature de

ce contrat avec Gazprom. Sur ce, le 10 avril 2010, se rendant à

Katyn pour y commémorer le massacre des officiers polonais

commis par l’Armée rouge en 1940, le président polonais périt

dans un accident d’avion au-dessus de Smolensk, avec 95  per-
sonnes représentant une bonne partie de l’élite anti-russe de la

Pologne, y compris les officiers supérieurs de l’état-major polo-
nais formés aux États-Unis. La Russie, chargée de l’enquête sur

les causes de la catastrophe, fournit une foule d’explications

contradictoires, sans parvenir à convaincre les sceptiques : car la

mort de Lech Kaczynski est littéralement providentielle pour le

Kremlin. Le 29 octobre 2010, malgré les objections de l’UE, le

premier ministre Donald Tusk signe le contrat avec Gazprom, qui

prévoit la livraison de 11  milliards de m3 de gaz russe pendant

vingt ans. Gazprom a obtenu gain de cause sur l’essentiel  : le

maintien de son monopole sur le gazoduc Yamal-Europe traver-
sant la Biélorussie et la Pologne. Désormais, la Russie a barre

sur la Pologne. Gazprom se sent assez puissant pour circonvenir

le gouvernement comme en témoigne l’affaire du mémorandum

signé en avril 2013 avec EuroPolGaz, l’opaque compagnie gérant

le secteur polonais du gazoduc Yamal-Europe. Ce document enga-
geait les deux parties à construire un gazoduc de transit permet-
tant de contourner l’Ukraine en échange d’une baisse des prix du

gaz russe à la Pologne. Ce mémorandum fut signé à l’insu du gou-
vernement polonais et le premier ministre Tusk, dont la position

avait évolué entre-temps, dut intervenir pour faire avorter l’affaire

et enquêter sur les différents leviers que Gazprom avait utilisés

Succès encore plus éclatant en Hongrie  : le 29  mai 2010,

Viktor Orban devient chef du gouvernement. Il a l’intention de

laisser filer le déficit public, mais se heurte à l’opposition de

Bruxelles. Poutine saute sur l’occasion et parvient à retourner cet

ancien anticommuniste en faisant miroiter un gros contrat avec

Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique. Il s’agit

d’agrandir la centrale nucléaire hongroise de Paks. Les Russes

s’engagent à financer le projet en prêtant 10 milliards d’euros à la

Hongrie. Le 3 mars 2015, le Parlement hongrois porte de quinze

à trente ans la durée pendant laquelle cet accord nucléaire avec la

Russie devra rester secret, alors que l’opposition dénonce l’opacité

des transactions ayant débouché sur ce contrat attribué sans appel

d’offres. En outre, la Hongrie achète 50 % de son gaz à la Russie.

Poussé par son ami Poutine, Orban va maintenant s’arranger pour

rendre la vie impossible aux grands groupes d’énergie européens

qu’il force à quitter le pays. Un départ qui se fait au bénéfice d’un

petit cercle de proches qui profitent de la générosité de Gazprom

et des gros contrats avec la Russie (19). Ainsi, le rapprochement

économique avec la Russie se traduit par une « poutinisation » du

régime qui s’appuie de plus en plus sur des oligarques proches du

pouvoir et prospérant grâce aux largesses du Kremlin. Orban n’a

plus rien à refuser à Moscou. Encouragé par le Kremlin, il soutient

l’irrédentisme hongrois en Ukraine, n’hésitant pas depuis mars

2010 à distribuer des passeports hongrois aux citoyens ukrainiens

d’origine hongroise (ils sont environ 150 000) : « Les Hongrois

établis dans le bassin des Carpates sont en droit de prétendre à la

double nationalité et à l’autonomie (…). Voilà en clair ce que nous

attendons de la nouvelle Ukraine » (20).

Le Parti des droits civiques (SPO) de Milos Zeman, qui

échoue de peu aux élections législatives de 2010, est financé par la

compagnie pétrolière russe Lukoil. En 2013, Milos Zeman est élu

président de la République. En 2014, il sera de ceux qui condam-
neront les sanctions prises contre la Russie, estimant que la guerre

en Ukraine est une « guerre civile » (21).

La Slovaquie dépend de Gazprom pour 60 % de ses appro-
visionnements en gaz. Depuis l’arrivée au pouvoir des sociaux-
démocrates (ex-communistes) de Robert Fico en 2006, ce pays a

épousé les positions de la Russie sur la question du Kosovo et sur

la guerre russo-géorgienne. Bratislava a manifesté une mauvaise

volonté évidente lorsque l’UE a tenté d’organiser un approvision-
nement de l’Ukraine en gaz « de revers », afin de contourner le

chantage de Gazprom (22). En 2014, Fico a estimé que les sanc-
tions édictées contre la Russie étaient « absurdes ».

Le cas de la Serbie est particulièrement instructif car ce pays

revêt une importance énorme aux yeux de Moscou, pour des rai-
sons historiques et géopolitiques. Après la chute de Milosevic en

2000, les gouvernements serbes avaient poursuivi une politique

plutôt pro-occidentale. Mais, en 2008, la Serbie signe un accord

gazier et pétrolier avec la Russie. La compagnie GazpromNeft

acquiert le bloc de contrôle de la grande compagnie pétrogazière

serbe Naftna Industrija Srbije (NIS). En échange, GazpromNeft

promet d’investir 500 millions d’euros dans la modernisation de

NIS jusqu’en 2012. Le montant total de la transaction est d’en-
viron 2 milliards d’euros. Gazprom s’engage à construire sur le

territoire de la Serbie un tronçon de 400  km du gazoduc South

Stream (23). Il s’agit du plus grand investissement étranger des

dernières décennies dans l’économie de la république. Selon le

président Medvedev, cet accord « jette les fondements du régime

de sécurité énergétique dans l’Europe unie  ». Igor Tomberg, le

commentateur russe de ces accords, souligne que le président

Medvedev « luttera pour transposer en dehors du pays la souve-
raineté russe (sic), c’est-à-dire pour accroître l’influence de la

Russie dans le monde. Les instruments employés pour cela restent

très traditionnels : les ressources énergétiques et les grands projets

d’infrastructures dans le complexe combustibles-énergie » (24).

La satisfaction de Medvedev se comprend : par cet accord, la

Russie prend le contrôle de la distribution d’énergie dans un pays

central de son dispositif d’expansion économique en Europe du

Sud-Est. À partir de ce moment, la Serbie devient dépendante de

Moscou. Or elle formule sa demande pour engager le processus

d’adhésion à l’Union européenne le 23 décembre 2009. Moscou

semble alors hésiter entre deux politiques : torpiller l’adhésion de

la Serbie à l’Union européenne ; ou bien autoriser cette dernière

à y entrer, dans l’idée de faire de la Serbie un cheval de Troie

russe au sein de l’UE. À l’initiative de l’idéologue de l’eurasisme

Alexandre Douguine  (25), une succursale du mouvement de la

jeunesse poutinienne Nachi (26) est créée en 2010 en Serbie, qui

milite pour le rattachement de la Serbie à l’Union eurasienne (27).

En 2011, un centre russo-serbe de lutte contre les désastres natu-
rels est établi à Niš. En Occident, on soupçonne qu’il s’agit d’une

couverture pour les services spéciaux russes désireux d’espion-
ner la mise en œuvre du programme de défense antimissile amé-

ricain en Europe. Après la visite d’Angela Merkel en Serbie en

août 2011, les relations entre Moscou et le gouvernement Tadic se

dégradent. Le 2 mars 2012, le Conseil européen accorde le statut

de candidat officiel à la Serbie grâce à l’appui de la France, de

Moscou réagit sans tarder. À l’été 2012, à l’instigation du

Kremlin, les deux forces sur lesquelles s’appuyait le régime

­Milosevic — le Parti progressiste (issu du Parti radical lié aux

ultranationalistes russes) et le Parti socialiste (ex-communiste),

l’allié traditionnel de Moscou — forment une coalition et arrivent

au pouvoir. Le Parti socialiste a largement bénéficié, dans sa cam-
pagne, de l’argent de Gazprom. En mai 2012, Tomislav Nikolic, le

nouveau président serbe — d’abord membre du Parti radical, puis,

après la scission de celui-ci en 2008, du Parti progressiste qui

regroupe l’aile du Parti radical favorable à l’adhésion à l’Union

européenne —, choisit Moscou pour sa première visite à l’étran-
ger. En août 2012, Aleksandar Vucic, le nouveau ministre de la

Défense, également un ancien du Parti radical passé au Parti pro-
gressiste, se rend à Moscou et rencontre Dmitri Rogozine, vice-
premier ministre, responsable du complexe militaro-industriel

russe. La Russie commence à infiltrer l’armée serbe. En mai 2013,

le président Nikolic signe une Déclaration de partenariat straté-

gique  avec la Russie. Le ministre russe des Affaires étrangères

Sergueï Lavrov se rend le 16 juin à Belgrade et annonce la mise en

place d’« une coopération globale en matière de sécurité », notam-
ment en prévision de la présidence serbe de l’OSCE  (28). Un

important accord de coopération militaire est signé en novembre

2013. Ce qui se passe en Serbie rappelle en tous points ce à

quoi on a assisté en Ukraine à partir de l’arrivée au pouvoir de

En 2013, Nikolaï Patrouchev, le chef du Conseil de sécurité

russe, un proche de Poutine, se rend en Serbie. Le résultat de cette

visite ne tarde pas à se concrétiser. Des agents russes apparte-
nant à ce que l’on a appelé l’« orchestre de Poutine » pénètrent

toutes les institutions stratégiques serbes, le cabinet présidentiel,

le gouvernement, les cercles des affaires, le secteur de l’énergie,

les services spéciaux, les médias, sans oublier le monde univer-
sitaire où les ultranationalistes proches des eurasiens russes sont

Cette politique d’infiltration se double d’une politique de

«  relations publiques  » aux accents nettement panslavistes et

eurasiens (l’ambassade russe a d’ailleurs ouvert à Belgrade un

Centre d’études eurasiennes). L’Église orthodoxe serbe — qui a

décoré Leonid Rechetnikov, l’ancien chef du secteur des Balkans

au SVR (service de renseignement extérieur russe) — encourage

la dérive pro-russe  (29). Nikolic va jusqu’à recevoir Alexandre

Zaldostanov, le chef des Loups de la nuit, un gang de motards pro-
tégé par le président Poutine (Zaldostanov, surnommé le « chirur-
gien », que Poutine considère comme « son frère », est connu pour

son antisémitisme). Sous Aleksandar Vucic, qui devient président

en avril 2014, la Serbie est en voie de poutinisation rapide : même

conspirationnisme, même hostilité envers l’Occident, même auto-
ritarisme. Belgrade refuse de s’associer aux sanctions de l’UE

contre la Russie, ce qui reviendrait à « perdre le Kosovo » selon

la formule de Vucic (mai 2014) (30). En octobre 2014, Gazprom-
Neft promet d’investir un milliard de dollars supplémentaire dans

la société pétrolière serbe NIS, malgré les difficultés économiques

de la Russie : preuve de l’importance de la Serbie dans la straté-

gie du Kremlin. En novembre 2014, la Serbie et la Russie organi-
sent des manœuvres militaires communes. L’intérêt russe pour le

noyautage des élites serbes est d’autant plus grand que le 1er jan-
vier 2015, la Serbie a pris pour un an la présidence de l’OSCE.

Notons aussi qu’en Bosnie-Herzégovine Moscou s’efforce

de s’appuyer sur la Republika Srpska pour dominer tout le pays :

elle encourage les velléités de sécession de cette dernière, surtout

depuis l’annexion de la Crimée. De même, la Russie est le plus

important investisseur étranger au Monténégro. Elle contrôle un

tiers des sociétés de ce pays (31), mais n’est pas encore parvenue

à transformer cette pénétration économique en alignement poli-
tique : fin 2014, le Monténégro a refusé l’installation d’une base

russe (32) malgré les milliards que faisait miroiter Moscou.

Le scénario est celui que nous commençons à connaître. Dans

un premier temps, profitant des difficultés traversées par la Grèce,

Moscou a massivement investi dans les infrastructures touristiques

et énergétiques du pays. La préparation d’une relève pro-russe

au gouvernement grec commence en 2012. Le leader d’extrême

droite Panos Kammenos fonde en février 2012 un parti nationa-
liste, les Grecs indépendants. Cette formation s’est construite sur

des thèses conspirationnistes, dénonçant la « déshellénisation

du pays ».  Le rapprochement entre Alexandre Tsipras, chef du

parti d’extrême gauche Syriza, et Kammenos s’est esquissé en

mai 2012. Kammenos se rend souvent à Moscou. Il est en relation

avec l’oligarque Konstantin Malofeev (33), un proche du Kremlin

placé sur la liste des sanctions européennes pour avoir très géné-

reusement aidé les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine.

La Russie cultive aussi Nikos Kotzias, autre fréquent visiteur à

Moscou qui deviendra ministre des Affaires étrangères dans le

Parallèlement se déploie en Grèce une campagne idéolo-
gique anti-américaine et anti-UE, notamment dans le milieu

universitaire. Comme par hasard, Kammenos fonde un Institut

d’études géopolitiques qui s’associe à l’Institut russe des études

stratégiques (RISI), un think tank rattaché à l’Administration pré-

sidentielle russe, connu pour avoir élaboré la politique de dépeçage

de l’État ukrainien. En avril 2013, Alexandre Douguine est invité

par Nikos Kotzias à l’Université du Pirée afin de participer à une

conférence portant sur « la vision eurasiste de la politique inter-
nationale » (34). « En Grèce, nos partenaires potentiels pourraient

être les gauchistes de Syriza, qui refusent l’atlantisme, le libéra-
lisme et les forces de la finance mondiale  », écrivait Alexandre

Douguine en 2013 sur le site Contre-courant (35).

Dès février 2015, Panos Kammenos, devenu ministre de la

Défense du gouvernement constitué par le parti Syriza, est invité

à Moscou « pour discuter de coopération stratégique ».

La mainmise progressive sur la Grèce est complétée par une

politique d’expansion à Chypre. 50 000 Russes y vivent à l’année.

La découverte de gisements gaziers en 2011  a décuplé l’intérêt

de Moscou pour l’île. La Russie a octroyé à Nicosie un prêt de

2,5 milliards d’euros en 2011, aide conditionnée à un accroisse-
ment de l’influence des oligarques russes sur des banques chy-
priotes.  La communauté russe est tellement importante dans la

ville de Limassol, située dans le sud de Chypre, que les Russes

l’ont rebaptisée «  Limassolgrad  ». C’est en 2013  que Chypre

engage les premières négociations portant sur l’ouverture à la

marine russe d’une base à Limassol et la mise à la disposition

de l’aviation russe de la base de Paphos. Moscou parvient à un

accord avec Chypre fin février 2015. « L’apparition au centre de

la ­Méditerranée d’une base à partir de laquelle peuvent agir des

avions russes et où plusieurs dizaines d’appareils peuvent être

transférés dans des délais très courts modifie considérablement

l’équilibre des forces dans la région  », commentent les médias

La politique d’effritement de l’Union européenne par la péri-
phérie est complétée par un redoutable dispositif dont les ten-
tacules s’étendent au cœur de tous les pays européens. Il s’agit

d’un nouveau Komintern rassemblant au service du Kremlin les

partis d’extrême droite et d’extrême gauche, la droite chrétienne

traditionnelle, les « antiglobalistes » de toutes espèces, les « sou-
verainistes », les europhobes, les adversaires de la « finance inter-
nationale », des irrédentistes encore fort actifs dans certains pays

d’Europe centrale et orientale, etc. C’est Alexandre Douguine qui

est chargé de coordonner ce nouveau Komintern et d’en faire une

Les services russes s’intéressent depuis longtemps à l’ex-
trême droite européenne. Voilà plus de vingt ans qu’Alexandre

Douguine cultive des relations et des échanges avec toute une

nébuleuse d’adeptes de cette tendance. Le premier voyage de

Jean-Marie Le Pen à Moscou remonte à 1991  (37). Le chef du

Front national revient dans la capitale russe en 2003, à l’invi-
tation  de Sergueï Babourine, l’un des leaders de la mouvance

«  communo-patriote  ». Il y rencontre alors le père Tikhon (le

confesseur de Poutine) et Vladimir Krioutchkov, l’ancien chef

du KGB. Il revient à Moscou en juin 2005, invité cette fois par

le mouvement nationaliste Rodina. À l’été 2012, la Russie aide

au lancement sur Internet d’une chaîne de télévision francophone

imaginée par d’anciens cadres du Front national  : ProRussia.tv,

dont le nom est tout un programme. En juin 2013, Marine Le

Pen est reçue à M­oscou par le président de la Douma, Sergueï

­Narychkine, un ancien tchékiste proche de Poutine. Elle rencontre

également Dmitri Rogozine. Le Front national reçoit en 2014 un

crédit de 9  millions d’euros d’une banque russe contrôlée par

Les pays d’Europe centrale et orientale se caractérisent par

une grande instabilité politique et des gouvernements de coalition

fragiles. D’où l’utilité pour Moscou de pouvoir compter sur des

petits partis certes minoritaires, mais d’autant plus dociles qu’ils

dépendent du financement russe. En Hongrie, le parti d’extrême

droite Jobbik (38), dirigé par Gabor Vona, dont le but déclaré est

de « délivrer la Hongrie de l’esclavage euro-atlantique » (39), peut

apporter son soutien à Orban au cas où les libéraux le mettraient

en difficulté. Jobbik milite pour une intégration de la Hongrie

dans l’Union eurasienne. En Bulgarie, le parti d’extrême droite

Ataka (40) a menacé les sociaux-démocrates de retirer son soutien

à la coalition gouvernementale si celle-ci appuyait la politique de

Au fur et à mesure que s’aggrave la crise entre l’UE et la

Russie, Moscou cherche à mobiliser sa cinquième colonne et à

l’exploiter au maximum. Le néo-Komintern compte aussi dans

ses rangs le parti de la Liberté en Autriche, le Vlaams Belang en

Belgique, la Ligue du Nord en Italie, sans oublier Aube dorée

en Grèce. Début 2014, un partenariat se noue entre l’oligarque

­Malofeev et Alexandre Douguine. Ce dernier sert en quelque sorte

de chasseur de têtes : il indique à Malofeev les personnalités et

partis dignes de recevoir les subventions russes. Le 16 mars 2014,

sur ordre de Moscou, les séparatistes de Crimée improvisent un

référendum. Les seuls « observateurs » ayant consenti à donner

leur caution à cette farce proviennent de l’extrême droite euro-
péenne, rassemblés par l’Observatoire eurasien de la démocra-
tie et des élections créé à Bruxelles par le néo-nazi belge Luc

Michel (41). Aymeric Chauprade, alors conseiller pour l’interna-
tional de Marine Le Pen, se rend à Moscou et assure à la télévision

russe que tout s’est déroulé selon les règles. Il en profite pour

rencontrer l’inévitable Malofeev. Lors des élections au Parlement

européen en mai 2014, 24  partis populistes de droite raflent un

quart des sièges : 15 d’entre eux sont d’orientation pro-russe (42).

Fin mai 2014, une conférence financée par Malofeev réunissant

les personnalités d’extrême droite cultivées par Moscou se tient à

Vienne. L’ambition de Douguine est de rassembler une élite inter-
nationale européenne au service du futur empire eurasien.

À l’instar du Komintern, qui possédait une section chargée

des opérations secrètes, Douguine a développé ses réseaux clan-
destins. L’Union de la Jeunesse eurasienne, fondée en 2005 pour

«  former un bouclier humain face au bulldozer de la révolution

orange  », ressemble à l’organisation secrète du Komintern. On

peut lire dans le catéchisme de cette organisation : « Nous sommes

des bâtisseurs d’empire d’un type nouveau et nous ne serons

satisfaits que lorsque nous aurons le pouvoir sur le monde. Car

nous sommes les maîtres de la Terre, parce que nous sommes les

enfants et les petits-enfants des maîtres de la Terre. Les peuples

et les pays s’agenouillaient devant nous, notre main s’étendait sur

la moitié du monde, nos semelles foulaient les montagnes et les

vallées de tous les continents du globe terrestre. Cette puissance,

nous la restaurerons » (43). En avril 2014, l’Union de la Jeunesse

eurasienne infiltre en Ukraine des activistes chargés de s’emparer

du Parlement et d’autres édifices gouvernementaux, en se faisant

passer pour des membres de l’«  extrême droite  » ukrainienne.

Douguine est également l’un des organisateurs du mouvement

séparatiste du Donbass. Les services ukrainiens ont intercepté

l’un de ses entretiens téléphoniques avec une militante locale,

dans lequel Douguine donnait ses instructions  : «  Ne cherchez

pas une entente avec Kiev, agissez radicalement… Le Kremlin est

décidé à soutenir résolument l’indépendance de l’est et du sud de

Mais aux yeux de Douguine et de ses protecteurs en haut

lieu, la destruction de l’Ukraine ne fait qu’annoncer un dessein

beaucoup plus ambitieux que Douguine lui-même a évoqué avec

candeur dans une interview télévisée en avril 2014  : «  Nous

devons conquérir l’Europe. L’élite européenne a déjà pensé livrer

l’­Europe à une Russie conservatrice forte et sûre d’elle. Nous

pouvons déjà compter sur une cinquième colonne européenne. Ce

sont des intellectuels européens qui veulent consolider leur iden-
tité européenne. (…) Quant aux forces armées européennes, elles

sont nulles, l’Europe est faible. Et pour ce qui concerne l’Otan,

nous avons pu constater, en Ossétie du Sud, qu’en cas d’interven-
tion musclée elle ne réagit pas. Nous ne voulons qu’un protecto-
rat sur l’Europe. Nous n’avons pas besoin de faire la guerre pour

cela. Le soft power suffira. Nous proposerons aux Européens de

les sauver des gays, des Pussy Riot, des Femen. (…) Les Euro-
péens se rendent compte qu’ils sont dégénérés. L’Europe se hait

et est fatiguée du nihilisme. Nous dirons aux Européens  : “La

repentance, c’est fini. Vous n’arrivez pas à venir à bout de l’im-
migration, nous le ferons pour vous.” L’Europe entrera dans notre

union eurasiatique (…). Nous avons l’expérience de l’expansion

en Europe, celle du Komintern et de l’infiltration des ­Parlements

européens. Aujourd’hui, nous pouvons trouver d’autres parte-
naires. (…) Annexer l’Europe, c’est un grand dessein digne de la

Russie. (…) Nous prendrons leurs technologies d’un seul coup :

plus besoin de gaz et de pétrole pour les obtenir au compte-
gouttes. Voilà la modernisation et l’européanisation de la Russie.

Le soft power suffira : trouver une cinquième colonne, propulser

au pouvoir les gens que nous contrôlons, acheter avec l’argent

de Gazprom des spécialistes de la réclame (…). Nous utiliserons

les ONG comme eux le font contre nous (…). Le tsar russe ou le

président russe doivent être un tsar européen ou un président de

l’Europe  »  (45). Rien dans le comportement russe tel que nous

venons de le dépeindre ne dément l’existence d’une telle ambi-
tion. Au contraire, la politique russe semble se conformer en tous

points aux grandes lignes esquissées par Douguine…

Une gigantesque machine de propagande

Tout comme l’action du Komintern était épaulée, dans les

années 1930, par la machine de propagande communiste, le néo-
Komintern d’aujourd’hui s’appuie sur un impressionnant disposi-
tif visant à imposer les vues du Kremlin sur la situation mondiale.

La pièce maîtresse de ce dispositif est la chaîne Russia Today,

fondée en 2005, dont le budget atteint 300  millions de dollars

en 2010, 445  millions en 2014, et doit augmenter de 41  % en

2015 (46) (de 2007 à 2014, le Kremlin a dépensé 50 milliards de

dollars pour la propagande russe à l’étranger)  (47). Comme l’a

dit Poutine en 2013  lors d’un entretien avec les journalistes de

RT, cette chaîne est devenue «  une arme formidable permettant

de manipuler l’opinion publique  »  (48). Clé du succès de RT  :

elle se présente comme « anti-establishment », prétend dévoiler

les coulisses de la politique mondiale, ce qu’on cache au grand

public, avec bien entendu un fort penchant pour le complotisme

(par exemple, à en croire RT, la CIA a trempé dans les attentats

du 11  Septembre et dans ceux de Boston, prétexte à rogner les

libertés du peuple américain) et l’irrationalisme. Contrairement à

la propagande communiste handicapée par la langue de bois et la

nécessité de coller aux dogmes, la propagande poutinienne peut se

livrer à son travail de sape sans avoir à se soucier d’un agenda posi-
tif. L’essentiel est de discréditer les Occidentaux, d’introduire un

coin entre les citoyens et leur gouvernement, de semer la zizanie.

Le deuxième volet du dispositif de propagande poutinien

concerne Internet et les réseaux sociaux «  qui sont favorables

à Poutine, à la différence des médias établis » (49). C’est après

les manifestations de l’automne-hiver 2011 que l’administration

présidentielle russe décide d’utiliser les réseaux sociaux pour

manipuler et désorganiser l’opposition. La tâche est confiée à

Viatcheslav Volodine, le nouveau chef de l’Administration prési-
dentielle. L’opération est considérée comme un grand succès ; si

grand, d’ailleurs, qu’il est décidé, à l’automne 2013, d’appliquer

cette expérience à l’étranger (50). La Russie entretient désormais

une armée de « trolls du Net » dont la tâche est de dénigrer les

adversaires du Kremlin et de donner l’impression que la ligne

pro-russe a le soutien de la majorité  (51). Ces trolls poutiniens

arpentent le web, chargés de discréditer les publications considé-

rées comme anti-russes et de figurer de vastes mouvements d’opi-
nion spontanés favorables aux thèses russes.

Le livret de la propagande russe a été complété au moment de

la guerre contre l’Ukraine. Cette propagande s’organise autour de

deux grands axes. Le premier est l’anti-américanisme, ingrédient

essentiel de l’idéologie poutinienne. C’est le seul élément trans-
national de l’ancien dispositif idéologique soviétique qui subsiste,

l’anti-américanisme étant largement répandu et exploitable dans le

monde. Le messianisme russe s’est identifié à lui : la Russie se voit

comme le point de ralliement et l’état-major de toutes les forces

anti-américaines de la planète. La tâche historique de la Russie,

répètent les plumitifs du Kremlin, est de faire échouer ceux qui

ambitionnent de mettre en place une domination mondiale. Grâce

à Washington, «  Poutine est devenu un leader global contre la

domination hégémonique des États-Unis et les nouvelles valeurs

du post-modernisme » (52). Le droit international n’existe pas :

c’est une fiction dont les Américains se servent pour justifier leur

hégémonisme, tout comme la démocratie. Le conflit ukrainien

est causé par la volonté d’expansion américaine en Ukraine. Les

­Américains voulaient se venger du fait que Poutine les avait empê-

chés de bombarder la Syrie. Ils détestent Poutine car il constitue

l’obstacle principal à leur hégémonie globale. Notons qu’en pré-

sentant le conflit ukrainien comme le résultat d’une rivalité géopo-
litique entre la Russie et les États-Unis Moscou laisse également

entendre aux Européens que « ce n’est pas leur guerre » (53).

Bref, les Occidentaux sont les responsables de la crise

ukrainienne. Ils ont tout fait pour rendre l’Ukraine anti-russe. Ils ont

violé l’accord du 21 février 2014 et laissé choir ­Ianoukovitch (54).

Quant au gouvernement ukrainien, il s’agit d’une « junte fasciste ».

L’armée ukrainienne est une légion étrangère de l’Otan. La solu-
tion du conflit ukrainien se trouve dans une coopération entre les

Européens et Moscou, les premiers ayant enfin compris qu’il fal-
lait « tenir compte des intérêts nationaux russes » en Ukraine en

se faisant les instruments de la politique du Kremlin pour imposer

Le second axe est la prétendue « défense des valeurs tradi-
tionnelles ». La Russie se pose en championne de la chrétienté,

en rempart contre l’islam. Elle seule n’a pas oublié ses racines

chrétiennes, elle seule s’oppose à la propagande de l’homosexua-
lité, etc. Comme l’explique le patriarche Kirill, « la Sainte Russie

reste l’idéal spirituel et moral de notre peuple. Cet idéal s’exprime

dans la sainteté. D’ordinaire, les peuples ont d’autres idéaux,

liés à l’existence profane, à la richesse, au pouvoir, au prestige.

Mais, pour notre peuple, l’idée nationale est la sainteté  »  (55).

Les peuples européens étant nivelés par l’eudémonisme, la Russie

guerrière reprendra le flambeau de la civilisation européenne. Sous

sa direction, l’Europe peut s’extraire de la spirale de la décadence

dans laquelle elle est engagée. En France, les réseaux du Kremlin

ont immédiatement compris tout le profit qu’ils pouvaient tirer

de la « Manif pour tous ». Un think tank financé par la Russie et

implanté à Paris, l’Institut de la démocratie et de la coopération,

dirigé par une historienne, Natalia Narotchnitskaia, s’est hâté

d’organiser dans la capitale française un colloque sur la défense

de la famille auquel a participé Christine Boutin (4 juillet 2013).

Ce qu’oublient les poutinolâtres, c’est que les chiffres de

la pratique religieuse régulière ne sont pas plus élevés en Russie

qu’en France et que l’avortement est encore une pratique de masse

en Russie (880 000 répertoriés dans les statistiques en 2014, mais

on peut penser que les chiffres réels sont plus élevés).

Ce qu’ils oublient, aussi, c’est que les dirigeants russes uti-
lisent les idées de manière instrumentale, exactement comme à

l’époque communiste. Les thèmes de campagne sont mis en avant

pour faire pencher en faveur de Moscou le rapport des forces, aussi

bien en politique intérieure qu’en politique étrangère. On exploite

des slogans qui permettent de ratisser large, comme la campagne

contre le mariage gay qui rappelle l’« antifascisme » dans l’uti-
lisation qu’en faisait le Komintern dans les années 1930  ou la

« lutte pour la paix » dans les années 1950. De même, la rhéto-
rique anti-islamique — simple produit d’exportation comme le

prouve, par exemple, la réaction russe à l’attentat contre Charlie

Hebdo (56). On se souvient qu’après le pacte germano-soviétique

de 1939 l’« antifascisme » a, du jour au lendemain, été remplacé

dans la presse communiste par la dénonciation des « fauteurs de

guerre franco-britanniques  ». Ceux qui croient à l’engagement

russe contre l’islam pourraient fort bien avoir une surprise simi-
laire un de ces jours  : la passion dominante en Russie étant la

haine de l’Occident, on peut tout à fait concevoir un retour à la

politique d’alliance de l’orthodoxie avec l’islam qu’a longtemps

préconisée Alexandre Douguine. Cette approche purement ins-
trumentale des idées explique pourquoi la mouvance pro-russe

englobe harmonieusement l’extrême droite et l’extrême gauche,

les nostalgiques du communisme et les libertariens radicaux. On

remarquera que les propagandistes du Kremlin et Poutine lui-
même recyclent et amplifient les critiques formulées en Occident

contre la mondialisation, la perte de l’identité nationale, la bureau-
cratie de l’UE, etc., tout à fait comme à l’époque communiste ils

empruntaient des thèmes développés par la gauche occidentale et

les répercutaient largement grâce aux réseaux kominterniens.

Comment expliquer le succès de la propagande russe ? La

raison profonde tient à ce qu’elle exploite le malaise de l’homme

post-moderne qui se sent pris par des forces qui le dépassent —

la globalisation, la finance internationale, etc. — et s’imagine

que la politique n’a plus lieu d’être puisque, croit-il, les déci-
sions se font ailleurs. Les idéologues poutiniens personnalisent ce

mal cosmique, lui façonnent un visage — les États-Unis… ou la

bureaucratie de Bruxelles ! — et redonnent un sens au politique

en désignant un ennemi. Le complotisme fait le reste : désormais,

la complexité du monde disparaît, tout a une explication simple

lorsque l’on sait où regarder. On constate aujourd’hui en Russie

les résultats de cette irradiation de l’esprit par la propagande : la

population russe semble avoir perdu la capacité de lier la cause

et les effets. Frappée de plein fouet par la crise économique due

à la politique de Poutine, elle l’explique par les agissements des

États-Unis et exprime un soutien redoublé au maître du Kremlin.

La sur-réalité créée par le régime est acceptée sans une hésitation.

Le 1er mars 2014, la Douma vote à l’unanimité l’autorisation au

président Poutine d’envoyer des troupes en Ukraine : pas une voix

discordante, pas une question. On a l’impression que le lavage de

cerveau a pour résultat de débrancher jusqu’à l’instinct de conser-
vation des peuples, en Russie et en Europe. Imagine-t-on qu’après

Munich la France ait vendu des bombardiers à la Wehrmacht et

qu’elle ait entraîné sur son sol les officiers du Reich ? Et pourtant,

nous avons vendu des Mistral à la Russie quelques mois après

l’amputation de la Géorgie, alors que le comportement de plus en

plus agressif du Kremlin sautait aux yeux. Le pire est que la sur-
réalité créée par la propagande russe s’impose aussi à l’extérieur

des frontières de la Russie, grâce au pilonnage de l’« orchestre du

Kremlin ». Les adeptes du « parti russe » deviennent insensibles

au démenti des faits, un peu comme s’ils appartenaient à une secte

faisant bloc autour de son gourou. On trouve souvent chez eux

l’extrême agressivité qui caractérise les médias russes.

Si puissante soit-elle, la propagande a ses limites. Et depuis

les succès de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis à

partir de 2009, le Kremlin a pris conscience que l’arme énergé-

tique n’était pas aussi infaillible qu’il se l’imaginait auparavant. Il

a donc entrepris de se donner les moyens de faire la guerre.

C’est à partir de l’été 2007 que la Russie commence à mul-
tiplier les démonstrations de force militaire. En mai, elle teste un

nouveau missile balistique intercontinental. Elle reprend ses vols

de bombardiers stratégiques, renouant avec une tradition héritée

de la guerre froide, et ne cesse de violer l’espace aérien des pays

de l’Otan. En septembre 2008, le président Medvedev annonce une

réforme militaire radicale qui prévoit une amélioration de la capa-
cité de déploiement des troupes, des systèmes de commandement

et de contrôle, ainsi que de l’entraînement  ; le développement

d’un armement de haute technologie ; l’amélioration de la situa-
tion matérielle des militaires ; le développement d’une flotte de

sous-marins armés de missiles de croisière ; et la création d’un

système de défense dans l’espace. En janvier 2009, les stratèges

russes décident de procéder à une expansion navale en dehors de

l’espace post-soviétique en installant des bases dans les territoires

amis. De 2011 à 2014, le budget militaire a augmenté de 20 % par

an. En 2013, le budget militaire russe s’élevait à 68,8  milliards

de dollars, en 2014 à près de 100 milliards de dollars. Il est prévu

d’augmenter les dépenses militaires de 30 % en 2015 par rapport

à 2014. Celles-ci représentent actuellement 19 % du budget fédé-

ral (57). En 2013, Poutine s’est engagé à allouer 718 milliards de

dollars d’ici à 2020  au réarmement des forces russes, citant en

exemple le « bond » réalisé par Staline dans les années 1930. En

outre, Moscou projette de renouveler tout son arsenal nucléaire

Non contente de dénoncer le traité limitant les forces conven-
tionnelles en Europe (11 mars 2015), la Russie se prépare à une

confrontation nucléaire. N’oublions pas que depuis 2004  les

manœuvres russes près de la Baltique mettent en œuvre l’arme

nucléaire tactique  (58). Au cours des manœuvres de septembre

2010 auxquelles ont participé 13 000 militaires sur le territoire du

Bélarus et à Kaliningrad, Moscou et Minsk ont simulé des opéra-
tions offensives visant la Pologne et prévoyant une frappe nucléaire,

l’assaut des plages et une attaque du gazoduc Yamal-Europe. En

2014, Moscou a décidé de déployer en Crimée des bombardiers

Backfire qui disposent d’un rayon d’action de plus de 2 500 km et

sont armés de missiles de croisière X-22 d’une portée de 500 km.

Conséquence  : la Russie est capable d’infliger des frappes à

l’Europe entière. Aux yeux des stratèges russes, la combinaison

de ces bombardiers et des missiles Iskander-M, d’une portée de

500 à 2 000 km, neutralisera les éléments du bouclier antimissile

américain qu’il était prévu de déployer en Pologne et en ­Roumanie

en 2018-2020 (59). Un investissement de 1,75 milliard de dollars

est prévu en faveur de la flotte de la mer Noire. Par surcroît, la

Russie est en train de procéder à une militarisation accélérée de

l’Arctique. Elle réclame un « élargissement de sa souveraineté »

dans la zone arctique, c’est-à-dire le contrôle de 1,2 million de km2

supplémentaires (60). Elle vient de se doter d’un Commandement

militaire du Nord et d’une unité spéciale capable de combattre en

climat polaire. Elle se donne ainsi les moyens de contrôler la voie

de la mer du Nord. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : en

janvier 2015, Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense,

a annoncé que le Kremlin avait l’intention d’ouvrir des bases au

Vietnam, à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua (61).

L’État russe, comme l’État soviétique avant lui, n’est au

fond qu’une gigantesque armée qui s’appuie sur une gigantesque

police (en 2014, la Russie a dépensé pour la police et les services

secrets 55 milliards de dollars, soit 14 % du budget fédéral — à

titre de comparaison, ce chiffre avait été de 35 milliards de dollars

en 2011) et sur un appareil de propagande tentaculaire. En face

de cet État-garnison rassemblé autour de son chef se trouve une

Europe minée de l’intérieur, démoralisée, divisée, affaiblie par la

crise, handicapée par la relative médiocrité de sa classe politique,

inconsciente même du danger dans lequel elle se trouve.

Depuis 2013, la Russie a perdu l’illusion qu’elle pourrait

devenir une grande puissance économique. Vers la fin 2014, elle a

aussi compris que la Chine, uniquement soucieuse de ses propres

intérêts, ne l’aiderait pas. Elle a donc absolument besoin d’une

Europe soumise pour assurer l’intendance. Pour y parvenir, elle

mise de plus en plus sur l’intimidation militaire. Galvanisée par

quinze ans de lavage de cerveau nationaliste, elle n’hésite plus

à se livrer à un chantage nucléaire. Dmitri Kisselev, l’un des as

de la propagande poutinienne, déclare à la chaîne de télévision

«  R­ossia  » le 16  mars 2014  : «  La Russie est le seul pays du

monde qui puisse réellement transformer les États-Unis en cendres

radioactives  », insinuant qu’Obama avait flanché devant cette

menace et adopté un profil bas dans la crise ukrainienne parce

qu’il avait pris conscience de la puissance russe.

De son côté, Poutine multiplie les déclarations martiales. Le

17 avril 2014, répondant à une question du même Dmitri Kisselev

sur la politique de l’Otan qui « nous donne l’impression d’étouf-
fer  », il déclare  : «  C’est nous qui les étoufferons tous, vous

n’avez pas à avoir peur. Nous n’avons pas peur, je n’ai pas peur

et personne ne doit avoir peur. » Tout à l’euphorie de l’annexion

de la Crimée, Poutine explique pourquoi la Russie doit aller de

l’avant  : « Comme un aspirateur, notre pays a absorbé d’autres

nations, d’autres peuples, d’autres ethnies — ce qui n’a pas seule-
ment formé notre code culturel commun, mais un code génétique

exceptionnellement puissant. Car les gènes se sont mélangés pen-
dant des millénaires et des siècles. Ce code génétique est presque

certainement l’un de nos avantages concurrentiels dans le monde

extérieur. Il est très souple, résistant. (…) Le Russe ou celui qui

appartient au monde russe est persuadé que l’homme a une voca-
tion morale supérieure. C’est pourquoi il n’est pas tourné vers

lui-même, mais vers l’extérieur. (…) Alors que l’Occidental, lui,

est tourné vers lui-même, vers la réussite personnelle. (…) Il me

semble que seul notre peuple pouvait formuler le proverbe : “Une

mort glorieuse est belle.” On me dira : la mort est épouvantable.

Eh bien, non. Une mort glorieuse, c’est une mort pour ses proches,

pour son peuple, pour la Patrie… » (62).

Ces épanchements récents de Poutine révèlent des accents

nouveaux dans l’idéologie du maître du Kremlin. À ses yeux, la

supériorité du peuple russe est biologique. Poutine est un adepte

de la théorie de la «  passionarnost’  », qu’on peut traduire par

« élan vital ». Face à l’Europe avachie se dresse la Russie guer-
rière, portée par la « passionarnost’ » qu’incarne son chef. Dans

le documentaire commémorant l’annexion de la Crimée projeté

à la télévision russe le 15  mars dernier, Poutine se souvient du

dialogue imaginaire qu’il menait avec les Occidentaux durant ces

journées dramatiques : « Au nom de quoi iriez-vous vous battre là-

bas ? Vous ne le savez pas ? Quant à nous, nous le savons. Et nous

sommes prêts à tout… » Et de préciser qu’il avait donné l’ordre de

mettre les forces nucléaires en état d’alerte. Outre le « triomphe

de la volonté », on voit aussi poindre un thème inquiétant, large-
ment répercuté dans les médias russes : celui de la guerre comme

« régénération » de la société. Ces inflexions récentes ne laissent

pas d’inquiéter. Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler.

Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2  (63). Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage.

(1) Cité in : André Fontaine, « Pourquoi l’Occident soutient Poutine », Le Monde, 20 mars

(2) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut » (« Nous devons nous étendre, faute de quoi nous

nous ferons bouffer »), Argumenty i Fakty, 29 octobre 2008.

(4) La Chine vient à ce moment-là de provoquer une crise dans ses relations avec les États-Unis en envoyant des missiles balistiques à quelques kilomètres des grandes villes

94 POLITIQUE INTERNATIONALE

(5) N. Kučin, Novoe Vremia, n° 42, 26 octobre 1997.

(6) Gazeta.ru, 25 février 2000. (7) À Riazan, le FSB a été pris en flagrant délit le 22 septembre en train d’installer des

(8) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut », art. cit.

(11) Sergueï Markov, Interfax, 24 février 2004.

(12) http://www.kremlin.ru/appears/2008/06/05/1923_type63374type63376type63377_

(13) Interview de D. Rogozine à Zavtra, 20 août 2008.

(14) Cité in : Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révélations sur les réseaux russes des Le

Pen », Le Nouvel Observateur, 27 novembre 2014.

(15) V. Korovin, regnum.ru, 27 décembre 2014.

(18) Vladimir Socor, « Polish Government Sheds Light on Gazprom-EuroPolGaz MOU »,

Eurasia Daily Monitor, Volume 10, n° 80, 29 avril 2013.

(19) Charles Haquet, « Viktor Orban, le petit Poutine de Budapest », L’Express, 21 février

(21) Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », Newsweek, 16 février

(22) L’Ukraine a signé en 2012 un contrat avec l’Allemand RWE en vue de lui acheter du

gaz à un prix moins élevé que celui imposé par le géant gazier russe, tout en important éga-
lement du gaz à partir de la Hongrie. En avril 2014, la Slovaquie et l’Ukraine sont parve-
nues à un accord sur les livraisons à Kiev de gaz en provenance de l’Europe occidentale en

utilisant le vieux gazoduc de réserve de Vojany en Slovaquie orientale, de faible capacité,

faute de pouvoir mettre en œuvre les gazoducs existants contrôlés par Gazprom. Il s’agit

de donner la possibilité à certains pays européens de rétrocéder à l’Ukraine une partie du

gaz qu’ils achètent à la Russie à des tarifs moindres que ceux qui sont désormais imposés

http://www.leblogfinance.com/2014/04/lukraine-saccorde-avec-la-slovaquie-pour-rece- voir-du-gaz-russe.html

(23) South Stream devait passer par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie, la Grèce

(24) http://fr.sputniknews.com/opinion/20080227/100140136.html#ixzz3TnEwuyih

(25) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « L’idéologue de Poutine »,

(26) Mouvement de jeunesse fondé officiellement le  15  avril  2005  pour empêcher une

(27) http://openrevolt.info/2014/03/10/eurasian-serbia-interview-with-vjekoslav-

(28) http://www.stopfake.org/en/putin-seeks-to-influence-radical-parties-in-bid-to-desta- bilise-europe/

(29) Jelena Milić, « The Russification of Serbia », New Eastern Europe, 16 octobre 2014.

(30) Bodo Weber et Kurt Bassuener, « The Western Balkans and the Ukraine crisis — a

changed game for EU and US policies ? », DPC Policy Paper, septembre 2014.

http://www.democratizationpolicy.org/pdf/briefs/DPC%20Policy%20Paper%20Wes-
tern%20Balkans%20&%20Ukraine%20crisis.pdf

(32) http://www.balkaneu.com/government-refuses-russias-request-set-military-base-

http://www.b92.net/eng/news/region.php?yyyy=2015&mm=01&dd=28&nav_id=93007

Françoise Thom 95

(33) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « Russie : le credo ortho- doxe », n°145, automne 2014.

(35) http://www.tdg.ch/monde/Syriza-quels-liens-avec-les-nationalistes-russes/story/

(36) http://fr.sputniknews.com/french.ruvr.ru/2014_01_15/La-Russie-derange-l-OTAN-

(37) Voir à ce propos et pour ce qui va suivre Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révéla-

(38) Le Jobbik adopte une orientation pro-russe en 2008 sous l’influence de Bela Kovacs,

son conseiller en politique étrangère. Kovacs était en poste à Moscou en 1988. Très lié aux

milieux d’affaires russes, il a adhéré au Jobbik en 2005. Devenu milliardaire, il se rend à

Moscou tous les mois. En mai 2014, le parquet hongrois a ouvert une enquête contre lui,

l’accusant d’espionner les institutions européennes pour le compte de Moscou. Son épouse

russo-autrichienne est soupçonnée d’être un agent du contre-espionnage russe.

Voir http://www.heraldscotland.com/news/world-news/hungary-s-far-right-backed-by-

(39) Cité in : Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », art. cit.

(40) Ataka a été créée en 2005. Sa direction compte un grand nombre d’ex-officiers de la

Sécurité d’État de l’époque communiste. http://www.riskandforecast.com/post/in-depth-

(41) Anton Shekhovtsov, « The Kremlin’s marriage of reason with the European far-right »,

(42) Owen Matthews, “The Kremlin’s Campaign to Make Friends”, art. cit.

(43) Vladimir Abarinov, «  Okkultnaja ličnost  » [Une personnalité occulte], grani.ru,

(44) Oleg Shynkarenko, « Alexander Dugin : The Crazy Ideologue of the New Russian

(45) Newsland, 12 avril 2014. Interview de A. Douguine sur tv.russia.ru. Douguine fait

actuellement partie du Conseil consultatif du président de la Douma Sergueï Narychkine.

(46) http://euromaidanpress.com/2014/09/23/russia-to-increase-budget-by-2-2-times-for-
its-main-propagandists-russia-today-and-dmitry-kiseliov/

(48) Simon Shuster, « Inside Putin’s on-air machine », Time, 5 mars 2015.

(49) Sergei Markov, « Russia Must Stop U.S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014. « Moscou s’efforcera d’alléger la pression [américaine] et de trouver un sou- tien à l’étranger en amplifiant sa campagne d’information parmi les centaines de millions

de citoyens de l’UE qui sympathisent avec la position de Poutine contre Washington et

qui apprécient son soutien aux valeurs traditionnelles rejetées par les élites européennes »,

(51) Chris Elliott, « The readers’ editor on… pro-Russia trolling below the line on Ukraine

(52) Sergei Markov, « Russia Must Stop U. S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014.

(53) Monika Garbačiauskaitė, « Historian Timothy Snyder : Ukrainian crisis is not about

Ukraine, it’s about Europe» », DELFI, 12 novembre 2014.

(54) Cet accord signé par Ianoukovitch et les leaders de l’opposition grâce à une médiation

européenne prévoyait une élection présidentielle anticipée ; une révision de la Constitution

visant à réduire les pouvoirs présidentiels et à augmenter ceux du Parlement dans l’esprit

de la Constitution de 2004 ; et la formation d’un gouvernement d’union nationale. La fuite

(55) I. Jakovenko, « Mediafrenia », Eženedelny Žurnal, 29 juillet 2014.

96 POLITIQUE INTERNATIONALE

(56) Le 19 janvier 2015, Ramzan Kadyrov, le satrape de Poutine en Tchétchénie, a organisé

une manifestation monstre contre Charlie Hebdo. À Moscou, les rares manifestants pro-

(57) Vladimir Ryzhkov, « Russia is Burdened by the Weight of Empire », Moscow Times,

(59) http://www.regnum.ru/news/polit/1784592.html#ixzz2xoLViTTO

(60) Business Insider, 2  décembre 2014. Voir également  : http://www.aif.ru/politics/

(62) Conférence de presse du 17 avril 2014 : http://www.regnum.ru/news/polit/1792501.

(63) Négociés par les dirigeants allemand, français, ukrainien et russe, signés le 12 février,

ces accords prévoient un cessez-le-feu à partir du 15 février, le retrait « de toutes les armes

lourdes par les deux parties », la mise en place d’une bande démilitarisée d’une largeur

de 50 à 140 kilomètres, la reprise par Kiev du financement des territoires sous contrôle

rebelle, et une réforme constitutionnelle d’ici à fin 2015, préparant une «  décentralisa- tion », en accord avec les représentants des régions de Donetsk et de Lougansk. Par ces

accords, la Russie obtient l’essentiel  : l’assurance d’une ruine prolongée de l’Ukraine

obligée d’assumer le fardeau économique des enclaves pro-russes aux mains des réseaux

mafieux et l’assurance que l’État ukrainien sera faible, avec pour Moscou la perspective de

contrôler le gouvernement de Kiev grâce aux régions de l’Est.


Memorial Day/Irak: C’est une réussite extraordinaire qui a pris presque neuf ans (And today, we remember everything that you did to make it possible)

25 mai, 2015
  Pour beaucoup d’entre nous, ce Memorial Day est particulièrement significatif; c’est le premier depuis la fin de la guerre d’Afghanistan. Aujourd’hui, c’est le premier Memorial Day depuis 14 ans où les États-Unis ne sont pas engagés dans une guerre majeure au sol. Barack Hussein Obama
L’Irak (…) pourrait être l’un des grands succès de cette administration. Joe Biden (10.02.10)
Nous croyons qu’une réussite, la démocratie, en Irak peut devenir un modèle pour toute la région. Obama
Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour. C’est une réussite extraordinaire, qui a pris presque neuf ans. Et aujourd’hui nous nous souvenons de tout ce que vous avez fait pour le rendre possible. (…) Dur travail et sacrifice. Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée. Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles. Près de 4.500 Américains ont perdu la vie, dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg. (…) Les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak. Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir. Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays, car malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires. Obama (14.12.11)
If we fail to respond today, Saddam and all those who would follow in his footsteps will be emboldened tomorrow. Some day, some way, I guarantee you, he’ll use the arsenal. President Clinton (February 1998)
[La mission des forces armées américaines et britanniques est d’]attaquer les programmes d’armement nucléaires, chimiques et biologiques de l’Irak et sa capacité militaire à menacer ses voisins (…) On ne peut laisser Saddam Hussein menacer ses voisins ou le monde avec des armements nucléaires, des gaz toxiques, ou des armes biologiques. » (…) Il y a six semaines, Saddam Hussein avait annoncé qu’il ne coopérerait plus avec l’Unscom [la commission chargée du désarmement en Irak (…). D’autres pays [que l’Irak possèdent des armements de destruction massive et des missiles balistiques. Avec Saddam, il y a une différence majeure : il les a utilisés. Pas une fois, mais de manière répétée (…). Confronté au dernier acte de défiance de Saddam, fin octobre, nous avons mené une intense campagne diplomatique contre l’Irak, appuyée par une imposante force militaire dans la région (…). J’avais alors décidé d’annuler l’attaque de nos avions (…) parce que Saddam avait accepté nos exigences. J’avais conclu que la meilleure chose à faire était de donner à Saddam une dernière chance (…).  Les inspecteurs en désarmement de l’ONU ont testé la volonté de coopération irakienne (…). Hier soir, le chef de l’Unscom, Richard Butler, a rendu son rapport au secrétaire général de l’ONU [Kofi Annan. Les conclusions sont brutales, claires et profondément inquiétantes. Dans quatre domaines sur cinq, l’Irak n’a pas coopéré. En fait, il a même imposé de nouvelles restrictions au travail des inspecteurs (…). Nous devions agir et agir immédiatement (…).  J’espère que Saddam va maintenant finalement coopérer avec les inspecteurs et respecter les résolutions du Conseil de sécurité. Mais nous devons nous préparer à ce qu’il ne le fasse pas et nous devons faire face au danger très réel qu’il représente. Nous allons donc poursuivre une stratégie à long terme pour contenir l’Irak et ses armes de destruction massive et travailler jusqu’au jour où l’Irak aura un gouvernement digne de sa population (…). La dure réalité est qu’aussi longtemps que Saddam reste au pouvoir il menace le bien-être de sa population, la paix de la région et la sécurité du monde. La meilleure façon de mettre un terme définitif à cette menace est la constitution d’un nouveau gouvernement, un gouvernement prêt à vivre en paix avec ses voisins, un gouvernement qui respecte les droits de sa population. Bill Clinton (16.12.98)
Dans l’immédiat, notre attention doit se porter en priorité sur les domaines biologique et chimique. C’est là que nos présomptions vis-à-vis de l’Iraq sont les plus significatives : sur le chimique, nous avons des indices d’une capacité de production de VX et d’ypérite ; sur le biologique, nos indices portent sur la détention possible de stocks significatifs de bacille du charbon et de toxine botulique, et une éventuelle capacité de production.  Dominique De Villepin
 Iraq would serve as the base of a new Islamic caliphate to extend throughout the Middle East, and which would threaten legitimate governments in Europe, Africa and Asia. Don Rumsfeld (2005)
They will try to re-establish a caliphate throughout the entire Muslim world. Just as we had the opportunity to learn what the Nazis were going to do, from Hitler’s world in ‘Mein Kampf,’, we need to learn what these people intend to do from their own words. General Abizaid (2005)
The word getting the workout from the nation’s top guns these days is « caliphate » – the term for the seventh-century Islamic empire that spanned the Middle East, spread to Southwest Asia, North Africa and Spain, then ended with the Mongol sack of Baghdad in 1258. The term can also refer to other caliphates, including the one declared by the Ottoman Turks that ended in 1924. (…) A number of scholars and former government officials take strong issue with the administration’s warning about a new caliphate, and compare it to the fear of communism spread during the Cold War. They say that although Al Qaeda’s statements do indeed describe a caliphate as a goal, the administration is exaggerating the magnitude of the threat as it seeks to gain support for its policies in Iraq. In the view of John L. Esposito, an Islamic studies professor at Georgetown University, there is a difference between the ability of small bands of terrorists to commit attacks across the world and achieving global conquest. « It is certainly correct to say that these people have a global design, but the administration ought to frame it realistically, » said Mr. Esposito, the founding director of the Center for Muslim-Christian Understanding at Georgetown. « Otherwise they can actually be playing into the hands of the Osama bin Ladens of the world because they raise this to a threat that is exponentially beyond anything that Osama bin Laden can deliver. » Shibley Telhami, the Anwar Sadat professor for peace and development at the University of Maryland, said Al Qaeda was not leading a movement that threatened to mobilize the vast majority of Muslims. A recent poll Mr. Telhami conducted with Zogby International of 3,900 people in six countries – Egypt, Saudi Arabia, Morocco, Jordan, the United Arab Emirates and Lebanon – found that only 6 percent sympathized with Al Qaeda’s goal of seeking an Islamic state. The notion that Al Qaeda could create a new caliphate, he said, is simply wrong. « There’s no chance in the world that they’ll succeed, » he said. « It’s a silly threat. » (On the other hand, more than 30 percent in Mr. Telhami’s poll said they sympathized with Al Qaeda, because the group stood up to America.) The term « caliphate » has been used internally by policy hawks in the Pentagon since the planning stages for the war in Iraq, but the administration’s public use of the word has increased this summer and fall, around the time that American forces obtained a letter from Ayman al-Zawahiri, the No. 2 leader in Al Qaeda, to Abu Musab al-Zarqawi, the leader of Al Qaeda in Mesopotamia. The 6,000-word letter, dated early in July, called for the establishment of a militant Islamic caliphate across Iraq before Al Qaeda’s moving on to Syria, Lebanon and Egypt and then a battle against Israel. In recent weeks, the administration’s use of « caliphate » has only intensified, as Mr. Bush has begun a campaign of speeches to try to regain support for the war. He himself has never publicly used the term, although he has repeatedly described the caliphate, as he did in a speech last week when he said that the terrorists want to try to establish « a totalitarian Islamic empire that reaches from Indonesia to Spain. » Six days earlier, Mr. Edelman, the under secretary of defense, made it clear. « Iraq’s future will either embolden terrorists and expand their reach and ability to re-establish a caliphate, or it will deal them a crippling blow, » he said. « For us, failure in Iraq is just not an option. » NYT (2005)
They demand the elimination of Israel; the withdrawal of all Westerners from Muslim countries, irrespective of the wishes of people and government; the establishment of effectively Taleban states and Sharia law in the Arab world en route to one caliphate of all Muslim nations. Tony Blair (2005)
I remember having a conversation with one of the colonels out in the field, and although he did not believe that a rapid unilateral withdrawal would actually be helpful, there was no doubt that the US occupation in Iraq was becoming an increasing source of irritation. And that one of the things that we’re going to need to do – and to do sooner rather than later – is to transition our troops out of the day-to-day operations in Iraq and to have a much lower profile and a smaller footprint in the country over the coming year. On the other hand, I did also ask some people who were not particularly sympathetic to the initial war, but were now trying to make things work in Iraq – what they thought would be the result of a total withdrawal and I think the general view was that we were in such a delicate situation right now and that there was so little institutional capacity on the part of the Iraqi government, that a full military withdrawal at this point would probably result in significant civil war and potentially hundreds of thousands of deaths. This by the way was a message that was delivered also by the Foreign Minister of Jordan, who I’ve been meeting with while here in Amman, Jordan. The sense, I think, throughout the entire region among those who opposed the US invasion, that now that we’re there it’s important that we don’t act equally precipitously in our approach to withdrawal, but that we actually stabilize the situation and allow time for the new Iraqi government to develop some sort of capacity. Barack Obama (January 9, 2006)
Having visited Iraq, I’m also acutely aware that a precipitous withdrawal of our troops, driven by Congressional edict rather than the realities on the ground, will not undo the mistakes made by this Administration. It could compound them. It could compound them by plunging Iraq into an even deeper and, perhaps, irreparable crisis. We must exit Iraq, but not in a way that leaves behind a security vacuum filled with terrorism, chaos, ethnic cleansing and genocide that could engulf large swaths of the Middle East and endanger America. We have both moral and national security reasons to manage our exit in a responsible way. Barack Obama (June 21, 2006)
To begin withdrawing before our commanders tell us we are ready … would mean surrendering the future of Iraq to al Qaeda. It would mean that we’d be risking mass killings on a horrific scale. It would mean we’d allow the terrorists to establish a safe haven in Iraq to replace the one they lost in Afghanistan. It would mean increasing the probability that American troops would have to return at some later date to confront an enemy that is even more dangerous. George Bush (2007)
L’Irak a besoin d’une présence américaine et d’instructeurs américains, parce que nous ne sommes pas capables de défendre notre ciel et nos eaux, ainsi que d’utiliser les armes que nous avons achetées ou que nous avons obtenus auprès des Etats-Unis. Jalal Talabani (président irakien, novembre 2011)
Ce n’est pas parce qu’une équipe de juniors porte le maillot des Lakers que cela en fait des Kobe Bryant. Je pense qu’il y a une différence entre les moyens et la portée d’un Ben Laden, d’un réseau qui planifie activement des attaques terroristes de grande envergure contre notre territoire, et ceux de jihadistes impliqués dans des luttes de pouvoir locales, souvent de nature ethnique. Barack Obama (janvier 2014)
Non, je ne pense pas que nous perdons. (…) Il y a eu un revers tactique, c’est incontestable, même si Ramadi était vulnérable depuis très longtemps (…) L’EI a été considérablement affaibli à travers le pays  et il ya eu des progrès significatifs dans le nord et dans les régions où les Peshmergas (forces kurdes) participent. Dans les zones à dominante chiite, « il n’y pas d’avancée de l’EI (…) il ne fait aucun doute que, dans les secteurs sunnites, nous allons devoir renforcer non seulement l’entraînement mais aussi la détermination, et qu’il faut mobiliser les tribus sunnites plus qu’elles ne le sont actuellement (…) L’entraînement des forces de sécurité irakiennes (…) ne va pas assez vite à Al-Anbar (…) il y a une leçon qu’il est important de tirer de ce qui est arrivé, c’est que si les Irakiens eux-mêmes ne sont pas disposés ou capables d’arriver à des compromis politiques nécessaires pour gouverner, si elles ne sont pas prêts à se battre pour la sécurité de leur pays, nous ne pouvons pas le faire pour eux. Obama (2015)
Now, Iraq is not a perfect place. It has many challenges ahead. But we’re leaving behind a sovereign, stable and self-reliant Iraq, with a representative government that was elected by its people. We’re building a new partnership between our nations. And we are ending a war not with a final battle, but with a final march toward home. This is an extraordinary achievement, nearly nine years in the making.  And today, we remember everything that you did to make it possible. (…) Hard work and sacrifice.  Those words only begin to describe the costs of this war and the courage of the men and women who fought it. We know too well the heavy cost of this war.  More than 1.5 million Americans have served in Iraq — 1.5 million.  Over 30,000 Americans have been wounded, and those are only the wounds that show.  Nearly 4,500 Americans made the ultimate sacrifice — including 202 fallen heroes from here at Fort Bragg — 202.  (…) Policymakers and historians will continue to analyze the strategic lessons of Iraq — that’s important to do.  Our commanders will incorporate the hard-won lessons into future military campaigns — that’s important to do.  But the most important lesson that we can take from you is not about military strategy –- it’s a lesson about our national character. For all of the challenges that our nation faces, you remind us that there’s nothing we Americans can’t do when we stick together. (…) Because of you — because you sacrificed so much for a people that you had never met, Iraqis have a chance to forge their own destiny.  That’s part of what makes us special as Americans.  Unlike the old empires, we don’t make these sacrifices for territory or for resources.  We do it because it’s right.  There can be no fuller expression of America’s support for self-determination than our leaving Iraq to its people.  That says something about who we are. Because of you, in Afghanistan we’ve broken the momentum of the Taliban.  Because of you, we’ve begun a transition to the Afghans that will allow us to bring our troops home from there.  And around the globe, as we draw down in Iraq, we have gone after al Qaeda so that terrorists who threaten America will have no safe haven, and Osama bin Laden will never again walk the face of this Earth.  (…) So here’s what I want you to know, and here’s what I want all our men and women in uniform to know:  Because of you, we are ending these wars in a way that will make America stronger and the world more secure. The war in Iraq will soon belong to history.  Your service belongs to the ages.  Never forget that you are part of an unbroken line of heroes spanning two centuries –- from the colonists who overthrew an empire, to your grandparents and parents who faced down fascism and communism, to you –- men and women who fought for the same principles in Fallujah and Kandahar, and delivered justice to those who attacked us on 9/11. (…) And years from now, your legacy will endure in the names of your fallen comrades etched on headstones at Arlington, and the quiet memorials across our country; in the whispered words of admiration as you march in parades, and in the freedom of our children and our grandchildren.  And in the quiet of night, you will recall that your heart was once touched by fire.  You will know that you answered when your country called; you served a cause greater than yourselves; you helped forge a just and lasting peace with Iraq, and among all nations. I could not be prouder of you, and America could not be prouder of you. Obama
Internationally, I’m proud of the fact that we’ve responsibly ended two wars. Now, people will say, well, you’re back in Iraq, but we’re not back in Iraq with an occupying army, we’re back with a coalition of 60 countries helping to stabilize the situation. Obama
No, I don’t think we’re losing, and I just talked to our CENTCOM commanders and the folks on the ground. There’s no doubt there was a tactical setback, although Ramadi had been vulnerable for a very long time, primarily because these are not Iraqi security forces that we have trained or reinforced. They have been there essentially for a year without sufficient reinforcements, and the number of ISIL that have come into the city now are relatively small compared to what happened in [the Iraqi city of] Mosul. But it is indicative that the training of Iraqi security forces, the fortifications, the command-and-control systems are not happening fast enough in Anbar, in the Sunni parts of the country. You’ve seen actually significant progress in the north, and those areas where the Peshmerga [Kurdish forces] are participating. Baghdad is consolidated. Those predominantly Shia areas, you’re not seeing any forward momentum by ISIL, and ISIL has been significantly degraded across the country. (…) there’s no doubt that in the Sunni areas, we’re going to have to ramp up not just training, but also commitment, and we better get Sunni tribes more activated than they currently have been. So it is a source of concern. We’re eight months into what we’ve always anticipated to be a multi-year campaign, and I think [Iraqi] Prime Minister Abadi recognizes many of these problems, but they’re going to have to be addressed. (…) As you said, I’m very clear on the lessons of Iraq. I think it was a mistake for us to go in in the first place, despite the incredible efforts that were made by our men and women in uniform. Despite that error, those sacrifices allowed the Iraqis to take back their country. That opportunity was squandered by Prime Minister Maliki and the unwillingness to reach out effectively to the Sunni and Kurdish populations. (…) I know that there are some in Republican quarters who have suggested that I’ve overlearned the mistake of Iraq, and that, in fact, just because the 2003 invasion did not go well doesn’t argue that we shouldn’t go back in. And one lesson that I think is important to draw from what happened is that if the Iraqis themselves are not willing or capable to arrive at the political accommodations necessary to govern, if they are not willing to fight for the security of their country, we cannot do that for them. (…) But we can’t do it for them, and one of the central flaws I think of the decision back in 2003 was the sense that if we simply went in and deposed a dictator, or simply went in and cleared out the bad guys, that somehow peace and prosperity would automatically emerge, and that lesson we should have learned a long time ago. And so the really important question moving forward is: How do we find effective partners—not just in Iraq, but in Syria, and in Yemen, and in Libya—that we can work with, and how do we create the international coalition and atmosphere in which people across sectarian lines are willing to compromise and are willing to work together in order to provide the next generation a fighting chance for a better future? Obama (2015)
The fact that you are anti-Semitic, or racist, doesn’t preclude you from being interested in survival. It doesn’t preclude you from being rational about the need to keep your economy afloat; it doesn’t preclude you from making strategic decisions about how you stay in power; and so the fact that the supreme leader is anti-Semitic doesn’t mean that this overrides all of his other considerations. You know, if you look at the history of anti-Semitism, Jeff, there were a whole lot of European leaders—and there were deep strains of anti-Semitism in this country (…) They may make irrational decisions with respect to discrimination, with respect to trying to use anti-Semitic rhetoric as an organizing tool. At the margins, where the costs are low, they may pursue policies based on hatred as opposed to self-interest. But the costs here are not low, and what we’ve been very clear [about] to the Iranian regime over the past six years is that we will continue to ratchet up the costs, not simply for their anti-Semitism, but also for whatever expansionist ambitions they may have. That’s what the sanctions represent. That’s what the military option I’ve made clear I preserve represents. And so I think it is not at all contradictory to say that there are deep strains of anti-Semitism in the core regime, but that they also are interested in maintaining power, having some semblance of legitimacy inside their own country, which requires that they get themselves out of what is a deep economic rut that we’ve put them in, and on that basis they are then willing and prepared potentially to strike an agreement on their nuclear program. Obama (2015)
There is no question that the United States was divided going into that war. But I think the United States is united coming out of that war. We all recognize the tremendous price that has been paid in lives, in blood. And yet I think we also recognize that those lives were not lost in vain. (…) As difficult as [the Iraq war] was, and the cost in both American and Iraqi lives, I think the price has been worth it, to establish a stable government in a very important region of the world. Leon Panetta  (secrétaire américain à la Défense)
You don’t get to live life in reverse. What a leader has to do is make a decision, at the moment of decision, based on the best information he has. George Bush did that in 2002 and 2003 and he was supported by Hillary Clinton and Joe Biden and John Kerry and every western country’s intelligence agency. (…) The indictment of President Obama’s policy is much worse than the purported indictment of President Bush’s policy because everyone questions if we had known then what we know now. « It’s hard to analyze hypotheticals in history; I’m confident that the world is a better place and the world is a safer place with Saddam Hussein removed from power. (…) President Obama knew then what was going to happen, because his military commanders were advising him that they needed a small stay-behind force of 10,000 to 15,000 troops. « President Obama, for political reasons, knowing what he knew then, still made the decision to withdraw all our troops from Iraq. Tom Cotton (2015)
Even when viewed through a post-war lens, documentary evidence of messages are consistent with the Iraqi Survey Group’s conclusion that Saddam was at least keeping a WMD program primed for a quick re-start the moment the UN Security Council lifted sanctions. Iraqi Perpectives Project (March 2006)
Captured Iraqi documents have uncovered evidence that links the regime of Saddam Hussein to regional and global terrorism, including a variety of revolutionary, liberation, nationalist, and Islamic terrorist organizations. While these documents do not reveal direct coordination and assistance between the Saddam regime and the al Qaeda network, they do indicate that Saddam was willing to use, albeit cautiously, operatives affiliated with al Qaeda as long as Saddam could have these terrorist operatives monitored closely. Because Saddam’s security organizations and Osama bin Laden’s terrorist network operated with similar aims (at least in the short term), considerable overlap was inevitable when monitoring, contacting, financing, and training the same outside groups. This created both the appearance of and, in some ways, a de facto link between the organizations. At times, these organizations would work together in pursuit of shared goals but still maintain their autonomy and independence because of innate caution and mutual distrust. Though the execution of Iraqi terror plots was not always successful, evidence shows that Saddam’s use of terrorist tactics and his support for terrorist groups remained strong up until the collapse of the regime.  Iraqi Perspectives Project (Saddam and Terrorism, Nov. 2007, released Mar. 2008)
Beginning in 1994, the Fedayeen Saddam opened its own paramilitary training camps for volunteers, graduating more than 7,200 « good men racing full with courage and enthusiasm » in the first year. Beginning in 1998, these camps began hosting « Arab volunteers from Egypt, Palestine, Jordan, ‘the Gulf,’ and Syria. » It is not clear from available evidence where all of these non-Iraqi volunteers who were « sacrificing for the cause » went to ply their newfound skills. Before the summer of 2002, most volunteers went home upon the completion of training. But these camps were humming with frenzied activity in the months immediately prior to the war. As late as January 2003, the volunteers participated in a special training event called the « Heroes Attack. » This training event was designed in part to prepare regional Fedayeen Saddam commands to « obstruct the enemy from achieving his goal and to support keeping peace and stability in the province.  » Study (Joint Forces Command in Norfolk, Virginia)
The prospect of Iraq’s disintegration is already being spun by the Administration and its media friends as the fault of George W. Bush and Mr. Maliki. So it’s worth understanding how we got here. Iraq was largely at peace when Mr. Obama came to office in 2009. Reporters who had known Baghdad during the worst days of the insurgency in 2006 marveled at how peaceful the city had become thanks to the U.S. military surge and counterinsurgency. In 2012 Anthony Blinken, then Mr. Biden’s top security adviser, boasted that, « What’s beyond debate » is that « Iraq today is less violent, more democratic, and more prosperous. And the United States is more deeply engaged there than at any time in recent history. » Mr. Obama employed the same breezy confidence in a speech last year at the National Defense University, saying that « the core of al Qaeda » was on a « path to defeat, » and that the « future of terrorism » came from « less capable » terrorist groups that mainly threatened « diplomatic facilities and businesses abroad. » Mr. Obama concluded his remarks by calling on Congress to repeal its 2001 Authorization to Use Military Force against al Qaeda. If the war on terror was over, ISIS didn’t get the message. The group, known as Tawhid al-Jihad when it was led a decade ago by Abu Musab al-Zarqawi, was all but defeated by 2009 but revived as U.S. troops withdrew and especially after the uprising in Syria spiraled into chaos. It now controls territory from the outskirts of Aleppo in northwestern Syria to Fallujah in central Iraq. The possibility that a long civil war in Syria would become an incubator for terrorism and destabilize the region was predictable, and we predicted it. « Now the jihadists have descended by the thousands on Syria, » we noted last May. « They are also moving men and weapons to and from Iraq, which is increasingly sinking back into Sunni-Shiite civil war. . . . If Prime Minister Nouri al-Maliki feels threatened by al Qaeda and a Sunni rebellion, he will increasingly look to Iran to help him stay in power. » We don’t quote ourselves to boast of prescience but to wonder why the Administration did nothing to avert the clearly looming disaster. Contrary to what Mr. Blinken claimed in 2012, the « diplomatic surge » the Administration promised for Iraq never arrived, nor did U.S. weapons. « The Americans have really deeply disappointed us by not supplying the Iraqi army with the weapons and support it needs to fight terrorism, » the Journal quoted one Iraqi general based in Kirkuk. That might strike some readers as rich coming from the commander of a collapsing army, but it’s a reminder of the price Iraqis and Americans are now paying for Mr. Obama’s failure to successfully negotiate a Status of Forces Agreement with Baghdad that would have maintained a meaningful U.S. military presence. A squadron of Apache attack helicopters, Predator drones and A-10 attack planes based in Iraq might be able to turn back ISIS’s march on Baghdad. WSJ
Mosul’s fall matters for what it reveals about a terrorism whose threat Mr. Obama claims he has minimized. For starters, the Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) isn’t a bunch of bug-eyed « Mad Max » guys running around firing Kalashnikovs. ISIS is now a trained and organized army. The seizures of Mosul and Tikrit this week revealed high-level operational skills. ISIS is using vehicles and equipment seized from Iraqi military bases. Normally an army on the move would slow down to establish protective garrisons in towns it takes, but ISIS is doing the opposite, by replenishing itself with fighters from liberated prisons. An astonishing read about this group is on the website of the Washington-based Institute for the Study of War. It is an analysis of a 400-page report, « al-Naba, » published by ISIS in March. This is literally a terrorist organization’s annual report for 2013. It even includes « metrics, » detailed graphs of its operations in Iraq as well as in Syria. One might ask: Didn’t U.S. intelligence know something like Mosul could happen? They did. The February 2014 « Threat Assessment » by the Pentagon’s Defense Intelligence Agency virtually predicted it: « AQI/ISIL [aka ISIS] probably will attempt to take territory in Iraq and Syria . . . as demonstrated recently in Ramadi and Fallujah. » AQI (al Qaeda in Iraq), the report says, is exploiting the weak security environment « since the departure of U.S. forces at the end of 2011. » But to have suggested any mitigating steps to this White House would have been pointless. It won’t listen. In March, Gen. James Mattis, then head of the U.S. Central Command, told Congress he recommended the U.S. keep 13,600 support troops in Afghanistan; he was known not to want an announced final withdrawal date. On May 27, President Obama said it would be 9,800 troops—for just one year. Which guarantees that the taking of Mosul will be replayed in Afghanistan. Let us repeat the most quoted passage in former Defense Secretary Robert Gates’s memoir, « Duty. » It describes the March 2011 meeting with Mr. Obama about Afghanistan in the situation room. « As I sat there, I thought: The president doesn’t trust his commander, can’t stand Karzai, doesn’t believe in his own strategy and doesn’t consider the war to be his, » Mr. Gates wrote. « For him, it’s all about getting out. » Daniel Henninger
Nothing that happened in Iraq after the overthrow of Saddam Hussein in 2003 was pre-ordained; different futures than the one unfolding today were possible. Recall that violence declined drastically during the 2007 U.S. troop surge, and that for the next couple of years both Iraq and the West felt that the country was going in the right direction. But the seeds of Iraq’s unravelling were sown in 2010, when the United States did not uphold the election results and failed to broker the formation of a new Iraqi government. As an adviser to the top U.S. general in Iraq, I was a witness. (…)The national elections took place on March 7, 2010, and went more smoothly than we had dared hope. After a month of competitive campaigning across the country and wide media coverage of the different candidates and parties, 62 percent of eligible Iraqis turned out to vote. (…) We had not expected Iraqiya—a coalition headed by the secular Shia Ayad Allawi and leaders of the Sunni community, and running on a non-sectarian platform—to do so well. The coalition had won 91 seats—two more than the incumbent Prime Minister Nouri al-Maliki’s State of Law Coalition. (…) Even though there was no evidence of fraud to justify a recount, the Iraqi electoral commission and the international community agreed to one, fearful of a repeat of the election fiasco in 2009 in Afghanistan, which had tarnished the credibility of elections there. In the meantime, Maliki’s advisers told us he needed two extra seats, either from the recount or through arbitrary de-Ba’athification that could disqualify Iraqiya candidates. Otherwise, he would be blamed for losing Iraq for the Shia, who make up some two-thirds of the population. (…)  General O and I did not think that the Iraqiya candidate, Allawi, would be able to put a government together with himself as prime minister. But we thought he had the right as the winner of the election to have first go—and that this could lead to a political compromise among the leaders, with either Allawi and Maliki agreeing to share power between them or a third person chosen to be prime minister. But … Hill, General O strode down the embassy corridor looking visibly upset. “He told me that Iraq is not ready for democracy, that Iraq needs a Shia strongman,” the general said, “and Maliki is our man.” Odierno had objected that that was not what the Iraqis wanted. They were rid of one dictator, Hussein, and did not want to create another. (…) Sami al-Askari, a Shia politician close to Maliki who believed that an agreement between State of Law and Iraqiya was the best way forward (…) also told me that everyone except the Americans realized that the formation of the government was perceived as a battle between Iran and the United States for influence in Iraq. The Iranians were active, while the U.S. embassy did nothing. Qasim Suleimani, the commander of the Iranian Revolutionary Guard’s al-Quds Force, continued to summon Iraqis to Iran in order to put together a pan-Shia coalition. The Iranians, al-Askari said, intended to drag out government formation until after August 31, when all U.S. combat forces were due to leave, in order to score a “victory” over the United States. (…) In the Arabic media, there was confusion as to why the United States and Iran should both choose Maliki as prime minister, and this fuelled conspiracy theories about a secret deal between those two countries. (…) The Obama administration wanted to see an Iraqi government in place before the U.S. mid-term elections in November. Biden believed the quickest way to form a government was to keep Maliki as prime minister, and to cajole other Iraqis into accepting this. (…) I tried to explain the struggle between secularists and Islamists, and how many Iraqis wanted to move beyond sectarianism. But Biden could not fathom this. For him, Iraq was simply about Sunnis, Shia and Kurds.(…) If only President Obama had paid attention to Iraq. He, more than anyone, would understand the complexity of identities, I thought—and that people can change. But his only interest in Iraq, it appeared, was in ending the war. (…) In July 2014, I visited Erbil, Iraq, shortly after the Islamic State had taken control of a third of the country and the Iraqi Army had disintegrated. I met up with Rafi Issawi. (…) Rafi listed for me the Sunni grievances that had steadily simmered since I’d left—until they had finally boiled over. Maliki had detained thousands of Sunnis without trial, pushed leading Sunnis, including Rafi, out of the political process by accusing them of terrorism and reneged on payments and pledges to the Iraqi tribes who had bravely fought Al Qaeda in Iraq. Year-long Sunni protests demanding an end to discrimination were met by violence, with dozens of unarmed protesters killed by Iraqi security forces. Maliki had completely subverted the judiciary to his will, so that Sunnis felt unable to achieve justice. The Islamic State, Rafi explained to me, was able to take advantage of this situation, publicly claiming to be the defenders of the Sunnis against the Iranian-backed Maliki government. The downward spiral, Rafi told me not surprisingly, had begun in 2010—when Iraqiya was not given the first chance to try to form the government. “We might not have succeeded,” he admitted, “but the process itself would have been important in building trust in Iraq’s young institutions.” Emma Sky
La Maison Blanche maintient que la mission était une affaire 100% américaine, et que les généraux de l’armée pakistanaise et ses services secrets n’ont pas été mis au courant de l’assaut à l’avance. C’est faux. (…) En août 2010, un ancien officier des services secrets pakistanais a approché Jonathan Bank, alors chef du bureau de la CIA à l’ambassade américaine d’Islamabad. Il a proposé de dire à la CIA où trouver Ben Laden en échange de la récompense que Washington avait offerte en 2001. Seymour Hersh
Pour moi, l’échec de la guerre est surtout lié à la manière dont nous nous sommes précipitemment retirés d’Irak en 2011 selon un calendrier arbitraire, au lieu de sécuriser nos gains et de garder un levier d’influence. Si nous avions maintenu une force substantielle capable d’influencer le gouvernement irakien, nous aurions pu empêcher les dérives sectaires qui ont mené à l’émergence de l’Etat islamique. Général Barbero
Through the fall of 2011, the main question facing the American military in Iraq was what our role would be now that combat operations were over. When President Obama announced the end of our combat mission in August 2010, he acknowledged that we would maintain troops for a while. Now that the deadline was upon us, however, it was clear to me–and many others–that withdrawing all our forces would endanger the fragile stability then barely holding Iraq together. Privately, the various leadership factions in Iraq all confided that they wanted some U.S. forces to remain as a bulwark against sectarian violence. But none was willing to take that position publicly, and Prime Minister Nouri al-Maliki concluded that any Status of Forces Agreement, which would give legal protection to those forces, would have to be submitted to the Iraqi parliament for approval. That made reaching agreement very difficult given the internal politics of Iraq, but representatives of the Defense and State departments, with scrutiny from the White House, tried to reach a deal. We had leverage. We could, for instance, have threatened to withdraw reconstruction aid to Iraq if al-Maliki would not support some sort of continued U.S. military presence. My fear, as I voiced to the President and others, was that if the country split apart or slid back into the violence that we’d seen in the years immediately following the U.S. invasion, it could become a new haven for terrorists to plot attacks against the U.S. Iraq’s stability was not only in Iraq’s interest but also in ours. I privately and publicly advocated for a residual force that could provide training and security for Iraq’s military. To my frustration, the White House coordinated the negotiations but never really led them. Officials there seemed content to endorse an agreement if State and Defense could reach one, but without the President’s active advocacy, al-Maliki was allowed to slip away. The deal never materialized. To this day, I believe that a small U.S. troop presence in Iraq could have effectively advised the Iraqi military on how to deal with al-Qaeda’s resurgence and the sectarian violence that has engulfed the country. Leon Panetta
As I sat there, I thought: The president doesn’t trust his commander, can’t stand Karzai, doesn’t believe in his own strategy and doesn’t consider the war to be his. For him, it’s all about getting out. Robert Gates
Toppling Saddam Hussein through military force was a subject discussed at the highest levels of the Clinton administration. The chairman of the Joint Chiefs Staff, Genral Hugh Shelton, noted in his 2010 memoir that a member of Clinton’s Cabinet, apparently Secretary of State Madeleine Albright, suggested provoking an incident with Iraq that would allow the United States to « take out Saddam ». Shelton recalled : Early on in my days as Chairman of the Joint Chiefs of Staff, we had small, weekly White House breakfasts in National Security Advisor Sandy Berger’s office that included me, Sandy, Bill Cohen (Secretary of Defense), Madeleine Albright (Secretary of State), George Tenet (head of the CIA), Leon Firth (VP chief of staff for security), Bill Richardson (ambassador to the U.N.), and a few other senior administration officials. These were informal sessions where we would gather around Berger’s table and talk about concerns over coffee and breakfast served by the White House dining facility. It was a comfortable setting that encouraged brainstorming of potential options on a variety of issues of the day. During that time we had U-2 aircraft on reconnaissance sorties over Iraq. These planes were designed to fly at extremely high speeds and altitudes (over seventy thousand feet) both for pilot safety and to avoid detection. At one of my very first breakfasts, while Berger and Cohen were engaged in a sidebar discussion down at one end of the table and Tenet and Richardson were preoccupied in another, one of the Cabinet members present leaned over to me and said, “Hugh, I know I shouldn’t even be asking you this, but what we really need in order to go in and take out Saddam is a precipitous event — something that would make us look good in the eyes of the world. Could you have one of our U-2s fly low enough — and slow enough — so as to guarantee that Saddam could shoot it down?”  The hair on the back of my neck bristled, my teeth clenched, and my fists tightened. I was so mad I was about to explode. I looked across the table, thinking about the pilot in the U-2 and responded, “Of course we can …” which prompted a big smile on the official’s face. “You can?” was the excited reply. “Why, of course we can,” I countered. “Just as soon as we get your ass qualified to fly it, I will have it flown just as low and slow as you want to go.” One can only imagine the congressional and media reaction if such a proposal had been aired openly at a meeting of George W. Bush’s Cabinet, either by Vice President Cheney, Donald Rumsfeld, or Deputy Secretary of Defense Paul Wolfowitz, and this had become public. Stephen F. Knott (Rush to Judgment: George W. Bush, the War on Terror, and His Critics, pp. 136-137)
The overthrow of Saddam Hussein’s regime became official U.S. policy in 1998, when President Clinton signed the Iraq Liberation Act—a bill passed 360-38 by the House of Representatives and by unanimous consent in the Senate. The law called for training and equipping Iraqi dissidents to overthrow Saddam and suggested that the United Nations establish a war-crimes tribunal for the dictator and his lieutenants. The legislation was partly the result of frustration over the undeclared and relatively unheralded « No-Fly Zone War » that had been waged since 1991. Saddam’s military repeatedly fired on U.S. and allied aircraft that were attempting to prevent his regime from destroying Iraqi opposition forces in northern and southern Iraq. According to former Chairman of the Joint Chiefs Hugh Shelton, in 1997 a key member of President Bill Clinton’s cabinet (thought by most observers to have been Secretary of State Madeleine Albright) asked Gen. Shelton whether he could arrange for a U.S. aircraft to fly slowly and low enough that it would be shot down, thereby paving the way for an American effort to topple Saddam. Kenneth Pollack, a member of Mr. Clinton’s National Security Council staff, would later write in 2002 that it was a question of « not whether but when » the U.S. would invade Iraq. He wrote that the threat presented by Saddam was « no less pressing than those we faced in 1941. » Radicalized by the events of 9/11, George W. Bush gradually concluded that a regime that had used chemical weapons against its own people and poison gas against Iran, invaded Iran and Kuwait, harbored some of the world’s most notorious terrorists, made lucrative payments to the families of suicide bombers, fired on American aircraft almost daily, and defied years of U.N. resolutions regarding weapons of mass destruction was a problem. The former chief U.N. weapons inspector, an Australian named Richard Butler, testified in July 2002 that « it is essential to recognize that the claim made by Saddam’s representatives, that Iraq has no WMD, is false. » In the U.S., there was a bipartisan consensus that Saddam possessed and continued to develop WMD. Former Vice President Al Gore noted in September 2002 that Saddam had « stored secret supplies of biological and chemical weapons throughout his country. » Then-Sen. Hillary Clinton observed that Saddam hoped to increase his supply of chemical and biological weapons and to « develop nuclear weapons. » Then-Sen. John Kerry claimed that « a deadly arsenal of weapons of mass destruction in his [Saddam’s] hands is a real and grave threat to our security. » Even those opposed to using force against Iraq acknowledged that, as then-Sen. Edward Kennedy put it, « we have known for many years that Saddam Hussein is seeking and developing » WMD. When it came time to vote on the authorization for the use of force against Iraq, 81 Democrats in the House voted yes, joined by 29 Democrats in the Senate, including the party’s 2004 standard bearers, John Kerry and John Edwards, plus Majority Leader Tom Daschle, Sen. Joe Biden, Mrs. Clinton, and Sens. Harry Reid, Tom Harkin, Chris Dodd and Jay Rockefeller. The latter, a member of the Senate Intelligence Committee, claimed that Saddam would « likely have nuclear weapons within the next five years. » Support for the war extended far beyond Capitol Hill. In March 2003, a Pew Research Center poll indicated that 72% of the American public supported President Bush’s decision to use force. If Mr. Bush « lied, » as the common accusation has it, then so did many prominent Democrats—and so did the French, whose foreign minister, Dominique de Villepin, claimed in February 2003 that « regarding the chemical domain, we have evidence of [Iraq’s] capacity to produce VX and yperite [mustard gas]; in the biological domain, the evidence suggests the possible possession of significant stocks of anthrax and botulism toxin. » Germany’s intelligence chief August Hanning noted in March 2002 that « it is our estimate that Iraq will have an atomic bomb in three years. » According to interrogations conducted after the invasion, Saddam’s own generals believed that he had WMD and expected him to use these weapons as the invasion force neared Baghdad. The war in Iraq was authorized by a bipartisan congressional coalition, supported by prominent media voices and backed by the public. Yet on its 10th anniversary Americans will be told of the Bush administration’s duplicity in leading us into the conflict. Many members of the bipartisan coalition that committed the U.S. to invade Iraq 10 years ago have long since washed their hands of their share of responsibility. We owe it to history—and, more important, to all those who died—to recognize that this wasn’t Bush’s war, it was America’s war. Stephen F. Knott
Iraq is a symbol. You certainly can make a persuasive argument it was a mistake. But there is a time that line going along that Bush and the other people lied about this. I spent 18 months looking at how Bush decided to invade Iraq. And lots of mistakes, but it was Bush telling George Tenet, the CIA director, don’t let anyone stretch the case on WMD. And he was the one who was skeptical. And if you try to summarize why we went into Iraq, it was momentum. The war plan kept getting better and easier, and finally at the end, people were saying, hey, look, it will only take a week or two. And early on it looked like it was going to take a year or 18 months. And so Bush pulled the trigger. A mistake certainly can be argued, and there is an abundance of evidence. But there was no lying in this that I could find. [about 2011] Well, he didn’t [want to keep any troops there]. Look, Obama does not like war. But as you look back on this, the argument from the military was, let’s keep 10,000, 15,000 troops there as an insurance policy. And we all know insurance policies make sense. We have 30,000 troops or more in South Korea still 65 years or so after the war. When you are a superpower, you have to buy these insurance policies. And he didn’t in this case. I don’t think you can say everything is because of that decision, but clearly a factor. Bob Woodward
The military recommended nearly 20,000 troops, considerably fewer than our 28,500 in Korea, 40,000 in Japan, and 54,000 in Germany. The president rejected those proposals, choosing instead a level of 3,000 to 5,000 troops. A deployment so risibly small would have to expend all its energies simply protecting itself — the fate of our tragic, missionless 1982 Lebanon deployment — with no real capability to train the Iraqis, build their U.S.-equipped air force, mediate ethnic disputes (as we have successfully done, for example, between local Arabs and Kurds), operate surveillance and special-ops bases, and establish the kind of close military-to-military relations that undergird our strongest alliances. The Obama proposal was an unmistakable signal of unseriousness. It became clear that he simply wanted out, leaving any Iraqi foolish enough to maintain a pro-American orientation exposed to Iranian influence, now unopposed and potentially lethal. (…) The excuse is Iraqi refusal to grant legal immunity to U.S. forces. But the Bush administration encountered the same problem, and overcame it. Obama had little desire to. Indeed, he portrays the evacuation as a success, the fulfillment of a campaign promise. Charles Krauthammer
The fact is that by the end of Bush’s tenure the war had been won. You can argue that the price of that victory was too high. Fine. We can debate that until the end of time. But what is not debatable is that it was a victory. Bush bequeathed to Obama a success. By whose measure? By Obama’s. As he told the troops at Fort Bragg on Dec. 14, 2011, “We are leaving behind a sovereign, stable and self-reliant Iraq, with a representative government that was elected by its people.” This was, said the president, a “moment of success.” Which Obama proceeded to fully squander. With the 2012 election approaching, he chose to liquidate our military presence in Iraq. We didn’t just withdraw our forces. We abandoned, destroyed or turned over our equipment, stores, installations and bases. We surrendered our most valuable strategic assets, such as control of Iraqi airspace, soon to become the indispensable conduit for Iran to supply and sustain the Assad regime in Syria and cement its influence all the way to the Mediterranean. And, most relevant to the fall of Ramadi, we abandoned the vast intelligence network we had so painstakingly constructed in Anbar province, without which our current patchwork operations there are largely blind and correspondingly feeble. The current collapse was not predetermined in 2003 but in 2011. Isn’t that what should be asked of Hillary Clinton? We know you think the invasion of 2003 was a mistake. But what about the abandonment of 2011? Was that not a mistake? Charles Krauthammer

Attention: une erreur peut en cacher une autre !

En ce Memorial Day où nos amis américains honorent leurs morts au combat …

Et où, après les pertes (pardon: le « revers tactique ») de Mossoul et Ramadi, leur président annonce triomphalement que la guerre est finie

Pendant qu’aux Etats-Unis mêmes les candidats sont passés à la question de ce qu’ils auraient fait en Irak

A la place d’un George Bush dont même Bob Woodward confirme l’inanité des accusations de mensonges …

Comment ne pas repenser …

A cette glorieuse journée de décembre 2011 …

Où au moment d’un retrait d’Irak qui avec l’élimination elle aussi controversée de Ben Laden allait lui valoir sa brillante réélection un an plus tard …

Et tout en rappelant l’énorme coût en morts et en blessés …

Un président américain presque extatique saluait une « réussite extraordinaire » ?

En un pays où – qui s’en souvient ?-  dès fin 2008 une agence de voyage française envisageait des séjours dans le nord kurde du pays …

Mais comment, avec Charles Krauthammer après une telle et aussi coûteuse victoire, ne pas se poser aussi la question …

Non pas tant de l’erreur de l’invasion de 2003 …

Mais de celle de l’abandon de 2011 ?

Obama salue la « réussite » en Irak mais appelle à tirer les leçons du conflit
Le Point
14/12/2011

« Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles », a ajouté le président des USA, en allusion aux séquelles psychologiques dont souffrent certains anciens combattants.
Le président Barack Obama a salué mercredi la « réussite extraordinaire » des Etats-Unis en Irak, en rendant hommage aux soldats quelques jours avant la fin du retrait de l’armée américaine de ce pays.

M. Obama a également évoqué le « prix élevé » de cette guerre de près de neuf ans à laquelle il s’était opposé quand il n’était pas encore à la tête des Etats-Unis, et affirmé que son pays devrait retenir les « leçons » de ce conflit, lors d’un discours devant des soldats à Fort Bragg (Caroline du Nord, sud-est).
« Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec un gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays », a lancé le président devant plusieurs milliers de militaires en uniforme rassemblés dans un hangar de cet énorme complexe, siège des forces spéciales américaines.

« C’est une réussite extraordinaire, qui a pris neuf ans », a-t-il dit, en reconnaissant « le dur travail et le sacrifice » qui ont été nécessaires. « Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée », a-t-il souligné.

« Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles », a-t-il ajouté, en allusion aux séquelles psychologiques dont souffrent certains anciens combattants.

« Près de 4.500 Américains » ont perdu la vie, a rappelé le président, « dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg », a-t-il encore dit. « Et aujourd’hui, nous nous recueillons en prière pour toutes ces familles qui ont perdu ceux qu’ils aimaient, car ils font tous partie de notre grande famille américaine ».

M. Obama, qui avait beaucoup évoqué lors de sa campagne présidentielle victorieuse de 2008 son opposition initiale à la guerre en Irak, en 2002 et 2003 lorsqu’il n’était encore qu’un élu local, a souligné que « les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak ».

« Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir », a indiqué le dirigeant.

« Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays », car « malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires ».

Voir aussi:

L’armée américaine a marqué officiellement son retrait d’Irak
Laurent Lagneau
16-12-2011

Le drapeau des Forces armées américaines en Irak (USF-I) a officiellement été replié lors d’une cérémonie organisée à l’aéroport de Bagdad, lieu symbolique, s’il en est, de l’opération Iraqi Freedom, lancée en mars 2003, puisqu’il s’agit du premier secteur de la capitale irakienne à être occupé par la coalition emmenée par les Etats-Unis pour renverser Saddam Hussein.

« C’est un évènement historique car il y a huit ans, huit mois et 26 jours, j’ai donné l’ordre aux éléments avancés de la troisième division de traverser la frontière » a déclaré le général américain et chef d’état-major adjoint Lloyd Austin.

Conformément l’accord de sécurité conclu entre Bagdad et Washington en 2008, soit avant l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, les troupes américaines auront ainsi quitté l’Irak avant la fin de l’année 2011. Après cette date, seulement 160 militaires resteront dans le pays pour être affectés à l’ambassade des Etats-Unis, qui, avec 16.000 employés, sera la plus importante au monde. Ces soldats, aidé par 700 conctractuels, auront pour tâche de former leurs homologues irakiens.

Au cours de ce conflit, qui aurait pu connaître une autre trajectoire si l’erreur de purger l’ancienne armée irakienne de ses cadres n’avait pas été commise, les Etats-Unis ont engagé jusqu’à 170.000 hommes, déployés sur 500 bases. Et plus de 4.500 soldats américains ont perdu la vie au cours de ces 9 ans d’opération.

Prétexte à l’intervention des Etats-Unis, les armes de destruction massive dont Saddam Hussein était soupçonné détenir, n’ont pas été retrouvées. Et l’on se souvient de l’activisme des militants de groupes jihadistes, opérant sous l’étiquette d’al-Qaïda ou non, qui faillit faire basculer l’Irak dans une guerre confessionnelle. Il aura fallu la prise en main des opérations par le général David Petraeus, devenu depuis directeur de la CIA, pour rétablir une situation qui était, au moins jusqu’en 2007, très délicate, grâce à des principes de guerre contre-insurrectionnelle, inspirés par le théoricien français David Galula.

« Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour » a déclaré le président Barack Obama, le 14 décembre, à l’occasion d’un discours prononcé à Fort Bragg pour rendre hommage aux soldats américains engagés en Irak, au moment de la fin de leur retrait d’Irak.

« C’est une réussite extraordinaire, qui a pris neuf ans », a-t-il encore lancé, en soulignant « le dur travail et le sacrifice » qui « décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée ».

« Après le sang versé par les Irakiens et les Américains, la mission visant à faire de l’Irak un pays capable de gouverner et d’assurer seul sa sécurité est devenue réalité », a déclaré Leon Panetta, le patron du Pentagone, lors de la cérémonie marquant le retrait officiel des troupes américains.

« L’Irak va devoir faire face à la menace du terrorisme, à ceux qui sèmeront la division, aux problèmes économiques et sociaux », a-t-il tempéré, soulignant que des « défis continuent d’exister » mais que « les Etats-Unis resteront aux côtés du peuple irakien. » Aussi, avant de parler de réussite, encore faudrait-il attendre encore un peu pour voir comment ce pays va évoluer au cours des prochains mois.

En effet, des attentats sont commis régulièrement et les derniers en date ont surtout visé la communauté chiite à l’occasion de la fête de l’Achoura. Aussi, les tensions confessionnelles sont l’un des écueils que l’Irak aura à éviter. Les désaccords entre Bagdad et la minorité kurde, notamment au sujet de l’exploitation prétrolière, devront être réglés. Enfin, la nouvelle armée irakienne n’est pas encore prête à assurer la sécurité du territoire, en raison de ces lacunes capacitaires. Ce qui inquiète d’ailleurs, le président irakien, Jalal Talabani.

« L’Irak a besoin d’une présence américaine et d’instructeurs américains, parce que nous ne sommes pas capables de défendre notre ciel et nos eaux, ainsi que d’utiliser les armes que nous avons achetées ou que nous avons obtenus auprès des Etats-Unis » a-t-il déclaré en novembre dernier.

Ce qui pose la question de l’influence iranienne dans le pays. En effet, Téhéran ne manque pas de relais en Irak, grâce notamment au chiisme. Le régime des mollahs sera-t-il le principal bénéficiaire de l’opération conduite par les Etats-Unis? L’avenir le dira.

En attendant, Washington a adressé une mise en garde aux Iraniens, sans les nommer. « La souveraineté de l’Irak doit être respectée », a ainsi prévenu Barack Obama, le 12 décembre dernier, à l’occasion d’une rencontre avec Nouri al-Maliki, le Premier ministre irakien.

Pour terminer sur une note provocatrice, s’il devait y avoir un vainqueur de cette guerre en Irak, ce serait sans doute la Chine, qui a profité de l’engagement américain pour monter en puissance. Cette intervention aura coûté près de 800 milliards de dollars au contribuable américain (reconstruction, réparation et remplacement des matériels, pensions et soins des blessés, etc…). L’économiste Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, a même estimé que ce coût pourrait dépasser finalement les 3.000 milliards de dollars à long terme. Et quand l’on sait que Pékin est l’un des principaux créanciers de Washington…

Voir également:

Obama au pied du mur face aux avancées de l’EI
Jean Michel Gradt
Les Echos
22/05 /15

Dans un entretien publié jeudi, le président américain estime que les Etats-Unis ne sont pas en train de perdre le combat contre le groupe djihadiste en Irak et qu’il se refuse à envoyer des troupes au sol en Irak comme en Syrie.

Malgré une campagne aérienne lancée depuis l’été 2014 par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis pour aider le pouvoir en Irak, et les rebelles en Syrie, à stopper la progression de l’EI, le groupe jihadiste a réussi deux coups de force en huit jours : la prise de Ramadi en Irak et celle de Palmyre en Syrie.

« Je ne crois pas que nous soyons en train de perdre » le combat contre les djihadistes de l’organisation Etat islamique, malgré le «  revers stratégique » subi à Ramadi, chef lieu de la province irakienne d’Anbar tombé dimanche dernier aux mains des jihadistes sunnites ultraradicaux, déclare Barack Obama dans un entretien publié jeudi par le magazine The Atlantic . « Il y a eu un revers tactique, c’est incontestable, même si Ramadi était vulnérable depuis très longtemps« , a-t-il ajouté.

« L’EI a été considérablement affaibli à travers le pays« , a encore expliqué le président américain,qui évoque « des progrès significatifs dans le nord et dans les régions où les Peshmergas (forces kurdes) participent ». Dans les zones à dominante chiite, « il n’y pas d’avancée de l’EI« , a-t-il ajouté. Mais «   il ne fait aucun doute que, dans les secteurs sunnites, nous allons devoir renforcer non seulement l’entraînement mais aussi la détermination, et qu’il faut mobiliser les tribus sunnites plus qu’elles ne le sont actuellement  »

Pas de troupes au sol en Irak

Les Etats-Unis sont-ils prêts à envoyer des troupes au sol ? «  Aujourd’hui la question n’est pas si oui ou non nous envoyons des contingents de troupes américaines au sol. Aujourd’hui, la question est de savoir comment nous trouvons des partenaires efficaces pour gouverner dans ces régions de l’Irak qui sont en ce moment ingouvernables et vaincre efficacement l’EI, pas seulement en Irak, mais en Syrie? « 

Puis, évoquant les « erreurs » commises lors de l’invasion américaine de 2003, il ajoute :  » il y a une leçon qu’il est important de tirer de ce qui est arrivé, c’est que si les Irakiens eux-mêmes ne sont pas disposés ou capables d’arriver à des compromis politiques nécessaires pour gouverner, si elles ne sont pas prêts à se battre pour la sécurité de leur pays, nous ne pouvons pas le faire pour eux », poursuit le président, dont les propos ont été recueillis mardi… c’est-à-dire avant la prise de Palmyre par l’EI en Syrie.

Interrogations après la chute de Palmyre

Or depuis jeudi, la situation a empiré. En s’emparant de Palmyre, cité antique vieille de plus de 2.000 ans et véritable carrefour routier qui ouvre sur le grand désert syrien frontalier de l’Irak , l’EI contrôle « désormais plus de 95.000 km2 en Syrie, soit 50% du territoire« , d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homem (OSDH). Le groupe terroriste s’est emparé de la majeure partie des provinces de Deir Ezzor et Raqa (nord), et a une forte présence à Hassaké (nord-est), Alep (nord), Homs la troisième ville du pays et Hama (centre). Il est aussi maître de la quasi-totalité des champs pétroliers et gaziers de Syrie.

Ce deuxième revers en une semaine face à l’EI sera-t-il de nature à modifier la position adoptée par le président américain dans son entretien à « The Atlantic », notamment sur l’envoi de troupes au sol  ? La réponse est : non.Tout en demandant des moyens supplémentaires au Congrès pour lutter contre l’EI, Barack Obama a réaffirmé hier (voir la vidéo ci-dessous) qu’il n’était pas question pour les Etats-Unis d’envoyer des troupes au sol « en Irak ou en Syrie ».

Dans la presse française, les éditorialistes (voir encadré) s’interrogent. « La froide vérité géopolitique est que les États-Unis s’intéressent avant tout à l’Irak, dont ils espèrent encore sauver l’intégrité, et que nul ne sait plus qui soutenir en Syrie, maintenant que les rebelles +modérés+ ont jeté le masque en s’acoquinant avec al-Qaida« , lit-on sous la plume de Philippe Gélie dans le Figaro.

 » La conquête de Palmyre témoigne de la force de Daech. Créée il y a seulement deux ans, cette organisation a effacé la frontière entre l’Irak et la Syrie, contrôlant de vastes territoires et d’importantes ressources pétrolières et gazières », écrit Jean-Christophe Ploquin dans La Croix. Selon lui, « les seuls qui pourraient développer une stratégie globale contre lui aujourd’hui sont les États-Unis. Mais Barack Obama (…) ne veut plus engager de troupes dans un long conflit moyen-oriental. Il n’a pas la capacité de peser sur ses alliés -européens ou arabes- pour les entraîner dans une coalition internationale puissante. C’est dans ce vide stratégique que s’engouffre Daech. »

Interrogations sur la stratégie des Etats-Unis après la chute de Palmyre

Dans Sud Ouest, Bruno Dive, estime que la prise de Palmyre « signe la première défaite directe de l’armée de Bachar el Assad face à Daech. Mais surtout, elle pose avec une acuité grandissante la question du bien-fondé de la stratégie adoptée par les Etats-Unis et leurs alliés (…) Daech s’enracine, et chaque jour qui passe montre qu’elle sera très difficile à déloger, du moins sans l’appui massif de troupes au sol (…) Le temps des choix clairs et fermes est donc venu. Si l’on ne veut pas que tout le Proche-Orient se transforme en champ de ruines. »

Pour Alexandra Schwartzbrod de Libération, la prise de Palmyre appelle au moins un constat et une interrogation. « Le constat, c’est que l’armée syrienne a perdu de sa toute puissance. On ne peut exclure l’hypothèse que le boucher de Damas ait poussé le machiavélisme jusqu’à demander à ses troupes de déserter les lieux, histoire de laisser les jihadistes prendre le contrôle de ce trésor de l’archéologie mondiale afin de pousser le monde à le soutenir, lui, face à eux. Mais ce jeu-là apparaît dangereux (…) La grande interrogation, ce sont les Etats-Unis (…) Que les forces américaines (…) n’aient pas réussi à bloquer la progression des jihadistes paraît incompréhensible. Tétanisé à l’idée d’enliser les boys dans ce nouveau bourbier, Barack Obama semble bien peu sûr de sa stratégie. Seul espoir, que Palmyre serve d’électrochoc. »

Voir encore:

Obama: « Non, nous ne perdons pas » face au groupe Etat islamique
Le président Barack Obama estime que les Etats-Unis ne sont pas en train de perdre le combat engagé contre le groupe Etat islamique en Irak et Syrie, rappelant avoir toujours indiqué que la campagne contre les jihadistes prendrait « plusieurs années ».

AFP
21-05-2015

« Non, je ne pense pas que nous perdons », a-t-il souligné dans un entretien publié jeudi par le magazine en ligne The Atlantic.

« Il y a eu un revers tactique, c’est incontestable, même si Ramadi était vulnérable depuis très longtemps », a-t-il ajouté, évoquant la chute dimanche dernier de la capitale de la province irakienne d’Al-Anbar aux mains des jihadistes sunnites ultraradicaux.

L’entretien réalisé mardi paraît le jour où l’Etat islamique s’est emparé de la ville de Palmyre en Syrie, autre victoire significative qui lui permet d’élargir sa zone d’influence de part et d’autre de la frontière syro-irakienne.

« L’EI a été considérablement affaibli à travers le pays », a encore expliqué le président Obama, évoquant « des progrès significatifs dans le nord et dans les régions où les Peshmergas (forces kurdes) participent ».

Dans les zones à dominante chiite, « il n’y pas d’avancée de l’EI », a-t-il ajouté.

« L’entraînement des forces de sécurité irakiennes (…) ne va pas assez vite à Al-Anbar », a toutefois concédé M. Obama, confirmant qu’il souhaitait renforcer les efforts américains sur ce point.

En s’emparant de Palmyre, cité antique vieille de plus de 2.000 ans et véritable carrefour routier qui ouvre sur le grand désert syrien frontalier de l’Irak, l’EI se rend désormais maître de la moitié du territoire de Syrie et menace Homs, la troisième ville du pays en guerre.

Malgré une campagne aérienne lancée depuis l’été 2014 par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis pour aider en Irak le pouvoir et en Syrie les rebelles, à stopper la progression de l’EI, le groupe jihadiste a réussi ces deux coups de force (prise de Palmyre et Ramadi) en huit jours.

Voir par ailleurs:

You want hypotheticals? Here’s one.
Charles Krauthammer
The Washington Post
May 21

Ramadi falls. The Iraqi army flees. The great 60-nation anti-Islamic State coalition so grandly proclaimed by the Obama administration is nowhere to be seen. Instead, it’s the defense minister of Iran who flies into Baghdad, an unsubtle demonstration of who’s in charge — while the U.S. air campaign proves futile and America’s alleged strategy for combating the Islamic State is in freefall.

It gets worse. The Gulf states’ top leaders, betrayed and bitter, ostentatiously boycott President Obama’s failed Camp David summit. “We were America’s best friend in the Arab world for 50 years,” laments Saudi Arabia’s former intelligence chief.

Note: “were,” not “are.”

We are scraping bottom. Following six years of President Obama’s steady and determined withdrawal from the Middle East, America’s standing in the region has collapsed. And yet the question incessantly asked of the various presidential candidates is not about that. It’s a retrospective hypothetical: Would you have invaded Iraq in 2003 if you had known then what we know now?

First, the question is not just a hypothetical but an inherently impossible hypothetical. It contradicts itself. Had we known there were no weapons of mass destruction, the very question would not have arisen. The premise of the war — the basis for going to the U.N., to the Congress and, indeed, to the nation — was Iraq’s possession of WMD in violation of the central condition for the cease-fire that ended the 1991 Gulf War. No WMD, no hypothetical to answer in the first place.

Second, the “if you knew then” question implicitly locates the origin and cause of the current disasters in 2003 . As if the fall of Ramadi was predetermined then, as if the author of the current regional collapse is George W. Bush.

This is nonsense. The fact is that by the end of Bush’s tenure the war had been won. You can argue that the price of that victory was too high. Fine. We can debate that until the end of time. But what is not debatable is that it was a victory. Bush bequeathed to Obama a success. By whose measure? By Obama’s. As he told the troops at Fort Bragg on Dec. 14, 2011, “We are leaving behind a sovereign, stable and self-reliant Iraq, with a representative government that was elected by its people.” This was, said the president, a “moment of success.”

Which Obama proceeded to fully squander. With the 2012 election approaching, he chose to liquidate our military presence in Iraq. We didn’t just withdraw our forces. We abandoned, destroyed or turned over our equipment, stores, installations and bases. We surrendered our most valuable strategic assets, such as control of Iraqi airspace, soon to become the indispensable conduit for Iran to supply and sustain the Assad regime in Syria and cement its influence all the way to the Mediterranean. And, most relevant to the fall of Ramadi, we abandoned the vast intelligence network we had so painstakingly constructed in Anbar province, without which our current patchwork operations there are largely blind and correspondingly feeble.

The current collapse was not predetermined in 2003 but in 2011. Isn’t that what should be asked of Hillary Clinton? We know you think the invasion of 2003 was a mistake. But what about the abandonment of 2011? Was that not a mistake?

Voir par ailleurs:

When Everyone Agreed About Iraq
For years before the war, a bipartisan consensus thought Saddam possessed WMD.
Stephen F. Knott
The WSJ
March 15, 2013

At 5:34 a.m. on March 20, 2003, American, British and other allied forces invaded Iraq. One of the most divisive conflicts in the nation’s history would soon be labeled  » Bush’s War. »

The overthrow of Saddam Hussein’s regime became official U.S. policy in 1998, when President Clinton signed the Iraq Liberation Act—a bill passed 360-38 by the House of Representatives and by unanimous consent in the Senate. The law called for training and equipping Iraqi dissidents to overthrow Saddam and suggested that the United Nations establish a war-crimes tribunal for the dictator and his lieutenants.

The legislation was partly the result of frustration over the undeclared and relatively unheralded « No-Fly Zone War » that had been waged since 1991. Saddam’s military repeatedly fired on U.S. and allied aircraft that were attempting to prevent his regime from destroying Iraqi opposition forces in northern and southern Iraq.

According to former Chairman of the Joint Chiefs Hugh Shelton, in 1997 a key member of President Bill Clinton’s cabinet (thought by most observers to have been Secretary of State Madeleine Albright) asked Gen. Shelton whether he could arrange for a U.S. aircraft to fly slowly and low enough that it would be shot down, thereby paving the way for an American effort to topple Saddam. Kenneth Pollack, a member of Mr. Clinton’s National Security Council staff, would later write in 2002 that it was a question of « not whether but when » the U.S. would invade Iraq. He wrote that the threat presented by Saddam was « no less pressing than those we faced in 1941. »

Radicalized by the events of 9/11, George W. Bush gradually concluded that a regime that had used chemical weapons against its own people and poison gas against Iran, invaded Iran and Kuwait, harbored some of the world’s most notorious terrorists, made lucrative payments to the families of suicide bombers, fired on American aircraft almost daily, and defied years of U.N. resolutions regarding weapons of mass destruction was a problem. The former chief U.N. weapons inspector, an Australian named Richard Butler, testified in July 2002 that « it is essential to recognize that the claim made by Saddam’s representatives, that Iraq has no WMD, is false. »

In the U.S., there was a bipartisan consensus that Saddam possessed and continued to develop WMD. Former Vice President Al Gore noted in September 2002 that Saddam had « stored secret supplies of biological and chemical weapons throughout his country. » Then-Sen. Hillary Clinton observed that Saddam hoped to increase his supply of chemical and biological weapons and to « develop nuclear weapons. » Then-Sen. John Kerry claimed that « a deadly arsenal of weapons of mass destruction in his [Saddam’s] hands is a real and grave threat to our security. »

Even those opposed to using force against Iraq acknowledged that, as then-Sen. Edward Kennedy put it, « we have known for many years that Saddam Hussein is seeking and developing » WMD. When it came time to vote on the authorization for the use of force against Iraq, 81 Democrats in the House voted yes, joined by 29 Democrats in the Senate, including the party’s 2004 standard bearers, John Kerry and John Edwards, plus Majority Leader Tom Daschle, Sen. Joe Biden, Mrs. Clinton, and Sens. Harry Reid, Tom Harkin, Chris Dodd and Jay Rockefeller. The latter, a member of the Senate Intelligence Committee, claimed that Saddam would « likely have nuclear weapons within the next five years. »

Support for the war extended far beyond Capitol Hill. In March 2003, a Pew Research Center poll indicated that 72% of the American public supported President Bush’s decision to use force.

If Mr. Bush « lied, » as the common accusation has it, then so did many prominent Democrats—and so did the French, whose foreign minister, Dominique de Villepin, claimed in February 2003 that « regarding the chemical domain, we have evidence of [Iraq’s] capacity to produce VX and yperite [mustard gas]; in the biological domain, the evidence suggests the possible possession of significant stocks of anthrax and botulism toxin. » Germany’s intelligence chief August Hanning noted in March 2002 that « it is our estimate that Iraq will have an atomic bomb in three years. »

According to interrogations conducted after the invasion, Saddam’s own generals believed that he had WMD and expected him to use these weapons as the invasion force neared Baghdad.

The war in Iraq was authorized by a bipartisan congressional coalition, supported by prominent media voices and backed by the public. Yet on its 10th anniversary Americans will be told of the Bush administration’s duplicity in leading us into the conflict. Many members of the bipartisan coalition that committed the U.S. to invade Iraq 10 years ago have long since washed their hands of their share of responsibility.

We owe it to history—and, more important, to all those who died—to recognize that this wasn’t Bush’s war, it was America’s war.

Mr. Knott, a professor of national security affairs at the United States Naval War College, is the author of « Rush to Judgment: George W. Bush, the War on Terror, and His Critics » (University Press of Kansas, 2012).

Voir enfin:

Global
‘Look … It’s My Name on This’: Obama Defends the Iran Nuclear Deal

In an interview, the U.S. president ties his legacy to a pact with Tehran, argues ISIS is not winning, warns Saudi Arabia not to pursue a nuclear-weapons program, and anguishes about Israel.

Jeffrey Goldberg
The Atlantic
May 21, 2015

On Tuesday afternoon, as President Obama was bringing an occasionally contentious but often illuminating hour-long conversation about the Middle East to an end, I brought up a persistent worry. “A majority of American Jews want to support the Iran deal,” I said, “but a lot of people are anxiety-ridden about this, as am I.” Like many Jews—and also, by the way, many non-Jews—I believe that it is prudent to keep nuclear weapons out of the hands of anti-Semitic regimes. Obama, who earlier in the discussion had explicitly labeled the supreme leader of Iran, Ayatollah Ali Khamenei, an anti-Semite, responded with an argument I had not heard him make before.

“Look, 20 years from now, I’m still going to be around, God willing. If Iran has a nuclear weapon, it’s my name on this,” he said, referring to the apparently almost-finished nuclear agreement between Iran and a group of world powers led by the United States. “I think it’s fair to say that in addition to our profound national-security interests, I have a personal interest in locking this down.”

The president—the self-confident, self-contained, coolly rational president—appears to have his own anxieties about the nuclear talks. Which isn’t a bad thing.

Jimmy Carter’s name did not come up in our Oval Office conversation, but it didn’t have to. Carter’s tragic encounter with Ayatollah Ruhollah Khomeini, the leader of the Islamic Revolution, is an object lesson in the mysterious power of Iran to undermine, even unravel, American presidencies. Ronald Reagan, of course, also knew something of the Iranian curse. As Obama moves to conclude this historic agreement, one that will—if he is correct in his assessment—keep Iran south of the nuclear threshold not only for the 10- or 15-year period of the deal, but well beyond it, he and his administration have deployed a raft of national security-related arguments to buttress their cause. But Obama’s parting comment to me suggests he knows perfectly well that his personal legacy, and not just the future of global nuclear non-proliferation efforts (among other things), is riding on the proposition that he is not being played by America’s Iranian adversaries, and that his reputation will be forever tarnished if Iran goes sideways, even after he leaves office. Obama’s critics have argued that he is “kicking the can down the road” by striking this agreement with Iran. Obama, though, seems to understand that the can will be his for a very long time.

When we spoke on Tuesday, he mentioned, as he often has, his feelings of personal responsibility to Israel. In the period leading up to the June 30 Iran-negotiation deadline, Obama has been focused on convincing Arab and Jewish leaders—people he has helped to unite over their shared fear of Iran’s hegemonic ambitions—that the nuclear deal will enhance their security. Last week, he gathered leaders of the Gulf Arab states at Camp David in an attempt to provide such reassurance. On Friday, he will be visiting Washington’s Adas Israel Congregation, a flagship synagogue of Conservative Judaism (also, coincidentally, the synagogue I attend) ostensibly in order to give a speech in honor of Jewish American Heritage Month (whatever that is), but actually to reassure American Jews, particularly in the wake of his titanic battles with Israel’s prime minister, Benjamin Netanyahu, that he still, to quote from my 2012 interview with him, “has Israel’s back.” (There are no plans, as best as I can tell, for Obama to meet with Netanyahu in the coming weeks; this appears to be a bridge too far for the White House, at least at the moment.)

A good part of our conversation on Tuesday concerned possible flaws in the assumptions undergirding the nuclear deal, at least as the deal’s provisional parameters and potential consequences are currently understood. (A full transcript of the conversation appears below.)

Obama also spoke about ISIS’s latest surge in Iraq, and we discussed the worries of Arab states, which remain concerned not only about Iran’s nuclear ambitions, but about its regional meddling and its patronage of, among other reprehensible players, Lebanon’s Hezbollah and Syria’s Assad regime. Tensions between the U.S. and the Gulf states, I came to see, have not entirely dissipated. Obama was adamant on Tuesday that America’s Arab allies must do more to defend their own interests, but he has also spent much of the past month trying to reassure Saudi Arabia, the linchpin state of the Arab Gulf and one of America’s closest Arab allies, that the U.S. will protect it from Iran. One thing he does not want Saudi Arabia to do is to build a nuclear infrastructure to match the infrastructure Iran will be allowed to keep in place as part of its agreement with the great powers. “Their covert—presumably—pursuit of a nuclear program would greatly strain the relationship they’ve got with the United States,” Obama said of the Saudis.

As in previous conversations I’ve had with Obama (you can find transcripts of these discussions here, here, and here), we spent the bulk of our time talking about a country whose future preoccupies him almost as much as it preoccupies me. In the wake of what seemed to have been a near-meltdown in the relationship between the United States and Israel, Obama talked about what he called his love for the Jewish state; his frustrations with it when it fails to live up to both Jewish and universal values; and his hope that, one day soon, its leaders, including and especially its prime minister, will come to understand Israel’s stark choices as he understands Israel’s stark choices. And, just as he did with Saudi Arabia, Obama issued a warning to Israel: If it proves unwilling to live up to its values—in this case, he made specific mention of Netanyahu’s seemingly flawed understanding of the role Israel’s Arab citizens play in its democratic order—the consequences could be profound.

Obama told me that when Netanyahu asserted, late in his recent reelection campaign, that “a Palestinian state would not happen under his watch, or [when] there [was] discussion in which it appeared that Arab-Israeli citizens were somehow portrayed as an invading force that might vote, and that this should be guarded against—this is contrary to the very language of the Israeli Declaration of Independence, which explicitly states that all people regardless of race or religion are full participants in the democracy. When something like that happens, that has foreign-policy consequences, and precisely because we’re so close to Israel, for us to simply stand there and say nothing would have meant that this office, the Oval Office, lost credibility when it came to speaking out on these issues.”

Though Obama’s goal in giving speeches like the one he is scheduled to give at Adas Israel is to reassure Jews of his love for Israel, he was adamant that he would not allow the Jewish right, and the Republican Party, to automatically define criticism of the Netanyahu government’s policies as anti-Israel or anti-Semitic. Referring to the most powerful Jewish figure in conservative America, Obama said that an “argument that I very much have been concerned about, and it has gotten stronger over the last 10 years … it’s less overt than the arguments that a Sheldon Adelson makes, but in some ways can be just as pernicious, is this argument that there should not be disagreements in public” between the U.S. and Israel. (Obama raised Adelson’s name in part because I had mentioned his view of the president—Adelson’s non-subtle criticism is that Obama is going to destroy the Jewish state—earlier in the interview.)

I started the interview by asking Obama if—despite his previous assertion that ISIS was on the defensive—the United States was, in fact, losing the fight against the Islamic State terror group. When we spoke, the Iraqi city of Ramadi, in Anbar Province, had just fallen to ISIS; Palmyra, in Syria, would fall the day after the interview.

“No, I don’t think we’re losing,” he said. He went on to explain, “There’s no doubt there was a tactical setback, although Ramadi had been vulnerable for a very long time, primarily because these are not Iraqi security forces that we have trained or reinforced. … [T]he training of Iraqi security forces, the fortifications, the command-and-control systems are not happening fast enough in Anbar, in the Sunni parts of the country.” When I asked about the continuing role Iraq plays in American politics—I was making a reference to Jeb Bush’s recent Iraq-related conniptions—Obama pivoted from the question to make the argument that Republicans still don’t grasp key lessons about the Iraq invasion ordered 12 years ago by Jeb’s brother.

“I know that there are some in Republican quarters who have suggested that I’ve overlearned the mistake of Iraq, and that, in fact, just because the 2003 invasion did not go well doesn’t argue that we shouldn’t go back in,” he said. “And one lesson that I think is important to draw from what happened is that if the Iraqis themselves are not willing or capable to arrive at the political accommodations necessary to govern, if they are not willing to fight for the security of their country, we cannot do that for them.”
“In addition to our profound national-security interests, I have a personal interest in locking [the nuclear deal] down.”

I turned the conversation to Iran by quoting to him something he said in that 2012 interview (the same interview in which he publicly ruled out, for the first time, the idea of containing a nuclear Iran, rather than stopping it from crossing the nuclear threshold).

This is what he told me three years ago: “It is almost certain that other players in the region would feel it necessary to get their own nuclear weapons” if Iran got them. I then noted various reports suggesting that, in reaction to a final deal that allows Iran to keep much of its nuclear infrastructure in place, Saudi Arabia, and possibly Turkey and Egypt as well, would consider starting their own nuclear programs. This, of course, would run completely counter to Obama’s nuclear non-proliferation goals.

I asked Obama if the Saudis had promised him not to go down the nuclear path: “What are the consequences if other countries in the region say, ‘Well you know what, they have 5,000 centrifuges? We’re going to have 5,000 centrifuges.’”

Obama responded by downplaying these media reports, and then said, “There has been no indication from the Saudis or any other [Gulf Cooperation Council] countries that they have an intention to pursue their own nuclear program. Part of the reason why they would not pursue their own nuclear program—assuming that we have been successful in preventing Iran from continuing down the path of obtaining a nuclear weapon—is that the protection that we provide as their partner is a far greater deterrent than they could ever hope to achieve by developing their own nuclear stockpile or trying to achieve breakout capacity when it comes to nuclear weapons.”

He went on to say that the Gulf countries, including Saudi Arabia, appear satisfied that if the agreement works as advertised, it will serve to keep Iran from becoming a nuclear threat. “They understand that ultimately their own security and defense is much better served by working with us,” Obama said.

One of the reasons I worry about the Iran deal is that the Obama administration seems, on occasion, to be overly optimistic about the ways in which Iran will deploy the money it will receive when sanctions are relieved. This is a very common fear among Arabs and, of course, among Israelis. I quoted Jack Lew, the treasury secretary, who said in a recent speech to the Washington Institute for Near East Policy that “most of the money Iran receives from sanctions relief will not be used to support” its terrorist-aiding activities. I argued to Obama that this seemed like wishful thinking.

Obama responded at length (please read his full answer below), but he began this way: “I don’t think Jack or anybody in this administration said that no money will go to the military as a consequence of sanctions relief. The question is, if Iran has $150 billion parked outside the country, does the IRGC automatically get $150 billion? Does that $150 billion then translate by orders of magnitude into their capacity to project power throughout the region? And that is what we contest, because when you look at the math, first of all they’re going to have to deliver on their obligations under any agreement, which would take a certain period of time. Then there are the mechanics of unwinding the existing restraints they have on getting that money, which takes a certain amount of time. Then [Iranian President] Rouhani and, by extension, the supreme leader have made a series of commitments to improve the Iranian economy, and the expectations are outsized. You saw the reaction of people in the streets of Tehran after the signing of the agreement. Their expectations are that [the economy is] going to improve significantly.” Obama also argued that most of Iran’s nefarious activities—in Syria, Yemen, and Lebanon—are comparatively low-cost, and that they’ve been pursuing these policies regardless of sanctions.

“The protection that we provide as [the Gulf countries’] partner is a far greater deterrent than they could ever hope to achieve by developing their own nuclear stockpile.”

I also raised another concern—one that the president didn’t seem to fully share. It’s been my belief that it is difficult to negotiate with parties that are captive to a conspiratorial anti-Semitic worldview not because they hold offensive views, but because they hold ridiculous views. As Walter Russell Mead and others have explained, anti-Semites have difficulty understanding the world as it actually works, and don’t comprehend cause-and-effect in politics and economics. Though I would like to see a solid nuclear deal (it is preferable to the alternatives) I don’t believe that the regime with which Obama is negotiating can be counted on to be entirely rational.

Obama responded to this theory by saying the following: “Well the fact that you are anti-Semitic, or racist, doesn’t preclude you from being interested in survival. It doesn’t preclude you from being rational about the need to keep your economy afloat; it doesn’t preclude you from making strategic decisions about how you stay in power; and so the fact that the supreme leader is anti-Semitic doesn’t mean that this overrides all of his other considerations. You know, if you look at the history of anti-Semitism, Jeff, there were a whole lot of European leaders—and there were deep strains of anti-Semitism in this country—”

I interjected by suggesting that anti-Semitic European leaders made irrational decisions, to which Obama responded, “They may make irrational decisions with respect to discrimination, with respect to trying to use anti-Semitic rhetoric as an organizing tool. At the margins, where the costs are low, they may pursue policies based on hatred as opposed to self-interest. But the costs here are not low, and what we’ve been very clear [about] to the Iranian regime over the past six years is that we will continue to ratchet up the costs, not simply for their anti-Semitism, but also for whatever expansionist ambitions they may have. That’s what the sanctions represent. That’s what the military option I’ve made clear I preserve represents. And so I think it is not at all contradictory to say that there are deep strains of anti-Semitism in the core regime, but that they also are interested in maintaining power, having some semblance of legitimacy inside their own country, which requires that they get themselves out of what is a deep economic rut that we’ve put them in, and on that basis they are then willing and prepared potentially to strike an agreement on their nuclear program.”

On Israel, Obama endorsed, in moving terms, the underlying rationale for the existence of a Jewish state, making a direct connection between the battle for African American equality and the fight for Jewish national equality. “There’s a direct line between supporting the right of the Jewish people to have a homeland and to feel safe and free of discrimination and persecution, and the right of African Americans to vote and have equal protection under the law,” he said. “These things are indivisible in my mind.”

In discussing the resurgence of anti-Semitism in Europe, he was quite clear in his condemnation of what has become a common trope—that anti-Zionism, the belief that the Jews should not have a state of their own in at least part of their ancestral homeland, is unrelated to anti-Jewish hostility. He gave me his own parameters for judging whether a person is simply critical of certain Israeli policies or harboring more prejudicial feelings.

“Do you think that Israel has a right to exist as a homeland for the Jewish people, and are you aware of the particular circumstances of Jewish history that might prompt that need and desire?” he said, in defining the questions that he believes should be asked. “And if your answer is no, if your notion is somehow that that history doesn’t matter, then that’s a problem, in my mind. If, on the other hand, you acknowledge the justness of the Jewish homeland, you acknowledge the active presence of anti-Semitism—that it’s not just something in the past, but it is current—if you acknowledge that there are people and nations that, if convenient, would do the Jewish people harm because of a warped ideology. If you acknowledge those things, then you should be able to align yourself with Israel where its security is at stake, you should be able to align yourself with Israel when it comes to making sure that it is not held to a double standard in international fora, you should align yourself with Israel when it comes to making sure that it is not isolated.”

Though he tried to frame his conflict with Netanyahu in impersonal terms, he made two things clear. One is that he will not stop criticizing Israel when he believes it is not living up to its own founding values. And two—and this is my interpretation of his worldview—he holds Israel to a higher standard than he does other countries because of the respect he has for Jewish values and Jewish teachings, and for the role Jewish mentors and teachers have played in his life. After equating the creation of Israel with the American civil-rights movement, he went on to say this: “What is also true, by extension, is that I have to show that same kind of regard to other peoples. And I think it is true to Israel’s traditions and its values—its founding principles—that it has to care about … Palestinian kids. And when I was in Jerusalem and I spoke, the biggest applause that I got was when I spoke about those kids I had visited in Ramallah, and I said to a Israeli audience that it is profoundly Jewish, it is profoundly consistent with Israel’s traditions to care about them. And they agreed. So if that’s not translated into policy—if we’re not willing to take risks on behalf of those values—then those principles become empty words, and in fact, in my mind, it makes it more difficult for us to continue to promote those values when it comes to protecting Israel internationally.”
Obama, when he talks about Israel, sounds like a rabbi in the progressive Zionist tradition.

As I was listening to him speak about Israel and its values (we did not discuss the recent controversy over a now-shelved Israeli Defense Ministry plan to segregate certain West Bank bus lines, but issues like this informed the conversation), I felt as if I had participated in discussions like this dozens of times, but mainly with rabbis. I have probably had 50 different conversations with 50 different rabbis over the past couple of years—including the rabbi of my synagogue, Gil Steinlauf, who is hosting Obama on Friday—about the challenges they face in talking about current Israeli reality.

Many Reform and Conservative rabbis (and some Orthodox rabbis as well) find themselves anguishing—usually before the High Holidays—about how to present Israel’s complex and sometimes unpalatable reality to their congregants. (I refer to this sermon generically as the “How to Love a Difficult Israel” sermon.) Obama, when he talks about Israel, often sounds to me like one of these rabbis:

“My hope is that over time [the] debate gets back on a path where there’s some semblance of hope and not simply fear, because it feels to me as if … all we are talking about is based from fear,” he said. “Over the short term that may seem wise—cynicism always seems a little wise—but it may lead Israel down a path in which it’s very hard to protect itself [as] a Jewish-majority democracy. And I care deeply about preserving that Jewish democracy, because when I think about how I came to know Israel, it was based on images of … kibbutzim, and Moshe Dayan, and Golda Meir, and the sense that not only are we creating a safe Jewish homeland, but also we are remaking the world. We’re repairing it. We are going to do it the right way. We are going to make sure that the lessons we’ve learned from our hardships and our persecutions are applied to how we govern and how we treat others. And it goes back to the values questions that we talked about earlier—those are the values that helped to nurture me and my political beliefs.”

I sent these comments on Wednesday to Rabbi Steinlauf to see if he disagreed with my belief that Obama, when he talks about Israel, sounds like a rabbi in the progressive Zionist tradition. Steinlauf wrote back: “President Obama shares the same yearning for a secure peace in Israel that I and so many of my rabbinic colleagues have. While he doesn’t speak as a Jew, his progressive values flow directly out of the core messages of Torah, and so he is deeply in touch with the heart and spirit of the Jewish people.”

I have to imagine that comments like Steinlauf’s may be understood by people such as Sheldon Adelson and Benjamin Netanyahu as hopelessly naive. But this is where much of the Jewish community is today: nervous about Iran, nervous about Obama’s response to Iran, nervous about Netanyahu’s response to reality, nervous about the toxic marriage between Obama and Netanyahu, and nervous that, once again, there is no margin in the world for Jewish error.

The transcript of my conversation with President Obama, including the contentious bits, is below. I’ve edited some of my baggier questions for clarity and concision. The president’s answers are reproduced in full.

Jeffrey Goldberg: You’ve argued that ISIS has been on the defensive. But Ramadi just fell. Are we actually losing this war, or would you not go that far?

President Barack Obama: No, I don’t think we’re losing, and I just talked to our CENTCOM commanders and the folks on the ground. There’s no doubt there was a tactical setback, although Ramadi had been vulnerable for a very long time, primarily because these are not Iraqi security forces that we have trained or reinforced. They have been there essentially for a year without sufficient reinforcements, and the number of ISIL that have come into the city now are relatively small compared to what happened in [the Iraqi city of] Mosul. But it is indicative that the training of Iraqi security forces, the fortifications, the command-and-control systems are not happening fast enough in Anbar, in the Sunni parts of the country. You’ve seen actually significant progress in the north, and those areas where the Peshmerga [Kurdish forces] are participating. Baghdad is consolidated. Those predominantly Shia areas, you’re not seeing any forward momentum by ISIL, and ISIL has been significantly degraded across the country. But—

Goldberg: You’ve got to worry about the Iraqi forces—

Obama: I’m getting to that, Jeff. You asked me a question, and there’s no doubt that in the Sunni areas, we’re going to have to ramp up not just training, but also commitment, and we better get Sunni tribes more activated than they currently have been. So it is a source of concern. We’re eight months into what we’ve always anticipated to be a multi-year campaign, and I think [Iraqi] Prime Minister Abadi recognizes many of these problems, but they’re going to have to be addressed.

Goldberg: Stay on Iraq. There’s this interesting conversation going on in Republican circles right now, debating a question that you answered for yourself 13 years ago, about whether it was right or wrong to go into Iraq. What is this conversation actually about? I’m also wondering if you think this is the wrong conversation to have in the following sense: You’re under virtually no pressure—correct me if I’m wrong—but you’re under virtually no pressure domestically to get more deeply involved in the Middle East. That seems to be one of the downstream consequences of the Iraq invasion 12 years ago.

Obama: As you said, I’m very clear on the lessons of Iraq. I think it was a mistake for us to go in in the first place, despite the incredible efforts that were made by our men and women in uniform. Despite that error, those sacrifices allowed the Iraqis to take back their country. That opportunity was squandered by Prime Minister Maliki and the unwillingness to reach out effectively to the Sunni and Kurdish populations.
Reuters / The Atlantic

But today the question is not whether or not we are sending in contingents of U.S. ground troops. Today the question is: How do we find effective partners to govern in those parts of Iraq that right now are ungovernable and effectively defeat ISIL, not just in Iraq but in Syria?

It is important to have a clear idea of the past because we don’t want to repeat mistakes. I know that there are some in Republican quarters who have suggested that I’ve overlearned the mistake of Iraq, and that, in fact, just because the 2003 invasion did not go well doesn’t argue that we shouldn’t go back in. And one lesson that I think is important to draw from what happened is that if the Iraqis themselves are not willing or capable to arrive at the political accommodations necessary to govern, if they are not willing to fight for the security of their country, we cannot do that for them. We can be effective allies. I think Prime Minister Abadi is sincere and committed to an inclusive Iraqi state, and I will continue to order our military to provide the Iraqi security forces all assistance that they need in order to secure their country, and I’ll provide diplomatic and economic assistance that’s necessary for them to stabilize.

But we can’t do it for them, and one of the central flaws I think of the decision back in 2003 was the sense that if we simply went in and deposed a dictator, or simply went in and cleared out the bad guys, that somehow peace and prosperity would automatically emerge, and that lesson we should have learned a long time ago. And so the really important question moving forward is: How do we find effective partners—not just in Iraq, but in Syria, and in Yemen, and in Libya—that we can work with, and how do we create the international coalition and atmosphere in which people across sectarian lines are willing to compromise and are willing to work together in order to provide the next generation a fighting chance for a better future?
Reuters / The Atlantic
The Nuclear Deal With Iran

Goldberg: Let me do two or three on Iran, and then we’ll move to Israel and Jews. All of the fun subjects. By the way, you’re coming to my synagogue to speak on Friday.

Obama: I’m very much looking forward to it.

Goldberg: This is the biggest thing that’s happened there since the last Goldberg bar mitzvah.

Obama: [Laughs]

Goldberg: So in 2012 you told me, when we were talking about Iran, “It is almost certain that other players in the region would feel it necessary to get their own nuclear weapons if Iran got them.” Now we’re in this kind of weird situation in which there’s talk that Saudi Arabia, maybe Turkey, maybe Egypt would go build nuclear infrastructures come the finalization of this deal to match the infrastructure that your deal is going to leave in place in Iran. So my question to you is: Have you asked the Saudis not to go down any kind of nuclear path? What have they told you about this? And what are the consequences if other countries in the region say, “Well you know what, they have 5,000 centrifuges? We’re going to have 5,000 centrifuges.”

Obama: There’s been talk in the media, unsourced—

Goldberg: Well, [Saudi Arabia’s] Prince Turki said it publicly—

Obama: Well, he’s not in the government. There has been no indication from the Saudis or any other [Gulf Cooperation Council] countries that they have an intention to pursue their own nuclear program. Part of the reason why they would not pursue their own nuclear program—assuming that we have been successful in preventing Iran from continuing down the path of obtaining a nuclear weapon—is that the protection that we provide as their partner is a far greater deterrent than they could ever hope to achieve by developing their own nuclear stockpile or trying to achieve breakout capacity when it comes to nuclear weapons, and they understand that.

What we saw at the GCC summit was, I think, legitimate skepticism and concern, not simply about the Iranian nuclear program itself but also the consequences of sanctions coming down. We walked through the four pathways that would be shut off in any agreement that I would be signing off on. Technically, we showed them how it would be accomplished—what the verification mechanisms will be, how the UN snapback provisions [for sanctions] might work. They were satisfied that if in fact the agreement meant the benchmarks that we’ve set forth, that it would prevent Iran from getting a nuclear weapon, and given that, they understand that ultimately their own security and defense is much better served by working with us. Their covert—presumably—pursuit of a nuclear program would greatly strain the relationship they’ve got with the United States.

Goldberg: Stay with Iran for one more moment. I just want you to help me square something. So you’ve argued, quite eloquently in fact, that the Iranian regime has at its highest levels been infected by a kind of anti-Semitic worldview. You talked about that with Tom [Friedman]. “Venomous anti-Semitism” I think is the term that you used. You have argued—not that it even needs arguing—but you’ve argued that people who subscribe to an anti-Semitic worldview, who explain the world through the prism of anti-Semitic ideology, are not rational, are not built for success, are not grounded in a reality that you and I might understand. And yet, you’ve also argued that the regime in Tehran—a regime you’ve described as anti-Semitic, among other problems that they have—is practical, and is responsive to incentive, and shows signs of rationality. So I don’t understand how these things fit together in your mind.

Obama: Well the fact that you are anti-Semitic, or racist, doesn’t preclude you from being interested in survival. It doesn’t preclude you from being rational about the need to keep your economy afloat; it doesn’t preclude you from making strategic decisions about how you stay in power; and so the fact that the supreme leader is anti-Semitic doesn’t mean that this overrides all of his other considerations. You know, if you look at the history of anti-Semitism, Jeff, there were a whole lot of European leaders—and there were deep strains of anti-Semitism in this country—

Goldberg: And they make irrational decisions—

Obama: They may make irrational decisions with respect to discrimination, with respect to trying to use anti-Semitic rhetoric as an organizing tool. At the margins, where the costs are low, they may pursue policies based on hatred as opposed to self-interest. But the costs here are not low, and what we’ve been very clear [about] to the Iranian regime over the past six years is that we will continue to ratchet up the costs, not simply for their anti-Semitism, but also for whatever expansionist ambitions they may have. That’s what the sanctions represent. That’s what the military option I’ve made clear I preserve represents. And so I think it is not at all contradictory to say that there are deep strains of anti-Semitism in the core regime, but that they also are interested in maintaining power, having some semblance of legitimacy inside their own country, which requires that they get themselves out of what is a deep economic rut that we’ve put them in, and on that basis they are then willing and prepared potentially to strike an agreement on their nuclear program.
Reuters / The Atlantic

Goldberg: One of the other issues that’s troubling about this is—and I’m quoting [Treasury Secretary] Jack Lew here, who said a couple of weeks ago at the Washington Institute when talking about Iran’s various nefarious activities, he said, “Most of the money Iran receives from sanctions relief will not be used to support those activities.” To me that sounds like a little bit of wishful thinking—that [Iran’s Revolutionary Guard Corps] is going to want to get paid, Hezbollah is going to see, among other groups, might see a little bit of a windfall from these billions of dollars that might pour in. I’m not assuming something completely in the other direction either, but I just don’t know where your confidence comes from.

Obama: Well I don’t think Jack or anybody in this administration said that no money will go to the military as a consequence of sanctions relief. The question is, if Iran has $150 billion parked outside the country, does the IRGC automatically get $150 billion? Does that $150 billion then translate by orders of magnitude into their capacity to project power throughout the region? And that is what we contest, because when you look at the math, first of all they’re going to have to deliver on their obligations under any agreement, which would take a certain period of time. Then there are the mechanics of unwinding the existing restraints they have on getting that money, which takes a certain amount of time. Then [Iranian President] Rouhani and, by extension, the supreme leader have made a series of commitments to improve the Iranian economy, and the expectations are outsized. You saw the reaction of people in the streets of Tehran after the signing of the agreement. Their expectations are that [the economy is] going to improve significantly. You have Iranian elites who are champing at the bit to start moving business and getting out from under the restraints that they’ve been under.

And what is also true is that the IRGC right now, precisely because of sanctions, in some ways are able to exploit existing restrictions to have a monopoly on what comes in and out of the country, and they’ve got their own revenue sources that they’ve been able to develop, some of which may actually lessen as a consequence of sanctions relief. So I don’t think this is a science, and this is an issue that came up with the GCC countries during the summit. The point we simply make to them is: It is not a mathematical formula whereby [Iranian leaders] get a certain amount of sanctions relief and automatically they’re causing more problems in the neighborhood. What makes that particularly important is, in the discussion with the GCC countries, we pointed out that the biggest vulnerabilities that they have to Iran, and the most effective destabilizing activities of the IRGC and [Iran’s] Quds Force are actually low-cost. They are not a threat to the region because of their hardware. Ballistic missiles are a concern. They have a missile program. We have to think about missile-defense systems and how those are integrated and coordinated. But the big problems we have are weapons going in to Hezbollah, or them sending agents into Yemen, or other low-tech asymmetric threats that they’re very effective at exploiting, which they’re already doing—they’ve been doing despite sanctions. They will continue to do [this] unless we are developing greater capacity to prevent them from doing those things, which is part of what our discussion was in terms of the security assurances with the GCC countries.

You know, if you look at a situation like Yemen, part of the problem is the chronic, endemic weakness in a state like that, and the instability that Iran then seeks to exploit. If you had GCC countries who were more capable of maritime interdiction, effective intelligence, cutting off financing sources, and are more effective in terms of working and training with allied forces in a place like Yemen, so that Houthis can’t just march into Sana’a, well, if all those things are being done, Iran having some additional dollars from sanctions relief is not going to override those improvements and capabilities, and that’s really where we have to focus. Likewise with respect to Hezbollah. Hezbollah has a certain number of fighters who are hardened and effective. If Iran has some additional resources, then perhaps they’re less strained in trying to make payroll when it comes to Hezbollah, but it’s not as if they can suddenly train up and successfully deploy 10 times the number of Hezbollah fighters that are currently in Syria. That’s not something that they have automatic capacity to do. The reason that Hezbollah is effective is because they’ve got a core group of hardened folks that they’ve developed over the last 20-30 years, and—

Goldberg: You could buy more rockets and put them in south Lebanon.

Obama: Well, and the issue though with respect to rockets in south Lebanon is not whether [Iran has] enough money to do so. They’ve shown a commitment to doing that even when their economy is in the tank. The issue there is: Are we able to interdict those shipments more effectively than we do right now? And that’s the kind of thing that we have to continue to partner with Israel and other countries to stop.

Goldberg: Let me go to these questions related to Israel and your relationship to the American Jewish community. So a number of years ago, I made the case that you’re America’s first Jewish president. And I made that assessment based on the depth of your encounters with Jews: the number of Jewish mentors you’ve had—Abner Mikva, Newton Minow, and so on—teachers, law professors, fellow community organizers, Jewish literature, Jewish thought, and of course your early political base in Chicago. There are obviously Jews in America who are immune to the charms of this argument, led by Sheldon Adelson but not only him.

Here’s a quote from Adelson which always struck me as central to the way your Jewish opponents understand you: “All the steps he’s taken”—“he” meaning you—“against the State of Israel are liable to bring about the destruction of the state.”

I have my own theories about why there’s this bifurcation in the American Jewish community, and we’ve discussed this in past interviews, but what is going on? Is this the byproduct of well-intentioned anxiety about Iran, about the explosive growth of anti-Semitism in Europe? Something else?

Obama: Let me depersonalize it a little bit. First of all, there’s not really a bifurcation with respect to the attitudes of the Jewish American community about me. I consistently received overwhelming majority support from the Jewish community, and even after all the publicity around the recent differences that I’ve had with Prime Minister Netanyahu, the majority of the Jewish American community still supports me, and supports me strongly.

Goldberg: It was 70 percent in the last election.

Obama: 70 percent is pretty good. I think that there are a lot of crosscurrents that are going on right now. There is no doubt that the environment worldwide is scary for a lot of Jewish families. You’ve mentioned some of those trends. You have a Middle East that is turbulent and chaotic, and where extremists seem to be full of enthusiasm and momentum. You have Europe, where, as you’ve very effectively chronicled, there is an emergence of a more overt and dangerous anti-Semitism. And so part of the concern in the Jewish community is that, only a generation removed from the Holocaust, it seems that anti-Semitic rhetoric and anti-Israeli rhetoric is on the rise. And that will make people fearful.

What I also think is that there has been a very concerted effort on the part of some political forces to equate being pro-Israel, and hence being supportive of the Jewish people, with a rubber stamp on a particular set of policies coming out of the Israeli government. So if you are questioning settlement policy, that indicates you’re anti-Israeli, or that indicates you’re anti-Jewish. If you express compassion or empathy towards Palestinian youth, who are dealing with checkpoints or restrictions on their ability to travel, then you are suspect in terms of your support of Israel. If you are willing to get into public disagreements with the Israeli government, then the notion is that you are being anti-Israel, and by extension, anti-Jewish. I completely reject that.

Goldberg: Is that a cynical ploy by somebody?

Obama: Well I won’t ascribe motives to them. I think that some of those folks may sincerely believe that the Jewish state is consistently embattled, that it is in a very bad neighborhood and either you’re with them or against them, and end of story. And they may sincerely believe it. My response to them is that, precisely because I care so deeply about the State of Israel, precisely because I care so much about the Jewish people, I feel obliged to speak honestly and truthfully about what I think will be most likely to lead to long-term security, and will best position us to continue to combat anti-Semitism, and I make no apologies for that precisely because I am secure and confident about how deeply I care about Israel and the Jewish people.

I said in a previous interview and I meant it: I think it would be a moral failing for me as president of the United States, and a moral failing for America, and a moral failing for the world, if we did not protect Israel and stand up for its right to exist, because that would negate not just the history of the 20th century, it would negate the history of the past millennium. And it would violate what we have learned, what humanity should have learned, over that past millennium, which is that when you show intolerance and when you are persecuting minorities and when you are objectifying them and making them the Other, you are destroying something in yourself, and the world goes into a tailspin.

And so, to me, being pro-Israel and pro-Jewish is part and parcel with the values that I’ve been fighting for since I was politically conscious and started getting involved in politics. There’s a direct line between supporting the right of the Jewish people to have a homeland and to feel safe and free of discrimination and persecution, and the right of African Americans to vote and have equal protection under the law. These things are indivisible in my mind. But what is also true, by extension, is that I have to show that same kind of regard to other peoples. And I think it is true to Israel’s traditions and its values—its founding principles—that it has to care about those Palestinian kids. And when I was in Jerusalem and I spoke, the biggest applause that I got was when I spoke about those kids I had visited in Ramallah, and I said to a Israeli audience that it is profoundly Jewish, it is profoundly consistent with Israel’s traditions to care about them. And they agreed. So if that’s not translated into policy—if we’re not willing to take risks on behalf of those values—then those principles become empty words, and in fact, in my mind, it makes it more difficult for us to continue to promote those values when it comes to protecting Israel internationally.

Goldberg: You’re not known as an overly emotive politician, but there was a period in which the relationship between you and the prime minister, and therefore the U.S. government and the Israeli government, seemed very fraught and very emotional. There was more public criticism coming out of this administration directed at Israel than any other ally, and maybe at some adversaries—

Obama: Yeah, and I have to say, Jeff, I completely disagree with that assessment, and I know you wrote that. And I objected to it. I mean, the fact of the matter is that there was a very particular circumstance in which we had a policy difference that shouldn’t be papered over because it goes to the nature of the friendship between the United States and Israel, and how we deal government to government, and how we sort through those issues.

Now, a couple of things that I’d say at the outset. In every public pronouncement I’ve made, I said that the bedrock security relationships between our two countries—these are sacrosanct. Military cooperation, intelligence cooperation—none of that has been affected. I have maintained, and I think I can show that no U.S. president has been more forceful in making sure that we help Israel protect itself, and even some of my critics in Israel have acknowledged as much. I said that none of this should impact the core strategic relationship that exists between the United States and Israel, or the people-to-people relations that are so deep that they transcend any particular president or prime minister and will continue until the end of time.

But what I did say is that when, going into an election, Prime Minister Netanyahu said a Palestinian state would not happen under his watch, or there [was] discussion in which it appeared that Arab-Israeli citizens were somehow portrayed as an invading force that might vote, and that this should be guarded against—this is contrary to the very language of the Israeli Declaration of Independence, which explicitly states that all people regardless of race or religion are full participants in the democracy. When something like that happens, that has foreign-policy consequences, and precisely because we’re so close to Israel, for us to simply stand there and say nothing would have meant that this office, the Oval Office, lost credibility when it came to speaking out on these issues.

And when I am then required to come to Israel’s defense internationally, when there is anti-Semitism out there, when there is anti-Israeli policy that is based not on the particulars of the Palestinian cause but [is] based simply on hostility, I have to make sure that I am entirely credible in speaking out against those things, and that requires me then to also be honest with friends about how I view these issues. Now that makes, understandably, folks both in Israel and here in the United States uncomfortable.

But the one argument that I very much have been concerned about, and it has gotten stronger over the last 10 years … it’s less overt than the arguments that a Sheldon Adelson makes, but in some ways can be just as pernicious, is this argument that there should not be disagreements in public. So a lot of times the criticism that was leveled during this period—including from you, Jeff—was not that you disagreed with me on the assessment, but rather that it’s dangerous or unseemly for us to air these disagreements—

Goldberg: I don’t think I ever—

Obama: You didn’t make that argument—

Goldberg: I didn’t make that argument. I spend half my life airing those arguments.

Obama: Fair enough. But you understand what I’m saying, Jeff. I understand why the Jewish American community, people would get uncomfortable. I would get letters from people saying, “Listen, Mr. President, I completely support you. I agree with you on this issue, but you shouldn’t say these things publicly.” Now the truth of the matter is that what we said publicly was fairly spare and mild, and then would be built up—it seemed like an article a day, partly because when you get in arguments with friends it’s a lot more newsworthy than arguments with enemies. Well, and it’s the same problem that I’m having right now with the trade deals up on Capitol Hill. The fact that I agree with Elizabeth Warren on 90 percent of issues is not news. That we disagree on one thing is news. But my point, Jeff, is that we are at enough of an inflection point in terms of the region that trying to pretend like these important, difficult policy questions are not controversial, and that they don’t have to be sorted out, I think is a problem. And one of the great things about Israel is, these are arguments that take place in Israel every day.

Goldberg: It’s a 61/59 country right now.

Obama: If you sit down in some cafe in Tel Aviv or Jerusalem, you’re hearing far more contentious arguments, and that’s healthy. That’s part of why Americans love Israel, it’s part of the reason why I love Israel—because it is a genuine democracy and you can express your opinions. But the most important thing, I think, that we can do right now in strengthening Israel’s position is to describe very clearly why I have believed that a two-state solution is the best security plan for Israel over the long term; for me to take very seriously Israel’s security concerns about what a two-state solution might look like; to try to work through systematically those issues; but also, at the end of the day, to say to any Israeli prime minister that it will require some risks in order to achieve peace. And the question you have to ask yourself then is: How do you weigh those risks against the risks of doing nothing and just perpetuating the status quo? My argument is that the risks of doing nothing are far greater, and I ultimately—it is important for the Israeli people and the Israeli government to make its own decisions about what it needs to secure the people of that nation.

But my hope is that over time that debate gets back on a path where there’s some semblance of hope and not simply fear, because it feels to me as if … all we are talking about is based from fear. Over the short term that may seem wise—cynicism always seems a little wise—but it may lead Israel down a path in which it’s very hard to protect itself—

Goldberg: As a Jewish-majority democracy.

Obama: —as a Jewish-majority democracy. And I care deeply about preserving that Jewish democracy, because when I think about how I came to know Israel, it was based on images of, you know—

Goldberg: We talked about this once. Kibbutzim, and—

Obama: Kibbutzim, and Moshe Dayan, and Golda Meir, and the sense that not only are we creating a safe Jewish homeland, but also we are remaking the world. We’re repairing it. We are going to do it the right way. We are going to make sure that the lessons we’ve learned from our hardships and our persecutions are applied to how we govern and how we treat others. And it goes back to the values questions that we talked about earlier—those are the values that helped to nurture me and my political beliefs. It’s interesting, when I spoke to some leaders of Jewish organizations a few months back, I said to them, it’s true, I have high expectations for Israel, and they’re not unrealistic expectations, they’re not stupid expectations, they’re not the expectations that Israel would risk its own security blindly in pursuit of some idealistic pie-in-the-sky notions.

Goldberg: But you want Israel to embody Jewish values.

Obama: I want Israel, in the same way that I want the United States, to embody the Judeo-Christian and, ultimately then, what I believe are human or universal values that have led to progress over a millennium. The same values that led to the end of Jim Crow and slavery. The same values that led to Nelson Mandela being freed and a multiracial democracy emerging in South Africa. The same values that led to the Berlin Wall coming down. The same values that animate our discussion on human rights and our concern that people on the other side of the world who may be tortured or jailed for speaking their mind or worshipping—the same values that lead us to speak out against anti-Semitism. I want Israel to embody these values because Israel is aligned with us in that fight for what I believe to be true. And that doesn’t mean there aren’t tough choices and there aren’t compromises. It doesn’t mean that we don’t have to ask ourselves very tough questions about, in the short term, do we have to protect ourselves, which means we may have some choices that—

Goldberg: Hard decisions.

Obama: —And hard decisions that in peace we will not make. Those are decisions that I have to make every time I deploy U.S. forces. Those are choices that we make with respect to drones, and with respect to our intelligence agencies. And so when I spoke to Prime Minister Netanyahu, for example, about can we come up with a peace plan, I sent out our top military folks to go through systematically every contingency, every possible concern that Israel might have on its own terms about maintaining security in a two-state agreement, and what would it mean for the Jordan Valley, and what would it mean with respect to the West Bank, and I was the first one to acknowledge that you can’t have the risk of terrorists coming up right to the edge of Jerusalem and exposing populations. So this isn’t an issue of being naive or unrealistic, but ultimately yes, I think there are certain values that the United States, at its best, exemplifies. I think there are certain values that Israel, and the Jewish tradition, at its best exemplifies. And I am willing to fight for those values.

Goldberg: On this question, which is an American campus question, and which is a European question as well: Hollande’s government [in France]—Manuel Valls, the prime minister—David Cameron [in the U.K.] … we were talking about the line between anti-Zionism and anti-Semitism. And I know that you’ve talked about this with Jewish organizations, with some of your Jewish friends—how you define the differences and the similarities between these two concepts.

Obama: You know, I think a good baseline is: Do you think that Israel has a right to exist as a homeland for the Jewish people, and are you aware of the particular circumstances of Jewish history that might prompt that need and desire? And if your answer is no, if your notion is somehow that that history doesn’t matter, then that’s a problem, in my mind. If, on the other hand, you acknowledge the justness of the Jewish homeland, you acknowledge the active presence of anti-Semitism—that it’s not just something in the past, but it is current—if you acknowledge that there are people and nations that, if convenient, would do the Jewish people harm because of a warped ideology. If you acknowledge those things, then you should be able to align yourself with Israel where its security is at stake, you should be able to align yourself with Israel when it comes to making sure that it is not held to a double standard in international fora, you should align yourself with Israel when it comes to making sure that it is not isolated.

But you should be able to say to Israel, we disagree with you on this particular policy. We disagree with you on settlements. We think that checkpoints are a genuine problem. We disagree with you on a Jewish-nationalist law that would potentially undermine the rights of Arab citizens. And to me, that is entirely consistent with being supportive of the State of Israel and the Jewish people. Now for someone in Israel, including the prime minister, to disagree with those policy positions—that’s OK too. And we can have a debate, and we can have an argument. But you can’t equate people of good will who are concerned about those issues with somebody who is hostile towards Israel. And you know, I actually believe that most American Jews, most Jews around the world, and most Jews in Israel recognize as much. And that’s part of the reason why I do still have broad-based support among American Jews. It’s not because they dislike Israel, it’s not because they aren’t worried about Iran having a nuclear weapon or what Hezbollah is doing in Lebanon. It’s because I think they recognize, having looked at my history and having seen the actions of my administration, that I’ve got Israel’s back, but there are values that I share with them that may be at stake if we’re not able to find a better path forward than what feels like a potential dead-end right now.
U.S.
Barack Obama Is Such a Traditional Jew Sometimes

Jeffrey Goldberg
The Atlantic
Mar 11, 2012

Two weeks ago, after I finished interviewing President Obama on the subject of Iran and Israel, I handed him a copy of the New American Haggadah, the Passover user’s guide edited by Jonathan Safran Foer, which includes commentary by Goldblog. It is an all-around excellent Haggadah (except for my bits, he says fetchingly). Jonathan did a masterful job, first by recruiting Nathan Englander (whose new short story collection, What We Talk About When We Talk About Anne Frank, I just read on the flight over to Tel Aviv — by the way, I’m in Tel Aviv — is the equal, at least, of his first collection) to re-translate the Hebrew, in order to de-stultify it. Jonathan also recruited, in addition to yours truly, Nathaniel Deutsch, Rebecca Goldstein and Lemony Snicket to write commentaries, and found a genius named Oded Ezer to design the Haggadah.

It is not, as The New York Times points out, a Brooklyn-hipster Haggadah (as the Foer-Englander combination might suggest, particularly when you realize — just go click on that Times link — that they go shirt-shopping together), but an intelligent and beautiful Haggadah, very modern but also deeply respectful of everything that came before.

When I handed him the Haggadah, President Obama, who famously stages his own seders at the White House, (which is a very nice philo-Semitic thing to do, IMHO) spent a moment leafing through it and making approving noises. Then he said (as I told the Times): « Does this mean we can’t use the Maxwell House Haggadah anymore? »

George W. Bush was, in his own way, a philo-Semite, but he never would have made such an M.O.T. kind of joke (see the end of this post if you’re not sure what M.O.T. means). Once again, Barack Obama was riffing off the cosmic joke that he is somehow anti-Semitic, when in fact, as many people understand, he is the most Jewish president we’ve ever had (except for Rutherford B. Hayes). No president, not even Bill Clinton, has traveled so widely in Jewish circles, been taught by so many Jewish law professors, and had so many Jewish mentors, colleagues, and friends, and advisers as Barack Obama (though it is true that every so often he appoints a gentile to serve as White House chief of staff). And so no President, I’m guessing, would know that the Maxwell House Haggadah — the flimsy, wine-stained, rote, anti-intellectual Haggadah you get when you buy a can of coffee at Shoprite) — is the target, alternatively, of great derision and veneration among American Jews (at least, I’m told there are people who venerate it). I’ll grapple with the meaning of Obama’s Jewishness later, but the dispute between the Jewish right and the Jewish left over Obama is actually not about whether he is anti-Jewish or pro-Jewish, but over what sort of Jew he actually is.

After he cracked wise about Maxwell House, I told the president — this is the part the Times left out — that, as commander-in-chief, he could use whatever Haggadah he liked, though it seemed to me that our Haggadah might add some depth and meaning and aesthetic charm to his seder, as it would to any seder. I knew, of course, that he would stick with the Maxwell House Haggadah — tradition! — but it didn’t strike me until later exactly why he would stick with it. The reason he’s sticking with Maxwell House is the same reason he spoke at the AIPAC convention, and is once again not speaking at the upcoming convention of J Street, the left-leaning pro-Israel group.

Before I go on, here are all the usual Goldblog caveats: AIPAC is too unthinkingly rightist to me, J Street is too naively leftist, etc. etc., but both groups represent legitimate streams of Jewish pro-Israel thought in America, and both are worthy of the President’s attention. But the President only pays attention to one — and it’s the one where he’s not very popular. I wandered around the AIPAC convention last week, and it wasn’t too easy to hear a kind word about Obama. The 13,000 or so delegates to the AIPAC convention are drawn disproportionately from the 22 percent of Jewish voters who did not support Obama in 2008. J Street, on the other hand, is made up overwhelmingly of people who support Obama.

And how does this relate to Obama’s choice of Haggadahs? When it comes to Jews, Obama does the safe thing. The Jews in Glencoe and Syosset and Boca read the Maxwell House Haggadah, and that’s good enough for him. They like AIPAC in Glencoe and Syosset and Boca, and that’s good enough for him, as well. And by the way, just so I’m crystal-clear on the subject, the New American Haggadah is not the J Street equivalent of the haggadah. It is, like Judaism, larger than mere politics. And I’m also expressly not making the point that Obama necessarily shares J Street’s outlook on Middle East politics. He is well to the left of the AIPAC mainstream, of course, but I think he’s too hardheaded to buy much of J Street’s line. But J Street is a natural constituency for Obama, but one he avoids, because someone told him it would be politically unwise to be seen with too many J Streeters. An Obama address at J Street would do great things: It would signal to the American Jewish establishment that a left-Zionist viewpoint is a legitimate viewpoint; and it would allow the President to tell J Street just exactly where he thinks its members are right, and where he thinks they are wrong.

My prediction is that not until we have an actual Jewish president will the president address J Street (obviously, this isn’t true if the first Jewish president is Eric Cantor). Only a Jewish president — a Rahm Emanuel-type, if not Rahm himself — would feel secure enough to make the argument that AIPAC doesn’t speak for everyone. Also, the first Jewish president will undoubtedly use The New American Haggadah. Of that I’m sure.

Oh, and M.O.T = member of the tribe.

Voir encore:

Remarks by the President and First Lady on the End of the War in Iraq

Fort Bragg, North Carolina

11:52 A.M. EST

MRS. OBAMA:  Hello, everyone!  I get to start you all off.  I want to begin by thanking General Anderson for that introduction, but more importantly for his leadership here at Fort Bragg.  I can’t tell you what a pleasure and an honor it is to be back here.  I have so many wonderful memories of this place.

A couple of years ago, I came here on my very first official trip as First Lady.  And I spent some — a great time with some of the amazing military spouses, and I visited again this summer to help to put on the finishing touches on an amazing new home for a veteran and her family.  So when I heard that I had the opportunity to come back and to be a part of welcoming you all home, to say I was excited was an understatement.

And I have to tell you that when I look out at this crowd, I am simply overwhelmed.  I am overwhelmed and proud, because I know the level of strength and commitment that you all display every single day.  Whenever this country calls, you all are the ones who answer, no matter the circumstance, no matter the danger, no matter the sacrifice.

And I know that you do this not just as soldiers, not just as patriots, but as fathers and mothers, as brothers and sisters, as sons and daughters.  And I know that while your children and your spouses and your parents and siblings might not wear uniforms, they serve right alongside you.

AUDIENCE:  Hooah!  (Applause.)

MRS. OBAMA:  I know that your sacrifice is their sacrifice, too.  So when I think of all that you do and all that your families do, I am so proud and so grateful.  But more importantly, I’m inspired.  But like so many Americans, I never feel like I can fully convey just how thankful I am, because words just don’t seem to be enough.

And that’s why I have been working so hard, along with Jill Biden, on a campaign that we call Joining Forces.  It’s a campaign that we hope goes beyond words.  It’s a campaign that is about action.  It’s about rallying all Americans to give you the honor, the appreciation and the support that you have all earned.  And I don’t have to tell you that this hasn’t been a difficult campaign.  We haven’t had to do much convincing because American have been lining up to show their appreciation for you and your families in very concrete and meaningful ways.

Businesses are hiring tens of thousands of veterans and military spouses.  Schools all across the country and PTAs are reaching out to our military children.  And individuals are serving their neighbors and their communities all over this country in your honor.

So I want you to know that this nation’s support doesn’t end as this war ends.  Not by a long shot.  We’re going to keep on doing this.  We have so much more work to do.  We’re going to keep finding new ways to serve all of you as well as you have served us.  And the man leading the way is standing right here.  (Applause.)  He is fighting for you and your families every single day.  He’s helped more than half a million veterans and military family members go to college through the Post-9/11 G.I. Bill.  (Applause.)

He’s taken unprecedented steps to improve mental health care.  He’s cut taxes for businesses that hire a veteran or a wounded warrior.  And he has kept his promise to responsibly bring you home from Iraq.

So please join me in welcoming someone who’s your strongest advocate, someone who shows his support for our military not only in words, but in deeds, my husband, our President, and your Commander-in-Chief, Barack Obama.  (Applause.)

THE PRESIDENT:  Hello, everybody!  (Applause.)  Hello, Fort Bragg!  All the way!

AUDIENCE:  Airborne!

THE PRESIDENT:  Now, I’m sure you realize why I don’t like following Michelle Obama.  (Laughter.)  She’s pretty good.  And it is true, I am a little biased, but let me just say it:  Michelle, you are a remarkable First Lady.  You are a great advocate for military families.  (Applause.)  And you’re cute.  (Applause.)  I’m just saying — gentlemen, that’s your goal:  to marry up.  (Laughter.)  Punch above your weight.

Fort Bragg, we’re here to mark a historic moment in the life of our country and our military.  For nearly nine years, our nation has been at war in Iraq.  And you — the incredible men and women of Fort Bragg — have been there every step of the way, serving with honor, sacrificing greatly, from the first waves of the invasion to some of the last troops to come home.  So, as your Commander-in-Chief, and on behalf of a grateful nation, I’m proud to finally say these two words, and I know your families agree:  Welcome home!  (Applause.)  Welcome home.  Welcome home.  (Applause.)  Welcome home.

It is great to be here at Fort Bragg — home of the Airborne and Special Operations Forces.  I want to thank General Anderson and all your outstanding leaders for welcoming us here today, including General Dave Rodriguez, General John Mulholland.  And I want to give a shout-out to your outstanding senior enlisted leaders, including Command Sergeant Major Roger Howard, Darrin Bohn, Parry Baer.  And give a big round of applause to the Ground Forces Band.  (Applause.)

We’ve got a lot of folks in the house today.  We’ve got the 18th Airborne Corps — the Sky Dragons.  (Applause.)  We’ve got the legendary, All-American 82nd Airborne Division.  (Applause.)  We’ve got America’s quiet professionals — our Special Operations Forces.  (Applause.)  From Pope Field, we’ve got Air Force.  (Applause.)  And I do believe we’ve got some Navy and Marine Corps here, too.

AUDIENCE MEMBER:  Yes!  (Laughter.)

THE PRESIDENT:  And though they’re not here with us today, we send our thoughts and prayers to General Helmick, Sergeant Major Rice and all the folks from the 18th Airborne and Bragg who are bringing our troops back from Iraq.  (Applause.)  We honor everyone from the 82nd Airborne and Bragg serving and succeeding in Afghanistan, and General Votel and those serving around the world.

And let me just say, one of the most humbling moments I’ve had as President was when I presented our nation’s highest military decoration, the Medal of Honor, to the parents of one of those patriots from Fort Bragg who gave his life in Afghanistan — Staff Sergeant Robert Miller.

I want to salute Ginny Rodriguez, Miriam Mulholland, Linda Anderson, Melissa Helmick, Michelle Votel and all the inspiring military families here today.  We honor your service as well.  (Applause.)

And finally, I want to acknowledge your neighbors and friends who help keep your — this outstanding operation going, all who help to keep you Army Strong, and that includes Representatives Mike McIntyre, and Dave Price, and Heath Shuler, and Governor Bev Perdue.  I know Bev is so proud to have done so much for our military families.  So give them a big round of applause.  (Applause.)

Today, I’ve come to speak to you about the end of the war in Iraq.  Over the last few months, the final work of leaving Iraq has been done.  Dozens of bases with American names that housed thousands of American troops have been closed down or turned over to the Iraqis.  Thousands of tons of equipment have been packed up and shipped out.  Tomorrow, the colors of United States Forces-Iraq — the colors you fought under — will be formally cased in a ceremony in Baghdad.  Then they’ll begin their journey across an ocean, back home.

Over the last three years, nearly 150,000 U.S. troops have left Iraq.  And over the next few days, a small group of American soldiers will begin the final march out of that country.  Some of them are on their way back to Fort Bragg.  As General Helmick said, “They know that the last tactical road march out of Iraq will be a symbol, and they’re going to be a part of history.”

As your Commander-in-Chief, I can tell you that it will indeed be a part of history.  Those last American troops will move south on desert sands, and then they will cross the border out of Iraq with their heads held high.  One of the most extraordinary chapters in the history of the American military will come to an end.  Iraq’s future will be in the hands of its people.  America’s war in Iraq will be over.

AUDIENCE:  Hooah!

THE PRESIDENT:  Now, we knew this day would come.  We’ve known it for some time.  But still, there is something profound about the end of a war that has lasted so long.

Now, nine years ago, American troops were preparing to deploy to the Persian Gulf and the possibility that they would be sent to war.  Many of you were in grade school.  I was a state senator.  Many of the leaders now governing Iraq — including the Prime Minister — were living in exile.  And since then, our efforts in Iraq have taken many twists and turns.  It was a source of great controversy here at home, with patriots on both sides of the debate.  But there was one constant — there was one constant:  your patriotism, your commitment to fulfill your mission, your abiding commitment to one another.  That was constant.  That did not change.  That did not waiver.

It’s harder to end a war than begin one.  Indeed, everything that American troops have done in Iraq -– all the fighting and all the dying, the bleeding and the building, and the training and the partnering -– all of it has led to this moment of success.  Now, Iraq is not a perfect place.  It has many challenges ahead.  But we’re leaving behind a sovereign, stable and self-reliant Iraq, with a representative government that was elected by its people.  We’re building a new partnership between our nations.  And we are ending a war not with a final battle, but with a final march toward home.

This is an extraordinary achievement, nearly nine years in the making.  And today, we remember everything that you did to make it possible.

We remember the early days -– the American units that streaked across the sands and skies of Iraq; the battles from Karbala to Baghdad, American troops breaking the back of a brutal dictator in less than a month.

We remember the grind of the insurgency -– the roadside bombs, the sniper fire, the suicide attacks.  From the “triangle of death” to the fight for Ramadi; from Mosul in the north to Basra in the south -– your will proved stronger than the terror of those who tried to break it.

We remember the specter of sectarian violence -– al Qaeda’s attacks on mosques and pilgrims, militias that carried out campaigns of intimidation and campaigns of assassination.  And in the face of ancient divisions, you stood firm to help those Iraqis who put their faith in the future.

We remember the surge and we remember the Awakening -– when the abyss of chaos turned toward the promise of reconciliation.  By battling and building block by block in Baghdad, by bringing tribes into the fold and partnering with the Iraqi army and police, you helped turn the tide toward peace.

And we remember the end of our combat mission and the emergence of a new dawn -– the precision of our efforts against al Qaeda in Iraq, the professionalism of the training of Iraqi security forces, and the steady drawdown of our forces.  In handing over responsibility to the Iraqis, you preserved the gains of the last four years and made this day possible.

Just last month, some of you — members of the Falcon Brigade —

AUDIENCE:  Hooah!

THE PRESIDENT:  — turned over the Anbar Operations Center to the Iraqis in the type of ceremony that has become commonplace over these last several months.  In an area that was once the heart of the insurgency, a combination of fighting and training, politics and partnership brought the promise of peace.  And here’s what the local Iraqi deputy governor said:  “This is all because of the U.S. forces’ hard work and sacrifice.”

That’s in the words of an Iraqi.  Hard work and sacrifice.  Those words only begin to describe the costs of this war and the courage of the men and women who fought it.

We know too well the heavy cost of this war.  More than 1.5 million Americans have served in Iraq — 1.5 million.  Over 30,000 Americans have been wounded, and those are only the wounds that show.  Nearly 4,500 Americans made the ultimate sacrifice — including 202 fallen heroes from here at Fort Bragg — 202.  So today, we pause to say a prayer for all those families who have lost their loved ones, for they are part of our broader American family.  We grieve with them.

We also know that these numbers don’t tell the full story of the Iraq war -– not even close.  Our civilians have represented our country with skill and bravery.  Our troops have served tour after tour of duty, with precious little dwell time in between.  Our Guard and Reserve units stepped up with unprecedented service.  You’ve endured dangerous foot patrols and you’ve endured the pain of seeing your friends and comrades fall.  You’ve had to be more than soldiers, sailors, airmen, Marines and Coast Guardsmen –- you’ve also had to be diplomats and development workers and trainers and peacemakers.  Through all this, you have shown why the United States military is the finest fighting force in the history of the world.

AUDIENCE:  Hooah!  (Applause.)

THE PRESIDENT:  As Michelle mentioned, we also know that the burden of war is borne by your families.  In countless base communities like Bragg, folks have come together in the absence of a loved one.  As the Mayor of Fayetteville put it, “War is not a political word here.  War is where our friends and neighbors go.”  So there have been missed birthday parties and graduations.  There are bills to pay and jobs that have to be juggled while picking up the kids.  For every soldier that goes on patrol, there are the husbands and the wives, the mothers, the fathers, the sons, the daughters praying that they come back.

So today, as we mark the end of the war, let us acknowledge, let us give a heartfelt round of applause for every military family that has carried that load over the last nine years.  You too have the thanks of a grateful nation.  (Applause.)

Part of ending a war responsibly is standing by those who fought it.  It’s not enough to honor you with words.  Words are cheap.  We must do it with deeds.  You stood up for America; America needs to stand up for you.

AUDIENCE:  Hooah!

THE PRESIDENT:  That’s why, as your Commander-in Chief, I am committed to making sure that you get the care and the benefits and the opportunities that you’ve earned. For those of you who remain in uniform, we will do whatever it takes to ensure the health of our force –- including your families.  We will keep faith with you.

We will help our wounded warriors heal, and we will stand by those who’ve suffered the unseen wounds of war.  And make no mistake — as we go forward as a nation, we are going to keep America’s armed forces the strongest fighting force the world has ever seen.  That will not stop.

AUDIENCE:  Hooah!  (Applause.)

THE PRESIDENT:  That will not stop.  But our commitment doesn’t end when you take off the uniform.  You’re the finest that our nation has to offer.  And after years of rebuilding Iraq, we want to enlist our veterans in the work of rebuilding America.  That’s why we’re committed to doing everything we can to extend more opportunities to those who have served.

That includes the Post-9/11 G.I. Bill, so that you and your families can get the education that allows you to live out your dreams.  That includes a national effort to put our veterans to work.  We’ve worked with Congress to pass a tax credit so that companies have the incentive to hire vets.  And Michelle has worked with the private sector to get commitments to create 100,000 jobs for those who’ve served.

AUDIENCE:  Hooah!

THE PRESIDENT:  And by the way, we’re doing this not just because it’s the right thing to do by you –- we’re doing it because it’s the right thing to do for America.  Folks like my grandfather came back from World War II to form the backbone of this country’s middle class.  For our post-9/11 veterans -– with your skill, with your discipline, with your leadership, I am confident that the story of your service to America is just beginning.

But there’s something else that we owe you.  As Americans, we have a responsibility to learn from your service.  I’m thinking of an example — Lieutenant Alvin Shell, who was based here at Fort Bragg.  A few years ago, on a supply route outside Baghdad, he and his team were engulfed by flames from an RPG attack.  Covered with gasoline, he ran into the fire to help his fellow soldiers, and then led them two miles back to Camp Victory where he finally collapsed, covered with burns.  When they told him he was a hero, Alvin disagreed.  “I’m not a hero,” he said.  “A hero is a sandwich. “  (Laughter.)  “I’m a paratrooper.”

AUDIENCE:  Hooah!

THE PRESIDENT:  We could do well to learn from Alvin.  This country needs to learn from you.  Folks in Washington need to learn from you.

AUDIENCE:  Hooah!

THE PRESIDENT:  Policymakers and historians will continue to analyze the strategic lessons of Iraq — that’s important to do.  Our commanders will incorporate the hard-won lessons into future military campaigns — that’s important to do.  But the most important lesson that we can take from you is not about military strategy –- it’s a lesson about our national character.

For all of the challenges that our nation faces, you remind us that there’s nothing we Americans can’t do when we stick together.

AUDIENCE:  Hooah!

THE PRESIDENT:  For all the disagreements that we face, you remind us there’s something bigger than our differences, something that makes us one nation and one people regardless of color, regardless of creed, regardless of what part of the country we come from, regardless of what backgrounds we come out of.  You remind us we’re one nation.

And that’s why the United States military is the most respected institution in our land because you never forget that.  You can’t afford to forget it.  If you forget it, somebody dies.  If you forget it, a mission fails.  So you don’t forget it.  You have each other’s backs.  That’s why you, the 9/11 Generation, has earned your place in history.

Because of you — because you sacrificed so much for a people that you had never met, Iraqis have a chance to forge their own destiny.  That’s part of what makes us special as Americans.  Unlike the old empires, we don’t make these sacrifices for territory or for resources.  We do it because it’s right.  There can be no fuller expression of America’s support for self-determination than our leaving Iraq to its people.  That says something about who we are.

Because of you, in Afghanistan we’ve broken the momentum of the Taliban.  Because of you, we’ve begun a transition to the Afghans that will allow us to bring our troops home from there.  And around the globe, as we draw down in Iraq, we have gone after al Qaeda so that terrorists who threaten America will have no safe haven, and Osama bin Laden will never again walk the face of this Earth.

AUDIENCE:  Hooah!  (Applause.)

THE PRESIDENT:  So here’s what I want you to know, and here’s what I want all our men and women in uniform to know:  Because of you, we are ending these wars in a way that will make America stronger and the world more secure.  Because of you.

That success was never guaranteed.  And let us never forget the source of American leadership:  our commitment to the values that are written into our founding documents, and a unique willingness among nations to pay a great price for the progress of human freedom and dignity.  This is who we are.  That’s what we do as Americans, together.

The war in Iraq will soon belong to history.  Your service belongs to the ages.  Never forget that you are part of an unbroken line of heroes spanning two centuries –- from the colonists who overthrew an empire, to your grandparents and parents who faced down fascism and communism, to you –- men and women who fought for the same principles in Fallujah and Kandahar, and delivered justice to those who attacked us on 9/11.

Looking back on the war that saved our union, a great American, Oliver Wendell Holmes, once paid tribute to those who served.  “In our youth,” he said, “our hearts were touched with fire.  It was given to us to learn at the outset that life is a profound and passionate thing.”

All of you here today have lived through the fires of war.  You will be remembered for it.  You will be honored for it — always.  You have done something profound with your lives.  When this nation went to war, you signed up to serve.  When times were tough, you kept fighting.  When there was no end in sight, you found light in the darkness.

And years from now, your legacy will endure in the names of your fallen comrades etched on headstones at Arlington, and the quiet memorials across our country; in the whispered words of admiration as you march in parades, and in the freedom of our children and our grandchildren.  And in the quiet of night, you will recall that your heart was once touched by fire.  You will know that you answered when your country called; you served a cause greater than yourselves; you helped forge a just and lasting peace with Iraq, and among all nations.

I could not be prouder of you, and America could not be prouder of you.

God bless you all, God bless your families, and God bless the United States of America.  (Applause.)

Voir par ailleurs:

National Security
Robert Gates, former defense secretary, offers harsh critique of Obama’s leadership in ‘Duty’
Bob Woodward

The Washington Post

January 7, 2014

In a new memoir, former defense secretary Robert Gates unleashes harsh judgments about President Obama’s leadership and his commitment to the Afghanistan war, writing that by early 2010 he had concluded the president “doesn’t believe in his own strategy, and doesn’t consider the war to be his. For him, it’s all about getting out.”

Leveling one of the more serious charges that a defense secretary could make against a commander in chief sending forces into combat, Gates asserts that Obama had more than doubts about the course he had charted in Afghanistan. The president was “skeptical if not outright convinced it would fail,” Gates writes in “Duty: Memoirs of a Secretary at War.”

Obama, after months of contentious discussion with Gates and other top advisers, deployed 30,000 more troops in a final push to stabilize Afghanistan before a phased withdrawal beginning in mid-2011. “I never doubted Obama’s support for the troops, only his support for their mission,” Gates writes.

As a candidate, Obama had made plain his opposition to the 2003 Iraq invasion while embracing the Afghanistan war as a necessary response to the 2001 terrorist attacks on the United States, requiring even more military resources to succeed. In Gates’s highly emotional account, Obama remains uncomfortable with the inherited wars and distrustful of the military that is providing him options. Their different worldviews produced a rift that, at least for Gates, became personally wounding and impossible to repair.

In a statement Tuesday evening, National Security Council spokeswoman Caitlin Hayden said Obama “deeply appreciates Bob Gates’ service as Secretary of Defense, and his lifetime of service to our country.”

“As has always been the case, the President welcomes differences of view among his national security team, which broaden his options and enhance our policies,” Hayden said in the statement. “The President wishes Secretary Gates well as he recovers from his recent injury, and discusses his book.” Gates fractured his first vertebra last week in a fall at his home in Washington state.

It is rare for a former Cabinet member, let alone a defense secretary occupying a central position in the chain of command, to publish such an antagonistic portrait of a sitting president.

Gates’s severe criticism is even more surprising — some might say contradictory — because toward the end of “Duty,” he says of Obama’s chief Afghanistan policies, “I believe Obama was right in each of these decisions.” That particular view is not a universal one; like much of the debate about the best path to take in Afghanistan, there is disagreement on how well the surge strategy worked, including among military officials.

The sometimes bitter tone in Gates’s 594-page account contrasts sharply with the even-tempered image that he cultivated during his many years of government service, including stints at the CIA and National Security Council. That image endured through his nearly five years in the Pentagon’s top job, beginning in President George W. Bush’s second term and continuing after Obama asked him to remain in the post. In “Duty,” Gates describes his outwardly calm demeanor as a facade. Underneath, he writes, he was frequently “seething” and “running out of patience on multiple fronts.”

The book, published by Knopf, is scheduled for release Jan. 14.

[PHOTOS: A look at Robert Gates’s career in government]

Gates, a Republican, writes about Obama with an ambivalence that he does not resolve, praising him as “a man of personal integrity” even as he faults his leadership. Though the book simmers with disappointment in Obama, it reflects outright contempt for Vice President Biden and many of Obama’s top aides.

Biden is accused of “poisoning the well” against the military leadership. Thomas Donilon, initially Obama’s deputy national security adviser, and then-Lt. Gen. Douglas E. Lute, the White House coordinator for the wars, are described as regularly engaged in “aggressive, suspicious, and sometimes condescending and insulting questioning of our military leaders.”

In her statement, Hayden said Obama “disagrees with Secretary Gates’ assessment” of the vice president.

“From his leadership on the Balkans in the Senate, to his efforts to end the war in Iraq, Joe Biden has been one of the leading statesmen of his time, and has helped advance America’s leadership in the world,” Hayden said. “President Obama relies on his good counsel every day.”

Gates is 70, nearly 20 years older than Obama. He has worked for every president going back to Richard Nixon, with the exception of Bill Clinton. Throughout his government career, he was known for his bipartisan detachment, the consummate team player. “Duty” is likely to provide ammunition for those who believe it is risky for a president to fill such a key Cabinet post with a holdover from the opposition party.

He writes, “I have tried to be fair in describing actions and motivations of others.” He seems well aware that Obama and his aides will not see it that way.

While serving as defense secretary, Gates gave Obama high marks, saying privately in the summer of 2010 that the president is “very thoughtful and analytical, but he is also quite decisive.” He added, “I think we have a similar approach to dealing with national security issues.”

Obama echoed Gates’s comments in a July 10, 2010, interview for my book “Obama’s Wars.” The president said: “Bob Gates has, I think, served me extraordinarily well. And part of the reason is, you know, I’m not sure if he considers this an insult or a compliment, but he and I actually think a lot alike, in broad terms.”

During that interview, Obama said he believed he “had garnered confidence and trust in Gates.” In “Duty,” Gates complains repeatedly that confidence and trust were what he felt was lacking in his dealings with Obama and his team. “Why did I feel I was constantly at war with everybody, as I have detailed in these pages?” he writes. “Why was I so often angry? Why did I so dislike being back in government and in Washington?”

His answer is that “the broad dysfunction in Washington wore me down, especially as I tried to maintain a public posture of nonpartisan calm, reason and conciliation.”

His lament about Washington was not the only factor contributing to his unhappiness. Gates also writes of the toll taken by the difficulty of overseeing wars against terrorism and insurgencies in countries such as Iraq and Afghanistan. Such wars do not end with a clear surrender; Gates acknowledges having ambiguous feelings about both conflicts. For example, he writes that he does not know what he would have recommended if he had been asked his opinion on Bush’s 2003 decision to invade Iraq.

Three years later, Bush recruited Gates — who had served his father for 15 months as CIA director in the early 1990s — to take on the defense job. The first half of “Duty” covers those final two years in the Bush administration. Gates reveals some disagreements from that period, but none as fundamental or as personal as those he describes with Obama and his aides in the book’s second half.

“All too early in the [Obama] administration,” he writes, “suspicion and distrust of senior military officers by senior White House officials — including the president and vice president — became a big problem for me as I tried to manage the relationship between the commander in chief and his military leaders.”

Gates offers a catalogue of various meetings, based in part on notes that he and his aides made at the time, including an exchange between Obama and then-Secretary of State Hillary Rodham Clinton that he calls “remarkable.”

He writes: “Hillary told the president that her opposition to the [2007] surge in Iraq had been political because she was facing him in the Iowa primary. . . . The president conceded vaguely that opposition to the Iraq surge had been political. To hear the two of them making these admissions, and in front of me, was as surprising as it was dismaying.”

Earlier in the book, he describes Hillary Clinton in the sort of glowing terms that might be used in a political endorsement. “I found her smart, idealistic but pragmatic, tough-minded, indefatigable, funny, a very valuable colleague, and a superb representative of the United States all over the world,” he wrote.

[READ: The Fix on what Gates’s memoir could mean for a Clinton campaign]
March 3, 2011

“Duty” reflects the memoir genre, declaring that this is how the writer saw it, warts and all, including his own. That focus tends to give short shrift to the fuller, established record. For example, in recounting the difficult discussions that led to the Afghan surge strategy in 2009, Gates makes no reference to the six-page “terms sheet” that Obama drafted at the end, laying out the rationale for the surge and withdrawal timetable. Obama asked everyone involved to sign on, signaling agreement.

According to the meeting notes of another participant, Gates is quoted as telling Obama, “You sound the bugle . . . Mr. President, and Mike [Mullen, the chairman of the Joint Chiefs of Staff] and I will be the first to charge the hill.”

Gates does not include such a moment in “Duty.” He picks up the story a bit later, after Gen. David H. Petraeus, then the central commander in charge of both the Iraq and Afghanistan wars, made remarks to the press suggesting he was not comfortable with setting a fixed date to start withdrawal.

At a March 3, 2011, National Security Council meeting, Gates writes, the president opened with a “blast.” Obama criticized the military for “popping off in the press” and said he would push back hard against any delay in beginning the withdrawal.

According to Gates, Obama concluded, “ ‘If I believe I am being gamed . . .’ and left the sentence hanging there with the clear implication the consequences would be dire.”

Gates continues: “I was pretty upset myself. I thought implicitly accusing” Petraeus, and perhaps Mullen and Gates himself, “of gaming him in front of thirty people in the Situation Room was inappropriate, not to mention highly disrespectful of Petraeus. As I sat there, I thought: the president doesn’t trust his commander, can’t stand [Afghanistan President Hamid] Karzai, doesn’t believe in his own strategy, and doesn’t consider the war to be his. For him, it’s all about getting out.”

[READ: World Views: Gates was wrong on the most important issue he ever faced]
‘Breaches of faith’

Lack of trust is a major thread in Gates’s account, along with his unsparing criticism of Obama’s aides. At times, the two threads intertwine. For example, after the devastating 2010 Haitian earthquake that had left tens of thousands dead, Gates met with Obama and Donilon, the deputy national security adviser, about disaster relief.

Donilon was “complaining about how long we were taking,” Gates writes. “Then he went too far, questioning in front of the president and a roomful of people whether General [Douglas] Fraser [head of the U.S. Southern Command] was competent to lead this effort. I’ve rarely been angrier in the Oval Office than I was at that moment. . . . My initial instinct was to storm out, telling the president on the way that he didn’t need two secretaries of defense. It took every bit of my self-discipline to stay seated on the sofa.”

Gates confirms a previously reported statement in which he told Obama’s first national security adviser, retired Marine Gen. James Jones, that he thought Donilon would be a “disaster” if he succeeded Jones (as Donilon did in late 2010). Gates writes that Obama quizzed him about this characterization; a one-on-one meeting with Donilon followed, and that “cleared the air,” according to Gates.

His second year with Obama proved as tough as the first. “For me, 2010 was a year of continued conflict and a couple of important White House breaches of faith,” he writes.

The first, he says, was Obama’s decision to seek the repeal of the “don’t ask, don’t tell” policy toward gays serving in the military. Though Gates says he supported the decision, there had been months and months of debate, with details still to work out. On one day’s notice, Obama informed Gates and Mullen that he would announce his request for a repeal of the law. Obama had “blindsided Admiral Mullen and me,” Gates writes.

Similarly, in a battle over defense spending, “I was extremely angry with President Obama,” Gates writes. “I felt he had breached faith with me . . . on the budget numbers.” As with “don’t ask, don’t tell,” “I felt that agreements with the Obama White House were good for only as long as they were politically convenient.”

Gates acknowledges forthrightly in “Duty” that he did not reveal his dismay. “I never confronted Obama directly over what I (as well as [Hillary] Clinton, [then-CIA Director Leon] Panetta, and others) saw as the president’s determination that the White House tightly control every aspect of national security policy and even operations. His White House was by far the most centralized and controlling in national security of any I had seen since Richard Nixon and Henry Kissinger ruled the roost.”

It got so bad during internal debates over whether to intervene in Libya in 2011 that Gates says he felt compelled to deliver a “rant” because the White House staff was “talking about military options with the president without Defense being involved.”

Gates says his instructions to the Pentagon were: “Don’t give the White House staff and [national security staff] too much information on the military options. They don’t understand it, and ‘experts’ like Samantha Power will decide when we should move militarily.” Power, then on the national security staff and now U.S. ambassador to the United Nations, has been a strong advocate for humanitarian intervention.

Another time, after Donilon and Biden tried to pass orders to Gates, he told the two, “The last time I checked, neither of you are in the chain of command,” and said he expected to get orders directly from Obama.

Life at the top was no picnic, Gates writes. He did little or no socializing. “Every evening I could not wait to get home, get my office homework out of the way, write condolence letters to the families of the fallen, pour a stiff drink, wolf down a frozen dinner or carry out,” since his wife, Becky, often remained at their home in Washington state.

“I got up at five every morning to run two miles around the Mall in Washington, past the World War II, Korean, and Vietnam memorials, and in front of the Lincoln Memorial. And every morning before dawn, I would ritually look up at that stunning white statue of Lincoln, say good morning, and sadly ask him, How did you do it?”

The memoir’s title comes from a quote, “God help me to do my duty,” that Gates says he kept on his desk. The quote has been attributed to Abraham Lincoln’s war secretary, Edwin Stanton.

At his confirmation hearings to be Bush’s defense secretary in late 2006, Gates told the senators that he had not “come back to Washington to be a bump on a log and not say exactly what I think, and to speak candidly and, frankly, boldly to people at both ends of Pennsylvania Avenue about what I believe and what I think needs to be done.”

But Gates says he did not speak his mind when the committee chairman listed the problems he would face as secretary. “I remember sitting at the witness table listening to this litany of woe and thinking, “What the hell am I doing here? I have walked right into the middle of a category-five shitstorm. It was the first of many, many times I would sit at the witness table thinking something very different from what I was saying.”

“Duty” offers the familiar criticism of Congress and its culture, describing it as “truly ugly.” Gates’s cold feelings toward the legislative branch stand in stark contrast to his warmth for the military. He repeatedly describes his affection for the troops, especially those in combat.

Gates wanted to quit at the end of 2010 but agreed to stay at Obama’s urging, finally leaving in mid-2011. He later joined a consulting firm with two of Bush’s closest foreign policy advisers — former secretary of state Condoleezza Rice and Stephen Hadley, the national security adviser during Bush’s second term. The firm is called RiceHadleyGates. In October, he became president-elect of the Boy Scouts of America.

Gates writes, “I did not enjoy being secretary of defense,” or as he e-mailed one friend while still serving, “People have no idea how much I detest this job.”

Evelyn Duffy contributed to this report.

Voir enfin:

Asia Pacific
Bipartisan Critic Turns His Gaze Toward Obama
In His New Memoir, Robert M. Gates, the Former Defense Secretary, Offers a Critique of the President
Thom Shanker

Jan. 7, 2014

WASHINGTON — After ordering a troop increase in Afghanistan, President Obama eventually lost faith in the strategy, his doubts fed by White House advisers who continually brought him negative news reports suggesting it was failing, according to his former defense secretary Robert M. Gates.

In a new memoir, Mr. Gates, a Republican holdover from the Bush administration who served for two years under Mr. Obama, praises the president as a rigorous thinker who frequently made decisions “opposed by his political advisers or that would be unpopular with his fellow Democrats.” But Mr. Gates says that by 2011, Mr. Obama began criticizing — sometimes emotionally — the way his policy in Afghanistan was playing out.

At a pivotal meeting in the situation room in March 2011, called to discuss the withdrawal timetable, Mr. Obama opened with a blast of frustration — expressing doubts about Gen. David H. Petraeus, the commander he had chosen, and questioning whether he could do business with the Afghan president, Hamid Karzai.

“As I sat there, I thought: The president doesn’t trust his commander, can’t stand Karzai, doesn’t believe in his own strategy and doesn’t consider the war to be his,” Mr. Gates wrote. “For him, it’s all about getting out.”

“Duty: Memoirs of a Secretary at War” is the first book describing the Obama administration’s policy deliberations written from inside the cabinet. Mr. Gates offers 600 pages of detailed history of his personal wars with Congress, the Pentagon bureaucracy and, in particular, Mr. Obama’s White House staff. He wrote that the “controlling nature” of the staff “took micromanagement and operational meddling to a new level.”

Mr. Obama’s decision to retain Mr. Gates at the Pentagon gave his national security team a respected professional and veteran of decades at the center of American foreign policy — and offered a bipartisan aura. But it was not long before Mr. Obama’s inner circle tired of the defense secretary they initially praised as “Yoda” — a reference to the wise, aged Jedi master in the “Star Wars” films — and he of them.

Mr. Gates describes his running policy battles within Mr. Obama’s inner circle, among them Vice President Joseph R. Biden Jr.; Tom Donilon, who served as national security adviser; and Douglas E. Lute, the Army lieutenant general who managed Afghan policy issues at the time.

Mr. Gates calls Mr. Biden “a man of integrity,” but questions his judgment. “I think he has been wrong on nearly every major foreign policy and national security issue over the past four decades,” Mr. Gates writes. He has high praise for Hillary Rodham Clinton, who served as secretary of state when he was at the Pentagon and was a frequent ally on national security issues.

But Mr. Gates does say that, in defending her support for the Afghan surge, she confided that her opposition to Mr. Bush’s Iraq surge when she was in the Senate and a presidential candidate “had been political,” since she was facing Mr. Obama, then an antiwar senator, in the Iowa primary. In the same conversation, Mr. Obama “conceded vaguely that opposition to the Iraq surge had been political,” Mr. Gates recalls. “To hear the two of them making these admissions, and in front of me, was as surprising as it was dismaying.”

Mr. Gates discloses that he almost quit in September 2009 after a dispute-filled meeting to assess the way ahead in Afghanistan, including the number of troops that were needed. “I was deeply uneasy with the Obama White House’s lack of appreciation — from the top down — of the uncertainties and unpredictability of war,” he recalls. “I came closer to resigning that day than at any other time in my tenure.”

Caitlin Hayden, the National Security Council spokeswoman, released a statement late Tuesday saying that “deliberations over our policy on Afghanistan have been widely reported on over the years, and it is well known that the president has been committed to achieving the mission of disrupting, dismantling and defeating Al Qaeda, while also ensuring that we have a clear plan for winding down the war, which will end this year.”

In response to Mr. Gates’s comments on Mr. Biden, she said, “President Obama relies on his good counsel every day.”

Mr. Gates is a bipartisan critic of the two presidents he served as defense secretary. He holds the George W. Bush administration responsible for misguided policy that squandered the early victories in Afghanistan and Iraq, although he credits Mr. Bush with ordering a troop surge in Iraq that averted collapse of the mission.

And he says that only he and Mr. Bush’s second secretary of state, Condoleezza Rice, pressed forcefully to close the detention center at Guantánamo Bay, Cuba, with little result.

Mr. Gates does not spare himself from criticism. He describes how he came to feel “an overwhelming sense of personal responsibility” for the troops he ordered into combat, which left him misty-eyed when discussing their sacrifices — and perhaps clouded his judgment when coldhearted national security interests were at stake.

Mr. Gates acknowledges that he initially opposed sending Special Operations forces to attack a housing compound in Pakistan where Osama bin Laden was believed to be hiding. Mr. Gates writes that Mr. Obama’s approval for the Navy SEAL mission, despite strong doubts that Bin Laden was even there, was “one of the most courageous decisions I had ever witnessed in the White House.”

In his final chapter, Mr. Gates makes clear his verdict on the president’s overall Afghan strategy: “I believe Obama was right in each of these decisions.”

Mr. Gates reveals the depth of Mr. Obama’s concerns over leaks of classified information to news outlets, writing that within his first month in office, the new president said he wanted a criminal investigation into disclosures by The New York Times on covert action intended to sabotage Iran’s suspected effort to develop nuclear weapons.

Mr. Gates, too, ordered a campaign to stamp out unauthorized disclosures, but grew rankled when White House officials always blamed the Pentagon for leaks. “Only the president would acknowledge to me he had problems with leaks in his own shop,” Mr. Gates writes.

Mr. Gates, who began public service as an Air Force intelligence officer, tells of emotional meetings with troops in combat, with those who suffered horrific wounds and with their families.

He writes that he is to be buried in Arlington Cemetery’s Section 60, the final home for many killed in Afghanistan and Iraq. “The greatest honor possible would be to rest among my heroes for all eternity,” Mr. Gates writes in closing his memoir.

Voir encore:

Panetta: Obama, White House Responsible For Chaos In Iraq
Former Secretary of Defense breaks down history in upcoming memoir
Washington Free Beacon Staff
October 2, 2014

 Obama’s former Secretary of Defense and Director of the CIA, Leon Panetta, has blamed the president for the chaos unfolding in Iraq.

Time previewed Panetta’s upcoming memoir, Worthy Fights: A Memoir of Leadership in War and Peace. In the book, Panetta said he and others in the Obama administration pushed for a residual force of U.S. troops to remain in Iraq but their efforts were stymied by White House.

“The White House was so eager to rid itself of Iraq that it was willing to withdraw rather than lock in arrangements that would preserve our influence and interests,” Panetta wrote.
Through the fall of 2011, the main question facing the American military in Iraq was what our role would be now that combat operations were over. When President Obama announced the end of our combat mission in August 2010, he acknowledged that we would maintain troops for a while. Now that the deadline was upon us, however, it was clear to me–and many others–that withdrawing all our forces would endanger the fragile stability then barely holding Iraq together.

Privately, the various leadership factions in Iraq all confided that they wanted some U.S. forces to remain as a bulwark against sectarian violence. But none was willing to take that position publicly, and Prime Minister Nouri al-Maliki concluded that any Status of Forces Agreement, which would give legal protection to those forces, would have to be submitted to the Iraqi parliament for approval.

That made reaching agreement very difficult given the internal politics of Iraq, but representatives of the Defense and State departments, with scrutiny from the White House, tried to reach a deal.We had leverage. We could, for instance, have threatened to withdraw reconstruction aid to Iraq if al-Maliki would not support some sort of continued U.S. military presence. My fear, as I voiced to the President and others, was that if the country split apart or slid back into the violence that we’d seen in the years immediately following the U.S. invasion, it could become a new haven for terrorists to plot attacks against the U.S. Iraq’s stability was not only in Iraq’s interest but also in ours. I privately and publicly advocated for a residual force that could provide training and security for Iraq’s military.

To my frustration, the White House coordinated the negotiations but never really led them. Officials there seemed content to endorse an agreement if State and Defense could reach one, but without the President’s active advocacy, al-Maliki was allowed to slip away. The deal never materialized. To this day, I believe that a small U.S. troop presence in Iraq could have effectively advised the Iraqi military on how to deal with al-Qaeda’s resurgence and the sectarian violence that has engulfed the country.
Panetta is a close ally of the Clintons, and his memoir may be seen as an effort to distance Hillary Clinton from the Obama administration’s foreign policy failures. The memoir comes out on October 7.

Voir enfin:

Politics
A Closer Look at Hillary Clinton’s Emails on Benghazi
Michael S. Schmidt

May 21, 2015

Hillary Rodham Clinton last year provided the State Department with 55,000 pages of emails that she said were related to her work as secretary of state, all from the personal account she exclusively used while leading the department.

Roughly 850 pages of those emails that relate to Libya and the 2012 attacks on the United States outposts in Benghazi were handed over to a special committee appointed to investigate the attacks. In response to a request from Mrs. Clinton, the State Department plans to release those emails in the coming days. The New York Times obtained more than a third of those documents and has provided a guide to some of the key findings related to the Benghazi attacks below.

Blumenthal Memos Were Often Circulated Without Identifying Their Source

From 2011 to 2012, Sidney Blumenthal, a longtime friend and confidant who was a senior adviser to Mrs. Clinton during her 2008 presidential campaign, sent her at least 25 memos about Libya, including several about the Benghazi attacks. Mrs. Clinton forwarded most of them to Jake Sullivan, her trusted foreign policy adviser. Mr. Sullivan would then send the memos along to other senior State Department officials, asking for their feedback. There is no evidence those officials were told that the memos were from Mr. Blumenthal. In April 2012, J. Christopher Stevens, the ambassador who died in the Benghazi attacks, was asked by Mr. Sullivan to provide his thoughts on the latest information “from HRC friend.” (Pages 127-128) Brian Fallon, a spokesman for Mrs. Clinton, said that Mr. Blumenthal had not been working for the government in any official capacity at the time and that his emails to Mrs. Clinton had not been solicited.

In Memo, Blumenthal Initially Blames Demonstrators for Attacks
The day after the Sept. 11, 2012, attacks on American outposts in Benghazi that killed Mr. Stevens and three other Americans, Mr. Blumenthal sent Mrs. Clinton a memo with his intelligence about what had occurred. The memo said the attacks were by “demonstrators” who “were inspired by what many devout Libyan viewed as a sacrilegious internet video on the prophet Mohammed originating in America.” Mrs. Clinton forwarded the memo to Mr. Sullivan, saying “More info.” (Pages 193-195)

Second Memo Provides Detailed Account of Benghazi
The next day, Mr. Blumenthal sent Mrs. Clinton a more thorough account of what had occurred. Citing “sensitive sources” in Libya, the memo provided extensive detail about the episode, saying that the siege had been set off by members of Ansar al-Shariah, the Libyan terrorist group. Those militants had ties to Al Qaeda, had planned the attacks for a month and had used a nearby protest as cover for the siege, the memo said. “We should get this around asap” Mrs. Clinton said in an email to Mr. Sullivan. “Will do,” he responded. That information contradicted the Obama administration’s narrative at the time about what had spawned the attacks. Republicans have said the administration misled the country about the attacks because it did not want to undermine the notion that President Obama, who was up for re-election, was winning the war on terrorism. (Pages 200-203)

Blumenthal Warns of Political Attacks
In early October 2012, a month before Mr. Obama was re-elected, Mr. Blumenthal forwarded Mrs. Clinton an article on a left-leaning website. The article cautioned that the Republicans could exploit the attacks in a “Jimmy Carter Strategy” and use them to paint Mr. Obama as weak on terrorism. Mrs. Clinton forwarded the email to Mr. Sullivan. “Be sure Ben knows they need to be ready for this line of attack,” Mrs. Clinton wrote. She did not say to which Ben she was referring, but one of Mr. Obama’s senior national security advisers is Benjamin J. Rhodes, who handles communications and speechwriting. Mrs. Clinton then told Mr. Blumenthal that she was “pushing to WH” the story. “According to Politico yesterday, there was an internal argument within the Romney campaign over Libya,” Mr. Blumenthal said in response. “Obviously, the neocons and the Rove oriented faction (Ed Gillespie, Rove’s surrogate is now a Romney campaign adviser) beat Stuart Stevens.” (Pages 215-225)

Clinton’s Personal Email Account Contained Sensitive Information
Mrs. Clinton’s emails show that she had a special type of government information known as “sensitive but unclassified,” or “SBU,” in her account. That information included the whereabouts and travel plans of American officials in Libya as security there deteriorated during the uprising against the leadership of Col. Muammar el-Qaddafi in 2011. Nearly a year and a half before the attacks in Benghazi, Mr. Stevens, then an American envoy to the rebels, considered leaving Benghazi citing deteriorating security, according to an email to Mrs. Clinton marked “SBU.”

Voir de plus:

Nouvelle polémique autour de la mort de Ben Laden
Emmanuelle.Rivière
Le Figaro

11/05/2015

L’enquête d’une figure du journalisme d’investigation américain remet en cause la thèse officielle sur la mort de Ben Laden. Des affirmations «sans fondement», a aussitôt rétorqué lundi la Maison-Blanche.

Publiée dans la London Review of Books, l’enquête de Seymour M. Hersh, emblème du journalisme d’investigation américain, tend à discréditer la thèse officielle de l’administration Obama sur la mort d’Oussama Ben Laden. Après avoir décrypté le déroulement des opérations qui ont conduit à l’élimination du chef d’al-Qaida, le journaliste ironise: «L’histoire de la Maison-Blanche aurait pu être écrite par Lewis Caroll».

Seymour M. Hersh affirme d’abord que la traque de Ben Laden en mai 2011 n’a pas seulement été menée par les États-Unis. D’après lui, l’opération était connue d’une poignée d’officiels pakistanais, qui pourraient même y avoir contribué. Citant une «source anonyme», il va même jusqu’à évoquer un chantage de l’administration américaine sur le Pakistan. «Nous étions très réticents, mais cela devait être fait parce que tous les programmes d’aides américains auraient été coupés», aurait déclaré la fameuse source d’Hersh. Cette même source ajoutant: «Ils ont dit qu’ils allaient nous affamer si nous ne l’autorisions pas [le raid] et l’accord a été donné alors que Ahmed Shuja Pasha [le directeur général des services secrets pakistanais] était à Washington».

Ben Laden était-il emprisonné par le Pakistan?
D’après le journaliste, le cerveau des attentats de 2001 ne se cachait pas à Abottabad (le lieu où il a été tué) mais y était, en réalité, emprisonné par le Pakistan. Toujours selon le journaliste, c’est une source pakistanaise, rémunérée 25 millions de dollars, qui aurait ensuite rapporté la localisation précise ainsi que des échantillons ADN du terroriste afin de prouver ses affirmations.

Mais Seymour Hersh ne s’arrête pas là. Il soutient que la mise à mort du chef terroriste n’a pu être actionnée qu’après de longues négociations avec le Pakistan: «En août 2010, un ancien officier des services secrets pakistanais a approché Jonathan Bank, alors chef du bureau de la CIA à l’ambassade américaine d’Islamabad», raconte le journaliste, et «il a proposé de dire à la CIA où trouver Ben Laden en échange de la récompense que Washington avait offerte en 2001». Les dires selon lesquels le corps de la dépouille aurait été jeté en mer seraient également erronés. Réduite en morceaux par les balles, elle aurait été éparpillée dans l’ Hindou Koush, entre le Pakistan et l’Afghanistan, avance le journaliste.

Les démentis de la Maison-Blanche
Spécialiste de la politique et des services secrets américains, Seymour Hersh n’en est pas à son premier coup d’éclat. On lui doit notamment les révélations sur le massacre de My Lai en avril 1968 (pour lequel il obtint le Pullitzer en 1970), au cours duquel 400 Vietnamiens ont été exterminés par une unité de l’armée américaine. Il est également à l’origine du rapport sur les tortures des prisonniers d’Abou Ghraib en 2004. C’est peu dire, donc, que le personnage hante les présidents américains depuis plus de 50 ans…

La Maison-Blanche a rejeté en bloc le travail de ce «vieux brisquard» du journalisme. «Il y a trop d’inexactitudes et d’affirmations sans fondement dans cet article pour y répondre point par point», a affirmé Ned Price, porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC).

La thèse de Seymour Hersh pâtit de reposer en grande partie sur les déclarations d’une source unique, anonyme qui plus est. Au lendemain de l’assaut de mai 2011, Islamabad avait fortement critiqué l’opération américaine, estimant que de telles «actions unilatérales non autorisées» ne devraient pas se reproduire. Quant à la CIA, elle avait affirmé que les États-Unis n’avaient en aucun cas informé le Pakistan, de crainte que le pays n’«alerte» Oussama Ben Laden.

Voir de même:

Mort de Ben Laden : « C’est un énorme mensonge »

Thomas Liabot

le JDD

11 mai 2015

Selon le journaliste Seymour Hersh, la mort d’Oussama Ben Laden n’est pas intervenue selon le scénario révélé par Washington. Un agent pakistanais aurait renseigné la CIA, contre une forte récompense.
Et si Washington avait menti sur la version officielle de la mort d’Oussama Ben Laden? Selon le journaliste Seymour Hersh (prix Pulitzer en 1970), cela ne fait aucun doute. Dans un rapport publié dans la London Review of Books, il affirme en effet que l' »histoire de la Maison-Blanche aurait pu être écrite par Lewis Caroll », le père des Aventures d’Alice au pays des merveilles. « C’est un énorme mensonge, il n’y a pas un seul mot de vrai », poursuit l’ancien journaliste du New York Times.

« La Maison Blanche maintient que la mission était une affaire 100% américaine, et que les généraux de l’armée pakistanaise et ses services secrets n’ont pas été mis au courant de l’assaut à l’avance. C’est faux. » Selon lui, les Pakistanais avaient établi depuis 2006 que le chef d’al-Qaïda était à Abbottabad, et étaient en relation avec la CIA pour planifier son élimination.

Aidé par un agent pakistanais
Seymour Hersh s’explique : « En août 2010, un ancien officier des services secrets pakistanais a approché Jonathan Bank, alors chef du bureau de la CIA à l’ambassade américaine d’Islamabad. Il a proposé de dire à la CIA où trouver Ben Laden en échange de la récompense que Washington avait offerte en 2001 », soit 25 millions de dollars. Récompensé, l’homme serait aujourd’hui consultant à Washington pour la CIA.

Dans son article, Seymour Hersh écrit qu’il n’y pas eu d’affrontements dans la villa d’Abbotabad, mais que les forces spéciales américaines ont abattu « un homme faible et sans armes ». Le journaliste ajoute que le corps d’Oussama Ben Laden n’aurait pas été jeté en mer, mais enterré au Pakistan.

Voir enfin:

The Killing of Osama bin Laden
Seymour M. Hersh
London Review of Books
21 May 2015

Seymour M. Hersh is writing an alternative history of the war on terror.

It’s been four years since a group of US Navy Seals assassinated Osama bin Laden in a night raid on a high-walled compound in Abbottabad, Pakistan. The killing was the high point of Obama’s first term, and a major factor in his re-election. The White House still maintains that the mission was an all-American affair, and that the senior generals of Pakistan’s army and Inter-Services Intelligence agency (ISI) were not told of the raid in advance. This is false, as are many other elements of the Obama administration’s account. The White House’s story might have been written by Lewis Carroll: would bin Laden, target of a massive international manhunt, really decide that a resort town forty miles from Islamabad would be the safest place to live and command al-Qaida’s operations? He was hiding in the open. So America said.

The most blatant lie was that Pakistan’s two most senior military leaders – General Ashfaq Parvez Kayani, chief of the army staff, and General Ahmed Shuja Pasha, director general of the ISI – were never informed of the US mission. This remains the White House position despite an array of reports that have raised questions, including one by Carlotta Gall in the New York Times Magazine of 19 March 2014. Gall, who spent 12 years as the Times correspondent in Afghanistan, wrote that she’d been told by a ‘Pakistani official’ that Pasha had known before the raid that bin Laden was in Abbottabad. The story was denied by US and Pakistani officials, and went no further. In his book Pakistan: Before and after Osama (2012), Imtiaz Gul, executive director of the Centre for Research and Security Studies, a think tank in Islamabad, wrote that he’d spoken to four undercover intelligence officers who – reflecting a widely held local view – asserted that the Pakistani military must have had knowledge of the operation. The issue was raised again in February, when a retired general, Asad Durrani, who was head of the ISI in the early 1990s, told an al-Jazeera interviewer that it was ‘quite possible’ that the senior officers of the ISI did not know where bin Laden had been hiding, ‘but it was more probable that they did [know]. And the idea was that, at the right time, his location would be revealed. And the right time would have been when you can get the necessary quid pro quo – if you have someone like Osama bin Laden, you are not going to simply hand him over to the United States.’

This spring I contacted Durrani and told him in detail what I had learned about the bin Laden assault from American sources: that bin Laden had been a prisoner of the ISI at the Abbottabad compound since 2006; that Kayani and Pasha knew of the raid in advance and had made sure that the two helicopters delivering the Seals to Abbottabad could cross Pakistani airspace without triggering any alarms; that the CIA did not learn of bin Laden’s whereabouts by tracking his couriers, as the White House has claimed since May 2011, but from a former senior Pakistani intelligence officer who betrayed the secret in return for much of the $25 million reward offered by the US, and that, while Obama did order the raid and the Seal team did carry it out, many other aspects of the administration’s account were false.

‘When your version comes out – if you do it – people in Pakistan will be tremendously grateful,’ Durrani told me. ‘For a long time people have stopped trusting what comes out about bin Laden from the official mouths. There will be some negative political comment and some anger, but people like to be told the truth, and what you’ve told me is essentially what I have heard from former colleagues who have been on a fact-finding mission since this episode.’ As a former ISI head, he said, he had been told shortly after the raid by ‘people in the “strategic community” who would know’ that there had been an informant who had alerted the US to bin Laden’s presence in Abbottabad, and that after his killing the US’s betrayed promises left Kayani and Pasha exposed.

The major US source for the account that follows is a retired senior intelligence official who was knowledgeable about the initial intelligence about bin Laden’s presence in Abbottabad. He also was privy to many aspects of the Seals’ training for the raid, and to the various after-action reports. Two other US sources, who had access to corroborating information, have been longtime consultants to the Special Operations Command. I also received information from inside Pakistan about widespread dismay among the senior ISI and military leadership – echoed later by Durrani – over Obama’s decision to go public immediately with news of bin Laden’s death. The White House did not respond to requests for comment.

*

It began with a walk-in. In August 2010 a former senior Pakistani intelligence officer approached Jonathan Bank, then the CIA’s station chief at the US embassy in Islamabad. He offered to tell the CIA where to find bin Laden in return for the reward that Washington had offered in 2001. Walk-ins are assumed by the CIA to be unreliable, and the response from the agency’s headquarters was to fly in a polygraph team. The walk-in passed the test. ‘So now we’ve got a lead on bin Laden living in a compound in Abbottabad, but how do we really know who it is?’ was the CIA’s worry at the time, the retired senior US intelligence official told me.

The US initially kept what it knew from the Pakistanis. ‘The fear was that if the existence of the source was made known, the Pakistanis themselves would move bin Laden to another location. So only a very small number of people were read into the source and his story,’ the retired official said. ‘The CIA’s first goal was to check out the quality of the informant’s information.’ The compound was put under satellite surveillance. The CIA rented a house in Abbottabad to use as a forward observation base and staffed it with Pakistani employees and foreign nationals. Later on, the base would serve as a contact point with the ISI; it attracted little attention because Abbottabad is a holiday spot full of houses rented on short leases. A psychological profile of the informant was prepared. (The informant and his family were smuggled out of Pakistan and relocated in the Washington area. He is now a consultant for the CIA.)

‘By October the military and intelligence community were discussing the possible military options. Do we drop a bunker buster on the compound or take him out with a drone strike? Perhaps send someone to kill him, single assassin style? But then we’d have no proof of who he was,’ the retired official said. ‘We could see some guy is walking around at night, but we have no intercepts because there’s no commo coming from the compound.’

In October, Obama was briefed on the intelligence. His response was cautious, the retired official said. ‘It just made no sense that bin Laden was living in Abbottabad. It was just too crazy. The president’s position was emphatic: “Don’t talk to me about this any more unless you have proof that it really is bin Laden.”’ The immediate goal of the CIA leadership and the Joint Special Operations Command was to get Obama’s support. They believed they would get this if they got DNA evidence, and if they could assure him that a night assault of the compound would carry no risk. The only way to accomplish both things, the retired official said, ‘was to get the Pakistanis on board’.

During the late autumn of 2010, the US continued to keep quiet about the walk-in, and Kayani and Pasha continued to insist to their American counterparts that they had no information about bin Laden’s whereabouts. ‘The next step was to figure out how to ease Kayani and Pasha into it – to tell them that we’ve got intelligence showing that there is a high-value target in the compound, and to ask them what they know about the target,’ the retired official said. ‘The compound was not an armed enclave – no machine guns around, because it was under ISI control.’ The walk-in had told the US that bin Laden had lived undetected from 2001 to 2006 with some of his wives and children in the Hindu Kush mountains, and that ‘the ISI got to him by paying some of the local tribal people to betray him.’ (Reports after the raid placed him elsewhere in Pakistan during this period.) Bank was also told by the walk-in that bin Laden was very ill, and that early on in his confinement at Abbottabad, the ISI had ordered Amir Aziz, a doctor and a major in the Pakistani army, to move nearby to provide treatment. ‘The truth is that bin Laden was an invalid, but we cannot say that,’ the retired official said. ‘“You mean you guys shot a cripple? Who was about to grab his AK-47?”’
British Academy – Screen Translation film screening

‘It didn’t take long to get the co-operation we needed, because the Pakistanis wanted to ensure the continued release of American military aid, a good percentage of which was anti-terrorism funding that finances personal security, such as bullet-proof limousines and security guards and housing for the ISI leadership,’ the retired official said. He added that there were also under-the-table personal ‘incentives’ that were financed by off-the-books Pentagon contingency funds. ‘The intelligence community knew what the Pakistanis needed to agree – there was the carrot. And they chose the carrot. It was a win-win. We also did a little blackmail. We told them we would leak the fact that you’ve got bin Laden in your backyard. We knew their friends and enemies’ – the Taliban and jihadist groups in Pakistan and Afghanistan – ‘would not like it.’

A worrying factor at this early point, according to the retired official, was Saudi Arabia, which had been financing bin Laden’s upkeep since his seizure by the Pakistanis. ‘The Saudis didn’t want bin Laden’s presence revealed to us because he was a Saudi, and so they told the Pakistanis to keep him out of the picture. The Saudis feared if we knew we would pressure the Pakistanis to let bin Laden start talking to us about what the Saudis had been doing with al-Qaida. And they were dropping money – lots of it. The Pakistanis, in turn, were concerned that the Saudis might spill the beans about their control of bin Laden. The fear was that if the US found out about bin Laden from Riyadh, all hell would break out. The Americans learning about bin Laden’s imprisonment from a walk-in was not the worst thing.’

Despite their constant public feuding, American and Pakistani military and intelligence services have worked together closely for decades on counterterrorism in South Asia. Both services often find it useful to engage in public feuds ‘to cover their asses’, as the retired official put it, but they continually share intelligence used for drone attacks, and co-operate on covert operations. At the same time, it’s understood in Washington that elements of the ISI believe that maintaining a relationship with the Taliban leadership inside Afghanistan is essential to national security. The ISI’s strategic aim is to balance Indian influence in Kabul; the Taliban is also seen in Pakistan as a source of jihadist shock troops who would back Pakistan against India in a confrontation over Kashmir.

Adding to the tension was the Pakistani nuclear arsenal, often depicted in the Western press as an ‘Islamic bomb’ that might be transferred by Pakistan to an embattled nation in the Middle East in the event of a crisis with Israel. The US looked the other way when Pakistan began building its weapons system in the 1970s and it’s widely believed it now has more than a hundred nuclear warheads. It’s understood in Washington that US security depends on the maintenance of strong military and intelligence ties to Pakistan. The belief is mirrored in Pakistan.

‘The Pakistani army sees itself as family,’ the retired official said. ‘Officers call soldiers their sons and all officers are “brothers”. The attitude is different in the American military. The senior Pakistani officers believe they are the elite and have got to look out for all of the people, as keepers of the flame against Muslim fundamentalism. The Pakistanis also know that their trump card against aggression from India is a strong relationship with the United States. They will never cut their person-to-person ties with us.’

Like all CIA station chiefs, Bank was working undercover, but that ended in early December 2010 when he was publicly accused of murder in a criminal complaint filed in Islamabad by Karim Khan, a Pakistani journalist whose son and brother, according to local news reports, had been killed by a US drone strike. Allowing Bank to be named was a violation of diplomatic protocol on the part of the Pakistani authorities, and it brought a wave of unwanted publicity. Bank was ordered to leave Pakistan by the CIA, whose officials subsequently told the Associated Press he was transferred because of concerns for his safety. The New York Times reported that there was ‘strong suspicion’ the ISI had played a role in leaking Bank’s name to Khan. There was speculation that he was outed as payback for the publication in a New York lawsuit a month earlier of the names of ISI chiefs in connection with the Mumbai terrorist attacks of 2008. But there was a collateral reason, the retired official said, for the CIA’s willingness to send Bank back to America. The Pakistanis needed cover in case their co-operation with the Americans in getting rid of bin Laden became known. The Pakistanis could say: “You’re talking about me? We just kicked out your station chief.”’

*

The bin Laden compound was less than two miles from the Pakistan Military Academy, and a Pakistani army combat battalion headquarters was another mile or so away. Abbottabad is less than 15 minutes by helicopter from Tarbela Ghazi, an important base for ISI covert operations and the facility where those who guard Pakistan’s nuclear weapons arsenal are trained. ‘Ghazi is why the ISI put bin Laden in Abbottabad in the first place,’ the retired official said, ‘to keep him under constant supervision.’

The risks for Obama were high at this early stage, especially because there was a troubling precedent: the failed 1980 attempt to rescue the American hostages in Tehran. That failure was a factor in Jimmy Carter’s loss to Ronald Reagan. Obama’s worries were realistic, the retired official said. ‘Was bin Laden ever there? Was the whole story a product of Pakistani deception? What about political blowback in case of failure?’ After all, as the retired official said, ‘If the mission fails, Obama’s just a black Jimmy Carter and it’s all over for re-election.’

Obama was anxious for reassurance that the US was going to get the right man. The proof was to come in the form of bin Laden’s DNA. The planners turned for help to Kayani and Pasha, who asked Aziz to obtain the specimens. Soon after the raid the press found out that Aziz had been living in a house near the bin Laden compound: local reporters discovered his name in Urdu on a plate on the door. Pakistani officials denied that Aziz had any connection to bin Laden, but the retired official told me that Aziz had been rewarded with a share of the $25 million reward the US had put up because the DNA sample had showed conclusively that it was bin Laden in Abbottabad. (In his subsequent testimony to a Pakistani commission investigating the bin Laden raid, Aziz said that he had witnessed the attack on Abbottabad, but had no knowledge of who was living in the compound and had been ordered by a superior officer to stay away from the scene.)

Bargaining continued over the way the mission would be executed. ‘Kayani eventually tells us yes, but he says you can’t have a big strike force. You have to come in lean and mean. And you have to kill him, or there is no deal,’ the retired official said. The agreement was struck by the end of January 2011, and Joint Special Operations Command prepared a list of questions to be answered by the Pakistanis: ‘How can we be assured of no outside intervention? What are the defences inside the compound and its exact dimensions? Where are bin Laden’s rooms and exactly how big are they? How many steps in the stairway? Where are the doors to his rooms, and are they reinforced with steel? How thick?’ The Pakistanis agreed to permit a four-man American cell – a Navy Seal, a CIA case officer and two communications specialists – to set up a liaison office at Tarbela Ghazi for the coming assault. By then, the military had constructed a mock-up of the compound in Abbottabad at a secret former nuclear test site in Utah, and an elite Seal team had begun rehearsing for the attack.

The US had begun to cut back on aid to Pakistan – to ‘turn off the spigot’, in the retired official’s words. The provision of 18 new F-16 fighter aircraft was delayed, and under-the-table cash payments to the senior leaders were suspended. In April 2011 Pasha met the CIA director, Leon Panetta, at agency headquarters. ‘Pasha got a commitment that the United States would turn the money back on, and we got a guarantee that there would be no Pakistani opposition during the mission,’ the retired official said. ‘Pasha also insisted that Washington stop complaining about Pakistan’s lack of co-operation with the American war on terrorism.’ At one point that spring, Pasha offered the Americans a blunt explanation of the reason Pakistan kept bin Laden’s capture a secret, and why it was imperative for the ISI role to remain secret: ‘We needed a hostage to keep tabs on al-Qaida and the Taliban,’ Pasha said, according to the retired official. ‘The ISI was using bin Laden as leverage against Taliban and al-Qaida activities inside Afghanistan and Pakistan. They let the Taliban and al-Qaida leadership know that if they ran operations that clashed with the interests of the ISI, they would turn bin Laden over to us. So if it became known that the Pakistanis had worked with us to get bin Laden at Abbottabad, there would be hell to pay.’

At one of his meetings with Panetta, according to the retired official and a source within the CIA, Pasha was asked by a senior CIA official whether he saw himself as acting in essence as an agent for al-Qaida and the Taliban. ‘He answered no, but said the ISI needed to have some control.’ The message, as the CIA saw it, according to the retired official, was that Kayani and Pasha viewed bin Laden ‘as a resource, and they were more interested in their [own] survival than they were in the United States’.

A Pakistani with close ties to the senior leadership of the ISI told me that ‘there was a deal with your top guys. We were very reluctant, but it had to be done – not because of personal enrichment, but because all of the American aid programmes would be cut off. Your guys said we will starve you out if you don’t do it, and the okay was given while Pasha was in Washington. The deal was not only to keep the taps open, but Pasha was told there would be more goodies for us.’ The Pakistani said that Pasha’s visit also resulted in a commitment from the US to give Pakistan ‘a freer hand’ in Afghanistan as it began its military draw-down there. ‘And so our top dogs justified the deal by saying this is for our country.’

*

Pasha and Kayani were responsible for ensuring that Pakistan’s army and air defence command would not track or engage with the US helicopters used on the mission. The American cell at Tarbela Ghazi was charged with co-ordinating communications between the ISI, the senior US officers at their command post in Afghanistan, and the two Black Hawk helicopters; the goal was to ensure that no stray Pakistani fighter plane on border patrol spotted the intruders and took action to stop them. The initial plan said that news of the raid shouldn’t be announced straightaway. All units in the Joint Special Operations Command operate under stringent secrecy and the JSOC leadership believed, as did Kayani and Pasha, that the killing of bin Laden would not be made public for as long as seven days, maybe longer. Then a carefully constructed cover story would be issued: Obama would announce that DNA analysis confirmed that bin Laden had been killed in a drone raid in the Hindu Kush, on Afghanistan’s side of the border. The Americans who planned the mission assured Kayani and Pasha that their co-operation would never be made public. It was understood by all that if the Pakistani role became known, there would be violent protests – bin Laden was considered a hero by many Pakistanis – and Pasha and Kayani and their families would be in danger, and the Pakistani army publicly disgraced.
SCIENCE MUSEUM – CHURCHILL’S SCIENTISTS

It was clear to all by this point, the retired official said, that bin Laden would not survive: ‘Pasha told us at a meeting in April that he could not risk leaving bin Laden in the compound now that we know he’s there. Too many people in the Pakistani chain of command know about the mission. He and Kayani had to tell the whole story to the directors of the air defence command and to a few local commanders.

‘Of course the guys knew the target was bin Laden and he was there under Pakistani control,’ the retired official said. ‘Otherwise, they would not have done the mission without air cover. It was clearly and absolutely a premeditated murder.’ A former Seal commander, who has led and participated in dozens of similar missions over the past decade, assured me that ‘we were not going to keep bin Laden alive – to allow the terrorist to live. By law, we know what we’re doing inside Pakistan is a homicide. We’ve come to grips with that. Each one of us, when we do these missions, say to ourselves, “Let’s face it. We’re going to commit a murder.”’ The White House’s initial account claimed that bin Laden had been brandishing a weapon; the story was aimed at deflecting those who questioned the legality of the US administration’s targeted assassination programme. The US has consistently maintained, despite widely reported remarks by people involved with the mission, that bin Laden would have been taken alive if he had immediately surrendered.

*

At the Abbottabad compound ISI guards were posted around the clock to keep watch over bin Laden and his wives and children. They were under orders to leave as soon as they heard the rotors of the US helicopters. The town was dark: the electricity supply had been cut off on the orders of the ISI hours before the raid began. One of the Black Hawks crashed inside the walls of the compound, injuring many on board. ‘The guys knew the TOT [time on target] had to be tight because they would wake up the whole town going in,’ the retired official said. The cockpit of the crashed Black Hawk, with its communication and navigational gear, had to be destroyed by concussion grenades, and this would create a series of explosions and a fire visible for miles. Two Chinook helicopters had flown from Afghanistan to a nearby Pakistani intelligence base to provide logistical support, and one of them was immediately dispatched to Abbottabad. But because the helicopter had been equipped with a bladder loaded with extra fuel for the two Black Hawks, it first had to be reconfigured as a troop carrier. The crash of the Black Hawk and the need to fly in a replacement were nerve-wracking and time-consuming setbacks, but the Seals continued with their mission. There was no firefight as they moved into the compound; the ISI guards had gone. ‘Everyone in Pakistan has a gun and high-profile, wealthy folks like those who live in Abbottabad have armed bodyguards, and yet there were no weapons in the compound,’ the retired official pointed out. Had there been any opposition, the team would have been highly vulnerable. Instead, the retired official said, an ISI liaison officer flying with the Seals guided them into the darkened house and up a staircase to bin Laden’s quarters. The Seals had been warned by the Pakistanis that heavy steel doors blocked the stairwell on the first and second-floor landings; bin Laden’s rooms were on the third floor. The Seal squad used explosives to blow the doors open, without injuring anyone. One of bin Laden’s wives was screaming hysterically and a bullet – perhaps a stray round – struck her knee. Aside from those that hit bin Laden, no other shots were fired. (The Obama administration’s account would hold otherwise.)

‘They knew where the target was – third floor, second door on the right,’ the retired official said. ‘Go straight there. Osama was cowering and retreated into the bedroom. Two shooters followed him and opened up. Very simple, very straightforward, very professional hit.’ Some of the Seals were appalled later at the White House’s initial insistence that they had shot bin Laden in self-defence, the retired official said. ‘Six of the Seals’ finest, most experienced NCOs, faced with an unarmed elderly civilian, had to kill him in self-defence? The house was shabby and bin Laden was living in a cell with bars on the window and barbed wire on the roof. The rules of engagement were that if bin Laden put up any opposition they were authorised to take lethal action. But if they suspected he might have some means of opposition, like an explosive vest under his robe, they could also kill him. So here’s this guy in a mystery robe and they shot him. It’s not because he was reaching for a weapon. The rules gave them absolute authority to kill the guy.’ The later White House claim that only one or two bullets were fired into his head was ‘bullshit’, the retired official said. ‘The squad came through the door and obliterated him. As the Seals say, “We kicked his ass and took his gas.”’

After they killed bin Laden, ‘the Seals were just there, some with physical injuries from the crash, waiting for the relief chopper,’ the retired official said. ‘Twenty tense minutes. The Black Hawk is still burning. There are no city lights. No electricity. No police. No fire trucks. They have no prisoners.’ Bin Laden’s wives and children were left for the ISI to interrogate and relocate. ‘Despite all the talk,’ the retired official continued, there were ‘no garbage bags full of computers and storage devices. The guys just stuffed some books and papers they found in his room in their backpacks. The Seals weren’t there because they thought bin Laden was running a command centre for al-Qaida operations, as the White House would later tell the media. And they were not intelligence experts gathering information inside that house.’

On a normal assault mission, the retired official said, there would be no waiting around if a chopper went down. ‘The Seals would have finished the mission, thrown off their guns and gear, and jammed into the remaining Black Hawk and di-di-maued’ – Vietnamese slang for leaving in a rush – ‘out of there, with guys hanging out of the doors. They would not have blown the chopper – no commo gear is worth a dozen lives – unless they knew they were safe. Instead they stood around outside the compound, waiting for the bus to arrive.’ Pasha and Kayani had delivered on all their promises.

*

The backroom argument inside the White House began as soon as it was clear that the mission had succeeded. Bin Laden’s body was presumed to be on its way to Afghanistan. Should Obama stand by the agreement with Kayani and Pasha and pretend a week or so later that bin Laden had been killed in a drone attack in the mountains, or should he go public immediately? The downed helicopter made it easy for Obama’s political advisers to urge the latter plan. The explosion and fireball would be impossible to hide, and word of what had happened was bound to leak. Obama had to ‘get out in front of the story’ before someone in the Pentagon did: waiting would diminish the political impact.

Not everyone agreed. Robert Gates, the secretary of defence, was the most outspoken of those who insisted that the agreements with Pakistan had to be honoured. In his memoir, Duty, Gates did not mask his anger:

Before we broke up and the president headed upstairs to tell the American people what had just happened, I reminded everyone that the techniques, tactics and procedures the Seals had used in the bin Laden operation were used every night in Afghanistan … it was therefore essential that we agree not to release any operational details of the raid. That we killed him, I said, is all we needed to say. Everybody in that room agreed to keep mum on details. That commitment lasted about five hours. The initial leaks came from the White House and CIA. They just couldn’t wait to brag and to claim credit. The facts were often wrong … Nonetheless the information just kept pouring out. I was outraged and at one point, told [the national security adviser, Tom] Donilon, ‘Why doesn’t everybody just shut the fuck up?’ To no avail.

Obama’s speech was put together in a rush, the retired official said, and was viewed by his advisers as a political document, not a message that needed to be submitted for clearance to the national security bureaucracy. This series of self-serving and inaccurate statements would create chaos in the weeks following. Obama said that his administration had discovered that bin Laden was in Pakistan through ‘a possible lead’ the previous August; to many in the CIA the statement suggested a specific event, such as a walk-in. The remark led to a new cover story claiming that the CIA’s brilliant analysts had unmasked a courier network handling bin Laden’s continuing flow of operational orders to al-Qaida. Obama also praised ‘a small team of Americans’ for their care in avoiding civilian deaths and said: ‘After a firefight, they killed Osama bin Laden and took custody of his body.’ Two more details now had to be supplied for the cover story: a description of the firefight that never happened, and a story about what happened to the corpse. Obama went on to praise the Pakistanis: ‘It’s important to note that our counterterrorism co-operation with Pakistan helped lead us to bin Laden and the compound where he was hiding.’ That statement risked exposing Kayani and Pasha. The White House’s solution was to ignore what Obama had said and order anyone talking to the press to insist that the Pakistanis had played no role in killing bin Laden. Obama left the clear impression that he and his advisers hadn’t known for sure that bin Laden was in Abbottabad, but only had information ‘about the possibility’. This led first to the story that the Seals had determined they’d killed the right man by having a six-foot-tall Seal lie next to the corpse for comparison (bin Laden was known to be six foot four); and then to the claim that a DNA test had been performed on the corpse and demonstrated conclusively that the Seals had killed bin Laden. But, according to the retired official, it wasn’t clear from the Seals’ early reports whether all of bin Laden’s body, or any of it, made it back to Afghanistan.

Gates wasn’t the only official who was distressed by Obama’s decision to speak without clearing his remarks in advance, the retired official said, ‘but he was the only one protesting. Obama didn’t just double-cross Gates, he double-crossed everyone. This was not the fog of war. The fact that there was an agreement with the Pakistanis and no contingency analysis of what was to be disclosed if something went wrong – that wasn’t even discussed. And once it went wrong, they had to make up a new cover story on the fly.’ There was a legitimate reason for some deception: the role of the Pakistani walk-in had to be protected.

The White House press corps was told in a briefing shortly after Obama’s announcement that the death of bin Laden was ‘the culmination of years of careful and highly advanced intelligence work’ that focused on tracking a group of couriers, including one who was known to be close to bin Laden. Reporters were told that a team of specially assembled CIA and National Security Agency analysts had traced the courier to a highly secure million-dollar compound in Abbottabad. After months of observation, the American intelligence community had ‘high confidence’ that a high-value target was living in the compound, and it was ‘assessed that there was a strong probability that [it] was Osama bin Laden’. The US assault team ran into a firefight on entering the compound and three adult males – two of them believed to be the couriers – were slain, along with bin Laden. Asked if bin Laden had defended himself, one of the briefers said yes: ‘He did resist the assault force. And he was killed in a firefight.’

The next day John Brennan, then Obama’s senior adviser for counterterrorism, had the task of talking up Obama’s valour while trying to smooth over the misstatements in his speech. He provided a more detailed but equally misleading account of the raid and its planning. Speaking on the record, which he rarely does, Brennan said that the mission was carried out by a group of Navy Seals who had been instructed to take bin Laden alive, if possible. He said the US had no information suggesting that anyone in the Pakistani government or military knew bin Laden’s whereabouts: ‘We didn’t contact the Pakistanis until after all of our people, all of our aircraft were out of Pakistani airspace.’ He emphasised the courage of Obama’s decision to order the strike, and said that the White House had no information ‘that confirmed that bin Laden was at the compound’ before the raid began. Obama, he said, ‘made what I believe was one of the gutsiest calls of any president in recent memory’. Brennan increased the number killed by the Seals inside the compound to five: bin Laden, a courier, his brother, a bin Laden son, and one of the women said to be shielding bin Laden.

Asked whether bin Laden had fired on the Seals, as some reporters had been told, Brennan repeated what would become a White House mantra: ‘He was engaged in a firefight with those that entered the area of the house he was in. And whether or not he got off any rounds, I quite frankly don’t know … Here is bin Laden, who has been calling for these attacks … living in an area that is far removed from the front, hiding behind women who were put in front of him as a shield … [It] just speaks to I think the nature of the individual he was.’

Gates also objected to the idea, pushed by Brennan and Leon Panetta, that US intelligence had learned of bin Laden’s whereabouts from information acquired by waterboarding and other forms of torture. ‘All of this is going on as the Seals are flying home from their mission. The agency guys know the whole story,’ the retired official said. ‘It was a group of annuitants who did it.’ (Annuitants are retired CIA officers who remain active on contract.) ‘They had been called in by some of the mission planners in the agency to help with the cover story. So the old-timers come in and say why not admit that we got some of the information about bin Laden from enhanced interrogation?’ At the time, there was still talk in Washington about the possible prosecution of CIA agents who had conducted torture.

‘Gates told them this was not going to work,’ the retired official said. ‘He was never on the team. He knew at the eleventh hour of his career not to be a party to this nonsense. But State, the agency and the Pentagon had bought in on the cover story. None of the Seals thought that Obama was going to get on national TV and announce the raid. The Special Forces command was apoplectic. They prided themselves on keeping operational security.’ There was fear in Special Operations, the retired official said, that ‘if the true story of the missions leaked out, the White House bureaucracy was going to blame it on the Seals.’

The White House’s solution was to silence the Seals. On 5 May, every member of the Seal hit team – they had returned to their base in southern Virginia – and some members of the Joint Special Operations Command leadership were presented with a nondisclosure form drafted by the White House’s legal office; it promised civil penalties and a lawsuit for anyone who discussed the mission, in public or private. ‘The Seals were not happy,’ the retired official said. But most of them kept quiet, as did Admiral William McRaven, who was then in charge of JSOC. ‘McRaven was apoplectic. He knew he was fucked by the White House, but he’s a dyed-in-the-wool Seal, and not then a political operator, and he knew there’s no glory in blowing the whistle on the president. When Obama went public with bin Laden’s death, everyone had to scramble around for a new story that made sense, and the planners were stuck holding the bag.’

Within days, some of the early exaggerations and distortions had become obvious and the Pentagon issued a series of clarifying statements. No, bin Laden was not armed when he was shot and killed. And no, bin Laden did not use one of his wives as a shield. The press by and large accepted the explanation that the errors were the inevitable by-product of the White House’s desire to accommodate reporters frantic for details of the mission.

One lie that has endured is that the Seals had to fight their way to their target. Only two Seals have made any public statement: No Easy Day, a first-hand account of the raid by Matt Bissonnette, was published in September 2012; and two years later Rob O’Neill was interviewed by Fox News. Both men had resigned from the navy; both had fired at bin Laden. Their accounts contradicted each other on many details, but their stories generally supported the White House version, especially when it came to the need to kill or be killed as the Seals fought their way to bin Laden. O’Neill even told Fox News that he and his fellow Seals thought ‘We were going to die.’ ‘The more we trained on it, the more we realised … this is going to be a one-way mission.’

But the retired official told me that in their initial debriefings the Seals made no mention of a firefight, or indeed of any opposition. The drama and danger portrayed by Bissonnette and O’Neill met a deep-seated need, the retired official said: ‘Seals cannot live with the fact that they killed bin Laden totally unopposed, and so there has to be an account of their courage in the face of danger. The guys are going to sit around the bar and say it was an easy day? That’s not going to happen.’

There was another reason to claim there had been a firefight inside the compound, the retired official said: to avoid the inevitable question that would arise from an uncontested assault. Where were bin Laden’s guards? Surely, the most sought-after terrorist in the world would have around-the-clock protection. ‘And one of those killed had to be the courier, because he didn’t exist and we couldn’t produce him. The Pakistanis had no choice but to play along with it.’ (Two days after the raid, Reuters published photographs of three dead men that it said it had purchased from an ISI official. Two of the men were later identified by an ISI spokesman as being the alleged courier and his brother.)

*

Five days after the raid the Pentagon press corps was provided with a series of videotapes that were said by US officials to have been taken from a large collection the Seals had removed from the compound, along with as many as 15 computers. Snippets from one of the videos showed a solitary bin Laden looking wan and wrapped in a blanket, watching what appeared to be a video of himself on television. An unnamed official told reporters that the raid produced a ‘treasure trove … the single largest collection of senior terrorist materials ever’, which would provide vital insights into al-Qaida’s plans. The official said the material showed that bin Laden ‘remained an active leader in al-Qaida, providing strategic, operational and tactical instructions to the group … He was far from a figurehead [and] continued to direct even tactical details of the group’s management and to encourage plotting’ from what was described as a command-and-control centre in Abbottabad. ‘He was an active player, making the recent operation even more essential for our nation’s security,’ the official said. The information was so vital, he added, that the administration was setting up an inter-agency task force to process it: ‘He was not simply someone who was penning al-Qaida strategy. He was throwing operational ideas out there and he was also specifically directing other al-Qaida members.’

These claims were fabrications: there wasn’t much activity for bin Laden to exercise command and control over. The retired intelligence official said that the CIA’s internal reporting shows that since bin Laden moved to Abbottabad in 2006 only a handful of terrorist attacks could be linked to the remnants of bin Laden’s al-Qaida. ‘We were told at first,’ the retired official said, ‘that the Seals produced garbage bags of stuff and that the community is generating daily intelligence reports out of this stuff. And then we were told that the community is gathering everything together and needs to translate it. But nothing has come of it. Every single thing they have created turns out not to be true. It’s a great hoax – like the Piltdown man.’ The retired official said that most of the materials from Abbottabad were turned over to the US by the Pakistanis, who later razed the building. The ISI took responsibility for the wives and children of bin Laden, none of whom was made available to the US for questioning.

‘Why create the treasure trove story?’ the retired official said. ‘The White House had to give the impression that bin Laden was still operationally important. Otherwise, why kill him? A cover story was created – that there was a network of couriers coming and going with memory sticks and instructions. All to show that bin Laden remained important.’

In July 2011, the Washington Post published what purported to be a summary of some of these materials. The story’s contradictions were glaring. It said the documents had resulted in more than four hundred intelligence reports within six weeks; it warned of unspecified al-Qaida plots; and it mentioned arrests of suspects ‘who are named or described in emails that bin Laden received’. The Post didn’t identify the suspects or reconcile that detail with the administration’s previous assertions that the Abbottabad compound had no internet connection. Despite their claims that the documents had produced hundreds of reports, the Post also quoted officials saying that their main value wasn’t the actionable intelligence they contained, but that they enabled ‘analysts to construct a more comprehensive portrait of al-Qaida’.

In May 2012, the Combating Terrrorism Centre at West Point, a private research group, released translations it had made under a federal government contract of 175 pages of bin Laden documents. Reporters found none of the drama that had been touted in the days after the raid. Patrick Cockburn wrote about the contrast between the administration’s initial claims that bin Laden was the ‘spider at the centre of a conspiratorial web’ and what the translations actually showed: that bin Laden was ‘delusional’ and had ‘limited contact with the outside world outside his compound’.

The retired official disputed the authencity of the West Point materials: ‘There is no linkage between these documents and the counterterrorism centre at the agency. No intelligence community analysis. When was the last time the CIA: 1) announced it had a significant intelligence find; 2) revealed the source; 3) described the method for processing the materials; 4) revealed the time-line for production; 5) described by whom and where the analysis was taking place, and 6) published the sensitive results before the information had been acted on? No agency professional would support this fairy tale.’

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In June 2011, it was reported in the New York Times, the Washington Post and all over the Pakistani press that Amir Aziz had been held for questioning in Pakistan; he was, it was said, a CIA informant who had been spying on the comings and goings at the bin Laden compound. Aziz was released, but the retired official said that US intelligence was unable to learn who leaked the highly classified information about his involvement with the mission. Officials in Washington decided they ‘could not take a chance that Aziz’s role in obtaining bin Laden’s DNA also would become known’. A sacrificial lamb was needed, and the one chosen was Shakil Afridi, a 48-year-old Pakistani doctor and sometime CIA asset, who had been arrested by the Pakistanis in late May and accused of assisting the agency. ‘We went to the Pakistanis and said go after Afridi,’ the retired official said. ‘We had to cover the whole issue of how we got the DNA.’ It was soon reported that the CIA had organised a fake vaccination programme in Abbottabad with Afridi’s help in a failed attempt to obtain bin Laden’s DNA. Afridi’s legitimate medical operation was run independently of local health authorities, was well financed and offered free vaccinations against hepatitis B. Posters advertising the programme were displayed throughout the area. Afridi was later accused of treason and sentenced to 33 years in prison because of his ties to an extremist. News of the CIA-sponsored programme created widespread anger in Pakistan, and led to the cancellation of other international vaccination programmes that were now seen as cover for American spying.

The retired official said that Afridi had been recruited long before the bin Laden mission as part of a separate intelligence effort to get information about suspected terrorists in Abbottabad and the surrounding area. ‘The plan was to use vaccinations as a way to get the blood of terrorism suspects in the villages.’ Afridi made no attempt to obtain DNA from the residents of the bin Laden compound. The report that he did so was a hurriedly put together ‘CIA cover story creating “facts”’ in a clumsy attempt to protect Aziz and his real mission. ‘Now we have the consequences,’ the retired official said. ‘A great humanitarian project to do something meaningful for the peasants has been compromised as a cynical hoax.’ Afridi’s conviction was overturned, but he remains in prison on a murder charge.

*

In his address announcing the raid, Obama said that after killing bin Laden the Seals ‘took custody of his body’. The statement created a problem. In the initial plan it was to be announced a week or so after the fact that bin Laden was killed in a drone strike somewhere in the mountains on the Pakistan/Afghanistan border and that his remains had been identified by DNA testing. But with Obama’s announcement of his killing by the Seals everyone now expected a body to be produced. Instead, reporters were told that bin Laden’s body had been flown by the Seals to an American military airfield in Jalalabad, Afghanistan, and then straight to the USS Carl Vinson, a supercarrier on routine patrol in the North Arabian Sea. Bin Laden had then been buried at sea, just hours after his death. The press corps’s only sceptical moments at John Brennan’s briefing on 2 May were to do with the burial. The questions were short, to the point, and rarely answered. ‘When was the decision made that he would be buried at sea if killed?’ ‘Was this part of the plan all along?’ ‘Can you just tell us why that was a good idea?’ ‘John, did you consult a Muslim expert on that?’ ‘Is there a visual recording of this burial?’ When this last question was asked, Jay Carney, Obama’s press secretary, came to Brennan’s rescue: ‘We’ve got to give other people a chance here.’

‘We thought the best way to ensure that his body was given an appropriate Islamic burial,’ Brennan said, ‘was to take those actions that would allow us to do that burial at sea.’ He said ‘appropriate specialists and experts’ were consulted, and that the US military was fully capable of carrying out the burial ‘consistent with Islamic law’. Brennan didn’t mention that Muslim law calls for the burial service to be conducted in the presence of an imam, and there was no suggestion that one happened to be on board the Carl Vinson.

In a reconstruction of the bin Laden operation for Vanity Fair, Mark Bowden, who spoke to many senior administration officials, wrote that bin Laden’s body was cleaned and photographed at Jalalabad. Further procedures necessary for a Muslim burial were performed on the carrier, he wrote, ‘with bin Laden’s body being washed again and wrapped in a white shroud. A navy photographer recorded the burial in full sunlight, Monday morning, May 2.’ Bowden described the photos:

One frame shows the body wrapped in a weighted shroud. The next shows it lying diagonally on a chute, feet overboard. In the next frame the body is hitting the water. In the next it is visible just below the surface, ripples spreading outward. In the last frame there are only circular ripples on the surface. The mortal remains of Osama bin Laden were gone for good.

Bowden was careful not to claim that he had actually seen the photographs he described, and he recently told me he hadn’t seen them: ‘I’m always disappointed when I can’t look at something myself, but I spoke with someone I trusted who said he had seen them himself and described them in detail.’ Bowden’s statement adds to the questions about the alleged burial at sea, which has provoked a flood of Freedom of Information Act requests, most of which produced no information. One of them sought access to the photographs. The Pentagon responded that a search of all available records had found no evidence that any photographs had been taken of the burial. Requests on other issues related to the raid were equally unproductive. The reason for the lack of response became clear after the Pentagon held an inquiry into allegations that the Obama administration had provided access to classified materials to the makers of the film Zero Dark Thirty. The Pentagon report, which was put online in June 2013, noted that Admiral McRaven had ordered the files on the raid to be deleted from all military computers and moved to the CIA, where they would be shielded from FOIA requests by the agency’s ‘operational exemption’.

McRaven’s action meant that outsiders could not get access to the Carl Vinson’s unclassified logs. Logs are sacrosanct in the navy, and separate ones are kept for air operations, the deck, the engineering department, the medical office, and for command information and control. They show the sequence of events day by day aboard the ship; if there has been a burial at sea aboard the Carl Vinson, it would have been recorded.

There wasn’t any gossip about a burial among the Carl Vinson’s sailors. The carrier concluded its six-month deployment in June 2011. When the ship docked at its home base in Coronado, California, Rear Admiral Samuel Perez, commander of the Carl Vinson carrier strike group, told reporters that the crew had been ordered not to talk about the burial. Captain Bruce Lindsey, skipper of the Carl Vinson, told reporters he was unable to discuss it. Cameron Short, one of the crew of the Carl Vinson, told the Commercial-News of Danville, Illinois, that the crew had not been told anything about the burial. ‘All he knows is what he’s seen on the news,’ the newspaper reported.

The Pentagon did release a series of emails to the Associated Press. In one of them, Rear Admiral Charles Gaouette reported that the service followed ‘traditional procedures for Islamic burial’, and said none of the sailors on board had been permitted to observe the proceedings. But there was no indication of who washed and wrapped the body, or of which Arabic speaker conducted the service.

Within weeks of the raid, I had been told by two longtime consultants to Special Operations Command, who have access to current intelligence, that the funeral aboard the Carl Vinson didn’t take place. One consultant told me that bin Laden’s remains were photographed and identified after being flown back to Afghanistan. The consultant added: ‘At that point, the CIA took control of the body. The cover story was that it had been flown to the Carl Vinson.’ The second consultant agreed that there had been ‘no burial at sea’. He added that ‘the killing of bin Laden was political theatre designed to burnish Obama’s military credentials … The Seals should have expected the political grandstanding. It’s irresistible to a politician. Bin Laden became a working asset.’ Early this year, speaking again to the second consultant, I returned to the burial at sea. The consultant laughed and said: ‘You mean, he didn’t make it to the water?’

The retired official said there had been another complication: some members of the Seal team had bragged to colleagues and others that they had torn bin Laden’s body to pieces with rifle fire. The remains, including his head, which had only a few bullet holes in it, were thrown into a body bag and, during the helicopter flight back to Jalalabad, some body parts were tossed out over the Hindu Kush mountains – or so the Seals claimed. At the time, the retired official said, the Seals did not think their mission would be made public by Obama within a few hours: ‘If the president had gone ahead with the cover story, there would have been no need to have a funeral within hours of the killing. Once the cover story was blown, and the death was made public, the White House had a serious “Where’s the body?” problem. The world knew US forces had killed bin Laden in Abbottabad. Panic city. What to do? We need a “functional body” because we have to be able to say we identified bin Laden via a DNA analysis. It would be navy officers who came up with the “burial at sea” idea. Perfect. No body. Honourable burial following sharia law. Burial is made public in great detail, but Freedom of Information documents confirming the burial are denied for reasons of “national security”. It’s the classic unravelling of a poorly constructed cover story – it solves an immediate problem but, given the slighest inspection, there is no back-up support. There never was a plan, initially, to take the body to sea, and no burial of bin Laden at sea took place.’ The retired official said that if the Seals’ first accounts are to be believed, there wouldn’t have been much left of bin Laden to put into the sea in any case.

*

It was inevitable that the Obama administration’s lies, misstatements and betrayals would create a backlash. ‘We’ve had a four-year lapse in co-operation,’ the retired official said. ‘It’s taken that long for the Pakistanis to trust us again in the military-to-military counterterrorism relationship – while terrorism was rising all over the world … They felt Obama sold them down the river. They’re just now coming back because the threat from Isis, which is now showing up there, is a lot greater and the bin Laden event is far enough away to enable someone like General Durrani to come out and talk about it.’ Generals Pasha and Kayani have retired and both are reported to be under investigation for corruption during their time in office.

The Senate Intelligence Committee’s long-delayed report on CIA torture, released last December, documented repeated instances of official lying, and suggested that the CIA’s knowledge of bin Laden’s courier was sketchy at best and predated its use of waterboarding and other forms of torture. The report led to international headlines about brutality and waterboarding, along with gruesome details about rectal feeding tubes, ice baths and threats to rape or murder family members of detainees who were believed to be withholding information. Despite the bad publicity, the report was a victory for the CIA. Its major finding – that the use of torture didn’t lead to discovering the truth – had already been the subject of public debate for more than a decade. Another key finding – that the torture conducted was more brutal than Congress had been told – was risible, given the extent of public reporting and published exposés by former interrogators and retired CIA officers. The report depicted tortures that were obviously contrary to international law as violations of rules or ‘inappropriate activities’ or, in some cases, ‘management failures’. Whether the actions described constitute war crimes was not discussed, and the report did not suggest that any of the CIA interrogators or their superiors should be investigated for criminal activity. The agency faced no meaningful consequences as a result of the report.

The retired official told me that the CIA leadership had become experts in derailing serious threats from Congress: ‘They create something that is horrible but not that bad. Give them something that sounds terrible. “Oh my God, we were shoving food up a prisoner’s ass!” Meanwhile, they’re not telling the committee about murders, other war crimes, and secret prisons like we still have in Diego Garcia. The goal also was to stall it as long as possible, which they did.’

The main theme of the committee’s 499-page executive summary is that the CIA lied systematically about the effectiveness of its torture programme in gaining intelligence that would stop future terrorist attacks in the US. The lies included some vital details about the uncovering of an al-Qaida operative called Abu Ahmed al-Kuwaiti, who was said to be the key al-Qaida courier, and the subsequent tracking of him to Abbottabad in early 2011. The agency’s alleged intelligence, patience and skill in finding al-Kuwaiti became legend after it was dramatised in Zero Dark Thirty.

The Senate report repeatedly raised questions about the quality and reliability of the CIA’s intelligence about al-Kuwaiti. In 2005 an internal CIA report on the hunt for bin Laden noted that ‘detainees provide few actionable leads, and we have to consider the possibility that they are creating fictitious characters to distract us or to absolve themselves of direct knowledge about bin Ladin [sic].’ A CIA cable a year later stated that ‘we have had no success in eliciting actionable intelligence on bin Laden’s location from any detainees.’ The report also highlighted several instances of CIA officers, including Panetta, making false statements to Congress and the public about the value of ‘enhanced interrogation techniques’ in the search for bin Laden’s couriers.

Obama today is not facing re-election as he was in the spring of 2011. His principled stand on behalf of the proposed nuclear agreement with Iran says much, as does his decision to operate without the support of the conservative Republicans in Congress. High-level lying nevertheless remains the modus operandi of US policy, along with secret prisons, drone attacks, Special Forces night raids, bypassing the chain of command, and cutting out those who might say no.

Voir par ailleurs:

Et pourquoi pas des vacances en Irak ?
Gérald Papy

La Libre Belgique

10 septembre 2008

International C’est une première, pour le monde francophone en tout cas : une agence de voyages propose des séjours en Irak, un pèlerinage à la Noël 2008 et des voyages culturels en 2009. Dans un pays qui a connu une guerre il y a un peu plus de cinq ans et qui, depuis, n’a presque jamais cessé de sombrer dans un peu plus de chaos, « Terre entière » lance un fameux pari : « Démontrer que l’Irak n’est pas seulement la terre de violences dont l’image s’impose à travers les médias mais aussi une terre de tolérance, riche de sa diversité confessionnelle », explique Pierre Simon, le chargé de communication de l’agence.

Pour réaliser cette ambition, « Terre entière » a tout de même pris quelques précautions. Ainsi, c’est au Kurdistan irakien que les voyages sont organisés, dans ce territoire relativement épargné par le conflit, sous le contrôle de la communauté kurde et qui bénéficie de facto d’une autonomie depuis la guerre de 1991 lorsque la gestion de cette zone au nord-est de l’Irak fut soustraite au pouvoir de Saddam Hussein. Il n’empêche, les tensions nationales ont eu, à certains moments, des répercussions au Kurdistan, entre Kurdes et Arabes ou entre la Turquie et « ses » rebelles kurdes retranchés dans les montagnes irakiennes.

Cependant, un calme relativement durable prévaut aujourd’hui, surtout dans les villes que projettent de visiter les groupes de « Terre entière » : Erbil, où l’aéroport international accueillera les visiteurs transportés par Austrian Airways via Vienne, Dohouk, Suleimanieh… De surcroît, le tour-opérateur se garde d’arrêter d’ores et déjà le programme de ses séjours pour, le cas échéant, adapter les itinéraires en fonction d’une actualité.

A l’heure actuelle, trois séjours sont prévus : un pèlerinage « Noël en Irak », du 22 au 29 décembre 2008, et deux voyages culturels, du 24 avril au 1er mai et du 18 au 25 septembre 2009. La modeste campagne publicitaire lancée par l’organisateur depuis août laisse cependant apparaître un intérêt de la part du public qui pourrait nécessiter d’autres offres. Pour des raisons pratiques, les groupes sont limités à une vingtaine de personnes par séjour. Et à voyage tout de même un peu exceptionnel, dispositions exceptionnelles : vu la pauvreté actuelle de l’industrie touristique, c’est au Grand Séminaire du Patriarcat chaldéen de Babylone, à Ankawa près d’Erbil, que séjourneront notamment les visiteurs.

L’Irak est une mosaïque ethnique et confessionnelle. L’initiative de l’agence de voyages française l’illustre. Comme les séjours en Irak des nombreux pèlerins chiites d’Iran ou d’ailleurs qui chaque année, viennent visiter les mausolées sacrés de cette branche de l’islam. Face à cette autre forme de tourisme, renaît donc un début de tourisme venu d’Occident. Le dialogue ne peut qu’en profiter.

Voir enfin:

«Ça va devenir normal d’aller faire du tourisme en Irak»

Le Figaro

18/09/2008

L’agence de voyages Terre Entière propose des pèlerinages et des séjours culturels au Kurdistan irakien. Une première en France depuis le début du conflit.

Avec ses soldats de la coalition, ses tensions intercommunautaires et ses attentats quasi-quotidiens, l’Irak ne figure pas a priori parmi les destinations touristiques les plus courues.
Pourtant, l’agence de voyages Terre Entière a fait le pari de «montrer que ce n’est pas une destination maudite, mais bien un des berceaux de la civilisation mondiale», comme l’explique son PDG, Hubert Debbasch. Une première de la part d’un voyagiste francophone. De quoi changer des traditionnels séjours au ski…
Le principe ? Vingt personnes, 8 jours, à partir de 2.150 euros. Mais Terre Entière ne s’aventure pas dans la totalité du pays : son tout premier voyage, un pèlerinage baptisé «Noël en Irak», ainsi que les deux séjours culturels organisés au printemps et en septembre 2009, se dérouleront exclusivement au Kurdistan irakien. Une région extrêmement riche au niveau confessionnel mais aussi plus calme que le reste du pays.
Depuis juin, le Quai d’Orsay la classe en orange, alors que le reste du pays est rouge. Pour autant, cette zone frontalière de l’Iran et de la Turquie reste «déconseillée sauf raisons professionnelles impératives». (Voir les conseils aux voyageurs du Quai d’Orsay)
«Nous ne demandons pas de caution ou d’autorisation auau ministère des Affaires étrangères», répond le PDG de l’agence, créée il y a 30 ans. «Si nous décidons d’organiser un voyage au Kurdistan irakien, c’est en ayant tous les éléments qui nous permettent dire que tous les endroits dans lesquels nous nous rendrons sont des endroits sûrs, dans lesquels nous pouvons assurer totalement la sécurité des voyageurs», assure Hubert Debbasch qui a pris la décision après s’y être lui-même rendu cet été.

Shabouot/Pentecôte: A quand un référendum sur les dix commandements ? (Robespierre’s one-day religion: Looking back at the ceremony that was to abolish 2, 000 years of “perverted” christianism)

24 mai, 2015
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/32/Decalogue_parchment_by_Jekuthiel_Sofer_1768.jpghttps://i2.wp.com/judaisme.sdv.fr/perso/rneher-b/tabloi/decl1789.jpg
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https://i1.wp.com/www.je-suis-stupide-j-ai-vote-hollande.fr/blog/wp-content/uploads/gpa.pngHomme et femme, il les créa. Genèse 1: 27
Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Jésus (Jean 14: 6)
Dans le calendrier juif, Chavouot se déroule « sept semaines entières » ou cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat » après la fête de Pessa’h. De là son nom de Fête des Semaines (Chavouot, en hébreu) et celui de Pentecôte (cinquantième [jour], en grec ancien) dans le judaïsme hellénistique. (…) Ce n’est qu’à partir du IIe siècle que le pharisianisme liera la fête de la moisson à la commémoration du don de la Loi au Sinaï. Les Actes des Apôtres situent explicitement lors de cette fête juive le récit où les premiers disciples de Jésus de Nazareth reçoivent l’Esprit Saint et une inspiration divine dans le Cénacle de Jérusalem : des langues de feu se posent sur chacun d’eux, formalisant la venue de l’Esprit (…) L’image du feu — conforme à la tradition juive de l’époque sur l’épisode de la révélation sinaïtique que l’épisode entend renouveler — matérialise la Voix divine. La tradition chrétienne perçoit et présente la Pentecôte comme la réception du don des langues qui permet de porter la promesse du salut universel aux confins de la terre ainsi que semble en attester l’origine des témoins de l’évènement, issus de toute la Diaspora juive. Wikipedia
Dans l’ancien Orient, lors d’une alliance entre deux puissances, on disposait, dans le temple des partenaires, un document écrit devant être lu périodiquement12, il n’est donc pas surprenant que les Tables de la Loi soit le témoignage concret de l’Alliance entre Dieu et son peuple. C’est la raison pour laquelle, les images des tables sont souvent présentes sur le fronton des synagogues. (…) Dans les temples protestants, une représentation des Tables de la Loi remplaçait, jusqu’au XVIIe siècle, la croix des églises catholiques. Wikipedia
Tous les préceptes du Décalogue se peuvent déduire de la justice et de la bienveillance universelle que la loi naturelle ordonne. (…) Le Décalogue ne contient donc que les principaux chefs ou les fondements politiques des Juifs ; mais néanmoins ces fondements (mettant à part ce qui regardait en particulier la nation judaïque) renferment des lois qui sont naturellement imposées à tous les hommes et à l’observance desquelles ils sont tenus dans l’indépendance de l’état de la nature comme dans toute société civile. Louis  de Jancourt (article Décalogue, Encyclopédie dirigée par D’Alembert et Diderot, 1 octobre 1754)
L’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen… Préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
Le texte s’inscrit sur deux registres, dont la forme évoque celles des Tables de la Loi rapportées par Moïse du mont Sinaï. Il est accompagné de figures allégoriques personnifiant la France et la Renommée, et de symboles comme le faisceau (unité), le bonnet « phrygien » (liberté), le serpent se mordant la queue (éternité), la guirlande de laurier (gloire), les chaînes brisées (victoire sur le despotisme) ; l’ensemble étant placé sous l’œil du Dieu créateur, rayonnant d’un triangle à la fois biblique et maçonnique. Philippe de Carbonnières
Le Judaïsme a abandonné la lecture quotidienne des proclamations des ‘sectaires’ (Chrétiens) (Berachot 12a). Les partisans de Paul croyaient que seuls les Dix Commandements et non le reste de la loi mosaïque étaient divins, éternels et obligatoires. Dans ce contexte, pour les Juifs, donner la priorité au Décalogue aurait pu signifier un accord avec les sectaires, aussi la lecture quotidienne a été abandonnée de façon à montrer que toutes les autres 613 mitzvot étaient des commandements divins. Raymond Apple
Les Tables ne sont pas un symbole laïc ou païen. A la différence du bonnet phrygien, du serpent qui se mord la queue, des faisceaux de licteurs, etc., leur référent n’est pas l’antiquité païenne, mais la Bible, au message religieux évident. Pourtant, dans la France chrétienne du 18e siècle, le message religieux normalement reçu est lié à une symbolique chrétienne, que justement la Révolution repousse. La mentalité révolutionnaire est donc à la recherche d’une symbolique qui ne soit pas chrétienne (puisque l’Eglise est désormais perçue comme synonyme de fanatisme et d’absolutisme despotique), mais qui soit cependant suffisamment religieuse pour satisfaire le sentiment religieux profond qui réside au coeur de chaque révolutionnaire (…) Mais par-delà la croyance sentimentale difficilement déracinable existe aussi un pragmatisme politique. Il peut être dangereux de déraciner tout symbole religieux dans l’imagerie populaire et donc dans les mentalités qu’on veut forger. Représenter des symboles chrétiens est exclu, puisque contraire aux principes jacobins. Les Tables de la Loi s’offrent donc d’une manière idéale pour répondre à un certain besoin religieux sans pour autant laisser croire à une affiliation cléricale. Les Tables de la Loi fournissent ainsi « les vêtements du sacré » à la religion de la Patrie. Nous les voyons figurer sur des allégories patriotiques, sur le soleil qui doit faire sortir le monde vers l’âge des lumières, sur des médailles en fer de grande diffusion, représentant l’Egalité et la Justice, sur des gravures évoquant des fêtes populaires, et jusque sur les uniformes militaires, au milieu des canons. On les trouve sur les médailles d’identification des membres des diverses assemblées révolutionnaires comme celle du Conseil des Cinq-Cents. (…) La laïcisation des Tables de la Loi peut aller jusqu’au cas limite où un contenu nouveau est donné au Décalogue. C’est ainsi qu’une gravure populaire présente « les Dix Commandements républicains » dans le cadre graphique des Tables de la Loi. Les Tables de la Loi remplissent donc un rôle important dans l’iconographie de la Révolution. Elles permettent à la Révolution de déconnecter ses emblèmes de tout ce qui est chrétien sans se prévaloir uniquement de symboles d’origine antique et païenne. Elles permettent de donner une coloration religieuse mais dans un ton pour ainsi dire « neutre » aux idéaux de justice, d’égalité, de soumission à une loi égale pour tous, que prône la Révolution. La défaite de l’arbitraire royal et l’apparition d’une Constitution garantissant les Droits de l’homme sont très clairement symbolisés par les Tables de la Loi, ce qui explique leur place récurrente dans l’iconographie de la Révolution. Renée Neher-Bernheim
On a supposé qu’en accueillant des offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention n’a point fait cette démarche téméraire: la Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cultes, qu’elle a proclamée, et de réprimer en même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler l’ordre public; elle ne permettra pas qu’on persécute les ministres paisibles du culte, et elle les punira avec sévérité toutes les fois qu’ils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens et pour armer les préjugés ou le royalisme contre la république. (…) Il est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l’athéisme lui-même. (…) La Convention n’est point un faiseur de livres, un auteur de systèmes métaphysiques, c’est un corps politique et populaire, chargé de faire respecter, non seulement les droits, mais le caractère du peuple français. Ce n’est point en vain qu’elle a proclamé la déclaration des droits de l’homme en présence de l’Etre suprême!” (…) L’athéisme est aristocratique; l’idée d’un grand être, qui veille sur l’innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est toute populaire. Le peuple, les malheureux m’applaudissent; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables. J’ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique; je n’ai jamais été ni un ami froid, ni un défenseur infidèle de l’humanité. Je n’en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer: “Si Dieu n’existait pas, il faudrait |’inventer.” (…) Ce sentiment est celui de l’Europe et de l’univers, c’est celui du peuple français. Ce peuple n’est attaché ni aux prêtres, ni à la superstition, ni aux cérémonies religieuses; il ne l’est qu’au culte en lui-même, c’est-à-dire à l’idée d’une puissance incompréhensible, l’effroi du crime et le soutien de la vertu, à qui il se plaît à rendre des hommages qui sont autant d’anathèmes contre l’injustice et contre le crime triomphant. Si le philosophe peut attacher sa moralité à d’autres bases, gardons-nous néanmoins de blesser cet instinct sacré et ce sentiment universel des peuples. Quel est le génie qui puisse en un instant remplacer, par ses inventions, cette grande idée protectrice de l’ordre social et de toutes les vertus privées? Maximilien Robespierre (club des Jacobins, 21 novembre 1793)
Si quelqu’un me prouvait que le Christ est en dehors de la vérité, et qu’il serait réel que la vérité fût en dehors du Christ, j’aimerais mieux alors rester avec le Christ qu’avec la vérité. Dostoeivski
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité?  (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
Toute idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres. C’est ce qui explique que certains de nos philosophes se sentent à l’aise pour dire n’importe quoi. Camus
Dans ces temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire.  George Orwell (?)
Si les faits ne coïncident pas avec la théorie, il faut changer les faits ! Albert Einstein (?)
La vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Dans l’histoire de l’Europe moderne, c’est la Révolution française qui la première fit passer dans la réalité l’idée d’exterminer une classe ou un groupe. Ernst Nolte
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Si les forêts tropicales méritent notre protection, l’homme (…) ne la mérite pas moins (…) Parler de la nature de l’être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d’une métaphysique dépassée. Benoit XVI
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien spécifique qui fait allégeance à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine. Charte du Hamas (Article six)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33)
Je mentirais si je vous disais que je vais l’abroger. Personne ne peut le faire. Yasser Arafat (Harvard, octobre 1995)
Abraham n’était pas juif, pas plus que c’était un Hébreu, mais il était tout simplement irakien. Les Juifs n’ont aucun droit de prétendre disposer d’une synagogue dans la tombe des patriarches à Hébron, lieu où est inhumé Abraham. Le bâtiment tout entier devrait être une mosquée. Yasser Arafat, cité dans le Jerusalem Report, 26 décembre 1996)
Mariage homosexuel : l’Irlande plus démocratique que les socialistes français, fait un référendum. Les votes sont clos, en République d’Irlande, où plus de 3.2 millions d’habitants étaient appelés à prendre part à un référendum sur la légalisation du mariage homosexuel. 3,2 millions d’Irlandais chanceux qu’on leur demande s’il veulent que la constitution du pays soit modifiée pour autorisé le mariage des couples de gays et lesbiennes. 3,2 millions d’Irlandais plus chanceux que les Français, méprisé par les élites et les dirigeants politiques socialistes, qui ont fait passer leur réforme malgré l’hostilité de millions de Français dans les rues. 3,2 millions d’Irlandais respectés par leur gouvernement, qui, pour un sujet de société aussi important, les a consultés. Jean-Patrick Grumberg
Le Luxembourg donne l’image d’un pays en avance sur les questions de société. C’est un message envoyé à un moment où l’homophobie est en train de monter en Europe. (…) J’aurais pu le cacher, ou le refouler et être malheureux toute ma vie. J’aurais pu avoir une relation avec quelqu’un de l’autre sexe et avoir des relations homosexuelles en cachette. Mais je me suis dit : si tu veux faire de la politique et être honnête en politique, tu dois être honnête avec toi-même et donc t’accepter toi-même. Charles Michel (Premier ministre belge)
Le Luxembourg a célébré une grande première. Le Premier ministre libéral du Luxembourg Xavier Bettel a épousé vendredi son compagnon belge Gauthier Destenay. Il est ainsi devenu le premier dirigeant uni par les liens d’un mariage homosexuel dans l’Union européenne. Europe 1
Pour fêter les deux ans du mariage homo­sexuel léga­lisé en avril 2013. Et puis, je suis très heureux, alors ça donne envie de faire bouger les menta­li­tés. Mon mari et moi sommes venus vivre à Las Vegas pour être libres d’avoir l’en­fant que nous n’au­rions pas pu avoir en France. À Paris, on a parfois l’im­pres­sion qu’il ne faut être ni juif ni noir, ni arabe ni homo­sexuel. Je ne supporte plus le refus de l’autre. J’en ai assez qu’on dise à Romain de féli­ci­ter sa femme pour la nais­sance. Moi-même je devrais me taire. Eh bien non. Je le reven­dique : nous sommes deux hommes, nous avons fait un enfant et ça se passe bien. Alex Goude (animateur M6)
L’Irlande devient ainsi le premier pays au monde à autoriser le mariage gay par voie référendaire. (…) Plus de 3,2 millions d’Irlandais ont été appelés à se prononcer sur une modification de la Constitution proposant d’autoriser « le mariage entre deux personnes, sans distinction de sexe ». L’Irlande devient ainsi le 19e pays, le 14e en Europe, à légaliser le mariage gay. Il est par contre le seul pays à l’avoir fait par référendum, les autres ayant opté pour la voie parlementaire. « C’est historique », a souligné le ministre de la Santé, Leo Varadkar. Ce référendum, a-t-il estimé, constitue « une révolution culturelle » dans un pays longtemps conservateur et où l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 1993. « Je suis tellement fier d’être Irlandais aujourd’hui », avait tweeté en début de journée, Aodhan O Riordain, secrétaire d’Etat pour l’Egalité, tandis que, dans les rues de Dublin, des Irlandais, hommes et femmes de tous âges, exultaient et se prenaient dans les bras. Avant même la publication des résultats, un des principaux responsables de la campagne du non, David Quinn, avait concédé la défaite de son camp. « C’est une claire victoire pour le camp du oui », a-t-il déclaré, adressant ses « félicitations » aux partisans du mariage homosexuel. Francetvinfo
Une Allemande de 65 ans, mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, a accouché de quadruplés « pas complètement développés » à Berlin, un cas controversé mêlant médecine et téléréalité qui relance le débat sur les grossesses tardives. Annegret Raunigk, qui a procédé à des fécondations in vitro en Ukraine, est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde, selon la chaîne de télévision RTL, détentrice des droits exclusifs sur cette grossesse hors normes. Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils ont été placés en couveuse mais ont « de bonnes chances de survivre », selon un communiqué de RTL. « Toutefois, les bébés, par comparaison avec une naissance normale dans la 40e semaine de grossesse, ne sont pas encore développés complètement. D’éventuelles complications ne peuvent donc pas être complètement exclues », poursuit la chaîne. (…) Cette femme élégante, les cheveux roux et une fine paire de lunettes sur les yeux, n’en est pas à sa première grossesse tardive. En 2005, alors âgée de « seulement » 55 ans, elle avait mis au monde une petite fille. C’est d’ailleurs pour répondre au souhait de sa dernière fille d’avoir un petit frère ou une petite sœur qu’elle a décidé de retenter une insémination artificielle, a-t-elle expliqué. Nés de 5 pères différents, les autres enfants d’Annegret Raunigk ont déjà tous quitté le domicile maternel. RTL
L’homme et la femme utilisent tous les deux ces poupées pour remplacer un compagnon humain, que ce soit par choix ou par nécessité. Je pense qu’il n’y a aucun inconvénient à cela, surtout si les journées en deviennent plus supportables » (…) Mes photos concernent la vie, les relations amoureuses et la sexualité. Les poupées repoussent certaines personnes, tandis que d’autres sont empathiques envers elle. Au fur et à mesure que le monde devient plus numérique et moins personnel, il sera de plus en plus banal que des poupées et des robots soient utilisés en tant que substituts pour les relations amoureuses. Je peux uniquement espérer que mes photos déclenchent une émotion ou une connexion chez le spectateur. Stacy Leigh
Une reconnaissance de l’Etat de Palestine par le Saint-Siège est un signe fort envoyé aux pays musulmans. C’est un appel à l’apaisement. (…) En règle générale, le Saint-Siège reconnaît des pays qui l’ont déjà été par la communauté internationale et les grandes puissances. C’est bien le style du pape François de bousculer ainsi les habitudes. François Mabille
Israël-Palestine : la France veut renverser la table Paris propose un projet de résolution poussant les deux parties à s’entendre en 18 mois. Sous peine de reconnaître l’État palestinien. Le Point
Banking on Netanyahu’s assertion while campaigning for re-election that there would be no Palestinian state during his term in office, Obama is reported exclusively by our sources to have given the hitherto withheld green light to European governments to file a UN Security Council motion proclaiming an independent Palestinian state. Although Netanyahu left the foreign affairs portfolio in his charge and available to be filled by a suitably moderate figure as per the White House’s expectations did not satisfy the US President. The White House is confident that, with the US voting in favor, the motion will be passed by an overwhelming majority and therefore be binding on the Israeli government. To show the administration was in earnest, senior US officials sat down with their French counterparts in Paris last week to sketch out the general outline of this motion. According to our sources, they began addressing such questions as the area of the Palestinian state, its borders, security arrangements between Israel and the Palestinians and whether or not to set a hard-and-fast timeline for implementation, or phrase the resolution as  a general declaration of intent. Incorporating a target date in the language would expose Israel to Security Council sanctions for non-compliance. (…) At the same time, both American and French diplomats are already using the club they propose to hang over the Netanyahu government’s head for gains in other spheres. French President Francois Hollande, for instance, the first foreign leader ever to attend a Gulf Council of Cooperation summit, which opened in Riyadh Tuesday to discuss Iran and the Yemen war, used the opportunity to brief Gulf Arab rulers on Washington’s turnaround on the Israeli-Palestinian issue. And US Secretary of State John Kerry plans to present the Obama administration’s new plans for Palestinian statehood to Saudi leaders during his visit to Riyadh Wednesday and Thursday, May 6-7. Kerry will use Washington’s willingness to meet Palestinian aspirations as currency for procuring Saudi and Gulf support for a Yemen ceasefire and their acceptance of the nuclear deal shaping up with Iran. Debka file
Once again, Barack Obama was riffing off the cosmic joke that he is somehow anti-Semitic, when in fact, as many people understand, he is the most Jewish president we’ve ever had (except for Rutherford B. Hayes). No president, not even Bill Clinton, has traveled so widely in Jewish circles, been taught by so many Jewish law professors, and had so many Jewish mentors, colleagues, and friends, and advisers as Barack Obama (though it is true that every so often he appoints a gentile to serve as White House chief of staff). (…) I’ll grapple with the meaning of Obama’s Jewishness later, but the dispute between the Jewish right and the Jewish left over Obama is actually not about whether he is anti-Jewish or pro-Jewish, but over what sort of Jew he actually is. Jeffrey Goldberg
I’ve been called the first Jewish president, you know. Barack Hussein Obama
Maximilien Robespierre, known as l’Incorruptible, is at the summit of his glory.  Rivers of blood, flowing from the guillotines of France, have washed away the Girondins and anyone who had pactised with them; the Jacobins, even though they were close to him;  certain Montagnards and, curiously, some of his friends who had too openly supported the theses of the atheists… (…) So great is his power now, that to have any opinion at all is a crime of lese-Revolution.  Since obtaining the head of Louis XVI, he seems to be invested with a sort of absolute power, a divine right. (…) When, after having voted for death, the Convention came to its senses, terrified at what it had just decided, he demanded an immediate execution.  (…)  Everyone is waiting to see how the High Priest is going to organize the next part of the sacrifice.  For a whole month, a great silence settles on Paris, troubled only by the cries of the executed.  The Convention, the clubs, the army, the Commune and even the revolutionary tribunal, remain quiet… At last, on 6 May, l’Incorruptible climbs up to the tribunal.  He is wearing his sacerdotal clothes, a sky blue riding-coat and white stockings.  (…)  By degrees, he asks the Deputies to recognize the existence of a “Supreme Being and immortality as the directing power of the Universe”. Then to the stupefaction of some, and the enthusiasm of others, he wants to give his vibrant profession of faith the form of a decree, with immediate effect. His speech, which at the end rises in a passionate plea for a regenerated Humanity, is welcomed by unending applause. Couthon spurs his gendarme mount and proclaims that this great piece of literature must be displayed throughout the whole country.  That it should be translated into all languages, too, and diffused throughout the whole universe. The fabulous decree which institutes in France a new religion and proposes a festival in the style of the celebrations of Antiquity, is voted with enthusiasm and without any discussion.  In the corridors, when the euphoria has died down, the least terrorised start to murmur that, when they had voted the King’s death, they thought that they had also voted that of God. The French people welcome back a divinity.  For months, the churches had been profaned.  Mountain decors peopled with mythological characters symbolising Reason had been built in them.  In a lot of places, prostitutes, “living marbles of public flesh” had draped themselves, completely naked, on the altars. God was now being re-installed under the name of Supreme Being. In Paris, it is not yet known that this Being will soon take on the profile of l’Incorruptible.  But perhaps this will eclipse in a brilliant manner the red reflects of the guillotine, of which everybody is secretly very tired. (…) To bring God back to Earth, Robespierre engages the most gifted director, the painter David, who will soon plant the scene of other festivities, this time imperial… (…) On the terrace of the Tuileries Palace, a colossal amphitheatre, whose floor completely covers the ornamental lake, begins to grow.  Cyclopean statues rise above the formal French gardens, which have become the Jardin national.  They symbolise Atheism, Ambition, Discord, Egoism, and will explode on the day of the ceremony…  It is on 20 prairial, year II (8 June, 1794) that it will take place.  Robespierre has chosen the Sunday which, according to the former Roman Catholic rites, was Pentecost. On the Champs-de-Mars, the Holy Mountain is nearly finished.  The People’s representatives will take place on it, along with the choirs, the orchestras and the banner-bearers.  On its summit, a column fifty feet high overlooks the entrance to a deep cave, lit by giant candelabra.  A river seeps from it, snaking between Etruscan tombs in the shade of an oak tree, and an antique altar, a pyramid, a sarcophage and a temple with twenty columns, complete this mythology.  It takes only a month for a swarm of ditch-diggers, masons, carpenters and artists of all kinds, to finish this unusual church. And here, at last, is the astonishing day of 8 June 1794.  Starting at five o’clock in the morning, the sound of pikes striking the pavement, the rattling of sabres, and the noise of a great troop marching, out-of-step and almost in silence, for a lot of these men do not have shoes, is to be heard.  Robespierre sees, parading under his windows, in columns of twelve, some of the forty-eight Sections of the People who are hurrying towards the meeting places, followed by the Parisians who, already the day before, had discovered the altars of the Supreme Being. (…) Occupied by the armies of Europe outside, chopped down by the butchers of the revolutionary tribunal on the inside, the capital escapes for the first time in months from the baseness of this time of proscriptions…  A lot of people cry and embrace each other in the fading light. (…) From 8 June, the day of the Festival of the Supreme Being, Robespierre will have fifty more days to live.  (…) For Robespierre, the sense and the aim of this festival were to replace the pagan, dry and materialistic cult of Reason by a religion which restored transcendance, a God, without Whom, no man worthy of the name, could live… Right from the beginning of the Revolution, Robespierre had tried to stop the dechristianisation of France.  As a faithful disciple of Rousseau, whom he qualified as a “divine man”, he was sure that Man is a “religious animal”, incapable of durably banishing his spiritual needs.  He shared the feeling of the curate of Boissis-la-Bertrand who was willing to renounce his “mummeries”, that is to say, all formal aspects of the cult, but not his religion. (…) The 8 June festival gives a fairly precise idea of the religion that Robespierre wanted, but did not have the time to develop. (…) What originally caused Robespierre’s downfall was the Deputies’ certainty that he wanted to install a new religion of which he would be the High Priest, and this enormous misunderstanding would be fatal to him.  It was not the god of the christian religion that he wanted to install, of course.  He most certainly wanted to radically end the christian institutions and abolish two thousand years of “perverted” christianism, to return to the spirit and the liturgy of the Roman Republic, the religion of Antiquity.  His ideal not only had the sense of political revolution, but also that of a fundamental cultural revolution. This was his great dream.  He succeeded in giving it body for a few hours by getting five hundred thousand French people to live a day in the fashion of Antiquity. Louis Pauwels

Attention: une solution finale peut en cacher une autre !

En ce jour où avec le don du Décalogue et de l’Esprit Saint pour l’universaliser, la Synagogue et l’Eglise ne fêtent rien de moins que leur fondation et acte de naissance

Et où après l’église protestante des Européens les plus mécréants et avant la Cour suprême du peuple jusqu’ici le plus croyant du monde, c’est à présent aux Européens les plus christianisés mais aussi à l’église la plus décrébilisée par les scandales de pédophilie …

Que se décide au vote majoritaire (A quand un référendum sur la pédophilie ?) la vérité sur l’origine de la vie elle-même …

Alors qu’avec une science désormais capable de s’affranchir du temps, on peut à présent  changer  les faits qui ne coïncident plus avec la théorie …

Pendant qu’après l’Amérique d’Obama et la France de Hollande, c’est au tour du Vatican du petit père des peuples François d’imposer au seul Israël …

La prétendue nouvelle vérité d’un Etat qui n’existe même pas sur le papier

Mais qui à l’instar de la purification de toute trace du judéo-christianisme qui se poursuit dans le berceau de celui-ci et pendant que les mollahs eux préparent tranquillement leur Arme fatale, prétend à rien de moins que l’annihilation de son voisin …

Comment ne pas repenser …

A cette même journée de Pentecôte-Shabouot de 1794

Où redescendant de son Horeb en papier-maché du champ de Mars …

Après le sacrifice par régions et tombereaux entiers des réfractaires comme du roi et de son grand rival Danton …

Et avec son nouveau culte de la Raison et ses autels couverts de marbres vivants de chair publique …

L’Incorruptible et nouveau Moïse entendait apporter sous les vivats de la foule …

L’ultime solution finale à la question chrétienne en France  ?

8 juin 1794
La fête de l’Être suprême
À Paris, le 8 juin 1794 (20 prairial An II), le tout-puissant Maximilien de Robespierre conduit la première fête en l’honneur de l’Être suprême. Par cette cérémonie qui se veut grandiose, civique et religieuse à la fois, l’« Incorruptible » tente de concilier la déchristianisation menée par le Comité de Salut public avec les aspirations religieuses de la grande masse des Français.

Fabienne Manière

Hérodote

L’Être suprême plutôt que Dieu
Depuis l’exécution de son principal rival, Danton, le 5 avril 1794, Robespierre écrase de son autorité le Comité de Salut public (le gouvernement révolutionnaire) ainsi que l’assemblée de la Convention. Celle-ci est dominée par les députés de la Montagne (ainsi nommés parce qu’ils siègent sur les bancs les plus élevés). Alliés aux sans-culottes des sections et des clubs parisiens, ils sont disposés à suivre Robespierre sur le chemin sans fin de la Révolution.

Robespierre a recours à la Terreur contre les citoyens suspects de tiédeur révolutionnaire. Il est décidé d’autre part à mener la déchristianisation de la France à son terme.

Mais l’« Incorruptible » ne veut pas priver le peuple de références religieuses et morales car il caresse l’idéal rousseauiste d’une société vertueuse, démocratique et égalitaire. Lui-même se veut déiste, à l’encontre de nombre de ses anciens adversaires, athées déclarés tels Anacharsis Cloots, « pape des athées » ou encore Danton et Desmoulins. Au Club des Jacobins, il lance : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ! »

À son instigation, la Convention décrète le 18 floréal An II (7 mai 1794) : « le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême et de l’Immortalité de l’âme ». Par la même occasion, elle annonce une grande fête destinée à inaugurer ce nouveau culte fondé sur la raison.

Vive la fête
Arrive le jour fixé pour la fête de la nouvelle divinité sans nom et sans visage. Il coïncide avec le dimanche de la Pentecôte (commémoration par les chrétiens de la révélation de l’Esprit-Saint aux apôtres du Christ). À l’initiative du peintre et conventionnel Louis David, grand ordonnateur des festivités, les maisons de Paris ont été fleuries et enguirlandées pour l’occasion.

Robespierre, en habit bleu à revers rouge, met d’abord le feu à une effigie de l’Athéisme, installée au milieu du bassin des Tuileries. En s’effondrant, elle révèle la statue de la Sagesse !

Puis le dictateur prend la tête d’un cortège magnifique, un bouquet de fleurs et d’épis à la main. Il se rend au Champ-de-Mars où a été dressée une montagne surmontée d’un obélisque et de la statue du Peuple français.

La foule des sans-culottes semble apprécier les effets de scène mais le ridicule de la cérémonie suscite des ricanements dans l’entourage de l’« Incorruptible ». Celui-ci, qui s’en aperçoit, dissimule mal son ressentiment.

Retour à la tradition

Quelques semaines plus tard, la victoire de Fleurus rassure les conventionnels sur le sort du pays. Elle les convainc de se défaire d’un chef devenu encombrant et décidément imprévisible. La chute de Robespierre, le 27 juillet 1794 (9 thermidor An II), entraîne la disparition de l’Être suprême.

Les conventionnels n’en ont pas fini pour autant avec les fêtes civiques. Le 11 octobre 1794, ils organisent l’entrée solennelle au Panthéon de la dépouille de leur maître à penser Jean-Jacques Rousseau. Ils créent aussi sept fêtes nationales : fête de la République (1er vendémiaire), fête de la Jeunesse (10 germinal), fête des Époux (10 floréal), fête de la Reconnaissance (10 prairial), fête de l’Agriculture (10 messidor), fête de la Liberté (9 et 10 thermidor – chute de Robespierre ! -), fête de la Vieillesse (10 fructidor).

Dans un ultime effort pour déchristianiser la société, la loi du 9 septembre 1798 instaure la fête du décadi en remplacement du dimanche ; ce jour-là, le président de chaque municipalité, en uniforme d’apparat, doit rassembler les habitants sur la place du village, les informer des lois et des nouvelles, prononcer un sermon civique et célébrer les mariages civils !

Avec le Concordat de 1802, enfin, la religion catholique va retrouver les faveurs des autorités publiques.

Voir aussi:

Mariage homosexuel : l’Irlande plus démocratique que les socialistes français, fait un référendum

Les votes sont clos, en République d’Irlande, où plus de 3.2 millions d’habitants étaient appelés à prendre part à un référendum sur la légalisation du mariage homosexuel.

3,2 millions d’Irlandais chanceux qu’on leur demande s’il veulent que la constitution du pays soit modifiée pour autorisé le mariage des couples de gays et lesbiennes.

3,2 millions d’Irlandais plus chanceux que les Français, méprisé par les élites et les dirigeants politiques socialistes, qui ont fait passer leur réforme malgré l’hostilité de millions de Français dans les rues.

3,2 millions d’Irlandais respectés par leur gouvernement, qui, pour un sujet de société aussi important, les a consultés.

Le résultat du référendum irlandais sur le mariage homosexuel semble se diriger vers deux fois plus de oui que de non.

Il semble même que dans les régions rurales les plus conservatives, le vote se situe aux alentours de 50/50.

A Dublin, le vote est massivement pour le Oui.

Voir également:

L’Irlande a voté en faveur du mariage homosexuel à 62,1% selon les résultats définitifs
L’Irlande devient ainsi le premier pays au monde à autoriser le mariage gay par voie référendaire.

Francetvinfo avec AFP et Reuters

23/05/2015

Les Irlandais se sont prononcés massivement en faveur de la légalisation du mariage homosexuel, selon des résultats définitifs de ce référendum historique, organisé vendredi, et publiés samedi 23 mai. Le oui l’emporte largement avec 62,1% des voix, selon des résultats publiés par la chaîne nationale RTE.

Plus de 3,2 millions d’Irlandais ont été appelés à se prononcer sur une modification de la Constitution proposant d’autoriser « le mariage entre deux personnes, sans distinction de sexe ».

Le 19e pays dans le monde à légaliser le mariage gay
L’Irlande devient ainsi le 19e pays, le 14e en Europe, à légaliser le mariage gay. Il est par contre le seul pays à l’avoir fait par référendum, les autres ayant opté pour la voie parlementaire.

« C’est historique », a souligné le ministre de la Santé, Leo Varadkar. Ce référendum, a-t-il estimé, constitue « une révolution culturelle » dans un pays longtemps conservateur et où l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 1993. « Je suis tellement fier d’être Irlandais aujourd’hui », avait tweeté en début de journée, Aodhan O Riordain, secrétaire d’Etat pour l’Egalité, tandis que, dans les rues de Dublin, des Irlandais, hommes et femmes de tous âges, exultaient et se prenaient dans les bras.

Avant même la publication des résultats, un des principaux responsables de la campagne du non, David Quinn, avait concédé la défaite de son camp. « C’est une claire victoire pour le camp du oui », a-t-il déclaré, adressant ses « félicitations » aux partisans du mariage homosexuel.

Voir également:

Pédophilie: excuses du primat d’Irlande
Le Figaro/AFP
17/03/2010

Le primat d’Irlande, au coeur d’une polémique pour n’avoir pas dénoncé des abus sexuels dont il avait eu connaissance, a présenté aujourd’hui ses excuses et exprimé sa « honte » de n’avoir pas défendu les valeurs qu’il professe.

Des familles de victimes ont réclamé la démission du cardinal Sean Brady depuis que l’église catholique d’Irlande a reconnu qu’il avait participé à deux réunions en 1975 au cours desquelles deux victimes présumées d’abus sexuels avaient signé des promesses de silence.

« Je voudrais dire à tous ceux qui ont été blessés par des manquements de ma part, que je leur présente des excuses du fond du coeur », a déclaré le cardinal Brady dans son homélie en la cathédrale d’Armagh (Irlande du nord), selon un communiqué de l’église publié à Dublin. « Je voudrais également présenter mes excuses à tous ceux qui ont l’impression que je les ai laissés tomber », a-t-il ajouté. « Avec le recul, j’ai honte de n’avoir pas toujours soutenu les valeurs que je défendais et en lesquelles je crois ».

Une culture de « silence » et de « secret

Le primat d’Irlande avait affirmé lundi qu’il ne présenterait sa démission qu’à la demande du pape Benoît XVI. Selon l’Eglise catholique, le cardinal Sean Brady a participé à deux réunions en 1975, alors qu’il était prêtre. Au cours de ces réunions, deux victimes présumées « ont signé des engagements promettant de respecter la confidentialité de la récolte d’informations », a confirmé l’Eglise.

Les autorités ecclésiastiques enquêtaient alors sur le père Brendan Smyth, considéré comme responsable d’abus sexuels sur des centaines d’enfants sur une période de 40 ans et mort en prison après son arrestation dans les années 1990.
Sur la radio BBC Ulster, le cardinal Brady avait expliqué lundi qu’il régnait il y a 35 ans une culture de « silence » et de « secret » concernant les abus sexuels à la fois dans le clergé et dans la société civile, et qu’il n’avait pas jugé de sa responsabilité de dénoncer le pédophile.

Mariage gay : L’Eglise protestante unie de France autorise la bénédiction des couples de même sexe
Rédaction du HuffPost avec AFP
17/05/2015

MARIAGE POUR TOUS – L’Eglise protestante unie de France (EPUdF) a adopté dimanche la possibilité de bénir les couples homosexuels à l’issue d’un vote très largement positif, une quasi-première en France, a indiqué le porte-parole de la principale Église protestante du pays.

Sur la centaine de délégués de l’EPUdF réunis à Sète (Hérault) et ayant pris part au vote, 94 ont voté pour la possibilité d’offrir une bénédiction religieuse aux couples homosexuels, et trois contre, a-t-il précisé.

Ce vote donne la possibilité aux 500 pasteurs de l’EPUdF de bénir des couples homosexuels, sans pour autant y obliger ceux des pasteurs qui sont opposés à un tel geste.

Le protestantisme est actuellement la 3e religion en France. Selon des données de l’INED de 2008, 45% des Français se déclarent sans religion, 43% se disent catholiques, 8% musulmans, 2% protestants et 0,5% juifs. En 2012, le CSA estimait de son coté que les catholiques représentaient 56% de la population adulte, les musulmans 6%, les protestants 2% et les juifs 1%.

Même bénédiction que celle accordée aux couples hétérosexuels

Le mariage n’est pas un sacrement pour les protestants, mais les couples hétérosexuels unis en mairie peuvent être bénis au temple. En France, seule la Mission populaire évangélique (MPEF), une Eglise beaucoup plus petite que l’EPUdF, autorise un « geste liturgique d’accueil et de prière » pour les homosexuels.

Cette décision intervient deux ans après l’adoption de la loi Taubira sur le mariage gay. Les délégués de la principale Eglise protestante française sont réunis depuis jeudi autour du thème « Bénir, témoins de l’Evangile dans l’accompagnement des personnes et des couples ».

L’EPUdF, qui incarne le courant historique du protestantisme français, revendique 110.000 membres actifs parmi 400.000 personnes faisant appel à ses services.

Tout en se défendant d’être en concurrence avec une mouvance évangélique en forte croissance, elle parie désormais sur une démarche missionnaire pour « passer d’une Eglise de membres à une Eglise de témoins ».

Voir encore:

Etats-Unis : la Cour suprême s’apprête à légaliser le mariage gay
La Cour suprême des Etats-Unis examine mardi la constitutionnalité du mariage homosexuel pour dire si les couples de même sexe peuvent se marier partout dans le pays. Deux ans après le premier round, la plus haute juridiction des Etats-Unis arbitre le second lors d’une audience exceptionnelle de deux heures et demie.
Le Parisien

28 Avril 2015

La Cour suprême des Etats-Unis examine ce mardi, lors d’une audience exceptionnelle de deux heures et demie, la constitutionnalité du mariage homosexuel. Il s’agit de dire si les couples de même sexe peuvent se marier partout dans le pays. Des centaines de militants des deux camps étaient attendus dans la journée devant le temple de la justice.

Une première dans l’UE : le Premier ministre du Luxembourg épouse son compagnon
Plusieurs milliers d’Américains ont déjà manifesté ce week-end à Washington, dont certains ont campé au pied des marches de la haute Cour pour s’assurer une place dans la salle d’audience.

Quatre Etats réfractaires

Légal dans 37 Etats sur 50 (dont certains en appel) ainsi que dans la capitale fédérale Washington, le mariage homosexuel doit encore être reconnu dans tout le pays. C’est ce que réclament des gays et lesbiennes de quatre Etats interdisant le mariage homosexuel, le Tennessee, le Kentucky, le Michigan et l’Ohio. Soutenus par l’administration Obama, les 16 plaignants veulent pouvoir se marier légalement ou voir leur mariage reconnu dans l’Etat où ils vivent. Les quatre Etats incriminés, soutenus par nombre d’organisations religieuses et conservatrices, définissent le mariage comme l’union entre un homme et une femme, refusent de marier des hommes entre eux ou des femmes entre elles, et ne reconnaissent pas le mariage homosexuel lorsqu’il a été légalement célébré ailleurs.

Les quatre Etats visés arguent de leur droit à protéger la définition traditionnelle du mariage, pour «respecter la complémentarité biologique des deux sexes» dans l’éducation des enfants et dans la société. De leur côté, les plaignants ne voient rien d’autre qu’une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. «Quelles que soient les limites imposées au droit à se marier, le genre des conjoints ne peut pas être l’une d’elles», arguent les couples du Michigan. Ils jugent aussi que les quatre Etats violent leur liberté de voyager en refusant de reconnaître leur mariage lorsqu’il a été légalement célébré.

Trois questions pour les neuf Sages

Pour savoir si elle légalise le mariage gay sur tout le territoire américain, la haute Cour se demandera d’abord si le 14e Amendement de la Constitution exige d’un Etat qu’il unisse par les liens du mariage les couples de même sexe. Dans un deuxième temps, elle déterminera si le même Amendement requiert qu’un Etat reconnaisse un mariage homosexuel légalement célébré dans un autre Etat. Dans les deux cas, elle s’appuiera sur le principe d’égalité de tous devant la loi et sur le droit fondamental au mariage. Sur la base du principe de «rationnalité», les neuf sages se demanderont également si un Etat a un intérêt légitime à interdire le mariage des couples de même sexe ou si c’est purement arbitraire.

Fin juin 2013, la Cour suprême a abrogé une partie d’une loi fédérale qui définissait le mariage comme l’union entre un homme et une femme, ouvrant de facto les droits fédéraux à la retraite, à la succession ou aux abattements fiscaux à tous les couples légalement mariés, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Mais le mariage restait du ressort des Etats. Or la haute Cour protège traditionnellement les principes de fédéralisme.

Une marche arrière difficile

D’avis d’experts, la reconnaissance du mariage pour tous à l’échelle du pays semble désormais «inévitable». Traditionnel défenseur des droits homosexuels, le juge conservateur Anthony Kennedy devrait rejoindre les quatre juges progressistes de la haute Cour pour valider le mariage homosexuel au niveau national.

Ces dernières années, la haute Cour américaine, pourtant à majorité conservatrice, a confirmé toutes les décisions judiciaires en faveur des unions des couples de même sexe, «ce qui rend une marche arrière vraiment difficile», estime Steven Schwinn, professeur de la John Marshall Law School.

Cette controverse sur la mariage gay présente un caractère historique. Plus de 150 argumentaires ont été déposés – un record – dont une vingtaine par les deux parties. Sur ces argumentaires, 78 soutiennent les plaignants homosexuels, dont l’administration Obama ; 67 prennent position pour les Etats, dont la Conférence des évêques des Etats-Unis.

Voir de même:

Luxembourg : le Premier ministre épouse son compagnon
B.W avec AFP

Europe 1

15 mai 2015

INÉDIT – Le Premier ministre luxembourgeois s’est marié avec son compagnon, une première pour un chef de gouvernement de l’Union européenne.
Le Luxembourg a célébré une grande première. Le Premier ministre libéral du Luxembourg Xavier Bettel a épousé vendredi son compagnon belge Gauthier Destenay. Il est ainsi devenu le premier dirigeant uni par les liens d’un mariage homosexuel dans l’Union européenne. « Le Luxembourg donne l’image d’un pays en avance sur les questions de société. C’est un message envoyé à un moment où l’homophobie est en train de monter en Europe » », a insisté Charles Michel, le Premier ministre belge.

Le mariage homosexuel légalisé en 2014. Xavier Bettel et Gauthier Destenay, tous deux en costumes sombres, sont arrivés en marchant, la main dans la main. Deux cent personnes étaient présentes devant l’hôtel de ville de Luxembourg et ont applaudi le couple à son arrivée. Les mariés sont revenus sur le perron pour les saluer après la cérémonie et ont eu droit à un lancer de riz. Le jeune Premier ministre, 42 ans, avait fait savoir en août 2014 son intention de se marier avec Gauthier Destenay, un architecte belge. L’annonce était intervenue deux mois après l’adoption à une très large majorité de la législation autorisant le mariage et l’adoption pour les couples du même sexe au Luxembourg.

« Tu dois être honnête avec toi-même ». Xavier Bettel a été nommé chef du gouvernement fin 2013. Il n’a jamais caché son homosexualité à ses compatriotes. « J’aurais pu le cacher, ou le refouler et être malheureux toute ma vie. J’aurais pu avoir une relation avec quelqu’un de l’autre sexe et avoir des relations homosexuelles en cachette. Mais je me suis dit : si tu veux faire de la politique et être honnête en politique, tu dois être honnête avec toi-même et donc t’accepter toi-même », a-t-il expliqué sur la chaîne de télévision belge RTBF. Le Luxembourgeois n’est cependant pas le Premier chef de gouvernement homosexuel à se marier en Europe. La Première ministre islandaise Johanna Sigurdardottir, au pouvoir depuis 2009, a épousé sa compagne en 2010, mais l’Islande n’est pas membre de l’UE.

Voir de plus:

Exclu Gala – Alex Goude: « Avec Romain, on aime­rait un second enfant »
L’anima­teur raconte son homo­pa­ren­ta­lité
Séverine Servat

Gala

22 mai 2015

Alex Goude, anima­teur de La France a un incroyable talent, dévoile sa vie privée. Comme un acte mili­tant. Avec Romain, son mari et amou­reux depuis cinq ans, ils ont eu un fils, Elliot, né par mère porteuse aux États-unis. Rencontre dans leur home sweet home, à Las Vegas.

Du centre-ville truffé de casi­nos, il faut quinze minutes pour arri­ver devant la maison du trublion de M6 située dans un coquet lotis­se­ment de Las Vegas. Deux voitures, dont une imma­tri­cu­lée au nom de son chien, une piscine entou­rée de palmiers fichés sous le soleil de plomb de la ville, deux chambres d’amis et un écran de télé­vi­sion géant exté­rieur signent l’abou­tis­se­ment du rêve améri­cain d’Alex Goude. Voici deux ans qu’il s’est installé à Las Vegas et prend l’avion pour tour­ner ses émis­sions en France. Dans un tran­sat, son fils Elliot, trois mois. Un tableau ordi­naire, sauf qu’El­liot a la parti­cu­la­rité d’avoir deux papas. Alex est marié à Romain, trente ans, et l’en­fant du couple est né par gesta­tion pour autrui. Cette démarche, inter­dite en France, pousse plus loin le débat autour des droits des homo­sexuels. Que penser de ce tableau de famille 2.0, homo­pa­ren­tal, qui oscille entre conte de fées contem­po­rain et étran­geté assu­mée ? Lorsque la nais­sance s’af­fran­chit des lois de la nature, que reste-t-il de nos repères ? L’ani­ma­teur livre ses convic­tions.

Gala : Pourquoi choi­sir, aujourd’­hui, de parler de votre vie privée ?

Alex Goude : Pour fêter les deux ans du mariage homo­sexuel léga­lisé en avril 2013. Et puis, je suis très heureux, alors ça donne envie de faire bouger les menta­li­tés. Mon mari et moi sommes venus vivre à Las Vegas pour être libres d’avoir l’en­fant que nous n’au­rions pas pu avoir en France. À Paris, on a parfois l’im­pres­sion qu’il ne faut être ni juif ni noir, ni arabe ni homo­sexuel. Je ne supporte plus le refus de l’autre. J’en ai assez qu’on dise à Romain de féli­ci­ter sa femme pour la nais­sance. Moi-même je devrais me taire. Eh bien non. Je le reven­dique : nous sommes deux hommes, nous avons fait un enfant et ça se passe bien.

Gala : S’as­su­mer et s’y tenir, c’est un long chemi­ne­ment ?

A. G. : On n’ima­gine pas à quel point. Jusqu’à vingt-cinq ans, je pensais que j’étais hété­ro­sexuel,  j’avais du succès avec les filles, je devais me fian­cer, avoir des enfants comme tout le monde. Puis tout a basculé.

Gala : Vous avez réalisé que ce ne serait pas votre destin ?

A. G. : Oui, j’ai pris des cours de théâtre et à force d’en­dos­ser des person­na­li­tés diffé­rentes, je me suis libéré. Un jour, j’ai embrassé un homme. Le lende­main, j’ai pleuré toute la jour­née, sous le choc. L’his­toire d’amour a duré six mois. J’ai à nouveau aimé des femmes et puis fina­le­ment mon choix s’est à nouveau porté sur un homme.

Gala : Vous l’avez annoncé à vos parents ?

A. G. : Mon père était tombé dans l’al­cool. On ne se parlait plus (le père d’Alex est décédé des suites de son alcoo­lisme). Pour ma mère, qui m’avait connu hétéro, c’était dur à imagi­ner. J’étais son fils unique, elle a pensé qu’elle ne serait jamais grand-mère. Aujourd’­hui elle est heureuse, la vraie ‘Lady Gaga’, c’est elle.

Gala : Le grand public, lui, n’en a jamais rien su…

A. G. : Ma chaine, M6, en tout cas, est au courant et assume. Je n’au­rais jamais parlé de ma vie privée si je ne rece­vais pas sans arrêt, via les réseaux sociaux, des témoi­gnages de jeunes gays déses­pé­rés.

Gala : Vous les écou­tez?

A. G. : Mieux: je leur réponds. L’ho­mo­sexua­lité est encore lour­de­ment stig­ma­ti­sée. En Espagne en 2005 ou au Portu­gal en 2010, la léga­li­sa­tion du mariage est passée en douceur. En France, le débat a été instru­men­ta­lisé. Les gens sont sortis défi­ler en assu­mant leur homo­pho­bie. A ce moment, des adoles­cents me disaient « mes parents me forcent à mili­ter avec eux, ils ne savent pas que je suis homo ». C’était choquant. Qu’est-ce que les parents d’un enfant de six ans qu’on emmène défi­ler savent de la voie qu’il emprun­tera plus tard? Si je peux montrer qu’on réus­sit à fonder une famille malgré tout, alors je le fais.

Gala : Votre enfant est né d’une mère porteuse. Vous auriez pour­tant pu recou­rir à l’adop­tion…

A.G. : En tant que céli­ba­taire oui, mais pas en tant que couple. Pour être en mesure d’adop­ter, en France, aujourd’­hui, on doit taire son homo­sexua­lité. Je n’avais pas envie de mentir. Et puis c’est vrai que Romain et moi, rêvions d’un lien du sang.

Gala : Vous aviez des exemples autour de vous ?

A.G. : Bien sûr. Au sein du show­biz français, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu recours à la gesta­tion pour autrui, mais le sujet est tabou. D’au­tant qu’on doit partir à l’étran­ger pour le faire. Aux États-Unis, où la gesta­tion pour autrui (GPA) est légale, les profes­sion­nels ont plus de vingt-cinq ans de recul sur le sujet. Et les enfants, une fois adultes, vont bien. Nous avons fait appel à une agence sérieuse.

Gala : Pour bien comprendre, quel est le proto­cole à suivre ?

A.G. : On l’a débuté avant même de se marier, en mars 2013. D’abord, il faut répondre à des ques­tions sur son couple avec un psy, une démarche que jamais aucun parent biolo­gique n’a évidem­ment à subir pour mettre au monde un enfant. Puis s’in­for­mer des impli­ca­tions psycho­lo­giques qui sont assez complexes, c’est vrai. Il faut être très clair : deux hommes ne peuvent pas faire un enfant. Le tiers, c’est la mère, et on doit respec­ter son rôle. On choi­sit alors une donneuse d’ovule, et une mère porteuse, qui est une personne diffé­rente de la donneuse d’ovule.

Gala : A ce moment, quels ont été vos critères de choix?

A. G. : Romain et moi avons choisi la donneuse qui parais­sait le mieux dans sa peau. Ensuite, nous avons aussi choisi, par goût, une personne aux yeux bleus (ndlr : Elliot a les yeux clairs) comme plusieurs personnes de nos familles respec­tives. C’est une jeune femme qui travaille dans la mode, une yuppie, qui a déjà donné ses ovules à deux autres couples. Elle est dans une démarche altruiste.

Gala : Mais la mère porteuse, elle fait ça pour l’argent, non?

A. G. : Le recours à la GPA pour un couple coûte très cher, mais dans tout le proces­sus, celle qui touche le moins d’argent, c’est la mère porteuse. Elle gagne moins que l’avo­cat, le méde­cin ou l’agence. La nôtre est noire – déjà maman parce que c’est la condi­tion pour porter le bébé d’un autre – et suit des études de psy. Elle avait déjà porté un enfant pour un autre couple. Nous sommes deve­nus amis après avoir commu­niqué avec elle par Skype tout le temps de la gros­sesse. D’après les psys, l’enfant, plus tard, est moins atta­ché à la donneuse d’ovule qu’à la mère porteuse. Cette dernière nous a déjà dit qu’elle voudrait porter notre deuxième enfant. Je comprends le débat autour de la marchan­di­sa­tion des corps, mais dans les faits, ça ne se passe pas comme ça.

Gala : Comment vos voisins prennent-ils votre famille atypique?

A. G. : Sans préju­gés. On se reçoit les uns les autres pour des barbe­cues. Et nous veillons à garder des réfé­rents fémi­nins avec ma mère, celle de Romain, ma tante et sa fille, qui habitent près de chez nous à Las Vegas.

Gala : Comment envi­sa­gez-vous la suite ?

A.G. : On n’a pas voulu savoir si Elliot est mon fils ou celui de Romain. Mais on aime­rait avoir un second enfant et qu’il soit de l’autre papa, c’est ce qu’on a demandé au méde­cin.

Gala : Vous n’avez pas l’im­pres­sion de propo­ser une sorte de monde virtuel, de labo­ra­toire expé­ri­men­tal ?

A.G. : Ecou­tez, pour être clair, quand on est là en train de se tripo­ter devant une éprou­vette pour avoir un bébé alors que c’est tout simple pour les hété­ros, bien sûr, on voit bien que ce n’est pas natu­rel. Mais dans 99% des cas, les psys disent que ce que l’en­fant retient, in fine, c’est la volonté farouche qu’ont eue ses parents de l’avoir.

Voir aussi:

En Allemagne, une femme de 65 ans, mère de 13 enfants, donne naissance à des quadruplés
AFP/ RTL

23 mai 2015

Une Allemande de 65 ans, mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, a accouché de quadruplés « pas complètement développés » à Berlin, un cas controversé mêlant médecine et téléréalité qui relance le débat sur les grossesses tardives.

Annegret Raunigk, qui a procédé à des fécondations in vitro en Ukraine, est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde, selon la chaîne de télévision RTL, détentrice des droits exclusifs sur cette grossesse hors normes.

Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils ont été placés en couveuse mais ont « de bonnes chances de survivre », selon un communiqué de RTL.

« Toutefois, les bébés, par comparaison avec une naissance normale dans la 40e semaine de grossesse, ne sont pas encore développés complètement. D’éventuelles complications ne peuvent donc pas être complètement exclues », poursuit la chaîne.

Annegret Raunigk, enseignante d’anglais et de russe qui doit prendre sa retraite à l’automne, avait effectué de multiples tentatives en Ukraine avec un donneur et une donneuse anonymes. La dernière tentative s’est avéré un succès puisque les quatre ovules implantés avaient été fécondés.

Malgré des conditions exceptionnelles, « la grossesse s’est déroulée étonnement sans problèmes », assure RTL, sur la foi des témoignages de médecins qui l’ont prise en charge.

Cette femme élégante, les cheveux roux et une fine paire de lunettes sur les yeux, n’en est pas à sa première grossesse tardive. En 2005, alors âgée de « seulement » 55 ans, elle avait mis au monde une petite fille.

C’est d’ailleurs pour répondre au souhait de sa dernière fille d’avoir un petit frère ou une petite sœur qu’elle a décidé de retenter une insémination artificielle, a-t-elle expliqué. Nés de 5 pères différents, les autres enfants d’Annegret Raunigk ont déjà tous quitté le domicile maternel.

Avant même de naître, Neeta (655 g, 30 cm), Dries (960 g, 35 cm), Bence (680 g, 32 cm) et Fjonn (745 g, 32,5 cm) ont suscité un vif intérêt médiatique en Allemagne. Il faut dire que la chaîne de télévision privée, qui diffuse nombre d’émissions de téléréalité et de télécrochet, s’est assuré les droits exclusifs sur cette histoire rocambolesque.

C’est la chaîne qui avait d’ailleurs révélé cette grossesse en avril.

Après avoir suivi Annegret Raunigk ces derniers mois sous la forme d’un « journal de grossesse », RTL a promis de poursuivre l’histoire, même si elle assure qu’aucun tournage n’a eu lieu dans l’hôpital où sont nés les bébés.

La chaîne a également précisé que la mère ne répondrait à aucune demande d’interview d’autres médias.

Lors de la révélation de cette grossesse extraordinaire, la Berlinoise n’avait accordé d’entretien qu’à la chaîne RTL et au quotidien à grand tirage Bild qui l’avait fait poser en Une sous le titre: « J’ai 65 ans et j’attends des quadruplés ».

Annegret Raunigk n’en est pas à sa première coopération avec le groupe RTL. Il y a dix ans, elle avait déjà négocié un contrat d’exclusivité avec la chaîne et le journal Bild pour la naissance de sa fille.

Interviewée en avril, la Berlinoise avait balayé les critiques sur son manque de responsabilité, notamment sur le fait qu’elle aura plus de 70 ans quand les enfants entreront à l’école. « On ne peut jamais savoir ce qui va se passer. Il peut aussi se passer des choses à 20 ans », avait-elle argumenté, affirmant que c’était à chacun de décider pour soi-même de devenir parent.

« Les enfants me permettent de rester jeune », avait-elle lancé.

Ces dernières années, plusieurs cas de grossesse tardive ont attiré l’attention, notamment en Italie. En Allemagne, la chanteuse italienne très populaire Gianna Nannini avait aussi retenu l’attention en 2010 en mettant au monde une petite fille à l’âge de 56 ans.

Voir également:

Mère de quadruplés à 65 ans  : l’indignation du professeur Nisand
Une femme de 65 ans, ayant recours à une fécondation in-vitro en Ukraine, a donné naissance à quatre enfants prématurés en Allemagne. «  Il ne faut surtout pas y voir un exploit. On est juste dans la médecine du fric et de l’irresponsabilité » , dénonce  le professeur Israël Nisand , chef du pôle de gynécologie-obstétrique du CHRU de Strasbourg,

La Croix

23/5/15

Le professeur Israël Nisand dénonce avec force le recours à une fécondation in vitro chez cette femme de 65 ans, mère de quadruplés.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Chef du pôle de gynécologie-obstétrique du CHRU de Strasbourg, le professeur Israël Nisand cite spontanément Rabelais pour exprimer sa consternation après l’annonce, samedi 23 mai, de l’accouchement d’une Allemande de 65 ans, qui a mis au monde quatre enfants très prématurés. Le cas de cette sexagénaire, Annegret Raunigk, déjà mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, avait défrayé la chronique en avril lors de l’annonce de sa grossesse. Après cet accouchement, elle est désormais la mère de quadruplés la plus âgée au monde. «  Il ne faut surtout pas y voir un exploit, ni un record à célébrer. Et les médecins, qui l’ont aidé dans cette démarche, n’ont pas de quoi être fiers. On est juste dans le champ de la médecine du fric et de l’irresponsabilité  », s’agace le professeur Nisand.

«  Ils iront à l’école avec une mère qui aura plus de 70 ans »
Les bébés prématurés, trois garçons et une fille, sont nés mardi par césarienne, après seulement 26 semaines de grossesse. Ils sont dans en situation de grande prématurité et ont été placés en couveuse. « Une naissance à 26 semaines de grossesse expose les enfants à des handicaps qui peuvent être lourds. Et même si tout se passe bien pour eux, il faut songer à leur vie plus tard », explique le professeur Nisand. «  Ils iront à l’école avec une mère qui aura plus de 70 ans », ajoute-il. Interviewée en avril sur ce thème, Annegret Raunigk, avait rejeté les critiques sur son manque de responsabilité « On ne peut jamais savoir ce qui va se passer. Il peut aussi se passer des choses à 20 ans », avait-elle estimé affirmant que c’était à chacun de décider pour soi-même de devenir parent. « Les enfants me permettent de rester jeune », avait-elle ajouté.

Un enfant après 40 ans
Une fécondation in-vitro en Ukraine
Cette enseignante d’anglais et de russe, qui doit prendre sa retraite à l’automne, s’est rendue en Ukraine pour de multiples tentatives de fécondation in-vitro avec un donneur et une donneuse anonymes. La dernière tentative s’est avérée être un succès puisque les quatre ovules implantés ont été fécondés. « Il n’existe malheureusement aucune réglementation internationale permettant d’éviter ce type de bavures médicales, indique le professeur Nisand. On arrive forcément à des dérives quand la médecine emprunte des chemins dévoyés et que des praticiens se comportent comme des prestataires de service avec pour seul principe que celui ou celle qui paie peut tout avoir  ».

Des pays connus pour accepter ces pratiques
Selon le professeur Nisand, plusieurs pays sont connus pour abriter certains médecins qui acceptent de favoriser ces grossesses tardives via les techniques d’assistance médicale à la procréation. «  C’est le cas de l’Ukraine, de la Grèce et surtout de la Turquie. Sinon, il y a aussi l’Inde où quelques médecins peuvent accepter de faire des choses très déraisonnables », indique le médecin, en se félicitant de l’existence en France des lois de bioéthiques qui s’opposent à ces pratiques.

En France, des techniques réservées aux couples « en âge de procréer »
En France, les techniques d’assistances médicales à la procréation (AMP) sont réservées aux couples confrontées à une infertilité médicalement constatée ou pour éviter la transmission d’une maladie grave. La loi ne fixe pas un âge limite précis au delà duquel il n’est plus possible de bénéficier de ces techniques. Elle stipule simplement que le couple (un homme et une femme) doit être en « âge de procréer ». Ce sont donc les médecins qui décident à partir de ce critère. Une autre limite est le fait que l’assurance-maladie ne prend pas en charge une fécondation in-vitro pour une femme au delà de l’âge de 43 ans. Les médecins, en pratique, ne prennent pas non plus en charge les couples dans lesquels l’homme à dépassé 60 ans.

En 2009, une mère de triplés à 59 ans à Paris
En France, ce débat sur les grossesses tardives, favorisées par la médecine, s’était posé en septembre 2008. Une femme de 59 ans avait alors donné naissance à Paris à trois enfants, conçus via une FIV au Vietnam. L’implantation de ces trois embryons avait été, à l’époque, qualifiée de « faute médicale », par le professeur René Frydman, interrogé par la Croix, « Néanmoins, nos services accueillent de plus en plus souvent des femmes enceintes de 45 ans ou plus Elles se rendent principalement en Espagne ou en Belgique, là où le don d’ovocyte est plus répandu puisqu’il est rémunéré 900 €, ou encore en Grèce, à Chypre ou en Ukraine », expliquait alors le célèbre gynécologue-obstétricien, alors chef de service à la maternité de l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart.

Voir encore:

L’autoconservation des ovocytes ou la tentation de s’affranchir du temps
Aux États-Unis, les entreprises Apple et Facebook ont annoncé qu’elles couvriraient les frais engagés par leurs salariées qui souhaitent reporter leur projet de grossesse au-delà de 40 ans en ayant recours à la congélation de leurs ovocytes. Une possibilité interdite en France, mais réclamée par certains.

Flore Thomasset

La Croix

27/10/14

Aux États-Unis, certains n’hésitent pas à parler d’une «révolution» comparable à celle que fut, dans les années 1970, l’arrivée de la pilule. L’autoconservation des ovocytes permet à une jeune femme de faire prélever ses ovocytes, notamment quand sa fertilité est maximum, vers 20 ou 30ans, puis de les congeler. Plus tard, vers 40 ou 50ans, elle pourra les faire décongeler, féconder in vitro puis se les voir réimplanter pour commencer sa grossesse.

La technique est pratiquée depuis plusieurs années outre-Atlantique, où elle est en vogue. Mais deux grandes entreprises, Facebook et Apple, viennent d’y apporter un nouvel élan, en annonçant, comme d’autres avant elles, qu’elles prendraient en charge à hauteur de 20000 dollars (16 000€) les traitements contre l’infertilité de leurs salarié(e)s, y compris l’autoconservation des ovocytes  (lire La Croix du 20 octobre)  .

À l’heure où l’âge du premier enfant ne cesse de reculer, où les relations amoureuses sont de plus en plus chaotiques et les ruptures tardives, les femmes y ayant recours se disent libérées de la pression de «l’horloge biologique» et de l’obligation, à 30 ou 35ans, de trouver «absolument» un père pour leur enfant. Surtout, les trentenaires entendent ainsi s’investir pleinement dans leur vie professionnelle, sans être freinées dans leur ascension par la maternité : plutôt que de choisir entre l’une et l’autre, elle diffère la seconde. Les entreprises, évidemment, y trouvent aussi leur compte.

Combien de femmes ont déjà eu recours à cette technique, autorisée aux États-Unis, mais aussi en Espagne, en Belgique, en Italie ? Dans la presse américaine, médecins et laboratoires parlent de 2 000 à 5 000 bébés nés. Dans un article publié dans BusinessWeek en avril, le New York University Fertility Center assurait procéder à 5 à 10ponctions par semaine.

En 2013, l’autoconservation représentait le tiers de leur «business». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : aux États-Unis, l’ensemble de la procédure (stimulation hormonale, suivi médical, ponction des ovocytes, vitrification) coûte entre 10 000 et 15 000 dollars (entre 7 900 € et 11 800€), auxquels il faut ajouter 500 à 1000 dollars (393€ à 786€) par an pour la conservation. Sur une dizaine d’années (prélèvement avant 35ans, grossesse avant 45ans), le procédé revient donc très cher.

Et en France, qu’en est-il ? L’autoconservation «sociétale» ou «pour convenance» est interdite. En revanche, elle est autorisée pour raisons médicales, depuis la loi de bioéthique de 2011. Ainsi, elle est régulièrement pratiquée quand une femme est soumise à des traitements qui peuvent rendre infertiles, comme une chimiothérapie. La loi autorise aussi l’autoconservation pour les femmes donnant leurs ovocytes : une partie du prélèvement est donnée, l’autre est conservée pour son propre et éventuel futur usage. Cette mesure, qui n’est cependant pas appliquée faute de décret, a été décidée pour favoriser le don d’ovocytes, qui connaît une pénurie en France.

Pour le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), l’autoconservation ne peut être un élément de marchandage en échange du don, elle doit être ouverte à toutes les femmes.

En décembre 2012, le CNGOF a officiellement pris position en ce sens, estimant que cette technique est, «avec le don d’ovocytes, la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus». «Il y a un fait de société majeur et largement sous-estimé qui est le retard de la procréation, explique son président, Bernard Hédon. Nous ne cessons de recevoir dans nos cabinets des femmes de 40 ans passés qui, bien qu’elles aient su qu’il ne fallait pas trop attendre pour concevoir, n’ont pas pu le faire avant. On les engage alors dans des processus de FIV (fécondation in vitro) complexes, coûteux et qui sont loin de donner toujours des résultats.»

Plus qu’une affaire de relations ou de carrière, c’est selon lui, plus globalement, une question de mentalité : «Aujourd’hui, quand une femme de 25 ans devient enceinte, on lui dit qu’elle est bien jeune pour cela, remarque-t-il. Or, c’est pourtant le bon âge, d’un point de vue biologique. Le message essentiel doit d’ailleurs rester : “Faites des enfants jeunes.” Car la congélation n’offre aucune garantie de grossesse : ce n’est qu’une aide, limitée, quand on n’a pas pu faire autrement.»

Sauf que pour beaucoup de médecins, l’ouverture de cette technique pour convenance envoie justement un message contradictoire. Elle risque de favoriser les grossesses tardives, au-delà de 43ans, à haut risque pour la mère et l’enfant : fausse couche, diabète gestationnel, hypertension… Une des questions posées par cette technique est d’ailleurs : jusqu’à quel âge réimplanterait-on l’ovocyte fécondé ? Des exemples extrêmes de mères accouchant à 60 ans font régulièrement la une des journaux. Le CNGOF, lui, fixe une limite à 45ans, voire 50ans pour une femme qui ne cumule aucun autre facteur de risque.

«On crée l’illusion que la science peut tout, que l’on peut avoir un enfant à n’importe quel âge, alors que la procréation est quand même un processus naturel, déplore Louis Bujan, président de la fédération des Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos). On crée des besoins qui n’existent pas : certes, l’âge de la maternité recule, mais il y a encore de la marge avant d’en arriver à ces âges-là. Plutôt que d’abonder dans ce sens, il faudrait se poser la question de savoir pourquoi les femmes reculent leurs projets de maternité.»

En janvier 2013, la fédération a pris position contre l’autoconservation pour convenance, insistant notamment sur la question du coût et de la prise en charge : «Cela pose un vrai problème éthique, poursuit Louis Bujan. Étant donné le coût, que l’on pourrait estimer à 3000€ en France, hors fécondation in vitro et réimplantation, toutes les femmes n’y auront pas accès. Faut-il que la Sécurité sociale le prenne en charge ? Et si oui, au détriment de quel autre remboursement ?»

C’est ainsi un véritable choix de société qui est en jeu. L’Observatoire de la parentalité en entreprise ne s’y est pas trompé, son président, Jérôme Ballarin, se disant «choqué» par l’annonce de Facebook et Apple : «C’est en réorganisant la vie professionnelle autour de la vie privée et non en faisant l’inverse que nous construirons une société équitable et épanouie», a-t-il jugé dans un communiqué. Quant à la ministre de la santé, Marisol Touraine, elle a estimé que «le débat est un débat médical, éthique, ça n’est certainement pas un débat pour directeurs de ressources humaines».

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CE QUE DIT LA LOI BIOÉTHIQUE
En juillet 2011, la révision de loi de bioéthique autorise, en France, «la technique de congélation ultra-rapide des ovocytes». En France, le premier bébé conçu après cette technique naît le 4 mars 2012.
Quand une femme donne ses ovocytes, une partie de la ponction peut être conservée pour usage propre : «Lorsqu’il est majeur, le donneur peut ne pas avoir procréé. Il se voit alors proposer le recueil et la conservation d’une partie de ses gamètes (…) en vue d’une éventuelle réalisation ultérieure, à son bénéfice, d’une assistance médicale à la procréation».
En France, le don d’ovocytes souffre d’une pénurie: en 2012, 422 femmes ont fait un don pour près de 800 fécondations in vitro réalisées ; 2 110 couples étaient en attente d’un don d’ovocytes; 164 enfants sont nés suite à une PMA avec un don.

Voir de même:

Sci/Tech/Health Journalism Ethics News :
Daily Media Pick
Same Sex Marriage Study: At least 12 News Outlets retract or add Editor’s Note
Sydney Smith
iMediaethics

May 20, 2015

Since the news broke that a study on same-sex marriage published last year in Science may be based on fabricated information, most of the news outlets that reported on the study have warned readers about the problems with the study they covered.

As iMediaEthics previously reported, one of the study’s co-authors Donald Green issued a retraction request after saying he learned there were problems with his co-author Michael LaCour’s work. While LaCour hasn’t spoken out yet and said he is still working on a response, Green said at first LaCour « confessed to falsely describing at least some of the details of data collection, » Retraction Watch reported. LaCour later said he didn’t fabricate and that instead he can’t find research evidence to support his study.

The discovery was made when two graduate students tried to further the research and encountered problems. For example, when they went to Qualtrics, the company who LaCour said he got the survey data from, Qualtrics said it couldn’t find that data.

A spokesperson for UCLA, where LaCour is a Ph.D. candidate, told iMediaEthics: « UCLA expects its students to demonstrate integrity in all academic endeavors.  UCLA is reviewing allegations regarding data published by UCLA graduate student Michael LaCour.  UCLA will assess these allegations pursuant to UCLA policy and in a manner that provides due process to Mr. LaCour. »

Below, see a collection of editor’s notes added to news reports because of the questions raised by the study.

1. The Washington Post has added an editor’s note to its story: « Editor’s Note: Since the publication of this post on a study examining how easily people’s minds can be changed concerning same-sex marriage, a co-author has disavowed its findings. Donald P. Green is seeking a retraction of the study from the journal Science, which originally published the research. » Science told iMediaEthics it is reviewing the case.

2. US News added this editor’s note to its Dec. 22, 2014 story that reads: « Editor’s Note: The data used in the study recently were found to have been falsified, » linking to its report on the debunking

3. This American Life retracted its report on the Science study. « Our original story was based on what was known at the time, » This American Life‘s Ira Glass wrote in part. « Obviously the facts have changed. We’ll update today as we learn more. The apparent fakery was discovered by researchers at UC Berkeley and Stanford who tried to replicate the findings in the original study. How they figured it out is a great story in itself. »

4. New York Magazine‘s Dec. 11, 2014 story, « A 20-Minute Chat with a Gay Person Made People Much More Supportive of Gay Marriage » now has this note: « (UPDATE: This study has been retracted by Science. Science of Us has posted an explanation here.) »

5. Bloomberg tacked on an editor’s note to its Oct. 6 story, « How do you Change Someone’s Mind About Abortion? Tell Them You Had One. » That reads:

« EDITOR’S NOTE, May 20, 2015: The findings from the field experiment on attitudes toward gay marriage conducted by UCLA graduate student Michael LaCour described below—which were published in the journal Science two months after Bloomberg Politics reported on the research—have been called into question by co-author Don Green, who yesterday requested that the journal retract the article. ‘Michael LaCour’s failure to produce the raw data,’ Green wrote to the journal’s editors, ‘undermines the credibility of the findings.' »

6. BuzzFeed added an editor’s note to its Dec. 11, 2014 story, « Scientists Report Gay People are the Best at Changing Minds on Marriage Equality. » It states: [Update: The study described in the article below was retracted in May 2015 after the lead author said his co-author faked data. BuzzFeed News reports here.]

7. Business Insider‘s May 12, 2015 story, « How to convince anyone to change their mind on a divisive issue in just 22 minutes — with science, » has this update.  « *Update 5/20: While trying to follow up on the study cited in the story below, researchers have found that some of the data in the original study was falsified. The authors say they’ve requested that the paper be retracted from the journal Science. »

8. Vox retracted its story on the study earlier today, warning readers « don’t believe » it.

9. The New York Times added an editor’s note to its two stories on the study, a spokesperson for the newspaper told iMediaEthics. The editor’s note on The New York Times‘ Dec. 12, 2014 story, « Gay Advocates Can Shift Same-Sex Marriage Views, »  and the New York Times’ Dec. 18 story, « How Same Sex Marriage Effort Found a Way Around Polarization » reads:

« An article on Dec. 12, 2014, reported on a study published by the journal Science that said gay political canvassers could change conservative voters’ views on gay marriage by having a brief face-to-face discussion about the issue. The editor in chief of the journal said on Wednesday that the senior author of the study had now asked that the report be retracted because of the failure of his fellow author to produce data supporting the findings. »

New York Times public editor Margaret Sullivan told iMediaEthics she doesn’t plan to address this issue in her blogs or columns and pointed us to the Times‘ PR.

10. The Los Angeles Times added a note to its Dec. 12, 2014 article « Doorstep visits change attitudes on gay marriage. » That update, at the bottom of the article, states: « May 20, 2015: Science published an ‘Expression of Concern’ about the study reported on here. ‘Serious questions have been raised about the validity’ of the report, which claimed that skeptics of same-sex marriage could be persuaded to accept it after talking with a gay lobbyist for 20 minutes. One of the study’s co-authors, Donald Green, said he no longer has confidence in the data and has requested that the study be retracted. Read our full story here. »

The Los Angeles Times also posted a follow-up story on the news, a spokesperson for the newspaper told iMediaEthics.

11. Mother Jones added an update to its Dec. 18, 2014 story, « How a 20-Minute Conversation Can Convince People with Anti-Gay Views to Change Their Mind, a spokesperson for the magazine told iMediaEthics. The update reads: « The following study was retracted following allegations the data had been faked by a co-author. « I am deeply embarrassed by this turn of events and apologize to the editors, reviewers, and readers of Science, » author Columbia University political science professor Donald Green said. The original article follows but be forewarned that its contents are no longer credible given this revelation. »

12. The Wall Street Journal posted this « note to readers » on its Feb. 25, 2015 story, « Gay Marriage: How to Change Minds. »

« NOTE TO READERS: According to an Associated Press report, data in the Science magazine study to which the article below alludes have come under question, as one of the authors of the study has asked the magazine to retract it. Read the article. »

UCLA and Columbia issued a press release last year touting the study.  iMediaEthics has written to Columbia for comment.

Other outlets that reported on the study without adding a flag to readers about the study’s retraction request as of 3 PM EST are:

UPDATED: 5/20/2015 5:57 PM EST Added responses from UCLA, additional info from the New York Times

UPDATED: 5/20/2015 8:32 PM EST Added response from the Los Angeles Times

UPDATED: 5/21/2015 12:42 PM EST Updated with notes from Mother Jones and Wall Street Journal

Voir de plus:

Des poupées sexuelles touchantes

  21/05/2015

ART – Voilà une artiste dont les muses sont assez surprenantes. À travers une série de clichés, la photographe new-yorkaise Stacy Leigh a souhaité montrer que des poupées sexuelles en caoutchouc pouvaient être touchantes.

Si à première vue, les images peuvent paraître glamour et sexy, il suffit de les observer de plus près pour que cette dimension charmante s’amenuise. Le maquillage, les vêtements et la position des poupées… Tout est mis en scène pour qu’elles ressemblent le plus possible à de véritables femmes.

À l’origine, ces poupées pour adulte grandeur nature sont conçues pour donner du plaisir, mais elles servent aussi à apporter de la compagnie. Stacy Leigh l’explique elle-même au site du Mirror: « L’homme et la femme utilisent tous les deux ces poupées pour remplacer un compagnon humain, que ce soit par choix ou par nécessité. Je pense qu’il n’y a aucun inconvénient à cela, surtout si les journées en deviennent plus supportables ». Au total, Stacy Leigh en possède 12, qui valent chacune 4000 livres sterling (5630.80 euros).

Si la série de photos s’intitule « Américains moyens« , c’est parce que l’artiste de 43 ans tient à interpréter une certaine réalité selon laquelle les humains artificiels finiront par faire partie de notre quotidien.

« Mes photos concernent la vie, les relations amoureuses et la sexualité. Les poupées repoussent certaines personnes, tandis que d’autres sont empathiques envers elle. Au fur et à mesure que le monde devient plus numérique et moins personnel, il sera de plus en plus banal que des poupées et des robots soient utilisés en tant que substituts pour les relations amoureuses. Je peux uniquement espérer que mes photos déclenchent une émotion ou une connexion chez le spectateur« .

Celle qui s’auto-décrit comme une « peintre frustrée » raconte comment elle en est arrivée à utiliser des poupées gonflables comme modèles il y a 10 ans, après avoir regardé une série documentaire télévisée sur HBO, « Real Sex« . Au départ, elle reconnaît que c’était plutôt effrayant.

« Elles avaient un effet étrange sur moi. J’étais empathique à leur égard parce qu’elles avaient l’air si réelles, mais je me suis aussi sentie très mal à l’aide, je sentais qu’elles étaient en train de m’observer », confie-t-elle à nos confrères du Huffington Post américain. Avant d’ajouter: « J’ai ressenti le besoin de montrer à quoi elles ressembleraient si elles étaient intégrées dans notre société ».

Jusqu’ici, les poupées gonflables sexuelles n’avaient rien d’humain. Mais plus elles deviennent réalistes, plus leur popularité augmente. « Les clients peuvent choisir de personnaliser absolument tout, qu’il s’agisse de la couleur des cheveux, des yeux et de la peau, de la taille des seins, et même de la forme et du style du vagin », peut-on ainsi lire sur le DailyMail. Inquiétant, vous avez dit?

Voir par ailleurs:

Dans un accord bilatéral, le Saint-Siège reconnaît « l’Etat de Palestine »
Sixtine Dechancé
La Vie

13/05/2015

Dans un accord bilatéral conclu ce 13 mai avec la Palestine, le Saint-Siège reconnaît clairement « l’État de Palestine ». La signature définitive du texte, qui établit une reconnaissance juridique de l’Eglise catholique dans les territoires palestiniens, devrait avoir lieu dans les jours à venir.

Le président palestinien Mahmoud Abbas sera en effet présent au Vatican les 16 et 17 mai, où il assistera à la canonisation de deux palestiniennes, la carmélite Mariam Bawardi et Soeur Marie-Alphonsine Ghattas, co-fondatrice de la congrégation des Soeurs du Rosaire. Toutes deux nées au XIXe siècle, elles deviendront les premières saintes palestiniennes de l’époque contemporaine. Le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, a souligné l’importance de cet événement, « signe d’espoir » pour la Terre Sainte et le Moyen-Orient « déchirés par la guerre ».

Le texte, qui attend encore d’être signé, est le fruit d’un long travail entre le Saint-Siège et l’autorité palestinienne, depuis l’accord initial qui les a liés en février 2000. Il s’agissait alors de garantir sur le territoire palestinien la liberté de religion et l’égalité devant la loi des institutions et des fidèles de toutes confessions, ainsi que le libre accès aux lieux saints. Ces dispositions sont renforcées dans le nouvel accord, qui permettra à l’Église, selon Mgr Antoine Camilleri, sous-secrétaire pour les relations avec les États, « d’assurer un service plus efficace à la société ».

La référence explicite à « l’État de Palestine » n’est pas une nouveauté pour le Saint-Siège, qui employait déjà cette expression dans ses communiqués diplomatiques depuis 2012 et plaide depuis longtemps pour la « solution des deux Etats ». Néanmoins, le texte de cet accord bilatéral est appelé à faire jurisprudence.

« Il peut être suivi par d’autres pays, même ceux à majorité musulmane, et il montre qu’une telle reconnaissance [de l’Église] n’est pas incompatible avec le fait que la majorité de la population du pays appartient à une autre religion », a assuré Mgr Camilleri dans une interview à L’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican.

Pour François Mabille, spécialiste de la géopolitique vaticane, l’accord est à replacer dans le contexte de crise que subissent les chrétiens au Moyen-Orient : « Une reconnaissance de l’Etat de Palestine par le Saint-Siège est un signe fort envoyé aux pays musulmans. C’est un appel à l’apaisement », interprète-t-il. Bien que la démarche s’inscrive dans la continuité de la politique internationale vaticane, le chercheur y voit une nouveauté : « En règle générale, le Saint-Siège reconnaît des pays qui l’ont déjà été par la communauté internationale et les grandes puissances. C’est bien le style du pape François de bousculer ainsi les habitudes. »

Soulignant dans L’Osservatore Romano « le souhait d’une résolution de la question palestinienne et du conflit israélo-palestinien dans le cadre de la solution des deux Etats », Mgr Antoine Camilleri rappelle également qu’un seul de ces deux Etats existe pour le moment  (Israël). Il réaffirme le souhait du Saint-Siège de voir « l’établissement et la reconnaissance d’un Etat palestinien indépendant, souverain et démocratique ».

Dans le quotidien israélien Haaretz, un membre du ministère des Affaires étrangères critique ce geste du Vatican : « Israël est déçu d’apprendre la décision du Saint-Siège de valider un texte d’accord qui mentionne le terme d' »Etat de Palestine » ». « Ce geste ne fait pas avancer le processus de paix, et éloigne même les autorités palestiniennes d’un retour à des négociations directes et bilatérales. Israël va examiner cet accord et étudier une réaction proportionnée », ajoute-t-il.

Voir aussi:

Exclusive: Obama to back Palestinian state at Security Council – payback for Israel’s right-wing cabinet
DEBKA file

May 6, 2015

US President Barack Obama did not wait for Binyamin Netanyahu to finish building his new government coalition by its deadline at midnight Wednesday, May 6, before going into action to pay him back for forming a right-wing cabinet minus any moderate figure for resuming negotiations with the Palestinians.

Banking on Netanyahu’s assertion while campaigning for re-election that there would be no Palestinian state during his term in office, Obama is reported exclusively by our sources to have given the hitherto withheld green light to European governments to file a UN Security Council motion proclaiming an independent Palestinian state. Although Netanyahu left the foreign affairs portfolio in his charge and available to be filled by a suitably moderate figure as per the White House’s expectations did not satisfy the US President.

The White House is confident that, with the US voting in favor, the motion will be passed by an overwhelming majority and therefore be binding on the Israeli government.

To show the administration was in earnest, senior US officials sat down with their French counterparts in Paris last week to sketch out the general outline of this motion. According to our sources, they began addressing such questions as the area of the Palestinian state, its borders, security arrangements between Israel and the Palestinians and whether or not to set a hard-and-fast timeline for implementation, or phrase the resolution as  a general declaration of intent.

Incorporating a target date in the language would expose Israel to Security Council sanctions for non-compliance.
It was indicated by the American side in Paris that the Obama administration would prefer to give Netanyahu a lengthy though predetermined time scale to reconsider his Palestinian policy or even possibly to broaden and diversify his coalition by introducing non-aligned factions or figures into such key posts as foreign affairs.
At the same time, both American and French diplomats are already using the club they propose to hang over the Netanyahu government’s head for gains in other spheres.

French President Francois Hollande, for instance, the first foreign leader ever to attend a Gulf Council of Cooperation summit, which opened in Riyadh Tuesday to discuss Iran and the Yemen war, used the opportunity to brief Gulf Arab rulers on Washington’s turnaround on the Israeli-Palestinian issue.

And US Secretary of State John Kerry plans to present the Obama administration’s new plans for Palestinian statehood to Saudi leaders during his visit to Riyadh Wednesday and Thursday, May 6-7. Kerry will use Washington’s willingness to meet Palestinian aspirations as currency for procuring Saudi and Gulf support for a Yemen ceasefire and their acceptance of the nuclear deal shaping up with Iran.

Voir également:

Le règne de la vertu – La dictature de Robespierre
Louis Madelin
Revue des Deux Mondes tome 1, 1911

Le 16 germinal an II, Jacques Danton montait à l’échafaud avec ses « complices ; » le 4 du même mois, Jacques Hébert et sa « bande » avaient péri. Seuls, depuis le lamentable effondrement des Girondins, Hébert et Danton gênaient, à des degrés divers, l’omnipotence de Robespierre. Leur sang semblait donc pour longtemps cimenter le pouvoir de Maximilien et je peux dire son sacerdoce ; ce sang impur n’était-il pas offert en holocauste à l’Etre Suprême, trop longtemps offensé par l’athéisme et l’immoralité de ces scélérats ? Les « victoires » du 4 au 16 germinal, ne nous y trompons point, ne sont pas seulement celles d’un homme, ni même d’une politique : voyons-y le passager triomphe d’une secte religieuse. Désormais la « Vertu » l’emporte et, avec elle, Dieu ressuscita. Jusqu’au 9 thermidor, quatre mois durant, la France va connaître le gouvernement le plus singulier et d’ailleurs le plus effroyable, celui qui fera rouler des têtes au nom d’une mission divine.

I
Certes, depuis plus de huit mois, Robespierre semblait l’homme le plus puissant du pays. Après avoir, avec l’appui de Danton, précipité les Girondins du pouvoir, il avait, le 10 juillet 1793, fait éliminer Danton du Comité de Salut public où un instant celui-ci avait paru régner ; Maximilien y avait prudemment, — c’était sa façon, — fait entrer ses amis, puis le 27 juillet, la majorité lui étant assurée, s’y était fait élire. Et depuis lors, il semblait, de cette célèbre salle verte du Pavillon de Flore, où besognait le terrible Comité, dominer la Convention et le pays.

Il s’en fallait cependant qu’avant le printemps de 1794, il pût tout diriger. Il avait dû assister presque impuissant aux « intrigues des factions » et presque à leur triomphe. Plusieurs fois, la Convention avait failli faire rentrer Danton au Comité et sa faction d’indulgens ; par ailleurs, Maximilien avait dû, la rage au cœur, accepter cet opprobre : le triomphe momentané de la faction des exagérés, ces Hébertistes transgressant les dogmes qui lui étaient chers et froissant ses sentimens les plus intimes. Enfin, des provinces où ils desservaient sa politique, les proconsuls l’avaient presque bravé, des « pourris » par surcroît, que son incorruptibilité vomissait et que soutenaient les « factions » de Paris.

Le « règne de la Vertu » ne s’établit donc pas en un jour et il importe de voir de quelle réaction la redoutable dictature parut le fruit : l’Eglise robespierriste avait été militante et même souffrante, avant d’être, pour une heure, triomphante.

Eglise ! Le mot s’impose à nous, mais il avait déjà cours. Son chef et ses apôtres suffisent à marquer d’un caractère vraiment sacerdotal cette singulière confrérie.

Interrogeait-on sur Robespierre un des séides qui l’entouraient, il répondait : Maximilien est l’homme de la vertu.

Il était l’homme de la vertu : probe, chaste, moral, il avait, de l’aveu de Danton, étonné, « peur de l’argent ; » il avait plus peur encore de la femme, et, en ayant la peur, il en avait la haine. Cette phobie était avérée : si, en décembre 1793, une « patriote » pourtant pure, Emilie Laroche, plaide près de lui la cause de Hérault de Séchelles, on écrit : « Il n’y fera pas attention : c’est d’une femme. » Bien au contraire, telle intervention suffirait à perdre le bel Hérault, spécialement haï parce que lui, au contraire, pratique la femme. On dira de Maximilien qu’il est « un prêtre : » par certains côtés il semble plus : quelque moine fanatique persuadé que la femme est « la bête de perdition » destinée à dégrader l’homme et à le faire tomber : il n’a ni épouse ni maîtresse ; il méprise qui se laisse conduire par la maîtresse ou l’épouse : Danton, Hébert, Desmoulins, Tallien, Barras, Fréron encourent à bien des titres sa rancune, mais il déteste spécialement en eux des hommes « avilis » que conduisent des femmes. Mme Roland l’a littéralement exaspéré : nul n’a plus contribué que lui à mener à l’échafaud l’héroïque Manon. C’est lui qui, d’ailleurs, y jettera Lucile Desmoulins qui l’a longtemps cru son ami, et la « veuve Hébert, » après la « veuve Capet. » Et c’est lui encore qui, à la veille de Thermidor, y acheminera, avec une sorte de joie cruelle, cette belle fille de Thérézia Cabarrus, la maîtresse de Tallien. Si, de sa prison, elle réclame moins de gêne : « Qu’on lui donne un miroir, » ricanera-t-il. Et on sent passer, dans cette raillerie, la haine de cette beauté féminine qui a stupidement ensorcelé Tallien, hier « pur. » Il n’est pas jusqu’à sa sœur Charlotte qu’il n’ait, d’une main froide, écartée de sa vie. Pour la première fois, ce pays de France, sentimental et rieur, est gouverné par un ennemi de la femme et du rire.

Il n’est pas laid cependant, ce Maximilien : les demoiselles Duplay, dont il est l’hôte, le trouvent charmant et le lui font bien voir ; la citoyenne Jullien dont, à la vérité, les lettres sont celles d’une fanatique du prophète, lui trouve « les traits doux ; » et, de fait, aucun portrait ne révèle « la figure de chat » dont parle aigrement Buzot. Son portrait par Danloux nous présente un jouvenceau élégant, à la taille mince, aux traits à la vérité un peu forts, le nez et les lèvres trop larges, mais, en dernière analyse, de physionomie fort peu antipathique. Les yeux, sans doute, clignotaient derrière des besicles bleues ; c’était, disait-on, pour ne se point laisser pénétrer : au demeurant, d’une correction parfaite, les cheveux frisés, poudrés, les joues toujours soigneusement rasées, le petit corps maigre bien pris dans une redingote bleue ou marron qu’il porte sur la veste de casimir, chemise brodée à jabots, manchettes toujours blanches, ce sans-culotte se culotte de soie, trop fier pour sacrifier au débraillement républicain. Jusqu’au bout, les effets resteront sans taches, jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à cette horrible matinée du 10 thermidor où il viendra s’échouer, éclaboussé de sang et d’ordure, en lambeaux, sur la table du Comité de Salut public, en attendant l’échafaud : « habit de drap de Silésie taché de sang, » lit-on dans l’inventaire du greffe. Sa chambre aux rideaux bleus, son cabinet, où il peine cependant (car sa littérature sent l’huile), sont toujours bien rangés, — remplis d’ailleurs (plusieurs témoins signalent ce trait) de ses portraits et de ses bustes : on y voit Maximilien « sous toutes les formes. »

Le trait est à retenir. Maximilien est avant tout personnel. Nul n’a porté plus haut l’orgueil d’être soi. « Vertueux, » il a reçu du Très-Haut mission de faire régner la vertu. Infortune affreuse, voici la France aux mains d’un de ces terribles missionnaires qui sévissent de temps à autre pour écraser « les impies » et les « corrompus, » les « Amalécites, » disait Cromwell, bref les « non-conformistes. » Ce sont les pires tyrans. A une mission surnaturelle la nature même doit être sacrifiée : Robespierre lui sacrifiera tout, et d’abord l’amitié, la reconnaissance, la tendresse. De Camille Desmoulins, son vieux camarade de Louis-le-Grand, à la petite Lucile au mariage de laquelle il a servi de témoin ; de Brissot, avec lequel il a probablement grossoyé chez le procureur, à Danton dont il sait fort bien qu’il fut un loyal compagnon de luttes, il n’hésitera jamais à jeter un ami sous le couperet. Sa sœur put penser qu’il l’y voulait envoyer. Au fond, il n’aimait personne, parce qu’il se vénérait.

« Etre atroce qui ment à sa conscience, » a écrit de lui la vindicative Manon Roland. Non ! Il obéit, au contraire, à sa conscience ; pénétrée de sa mission, cette conscience lui commandera la calomnie (contre les Girondins notamment) et jusqu’au faux (s’il s’agit de perdre un Hérault de Séchelles contre lequel il forge une pièce) : c’est qu’il ne s’agit point aux yeux de Maximilien de frapper un ennemi personnel : son ennemi est « l’ennemi de la vertu. »

D’ailleurs, aucun doute : s’il incarne la vertu, il tient la vérité. D’où une sorte de sérénité : celle d’un prêtre infaillible : le caractère frappe, dès 1792, qui l’approche. « Robespierre est un prêtre, » a-t-on écrit alors (probablement le mot est-il de Condorcet) : un prêtre et presque un prophète du nouveau Millénaire. « Il y avait en cet homme-là du Mahomet et du Cromwell, » dit un conventionnel. Du pontife il a l’impassibilité. Certes, il n’est pas immuable, étant, ainsi que l’écrivait récemment un excellent historien, M. Sagnac, « grand opportuniste ; » il n’est pas immuable dans ses attitudes, mais il l’est, au fond, dans l’idée maîtresse de sa vie. Il y croit sincèrement, et sa force est dans sa sincérité. Il n’est pas l’ « hypocrite raffiné » que Bossuet a flétri en Olivier Cromwell. Se tenant pour l’homme de la Liberté, de la République, de la Révolution, il estime en toute candeur que quiconque lui fait obstacle est l’ennemi de la Révolution, de la République et de la Liberté. Or lui fait obstacle quiconque excite sa « bilieuse jalousie : » qui a plus de talent et de succès, plus d’audace et plus d’entregent, lui porte nécessairement ombrage. Sa jalousie inquiète multiplie ses ennemis : ce sont ceux de la Patrie. Celui qui n’est pas avec lui est contre elle.

Le prophète proclame des dogmes. Tout d’abord, la Terreur soutenant la Vertu et la Vertu justifiant la Terreur. Le 25 décembre, le dogme fondamental a été proclamé par le pontife infaillible. « Le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la Vertu ; en révolution, il est à la fois la Vertu et la Terreur. » Certes, il n’a inventé ni le système ni le mot. Dès le 5 septembre, « les sections de Paris » sont venues demander qu’on « plaçât la Terreur à l’ordre du jour » et, depuis l’été de 1793, Fouquier-Tinville expédie à Sanson « gros et petit gibier. » Ce n’est cependant que du jour où la doctrine a été proclamée par l’Incorruptible sainte, pure et indiscutable, que « l’activité du tribunal » a redoublé. Alors commencent les belles fournées de l’hiver de l’an II qui deviendront « magnifiques » une fois les Indulgens supprimés en germinal (155 victimes en germinal, 354 en floréal), et formidables, quand la loi de Prairial, qu’on peut appeler la loi Couthon-Robespierre, permettra à l’accusateur public d’envoyer, en quarante-sept jours, 1 366 « cliens » au « rasoir national. »

Il serait injuste de faire de cet homme le bouc émissaire de la Terreur. Des proconsuls qu’il n’aimait pas, Carrier, Lequinio, Tallien, Barras, Fréron, Fouché, Collot d’Herbois, Javogue, Le Bon, Schneider, faisaient à Nantes, Lorient, Bordeaux, Toulon, Marseille, Lyon, Amis, Strasbourg, tomber des têtes avant que Paris connût « les belles fournées d’aristocrates. » Mais s’il parut un jour les blâmer, c’est moins d’avoir terrorisé, que d’avoir terrorisé « sans vertu. » De toutes parts, le monde infâme que la Terreur exaltait jusqu’à la démence avait les yeux fixés sur lui avec une sorte de gratitude. Tyranneaux subalternes et délateurs immondes l’adoraient parce qu’il leur avait appris que, forgeant des fers et répandant le sang, ils servaient « la Loi, » « la Patrie, » la Vertu » surtout. « Quelles délices tu aurais goûtées, a écrit un de ces misérables, Achard (de Lyon où l’on mitraille) : quelles délices tu aurais goûtées, si tu eusses vu, avant-hier, cette justice nationale de 209 scélérats ! » et la lettre adressée à un ami du « grand patriote » se termine par : « Le bonjour à Robespierre. » Ils l’adorent tous.

C’est que Robespierre a proclamé ces mouchards, ces geôliers et ces bourreaux, les « hommes de la Vertu. »

Deux autres dogmes cependant seront proclamés ex cathedra : la croyance à l’Etre Suprême, sanction de la vertu, satisfaction donnée aux « âmes pures » et aux élans vers le ciel du Vicaire savoyard, et, par ailleurs, le respect de la propriété sacro-sainte, fondement de l’Etat et de la République ; car, s’il a pu, à certaines heures, paraître mériter, par des concessions purement verbales, les félicitations de la Société des indigens, Maximilien restera, de 1789 à 1794, socialement parlant, un conservateur.

Déiste et conservateur, il l’est avec le même dogmatisme que moraliste et terroriste, c’est-à-dire qu’il se sent une sorte de haine contre les non-conformistes en matière sociale et religieuse comme en matière politique. « Mauvais citoyen, » certes, celui qui prêche « l’indulgence » ou qui, sans vertu, pratique la terreur, mais « mauvais citoyen » aussi qui nie l’existence de l’Etre Suprême et « mauvais citoyen » qui ose prêcher le partage des terres. Telles dispositions lui font apercevoir un monde de « scélérats. » Dans ce pays où, s’est-il écrié en janvier 1793, « la vertu est en minorité ; » mais plus précisément dans cette Convention où Danton et Hébert ont tant d’amis, que peu d’élus au regard de tant de réprouvés ! Sa sombreur s’en augmente. Son maître Rousseau dont il commente le soir, aux enfans du menuisier Duplay, l’œuvre immortelle, « comme un curé de village, dit Barras, explique l’Evangile à ses paroissiens, » entend que les non-conformistes soient chassés de la Cité. Le prophète appliquera la doctrine du Dieu, mais de terrible manière ; ce n’est point seulement hors de la Cité que seront jetés ces scélérats, mais sous le couteau. Au fond ces « scélérats ». soiit des hérétiques, car Robespierre, comme Torquemada, est, suivant le mot ironique de M. Aulard, « le maître de la vérité. »

« La vertu a toujours été en minorité ! » Robespierre ne compte que sur quelques amis, surtout à la Convention : Couthon, Saint-Just, Le Bas. Ce sont les séides de ce Mahomet, les émirs du Prophète.

Couthon plaît à Maximilien par son spiritualisme : lui a non seulement lu le Vicaire savoyard, mais il l’a paraphrasé. Ce n’est pas sans quelque regret que le représentant du Puy-de-Dôme a vu disparaître « messieurs les curés » dont, à la fin de 1791, il louait encore « le zèle et la délicatesse ; » il a toujours protesté que, loin de travailler contre « la religion de nos pères, » les députés travaillaient pour elle « par le rétablissement des mœurs. » Car s’il est religieux, il l’est avec ce puritanisme qui est vraiment la marque du groupe : ce malheureux Couthon, à dire vrai, a peut-être moins de mérite qu’un autre à être de mœurs pures, infortuné qui s’avoue cousu de maux, geint en toutes ses lettres sur son sang avarié et ses jambes recroquevillées, et ne quitte sa voiturette de cul-de-jatte que pour se faire porter à la tribune. A la veille de Thermidor, c’est lui qui, fort de ses bonnes mœurs, dénoncera avec âpreté « les hommes impurs qui cherchent à corrompre la morale publique sur le tombeau des mœurs et de la vertu. » Mais dès 1793, il a admis que « la religion était l’appui des bonnes mœurs, » et si, à l’automne de cette année-là, il a supprimé le culte catholique, c’est avec les considérans d’un puritain d’Ecosse abolissant le presbytérianisme après le papisme : car louant « l’architecte » qui « maintient l’harmonie dans la nature » et dont nous sommes « les enfans, » il affirme n’avoir « détruit la religion des prêtres » que pour instaurer « la religion de Dieu. » Ce « Dieu de vérité » qu’il salue du haut de la tribune, il trouve sa main partout. Nul orateur « clérical » n’a aussi souvent fait appel au Très-Haut et discerné sa dextre : c’est le Très-Haut qui « servant mieux la Révolution que les hommes » a « rappelé » Léopold d’Autriche, ennemi de la France ; et c’est Lui qui, inondant de soleil la fête de la Victoire en 1794, a marqué sa prédilection aux républicains, en « ouvrant pour la première fois depuis longtemps son œil bienfaisant. »

Personne n’a, plus que ce singulier Jacobin, entretenu Robespierre dans cette sorte de mysticisme déiste que le groupe imposera, nous le verrons, aux agens subalternes à l’heure des passagers triomphes. Personne aussi ne contribue plus à donner à cette religion un caractère sombre et terrifiant. L’infirme qu’aigrit son malheur et auquel ses maux font pousser parfois en pleine assemblée des cris de douleur, ne saurait être un souriant apôtre. Dans ses lettres nous le trouvons hanté jusqu’au délire par la crainte des éternels conspirateurs : « Le nombre des complices est immense… Patience, ajoute-t-il, nous saurons délivrer la République de tous ses ennemis. »

Le vrai séide n’est cependant point Couthon, c’est Saint-Just, qu’on appellerait l’enfant de chœur de cette église (il a vingt-cinq ans en 1794), s’il n’était fort supérieur à Robespierre en intelligence et en talent. « Esprit de feu, cœur de glace, » le mot est de Barère et paraît exact. Ce joli garçon, dont Greuze a laissé un charmant portrait, est « un terrible adolescent. » Les Robespierristes eux-mêmes en gardaient un souvenir terrifiant. « Son enthousiasme résultait d’une certitude mathématique, écrit l’un d’eux, Levasseur de la Sarthe… Pour fonder la République qu’il avait rêvée, il aurait donné sa tête, mais aussi cent mille têtes d’hommes avec la sienne. » L’ex-conventionnel Baudot nous le peint, vibrant et coupant, « ne parlant que par sentences. » Orgueilleux jusqu’au miracle, il « portait sa tête comme un Saint-Sacrement : » ne riant qu’ironiquement, il rebutait et alarmait. Audacieux et inflexible, il dépassait Robespierre, — s’il était possible, — en dogmatisme. Nouveau venu à la « vertu » (il avait, dans sa prime jeunesse, composé un poème érotique et commis plus d’une peccadille), il savait parler de la morale mieux qu’homme du monde. « Voyant des criminels dans tous les dissidens, » dit un conventionnel, il flattait l’idée favorite de Robespierre. Il avait épaulé celui-ci, mais le poussait : moins « légaliste » que Maximilien, il était l’agent des exécutions, « le chevalier porte-glaive, » dit M. Claretie. Il eût renié le Maître, si celui-ci avait faibli.

Quant à Le Bas, son fanatisme a quelque chose d’émouvant. Aveugle lorsqu’il s’agissait de Robespierre, ce jeune Le Bas livre, dans ses lettres à Elisabeth Duplay, sa fiancée, puis sa femme, une âme ingénue : pour servir le Maître, il sacrifie tout, s’arrache en soupirant de son idylle, mais sans hésiter, et, après lui avoir voué sa vie, se vouera pour lui à la mort, sachant que tous, là-bas chez les Duplay, l’approuveront, la jeune femme, la belle-sœur, le papa et la maman Duplay. Vraiment les seuls prophètes trouvent de tels serviteurs et les grands égoïstes de tels amis.

II
Le reste du monde politique, Robespierre l’avait en méfiance, surtout en cet hiver de 1793-1794 où la Convention semblait encore subir l’influence de Danton tantôt, et tantôt de l’Hôtel de Ville hébertiste. En somme, tout ce monde lui paraissait tenir en échec la Vertu.

Grand réaliste en face de cet idéaliste presque mystique, brutal, violent, mais parfois généreux, impulsif, autant que l’autre était calculateur, Danton est l’antithèse de Robespierre. Capable de folles colères suivies de prompts retours, d’actes de prodigieuse énergie et d’inexplicables nonchalances, c’était pour Maximilien un adversaire redoutable, mais dont la cuirasse de bronze présentait vingt défauts. Robespierre le tenait pour improbe. Avait-il tort ou raison ? Danton peut-être ne tripota pas, mais couvrit plus d’un tripotage. En cette âme tumultueuse et trouble on découvre, pêle-mêle, dans une lave incandescente des métaux précieux et d’horribles scories. Assurément, on volait autour de lui et l’on jouissait. Lui, truculent, ardent, aimant la femme, — plus particulièrement la sienne, les siennes, car il en eut deux qu’il adora follement, — se plaisant à la ripaille, vrai personnage de Shakspeare, fanfaron de vices et parfois de crimes, paraissait assurément s’éloigner fort de « l’homme de la Vertu. » Il plaisantait d’ailleurs ceux que son ami Chabot (celui-là un vrai voleur) appelait « les catonistes, » et toute cette famille Duplay où prêchait Robespierre, un sot qui fanatisait ces belles filles au lieu de les aimer et transformait en Spartiates et en Romaines ces petites Parisiennes : « Cornélie Copeau, » disait-il en riant de la fille du menuisier, platonique et grave amoureuse.

Au fond, c’étaient ces railleries que Robespierre ne pardonnait pas, et moins encore le génie de ce Danton qui vraiment, à nos yeux, domine de cent coudées l’étroit politicien. Mais il affectait d’être avant tout scandalisé des « mœurs » de son adversaire : un « scélérat, » dira Couthon, qui pratiquait un « système d’immoralité, d’athéisme et de corruption, » et particulièrement avait affirmé — abominable chose, — qu’après la mort, l’homme rentrait dans « le néant. »

En fait Danton paraît bien avoir été athée, sans d’ailleurs avoir jamais voulu ériger en doctrine un sentiment tout personnel. Libre penseur, il n’était pas fanatique. Les prêtres ne l’occupaient pas : il en avait laissé massacrer une centaine aux Carmes sans remords, mais quand, en pleine Terreur, sa fiancée (bonne catholique), avait entendu faire bénir leur union par un « réfractaire, » il y avait consenti. Il n’était point pour une Eglise d’Etat, pas plus la constitutionnelle que la catholique, et pas plus le culte de la Raison que celui de l’Être Suprême. Il pensait que chacun devait vivre à sa guise et, Robespierre étant partisan de l’école obligatoire (pour ne citer qu’un trait), Danton la voulait libre. Mais cette facilité de doctrine même, Robespierre la tenait pour immorale. En toute sincérité, il tenait pour un médiocre républicain ce Danton, dix fois plus « libre penseur » que lui.

D’autre part, depuis quelques mois, en cet hiver de l’an II, — ce terrible Danton encourait à d’autres titres l’excommunication majeure. Ne voulait-il point qu’on mît fin à la Terreur, lui l’homme qui avait presque assumé la responsabilité des massacres de Septembre ? Ce dessein était connu. Au scandale des purs, Danton prônait « l’indulgence. » Lorsque, après la condamnation des Girondins, Camille Desmoulins était venu, en pleurs, se jeter dans ses bras, criant : « C’est moi qui les tue ! » Danton avait pleuré avec lui, et, un soir, passant sur le Pont-Neuf, il avait, dans une sorte d’hallucination, montré à Camille la Seine qu’éclairait le soleil couchant : « Regarde : la Seine coule du sang. Ah ! c’est trop de sang versé. Allons, reprends ta plume et demande qu’on soit clément. » Desmoulins l’avait entendu. Lui aussi avait autrefois allumé les incendies ; mais, depuis des mois, il restait consterné du désastre : « Ce pauvre Camille, » avait écrit de lui le puissant Mirabeau. Il restait « ce pauvre Camille, » enfant terrible, journaliste d’élan, ne calculant rien, âpre folliculaire en 1789, dont un charmant mariage avait adouci l’âme ulcérée, en le dotant d’ailleurs de quelques rentes. Danton ayant parlé, Camille avait lancé son terrible Vieux Cordelier qui prenait à la gorge le Père Duchesne, organe ignoble de l’Extrême Terreur, en attendant qu’il flétrît, avec la basse délation et la terreur sanglante, toute la clientèle de Robespierre.

Robespierre avait cependant, lors de l’apparition du Vieux Cordelier, détourné pour un instant de la tête de Desmoulins les foudres des Jacobins. C’est qu’il lui plaisait que les amis de Danton éventrassent ceux d’Hébert. Il les voulait tous détruire : le Père Duchesne jeté par terre, on tordrait le cou au Vieux Cordelier. Le Père Duchesne, en effet, c’était Hébert, c’était Chaumette, c’était leur Commune « exagérée, » c’était le communisme et l’athéisme affichés et un instant triomphans.

La Commune de Paris, sous l’inspiration d’Hébert et de Chaumette, semblait en effet, — sur le terrain social et religieux, — résolue à consommer ce que leur ami, le citoyen Fouché de Nantes appelait dans ses proclamations de proconsul, à Moulins et Nevers, puis à Lyon, « la Révolution intégrale. »

C’est en effet Fouché, futur millionnaire, qui, en Nivernais et en Bourbonnais, avait, dès l’été de 1793, pris une attitude si démagogique qu’elle avait déconcerté l’Eglise orthodoxe que présidait Maximilien, mais fort exalté l’Hôtel de Ville de Paris. Le futur duc d’Otrante avait, en ces riches provinces du Centre, prêché « la révision des fortunes, » « la guerre au négotiantisme, » « le partage des fruits de la terre, » « l’obligation pour la République d’occuper le travailleur, » tout cela pour faire triompher la formule maratiste : « La richesse et la pauvreté doivent également disparaître du régime de l’égalité. »

Chaumette, fort lié avec Fouché, l’avait poussé, puis suivi. La Commune avait félicité le proconsul et était entrée dans- ses voies : il fallait « inviter la nation à s’emparer de tout le commerce, de toutes les manufactures et à l’aire travailler pour son compte. » Hébert soutenait fort cette doctrine : si Chaumette était le théoricien de l’Hôtel de Ville, lui était le maître, puissant surtout par son terrible Père Duchesne, la feuille la plus répandue de Paris. On entendait convertir Robespierre à l’idée de « faire disparaître, lui écrivait-on, l’aristocratie mercantile. » Mais derrière le mot de révolution intégrale, Maximilien lisait le mot de révolution sociale. Rien ne pouvait plus froisser ses persistans principes de bourgeois conservateur que ces théories extrêmes : elles ne venaient pas de lui et cela eût suffi à les lui faire détester. Il regardait avec une irritation croissante les Hébert, les Chaumette, les Fouché favoriser la révolution communiste et y conquérir, chose grave, une partie de sa clientèle à lui.

Par surcroît, un autre mouvement, parti des mêmes milieux, l’offusquait jusqu’au scandale. On entreprenait la déchristianisation par le triomphe de la Raison. Et tel fait doit nous retenir un instant, car ce mouvement suivi d’une réaction violente permet de saisir le caractère exact de la lutte qui va s’engager, presque exclusivement religieuse.

Dès l’abord, — et c’est ce qui explique ces essais de culte, — la Révolution avait été marquée d’une indéniable tendance à s’ériger en religion ; 1789 est, somme toute, le point de départ d’une crise de mysticisme civique. MM. Tiersot et Mathiez, l’un étudiant plus spécialement les rites et l’autre la doctrine, ont parfaitement démontré à quel point, dès les premières heures, le Verbe s’était fait religieux, et rien ne serait plus intéressant que de résumer ici leurs édifiantes études : évolution des cultes et des dogmes, extension et transformation des fêtes où les Mehul et les Gossec mêlent une sorte de musique sacrée au son du canon et aux hymnes patriotiques.

L’organisation de l’Église constitutionnelle, « l’Eglise tricolore, » avait été un autre essai pour créer un culte révolutionnaire sans se détacher de ce que Couthon appelait encore en 1791 « la religion de nos pères. » Cet essai, on le sait, échouait lamentablement en 1791. L’Eglise artificielle, imposée par la Constitution civile, se dissolvait ; des prêtres jureurs avaient rallié le « papisme, » et d’autres avaient achevé leur évolution en se défroquant ; Grégoire soutenait avec peine les ruines branlantes du sanctuaire « tricolore. »

L’entreprenante Commune de Paris hâtait cette dissolution. De l’Hôtel de Ville, on méditait d’organiser, sur les débris de toutes les religions déistes, le culte païen de la Raison ou de la Liberté.

A cette entreprise Hébert prêtait son nom : le vrai instigateur fut pourtant bien Chaumette. C’était un aventurier que ses mœurs, — si j’en crois les gens bien informés, — eussent de nos jours conduit en cour d’assises (à huis clos). Lui aussi parlait de « la vertu, » mais il pratiquait le vice rare. Anaxagoras Chaumette se fût ici sans doute recommandé des philosophes grecs : comme eux, par ailleurs, il entendait déloger les dieux. Il fallait entre autres évincer le Christ. On commença à Paris par décrocher des clochers « les breloques du Père Éternel » dont on entendit faire des canons et des sous ; puis on parla d’abattre les clochers eux-mêmes, qui, « par leur domination sur les autres édifices, semblaient, écrivait-on à l’Hôtel de Ville, contrarier les principes de l’Egalité. » Le théâtre se mit à ridiculiser l’ancienne religion dans le Tombeau des Imposteurs et l’Inauguration du temple de la Vérité où une grand’messe était, sur la scène, chantée en parodie.

La Convention ne sembla pas tout d’abord portée à favoriser cette campagne. C’étaient cependant certains de ses membres qui avaient, les premiers, en province, tenté de substituer, dès l’automne de 1793, au culte chrétien le culte civique : Dumont à Abbeville, Fouché à Nevers, Laignelot à Rochefort, et bien d’autres. Sous l’inspiration de Chaumette, venu à Nevers, Fouché avait, par un célèbre arrêté, aboli le ciel, le purgatoire et l’enfer, en proclamant la mort « sommeil éternel. »

Le mouvement se généralisa : on se mit à brûler un peu partout « les vierges à miracles » et à rafler « l’argenterie des églises. » Entre les mains de Fouché l’évêque de l’Allier abjura- ; Gobel, évêque de Paris, allait l’imiter. Il y eut des détails grotesques : tel converti se lava la tête en plein club pour « se débaptiser » et, solennellement, Bechonnet, ci-devant prêtre, divorça publiquement d’avec son bréviaire.

Encouragée, la Commune pesait sur la Convention où, appuyé par Robespierre et même par Danton, l’évêque Grégoire résistait très courageusement à la poussée. Mais les « héberistes » de l’Assemblée faisait rage, gens dont Grégoire affirme qu’ils lui amenaient leurs femmes à confesse et leurs enfans à baptiser, mais publiquement « blasphémaient contre la révélation. »

Fouché envoyait des caisses de calices et de crucifix qu’on déballait devant la tribune. Cette opération grisait d’iconoclastie l’Assemblée. Lorsque, après un de ces « inventaires, » Gobel, traîné par Chaumette à la barre de l’Assemblée, s’y fût venu défroquer, la Convention, un instant conquise, céda. Le président, félicitant l’ex-évêque de Paris, déclara que l’Être suprême « né voulait pas de culte que celui de la Raison… et que ce serait désormais la religion nationale. »

Chaumette incontinent fit décider par la Commune que, « pour célébrer le triomphe que la Raison avait, dans cette séance, remporté sur les préjugés de dix-huit siècles, » on célébrerait, le 20 brumaire, une cérémonie civique « devant l’image de cette divinité, dans l’édifice ci-devant église métropolitaine. »

On a maintes fois décrit cette célèbre fête et comment une Liberté, empruntée à l’Opéra, siégea sur l’autel de la Raison. La Convention s’étant, sous prétexte de travail, refusée à assister à la fête, un cortège (extrêmement mêlé) amena la déesse aux Tuileries, et, en sa gracieuse présence, força l’Assemblée à décréter que Notre-Dame deviendrait à jamais Temple de la Raison. Bientôt Libertés et Raisons pullulèrent à Paris et dans les départemens, vierges folles trop souvent (à côté de quelques « déesses » dont le nom étonne) : si l’une de ces Libertés portait sur son front une banderole ornée de ces mots : « Ne me tournez pas en licence, » le conseil n’eût été presque nulle part superflu, car partout s’organisaient de répugnantes saturnales.

Tout cela froissait Robespierre. Lorsque, dès frimaire an II, un de ses hommes, Payan, dénonçait « ces déesses plus avilies que celles de la Fable, » il applaudissait au propos. Collot d’Herbois lui-même, sermonné au Comité, flétrissait « cette Raison postiche qui courait les rues avec les conspirateurs (les Hébertistes déjà menacés) et terminait avec eux leurs prétendues fêtes dans de licencieuses orgies. » Couthon, à la fête de la Victoire, tint des propos fort déistes. Enfin Maximilien lui-même prononçait le 1er frimaire au club ce discours célèbre où il proclamait « toute populaire… l’idée d’un grand Être qui veille sur l’innocence opprimée et qui punit le crime triomphant ; » le 16, il faisait condamner par la Convention « les extravagances du philosophisme. » « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer, » avait-il, entre autres propos, affirmé péremptoirement.

Brusquement, le culte de la Raison oscilla sur ses autels. A Paris, Chaumette et Hébert étaient menacés et dans les départemens où quelques Raisons, fort prudemment, regagnaient, qui les coulisses du théâtre, qui te foyer familial, les proconsuls « athéistes » se sentirent en détresse. Robespierre avait résolu de les faire rappeler, ces misérables et indignes satrapes qui, non contens de pratiquer des « mœurs » contraires à la vertu, expulsaient de son presbytère jusqu’au vicaire savoyard.

Pour les abattre plus sûrement, il fallait abattre leurs protecteurs de Paris, ces « conspirateurs, » ces « scélérats » qui, écrira Couthon, « adoptaient le système absurde et désespérant du néant : » Danton et ses hommes, Hébert et ses complices.

Comment Robespierre les abattit dans les journées de Germinal, nous n’avons pas à le raconter ici. Remarquons seulement que le double procès eut un caractère nettement « moral. » Contre les Hébertistes, il fut vraiment impossible d’articuler un grief sérieux, sauf celui d’avoir eu de mauvaises mœurs ou d’avoir ébranlé celles d’autrui « par la religion de l’athéisme ; » Gobel, qui les suivra à l’échafaud, n’y sera conduit, somme toute, que pour avoir foulé aux pieds sa crosse ; et quant à Chaumette, il est assez caractéristique qu’il se vit reprocher en plein tribunal par le président, Robespierriste fervent, d’avoir démoralisé l’esprit public en supprimant les messes de minuit, le 25 décembre 1793.

Contre les Dantonistes, tels reproches n’étaient pas de mise : Danton lui-même avait, à la Convention, montré quelque dégoût pour « les mascarades » de la Raison. Contre eux, on ne vengea pas l’Être Suprême, mais « la Vertu. » N’ayant à formuler aucun reproche précis contre Danton, on l’accusa de conspiration réactrice, ce qui lui arracha ces magnifiques réponses où l’ironie se mêlait à l’indignation et qui font de son procès une des scènes les plus prodigieusement intéressantes de ce drame révolutionnaire ; mais on avait eu soin de l’entourer d’amis compromettans : Fabre, Chabot, Hérault et autres, dont « l’improbité » ou « l’immoralité » paraissaient établies. Ces « scélérats » salissaient le puissant tribun de leurs « vols » et de leurs « débauches. »

Et c’est pourquoi, lorsque, le 16 germinal, la tête de Danton roulait, douze jours après celle d’Hébert, dans le panier de Sanson, la Vertu était tenue pour triomphante et le Vice pour terrassé.

La veille de cette bataille décisive, Couthon avait écrit (il était certainement l’écho de son milieu) : « Si l’Enfer est contre nous, le Ciel est pour nous et le Ciel est maître de l’Enfer. » La maison des Duplay devenait un Vatican contre lequel les portes de l’enfer ne pouvaient prévaloir.

III
« Le ciel » étant resté « maître, » Robespierre paraissait désormais le chef incontesté. Les dogmes triomphaient avec le pontife. L’Europe (Sorel l’a admirablement montré), l’Europe, mal instruite de sa personnalité, crut qu’un Cromwell était né : de Vienne à Londres, de Pétersbourg à Naples, on affirmait qu’il allait mettre fin à la Révolution.

Il n’y songeait point. De cerveau médiocre et d’âme rétrécie, il n’était pas fait pour concevoir une grande tâche. Il ne pensait toujours qu’à s’assurer contre « ses ennemis, » — ceux de la République s’entend. Qui étaient-ils ? Son vicaire l’a proclamé à la Convention. Il faudrait reproduire ici le discours de Saint-Just où tient tout un programme, non de restauration, mais d’extermination : « Ce qui constitue la République, c’est la destruction de tout ce qui lui est opposé. On est coupable contre la République parce qu’on s’apitoie sur les détenus ; on est coupable parce qu’on ne veut pas de la vertu ; on est coupable parce qu’on ne veut pas de la terreur… » Chaque phrase livrait des centaines de têtes à Fouquier-Tinville. Ce jeune sectaire semblait, devant l’Assemblée terrifiée, faire manœuvrer le déclic d’une gigantesque guillotine.

La Terreur allait donc continuer, frappant pêle-mêle royalistes et républicains, anciens amis de la Reine et d’Hébert, de Mme Roland et de Danton. C’est que Robespierre entendait étouffer dans le sang toute opposition.

Tout — une heure — lui sembla soumis. La Convention, en livrant Danton, s’était faite esclave. On y votait sans discussion et « avec un air de contentement, » sinon, dit Baudot, on était « l’objet de l’attention de Saint-Just comme du temps de Néron. » Il ne fallait point paraître triste ; on devait même se garder de sembler songeur. Barras cite ce député qui, s’étant vu regardé par Robespierre au moment où il paraissait rêver, s’écriait, terrifié : « Il va supposer que je pense quelque chose ! » Billaud qui, au printemps de 1794, ne s’est pas encore séparé de Robespierre au Comité, participe à sa mentalité absolutiste ; prononçant un discours à la Convention, il s’interrompt brusquement et, impérieusement : « Je crois, s’écrie-t-il, qu’on murmure ; » un grand silence plana. Ce Comité, c’est un César à dix têtes qui, pour trois mois, est soumis à Maximilien.

Celui-ci en profitait pour faire rappeler les proconsuls détestés. Déjà Robespierre leur a substitué en province des missi dominici à lui, des agens nationaux qui, partout, entravent, puis démolissent l’œuvre des représentans en mission, envoient à Robespierre des rapports sur les « crimes » commis par ces « despotes » et grossissent les dossiers sous lesquels, avant peu, le maître compte bien écraser cette queue d’Hébert et de Danton. Le type de ces envoyés spéciaux est le petit Jullien ; cet adolescent fait, de Nantes à Toulouse par Bordeaux, une tournée qui pourrait bien coûter cher à ceux qui ont terrorisé « sans vertu. » A Lyon, à Marseille, à Toulon, Robespierre ne se fiera qu’à son frère Augustin, qui, déjà, dénonce l’improbité de Fouché, de Barras et de Fréron. Quand ceux-ci ont regagné Paris, fort inquiets, ils tentent de désarmer le César. Ils courent tous chez Duplay, prêts à toutes les soumissions, à toutes les capitulations : ils trouvent figure de marbre, suivant l’expression de l’un d’eux. Fixés sur leur sort, ils vont saper l’idole et feront Thermidor, mais pas un n’osera, avant le 8 thermidor, élever la voix à la Convention contre ce « tyran » qu’ils démolissent dans l’ombre.

La force du « tyran » est que, maintenant, il tient l’Hôtel de Ville : au « papa Pache, » maire de Paris, suspect d’Hébertisme, on a substitué une des créatures de Robespierre, Fleuriot-Lescot, et, à Chaumette, un homme de la maison Duplay, Payan ; la nouvelle Commune est toute « robespierriste. »

Tenant l’Hôtel de Ville, il tient également le tribunal révolutionnaire ; le président Dumas est à lui, à lui l’accusateur public Fouquier-Tinville. Et le jury ne paraissant pas assez pur, on l’épure : le menuisier Duplay y va exercer une grande influence ; les jurés sont la garde prétorienne du maître et le vont chercher chez Duplay pour l’escorter à la Convention. Il croit tenir l’armée, faisant trembler les généraux : tout à l’heure Hoche et Kellermann seront jetés en prison ; on ne choisit les commissaires aux armées que parmi les amis de Robespierre (mauvaise manœuvre au surplus qui laissera dégarnie, en Thermidor, la gauche robespierriste). Maximilien, par ailleurs, a sous la main la pépinière du futur état-major, cette École de Mars, fondée depuis peu et où vingt-cinq jeunes gens, vêtus à la romaine, reçoivent la visite du Maître avec un enthousiasme que nous a dit l’un d’eux : Le Bas dirige de haut ces jeunes prétoriens. Au surplus, le « général » Henriot livre l’armée de Paris, ce misérable Henriot qu’on appelle couramment dans le peuple « la bourrique à Robespierre. » La propriété rassurée et la religion vengée ont foi en celui-ci : les députés de la Plaine, un Boissy d’Anglas, un Durand de Maillane ont peine à ne lui être pas reconnaissans d’avoir abattu les énergumènes de la Révolution intégrale, et l’évêque Grégoire d’avoir ressuscité Dieu.

Et puis, — et cela maintenant se dit et se redit, — il est « l’homme de la vertu. »

Jamais la vertu ne fut plus magnifiée. Certes, Robespierre n’a fait qu’emprunter le vocable à la phraséologie sentimentale de Rousseau et de vingt autres ; tous les tribuns des assemblées, tous les orateurs des clubs, tous les commissaires dans les départemens l’ont employé à satiété ; Mirabeau, l’homme le plus immoral de son époque, a tonné au nom de la vertu, et c’est pour « le triomphe de la vertu » que Carrier a noyé, Barras et Fréron fusillé, Fouché et Collot mitraillé, Le Bon guillotiné. Tallien, oui Tallien, a parlé au nom de la vertu, et n’est-ce point la citoyenne Therezia Cabarrus, future citoyenne Tallien (on ne s’attendait guère à la trouver en cette affaire), qui, dans une adresse à la Convention du 5 floréal, dit par quels exercices « on exercera les jeunes filles à la vertu ? »

Mais voici l’apothéose de la vraie vertu après l’écrasement du vice hypocrite. Et soudain le pays devenu « Spartiate » est tenu à la vertu. Dès le 16 germinal, la Convention vote un décret exigeant que chacun de ses membres rende un compte moral de sa conduite pour s’assurer « qu’il n’est devenu plus riche qu’en vertus. » Grand exemple. Cou thon a écrit : « Qui dit démocratie dit gouvernement vertueux par essence. » L’heure est venue, dira-t-il encore (cette fois à la tribune), de vouer « au mépris public… tous les êtres improbes et immoraux ; » et voici des précisions : il va falloir particulièrement proscrire « le concubinage honteux qui relâche les liens sacrés du mariage. » Qu’on ne croie pas à de simples formules. Voici telle Société populaire, celle de Provins, qui entend être chaudement félicitée, ayant fait conduire en prison « l’instituteur coupable d’avoir trop tardivement régularisé sa liaison. » Rien ne vaut un petit fait de cette espèce.

Maximilien qui nettoie le Palais-Royal, faisant rentrer les filles et sortir les joueurs, Maximilien lui-même continue à pratiquer la vertu au sein d’une vertueuse famille. Sa chambre bleue — vraie Mecque de la nouvelle religion, — est l’asile des vertus austères. Un jour, il dit à Robert Lindet : « Nous voulons fonder Salente. »

Salente sanglante ! Depuis que Robespierre a écrasé les indulgens, Fouquier-Tinville ne se possède plus : il crie, peste, plaisante, s’affaire, presse tout son monde. Il a exhorté le prudent Dumas « à serrer la botte aux bavards, » grâce à quoi les audiences vont vite. On condamne, tel jour, vingt-trois prévenus sur l’audition d’un seul témoin. » L’accusateur qui a toujours barboté dans le sang avec agrément, s’exalte, tout joyeux : « Les têtes tombent comme des ardoises. » Mais il espère mieux : « La semaine prochaine, j’en déculotterai trois ou quatre cents. » « Il faut, a déclaré Robespierre, que le tribunal soit actif comme le crime et finisse tout procès en vingt-quatre heures. » On les finit en vingt-quatre minutes.

Contre les prévenus les plus disparates, ci-devant grands seigneurs et domestiques, petits boutiquiers et religieuses, anciens membres de la Commune et marquises de Versailles, prêtres et magistrats, artisans et courtisanes et dans ce pêle-mêle Gobel, Chaumette, Lucile Desmoulins, Malesherbes, Lavoisier, le général Dillon, la duchesse du Châtelet, la veuve Hébert, Madame Elisabeth, griefs sommaires : complot liberticide, mais plus souvent l’accusation vague et commode : « a dépravé les mœurs, » — ce qui cadre bien avec le règne de la vertu ; et l’on voit bien, comment la Sainte-Amaranthe, raflée, dit Beugnot, avec tout son cercle, a dépravé les mœurs, mais Madame Elisabeth et Malesherbes ?

En tout cas, des « scélérats, » « déprava leurs des mœurs » emplissent sans cesse les prisons, que sans cesse on vide. A la veille de Thermidor, André Chénier et Antoine Roucher, Garat et Beauharnais, Hoche et Kellermann, les peintres Suvée et Robert, les comédiens du Théâtre-Français sont en prison pêle-mêle avec Therezia Cabarrus, Aimée de Coigny, Joséphine de Beauharnais, des représentans des trois Assemblées révolutionnaires et tout le d’Hozier français. Et tout ce monde a plus ou moins contribué à « dépraver les mœurs, » tout en menaçant la liberté.

En province, sous les commissaires robespierristes comme naguère sous les représentans hébertistes, les massacres continuent et les arrestations. Au 9 thermidor, il y aura 1 000 personnes dans les prisons d’Arras, 3 000 dans celles de Strasbourg, 1 500 dans celles de Toulouse, — à Paris environ 7 000, — victimes vouées à la mort pour que triomphe la vertu.

Il faut cependant « une sanction » à cette vertu, — c’est la théorie de Couthon. Il faut un ciel : il faut un Dieu. Tallien ricanera, le 11 thermidor, que « ce petit Robespierre » eût « déplacé l’Eternel pour se mettre à sa place. » En attendant, il achève de le restaurer.

Le 17 germinal, Couthon vient annoncer à la Convention que le Comité prépare une fête de l’Être Suprême. Commentant son propre discours, il écrit, le 21 : « C’est un besoin pour les âmes pures de reconnaître et d’adorer une intelligence supérieure. » Evidemment, qui n’éprouve pas ce besoin est « impur. » Du reste, on doit à Dieu ces hommages : n’est-ce pas « grâce à la Providence qui veille sans cesse sur nos destinées » que « ces monstres, » Hébert, Danton, ont été abattus ? Oui, le Très-Haut veille sur Robespierre : Dieu est robespierriste, — tout comme Fleuriot-Lescot, Fouquier-Tinville et le général Henriot. « Dieu nous bénit, » écrit Couthon le 12 floréal.

Le 18 floréal, le grand prêtre lui-même lance une encyclique : il vient lire son fameux discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains où tient toute la pensée du règne : il faut replonger « le vice dans le néant » et comme il est impossible à Maximilien d’oublier ses ennemis, même lorsqu’il les a fait guillotiner, il entend vouer à l’exécration ces athées : Vergniaud, Hébert, Danton, étrange triumvirat auquel il oppose (facilement, puisqu’ils ne sont plus là pour répondre) ce déisme qui fut la religion de Socrate et celle de Léonidas, — imprévu rapprochement. Quoi qu’il en soit, Robespierre obtint sans peine le vote du décret qui, sanction de son discours, établissait en France comme culte officiel celui de l’Être Suprême et de toutes tes vertus.

Discours et décret mirent le comble à l’exaltation mystique du monde robespierriste. De sa voix « cristalline » qui toujours semblait mouillée de larmes, Couthon en fit, aux Jacobins, telle apologie que le club acclama « avec transports » Dieu et son prophète : la société avait compris que l’athéisme « desséchant le cœur » eût fait de la France « un peuple d’esclaves. » Il est vrai que l’adresse de félicitations adressée par la Société à la Convention parut évidemment d’un style trop religieux au président, Lazare Carnot, l’homme le moins mystique du monde, qui l’accueillit assez sèchement le 27 floréal, — ce qui le rendit incontinent suspect de libertinage.

Mais les subalternes, au contraire, exagéraient les formules. A lire les proclamations et lettres des amis de Robespierre, on reste stupéfait. Vit-on sous une théocratie mystique où sous une république philosophique ? Les soldats qui sont en train de défendre la République et se font tuer pour elle n’ont été, — qui le croirait ? — inspirés que par le désir de « s’élancer dans le sein de la divinité : » C’est le jeune Jullien qui vient l’affirmer au club. Le Dieu des armées ressuscite donc, et voici que le Dieu de la Nature à son tour vient à la rescousse : le maire robespierriste prévoit de riches moissons. Fleuriot-Lescot n’a consulté ni les savans, ni les agronomes ; mais « l’Être Suprême, assure-t-il aux Parisiens… a commandé à la nature de vous préparer d’abondantes récoltes. Il vous observe, crie-t-il encore à ses administrés, soyez dignes de lui ! »

Les Parisiens se rendaient dignes de lui en préparant la Fête de l’Être Suprême.

Elle devait être l’apothéose du nouveau vicaire des Croyans.

Il ne lui manquait qu’un attentat pour corser l’apothéose : l’attentat vint à point. Une enfant fut saisie dans la cour des Duplay, porteuse de deux petits couteaux. On voulut que ce fût une Charlotte Corday : l’Incorruptible allait être égorgé. La petite Cécile Renault fut conduite à l’échafaud avec 53 « complices » qui jamais ne l’avaient vue, revêtus du voile noir du parricide. Maximilien n’était-il pas le père de la Patrie ?

Le 16 prairial, pour qu’il pût présider officiellement la fête du 20, il fut porté à la présidence de la Convention. Quelques ennemis, perfidement, l’y poussèrent, espérant rendre tangible cette dictature pour l’en mieux incriminer le lendemain. Car, cauteleux à son ordinaire, il régnait jusque-là sans se mettre tout à fait en avant, lançant Couthon, Saint-Just et les autres, faisant agir ses ressorts à l’Etat-major, à l’Hôtel de Ville, à la Convention, au Comité, sans prendre visiblement la tête. On voulait le faire monter au Capitole une bonne fois, pour qu’il y trouvât la Roche Tarpéienne.

David préparait la fête : il était le décorateur officiel, le ministre des Beaux-Arts de Maximilien. Marie-Joseph Chénier avait reçu commande de l’hymne que Gossec devait orchestrer. Mais Marie-Joseph avait blessé le maître en fournissant des hymnes à Chaumette. Il fut jugé indigne : le Pontife en était déjà aux excommunications majeures. Méhul et Gossec, pourvus d’une cantate orthodoxe, s’en allèrent, chaque soir, faire exécuter dans les sections le chant sacré, si bien que Paris, — le Paris sceptique et narquois que nous savons, — fut, une semaine durant, occupé à répéter, sur un mandement suivi d’un dispositif, un cantique au bon Dieu. On croit rêver.

M. Tiersot, après M. Aulard, a tracé un tableau fort pittoresque et des plus détaillés de la fête. Je n’en retiendrai que quelques traits.

Sous le ciel de juin, éclatant et propice (toujours « l’œil bienfaisant » que Couthon voit fixé sur lui et ses amis), le sol jonché de roses et les maisons tapissées de feuillage, les cloches échappées aux exécutions de Chaumette sonnent l’Alléluia, tandis que, les tambours battant, le canon tonne ; le peuple « enrégimenté » en un chœur gigantesque s’achemine vers les Tuileries, parterre immense et fleuri, car les hommes portant des branches vertes, les femmes élèvent des corbeilles aux mille nuances, « coup d’œil ravissant, de femmes en blanc couronnées de roses, » dit une spectatrice, Mlle Fusil. (Notons qu’à deux pas de là, place de la Révolution, de l’autre côté de la grille, le pavé restait rouge du sang de la veille et prêt à recevoir celui du lendemain.)

Devant le Château, la Convention est massée, elle aussi fleurie, car chaque représentant porte à la main un bouquet d’épis, de fleurs et de fruits. Au centre du bassin des Tuileries, le monument allégorique, la Sagesse terrassant l’Athéisme.

Chacun prenant place, Robespierre déjeunait au Château où, deux ans après l’éviction des Bourbons et cinq ans avant l’installation de Bonaparte, il représente seul, pour une heure, une manière de souverain. Il en avait conscience. Etait-ce joie ou inquiétude, sa voix tremblait, ses propos étaient entrecoupés. Vêtu de son habit bleu barbeau, — déjà célèbre, — la culotte de nankin bien tirée sur le bas de soie blanc, il portait avec une sorte de solennité l’écharpe et le panache aux trois couleurs. L’orgueil, vraiment, pour la première fois, lui fit perdre la tête et s’évanouir un instant son heureuse cautèle. Lorsqu’il saisit l’énorme bouquet qu’Eléonore Duplay lui avait préparé, il ressentit évidemment l’exaltation d’un pontife, maître des âmes.

Il était midi. Il parut au balcon, gagna l’estrade, se mit à la tête de la Convention qui, elle, avait attendu (c’était cependant le Souverain). De cette estrade, chaire ou trône, il prononça un long discours, rapsodie dont, pour être tout à fait dans la note (le fait a été récemment révélé), il avait prié un brave prêtre, vieux courtisan au demeurant, l’abbé Porquet, de lui composer le texte. Le sermon fini, cent mille voix entonnèrent l’Hymne au Très-Haut, « Père de l’Univers. »

Une heure après, l’énorme procession s’épanchait au Champ-de-Mars, au son des fanfares. Là encore, au milieu de groupes sentimentaux, mères tendres, pures jeunes filles, vieillards vénérables, soldats héroïques, tous pourvus d’attributs et décorés de fleurs, Maximilien pontifia. A la tête de l’Assemblée, il escalada la Montagne artificielle où, grottes, arbres, galeries, temple s’étageaient. L’immense chœur, derechef, s’était reformé que dirigeait le vieux Gossec. Maximilien était maintenant au sommet comme Moïse au Sinaï : l’Hymne montait vers lui et des nuages d’encens l’entouraient. Alors lui qui, à travers les déceptions, les querelles, les injures, les tendresses, les émeutes, les succès, les révolutions, était toujours resté impassible où sombre, lui qui ne semblait pas savoir sourire, s’épanouit à cette heure brève. Un rêve se réalisait : le pontife, — une minute, — dut se croire Dieu. IV
Une minute, il avait perdu de vue son plan de conquête sans tapage ; il était perdu. Il n’entendit pas que, derrière lui, des imprécations grondaient, partant des rangs de la Convention oubliée. Les ennemis soulignaient de murmures l’imprudence de l’homme.

Le soir même, la Décade osa plaisanter en termes acerbes la nouvelle religion d’Etat, et lorsque Maximilien, encore grisé, se rendit aux Jacobins pour y triompher, il s’y heurta à la morne figure de Joseph Fouché.

Par un hasard, ce « déchristianisateur » était président du club, où, déjà avisé, il avait cru trouver une place de sûreté. Il affecta, à la vérité, de s’associer à la joie générale, mais, après quelques phrases banales, il ajouta : « Brutus rendit un hommage digne de l’Etre Suprême en enfonçant un poignard dans le cœur d’un tyran. Sachez l’imiter. » Robespierre comprit : il le montrera bien lorsque, quelques jours après, il désignera Fouché comme le chef d’une conspiration tramée contre lui. Mais on avait applaudi la phrase audacieuse du président. Robespierre avait commis sa première faute.

Il ne lui en fallait plus commettre. On le guettait. Tout un groupe se tenait pour condamné par le règne de la vertu C’étaient ceux qu’autour de Robespierre, on appelait « les pourris, » proconsuls qui avaient fait de l’or dans le sang. C’étaient aussi les athées, la queue d’Hébert, particulièrement ce « misérable Fouché. » Il en fallait (le mot revient dans les discours di groupe) « purger » la Convention.

C’est le surlendemain de l’algarade de Fouché, le 22 prairial que surgit inopinément la proposition Couthon, destinée à livre : à Robespierre ses derniers ennemis. « Toute lenteur est un crime toute formalité un danger public ; le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître. » Le prévenus n’auront plus d’avocats et le jury par ailleurs juger en masse les accusés. Plus d’ « espèces ; » une seule inculpation seront déclarés ennemis du peuple « tous ceux qui cherchent anéantir la liberté soit par la force, soit par la ruse. »

C’est la dictature de l’accusateur public et du juge ; mais on sait bien qui tient juge et accusateur. Ce n’est pas tout, et voici où se trahit le vrai dessein : jusqu’à cette heure, les représentans, — de Vergniaud à Danton, — n’ont pu être traduits devant le tribunal que sur l’autorisation de l’Assemblée ; désormais ils le pourront être sur l’ordre seul des comités. L’article est pour Legendre, Fréron, Tallien, Barras, Fouché et cinquante autres. Les « ennemis » comprirent. « Si cette loi passe, s’écrie Ruamps, il ne me reste plus qu’à me brûler la cervelle. Je demande l’ajournement. » Des voix nombreuses le soutinrent.

Alors Robespierre, blême de colère, se leva. Il voulait sa loi, ses têtes : « Depuis longtemps, la Convention discute et décrète, parce que, depuis longtemps, elle n’est plus asservie qu’à l’empire des factions. » Il demande que, sans s’arrêter à la proposition d’ajournement, la Convention discute jusqu’à huit heures du soir, s’il le faut, le projet de loi qui lui est soumis.

Quel pouvoir d’hypnose exerçait cet homme ? Les opposans tremblans se turent. Une demi-heure après, la loi de mort était votée.

Maximilien partit, croyant tenir ses vengeances. Mais, dès le lendemain, l’Assemblée, soulevée, derechef s’insurgeait. Bourdon de l’Oise et Merlin obtenaient que, d’un trait de plume, on rayât l’article relatif aux représentans. Ces malheureux voulaient bien livrer la France, mais ils ne voulaient pas se livrer.

Robespierre tenait à l’article plus qu’à toute la loi. Il osa venir réclamer ces têtes qui se disputaient à lui. « Des intrigans, dit-il, s’efforçaient d’entraîner la Montagne, de s’y faire les chefs d’un parti. » — « Nommez-les ! » criaient les malheureux au comble de l’angoisse.

Il eût dû les nommer : dans l’état de terreur folle où se débattait la Convention, elle eût encore livré les têtes nommément désignées. Maximilien commit la faute de laisser planer les craintes sans rassurer la masse. « Je les nommerai quand il le faudra. » Mais il avait parlé, son œil vert fixé sur la Montagne. On s’inclina : l’article mortel fut rétabli.

Le soir même, Robespierre, qui tenait sa loi, entrait en campagne. La présence de Fouché au fauteuil des Jacobins était un scandale qui avait trop duré. Robespierre l’en fit chasser, ce soir du 23 prairial. L’autre s’éclipsa, restant désormais dans l’ombre où il tendit ses rets. Ces six semaines, — du 23 prairial au 8 thermidor, — sont affreuses. Le pays connut l’extrême Terreur : à Paris 40, 50, 60 têtes parfois par jour. « Boucherie, » dit M. Aulard. Le mot est juste.

Paris, rempli des « officieux » de Robespierre, était sous la surveillance d’une effroyable police. On craignait tout, le bruit d’une porte qui s’ouvrait, un cri, un souffle. Les salons étaient déserts, les cabarets vides : les filles ne descendaient plus au Palais-Royal où, — chose inouïe, — la vertu régna. Sous le soleil de Messidor, la ville morne attendait : Quoi ? Tous redoutaient tout, des sacristies aux lupanars.

Les députés ne venaient plus aux Tuileries, craignant d’y trouver une souricière : Prieur fut élu président par 94 voix. Les députés ne couchaient plus chez eux. Parmi ceux qui venaient, dit Thibaudeau, « des timides erraient déplace en place, d’autres n’osaient en occuper aucune, s’esquivant au moment du vote. » C’était la Convention-géante, l’Assemblée qui avait vaincu l’Europe, la Représentation nationale. Déjà Cromwell pouvait, du pavillon de Flore, apercevoir son Parlement croupion.

Il semblait vraiment régner sur un monde aplati : Barras, lors d’une suprême démarche, avait trouvé chez Duplay le général Brune, — le futur maréchal, — épluchant les légumes avec la femme du menuisier. On voit aussi chez le menuisier favori le conventionnel Curée, le futur tribun sur la proposition duquel l’Empire sera un jour proclamé et qui, à plat chez Robespierre, s’exerce à la servitude.

Mais, dans l’ombre, les « pourris » agissaient. Puisqu’ils ne pouvaient entraîner la Convention contre les comités, ils avaient entrepris de disloquer les comités. Au Comité de Salut public, Collot d’Herbois, Barère, Billaud-Varenne, Carnot, Prieur, Lindet, — à des titres divers, — se croyaient menacés, à voir l’exclusive faveur de Couthon et Saint-Just ; et le Comité de Sûreté générale presque tout entier se laissait entraîner contre Robespierre. Beaucoup, après tout, parmi les membres des comités n’avaient serré les coudes que devant l’absolue nécessité de préparer d’accord la résistance aux ennemis de la Patrie. A certains d’entre eux le salut public avait paru justifier leur dicta ture collective et leur imposer l’union. Mais les frontières étaient définitivement reconquises : la victoire de Fleurus, dont la nouvelle éclate à Paris en messidor, est le couronnement d’éclatans succès, et chaque succès, en diminuant le péril extérieur, dispose à trouver plus abusive la dictature intérieure et moins nécessaire l’union du comité. Ce « salut public » n’apparaît plus que comme un audacieux prétexte à la dictature, non plus d’un comité, mais d’une coterie et bientôt d’un homme. « Les victoires s’acharnaient contre Robespierre, » écrira Barère. Aussi Saint-Just recommandait-il à celui-ci de « les faire moins mousser à la tribune. »

Parmi les membres des comités d’autre part, certains se sentaient froissés ou menacés, les uns par l’éclatante réaction spiritualiste, les autres par l’insupportable puritanisme de la vertu. Si Carnot et Lindet goûtaient peu la nouvelle religion d’Etat, un Collot d’Herbois n’était point une rosière, et le vieux Vadier, qui parlait de ses « soixante ans de vertu, » les couronnait par d’étranges débauches. Si on faisait décidément passer la vertu des phrases de tribune aux réquisitoires de l’accusateur, la vie devenait instable.

La morgue pédante de tout l’état-major robespierriste exaspérait : le larmoyant Couthon était insupportable, moins cependant que l’arrogant Saint-Just. Le caractère pontifical de Robespierre faisait sourire ce vieux pitre de Vadier : à la Sûreté générale, il avait saisi les fils d’une affaire dont il entendait faire une machine de guerre. Une folle, Catherine Théot, se disait mère de Dieu : elle prédisait la venue d’un nouveau messie ; ce nouveau messie, ne serait-ce pas Robespierre ? Vadier croyait le démêler dans les propos extravagans de la prophétesse. Il compromit Robespierre en en faisant partout des gorges chaudes. On ricana. La force de Robespierre était d’avoir imposé à tous la gravité tragique. Mais, vraiment, on en avait assez en France. Du jour où le ridicule retrouvait ses droits, Robespierre était perdu.

Les ennemis à l’affût, Tallien, Fouché, comprirent qu’ils n’avaient qu’un parti à prendre pour se sauver : agrandir les fissures qui couraient le long du bloc jusque-là si ferme des comités. Ils s’y appliquèrent. Ils y devaient réussir. Les 8 et 9 thermidor, le bloc tombera en pièces et écrasera sous ses morceaux les missionnaires de la Vertu, les apôtres de l’Être Suprême, Maximilien en tête. En réalité, la dictature de la Vertu avait lassé. Notre joyeux pays se laisse impressionner, une beure, par les professeurs de moralité. Encore faut-il que ces professeurs ne coiffent point trop ostensiblement la tiare et ne transforment pas la tribune en chaire pontificale.

La chute de Robespierre sera très nettement marquée par une réaction de débauches. Lui le prévit et le prédit. « Les brigands triomphent ! » s’écriera-t-il le 9 thermidor. Quelques momens après, hagard, accablé, près d’être arrêté, il essaiera de faire front, il se tournera vers le Centre et tendant les bras aux gens du Marais, il criera : « Hommes purs ! hommes vertueux ! c’est à vous que j’ai recours ! » L’un de ces hommes, Durand de Maillane, lui répondra : « Scélérat, la vertu dont tu profanes le nom doit te traîner à l’échafaud. »

Que la réponse ait été le lendemain imaginée par le bon Durand ou qu’il l’ait prononcée, elle s’imposait. L’avant-veille même, 36 personnes avaient péri, dont André Chénier, le pur poète et, la veille, 55, parmi lesquelles 19 femmes ; et demain Hoche allait périr à son tour, — toujours au nom de « la vertu. » Vraiment cette « vertu » coûtait trop cher.

N’importe : soyons persuadés que Robespierre se croira sincèrement, le 9, victime de « brigands, » ainsi qu’il le dit. Jusqu’au bout, l’homme gardera une sincérité qui fait frémir. Au service d’un cœur de marbre et d’un esprit étroit, telle sincérité équivaut à la pire férocité. En tous cas, elle avait abouti au plus effroyable des régimes. Au plus étonnant aussi : des mois durant, la France aura connu et subi le système qu’elle détestera toujours comme le pire des despotismes : une théocratie fondée sur la morale. Le verbe de Rousseau aura donné naissance à la dictature de Calvin doublée de celle de Torquemada. « C’est ainsi, écrivait Saint-Just à Robespierre, que se gouverne un État libre. »

Voir de plus:

Fête de l’Être suprême au Champ de Mars le 20 prairial an II (8 juin 1794)
Thomas Charles Naudet
(1778 – 1810)
Musée Carnavalet – Histoire de Paris
1793
Aquarelle, gouache et pastel sur traits de plume et mine de plomb
Hauteur: 46,8 cm Longueur: 73 cm

En avril 1794, après l’élimination des Hébertistes, après les mesures prises à l’encontre des sans-culottes (épuration de la Commune de Paris, démantèlement des sections, etc.), le comité de Salut Public se trouvait privé d’un soutien populaire dont il avait craint les excès. La Révolution était « glacée », selon l’expression de Saint-Just. Quelques gages donnés à la bourgeoisie dans le domaine économique ne pouvaient suffire à élargir les bases sociales du régime. C’est pour dépasser les divergences idéologiques et les oppositions de classes par le recours à un consensus d’ordre moral et même métaphysique, que, dans le discours du 18 floréal an II, au cours d’une véritable profession de foi déiste, très imprégnée des idées de Rousseau, Robespierre réclama l’instauration d’une religion de l’Être Suprême. La célébration du nouveau culte fut admise par la Convention au nombre des fêtes nationales et décadaires. Cette religion de substitution devait théoriquement pallier les effets de la déchristianisation croissante, ceux qu’entraînait la disparition du principe d’ordre sous-tendu par le catholicisme. Fondée en nouvelle théologie, la Vertu devient alors garante de la pratique politique puisque, selon Robespierre, « le fondement unique de la société civile, c’est la morale » et que « l’idée de l’Être suprême et de l’immortalité de l’âme est un rappel continu à la justice : elle est donc sociale et républicaine » (Rapport du 18 floréal).

C’est David, grand ordonnateur des fêtes révolutionnaires depuis 1791, qui fut chargé de l’organisation de la cérémonie. Commencée aux Tuileries, où Robespierre mit le feu à un groupe de l’Athéisme, père de tous les vices, pour mettre au jour l’effigie de la Sagesse, la fête atteignit son terme au Champ de la Réunion (Champ de Mars). Elle devait sanctionner la fin de la Révolution dans l’espace même où avaient eu lieu les fêtes de la Fédération (14 juillet 1790) et de l’Unité (10 août 1793) ainsi que la destruction solennelle des emblèmes féodaux, le 14 juillet 1792.

Le but de la procession était un rocher artificiel au sommet duquel était planté un arbre de la Liberté. Cette montagne, métaphore politique, était amplement symbolique puisqu’elle relevait d’une conception moralisée de la nature, connotant l’idée de puissance et celle d’une religion naturelle fondée sur la théologie « panthéiste » de l’Émile. Le thème de la montagne avait déjà été exploité au cours des fêtes révolutionnaires : au camp fédératif de Lyon (30 mai 1790), aux Invalides, lors de la fête de l’Unité (10 août 1793) et durant les cérémonies accompagnant la fête de la Liberté et de la Raison à Notre-Dame de Paris (20 brumaire an II) et à Saint-André de Bordeaux (20 frimaire an II). Au Champ de Mars, la montagne était accompagnée d’une colonne dont seul le sommet apparaît dans l’aquarelle de Naudet ; elle supportait une statue du peuple français sous les traits d’Hercule. La montagne était suffisamment élevée pour accueillir les membres de la Convention, les musiciens et une foule de participants qui interprétèrent un hymne à l’Etre suprême sur une musique de Gossec et des paroles de Marie-Joseph Chénier, et jurèrent de ne déposer les armes qu’après avoir triomphé des ennemis de la République. À droite, le char de Cérès, tiré par des bœufs, est, avec l’Hercule et le trépied fumant, la référence obligée à une Antiquité mythique dont les vertus supposées étaient érigées en modèles. À la fin de la cérémonie, cependant, apparurent les premières marques déclarées d’hostilité envers Robespierre, dont le 9 thermidor allait voir la chute, moins de deux mois plus tard.

Sous un ciel dont le bleu est nuancé de nuages légers, dans un registre réduit de couleurs pâles, Naudet a rendu, plus que la gravité d’une liturgie solennelle, l’enthousiasme d’une foule, rivalisant de verve avec Swebach (vr no 147). Il a isolé le motif de la montagne, en l’utilisant comme une sorte de dispositif scénographique et en a fait le centre de sa composition, à l’encontre, par exemple, d’un De Machy qui, dans son tableau du musée Carnavalet, déploie une vision panoramique du Champ de Mars, avec la colonnade circulaire du temple de l’Immortalité (vestige, il est vrai, d’une fête antérieure, celle de l’Unité).

La Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II (8 juin 1794)
Mémoire de l’artificier Ruggieri relatif à la Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II.

Voir encore:

Vue du jardin national et des décorations, le jour de la fête célébrée en l’honneur de l’être suprême
Fête de l’Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II – 8 juin 1794)

Auteur : Pierre-Antoine DEMACHY (1723-1807)
Date de création : 1794
Date représentée : 8 juin 1794
Dimensions : Hauteur 53.5 cm – Largeur 88.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web

Contexte historique
L’alliance de la Vertu et de la Terreur

A l’été 1793, la Révolution française traverse une période sombre : le pays est durement touché par une crise économique et des troubles sociaux auxquels s’ajoutent une guerre civile (insurrection vendéenne et révolte fédéraliste) et une série de défaites militaires aux frontières. Or l’entrée de Robespierre, fervent jacobin, au Comité de salut public le 27 juillet 1793 marque un tournant : elle permet au gouvernement révolutionnaire d’opérer un redressement de la situation sur tous les fronts, tandis qu’elle entraîne simultanément une radicalisation de la Révolution. Robespierre, qui aspire à l’unité et à la régénération du peuple, s’efforce d’éliminer physiquement tous les ennemis de la Révolution. A ce renforcement de la Terreur, il ajoute l’instauration d’une religion d’Etat en mai 1794 : le culte de l’Etre suprême, en l’honneur duquel il organise des cérémonies fastueuses le 8 juin suivant.

Analyse de l’image
La fête de l’Etre suprême

Cette huile sur toile de Pierre-Antoine Demachy (1723-1807), peintre d’histoire et excellent dessinateur, livre un témoignage particulièrement intéressant sur le déroulement de la fête de l’Etre suprême au Champ-de-Mars, à Paris. Une vue panoramique du Champ-de-Mars lui a permis de restituer l’ampleur et la somptuosité de la célébration : au premier plan figure le peuple, dont les gestes, minutieusement dépeints, laissent transparaître l’allégresse que suscite la vue, au deuxième plan, d’une gigantesque procession formée par les représentants du peuple suivis des soldats révolutionnaires et de la garde républicaine. Au centre, sur un char que tirent quatre taureaux, trône l’allégorie des instruments des arts et des métiers et des productions du territoire français. Ce cortège s’achemine vers une sorte de rocher artificiel – la « montagne sacrée » par excellence – au sommet duquel s’élèvent l’arbre de la Liberté, symbole de l’unité et de l’adhésion collective à la Révolution, et une colonne antique surmontée d’une statue qui brandit un flambeau. En arrière-plan, à gauche, l’architecture massive de l’Ecole militaire évoque le cadre urbain dans lequel s’insère cette fête aux allures champêtres et mythologiques. Ainsi, de cette composition minutieuse et savamment élaborée se dégage une impression de grandeur, mais aussi de froideur qui correspond bien à l’esprit de la cérémonie, dont le faste hautain et le rituel à l’antique, strictement pensé dans ses moindres détails, étaient surtout destinés à inspirer la stupeur et à frapper l’imagination du peuple, plus spectateur qu’acteur.
Interprétation
Les cultes révolutionnaires de l’an II

Fervent catholique, Robespierre s’opposait fermement à l’accélération du processus de déchristianisation entamé en septembre 1792. Pour lui, le vide laissé par la disparition du catholicisme risquait de plus de désorienter le peuple, accoutumé à ses dogmes et à ses rites. C’est pourquoi il s’efforça de créer une religion officielle, conforme aux idéaux des Lumières et, en particulier, aux théories rousseauistes, qui postulaient l’existence d’une morale naturelle et universelle et d’une divinité impersonnelle, l’Etre suprême, créateur de l’Univers. Dépourvue de prêtres et de sanctuaires, cette nouvelle religion déiste et patriotique n’en revêtait pas moins toutes les apparences d’un culte. La fête du 8 juin 1794 rencontra ainsi un certain succès en France. Elle ne fut que le couronnement d’une série de tentatives menées par les dirigeants de l’an II pour instaurer un culte révolutionnaire. Pour la plupart avortées, ces tentatives témoignent de la complexité des liens qui unissaient la sphère politique et la sphère religieuse, ainsi que de l’impossibilité d’éradiquer tout sentiment religieux. Elles constituèrent également le point de départ d’une religion civique dont les développements ont marqué l’histoire de la République.
Auteur : Charlotte DENOËL
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Titre : Mémoire de l’artificier Ruggieri relatif à la Fête de l’Etre suprême, 20 prairial an II.

Date de création : 1794
Date représentée : 8 juin 1794
Dimensions : Hauteur 32.5 cm – Largeur 21.5 cm
Technique et autres indications : manuscrit ; encre brune ; encre de couleur
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN – service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l’image : F/4/2090

Contexte historique
Pourfendre l’athéisme à l’aide d’un simulacre pyrotechnique

La fête de l’Etre suprême du 20 prairial an II (8 juin 1794), voulue par Robespierre et orchestrée par J.-L. David, est composée de deux parties. Aux Tuileries, le peuple doit d’abord rejeter l’athéisme puis, au Champ-de-Mars, reconnaître l’Etre suprême et célébrer son adhésion à la Révolution (Voir « La Fête de l’Etre suprême au Champ-de-Mars » de P. A. Demachy ).

Dans l’esprit de Robespierre, la « déchristianisation » entreprise à partir de brumaire an II (novembre 1793) ne doit conduire ni à l’athéisme ni à la laïcité. La reconnaissance du « Grand Etre », auteur de l’Univers, est commune à Voltaire et à Rousseau, elle cimentera la société nouvelle. Le 18 floréal (7 mai), Robespierre fait prendre par la Convention le décret par lequel « le peuple français reconnaît l’Etre suprême et l’immortalité de l’âme » et lui fait approuver le projet de déroulement de la fête de l’Etre suprême mis au point par David pour le 20 prairial. Aux Tuileries, l’Incorruptible prononce deux discours pour stigmatiser l’athéisme, rendre grâce à l’Etre suprême et élever la conscience publique.

On fait appel à l’artificier Ruggieri[1], dont l’activité s’est prolongée jusqu’à notre époque, pour mettre en scène la défaite de l’athéisme. Lorsque débute la Révolution, Petrone Ruggieri exploite un Jardin Ruggieri au faubourg Montmartre, où sont mises en scène des pantomimes pyrotechniques, tous les dimanches et jours de fête à partir du mois de mai. La République, pauvre et guerrière, n’est guère portée sur cet art de substitution dont la monarchie a usé de façon dispendieuse. Elle compose de façon exceptionnelle avec les goûts du temps pour dénoncer le risque de l’athéisme, et non pour organiser un spectacle d’art pyrotechnique.

Analyse des images
Frapper les esprits

David a prévu un effet bref mais spectaculaire : « Le président s’approche tenant entre ses mains un flambeau, le groupe s’embrase, il rentre dans le néant avec la même rapidité que les conspirateurs qu’a frappés le glaive de la loi. »

Daté du 20 fructidor an II (6 septembre 1794), le mémoire de l’artificier Ruggieri, qui s’intitule, à cette occasion, « artificier de la République française une et indivisible », révèle que la statue de l’Athéisme à laquelle Robespierre, habillé en bleu céleste, met le feu a reçu un traitement spécial afin de brûler de façon fulgurante. Il détaille la composition de la pâte inflammable et mentionne aussi la main-d’œuvre « pour avoir aidé au sculpteur à poser la draperie ». L’Athéisme doit aussi consumer les figures qui lui servent de socle : l’Ambition, l’Egoïsme, la Discorde et la Fausse Simplicité. David a prévu qu’elles portent toutes sur le front la mention « seul espoir de l’étranger ». Ces maux fragilisent la patrie en guerre contre les souverains d’Europe coalisés, et le peuple doit en prendre conscience.

L’estampe, éditée par Jacques-Simon Chéreau[2], montre la Sagesse surgissant alors du brasier. Selon David, elle présentera « un front calme et serein », – mais peut-être un peu noirci par la fumée ! – aux députés de la Convention massés sur la tribune. Derrière la Sagesse, on aperçoit les restes de la statue de l’Athéisme et le char de l’allégorie des instruments des arts et des métiers et des productions du territoire français qui sera tiré par quatre taureaux jusqu’au Champ-de-Mars, « emblèmes des jouissances simples de la nature » que « le peuple laborieux et sensible » doit préférer aux « vils trésors de ses lâches ennemis ». Les drapeaux déploient les trois couleurs dans leur disposition originelle[3], qui était encore horizontale et non verticale comme de nos jours.

Interprétation
Promouvoir la vertu civique

Il est surprenant de voir ici l’Incorruptible se prêter à une substitution pyrotechnique organisée avec le concours d’un artificier professionnel pour frapper les esprits ! Le but de Robespierre est d’opérer une pédagogie de masse, fondée sur les conceptions de Rousseau selon lesquelles une émotion bouleversante peut élever les consciences.

L’image, le projet et les documents de cette fête montrent que Robespierre a tenté de propager la morale « naturelle », tout aussi chère à Rousseau que la Raison. Mais cette morale qui serait fondée sur la bonté de l’homme dans l’état de nature nécessite de susciter des élans vers les valeurs simples et naturelles. Robespierre espère voir se répandre la vertu civique grâce à des cérémonies de ce type, qui cherchent à toucher collectivement la sensibilité des participants. David prévoit que le programme suscitera de nombreux moments d’émotion et des larmes populaires, mais aux participants qui viennent de traverser la Terreur, cette fête paraît sans doute grandiose mais étrangement abstraite.

Quelques jours plus tard, la victoire de Fleurus le 8 messidor (26 juin 1794) contre les Autrichiens desserrera l’étau de la coalition et provoquera, sur le plan intérieur, le rejet de la Terreur le mois suivant. Mais, bien après le 9 Thermidor, le Directoire maintiendra longtemps ces cultes civiques à l’Etre suprême.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS
Notes
1. retour
L’ancêtre de la maison Ruggieri,  » artificier de Bologne « , s’installe à Paris en 1743 pour contribuer par ses  » ingénieuses inventions  » aux spectacles de la Comédie-Italienne. Ses descendants, artificiers du roi, organisent de nombreux spectacles sous l’Ancien Régime.

2. retour
Jacques-Simon Chéreau édite des estampes Aux Deux Colonnes, au 257 de la rue Saint-Jacques – devenue sur cette gravure Rue Jacques, du fait de la déchristianisation –, jusque sous l’Empire. Il est le petit-fils de Jacques Chéreau et le fils de Jacques-Simon Chéreau.

3. retour
Les trois couleurs seront disposées verticalement pour éviter la confusion avec les Pays-Bas.
Bibliographie
Patrick BRACCO,, Ruggieri, 250 ans de feux d’artifice, Paris, Denoël, 1988.
Jules DAVID, Le Peintre Louis David,1748-1825, tome I « Souvenirs et documents inédits », Paris, 1880.
Maxime Préaud, Pierre Casselle, Marianne Grivel et Corinne Le Bitouzé, Dictionnaire des éditeurs d’estampes à Paris sous l’Ancien Régime, Paris, Promodis, 1987.

Voir encore:

Robespierre’s one-day religion
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis

September 15, 2010

Maximilien Robespierre, known as l’Incorruptible, is at the summit of his glory.  Rivers of blood, flowing from the guillotines of France, have washed away the Girondins and anyone who had pactised with them; the Jacobins, even though they were close to him;  certain Montagnards and, curiously, some of his friends who had too openly supported the theses of the atheists…

In this 1794 Spring, all the great names which had embodied, one after the other, the revolutionary ideals have disappeared in the torment:  Verniaud, Brissot and twenty-one of their friends;  Petion whom he called his brother and Roland, known as le Vertueux;  his wife, the fascinating Madame Roland, Condorcet, the great scholar, President of the Convention, whom he had obliged to commit suicide.

The Corrompus, the Indulgents and, for good measure, the Exageres;  Hebert and his band of lynchers;  the superb Danton and all his companions;  Camille Desmoulins, his former fellow-disciple at Louis-le-Grand, whose best man he had been at his wedding, had all been cut in two.

So great is his power now, that to have any opinion at all is a crime of lese-Revolution.  Since obtaining the head of Louis XVI, he seems to be invested with a sort of absolute power, a divine right.

Without a debate, with no interrogation, no discussion and without anyone to defend him, he had wanted to throw the King into the common grave.  When, after having voted for death, the Convention came to its senses, terrified at what it had just decided, he demanded an immediate execution.  To succeed in this, he had the public tribunals of the Assembly invaded by his friends the sans-culottes.  The redoubtable Commune de Paris lays seige to the King’s prison, the armed sections, the clubs who are devoted to him, get ready for a fight…

Of course, no-one likes him.  There are those who hate him because he has made them vile through the fear that he inspires.  There are those who admire him fearfully, like the Ancients who bowed down before the omnipotent demiurge.  There is the People whom he loves more than he understands, and who idolises him for the absolute rigour of his life.  But without really liking him.  When he, himself, will follow the tragic path of the King, in a cart, an immense cry of joy will rise from the little people of Paris.

He has always been alone, since childhood, and the sceptre of death that he brandishes always higher, isolates him more every day.  Two men only can still enter as they like the door of the living god.  Two exterminating angels.  The handsome Saint-Just, whose principles sharpen every day the blade of the guillotine, and the frightful Couthon, the paraplegic, the blue shadow of the machine, when a gendarme carries him to the tribunal to designate the next victims…

It is April 1794 and, in Paris, it is more oppressing than in the heart of Summer.  Everyone is waiting to see how the High Priest is going to organize the next part of the sacrifice.  For a whole month, a great silence settles on Paris, troubled only by the cries of the executed.  The Convention, the clubs, the army, the Commune and even the revolutionary tribunal, remain quiet…

At last, on 6 May, l’Incorruptible climbs up to the tribunal.  He is wearing his sacerdotal clothes, a sky blue riding-coat and white stockings.  In the deathly silence which greets all of his appearances now, he straightens up and stares for a long time without speaking at the faces of several Deputies.  In particular, that of Fouche, who feels his stony heart starting to liquefy…

Then, he begins in a strange voice, both exalted and monochord…  He starts by establishing that the people of France are at the height of happiness.

“It is in prosperity that the people must meditate to listen to the voice of wisdom…”
Prosperity:  that must be the explosive inflation, with its cortege of misery.  As for wisdom:  that must be the definitive one via the guillotine, with twenty-four heads the day before, and twenty-six today.

Robespierre is more nervous than usual.  His pale, graceless face is agitated with tics.  His eyes with their moist gaze blink frequently while his fingers drum on the edge of the tribunal.

Now, his voice swells, and he climbs over the cadavers, toward the high metaphysical regions, where the Assembly has trouble following him, at first.  By degrees, he asks the Deputies to recognize the existence of a

“Supreme Being and immortality as the directing power of the Universe”.
Then to the stupefaction of some, and the enthusiasm of others, he wants to give his vibrant profession of faith the form of a decree, with immediate effect.

His speech, which at the end rises in a passionate plea for a regenerated Humanity, is welcomed by unending applause.  Couthon spurs his gendarme mount and proclaims that this great piece of literature must be displayed throughout the whole country.  That it should be translated into all languages, too, and diffused throughout the whole universe.

The fabulous decree which institutes in France a new religion and proposes a festival in the style of the celebrations of Antiquity, is voted with enthusiasm and without any discussion.  In the corridors, when the euphoria has died down, the least terrorised start to murmur that, when they had voted the King’s death, they thought that they had also voted that of God.

The French people welcome back a divinity.  For months, the churches had been profaned.  Mountain decors peopled with mythological characters symbolising Reason had been built in them.  In a lot of places, prostitutes, “living marbles of public flesh” had draped themselves, completely naked, on the altars.  God was now being re-installed under the name of Supreme Being.

In Paris, it is not yet known that this Being will soon take on the profile of l’Incorruptible.  But perhaps this will eclipse in a brilliant manner the red reflects of the guillotine, of which everybody is secretly very tired.

Robespierre’s one-day religion – part 2
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis
September 16, 2010

To bring God back to Earth, Robespierre engages the most gifted director, the painter David, who will soon plant the scene of other festivities, this time imperial…

Robespierre, himself, organizes the music for the ceremonies, and closely oversees the elaboration of the texts, given into the care of Marie-Joseph de Chenier, brother of the great poet, who had only two more months to live.

The gigantic works are hastily started.  On the terrace of the Tuileries Palace, a colossal amphitheatre, whose floor completely covers the ornamental lake, begins to grow.  Cyclopean statues rise above the formal French gardens, which have become the Jardin national.  They symbolise Atheism, Ambition, Discord, Egoism, and will explode on the day of the ceremony…  It is on 20 prairial, year II (8 June, 1794) that it will take place.  Robespierre has chosen the Sunday which, according to the former Roman Catholic rites, was Pentecost.

On the Champs-de-Mars, the Holy Mountain is nearly finished.  The People’s representatives will take place on it, along with the choirs, the orchestras and the banner-bearers.  On its summit, a column fifty feet high overlooks the entrance to a deep cave, lit by giant candelabra.  A river seeps from it, snaking between Etruscan tombs in the shade of an oak tree, and an antique altar, a pyramid, a sarcophage and a temple with twenty columns, complete this mythology.  It takes only a month for a swarm of ditch-diggers, masons, carpenters and artists of all kinds, to finish this unusual church.

A map with all the details of the organization, which had to be strictly respected, was printed and distributed to the people of Paris.  At the crossroads, the musicians who had composed the hymns, Gossec, Mehul and Cherubini, rehearsed and taught their chants to the assembled crowds.

Experts in solemn occasions, the Italians have come to help, and the great firework master of ceremonies, Ruggieri, has installed the mines which are to reduce to ashes the statues which symbolise the major vices of the old times, atheism in particular.  Hardly any notice is taken, amongst all the hammering and sawing, of the rumbling of the carts which, on the other side of the Seine, are carrying hundreds of people to the guillotine.

And here, at last, is the astonishing day of 8 June 1794.  Starting at five o’clock in the morning, the sound of pikes striking the pavement, the rattling of sabres, and the noise of a great troop marching, out-of-step and almost in silence, for a lot of these men do not have shoes, is to be heard.  Robespierre sees, parading under his windows, in columns of twelve, some of the forty-eight Sections of the People who are hurrying towards the meeting places, followed by the Parisians who, already the day before, had discovered the altars of the Supreme Being.

For once, l’Incorruptible allows himself a bit of coquetry.  In this early morning, he adjusts with care the uniform, whose view turns suspects icy cold:  the sky blue jacket, the immaculate stockings, in the pre-Revolution fashion.

At nine o’clock, Paris is in place right down to the last man.  It is not a good idea to be absent from the Grand-Mass in the parish of the terrifying curate who walks in front of his parishioners, carrying a sheaf of wheat ears.

On the Tuileries terrace, the Conventionnels, dressed in dark blue, are already assembled in the amphitheatre.  On their hats, they wear tricoloured feathers, and they, too, brandish wheat ears, mixed with artificial cornflowers and poppies.  The young men arrange themselves in a square around their Section flag, and mothers, who carry bouquets of roses, hold the hand of their daughters dressed in white tunics.

When l’Incorruptible appears, the orchestras start playing their symphonies accompanied by the rolling of drums.  When he arrives at the highest part of the theatre, a salvo of artillery explodes.  Pale, extatic, his body stiff, Robespierre takes a deep breath.

“At last it has arrived, the day forever fortunate that the People consecrate to the Supreme Being…”
His speech, which goes unheard by many, for his voice doesn’t carry well, is magnificent with lyricism and poetic elevation.  The whole time that he takes to descend to the wooden floor over the lake, five hundred thousand Parisians give him an ovation.  Then they see the statue of Atheism go up in flames, replaced by that of Wisdom.  Unfortunately, this papier-mache allegory also has a singed forehead, and its head is crooked.  When Robespierre regains his place, the Conventionnels, sure of making people laugh, cry out:

“Citizen, your wisdom has been obscured!”
Around him, people roar with laughter.  And suddenly, for the High Priest of the new cult, the day darkens, heavy with fateful signs.  Now, an immense procession forms which moves towards the Champ-de-Mars, preceded by cavalry and music squadrons

The Convention surrounds the Liberty float which disappears under an enormous tricoloured banner carried by Childhood decorated with violets.  Virility follows, decorated with oak leaves, beside Adolescence, distinguished by myrtle.  Old Age, decorated with grape-bearing vines, closes the procession.  Behind them, comes the float of the blind, singing hymns to the divinity.

Within the procession, the Deputies look at their little bouquet and find themselves ridiculous.  Luckily, Robespierre walks far up front, which allows the Conventionnels to relax.  In spite of the music, the salvos, the cheering and the singing, he hears behind him cries of “dictator” and “charlatan”.  A woman screams:

“You are a god, Robespierre!”
A Deputy yells to her:

“Cry “Vive la Republique” rather, madwoman!”
In spite of the heat, the face of the Incorruptible is deadly pale.  He thought that today he would feel the spirit of the Supreme Being, but he feels hate around him instead.  He can hear the Deputies openly insulting himself and his God…

Robespierre’s one-day religion – part 3
Louis Pauwels

Marilyn Kay Dennis
September 17, 2010

Very, very slowly, the procession arrives at the foot of the Holy Mountain.  The Conventionnels climb it, and each finds his place on its flanks.  They all have to play their part in front of this long, immense, double column, with men on one side and women on the other.  The crucial moment has arrived.  When the Symphonie au pere de l’Univers erupts, the young girls throw their flowers, the mothers hold their babies up toward Robespierre, the sons unsheath their swords, which they put into their fathers’ hands, swearing only to use them for victory.

Occupied by the armies of Europe outside, chopped down by the butchers of the revolutionary tribunal on the inside, the capital escapes for the first time in months from the baseness of this time of proscriptions…  A lot of people cry and embrace each other in the fading light.

Spread out over the square, whose black soil has not yet finished absorbing the blood of its victims, the crowd feasts and sings.  It will take the whole night to break up…  In the pompous decor delivered up to relic and souvenir hunters, the Deputies can be heard to grumble:

“It’s not enough for him to be the master…  This fellow wants to be a god, as well!”
At nightfall, l’Incorruptible returns alone to the home of the Duplays who shelter him, from where he had left that morning, so full of happy exaltation.  His hosts are very simple people.  When he arrives in the little lodgement, they welcome him with cries of joy and congratulate him on this immense, this indescribable triumph.  Calm, impenetrable, Robespierre tells them in a low voice:

“You will not be seeing me for much longer, my friends…”
***

From 8 June, the day of the Festival of the Supreme Being, Robespierre will have fifty more days to live.  As well as a premonition, it was an act of lucidity that he made with this prediction.  He knew, that day, that he was totally misunderstood by the Conventionnels.

For Robespierre, the sense and the aim of this festival were to replace the pagan, dry and materialistic cult of Reason by a religion which restored transcendance, a God, without Whom, no man worthy of the name, could live…

***

Right from the beginning of the Revolution, Robespierre had tried to stop the dechristianisation of France.  As a faithful disciple of Rousseau, whom he qualified as a “divine man”, he was sure that Man is a “religious animal”, incapable of durably banishing his spiritual needs.  He shared the feeling of the curate of Boissis-la-Bertrand who was willing to renounce his “mummeries”, that is to say, all formal aspects of the cult, but not his religion.  It is in this sense that Michelet was able to say of Robespierre:

“He had a priest’s temperament”.
***

The 8 June festival gives a fairly precise idea of the religion that Robespierre wanted, but did not have the time to develop.  Four days after the festival, perhaps disappointed by the attitude of the Conventionnels, he disappeared, only reappearing at the Convention one month later.  This was enough time for Fouche, Barras and his friends, to dig the hole into which he would fall on 9 Thermidor.  Stefan Zweig writes of Robespierre:

“You can’t pardon a man who has caused you so much fear.”
The 10 Thermidor, he is guillotined with his brother, Saint-Just, Couthon and seventeen of his friends…

***

What originally caused Robespierre’s downfall was the Deputies’ certainty that he wanted to install a new religion of which he would be the High Priest, and this enormous misunderstanding would be fatal to him.  It was not the god of the christian religion that he wanted to install, of course.  He most certainly wanted to radically end the christian institutions and abolish two thousand years of “perverted” christianism, to return to the spirit and the liturgy of the Roman Republic, the religion of Antiquity.  His ideal not only had the sense of political revolution, but also that of a fundamental cultural revolution.

This was his great dream.  He succeeded in giving it body for a few hours by getting five hundred thousand French people to live a day in the fashion of Antiquity.

It is for this reason that he was accused on 9 Thermidor of taking himself for a divinity, and was made to look ridiculous.  He would not have the time to correct this.  And everyone knows that, in France, you can die from being ridiculous…

***

Voir enfin:

La messe rouge

… David, cependant, ne revint pas le lendemain ni les jours suivants, absorbé qu’il était par les préparatifs de la fête gigantesque ordonnée par Robespierre désormais au faîte de la puissance. Celui-ci, considérant que ses ennemis étaient abattus, hormis un seul [xl], a décidé d’en remercier quelqu’un de plus crédible que la déesse Raison : un Etre suprême qui ne peut pas ne pas exister mais auquel cependant il refuse le nom de Dieu. Et depuis que le 7 mai, à la Convention stupéfaite, il a déclaré vouloir rendre hommage à cette entité suprême qui a fait de lui son élu, Louis David dessine, prépare, trace des plans pour l’immense manifestation qui aura lieu, comme par hasard, le 20 prairial, autrement dit le dimanche de la Pentecôte. Dans l’espoir peut-être que le Saint-Esprit s’en mêlerait…

 Ces deux affaires simultanées firent un bruit énorme : on conclut à ce que, par deux fois le même jour, on avait voulu assassiner l’Incorruptible! La fameuse conspiration prenait corps, visages, et Robespierre n’en attacha que plus de soin à la préparation de la cérémonie dont il serait l’unique héros, lui, le grand prêtre de l’Être suprême. Ensuite, on offrirait au peuple le spectacle de la punition exemplaire des membres de cette infâme conspiration : les amis de Batz. D’ici là, on réussirait peut-être à mettre la main sur le baron fantôme.

      Quatre jours avant la fête, le 16 prairial (4 juin) Robespierre fut élu président de la Convention à l’unanimité mais – et ce mais pèserait d’un certain poids dans la suite des événements – quarante-huit heures plus tard, le citoyen Fouché devenait président des Jacobins. Et Fouché haïssait Robespierre…

      En dépit des objurgations de Julie, de Talma et de David qui voudrait qu’elle vienne contempler son ouvre, Laura a refusé farouchement de se rendre à la fête. Ses amis américains n’y vont pas et, de toute façon, elle a horreur de la foule en général et celle qui va se rassembler lui ferait plutôt peur : elle sait trop de quoi elle est capable.

      – Allez-y sans moi, leur dit-elle. Vous me raconterez.

      En revanche, elle a volontiers accordé à Jaouen la permission de s’y rendre : avec lui, elle est sûre d’avoir une relation fidèle, dépourvue de toute autosatisfaction comme de louange obligatoire. Mais, en vérité, Robespierre, David, et les milliers d’ouvriers qui, durant un mois, ont travaillé comme des esclaves construisant des pyramides ont bien fait les choses : un immense cortège doit conduire le char de la Liberté des Tuileries, où se fait le rassemblement, au Champ-de-Mars choisi pour le plus important de la cérémonie. David a donné libre cours à son goût du gigantesque. Sur la terrasse des Tuileries, il a bâti un amphithéâtre dont le plancher recouvre jusqu’au grand bassin. Autour sont plantées d’immenses statues de l’Athéisme (?), de l’Ambition, de la Discorde et de l’Égoïsme que la magie des frères Ruggieri, les maîtres artificiers, fera sauter plus tard.

      A neuf heures du matin, l’amphithéâtre est plein et la foule s’écrase autour. Il est garni de tous les députés de la Convention vêtus de bleu sombre avec chapeaux empanachés de tricolore et portant un petit bouquet d’épis de blé mêlés de bleuets et de coquelicots artificiels. Les jeunes gens forment des carrés autour du drapeau de leur section, cependant que les mères nanties de bouquets de rosés, tiennent par la main leurs filles en tuniques blanches. Et puis voici Robespierre !

      Précédé de roulements de tambour et salué par les éclats des orchestres, il apparaît soudain tout en haut de l’amphithéâtre, silhouette grêle sanglée dans un frac de soie bleu azur avec culotte et bas blancs, coiffé de son habituelle perruque à catogan : presque un élégant de l’Ancien Régime. Il tient dans les bras une gerbe de blé, et c’est dans cet appareil qu’il entame un discours :  » II est enfin arrivé le jour fortuné que le peuple consacre à l’Être suprême…  » Un discours que tous n’entendront pas, car il a toujours eu la voix un peu faible. Puis il se met en marche vers le Champ-de-Mars tandis que flambent les statues que remplace aussitôt celle de la Sagesse. Un peu trop tôt, d’ailleurs, car elle sent le brûlé et manque de perdre la tête. Ce qui fait rire franchement les conventionnels visiblement agacés par une cérémonie qu’ils jugent ridicule.

      Sur le chemin de celui qui se veut le grand prêtre d’un culte nouveau, éclatent les acclamations, les vivats, les chants mais, de temps en temps tout de même son oreille – qu’il a fine s’il ne voit pas très clair -perçoit des cris moins aimables :  » Dictateur!  » ou  » Charlatan! « . Et, sous l’impact de la colère, il devient encore plus pâle que d’habitude. Enfin, voici le Champ-de-Mars, et là, David s’est surpassé. S’il n’a pas encore réussi à construire une montagne sur le Pont-Neuf avec les pierres de Notre-Dame, il en a élevé une ici : la  » Sainte-Montagne  » où prendront place les représentants du peuple, les choeurs, les orchestres et les porte-drapeaux

      Lorsque la Convention eut pris place au sommet de la montagne, un choeur de deux mille cinq cents voix entonna un hymne au Père de l’Univers composé par Marie-Joseph Chénier tandis que les jeunes filles jetaient des fleurs sur la foule répandue tout autour, que les mères élevaient leurs enfants au-dessus de leurs têtes et que les jeunes hommes brandissaient des sabres en jurant de s’en servir jusqu’à la victoire. Après quoi, bien sûr, les assistants se livrèrent à une sorte d’énorme pique-nique copieusement arrosé : il faisait si chaud !

      Parmi les députés, deux hommes avaient suivi le délirant événement avec des yeux froids, un sourire glacé. L’un d’eux dit :

      – Ce n’est pas assez d’être le maître, ce bougre-là voudrait aussi être un dieu?

      – Il faudrait peut-être songer à y mettre un frein?

      L’un s’appelait Barras et l’autre Fouché…

      Robespierre lui-même était-il satisfait? Plein d’exaltation le matin en quittant la maison Duplay, il y revint le soir, toujours calme, toujours impénétrable mais à cette seconde famille qu’il s’était donnée et qui le félicitait en pleurant de joie, il déclara :

      – Vous ne me verrez plus longtemps…

      Ils pensèrent qu’il était fatigué, mais lui songeait déjà à compléter la cérémonie de ce jour en offrant à sa nouvelle divinité un sacrifice propitiatoire susceptible de frapper de terreur ceux qui devaient comploter sa ruine. D’abord, il fallait accorder une grâce aux habitants de sa rue dont certains ne cachaient pas leur écoeurement de voir passer jour après jour, sous leurs fenêtres, les sinistres charrettes de la mort dans lesquelles, parfois, ils reconnaissaient des amis. Une semaine plus tard, le bourreau Sanson démontait la guillotine pour la transporter au bout du faubourg Saint-Antoine, sur la vaste place du Trône-renversé [xlii]. On avait d’abord pensé à la Bastille, mais les habitants s’y opposèrent fermement.

 …

xl

C’est à cette époque qu’il note :  » Les jours qui viennent de luire sont gros des destinées de l’Univers : les deux génies qui s’en disputaient l’empire sont en présence… A la tête de la faction criminelle qui croit toucher au moment de se baigner dans le sang des fidèles représentants du peuple est le baron de Batz… « 

[xli]. Sur son faîte, une colonne de cinquante pieds surveille l’entrée d’une grotte profonde éclairée par des candélabres géants. Une rivière en sourd qui serpente entre des tombeaux étrusques ombragés d’un chêne. Un autel antique, une pyramide, un sarcophage et un temple soutenu de vingt colonnes, complètent cette mythologie.

xli

Louis Pauwels,  » Robespierre ou la religion qui dura un jour  » dans Histoires magiques de l’histoire de France, t. II.
xlii


Erotisme: Ce qui reste quand la religion a disparu (Sex sells: From barihunks to Salomes, opera fights declining sales and rising costs with cheesecake, beefcake and a pinch of course of sacrilege)

17 mai, 2015
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https://i1.wp.com/statics.lecourrierderussie.com/wp-content/uploads/2015/04/10403256_932620870095024_7856132859200211053_n_opt.jpgavenir-campagne-enleve-le-haut myriam2 myriam3Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Au Moyen Age, l’unité européenne reposait sur la religion commune. A l’époque des Temps modernes, elle céda la place à la culture (art, littérature, philosophie), qui devint la réalisation des valeurs suprêmes par lesquelles les Européens se reconnaissaient, se définissaient, s’identifiaient. Or, aujourd’hui, la culture cède à son tour la place. Mais à quoi et à qui ? Quel est le domaine où se réaliseront des valeurs suprêmes, susceptibles d’unir l’Europe ? Les exploits techniques ? Le marché ? La politique avec l’idéal de démocratie, avec le principe de tolérance ? Mais cette tolérance, si elle ne protège plus aucune création riche ni aucune pensée forte, ne devient-elle pas vide et inutile ? Ou bien peut-on comprendre la démission de la culture comme une sorte de délivrance à laquelle il faut s’abandonner avec euphorie ? Je n’en sais rien. Milan Kundera
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
L’art, semble-t-il, est de l’art si on le considère comme tel. New York American (22 octobre 1927)
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Christs, Vierges, Pietàs, Crucifixions, enfers, paradis, offrandes, chutes, dons, échanges: la vision chrétienne du monde semble revenir en force. Où? Dans le domaine de l’art le plus contemporain. (…) L’homme y est réinterprété comme corps incarné, faible, en échec. Cette religion insiste sur l’ordinaire et l’accessible, elle est hantée par la dérision, la mort et le deuil. Après une modernité désincarnée proposant ses icônes majestueuses, on en revient à une image incarnée, une image d’après la chute. En profondeur, il se dit là un renversement des modèles de l’art lui-même: A Prométhée succède Sisyphe ou mieux le Christ souffrant, un homme sans modèle, sans lien, inscrit dans une condition humaine à laquelle il ne peut échapper. Yves Michaud (4e de couverture, L’art contemporain est-il chrétien, Catherine Grenier)
Ce spectacle est une réflexion sur la déchéance de la beauté, sur le mystère de la fin. Les excréments dont le vieux père incontinent se souille ne sont que la métaphore du martyre humain comme condition ultime et réelle. Le visage du Christ illumine tout ceci par la puissance de son regard et interroge chaque spectateur en profondeur. C’est ce regard qui dérange et met à nu ; certainement pas la couleur marron dont l’artifice évident représente les matières fécales. En même temps – et je dois le dire avec clarté – il est complètement faux qu’on salisse le visage du Christ avec les excréments dans le spectacle. Ceux qui ont assisté à la représentation ont pu voir la coulée finale d’un voile d’encre noir, descendant sur le tableau tel un suaire nocturne. Cette image du Christ de la douleur n’appartient pas à l’illustration anesthésiée de la doctrine dogmatique de la foi. Ce Christ interroge en tant qu’image vivante, et certainement il divise et continuera à diviser. Romeo Castellucci
Notre époque, surtout depuis quelques décennies, est passée championne dans l’art de défigurer les icônes majeures du christianisme. (…) L’art contemporain est l’une des manifestations de la christianophobie. Pas la seule… Encore faut-il préciser que ce n’est évidemment pas systématique. L’art sacré d’inspiration et de destination chrétienne poursuit sa route et continue de susciter des œuvres. Le septième art, à ma connaissance, est beaucoup moins souvent christianophobe que ne le sont les arts plastiques. Voyez au cinéma le film Des hommes et des dieux, ou Habemus papam, au théâtre les pièces d’Olivier Py, en littérature, en BD… (…)  Il a droit, pour ainsi dire, à un traitement de faveur. Imaginez qu’à la place du visage du Christ, comme décor d’une pièce de théâtre, figure celui de Moïse, de Mohammed ou de Bouddha. Ce serait un tollé immédiat. De toutes les religions, le christianisme est, sans conteste, la plus agressée. Et selon moi c’est normal. Cela tient au fait que le christianisme aime autant l’image, qui s’expose, que la personne, qui oblige. François Bœspflug
Je crois que la culture dans nos sociétés est un des lieux du sacré : la religion culturelle est devenue pour certaines catégories sociales – dont les intellectuels – le lieu des convictions les plus profondes, des engagements les plus profonds. Par exemple, la honte de la gaffe culturelle est devenue l’équivalent du péché. Je pense que l’analogie avec la religion peut-être poussée très loin. Alors qu’aujourd’hui, une analyse de sociologie religieuse peut être poussée très loin, comme celle sur les évêques ; elle ne touche personne même pas les évêques. … La sociologie de la culture se heurte à des résistances fantastiques. Et le travail d’objectivation qui a été fait sur la religion : personne ne peut contester qu’il y a une certaine corrélation entre la religion que l’on a acquise dans sa famille et la religion que l’on professe ; on ne peut pas nier qu’il y ait une transmission de père en fils des convictions religieuses, que quand cette transmission disparaît, la religion disparaît. Bon, quand on le dit sur la culture, on enlève à l’homme cultivé un des fondements du charme de la culture, à savoir l’illusion de l’innéité, l’illusion charismatique : c’est à dire j’ai acquis ça par moi-même, à la naissance comme une espèce de miracle. Pierre Bourdieu
Le goût « pur » et l’esthétique qui en fait la théorie trouvent leur principe dans le refus du goût « impur » et de l’aïs­thèsis [« sensation » en grec, ce qui a donné « esthétique »] forme simple et primitive du plaisir sensible réduit à un plaisir des sens, comme dans ce que Kant appelle « le goût de la langue, du palais et du gosier », abandon à la sensation immédiate […]. On pourrait montrer que tout le langage de l’esthé­tique est enfermé dans un refus principiel du facile, entendu dans tous les sens que l’éthique et l’esthé­tique bourgeoises donnent à ce mot. (… Comme le disent les mots employés pour les dénoncer, « facile » ou « léger » bien sûr, mais aussi « frivole », « futile », « tape-à-l’oeil », « superficiel », « racoleur » … ou dans, dans le registre des satisfactions orales, « sirupeux », « douceâtre », « à l’eau de rose », « écoeurant », les oeuvres vulgaires ne sont pas seulement une une sorte d’insulte au raffinement des raffinés, une manière d’offense au public « difficile » qui n’entend pas qu’on lui offre des choses « faciles » (on aime à dire des artistes, et en particulier des chefs d’orchestre, qu’ils se respectent et qu’ils respectent leur public); elles suscitent le malaise et le dégoût par les méthodes de séduction, ordinairement dénoncées comme « basses », « dégradantes », « avilissantes » qu’elles mettent en oeuvre, donnant au spectateur le sentiment d’être traité comme le premier venu, qu’on peut séduire avec des charmes de pacotille, l’invitant à régressser vers les formes les plus primitives et les plus élémentaires du plaisir. Pierre Bourdieu
Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre vraiment cultivé n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre d’hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche
La musique la plus légitime fait l’objet, avec le disque et la radio, d’usages non moins passifs et intermittents que les musiques « populaires » sans être pour autant discréditée et sans qu’on lui impute les effets aliénants qu’on attribue à la musique populaire. Quant au caractère répétitif de la forme, il atteint un maximum dans le chant grégorien (pourtant hautement valorisé) ou dans nombre de musiques médiévales aujourd’hui cultivées et dans tant de musiques de divertissement du 17e et du 18e siècles, d’ailleurs conçues à l’origine pour être ainsi consommées « en fond sonore ». Pierre Bourdieu
Côté féminin, l’imaginaire est centré sur la pudeur : une jeune fille de bonne famille ne se regarde pas dans le miroir, ni même dans l’eau de sa baignoire ; on prescrit des poudres qui troublent l’eau pour éviter les reflets (en revanche, les miroirs tapissent les murs des bordels). Les femmes connaissent mal leur propre corps, on leur interdit même d’entrer dans les musées d’anatomie. Le corps est caché, corseté, protégé par des nœuds, agrafes, boutons (d’où un érotisme diffus, qui se fixe sur la taille, la poitrine, le cuir des bottines). Côté masculin, ce sont des rituels vénaux et une double morale permanente : le même jeune homme qui identifie la jeune fille à la pureté et fait sa cour selon le rituel classique connaît des expériences sexuelles multiples avec des prostituées, des cousettes (les ouvrières à l’aiguille dans les grandes villes) ou une grisette, jeune fille facile et fraîche qu’on abandonnera pour épouser l’héritière de bonne famille. Alain Corbin
En pleine semaine sainte, la polémique ne pouvait passer inaperçue. Mgr Di Falco a révélé que la RATP avait exigé que soient retirées des affiches annonçant le prochain concert du groupe «Les Prêtres» la mention «au profit des Chrétiens d’Orient» (…) Si la RATP a exigé que soit supprimée la mention des Chrétiens d’Orient, c’est parce que «la RATP et sa régie publicitaire ne peuvent prendre parti dans un conflit de quelque nature qu’il soit» selon leur communiqué commun. «Toute atteinte à ce principe ouvrirait la brèche à des prises de positions antagonistes sur notre territoire». Annoncer que ce concert était offert au profit de ces chrétiens d’Orient est «une information se situant dans le contexte d’un conflit armé à l’étranger et (…) le principe de neutralité du service public qui régit les règles de fonctionnement de l’affichage par Métrobus, trouve en effet dans ce cas à s’appliquer.» Vous avez bien lu. Pour la RATP, les Chrétiens d’Orient sont juste un camp face à l’autre, un camp pour lequel on ne peut pas prendre parti. Alors que la France, par la voix de Laurent Fabius, se démène à l’ONU pour que cesse le génocide dont sont victimes ces minorités d’Irak et d’ailleurs, alors que le Président de la République a reçu des Chrétiens obligés de fuir leur pays pour ne pas être massacrés par Daesh, la RATP -elle- refuse de choisir. Entre Daesh et ses victimes, elle veut rester «neutre».. Cette neutralité-là est impossible. Cette neutralité est une complicité avec celui qui massacre, contre l’innocent qui est massacré. Cette neutralité rappelle celle de Pilate et de tous ceux qui l’ont suivi depuis 2000 ans, se lavant les mains des massacres commis, et fermant les yeux sur le sort des victimes, pour ne pas faire de vagues ni perdre leur poste. Abbé Pierre-Hervé Grosjean (curé de Saint Cyr l’Ecole)
J’ai pensé à vous car vous êtes un ange de paix. Pape François (à Mahmoud Abbas)
Quand une personne va se présenter dans une paroisse pour devenir son pasteur, le seul critère de recrutement risque d’être : “êtes-vous pour ou contre la bénédiction des couples homosexuels ?” Réduire toute la foi chrétienne à cette question est effroyable. Gilles Boucomont (temple du Marais, Paris)
Mommy took a bus trip and now she got her bust out, everybody ride her just like a bus route. (Maman fait un voyage en bus et maintenant elle a son buste à l’air, tout le monde la monte, une vraie ligne de bus) Jay-Z
Montez-moi toute la journée pour 3£. New Adventure travel
I got stuck behind one of these buses in Canton at 8.45 this morning. With our following of 30,000 people, we try not to use We Are Cardiff to express opinions, but I felt like we had an obligation to the women and men of Cardiff to call this company out on the commodification of a woman’s body, and the trivialisation of prostitution. “I guess you could use the ‘it’s just a laugh’ argument, but in 2015 does a bus journey really need to be sexualised to market itself ? Hana Johnson (We Are Cardiff blog)
Firstly we have stated that our objectives have been to make catching the bus attractive to the younger generation. We therefore developed an internal advertising campaign featuring males and females to hold boards to promote the cost of our daily tickets. The slogan of ‘ride me all day for £3’ whilst being a little tongue in cheek was in no way intended to cause offence to either men or women and, if the advert has done so then we apologise unreservedly. There has certainly been no intention to objectify either men or women. Given the volume of negativity received we have decided to remove the pictures from the back of the buses within the next 24 hours. New Adventure travel (Cardiff bus company)
Le procès de deux responsables d’un théâtre de Novossibirsk accusés d’avoir « offensé les sentiments religieux des croyants » en proposant une version très moderne de l’opéra Tannhäuser de Wagner s’est soldé mardi 10 mars par un non-lieu dans cette ville de Sibérie. (…) Le procès a été ouvert la semaine dernière après la plainte d’un évêque orthodoxe, appuyée par le parquet local selon lequel cette adaptation, jouée pour la première fois en décembre à l’opéra de Novossibirsk, « désacralise » l’image de Jésus Christ. La version originale de l’oeuvre, une des plus controversées du compositeur Richard Wagner, a été jouée pour la première fois en 1845. Le héros, Tannhäuser, est le captif volontaire de la déesse de l’amour Vénus avant de chercher la rédemption auprès du pape pour ses excès sexuels. Timofeï Kouliabine a déplacé l’action au XXIe siècle, Tannhäuser devenant un réalisateur qui tourne un film sur la visite de Jésus Christ dans le repaire de la déesse Vénus. Fait religieux.com
Best stalls seats for the Royal Opera House’s latest Salome revival are chopped down to £65 (previously up to £120) with this Evening Standard offer, valid for performances on 8, 14 and 16 June only. Intermezzo
Ah, but Bacchus refuses to rock (did I mention the score was by Philip Glass?), preferring instead to cackle at his own jokes, supervillain-style. His devotees, the mad, enchanted Bacchants, are similarly unfun, anti-sensual, and non-ecstatic. They sport weird Kahlo unibrows and, in their lumpen orange jumpers, evoke the Balinese cast of Mamma Mia! These huffing, puffing, occasionally power-walking Maenads work tirelessly to infuse the show with a dread it assiduously resists, and they occasionally succeed, against all odds. But boy, can you feel them working. They’re reputed to tear animals limb from limb, but their « Bacchic dances » feel no more ominous than a lengthy jazzercise class—everyone seems to be counting beats or calories. Mackie sweats almost as hard, but he’s on a treadmill: Manly Pentheus sees the power of Dionysus demonstrated time and again, but can’t bring himself to acknowledge this androgynous god. Yet Mackie and Akalaitis never quite connect that stubbornness with a gripping interior psychology—the king’s all-too-obvious repression is played for easy laughs—and we hurtle toward tragedy without much at stake. Horror arrives on schedule, Dionysus collects his blood debt, and a mother, after murdering her son, holds his severed head aloft and wails, « I was mad, and now he is dead. » This should crush the audience, but it comes off as a summing-up. I received the information matter-of-factly, like a Google alert. After an hour and a half of strenuously literal choreography and two-dimensional line readings, can you blame me? This Bacchae has a way of staring the incomprehensible in the face … and falling gently asleep, as if nodding off watching the news or in the middle of halfhearted midweek sex. It’s proof that sometimes, when you look long into the abyss, the abyss yawns. Scott Brown
Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. (…) In movies, most of the women who get naked are pretty young, and it’s hard to be an opera singer and be that young. It takes a lot of training, and you get better, I think — or louder — as you get older. (…) When [nudity] becomes vulgar, it gets boring. But in opera, what’s interesting is that if it’s done well, if it’s within the context of the story, there’s a subtlety to it that becomes very erotic, especially when it’s coupled with singing. (…) There’s a shift in opera where physicality is very important — not only how you act but how you look, and you can’t shoot yourself in the foot, » he says. « You have to move well, you have to act well, you have to look good, you have to sing well. The competition is much stiffer. Nathan Gunn
Vous voulez savoir ce qu’il y a entre moi et mes Calvin? Rien. Brooke Shields
L’érotisme est aussi utilisé pour promouvoir des produits courants qui ne lui sont traditionnellement pas associés. Par exemple, des spécialistes avancent que le déclin du nombre de billets vendus par l’opéra de Dallas a été renversé à la suite d’une campagne publicitaire montrant des instruments de musique sous un angle plus « osé ». Wikipedia
The creative team came up with an effective formula – fill the Venusberg with beautiful people of both sexes, all nude except for the briefest of thongs, engaged in constant, unrelenting, explicit (or at least convincingly simulated) sex – twosomes of men and women, men and men, etc., threesomes, foursomes, fivesomes splitting off to form new threesomes and twosomes. Most of these performances were taking place on revolving stages, so that the audience would not miss too much. The opera program lists 18 “dancers”, although “dancing” is a curious euphemism for the particular onstage performances of these 18 persons during the extended ballet of the Paris version. The simulations were so vivid, that one would not be astonished if, after all of the rehearsals and actual performances, that some longer term relationships might be developing among these dancers. Los Angeles opera audiences might indeed be hip (or, at least, include many of the hip). But the community is an entertainment capital, where nightmares occur about film ratings so restrictive they eliminate the teenage market, or about the FCC fining big corporations for transgressions occurring on network television. So there is irony in the fact that things not permitted in films and television shows being created a few miles away, were occurring — not in some tiny, out of the way West Hollywood theatre — but, during, of all things, the performance of a Wagnerian opera in the Dorothy Chandler Pavilion. The “Tannhauser” reviews probably knocked some of the reports of post-Oscar parties to the later pages. “Wagner pornucopia” was the inch high headline for the Los Angeles Times’ Calendar section. “‘Tannhauser’: the Adult Version” was the three-fourths of an inch headline for the Arts Entertainment section of the Orange County Register. The bottom line is that, just like the citizens of the Wartburg, it is possible to astonish people, even in the hip and sophisticated opera and theatre-going crowd of Los Angeles. But opera performed for purposes of shock and sacrilege is what many opera-goers use to define that ultimate pejorative, “Eurotrash”. To save the new L. A. production of “Tannhauser” from that pigeon hole, can one find in the Ian Judge conceptualization of the stage action elements that redeem his approach, and bring new appreciation and understanding of the opera? Opera horses
They’re known for their great bods and for breathless blogs written by devoted admirers. Bearers of great pecs and pipes, barihunks like Matthew Worth and Tom Forde are bringing high art to the masses in a universally appealing form. And the dark-haired Gunn, all 6 broadly muscled feet of him, is king of that particular hill — as well as the « Barber of Seville. » In his third appearance with LA Opera, he sings the role of Figaro in the Rossini classic opening today. In this production, which originated at Teatro Real Madrid, Gunn, 39, is fully dressed, sporting a white suit with a black polka-dot vest in the visually stark first act, which later bleeds into color. But in Lyric Opera of Chicago’s production last year, the first act opened with a bit of gratuitous beefcake — Gunn awoke wearing only boxer shorts in the sleeping loft above his barbershop before he rose, dressed and flew down a pole to begin another hard day of singing. The lure of flaunting such unabashed virility is catnip to opera companies trying to overcome the graying of their audiences. Inspired in part by Hollywood’s beauty bar, the casting of opera singers for their looks as well as their world-class voices has been viewed as imperative as ever, now that opera has taken to the big screen —  » The Met: Live in HD » is in its fourth season transmitting opera to movie theaters around the world. « I have some colleagues who really feel like opera was never meant to be able to have a camera looking down your throat while you’re screaming your head off and spit’s flying out, » says « the irresistible » Gunn, as the Metropolitan Opera described him in touting his high-def performance as Mercutio in Gounod’s « Romeo et Juliette » two years ago. « And I thought, yeah, that’s true, but at the same time it’s kind of cool. Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. » Irene Lacher

Ce qui reste quand la religion a disparu ?

A l’heure où, pour avoir voulu jouer avec les paroles d’une chanson de rap, une compagnie d’autocars de Cardiff se voit contrainte de retirer du dos de ses bus des affiches de jeunes modèles torse nus …

Et où la toile la plus chère jamais vendue aux enchères se voit floutée à la télévision américaine pour cause de seins dénudés …

Alors qu’en Russie un metteur en scène d’un opéra se voit assigné en justice pour cause de désacralisation de la religion …

Et qu’en France une affiche de concert pour les victimes chrétiennes des djihadistes semblent plus choquante que sur Youtube leurs découpages à présent presque quotidiens au couteau de boucher …

Pendant qu’avec l’omniprésence de l’image et du numérique et du travail de sape bimillénaire du judéo-christianisme, nos archaïques et antiques besoins de sang n’ont guère plus pour s’exprimer que les derniers spectacles vivants du sport, du cirque ou des scènes d’opéra …

Et qu’emporté par la démagogie et le politiquement correct ambiants, ce qui reste de l’Eglise se voit sommer de voir des anges partout ou de faire des « mariages pour tous » …

Comment ne pas voir …

Dans la place toujours plus grande de l’érotisme dans nos publicités

Comme, désaffection du public et explosion des coûts aidant, les expositions de nos musées ou de nos places publiques

Ou entre salomés et baritons dépoitraillés sur fond si possible de sang et de sacrilège …

Les scènes de nos opéras …

Ce que disait naguère Malraux de l’art

A savoir ce qui reste quand la religion a disparu ?

Opera barihunks hit a muscular note
Toned physiques like Nathan Gunn’s are getting a standing ovation in the genre’s usually buttoned-up world.
Irene Lacher

LA Times

November 29, 2009

« I’d like to take a little bit of responsibility for this nightmare. »

The source of that generous offer is far from evil. If anything, Nathan Gunn is the dimpled picture of Midwestern nice guy-ness — think a younger, darker Russell Crowe without the edge. That’s why he’s volunteering to take the fall for men like himself — opera’s tantalizing new breed of baritone known as « barihunks. »

They’re known for their great bods and for breathless blogs written by devoted admirers. Bearers of great pecs and pipes, barihunks like Matthew Worth and Tom Forde are bringing high art to the masses in a universally appealing form. And the dark-haired Gunn, all 6 broadly muscled feet of him, is king of that particular hill — as well as the « Barber of Seville. » In his third appearance with LA Opera, he sings the role of Figaro in the Rossini classic opening today.

In this production, which originated at Teatro Real Madrid, Gunn, 39, is fully dressed, sporting a white suit with a black polka-dot vest in the visually stark first act, which later bleeds into color. But in Lyric Opera of Chicago’s production last year, the first act opened with a bit of gratuitous beefcake — Gunn awoke wearing only boxer shorts in the sleeping loft above his barbershop before he rose, dressed and flew down a pole to begin another hard day of singing.

The lure of flaunting such unabashed virility is catnip to opera companies trying to overcome the graying of their audiences. Inspired in part by Hollywood’s beauty bar, the casting of opera singers for their looks as well as their world-class voices has been viewed as imperative as ever, now that opera has taken to the big screen —  » The Met: Live in HD » is in its fourth season transmitting opera to movie theaters around the world.

« I have some colleagues who really feel like opera was never meant to be able to have a camera looking down your throat while you’re screaming your head off and spit’s flying out, » says « the irresistible » Gunn, as the Metropolitan Opera described him in touting his high-def performance as Mercutio in Gounod’s « Romeo et Juliette » two years ago. « And I thought, yeah, that’s true, but at the same time it’s kind of cool. Practically the only thing people get anymore that’s live is sports and opera. »

Gunn wasn’t always this cool about this millennium’s focus on baring it all, or at least, a noticeable chunk of the hunk, for opera audiences. He was initially taken aback when Francesca Zambello first opened the floodgates when she directed him and tenor William Burden in a 1997 production of Gluck’s « Iphigénie en Tauride » at Glimmerglass Opera near Cooperstown, N.Y.

« She’s like, ‘Guys, in the beginning of the show, what’s going to happen is you’re going to be dragged in soaking wet and they’re going to rip your clothes off and you’re going to be bound together on this log. So if you’re nervous, go to the gym,' » recalls the (fortunately) former college athlete during a recent interview in LA Opera’s offices. « I went to the gym. Heck, yeah! »

The response from the usually buttoned-up opera world was enthusiastic. Even the University of Kansas’ erudite Journal of Dramatic Theory and Criticism weighed in, with Robert F. Gross declaring: « Nathan Gunn’s fine physique is the most eroticized presence on stage. »

(In September, barihunks.blogspot.com reported that another bare-chested duet by Gunn and Burden in the Opera Company of Philadelphia’s production of « Pearl Fishers » was the most popular video on its YouTube site. « It looks like the Philadelphia Phillies aren’t the only thing that’s hot in the City of Brotherly Love, » the site observed.)

Indeed, while sex sells just about everything everywhere, in the rarefied world of opera, male singers like Gunn are generally better salesmen. Women only rarely appear bare-breasted on stage, and when they do, it is likely to serve an avant-garde production, such as in LA Opera’s 1997 production of Wagner’s « Tannhauser, » directed by the Royal Shakespeare Company’s Ian Judge.

In part, says Gunn, men in opera do what women can’t. « In movies, most of the women who get naked are pretty young, and it’s hard to be an opera singer and be that young. It takes a lot of training, and you get better, I think — or louder — as you get older. »

Voir aussi:

Powerful, Edgy “Tannhauser” at Los Angeles Opera – February 28, 2007
Opera horses

March 9th, 2007

Richard Wagner’s “Tannhauser”, although firmly in the standard repertoire, has tended to be performed a little less often in recent years than the work that preceded it (“The Flying Dutchman”) and the eight operas he wrote afterwards. That appears, at least for the near future, to be changing.

California’s three most important opera companies – those of Los Angeles, San Francisco and San Diego – each have scheduled “Tannhauser” within a twelve month period. Although there is a duplication in two lead performers between two of the companies, each is mounting a completely different production.

Nor is it only California that is being immersed in Wagner’s melodic tale of a young man’s explorations of and angst regarding the charms of women, but opera companies throughout the United States and the World have signed onto revivals or new productions of the work.

Los Angeles Opera brought together a creative team, led by Conductor James Conlon, its new musical director. The team, launching “Tannhauser” as the first production of a multi-year Wagner project, has taken a new look at this work. Wagner’s “Paris version” of the opera, with its extended Venusberg Ballet, was chosen. The Set and Costume Designer was Gottfried Pilz and Lighting Designer was Mark Doubleday (his company debut), both of whose contributions in this extraordinary production were invaluable.

The Director was Royal Shakespeare Company veteran Ian Judge, who has now has a half-dozen memorable Los Angeles Opera productions to his credit. These include a conceptualization of Gounod’s “Romeo et Juliette” in 2005 for Rolando Villazon and Anna Netrebko that I found brilliant.

Before one creates a new production of “Tannhauser” one must decide what, ultimately, the opera is about. The literal story – with its arc of transgression, confrontation, penance and redemption – is interesting enough, and the opera’s rousing music and lush melody, in the hands of an orchestra and of singers of the first rank – makes for a pleasant evening at the opera, especially if you find the other Wagnerian operas to your taste.

Wagner, in his preceding opera, “Die Fliegende Hollaender”, set up a premise for the damnation of its title character that makes little sense to those of us that are part of 21st Century Western civilization. With a violent storm hitting his ship, the Dutchman lost control of himself and started cursing. For this he was damned forever, unless an improbable series of things happened to redeem him. So much for the punishment fitting the crime.

There are many elements of that opera that make it interesting to 21st century audiences, but the story line – the incidents (the cursing) that led to the spell on the Dutchman and the rules that had to be followed to break the spell, is not in itself something that would interest most of us these days.

Were it not that its stirring overture, its treasure chest of melody, and its abundant opportunities for spectacular theatre, “Hollaender” would be an only occasionally performed relic of Romantic era operatic history, like Weber’s “Die Freischuetz”. Is “Tannhauser” another quaint fairy tale like “Hollaender” in which we should immerse ourselves in the music, applaud the use of spectacle to display its exotic settings, but not think too deeply about the plot? I think otherwise.

“Tannhauser” is an opera (and this will be a surprise to some people) in which one can find deeper meaning. My own take on the opera’s story is as follows:

(1) Tannhauser, a creative but difficult artist, who has had problems fitting into a very structured society, decides to shuck it all and pursue a lifestyle that offends the established order, (2) having surfeited his senses, he wishes he could return to his old life to be forgiven, just as was the Prodigal Son, (3) although most everyone is suspicious of his reappearance, Elisabeth, the woman who had always seen something redeeming in his character, is ready to welcome him back, (4) he has renewed difficulty relating to the social order, and flaunts his past behaviors he knows will destroy his chances of reconciliation with his former colleagues, (5) the resulting turmoil results in Elisabeth’s emotional breakdown and ultimate death, (6) Tannhauser, shocked by the impact of his behavior on Elisabeth, squares himself away.

You will note my interpretation of the meaning of the opera is stated in secular language. One can integrate into this explanation meanings for the opera’s religious symbols, or, if preferred, even regard the religious elements literally. However, the basic story remains the same.

The creative team obviously spent time thinking about what they considered the essence of “Tannhauser”, to see if it indeed could be made relevant to our times. Their resulting product appears to concentrate on the question: what is it that happens in the Venusberg that so disrupts the social structure in the Wartburg? Is there a way for the audience to share the shock that the denizens of the Wartburg experienced?

They knew that most of this 21st century audience would be from the Los Angeles area. The Dorothy Chandler Pavilion is itself just seven miles from the Kodak Theatre in Hollywood, where, the night after the “Tannhauser” premiere, and three nights before its second performance – the one I attended – the Academy Awards would be distributed.

What could happen in the Venusberg that could cause this audience, that certainly regards itself among the hip and sophisticated, to understand vicariously the social horror that the men and women of the Wartburg experienced?

The creative team came up with an effective formula – fill the Venusberg with beautiful people of both sexes, all nude except for the briefest of thongs, engaged in constant, unrelenting, explicit (or at least convincingly simulated) sex – twosomes of men and women, men and men, etc., threesomes, foursomes, fivesomes splitting off to form new threesomes and twosomes. Most of these performances were taking place on revolving stages, so that the audience would not miss too much.

The opera program lists 18 “dancers”, although “dancing” is a curious euphemism for the particular onstage performances of these 18 persons during the extended ballet of the Paris version. The simulations were so vivid, that one would not be astonished if, after all of the rehearsals and actual performances, that some longer term relationships might be developing among these dancers.

Los Angeles opera audiences might indeed be hip (or, at least, include many of the hip). But the community is an entertainment capital, where nightmares occur about film ratings so restrictive they eliminate the teenage market, or about the FCC fining big corporations for transgressions occurring on network television. So there is irony in the fact that things not permitted in films and television shows being created a few miles away, were occurring — not in some tiny, out of the way West Hollywood theatre — but, during, of all things, the performance of a Wagnerian opera in the Dorothy Chandler Pavilion.

The “Tannhauser” reviews probably knocked some of the reports of post-Oscar parties to the later pages. “Wagner pornucopia” was the inch high headline for the Los Angeles Times’ Calendar section. “‘Tannhauser’: the Adult Version” was the three-fourths of an inch headline for the Arts Entertainment section of the Orange County Register. The bottom line is that, just like the citizens of the Wartburg, it is possible to astonish people, even in the hip and sophisticated opera and theatre-going crowd of Los Angeles.

But opera performed for purposes of shock and sacrilege is what many opera-goers use to define that ultimate pejorative, “Eurotrash”. To save the new L. A. production of “Tannhauser” from that pigeon hole, can one find in the Ian Judge conceptualization of the stage action elements that redeem his approach, and bring new appreciation and understanding of the opera?

First, I will set down my impressions of the performance. There is no curtain for the opera. Each act begins with a facade in place which stretches across the entire front of the Dorothy Chandler Pavilion stage. The facade consists of nine dark plue pillars. Connecting each pillar are eight sets of very tall double doors, that often open as windows.

Conductor Conlon leads the Los Angeles Opera Orchestra in the famous prologue. At the point where the Prologue changes tempo to the exotic Venusberg music, we begin to see young men and women, partially clothed in evening dress through the windows of the tall doors. Then, as the opera begins, the pillars and doors are seen to be on curved tracks that snake around the sides and back of center stage.

A grand piano sits at stage right, to do duty as Tannhauser’s lyre in the Venusberg and to return to the Hall in which the singing contest will be held in a later scene. Tannhauser, German tenor Peter Seiffert, dressed in black pajamas and a red dressing gown crosses the stage to sit at the piano. The Venus, Lioba Braun, looking rather like a young Sally Field with an Annette Bening hairstyle, is in her bower in center stage in a red dress. Everyone is barefoot. There are vertical neon lights nearby, now glowing red. (The vertical neon pole will change color for different scenes throughout the performance.)

The youth in evening dress begin to shed their clothes, and each finds a nearby person to engage in first kissing and then (simulated) sex acts of demonstrable versatility. Seiffert, the Tannhauser, is burly and looks 50ish. According to some of the press, he was made to look up like an aging rock star visiting the Venusberg. (My suspicion is that if the production had a younger looking Tannhauser, not bound by on-stage inhibitions and with the physique of, say, a Nathan Gunn or Charles Castronovo – neither of whom would ever be expected to sing this role – Director Judge would have staged the scene quite differently.)

Braun’s Venus was a smaller voice than I am used to in this part, and Seiffert, who is unquestionably on the short list of world’s most prominent Tannhausers, exhibited, at several times during the first two acts, the vibrato spread and beat that often signals vocal difficulties. (He had his voice securely in control in time for an effective third act that should convince a person who has not seen him before that his reputation is warranted.)

Now a blue-violet vertical neon pole is seen. Tannhauser reveals to Venus that his appetites are surfeited and that he wishes to return to his German homeland. The orgy participants, ready to do something else, help take down the Venusberg set to move it into the next scene with the Wartburg hunting party. Tannhauser finds himself out in the cold – literally, it is snowing lightly. A large white leafless tree hangs askew from the top of the stage.

We hear the song of the shepherd boy (sung by Karen Vuong) from offstage, but there is a boy dressed as a cherub with small wings on-stage, who among other stage business (throwing snowballs and standing on the grand piano in his ski boots) arranges for the piano to be pulled out of the snow offstage. (I thought to myself, I wonder whether he is going to do a “snow angel” and he did. I also wondered if the boy, who obviously had to be in the wings waiting for the orgy to end so he could be onstage for the next scene, had parental guidance shielding him from too close an observation of the “dancing”.)

The vertical neon pole was glowing white when the pilgrims appear, costumed in white robes, each holding white staffs. Tannhauser, however, is dressed in black with a black scarf. Still barefoot, he kneels at a cross at mid-stage. The hunters arrive, also dressed in white. Although some have white hunting caps, some of the principals are wearing white Fedoras. Wolfram (German baritone Martin Gantner) is dressed in a white suit, looking rather like Truman Capote, or even more closely, Philip Seymour Hoffman playing Truman Capote, with spectacles resembling a stylish contemporary offering from Lenscrafters. The Landgrave (German bass Franz-Josef Selig) wore a white Fedora with a black band.

As Act II begins, we are introduced to Elisabeth. Since she is to be the princess of the singing contest, she has the hairstyle and general appearance of Princess Diana, and wears a white gown similarly styled to the red gown worn by Venus in Act I. The male dancers from the Venusberg reappear as waiters for the Landgrave’s festivities, each carrying trays filled with glasses of champagne, most of which are taken by the choristers, who prance in with great formality in elegant black and white evening dress, for the melodic toasts.

In the first examples of truly memorable singing in this performance, Petra Maria Schnitzer, the Elisabeth, engages in an affecting duet with Selig’s Landgrave. The Paris version of “Tannhauser”, besides a longer Venusberg scene, has a more extensive song tournament, with more music for Gantner’s Wolfram and for Walther von der Vogelweide (Rodrick Dixon). The other Minnesingers are Jason Stearns (Biterolf), Robert MacNeil (Heinrich der Schreiber) and Christopher Feigum (Reinmar von Zweter).

The act ends with a beautifully sung octet, although Seiffert’s Tannhauser was again showing some vocal stress. As Seiffert sang his “Nach Rom!” he ran out of the back door to join the pilgrims seeking the Pope’s blessing, as the chandeliers of the Wartburg minstrels’ hall are raised.

For the final scene, the cross is back at center stage, and there is a green glow, not just on the vertical neon pole, but throughout the stage, as green light shines through the windows. Elisabeth is dressed in a white gown with green overcoat, and looks for Tannhauser in the ranks o