Hastings/1066: La colonie française qui a mal tourné fête ses 950 ans (Written by the victors but sewed by the vanquished: The French colony gone wrong with its merely mispronounced French celebrates its 950th birthday)

14 octobre, 2016
hastingshastings2 hastings3L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clemenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimés qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Wamba (bouffon saxon dans Ivanhoé, Walter Scott, 1819)
It changed English society, changed the way in which English politics worked, changes in architecture, the introduction of castles, the language we speak today is a result of 1066, that mixture of old English and French. Roy Porte (English Heritage)
The tapestry, thought to have been made in England, is history written by the victors but sewed by the vanquished; the Anglo-Saxon seamstresses who made it compelled to embroider the end of the Anglo-Saxon era. Space is made before the battle to outline William’s dubious claim to the English throne, while Norman atrocities in its aftermath are omitted. The Guardian
Guillaume sera, après sa mort, surnommé le Conquérant mais lui-même refusait ce surnom car il se considérait comme l’héritier légitime de la couronne anglaise et non comme un usurpateur ou un conquérant. Claude Laramé

Ecrite par les vainqueurs mais cousue par les vaincus …

En ce 950e anniversaire de la bataille de Hastings …

Et de la deuxième après celle de Claudius, et, après les échecs de Louis VIII, Philippe II d’Espagne, Napoléon et Hitler, dernière conquête de l’Angleterre …

Retour avec le site Hérodote …

Sur ce fameux Guillaume et ses ces hommes du nord qui avaient déjà obtenu du roi de France  l’embouchure de la Seine en échange du baptême et de l’hommage de vassalité …

Mais avaient vite adopté les mœurs féodales et la langue de leur pays d’adoption …

Avat de les imposer, à la faveur du voeu de chasteté de l’oncle d’Angleterre de leur chef et pour quelque 300 ans, à leur nouvelle conquête  …

Profitant de l’attaque de Norvégiens contre son cousin à l’autre bout du pays et à l’aide quand même d’une flotte d’un millier de navires avec quatre à six milliers d’hommes, mercenaires bretons, français et flamands compris, et quelques 3 000 chevaux …

Avant le couronnement de celui-ci le jour de Noël suivant à l’abbaye de Westminster de Londres et l’inscription de son haut fait pour la postérité sur la célèbre tapisserie dite de Bayeux (pas moins de 70 m de long !) …

Et l’imposition à son nouveau pays d’adoption, du haut de sa Tour de Londres et de quelque 500 forteresses, d’une loi commune (« Common Law ») et, collecte des impôts oblige, d’un recensement des terres (« Doomsday Book », se voulant aussi implacable que Livre le jugement dernier !)  …

Sans compter, malgré la langue longtemps commune, plus de 700 ans de luttes avec la mère patrie …

Confirmant les fameux jugements de Clémenceau sur la « colonie française qui a mal tourné » avec sa « langue qui n’était que du français mal prononcé » …

Hastings comme si vous y étiez

Hérodote

Le 14 octobre 1066, la bataille d’Hastings a livré au duc Guillaume de Normandie et à ses descendants le trône d’Angleterre.

Si l’événement paraît encore si proche de nous, près de mille ans après, c’est en grande partie grâce à la tapisserie de Bayeux ou « tapisserie de la reine Mathilde », trésor de l’humanité, source historique majeure. Et aussi ancêtre de la bande dessinée.

Jean-Charles Stasi
Les guerres féodales en vrai

La victoire du duc de Normandie Guillaume, le 14 octobre 1066 face à l’armée du roi anglo-saxon Harold Godwinson, va lui ouvrir la route de Londres où il sera sacré roi d’Angleterre, le 25 décembre de cette même année.

Et même si la conquête normande de l’Angleterre ne sera véritablement achevée que plusieurs années plus tard, la bataille d’Hastings marque un tournant dans l’histoire de ce pays, dont elle inaugure la période anglo-normande.

La tapisserie nous raconte cette entreprise mais pas seulement.

Elle relate aussi une expédition de Guillaume et de son armée jusqu’en Bretagne, avec la traversée du Couesnon au cours de laquelle plusieurs hommes manquent de périr dans les sables mouvants et les attaques contre Dol, Rennes et Dinan.

« On sait, par des sources écrites, que des récits de batailles ont été brodés au cours du Moyen Âge. Mais celui d’Hastings est le seul qui soit parvenu jusqu’à nous pratiquement intact, note Sylvette Lemagnen, conservatrice du Musée de la Tapisserie (Bayeux, Calvados). De manière générale, les tapisseries ou broderies qui ont traversé les siècles sont des pièces de petite taille, pour la plupart de quelques centimètres carrés à deux mètres carrés. Et dans les musées scandinaves, que ce soit à Oslo, Copenhague, Reykjavik ou Trondheim, elles présentent plutôt des sujets religieux que militaires. La tapisserie de Bayeux n’a rien à voir avec cela… »

Elle peut être considérée comme l’ancêtre de la bande dessinée, avec une succession de scènes soulignées d’un texte. Même si Sylvette Lemagnen préfère quant à elle y voir l’ancêtre du film d’animation avec des flashbacks et une décomposition des mouvements.

Son intérêt, il est vrai, va bien au-delà des récits de batailles. La tapisserie apporte surtout une mine d’informations exclusives sur la vie de nos aïeux du XIe siècle.

Ainsi nous apprend-elle comment s’habillaient les paysans et les guerriers, comment ils cuisinaient, chassaient et se déplaçaient, comment ils construisaient aussi les navires. Les historiens, romanciers, peintres, cinéastes et autres scénographes et reconstituants s’en inspirent très directement pour représenter la première féodalité.

« Cousu main »

Une précision technique s’impose : le terme de broderie serait plus approprié que celui de tapisserie pour désigner cette longue bande de 68,38 m sur 48 à 51 cm de large, composée de neuf lés assemblés par des coutures peu apparentes et dont le fond est constitué d’une toile de lin, fine et de couleur écrue. « On l’appelle communément tapisserie parce que, lorsqu’elle a été portée à la connaissance du public savant, au début du XVIIe siècle, on ne connaissait guère comme travaux de grande ampleur que des tapisseries, faites sur un métier sur lequel on dessine à la fois le fond et les sujets », explique la conservatrice.

Les motifs ont été brodés avec des laines teintes à partir des trois colorants végétaux : la garance (rouge), la gaude (jaune) et le pastel (bleu indigotine). Suivant leur utilisation pure ou mélangée, ces trois plantes tinctoriales ont donné une dizaine de coloris aux nuances variées : deux teintes de rouge (un rosé ou orangé et un brun violacé), un jaune moutarde, un beige, trois teintes de bleu (un bleu noir, un bleu foncé, un bleu moyen) et trois teintes de vert (un vert foncé, un vert moyen, un vert pâle).

Quatre points de broderie ont été utilisés.

Le point de chaînette et le point fendu réalisés avec deux fils sont peu présents.

Les plus usités sont le point de tige et le point de couchage. Le point de tige sert à tracer des visages, des mains, les nudités des personnages, ainsi que le texte qui court sous la bordure supérieure. Le point de couchage, dénommé aussi « point de Bayeux », s’exécute en trois temps. Le premier consiste à tendre des fils recouvrant presque le dessin ; le second à recouvrir perpendiculairement les premiers fils par des fils espacés d’environ 3 mm ; enfin, de petits points fixent le tout sur la toile.

Mystérieux commanditaire

Reste à savoir qui est à l’origine de ce chef-d’œuvre laineux. La plupart des historiens s’accordent aujourd’hui pour penser que son commanditaire est Odon de Conteville, demi-frère de Guillaume et évêque de Bayeux. Il aurait fait exécuter la tapisserie pour orner sa cathédrale qu’il était en train de reconstruire.

Joyau de l’architecture normande, la cathédrale de Bayeux sera dédicacée le 14 juillet 1077 par Odon, en présence de son demi-frère. « Odon a soutenu Guillaume de Normandie dans sa conquête de l’Angleterre. Et celui-ci, pour le récompenser de ses bons et loyaux services, lui a offert le comté du Kent dont la ville principale est Cantorbéry », argumente Sylvette Lemagnen.

À l’époque, Cantorbéry et sa région étaient connues pour la qualité de leurs ateliers de broderie. De plus se trouvait à Cantorbéry l’abbaye Saint-Augustin, dont le scriptorium a produit de magnifiques manuscrits. Le texte latin de la tapisserie a été écrit comme un Anglais de l’époque l’eût fait, et non pas comme un Français ou un Normand.

Enfin, son style pictural rappelle les enluminures sorties du scriptorium de l’abbaye Saint-Augustin. Tous ces éléments donnent à penser que la tapisserie a bien été commandée par Odon à des artisans saxons de la région de Cantorbéry. Sans doute autour des années 1070-1075, car le tissage des neuf lés sur un même métier et la broderie ont dû nécessiter de nombreuses années de travail.

Pérégrinations aventureuses

Faute d’archives, on suppose que la tapisserie, étant amovible, a été exposée dans différents châteaux et églises de part et d’autre de la Manche.

Tout ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’en 1476, elle ornait la cathédrale de Bayeux, comme l’atteste l’inventaire conservé aux Archives départementales du Calvados : « Une tente tres longue et estroicte de telle a broderie de ymages et escripteaulx faisans représentation du conquest dangleterre, laquelle est tendue environ la nef de l’eglise, le jour et par les octaves des reliques ».

Elle était ordinairement conservée dans un coffre que l’on peut encore voir dans le Trésor de la cathédrale et on l’étendait dans la nef, de pilier en pilier, durant la fête des Reliques, chaque année, à la fin du mois de juin.

Elle va échapper de la sorte aux incendies comme aux pillages puis au sac de la cathédrale par les huguenots en 1562. Au XVIIIe, elle est redécouverte par le monde savant. Antoine Lancelot (1724) et le moine bénédictin Dom Bernard de Montfaucon (1729-1730) en publient les motifs. Ils en attribuent la confection à la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant, ce qui a l’heur d’émouvoir le public, d’où son nom usuel : « Tapisserie de la reine Mathilde ».

En 1792, quand la France de la Révolution entre en guerre contre l’Europe, des volontaires s’en emparent pour bâcher leur chariot. Elle est sauvée de justesse par Lambert Léonard Le Forestier, administrateur du district de Bayeux et érudit local, qui se lance à la poursuite du chariot et propose de payer de ses propres deniers une bâche pour récupérer la tapisserie.

Réinstallée à la cathédrale, l’œuvre est comptée au nombre des biens du clergé confisqués par l’État et inventoriée en 1794 par la Commission des Arts. Sous le Consulat, Bonaparte s’y intéresse. Au point de la faire venir à Paris et de l’exposer au Musée Napoléon (actuel musée du Louvre) de novembre 1803 à février 1804. « Envisageant la conquête de l’Angleterre, il veut l’examiner et s’en inspirer, mais surtout la faire connaître pour créer un climat favorable dans le milieu parisien », explique Sylvette Lemagnen.

Cette exposition va connaître un grand succès. Pour autant, Bonaparte devenu Napoléon 1er ne lancera jamais sa flotte à l’assaut de l’Angleterre. Et, une fois l’effervescence retombée, il renverra la tapisserie «  aux habitants de la ville de Bayeux ».

Plus près de nous, le IIIe Reich va lui aussi s’y intéresser. En juin 1941 débarque de Berlin une équipe de l’Ahnenerbe, un Institut de recherche pluridisciplinaire créé en 1935 par Himmler pour recueillir à travers le monde des preuves de la validité des théories nazies sur la supériorité raciale des « Aryens ».

Outre le fait que Hitler rêve lui aussi d’envahir l’Angleterre, l’intérêt des nazis pour cette broderie monumentale s’explique par le fait qu’ils prétendent être des descendants des Vikings comme les Normands. Placée sous la direction d’Herbert Jankuhn, archéologue réputé outre-Rhin pour ses fouilles sur des sites vikings, l’équipe de l’Ahnenerbe comprend un dessinateur, un photographe, un peintre et un spécialiste des tissus. Elle demeure dans le Bessin, la région de Bayeux, jusqu’au 1er août 1941.

Après son départ, la broderie est entreposée dans le château de Sourches (Sarthe) avec de nombreux autres meubles, objets patrimoniaux et œuvres d’art. Elle y reste jusqu’au 26 juin 1944, date à laquelle les Allemands ordonnent son transfert à Paris dans la perspective de son envoi outre-Rhin. De fait, le 21 août de cette même année, en pleine insurrection parisienne, deux officiers SS se présentent dans le bureau du général von Choltitz avec un ordre de Hitler pour emmener la célèbre broderie à Berlin. Dans ses Mémoires, le gouverneur militaire du Gross Paris raconte qu’il aurait répondu à ses interlocuteurs qu’ils n’avaient qu’à se servir. Ce que, heureusement, ils n’ont pas eu le temps de faire.

Paris libéré, la tapisserie sera exposée dans la galerie des primitifs italiens jusqu’en décembre 1944 avant de regagner définitivement la Normandie, le 2 mars 1945. Elle retrouve d’abord l’hôtel du Doyen, premier Musée de la Tapisserie, situé près de la cathédrale de Bayeux, puis sera transférée en 1983 au Centre Guillaume le Conquérant installé rue de Nesmond, dans les locaux de l’ancien Grand Séminaire.

Depuis, elle n’a plus bougé. Ce qui peut se comprendre quand on sait qu’il faut une soixantaine de personnes pour la manipuler. Elle voit défiler devant ses 58 scènes quelque 400 000 visiteurs chaque année, dont 65% d’étrangers. Le 2 août 2016, le Centre Guillaume le Conquérant a accueilli son 14e millionième visiteur depuis son ouverture, et il s’agissait d’un jeune Anglais de 9 ans.

Voir aussi:

Guillaume le Bâtard conquiert l’Angleterre

Le 14 octobre 1066, une petite armée féodale, à peine débarquée en Angleterre, bat les troupes du roi en titre. La victoire à Hastings du duc de Normandie Guillaume le Bâtard sur le roi Harold marque la naissance de l’Angleterre moderne.

À noter qu’après le débarquement de Guillaume, toutes les tentatives de conquête de l’Angleterre échoueront, dont celle de Louis, fils de Philippe Auguste, en 1215, celle de Philippe II et l’Invincible Armada en 1588, celle de Napoléon en 1805 et celle de Hitler en 1940.

André Larané

Le nouveau maître de l’Angleterre, Guillaume, est un robuste guerrier qui ne s’en laisse pas conter. Il descend d’un chef viking, Rollon.

Cent cinquante ans plus tôt, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911), Rollon a obtenu du roi carolingien de Francie occidentale, le faible Charles le Simple, le droit de s’établir à l’embouchure de la Seine, en échange du baptême et de l’hommage de vassalité.

Le duc Rollon et ses Vikings étendent très vite leur domination à l’ensemble de la région, à laquelle ils donnent leur nom, Normandie (« pays des hommes du Nord »). Ils adoptent dans le même temps les mœurs féodales et la langue de leur pays d’adoption, la France.

Guillaume, un bâtard formé à la dure

L’un des successeurs de Rollon, le duc Robert 1er le Magnifique (ou Robert le Diable), est un homme à poigne. Deuxième fils du duc Richard II, on le soupçonne d’avoir fait empoisonner son frère Richard III. Contre ses vassaux rebelles et leur protecteur le duc Alain de Bretagne, il s’allie au roi capétien Henri 1er, ce qui lui vaut de recevoir le Vexin français.

Il a de nombreuses concubines mais sa préférée est la fille d’un tanneur de Falaise, Arlette, qui donne naissance au futur Guillaume le Conquérant vers 1027.

Le 13 janvier 1035, le duc Robert, qui a décidé de faire un pèlerinage en Terre sainte, réunit tous ses vassaux à Caen et leur fait solennellement jurer fidélité à son fils Guillaume, alors âgé de sept ans ! Les barons prêtent serment, et comme Robert meurt sur le retour, à Nicée, le 22 juillet 1035, voilà son jeune fils bâtard duc de Normandie…

Pendant plusieurs années, le duché sombre dans l’anarchie. Dans la presqu’île du Cotentin en particulier, des seigneurs normands, attachés à leurs anciennes traditions et au paganisme, prennent les armes contre le nouveau duc. Guillaume et ses partisans font appel au roi de France Henri 1er, leur suzerain.

Avec une force de caractère remarquable, le jeune Guillaume rétablit son autorité. En 1047, il bat les insurgés au val-des-Dunes, près de Caen, et impose enfin par les armes sa domination sur l’ensemble de la Normandie. Il s’empare même de la province voisine du Maine. Enfin, avec le concours du clergé clunisien, il proclame la « paix de Dieu » sur ses terres. Sous sa férule, la Normandie ne tarde pas à devenir la principauté la mieux administrée d’Europe, l’une des plus paisibles et des plus riches.

La cousine Mathilde, sa première conquête

Mais Guillaume a plus de mal à conquérir les faveurs d’une bien-aimée cousine, Mathilde de Flandre, fille du comte Baudouin IV, qui hésite à convoler avec un bâtard. Qu’à cela ne tienne, il chevauche jusqu’à Lille et s’empare de la jeune fille. Il semble que celle-ci ne lui ait pas longtemps tenu rigueur de cette violence.

Le duc, qui a gardé un mauvais souvenir de sa bâtardise et veut s’affirmer comme un grand seigneur chrétien, aura huit enfants avec sa chère Mathilde. On ne lui connaît qui plus est aucun bâtard ni aucune maîtresse ou amante de rencontre ! Il fait aussi suffisamment confiance à sa femme pour lui confier la régence du duché pendant ses campagnes militaires.

Insensible à cet amour conjugal, le pape Léon IX rechigne à agréer le mariage de Guillaume et Mathilde pour cause de cousinage et aussi par méfiance à l’égard des Normands de Sicile qui menacent sa sécurité. Après maintes tractations, le couple obtient enfin de son successeur Nicolas V qu’il valide leur union. Il promet en contrepartie de construire deux abbayes à Caen. Dédiées la première à la sainte Trinité, la deuxième à saint Étienne, elles sont plus connues sous le nom d’abbaye aux Dames et d’abbaye aux Hommes. Mathilde et Guillaume prévoient de se faire inhumer dans le chœur de l’église de leur abbaye respective.

Caen est une ville nouvelle créée par Guillaume lui-même près du littoral de la Manche et non loin de sa ville natale de Falaise pour remplacer Rouen comme capitale de son duché. Une cité fortifiée d’environ neuf hectares, l’une des plus grandes d’Europe, est bâtie sur un piton rocheux, avec les deux fameuses abbayes de part et d’autre. Caen va grandir très vite et devenir la véritable capitale de l’ensemble des possessions anglo-normandes.

Un trône convoité

Le destin de Guillaume et Mathilde bascule avec la mort du roi d’Angleterre Édouard le Confesseur, le 5 janvier 1066.

Ce pieux roi avait fait vœu de chasteté et était mort sans descendance.

Les seigneurs anglo-saxons, qui dominent l’île depuis les invasions barbares, lui cherchent un successeur. Ils élisent l’un des leurs, Harold Godwinsson (la succession héréditaire est encore une exception à cette époque).

Mais le feu roi d’Angleterre avait de son vivant promis la couronne à beaucoup de prétendants, dont Guillaume, qui était son neveu.

Or, Harold, suite à un naufrage sur la côte normande, s’était un jour retrouvé prisonnier du duc Guillaume. Pour retrouver sa liberté, il avait juré qu’il défendrait le jour venu les droits de celui-ci à la couronne anglaise. Sans le savoir, il avait juré au-dessus d’un coffre rempli de saintes reliques, ce qui rendait son serment irrécusable du point de vue des témoins normands.

Guillaume le Bâtard conteste donc avec force l’élection de Harold comme roi d’Angleterre. Il plaide ses droits auprès des cours d’Europe. Le pape Alexandre II lui donne raison et, pour preuve de son appui, lui fait envoyer un étendard consacré et des reliques.

Sans attendre, le duc lance la construction d’une flotte de débarquement à l’embouchure de la Dive, près de Cabourg. De là, la flotte (un millier de navires tout de même) se dirige vers Saint-Valéry-sur-Somme et attend les vents favorables.

La bataille de Hastings

Apprenant qu’Harold a dû se rendre vers le Nord de son royaume à la rencontre d’envahisseurs norvégiens, Guillaume quitte la Normandie pour l’Angleterre avec quatre à six milliers d’hommes, y compris des mercenaires bretons, français et flamands, et de nombreux chevaux. Le duc débarque le 29 septembre 1066 sur la plage de Pevensey, là même où Jules César débarqua avec ses légions onze siècles plus tôt.

Harold arrive à sa rencontre avec ses troupes, au total sept ou huit mille hommes. Il dispose d’une infanterie réputée, les Housecarls. Il s’agit de Danois armés d’une longue hache. Mais ceux-ci sortent fourbus de leur victoire sur les Norvégiens, à Stanfordbridge, le 25 septembre 1066. Le roi d’Angleterre attend l’assaut de Guillaume sur la colline de Senhac, dans les environs de Hastings.

Le 14 octobre 1066, après un début de combat indécis, le duc de Normandie lance sa chevalerie (trois mille hommes) à l’assaut des lignes anglaises. Celles-ci résistent tant bien que mal aux chevaliers normands, pratiquement invincibles sur les champs de bataille.

À la fin de la journée, Guillaume ordonne à ses archers d’abandonner le tir en cloche pour adopter le tir tendu. C’est ainsi qu’Harold est blessé à l’oeil par une flèche. Aussitôt, un groupe de chevaliers se ruent sur lui et l’achèvent. La mort du roi entraîne la dispersion de ses troupes et la victoire définitive de Guillaume.

Sitôt après la victoire d’Hastings, le jour de Noël 1066, Guillaume est couronné roi d’Angleterre à l’abbaye de Westminster, à Londres, en présence d’un évêque anglais et d’un évêque normand. Les guerriers présents dans l’abbatiale lancent chacun des acclamations dans leur langue. À l’extérieur, les gardes normands, croyant à une bagarre, brûlent des maisons pour faire diversion. Toute l’assistance de l’église s’enfuit à l’exception du duc, troublé, et des deux évêques qui achèvent la cérémonie !

Mathilde, qui n’a pu arriver à temps, est à son tour couronnée deux ans plus tard.

La première bande dessinée de l’Histoire

À Bayeux, en Normandie, on peut voir une célèbre broderie dite « tapisserie de la reine Mathilde », du nom de l’épouse de Guillaume. Elle raconte l’histoire de la Conquête sur 70 mètres de long et environ 50 centimètres de haut.

Cette broderie a été commandée à des artisans saxons par l’évêque de Bayeux, Odon de Conteville, demi-frère du duc Guillaume, pour orner le chœur de sa cathédrale. C’est la première bande dessinée connue. Elle constitue un inestimable témoignage sur les mœurs et la mode vestimentaire de l’époque…

Un réformateur hardi

Le nouveau souverain a beaucoup de mal à imposer sa domination sur l’Angleterre, alors peuplée d’environ deux millions d’hommes de toutes origines : Celtes, Anglo-saxons, Danois, Normands… (l’Angleterre en compte aujourd’hui près de 60 millions).

Il commence par construire une puissante forteresse sur les bords de la Tamise pour maintenir ses nouveaux sujets dans l’obéissance : l’actuelle Tour de Londres ! Il impose aussi une loi commune (« Common Law ») à l’ensemble de ses sujets.  Il lance la construction de cinq cents forteresses pour tenir le pays, divise celui-ci en comtés ou « shires » et en confie l’administration à des officiers royaux ou « sheriffs ».

Guillaume ordonne par ailleurs un recensement des terres pour faciliter la collecte des impôts. Ce recensement, le premier du genre, est conservé dans un document célèbre, le « Doomsday Book » (en vieil anglais : le Livre du jugement dernier). Ce registre a été ainsi baptisé parce que l’on considérait qu’il était impossible de dissimuler quoi que ce soit aux enquêteurs… comme ce sera le cas le jour du Jugement dernier !

Les conquérants normands, au nombre d’une dizaine de milliers seulement, se partagent les seigneuries anglaises. Ils éliminent la noblesse issue des précédents envahisseurs, les Angles et les Saxons, et ils introduisent leur langue d’adoption, le français. Unies et protégées par leur insularité, les différentes populations du royaume ne vont pas tarder à fusionner en un seul peuple.

Amère vieillesse

Le roi Guillaume (en anglais William) a une fin de vie difficile… Veuf et privé du soutien de Mathilde, la seule femme qu’il ait jamais aimée, il doit faire face à de multiples séditions, y compris celle de son fils aîné Robert Courteheuse. Celui-ci s’irrite que la couronne d’Angleterre ait été promise à son frère puîné, Guillaume le Roux (ou Guillaume Rufus), le préféré de Guillaume.

Pressé de recueillir la Normandie et le Maine, ses héritages, Robert combat son propre père avec l’opportun concours du capétien Philippe 1er.

C’est ainsi que Guillaume le Conquérant meurt en 1087, suite à une glissade de son cheval, en combattant le roi de France. Il est enterré dans la discrétion à Saint-Étienne de Caen, l’abbaye de son conseiller Lanfranc, un éminent théologien originaire d’Italie devenu après la conquête archevêque de Cantorbéry.

Avec la fin de Guillaume débute une longue hostilité entre la France et l’Angleterre : pendant plus de 700 ans, les deux royaumes ne vont pratiquement jamais cesser de lutter l’un contre l’autre.

Une succession agitée

Guillaume sera, après sa mort, surnommé le Conquérant mais lui-même refusait ce surnom car il se considérait comme l’héritier légitime de la couronne anglaise et non comme un usurpateur ou un conquérant.

Sa descendance directe règne brièvement sur l’Angleterre.

Le roi Guillaume II le Roux, encore célibataire, a du mal à s’imposer face aux barons. Après la mort de Lanfranc, il laisse vacant l’archevêché de Cantorbéry de même que maints autres sièges ecclésiastiques. Cela lui permet de s’en approprier les revenus. Face à la pression du clergé et du pape, il finit par nommer à la tête de l’archevêché un disciple de Lanfranc, l’abbé de Bec-Hallouin, Anselme, un saint homme plus tard canonisé.

Les relations entre l’archevêque et le roi se tendent très vite. Guillaume le Roux est tué le 2 août 1100 d’une flèche au cours d’une chasse, peut-être à l’instigation du troisième fils du Conquérant, Henri Beauclerc. Celui-ci devient roi d’Angleterre au nez et à la barbe de l’aîné, Robert Courteheuse, parti à la croisade.

En 1106, le roi Henri Beauclerc trouve moyen d’enlever aussi à son frère le duché de Normandie. Mais il a le malheur de perdre ses propres fils dans le naufrage de la Blanche Nef, à la Noël 1120. À sa mort, le 1er décembre 1135, il lègue la couronne d’Angleterre à sa fille Mathilde mais la succession est contestée par un cousin de celle-ci, Étienne de Blois. Il s’ensuit quinze ans d’anarchie avant qu’Étienne ne se résigne à désigner comme héritier le fils de Mathilde, Henri II Plantagenêt. Celui-ci ceint la couronne le 19 décembre 1154.

Les îles britanniques : 2000 ans d’Histoire

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Cette série de 9 cartes illustre 2000 ans d’Histoire…

Elle nous mène de la conquête romaine à nos jours en passant par les invasions successives (Angles et Saxons, Danois, Normands) et les péripéties du dernier millénaire : guerres dynastiques, assaut espagnol et révolutions, unification de la Grande-Bretagne, crises irlandaises…

Bibliographie

Pour une approche de cette histoire, je ne saurais trop recommander le livre célèbre d’André Maurois, romancier français très anglophile : Histoire de l’Angleterre. C’est un excellent ouvrage de vulgarisation.

Voir également:

The Battle of Hastings – which marks its 950th anniversary on Friday – still reverberates through literature, film and art

John Dugdale

Bayeux tapestry ( c.1070s)

The tapestry, thought to have been made in England, is history written by the victors but sewed by the vanquished; the Anglo-Saxon seamstresses who made it compelled to embroider the end of the Anglo-Saxon era. Space is made before the battle to outline William’s dubious claim to the English throne, while Norman atrocities in its aftermath are omitted.

King John by William Shakespeare (1594-96)

As the earliest English (non-legendary) history play in terms of setting, King John is chronologically the nearest in time to the Norman invasion, yet it goes unmentioned, leaving a fascinating absence. It is almost as if Shakespeare is repressing the invasion, preferring to show England invading France. He makes no mention of William the Conqueror or the Battle of Hastings, even though the conquest shaped the reigns of the French-descended Angevin, Plantagenet, Lancaster and Yorkist kings he portrayed. But Henry V is pointedly referred to as “conqueror” three times, and in the same play a French courtier denounces “bastard Normans, Norman bastards”. As every schoolchild knows, William was illegitimate.

Ivanhoe by Walter Scott (1819)

Against a backdrop of the late 12th-century power struggle between John and his brother Richard I, Scott’s hit historical novel champions Saxon characters against the Normans, reflecting both the 19th-century’s enthusiasm for Anglo-Saxon culture and Napoleonic-era Francophobia. One of their allies was Robin Hood – Scott pioneered his deployment as anti-Norman insurgent, later copied by Hollywood. This was Tony Blair’s choice of book as Desert Island discs, presumably for the bits about the Crusades.

Sibyl by Benjamin Disraeli (1845)

Famous for its “two nations” speech inspiring one nation Toryism, the novel’s divisions are actually between Norman and Saxon as well as rich and poor (as Labour MP Tristram Hunt has pointed out). The future prime minister updates Scott’s theme of the “Norman yoke” for the Victorian era by portraying the exploiting class as descending from the usurping French aristocracy that still owns the property their ancestors stole from Saxons, whose descendants remain dispossessed.

Hereward the Wake by Charles Kingsley (1866)

The conquest itself is featured in Kingsley’s last work, rather than Anglo-Norman enmity that is said to have continued into the next century, as in Ivanhoe. Hereward leads resistance to the Normans after Hastings until defeated at Ely.

1066 and All That by WC Sellar and RJ Yeatman (1930)

Arguably the best one-off humour book of the 20th century, this brilliant spoof-crib consolidated Hastings’ status as the watershed moment in British history by putting it in the title. Mocking the certainties and priorities of textbook and popular history, it informed its readers that: “The Norman conquest was a good thing, as from this time onwards England stopped being conquered and thus was able to become top nation.”

The Conqueror by Georgette Heyer (1931)

Though best-known for her Regency romances, Heyer ventured into other periods and ambitiously tackled the 11th century in this Normandy-centred portrait of William the Conqueror that culminates with the battle and inevitably features his courtship of Matilda. Jean Plaidy also went where Shakespeare seemingly feared to tread, depicting William in her 1970s Norman trilogy.

Astérix and the Normans by Albert Uderzo and René Goscinny (1966)

Wittily marking the conquest’s 900th anniversary, the comic book series tells the tale of a defeated Norman invasion. The Normans (here portrayed as Vikings, as they originally were) try to conquer France and are seen off by the plucky and ingenious Gauls.

The Bruges speech by Margaret Thatcher (1988)

The foundational moment for the Eurosceptic movement that triumphed 28 years later in the Brexit referendum. Echoing past warriors for sturdy British independence, Thatcher opposed another threatened French invasion by the regulations France’s Jacques Delors said he would impose on EU countries as European commission president. “Our nation was – in that favourite community word – ‘restructured’ under Norman and Angevin rule in the 11th and 12th centuries,” she noted, drily drawing a parallel between the conquest’s fallout and Euro federalists’ homogenising schemes.

The Wake by Paul Kingsnorth (2014)

A Man Booker-shortlisted novel that remakes Hereward the Wake. Its hero is another Anglo-Saxon resistance fighter battling against Norman rule. Unlike Kingsley, Kingsnorth wages his own war against the invaders’ biggest and most lasting bequest: the English language as multicultural mishmash. The vast French vocabulary the Normans introduced – suspected by proponents of a blunter, more Saxon English, including George Orwell and Kingsley Amis, of embodying alien ways of thinking – is banished from the prose of the first-person narrative, and told in a version of Old English.

Voir encore:

Battle of Hastings 950th Anniversary: Why is William the Conqueror and 1066 so important?

TODAY marks the 950th anniversary of the Battle of Hastings, a day that changed the course of English history.

Fri, Oct 14, 2016
The Battle of Hastings is one of the most important events in English history
between William the Conqueror and the Anglo-Saxon King Harold II, which took place on October 14 1066.Thousands of people are expected to travel to Hastings in East Sussex with a weekend of events taking place around Battle Abbey, which is built on the site of the clash.The Royal Mint has commissioned a special 50p coin to commemorate the anniversary, set to go into circulation in the coming weeks.
What happened at the Battle of Hastings?William, Duke of Normandy, first landed on the Sussex on 28 September. He was a friend and cousin of King Edward, who had died in January.The Duke claimed that Edward had named his as his successor before his death, and so travelled to England with around 7,000 soldiers to reclaim the throne from Harold.Upon landing the Normans made their way to Hastings, erecting castles to strengthen their base and pillaging the surrounding areas.
Battle Abbey was built on the site of the clash
On October 14, William’s forces rode out to meet Harold’s army at Senlac Hill.The Norman army was much more experienced and was made up of infantry, cavalry and archers. The English army was made of just infantry and was recovering from the Battle of Stamford Bridge.The battle lasted all day and ended with Harold’s death,
William was crowned King of England and became known as William the Conqueror.Soon after the battle the Bayeux Tapestry was commissioned, which has become an important historical artefact.The 70m long piece of embroidered cloth tells the story of the invasion and is considered the final and best-known piece of Anglo-Saxon art.
Why is the Battle of Hastings so important?The Battle marked the end of the Anglo-Saxon period and ushered in Norman rule over England.The new King bought England closer to France and Europe and changed the course of our nation.Roy Porte of English Heritage described it as a “cataclysmic” event in our history.He told the BBC: « It changed English society, changed the way in which English politics worked, changes in architecture, the introduction of castles, the language we speak today is a result of 1066, that mixture of old English and French.”
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Soft power: Vous avez dit nation de boutiquiers ? (How Britain became a soft power superpower)

12 septembre, 2016

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Great Britain’s medal tally at the Summer Olympics
Gold  Silver Bronze
gbmedals riomedals britmedals rio-qui-paye-le-mieux-ses-athletes-web-tete-0211186866405 unnamed3 unnamed4 unnamed5 unnamed7 unnamed6 unnamed9Aller fonder un vaste empire dans la vue seulement de créer un peuple d’acheteurs et de chalands semble, au premier coup d’oeil, un projet qui ne pourrait convenir qu’à une nation de boutiquiers. C’est cependant un projet qui accomoderait extrêmement mal une nation toute composée de gens de boutique mais qui convient parfaitement bien à une nation dont le gouvernement est sous l’influence des boutiquiers. Adam Smith
L’ Angleterre est une nation de boutiquiers.
Napoléon
Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! Michaël D’Almeida
De l’Australie jusqu’à Trinidad et Tobago, le portrait de la reine Elisabeth II a orné les monnaies de 33 pays différents – plus que n’importe qui au monde. Le Canada fut le premier a utiliser l’image de la monarque britannique, en 1935, quand il a imprimé le portrait de la princesse, agée de 9 ans, sur son billet de 20 dollars. Au fil des années, 26 portraits d’Elisabeth II seront utilisés dans le Royaume-Uni et dans ses colonies, anciennes et actuelles et territoires – la plupart one été commandés dans le but express d’apparaitre sur des billets de banque. Toutefois, certains pays, comme la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), Malte ou les Fidji, se sont servis de portraits déjà existants. La Reine est souvent montrée dans une attitude formelle, avec sa couronne et son spectre, bien que le Canada ou l’Australie préfère la représenter dans une simple robe et un collier de perles. Et alors que de nombreux pays mettent à jour leurs devises afin de refléter l’âge de la Reine, d’autres aiment la garder jeune. Lorsque le Belize a redessiné sa monnaie en 1980, il a choisi un portrait qui avait déjà 20 ans. Time
Un grand nombre de nations a conservé la reine comme chef d’Etat et elle est donc toujours représentée sur les billets de banques de nombreux pays. La Reine est présente sur les billets de 33 pays. Peter Symes
Of 31 sports, GB finished on the podium in 19 – a strike rate of just over 61%. That percentage is even better if you remove the six sports – basketball, football, handball, volleyball, water polo and wrestling – Britain were not represented in. Then it jumps to 76%. The United States won medals in 22 sports, including 16 swimming golds. In terms of golds, GB were way ahead of the pack, finishing with at least one in 15 sports, more than any other country, even the United States. GB dominated track cycling, winning six of 10 disciplines and collecting 11 medals in total, nine more than the Dutch and Germans in joint second. GB also topped the rowing table, with three golds – one more than Germany and New Zealand – and were third in gymnastics, behind the US and Russia. BBC
On July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last. (…) Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.(…) Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. (…) But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now. The Economist
Although beaten to the top spot in this year’s index, the UK continues to boast significant advantages in its soft power resources. These include the significant role that continues to be played by both state-backed assets (i.e. BBC World Service, DfID, FCO and British Council) and private assets and global brands (e.g. Burberry and British Airways). Additionally, the British Council, institutions like the British Museum, and the UK’s higher education system are all pillars of British soft power. The UK’s rich civil society and charitable sector further contribute to British soft power. Major global organisations that contribute to development, disaster relief, and human rights reforms like Oxfam, Save the Children, and Amnesty International are key components in the UK’s overall ability to contribute to the global good – whether through the state, private citizens, or a network of diverse actors. The UK’s unique and enviable position at the heart of a number of important global networks and multi-lateral organisations continues to confer a significant soft power advantage. As a member of the G-7, G-20, UN Security Council, European Union, and the Commonwealth, Britain has a seat at virtually every international table of consequence. No other country rivals the UK’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the UK’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union. The soft power 30
The United States takes the top spot of the 2016 Soft Power 30, beating out last year’s first-place finisher, the United Kingdom. America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy – like ending the US’s stated commitment to nuclear non-proliferation. On the other hand, President Obama’s final year as Commander-in-Chief has been a busy one for diplomatic initiatives. The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the US abroad, as it finished higher in the international polling this year, compared to 2015. Perhaps not dragged down as much by attitudes to its foreign policy, the US’s major pillars of soft power have been free to shine, as measured in our Digital, Education, and Culture sub-indices. The US is home to the biggest digital platforms in the world, including Facebook, Twitter, and WhatsApp, and the US State Department sets the global pace on digital diplomacy. Likewise, the US maintains its top ranking in the Culture and Education sub-indices this year. The US welcomed over 74 million international tourists last year, many of whom are attracted by America’s cultural outputs that are seemingly omnipresent around the globe. In terms of education, the US has more universities in the global top 200 than any other country in the world, which allows it to attract more international students than any other country – by some margin as well. (…) Home to many of the biggest tech brands in the world, the US is the global leader in digital technology and innovation. The Obama Administration and State Department developed the theory and practice of online-driven campaigning and ‘digital diplomacy’. The way the US has developed and leveraged digital diplomacy, gives the nation a significant soft power boost. (…) It’s not just foreign policy that can drag down the image of America. Regular news stories of police brutality, racial tension, gun violence, and a high homicide rate (compared to other developed countries) all remind the world that America has its faults on the home front too. Speaking of which, the forthcoming Presidential election will have leaders in a lot of world capitals nervous at prospect of a Trump presidency. The soft power 30
With nearly 84 million tourists arriving annually, France maintains the title of the world’s most visited country. Yet while the strength of its cultural assets – the Louvre, its cuisine, the Riviera – have helped it hold onto this title, the country remains vulnerable. In the last year, France made headlines for the horrific terror attacks that shook its capital. Since the beginning of his mandate, President François Hollande has struggled to revitalise the French economy. Unemployment has risen steadily, and businesses are weary of France’s seemingly over-regulated and overprotective market. Its “new-blood” Minister of the Economy, Emmanuel Macron, is labouring to shake things up. His newly announced political movement, En Marche! (Forward) hopes to break party lines and revive the Eurozone’s second largest economy. Only time can tell if the initiative will pay dividends. Until then, France can still count on its unequalled diplomatic prowess to safeguard its position near the top of the Soft Power 30. It remains a global diplomatic force, asserting its presence through one of the most extensive Embassy networks. (…) France’s soft power strengths lie in a unique blend of culture and diplomacy. It enjoys, for historic reasons, links to territories across the planet, making it the only nation with 12 time zones. Its network of cultural institutions, linguistic union “la Francophonie” and network of embassies allow it to engage like no other. Its top rank in the Engagement sub-index comes as no surprise. (…) France continues to struggle as a result of the global financial crisis and President Hollande’s failure to lift the nation’s economic competitiveness has delayed its full recovery. Germany’s economy, in comparison, makes France look in need of reform. The soft power 30
Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans. Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000. « Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres. Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. (…)« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio » Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. » (…) Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984. Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ? La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps. Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années. Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque : « Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. » Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020. Le Monde
Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ? La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits. Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio (…) En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport. Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ». Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club », chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance. Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. En envoyant une délégation très étoffée (…) c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. (…) Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes). En préparant en priorité les JO La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. France infos

Vous avez dit nation de boutiquiers ?

Investissement massif issu de la loterie (400 millions), quasi-salarisation des athlètes (mais pas de primes individuelles),  mise exclusive et sans concession sur les seules disciplines gagnantes (35 millions d’euros pour le cyclisme,  1,5 million pour un tennis de table sans résultat), investissement dans la technologie de pointe et approche scientifique de la performance,  délégation très étoffée, priorité absolue aux JO (quitte à faire l’impasse sur les championnats du monde ou d’Europe) et concentration sur les sports les plus « payants »…

A l’heure où un pays à l’économie, la population et la superficie respectivement huit fois, cinq fois et 35 fois moindre fait quasiment jeu égal et avait même dépassé en influence ces deux dernières années la première puissance mondiale …

Et où avec l’auto-effacement  de ladite première puissance mondiale, le Moyen-Orient est à feu et à sang et une Russie et une Chine assoiffées de revanche menacent impunément les frontières de leurs voisins …

Comment ne pas voir l’ironie de la reprise et de la domination par l’ancienne puissance coloniale d’un concept (« sof power ») créé à l’origine par un Américain (Joseph Nye) en réponse à un historien britannique (Paul Kennedy) qui prédisait à la fin des années 80 l’inéluctabilité du déclin américain ?

Mais surtout le redoutable pragmatisme d’un pays qui il y a vingt ans ne finissait que 36e (pour une seule misérable médaille d’or) …

Et qui non content de laisser loin derrière (avec un avantage – excusez du peu – de pas moins de 18 médailles d’or !) une France au même poids démographique et économique …

Dépasse aujourd’hui en médailles la première population et la 2e puissance économique mondiales ?

Millions de la Loterie, choix drastiques et coups de chance : comment la Grande-Bretagne a raflé tant de médailles à RioLes Britanniques se sont hissés à la deuxième place du tableau des médailles, devant la Chine et la Russie. Mais comment ont-ils fait ?
Camille Caldini
France Tvinfos
21/08/2016Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ?En collectant des millions grâce à la Loterie
La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits.Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio, détaille le Guardian (en anglais). Les athlètes britanniques ont d’ailleurs été invités à dire tout le bien qu’ils pensaient de la Loterie nationale, « en insistant sur le lien entre l’achat d’un ticket et les chances de médailles », ajoute le quotidien.

En misant tout sur les gagnants

En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport.

Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ».

En investissant dans la technologie de pointe

Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club« , chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance.

Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. « Tout le monde regarde les vélos des autres », raconte en effet Laurent Gané, entraîneur de l’équipe de France de vitesse sur piste, au Monde. Et le relayeur Michaël D’Almeida le concède, dans le même quotidien : « Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! »

En envoyant une délégation très étoffée

La Chine le prouve à Rio, cela ne suffit pas. Mais c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. « Les pays les plus riches ont tendance à mieux réussir, non seulement parce qu’ils envoient davantage d’athlètes, mais aussi parce qu’ils sont mieux préparés », explique le journal canadien Toronto Star (article en anglais).

Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes).

En préparant en priorité les JO

La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du ‘tout pour les JO’. »  Cela semble payer. A Rio, le cyclisme a rapporté 12 médailles à la Team GB : 11 sur piste dont 6 en or, et une sur route. En 2008 et 2012, ils avaient déjà glané 8 médailles d’or.

La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. De là aux soupçons de dopage ou de tricherie technologique, il n’y a qu’un petit pas, que le coach français s’est retenu de faire, s’interrompant au milieu d’une phrase : « C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… »

En profitant des exclusions russes et des ratés chinois

Il faut bien l’admettre, il y a aussi une petite part de chance dans le succès de la Team GB, qui peut remercier la Russie et la Chine.

En 2012, la Russie talonnait la Grande-Bretagne, avec ses 81 médailles dont 23 en or. Pour Rio, le scandale du dopage organisé par l’Etat a contraint Moscou a réduire sa délégation : seulement 271 athlètes au lieu de 389 et aucun athlète paralympique. Conséquence directe : le compteur de médailles d’or russe s’est arrêté à 17. En athlétisme en particulier, cette absence russe a été une bénédiction pour la Team GB, qui avait terminé quatrième en 2012, derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

Un autre géant a trébuché à Rio, laissant à la Grande-Bretagne une chance de se hisser sur le podium final : la Chine. Le bilan mitigé de ses athlètes a presque tourné à l’affaire d’Etat à Pékin. La Chine a multiplié les contre-performances, au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l’habitude de s’illustrer. L’équipe chinoise de gymnastique quitte Rio sans aucune médaille d’or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.

Voir aussi:

JO 2016 : comment les Britanniques ont acheté leurs médailles
Eric Albert

Le Monde

20.08.2016

La BBC est passée en mode surchauffe depuis une semaine. Sa « Team GB » réussit des Jeux olympiques impressionnants, engrange médaille après médaille, et les commentateurs de la chaîne publique se perdent en superlatifs et en compliments.
Avec 67 médailles, dont 27 en or, le Royaume-Uni a pris une surprenante deuxième place au tableau des nations, derrière les Etats-Unis (105 breloques) et loin devant la France – même population, même poids économique –, septième avec neuf médailles d’or.

Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans.

Système ultra-élitiste
Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000.

« Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres.

Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. Le mythique fair-play britannique appartient au passé.

« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio »
Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. »

L’équipe de plongeon britannique doit ainsi une fière chandelle à Tom Daley, médaillé de bronze à Londres. Grâce à ce succès sur le fil, la discipline a conservé son financement. Aujourd’hui, elle en récolte les fruits : à Rio, elle a déjà obtenu trois médailles, une de chaque couleur.

Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984.

Scandales de dopage
Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ?

La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps.

Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années.

Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque :

« Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. »
Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020.

Voir également:

Rio Olympics 2016: Team GB medal haul makes them a ‘superpower of sport’

Great Britain’s Olympic review

Great Britain is « one of the superpowers of Olympic sport » after its performance in Rio, according to UK Sport chief executive Liz Nicholl.

A total of 67 medals with 27 golds put Team GB second in the medal table – above China for the first time since it returned to the Games in 1984.

« It shows we are a force to be reckoned with in world sport, » Nicholl said.

Britain is the first country to improve on a home medal haul at the next Games, beating the 65 medals from London 2012.

They won gold medals across more sports than any other nation – 15 – and improved on their medal haul for the fifth consecutive Olympics.

The Queen offered her « warmest congratulations » for an « outstanding performance » in Rio, while the Duke and Duchess of Cambridge and Prince Harry said the team were an « inspiration to us all, young and old ».

The money behind the medals

UK Sport is the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports.

Team GB’s 67 medals in Brazil cost an average of just over £4m per medal in lottery and exchequer funding over the past four years – a reported cost of £1.09 per year for each Briton.

Nicholl added: « Half of the investment that we’re putting into Rio success also feeds into Tokyo [2020 Olympics]. We’re very confident that we’ve got a system here that’s working and that’s quite exceptional around the world. »

Chief executive of British Gymnastics Jane Allen told BBC Radio 5 live: « You wouldn’t want to be in some of the other countries at the moment, who are examining themselves.

« UK Sport has made those sports that receive the funding be accountable for their results. This is the end result in Rio – the country should expect a return for their investment, it is incredible. »

« It’s tough to imagine a stronger performance, » said Bill Sweeney, chief executive of the BOA.

« When you get into the [Olympic] village there’s been a real collective team spirit around Team GB – you just got a sense that this was a team that wanted to do something really special. »

Britain had been set a target by UK Sport to make Rio its most successful ‘away’ Olympics by beating the 47 medals from Beijing in 2008, but Nicholl said there had been an « aspirational » aim to surpass the achievements of London 2012.

Sweeney said he « wasn’t surprised » by the extent of the success, but that beating China « wasn’t on the radar » before the Games.

« China are a massive nation, aren’t they? Goodness knows how much money they spend on it, » he said.

« To be able to beat them is absolutely fantastic.

Sweeney said it would be difficult for Britain to replicate their position in the medal table at Tokyo 2020, at which he predicted hosts Japan, China, Russia and Australia would all improve.

How has China reacted?

China did top one table in Rio – that of fourth-place finishes, according to data from Gracenote Sports.

They had 25, with the US next on 20 and Britain third on 16.

Gracenote head of analysis Simon Gleave said China’s decline in medals from London 2012 « has been primarily due to the sports of badminton, artistic gymnastics and swimming ».

China Daily said: « In contrast with China’s previous obsession with gold medals, the general public is learning to enjoy the sports themselves rather than focusing on the medal count. Winning gold medals does not mean everything anymore in China. »

Swimmer Fu Yuanhui’s enthusiasm at winning a bronze medal « took Chinese viewers by surprise », said Global Times. « They are used to their athletes focusing in interviews on their desire to win glory for the country. »

Many users of the Chinese social media site Weibo posted messages using the hashtag #ThisTimeTheChinaTeamAreGolden, saying their athletes were still « the best » irrespective of their placing in their events.

Voir encore:

Rio Olympics 2016: How did Team GB make history?

Tom Fordyce

BBC

22 August 2016

It has been an Olympic fiesta like never before for Britain: their best medal haul in 108 years, second in the medal table, the only host nation to go on to win more medals at the next Olympics.

Never before has a Briton won a diving gold. Never before has a Briton won a gymnastics gold. There have been champions across 15 different sports, a spread no other country can get close to touching.

It enabled Liz Nicholl, chief executive of UK Sport, the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports, to declare on the final day of competition in Rio that Britain was now a « sporting superpower ».

Only 20 years ago, GB were languishing 36th in the Atlanta Olympics medal table, their entire team securing only a single gold between them. This is the story of a remarkable transformation.

Biased judges or gracious defeat? What China thinks of GB going second
‘Superpower’ Team GB a ‘world force’

Money talks

As that nadir was being reached back in 1996, the most pivotal change of all had already taken place.

The advent of the National Lottery in 1994, and the decision of John Major’s struggling government to allocate significant streams of its revenue to elite Olympic sport, set in motion a funding spree unprecedented in British sport.

From just £5m per year before Atlanta, UK Sport’s spending leapt to £54m by Sydney 2000, where Britain won 28 medals to leap to 10th on the medal table. By the time of London 2012 – third in the medal table, 65 medals – that had climbed to £264m. Between 2013 and 2017, almost £350m in public funds will have been lavished on Olympic and Paralympic sports.

It has reinvigorated some sports and altered others beyond recognition.

Gymnastics, given nothing at all before Atlanta, received £5.9m for Sydney and £14.6m in the current cycle. In Rio, Max Whitlock won two gymnastics golds; his team-mates delivered another silver and three bronzes.

As a talented teenage swimmer, Adam Peaty relied on fundraising events laid on by family and friends to pay for his travel and training costs. That changed in 2012, when he was awarded a grant of £15,000 and his coach placed on an elite coaching programme. In Rio he became the first British male to win a swimming gold in 28 years.

There are ethical and economic debates raised by this maximum sum game. Team GB’s 67 medals won here in Brazil cost an average of £4,096,500 each in lottery and exchequer funding over the past four years.
Average cost of Games to each Briton
As determined by the Sport Industry Research Centre

At a time of austerity, that is profligate to some. To others, the average cost of this Olympic programme to each Briton – a reported £1.09 per year – represents extraordinary financial and emotional value. Joe Joyce’s super-heavyweight silver medal on Sunday was the 700th Olympic and Paralympic medal won by his nation since lottery funding came on tap.

« The funding is worth its weight in gold, » says Nicholl.

« It enables us to strategically plan for the next Games even before this one has started and makes sure we don’t lose any time. We can maintain the momentum of success for every athlete with medal potential through to the next Games. »

All in the detail

The idea of marginal gains has gone from novelty to cliche over the past three Olympic cycles, but three examples from Rio underline how essential to British success it remains.

In the build-up to these Olympics, a PhD student at the English Institute of Sport named Luke Gupta examined the sleep quality of more than 400 elite GB athletes, looking at the duration of their average sleep, issues around deprivation and then individual athletes’ perception of their sleep quality.

His findings resulted in an upgrading of the ‘sleep environment’ in the Team GB boxing training base in Sheffield – 37 single beds replaced by 33 double and four extra-long singles; sheets, duvets and pillows switched to breathable, quick drying fabrics; materials selected to create a hypo-allergenic barrier to allergens in each bedroom.

« On average, the boxers are sleeping for 24 minutes longer each night, » says former Olympic bronze medallist and now consultant coach Richie Woodhall.

« When you add it up over the course of a cycle it could be as much as 29 or 30 days’ extra sleep. That can be the difference between winning a medal or going out in the first round. »

In track cycling, GB physio Phil Burt and team doctor Richard Freeman realised saddle sores were keeping some female riders out of training.

Their response? To bring together a panel of experts – friction specialist, reconstructive surgeons, a consultant in vulval health – to advise on the waxing and shaving of pubic hair. In the six months before Rio not a single rider complained of saddle sores.

Then there is the lateral thinking of Danny Kerry, performance director to the Great Britain women’s hockey team that won gold in such spectacular fashion on Friday.

« Everyone puts a lot of time into the physiological effects of hockey, but what we’ve done in this Olympic cycle is put our players in an extremely fatigued state, and then ask them to think very hard at the same time, » Kerry told BBC Sport.

« We call that Thinking Thursday – forcing them to consistently make excellent decisions under that fatigue. We’ve done that every Thursday for a year. »

Britain won that gold on a penalty shootout, standing firm as their Dutch opponents, clear favourites for gold, missed every one of their four attempts.
Virtuous circles

Success has bred British success.

That hockey team featured Helen and Kate Richardson-Walsh, in their fifth Olympic cycle, mentoring 21-year-old Lily Owsley, who scored the first goal in the final. A squad that won bronze in London were ready to go two better in Brazil.

« We’ve retained eight players who had medals around their necks already, » says Kerry. « We added another eight who have no fear.

« It gave us a great combination of those who know what it’s all about, and those who have no concept at all of what it’s all about, and have just gone out and played in ruthless fashion.

« We get carried away with some of the hard science around sport, but there’s so much value in how you use characters and how you bring those qualities and traits to the fore. You see that on the pitch. Leverage on the human beings as much as the science. »

In the velodrome, experience and expertise is being recycled with each successive Games.

Paul Manning was part of the team pursuit quartet that won bronze in Sydney, silver in Athens and gold in Beijing. As his riding career came towards the end, he was one of the first to graduate through the Elite Coaching Apprenticeship Programme, a two-year scheme that offered an accelerated route into high-performance coaching for athletes already in British Cycling’s system.

In Rio he coached the women’s pursuit team to their second gold in two Olympics, his young charge Laura Trott also winning omnium gold for the second Games in a row.

Then there is Heiko Salzwedel, head of the men’s endurance squad, back for his third spell with British Cycling having worked under the visionary Peter Keen from 2000 to 2002 and then Sir Dave Brailsford between 2008 and 2010.

Expertise developed, expertise retained. A culture where winning is expected, not just hoped for.

« We have got the talent in this country and we know that we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is now a system that provides the very best support for that talent. »

Competitive advantages

Funding has not flowed to all British sports equally, because in some there is a greater chance of success than others.

On Lagoa Rodrigo de Freitas, Britain’s rowers dominated the regatta, winning three gold medals and two silvers.

With 43 athletes they also had the biggest team of any nation there. Forty-nine of the nations there qualified teams of fewer than 10 athletes. Thirty-two had a team of just one or two rowers.

Only nine other nations won gold. In comparison, 204 nations were represented in track and field competition at Rio’s Estadio Olimpico, and 47 nations won medals.

British efforts in the velodrome, where for the third Olympics on the bounce they ruled the boards, were fuelled by a budget over the four years from London of £30.2m, up even from the £26m they received in funding up to 2012.

In comparison, the US track cycling team – which won team pursuit silver behind Britain’s women, and saw Sarah Hammer once again push Trott hard for omnium gold, has only one full-time staff member, director Andy Sparks.

Then there is the decline of other nations who once battled with Britain for the upper reaches of the medal table, and frequently sat far higher.

In 2012, Russia finished fourth with 22 golds. They were third in 2008 and third again in 2004.

This summer, despite escaping a total ban on their athletes in the wake of the World Anti-Doping Agency’s McLaren Report, they finished with 19 golds for fourth, permitted to enter only one track and field athlete, Darya Klishina.

Australia, Britain’s traditional great rivals? Eighth in 2012, sixth in Beijing, fourth in Athens, 10th here in Brazil.

In Rio, 129 different British athletes have won an Olympic medal.

It is a remarkable depth and breadth of talent – a Games where 58-year-old Nick Skelton won a gold and 16-year-old gymnast Amy Tinkler grabbed a bronze, a fortnight where Jason Kenny won his sixth gold at the age of 28 and Mo Farah won his ninth successive global track title.

The abilities of those men and women has been backed up by similar aptitude in coaching and support.

In swimming there is Rebecca Adlington’s former mentor, Bill Furniss, who has taken a programme that won just one silver and two bronzes in London and, with a no-compromise strategy, taken them to their best haul at an Olympics since 1908.

In cycling, there has been the key hire of New Zealand sprint specialist Justin Grace, the coach behind Francois Pervis’ domination at the World Championships, a critical influence on Kenny, Callum Skinner, Becky James and Katy Marchant.

« We have got the talent in this country, and we know we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is a system that provides the very best support for that talent. We do a lot in terms of people development. We are conscious when people are recruited to key positions as coaches they are not necessarily the finished article in their broader skills.

« We provide support so that coaches across sports can network and learn from each other. That improves their knowledge expertise and the support systems they’ve got. »

It is an intimidating thought for Britain’s competitors. After two decades of consistent improvement, Rio may not even represent the peak.

Voir encore:

‘Brutal but effective’: why Team GB has won so many Olympic medals

Sports that have propelled Britain up the medal table have received extra investment while others have had their funding cut altogether
Josh Halliday

15 August 2016

In the past 24 hours Team GB have rewritten their Olympic history, moving ahead of China into second place in the Rio 2016 medals table after winning a record-breaking five gold medals in a single day.
Team GB’s Olympic success: five factors behind their Rio medal rush

With Olympic champions in tennis, golf, gymnastics and cycling – and another assured in sailing – the team’s directors hailed national lottery funding and the legacy of London 2012 for the Rio goldrush. So how has funding in British sport changed in the run-up to Super Sunday?

UK Sport, which determines how public funds raised via the national lottery and tax are allocated to elite-level sport, has pledged almost £350m to Olympic and Paralympic sports between 2013 and 2017, up 11% on the run-up to London 2012.

Those sports that have fuelled the rise in Britain’s medal-table positions over the past eight years – athletics, boxing and cycling, for example – were rewarded with increased investment. “It’s a brutal regime, but it’s as crude as it is effective,” said Dr Borja Garcia, a senior lecturer in sports management and policy at Loughborough University.

Sports that failed to hit their 2012 medal target – including crowd-pleasers such as wrestling, table tennis and volleyball – either had their funding reduced or cut altogether. Has that affected their prospects in Rio? It may be too soon to tell, but so far swimming is the only sport that has won medals at this Olympics after having it funding cut post-2012.

The aim is quite simple: to ensure Great Britain becomes the first home nation to deliver more medals at the following away Games. As it stands after day nine on Sunday, Team GB has one more medal than at the equivalent stage in London – their most successful ever Games.

Swimming

Spearheaded by the gold medal-winning Adam Peaty, Team GB has already secured its biggest Olympic medal haul in the pool since 1984, but it was one of the elite sports to have its funding slashed from £25.1m to £20.8m after a disappointing London 2012, when its three medals missed the target of between five and seven.

With six medals so far in Rio – one gold and five silvers – it has already passed its target of five for this Olympic Games. Its national governing body, British Swimming, will hope to be rewarded for this success with an increase in funding before Tokyo 2020.

UK Sport funding for medal-winning Olympians is assured, but some of the clubs where they spend long hours training are struggling to survive. Peaty’s City of Derby swimming club was almost forced to close last year when two pools in the city shut down for nearly three months, its chairman, Peter Spink, said.

“If we hadn’t got the focus of the council back on to swimming, things would have got a lot worse for us,” he said. “Worst case, closure could have happened. I don’t think I felt we got that close fortunately but unless we did something drastic and worked our way through it then, if not closed, we would have been a very much diminished club.”

Steve Layton, the club’s secretary, credited the local authority for fixing a roof at one pool and reopening another that had previously been closed, but added that it was only a matter of time before one of the “not fit for purpose” facilities was permanently closed down.

The club is trying to raise sponsorship money through partnerships with local companies, he said, but has so far been unable to raise enough money to pay for coaches rather than rely on volunteers. The ultimate aim is to raise enough investment for an Olympic-standard 50m pool in Derby, so that the Adam Peatys of tomorrow are not confined to the city’s 25m pools.

“Swimming is not like football. It doesn’t draw the crowds and we are in times of austerity. We understand all that, but we are trying to get sponsorship to give us some support,” Layton said.

The grand rhetoric of an Olympic legacy after London 2012 did not add up to much for cities such as Derby, but Spink said he was hopeful now of more investment in swimming following Team GB’s success in Rio. “The legacy of the London Olympics was always a big thing. We saw that a little bit, but of late that has dwindled a bit. The issues we have in Derby demonstrate that there really wasn’t the appetite either in local or national government to fund sport in that way,” he said.

Cycling
Along with a knighthood for Bradley Wiggins, an increase in funding followed Team GB’s cycling success in London 2012. Their final tally of 12 medals exceeded the target of between six and 10, resulting in a boost to British Cycling’s coffers from £26m to £30.2m.

In Rio, Team GB has secured six medals – four gold and two silver – and smashed two world records, with both the women’s and men’s team pursuit taking gold. It is well on the way to reaching its final Rio target of between eight and 10 medals.

Gymnastics
Max Whitlock competes in the men’s pommel horse event final.

Max Whitlock’s heroics in the Olympics arena on Super Sunday ended a 116-year wait for a British gymnastics Olympic champion.

His double gold also boosted Team GB’s medal count in the sport to four, with Louis Smith winning silver in the pommel horse and Bryony Page becoming the first British woman to win an Olympic trampoline medal by claiming silver in Rio.

Having previously lost all of its elite-level funding, British gymnastics has experienced a steady increase in public investment over the past 20 years, from £5.9m at Sydney 2000 to £14.6m in the current cycle, after it benefited from a 36% funding increase after beating its medal target in London 2012.
Funding for individual athletes
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In addition to the funding given to each sport’s governing body, some elite stars – described by UK Sport as “podium-level athletes – also qualify for individual funding to help with living costs.

Medallists at the Olympic Games, senior world championships and Paralympics gold medallists can receive up to £28,000 a year in athlete performance awards funded by the national lottery.

Sportsmen and women who finish in the top eight in the Olympics can receive up to £21,500 a year. Future stars, those expected to win medals on the world or Olympic stage within four years, can get up to £15,000 a year.
Has it worked?

Most experts agree that UK Sports “no compromise” funding approach has underpinned Great Britain’s rise from 36th in the medal table in Atlanta in 1996 to third at London 2012.

“It’s a very rational, cold approach. Medals have gone up. British elite sport is certainly booming. The returns of medals per pound is there,” said Garcia.

Some critics, however, say UK Sport’s approach has gone too far and is damaging grassroots sport. They have argued that focusing disproportionately on sports such as cycling, sailing and rowing has meant those such as basketball risk withering because they were unable to demonstrate they would win a medal at either of the next two Olympics.
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“We can ask all the philosophical questions, which are valid. What about basketball, which has a lot of social potential in the inner cities? What about volleyball? What about fencing? Why focus on specific sports?” said Garcia.

“Participation is going down. Why do we invest all this money in all those medals? Just to get the medals? To get people active? To make Great Britain’s name known around the world? With a cold analysis of the objectives and the money invested, yes it has worked.

“I have some sympathy for UK Sport as an organisation. They were given the objectives and they delivered.”

In May, Sport England, which focuses on grassroots sport, unveiled a four-year strategy to target inactivity. More than a quarter of the population is officially defined as inactive because they do less than 30 minutes of activity a week, including walking.

The move is a lurch away from the earlier strategy, which was set before London 2012 and focused on getting more people to play more sport with only mixed results.

Severe cuts to local authority budgets are also squeezing resources at the grassroots level. Councils across England have been forced to make cuts since 2010, when grant funding for local authorities was cut by a fifth, more than twice the level of cuts to the rest of the UK public sector
Jazz Carlin celebrates after winning silver in the women’s 800m freestyle final.

Jazz Carlin celebrates winning silver in the women’s 800m freestyle final. Photograph: Ryan Pierse/Getty Images

Many smaller, older swimming pools are being closed at a time when more people are being inspired to get in the water, thanks in part to Team GB medal winners Jazz Carlin, Siobhan-Marie O’Connor and Peaty.

The Amateur Swimming Association (ASA) said this weekend that there had been a huge jump in the number of people searching online for their nearest leisure pool during the first few days of the Games.
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Alison Clowes, the ASA’s head of media, said 80,000 people had used its “poolfinder” app between 5 and 11 August – almost double the rate for the same period in July – and the ASA was getting dozens of phone inquiries too. “We’ve already seen a boost from our Olympic successes, which is great,” she said.

Meanwhile, the average level of swimming proficiency among schoolchildren requires improvement. ASA research shows that 52% of children leave school unable to swim 25 metres unaided.

Jennie Price, the chief executive of Sport England, said: “Watching our athletes achieving great things in Rio is truly inspirational, particularly for young people. Whether it encourages them to get more active, try something new or even strive for gold themselves one day, Team GB is making a massive contribution to sport back home.

“A relatively small number of sports feature regularly on prime-time TV, so for many the Olympic Games is the moment that catapults them onto the screens of the nation. We need to capitalise on that, for example with programmes like Backing the Best where Sport England supports young talented athletes at the beginning of their sporting careers.

“There will be new Max Whitlocks and Kath Graingers out there who Sport England will support through our funding of the talent system, but most won’t reach those heights. Our main aim is making sure all young people get a positive experience when they try a sport and whatever they choose to do, come away with the good basic skills and having had a great time.”

Soft power, hard power et smart power: le pouvoir selon Joseph Nye

Avec ce nouvel ouvrage, l’internationaliste américain poursuit sa réflexion sur la notion du pouvoir étatique au XXIe siècle. Après avoir défini le soft et le smart power, comment Joseph Nye voit-il le futur du pouvoir?

En Relations Internationales, rien n’exprime mieux le succès d’une théorie que sa reprise par la sphère politique. Au XXIe siècle, seuls deux exemples ont atteint cet état: le choc des civilisations de Samuel Huntington et le soft power de Joseph Nye. Deux théories américaines, reprises par des administrations américaines. Deux théories qui, de même, ont d’abord été commentées dans les cercles internationalistes, avant de s’ouvrir aux sphères politiques et médiatiques.

Le soft power comme réponse au déclinisme

Joseph Nye, sous-secrétaire d’Etat sous l’administration Carter, puis secrétaire adjoint à la Défense sous celle de Bill Clinton, avance la notion de soft power dès 1990 dans son ouvrage Bound to Lead. Depuis, il ne cesse de l’affiner, en particulier en 2004 avec Soft Power: The Means to Success in World Politics. Initialement, le soft power, tel que pensé par Nye, est une réponse à l’historien britannique Paul Kennedy qui, en 1987, avance que le déclin américain est inéluctable[1]. Pour Nye, la thèse de Kennedy est erronée ne serait-ce que pour une raison conceptuelle: le pouvoir, en cette fin du XXe siècle, a muté. Et il ne peut être analysé de la même manière aujourd’hui qu’en 1500, date choisie par Robert Kennedy comme point de départ de sa réflexion. En forçant le trait, on pourrait dire que l’Etat qui aligne le plus de divisions blindées ou de têtes nucléaires n’est pas forcément le plus puissant. Aucun déclin donc pour le penseur américain, mais plus simplement un changement de paradigme.

Ce basculement de la notion de puissance est rendu possible grâce au concept même de soft power. Le soft, par définition, s’oppose au hard, la force coercitive, militaire le plus généralement, mais aussi économique, qui comprend la détention de ressources naturelles. Le soft, lui, ne se mesure ni en « carottes » ni en « bâtons », pour reprendre une image chère à l’auteur. Stricto sensu, le soft power est la capacité d’un Etat à obtenir ce qu’il souhaite de la part d’un autre Etat sans que celui-ci n’en soit même conscient « Co-opt people rather than coerce them »[2].

Time to get smart ?

Face aux (très nombreuses) critiques, en particulier sur l’efficacité concrète du soft power, mais aussi sur son évaluation, Joseph Nye va faire le choix d’introduire un nouveau concept: le smart power. La puissance étatique ne peut être que soft ou que hard. Théoriquement, un Etat au soft power développé sans capacité de se défendre militairement au besoin ne peut être considéré comme puissant. Tout au plus influent, et encore dans des limites évidentes. A l’inverse, un Etat au hard power important pourra réussir des opérations militaires, éviter certains conflits ou imposer ses vues sur la scène internationale pour un temps, mais aura du mal à capitaliser politiquement sur ces «victoires». L’idéal selon Nye ? Assez logiquement, un (savant) mélange de soft et de hard. Du pouvoir « intelligent »: le smart power.

Avec son dernier ouvrage, The Future of Power, Joseph Nye ne révolutionne pas sa réflexion sur le pouvoir. On pourrait même dire qu’il se contente de la récapituler et de se livrer à un (intéressant) exercice de prospective… Dans une première partie, il exprime longuement sa vision du pouvoir dans les relations internationales (chapitre 1) et s’attache ensuite à différencier pouvoir militaire (chapitre 2), économique (chapitre 3) et, bien sûr, soft power (chapitre 4). La seconde partie de l’ouvrage porte quant à elle sur le futur du pouvoir (chapitre 5), en particulier à l’aune du «cyber» (internet, cyber war et cyber attaques étatiques ou provenant de la société civile, etc.). Dans son 6e chapitre, Joseph Nye en revient, une fois encore, à la question, obsédante, du déclin américain. La littérature qu’il a déjà rédigée sur le sujet ne lui semblant sûrement pas suffisante, Joseph Nye reprend donc son bâton de pèlerin pour nous expliquer que non, décidément, les Etats-Unis sont loin d’être en déclin.

Vers la fin des hégémonies

Et il n’y va pas par quatre chemins: la fin de l’hégémonie américaine ne signifie en rien l’abrupte déclin de cette grande puissance qui s’affaisserait sous propre poids, voire même chuterait brutalement. La fin de l’hégémonie des Etats-Unis est tout simplement celle du principe hégémonique, même s’il reste mal défini. Il n’y aura plus de Rome, c’est un fait. Cette disparation de ce principe structurant des relations internationales est la conséquence de la revitalisation de la sphère internationale qui a fait émerger de nouveaux pôles de puissance concurrents des Etats-Unis. De puissants Etats commencent désormais à faire entendre leur voix sur la scène mondiale, à l’image du Brésil, du Nigeria ou encore de la Corée du sud, quand d’autres continuent leur marche forcée vers la puissance comme la Chine, le Japon et l’Inde. Malgré cette multipolarité, le statut prééminent des Etats-Unis n’est pas en danger. Pour Joseph Nye, un déclassement sur l’échiquier n’est même pas une possibilité envisageable et les différentes théories du déclin américain nous apprendraient davantage sur la psychologie collective que sur des faits tangibles à venir. «Un brin de pessimisme est simplement très américain»[3] ose même ironiser l’auteur.

Même la Chine ne semble pas, selon lui, en mesure d’inquiéter réellement les Etats-Unis. L’Empire du milieu ne s’édifiera pas en puissance hégémonique, à l’instar des immenses empires des siècles passés. Selon lui, la raison principale en est la compétition asiatique interne, principalement avec le Japon. Ainsi, « une Asie unie n’est pas un challenger plausible pour détrôner les Etats-Unis »[4] affirme-t-ilLes intérêts chinois et japonais, s’ils se recoupent finalement entre les ennemis intimes, ne dépasseront pas les antagonismes historiques entre les deux pays et la Chine ne pourra projeter l’intégralité de sa puissance sur le Pacifique, laissant ainsi une marge de manœuvre aux Etats-Unis.

Cette réflexion ne prend cependant pas en compte la dimension involontaire d’une union, par exemple culturelle à travers les cycles d’influence mis en place par la culture mondialisée[5]. Enfin, la Chine devra composer avec d’autres puissances galopantes, telle l’Inde. Et tous ces facteurs ne permettront pas à la Chine, selon Joseph Nye, d’assurer une transition hégémonique à son profit. Elle défiera les Etats-Unis sur le Pacifique, mais ne pourra prétendre porter l’opposition sur la scène internationale.

De la stratégie de puissance au XXIe siècle

Si la fin des alternances hégémoniques, et tout simplement de l’hégémonie, devrait s’affirmer comme une constante nouvelle des relations internationales, le XXIe siècle ne modifiera pas complètement la donne en termes des ressources et formes de la puissance. La fin du XXe siècle a déjà montré la pluralité de ses formes, comme avec le développement considérable du soft power via la culture mondialisée, et les ressources, exceptées énergétiques, sont pour la plupart connues. Désormais, une grande puissance sera de plus en plus définie comme telle par la bonne utilisation, et non la simple possession, de ses ressources et vecteurs d’influence. En effet, «trop de puissance, en termes de ressources, peut être une malédiction plus qu’un bénéfice, si cela mène à une confiance excessive et des stratégies inappropriées de conversion de la puissance».[6]

De là naît la nécessité pour les Etats, et principalement les Etats-Unis, de définir une véritable stratégie de puissance, de smart power. En effet, un Etat ne doit pas faire le choix d’une puissance, mais celui de la puissance dans sa globalité, sous tous ses aspects et englobant l’intégralité de ses vecteurs. Ce choix de maîtriser sa puissance n’exclue pas le recours aux autres nations. L’heure est à la coopération, voire à la copétition, et non plus au raid solitaire sur la sphère internationale. Même les Etats-Unis ne pourront plus projeter pleinement leur puissance sans maîtriser les organisations internationales et régionales, ni même sans recourir aux alliances bilatérales ou multilatérales. Ils sont voués à montrer l’exemple en assurant l’articulation politique de la multipolarité. Pour ce faire, les Etats-Unis devront aller de l’avant en conservant une cohésion nationale, malgré les déboires de la guerre en Irak, et en améliorant le niveau de vie de leur population, notamment par la réduction de la mortalité infantile. Cohésion et niveau de vie sont respectivement vus par l’auteur comme les garants d’un hard et d’un soft power durables. A contrario, l’immigration, décriée par différents observateurs comme une faiblesse américaine, serait une chance pour l’auteur car elle est permettrait à la fois une mixité culturelle et la propagation de l’american dream auprès des populations démunies du monde entier.

En face, la Chine, malgré sa forte population, n’a pas la chance d’avoir de multiples cultures qui s’influencent les unes les autres pour soutenir son influence culturelle. Le soft power américain, lui, a une capacité de renouvellement inhérente à l’immigration de populations, tout en s’appuyant sur «[des] valeurs [qui] sont une part intrinsèque de la politique étrangère américaine»[7].

Ces valeurs serviront notamment à convaincre les « Musulmans mondialisés » («Mainstream Muslims») de se ranger du côté de la démocratie, plutôt que d’Etats islamistes. De même, malgré les crises économiques et les ralentissements, l’économie américaine, si elle ne sert pas de modèle, devra rester stable au niveau de sa production, de l’essor de l’esprit d’entreprise et surtout améliorer la redistribution des richesses sur le territoire. Ces enjeux amèneront «les Etats-Unis [à]redécouvrir comment être une puissance intelligente»(p.234).

Le futur du pouvoir selon Joseph Nye

L’ouvrage de Joseph Nye, s’il apporte des éléments nouveaux dans la définition contemporaine de la puissance, permet également d’entrevoir le point de vue d’un Américain -et pas n’importe lequel…- sur le futur des relations internationales. L’auteur a conscience que:

«Le XXIe siècle débute avec une distribution très inégale [et bien évidemment favorable aux Etats-Unis] des ressources de la puissance»[8]

Pour autant, il se montre critique envers la volonté permanente de contrôle du géant américain. Certes, les forces armées et l’économie restent une nécessité pour la projection du hard power, mais l’époque est à l’influence. Et cette influence, si elle est en partie culturelle, s’avère être aussi politique et multilatérale. Le soft power prend du temps dans sa mise-en-œuvre, notamment lorsqu’il touche aux valeurs politiques, telle la démocratie. Ce temps long est gage de réussite, pour Joseph Nye, à l’inverse des tentatives d’imposition par Georges Bush Junior, qui n’avait pas compris que  les nobles causes peuvent avoir de terribles conséquences.

Dans cette quête pour la démocratisation et le partage des valeurs américaines, la coopération interétatique jouera un rôle central. Pour lui, les Etats-Unis sont non seulement un acteur majeur, mais ont surtout une responsabilité directe dans le développement du monde. La puissance doit, en effet, permettre de lutter pour ses intérêts, tout en relevant les grands défis du XXIe siècle communs à tous, comme la gestion de l’islam politique et la prévention des catastrophes économiques, sanitaires et écologiques. Les Etats-Unis vont ainsi demeurer le coeur du système international et, Joseph Nye d’ajouter:

«penser la transition de puissance au XXIe siècle comme la conséquence d’un déclin des Etats-unis est inexact et trompeur […] L’Amérique n’est pas en absolu déclin, et est vouée à rester plus puissant que n’importe quel autre Etat dans les décennies à venir»[9]

Comment dès lors résumer le futur des relations internationales selon Joseph Nye? Les Etats-Unis ne déclineront pas, la Chine ne les dépassera pas, des Etats s’affirmeront sur la scène mondiale et le XXIe siècle apportera son lot d’enjeux sans pour autant mettre à mal le statut central des Etats-Unis dans la coopération internationale. Dès lors, à en croire l’auteur, le futur de la puissance ne serait-il pas déjà derrière nous?

1 — Naissance et déclin des grandes puissances, Payot, 1989

2 — Soft Power: The Means to Success in World Politics, Public Affairs, 2004, p. 5

3 — « A strand of cultural pessimism is simply very American » (p.156)

4 — « an allied Asia is not a plausible candidate to be the challenger that displaces the United-States » (p.166)

5 — Fregonese, Pierre-William, La hallyu coréenne ou l’opportunité d’un soft power asiatique, La Nouvelle Revue Géopolitique, n.122, août 2013

6 — « too much power (in terms of resources) can be a curse, rather than a benefit, if it leads to overconfidence and inappropriate strategies for power conversion » (p.207)

7 —« values are an intrinsic part of American foreign policy » (p.218)

8 — « The twenty-firt century began with a very unequal distribution of power resources » (p.157)

9 — « describing power transition in the twenty-first century as an issue of American decline is inaccurate and misleading […] America is not in absolute decline, and it is likely to remain more powerful than any single state in the coming decades ». (p.203)

 Voir aussi:

Power

Softly does it

The awesome influence of Oxbridge, One Direction and the Premier League

The Economist

Jul 18th 2015

HOW many rankings of global power have put Britain at the top and China at the bottom? Not many, at least this century. But on July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last.

Diplomats in Beijing won’t lose too much sleep over the index, compiled by Portland, a London-based PR firm, together with Facebook, which provided data on governments’ online impact, and ComRes, which ran opinion polls on international attitudes to different countries. But the ranking gathered some useful data showing where Britain still has outsized global clout.

Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.

Britain fared least well on enterprise, mainly because it spends a feeble 1.7% of GDP on research and development (South Korea, which came top, spends 4%). And the quality of its governance was deemed ordinary, partly because of a gender gap that is wider than that of most developed countries, as measured by the UN. Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. The political star of social media, according to the index, is Narendra Modi, India’s prime minister, whose Facebook page generates twice as many comments, shares and thumbs-ups as that of Barack Obama.

The index will cheer up Britain’s government, which has lately been accused of withdrawing from the world. But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now.

Voir également:

The U.S. Jumps to the Top of the World’s ‘Soft Power’ Index

Fortune

June 14, 2016

In an interview on Fox News on Monday, Donald Trump suggested that President Barack Obama was either weak, dumb, or nefarious, saying, “Look, we’re led by a man that either is not tough, not smart, or he’s got something else in mind.”

But President Obama’s work over the last eight years to reposition the U.S. as more diplomatic and less belligerent seems to be paying some dividends, at least according to a survey released today by the London PR firm Portland in partnership with Facebook.

In the Soft Power 30 report, an annual ranking of countries on their ability to achieve objectives through attraction and persuasion instead of coercion, the U.S. leapfrogged the U.K. and Germany to claim the top spot, while Canada, under its popular and photogenic new Prime Minister Justin Trudeau, jumped France to claim fourth place.

Based on a theory of global political power developed by Joseph Nye, a Harvard political science professor, the survey uses both polling and digital data to rank countries on more than 75 metrics gathered under the three pillars of soft power: political values, culture, and foreign policy.

According to survey author Jonathan McClory, the U.S.’s jump to the top spot had a lot to do with the fact that President Obama’s last year as Commander-in-Chief was “a busy one for diplomatic initiatives.”

“The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the U.S. abroad,” the author wrote.

The report also praised U.S. contributions in the digital world, via Facebook FB 0.81% , Twitter TWTR 0.11% , and the like, and the fact that it has more universities in the global top 200 than any other country.

The report did admit that U.S.’s rise was a bit odd, though, at least under current circumstances.

“America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy—like ending the U.S.’s stated commitment to nuclear non-proliferation,” the author wrote.

The U.K.’s slip from the top spot seemed to have more to do with U.S. strength than its own weakness. “The U.K. continues to boast significant advantages in its soft power resources,” the report notes. Indeed, U.K. Prime Minister David Cameron cited last year’s No. 1 ranking in the report as proof of his country’s international influence, the Financial Times reports.

But, the survey adds, Brexit could have devastating effects: “No other country rivals the U.K.’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the U.K.’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union.”

The ranking includes several surprising countries, like Russia (27th place). “With its annual military parades and occasional encroachments into European air and naval space, soft power might not spring to mind when thinking about the Russian Federation,” McClory writes. But, the report notes, Russia’s investment in the global, multilingual TV channel RT, as well as its diplomatic work in Syria, seem to be paying dividends.

Argentina climbed onto the list in the 30th and final spot, spurred by optimism that new, reform-minded President Mauricio Macri would further integrate it into the global diplomatic community. It was the only Latin American country other than Brazil to make the list.

 

It’s All About the Elizabeths

TIME

From Australia to Trinidad and Tobago, Queen Elizabeth II’s portrait has graced the currencies of 33 different countries — more than that of any other individual. Canada was the first to use the British monarch’s image, in 1935, when it printed the 9-year-old Princess on its $20 notes. Over the years, 26 different portraits of Elizabeth have been used in the U.K. and its current and former colonies, dominions and territories — most of which were commissioned with the direct purpose of putting them on banknotes. However, some countries, such as Rhodesia (now Zimbabwe), Malta and Fiji, used already existing portraits. The Queen is frequently shown in formal crown-and-scepter attire, although Canada and Australia prefer to depict her in a plain dress and pearls. And while many countries update their currencies to reflect the Queen’s advancing age, others enjoy keeping her young. When Belize redesigned its currency in 1980, it selected a portrait that was already 20 years old.

Voir de même:

The Portraits of Queen Elizabeth II
… as they appear on World Banknotes
Elizabeth Alexandra Mary of the House of Windsor has been Queen of the United Kingdom since 1952, when she succeeded her father, King George VI, to the throne. Queen Elizabeth II, as the head of the Commonwealth of Nations, is also Head of State to many countries in the Commonwealth. Although She remains Head of State to many countries, over the years many member nations of the Commonwealth have adopted constitutions whereby The Queen is no longer Head of State.

Queen Elizabeth’s portrait undoubtedly appeared more often on the banknotes of Great Britain’s colonies, prior to the colonies gaining independence and the use of her portrait is not as common as it once was. However, there are a number of nations who retain her as Head of State and she is still portrayed on the banknotes of numerous countries. The Queen has been depicted on the banknotes of thirty-three issuing authorities, as well as on an essay prepared for Zambia. The countries and issuing authorities that have used portraits of The Queen are (in alphabetical order):Australia
Bahamas
Belize
Bermuda
British Caribbean Territories
British Honduras
Canada
Cayman Islands
Ceylon
Cyprus
East African Currency Board
East Caribbean States
Falkland Islands
Fiji
Gibraltar
Great Britain (Bank of England)
Guernsey
Hong Kong
Isle of Man
Jamaica
Jersey
Malaya and North Borneo
Malta
Mauritius
New Zealand
Rhodesia and Nyasaland
Rhodesia
Saint Helena
Scotland (Royal Bank of Scotland)
Seychelles
Solomon Islands
Southern Rhodesia
Trinidad and Tobago
Zambia (essay only)

Arguably, there is some duplication in this list, depending on how it is viewed. Should British Honduras and Belize be counted as one issuing authority? If not, then perhaps Belize should be broken into ‘Government of Belize’, ‘Monetary Authority of Belize’ and ‘Central Bank of Belize’. Similar arguments can be made for the amalgamation of British Caribbean Territories and the East Caribbean States, or for splitting Southern Rhodesia into ‘Southern Rhodesia Currency Board’ and ‘Central Africa Currency Board’. Such decisions can be made by collectors for their own reference, but this list of countries should satisfy most collectors.

In total, there have been twenty-six portraits used on the various banknotes bearing the likeness of Queen Elizabeth. This study identifies the twenty-six individual portraits that have been used and also identifies the numerous varieties of the engravings, which are based on the portraits. The varieties of portraits on the banknotes are due, in the main, to different engravers, but there are some varieties due to different photographs from a photographic session being selected by different printers or issuing authorities.

The list that follows this commentary identifies the twenty-six portraits, the photographer or artist responsible for the portrait (where possible), and the date the portrait was executed. Portraits used on the banknotes come from one of several sources. Most are official photographs that are distributed regularly by Buckingham Palace for use in the media and in public places. Some of the portraits have been especially commissioned, usually by the issuing authority, although, in the case of the two paintings adapted for use on the notes (Portraits 9 and 19), it was not the issuing authority that commissioned the paintings. In the case of the portraits used by the Bank of England, a number of the portraits have been drawn by artists without specific reference to any single portrait.

It is interesting to observe that many portraits of Her Majesty have been used some years after they were originally executed. There is often a delay in presenting a portrait on a banknote that is to be issued to the public, because of the time required to produce a note from the design stage. Therefore, it is unusual to see a portrait appear on a banknote in less than two years after the original portrait was executed.

However, some portraits are introduced onto banknotes many years after they were taken. Portrait 9, which is based on the famous painting by Pietro Annigoni, was completed in 1955 but did not appear on a banknote until 1961. The last countries to introduce this portrait to their notes were the Seychelles and Fiji, who placed the portrait on their 1968 issues. Similarly, Portrait 17 was taken at the time of Her Majesty’s Silver Jubilee in 1977 and made its first appearance on the notes of New Zealand in 1981, but it was only introduced to the notes of the Cayman Islands in 1991. Perhaps the longest delay in using a portrait belongs to Belize. Portrait 13 was taken in 1960 and first used on the New Zealand banknotes in 1967, which is in itself a reasonable delay. Belize introduced the image to its banknotes in 1980, some twenty years after the portrait was taken.

Apart from the portrait of Queen Elizabeth as a young girl on the Canadian 20-dollar notes of 1935, the earliest portrait used on the banknotes is Portrait 6, which appears on the Canadian notes issued in 1954. The portrait used for the Canadian notes was taken in 1951 when Elizabeth was yet to accede to the throne. Undoubtedly there was a touch of nationalism is the choice of the portrait, as the photographer, Yousuf Karsh, was a Canadian. Karsh was born in Turkish Armenia but found himself working in Quebec at the age of sixteen for his uncle, who was a portrait photographer. Karsh became one of the great portrait photographers of the twentieth century and took numerous photographs of The Queen, although this is his only portrait of Her Majesty to appear on a banknote.

Portrait 6 is particularly famous because the original engraving of The Queen, which appeared on the 1954 Canadian issues, showed a ‘devil’s head’ in her hair. After causing some embarrassment to the Bank of Canada, the image was re-engraved and the notes reprinted. Notes with the modified portrait appeared from 1955.

While there have been some very famous photographers to have taken The Queen’s portrait, Dorothy Wilding is the photographer to have taken most portraits for use on world banknotes. Wilding had been a court photographer for King George VI and many of the images of the King that can be found on banknotes, coins and postage stamps throughout the Commonwealth were copied from her photographs. On the accession of Queen Elizabeth, Wilding was granted the same duty by the new monarch. Shortly after Elizabeth became Queen many photographs of the new monarch were taken by Wilding. These photographs were required for images that could be used on coins, stamps, banknotes and for official portraits that could be hung in offices and public places.

In her autobiography, In Pursuit of Perfection, Wilding says of the images she created:
‘Of all the stamps of Queen Elizabeth II reproduced from my photographs, I think the two most outstanding are the one-cent North Borneo, and our own little everyday 2½d. It is interesting to see that the Group of Fiji Islanders have chosen to use for some of their stamps the head taken from the full length portrait of Annigoni … and for the others, one of my standard portraits which have been commonly used throughout the Colonial stamp issue of the present reign.’
From her description of the postage stamps, it is possible that Wilding was unaware her images were also being used on banknotes. The image on the North Borneo stamp, preferred by Wilding, is very similar to Portrait 3 but taken at a slightly different angle. The image on the English 2½d stamp is similarly akin to Portrait 4.

Anthony Buckley was another prolific photographer of The Queen, and his work is well represented in the engravings of Her Majesty on the banknotes. An English photographer, most of Buckley’s portraits were taken in the 1960s and 1970s. His work has also been adapted for use on numerous postage stamps throughout the world.

One of the interesting aspects to the portraits of Queen Elizabeth, which appear on world banknotes, is the style of portrait chosen by each issuing authority. How does each issuing authority wish to portray The Queen? Some of the portraits are formal, showing The Queen as a regal person, and some show her in relatively informal dress. While most issuing authorities have chosen to show The Queen in formal attire, the Bank of Canada has always shown The Queen without any formal regalia and always without a tiara. It has been suggested that this may be due to a desire to appease the French elements of Canada.

Australia originally opted to show Her Majesty in formal attire. Portrait 5 shows a profile of The Queen wearing the State Diadem and Portrait 12 shows Her Majesty in the Regalia of the Order of the Garter. When preparations were being made to commission a portrait for the introduction of decimal currency into Australia, the Chairman of the Currency Note Design Group advised that, for the illustration of The Queen (Portrait 12), the ‘General effect [is] to be regal, rather than « domestic » …’ However, the most recent portrait used on Australian banknotes (Portrait 21) shows The Queen in informal attire, perhaps even displaying a touch of ‘domesticity’. This is possibly a reflection of changing attitudes to the monarchy in Australia.

While Canada and Australia may opt to use informal images of The Queen, most issuing authorities continue to depict Her Majesty regally. In many portraits she is depicted wearing the Regalia of the Order of the Garter. In other portraits she is often dressed formally, wearing Her Royal Family Orders. In most portraits she is wearing some of her famous jewellery. In the following descriptions of the portraits, various tiaras, diadems, necklaces and jewellery worn by Her Majesty are described, although not all items have been identified.

Of interest, in the following descriptions, are the differences observed in the same portraits engraved by different security printers. In several instances the same portrait has been use by different security printers and the rendition of the portrait is noticeably variant for the notes prepared by the different companies. Portrait 4 gives a good example of the different renditions of the Dorothy Wilding portrait by Bradbury Wilkinson, Thomas De La Rue, Waterlow and Sons, and Harrisons.

Another example can be seen in Portrait 16, which is used on banknotes issued by Canada and the Solomon Islands. In the engraving used by the Solomon Islands, prepared by Thomas De La Rue, The Queen looks severe, but on the Canadian notes prepared by the British American Bank Note Company and by the Canadian Bank Note Company there is a suggestion of a smile. The Canadian notes achieve the difference by including a subtle shaded area on Her Majesty’s left cheek, just to the right of her mouth.

While there have been thirty-three issuing authorities to have prepared banknotes bearing The Queen’s portrait (excluding the Zambian essay), Fiji has used the most number of portraits, being six in total. Three issuing authorities have used five portraits: the Bank of England, Bermuda, and Canada.

The following list of portraits is ordered by the date on which the banknotes, on which the portraits appear, were first released into circulation, rather than the date on which the portraits were executed. Where the portrait was used by more than one issuing authority, the list of issuing authorities is ordered by the date on which the authority first used the portrait. Next to each issuing authority are the reference numbers from the Standard Catalog of World Paper Money (SCWPM, Volume 2, Ninth Edition and Volume 3, Eighth Edition) that indicate those notes of the issuing authority which bear the portrait.

Voir de plus:

Queen Elizabeth II has, of course, been pictured on British currency for much of her reign, but she has also appeared on the money of various British Commonwealth states and Crown dependencies. With such a long reign and so many nations issuing money with her image on it over the years, there are enough banknote portraits to construct a sort of aging timeline for the Queen. The age given below for each portrait is her age when the picture was made, which is not always the same as the year the banknote was issued (more information can be found at this interesting site maintained by international banknote expert Peter Symes). Here is Elizabeth through the years, on money.

1. Canada, 20 dollars, age 8

Navonanumis

She was just a princess then. Her picture appeared on Canadian banknotes long before anything issued by the Bank of England.

2. Canada, 1 dollar, age 25

Lithograving

From a portrait taken by a Canadian photographer the year before she ascended the throne.

3.  Jamaica, 1 pound, age 26

Numismondo

Newly queen.

4. Mauritius, 5 rupees, age 29

CollectionPpyowb

From a painting commissioned in the 1950s by the Worshipful Company of Fishmongers, for Fishmongers’ Hall in London.

5. Cayman Islands, 100 dollars, age 34

Downies

Here she’s wearing the Russian style Kokoshnik tiara.

6. Australia, 1 dollar, age 38

Leftover Currency

Not long after this portrait was taken, she would meet the Beatles.

7. St. Helena, 5 pounds, age 40

MeBankNotes

Perfecting the art of looking casual while wearing bling.

8. Isle of Man, 50 pounds, age 51

Leftover Currency

More bling for this portrait from her Silver Jubilee.

9. Jersey, 1 pound, age 52

Leftover Currency

Wisdom, experience, soulful eyes.

10. Australia 5 dollars, age 58

Currency Guide

The confidence to go casual.

11. New Zealand, 20 dollars, age 60

1kpmr.com

Not the most flattering one. The green tint doesn’t help.

12. Gibraltar, 50 pounds, age 66

Leftover Currency

Silver hair and shiny diamonds. From a photograph taken at Buckingham Palace.

13. Fiji, 5 dollars, age 73

BanknoteWorld

More silver hair, more shiny diamonds, and not so much smoothing of the wrinkles.

14. Jersey, 100 pounds, age 78

Downies

Face lined, eyes sparkly. She is looking right at you, and she looks good.

15. Canada, 20 dollars, age 85

GDC.net

Back to Canada, where it all began, and where they like their Queen a bit laid back.


Centenaire des Pâques sanglantes: Soutenue par ses courageux alliés en Europe (Nothing but our own red blood and a little help from our gallant allies from Europe: Looking back at a hundred years of the same old Easter Rising thing)

28 mars, 2016

The Ruins of O’Connell Street (Edmond Delgrenne, 1916)

ICAproclamation

Some very German looking ‘Irish Patriots’ (Washington Herald, 1 May 1916)IRAVictims

J’aime la piété et non les sacrifices, et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. Osée 6: 6-7
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
L’arbre de la liberté doit être revivifié de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. Jefferson
Une nation ne se régénère que sur un  monceau de cadavres. Saint-Just
Qu’un sang impur abreuve nos sillons! Air connu
It’s the same old thing since 1916 … The Cranberries (1994)
Nous ne servons ni le Roi, ni le Kaiser, mais l’Irlande. Banderole de la Maison des syndicats
Vous dites que nous devrions calmer la terre jusqu’à ce que l’Allemagne soit vaincue Mais qui peut dire cela quand Pearse est sourd et muet ? Y a-t-il un raisonnement qui puisse valoir le pouce osseux de MacDonagh ? Yeats (Seize hommes morts)
Il n’y a que notre sang rouge qui puisse faire s’épanouir le rosier. Yeats (Le Rosier)
Etait-ce une mort inutile après tout ? Un sacrifice trop long Peut faire d’un cœur une pierre. Oh ! quand cela pourra-t-il suffire ? C’est le rôle du Ciel, notre rôle De murmurer nom après nom Comme une mère nomme son enfant Quand le sommeil est venu enfin, Sur des membres qui ont couru violemment. (…) Etait-ce une mort inutile après tout ? Car l’Angleterre peut garder la foi En tout ce qui est fait et dit. (…) Je le note en vers – McDonagh et MacBride Et Connolly et Pearse Maintenant et dans les jours à venir, Partout où le vert est défraîchi. Ils ont changé, changé complètement ; Une beauté terrible est née.(…) Je le note en vers – McDonagh et MacBride Et Connolly et Pearse Maintenant et dans les jours à venir, Partout où le vert est défraîchi. Ils ont changé, changé complètement ; Une beauté terrible est née. Yeats (Pâques 1916)
IRLANDAIS ET IRLANDAISES : Au nom de Dieu et des générations disparues desquelles elle a reçu ses vieilles traditions nationales, l’Irlande, à travers nous, appelle ses enfants à se rallier à son étendard et à frapper pour sa libération. Après avoir organisé et entraîné ses hommes dans son organisation révolutionnaire secrète, la Fraternité Républicaine Irlandaise, et ses organisations armées, les Volontaires Irlandais et l’Armée des Citoyens Irlandais, après avoir patiemment perfectionné sa discipline, et attendu fermement le moment opportun pour se révéler, elle saisit l’instant où, soutenue par ses enfants exilés en Amérique et ses courageux alliés en Europe, mais en comptant avant tout sur sa propre force, elle frappe avec la certitude de vaincre. Nous proclamons le droit du peuple d’Irlande à la propriété de l’Irlande, et au contrôle sans entraves de sa destinée; le droit à être souverain et uni. La longue usurpation de ce droit par un peuple et un gouvernement étranger ne l’a pas supprimé, ce droit ne peut disparaître que par la destruction du peuple irlandais. A chaque génération, les Irlandais ont affirmé leur droit à la liberté et à la souveraineté nationale ; six fois durant les trois derniers siècles ils l’ont affirmé par les armes.  En nous appuyant sur ce droit fondamental et en l’affirmant de nouveau  par les armes à la face du monde, nous proclamons la République Irlandaise, Etat souverain et indépendant, et nous engageons nos vies et celles de nos compagnons d’armes à la cause de sa liberté, de son bien-être, et de sa fierté parmi les nations. La République d’Irlande est en droit d’attendre, et d’ailleurs elle le requiert, l’allégeance de tous les Irlandais et Irlandaises. La République garantit la liberté religieuse et civile, des droits égaux et les mêmes opportunités pour tous les citoyens. Elle proclame sa volonté de construire le bonheur et la prospérité de la nation entière et de ses composantes. Elle chérit tous les enfants de la nation de façon égale, sans égard pour les différences entretenues soigneusement par un gouvernement étranger qui les a divisés par le passé entre minorité et majorité. En attendant que nos armes trouvent le moment opportun pour établir une structure nationale permanente, représentative de tous les Irlandais et élue par tous les hommes et toutes les femmes, le Gouvernement Provisoire, désormais constitué, administrera les affaires civiles et militaires de la République pour le compte du peuple. Nous mettons la cause de la République Irlandaise sous la protection de Dieu Tout-Puissant. Nous appelons sa bénédiction sur nos armes, et nous prions pour qu’aucun de ceux qui servent cette cause ne la déshonore par couardise, inhumanité ou avidité. En cette heure suprême, la nation irlandaise doit, par sa valeur, sa discipline, et l’acceptation par ses enfants du sacrifice pour le bien commun, prouver qu’elle est digne de la destinée auguste à laquelle elle est appelée. Proclamation irlandaise (1916)
Les opinions des adversaires de l’autodétermination aboutissent à cette conclusion que la viabilité des petites nations opprimées par l’impérialisme est d’ores et déjà épuisée, qu’elles ne peuvent jouer aucun rôle contre l’impérialisme, qu’on n’aboutirait à rien en soutenant leurs aspirations purement nationales, etc. L’expérience de la guerre impérialiste de 1914-1916 dément concrètement ce genre de conclusions. La guerre a été une époque de crise pour les nations d’Europe occidentale et pour tout l’impérialisme. Toute crise rejette ce qui est conventionnel, arrache les voiles extérieurs, balaie ce qui a fait son temps, met à nu des forces et des ressorts plus profonds. Qu’a-t-elle révélé du point de vue du mouvement des nations opprimées ? Dans les colonies, plusieurs tentatives d’insurrection que les nations oppressives se sont évidemment efforcées, avec l’aide de la censure de guerre, de camoufler par tous les moyens. On sait, néanmoins, que les anglais ont sauvagement écrasé à Singapour une muti- nerie de leurs troupes hindoues; qu’il y a eu des tentatives d’insurrection dans l’Annam français et au Cameroun allemand; qu’en Europe, il y a eu une insurrection en Irlande, et que les Anglais « épris de liberté », qui n’avaient pas osé étendre aux Irlandais le service militaire obligatoire, y ont rétabli la paix par des exécutions; et que, d’autre part, le gouvernement autri- chien a condamné à mort les députés de la Diète tchèque « pour trahison » et fait passer par les armes, pour le même « crime », des régiments tchèques entiers. (…) Le mouvement national irlandais, qui a derrière lui des siècles d’existence, qui est passé par différentes étapes et combinaisons d’in- térêts de classe, s’est traduit, notamment, par un congrès national irlandais de masse, tenu en Amérique (Vorwärts du 20 mars 1916), lequel s’est prononcé en faveur de l’indépendance de l’Irlande; il s’est traduit par des batailles de rue auxquelles prirent part une partie de la petite bourgeoisie des villes,ainsi qu’une partie des ouvriers, après un long effort de propagande au sein des masses, après des manifestations, des interdictions de journaux, etc. Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des réactionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se représenter la révolution sociale comme un phénomène vivant. (…) N’est-il pas clair que, sous ce rapport moins que sous tous les autres, on n’a pas le droit d’opposer l’Europe aux colonies ? La lutte des nations opprimées en Europe, capable d’en arriver à des insurrections et à des combats de rues, à la violation de la discipline de fer de l’armée et à l’état de siège, « aggravera la crise révolutionnaire en Europe » infiniment plus qu’un soulèvement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine. A force égale, le coup porté au pouvoir de la bour- geoisie impérialiste anglaise par l’insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s’il avait été porté en Asie ou en Afrique. (…) Dans la guerre actuelle, les états-majors généraux s’attachent minutieusement à tirer profit de chaque mouvement national ou révolutionnaire qui éclate dans le camp adverse : les Allemands, du soulèvement irlandais; les Français, du mouvement des Tchèques, etc. Et, de leur point de vue, ils ont parfaitement raison. On ne peut se comporter sérieusement à l’égard d’une guerre sérieuse si l’on ne profite pas de la moindre faiblesse de l’ennemi, si l’on ne se saisit pas de la moindre chance, d’autant plus que l’on ne peut savoir à l’avance à quel moment précis et avec quelle force précise « sautera » ici ou là tel ou tel dépôt de poudre. Nous serions de piètres révolutionnaires, si, dans la grande guerre libératrice du prolétariat pour le socialisme, nous ne savions pas tirer profit de tout mouvement populaire dirigé contre tel ou tel fléau de l’impérialisme, afin d’aggraver et d’approfondir la crise. Si nous nous mettions, d’une part, à déclarer et répéter sur tous les tons que nous sommes « contre » toute oppression nationale, et, d’autre part, à qualifier de « putsch » l’insurrection héroïque de la partie la plus active et la plus éclairée de certaines classes d’une nation opprimée contre ses oppresseurs, nous nous ravalerions à un niveau de stupidité égal à celui des kautskistes. Le malheur des irlandais est qu’ils se sont insurgés dans un moment inopportun, alors que l’insurrection du prolétariat européen n’était pas encore mûre. Lénine
As a second boy died today from wounds from a bombing in Warrington on Saturday, there were signs of a growing public backlash against the Irish Republican Army, which seems to attack more and more ordinary civilians. For some time now bombs or bomb scares have become a feature of life in England, and people appear to accept them with resigned fatalism. But widespread anger and revulsion have been touched off by the two bombs that went off in metal trash baskets in a crowded shopping area Saturday afternoon in Warrington, a town on the Mersey River 16 miles east of Liverpool. Fifty-six people were wounded, many of them seriously, and a 3-year-old boy, Jonathan Ball, who was being taken shopping to buy a Mother’s Day present, was killed. Another boy, Tim Parry, a 12-year-old with a mischievous grin, ran from the first explosion straight into the second. (…) The Warrington bombing touched a particular nerve because the victims were so young and also because it seemed to have been carried out in a way almost calculated to cause harm to ordinary people. In recent years, I.R.A. bombs have been placed in public places. In a relatively new tactic, the terrorists often plant two bombs at once, so people running from one are sometimes struck by the other. « The I.R.A. goes through phases on the targeting of civilians, » said Frank Brenchley, chairman of the Research Institute for the Study of Conflict and Terrorism, a private research agency. Casualties have also been increased lately because the warnings telephoned in by the I.R.A. often are late or have incomplete or misleading information, the authorities say. This is denied by the I.R.A. In the Warrington case, the authorities said the warning was telephoned in to an emergency help line, saying only that a bomb had been placed outside a Boots pharmacy. The police searched a Boots pharmacy in Liverpool, but the bomb went off near a Boots pharmacy in Warrington, 16 miles away. In a statement acknowledging the act, the I.R.A. said it « profoundly » regretted the death and injuries but charged that the responsibility « lies squarely at the door of those in the British authorities who deliberately failed to act on precise and adequate warnings. »  (…) In a rare public demonstration of feeling against the Irish Republican Army, thousands of Irish men and women gathered in downtown Dublin today to express sorrow and revulsion over the deaths of two children in Warrington, England. Thousands waited in line to sign a condolence book outside the Post Office, where the Irish rebellion against British power began in 1916. The NYT
Depuis cent ans, l’insurrection républicaine irlandaise donne lieu à diverses interprétations plus ou moins malveillantes : du sacrifice sanglant au putsch raté en passant par une escarmouche inutile. Or, ce soulèvement armé en pleine guerre mondiale, ne prend sa signification que si on l’englobe dans une période révolutionnaire en Irlande (1912 à 1923), et dans la situation internationale d’alors. Bien peu de personnes à l’époque comprirent que les premiers coups de feu qui résonnèrent à Dublin le 24 avril 1916, sonnaient en fait le glas de l’empire britannique.  La presse de l’époque ne note qu’une tentative de sédition ratée, qui plus est, fomentée par l’Allemagne. Or cet événement s’inscrit dans un contexte très ancien. (…) L’aile modérée des Irish Volunteers par la voix du député John Redmond se joignit à l’Union sacrée pour engager les Irlandais aux cotés du gouvernement anglais dans ce qui promettait d’être une guerre pour le  droit des nations à disposer d’elles-mêmes. A l’opposé la minorité des Volunteers influencée par l’I.R.B. refusa ce soutien et les partisans de l’I.C.A. posèrent cette bannière sur le bâtiment de la maison des syndycats : “Nous ne servons ni le Roi, ni le Kaiser mais l’Irlande”.  Tous espéraient alors que “les difficultés de l’Angleterre seraient l’opportunité de l’Irlande” et espéraient tirer avantage de cette situation pour faire avancer la cause nationale irlandaise.  Ils avaient d’autant moins de scrupules que dès la declaration de la guerre et la promesse de Home Rule reportée, la Grande Bretagne incorporait la milice “rebelle” UVF en bloc au sein de l’armée britannique dans la 36e division d’Ulster tandis qu’elle éparpillait les Irish Volunteers dans tous les regiments, et leur interdisait tout signe distinctif. (…) L’agitation contre la conscription obligatoire rencontre un certain écho en Irlande dès 1915. Les même évènements secouèrent la région de Glasgow où son ami républicain socialiste écossais John MacLean militait contre la guerre et la conscription, où dès 1915, le Comité des Travailleurs de la Clyde mèna une agitation sociale et politique, tout semblait alors indiquer qu’il était concevable, dans les conditions présentes, de transformer la guerre impérialiste en révolution nationale et socialiste. C’est bien dans cette optique qu’il mit en place des entrainements militaires conjoints entre l’ICA et les Irish Volunteers, qu’il prit contact avec le conseil militaire de l’IRB au sein duquel il fut coopté en janvier 1916 en vue du soulèvement prévu pour Pâques. Parmi les préparatifs, la mission de Roger Casement, un Irlandais protestant qui avait rejoint la cause républicaine, était d’importance. Bien qu’il n’eût pas réussi à créer une brigade irlandaise parmi ses compatriotes prisonniers dans les camps allemands, il avait réussi à obtenir un considérable chargement d’armes et de munitions pour la rébellion. Mais, alors qu’il rejoignait l’Irlande à bord d’un sous marin allemand il fut capturé le 21 avril. Le bateau convoyant l’armement ayant en vain attendu sa venue dans la baie de Tralee se saborda alors qu’il était encerclé par la marine britannique (en fait ce bateau, selon les ordres de l’IRB, n’aurait du approcher des côtes irlandaises qu’après le début de l’insurrection). Le 22 avril un dirigeant des Irish Volunteers, Eoin MacNeill,  opposé au soulèvement, annule par voix de presse toutes les manœuvres prévues   pour Pâques semant alors la confusion dans les rangs républicains. La date du soulèvement fut néanmoins maintenue et le lundi 24 avril les volontaires et l’ICA réunis désormais au sein de l’Armée Républicaine Irlandaise (I.R.A.) prirent position en divers points de Dublin. La République fut proclamée devant la Grande Poste qui devint le quartier général du gouvernement provisoire tandis que divers détachements prirent position dans une dizaine d’autres points stratégiques. Outre les contre ordres de Mac Neill qui privèrent les insurgés d’au moins 1000 combattants, certains échecs, comme celui qui  entrava la prise de contrôle du « Château » (l’administration centrale britannique)  ou le central téléphonique fragilisèrent dès le départ l’entreprise. Au delà de la capitale hormis Galway, Ashbourne (comté de Meath) et Enniscorthy  il y eut peu de combats significatifs. Mais, un peu partout, les Volontaires se réunirent et se mirent en marche, sans se battre,  y compris dans le Nord. La réaction britannique fut extrêmement violente : l’utilisation de l’artillerie en plein centre de Dublin réduit en champs de ruines visait autant à en finir rapidement qu’à terroriser la population.  Le samedi 29 avril « afin d’arrêter le massacre d’une population sans défense » Patrick Pearse et le gouvernement provisoire se rendirent sans condition et ordonnaient de déposer les armes. En fait, à part le quartier général de la Grande Poste, tous les autres édifices restèrent aux mains de l’IRA. L’exemple des volontaires (tous très jeunes) regroupés au sein du Mendicity Institute et qui bloquèrent l’armée anglaise pendant plus de trois jours, occasionnant de lourds revers aux britanniques, sans pour autant subir de perte équivalente, est un des exemples qui démontre que l’affaire n’avait pas été envisagé à la légère et que l’insurrection avait de réelles capacités militaires. La « semaine sanglante » coûta la vie à 116 soldats britanniques, 16 policiers et 318 « rebelles » ou civiles. Il y eut plus de 2000 blessés dans la population. La répression fut  immédiate. Plus de 3000 hommes et 79 femmes furent arrêtés, 1480 ensuite internés dans des camps en Angleterre et au Pays de Galles. 90 peines de mort furent prononcées, 15 seront exécutées dont les sept signataires de la proclamation d’indépendance. La légende se construisit aussitôt autour des dernières minutes des fusillés (Plunket qui se maria quelques heures avant son exécution, Connolly blessé et fusillé sur une chaise…) le poète Yeats exprimera si bien cet instant où tout bascule : (…) Tout est changé, totalement changé Une terrible beauté est née. Au delà du retournement de l’opinion publique en faveur des insurgés, suite aux représailles, les questionnements ou les anathèmes fleurissent. Si les condamnations des sociaux démocrates englués dans l’Union sacrée ne furent pas une surprise il est intéressant de noter qu’un des commentaires les plus lucides fut écrit en Suisse par Lénine.  Dans un texte célèbre, il note tout ce que la guerre a « révélé du point de vue du mouvement des nations opprimées », il évoque  les mutineries et les révoltes à Singapour, en Annam et au Cameroun qui démontrent « que des foyers d’insurrections nationales, surgies en liaison avec la crise de l’impérialisme, se sont allumés à la fois dans les colonies et en Europe » Il replace donc, fort justement, Pâques 1916 dans le contexte international de « crise de l’impérialisme » dont le conflit mondial est l’illustration éclatante.  Il fustige ceux qui (y compris à gauche) qualifient l’insurrection de « putsch petit bourgeois» comme faisant preuve d’un  « doctrinarisme et d’un pédantisme monstrueux ». Après avoir rappelé « les siècles d’existence » et le caractère « de masse du mouvement national irlandais » il note qu’au coté de la petite bourgeoisie urbaine « un partie des ouvriers » avait participé au combat. « Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des réactionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se représenter la révolution sociale comme un phénomène vivant.  La lutte des nations opprimées en Europe, capable d’en arriver à des insurrections et à des combats de rues, à la violation de la discipline de fer de l’armée et à l’état de siège, « aggravera la crise révolutionnaire en Europe » infiniment plus qu’un soulèvement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine. A force égale, le coup porté au pouvoir de la bourgeoisie impérialiste anglaise par l’insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s’il avait été porté en Asie ou en Afrique. » Et de conclure que « le malheur des irlandais est qu’ils se sont insurgés dans un moment inopportun, alors que l’insurrection du prolétariat européen n’était pas encore mûre ». (…) En Irlande la mythologie mise en place autour de l’insurrection de Pâques 1916 gomma toute référence au contexte international. Les tenants du « sacrifice consenti pour réveiller la nation » (avec le message sous-jacent que ce n’était plus un exemple à suivre) n’entendaient courir le risque de se hasarder à réveiller la question sociale en parlant d’anti-impérialisme. Au lendemain de la défaite et alors que l’opinion publique prenait fait et cause pour les révolutionnaires exécutés, ce fut le parti Sinn Fein, qui n’avait eut aucune responsabilité dans le soulèvement, qui remporta les élections en 1918 et devient le symbole de la lute pour l ‘indépendance. Dominique Foulon
Though many people do not know it, the reference in the 1916 Proclamation to « gallant allies in Europe » was an acknowledgement of German assistance to the Irish rebels. In making their stand in Easter Week 1916, a number of leading Irish rebels believed that if Germany won World War One then Irish freedom would be guaranteed by the post-war peace conference. Many of the guns used by Irish nationalists during Easter Week 1916 originated in Germany and had been smuggled into Howth in north Dublin and Kilcoole in County Wicklow during the summer of 1914. The guns had been purchased by Erskine Childers, the father of a future President of Ireland, from the Hamburg-based munitions firm of Moritz Magnus der Jungere. The guns were not sophisticated in terms of the advances that had been made in modern weaponry. Many of these guns actually dated from the Franco-Prussian War in 1870-1, but they were still in good working order. From the outbreak of World War One in 1914, advanced Irish nationalists sought direct assistance for their rebellion plans from the Imperial Government in Germany. With the tacit approval of the German Government, Sir Roger Casement had sought to persuade captured Irishmen in the British Army, who were being held in German prisoner of war camps, to join an Irish Brigade and return to Ireland to fight for Irish freedom. In spring 1915, Casement was joined in Berlin by Joseph Mary Plunkett, a poet, a member of the IRB Military Council and subsequently a signatory of the 1916 Proclamation. Casement and Plunkett met with representatives of the German General Staff. Plunkett confided in the German Government that revolutionary plans were afoot in Ireland. Bethmann Hollweg, the German Chancellor, pledged to deliver arms and ammunition for an Irish uprising against British rule. Ultimately, the German Government declined Irish requests to land German troops in Ireland, but they sent a single shipment of arms consisting of 20,000 rifles, 10 machine guns and 1,000,000 rounds of ammunition. The German arms shipment was of suspect quality and mostly comprised of weapons captured from the Russians on the Eastern Front. Nevertheless, this quantity of weaponry would have significantly boosted the chances of the poorly armed Irish rebels if this arms cargo had actually made it safely ashore. Captain Karl Spindler, a native of Königswinter, near Cologne, and an officer of the Imperial German Navy, was entrusted with the secret mission of delivering the arms shipment to Ireland in time for the planned Easter Rebellion in April 1916. On 9th April 1916, Spindler set out from the Baltic port of Lubeck on board a German ship, the Libau, which was disguised as a neutral Norwegian freighter and renamed the Aud. Two days later, Casement set sail for Ireland from Wilhelmshaven, aboard the German submarine U19 with the intention to rendezvous with the Aud in County Kerry. After a difficult journey and having survived a serious storm, the Aud arrived in Tralee Bay on 20th April 1916. However, poor communications and an unexpected car accident, in which Irish Volunteers who were to meet Casement ended up being drowned, meant that no-one was present to meet the German ship. After a long wait in Tralee Bay, Spindler reluctantly turned his ship around to sail away. Unbeknown to him, his movements were being monitored by the British Navy, who had tracked the Aud on its journey. Earlier in the war, British Navy Intelligence had cracked the German codes so the British Navy was aware of the Aud and its cargo almost from the moment it left port. The Aud was intercepted by Bluebell, a British destroyer, and commanded to sail to Queenstown (Cobh). Though captured, Spindler and his colleagues were not prepared to hand their arms cargo over to the British. After a number of failed manoeuvres to escape, the German sailors ultimately scuttled their own ship using pre-set charges of explosives. Meanwhile, Casement, who had landed from the German U-Boat on Banna Strand, was captured on Good Friday, 21st April 1916. When Eoin MacNeill, the head of the Irish Volunteers, learned that Casement had been captured and the German arms were lost, he issued an order countermanding the Rising, which had been planned for Easter Sunday. Ultimately, the Rising would break out the following day, Easter Monday, 1916. Early on Tuesday morning of Easter Week, German battle cruisers, under the command of Rear Admiral Friedrich Bödicker, shelled the English coastal towns of Lowestoft and Yarmouth. Meanwhile, a German zeppelin raid took place on Essex and Kent. The purpose of these German military actions was to try to divert British attention away from Ireland in order to give the rebellion a chance to take hold. The rebellion lasted only six days. It involved not much more than 1,200 rebels and its leaders knew they had little chance of winning against a far superior number of British troops. One of the rebel leaders, James Connolly, admitted to his comrades as fighting commenced that « we are going out to be slaughtered. » (…) In 1966, as part of the official state commemoration to mark the 50th anniversary of the Easter Rising, surviving members of the crew of the Aud and the U19, including Captain Raimund Weisbach, Walter Augustin, Otto Walter, Hans Dunker and Ferderic Schmidt, visited Ireland as distinguished guests of the Irish Government. The retired German sailors travelled to Kerry to witness the laying of the foundation stone of the Casement Memorial at Banna Strand. In 2016, little mention has been made of the role that German naval officers played in the Easter Rising, but their bravery deserves to be remembered. The Munich eye

Attention: un sacrifice peut en cacher un autre !

Pourparlers avec l’Allemagne, tentative de création de brigade de prisonniers irlandais dans les camps allemands, livraison allemande d’armes et de munitions, envoyé nationaliste rapatrié par sous marin allemand, raid de Zeppelins et bombardements navals allemands de diversion sur les côtes britanniques …

En ce Lundi de Pâques et lendemain d’un énième massacre de la religion de paix de ceux qui osent encore célèbrer le sacrifice et la résurrection du Christ …

Et en ce centenaire de l’Insurrection de Pâques et véritable acte de naissance tant de l’indépendance irlandaise que de l’IRA et de ses véritables actes de barbarie dont notamment la mort – avec doubles bombes pour maximiser les pertes entre une pharmacie et un McDonalds le jour de la fête des mères – de deux enfants dans la banlieue de Liverpool en mars 1993 et dénoncée par un fameux tube du groupe The Cranberries …

Qui rappelle que véritable appel à la trahison, après celui dix ans plus tôt de la guerre des Boers qui avait même vu les indépendantistes irlandais prendre contact avec le deuxième bureau français impatient de venger Fachoda, au moment où leurs compatriotes se battaient au coude à coude avec les Anglais sur le sol français …

La « révolution des poètes » qui fit, en ces cinq jours de la Semaine sainte sous prétexte du report – guerre oblige – du statut déjà voté d’autonomie (Home Rule), des centaines de victimes majoritairement civiles …

Ne rencontra en fait sur le moment, entre deux scènes de pillage, que les insultes et les sarcasmes de la population locale …

Et que sans les martyrs que leur fournit juste après la féroce répression des troupes britanniques, n’aurait jamais dépassé le stade de la véritable opération suicide qu’elle était vraiment, saluée d’ailleurs comme il se doit par Lénine lui-même depuis son exil genevois …

Ou plus précisément de l’opération de diversion de ces fameux « courageux alliés en Europe » auquels rend hommage la célèbre Proclamation de la république irlandaise

A savoir, comme le rappelait indirectement la légendaire banderole de la Maison des syndicats de Dublin et sans parler de l’Empire Austro-hongrois ou des Turcs, ceux de l’Allemagne du Kaiser ?

Germany and the Easter Rising
The Munich eye

In Ireland, this Easter hundreds of thousands of people took to the streets to celebrate the centenary of a seminal event that led to Irish independence.

The Easter Rebellion of 1916 dramatically altered the course of Irish history. Immediately prior to this event, Ireland was an integral part of the United Kingdom and only a small minority of its people supported full independence.

The Rising and, more particularly, the heavy-handed and botched British response to the rebellion had a transformative effect. Thousands of Irish people were interned without trial and the main leaders of the Rising were summarily executed. This provoked a rapid sea-change in Irish attitudes.

In the most famous poetic lines written about the rebellion, William Butler Yeats observed « all changed, changed utterly: A terrible beauty is born. » The sacrifice of a small number of Irish separatists in 1916 was the touchstone which set in train a popularly supported national struggle for independence.

On Easter Sunday 2016, as the centre-piece of the largest military parade ever held in Ireland, the President of Ireland, Michael D. Higgins, laid a wreath at the front of Dublin’s General Post Office in memory of those who had fought for Irish freedom one hundred years previously.

The General Post Office was the headquarters of the rebel Irish forces during the Rising and it was at this location that Patrick Pearse read the Proclamation of the Irish Republic.

Though many people do not know it, the reference in the 1916 Proclamation to « gallant allies in Europe » was an acknowledgement of German assistance to the Irish rebels.

In making their stand in Easter Week 1916, a number of leading Irish rebels believed that if Germany won World War One then Irish freedom would be guaranteed by the post-war peace conference.

Many of the guns used by Irish nationalists during Easter Week 1916 originated in Germany and had been smuggled into Howth in north Dublin and Kilcoole in County Wicklow during the summer of 1914. The guns had been purchased by Erskine Childers, the father of a future President of Ireland, from the Hamburg-based munitions firm of Moritz Magnus der Jungere. The guns were not sophisticated in terms of the advances that had been made in modern weaponry. Many of these guns actually dated from the Franco-Prussian War in 1870-1, but they were still in good working order.

From the outbreak of World War One in 1914, advanced Irish nationalists sought direct assistance for their rebellion plans from the Imperial Government in Germany. With the tacit approval of the German Government, Sir Roger Casement had sought to persuade captured Irishmen in the British Army, who were being held in German prisoner of war camps, to join an Irish Brigade and return to Ireland to fight for Irish freedom.

In spring 1915, Casement was joined in Berlin by Joseph Mary Plunkett, a poet, a member of the IRB Military Council and subsequently a signatory of the 1916 Proclamation. Casement and Plunkett met with representatives of the German General Staff. Plunkett confided in the German Government that revolutionary plans were afoot in Ireland. Bethmann Hollweg, the German Chancellor, pledged to deliver arms and ammunition for an Irish uprising against British rule.

Ultimately, the German Government declined Irish requests to land German troops in Ireland, but they sent a single shipment of arms consisting of 20,000 rifles, 10 machine guns and 1,000,000 rounds of ammunition. The German arms shipment was of suspect quality and mostly comprised of weapons captured from the Russians on the Eastern Front. Nevertheless, this quantity of weaponry would have significantly boosted the chances of the poorly armed Irish rebels if this arms cargo had actually made it safely ashore.

Captain Karl Spindler, a native of Königswinter, near Cologne, and an officer of the Imperial German Navy, was entrusted with the secret mission of delivering the arms shipment to Ireland in time for the planned Easter Rebellion in April 1916. On 9th April 1916, Spindler set out from the Baltic port of Lubeck on board a German ship, the Libau, which was disguised as a neutral Norwegian freighter and renamed the Aud. Two days later, Casement set sail for Ireland from Wilhelmshaven, aboard the German submarine U19 with the intention to rendezvous with the Aud in County Kerry.

After a difficult journey and having survived a serious storm, the Aud arrived in Tralee Bay on 20th April 1916. However, poor communications and an unexpected car accident, in which Irish Volunteers who were to meet Casement ended up being drowned, meant that no-one was present to meet the German ship.

After a long wait in Tralee Bay, Spindler reluctantly turned his ship around to sail away. Unbeknown to him, his movements were being monitored by the British Navy, who had tracked the Aud on its journey. Earlier in the war, British Navy Intelligence had cracked the German codes so the British Navy was aware of the Aud and its cargo almost from the moment it left port.

The Aud was intercepted by Bluebell, a British destroyer, and commanded to sail to Queenstown (Cobh). Though captured, Spindler and his colleagues were not prepared to hand their arms cargo over to the British. After a number of failed manoeuvres to escape, the German sailors ultimately scuttled their own ship using pre-set charges of explosives.

Meanwhile, Casement, who had landed from the German U-Boat on Banna Strand, was captured on Good Friday, 21st April 1916. When Eoin MacNeill, the head of the Irish Volunteers, learned that Casement had been captured and the German arms were lost, he issued an order countermanding the Rising, which had been planned for Easter Sunday. Ultimately, the Rising would break out the following day, Easter Monday, 1916.

Early on Tuesday morning of Easter Week, German battle cruisers, under the command of Rear Admiral Friedrich Bödicker, shelled the English coastal towns of Lowestoft and Yarmouth. Meanwhile, a German zeppelin raid took place on Essex and Kent. The purpose of these German military actions was to try to divert British attention away from Ireland in order to give the rebellion a chance to take hold.

The rebellion lasted only six days. It involved not much more than 1,200 rebels and its leaders knew they had little chance of winning against a far superior number of British troops. One of the rebel leaders, James Connolly, admitted to his comrades as fighting commenced that « we are going out to be slaughtered. » Connolly’s fate was to be executed by a British military firing squad, while strapped to a chair and unable to stand because of wounds he had sustained in the Rising.

Sir Roger Casement was hanged in Pentonville Prison, London, in August 1916.

Captain Karl Spindler was interned as a prisoner of war in Donington Hall in Leicestershire. He was released as part of a prisoner exchange towards the end of World War One. He subsequently wrote a best-selling book about his Irish adventure.

In 1931, to mark the 15th anniversary of the Easter Rising, Spindler undertook a lecture tour of the United States. He was enthusiastically greeted by Irish-Americans in Philadelphia, Pittsburgh, Chicago, Detroit and Boston. Spindler died in Bismark, North Dakota, in 1951.

In 1966, as part of the official state commemoration to mark the 50th anniversary of the Easter Rising, surviving members of the crew of the Aud and the U19, including Captain Raimund Weisbach, Walter Augustin, Otto Walter, Hans Dunker and Ferderic Schmidt, visited Ireland as distinguished guests of the Irish Government. The retired German sailors travelled to Kerry to witness the laying of the foundation stone of the Casement Memorial at Banna Strand.

In 2016, little mention has been made of the role that German naval officers played in the Easter Rising, but their bravery deserves to be remembered.

Voir aussi:

Historical reality of 1916 leaders
Martin Mansergh

The Irish Examiner

July 14, 2014

While the words on the banner hung in front of Liberty Hall (‘We serve neither King nor Kaiser but Ireland’) still resonate a century on, representing the values of a patriotic anti-imperialist neutrality, they mask an historical reality that was a good deal more complex than is generally allowed (Letters, July 4).

While James Connolly regarded the Great War, as it was called then, as barbaric, and would have wished the labour movement across Europe to have refused to participate, he also took the view that the war having started he wished the British Empire to be beaten, and that, if forced to choose between the two, the German Empire was ‘a homogeneous Empire of self-governing peoples’ (Poland, German South-West Africa?) and contained ‘in germ more of the possibilities of freedom and civilisation’.

The reality is that the leaders of 1916 were neither neutral nor anti-imperialist. They were anti-British imperialism. The Proclamation referred to ‘our gallant allies in Europe’, which were principally Imperial Germany and the Austro-Hungarian Empire, which incidentally was Arthur Griffith’s and the early Sinn Féin’s model for Irish independence. Undoubtedly, German support for Irish revolution turned out to be a mirage, apart from the guns landed at Howth and Kilcoole in the summer of 1914, which were a fraction of those landed at Larne for the unionists, but it was enough to facilitate the rising. Even after that, as Michael Collins told the American journalist Hayden Talbot in 1922, in his estimation, the Rising and the subsequent national revival ‘were all inseparable from the thought and hope of a German victory’, on which they were counting to gain a place at the peace table.

Certainly, one can be sceptical about the notion that the First World War was started for the sake of small nations, such as Serbia and Belgium, but the fate of Catholic Belgium was the issue that had greatest impact on recruitment in Ireland in the early months of the war. In terms of war outcomes, four defeated empires collapsed, others were weakened, and about a third of the countries that now make up the European Union directly or indirectly gained their freedom, including Ireland. France, which would have lost the war but for the British Expeditionary Force which included thousands of Irishmen, regained Alsace-Lorraine, taken from them in 1871. The principle of national self-determination enunciated in 1917 by President Woodrow Wilson, however imperfect and difficult to apply, has led in the longer run to close to 200 members of the United Nations.

One can certainly argue that Ireland’s freedom came about not just because of the Rising and the struggle for independence, but also because it fitted into the new international order created by the Allied victory. Most people, and all main political parties, now accept that it is right to commemorate Irishmen who gave their lives in World War I, but perhaps we could accept that their sacrifice also contributed to the freedom we enjoy today, acknowledging that people can serve their country honourably in different ways.

Perhaps, post the Good Friday Agreement, we should welcome the fact that we have been able to move beyond any desire to rekindle conflict on this island or between these islands, and adapt Pearse’s eloquent ideal to read: ‘Ireland at peace shall never be unfree’.

Martin Mansergh

Friarsfield House

Tipperary

Voir également:

Our Gallant Allies?
Pat Walsh

2015-08-02
The Easter Proclamation which Padraig Pearse read from the steps of the GPO at Easter 1916 is the founding document of the Irish Republic. It makes specific reference to “our gallant allies in Europe.” Who else could these “gallant allies” be but the Germans and Turks?

The founding fathers of what was to become the independent Irish State quite deliberately chose to mention “our gallant allies” even in the teeth of British propaganda about the behaviour of these allies. All during 1915 and early 1916 Ireland had been bombarded with this propaganda about the “evil Hun” and “merciless Turk” and yet Pearse chose to associate the emerging Irish Nation with its “gallant allies” in Germany and the Ottoman Empire. It was a quite deliberate decision, presumably in order to prevent the volunteering of Irish cannon-fodder, procured through the British propaganda used by the Redmondite recruiting sergeants.

During 1915 and 1916 Lord Bryce, the Belfast born Liberal, made highly-reported speeches in Parliament and helped document and publicise official reports about German and Ottoman atrocities. The leaders of 1916 not only ignored these but attacked them as British lies against “our gallant allies”.

Sir Roger Casement, Bryce’s former colleague in investigating atrocities in South America, took a very hostile view of Bryce’s war work in his article ‘The Far Extended Baleful Power of the Lie’, published in Continental Times, 3.11.1915. Casement condemned Bryce for selling himself as a hireling propagandist. According to Casement, Lord Bryce, had presided over a government body “directed to one end only”:

“the blackening of the character of those with whom England was at war… given out to  the world of neutral peoples as the pronouncement of an impartial court seeking only to discover and reveal the truth.”

Casement particularly criticised Bryce’s methods of reporting atrocities. He noted that in relation to the reporting of Belgian atrocities in the Congo he had investigated these reports “on the spot at some little pain and danger to myself” whilst Bryce had “inspected with a very long telescope.”

Casement continued with a point that is very relevant to any estimation of the validity of the Blue Book:

“I have investigated more bona fide atrocities at close hand than possibly any other living man. But unlike Lord Bryce, I investigated them on the spot, from the lips of those who had suffered, in the very places where the very crimes were perpetuated, where the evidence could be sifted and the accusation brought by the victim could be rebutted by the accused; and in each case my finding was confirmed by the Courts of Justice of the very States whose citizens I had indicted.”

Casement added: “It is only necessary to turn to James Bryce the historian to convict James Bryce the partisan…”

Casement wrote the above about Bryce’s work on the German atrocities but the criticism stands equally against his companion work directed at the Ottomans. Sir Roger was incapable of commenting directly on the Blue Book since he had been hanged by the British in 1916 as a traitor, for doing in Ireland what Bryce and other British Liberals had supported the Armenian revolutionaries in doing within the Ottoman Empire. Casement had followed through on the principles of small nations on which the war was supposedly being fought by Britain and advertised by Lord Bryce. But Casement was found to be a traitor whilst the Armenians and others who went into insurrection were lauded as patriots in Liberal England. T.P. O’Connor, the Redmondite MP, for instance, appeared on a platform in Westminster during June 1919 with General Andranik , the butcher of thousands of Kurds in eastern Anatolia. (Andranik had led the Armenian forces around Erzerum with General Dro, who later fought for Hitler with a Nazi Armenian Legion)

The present writer made it his business to read a lot of Irish newspapers produced between 1900 and 1924 in order to understand the development of Redmondism and the Republican counter-attack against it. What was found was much anti-Turkish propaganda produced by Redmondism and much pro-Turkish sentiment generated in opposition by Irish Republicans. In the book Britain’s Great War on Turkey – an Irish perspective what was found was republished in extensive extracts to demonstrate that Irish Republicans, and particularly Anti-Treaty ones, were fully behind Mustapha Kemal Ataturk and his war of liberation against the British, French, and Italian Imperialists and their Greek and Armenian catspaws.

In the Redmondite hold-out of West Belfast there was continued credence given to British war-propaganda about the massacres of Armenians and Greeks. The Irish News and other Devlinite publications continued to keep the Imperial faith to get Irishmen into British uniform as the rest of Ireland sloughed it off and broke free of the British sphere of influence. But then, even the Irish News, under pressure of what was done to the Northern Catholics who had kept the faith with Joe Devlin and Britain until the end, began to have second thoughts, when they were awarded ‘Northern Ireland’ as their reward for loyalty.

In October 1922 the Irish Independent published a British account of alleged Turkish atrocities in Smyrna (now Ismir). It was immediately attacked by Sinn Fein.

The context of the Sinn Fein counter-attack (reproduced below) on behalf of the Turks was the Greek evacuation of Anatolia after the defeat of their invading army, which had been encouraged by Lloyd George to enforce the Treaty of Sevres on the Turks. Smyrna was burnt and many died.

The reply to the British allegations comes from O. Grattan Esmonde, Sinn Fein’s most famous diplomat who had held the record for being expelled from more countries in the world than any one else (by the British, who held these countries at the time.) Esmonde was the son of Sir Thomas Esmonde who had briefly left the Irish Party in 1906 to stand for Griiffith’s Sinn Fein. The son went with the Treatyites in the Treaty split and was later elected in 1923 as a Cumann na nGaedheal TD for Wexford and was returned in the 1927 election. He was re-elected at the 1932 and 1933 elections.

In the statement he dismisses allegations that the Turks had massacred Greeks and Armenians as British propaganda and puts the Irish Republican forces and Mustafa Kemal (Ataturk) forces together as brothers in arms, fighting British Imperialism:

“I cannot refrain from expressing my astonishment at your leading-article of to-day, and the prominence you are giving to virulent English propaganda directed against the Turkish army, who are on the point of freeing their native land from the invader… We, who have suffered more than any other nation in the world from English propaganda, have no right to accept it when directed against another nation which for four years has been fighting for its life, and whose leaders have in public and in private expressed their sympathy and admiration for Ireland. I notice to-day that the Armenian Archbishop, who was massacred last week, has turned up safely in Greece. The same fate awaits at least ninety-per cent of the 120,000 Christians, slaughtered by Reuter’s news-agency this morning! It is more than probable that at least three zeros have been added inadvertently to the correct number of the victims… The new Turkish army and the Turkish National leaders are clean fighters, and the same type of men as those who have carried through the evolution in this country.” (O. Grattan Esmonde, Sinn Fein diplomat writing to the Irish Independent, from the Catholic Bulletin October 1922)

The political and military assault launched by Britain on neutral Greece and the devastating effect this ultimately had on the Greek people across the Balkans and Asia Minor is almost completely forgotten about these days. The Greek King Constantine and his government tried to remain neutral in the World War but Britain was determined to enlist as many neutrals as possible in their Great War. So they made offers to the Greek Prime Minister, Venizélos, of territory in Anatolia which he found to hard to resist.

The Greek King, however, under the constitution had the final say on matters of war and he attempted to defend his neutrality policy against the British. Constantine was then deposed by the actions of the British Army at Salonika, through a starvation blockade by the Royal Navy and a seizure of the harvest by Allied troops. This had the result of a widespread famine in the neutral nation – and this under the guise of ‘the war for small nations!’

With the Royal Navy’s guns trained on Athens the King was forced to abdicate with a gun to his head.

These events led to the Greek tragedy in Anatolia because the puppet government under Venizélos, installed in Athens through Allied bayonets, was enlisted as a catspaw to bring the Turks to heal after the Armistice at Mudros. This was because Lloyd George had demobilised his army before he could impose the punitive Treaty of Sevres on the Turks. Britain was also highly in debt to the U.S. after its Great War on Germany and the Ottomans had proved so costly. So others were needed to enforce the partition of Turkey whilst England concentrated on absorbing Palestine and Mesopotamia/Iraq into the Empire.

The Greeks were presented with the town of Smyrna first and then, encouraged by Lloyd George, advanced across Anatolia toward where the Turkish democracy had re-established itself, at Ankara, after it had been suppressed in Constantinople. Ataturk had seen that Constantinople was open to the guns of the Royal Navy, as Athens was and he established a new capital inland in a small town.

Britain was using the Greeks and their desire for a new Byzantium (the Megali or Big Idea) in Anatolia to get Ataturk and the Turkish national forces to submit to the Treaty of Sèvres, and the destruction of not only the Ottoman State but Turkey itself.

But the Greek Army perished on the burning sands of Anatolia after being skillfully maneuvered into a position by Ataturk in which their lines were stretched. And the two or three thousand year old Greek population of Asia Minor fled on boats from Smyrna, with the remnants of their Army after Britain had withdrawn its support, because the Greek democracy had reasserted its will to have back its King.

Esmonde’s statement on behalf of Sinn Fein is interesting in referring to the links between the Irish Independence movement and its gallant ally, Turkey.

There was an early contact between the independent Irish Parliament (the Dáil) and the Grand National Assembly of Turkey, established by Mustafa Kemal at Ankara. This contact was made through the Dáil’s ‘Message to the Free Nations of the World’ delivered to the revolutionary Grand National Assembly at Ankara, on a date following 10 August 1921. The Dáil, in its first act of foreign affairs, sent out this message to the other free nations of the world (including Turkey) declaring the existence of an independent Irish Government. It was read out, in Irish, to the Dáil by J.J.O’Kelly, the editor of The Catholic Bulletin in January 1919.

The Catholic Bulletin which published Esmonde’s letter and which was run by De Valera’s teacher and friend, Fr. Timothy Corcoran, drew attention to the many parallels between the experience of Ireland and Turkey between 1919 and 1923. Turkey had agreed to an armistice (ceasefire) at Mudros in October 1918. But that armistice was turned into a surrender when British and French Imperial forces entered Constantinople and occupied it soon after. Turkey found its parliament closed down and its representatives arrested or forced ‘on the run’, at the same time as England meted out similar treatment to the Irish democracy. Then a punitive treaty (The Treaty of Sevres, August 1920) was imposed on the Turks at the point of a gun, sharing out the Ottoman possessions amongst the Entente Powers. Along with that, Turkey itself was partitioned into spheres of influence, with the Greek Army being used to enforce the settlement in Anatolia, in exchange for its irredentist claims in Asia Minor.

The Turks, under the skillful leadership of Mustapha Kemal (Ataturk), decided not to lie down and resisted the imposed Treaty of Sevres. The Greek catspaw was pushed out of Turkey and their Imperialist sponsors forced back to the conference table at Lausanne, after the British humiliation at Chanak.

In February 1923, at the conference in Lausanne, the Turkish delegation refused to be brow-beaten by Lord Curzon and his tactics, reminiscent of the Anglo-Irish negotiations, when the Irish plenipotentiaries were strong-armed into signing a dictat under the threat of “immediate and terrible war.” The Turks stonewalled. When Curzon told the Turks that “the train was waiting at the station,” and it was a case of take it or leave it, the Turks left the offer and Curzon left on his train, never to return. Terms much more advantageous to the Turks were signed by Sir Horace Rumbold six months later, and the Turkish Republic came into being – a free and independent state.

At the Lausanne negotiations the Turks, when confronted with the accusation that they had massacred Christians, replied “what about the Irish, you British hypocrites!” The British from there found their moral card was trumped and discarded it, getting down to the real business. They had no care for the destruction of the centuries old Christian communities that their War on the Ottoman Empire had produced. They saw that Turkey had emerged under a strong leader and they were prepared to do business, as England always was.

The Catholic Bulletin publicised Atatürk’s great achievement in defeating the British Empire and saw it as an inspiration to other countries in the world resisting the great powers. It was particularly impressed with the Turkish negotiating skill at Lausanne and contrasted it to the Irish failure in negotiating with the British in the Anglo-Irish treaty of 1921 that had left the country part of the British Empire. The Turks had successfully achieved independence and ‘The Catholic Bulletin’ described Ataturk as the ‘man of the year’ and one of the few causes for optimism in the world.

Sinn Fein in 1920 were in no doubt that what is now called “the Armenian Genocide” by new Sinn Fein was a construction of British propaganda. Esmonde’s statement was issued a number of years after the Bryce Report of 1916 which was the centrepiece of this. But new Sinn Fein seems to have departed the traditional Republican position. An article in An Phoblacht in April 2015 calling for the “Armenian Genocide” to be recognised did not even mention Britain! That really must be a first for Sinn Fein – not blaming Britain!

There are, in fact no judicial or historical grounds for what is termed the “Armenian Genocide”. It is merely an emotional assertion. No International Court has ever found for such a thing and historians are extremely divided over the issue. It is mindlessly repeated that “most historians” agree on the “Genocide” label being applied. But when has this assertion ever been quantified? And if such an exercise is ever completed how meaningless it will be. This “majority” is, if it actually exists, made up of those from the Anglosphere, predominantly from the Armenian diaspora, and some career-minded Westerners, with a few guilty Turks thrown in (the Roy Fosters and Trinity College Workshops of Turkey, like Taner Aksam). The vast majority of historians are actually “denialists” (on the terms of the lobby) because they do not use the word.

The campaign for recognition of an “Armenian Genocide” is, in fact, a political one, begun quite lately. It is an attempt to muster legislators together to pronounce on a historical and legal issue when they have no competence to do so.

If “Genocide” is just a question of the deaths of a large numbers of people then it is hard to explain why new Sinn Fein is not pursuing the Irish Famine (for which the Ottoman Sultan provided the only international assistance) as an international case against the British Government, or indeed the Cromwellian settlement? One of the leading judicial advocates of an “Armenian Genocide” the famous Mr. Geoffrey Robertson QC has written a book on his great hero, John Cooke – who was he may not realise, Cromwell’s judicial legitimiser of what he did in Ireland!

A new Sinn Fein spokesman says: “If we do not accept what happened in the past we cannot learn from the mistakes and move on. Collectively we must ensure that we oppose the manipulation of history…”

What manipulation of history, one might ask? Surely that is what is being suggested in demanding that a word that didn’t exist in legal form at the time of an event be applied retrospectively to events within a complex historical context by people who do not have competence to make such judgments.

Sinn Fein in 1920 knew that the Turks were no dupes of Imperialism. The Turks know the danger of pleading guilty to such a charge with regard to their self-respect and standing in the world. They are battle-hardened, having engaged in a monumental fight for survival between 1914 and 1922 that not only created their nation, but also ensured its very existence. They were invaded by all the Imperialist powers, with only the Bolsheviks as allies, and with Greek and Armenian armies massacring within their territory.

The new Sinn Fein has done a marvellous job of resurgence on behalf of the Northern Catholics, improving the community’s standing and self-respect to a position nobody would have thought possible in 1969. The present writer will always recognise the achievement of that transformation, having lived through it.

But West Belfast was the storm-centre of Redmondite Hibernianism in the days of Joe Devlin, the most Imperial part of Ireland by a long chalk. And it was saturated with British War propaganda. When a famous pamphlet was produced to highlight the plight of Belfast Catholics in the new construction of ‘Northern Ireland’ Fr. Hassan of St. Mary’s compared the Unionists to Turks and the Catholics to Armenians.

Sinn Fein participation in Great War Remembrance can be justified as part of the necessary reconciliation of the Unionist community that the Peace strategy involves. But perhaps it has been forgotten what the bits of the “Foggy Dew” about “Suvla Side and Sud-el-bar” were supposed to teach about being an Irish Republican!

The new Sinn Fein has been a product, to a very great extent, of the unusual events of half a century ago in the Six Counties. 1969 was Year Zero. That, and the subsequent war and its transition to a peace settlement against substantial and multi-layered opposition, has given it a tremendous ability within the confines of the political situation it operates. It achieved out of brilliant improvisation, drawing from its experience of life in the Six Counties as its stock of knowledge. And it really had to imagine it was something it really wasn’t to carry through its war to a functional peace settlement. And in such a situation too much thinking about its past may have actually proved detrimental to the carving out of a different future.

But that is no longer enough, if greater things are to be done.

Sinn Fein has now made itself a competitor for state power in the 26 Counties. That brings upon it different responsibilities. If it attains that power will it be able to exercise it with reference to the traditional Republican position? Will it be able to exercise the responsibility that this entails, which goes far beyond sloganeering and politicking?

If Sinn Fein persists with its belief in an “Armenian Genocide” surely it should delete the offending phrase in the Proclamation of 1916, or perhaps change it from “our gallant allies” to “our genocidal allies”. That would be logical. But it would be very problematic for next years centenary commemoration.

Voir encore:

Au delà du mythe : l’insurrection irlandaise de Pâques 1916
Dominique Foulon

Mediapart

20 mars 2016

Depuis cent ans, l’insurrection républicaine irlandaise donne lieu à diverses interprétations plus ou moins malveillantes : du sacrifice sanglant au putsch raté en passant par une escarmouche inutile. Or, ce soulèvement armé en pleine guerre mondiale, ne prend sa signification que si on l’englobe dans une période révolutionnaire en Irlande (1912 à 1923), et dans la situation internationale d’alors.

Bien peu de personnes à l’époque comprirent que les premiers coups de feu qui résonnèrent à Dublin le 24 avril 1916, sonnaient en fait le glas de l’empire britannique.  La presse de l’époque ne note qu’une tentative de sédition ratée, qui plus est, fomentée par l’Allemagne. Or cet événement s’inscrit dans un contexte très ancien.

Un pays colonisé

Depuis plusieurs siècles, l’Irlande sauvagement conquise et colonisée par son voisin anglais tente de retrouver son indépendance. Soulèvements armés et luttes politiques alternent selon les époques, sans plus de succès l’un que l’autre.  Si depuis 1798 (1) et tout au long du 19e siècle, le recours régulier à la lutte armée échoue, la lutte parlementaire des députés irlandais à Westminster aboutit à un projet d’autonomie interne dans le cadre du Royaume Uni : le Home Rule. En effet, l’obstruction systématique du parlement de Westminster par les députés irlandais, sous la direction de Charles Parnell,  poussa le premier ministre libéral Gladstone à adhérer à ce vieux projet d’Isaac Butt. Celui-ci un conservateur protestant, s’était rallié à l’idée qu’un parlement irlandais était la meilleur solution pour régler au mieux les affaires domestiques irlandaises.(2)  Ce projet fut violemment combattu par les Conservateurs et une partie du Parti libéral, qui en recevant le soutien de l’Ulster Loyalist Anti Repeal Union leur donna l’idée de jouer la carte orangiste, c’est à dire se servir du loyalisme nord irlandais pour contrer leur adversaires.

En effet, la conquête de l’Irlande avait conduit à un développement différencié dans la province d’Ulster.

Dans la plus grande partie de l’île, une fois la conquête finie, la plupart des terres furent acquises par des aventuriers qui n’en attendaient qu’un profit immédiat, pressurant la paysannerie autant que possible, et la laissant dans un état de misère noire tant de fois décrite par tous les voyageurs au XIXe siècle.  L’Ulster fut la dernière partie de l’île à être (durement) conquise. Pour s’assurer de sa pacification définitive, la couronne anglaise eut recours à l’établissement de plantations. Sur les terres d’où avaient été expulsés les Irlandais, des fermiers  anglais ou écossais s’établissaient en colonies de peuplement afin de consolider la conquête et éviter toute nouvelle insurrection dans cette région. Or les propriétaires terriens ne pouvaient soumettre cette nouvelle paysannerie à une exploitation identique à celles des indigènes du Sud sous peine de voir le projet colonial échouer. Des garanties et des avantages octroyés aux fermiers connus comme « la coutume d’Ulster » permit une relative prospérité et le développement d’activités annexes comme la culture et le tissage du lin. Cela servit de base à la fin des guerres napoléoniennes, à l’industrie du lin qui connut une immense prospérité. Belfast avec ses dizaines d’immenses filatures, était connue comme la Linenopolis de l’Irlande.   La ville connut aussi un   essor industriel fantastique à partir de 1850 avec la création de chantiers navals et des industries annexes. Un développement unique en Irlande qui était le prolongement des  grands centres industriels d’Angleterre et d’Ecosse, parfaitement intégré au marché britannique.

Dans le reste de l’Irlande les industries naissantes se trouvaient en concurrence avec celles de Grande Bretagne, et donc envisageaient l’autonomie dans le cadre de l’Empire  ( Home Rule) comme un moyen de se protéger par le biais de taxes diverses d’importation.

Une révolte conservatrice

Au delà des aspects économiques, la physionomie politique irlandaise était toujours tributaire de la colonisation, bien que cette dernière fut déjà ancienne. Dans le Nord-Est de l’île, les opposants au Home Rule surent profiter de l’existence d’un courant fondamentaliste protestant et conservateur dont l’Ordre d’Orange (3)  était l’expression publique la plus achevée, pour mobiliser le « peuple protestant », ceux dont les ancêtres avaient colonisé la région. En comparant le Home Rule au Rome Rule c’est à dire en utilisant la peur de perdre les libertés religieuses dans un état catholique, en amalgamant l’appartenance religieuse au débat politique, ils réussirent à entretenir et développer le sectarisme religieux et communautaire.  Bien qu’il ne manquât pas de voix dissonantes en son sein pour contester l’hégémonie unioniste, cette dernière réussit à créer un mouvement de masse qui ne cessa de grandir au fil des temps. Le premier projet de Home Rule datait de 1886, le second de 1893, et en 1912 le troisième projet, bien que repoussé par la chambre des Lords, était simplement retardé de deux ans, le veto de cette institution monarchique n’étant plus absolu. L’imminence du « danger » conduisit les tenants de l’Union à d’immenses rassemblements et à organiser de véritables milices armées pour s’opposer au Home Rule. L ‘Ulster Volunteers Force regroupa 100 000 hommes et femmes bénéficiant, à partir de 1914, d’un armement moderne en provenance d’Allemagne. Outre le soutien des Tories anglais, cette sédition reçue aussi celui de la caste des officiers britanniques en Irlande, qui menacèrent de démissionner en masse plutôt que de devoir marcher contre l’UVF si on le leur demandait.

Le réveil républicain

Ces évènements eurent forcément un retentissement dans le reste du pays. Les nationalistes formèrent en réponse au grand jour, en 1913, une autre milice : les Irish Volunteers. Créée au départ sur l’initiative de l‘IRB (4), les constitutionalistes du Parti Irlandais adhérèrent en masse à cette organisation qu’ils contrôlèrent ensuite largement. Toutefois, contrairement à l’UVF, ils ne bénéficièrent pas de la mansuétude de certains militaires en juillet 1914, pour recevoir leur armement,  lui aussi en provenance d’Allemagne. A cela vint se joindre l’Irish Citizen Army du syndicaliste révolutionnaire James Connolly, formée depuis peu à partir des groupes d’auto-défense ouvrier qui  avaient été créés lors de la grande grève de Dublin en 1913 pour faire face aux attaques policières et à celles des jaunes.

Cette grève de 6 mois (et le lock-out qui suivit) avait été soutenue par une partie de l’intelligentsia dublinoise : Patrick Pearse, chantre du renouveau celtique, la comtesse  Markievicz, militante suffragette socialiste, fondatrice des Na Fianna Éireann (scouts nationalistes irlandais)  ainsi que le poète Yeats. La question sociale, malgré la défaite de la grève, s’invitait aux cotés de la question nationale sur la scène politique. Cet épisode permit aussi de constater qu’une partie du mouvement nationaliste (le Sinn Fein d’Arthur Griffith en particulier) était hostile au mouvement ouvrier.

Dès 1913, les Unionistes proposèrent que la province d’Ulster soit tenue à l’écart du Home Rule : refus des nationalistes et du gouvernement britannique. En mai 1914, le gouvernement proposa que la province soit pour une durée de 6 ans, autorisée à rester en dehors : refus des unionistes. La situation semblait bloquée et la guerre civile imminente. Le 4 août la Grande Bretagne déclarait la guerre à l’Allemagne. Le 18 septembre le gouvernement instaurait le Home Rule en Irlande, mais suspendait son application à la fin des hostilités.

Première guerre mondiale

L’aile modérée des Irish Volunteers par la voix du député John Redmond se joignit à l’Union sacrée pour engager les Irlandais aux cotés du gouvernement anglais dans ce qui promettait d’être une guerre pour le  droit des nations à disposer d’elles-mêmes. A l’opposé la minorité des Volunteers influencée par l’I.R.B. refusa ce soutien et les partisans de l’I.C.A. posèrent cette bannière sur le bâtiment de la maison des syndycats : “Nous ne servons ni le Roi, ni le Kaiser mais l’Irlande”.  Tous espéraient alors que “les difficultés de l’Angleterre seraient l’opportunité de l’Irlande” et espéraient tirer avantage de cette situation pour faire avancer la cause nationale irlandaise.  Ils avaient d’autant moins de scrupules que dès la declaration de la guerre et la promesse de Home Rule reportée, la Grande Bretagne incorporait la milice “rebelle” UVF en bloc au sein de l’armée britannique dans la 36e division d’Ulster. (5) tandis qu’elle éparpillait les Irish Volunteers dans tous les regiments, et leur interdisait tout signe distinctif.  Quant à Edward Carson qui avait pris la tête de la sédition unioniste, qui n’avait pas hésité à rechercher le soutien de l’Allemagne et poussé l’Irlande au bord de la guerre civile, il était nommé en 1915 Attorney général de l’Angleterre, avant de rejoindre le cabinet de guerre comme premier Lord de l’Amirauté.

Pour James Connolly, la partition prévisible de l’Irlande ne pouvait amener que deux regimes conservateurs dans chaque partie de l’île, et compromettre alors toute avancée sociale dans l’ensemble du pays. C’est autant en militant internationaliste que nationaliste qu’il envisagea alors une insurrection. L’agitation contre la conscription obligatoire rencontre un certain écho en Irlande dès 1915. Les même évènements secouèrent la région de Glasgow où son ami républicain socialiste écossais John MacLean militait contre la guerre et la conscription, où dès 1915, le Comité des Travailleurs de la Clyde mèna une agitation sociale et politique, tout semblait alors indiquer qu’il était concevable, dans les conditions présentes, de transformer la guerre impérialiste en révolution nationale et socialiste. C’est bien dans cette optique qu’il mit en place des entrainements militaires conjoints entre l’ICA et les Irish Volunteers, qu’il prit contact avec le conseil militaire de l’IRB au sein duquel il fut coopté en janvier 1916 en vue du soulèvement prévu pour Pâques.

Vers l’insurrection

Parmi les préparatifs, la mission de Roger Casement, un Irlandais protestant qui avait rejoint la cause républicaine, était d’importance. Bien qu’il n’eût pas réussi à créer une brigade irlandaise parmi ses compatriotes prisonniers dans les camps allemands, il avait réussi à obtenir un considérable chargement d’armes et de munitions pour la rébellion. Mais, alors qu’il rejoignait l’Irlande à bord d’un sous marin allemand il fut capturé le 21 avril. Le bateau convoyant l’armement ayant en vain attendu sa venue dans la baie de Tralee se saborda alors qu’il était encerclé par la marine britannique (en fait ce bateau, selon les ordres de l’IRB, n’aurait du approcher des côtes irlandaises qu’après le début de l’insurrection). Le 22 avril un dirigeant des Irish Volunteers, Eoin MacNeill,  opposé au soulèvement, annule par voix de presse toutes les manœuvres prévues   pour Pâques semant alors la confusion dans les rangs républicains. La date du soulèvement fut néanmoins maintenue et le lundi 24 avril les volontaires et l’ICA réunis désormais au sein de l’Armée Républicaine Irlandaise (I.R.A.) prirent position en divers points de Dublin. La République fut proclamée devant la Grande Poste qui devint le quartier général du gouvernement provisoire tandis que divers détachements prirent position dans une dizaine d’autres points stratégiques. Outre les contre ordres de Mac Neill qui privèrent les insurgés d’au moins 1000 combattants, certains échecs, comme celui qui  entrava la prise de contrôle du « Château » (l’administration centrale britannique)  ou le central téléphonique fragilisèrent dès le départ l’entreprise. Au delà de la capitale hormis Galway, Ashbourne (comté de Meath) et Enniscorthy  il y eut peu de combats significatifs. Mais, un peu partout, les Volontaires se réunirent et se mirent en marche, sans se battre,  y compris dans le Nord. La réaction britannique fut extrêmement violente : l’utilisation de l’artillerie en plein centre de Dublin réduit en champs de ruines visait autant à en finir rapidement qu’à terroriser la population.  Le samedi 29 avril « afin d’arrêter le massacre d’une population sans défense » Patrick Pearse et le gouvernement provisoire se rendirent sans condition et ordonnaient de déposer les armes. En fait, à part le quartier général de la Grande Poste, tous les autres édifices restèrent aux mains de l’IRA. L’exemple des volontaires (tous très jeunes) regroupés au sein du Mendicity Institute et qui bloquèrent l’armée anglaise pendant plus de trois jours, occasionnant de lourds revers aux britanniques, sans pour autant subir de perte équivalente, est un des exemples qui démontre que l’affaire n’avait pas été envisagé à la légère et que l’insurrection avait de réelles capacités militaires. La « semaine sanglante » coûta la vie à 116 soldats britanniques, 16 policiers et 318 « rebelles » ou civiles. Il y eut plus de 2000 blessés dans la population.

La répression fut  immédiate. Plus de 3000 hommes et 79 femmes furent arrêtés, 1480 ensuite internés dans des camps en Angleterre et au Pays de Galles. 90 peines de mort furent prononcées, 15 seront exécutées dont les sept signataires de la proclamation d’indépendance. La légende se construisit aussitôt autour des dernières minutes des fusillés (Plunket qui se maria quelques heures avant son exécution, Connolly blessé et fusillé sur une chaise…) le poète Yeats exprimera si bien cet instant où tout bascule :

Je l’écris en faisant rimer

Les noms de

Mac Donagh et Mac bride

Et Connolly et Pearse

Maintenant et dans les jours à venir

Partout où le vert sera arboré

Tout est changé, totalement changé

Une terrible beauté est née (6)

Quelle analyse de l’insurrection ?

Au delà du retournement de l’opinion publique en faveur des insurgés, suite aux représailles, les questionnements ou les anathèmes fleurissent. Si les condamnations des sociaux démocrates englués dans l’Union sacrée ne furent pas une surprise il est intéressant de noter qu’un des commentaires les plus lucides fut écrit en Suisse par Lénine.  Dans un texte célèbre, il note tout ce que la guerre a « révélé du point de vue du mouvement des nations opprimées », il évoque  les mutineries et les révoltes à Singapour, en Annam et au Cameroun qui démontrent « que des foyers d’insurrections nationales, surgies en liaison avec la crise de l’impérialisme, se sont allumés à la fois dans les colonies et en Europe » Il replace donc, fort justement, Pâques 1916 dans le contexte international de « crise de l’impérialisme » dont le conflit mondial est l’illustration éclatante.  Il fustige ceux qui (y compris à gauche) qualifient l’insurrection de « putsch petit bourgeois» comme faisant preuve d’un  « doctrinarisme et d’un pédantisme monstrueux ». Après avoir rappelé « les siècles d’existence » et le caractère « de masse du mouvement national irlandais » il note qu’au coté de la petite bourgeoisie urbaine « un partie des ouvriers » avait participé au combat. « Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des réactionnaires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se représenter la révolution sociale comme un phénomène vivant.  La lutte des nations opprimées en Europe, capable d’en arriver à des insurrections et à des combats de rues, à la violation de la discipline de fer de l’armée et à l’état de siège, « aggravera la crise révolutionnaire en Europe » infiniment plus qu’un soulèvement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine. A force égale, le coup porté au pouvoir de la bourgeoisie impérialiste anglaise par l’insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s’il avait été porté en Asie ou en Afrique. » Et de conclure que « le malheur des irlandais est qu’ils se sont insurgés dans un moment inopportun, alors que l’insurrection du prolétariat européen n’était pas encore mûre ». (7) Il ne s’agit pas de citer Lénine comme un oracle, mais de noter que dans son analyse, à chaud, il situe  clairement la rébellion irlandaise comme une « lutte anti-impérialiste » du point de vue de la lutte des classes internationale et de la révolution mondiale. Il n’est pas inutile de rappeler, qu’à l’époque, il finit la rédaction de « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ».

C’est ce qui sera à nouveau souligné lors du second congrès de la 3e internationale en juillet/août 1920, où la question irlandaise fut discutée dans le cadre de la question coloniale et des mouvements d’émancipation des pays opprimés (en présence de deux irlandais dont Roddy Connolly le fils de James Connolly).(8)

En Irlande la mythologie mise en place autour de l’insurrection de Pâques 1916 gomma toute référence au contexte international. Les tenants du « sacrifice consenti pour réveiller la nation » (avec le message sous-jacent que ce n’était plus un exemple à suivre) n’entendaient courir le risque de se hasarder à réveiller la question sociale en parlant d’anti-impérialisme. Au lendemain de la défaite et alors que l’opinion publique prenait fait et cause pour les révolutionnaires exécutés, ce fut le parti Sinn Fein, qui n’avait eut aucune responsabilité dans le soulèvement, qui remporta les élections en 1918 et devient le symbole de la lute pour l ‘indépendance. Le parti parlementaire irlandais, déconsidéré, ne joua plus de rôle important dans le nouveau processus politique qui s’amorçait. Toutefois sa capacité de nuisance se révéla redoutable, quelques années plus tard, quand plusieurs de ses membres rejoignirent les partisans de la partition du pays et appuyèrent leur démarche contre-révolutionnaire.

Il a été aussi beaucoup question de la mauvaise stratégie militaire des insurgés. Le fait de maintenir l’insurrection malgré les évènements contraires, reposait sur le fait que les autorités britanniques au courant des préparatifs auraient, de toute façon procédé, à une répression massive. Car initier une rébellion, en temps de guerre, avec le soutien et la coopération de l’ennemi ne laissait que peu de chances aux promoteurs du projet. La prise de différents points stratégiques dans la ville ainsi que des principales routes et les tenir se concevait dans le dessein d’attendre les colonnes d’insurgés censées converger vers Dublin. Il fallut l’envoi de 20 000 soldats pour mater la rébellion et la férocité des combats avec l’usage intensif de l’artillerie dans le centre très peuplé de la capitale indique à la fois un mépris colonial pour les indigènes en révolte et la volonté d’en finir au plus vite dans la crainte que la rébellion ne s’étende. Quoiqu’il en fut, certains historiens indiquent que « cette aventure » fut « la plus sérieuse brèche dans les remparts de l’empire britannique depuis la défaite de Yorktown en 1781 » face aux insurgés américains. (9)

(1)          En 1798 la création du mouvement des Irlandais Unis influencé par la Révolution française de 1789 tente un soulèvement armé avec l’appui (tardif) du gouvernement français. Créé, en particulier par des Presbytériens, ce mouvement est à la base du   républicanisme irlandais.

(2)          (2) Le parlement irlandais avait été aboli en 1800 et suivit de l’Acte d’Union (entre la Grande Bretagne et l’Irlande.)

(3)          Confrérie politico-religieuse à caractère maçonnique dont la profession de foi se base sur la défense de la religion réformée, le souvenir de la Glorieuse Révolution de 1689 et le maintien de l’Irlande du Nord au sein du Royaume Uni. Son nom est en référence au roi Guillaume d’Orange vainqueur du roi catholique Jacques II en1690.

(4)          Irish Republican Brotherhood : Fraternité Irlandaise Républicaine, société secrète nationaliste et révolutonnaire, héritière du mouvement Fénian du 19e siècle

(5)          La 36e division d’Ulster sera massacrée lors de la bataille de la Somme en juillet 1916

(6)          Il existe plusieurs versions de la traduction du poème de Yeats « A terrible beauty »

(7)          Le texte de Lénine publié en juillet 1916 se trouve sur le site http://www.marxists.org

(8)          Les cahiers du Cermtri n° 127 Irlande : le mouvement national, le mouvement ouvrier et l’Internationale communiste 1913-1941

(9)          P. Brandon cité par Kieran Allen : The 1916  rising : myth. And reality in   Irish marxist review vol 4 number 17

Sources :

Irish marxist review vol 4 number 17,  2015 (téléchargeable en ligne)

James Connolly de Roger Faligot Édition Terre de Brume,  1997

Pour Dieu et l’Ulster : Histoire des Protestants d’Irlande du Nord

de Dominique FoulonÉdition Terre de Brume 1997

Voir aussi:

100 Years of ‘Easter 1916’

Malcolm Jones

The Daily Beast

03.27.16

A century ago, Irish rebels set out on the long road to independence with a fumbled armed insurrection against the occupying British. It took a poet to explain it all.
The Easter Rising, the 1916 armed insurrection that hindsight tells us was the opening act in the successful Irish fight for independence from Great Britain, was by almost any measure a catastrophe.

It did not, at the time, look like the beginning of anything. The conspirators who planned it did not plan well, nor did what plans they laid turn out the way they hoped. Hundreds of people died needlessly.

It would have been almost impossible at the time to predict that the Easter Rising was a turning point in Irish history, that the events of that bloody week would set in motion a chain of events that would ultimately result in Ireland’s independence. Historians and partisans still argue over the efficacy of the revolt and its execution. But Ireland being Ireland, a land that bred some of the finest writing of the last century, it is not surprising that the finest summation of that event comes from a poet, William Butler Yeats, whose ambivalent and mysterious “Easter, 1916” is not only one of the most powerful poems ever written but a splendid snapshot of his nation’s confusion over what had transpired in the revolt and the concurrent understanding that something momentous, a profound game change, had just happened.

When the six-day revolt was over, smothered by fierce British retaliation that left more than 400 people dead—most of them civilians—as well as thousands wounded and the city of Dublin shelled and burned, every aspect of the revolt bore the stench of failure.

A lot of that failure was the fault of the conspirators. They failed to capture key positions in the city of Dublin, including city hall and the docks and railway stations. So when the British sent troops to quell the revolt, they had little trouble entering Dublin, where most of the fighting took place. For that matter, confusion was general all over Ireland.

Worse, the conspirators failed to warn their countrymen about what was happening, so that once the fighting started, some of the fiercest opposition came from the Irish themselves, and not only from the six, largely Protestant counties in the North that would eventually make up what is now Northern Ireland. Many Dubliners, for instance, were confused and baffled by the revolt in their streets, and either actively opposed the insurrectionists or simply refused to help them.

Things might have turned out very differently in the long run had the British settled for merely restoring peace and exploiting that lack of consensus on the part of the Irish. Instead, they savagely put down the revolt and then sent some 90 conspirators to face the firing squad in a matter of days. The reprisals, coupled with the hard line the British took going forward, fueled the opposition and, more important, solidified it. Factions coalesced behind Sinn Fein, the militant group that would spearhead the fight for independence, and the table was set for the civil war that eight years later resulted in the Irish Free State and ultimately in the republic of Ireland in 1937.

The Irish lost in the Easter rebellion, but the English lost Ireland.

Yeats was 50 years old at the time, a prominent poet still known mostly as one of the leaders of the Irish renaissance, a movement that extolled the native traditions and folklore of the country. Like his collaborators, the playwright John Millington Synge and Lady Augusta Gregory, Yeats was a cultural revolutionary, but he was not particularly political and disparaged violence as a means of creating an Irish republic. But at the time of the Easter rebellion, he was in the process of changing as a poet, influenced both by literary modernism and the events in his own country. Going forward, he was guided as much by what he saw in the street outside his door as he was by the past, and what he wrote from then on would secure his reputation as arguably the finest poet of the 20th century.

The amazing thing about this transformation is that it did not make the poet more didactic. Yeats was never a preacher. Rather, it made him more subtle, more open to ambiguity. But ambiguity in Yeats’s hands was neither wishy washy nor vague. He might be oblique, but he was never opaque.

In “Easter, 1916,” written in the months that followed the failed uprising, he would express perfectly the confusion and awe with which he and the citizens of his country were consumed.
“We make out of the quarrel with others, rhetoric, but of the quarrel with ourselves, poetry,” he once said, and no poem of his illustrates that sentiment better than “Easter, 1916.” It begins in everydayness: “I have met them at close of day / Coming with vivid faces / From counter or desk among / Eighteenth-century houses. / I have passed with a nod of the head / Or polite meaningless words, / Or have lingered awhile and said / Polite meaningless words, / And thought before I had done / Of a mocking tale or a gibe / To please a companion / Around the fire at the club, / Being certain that they and I / But lived where motley is worn: / All changed, changed utterly: / A terrible beauty is born.”

This is the plainest of the poem’s four verses, but even here, the quotidian is upended and placed in the past tense. That foolish, almost clownish reality (“where motley is worn”) is seen, as it were, in the rear-view mirror. Something has happened, something both terrible and beautiful, and there is no going back.

The rest of the poem proceeds in similar fashion, with people and realities changing like clouds (“Minute by minute they change”), and each part, fractal fashion, reflects the whole of the poem. Even a man he despised he now sees in a different light, less than a hero perhaps but more than a cad.

In the end Yeats is still not sure whether the price paid was worth it (“Was it needless death after all?”). But on one point he does not dither: The men and women he writes about changed history, and in turn they too were changed, as Yeats was, by what happened in that bloody week a century ago.

The easy explanation for all this is to say that the Easter Rising politicized Yeats, and to the extent that it drew him into more complete engagement with his time and his country, that is true. But to stop there does a disservice to the confusion and mystery he has witnessed and set down with such clarity in his poem. For “Easter, 1916” is not only complex and mysterious, it is about complexity and mystery, about beauties that are terrible. Events, especially cataclysmic events, he tells us, are not easily parsed, and we do them and ourselves an injustice to pretend otherwise. All we can do, the poem reminds us, is to confront conflicting realities and reconcile them as best we can. No poet, not even Yeats himself, ever said it better than in “Easter, 1916.”

Rage at I.R.A. Grows in England As Second Boy Dies From a Bomb
John Darnton
The New York Times
March 26, 1993

LONDON, March 25— As a second boy died today from wounds from a bombing in Warrington on Saturday, there were signs of a growing public backlash against the Irish Republican Army, which seems to attack more and more ordinary civilians.

For some time now bombs or bomb scares have become a feature of life in England, and people appear to accept them with resigned fatalism. But widespread anger and revulsion have been touched off by the two bombs that went off in metal trash baskets in a crowded shopping area Saturday afternoon in Warrington, a town on the Mersey River 16 miles east of Liverpool.

Fifty-six people were wounded, many of them seriously, and a 3-year-old boy, Jonathan Ball, who was being taken shopping to buy a Mother’s Day present, was killed. Another boy, Tim Parry, a 12-year-old with a mischievous grin, ran from the first explosion straight into the second.

For days, as he lingered between life and death, the country followed the reports on his failing condition. Finally, after a brain scan showed little activity, the life-support system was disconnected, and he died at 11:20 A.M. Feeling of Loss

With composure his father, Colin Parry, described the boy’s last moments. Then, when he was asked if he felt anger toward the I.R.A., he fought to hold back tears and said no — all he felt was loss: « We produced a bloody good kid. He was a fine lad. He had his moments; he could be a cheeky impudent little pup. But he was a great kid. The I.R.A., I’ve really got no words for them at all. »

At the same time, four Catholic workmen were killed today in Northern Ireland in an ambush by Protestant paramilitaries in the northern coast town of Castlerock and another Protestant was killed in Belfast.

So far this year, outlawed gangs of loyalist assassins have killed 23 people in Northern Ireland, 17 of them civilians. The gangs warned at the beginning of the year that they would step up their attacks. Touching a Nerve

The Warrington bombing touched a particular nerve because the victims were so young and also because it seemed to have been carried out in a way almost calculated to cause harm to ordinary people.

In recent years, I.R.A. bombs have been placed in public places. In a relatively new tactic, the terrorists often plant two bombs at once, so people running from one are sometimes struck by the other.

« The I.R.A. goes through phases on the targeting of civilians, » said Frank Brenchley, chairman of the Research Institute for the Study of Conflict and Terrorism, a private research agency.

Casualties have also been increased lately because the warnings telephoned in by the I.R.A. often are late or have incomplete or misleading information, the authorities say. This is denied by the I.R.A.

In the Warrington case, the authorities said the warning was telephoned in to an emergency help line, saying only that a bomb had been placed outside a Boots pharmacy. The police searched a Boots pharmacy in Liverpool, but the bomb went off near a Boots pharmacy in Warrington, 16 miles away.

In a statement acknowledging the act, the I.R.A. said it « profoundly » regretted the death and injuries but charged that the responsibility « lies squarely at the door of those in the British authorities who deliberately failed to act on precise and adequate warnings. » ——————– Sorrow in Dublin

DUBLIN, March 25 (Special to The New York Times) — In a rare public demonstration of feeling against the Irish Republican Army, thousands of Irish men and women gathered in downtown Dublin today to express sorrow and revulsion over the deaths of two children in Warrington, England.

Thousands waited in line to sign a condolence book outside the Post Office, where the Irish rebellion against British power began in 1916.

At St. Stephen’s Green, in the fashionable heart of the capital, thousands laid bouquets and wreaths, teddy bears and Snoopys with messages of sorrow and apology around their necks, that are to be taken to Warrington for the boys’ funerals.

Voir enfin:

Chronique de la quinzaine, histoire politique
Charles Benoist
Revue des Deux Mondes
14 mai 1916

Comme la note du Président Wilson au gouvernement impérial allemand réclamait une réponse immédiate, on pouvait croire qu’il ne se passerait pas quinze jours sans que cette réponse fût arrêtée, envoyée, connue dans le détail ; et comme la réponse réclamée consistait uniquement dans le choix entre les deux propositions de la plus simple des alternatives, oui ou non, il semblait qu’il ne fallût pas tant d’allées et venues, tant de consultations, tant d’audiences solennelles, pour n’arriver qu’à tant de car, de si, de mais, et de peut-être. Mais c’était à la fois méconnaître l’esprit et ignorer la situation de l’Allemagne, portée par l’un à ergoter sans bonne foi et obligée par l’autre à tâcher de s’esquiver sans fausse honte. En attendant qu’il fût prêt à ne dire aux États-Unis ni oui, ni non, et que sa presse, docile jusque dans la colère, eût épuisé sur eux le trésor de ses séductions et l’arsenal de ses menaces, l’Empire qui, hier, se croyait déjà le maître du monde, montait contre le plus détesté de ses ennemis, contre l’Angleterre, un triple coup, et le manquait. Pas de doute possible sur l’origine : le coup a bien été monté par l’Allemagne contre l’Angleterre. Tous les faits, ici, sont publics, évidens, incontestables. Par la concordance de ces trois attaques, deux de vive force, maritime et aérienne, une en traîtrise, l’insurrection d’Irlande, la politique prussienne a mis sous son œuvre sa signature, qui est un curieux mélange d’astuce, d’impudence et de niaiserie. Le lundi soir, 24 avril, un raid de zeppelins, le trente-troisième ou le trente-quatrième de la série, mais qu’on eût dit plus méthodique que les autres, fouillait la côte anglaise, comme s’il se fût agi, on en a fait l’observation, de « reconnaître la route entre Helgoland et Lowestoft. » Presque en même temps, ou aussitôt après, une escadre allemande, composée de vaisseaux rapides, croiseurs et contre-torpilleurs, apparaissait, courait le long de cette partie de la côte britannique, de Lowestoft à Yarmouth, lâchait quelques coups de canon, puis, accrochée par les forces, médiocres, de la défense locale, s’échappait et montrait sa légèreté en filant au bout de vingt minutes de combat, dans la crainte d’une plus mauvaise rencontre et d’un pire destin. Presque en même temps encore, voici le mélodrame ou le roman-feuilleton. La scène se passe à Tralee-Bay , sur la côte Sud-Ouest d’Irlande. On voit rôder un sous-marin, qui a l’air d’escorter un second navire. Ce second navire, pour inspirer plus de confiance, louvoie tranquillement sous une honnête et candide figure de caboteur hollandais. Ils avancent tout doucement, à petite vapeur, le corsaire au pas du marchand, comme des gens qui ne porteraient vraiment que des harengs dans leurs barils. Là-haut, en pleine mer du Nord, une patrouille anglaise les a « arraisonnés, » leur a demandé leurs papiers ; ils en ont présenté de si parfaitement en règle qu’ils ont été invités à passer, avec un salut. Le capitaine n’a pas fini d’en rire, lorsque, ayant brusquement piqué au Sud, il arrive en vue de la verte Erin. Soudain, un coup de semonce, « par le travers de l’avant du hollandais. » C’est d’autant plus sérieux qu’il va être procédé à la visite du bâtiment suspect. Il faut avouer que le bâtiment n’est pas hollandais, mais allemand ; que ses vingt hommes d’équipage sont allemands; que ses officiers sont allemands; que sa cargaison, — 20 000 fusils de guerre, des mitrailleuses et des munitions, — est allemande; bref, que ses desseins sont allemands. Tandis qu’ayant reçu l’ordre de suivre jusqu’au port de Queenstown la vedette qui l’a capturé, le faux hollandais, auquel on ne saurait du moins refuser le courage, arbore enfin son drapeau et bravement essaie de se couler, on rattrape deux hommes qui s’enfuyaient dans un canot pliant, et dont l’un ne tarde pas à confesser qu’il est sir Roger (Jasement. Dès son début, l’équipée tourne court : Feringhea a parlé ! Nous n’avons point l’intention d’entreprendre une longue biographie de sir Roger Casement : ce n’était hier qu’un intrigant, mêlé à des affaires louches, traînant en pays étranger les titres qu’il avait emportés du sien, et le reste de crédit que lui avaient laissé ses anciennes fonctions ; c’est maintenant quelque chose de plus, ou quelque chose de moins ; il réglera son compte avec le lord-chief justice, et le règlement sera sans doute sévère, puisque lui, il n’a pas même, dans son crime, cette dernière excuse d’être Allemand. Au surplus, l’aventure de sir Roger ne serait qu’un épisode sans intérêt, si elle n’avait servi à découvrir, dirigeant le complot et tirant les ficelles, la main de l’Allemagne. Trois jours auparavant, le vendredi avril, le bruit avait été répandu à Amsterdam, pour être, de là, répandu à Londres, que sir Roger Casement ,venait d’être arrêté et emprisonné en Allemagne. Arrêté et jeté en prison, pourquoi? Pour lui permettre de s’embarquer, en toute sûreté, à Kiel, ce même Vendredi-Saint, qui devait lui porter malheur. C’était, comme on le devine, le fin alibi, le plus fin qu’ait été capable d’inventer la police allemande; et c’est un paraphe ajouté à la signature de ce beau travail. Mais, dans les plans de l’Allemagne, sir Roger Casement n’était qu’un instrument; l’incursion des croiseurs et le raid des zeppelins n’étaient que des diversions ; sa machine infernale à triple détente ne manquerait pas de semer la révolution en Irlande, la panique en Angleterre, la prudence aux États-Unis. De fait, le lundi de Pâques, 2-4 avril, le lundi des zeppelins et des croiseurs, pendant que, fidèle aux chères habitudes, tout le Dublin officiel était aux courses, éclatait un mouvement d’une violence foudroyante, qui dépassait l’émeute, et d’un coup allait aux extrêmes, à la séparation d’avec la Grande-Bretagne, à la proclamation de la République irlandaise, au comble des désirs profonds et passionnés de l’Allemagne. En un instant, les insurgés se sont emparés de l’hôtel des postes, des deux gares du chemin de fer, du. Palais de justice, de nombre d’édifices publics et privés ; d’autres se sont enfermés dans la Bourse du travail, dans Liberty-Hall ; ils ont, auparavant, dressé des barricades et coupé les communications, si bien que les fonctionnaires, absens de la ville pour les fêtes, ont du mal à y rentrer. Dans les comtés, sur quelques points, des troubles se dessinent ; à Atheney, à Galway, en deux ou trois centres encore. Peut-on dire que c’est une surprise, et que rien n’avait permis de prévoir la rébellion ? Lord Middleton a affirmé le contraire, le lord-lieutenant ou vice-roi d’Irlande, lord Wimborne, l’a reconnu, et le secrétaire d’État pour l’Irlande, M. Birrell, ne l’a point nié. Il semble, en effet, que, depuis le commencement de l’année, les signes se soient multipliés. Le 5 février notamment, et le 17 mars, jour de la Saint-Patrick, à Dublin et à Cork, plusieurs centaines de « volontaires irlandais, » 1 600 ici, et là 1 100, paradent et défilent, armés, pour les deux tiers, de fusils, « du reste hétéroclites ; » ils font, de carrefour en carrefour, « une sorte de répétition de petite guerre. » Perquisitions et saisies d’armes, de munitions ou de manifestes, le 14 mars à Cork, le 22 et le 24 à Dublin; le 27 mars, ordre d’expulsion contre trois organisateurs delà fédération des volontaires, antérieurement arrêtés; le 16 mars, à Tullamore, le 31 à Dublin, meetings et conflits avec la police. Arrive le mois d’avril. Le i, à la conférence irlando-américaine de Londres, un ancien fenian, John Devey, presse les Irlando-Américains de lever un fonds de 1 million de dollars pour organiser une révolte en Irlande ; le 10, arrestation à Dublin de deux individus qui transportaient dans une automobile des fusils et des munitions ; le 23, à Currahane Strand, saisie d’un bateau submersible contenant une cargaison d’armes et de munitions. Sauf le petit courant de la surveillance quotidienne en temps calme, les autorités paraissent n’avoir opposé à tous ces préparatifs que leur flegme : en cela, il y a eu faillite partielle, défaillance de la fonction gouvernementale. Qui ne sait le prix auquel de tels abandons se paient? Meurtres, incendies, destructions, répressions, fusillades, déportations; au total, directement ou indirectement, des milliers de victimes. Après une semaine de lutte, l’insurrection est partout domptée, elle expire ; laissons-en aux journaux le récit circonstancié: ce qui nous intéresse, c’est beaucoup moins ce qu’elle a fait, et comment elle l’a fait, que pourquoi elle l’a fait ; autrement dit, c’est ce qu’elle a voulu être, c’est ce qu’on aurait voulu qu’elle fût. Et l’important, par-dessus l’intéressant, est d’identifier avec certitude, de personnifier ce vague, fugace et impersonnel « On. » Deux élémens se sont associés visiblement pour bouleverser l’île, s’ils l’avaient pu, et le deuxième est tout moderne : celui qui a établi, comme d’instinct, son quartier général à Liberty-Hall, à la Bourse du travail. C’est ce qu’on pourrait nommer l’élément, non pas proprement socialiste, mais syndicaliste, recruté parmi les ouvriers, en particulier des transports, et obéissant à James Gonnolly, naguère lieutenant de Jim Larkin, comme lui éminent « gréviculteur. » Mais le premier élément est connu, pour ainsi dire, de toute éternité, dans la suite séculaire et ininterrompue des agitations de l’Irlande. Il se qualifie maintenant de Sin-Fein, qualifie ses adeptes de Sinn-Feiners, ce qui assure-t-on, veut dire : « Nous-mêmes, » en gaélique. Ce serait donc le parti de l’autonomie, de l’indépendance, de la souveraineté irlandaise. — Fraction insignifiante de la nation, notait M. Louis Paul-Dubois dès 1907, et qui n’en est ni la plus éclairée, ni la plus recommandable ; exaltés, déclassés, rêveurs, gamins, mauvais sujets.

— Mais que les Sinn-Feiners soient ce qu’ils veulent ou ce qu’ils peuvent être, M. Jules de Lasteyrie, en 1865 et 1867, M. John Lemoinne, en 1848, ne s’exprimaient pas différemment, dans la Revue, sur le compte des « Fenians » ou de « la Jeune Irlande. » Les mots mêmes, les noms mêmes décèlent et étalent la parenté. Quel que soit le sens du gaélique Sin-Fein, les Sinn-Feiners rappellent les Fenians, qu’on rattachait, il y a cinquante ans, aux Feini, le plus méridional des trois peuples primitifs qui habitaient Erin ; et quant à ces Feini, on les faisait descendre ni plus ni moins que d’un certain Fenius,roi de Phénicie, qui aurait été le Francus de l’Irlande, le héros troyen que toute nation un peu fière se doit d’inscrire en tête de sa généalogie. Pour nous en tenir à une filiation plus certaine, les Sinn-Feiners se relient aux Fenians, qui continuaient la Jeune-Irlande, laquelle perpétuait les Irlandais-Unis, les Enfans-Blancs , les Enfansdu-Chêne, les Enfans-de-1’Acier, les Pieds-Blancs, les Pieds-Noirs. Le but ou l’objectif est le même. L’autre jour, Connolly, « commandant militaire des forces républicaines de Dublin, » grimpé sur le toit d’un tramway, harangua la foule en ces termes : « Concitoyens !

Nous avons conquis l’Irlande et occupé le siège du gouvernement.

Tous les Irlandais ont le devoir de nous aider, et en leur nom je proclame la République d’Irlande. » Aussitôt, symbolique ment, une grande affiche où flamboyait, en énormes caractères rouges : « Proclamation de la République irlandaise, » fut étendue, comme un drap, barrant le trottoir. La nouvelle République, — the Jrish Republic, — a son journal : Irish War News; il publie le communiqué du « général G. H. Pearse, commandant suprême de l’armée et président du Gouvernement provisoire, » qui vaut d’être conservé par curiosité : « La République irlandaise, disait le Bulletin, a été proclamée le lundi de Pâques, 24 avril, à midi. Simultanément, la division de Dublin de l’armée républicaine, y compris les volontaires irlandais de la milice citoyenne, occupait les positions dominantes de la cité. La bannière républicaine flotte sur le palais delà poste. » Mais combien de fois depuis la Révolution française, et même depuis la Révolution d’Amérique, cet étendard n’avait-il pas été déployé, combien de fois la République irlandaise proclamée ! Toujours en vain ; cette fois plus vainement que jamais.

Les personnages sont lés mêmes, c’est-à-dire que d’autres hommes, affublés des mêmes oripeaux, jouent le même rôle. Par génération spontanée, « les généraux » foisonnent. « On appelait général quiconque portait un revolver. » C’est un phénomène universellement constaté aux heures d’anarchie : le pavé des villes devient d’une fécondité incroyable ; il y pousse à vue d’oeil des chefs improvisés. Leur cas n’est pas exempt de quelque cabotinage : plus d’un prend son parti de monter plus tard sur l’échafaud, s’il monte d’abord sur le théâtre. La « Comtesse verte, » au moment de se rendre, l’autre jour, baisa dévotement la crosse de son browning.

Aussi le Crown security bill a-t-il jadis supprimé l’échafaud, et atténué en simple « félonie » la haute trahison. « 11 y aura, disait le solicitor général, un grand avantage à convertir la trahison en simple félonie, parce qu’il y a des gens qui commettent des crimes uniquement pour faire parler d’eux. C’est pour cela qu’on se jette du haut de la colonne. » Ce qu’on nous a conté des meneurs du Sin-Fein n’engage pas à corriger la rigueur de ce jugement.

Les procédés, les moyens sont les mêmes. Ce sont ceux de la guerre révolutionnaire, de la guerre de rue, qui n’exclut pas les plus abominables. L’autre semaine, Dublin a revu les flammes de cet enfer jaillir du soupirail et de la fenêtre. Le pétroleur, ou lapétroleuse, est, depuis longtemps, de toutes les Communes. Chacun, homme ou femme, récite sa théorie, son catéchisme du parfait insurgé : « bloquer les troupes dans leurs casernes, couvrir la ville de barricades, couper les chemins de fer. » La leçon de nos Journées parisiennes n’est pas perdue. L’organe de John Mitchell, Y United Irishman, a baptisé ces gentillesses : « Plan d’opérations à la mode française, French fashion. »

La conduite de l’affaire et sa fin sont les mêmes. On ne s’est pas plus caché, cette fois-ci, des autorités constituées que ne s’en cachaient les « confédérés » d’autrefois, lorsqu’ils avaient l’audace d’écrire « à Son Excellence le comte de Clarendon, espion général de Sa Majesté et suborneur général en Irlande » : « Il n’y a point de jour fixé pour la prise du château. Vous le saurez aussitôt que nous. Vous le fixerez vous-même. » Pareillement, ou parallèlement, les autorités d’autrefois ne s’en inquiétaient pas plus que ne se sont émues celles d’hier, au moins tant qu’elles n’eurent devant elles que des meetings et des revues : « Le gouvernement anglais assistait à ces ’grandes démonstrations verbales avec la plus désolante impassibilité. » Mais soudain des clubs remplacèrent ces grands meetings que dédaigneusement Wellington avait traités de « farces. » L’agitation irlandaise, de type oratoire et procédurier, telle que l’avait menée Daniel O’Connell, en maître et presque en roi, qui avait eu sa liste civile et à qui il n’avait manqué que la couronne, retournait à la conspiration de type classique. L’Irlande revenait à son vice invétéré, à sa vieille pratique des sociétés secrètes ; très peu secrètes, puisque les clubistes, par compagnies de vingt ou trente hommes, défilaient devant O’Brien, dans un champ près de Cork, sous le regard placide du lord-lieutenant. Alors, comme à présent, « les jeunes gens des clubs passaient leurs journées dans les tirs à la carabine ou à faire l’exercice avec la pique ;  des convois d’armes, achetées en Angleterre même, arrivaient librement en Irlande. » La révolution préparait son règne par la terreur et désignait ouvertement dans chaque district ses futurs otages, qu’elle marquait, ses marked men. La seule différence entre autrefois et aujourd’hui, c’est qu’autrefois le gouvernement anglais s’éveilla, suspendit Yhabeas corpus, proclama la loi martiale, l’état de siège, et que lord Lansdowne et lord John Russell firent ainsi avorter le mouvement en le devançant; ce que M. Birrell et lord Wimborne n’ont pas fait l’autre jour, par une confiance excessive qu’ils vont racheter dans la retraite.

Le mouvement des Sinn-Feiners s’est déroulé exactement comme le mouvement des Fenians, et dans les mêmes lieux, quoique, cette fois, à cause des circonstances, il ait revêtu plus de gravité. La nuit du mardi 5 au mercredi 6 mars 1867, comme le lundi de Pâques 1916 à midi, le soulèvement avait été simultané à Dublin et dans les environs, à Drogheda, à Cork, dans quelques parties du Limerick, dans la partie du Tipperary au Nord des Galtees, et au Sud des mêmes montagnes, entre^le Black- Water et le Lee. Quarante postes de police avaient été attaqués sur cette étendue de soixante-dix lieues de longueur, de vingt ou trente lieues de largeur, sans qu’aucun poste de plus de cinq hommes eût été pris, sans qu’aucun rassemblement eût attendu l’approche d’une troupe quelconque. « Neuf chefs armés chacun d’un revolver se sont laissé mettre des menottes et ont pu être traînés en prison par quatre hommes de police. » Axiome à l’usage des constables et de la yeomanry : « Il est acquis qu’un soldat de police vaut cinquante fenians ; quatre hommes de police en ont battu deux cents ; quinze hommes de police en ont battu deux mille. » Le fenian, « prêt au martyre, » très excitable, enthousiaste, avait couru, pieds nus et tête nue, au rendez-vous dans la bruyère ; puis, le premier feu tombé, il s’était soumis. Cette fois, la résistance a été plus dure, mais également inutile : le bilan se liquide par des centaines de morts, auxquelles s’ajoutera une douzaine d’exécutions. Jamais les insurrections irlandaises n’ont tenu; et c’est peut-être ce qui, pour une part, explique l’optimisme serein du gouvernement britannique :il ne prend pas la peine de prévenir des désordres qu’il a si peu de peine à réprimer.

Les mobiles non plus, les têtes, les cœurs, les âmes n’ont pas changé. Pour les plus désintéressés, les plus sincères, les idéalistes, c’est toujours : « L’Irlande l’Irlande; l’Irlande à elle seule, avec tout ce qu’elle possède, depuis le gazon jusqu’au firmament. » Une poignée de républicains à l’antique peut bien rêver aussi d’une Irlande républicaine. Des socialistes ouvriers ou agraires peuvent bien construire en esprit une société irlandaise régénérée et heureuse après tant de siècles de misère. Mais, plus bas, il y a les autres. Comme en tout temps et en tout pays, il y a les pêcheurs en eau trouble. Il y a les affamés de notoriété et de pouvoir. Il y a les amateurs de bruit et de panache, ceux qui abritent des appétits derrière des systèmes, ceux qui tirent, surtout en l’air, des coups de pistolet. Il y a les fanatiques, les hypnotisés, les faiseurs, les dupes. Il y a ceux qui se dévouent, ceux qui s’inclinent, ceux qui se donnent, ceux qui se prêtent, et ceux qui se vendent. Il y a ceux qui travaillent pour la gloire, ceux qui travaillent pour la patrie, et ceux qui travaillent pour l’étranger. Les insurgés de la dernière semaine d’avril ont travaillé pour l’étranger, et pour quel étranger! pour le roi de Prusse. Cette révolte de l’Irlande n’a point du tout été irlandaise, mais allemande; elle n’a gardé d’irlandais que la forme; c’est un métal, un plomb allemand coulé dans le moule des révolutions irlandaises; la tentative de guerre civile n’était qu’un acte ou qu’une scène de la grande guerre européenne. Aucune question vraiment irlandaise n’était posée, ni même aucune espèce de question. Cela nous met à l’aise pour la condamner, sans étouffer l’écho que n’ont cessé d’éveiller chez nous, comme en Angleterre même, les justes plaintes de l’Irlande. Et cela nous fournit une occasion de faire deux réflexions : l’une, que, chaque fois que l’Irlande, par une campagne « pacifique et légale, » fût-elle de celles qu’on a définies « pacifiques, c’est-à-dire jusqu’à la dernière extrémité en deçà de la guerre ; légales, c’est-à-dire jusqu’à la dernière limite en deçà de la loi, » a été amenée à portée d’accomplir son vœu, des forcenés ou des insensés sont venus tout compromettre. Ainsi, contre O’ConnelI, s’était formée la Jeune Irlande, et contre M. John Redmond se dresse le Sin-Fein. L’autre réflexion, plus essentielle encore, c’est que, chaque fois que l’Angleterre a été engagée dans une guerre extérieure, ses ennemis se sont efforcés de déchaîner une révolte et d’opérer un débarquement en Irlande, sans que jamais aucun de ces projets ait abouti. L’Allemagne avait sous les yeux nos exemples de 1796 et de 1798; longtemps avant les nôtres, celui de l’Espagne; et le sien propre, l’expérience, qui date de plusieurs siècles, de Martin Schwartz, avec 2 000 lansquenets, allant à Dublin aider au couronnement du prétendant national Lambert Simnel, traversant le canal d’Irlande, et finalement déconfit à la bataille de Stoke-on-Trent. Tout entière à sa haine, elle n’a pas entendu l’avertissement.

La main de l’Allemagne, répétons-le, traîne partout en cette tragicomédie. Elle s’est glissée, depuis des années, dans l’université, dans les municipalités de Dublin et de Cork, avec les professeurs allemands de philologie celtique, Zimmer et Kuno Meyer. Dès le premier jour de l’insurrection, elle a tenu la plume qui a écrit la proclamation de James Connolly. C’est elle qui a rédigé, dans le premier numéro du journal Irish War News, le long article qui a pour titre : Si les Allemands conquièrent V Angleterre. C’est elle qui lance effrontément des dépêches de ce genre : « Verdun est tombé aux mains des Allemands; la Hollande a déclaré la guerre à l’Angleterre et la flotte britannique a perdu dix-huit bâtimens en un combat dans la mer du Nord ; » pendant exact à la pancarte exposée en face des tranchées anglaises sur l’Yser et annonçant un désastre britannique en Irlande. C’est elle qui promet l’appui de la « chevaleresque « et « victorieuse » Allemagne, car quelle autre main qu’une main allemande aurait pu, sans se dessécher, accoler à ce nom ces deux épithètes?

Elle est là, la main allemande, et elle y tricote, et elle y tripote,

comme elle tricote et tripote dans l’Afrique australe, aux États-Unis, dans les Indes néerlandaises. Le véritable sens de la Weltpolitik, n’est-ce pas : l’Allemagne partout, et se croyant chez soi chez les autres, avide de chasser les autres de chez eux? En Irlande, on ne peut pas dire qu’elle n’ait pas obtenu de résultat, bien que ce ne soit pas celui qu’elle cherchait. Elle a fait apparaître l’unité, l’unanimité de l’Empire britannique dans la guerre soutenue et à soutenir contre elle. Elle a donné l’argument décisif en faveur du service militaire obligatoire. Et, par là, si elle n’a pas fait de révolution en Irlande, elle a contribué, malgré elle, à en faire une en Angleterre. Elle a tacitement avoué que l’infiltration allemande crée ou entretient, à l’intérieur de chaque État, une constante et croissante menace, dans le moment même où elle est, vis-à-vis delà plus puissante des Puissances neutres, dans une position infiniment délicate. C’est le 4 mai seulement que le gouvernement allemand a remis sa prétendue réponse à la note américaine qui lui avait été signifiée le 20 avril. De ce document gratté et regratté, pendant quatorze jours, par des civils, des marins et des militaires, on n’est pas sûr encore d’avoir un texte authentique. Il en existe plusieurs variantes. II y en a, s’il est permis de s’exprimer ainsi, pour l’usage interne et pour l’usage externe, pour l’opinion allemande et pour le dehors. Il y a la version adoucie des radiotélégrammes et la version renforcée de l’Agence Wolff. La presse allemande, la plus savamment orchestrée 478 REVUE DES DEUX MONDES.

du monde, où chaque journal est chargé de tenir sa partie et joue sous le bâton du chef, les a, par surcroît, embrouillées de son mieux, enveloppées de fumée et de tapage. L’Allemagne manie ses gazettes comme elle manœuvre son artillerie lourde; elle s’en sert pour retourner le terrain, pour étourdir et pour affoler l’adversaire. Dans la dissertation signée de M. de Jagow, on distingue, à la loupe, les traces de deux tendances et les manières de cinq ou six collaborateurs. Non seulement le gouvernement impérial s’y montre préoccupé de faire deux visages : un visage farouche, inflexible, pour l’Allemagne même, un visage moins repoussant pour les États-Unis; mais on l’y sent déchiré, écartelé par des sentimens opposés, rage et crainte, peur et fureur, qui le tirent, comme des chevaux emportés, de contradiction en contradiction. La bouche gronde ou raille, l’œil appelle, et le tout fait un singulier mélange. C’est de la résignation poudrée d’impertinence, de la provocation avec « mille pardons, » le pour et le contre, le oui et le non en quatre cents lignes. « Devine si tu peux, et choisis si tu l’oses. » Si le Président Wilson aime les énigmes, il a eu de quoi s’exercer.

La « réponse » allemande commence par admettre ce que la chancellerie avait jusqu’ici contesté, avec dessins et croquis annexés : la possibilité que le navire mentionné dans la note du 20 avril comme ayant été torpillé par un sous-marin allemand soit effectivement le Sussex. C’est que l’enquête est là, et qu’elle est telle que, sur ce point, toutes les issues sont fermées. Mais, pour Berlin, ce n’est qu’un point de fait, un point de détail, un menu point, que le gouvernement impérial se refuse ’à laisser généraliser. Il n’accepte pas que les États-Unis le posent « comme un exemple des méthodes de destruction délibérée et sans discernement de navires de toutes provenances et de toute destination par les commandans de sous-marins allemands. » On lui fait injure : « Par égard pour les intérêts des neutres, » et au risque de procurer un avantage à ses ennemis, l’Allemagne adonné des ordres pour que la guerre sous-marine fût menée « selon les règles du droit international, qui s’appliquent à la visite, à la perquisition et à la destruction des navires de commerce. » Elle ne les « donnera » pas, elle les « adonnés. » Certes, il peut se produire des erreurs, qui peuvent produire des accidens. Mais qu’y faire ? Il faut être indulgent aux faiblesses humaines, et même inhumaines. « Certaines tolérances doivent être accordées dans la conduite de la guerre navale, contre un ennemi qui recourt à toutes sortes de ruses, qu’elles soient licites ou ne le soient pas. »

qui est des principes sacrés de l’humanité, — des principes, entendons-le bien, — l’Allemagne y attache autant de prix que personne. Tout le mal vient de l’Angleterre, et les États-Unis eux-mêmes ne sont pas sans reproche. Si les États-Unis avaient écouté l’Allemagne, ils auraient pu « réduire au minimum pour les voyageurs et les biens américains les dangers inhérens à la guerre navale. » Ils n’avaient qu’à obliger l’Angleterre, puisque l’Allemagne n’est pas maîtresse de la mer, à renoncer au blocus, à lui livrer le passage, à neutraliser complètement la mer. Ils n’avaient qu’à empêcher l’Angleterre « d’affamer des millions de femmes et d’enfans allemands dans le dessein avoué de contraindre à la capitulation les armées victorieuses des Puissances centrales. » L’indulgence, la partialité, l’injustice des États-Unis ont aggravé, par conséquent, « cette guerre cruelle et sanglante. » Il ne manquerait plus que, par leur faute encore, elle fût « élargie et prolongée ! » Cet horrible souci empoisonne la conscience de la triomphante Allemagne. Parce qu’elle est triomphante, rien ne lui interdit d’être généreuse. Et voici, peut-être, la phrase pour laquelle tout le reste est écrit : «Le gouvernement allemand, conscient de la force de l’Allemagne, a annoncé, deux fois dans l’espace des quelques derniers mois, qu’il était prêt à faire la paix sur une base qui sauvegardât les intérêts vitaux de l’Allemagne. » Ah! si les États-Unis le voulaient! Si le Président comprenait!… C’est là, bien plus que sa conclusion qui n’est pas une conclusion, ce qui mérite de subsister de cette réponse qui n’en est pas une. L’Allemagne s’abstiendra si… Elle donnera des instructions, pourvu que… Ergotage et verbiage, du vent. Mais écoutez ce cri, cet aveu, ou ce soupir : la paix! Diplomatiquement, la soi-disant réponse allemande n’est qu’un mémoire de procureur; psychologiquement, elle est une révélation. L’Allemagne et son Empereur sont pleins de précipices. A la lecture d’un si lourd et perfide, plat et cauteleux factum, M. Woodrow Wilson aurait eu le droit de réfléchir, et même d’hésiter. Quatre partis lui étaient offerts : céder, rompre, discuter, attendre. Les « gros malins » de la Wilhelmstrasse l’invitaient à une conversation, avec la Grande-Bretagne en tiers. En somme, ce qu’ils lui demandaient, c’était de renvoyer à l’Angleterre, comme à sa véritable adresse, la note des États-Unis au gouvernement impérial ; d’être auprès d’elle leur interprète, leur commissionnaire ; de renverser l’échelle des valeurs morales et de placer sur le même degré, de frapper de la même réprobation la guerre maritime conforme au droit et l’assassinat contraire à tout droit. Ils se flattaient de le pousser ainsi à se faire ou l’instigateur d’une querelle inique ou le médiateur d’une paix impossible. Impossible, même s’il fût entré dans le jeu: de quelque respect que soit entouré et de quelque crédit que jouisse le Président des États-Unis, il y a des choses qui dépendent de M. Wilson et des choses qui ne dépendent pas de lui. Il ne peut, à lui seul, sur la prière de l’Empereur, décréter une paix que personne ne veut, tant qu’elle se présente comme la paix allemande, tant que l’Allemagne n’a pas appris que vivre, ce n’est point manger autrui. Rien n’est (quelquefois, du moins) plus habile que l’honnêteté. La droiture de M. « Wilson l’a sauvé. Il a empoigné les deux branches du piège allemand, et il les a brisées entre ses doigts. Il prend l’Allemagne à son serment, attache à sa parole plus de prix qu’elle-même» met à l’impératif ce qu’elle amis au conditionnel. C’est convenu, c’est juré : les sous-marins allemands ne s’attaqueront plus aux neutres» épargneront, ménageront les non-combattans ; l’Allemagne fera ce qu’elle doit faire, quoi que fasse tel ou tel autre gouvernement belbgérant, et sans qu’elle ait à considérer ce que les États-Unis font ou ne font pas à l’égard de tel ou tel gouvernement : ils demeurent libres d’agir comme il leur convient, c’est l’Allemagne qui ne l’est pas de se conduire comme il lui plaît. « Sa responsabilité est personnelle, elle n’est pas conjointe, elle est absolue et non relative. » Nous voilà sortis de l’équivoque. M. Wilson a paré, il est gardé, il voit venir. Qu’est-ce qui vient? Ou nous n’avons jamais été aussi près de la rupture, ou l’Allemagne n’a jamais subi une si complète humiliation. Son attitude va donner la mesure de son usure. Regardons bien le dynamomètre.

Charles Benoist.

Le Directeur-Gérant,

René Doumic

Voir enfin:

Le deuxième bureau et les républicains irlandais, 1900-1904 : contacts, invasion et déception
Jérôme Aan de Wiel
p. 74-85

Introduction
1  Andrew (C.) & Dilks (D.) (eds.), The Missing Dimension: Government and Intelligence Communities in (…)
1En 1984, le professeur Christopher Andrew, spécialiste de l’histoire des services secrets britanniques, fit la remarque suivante : « Le renseignement a été décrit par Sir Alexander Cadogan, un éminent diplomate, comme étant « la dimension quasi-manquante dans l’histoire de la diplomatie ». Cette même dimension est aussi quasi-manquante dans l’histoire politique et militaire. Fréquemment, les historiens ont tendance soit à ne tenir aucun compte du renseignement, soit à le traiter comme quantité négligeable. (…) Les historiens  inclinent à prêter trop attention aux preuves qui survivent et ne tiennent pas assez compte de ce qui n’a pas survécu. Le renseignement est devenu la « dimension quasi-manquante » en tout premier lieu parce que ses traces écrites sont si difficiles à obtenir. » 1 L’affirmation du professeur Andrew est particulièrement pertinente pour le sujet que l’on propose de traiter ici : les relations entre le deuxième bureau et les républicains irlandais entre 1900 et 1904, ou grosso-modo durant la guerre des Boers en Afrique du Sud.

2Un livre britannique, paru en 2001, traitant de l’impact international qu’eut la guerre des Boers sur les grandes puissances de l’époque, ne mentionne pas une seule fois, selon l’index, le nom de l’Irlande ce qui est bien surprenant dans la mesure où les nationalistes et séparatistes irlandais soutenaient ouvertement les Boers contre les Britanniques. Dans le chapitre consacré à la France, on lit que Théophile Delcassé,  ministre des Affaires étrangères, estimait que cette guerre devait cesser 2. Mais, était-ce bien le cas ? Ou bien est-ce que Delcassé représentait les vues de tous les membres du gouvernement français ? C’est ainsi que les archives du Service historique de la Défense au château de Vincennes révèlent que le deuxième bureau, le service de renseignement militaire français, avait eu des contacts avec des républicains irlandais dans le but, semblerait-il, d’envahir ou de libérer l’Irlande afin d’encercler la Grande-Bretagne dont les soldats se trouvaient dans la lointaine Afrique du Sud. Dans un premier temps, ces contacts et plans de débarquement et d’invasion seront étudiés. Dans un second temps, il sera montré comment le service de renseignement britannique réagit face aux menaces françaises et comment l’Allemagne prit la place de la France au sein du mouvement républicain irlandais. Puis, en guise de conclusion l’on répondra à la question de savoir si l’invasion de l’Irlande avait été sérieusement envisagée par la France ou alors si ces plans ne constituaient en fait que des exercices militaires théoriques ou des opérations de reconnaissance de routine.

3Avant d’évoquer ces contacts entre le deuxième bureau et les républicains irlandais, partisans d’une séparation totale entre l’Irlande et la Grande-Bretagne, un bref rappel de la situation internationale est nécessaire. Les relations entre la France et la Grande-Bretagne étaient tendues. En 1898, eut lieu la crise de Fachoda dans la vallée du Nil lorsque l’expédition coloniale britannique sous le commandement du général Herbert Kitchener se heurta à la mission française du commandant Jean-Baptiste Marchand. Les Français durent se retirer et, bien qu’il ne soit pas certain que l’incident aurait pu mener à la guerre entre les deux pays, la presse nationale parla d’humiliation pour la France 3. Puis, la guerre des Boers éclata en Afrique du Sud. L’opinion publique française soutenait largement les Boers. Survint alors l’affaire Dreyfus et de l’autre côté de la Manche, l’opinion publique britannique était largement anti-française à tel point que l’ambassade de France à Londres dut être protégée et que les Français dans les rues étaient insultés 4. En Irlande, les Français étaient en bien meilleure posture. À cette époque, le Parti nationaliste irlandais luttait âprement pour l’obtention du Home Rule, l’autonomie, soutenu en cela par les nationalistes, en leur très grande majorité des catholiques, et s’opposant aux unionistes, en leur très grande majorité des protestants fiers de leur identité britannique. Les nationalistes prirent fait et cause pour les Boers. Il y avait des comités de soutien partout dans le pays. Le Quai d’Orsay, par exemple, reçut du comité du Transvaal de la ville de Cork une lettre adressée à « la grande République française », l’informant que bien que l’Irlande fût « cruellement persécutée », elle était toujours « du côté de la justice et de l’humanité » 5. L’ambassadeur de France rapporta que les députés nationalistes irlandais au parlement de Westminster à Londres se moquaient ouvertement des défaites britanniques en Afrique du Sud 6. Dans ces conditions, il n’était pas bien étonnant que l’attaché militaire français à Londres, le colonel Dupontovice de Heussey, suggéra à l’ambassadeur, Alphonse de Courcel, de financer secrètement les activités des nationalistes irlandais. Il écrivit : « Pourquoi ne pas essayer de contrecarrer les projets et plans de l’Angleterre en lui suscitant des embarras intérieurs ? » 7

4C’est exactement ce que fit le Quai d’Orsay. En effet, en 1899, Paul Cambon, le nouvel ambassadeur, reçut la visite « d’une personnalité importante du Parti nationaliste » dont il ne mentionna pas le nom. Le politicien était venu remercier Cambon de l’aide de la France et des sommes d’argent furent mentionnées. Puis, il proposa un plan d’alliance entre les États-Unis, où résidaient des millions d’Américains d’origine irlandaise, la France et l’Irlande. Le plan était bien sûr dirigé contre la Grande-Bretagne qui cherchait à ce moment-là à se rapprocher de l’Allemagne. Cambon envoya un rapport sur son entretien à Théophile Delcassé, le ministre des Affaires étrangères 8. On ne sait pas comment Cambon réagit à cette offre d’alliance. On ignore également la réaction de Delcassé. Mais dans son cas, on peut se livrer à la science de la conjecture sans trop prendre de risques. Il est très peu probable que Delcassé donna l’ordre à Cambon de s’intéresser de près à l’offre des nationalistes irlandais. En effet, le ministre des Affaires étrangères avait pris conscience du danger d’un éventuel rapprochement entre la Grande-Bretagne et les pays de la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) 9, ce qui encerclerait la France. Selon lui, il était temps de négocier avec les Britanniques même si, pendant un cours instant, ces derniers semblaient effectivement vouloir opérer un rapprochement avec l’Allemagne. De plus, la France avait conclu une alliance militaire avec la Russie en 1892 dirigée contre l’Allemagne mais il était loin d’être sûr que ces deux pays pouvaient se mesurer à une alliance anglo-allemande 10. Delcassé était conscient de cette situation et, petit à petit, il commença à tourner les yeux vers la Grande-Bretagne comme une alliée potentielle, Fachoda ou pas. Au Quai d’Orsay, les nationalistes irlandais étaient mis sur liste d’attente pour ainsi dire.

5Cependant, contrairement aux diplomates, certains militaires français n’étaient pas prêts à envisager une entente ou une alliance avec la Grande-Bretagne. Pour eux, l’Irlande nationaliste restait toujours le meilleur moyen de déstabiliser les Britanniques. L’humiliation de Fachoda n’avait pas été oubliée, l’opinion publique française était belliqueuse, bref, le moment semblait idéal pour préparer une attaque contre la Grande-Bretagne dont l’armée s’enlisait en Afrique du Sud. Outre-Manche, la population ne comprenait pas pourquoi une armée de 450 000 hommes (sur une période de trois ans) n’arrivait pas à battre des bandes de Boers. Comme le gros des troupes était à l’étranger, l’opinion publique commença à croire que le pays était sans défense. Des rumeurs alarmistes concernant des invasions circulèrent rapidement. Les Britanniques pensaient que la France et la Russie seraient les envahisseurs 11. Bien qu’on puisse parler de psychose collective, les peurs du public n’étaient pas entièrement sans fondement et les rumeurs d’invasion française en Irlande ne circulaient pas seulement à Londres.

6À Paris, elles furent entendues par le comte Georg Münster zu Dernburg, l’ambassadeur d’Allemagne. Il envoya sans tarder un rapport au prince Bernhard von Bülow, le ministre des Affaires étrangères à Berlin. Bülow fut suffisamment intrigué pour demander l’opinion de son ambassadeur à Londres, le comte Paul von Hatzfeldt. Hatzfeldt ne fut pas alarmé et écarta de suite cette possibilité, estimant qu’elle n’était pas du tout réaliste 12. Il avait tort. La France avait un consul à Dublin mais pas d’attaché militaire. Pourtant les archives militaires à Vincennes révèlent que les Français envoyèrent une équipe de renseignement militaire en Irlande afin d’examiner plusieurs endroits de débarquement. De manière régulière, ces espions firent parvenir des rapports extrêmement détaillés au deuxième bureau à Paris. Ils contenaient des esquisses des défenses côtières britanniques, des cartes régionales, des études de topographie, des commentaires sur la qualité des routes, des analyses des activités de divers groupes nationalistes et unionistes, des analyses de l’opinion publique nationaliste et des estimations sur la qualité et la quantité des troupes britanniques stationnées en Irlande. Une de ces missions militaires dura une année entière 13. Les noms des officiers français et de leurs contacts irlandais ne furent jamais mentionnés. Néanmoins, des annotations et des tampons sur les documents prouvent que ces rapports furent envoyés au président de la République et à plusieurs ministres. La guerre des Boers suscita donc de nombreuses missions de reconnaissance en Irlande entre 1900 et 1904, leur but étant d’évaluer les possibilités d’invasion avec l’aide de républicains irlandais. La « libération » du pays par les troupes françaises conduirait à l’encerclement de la Grande-Bretagne. Ce fut un plan déjà envisagé lors des rebellions irlandaises avec l’appui de la France révolutionnaire en 1796 et 1798 14, excepté que cette fois-ci les Français pouvaient dépendre de leur propre service de renseignement et non pas des rapports d’indépendantistes irlandais.

7Les deux premiers rapports qui furent envoyés à Paris en 1901 étaient des estimations concernant les forces politiques en présence. Le deuxième bureau s’était intéressé de près à trois organisations nationalistes. Tout d’abord, il y avait le Cumman na nGaedheal, un groupement séparatiste qui ne croyait pas au Home Rule. Selon les agents français, le Cumman na nGaedheal enseignait aux habitants dans les campagnes de se tourner vers la France pour se débarrasser des Britanniques. L’organisation comptait 15 000 hommes. Puis, il y avait la ligue Gaélique dont le but était surtout le rétablissement de l’usage de la langue gaélique dans le pays. Bien que la ligue n’eût pas de but politique à proprement parler, les Français s’étaient aperçus que d’autres organisations nationalistes essayaient de la contrôler, ce qui était tout à fait exact. La ligue comptait à peu près dix mille membres. Finalement, il y avait aussi l’United Irish League, une organisation essentiellement agraire dont le but était de s’opposer aux grands propriétaires terriens anglo-irlandais et aussi d’obtenir le Home Rule. La ligue comptait 10 000 hommes et était en faveur des Boers en Afrique du Sud. Cependant, les agents français étaient d’avis qu’elle était trop britannique malgré tout, mais qu’on pouvait habilement la changer en une organisation vraiment séparatiste 15. Bien entendu, les agents du deuxième bureau s’étaient rendus compte que les Irlandais étaient non seulement divisés entre nationalistes modérés et nationalistes extrémistes, mais aussi entre nationalistes et unionistes.

8Les Français signalèrent dans leurs rapports l’existence de l’ordre d’Orange qui représentait « le parti anglais en Irlande ». Bien que l’ordre comptât le chiffre impressionnant de 50 000 hommes dans ses rangs, les Français furent loin d’être impressionnés. Selon les agents, la majorité d’entre eux étaient des ouvriers brutaux et violents de Belfast. Pour terminer, une estimation des troupes qui s’opposeraient à l’armée française avait été faite. La milice irlandaise disposait de 30 000 hommes mais le deuxième bureau estima que 15 000 à 20 000 d’entre eux pouvaient être retirés aux Anglais « dans les trois mois suivant le commencement des hostilités » 16. Le mot « hostilités » est frappant car il suggère que les espions étaient en fait en train de préparer le terrain. Cette impression allait être confirmée au fil des rapports, comme il va être montré. Selon les agents, ces 15 000 à 20 000 hommes étaient des nationalistes et beaucoup d’entre eux soutenaient les Boers. Ils s’étaient engagés dans la milice pro-britannique soit à cause de raisons financières, soit parce qu’ils avaient été soûlés par des sergents-recruteurs. Le deuxième bureau avait repéré les régiments pro-britanniques : les 3e, 4e, 5e et 6e bataillons des Royal Inniskilling Fusiliers, les 3e, 4e, 5e et 6e bataillons des Royal Irish Rifles et les 3e, 4e et 5e bataillons des Irish Fusiliers 17. Mais, si les Irlandais étaient divisés entre eux, les Français l’étaient aussi. Théophile Delcassé dirigeait la politique étrangère au Quai d’Orsay et il s’efforçait de maintenir l’alliance franco-russe, de détacher l’Italie de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie et d’opérer un rapprochement avec la Grande-Bretagne. Cette tâche était fort difficile dans la mesure où il servit dans cinq gouvernements différents entre 1898 et 1905 18. Néanmoins, il réussit à renforcer l’alliance militaire avec la Russie et simultanément à apaiser les tensions avec la Grande-Bretagne.

9Il y avait aussi un courant pro-britannique en France, et en Grande-Bretagne certains politiciens tels Joseph Chamberlain commencèrent à évoquer la possibilité d’une entente cordiale avec la France. Quelques traités entre les deux pays furent signés, notamment concernant l’Afrique. C’était le début du « système Delcassé » 19. Pourtant, certains au sein du gouvernement à Paris n’étaient pas en faveur d’un rapprochement avec les Britanniques car l’humiliation de Fachoda n’avait pas été oubliée 20. En fait, il n’y avait pas d’unité d’opinion, ce qui constitue une faiblesse importante pour l’élaboration d’une politique étrangère cohérente. De plus, il pouvait être extrêmement dangereux d’exprimer son opinion lors du conseil des ministres car durant une discussion particulièrement houleuse, le ministre de la Guerre tenta d’étrangler le ministre de la Marine 21 ! Il apparait que les Britanniques n’avaient pas trop à se soucier des Français mais plutôt des Allemands et de leur nouvelle flotte. Cependant, était-ce bien le cas ?
Invasion

10L’année 1902 semblait de bonne augure pour le deuxième bureau. La guerre en Afrique du Sud perdurait bien qu’il fût clair que les Boers ne vaincraient pas les Britanniques malgré les revers humiliants de ces derniers. Le 17 mars 1902, l’attaché militaire français à Londres envoya un rapport encourageant au gouvernement et au deuxième bureau à Paris. Il commença par dire que le roi Édouard VII, le nouveau monarque britannique, avait décidé d’annuler sa visite en Irlande, exaspéré par le fait que les trois quarts des paysans et presque tous les Irlando-Américains soutenaient ouvertement les Boers. Son rapport précisa que la situation dans le pays était extrêmement tendue. L’attaché militaire se demanda si la question irlandaise pouvait avoir des répercussions internationales sur l’Europe tôt ou tard. Sa réponse à sa propre question était « oui et non ». D’un côté, c’était « oui » car il pensait que la stratégie des séparatistes irlandais était d’encourager les Boers à persévérer dans leur lutte, le but étant d’épuiser les Britanniques. Si des troubles éclataient en Asie Centrale, en Afghanistan et en Perse où les Britanniques et les Russes étaient opposés, l’armée britannique serait, selon lui, dans une position désespérée. D’un autre côté, c’était « non » car il pensait qu’il y avait certains facteurs qui empêcheraient une rébellion à grande échelle d’avoir lieu en Irlande, rébellion qui aurait inéluctablement conduit à la défaite de la Grande-Bretagne sur la scène internationale. Il nomma deux facteurs importants : le manque d’argent et le manque d’armes parmi les républicains 22. Dans l’ensemble, le rapport de l’attaché militaire était une évaluation réaliste de la situation, évaluation qui incitait plutôt à la prudence. Un mois plus tard, en avril 1902, Paris reçut un autre rapport sur l’Irlande et les nouvelles étaient bonnes. En effet, le 3e bataillon du régiment des Munster Fusiliers était revenu d’Afrique du Sud. Ce bataillon était généralement plus connu sous le nom de South Cork Militia (la milice du sud de Cork).

11Lorsque le bataillon arriva à la caserne de la petite ville portuaire de Kinsale, il fut dissout car le régiment des Munster Fusiliers n’avait pas été exemplaire en Afrique du Sud. Selon l’agent français qui avait réussi à obtenir cette information, les soldats irlandais n’avaient jamais été envoyés au front et avaient été maintenus dans leur caserne pour faire des corvées sous la surveillance de détachements anglais 23. Peu de temps après, en septembre 1902, les agents du deuxième bureau à Dublin se virent remettre par des républicains un rapport très précis pour un débarquement français en Irlande. Il serait beaucoup trop long de l’évoquer en détail mais il est clair que les auteurs de ce plan de dix pages avaient minutieusement étudié les conditions sociales, politiques et militaires dans le pays. Selon eux, le meilleur endroit pour débarquer était la côte sud, plus précisément près des villes de Kinsale et Cork. Un premier débarquement d’une petite force aurait pour but de se diriger immédiatement vers l’ouest afin de créer un mouvement de diversion. Les stratèges escomptaient que l’armée britannique allait naturellement suivre les Français et leurs alliés irlandais dans cette direction. Un deuxième débarquement de 60 000 hommes, pas moins, aurait lieu peu de temps après, toujours à Kinsale et ses environs. Cette armée se dirigerait alors tout droit sur Dublin.

12Le plan donnait aussi les principaux objectifs à atteindre et une estimation des forces britanniques 24. Tout cela semblait être faisable en théorie, mais deux remarques viennent à l’esprit. Premièrement, il n’est pas évident que le port de Kinsale fût en mesure d’accueillir une armée de la taille envisagée et tout son matériel. N’oublions pas non plus le nombre de bateaux nécessaires pour une telle opération. Deuxièmement, les républicains n’avaient fait aucune mention de la Royal Navy. Peut-être pensaient-ils que c’était à l’amirauté française de régler ce détail ? Détail fort préoccupant du reste ! Il est vrai, bien sûr, que la marine française avait réussi à éviter la Royal Navy à deux reprises en 1796 et en 1798. Cependant, la Royal Navy du début du vingtième siècle, était-elle aussi puissante qu’on ne le prétendait ? La réponse semble être non. En effet, en 1889, après des manœuvres navales, la Royal Navy avait conclu qu’elle n’était pas en mesure de protéger efficacement la marine marchande britannique, essentielle à la survie du pays, contre une attaque de la flotte française. Ceci préoccupa les chefs du renseignement naval. Mais, il y avait pire. Douze ans plus tard, en 1901, les choses n’avaient pas évolué. L’amiral Lord Walter Kerr, chef de l’amirauté, ne voyait pas l’intérêt de faire des manœuvres navales afin de se préparer contre une éventuelle attaque allemande cette fois-ci. Il dit : « Ce n’est pas la peine de s’interroger sur ce qui pourrait se passer dans un avenir incertain ! » 25 L’avenir était effectivement incertain car en 1901 ce n’était pas du côté de la mer du Nord qu’il fallait regarder mais du côté de la Manche… Les choses n’allèrent vraiment pas en s’arrangeant car la stratégie de la Royal Navy demeurait remarquablement vague en cas de guerre, ce dont se plaignirent certains officiers. Lorsqu’en 1904, Sir John Fisher remplaça Kerr à l’amirauté, rien ne changea car la stratégie de Fisher se résuma par sa maxime préférée : « Frappez les premiers, frappez fort, et frappez partout. » 26 Si le renseignement militaire français avait été au courant de la situation de la Royal Navy, cela aurait pu encourager certains esprits à Paris de venger l’humiliation de Fachoda. Qu’en était-il de la défense de l’Irlande ? La situation peut être très succinctement résumée en un seul mot : désastreuse.

13Avant 1890, il n’y avait pas souvent de manœuvres militaires. En 1892, après quelques manœuvres, le général Garnet Wolseley écrivit au duc de Cambridge que l’artillerie avait perdu de nombreux canons à cause d’erreurs tactiques. Quant à l’infanterie, elle était éparpillée à travers tout le pays et ne savait quoi faire. La conclusion du général était que les officiers supérieurs avaient besoin de prendre des cours de stratégie ! 27 Autrement dit, en cas d’invasion, l’armée britannique ne ferait pas le poids. Une dizaine d’années plus tard, on en était toujours au même point. En 1901, le duc de Connaught, nouveau commandant en chef des armées britanniques en Irlande, écrivit au Lord Roberts : « Il y a, comme vous le savez, un manque très important en hommes en Irlande en ce moment précis et ceci est en soi un grand encouragement pour les ennemis de l’Angleterre. » 28 Sur ce, Connaught quitta son commandement pour un voyage en Inde de quatre mois… Pour finir, il y avait aussi pour le commandement britannique la question brûlante de savoir si on pouvait faire confiance aux troupes irlandaises dans l’armée en cas de guerre. Ceci préoccupa les généraux anglais jusqu’au début de la Première Guerre mondiale en 1914 29. Le deuxième bureau s’était rendu compte de ce problème 30.

14Quoi qu’il en soit, le deuxième bureau n’avait pas attendu le plan de débarquement des républicains irlandais comme le démontre un rapport rédigé en octobre 1902. En effet, durant l’été, les Français avaient étudié les meilleurs endroits possibles pour un débarquement dans le sud de l’Irlande. En fait, ils étaient plus ou moins arrivés aux mêmes conclusions que les républicains. Mais ils avaient repéré quatre points de débarquement : Ballycotton Bay, Courtmacsherry Bay, Kinsale Harbour et Oyster Haven. Ils envisagèrent un seul débarquement massif ou alors, au contraire, plusieurs débarquements simultanés, très probablement pour éviter un engorgement d’hommes et de matériel au même endroit. Ils soulignèrent que si Dublin était l’objectif final, Ballycotton Bay serait le meilleur endroit dans la mesure où des routes très proches menaient à Fermoy, Lismore et finalement à la capitale. Si la ville de Cork était l’objectif principal, alors pas seulement Ballycotton Bay mais aussi Courtmacsherry et Kinsale seraient les meilleures options 31. Il y avait encore un autre facteur très encourageant. Le nombre de soldats irlandais servant dans l’armée britannique était en forte baisse. En janvier 1900, il s’élevait à 37 316 hommes. En avril 1902, il avait baissé jusqu’à 16 837 hommes. Les Français avancèrent comme explication à cette baisse spectaculaire notamment l’influence de l’association Inghinidhe na hEireann, les filles de l’Irlande, fondée par les républicaines Maud Gonne et la comtesse Constance Markievicz. L’association soutenait le séparatisme et boycottait tout Irlandais qui s’enrôlait dans l’armée britannique 32. Il y avait aussi un autre facteur que les Français n’avaient pas mentionné : la peur de l’armée. Durant la guerre en Afrique du Sud, de nombreux jeunes décidèrent d’émigrer, convaincus que la conscription serait bientôt imposée afin de remplacer les pertes britanniques 33. Finalement, le rapport donna une précision des plus intéressantes : « Pour revenir à l’appui réel que trouverait un corps de débarquement dans le pays, je dois noter cette réponse qui nous a été faite chaque fois que, bien à l’abri sous une nationalité d’emprunt, nous interrogions une notabilité nationaliste quelconque sur les chances d’un débarquement franco-russe en Irlande : « si l’envahisseur veut être suivi, qu’il donne de suite aux Irlandais un uniforme, un armement, une organisation militaire et des cadres, même étrangers, l’on aura d’excellents soldats ».» 34

15Les Russes en Irlande… Était-ce une possibilité ? Il ne faut pas oublier qu’à cette époque il y avait des tensions entre la Grande-Bretagne et la Russie concernant l’Afghanistan, la Perse et le Tibet 35. Les Russes n’étaient pas les amis des Britanniques. Une coopération franco-russe en Irlande n’était alors pas si improbable que ça d’autant plus qu’en février 1901, Paul Cambon, à sa plus grande surprise, avait été informé par Théophile Delcassé que le « chef d’état-major [français] était à Petersbourg pour élaborer des plans de défense, non seulement contre l’Allemagne mais contre l’Angleterre » 36. Il est vrai qu’en juillet 1900, le général Pendezec, le chef d’état-major, s’était rendu en Russie pour s’entretenir avec son homologue russe, le général Sakharov. Pendezec avait suggéré le plan suivant : si la France était attaquée par la Grande-Bretagne, alors la Russie enverrait 300 000 hommes en Afghanistan afin de menacer la frontière de l’Inde, le joyau de l’Empire britannique ; si la Russie était attaquée, alors la France concentrerait 150 000 hommes sur sa côte du nord-ouest afin de menacer le sud de l’Angleterre. Les Russes avaient été d’accord 37. Mais en pleine guerre des Boers, l’on est en droit de se demander si ces plans n’étaient pas plutôt de nature offensive car on voit mal la Grande-Bretagne attaquer la France ou la Russie à ce moment-là. Par ailleurs, ce ne serait pas la première fois que la Russie impériale montrerait son intérêt vis-à-vis de l’Irlande. En effet, en 1885, William O’Brien, membre du Parti nationaliste, avait été sondé par un émissaire russe à Londres. L’émissaire voulait obtenir l’approbation de Charles Stewart Parnell, alors chef du parti, pour « une flotte russe de volontaires » afin de transporter 5 000 Irlando-Américains en Irlande et déclencher un soulèvement. Parnell n’avait pas été intéressé et avait répondu à O’Brien : « Le Russe échappera peut-être à la potence – mais pas toi ni moi. ».

16Certains Russes furent impliqués dans d’autres contacts avec les républicains irlandais, notamment aux États-Unis 38. Mais, les services secrets britanniques étaient au courant des relations occultes entre les Français, les Russes et les Irlandais. Comme nous l’avons vu, l’opinion publique française était largement en faveur des Boers. Des comités de soutien virent le jour comme, par exemple, le comité français des Républiques sud-africaines dans lequel étaient impliqués certains membres de l’Action française, tel Lucien Millevoye, journaliste ultra-nationaliste 39. Il n’était alors pas bien étonnant que des républicains irlandais vivaient à Paris et étaient actifs dans des cercles pro-Boers. Maud Gonne était l’une d’entre eux. Elle éditait également un bulletin nationaliste appelé L’Irlande Libre et était la maîtresse de Millevoye avant d’épouser le très républicain John MacBride, qui avait organisé une brigade de volontaires irlandais pour soutenir les Boers. La branche spéciale de la police irlandaise pro-britannique savait que MacBride et Gonne « travaillaient à Paris dans le but d’obtenir la permission du gouvernement français d’établir une brigade irlandaise dans cette ville » 40. Au début, Millevoye n’était pas particulièrement impressionné par les républicains. En 1896, il avait déclaré à Maud Gonne : « Tes révolutionnaires irlandais ne sont qu’un groupe de farceurs. » 41 Peut-être, mais c’était en 1896. Maintenant, il y avait une guerre en cours en Afrique du Sud. De leur côté, les Britanniques ne prirent aucun risque. La branche spéciale rapporta à Londres que Maud Gonne était parmi les « conspirateurs les plus dangereux » et qu’on devait la prendre en filature.

17Le ministère aux Affaires irlandaises ordonna au commandant Gosselin de la branche spéciale de trouver qui étaient les associés et correspondants de Gonne à Paris et ailleurs sur le continent, et également de trouver d’où venait l’argent pour financer ses activités. Gosselin alla voir Sir John Ardagh du renseignement militaire britannique qui lui confia qu’il avait un indicateur auprès de Gonne. Gosselin remarqua qu’il ne croyait pas que les gouvernements français et russe finançaient les républicains irlandais. Mais Ardagh n’en était pas si sûr et répondit : « Oui, cela est parfaitement exact en ce qui concerne le gouvernement russe, le Tsar et son Ministre des Finances, mais vous devez garder à l’esprit qu’il y a plusieurs fonds pour les services secrets russes et qu’ils agissent tous de manière indépendante. Par exemple, le département militaire peut parfaitement faire des dépenses sans que le Tsar ne le sache. » 42 Lors de la conversation, Gosselin apporta une précision intéressante. Il dit qu’un homme appelé Raffalovich de l’ambassade russe à Paris avait « une sœur qui était mariée avec un agitateur irlandais bien connu ». Ardagh répondit qu’il le savait et dit : « Oui, je connais bien cet homme – un juif polonais et un ennemi juré de l’Angleterre. » 43 L’agitateur en question n’était personne d’autre que William O’Brien, l’ancien bras droit de Parnell qui avait été contacté par cet émissaire russe à Londres en 1885. Sa femme était Sophie Raffalovich qui l’avait aidé financièrement dans ses campagnes politiques en faveur du Home Rule.

18Cependant, les plans établis par les républicains irlandais et le deuxième bureau avaient un point faible commun : ils n’évoquaient pas l’aide que devrait apporter, bien évidemment, la marine française. Or, il n’y avait pas vraiment de stratégie commune entre la marine et l’armée en France. Les navires n’étaient pas des plus modernes et de plus, comme pour la Royal Navy, la Marine nationale souffrait de désorganisation. Le ministère de la Marine ne disposait même pas d’un état-major pour étudier des plans de guerre. Il faudra attendre 1902 pour que cela soit le cas. En fait, pour la période qui nous concerne, la marine était en phase de restructuration 44. Les archives du département marine du Service historique de la Défense à Vincennes ne contiennent pas de plan de soutien aux plans du deuxième bureau.Malheureusement pour ces militaires et politiciens français qui brûlaient d’impatience de prendre leur revanche sur la Perfide Albion après Fachoda, le roi Édouard VII décida de tendre la main à l’amitié à la France.
Déception

19Le 1er mai 1903 fut le commencement d’un bouleversement dans les relations internationales en Europe qui frappa de plein fouet l’Irlande nationaliste. Le roi d’Angleterre, Édouard VII, arriva en France pour une visite d’ État. Juste avant son arrivée, l’ambassadeur d’Allemagne à Paris écrivit au prince von Bülow, maintenant chancelier à Berlin : « Plus se rapproche la visite du Roi Édouard, plus les journaux français s’opposent au rapprochement [franco-britannique]. » 45 À première vue, cela semblait bien être le cas car le roi se fit copieusement conspuer et siffler par la foule parisienne qui scanda : « Vive Marchand ! », « Vive les Boers ! ». Mais Édouard VII avait un sens inné de la diplomatie et était un expert en ce que l’on appelle aujourd’hui les relations publiques. Il réussit à changer un climat de franche hostilité en un climat de franche amitié et admiration. « Vive le Roi ! », crièrent les Parisiens à son départ… Le rapprochement franco-britannique était en phase de réalisation, créant la consternation en Allemagne. Quelles furent les raisons de ce changement en relations internationales ? Brièvement, Londres appréhendait la nouvelle politique navale de l’empereur Guillaume II et son amiral Alfred von Tirpitz, capable de menacer directement la Grande-Bretagne et son empire. Petit à petit, l’opinion publique britannique devenait de plus en plus germanophobe. Ceci pava la voie pour l’Entente Cordiale, qui fut signée par la France et la Grande-Bretagne le 8 avril 1904.

20Cette Entente n’était pas à proprement parler une alliance militaire mais il était évident que les deux pays allaient coopérer. Pour les républicains irlandais, ce fut un sérieux revers. Il leur fallait maintenant trouver une autre puissance étrangère susceptible de les aider. Cette puissance allait être l’Allemagne. En 1909, le journal irlandais Kilkenny People rapporta que John MacBride espérait que si les Allemands envahissaient la Grande-Bretagne, ils enverraient aussi 100 000 fusils et de l’artillerie en Irlande pour la libération du pays 46. Cette collaboration entre les républicains et les Allemands allait aboutir au soulèvement de Pâques à Dublin en avril 1916.

21Un incident mineur mais en fait très représentatif du changement d’attitude des Français vis-à-vis des nationalistes et républicains irlandais eut lieu à Fontenoy en Belgique, un endroit extrêmement symbolique de l’amitié franco-irlandaise. C’était ici qu’en 1745 le maréchal de Saxe à la tête de l’armée française vainquit les troupes des alliés anglais, autrichiens et néerlandais sous le commandement du duc de Cumberland. La victoire française n’eut lieu qu’à la fin de la bataille lorsque les régiments d’exilés irlandais au service du roi Louis XV chargèrent les Anglais. Depuis lors, Fontenoy était devenu un haut lieu de la culture nationaliste irlandaise et il y avait des commémorations tous les ans avec la participation d’Irlandais mais aussi de Français. Mais depuis la signature de l’Entente Cordiale, Fontenoy était soudainement devenu un embarras diplomatique pour Paris. Le 3 août 1907, le consul de France à Tournai envoya un rapport sur la commémoration annuelle à l’ambassadeur le comte d’Ormesson à Bruxelles. Il souligna que des nationalistes avaient l’intention d’inaugurer un monument dédié à la bataille et aux soldats irlandais tombés. Il s’agissait d’une croix celtique que l’on voit toujours aujourd’hui au centre du village. Il rappela à l’ambassadeur qu’André Géraud du Quai d’Orsay, spécialiste des affaires irlandaises, avait conseillé aux citoyens français de ne plus participer aux cérémonies de Fontenoy. Il écrivit : « C’était à l’époque de la visite du Roi d’Angleterre en France, en vue de l’Entente Cordiale, et la réserve de M. Géraud paraît [?] avoir d’autant mieux inspiré qu’en fait la manifestation fut une démonstration essentiellement anglophobe. » Quelques jours plus tard, d’Ormesson répondit que les consignes de Géraud devaient être maintenues 47. Les nationalistes irlandais eux-mêmes, d’ailleurs, avaient remarqué ce changement d’attitude chez les autorités françaises. Anatole Le Braz, écrivain breton, s’était rendu en Irlande en avril-mai 1905 et avait pu constater l’importance du souvenir de la bataille de Fontenoy dans les milieux nationalistes. Il rapporta l’anecdote suivante. Apparemment, le maire de Dublin avait invité le consul de France à assister à une commémoration de la bataille. Gêné, le consul répondit qu’il ne pouvait accepter de peur d’offenser la Grande-Bretagne, ce à quoi, le maire répliqua : « Oui, si l’Angleterre vous avait invité à assister à la commémoration de Waterloo, vous y seriez allé… » 48

Conclusion
22Finalement, il convient de répondre à la question suivante : en fin de compte, est-ce que ces plans de débarquement et d’invasion de l’Irlande étaient sérieux ou alors faisaient-ils partie d’opérations de reconnaissance menées régulièrement par le deuxième bureau ou constituaient-ils des exercices militaires théoriques ? Il y a des indices. En ce qui concerne les militaires français, ils perdirent tout intérêt dans les républicains irlandais immédiatement après la signature de l’Entente Cordiale en 1904. Ceci est très clair dans les archives militaires à Vincennes comme le montre le manque soudain de papiers concernant l’Irlande. En effet, il n’y a plus de document intéressant jusqu’en 1912 environ, année à partir de laquelle on semble se diriger vers une guerre civile entre paramilitaires nationalistes et unionistes à cause du Home Rule. En outre, il semble peu probable que des agents français se soient donné tant de peine dans leurs missions en Irlande pour de simples missions de reconnaissance ou d’exercices théoriques. De plus, des enquêtes concernant la possible réaction du peuple irlandais à un débarquement franco-russe incitent à penser qu’une invasion était sérieusement étudiée. Tout ceci peut constituer la preuve que certains militaires et politiciens français avaient bel et bien flirté avec l’idée d’attaquer la Grande-Bretagne pendant la guerre des Boers. L’occasion était trop belle de porter le coup de grâce à un rival colonial puissant et d’essuyer l’affront de Fachoda. Mais, du côté français, les documents semblent manquer pour étayer cette thèse de manière qui ne laisse aucun doute. Peut-être n’ont-ils jamais existés d’ailleurs.

23Comme l’a dit le baron Hermann Speck von Sternburg, l’ambassadeur d’Allemagne à Washington au début du XXe siècle qui était en contact avec des groupements républicains irlando-américains : « [Il y a des renseignements] dont il vaut mieux parler plutôt que d’écrire. » 49 Pas de preuve absolue alors ? Peut-être pas du côté français, mais qu’en est-il du côté britannique ? C’est ainsi que les archives nationales à Londres contiennent un document extrêmement révélateur. Le commandant Gosselin de la branche spéciale avait réussi à infiltrer le Clan na Gael, une organisation républicaine irlandaise aux États-Unis. En décembre 1900, un de ses agents avait assisté à une réunion secrète à laquelle participait John MacBride qui venait d’arriver d’Afrique du Sud en passant par Paris. Voici ce que l’agent britannique rapporta : « Dans son discours aux divers camps [du Clan na Gael] rassemblés dans des réunions secrètes, McBride [sic] fit allusion aux sentiments de la France et mentionna que récemment il avait été présenté au ministre principal [sic] du gouvernement à Paris par un député bien connu. La question que lui posa le ministre était ce que les Irlandais seraient prêts à faire dans, par exemple, six mois, ou alors quand ce pays [la France] aurait recours à eux. C’est ça, continua McBride [sic] que je suis venu vous demander ici pour que je puisse montrer au ministre ce que nous pouvons faire. » 50
24Le « député bien connu » dont parla MacBride fut probablement Lucien Millevoye. Quant au « ministre principal », terme ambigu, MacBride semble avoir fait allusion au président du Conseil, dans ce cas-ci, vu la date, René Waldeck-Rousseau. Certes, il apparait peu crédible qu’un ultranationaliste de droite comme Millevoye, si cela avait été lui, ait eu des relations occultes, pour ainsi dire, avec Waldeck-Rousseau, un politicien de gauche. Seulement voilà, le document de la branche spéciale cadre tout à fait dans la logique des choses et complémente ceux du deuxième bureau trouvés aux archives militaires à Vincennes. N’oublions pas non plus que l’ambassade d’Allemagne à Paris avait eu vent de l’affaire. Il s’agit donc bien de la « dimension quasi-manquante » dont parle à très juste titre le professeur Christopher Andrew.

Notes
1  Andrew (C.) & Dilks (D.) (eds.), The Missing Dimension: Government and Intelligence Communities in the Twentieth Century, London, Macmillan, 1984, p. 1-2.

2  Venier (Pascal), “French foreign policy and the Boer War” in Keith Wilson (ed.), The International Impact of the Boer War, Chesham, Acumen, 2001, p. 65-78.

3  Bell (P.M.H.), France and Britain, 1900-1940 ; entente and estrangement, London, Longman, 1996, p. 9-10.

4  Villate (Laurent), La République des diplomates ; Paul et Jules Cambon, 1843-1935, Paris, Science Infuse, 2003, p. 216 et 213.

5  AMAE, correspondance politique et commerciale 1897-1918, nouvelle série, Transvaal-Orange, no 11, consulat de France à Dublin au Quai d’Orsay, 18 novembre 1899.

6  Ibid., vol. 22, Paul Cambon à Théophile Delcassé, le 11 mars 1902.

7  Guillen (Pierre), L’expansion, 1881-1898, Paris, Imprimerie nationale, 1985, p. 283.

8  AMAE, Grande-Bretagne, politique intérieure, question d’Irlande, 1897-1914, vol. 4, p. 47, Paul Cambon à Théophile Delcassé, le 10 juin 1899.

9  Villate, La République des diplomates, p. 217.

10  Bell, France and Britain, 1900-1914, p. 14-15.

11  Andrew (Christopher), Secret Service; the making of the British intelligence community, London, Heinemann, 1985, p. 34.

12  Hünseler (Wolfgang), Das Deutsche Kaiserreich und die Irische Frage, 1900-1914, Frankfurt am Main, Peter Lang, 1978, p. 119 et note de bas de page no2, p. 119.

13  SHD/DAT, 7 N 1230, attachés militaires, chemise 6, rapport du 30 septembre 1903.

14  Murphy (John A.) (ed.), The French are in the Bay: the expedition to Bantry Bay, 1796, Cork, 1997.

15  SHD/DAT, 7 N 1230, attachés militaires, chemise 3, rapports des 15 octobre 1901 et 20 novembre 1901.

16  SHD/DAT, 7 N 1230, attachés militaires, rapport du 20 novembre 1901.

17  SHD/DAT, 7 N 1230, attachés militaires, rapports des 15 octobre 1901 et 20 novembre 1901.

18  Bell, France and Britain, 1900-1914, p. 24.

19  Allain (Jean-Claude), « L’affirmation internationale à l’épreuve des crises (1898-1914) », Jean-Claude Allain (et al.), Histoire de la diplomatie française, Paris, Perrin, 2005, p. 686, p. 688, p. 696-697 et p. 701.

20  Milza (Pierre), Les relations internationales de 1871 à 1914, Paris, Armand Colin, 2003, p. 118.

21  Kiesling (Eugenia C.), “France”, in Richard F. Hamilton & Holger H. Herwig (eds.), The Origins of World War I, Cambridge, Cambridge University Press, 2003, p. 260-262 & footnote 150 p. 262.

22  SHD/DAT, 7 N 1230, attachés militaires, chemise 5, rapport du 17 mars 1902.

23  SHD/DAT, 7 N 1230, attachés militaires, rapport du 18 avril 1902.

24  SHD/DAT, 7 N 1230, attachés militaires, rapport du 20 septembre 1902.

25  Gooch (John), “The weary titan: Strategy and policy in Great Britain, 1890-1918”, Williamson Murray, MacGregor Knox, Alvin Bernstein (eds.), The Making of strategy; Rulers, states and war, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, p.  285-286.

26  Ibid., p.   286.

27  Muenger (Elizabeth A.), The British military dilemma in Ireland; occupation politics, 1886-1914, Lawrence, University Press of Kansas, 1991, p. 24.

28  Ibid., p. 112.

29  Ibid., problème traité à travers cet ouvrage.

30  SHD/DAT, 7 N 1230, attachés militaires, chemise 3, rapport du 20 novembre 1901 et chemise 7, rapport du 18 avril 1902 ; 7 N 1231, chemise 5, rapport du 2 mars 1902.

31  SHD/DAT, 7 N 1230-1231, attachés militaires, chemise 3, rapport du 27 octobre 1902.

32  Idem.

33  Maume (Patrick), The Long Gestation; Irish Nationalist Life 1891-1918, Dublin, Gill and Macmillan, 1999, p.28.

34  SHD/DAT, 7 N 1231, attachés militaires, chemise 5, rapport du 27 octobre 1902.

35  Milza, Les relations internationales de1871 à 1914, p. 123.

36  Villate, La république des diplomates, p. 197-198.

37  Allain, « L’affirmation internationale à l’épreuve des crises (1898-1914) », p. 691.

38  Campbell (Christy), Fenian Fire. The British Government Plot to Assassinate Queen Victoria, London, Harper Collins, 2003, p. 159.

39  Lugan (Bernard), La Guerre des Boers, 1899-1902, Paris, Perrin, 1998, p. 224-252.

40  National Archives (Dublin), “Chief Secretary’s Office, Crime Branch Special 1899-1920”, no 23489/S, rapports des 03/12/1900 & 14/09/1900.

41  McCracken (Donal P.), MacBride’s brigade; Irish Commandos in the Anglo-Boer War, Dublin, Four Courts Press, 1999, p. 78.

42  Public Record Office (Londres maintenant appelé National Archives) ; CO904/202/166A, Maud Gonne’s file, rapports des 30 octobre 1900, 14 novembre 1900, 20 novembre 1900 et résumé non-daté des activités de Maud Gonne, p. 131.

43  Ibid.

44  Doise (Jean) et Vaïsse (Maurice), Diplomatie et outil militaire, Paris, Imprimerie nationale, 1987, p. 120-126.

45  Guiffan (Jean), Histoire de l’anglophobie en France, Rennes, Terre de Brume, 2004, p. 156-157.

46  Hünseler, Das Deutsche Kaiserreich und die Irische Frage, 1900-1914, p. 124-125.

47  AMAE, Grande-Bretagne, politique intérieure, question d’Irlande, 1897-1914, vol. 4, Bossuet à d’Ormesson, le 3 août 1907 et Quai d’Orsay à Bossuet, le 10 août 1907.

48  Le Braz (Anatole), Voyage en Irlande, au Pays de Galles et en Angleterre, Rennes, Terre de Brume, 1999, p. 147-148. L’auteur remercie le professeur Jean Guiffan pour cette précision.

49  Morris (Edmund), “A matter of extreme urgency: Theodore Roosevelt, WilhelmII, and the Venezuela Crisis of1902 – United States-Germany conflict over alleged German expansionistic efforts in Latin America”, The Naval War College Review, spring  2002, http://www.findarticles.com (consulté le 4octobre2004).

50  Public Record Office (National Archives, Londres), CO904/208/258, dossier MacBride, rapport du commandant Gosselin, le 2  janvier  1901, concernant la réunion du Clan na Gael du 16  décembre  1900.

Jérôme Aan de Wiel
Docteur en histoire, il est actuellement professeur associé au département d’histoire à l’université de Cork en Irlande. Il a notamment publié : The Catholic Church in Ireland, 1914-1918: War and Politics (Dublin : Irish Academic Press, 2003) et The Irish Factor, 1899-1919; Ireland’s strategic and diplomatic importance for foreign powers (Dublin: Irish Academic Press, 2008).


Mondialisation: A bout de souffle (After the title of world’s tourist capital, employment-law inflexible Paris to lose NYT’s European headquarters to London)

5 juillet, 2015
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C’est quoi, les Champs ? Patricia Franchini (A bout de souffle, 1960)
Si vous n’aimez pas la mer… Si vous n’aimez pas la montagne… Si vous n’aimez pas la ville : allez vous faire foutre ! Michel Poiccard (A bout de souffle, 1960)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Au héros du plus grand désir succède le héros du moindre désir. (…) Le non-désir redevient privilège, comme chez le sage antique ou le saint du christianisme. mais le sujet désirant recule, effrayé devant l’idée du renoncement absolu. Il cherche des échappatoires. Il veut se composer un personnage chez qui l’absence de désir ne soit pas conquise, péniblement, sur l’anarchie des instincts et la passion métaphysique. Le héros somnambulique créé par les romanciers américains est la « solution » de ce problème. Le non-désir de ce héros ne rappelle en rien le triomphe de l’esprit sur les forces mauvaises, ni cette ascèse que prônent les grandes religions et les humanismes supérieurs. Il rappelle plutôt un engourdissement des sens, une perte totale ou partielle de la curiosité vitale. Dans le cas de Meursault, cet état « privilégié » se confond avec la pure essence individuelle. Dans le cas de Roquentin, c’est une grâce soudaine qui, sans qu’on sache pourquoi, descend sur le héros sous forme de nausée. (…) Le héros parvient alors à un état d’abrutissement lucide qui constitue la dernière des poses romantiques. Ce non-désir n’a rien à voir, bien entendu, avec l’abstinence et la sobriété. Mais le héros prétend accomplir dans l’indifférence, par simple caprice et presque sans s’en apercevoir, tout ce que les Autres accomplissent par désir.  René Girard (Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. (…) Cette existence vide, cette tristesse cachée, ce monde à l’envers, ce crime secrètement provocateur, tout cela est caractéristique des crimes dits de délinquance juvénile.  (…) De nombreux observateurs ont signalé dans la délinquance juvénile, la présence d’un élément de romantisme moderne et démocratisé. Au cours de ces dernières années, plusieurs romans et films qui traitent ouvertement de ce phénomène social, ont emprunté certaines particularités à L’Etranger, ouvrage qui en apparence n’a rien à voir avec le sujet. Le héros du film A bout de souffle, par exemple, tue un policier à demi volontairement et devient ainsi un « bon criminel » à la manière de Meursault. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
Pour la corruption et la dissipation, Athènes il est vrai n’a rien à envier à Paris, Madrid ou Rome. Mais ce qu’attend Papandréou de l’Europe, c’est qu’elle éponge les pertes d’une économie clientéliste qui, malgré les privatisations bien timide de la droite, reste pour 67% une économie d’Etat. Si indulgente soit la Commission pour les frasques de la « cohésion sociale », pourra-t-elle continuer à les tolérer, alors que la Grèce vient de se voir allouer, pour les cinq prochaines années, un pactole de 175 milliards de francs de subventions ?  Jean-François Revel (Grèce: fini la comédie, Le Point, 13 octobre 1993)
Uber a franchi un pas supplémentaire avec son application UberPop, lancée en France depuis un an, et qui permet à des particuliers sans formation sérieuse, sans contrôle ni protection sociale, d’utiliser à leur guise leur voiture personnelle pour exercer une activité de taxi d’autant plus attractive qu’elle est pratique et meilleur marché. Les professionnels pensaient avoir obtenu gain de cause contre cette concurrence sauvage et déloyale après l’adoption de la loi Thévenoud, qui interdit ce travail clandestin et prévoit des sanctions sévères pour les organisateurs du réseau et ses chauffeurs. C’était sans compter avec la stratégie de cow-boy mise en œuvre par Uber, dont le patron déclarait sans détour, en mai 2014 : « Nous sommes engagés dans une bataille politique face aux taxis. » En France, comme dans de nombreux pays, Uber utilise, en effet, toutes les ressources et les chicanes du droit pour contester son interdiction. (…) En attendant, le réseau se développe rapidement, provoquant la révolte de plus en plus incontrôlable des taxis professionnels. Mais ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. Et chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante, qu’il s’agisse de l’accueil, des modalités de paiement par carte bancaire ou des tarifs forfaitaires depuis les aéroports, refusés par les professionnels. Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. Faute de l’avoir fait, ils en sont réduits aujourd’hui à lutter pour leur survie. Avec, à leur tour, des méthodes de cow-boys inacceptables. Le Monde
Cette loi a marqué un coup d’arrêt au développement de ce nouveau secteur économique. Depuis le 1er janvier, seulement 215 nouvelles cartes de VTC ont été accordées en France alors que dans le même temps, 25 000 personnes ont contacté Uber pour devenir chauffeur VTC. Plusieurs milliers ont leur dossier complet, font la formation et attendent en vain leur carte. Nous allons faire des propositions aux chauffeurs et au gouvernement pour sortir de cette situation. Plus de 400 000 passagers utilisent UberPop parce qu’il apporte un service nouveau, fiable et sûr. Dans le secteur en pleine expansion de la mobilité urbaine, où de plus en plus de gens abandonnent leur voiture, il y a une complémentarité, plutôt qu’une concurrence, entre les différents modes de transport. [Quelles mesures proposez-vous au gouvernement ?] Des aménagements simples qui rapprocheraient, par exemple, le régime français de celui de Londres où il y a 80 000 VTC et 30 000 taxis [à Paris, il y a 17 700 taxis et on estime le nombre de VTC à 10 000]. Il suffirait de ne plus exiger une formation en nombre d’heures, mais des compétences validées par un examen. Actuellement, le processus pour devenir VTC prend six mois et nécessite 250 heures de formation alors qu’on a le droit d’être pilote d’avion léger en 20 heures ! Cette formation coûte jusqu’à 6 000 euros. Personne dans les populations dont on parle n’a une telle somme. La loi impose aussi une capacité financière de 1 500 euros, alors que l’on parle de jeunes de banlieues, de personnes éloignées de l’emploi… Troisième mesure, autoriser pour les VTC des voitures moins luxueuses, moins lourdes, moins polluantes. Cela fait près de deux ans que nous faisons ces propositions. Nous avons aussi des propositions pour que les taxis soient plus en adéquation avec leur époque. (…) Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! Nous pensons qu’il devrait y avoir le maximum de liberté pour les chauffeurs de taxi afin qu’ils puissent choisir la plateforme avec laquelle ils veulent travailler. La loi leur interdit d’être aussi VTC. Or, plus l’offre est ouverte et permet la concurrence entre plateformes, plus les chauffeurs y gagneront. Cela se passe comme ça dans tous les marchés où nous sommes, mais pas en France. Thibaud Simphal (Uber France)
To me, the Herald Tribune represents a time when Paris truly was the expatriate capital of America. Charles Trueheart
Que peut-on attendre d’une ville qui se bat pour faire fermer ses magasins le dimanche et vite baisser le rideau le soir dès 21h00 sur les Champs Elysées! Internaute français
Merci aux régulations qui font que Paris ressemble à une ville morte les week-ends et le soir. Internaute français
Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique. Le Figaro
Le Royaume-Uni surclasse à nouveau économiquement la France, ce qui n’avait cessé d’être le cas depuis le XVIIIe siècle et jusqu’en 1973. Seule la politique industrielle très ambitieuse de la présidence de Georges Pompidou avait alors mis fin à cette suprématie, la France passant pour la première fois de l’Histoire en tête. Sur les dix dernières années, le match a été très serré, lié au taux de change de l’euro et du sterling. Mais pour le millésime 2014, il n’y a pas photo comme diraient les commentateurs sportifs. Le Figaro
There is more labour flexibility in London compared with Paris. New York Times International spokeswoman
Paris was always central to the New York Times ecosystem but is being downgraded. London is taking precedence as an international hub. A decade ago the hubs would have been Paris and Hong Kong. INYT insider
Le New York Times est en train de réduire la présence à Paris de son quotidien International New York Times, anciennement connu sous le nom d’International Herald Tribune, tout en déployant davantage de ressources à Londres. Selon le Financial Times, le quotidien new-yorkais, dont le siège européen se situe toujours à Paris, est guidé dans cette voie, notamment, par la réglementation du travail, plus favorable dans la capitale britannique. Le Figaro
The New York Times is ramping up its presence in London at the expense of its long-term European headquarters in Paris, a shift it attributes to France’s inflexible employment laws. (…) Paris has been the home of the newspaper’s international operations since 1967 when it bought a stake in the International Herald Tribune, a title which reflected America’s enduring romance with the city. An early incarnation featured in Ernest Hemingway’s novel The Sun Also Rises and also appeared in the seminal Jean-Luc Godard movie A Bout de Souffle. The Financial Times

Attention: une fuite en avant peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre une Grèce enfin rattrapée par ses créanciers et un cinéma allemand en mal d’inspiration, continue plus que jamais à faire recette la transformation des bourreaux en victimes comme celle des victimes en bourreaux …

Et après la perte, par la ville-lumière, du titre de ville la plus visitée au monde l’an dernier …

Puis, par le pays dont est la capitale, de celui de cinquième puissance économique mondiale en janvier dernier …

Et sans compter, pour préserver le plus archaïque des systèmes, la mise hors la loi quelque peu expéditive des cowboys d’Uber …

Comment ne pas voir avec la récente annonce, par la mythique édition internationale du New York Times, de la délocalisation à Londres d’une partie de ses opérations …

Le signe de l’inéluctable accession de Londres et du Royaume-Uni au statut de véritables ville et puissance globales …

Et la confirmation – merci François Hollande et son vice-record mondial, après le Danemark et entre prestations sociales à 32% du PIB, dépenses publiques et chômage à plus de 10%,  du taux de prélèvements obligatoires

Du non moins inéluctable déclassement d’une capitale française et d’une France désormais à bout de souffle …

D’avoir si longtemps voulu donner le change, à l’instar de la petite frappe du fameux film de Godard, face à leurs modèles et rivaux d’outre-Manche et d’outre-Atlantique ?

New York Times bets on London over Paris
Matthew Garrahan in New York
The Financial Times
June 7, 2015

The New York Times is ramping up its presence in London at the expense of its long-term European headquarters in Paris, a shift it attributes to France’s inflexible employment laws.

The company has merged its London bureau with the London office of the International New York Times, adding digital editors and a branded content studio, while departing editorial staff at its Paris operation are not being replaced, according to people familiar with the matter.

Paris has been the home of the newspaper’s international operations since 1967 when it bought a stake in the International Herald Tribune, a title which reflected America’s enduring romance with the city. An early incarnation featured in Ernest Hemingway’s novel The Sun Also Rises and also appeared in the seminal Jean-Luc Godard movie A Bout de Souffle .

The New York Times owned the International Herald Tribune jointly with the Washington Post but took full ownership in 2003, renaming it the International New York Times in 2013.

The shift in resources from Paris to London has fuelled talk that the newspaper may move the International New York Times to London. A spokeswoman said there were “no current plans” to move.

However, she acknowledged that French employment laws had played a part in the decision to expand its London presence. “There is more labour flexibility in London compared with Paris,” she said.

The company now employs about 60 people in London, with plans to add four new positions for its T Brand Studio, the “custom content” operation run by its advertising department. About 120 people work in the Paris office but that number is dwindling, according to people familiar with the matter.

“Paris was always central to the New York Times ecosystem but is being downgraded,” said one of those people. “London is taking precedence as an international hub.”

The shift to a digital publishing schedule has led to investment in offices in London and Hong Kong so that global news can be published in a timely fashion over a 24 hour cycle.

“A decade ago the hubs would have been Paris and Hong Kong,” the person said.

The newspaper’s investment in London comes as another US publisher is making a big digital push in Europe. Politico, the online news service that took on the Washington Post in its home market, has expanded in Europe after striking a deal with Axel Springer, the German media group. It has opened an office in Brussels and is adding reporters in other capital cities across the continent.

Voir aussi:

Tourisme : Londres détrône Paris
Florentin Collomp

Le Figaro
16/01/2014

En 2013, Londres a franchi la barre des 16 millions de touristes étrangers, devenant ainsi la ville la plus visitée au monde.

En 2013, encore plus de visiteurs se sont bousculés dans les allées du British Museum, première attraction de Londres, de la Tate Modern ou de la National Gallery. Ils se sont envolés dans les cabines de la grande roue London Eye ou dans les sombres couloirs de la Tour de Londres. Une ­affluence record permet aux dirigeants de la ville d’espérer pouvoir annoncer, ce jeudi, qu’en franchissant la barre des 16 millions de touristes étrangers, la capitale britannique aurait détrôné Bangkok et Paris en tête des villes les plus visitées sur la planète. Si les critères peuvent diverger, Paris avait accueilli 15,9 millions d’étrangers en 2012. New York se classe en quatrième ­position.

La mairie de Londres lie directement ce regain d’intérêt à un «effet Jeux olympiques». Un ­cercle vertueux, qui parvient à éviter la tendance des villes ­olympiques à constater une dé­saffection l’année suivante. Au contraire, Londres affichait une hausse de fréquentation de 8 % au premier semestre. Dans l’en­semble du pays, les arrivées d’étrangers ont bondi de 11 % sur les neuf premiers mois de l’année, à près de 25 millions de ­personnes.

Plus de revenus dans le West End que dans la City
«L’image de Londres a changé grâce aux JO, estime Kit Malt­house, maire adjoint de la ville. Les gens ont vu une ville belle, ouverte, vibrante, au-delà des clichés habituels sur la reine et le gin Beefeater.» Les touristes londoniens proviennent en grande majorité d’Europe, devant l’Amérique du Nord et le reste du monde. Ceux venant de Chine, d’Inde ou du Moyen-Orient représentent une large part de la croissance cons­tatée. Mais la politique de visas restrictive du gouvernement ­Cameron freine le développement de cette clientèle, au détriment de Paris. C’est pourquoi, sur pression des milieux d’affaires et du lobby touristique, le ministère de l’Intérieur a accepté d’assouplir sa pratique pour les Chinois.

Ces visiteurs dépensent beaucoup: 5 milliards de livres (6 milliards d’euros) sur les six premiers mois de 2013, en hausse de 12 %. Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique.

Chez London & Partners, l’agence de promotion de la capitale, on se félicite d’un «feel good factor» post-olympique et post-jubilé royal, prolongé par l’engouement autour de la naissance du prince George, la victoire d’Andy Murray à Wimbledon et des expositions événements ­comme «Pompéi» au British ­Museum ou «David Bowie» au Victoria & Albert. Facteur exceptionnel contribuant à l’attrait de la capitale britannique: les touristes ont en plus pu profiter d’un été magnifique.

 Voir également:

La France a perdu sa place de cinquième puissance économique mondiale
Le Figaro
Jean-Pierre Robin, Service infographie du Figaro
06/01/2015

INFO LE FIGARO – Notre pays a été dépassé en 2014 par le Royaume-Uni, dont le PIB est supérieur au nôtre.

Voilà une bien triste nouvelle pour François Hollande et l’orgueil national: «La France, c’est un grand pays ; elle est la cinquième puissance économique du monde», avait affirmé le président de la République le soir de la Saint-Sylvestre lors de ses vœux aux Français. Le propos se voulait roboratif, «un message de confiance et de volonté», avait-il lui-même annoncé. Hélas, trois fois hélas, au moment même où le chef de l’État rappelait ce fameux classement – une habitude bien ancrée de sa part -, il n’était déjà plus valable.

Certes, la France était effectivement «la cinquième puissance économique du monde» encore en 2013. Son PIB (produit intérieur brut), la richesse créée annuellement, la seule mesure de la puissance économique, arrivait au 5e rang, derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et devant le Royaume-Uni. Or celui-ci nous devance désormais: en 2014, le PIB britannique aura dépassé de 98 milliards d’euros celui de la France (2232 milliards d’euros pour le premier et 2134 milliards pour le second). Ces chiffres figurent dans un document de la Commission européenne consultable sur son site.

À cette période de l’année, il s’agit bien sûr encore d’une estimation. Mais contrairement aux prévisions qui peuvent se révéler fausses, cette évaluation comptable, qui marque une différence de près de 4,5 % entre les deux pays, ne sera en aucun cas remise en cause lors de la publication définitive des bilans 2014 dans quelques semaines.

Trois explications: la croissance, l’inflation et la force du sterling
Il s’agit en réalité d’un secret de polichinelle, et tous les économistes qui suivent ces questions le savaient: «Sur les quatre derniers trimestres dont on connaît les résultats – du quatrième trimestre 2013 au troisième de 2014 -, les calculs font apparaître que le PIB français a été de 2134 milliards d’euros en France et de 2160 milliards d’euros outre-Manche», observe Jean-Luc Proutat, économiste à BNP Paribas.

François Hollande aurait dû s’en douter, ou faire confirmer son information par ses conseillers, avant d’entonner l’antienne «France cinquième puissance», une contre-vérité désormais. Car le revers de fortune français intervenu l’an dernier n’a rien de mystérieux. Il est le produit de trois éléments: une croissance économique beaucoup plus rapide pour l’économie britannique, un rythme d’inflation également plus soutenu outre-Manche et, last but not least, la réappréciation substantielle de la livre sterling.

Rappelons qu’en 2013 le PIB anglais était inférieur de 97 milliards d’euros au nôtre (respectivement 2017 et 2114 milliards d’euros). Or il a bénéficié d’une croissance en volume de 3 % en 2014, ce qui lui a permis de progresser d’une soixantaine de milliards d’euros. De même l’inflation britannique a été de l’ordre de 1,5 %, d’où à nouveau une augmentation de 30 à 40 milliards d’euros. À quoi s’est ajoutée la revalorisation de la livre sterling, de 5,4 % vis-à-vis de l’euro, ce qui a permis de gonfler le PIB des Anglais d’environ 126 milliards d’euros. De son côté, la France n’a bénéficié que d’une croissance de 0,4 % et d’une inflation du même ordre ; du coup, son PIB nominal ne s’est accru que de 20 milliards d’euros à peine, selon la Commission européenne.

Le Royaume-Uni historiquement devant la France
Ces chiffres sont connus de tous. On s’étonne que Laurence Boone, la conseillère économique de l’Élysée, observatrice avisée de l’économie britannique, n’ait pas attiré l’attention de son patron. De leur côté, nos amis anglais se sont abstenus pour le moment de faire sonner tambours et trompettes après leur victoire sur les «froggies» (les Français mangeurs de grenouilles). Il y a quelques semaines, David Cameron, le premier ministre, se battait bec et ongles avec Bruxelles pour ne pas payer le surcroît de la contribution britannique au budget européen, laquelle résulte mécaniquement des bonnes performances de son pays.

Le Royaume-Uni surclasse à nouveau économiquement la France, ce qui n’avait cessé d’être le cas depuis le XVIIIe siècle et jusqu’en 1973. Seule la politique industrielle très ambitieuse de la présidence de Georges Pompidou avait alors mis fin à cette suprématie, la France passant pour la première fois de l’Histoire en tête. Sur les dix dernières années, le match a été très serré, lié au taux de change de l’euro et du sterling. Mais pour le millésime 2014, il n’y a pas photo comme diraient les commentateurs sportifs. Honneur au vainqueur.

Voir encore:

« Face à Londres, Paris manque d’un brin de folie »
Jean-Baptiste Daubié
Le Figaro

16/01/2014
VOTRE AVIS – Alors que Londres vient de détrôner Paris comme ville la plus visitée du monde, les internautes du Figaro.fr s’interrogent sur les raisons du désamour des touristes pour la capitale française.

Aphrodisiaque, Bertrand Delanoë? Moins que son homologue londonien Boris Johnson si l’on en croit l’afflux de touristes qui se pressent dans la capitale britannique. Londres vient en effet de ravir à Paris la place de première ville touristique du monde. Mais comment nos voisins d’outre-Manche ont-ils réussi ce hold-up? Les internautes du Figaro sont sans appel sur les raisons de cette destitution. Mais ils ne désespèrent pas: Paris peut reprendre sa place.

Londres et Paris, «c’est la nuit et le jour», explique Serge, qui a fait récemment un voyage à dans la capitale britannique. «Il existe des amendes allant jusqu’à 1000 livres si on laisse déféquer les animaux dans la rue», raconte-t-il: la saleté est en effet l’un des points de comparaison les plus relevées entre nos capitales. «De gros efforts doivent être faits sur la propreté» résume positif23 . «Les transports en commun parisiens sont en retard de 40 ans sur les autres métropoles comparables», ajoute-t-il, tandis que le voyant fait remarquer que «le métro londonien, lui, est propre et a été entièrement rénové».

«Lorsque l’on va à Londres, on a envie d’y retourner»
Il faut croire que les Français ont le dénigrement facile, car la litanie des tares de notre capitale ne s’arrête pas là: «À Paris, on y va pour se faire agresser!», fustige ainsi Hélène. Johnny se plaint lui du nombre «de délinquants sur les Champs-Elysées». En réponse, Serge fait valoir qu’à Londres, «vous n’êtes pas obligé de surveiller vos sacs et poches en permanence!»

Ensuite, il manque aussi à Paris «de la bonne humeur et un brin de folie» explique Hughes. «Nos chauffeurs de taxi et garçons de café repoussent toutes les clientèles», regrette ainsi positif23 . «L’accueil à Londres est bien plus sympathique», témoigne Annick. «Les Londoniens sont bien moins sectaires que les Français et ont le sourire» ajoute ViveleRoy . «Lorsque l’on va à Londres, on a envie d’y retourner» résume Hélène.

«Il ne faudrait pas faire de Paris un grand musée fantomatique»
Toutefois, chacun conviendra que ces critiques ne sont pas nouvelles: comment expliquer alors que Londres ne dépasse Paris qu’aujourd’hui? La réponse est à trouver dans les évènements récents où la capitale britannique a été le centre d’attention du monde entier, comme les Jeux Olympiques de 2012, le mariage princier ou le Jubilé de diamant de la reine Élisabeth II. «Nous étions à Londres avant les Jeux Olympiques et sommes revenus totalement charmés» , témoigne ainsi Alice . «Paris est tournée vers son passé alors que Londres est une ville dynamique» constate bastilleparis . «Il ne faudrait pas faire de Paris un grand musée fantomatique» s’inquiète donc génius .

«Que peut-on attendre d’une ville qui se bat pour faire fermer ses magasins le dimanche et vite baisser le rideau le soir dès 21h00 sur les Champs Elysées!», proteste bastilleparis . «Merci aux régulations qui font que Paris ressemble à une ville morte les week-ends et le soir», s’agace S S 4 .

Faut-il désespérer d’attirer à nouveau les touristes? Non, répondent plusieurs internautes: «En terme de patrimoine architectural, Paris reste largement supérieure à Londres» rappelle wushin , «J’ai l’habitude de voyager, et j’aime Paris», ajoute Annick. «Il faut seulement savoir se remettre en question» conseille Daisy . «Déçue par les mauvaises surprises de Paris, une jeune amie de Hong Kong est allée visiter Strasbourg et a été séduite par ses petites rues charmantes et proprettes» témoigne Alice . Alors, chiche?

Voir de plus:

La France championne du monde des prestations sociales
Le Figaro Service infographie du Figaro
25/11/2014

INFOGRAPHIE – Elles représentent près de 32% du PIB de l’Hexagone, contre 22% en moyenne pour l’OCDE.

Les dépenses sociales sont en baisse en Grèce ou au Canada, mais restent toutefois élevées dans la plupart des pays de l’OCDE avec en moyenne 22% du PIB, la France étant la plus généreuse (près de 32%), selon de nouvelles données rendues publiques lundi soir. Ces dernières années, les dépenses allouées aux allocations chômage, maladie ou autres aides sociales ont connu des baisses importantes au Canada, en Allemagne, Islande, Irlande ou encore au Royaume-Uni, indique l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

La Grèce enregistre la baisse la plus rapide (-2 points), après avoir taillé drastiquement dans les salaires des fonctionnaires, de médecins, des pensions retraite, détaille Maxime Ladaique, statisticien à la division des politiques sociales de l’OCDE. Toutefois, dans la majorité des pays, les niveaux restent historiquement élevés. Quatre pays consacrent plus de 30% de leur PIB aux dépenses sociales: la France, la Finlande, la Belgique et le Danemark. En Italie, en Autriche, en Suède, en Espagne et en Allemagne, elles représentent plus d’un quart du PIB.

A l’opposé, Turquie, Corée, Chili et Mexique dépensent moins de 15% de leur PIB pour les prestations sociales. Les trois derniers pays sont actuellement un niveau similaire à ceux des pays européens dans les années 1960. Comparé au niveau de 2007 d’avant-crise, le ratio dépenses sociales/ PIB a augmenté de 4 points en Belgique, Danemark en Irlande et au Japon. Il est en baisse au Luxembourg, en Espagne et en Finlande.

La santé, un poste de plus en plus important
Dans le détail, les pays consacrent en moyenne davantage de dépenses aux prestations en espèces (12,3% du PIB) qu’aux services sociaux et de santé (8,6% du PIB). Mais dans les pays scandinaves, au Canada, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, un meilleur équilibre entre les prestations en espèces et les prestations en nature est fait, remarque l’OCDE.
Ainsi les dépenses liées aux personnes âgées, aux maisons de retraite, aux personnes handicapées ou encore aux crèches sont importantes en Suède (7,5% du PIB) et au Danemark (7%), contre 3% en France ou 1% en Italie et en Pologne. Les pays scandinaves «sont très développés» et comptabilisent de nombreuses institutions pour accueillir les personnes âgées ou les enfants en bas âge, explique l’expert.

Les prestations en espèces ciblées sur la population dans la vie active représentent 4,4 % du PIB en moyenne dans les pays de l’OCDE: près de la moitié (1,8%) au titre des prestations invalidité/accidents du travail, 1,3 % pour les prestations familiales, 1 % du PIB pour les indemnités de chômage, et le reste pour des transferts sociaux.

La santé (coût des hôpitaux, médecins, médicaments) est un poste de plus en plus important pour les dépenses publiques, passé de 4% du PIB en 1980 à 6% en 2012. Cette augmentation s’explique entre autres par le coût de la technologie et une proportion de personnes âgées plus importante.

Les retraites pèsent aussi plus lourd pour les comptes publics. Depuis 1980, les dépenses pour les pensions par rapport au PIB ont augmenté de 2 points en moyenne dans les pays de l’OCDE. En France, elles représentent près d’un tiers des dépenses sociales.

Autre élément mis en lumière par l’OCDE: l’utilisation de prestations sous conditions de ressources est beaucoup plus répandue dans les pays anglophones et non européens que dans les pays d’Europe continentale. En Australie, plus de 40% des aides sociales vont par exemple aux 20% de la population la moins riche. Ce pourcentage tombe à environ 17% en France où les bénéficiaires d’aides sont beaucoup moins ciblés.

(AFP)

Guerre des taxis : cow-boys contre monopole
Le Monde

25.06.2015

Edito du « Monde ». En dépit de l’appel au calme lancé à l’Assemblée nationale, mardi 23 juin, par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, la guerre des taxis est déclarée. Larvée depuis des mois, elle menace de dégénérer. Après les manifestations musclées, menaces et agressions de ces derniers jours dans plusieurs villes de France, le blocage de Paris et de ses aéroports, jeudi 25 juin, émaillé de violents incident, en témoigne.

Les belligérants sont connus. D’un côté, les taxis professionnels, formés et titulaires d’un certificat de capacité, adossés à un monopole vieux de plusieurs décennies, protégés par le numerus clausus qui en limite le nombre de façon drastique, indépendants ou salariés de grosses sociétés comme G7 ou les Taxis bleus à Paris. Depuis des lustres, ils ont su défendre bec et ongles leurs intérêts et leur profession.

De l’autre, l’entreprise californienne Uber, créée en 2009, et qui a connu un développement fulgurant au point d’être actuellement valorisée 40 milliards de dollars. Grâce à une application pour smartphones, disponible dans le monde entier, elle entend casser le monopole des taxis en mettant directement en relation des clients et des voitures avec chauffeur (VTC). Tant que la concurrence se jouait entre les taxis professionnels et les VTC, y compris ceux d’Uber, autorisés et réglementés par la loi Thévenoud votée en octobre 2014, la situation était à peu près sous contrôle.

Mais Uber a franchi un pas supplémentaire avec son application UberPop, lancée en France depuis un an, et qui permet à des particuliers sans formation sérieuse, sans contrôle ni protection sociale, d’utiliser à leur guise leur voiture personnelle pour exercer une activité de taxi d’autant plus attractive qu’elle est pratique et meilleur marché. Les professionnels pensaient avoir obtenu gain de cause contre cette concurrence sauvage et déloyale après l’adoption de la loi Thévenoud, qui interdit ce travail clandestin et prévoit des sanctions sévères pour les organisateurs du réseau et ses chauffeurs.

Archaïsmes
C’était sans compter avec la stratégie de cow-boy mise en œuvre par Uber, dont le patron déclarait sans détour, en mai 2014 : « Nous sommes engagés dans une bataille politique face aux taxis. » En France, comme dans de nombreux pays, Uber utilise, en effet, toutes les ressources et les chicanes du droit pour contester son interdiction. Elle a ainsi suscité quatre questions prioritaires de constitutionnalité, visant à faire annuler par le Conseil constitutionnel telle ou telle disposition de la loi Thévenoud. La dernière en date, qui porte précisément sur l’activité d’UberPop, ne sera pas examinée avant l’automne.

En attendant, le réseau se développe rapidement, provoquant la révolte de plus en plus incontrôlable des taxis professionnels. Mais ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. Et chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante, qu’il s’agisse de l’accueil, des modalités de paiement par carte bancaire ou des tarifs forfaitaires depuis les aéroports, refusés par les professionnels.

Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. Faute de l’avoir fait, ils en sont réduits aujourd’hui à lutter pour leur survie. Avec, à leur tour, des méthodes de cow-boys inacceptables.

Voir de même:

Uber annonce la suspension d’UberPop en France dès ce soir

Le Monde Economie

03.07.2015

Propos recueillis par Jean-Baptiste Jacquin

A l’issue d’une folle semaine commencée jeudi 25 juin par une grève des taxis émaillée de violence et marquée par le renvoi en correctionnelle des deux patrons d’Uber pour l’Europe et la France, le géant américain jette l’éponge en France. Dans un entretien au Monde, Thibaud Simphal, directeur général d’Uber France, annonce la « suspension » d’UberPop, ce service qui permet à des particuliers de s’improviser chauffeurs de taxi avec leur voiture de tous les jours. Une volte-face. Ignorant les multiples proclamations d’illégalité, la société californienne continuait de déployer son service en attendant que la justice tranche de façon définitive. Uber, dont la principale activité reste les voitures de transport avec chauffeur (VTC), veut faire sauter les verrous qui entravent ce marché naissant.

Manuel Valls s’est réjoui vendredi de la décision d’Uber, en déclarant que « c’est une profession qui a besoin de règles ».

Pourquoi continuer à proposer le service UberPop en France alors que toutes les autorités du pays vous demandent d’arrêter cette activité ?

« Sur le fond, nous nous en remettons à la décision du Conseil constitutionnel attendue en septembre sur l’article de la loi Thévenoud »

Nous avons décidé de suspendre UberPop en France, dès 20 heures ce vendredi soir [3 juillet]. En premier lieu pour préserver la sécurité des chauffeurs Uber, ce qui a toujours été notre priorité. Ils ont été victimes d’actes de violence ces derniers jours. La seconde raison est que nous souhaitons nous situer dans un esprit d’apaisement, de dialogue avec les pouvoirs publics et montrer que l’on prend nos responsabilités. Sur le fond, nous nous en remettons à la décision du Conseil constitutionnel attendue en septembre sur l’article de la loi Thévenoud [qui organise la concurrence des taxis] concernant UberPop.

C’est la première fois qu’Uber renonce dans le monde à un service sans y avoir été contraint par la justice. Est-ce le signe d’une inflexion de votre stratégie ?

Non, nous avons déjà retiré le service UberX à Portland [Etats-Unis]. Le facteur principal ici n’est pas la contrainte mais la violence.

L’action de la police ces derniers jours n’avait-elle pas déjà réduit à néant l’activité d’UberPop ?

Pas du tout. Près de 10 000 conducteurs occasionnels en France sont inscrits sur la plateforme UberPop, dont 4 000 ont été actifs la semaine dernière. Tout ce bruit a plutôt fait de la publicité pour la plateforme.

Que vont devenir les chauffeurs UberPop ?

87 % des chauffeurs UberPop ont une autre activité à côté. Leur recette moyenne annuelle est de 8 200 euros, ce qui correspond environ aux coûts annuels de leur véhicule. Je tiens à les remercier ici pour leur calme et leur attitude exemplaire malgré les difficultés et la violence. UberPop leur offrait une opportunité réelle d’arrondir leurs fins de mois, alors que le pays en manque cruellement. Nous allons les aider.

Etait-ce responsable de les inciter il y a encore huit jours à rejoindre UberPop en leur affirmant que c’était juridiquement sûr ?

On a toujours été responsable, contrairement à certains acteurs qui n’ont pas clairement condamné les violences. Notre priorité est maintenant de trouver un moyen de remettre ces milliers de conducteurs sur la route. C’est vital pour eux et leur famille. On va les aider dans la course d’obstacles pour devenir VTC [véhicule de transport avec chauffeur]. Parce que les faits démontrent que la réglementation ne fonctionne absolument pas.

La loi Thévenoud ne permet-elle pas le développement du marché des VTC, en le démarquant à la fois des taxis et de services illégaux tels UberPop ?

C’est le contraire. Cette loi a marqué un coup d’arrêt au développement de ce nouveau secteur économique. Depuis le 1er janvier, seulement 215 nouvelles cartes de VTC ont été accordées en France alors que dans le même temps, 25 000 personnes ont contacté Uber pour devenir chauffeur VTC. Plusieurs milliers ont leur dossier complet, font la formation et attendent en vain leur carte. Nous allons faire des propositions aux chauffeurs et au gouvernement pour sortir de cette situation. Plus de 400 000 passagers utilisent UberPop parce qu’il apporte un service nouveau, fiable et sûr. Dans le secteur en pleine expansion de la mobilité urbaine, où de plus en plus de gens abandonnent leur voiture, il y a une complémentarité, plutôt qu’une concurrence, entre les différents modes de transport.

Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité

Quelles mesures proposez-vous au gouvernement ?

Des aménagements simples qui rapprocheraient, par exemple, le régime français de celui de Londres où il y a 80 000 VTC et 30 000 taxis [à Paris, il y a 17 700 taxis et on estime le nombre de VTC à 10 000]. Il suffirait de ne plus exiger une formation en nombre d’heures, mais des compétences validées par un examen. Actuellement, le processus pour devenir VTC prend six mois et nécessite 250 heures de formation alors qu’on a le droit d’être pilote d’avion léger en 20 heures ! Cette formation coûte jusqu’à 6 000 euros. Personne dans les populations dont on parle n’a une telle somme. La loi impose aussi une capacité financière de 1 500 euros, alors que l’on parle de jeunes de banlieues, de personnes éloignées de l’emploi… Troisième mesure, autoriser pour les VTC des voitures moins luxueuses, moins lourdes, moins polluantes. Cela fait près de deux ans que nous faisons ces propositions. Nous avons aussi des propositions pour que les taxis soient plus en adéquation avec leur époque.

Après vous être comporté en cow-boy, comment pensez-vous être crédible pour proposer des mesures aux taxis ?

Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! Nous pensons qu’il devrait y avoir le maximum de liberté pour les chauffeurs de taxi afin qu’ils puissent choisir la plateforme avec laquelle ils veulent travailler. La loi leur interdit d’être aussi VTC. Or, plus l’offre est ouverte et permet la concurrence entre plateformes, plus les chauffeurs y gagneront. Cela se passe comme ça dans tous les marchés où nous sommes, mais pas en France.

Vous risquez une peine de prison. Avez-vous songé à quitter Uber ?

Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité. Il y a encore de très belles choses à faire. Cette entreprise fait débat partout, cela vient du succès et de la puissance d’une idée.

Voir par ailleurs:

Une économie grecque à bout de souffle
Dette publique, chômage, recul de l’activité… Tous les clignotants sont au rouge.
La Croix
5/7/15

Pour la Grèce, le drame qui se joue en ce moment, est un peu celui d’une décennie perdue, avec un PIB, autrement dit une richesse nationale, qui a perdu plus du quart de sa valeur, pour revenir quasiment à son niveau de 1999, juste avant l’entrée du pays dans la zone euro. L’an dernier, le PIB par habitant atteignait environ 22 000 €.

Le taux de chômage a, quant à lui, explosé depuis le déclenchement de la crise, pour être aujourd’hui le plus élevé de la zone euro. Il touche 25,6 % de la population active (presque 60 % chez les moins de 25 ans), contre 7 %, à son plus bas niveau en 2007. Il atteignait 10,5 % lors de l’entrée de la Grèce dans la zone euro, en 2001.

Une situation qui continue de se dégrader
Déficit public, recul de l’activité… Aujourd’hui, tous les clignotants de l’économie grecque sont dans le rouge. L’activité a reculé de 0,2% au premier trimestre 2015, deuxième trimestre consécutive de recul. Après six ans de récession, le pays avait pourtant renoué avec une timide croissance de 0,7% en 2014, dopée surtout par une bonne saison touristique.

Les comptes publics se dégradent aussi très rapidement. Dans sa dernière prévision, établie en mai, la Commission européenne prévoyait un déficit de 2,1 % cette année, puis de 2,2 % en 2016. En début d’année, elle tablait pourtant sur un excédent de 1,1 %, puis de 1,6 %.

La dette grecque, déjà la plus élevée de la zone euro, devrait elle aussi exploser pour atteindre 180,2 % cette année, avant de légèrement refluer à 173,5 % en 2016. En février, la Commission européenne prévoyait une dette à 170,2 % en 2015, et 159,2 % l’an prochain.

Un niveau de dette insoutenable
Avec la crise financière et le laxisme des gouvernements successifs, la dette publique grecque est passée de 107% du PIB en 2007 à 177% en 2014, soit 317 milliards d’euros, selon Eurostat. Un niveau qualifié aujourd’hui d’« insoutenable » par le FMI.

Un premier plan d’aide de 110 milliards d’euros avait pourtant été accordé à la Grèce en 2010 par l’Union européenne, la BCE et le FMI. Mais la situation ne s’est pas redressée au contraire.

Un second plan de sauvetage a été mis en place en 2012, combinant 130 milliards de prêts supplémentaires et un effacement de 107 milliards de la dette détenue par les créanciers privés.

L’absence de réformes structurelles
L’économie grecque reste minée par la corruption, le clientélisme et le travail au noir. Dans un pays sans cadastre, le fait de ne pas payer d’impôt est depuis longtemps un sport national. En 2012, le directeur de la brigade grecque des contrôles fiscaux Nikos Lekkas avait ainsi évalué le manque à gagner à 40 à 45 milliards d’euros par an, soit 12 à 15% du PIB.

La Grèce souffre aussi d’une bureaucratie étouffante et d’une lourdeur administrative, peu propice aux investissements, malgré les subventions massives accordées par l’Union européenne pour le développement du pays.

Les finances publiques grecques sont structurellement déficitaires et le poids des retraites reste un fardeau, représentant 16% du PIB, selon le FMI, soit le niveau le plus élevé d’Europe. Les réformes entamées en 2010 en ce domaine n’ont pas suffi et de nouvelles économies seront nécessaires.

Une économie fermée
L’économie reste peu productive, relativement fermée sur elle-même. Les exportations grecques de biens et de services ne représentent ainsi que 30% de son PIB, et ses importations 34%.

L’an dernier, la balance commerciale de la Grèce affichait un déficit de 20,5 milliards d’euros. « Partout en Europe, on trouve de l’huile d’olive italienne ou espagnole, mais pas d’huile d’olive grecque », souligne, à titre d’exemple, Olivier Passet, économiste chez Xerfi.

Jean-Claude Bourbon

Voir aussi:

Edito: Grèce, fuite en avant
Vincent Slits

La Libre Belgique

28 juin 2015

En Grèce, les retraits sont limités à 60 euros par jour jusqu’au 6 juillet
Sous le choc de la crise grecque, les bourses européennes chutent
Après l’annonce du contrôle des capitaux, les Grecs à la fois inquiets et résignés
Les banques grecques et la Bourse d’Athènes fermées ce lundi
EditoMais comment en sommes-nous arrivés là ? Il y a un peu moins d’une semaine, un accord semblait à portée de main pour éviter un défaut de paiement de la Grèce et le risque d’un « Grexit » qui plongerait alors l’ensemble de la zone euro en terres inconnues. On le sait, un « deal » – extension du programme d’assistance financière à la Grèce contre réformes (retraites, TVA, fiscalité…) et économies budgétaires – est durement négocié, depuis cinq mois, entre Athènes et ses créanciers. Et alors qu’un nouvel Eurogroupe était convoqué samedi dans l’espoir de conclure, Alexis Tsipras a pris tout le monde de court en annonçant la tenue le 5 juillet d’un référendum sur l’acception ou non des propositions des créanciers.

Le Premier ministre grec sortait ainsi de sa manche son ultime carte, celle qui était censée faire plier les créanciers et ouvrir la voie à une restructuration de la dette grecque. L’objectif est totalement manqué. Ce chantage à la voix du peuple n’aura fait que cabrer les partenaires européens, torpillant les derniers espoirs d’éviter le pire.

Sans même parler de la légalité de ce référendum ou de la pertinence de son objet, Tsipras s’est décrédibilisé sur la scène européenne dans cette « opération kamikaze » dont ses concitoyens risquent d’être les premières victimes. La panique bancaire, l’effondrement du système financier grec et la banqueroute économique du pays ne sont plus très loin.

Si le pari de Tsipras est irresponsable, les dirigeants européens devraient s’interroger sur les racines de cette fuite en avant grecque. L’humiliation du peuple grec, écrasé par des mesures d’austérité aveugles qui ont anéanti un quart de son économie et l’absence de perspectives de sortie de crise, pousse aux solutions les plus radicales car les plus désespérées. Il est moins une pour éviter le chaos. Chacun doit y mettre du sien. Et avoir enfin le courage politique d’aborder la problématique de la dette sans tabous.

Voir également:

Suivez « Victoria » jusqu’au bout de la nuit
Thriller. « Victoria » vous embarque dans une course incessante de plus de deux heures, filmée d’une traite par Sebastian Schipper.
Paris-Normandie
le 30/06/2015

Grand Prix du jury au dernier Festival international du film policier de Beaune, Victoria a également reçu les prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure photographie, meilleure musique au Deutscher Filmpreis, l’équivalent de nos César… Et pour combler son réalisateur, Sebastian Schipper, la Berlinale 2015 lui a décerné l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique. De quoi susciter une curiosité qui n’est pas sans rappeler l’effet Cours Lola, cours en 1999.

Le pitch est pourtant banal : il est presque 6 heures du matin lorsque Victoria, installée à Berlin depuis trois mois, sort d’une boîte de nuit avec Sonne et sa bande, dont elle vient de faire la connaissance. Grisée par l’alcool, la jeune fille plutôt sage accepte de les suivre jusqu’au lever du jour et l’ouverture du bar où elle travaille. Une décision hasardeuse qui ne sera pas sans conséquence.

La particularité artistique du film, c’est qu’il s’agit d’un long plan séquence de 2 h 10. Tout simplement parce que Sebastian Schipper filme en temps réel cette fin de nuit et ce lever du jour que vivent Victoria, Sonne et ses amis. Il ne s’agit pas seulement d’une prouesse technique qui a dû demander des heures de répétitions et de mises en place. Non, il s’agit d’un choix narratif qui place le spectateur dans le même état que ses personnages : à bout de souffle, à force d’avoir dansé sur des musiques frénétiques, déambulé dans la ville, couru d’un lieu à l’autre, monté des étages, grimpé des échelles, et fui des dangers plus ou moins effrayants.

La virée commence par de gentils bobards racontés par des garçons fanfarons, le chapardage potache de cannettes de bières. Elle se poursuit sur un joli moment intime et émouvant entre Victoria et Sonne, attirés l’un par l’autre. Le lever du jour sera le moment de vérité, celui où Victoria accepte de participer à une équipée beaucoup plus risquée.

La jeune Laïa Costa, d’une fraîcheur déroutante, nous fait partager son envie de suivre ces inconnus plus bras cassés que braqueurs. Il faut dire que Frederick Lau fait de Sonne un garçon craquant. L’attirance qu’ils ressentent l’un pour l’autre est crédible, tout comme leur solidarité au groupe.

Geneviève Cheval

Victoria

De Sebastian Schipper (Allemagne, 2 h 10) avec Laia Costa, Frederick Lau…

 Voir enfin:

Entretien
“Victoria”, “un projet fou qui nous rappelle combien il est fou de tourner un film”

Jérémie Couston
Télérama

03/07/2015

En un seul et unique plan-séquence, Sebastian Schipper filme les pérégrinations nocturnes d’une jeune Espagnole à Berlin. Une prouesse technique sur fond de thriller épileptique que nous décrypte le cinéaste allemand.
Sebastian Schipper n’enseigne pas à l’école de cinéma de Berlin comme on peut le lire sur IMDb. Mais on aurait pu le croire en découvrant son quatrième long métrage, Victoria, récit d’un braquage en temps réel dans la nuit berlinoise, qui joue avec les codes du films de gangsters, tout en s’en démarquant avec fracas par sa forme. Après quelques seconds rôles, notamment dans Cours, Lola, cours, petit film culte allemand de la fin du siècle dernier, et trois réalisations inédites en France, Sebastian Schipper sera donc le cinéaste qui a réussi la prouesse de tourner un film d’action en un seul plan-séquence de deux heures et vingt minutes. On s’attendait à rencontrer un jeune technicien survolté parlant avec exaltation de son exploit. On est tombé sur un élégant brun aux yeux bleus, de 47 ans, qui boit du Darjeeling et préfère les métaphores aux marques de caméras.

La question qui brûle les lèvres, c’est évidemment celle de l’absence ou non de trucage pour réaliser ce plan-séquence…

Est-ce que l’Allemagne a gagné 7-1 contre le Brésil ? C’est incroyable, mais c’est arrivé. Si vous ne voyez pas de coupes, c’est sans doute qu’il n’y en a pas. En vérité, il y a trois moments où j’aurais pu couper car la lumière était très faible mais je ne l’ai pas fait. J’aurais pu, à l’étalonnage, éclaircir ces scènes pour bien montrer que la caméra ne s’arrête pas mais j’ai préféré les laisser sombres car je n’ai pas fait ce film pour le Guinness des records.

En même temps, je suis obligé de vous croire…

A Berlin [où le film a commencé sa carrière], Dieter [Kosslick, le directeur du festival] est venu me trouver le jour de la présentation officielle en me disant qu’il avait croisé une personne qui avait des informations selon lesquelles mon film comportait trois coupes. La théorie du complot appliquée au cinéma. Pour la balle magique qui a tué Kennedy ou la mort d’Oussama Ben Laden, je n’en sais rien, mais je détiens la vérité pour mon film ! Et je suis en mesure d’affirmer qu’il a été tourné en un seul plan. Un jour, un journaliste a pris une photo d’un criminel avec son smartphone et ce dernier a été localisé et arrêté grâce aux informations contenues dans le fichier numérique. Une image comporte toujours des éléments invisibles à l’œil nu. C’est fascinant. On aurait sans doute pu réaliser des coupes « invisibles » mais le public s’en serait, d’une manière ou d’une autre, rendu compte.

“Eliminer la notion de catastrophe dans le processus de fabrication d’un film me semble une erreur.”
Cela a dû être une organisation démente, des répétitions interminables, non ?

Tous les films sont éprouvants. Celui-ci pas plus qu’un autre. Je pense que la folie de ce projet nous rappelle combien il est fou de tourner un film. Et que la professionnalisation du cinéma d’aujourd’hui est peut-être une fausse route. Vouloir à tout prix éliminer la notion de catastrophe dans le processus de fabrication d’un film me semble une erreur. Tous les acteurs professionnels savent parfaitement comment prononcer une réplique quand la caméra les cadre en gros plan. Gros plan qui sera parfaitement éclairé par un chef opérateur très professionnel et parfaitement voulu par un réalisateur tout aussi professionnel. Quelque chose s’est perdu dans tout ce professionnalisme.

Qu’a-t-on perdu ?

Prenons deux films de mon panthéon personnel, A bout de souffle et Apocalypse Now, deux films très différents dans leur forme mais qui ont en commun d’avoir été tournés de façon non professionnelle si l’on considère les standards actuels. D’après ce que je sais du tournage d’A bout de souffle, il y avait beaucoup d’improvisation, des horaires très flexibles, Godard lui-même hésitait pas mal dans sa mise en scène, se laissant guider par l’inspiration du moment. Quant à Apocalypse Now, le documentaire sur le tournage, Heart of darkness, est presque aussi célèbre que le film. Je ne me compare pas du tout à ces deux monstres. L’an dernier, j’ai tourné un petit film un peu fou, un peu idiot, dans les rues de Berlin, en essayant simplement de retrouver cet esprit.

“C’est une improvisation au sens musical du terme. Une improvisation punk.”
Comment prépare-t-on un tel tournage ?

Mentalement. Tous ceux qui ont été tentés avant moi de réaliser un film en un seul un plan-séquence l’ont fait en essayant d’imiter un film normal. C’est-à-dire avec d’innombrables répétitions pour atteindre la perfection, pour contrôler l’incontrôlable. Le projet qui se rapproche le plus du mien en terme de forme, c’est L’Arche russe, de Sokourov, qui a été tourné en un seul plan dans le musée de l’Ermitage mais c’est un film contrôlé de partout. Victoria, au contraire, parle de la perte de contrôle, du partage des responsabilités. C’est une improvisation au sens musical du terme. Une improvisation punk.

Mais vous aviez des cascades à gérer, on n’improvise pas des cascades…

Une improvisation ne consiste pas à se retrouver et à jouer ensemble. Il y a des règles. Quel style de musique ? Quels instruments ? Quel rythme ? Si tu amènes une guitare électrique pour jouer The Star-Spangled Banner dans une impro de free jazz, tu te fais virer. Même la musique punk répond à un cahier des charges précis. Je suis persuadé qu’un punk ne pourrait pas boire une bière dans un verre en cristal sans se faire lyncher. Bien sûr qu’on a fait des répétitions, bien sûr que les acteurs avaient une trame pour leurs dialogues. Mais l’organisation du plateau n’a pas été le plus dur. Il fallait avant tout que le film ait l’air vivant, et que les acteurs ne donnent pas l’impression de jouer. Le plan-séquence, c’est l’outil, il faut inventer tout ce qu’il y a autour. Au 19e siècle, les peintres ont mis la peinture dans des tubes et ont pu poser leur chevalet dans la nature et enfin peindre la vie telle qu’ils la voyaient, et non plus d’après leurs souvenirs, au fond de leur atelier. Mais quand les impressionnistes sont revenus avec leurs tableaux peints sur le vif, on leur a dit qu’ils étaient affreux. Il faut s’habituer à la laideur, ne pas en avoir peur. J’ai le sentiment que les cinéastes ont abandonné l’idée de laideur, ils se sont arrêtés de progresser, d’innover. Ils se sont rendus à la beauté. Tous les films se ressemblent, ils sont impeccables, mêmes ceux tournés caméra à l’épaule. Aujourd’hui, la beauté des tableaux des impressionnistes ou du Caravage n’est plus remise en cause, c’est même devenu la quintessence de la beauté. Mais on s’interroge toujours sur celle de Francis Bacon. La plupart des cinéastes contemporains se sont arrêtés aux impressionnistes. Et il y a peu de Francis Bacon qui, tout en admirant le Caravage, ose retourner le canevas pour peindre sur le mauvais côté de la toile et voir ce qui peut surgir de cet accident. Ne pas rechercher la perfection mais le flow : c’est une expérience risquée mais enthousiasmante. Sur Victoria, on est passé pas loin de la catastrophe.

“A l’ère numérique, il est impossible de cacher quoi que ce soit, il faut tout montrer.”
C’est-à-dire ?

Les deux premières prises ne m’ont pas convaincu. L’énergie n’était pas au rendez-vous. J’avais un plan B dans ma tête si le plan-séquence échouait sur la durée du film : monter le film en jump cuts [technique de montage, popularisée par Godard dans A bout de souffle, qui consiste à coller deux plans sans respecter la continuité, de façon abrupte, créant ainsi un effet de sursaut]. Le monteur a donc réalisé une version en jump cuts mais c’était encore pire, ça ne marchait pas du tout. Je me suis donc retrouvé tout à coup sans plan B. La première prise a été tournée juste après les répétitions. La seconde une dizaine de jours plus tard. Et la troisième, la bonne, quarante-huit heures après. Victoria a donc deux sœurs jumelles mais elles ne sont pas très jolies à voir. Elles seront sur le dvd et tout le monde pourra juger sur pièces. A l’ère numérique, il est impossible de cacher quoi que ce soit, il faut tout montrer.

Quelle caméra avez-vous utilisé ?

On s’en fout. Si je devais faire une liste des dix choses les plus importantes pour ce film, la caméra n’y serait pas. Vous avez raison, il y a deux ou trois ans, la peinture en tube n’existait pas mais j’ai l’impression qu’on parle trop de tube et de peinture. Pour vous répondre franchement, notre budget était serré, nous avons donc demandé au fabricant de nous prêter une caméra pour tourner le film. Ce qu’il a refusé. Je ne vais donc pas lui faire de la pub en le citant.

“Il faut savoir oublier ses maîtres pour avancer.”
La scène du hold-up avec Victoria qui attend dans la voiture est une citation de Gun Crazy, non ?

Je n’ai jamais vu Gun Crazy ! Bacon et Le Caravage ont tous les deux peint un pape, mais leurs tableaux sont très différents. Je vénère certains réalisateurs comme Godard ou Coppola et j’allume volontiers une bougie à l’église pour eux, mais quand je sors de l’église, j’essaie de ne plus y penser. Il faut savoir oublier ses maîtres pour avancer. Quand un groupe entre en studio pour enregistrer un nouvel album, je préfère imaginer qu’il ne passe pas son temps à écouter ses disques préférés.

Quel type de cours dispensez-vous à l’école de cinéma de Berlin ?
Mais je n’ai jamais enseigné le cinéma, ni à Berlin ni ailleurs ! J’ignore pourquoi cette information s’est retrouvée sur internet. Vous n’êtes pas le premier à m’en parler. Cela dit, l’an dernier, j’ai proposé à l’école Otto-Falkenberg à Munich, dans laquelle j’ai étudié le métier d’acteur, de leur organiser un atelier car je crois avoir compris quelques trucs sur la façon de réagir face à une caméra. Ils m’ont proposé de venir une fois parler de mon expérience devant les élèves mais j’ai refusé, je voulais faire un atelier et sans être payé. Ma proposition tient toujours.


Bac 2014: Attention, un crime peut en cacher un autre ! (To those who hear, those who see: Turkish writer takes on honor killings)

21 juin, 2014
https://i0.wp.com/www.reorientmag.com/wp-content/uploads/2012/10/Honour-Elif-Shafak1.jpghttps://i2.wp.com/extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/118/P3/9782264060525.jpg

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Camus

Le passé est encore là – simplement, il est inégalement réparti. D’après  William Gibson
Aussi loin qu’il se souvienne, il s’est toujours perçu comme le prince de la maison et sa mère comme celle qui, de façon contestable, le mettait en valeur, était sa protectrice inquiète. J. M. Coetzee (Scènes de la vie d’un jeune garçon)
Quand j’avais sept ans, nous vivions dans une maison de verre. Un de nos voisins, un tailleur de talent, battait souvent sa femme. Le soir, on écoutait les pleurs, les cris, les insultes. Le matin, on vaquait à nos occupations habituelles. Tout le voisinage prétendait n’avoir rien entendu, n’avoir rien vu. Ce roman est dédié à ceux qui entendent et à ceux qui voient. Elif Shafak (Crime d’honneur, exergue)
Ma mère est morte deux fois. Je me suis promis de ne pas permettre qu’on oublie son histoire, mais je n’ai jamais trouvé le temps, la volonté ou le courage de la coucher par écrit. Jusqu’à récemment, je veux dire. (…) Il fallait pourtant que je raconte cette histoire, ne serait-ce qu’à une personne. Il fallait que je l’envoie dans un coin de l’univers où elle pourrait flotter librement, loin de nous. Je la devais à maman, cette liberté. (…) C’est ainsi que, dans le pays où naquirent Destinée-Rose et Assez-Belle, « honneur » était plus qu’un mot. C’était aussi un nom. On pouvait le donner à un enfant, à condition que ce soit un garçon. Les hommes avaient de l’honneur – les vieillards, ceux dans la force de l’âge, même les écoliers, si jeunes que, si on leur appuyait sur le nez, il en sortirait du lait. Les femmes n’avaient pas d’honneur. Elles étaient marquées par la honte. Comme tout le monde le savait, « Honte » était un bien mauvais nom à porter. (…) Son silence le déroutait. Et si elle n’était pas vierge ? Comment pourrait-il vivre avec cette interrogation le reste de sa vie ? Que penserait son frère Tariq quand il apprendrait qu’il s’était trouvé une femme souillée – la réplique exacte de leur mère ? (…) Ce serait une des nombreuses ironies de la vie de Pembe, que ce qu’elle détestait le plus dans la bouche de sa mère, elle allait le répéter à sa fille Esma, mot pour mot, des années plus tard, en Angleterre. Elif Shafak (Crime d’honneur, extrait)
Pourquoi Iskander Tobrak, seize ans, fils aîné et chef d’une famille mi-turque mi-kurde depuis le départ de son père, Adem, a-t-il, en 1978, poignardé à mort sa mère, Pembe ? C’est la question toujours aussi douloureuse que se pose, quatorze ans après les faits et alors qu’elle part chercher Iskander à sa sortie de prison, Esma, sa soeur. Pour tenter d’y répondre, elle doit remonter à leurs propres origines, dans un petit village des bords de l’Euphrate. Pembe et Jamila, son identique jumelle, y sont nées en 1945. Selon leur père, quel que soit le malheur infligé à l’une, elles étaient vouées à souffrir ensemble, et donc deux fois plus… Venu d’Istanbul, le jeune Adem Tobrak s’éprit follement de Jamila, mais celle-ci ayant été, quelques mois plus tôt, enlevée, et sa virginité étant, de ce fait, contestée, il ne put l’épouser et se rabattit sur Pembe. Cette dernière accepta et suivit son mari à Istanbul puis en Grande-Bretagne où, malgré la naissance de trois enfants, la vie du couple ne tarda pas à partir à vau-l’eau… Un roman superbe et bouleversant. L’Actualité littéraire
It’s usually the father, brother or first male cousin who is charged with the actual shooting or stabbing, (but not) the mother who lures the girl home. The religion has failed to address this as a problem and failed to seriously work to abolish it as un-Islamic. Phyllis Chesler
I think that as women we’re strong enough now to not only acknowledge our racism, our class bias and our homophobia but our sexism. The coming generation, and second-wave feminists as well, can acknowledge that women, like men, are aggressive and, like men, are as close to the apes as the angels. Our lived realities have never conformed to the feminist view that women are morally superior to men, are compassionate, nurturing, maternal and also very valiant under siege. This is a myth. (…) Women don’t have to be better than anyone else to deserve human rights. Our failure to look at our own sexism lost us a few inches in our ability to change history in our lifetime. The first thing we do is acknowledge what the truth is, and then we have to not have double standards. We have to try not to use gossip to get rid of a rival, we have to try not to slander the next woman because we’re jealous that she’s pretty or that she got a scholarship. I think we have to learn some of the rules of engagement that men are good at. Women coerce dreadful conformity from each other. I would like us to embrace diversity. Then we could have a more viable, serious feminist movement. (…) Because the stereotypes of women have been so used to justify our subordination and since it was a heady moment in history to suddenly come together with other women in quantum numbers around issues of women’s freedom and human rights, it took a while before each of us in turn started looking at how we treated each other. The unacknowledged aggression and cruelty and sexism among women in general — and that includes feminists — is what drove many an early activist out of what was a real movement. (…) I think it gets worse when it’s women only. Men are happy in a middle-distance ground toward all others. They don’t take anything too personally, and they don’t have to get right into your face, into your business, into your life. Women need to do that. Women, the minute they meet another woman, it’s: she’s going to be my fairy godmother, my best friend, the mother I never had. And when that’s not the case we say,  »well, she’s the evil stepmother. » (…) I do have a chapter that says if you have a situation that is male-dominated with a few token women, women will not like each other, they will be particularly vicious in how they compete and keep other women down and out. We can’t say how women as a group would behave if overnight they had all the positions that men now have. (…) It helps to understand that in these non-Western countries where you have mothers-in-law dousing daughters-in-law with kerosene for their dowries and we say  »how shocking, » we have a version here. You have here mothers who think their daughters have to be thin, their daughters have to be pretty and their daughters need to have plastic surgery and their daughters have to focus mainly on the outward appearance and not on inner strength or inner self. It’s not genital mutilation but it’s ultimately a concern with outward appearance for the sake of marriageability.(…) I’m thinking back to the civil rights era and the faces of white mothers who did not want little black children to integrate schools. What should we say about those women who joined the Ku Klux Klan or the Nazi party? You have a lot of women groaning under the yoke of oppression. Nevertheless, there are women who warm the beds and are the partners of men who create orphans. Women are best at collaborating with men who run the world because then we can buy pretty trinkets and have safe homes and nests for ourselves.(…) Women are silenced not because men beat up on us but because we don’t want to be shunned by our little cliques. That applies to all age groups. That’s one of the reasons that women are so conformist and so indirect: we end up sabotaging her rather than risking the loss of her intimate companionship. Women stealing each other’s lovers and spouses and jobs is pandemic. Phyllis Chesler
Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a « déshonoré » sa famille est suffisante pour enclencher une représaille. Human Rights Watch
En général, en Occident, le crime d’honneur varie en fonction de la géographie. Peu coutumier de nos jours dans les régions du Nord, il devient plus intense en descendant vers le Sud (sociétés méditerranéennes et/ou musulmanes, etc..) où les codes d’honneur propres à telle ou telle société traditionnelle ont conservé plus d’importance. C’est ainsi que la vengeance par la justice privée, plus connue sous le nom de vendetta fait partie de la culture de certains groupes ethniques qui se situent dans les Balkans (notamment les régions peuplées d’albanophones), en Turquie (Anatolie, Kurdistan, etc..), le sud de l’Italie et les îles de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile, Crète). Avec l’immigration musulmane (notamment pakistanaise, turque/kurde et arabe), les crimes d’honneur sont réapparus en Europe. En Italie, en 2006, Hina Saleem (it), une jeune pakistanaise de 21 ans, est assassinée à Sarezzo (Lombardie) par ses parents et des membres de sa famille qui n’acceptaient pas sa relation avec un Italien et sa vie jugée « trop occidentale »10. Hina s’était également opposée à un mariage arrangé. Toujours en Italie, en 2009, Sanaa Dafani, une jeune marocaine de 18 ans résidant avec sa famille à Pordenone (N.-E.), est égorgée par son père qui lui reprochait d’être « trop occidentale » et d’avoir une relation avec un Italien11. Il sera condamné définitivement à 30 ans de prison en 201212. En 2010 à Modène (Italie), un pakistanais, aidé de son fils, « punit » à coups de barre d’acier et de pierre son épouse et sa fille qui refusaient un mariage arrangé. La mère succombera à ses blessures13. En Allemagne, en 2005, Hatun Sürücü, une jeune Allemande d’origine turque, est tuée à Berlin par son frère pour « s’être comportée comme une Allemande »14. En Belgique, en 2007, Sadia Sheikh, une pakistanaise de 20 ans, est assassinée à Charleroi (Région wallonne) par des membres de sa famille pour avoir refusé un mariage arrangé15. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur16. En Grande-Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation)) a recensé 2823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de « venger l’honneur d’une famille ». Wikipedia
Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité. C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ». Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces. Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques. (…) La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé. Le Monde

Attention: un crime peut en cacher un autre !

Alors qu’après la prestigieuse Oxford Union (assimilée à un vulgaire bureau des étudiants) l’an dernier

Et sous couvert de la neutralité du titre anglais et le refus de toute identification nationale de la romancière ou de ses personnages …

Réduisant à de simples sorties-cinéma les rencontres, nécessairement clandestines dans les cinémas les plus excentrés du Londres des années 70 et d’ailleurs payées au prix fort du matricide, d »une héroïne kurde abandonnée par son mari et d’un restaurateur multiculturel d’origine grecque …

C’est la tragique héroïne d’un roman anglo-turc que la cuvée du bac d’anglais 2014 assassine à nouveau …

Pendant qu’avec le retour des djihadistes en Irak suite au départ précipité du Munichois en chef de la Maison Blanche, les belles âmes qui avaient hurlé contre Bush et regretté Saddam nous ressortent leurs arguments les plus éculés contre la démocratisation d’une des régions les plus arriérées de la planète …

Comment ne pas voir cet étrange aveuglement, politiquement correct oblige, d’une Europe et d’un Occident d’ordinaire si prompts à dénoncer les moindres manquements aux droits de ces nouveaux damnés de la terre que sont devenus les immigrés …

Sur ces crimes dits d’honneur qui, avec l’afflux d’immigrants et comme le rappelait il y a quelques années Le Monde, ne sont plus  « réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde » …

Et qui, devant le durcissement des législations, se voient même maquillés en suicides ou attribués à des meurtriers mineurs susceptibles d’être jugés moins sévèrement ?

Et comment ne pas saluer, par contraste, la véritable plongée que nous offre  la romancière turque fille d’un philosophe et d’une diplomate Elif Shafak dans ce passé encore « là mais inégalement réparti » …

Ce monde qui nous était devenu inconnu …

Où, via l’éducation qu’elles prodiguent à leurs fils et filles, les victimes elles-mêmes font partie de la reproduction de leur propre victimisation …

Et qui, avec l’immigration et à l’instar de certaines maladies que l’on croyait disparues, fait pourtant son retour en force chez nous ?

Q & A With Elif Shafak

Penguin Q & A with Elif Safak, author of Honour

What is your new book about?

Honour is about a family, mother-son relationship and how we, knowingly or unknowingly, hurt the people we love most. This is the story of a half-Turkish, half-Kurdish family in London in the late 1970s.

What or who inspired it?

Life.

What was the biggest challenge, writing it?

The central character, Iskender, is a young man obsessed with the notion of honour to the extent that he becomes a murderer. It was a challenge for me to put myself in his shoes, to build empathy for this extremely macho character, but it was important. Without understanding boys/men like Iskender we cannot discuss, let alone solve, honour killings.

What did you want to achieve with your book?

I wanted to tell a story, that has always been my primary aim, whatever the subject. I love giving a voice to characters who are kept in the margins, left unheard in life.

What do you hope for your book?

I hope it will connect readers from different backgrounds and lifestyles, I hope it will speak to their hearts and transcend cultural ghettoes.

Are there any parts of it that have special personal significance to you?

My novels are not autobiographical. In other words, my starting point is not myself. I find writing about myself rather boring. What I am more interested in is being other people, discovering other world and universes.

Do you have a favourite character or one you really enjoyed writing?

I don’t have a favourite character, as I feel and love each and every character along the way, even the side characters, even the ones who look troubled. However I must say Yunus, the family’s younger son has a special place in my heart. Imagining him, being him, was an inspiring journey.

What do you see as the major themes in your book?

Love and freedom. There cannot be love without freedom. And there is no honour in murder.

What made you set it in London?

My novel travels to different cities and locations, like all of my novels do. There are scenes in a Kurdish village, Istanbul, but London has been central. I love this city. I love the multicultural blending here, which is different than anywhere else. But I also wanted to say if honour-related attacks are happening even here, and they are, then that means they can happen anywhere.

Did the title come instantly to you or did you labour over it?

The title had a journey of its own. In Turkey the novel is called Iskender, which means Alexander. However I could not name it Alexander in English as people would have thought it was a novel about Alexander the Great. So instead of focusing on a character I focused on the theme and chose Honour. It is being translated into many languages and as it travels from one country to another book jackets change. In Italy they also changed the name because the word Honour in Italian recalls the mafia, and the novel has nothing to do with the mafia. So my Italian publisher Rizzoli and I chose another title: The House of Four Winds, which is the name of the Kurdish village in the novel.

To whom have you dedicated the book and why?

This book is dedicated to people who see, people who hear, people who care. And why I did that? Well the answer is in this little story I wrote at the opening page…

Who do you think will enjoy your book?

I don’t have a specific audience. Very different people read my work and I cherish that. I sincerely hope people who love stories and the art of storytelling will enjoy it, that’s what matters.

Do you have a special spot for writing at home? (If so, describe it)

I don’t have writing rituals or specific places for that. I write at home but I also write in crowded cafes, restaurants, trains stations, airports, always on the move.

Do you like silence or music playing while you’re writing?

I don’t like silence at all. I cannot write in silence. There has to be the sounds of life, music, the sounds coming from the street, rain cars and all of that. Istanbul is a very noisy city. I am used to writing in chaos and noise.

When did you start writing?

At the age of eight, but that’s not because I wanted to be a writer. I didn’t even know there was such a possibility. I fell in love with words and stories. I was a lonely kid and on my own most of the time. Books were my best friends, they were the gates unto other worlds, and they still are.

Did you always want to become an author?

The desire to become an author came to me later, when I was 17 or 18, and it was crystallised in my early twenties. So first there was the love of writing, the love of stories and only much later the desire to become an author. I have a writer inside me and an author inside me. They are different personalities. Most of the time they get along but sometimes they quarrel and disagree.

Tell us a bit about your childhood?

I was raised by a single mother, an independent minded, feminist divorcee. That was a bit unusual in 1970s Turkey. I was also raised by my Grandma for a while and she was a very different woman, she was a healer and an oral storyteller. To this day I love combining the two worlds, the two women.

If you’ve had other jobs outside of writing, what were they?

I contribute regularly to a major newspaper in Turkey, I write twice a week and I also write op-ed pieces for papers around the world. I am a political scientist by training, I teach creative writing too.

Describe yourself in three words?

Storyteller, nomad, freethinker.

What star sign are you and are you typical of it?

I am a Scorpio and like many Scorpio’s I am inward-looking and love to sabotage myself.

What three things do you dislike?

Hate speech, xenophobia, gender discrimination.

What three things do you like?

Connections, creativity, compassion.

Have you a family, partner or are you single?

I am a mother of two and a terrible wife in addition to being a writer.

Voir aussi:

Honour by Elif Shafak – review
A fierce tale of tradition in Muslim culture
Maureen Freely
The Guardian
20 April 2012

Elif Shafak begins her new novel with a dedication containing a dark and portentous anecdote: when she was seven years old, she lived next door to a tailor who was in the habit of beating his wife. « In the evenings, we listened to the shouts, the cries, the swearing. In the morning, we went on with our lives as usual. The entire neighbourhood pretended not to have heard, not to have seen. »

Honour
by Elif Shafak

Tell us what you think: Star-rate and review this book

Having dedicated her book to « those who hear, those who see », Shafak hands over to Esma Toprak, a London-bred Turkish Kurd, as she prepares to set off for Shrewsbury Prison to collect her brother, who has just served a 14-year term for murder. It is implied, but not confirmed, that his victim was their mother. Esma admits to having thought often about killing her brother in revenge. And yet she plans to welcome him back into the house she now shares with her husband and two daughters.

This is the cloud that hangs over the next 300-odd pages, as Esma offers up fragments of family history, beginning with her mother’s birth in a village near the Euphrates. She describes a world where women as well as men enforce an honour code that results in the social death of men who fail to act like men, and the actual death of several female relatives. When her family migrates to Istanbul, and then to London in the early 1970s, they take that code with them, but as they grow accustomed to life in the west it becomes less a system of social regulation than a compulsion they can neither control nor understand.

Adem, the father, falls in love with an exotic dancer. Disgraced, he drifts away. Iskender, the eldest son, is left unprotected and is brutally bullied before forming his own gang and doing much worse to others. His views on masculinity are further sharpened by the neighbourhood’s fledgling radicals and he has one rule for his English girlfriend and another for Pembe, his mother. Tradition dictates that he is now the head of the household, and even though she does not like him controlling her, she nevertheless defers to him, going out of her way to convey her approval for her « sultan ».

Running in parallel with this all-too-familiar tragedy is another story. Even in that village near the Euphrates, where mothers grieve at the birth of each new daughter, women wield considerable social powers, although they are inclined to express them through dreams, premonitions, and potions. They also impart a gentler Islamic tradition of mercy and compassion, encouraging an imaginative engagement with both tradition and the modern world. Pembe longs to travel, and she has her wish. Her twin sister Jamila stays behind to become the region’s fabled Virgin Midwife, travelling fearlessly through territories controlled by bandits, trusting her fate to God’s hands. When a dream signals that her twin is in danger, Jamila has no trouble finding the people who can get her to London without proper documentation. The two younger Toprak children show a similar independence of thought as they struggle to resolve the contradictions that have brought their family down.

Shafak is an extremely popular novelist in Turkey, particularly loved by young, educated and newly independent women who appreciate her fusion of feminism and Sufism, her disarmingly quirky characters and the artful twists and turns of her epic romances. Born in Strasbourg to a diplomat mother, educated in Europe, the United States and Turkey, she writes some books in her native Turkish and others (like this one) in English. In everything she writes, she sets out to dissolve what she regards as false narratives. In this one, it’s the story of the « honour killing » as we know it from those shock headlines. The book calls to mind The Color Purple in the fierceness of its engagement with male violence and its determination to see its characters to a better place. But Shafak is closer to Isabel Allende in spirit, confidence and charm. Her portrayal of Muslim cultures, both traditional and globalising, is as hopeful as it is politically sophisticated. This alone should gain her the world audience she has long deserved.

• Maureen Freely’s Enlightenment is published by Marion Boyars.

Voir également:

Les crimes d’honneur, une réalité européenne
Benoît Vitkine
Le Monde
15.11.2011

Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité.

C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ».

Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces.

Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques.

« PRÉTENDU » HONNEUR

Le rapport évoque plusieurs cas enregistrés chaque année en Suède, en Suisse ou en Italie. En octobre 2010, par exemple, à Modène, une Pakistanaise de 20 ans et sa mère de 46 ans se sont opposées au mariage arrangé prévu pour la jeune femme : le père et le fils ont tué la mère à coups de barre de fer et blessé grièvement la jeune fille.

Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ont avancé pour la première fois en 2003 des recommandations d’ordre général. Mais seuls les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont adopté un dispositif complet, alliant prévention auprès des associations d’immigrés, protection des témoins, formation des policiers et création d’unités spéciales. Dans les textes britanniques, le mot « honneur » est, à la demande explicite du gouvernement, précédé de la mention « so called » (« prétendu »).

La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé.

Voir encore:

Les «crimes d’honneur» augmentent au Royaume-Uni
Chloé Woitier
Le Figaro
03/12/2011

Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée, torturée, étranglée puis brûlée sur ordre de son père et de son oncle en 2006 car elle fréquentait un garçon. Son meurtre avait choqué le Royaume-Uni.

Une association a recensé près de 3000 victimes de «crimes d’honneur» dans le pays en 2010. Les plaintes déposées à la police ont doublé en un an dans certaines zones, dont Londres.

Battues, séquestrées, mutilées, aspergées à l’acide ou tuées pour avoir porté atteinte à l’honneur de leur famille. Cette réalité a été vécue en 2010 par près de 3000 jeunes femmes résidant en Grande-Bretagne, selon une étude parue par l’Organisation pour le droit des femmes iraniennes et kurdes (Ikwro). Dans la seule capitale de Londres, ces «crimes d’honneur» ont doublé en un an, avec près de 500 cas.

Les données, collectées pour la première fois dans le pays, ont été obtenues par l’association grâce au Freedom of Information Act, une loi promulguée en 2000 par le gouvernement de Tony Blair qui permet à tout citoyen d’avoir accès à un très grand nombre de documents administratifs. Ikwro a ainsi envoyé une demande à l’ensemble des forces de police afin de connaître le nombre de violences qui ont été perpétrées l’an passé au nom de «l’honneur».

Le total, estimé à 2823 incidents, peut selon l’association être augmenté d’au moins 500 cas, 13 unités de police sur 52 n’ayant pas répondu à la demande. Dans certaines zones, les cas recensés ont doublé en un an. Ikwro estime également que ces chiffres sont sous-estimés, de nombreuses victimes n’osant pas porter plainte par peur de représailles.
«Un problème sérieux qui touche des milliers de personnes»

Pour l’association, la très grande majorité des femmes victimes de ces violences proviennent de familles originaires du sous-continent indien, d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient. «Elles résistent de plus en plus aux atteintes à leur liberté, comme un mariage forcé décidé par leur famille. De fait, elles sont plus exposées aux violences», explique au Guardian Fionnuala Ni Mhurchu, responsable de la campagne d’Ikwro. «Ces chiffres sont importants car ils prouvent qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. C’est au contraire un problème sérieux qui touche des milliers de personnes chaque année, dont un certain nombre subit de très importantes violences avant de porter plainte.»

Ces femmes subissent le courroux de leur famille parce qu’elles ont un petit ami, ont refusé un mariage arrangé, ont été violées, ou parlent simplement à des hommes. D’autres sont victimes de violences car elles sont homosexuelles, se maquillent, ou s’habillent à l’occidentale. «Les coupables de ces crimes sont considérés comme des héros dans leur communauté parce qu’ils ont défendu l’honneur de leur famille et la réputation de la communauté»,a expliqué la directrice de l’Ikwro, Dina Nammi, sur la BBC.

L’association, forte de ces données, réclame que les autorités britanniques se donnent les moyens de lutter contre les «crimes d’honneur». Un porte-parole du ministère britannique de l’Intérieur a assuré que le gouvernement était «déterminé à mettre fin» à ces pratiques. Le Royaume-Uni est en effet avec les Pays-Bas le seul pays d’Europe à avoir élaboré une politique complète en la matière selon un rapport de la fondation suisse Surgir. La police britannique s’est ainsi dotée d’unités spéciales, tandis que tous les policiers du pays sont formés depuis 2009 à reconnaître les signes de violence liées à l’honneur. Des sites d’informations destinées aux jeunes filles ont également été mis en ligne pour inciter les victimes à porter plainte contre leur famille. Il n’existe pas de politique similaire en France.

Voir de même:

Meurtre de Banaz Mahmod en Grande-Bretagne : de nouvelles révélations ajoutent à l’horreur de ce « crime d’honneur »
Daily Mail
4 septembre 2007

De nouveaux détails concernant l’affaire Banaz Mahmod viennent d’être révélés sur les dernières heures de la jeune femme kurde assassinée par sa famille pour être tombée amoureuse du mauvais garçon. Ces détails ajoutent encore un peu plus dans le pathétique d’une affaire qui émeut toute l’Angleterre. Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée et frappée à coups de pieds pendant deux heures avant d’être étranglée par une cordelette. Mohamad Hama, âgé de 30 ans avait été reconnu coupable du meurtre. Il avait été recruté par le père de Banaz (52 ans), et par Ari, le frère de celui-ci (51 ans), eux aussi reconnus coupables du meurtre. Les détails terrifiants du meurtre sont parvenus au public après que Hama ait été secrètement enregistré en train de parler à un de ses compagnons de cellule. Il a admis avoir « frappé » et « baisé » Banaz, qui a été soumise à des actes sexuels dégradant. Dans cet enregistrement, on peut entendre Hama et son ami rire de bon coeur pendant qu’il décrit comme il l’a tuée chez elle à Mitcham, dans le sud de Londres, avec Ari Mahmod pour « superviseur » des opérations. Les meurtriers, puisque deux autres suspects se sont enfuis en Irak, pensaient que Banaz serait seule chez elle. Hama déclare : « Ari (l’oncle) avait dit qu’il n’y avait personne d’autre. Mais il y avait quelqu’un d’autre : sa soeur (Biza). Le bâtard nous avait menti ». Au sujet du meurtre, il déclare « Je jure sur Allah que ça a pris plus de deux heures. Son âme et sa vie ne voulaient pas partir. Selon le meurtrier, Banaz avait été garottée pendant cinq minutes, mais il a fallu encore une demi-heure avant qu’elle ne meure. « Le cordon était fin et l’âme ne voulait pas partir comme ça. Nous ne pouvions pas l’enlever, ça a pris en tout et pour tout cinq minutes pour l’étrangler. Je l’ai frappé à coups de pieds sur le cou pour faire sortir son âme. Elle était complètement à poil, sans rien sur elle » Le corps de Banaz a été mis dans une valise et enterrée dans un jardin à Birmingham, où on l’a retrouvée trois mois plus tard.

Voir par ailleurs:

‘Honor killings’ in USA raise concerns
Oren Dorell
USA TODAY
11/30/2009

Muslim immigrant men have been accused of six « honor killings » in the United States in the past two years, prompting concerns that the Muslim community and police need to do more to stop such crimes.

« There is broad support and acceptance of this idea in Islam, and we’re going to see it more and more in the United States, » says Robert Spencer, who has trained FBI and military authorities on Islam and founded Jihad Watch, which monitors radical Islam.

Honor killings are generally defined as murders of women by relatives who claim the victim brought shame to the family. Thousands of such killings have occurred in Muslim countries such as Egypt, Jordan, Pakistan and Palestinian territories, according to the World Health Organization.

Some clerics and even lawmakers in these countries have said families have the right to commit honor killings as a way of maintaining values, according to an analysis by Yotam Feldner in the journal Middle East Quarterly.

In the USA, police allege the latest « honor killing » was that of Noor Almaleki, 20, who died Nov. 2 after she and her boyfriend’s mother were run over in a Peoria, Ariz., parking lot. Prosecutors charged Almaleki’s father, Faleh Almaleki, with murder, saying the Iraqi immigrant was upset that his daughter rejected a husband she married in Iraq and moved in with an American.

« By his own admission, this was an intentional act, and the reason was that his daughter had brought shame on him and his family, » says Maricopa County prosecutor Stephanie Low, according to The Arizona Republic.

Many Muslim leaders in the USA say that Islam does not promote honor killings and that the practice stems from sexism and tribal behavior that predates the religion.

« You’re always going to get problems with chauvinism and suppressing vulnerable populations and gender discrimination, » says Salam Al-Marayati, executive director of the Muslim Public Affairs Council.

Not all agree. Zuhdi Jasser says some Muslim communities have failed to spell out how Islam deals with issues that can lead to violence.

« How should young adult women be treated who want to assimilate more than their parents want them to assimilate? » asks Jasser, founder of the American Islamic Forum for Democracy, which advocates a separation of mosque and state. « How does an imam treat a woman who comes in and says she wants a divorce … or how to deal with your daughter that got pregnant, and she’s in high school? »

Phyllis Chesler, who wrote about honor killings in her book Woman’s Inhumanity to Woman, says police need to focus on the crimes’ co-conspirators if they wish to reverse the trend. Before 2008, there were six honor killings in the USA in the previous 18 years, according to her research.

« It’s usually the father, brother or first male cousin who is charged with the actual shooting or stabbing, (but not) the mother who lures the girl home, » Chesler says. « The religion has failed to address this as a problem and failed to seriously work to abolish it as un-Islamic. »

Jasser says his community needs to address how to treat young women who want to assimilate. « Until we have women’s liberation … we’re going to see these things increase. »

Voir encore:

Q&A; Women Are Nurturing? How About Cruel, Especially to One Another
The New York Times
August 24, 2002

Phyllis Chesler is a feminist psychotherapist, author of several books about women and the founder of the Association for Women in Psychology. In her latest book,  »Woman’s Inhumanity to Woman » (Thunder’s Mouth Press/Nation Books, 2002) she explores the often cruel relationships between women. Felicia R. Lee spoke with her.

There have been several books in the past year about how women and girls treat one another badly. Why is this topic receiving so much attention now?

I began working on this 20 years ago so I think I anticipated the curve. Had I published it sooner I would not have been able to back it up with the extraordinary research that has only begun to gather steam in the last 10 to 15 years.

The media are now willing, for whatever reason, to pay attention to the subject. I think that as women we’re strong enough now to not only acknowledge our racism, our class bias and our homophobia but our sexism. The coming generation, and second-wave feminists as well, can acknowledge that women, like men, are aggressive and, like men, are as close to the apes as the angels. Our lived realities have never conformed to the feminist view that women are morally superior to men, are compassionate, nurturing, maternal and also very valiant under siege. This is a myth.

You are known as a radical feminist who has written extensively about how the courts and the medical system mistreat women. Are you afraid that this book will be used against women?

Women don’t have to be better than anyone else to deserve human rights. Our failure to look at our own sexism lost us a few inches in our ability to change history in our lifetime. The first thing we do is acknowledge what the truth is, and then we have to not have double standards. We have to try not to use gossip to get rid of a rival, we have to try not to slander the next woman because we’re jealous that she’s pretty or that she got a scholarship. I think we have to learn some of the rules of engagement that men are good at.

Women coerce dreadful conformity from each other. I would like us to embrace diversity. Then we could have a more viable, serious feminist movement.

Why did so many feminists make the mistake of believing in what you call the myth of female superiority?

Because the stereotypes of women have been so used to justify our subordination and since it was a heady moment in history to suddenly come together with other women in quantum numbers around issues of women’s freedom and human rights, it took a while before each of us in turn started looking at how we treated each other. The unacknowledged aggression and cruelty and sexism among women in general — and that includes feminists — is what drove many an early activist out of what was a real movement.

Isn’t there conflict and psychological warfare in any social justice movement or workplace?

I think it gets worse when it’s women only. Men are happy in a middle-distance ground toward all others. They don’t take anything too personally, and they don’t have to get right into your face, into your business, into your life. Women need to do that. Women, the minute they meet another woman, it’s: she’s going to be my fairy godmother, my best friend, the mother I never had. And when that’s not the case we say,  »well, she’s the evil stepmother. »

We don’t serve ourselves so well with our depth-charged levels of capacity for intimacy because then we can only be close to a small group. We can’t command a nation-state.

Isn’t that just an extension of arguments that have created glass-ceilings in workplaces?

No. I think the conclusion is not that women should be kept barefoot and pregnant and at home because they have no executive capacity. The conclusion is that there is something about the workplace that is deadly to all living things and men adapt more.

I do have a chapter that says if you have a situation that is male-dominated with a few token women, women will not like each other, they will be particularly vicious in how they compete and keep other women down and out. We can’t say how women as a group would behave if overnight they had all the positions that men now have.

The cruelty you document ranges from mothers-in-law burning their daughters-in-law because of dowry disagreements to women stealing each other’s boyfriends. Can it all really be lumped together?

It helps to understand that in these non-Western countries where you have mothers-in-law dousing daughters-in-law with kerosene for their dowries and we say  »how shocking, » we have a version here. You have here mothers who think their daughters have to be thin, their daughters have to be pretty and their daughters need to have plastic surgery and their daughters have to focus mainly on the outward appearance and not on inner strength or inner self. It’s not genital mutilation but it’s ultimately a concern with outward appearance for the sake of marriageability.

Although you note that women don’t have as much power as men, you view them as equally culpable for many of society’s ills.

I’m thinking back to the civil rights era and the faces of white mothers who did not want little black children to integrate schools. What should we say about those women who joined the Ku Klux Klan or the Nazi party? You have a lot of women groaning under the yoke of oppression. Nevertheless, there are women who warm the beds and are the partners of men who create orphans. Women are best at collaborating with men who run the world because then we can buy pretty trinkets and have safe homes and nests for ourselves.

You say that women are the ones who police and monitor one another and silence dissent.

Women are silenced not because men beat up on us but because we don’t want to be shunned by our little cliques. That applies to all age groups. That’s one of the reasons that women are so conformist and so indirect: we end up sabotaging her rather than risking the loss of her intimate companionship. Women stealing each other’s lovers and spouses and jobs is pandemic.

Voir aussi:

Banaz: An ‘honour’ killing
November 3, 2012 « Honour » based violence (HBV), Blog 1

Artist and activist Deeyah explains the motivation behind her documentary film Banaz: A love story which features IKWRO. A shortened version of this documentary was shown on ITV on 31st October.

Deeyah writes:

I grew up in a community where honour is a form of social currency which is a source of concern from the moment we are born. ‘Honour’ can be the most sought after, protected and prized asset that defines the status and reputation of a family within their community. This burden weighs most heavily upon women’s behaviour. This collective sense of honour and shame has for centuries confined our movement, freedom of choice and restricted our autonomy. You cannot be who you are, you cannot express your needs, hopes and opinions as an individual if they are in conflict with the greater good and reputation of the family, the community, the collective. If you grow up in a community defined by these patriarchal concepts of honour and social structures these are the parameters you are expected to live by. This is true for my own life and experiences.

Autonomy, is not acceptable and can be punished by a variety of consequences from abuse, threats, intimidation, exclusion by the group, violence of which the most extreme manifestation is taking someone’s life; murdering someone in the name of ‘honour’. This is something that has interested me through much of my life especially because of my own experiences of meeting resistance and opposition for my expression and life choices which at the time strayed from the acceptable moral norms afforded to women of my background and I understand what it is like when people want to silence your voice. I have addressed these honour concepts in various forms through the years but I have always wanted to do more, especially about the most extreme form of guarding this “honour” known as honour killings. The medium I felt would allow me the room to explore this topic most in-depth is the documentary film format.

This is why I set out, almost 4 years ago, to make a documentary film about honour killings. My intent was to shed light on this topic and to learn about through reviewing an extensive list of cases across Europe that could help us to understand the extent of this issue and its existence within the European and American diaspora. The purpose of this project being to create a film that would serve primarily to educate and inform, and to help us understand the issue better and to consider what can be done to prevent or reduce these crimes. As I started researching and delving further into various cases, I came across the story of Banaz Mahmod. I realized that this case would best illustrate the constructs of honour, the lack of understanding around this topic in the Western world, and the severe need to do more across social, political and community lines. As a result, Banaz’ story has become the anchor for the topic in the film and shows the lessons needed to be learned from her tragic death.

Banaz Mahmod’s life was marked by betrayal. As a child she underwent FGM at the hands of her grandmother. At age 17 she was married off to a man she had met only once in order to strengthen family alliances. In her marriage she was abused, beaten, raped and forced to endure isolation. At age 19, she left her husband and returned to her family home hoping for safety and security, only to be betrayed again: first by the British authorities who didn’t take her pleas for help seriously when she suspected she was in danger, then by her family, who took her disobedience as an unforgivable act. At age 20 she disappeared and was never heard from again until she was discovered buried under a patio, wedged in a fetal position inside a muddy suitcase— a victim of so-called ‘Honour’ Killing.

After her death, Banaz found another family in the unlikeliest of places: the Metropolitan Police. It took Detective Chief Inspector Caroline Goode and her team five years to find and prosecute the perpetrators of this brutal crime, which included her father, uncle and a male cousin. This case spanned two continents and resulted in the only extradition from Iraq by Britain in modern history. In death, Banaz found a family willing to do whatever it took to protect her memory.

Banaz’s life and murder is just one among thousands of stories around the world where families chose to obey their community and peer pressure instead of honouring their duty to love and protect their children. Through Banaz’s story, which covers many of the classic patterns of Honour Crimes and oppression, we explore the broader topic of honour killings that is becoming particularly prevalent within diaspora communities in Europe and the US. 3000 honour crimes were reported in the UK alone in 2010. Despite these staggering figures being considered the “tip of the iceberg”, many young women, like Banaz, are let down by officials in the West because of their lack of understanding and training in identifying the signs of an honour crime as well as for fear of upsetting cultural sensitivities—and at times from a sense of a general apathy surrounding violence against minority community women. Honour Killings are an ongoing genocide where the murders of women and girls are considered ‘justified’ for the protection of a a family’s reputation. Although , for Banaz, justice did eventually prevail, she was still found dead in a suitcase.

Caroline’s extraordinary dedication shows that effective action can be taken, and that a new benchmark for detection can be set.

During the process of making this film, there were two points that stood out as particular needs that I could concretely do something about. The first, was to create a place where people interested in the subject and in need of information about honour violence could go to find out more. The second, was to create a place where the victims, whose families intended to erase them from the world, could be remembered. So I created The Honour-Based Violence Awareness Network (HBVA) and the Memini Memorial initiatives in collaboration with volunteers and experts from around the world.

During the process of making the film I found that after exhaustively searching the web for information on the subject, my need for research and data was unfulfilled. I continued interviewing experts in the field, ranging from policy makers to NGOs, activists, police officers and legal professionals and realised that they also shared my frustration at the lack of accessible and comprehensive information about Honour Based Violence. During these interviews, I quickly became aware that Honour Based Violence is little understood in the West–with alarming consequences. We know that Honour Based Violence is far more widespread than current figures indicate because it is under-reported, under-researched and under-documented; and therefore, easily misunderstood, overlooked and mis-recognised. I found this absolutely unacceptable. As a result I developed the Honour Based Violence Awareness Network (HBVA).

In collaboration with international experts, HBVA is an international digital resource centre working to advance understanding and awareness of Honour Killings and Honour Based Violence through research, training and information for professionals; teachers, health workers, social services, police, politicians, and others who may encounter individuals at risk. HBVA builds and promotes a network of experts, activists, and NGOs from around the world, establishing international partnerships to facilitate greater collaboration and education. HBVA draws on the expertise of its international partners, collaborators and experts from Pakistan, Iraq, UK, Netherlands, Sweden, Germany, India, Norway, Denmark, Bangladesh, Jordan, Palestine, France. Some of the esteemed HBVA experts are Unni Wikan, Asma Jahangir, Yakin Erturk, Rana Husseini, Serap Cileli, Ayse Onal, Yanar Mohammad, Dr. Shahrzad Mojab, Aruna Papp, Hina Jilani, Dr. Tahira S. Khan, Sara Hossain. WWW.HBV-AWARENESS.COM

Additionally, born as a result of this film project, is WWW.MEMINI.CO. Memini is an online remembrance initiative set up to ensure that the stories of victims of honour killings are told, defying the intent of those who wanted to erase them. Our personal and community silence allows these violent expressions of honour to survive and is what makes these murders possible in the first place. Memini is a small and humble step towards ending that silence.

Although the story of Banaz is filled with so much darkness, Detective Chief Inspector Caroline Goode shows us what can be achieved if we just simply care. Caroline went above and beyond the call of duty, going to the ends of the earth to find justice for Banaz–not just to fulfill her obligation as a police officer, but from feeling duty bound and seeing Banaz with a mother’s eyes and feeling with a mother’s heart.. I am grateful to have found Caroline and Banaz through this journey. For me, Caroline’s dedication and integrity, her compassion and her professionalism, represents the highest expression of truly honourable behaviour. The core lesson I have learned is that there is hope, but more has to be done – and I am committed to doing what I can, however small the action. I believe one thing we can do is to remember the victims. I believe if their own blood relatives discarded, betrayed, exterminated and forgot them, then we should adopt these girls as our own children, our own sisters, our own mothers and as fellow human beings. We will mourn, we will remember, we will honour their memory and we will not forget!

If we worry about offending communities by criticising honour killings, then we are complicit in the perpetuation of violence and abuse, in the restriction of women’s lives. Our silence provides the soil for this oppression and violence to thrive. It is not racist to protest against honour killings. We have a duty to stand up for individual human rights for all people, not for just men and not just for groups. We shall not sacrifice the lives of ethnic minority women for the sake of so-called political correctness.

I’d rather hurt feelings than see women die because of our fear, apathy and silence. We need to stand in solidarity. In order to create change we need to care. We need authorities, decision makers and politicians to provide the same protections and robust actions for women of ethnic minority communities affected by honour based violence and oppression as they would for any other crimes in any other part of society. It is not acceptable to shy away from abuses happening against women in some communities for fears of being labelled racist or insensitive– the very notion of turning a blind eye or walking on egg shells and avoiding to protect basic human rights of some women because they are of a certain ethnic background is not only fatal, but represents true racism.

We cannot continue to allow this slaughter of women in the name of culture, in the name of religion, in the name of tradition and in the name of political correctness. If we allow this to continue, we are betraying not only Banaz but thousands of other women and girls in her situation. Surely we should do all we can to protect all individuals in our societies regardless of skin colour, cultural heritage or gender, without fear?

We must challenge these paradigms in every way we can. Centuries old mindsets, entrenched gender roles and power relations will take time to change, but we can make a real and immediate difference in challenging the lack of awareness, the lack of political will, the lack of sufficient training and understanding when it comes to front line people who can help individuals at risk. This includes police, doctors, nurses, school teachers, social services and so on. At the very least the ignorance of authorities and lack of their understanding and training in European countries should not be a contributing factor in the continuing abuse of thousands of women (and men). We can not allow it to be the reason why these young people continue to suffer in silence because they fear they won’t be understood and won’t get the help they need.

Banaz is among the people who dared to ask for help; the majority of young people at risk of the various forms of honour based violence may not come forward at all.

All of the honour killings I researched are horrifying, heartbreaking and devastating, and no one case felt any less sad and tragic than any other. The reason I ended up choosing the story of Banaz was not because of the horror but because of the love. Banaz’s story was different in my eyes from most other stories because there was love in spite of the hatred she faced in her life, after death there were people who loved her and cared about her, one of whom was the most unexpected person I could have imagined, a police officer, of all people, DCI Caroline Goode. The other was Banaz’s sister Bekhal, who sacrificed her own safety and peace of mind for the sake of her love for her sister and her need to honour her memory through achieving justice. I have the greatest respect for Bekhal, her courage and determination defines true honour for me.

I was most saddened, from the very beginning of this project, to see how absent Banaz was from her own story. Normally a biographical film will feature family members, friends, and other people who knew the person sharing their love, their memories and thoughts about the person who has died, showing home videos and photographs and the other mementoes of loving relationships. In this film that was just not the case at all. The only person in the film speaking about Banaz and who had known Banaz when she was alive was her sister. Everyone else in the film came to know Banaz after she had passed away. We even put out calls in local newspapers and reached out through facebook and other social media to find anyone who would have known her and would be willing to share their memories of her, but no one came forward. This hurt my heart until I came across the footage of Banaz herself, showing us the suffocating reality of her life. Watching this tape for the first time was one of the most painful experiences of my life. I had spent three and a half years working on this documentary, learning everything I could about this young women’s life — and her death, and we were in the final editing process, and then suddenly here she was present on this tape. No one else would come forward to speak about her, but here she was herself in the final momemts of the process of making this film. It was a harrowing experience to finally be able to hear and see her tell her own story.

I found it excruciatingly sad to see her and at the same time I felt so glad and privileged to finally get a chance to see her and hear her. No one listened to her in her life, so the least we can do is listen to her now.

As a society we have let down Banaz, and as her community we have let her down, so the least we can now paying her the respect to listen to her and to learn from her experiences, and to honour Banaz we through addressing this issue with complete honesty and courage.

I deeply regret the fact that it took her death for people to start the process of learning more about this problem, although measures have been taken to improve the understanding around this, in my personal opinion, reflected in the research I have done, there is a very long way to go before we can adequately understand, protect and support women at risk. We don’t need empty slogans or lip service; we need real effective action on this issue. Living in Western societies, we need our lives as “brown” women to matter as much as any white British, Norwegian, French, German, Swedish, American, European or any other woman and fellow human being.

It feels surreal but deeply satisfying to finally stand at the point of completion. It has been a very long, hard and emotionally difficult process. It is my first film ever, and I feel proud to have had the opportunity to work on a project like this, and honoured to get to tell the story of such remarkable women such as Banaz, Bekhal and Caroline.

One of the things that has been very moving about this project is that, every single person who has been involved with the film has done so out of love for Banaz and for this project, and I have a deep feeling of gratitude for everyone who took part..Even though I did not have the budget to make a film like this, the time and commitment of my team made it possible — not only have people worked for significantly reduced rates, but often they have also worked for free. For example, the master musician Dr. Subramaniam contributed a soundtrack for the film because he believed in the project and wanted to contribute even though I was unable to pay him his usual fees. The entire process of this film has been like this and I have nothing but gratitude for the hard work, care and passion of everyone involved.

The tragic story of Banaz Mahmod: she fell in love at 19, so her family killed her
Fiona Barton
Daily Mail
12 June 2007

As one of five daughters in a strictly-traditional Kurdish family, Banaz Mahmod’s future was ordained whether she liked it or not.

She was kept away from Western influences, entered an arranged marriage at the age of 16 with a member of her clan and was expected to fulfil the role of subservient wife and mother.

But Banaz, a bright, pretty 19-year-old, fell in love with another man.

And for that, she was murdered by her father, uncle and a group of family friends. The very people who should have protected her from harm plotted her killing, garrotted her with a bootlace, stuffed her body in a suitcase and buried her under a freezer.

Banaz’s crime was to « dishonour » her father, Mahmod Mahmod, an asylum seeker from Iraqi Kurdistan, by leaving her abusive marriage and choosing her own boyfriend – a man from a different Kurdish clan.

Her punishment was discussed at a family « council of war » attended by her father, uncle Ari and other members of the clan. In the living room of a suburban semi in Mitcham, South London, it was decided that this young woman’s life was to be snuffed out so that her family would not be shamed in the eyes of the community.

Banaz was only ten when she came to Britain with her father, who had served in the Iraqi army, her mother Behya, brother Bahman and sisters Beza, Bekhal, Payman and Giaband.

The family, who came from the mountainous and rural Mirawaldy area, close to the Iranian border, were escaping Saddam Hussein’s regime and were granted asylum.

But Banaz’s move to a western country changed nothing about the life she was made to lead.

She had met her husband-tobe only three times before her wedding day, once on her father’s allotment. He was ill-educated and old-fashioned but her family described him as ‘the David Beckham of husbands’.

The teenage bride, who was taken to live in the West Midlands, was to tell local police in September 2005 that she had been raped at least six times and routinely beaten by her husband.

In one assault, she claimed, one of her teeth was almost knocked out because she called him by his first name in public.

To leave the arranged marriage would have brought dishonour on the Mahmod family and Banaz’s parents apparently preferred their child to suffer abuse rather than be shamed.

But after two years of marriage, she insisted on returning home to seek sanctuary. It was there, at a family party in the late summer of 2005, that she met Rahmat Sulemani.

For the first time in her blighted existence, Banaz fell in love. She was besotted with Rahmat, 28, calling him ‘my prince’ and sending endless loving text messages. Her father and uncle Ari were furious; the young woman was not yet formally divorced by her husband and her boyfriend was neither from their clan nor religious. More importantly, perhaps, he had not been chosen by her family.

Mahmod became enraged when his daughter refused to give up her boyfriend and talked of being in love.

The threat to family honour was immense and made worse by the fact that Banaz’s elder sister, Bekhal, had already brought « shame » on the family by moving out of the house at the age of 15, to escape her father’s violence.

Bekhal’s defiance meant that Mahmod lost status in the community because he was seen to

have failed to control his women and his younger brother Ari, a wealthy entrepreneur who ran a money transfer business, took over as head of the family.

It was he who telephoned Banaz on December 1, 2005 to tell her to end the affair with Rahmat or face the consequences.

The following day, Ari called a council of war to plan her murder and the disposal of her body. She was secretly warned by her mother that the lives of her and her boyfriend were in danger, and she went to Mitcham Police Station to report the death threat. But she was so terrified of her family’s reaction that she asked police to take no action and refused to move to a refuge.

The next day, an officer called at the family home but Banaz would not let him in.

She believed that her mother would protect her from harm but as an insurance against her disappearance, went back to the police station a week later to make a full statement, naming the men she believed would kill her.

One of the men was Mohamad Hama, who has admitted murder and two of the others named fled back to Iraq after the killing. On New Year’s Eve 2005, she was lured to her grandmother’s house in nearby Wimbledon for a meeting with her father and uncle to sort out her divorce.

When her father appeared wearing surgical gloves, ready to kill her, she ran out barefoot, broke a window to get into a neighbour’s house and then ran to a nearby cafe, covered in blood from cuts to her hands and screaming: « They’re trying to kill me ».

The officers who attended the scene and accompanied Banaz to hospital did not believe her story.

However, the distressed and injured victim was able to give her own testimony about the attack to the jury in a short video recorded on Rahmat’s mobile phone at St George’s Hospital, Tooting.

The terrified lovers pretended they had parted but they continued to meet in secret. Tragically, they were spotted together in Brixton on January 21 and the Mahmods were informed.

Mohamad Hama and three other men tried to kidnap Rahmat and, when his friends intervened, told him he would be killed later.

When he phoned to warn Banaz, she went to the police and said she would co- operate in bringing charges against her family and other members of the community.

The policewoman who saw Banaz tried to persuade her to go into a hostel or safe house but she thought she would be safe at home because her mother was there.

On January 24, Banaz was left on her own at the family house and her assassins, Hama and two associates, were alerted.

The full details of what happened to her are still not known but two of the suspects, Omar Hussein and Mohammed Ali, who fled back to Iraq after the killing, are said to have boasted that Banaz was raped before she was strangled, « to show her disrespect ».

There followed a « massively challenging » investigation into her disappearance by detectives, fearing the worst. The family’s appalling crime was finally exposed when, three months after she went missing, Banaz’s remains were found, with the bootlace still around her neck.

The discovery of her body provoked no emotion in her father and uncle. Even at her funeral, the only tears were from Banaz’s brother.

« She had a small life, » a detective on the case said. « There is no headstone on her grave, nothing there to mark her existence. »

Yesterday, her devastated boyfriend, who has been given a new identity by the Home Office under the witness protection programme, said: « Banaz was my first love. She meant the world to me. »

The dead girl’s older sister, Bekhal, urged other women in the same position as her and her sister to seek help before it is too late.

Even today she continues to fear for her life, lives at a secret address and never goes out without wearing a long black veil that covers her entire body and face apart from her eyes.

She strongly rejected the suggestion that Banaz had brought « shame » on her Kurdish family by falling in love with a man they did not approve of, saying her sister simply wanted to live her own life.

« There’s a lot of evil people out there. They might be your own blood, they might be a stranger to you, but they are evil.

« They come over here, thinking they can still carry on the same life and make people carry on how they want them to live life. »

Asked what was in her father’s mind on the day that Banaz died, Bekhal replied: « All I can say is devilishness. How can somebody think that kind of thing and actually do it to your own flesh and blood? It’s disgusting. »

Bekhal says she is scared whenever she sees somebody from the same background as her.

« I watch my back 24/7. »

Voir de plus:

‘They’re following me’: chilling words of girl who was ‘honour killing’ victim
The murder of Banaz Mahmod by her family in 2006 shocked the country. A documentary now tells her story
Tracy McVeigh
The Observer
22 September 2012

On police videotape, a 19-year-old girl named those she believed had intended to kill her. They would try again, she said. « People are following me, still they are following me. At any time, if anything happens to me, it’s them, » she told the officers calmly. « Now I have given my statement, » she asked an officer, « what can you do for me? »

The answer was very little. Banaz Mahmod went back to her family in Mitcham, south London. Three months later she disappeared. It was several months before her raped and strangled body was found and four years before all those responsible for killing her were tracked down and jailed. Her father and uncle planned her death because the teenager had first walked out of a violent and sexually abusive arranged marriage, and later had fallen in love with someone else.

Now a documentary is to be premiered at the Raindance film festival, which opens this week, that includes for the first time some of the recordings made both by Banaz herself in the runup to her murder and the videotapes of some of the five visits she made to police to report the danger she felt herself to be in and name, before the event, her murderers. She told how her husband was « very strict. Like it was 50 years ago. »

« When he raped me it was like I was his shoe that he could wear whenever he wanted to. I didn’t know if this was normal in my culture, or here. I was 17. » Her family were furious when she finally left him.

The so-called honour killing of Banaz, who was murdered on 24 January 2006, shocked not only the country but also the police team, who faced a daunting task in bringing her killers to justice. They faced an investigation within an Iraqi Kurdish community, many of whom believed Banaz had deserved her fate for bringing shame on her father – a former soldier who fled Saddam Hussein and had sought asylum in the UK with his wife and five daughters. Mahmod Mahmod and his brother, Ari, were jailed for life for their part in the murder in 2007, but two other men involved fled to Iraq and were extradited back before being jailed for life in 2010.

Detective Chief Inspector Caroline Goode, who won a Queen’s Award for her dedicated efforts in getting justice for Banaz, said she found the case harrowing. In most cases police get justice after a murder for the family. « In this case the family had no interest whatsoever in the investigation. It was an absolute outrage that this girl was missing and nobody cared. »

The film also shows the continuing effects of the killing, with both Banaz’s boyfriend and her sister, Bekhal, still living in hiding and in fear. Bekhal has put her own life at risk by her decision to give evidence against her family in court. She now « watches her back 24/7 ».

Remembering her sister, she tells the film-makers: « She was a very calm and quiet person. She loved to see people happy and didn’t like arguments, she didn’t like people raising their voices, she hated it. She just wanted a happy life, she just wanted a family. »

The film, Banaz: A Love Story, was made by the former pop star and now music producer and film-maker Deeyah. Norwegian-born, but of Punjabi and Pashtun heritage, Deeyah has herself been subject to honour-related abuse and her singing career was marred by endless death threats that, in part, led to her giving up touring. The story of Banaz, who died because she just wanted to be an ordinary British teenager, she said, struck an immediate chord with her.

« Despite the horror, what emerges is a story of love, » said Deeyah. « What has upset me greatly from the very beginning of this project is how absent Banaz was from her own story. Whenever you see a film about someone who has passed you will always have family, friends, people who knew the person, sharing their love, their memories and thoughts about the person who has died; they have home videos, photos. That was just not the case here at all. The only person speaking for Banaz who had known her alive was her sister. Other than that, everyone else in the film came to know Banaz after she had died. »

A search for other witnesses to her life proved fruitless. « We tried to find anyone who would have known her, no one came forward, » said Deeyah. « Then I came across the videotape with Banaz herself, telling us what her suffocating reality was like. Watching this tape for the first time was among the most difficult things I have ever experienced. I had spent three-and-a-half years working on this film, learning everything I could about this young woman’s life and her death, we were in the final editing process and suddenly here she was, when no one else would come forward to speak about her.

« I found it excruciatingly sad to see her and at the same time I felt so glad to finally get a chance to see her and hear her. No one listened to her in her life. As a society we let down Banaz, as her community we let her down. I am sorry she had to die for people to start learning more about this problem, although measures have been taken to improve the understanding around this.

« There is a very long way to go before we can adequately understand, protect and support women at risk. We don’t need empty slogans or lip service, we need real concise action on this issue. Living in western societies, we need our lives as ‘brown’ women to matter as much as any fellow human being. »

Voir enfin:

Crime d’honneur -Elif Shafak
Patrice
Cultura
le 28/04/2013

Roman sensible et émouvant d’une auteure turque adulée dans son pays, Crime d’honneur tisse les relations complexes d’une famille écartelée entre sa culture traditionnelle et le désir d’émancipation né du passage à l’occident.
Un village près de l’Euphrate, dans un monde patriarcal où l’honneur des hommes est la valeur suprême. Là, une femme qui implore Allah pour la naissance d’un fils après avoir mis au monde six filles voit sa requête ignorée. Ce seront deux filles de plus : Pembe et Jamila, jumelles aux caractères aussi dissemblables que leurs destins. L’une se marie avec le Turc Adem et part vivre avec lui à Londres, dans un pays hostile et providentiel. L’autre se retire dans une cabane isolée et devient la sage-femme vierge. C’est Pembe, la voyageuse, qui réalisera le rêve maternel en accouchant en Angleterre d’un fils : Iskender, aîné de la fratrie, sultan, petit dieu. Mais les amours contrariés pèsent de tout leur poids dans les malheurs à venir. Car amoureux de Jamila, Adem a dû se résoudre à épouser Pembe qu’il n’aimera jamais et quittera. Le champ est libre pour mettre l’honneur à l’épreuve, car chacun sait chez les kurdes que les femmes ne peuvent apporter que la honte. Et qu’en l’absence du mari, c’est sur le fils, aussi jeune soit-il, que pèse la responsabilité de défendre, par tous les moyens, l’honneur du clan.

EXTRAIT

ESMA Londres, septembre 1992

Ma mère est morte deux fois. Je me suis promis de ne pas permettre qu’on oublie son histoire, mais je n’ai jamais trouvé le temps, la volonté ou le courage de la coucher par écrit. Jusqu’à récemment, je veux dire. Je ne crois pas être en mesure de devenir un véritable écrivain, et ça n’a plus d’importance. J’ai atteint un âge qui me met davantage en paix avec mes limites et mes échecs. Il fallait pourtant que je raconte cette histoire, ne serait-ce qu’à une personne. Il fallait que je l’envoie dans un coin de l’univers où elle pourrait flotter librement, loin de nous. Je la devais à maman, cette liberté. Et il fallait que je termine cette année. Avant qu’il soit libéré de prison.
Dans quelques heures, je retirerai du feu le halva au sésame, je le mettrai à refroidir près de l’évier et j’embrasserai mon époux, feignant de ne pas remarquer l’inquiétude dans ses yeux. Je quitterai alors la maison avec mes jumelles – sept ans, nées à quatre minutes d’intervalle – pour les conduire à une fête d’anniversaire. Elles se disputeront en chemin et, pour une fois, je ne les gronderai pas. Elles se demanderont s’il y aura un clown, à la fête, ou mieux : un magicien.
– Comme Harry Houdini, suggérerai-je.
– Harry Wou-quoi ?
– Woudini, elle a dit, idiote !
– C’est qui, maman ?
Ça me fera mal. Une douleur de piqûre d’abeille. Pas grand-chose en surface, mais une brûlure tenace à l’intérieur. Je me rendrai compte, comme à tant d’occasions, qu’elles ne connaissent rien de l’histoire de la famille, parce que je leur en ai raconté si peu. Un jour, quand elles seront prêtes. Quand je serai prête.
Après avoir déposé les petites, je bavarderai un moment avec les autres mères. Je rappellerai à l’hôtesse qu’une de mes filles est allergique aux noix et que, comme il est difficile de distinguer les jumelles, il vaut mieux les garder à l’œil toutes les deux, et s’assurer que ni l’une ni l’autre n’ingère d’aliments contenant des noix, y compris le gâteau d’anniversaire. C’est un peu injuste pour mon autre fille, mais entre jumelles ça arrive parfois – l’injustice, je veux dire.
Je retournerai alors à ma voiture, une Austin Montego que mon mari et moi conduisons à tour de rôle. La route de Londres à Shrewsbury prend trois heures et demie. Il est possible que je doive faire le plein d’essence juste avant Birmingham. J’écouterai la radio. Ça m’aidera à chasser les fantômes, la musique.
Bien des fois, j’ai envisagé de le tuer. J’ai élaboré des plans complexes mettant en action un pistolet, du poison, voire un couteau à cran d’arrêt – une justice poétique, en quelque sorte. J’ai même pensé lui pardonner, tout à fait, en toute sincérité. En fin de compte, je n’ai rien accompli.
*
En arrivant à Shrewsbury, je laisserai la voiture devant la gare et je parcourrai à pied en cinq minutes la distance me séparant du sinistre bâtiment de la prison. Je ferai les cent pas sur le trottoir ou je m’adosserai au mur, face au portail, pour attendre qu’il sorte. Je ne sais pas combien de temps ça prendra. Je ne sais pas non plus comment il réagira en me voyant. Je ne l’ai pas revu depuis plus d’un an. Au début, je lui rendais visite régulièrement mais, alors qu’approchait le jour de sa libération, j’ai cessé de venir.
À un moment, le lourd battant s’ouvrira et il sortira. Il lèvera le regard vers le ciel couvert, lui qui a perdu l’habitude d’une aussi vaste étendue au-dessus de lui, en quatorze années d’incarcération. Je l’imagine plissant les yeux pour se protéger de la lumière du jour, comme une créature de la nuit. Pendant ce temps, je ne bougerai pas, je compterai jusqu’à dix, ou cent, ou trois mille. On ne s’embrassera pas. On ne se serrera pas la main. Un hochement de tête et un salut murmuré de nos voix fluettes et étranglées. Arrivé à la gare, il sautera dans la voiture. Je serai surprise de constater qu’il est toujours musclé. C’est encore un jeune homme, après tout.
S’il veut une cigarette, je ne m’y opposerai pas, bien que j’en déteste l’odeur et que je ne laisse mon mari fumer ni dans la voiture ni à la maison. Je roulerai à travers la campagne anglaise, entre des prairies paisibles et des champs cultivés. Il m’interrogera sur mes filles. Je lui dirai qu’elles sont en bonne santé, qu’elles grandissent vite. Il sourira comme s’il avait la moindre idée de ce que c’est d’être parent. Je ne lui poserai aucune question en retour.
J’aurai apporté une cassette pour la route. « Les plus grands succès d’ABBA » – toutes les chansons que ma mère aimait fredonner en cousant, en faisant la cuisine ou le ménage : Take a Chance on Me, Mamma Mia !, Dancing Queen, The Name of the Game… Parce qu’elle nous regardera, j’en suis certaine. Les mères ne montent pas au paradis, quand elles meurent. Elles obtiennent la permission de Dieu de rester un peu plus longtemps dans les parages pour veiller sur leurs enfants, quoi qu’il se soit passé entre eux au cours de leurs brèves vies mortelles.
De retour à Londres, on gagnera Barnsbury Square et je chercherai une place de stationnement en grognant. Il se mettra à pleuvoir – des petites gouttes cristallines – et je réussirai à me garer. Je me demande s’il me dira en riant que j’ai la conduite typique des femmes au volant. Il l’aurait fait, jadis.
On se dirigera ensemble vers la maison, dans la rue silencieuse et lumineuse devant et derrière nous. Pendant un court instant, je comparerai ce qui nous entoure à notre maison de Hackney, celle de Lavender Grove, et je n’en reviendrai pas de trouver tout si différent, désormais – combien le temps a progressé, alors même que nous ne progressions pas !
Une fois à l’intérieur, on retirera nos chaussures et on enfilera des pantoufles, une paire de charentaises anthracite pour lui, empruntée à mon mari, et pour moi des mules bordeaux à pompon. Son visage se crispera en les voyant. Pour l’apaiser, je lui dirai qu’elles sont un cadeau de mes filles. Il se détendra en comprenant que ce ne sont pas les siennes à elle, que la ressemblance n’est que pure coïncidence.
Depuis la porte, il me regardera faire du thé, que je lui servirai sans lait mais avec beaucoup de sucre, à condition que la prison n’ait pas changé ses habitudes. Puis je sortirai le halva au sésame. On s’assoira tous les deux près de la fenêtre, nos tasses et nos assiettes à la main, comme des étrangers polis observant la pluie sur les jonquilles du jardin. Il me complimentera sur mes talents de cuisinière et me confiera que le halva au sésame lui a manqué, tout en refusant d’en reprendre. Je lui dirai que je respecte la recette de maman à la lettre, mais que jamais il n’est aussi bon que le sien. Ça le fera taire. On se regardera dans les yeux, dans un silence lourd. Puis il s’excusera, prétextera de la fatigue pour demander à aller se reposer, si c’est possible. Je le conduirai à sa chambre et je refermerai lentement la porte.
Je le laisserai là. Dans une pièce de ma maison. Ni loin ni trop près. Je le confinerai entre ces quatre murs, entre la haine et l’amour, sentiments que je ne peux m’empêcher d’éprouver, piégés dans une boîte au fond de mon cœur.
C’est mon frère.
Lui, un meurtrier.

EXTRAIT BAC :

Together they focused on the film.

Pembe watched The Kid with wide-open eyes, the look of surprise on her countenance deepening with each scene. When Chaplin found an abandoned baby in a rubbish bin, and raised him like his own son, she smiled with appreciation. When the child flung stones at the neighbours’ windows so that the tramp–disguised as a glazier–could fix them and earn some money, she chuckled. When social services took the boy away, her eyes welled up with tears.

And, finally, as father and son were reunited, her face lit up with contentment, and a trace of something that Elias took to be melancholy. So absorbed did she seem in the film that he felt a twinge of resentment. What a funny thing it was to be jealous of Charlie Chaplin. Elias observed her as she unpinned her hair, and then pinned it back. He caught a whiff of jasmine and rose, a heady, charming mixture. Only minutes before the film came to an end, he found the nerve to reach out for her fingers, feeling like a teenager on his first date. To his relief, she didn’t move her hand away. They sat still–two sculptures carved out of the dark, both scared of making a move that would disrupt the tenderness of the moment.

When the lights came back on, it took them a few seconds to grow accustomed to real life. Quickly, he took out a notepad and wrote down the name of another cinema in another part of the town. “Next week, same day, same time, will you come?”
“Yes”, she faltered. Before he’d found a chance to say anything else, Pembe leaped to her feet and headed towards the exit, running away from him and everything that had taken place between them, or would have taken place, had they been different people.

She held in her palm the name of the place they were to meet next time, grasping it tightly, as if it were the key to a magic world, a key she would use right now were it in her power to decide. And so it began. They started to meet every Friday at the same time, and occasionally on other afternoons. They frequented the Phoenix more than any other place, but they also met at several other cinemas, all far-away from their home, all unpopular.
[. . .]
In time he found out more things about her, pieces of a jigsaw puzzle that he would complete only long after she had gone.
[..]
Slowly he was beginning to make sense of the situation. This unfathomable, almost enigmatic attraction that he felt for her, a woman so alien to the life he had led, was like a childhood memory coming back.

Elif Shafak, Honour, 2012

Voir par ailleurs:

Bac 2013: shocking confusion à l’épreuve d’anglais
Marie Caroline Missir
L’Express
20/06/2013

Les concepteurs du sujet d’anglais LV1 se seraient risqués à comparer le prestigieux ‘ »Oxford Union » avec une vulgaire association étudiante…

Lorsque le journaliste anglais Peter Gumbel a découvert le sujet d’anglais première langue du bac 2013, son sang n’a fait qu’un tour. Les concepteurs du sujet auraient confondu « Oxford Union », prestigieux cercle de discussion et de débats bien connu Outre-manche, avec l »‘Oxford’s Student Union », l’équivalent du bureau des élèves. Shocking!

Le texte sur lequel devaient en effet plancher les lycéens est tiré d’une oeuvre de Jeffrey Archer, First Among Equal. Le récit en question met en scène un jeune homme très ambitieux, et qui pourrait, selon sa mère, aspirer à présider le prestigieux « Oxford Union ». A partir de la lecture de ce texte, les élèves sont alors invités à disserter en imaginant le discours de campagne de Simon, le héros de Archer, pour devenir président « of the University’s Student Union », soit l’association des étudiants d’Oxford…rien à voir avec l’Oxford Union, évoquée dans le texte du sujet! « Cette confusion, absolument incroyable pour un examen tel que le bac exigerait que l’épreuve soit annulée! », estime-t-il.

Pour l’Inspection générale d’anglais, il n’y a aucune erreur dans ce sujet. « Dans le texte de compréhension, il est en effet fait référence à la prestigieuse société de réflexion et de débats Oxford Union. Il est vraisemblable que relativement peu de candidats la connaissent. L’un des sujets d’expression proposés au choix du candidat envisage une autre situation: le personnage du texte décide d’être candidat à la présidence de the University’s Student Union. Pour éviter toute confusion, Oxford n’est pas mentionné. Les candidats sont invités à tenir compte de ce qu’ils connaissent du personnage pour l’imaginer dans une situation différente du texte », justifie l’inspection. Much Ado about nothing donc, comme dirait Sheakespeare.

Peter Gumbel est l’auteur de « Elite Academy, La France malade de ses grandes écoles », Denoël, 2013.

COMPLEMENT:

Honor’ Killings: A New Kind of American Tragedy
A new kind of American tragedy is taking place in a Brooklyn Federal Courthouse.
Dr. Phyllis Chesler
Breitbart
30 Jun 2014

Both the defendant, standing trial for conspiracy to commit murder abroad in Pakistan, and the main witness against him, his daughter Amina, wept when they first saw each other. Amina’s extended family stared at her with hostility. As she testified, Amina paused, hesitated, and sobbed. She and her father had been very close until he decided that she had become too “Americanized.”

This Pakistani-American father of five, a widower, worked seven days a week driving a cab in order to support his children; this included sending his daughter, Amina, to Brooklyn College.

This is a successful American immigrant story—and yet, it is also a unique and unprecedented story as well, one which demands that Western law prevail over murderously misogynistic tribal honor codes.

At some point, Mohammad Ajmal Choudry sent Amina to Pakistan so that she might re-connect with her “roots”—but he had her held hostage there for three years. During that time, Amina, an American citizen, was forced into an arranged marriage, ostensibly to her first cousin, who probably expected this marriage to lead to his American citizenship. Such arranged marriages, and arranged specifically for this purpose, are routine. They are also factors in a number of high profile honor killing cases in the United States, Canada, and Europe.

For example, the Texas born and raised Said sisters, Aminah and Sarah, refused to marry Egyptian men as their Egyptian cab-driver father Yasir wanted them to do and he killed them for it. Canadian-Indian, Jaswinder Kaur, refused to marry the man her mother had chosen for her and instead married someone she loved. Her widowed mother and maternal uncle had her killed in India. They have been fighting extradition from Canada for more than a decade.

Amina, who grew up in New York from the time she was nine years old, did not want to be held hostage to this marriage. Indeed, Amina had found a man whom she loved and wished to marry.

Plucky Americanized Amina fled the arranged marriage within a month. With the help of a relative, the U.S. State Department, and ultimately, the Department of Homeland Security, Amina left Pakistan and went into hiding in the United States.

She had to. Her father had threatened to kill her if she did not return to her husband, give up her boyfriend, or return to her father. Mohammad may have pledged Amina’s hand without her knowledge, long, long ago.

A female relative’s sexual and reproductive activities are assets that belong to her father’s family, her tribe, her religion. They are not seen as individual rights.

Acting as if one is “free” to choose whom to marry and whom not to marry means that a woman has become too Westernized, or, in Amina’s case, too “Americanized.” This is a capital crime.

From Mohammad’s point of view, his beloved daughter had betrayed and dishonored him. She had “un-manned” him before his family. The desire to marry whom you want or to leave a violent marriage are viewed as filthy and selfish desires. Many Muslims in the Arab and Muslim world; Hindus and Muslims in India; and Muslims and, to a lesser extent, Sikhs in the West share this view and accordingly, perpetrate “honor killings.”

I do not like this phrase. An honor killing is dishonorable and it is also murder, plain and simple. It is a form of human sacrifice. It is also femicide–although sometimes boys and men are also murdered. I would like to call them “horror” murders.

American federal statutes have allowed prosecutors to charge and convict American citizens and residents while they are in the United States for having committed crimes abroad. This includes conspiracy to commit murder, incite terrorism, launder money, engage in racketeering, etc.

What did Mohammad Choudry do? According to the Indictment filed in United States District Court/the Eastern District of New York on September 20, 2013, Choudry “knowingly and intentionally conspired” to commit one or more murders. He contacted and wired money to at least four conspirators in Pakistan, including some relatives. Since Amina would not come out of hiding, their job was to murder the father and sister of Amina’s boyfriend. And they did just that. An eyewitness “observed Choudry’s brother standing over the victims, holding a gun and desecrating the bodies.”

The murders were committed in Pakistan “between January 2013 and February 2013.” Mohammad Ajmal Choudry was arrested in New York on February 25, 2013. The trial began last week, in June, 2014. Amina testified that her father vowed to kill her and every member of her new lover’s family if she did not do the right thing.

The price of love or of freedom for Amina—and for other women in her position–is very high. She will have no family of origin. If she ever weakens and tries to seek them out, she risks being killed by one of her siblings, uncles, or cousins. After all, Amina entrapped her father on the phone by allowing him to death threaten her and others.

I have published three studies about honor killing and am at work on a fourth such study. I have also written countless articles about this subject and submitted affidavits in cases where girls and women have fled honor killing families and are seeking political asylum.

I am beginning to think that, like female genital mutilation, honor murder is so entrenched a custom that, in addition to prevention and prosecution,  (at least in the West), what may be required is this: People may need to be taught courage, the art of resisting tribal barbarism. Families need to learn to go against tradition, withstand ostracism and mockery, withstand being cut off by their families and villages—for the sake of their daughters.

One fear that a “dishonored” family has is that they will not be able to marry off their other daughters or sons. Perhaps educating a pool of potential marriage mates into understanding that murder is not “honorable;” that daughters’ lives are valuable, that such horror murders are not religiously sanctioned (if indeed, that is the case), and that enacting tribal honor codes are high crimes in the West.

The Choudry trial continues today in Brooklyn. Stay tuned for breaking news.


Baptême princier: Attention, un rituel peut en cacher un autre ! (Brits christen their prince while former genocidal Europe seeks to criminalize circumcision)

24 octobre, 2013
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/76/CirconcisionRothenburg.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/10/6ff16-1752b-2bthe2bbaptism2bof2bjesus.gifhttps://i2.wp.com/static.guim.co.uk/sys-images/Guardian/Pix/pictures/2013/10/23/1382539023487/William-Kate-and-Prince-G-009.jpghttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8e/Botticelli_Scenes_from_the_Life_of_Moses.jpg
http://www.aubergemontsegur.com/Nouvelles/2011/Noel/Tentaciones_de_Cristo_(Botticelli)web.jpgC’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi: tout mâle parmi vous sera circoncis.Vous vous circoncirez; et ce sera un signe d’alliance entre moi et vous. A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race. Genèse 10: 12-17
Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds (euphémisme pour les organes génitaux) de Moïse, en disant: Tu es pour moi un époux de sang! Et l’Éternel le laissa. Exode 4: 24-26
Vous circoncirez donc votre coeur … Deutéronome 10: 16
L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton coeur et le coeur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton coeur et de toute ton âme, afin que tu vives. Deutéronome 30: 6
Il ne faut donc point que les Juifs s’imaginent aujourd’hui avoir eu quelque avantage sur le reste des nations. Quant à leur longue dispersion, il n’est point surprenant qu’ils aient subsisté si longtemps depuis la ruine de leur empire, puisqu’ils se sont séquestrés des autres peuples et se sont attiré leur haine, non-seulement par des coutumes entièrement contraires, mais par le signe de la circoncision qu’ils observent très-religieusement. Or, que la haine des nations soit pour les juifs un principe de conservation, c’est ce que nous avons vu par expérience. Un roi d’Espagne les ayant autrefois contraints ou de quitter son royaume ou d’en embrasser la religion, il y en eut une infinité qui prirent ce dernier parti. Et comme en se faisant chrétiens ils devenaient capables de tous les privilèges des autres citoyens et dignes de tous les honneurs, ils se mêlèrent si étroitement aux Espagnols qu’il ne reste plus d’eux aucune trace ni aucun souvenir. En Portugal il en a été tout autrement : car étant forcés d’embrasser le christianisme sans être admis aux privilèges et aux dignités de l’État, ils ont toujours vécu, quoique convertis, dans un état d’isolement par rapport aux autres Portugais. Le signe de la circoncision me paraît ici d’une telle conséquence que je le crois capable d’être à lui tout seul le principe de la conservation du peuple juif. Je dirai plus : si l’esprit de leur religion n’efféminait leurs âmes, je suis convaincu qu’une occasion favorable venant à se présenter, les Juifs pourraient (tant les choses humaines sont variables) reconstituer leur empire et devenir ainsi l’objet d’une seconde élection de Dieu. (…)  Au reste, si quelqu’un persiste à soutenir pour telle ou telle raison que l’élection des Juifs est une élection éternelle, je n’y veux pas contredire, pourvu qu’il demeure d’accord que cette élection, de quelque durée qu’elle soit, en tant qu’elle est particulière aux Juifs, ne regarde que les avantages temporels et l’établissement de leur empire (puisqu’il n’y a que ce seul point par où les nations se distinguent les unes des autres), mais qu’à l’égard de l’intelligence et de la vertu véritable, toutes les nations sont égales, Dieu n’ayant sur ce point aucune sorte de préférence ni d’élection pour personne. Baruch Spinoza
Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
A l’époque de la peste noire, on tua des étrangers, on massacra des Juifs et, deux siècles plus tard, on fit brûler des sorcières, et cela pour des raisons parfaitement identiques à celles qu’on a rencontrées dans nos mythes. Tous ces malheureux se retrouvèrent indirectement victimes des tensions internes engendrées par les épidémies de peste et autres catastrophes collectives dont ils étaient tenus responsables par leurs persécuteurs. Les crimes imaginaires et les châtiments réels de ces victimes ne sont autres que les crimes et châtiments qu’on trouve dans la mythologie. Pourquoi donc, dans le cas de la seule mythologie, faudrait-il croire que, si les crimes sont imaginaires, les punitions et les victimes ne sauraient elles-mêmes être réelles ? Tout indique que le contraire est vrai. Les textes qui témoignent d’atrocités historiques, les archives judiciaires relatives à la chasse aux sorcières, par exemple, comportent les mêmes accusations extravagantes que les mythes, la même indifférence aux preuves matérielles et le même sentiment massif et irréfléchi que tout est exact, sentiment souvent exprimé, même s’il n’est pas effectivement partagé, par les boucs émissaires eux-mêmes. Tous les indices trahissant la victimisation d’individus imparfaitement assimilés – étrangers, handicapés physiques ou mentaux – sont présents dans ces documents, tout comme ils le sont dans la mythologie, pour autant qu’on puisse le vérifier ; à nous, observateurs d’aujourd’hui, ils livrent la vraie nature de ce qui s’est passé. (…) Je suis convaincu que la plupart des données d’ordre culturel sont pertinentes pour l’étude du sacrifice, y compris dans une société comme la nôtre qui ne pratique pas d’immolations sacrificielles. Le premier exemple qui me vient à l’esprit est notre propre interrogation du sacrifice ici même. Il y a forcément un rapport entre cette interrogation et le fait que les sacrifices sanglants sont de nos jours perçus comme odieux, non seulement par une petite élite, mais par l’ensemble de notre société, laquelle est désormais en voie de mondialisation rapide. Malgré ce sentiment d’horreur, une grande part de nos coutumes et pratiques et une bonne part de notre pensée peuvent encore être reliées au sacrifice d’une façon que nous ne soupçonnons pas. J’estime que notre histoire fourmille de phénomènes si clairs de ce point de vue qu’on ne saurait les exclure d’une enquête sur le sujet. C’est le cas, par exemple, de notre attitude envers certaines formes de persécution collective, de la façon dont nous comprenons et condamnons les préjugés collectifs et toutes les pratiques d’exclusion. Je crois également à la pertinence de nombreux textes littéraires, comme la tragédie grecque ou le théâtre de Shakespeare. Je pense aussi que la Bible et surtout le Nouveau Testament ont joué un rôle important dans tous les progrès que nous avons déjà faits, et que nous ferons demain, dans la recherche d’une meilleure compréhension du sacrifice. René Girard
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Mais pourquoi donc le christianisme est-il devenu une religion non-juive ?  Gilles Bernheim
Si la loi du sabbat appartient au cérémoniel et n’est plus obligatoire, pourquoi remplacer le sabbat par un autre jour? (…) Si la grâce chrétienne a mis fin à la loi juive, si le dimanche chrétien a abrogé le sabbat juif, si la notion d’un Dieu invisible indéfiniment suspendu à une croix a remplacé la notion du Tout-puissant invisible, si le salut et son emphase sur le spirituel l’a emporté sur la création, sur a nature et sur le corps, si le Nouveau Testament a supprimé l’Ancien, si les païens ont remplacé Israël; alors les juifs ont eu théologiquement raison, et ont encore raison aujourd’hui, de rejeter la religion chrétienne. Jacques Doukhan
All babies are unbelievably special, not only royal babies. But Prince George’s christening does carry an extra significance. As a nation we are celebrating the birth of someone who in due course will be the head of state. That’s extraordinary. It gives you this sense of forward looking, of the forwardness of history as well as the backwardness of history, and what a gift to have this new life and to look forward. Rev. Justin Welby (Archbishop of Canterbury)
As with any other infant’s baptism, Welby marked the Prince with the sign of the cross on his forehead and splash water on his head. The silver font used for George’s baptism has been used for every royal christening since 1841 and will be filled with water from the River Jordan. CNN
The Anti-Defamation League (ADL) and B’nai B’rith International condemned a resolution and report of the Parliamentary Assembly of the Council of Europe (PACE) in Strsbourg, which calls the Jewish ritual circumcision a “violation of children’s physical integrity,” undermining the religious freedom to perform circumcision on newborn boys. … Circumcision is not discretionary, but rather central, in Jewish life and practice throughout history,” added B’nai B’rith International Executive Vice President Daniel S. Mariaschin. “It must be made clear what those who support the criminalizing of circumcision in Europe are proposing: Discrimination against the Jewish community in Europe. EPL

Attention: un rituel peut en cacher un autre !

En ce lendemain du baptême du petit prince George qui, à travers l’Archévêque de Canterbury, nous rappelle nos indissolubles liens à notre passé judéochrétien …

Au moment même où, après la  dimanchisation du sabbat, l’Europe du génocide juif envisage de criminaliser la circoncision

Et où, retour à la fureur primitive sur les plages malgaches, on lynche et immole des hommes par le feu …

Pendant que les meutes de nos cours de recréation ou de nos réseaux sociaux peuvent pousser nos enfants au suicide …

Comment ne pas repenser à ce passé commun de l’humanité …

Dont demeurent les traces transfigurées …

Tant la circoncision (cette mutilation protectrice de la partie pour le tout, comme semble le rappeler le mystérieux épisode de Séphora préservant de la violence divine son époux comme son fils) …

Que le baptême (dont l’immersion primitive rejouait à la fois, via la noyade simulée, la mise à  mort et la résurrection du Christ)  …

A savoir le sacrifice humain en général et le sacrifice d’enfants en particulier?

LE SACRIFICE HUMAIN

Anne Stamm

Pourquoi ai-je choisi de vous entretenir du sacrifice humain, un sujet en quelque sorte tabou ? Tout simplement parce que j’ai lu l’été dernier l’ouvrage d’un universitaire américain: « L’autel le plus haut  » (Patrick Tierney), qui m’ a incité à réfléchir, à entreprendre des recherches bibliographiques, à interroger de s collègues ethnologues.

En 1954, un groupe d’archéologues andin se constitue après la découverte du Mt Plomo (5 400 m) par 2 mineurs à la recherche d’un trésor inca du corps d’un jeune enfant en parures d e cérémonies inca. Il n e s’agit pas d’une momie, mais d’un petit garçon placé dans un caveau vivant et que les conditions climatologiques ont conservé dans un état de souplesse , de flexibilité tout à fait étonnant .

Transféré à Santiago, au Muséum national le corps a été soumis à de nombreuses analyses et conservé en congélateur.

Le costume de l’enfant montrait de toute évidence qu’il appartenait à une famille princière et que son sacrifice remontait à 1470-1480 .

Depuis lors ce groupe d’archéologues a découvert de très nombreux corps d’enfants enterrés ou inhumés dan s des fosses ou dans des tours à des altitudes pouvant atteindre 6 500 m . Il s’agissait toujours d e jeunes et beaux enfants dont le visage était parfaitement calme . Bien entendu ces  trouvailles posèrent d’innombrables questions :

On connaissait les sacrifices humains des Aztèques immolant des prisonniers de guerre dont le sang et la chair devaient nourrir le soleil et lui permettre de revenir éclairer la terre.

Ceux qu’au Bénin, on accomplissait à la mort d’un souverain, on savait moins que lors d e son intronisation le nouveau roi devait tuer un esclave .

On savait qu’aux Indes les veuves devaient se jeter dans le bûcher consumant le corps de leur mari, mais aussi que les victimes humaines procuraient la richesse et l’immortalité , accomplissaient des vœux, étaient indispensables à l’érection de certains bâtiments, et ce jusqu’ à l’interdiction par les Britanniques vers le milieu du XIX e siècle. O n avai t dans l’esprit le meurtre d’Iphigènie par son père Agamemnon et celui que faillit accomplir Abraham sur son fils Isaac .

On n’avait pas assimilé l’exécution de Remus par Romulus à un sacrifice humain et les corps retrouvés dans les marais danois posaient de nombreuses questions.

Les historiens avaient tendance à penser que ces pratiques étaient le fait de peuplades arriérées et quand ils en avaient connaissance en Grèce, c’était, croyaient-ils, dans l’antiquité la plus lointaine. Pausanias (l’historien grec du 2 e siècle après J.C. ) refusa lui-même de divulguer les détails du sacrifice accompli a u sommet du Mt Lycée e n Arcadie et qui comportait la mort et le dépeçage d’un enfant mangé collectivement chaque année : « Je ne voyais aucun plaisir à étudier ces sacrifices, disait Pausanias, laissons les tels qu’ils sont et tels qu’ils ont été depuis les origines » .

Quant aux ethnologues et aux ethnographes, ils ont la plupart du temps été très discrets sur des pratiques qui les gênaient beaucoup : o u bien ils avaient très peu de renseignements, car bien entendu on se cachait des blancs, sauf dans les débuts de la pénétration européenne (mais alors ils n’étaient guère en état de faire des observations correctes), o u bien on leur disait que la chose n’avait plus cours : un dogon interrogé par Griaule racontait qu’autrefois on immolait un albinos pour emporter un message à Dieu mais que cela ne se faisait plus : « ils sont comptés maintenant  » affirmait-i l ou bien ils avaient peur que l’évocation de ces sacrifices ne nuise à l a réputation de la population, objet de leurs études et à laquelle ils s’étaient le plus souvent sentimentalement attachés .

Et puis il y avait les professionnels de la mauvaise conscience et qui mélangeaient tout :

– les vaincus passés au fil de l’épée par le vainqueur afin de manifester sa puissance, afin d’intimider les agresseurs éventuels et dissuader des attaques toujours possibles,

– les condamnés à mort dont l’exécution était tout à la fois châtiment de leur crime et élimination d’un danger futur, danger qui d’ailleurs peut-être moral, qu’on songe à Socrate ( + 399 avant J.C.) considéré com e opposant à la cité et corrupteur de la jeunesse,

– les victimes des innombrables vendettas qui se déroulaient ou se déroulent encore dans le monde, ainsi la guerre du chien chez les Mongo dans le s années 1920 fit des milliers de victimes;

– les serviteurs ou les femmes tués ou enterrés vivants dans ou à côté de la tombe de leur maître afin d’aller le servir dans l’autre monde ;

– l’immolation de martyrs qu’ils soient religieux ou politiques et le plus souvent politico-religieux par exemple :

– Husay , petit-fils de Mahomet massacré à Karbala e n Irak , en 680 , car il ne voulait pas reconnaître Yazid comme iman. Cette mort est commémorée par les Chiites lors des fêtes de l’Achura (les Chiite s sont le s partisans de l a succession du prophète par les Alides (descendants de Fatima) ;

– les martyrs chrétiens de l’empire romain qui représentaient plus un danger politique que religieux, par leur refus de rendre un culte aux empereurs; – toutes le s victimes de toutes les guerres « saintes » ;

– le meurtre d’empoisonneurs supposés avoir tué réellement ou par magie: dans de nombreuses populations, en effet , i l n’ y a pa s d e « mort naturelle » , il y a toujours un ou des responsables qu’on découvre le plus souvent par divination;

– la mort programmée des rois sacrés africains à qui l’on présentait le poison ou bien que l’on étouffait (car il ne fallait pas répandre le sang), aux premiers signes de faiblesse ou de vieillissement.

Tous ces morts, tous ces exécutés ne sont pas victimes de sacrifices humains bien que dans certaines sociétés il n’est pas de situation critique à laquelle on ne réponde par le sacrifice, et où dans le cas où le groupe est menacé on n’envisage l’immolation d’un humain, immolation qui clôt le cycle des vengeances…

Nous avions oublié les dangers des désirs de vengeance, nous les voyons ressurgir autour de nous aussitôt que s’affaiblit le système judiciaire : ainsi en est-i l aujourd’hui en Yougoslavie. Il nous faut donc examiner la notion même de sacrifice : sacrifier quelque chose ou quelqu’un c’est rendre la chose ou la personne sacrée , c’est-à-dire la séparer de soi, la séparer du monde profan , la donner à Dieu, aux dieux ou aux déesses.

Le bien offert devenant propriété du ou des dieux devient inaliénable, il peut être détruit, mais il peut aussi devenir seulement intouchable – qu’on songe aux vierges consacrées dans tant de religions .

Sacrifier c’est être dans la logique d’un échange : l’homme donne ce qu’il a, et au maximum quelqu’un de son espèce, voire de sa famille – pour obtenir de la divinité des biens que seule la puissance créatrice peut distribuer : la santé, l a purification, la fertilité de la terre, la fécondité du bétail ou des épouses…

Toute la vertu du sacrifice réside dans l’idée que l’on peut agi r sur les forces spirituelles par l’offrande de biens matériels, offrande, bien entendu assortie de prières, d’incantations, de suppliques. Le sacrifice passe même pour être un meilleur moyen que la prière souvent ignorée…

Il faut que le Transcendant soit puissant pour qu’on lui offre le bien suprême qui est si souvent un enfant c’est-à-dire l’espoir et l’avenir du groupe, l’objet des soins et de l’amour de ses parents. Il est vrai que nous avons de la peine à comprendre les formes que peut prendre cet amour. C’es t l’anthropologue Johan Reinhard qui explique : « Les Incas faisaient une faveur à ces enfants puisqu’il s devenaient des dieux après leur mort » . « Il s étaient même célébrés comme des demi-dieux pendant les dix jours de fête précédant leur mise à mort « :

Deux fois par an, aux solstices d’été et d’hiver, les meilleures récoltes, les plus beaux animaux, les plus fins vêtements, les plus précieuses œuvres d’art et les plus joli s enfants étaient rassemblés (de l’Equateur jusqu’au Chili) et amenés à Cuzco , la capitale inca perchée à 3 650 m d’altitude en 4 grandes processions convergentes, chacune venant d’une province… Cuzco n’était pas seulement une capitale politique, c’était le mandala qui maintenait la cohésion de l’empire.

Après une purification rituelle les enfants écoutaient le grand prêtre leur expliquer les bienfaits que leur sacrifice apporterait à l’Empire et à eux-mêmes. Accompagnés de leur mère ils processionnaient autour des statues des principaux dieux : Viracocha , l e Dieu d u Soleil , l e Die u de s Eclairs , ou celui de la Lune. L’inca ordonnait alors aux prêtres d’emporter leur part des offrande s et de s sacrifiés à immoler aux plus grands autels de leur région.

De nouveaux grands défilés se dirigeaient vers les provinces et finalement montaient à ces autels situés très haut dans les montagnes .

Avan t d e procéde r a u sacrific e le s prêtre s disaien t un e prière , pa r exempl e à Viracoch a l e créateu r : « Dispensateu r d e vie , to i qu i décide s d u jou r e t d e l a nuit , to i qu i engendre s l’auror e e t l a lumièr e di s à to n fil s l e solei l d e brille r e n pai x e t e n sérénité , d e brille r a u dessu s d e ceu x qu i l’attendent , d e le s protége r contr e le s maladie s etc.. « 

A e n croir e l a légend e d e Tant a Carhua , un e fillett e sacrifié e à 1 0 ans , le s festivité s inca s préparaien t parfaitemen t le s victime s à leu r sor t : « vou s pouve z e n fini r ave c moi , maintenant , aurait-ell e dit , j e n e pourrai s pa s êtr e plu s honoré e qu e pa r le s fête s qu’o n a célébrée s pou r mo i à Cuzco » .

Le s victime s étaien t de s ambassadeur s auprè s de s dieux . Elle s devaien t mouri r heureuse s ca r u n représentan t e n colèr e e t rempl i d e mauvais e volont é n’aurai t pa s ét é u n bo n défenseu r de s intérêt s d e se s mandants .

L e sacrific e humai n engendr e auss i 3 sorte s d e demi-dieu x : l a victi – m e qu i dispens e dorénavan t santé , travail , fertilit é etc. . s a tomb e étan t centr e d’u n pouvoi r magique , deuxièm e demi-die u l e commanditair e qu i profit e a u mieu x d u sacrific e consent i o u payé.. . qu i es t considér é comm e invincibl e à caus e de s pouvoir s conféré s pa r le s pacte s scellé s pa r leur s sacrifices . Enfi n l e sacrificateu r lu i même , ca r observan t de s pacte s ave c le s puissance s surnaturelles , i l n e peu t qu’e n recevoi r succès , richess e e t considération .

Pou r profite r de s bienfait s d u sacrific e i l convien t d e s’associe r à l a victim e : soi t e n mangean t s a chair , soi t e n procuran t l e sacrifié , e n l e parant , l e nourrissan t etc. .

Mai s peu t s’établi r un e relatio n contradictoir e entr e l e sacrifi é e t se s sacrificateurs . S i l a victim e n’es t pa s consentante , o n pense , a u Pérou , qu e so n âm e devien t l’esclav e de s « tius  » (esprit s d e l a montagne ) e t peu t tue r à leu r place . Ains i a-t-o n peu r qu e l e mor t n e s e libèr e e t n e vienn e s e venger . Auss i o n tach e d e s e concilie r so n espri t pa r de s prière s e t de s culte s o ù s e marquen t le s influence s chrétienne s : o n le s appell e d’ailleur s de s « misses » . I l sembl e bie n qu e le s sacrifice s humain s s e pratiquen t aujourd’hui , encore , dan s le s Audes , Patric k Tierne y a recueill i d e nombreu x témoi – gnage s e t fai t éta t d’article s d e journau x d e l a Pa z o u d e Santiago .

E n 196 0 u n orpheli n aurai t ét é sacrifi é a u Lag o Bud i (a u su d d e Santiago ) pou r fair e cesse r u n ra z d e marée , e n 198 6 u n paysa n aurai t ét é sacrifi é pou r calme r l a colèr e d e l a natur e qu i faisai t monte r le s eau x d u La c Titicaca , e n 198 3 u n homm e aurai t ét é pend u dan s l a mêm e régio n (côt é Pérou ) pou r lutte r contr a l a sécheresse . O n accus e d e ce s crime s le s chamane s qu i « parlen t a u diable » , le s narcotrafiquant s o u le s commer – çant s qu i veulen t réussir .

Dan s notr e sphèr e culturell e Eschyl e narr e l e sacrific e d’Iphigéni e :

Le s Dieux , e t e n particulie r Artémi s (don t l e cult e comprenai t parfoi s de s sacrifice s humains ) avaien t immobilis é le s vaisseau x d’Agamenno n – Artémi s avai t pri s parti e pou r Troi e – dan s l e Golf e d’Argos . Le s Dieu x avaien t avert i Agamenno n qu’il s lu i accorderaien t u n ven t favorabl e seulemen t s’i l leu r immolai t s a fill e Iphigénie . Longtemp s Agamenno n hésit a pui s i l immol a Iphigénie . A u mêm e instan t le s vent s s e levèren t mai s l e desti n tomb a su r l a nuqu e d’Agamenno n : i l ser a tu é pa r l’aman t d e s a femm e Chytemnestre , leque l ser a tu é pa r Orest e qu i poignarder a auss i s a mèr e pou r l a puni r ains i qu e so n aman t d’avoi r tu é so n père.

Pou r comprendr e c e geste , c e sacrific e innommabl e – c e qu i n e veu t pa s dir e l’approuve r – nou s allon s fair e un e sort e d’inventair e de s mobile s qu i l e provoquen t : Fondation s d e ville s Nou s avon s déj à évoqu é l e meurtr e d e Remu s pa r Romulus , pou r n e pa s multiplie r le s exemple s j e m e born e à cite r l a fondatio n d e l’un e de s cité s Kotok o (su r le s cour s inférieur s d u Char i e t d u Logone ) : Logon e Birn i exige a l e sacrific e d e l a fill e d e l’u n de s groupe s e t d u garço n d e l’autr e muré s vivant s dan s l’épaisseu r d u mu r d’enceinte , Madam e Lebeu f qu i étudi a ce s principauté s expliqu e : « l e sacrific e d’u n de s fondateur s o u d e s a progénitur e es t u n act e essentiel . I l scell e l’unio n d e l’homm e ave c l e so l d e l’espac e réserv é mai s l’unio n de s groupe s étranger s entr e eux » . Intronisatio n d e Roi s L a traditio n Yoroub a voulai t qu e l e jou r d e l’intronisatio n d e l’on i d’If é (If é es t l’antiqu e capital e d’o ù son t parti s le s yoroub a don t l a tradi – tion , no n écrite , a ét é évoqué e pa r d e nombreu x informateur s don t l’u n de s dernier s es t mor t e n 1930) , qu e l e jou r d e cett e intronisation , u n esclav e étai t amen é a u palai s richemen t habill é e t coiff é d’un e couronn e d e cauris . Ce t esclav e (ro i d’u n jour ) recevai t le s dignitaire s d e l a cour , dan s diffé – rente s partie s d u palai s assi s su r u n trône , pui s i l quittai t l e palai s e t l a vill e d’If é pou r toujours . Comm e o n n e doi t jamai s dir e qu e l e ro i es t mor t mai s qu’i l es t parti , o n peu t suppose r qu e c e ro i d’u n jou r étai t exécuté .

Mort des Roi s

A l a fi n d u XVIII e siècl e (1778-1786 ) J.-F . Landolph e décri t le s funéraille s d e l’Ob a (ro i d u Bénin) .

O n creus e un e tomb e dan s l’un e de s cour s d u palais . C’es t u n tro u larg e d e 4 pied s carré s e t profon d d e 30 . O n y descen d l e cadavr e roya l ains i qu e se s premier s ministre s vivants . L’ouvertur e es t fermé e pa r un e grand e trapp e d e bois . Tou s le s jour s o n apport e de s vivre s e t o n demand e s i l e ro i es t mort . Le s survivant s réponden t qu’i l es t bie n malade . O n agi t ains i jusqu’ à c e qu e l’o n n’obtienn e plu s d e réponses . Pendan t c e temp s l’anarchi e es t instauré e dan s l a ville , de s homme s masqué s parcouren t le s rue s d e l a vill e e t fon t vole r l a têt e d e ceu x qu’il s rencontren t d’u n cou p d e coupe-coupe . L e san g es t recueill i dan s de s bassine s e t i l es t vers é su r l e tombea u de s rois .

Plu s tar d le s corp s son t sorti s d e l a foss e e t ceu x de s ministre s rendu s à leu r famill e tandi s qu e l e ro i es t inhum é dan s un e vast e cou r sou s l e portiqu e don t le s pilier s son t sculptés . C e lieu , di t l’auteur , étai t couver t d e san g humai n e t u n énorm e serpen t sculpt é dan s de s dent s d’éléphan t emboîtée s l’un e dan s l’autr e semblai t descendr e d u toi t e t pénétre r dan s l a tombe . N’oublion s pa s qu e l e serpen t es t symbol e d’éternit é e t plu s encor e d’éterne l retour .

Mai s le s sacrifice s n’e n étaien t pa s terminé s pou r autant .Deu x foi s pa r a n avaien t lie u d’important s rituel s qu i comportaien t de s offrandes , notammen t celle s d e 1 2 victime s humaine s ains i qu e 1 2 chiens , vaches , moutons , boucs , poulet s e t u n poisson . Ce s rituel s d e commémoratio n étaien t organisé s pa r l e ro i régnan t e n l’honneu r d e so n pèr e décédé , l’Ob a allai t voi r le s victime s humaine s ligotée s e t assise s e t le s chargeait , à voi x haut e d e message s pou r so n père . Alor s avai t lie u l’exécutio n : l a victim e s’avançai t bâillonné e ell e étai t assommé e pa r devan t e t pa r derrière . Allongé e alor s à terr e ell e étai t égorgé e e t so n san g recueill i arrosai t le s tombeau x de s rois .

Un e autr e grand e fêt e honorai t l e ro i régnan t lui-mêm e e t comportai t égalemen t de s sacrifices .

E n pay s Kotok o (Tchad , frontièr e Nigeria ) à Makari , l a traditio n assur e qu’ à chaqu e intronisatio n l e cora n étai t recouver t d e l a pea u d e l a mèr e d u M e (prince ) e t d e cell e d’u n bœu f immol é e n mêm e temp s qu’elle , qu’i l étai t ensuit e plac é dan s u n étu i d e cui r multicolor e e t soustrai t au x regards .

Obtentio n d e faveur s importante s

L’immolatio n d e victime s humaine s n e s’impos e qu e lorsqu e le s faveur s sollicitée s d e l’au-del à son t importantes . Nou s avon s évoqu é l e sacrific e d’Iphigéni e pa r so n père , sacrific e auque l devai t consenti r l a victim e elle-mêm e : Racin e me t dan s l a bouch e d e so n héroïn e : « i l fau t de s Dieu x apaise r l a colère  » avan t qu’ell e n e s e voi t substitue r un e jeun e captiv e Eriphèle , fill e caché e d’Hélèn e e t d e Thésée , don c ell e auss i d u san g d’Hélène .

A u Pérou , d e même , l a victim e devai t êtr e consentante . Alor s ell e devenai t Die u e t sourc e d e félicit é e t d e pouvoi r pou r celu i qu i e n faisai t l’offrande . L a fillett e don t nou s avon s parl é e t qu i es t révéré e sou s l’appellatio n d e « Tant a Carhua » , valu t à so n pèr e nommé e che f d e l a communaut é dan s le s jour s qu i suiviren t l’emmuremen t d e s a fill e consa – cré e a u soleil .

Su r l’îl e mélanésienn e d e Malekul a u n homm e qu i sacrifi e u n jeun e garçon , e n mêm e temp s qu’u n sanglie r particulier , devien t seigneu r de s enfer s e t possèd e u n pouvoi r su r l’ensembl e d e l a tribu .

O n gagn e pourrait-o n dir e u n pouvoi r magiqu e à l a mesur e d u sacri – fic e consenti .

C’es t c e pouvoi r qu’o n recherchait , e n Afrique , e n entran t dan s le s société s secrète s dite s de s hommes-lions , de s hommes-léopard s o u croco – diles . Pou r y entre r i l fallai t « offrir  » quelqu e membr e d e s a famille , don t un e parti e (o u l a totalité ) d u corp s étein t partagé e e t mangé e pa r le s membre s d e l a confrérie . Le s faveur s demandée s peuven t êtr e moin s importante s à no s yeu x :

Che z le s Peu l d u Foulado u (Ht e Casamance ) o n célèbr e encor e aujourd’hu i u n importan t ritue l e n l’honneu r de s vaches . Le s vache s c’es t l a vi e mêm e pou r ce s pasteurs.. . auss i pou r e n obteni r n’hésitait – (n’hésite ) o n pa s à passe r u n pact e ave c Gaari-Jinn e (l e génie-taureau) ? Celu i qu i veu t avoi r u n troupea u peu t offri r secrètemen t s a femme , so n enfan t – autrefoi s san s dout e de s esclave s – . Alor s l a victim e tomb e devan t l e troupea u d e vache s d e l a communaut é qu i arriv e e n galopan t pou r partici – pe r a u rituel . Ell e tomb e e t meur t – parfoi s piétinée , parfoi s d e maladi e dan s le s jour s suivant s – . Implore r l e pardo n C’es t u n autr e moti f pou r sacrifie r u n humai n e t e n particulie r u n enfant . Lor s d e terrible s ra z d e maré e : E n 196 0 eu t lie u l’exécutio n d’u n peti t garço n orpheli n (enviro n 6 ans) , prè s d u lag o Bud i a u Chili . O n lu i arrach a l e cœu r e t le s intestin s qu’o n jet a à l’eau . C’es t pou r montre r so n obéissanc e à Die u qu’Abraha m failli t bie n immole r so n fil s Isaa c (XIX e siècl e avan t J.-C) . Mai s c’étai t e n l’honneu r d e Moloch , Dieu x de s cananéen s e t de s phénicien s qu’étaien t immolé s d e nombreu x enfant s qu’o n brûlai t dan s de s « Tophets » . Manassé , fil s d’Ezéchias , « fi t passe r so n fil s pa r l e feu , pratiqu a l’astrologi e e t l a magie , institu a nécromanci e e t devins  » ( 2 roi s 2/16) . Acha z 12 e ro i d e Juda , ro i d e Jérusalem , e n avai t fai t autan t « i l fi t fume r l’encen s dan s l a vill e d e Be n Hinno m e t brûl a se s fil s pa r l e feu » , selo n le s abomination s de s nation s qu’avaien t dépossédée s Yahw e devan t le s fil s d’Israë l ( 2 chronique s 28/3) . L a rein e Dido n d e Ty r ayan t emport é à Carthag e – qu’ell e aurai t fond é a u IX e siècl e avan t J.-C . – le s Dieu x d e Phénicie , o n trouvait , e n Tunisi e u n « tophet  » ave c de s stèle s sacrificielle s e n l’honneu r d e Baal – Hammo n e t d e Tarit-Astart é (déess e d e l a fécondité) . Renouvellemen t d u mond e L e mond e vieillissant , le s organisation s s e dégradan t i l convien t d e l e renouvele r comm e d e refair e le s force s d’u n souverain . E n Crète , l e roi-prêtr e qu i portai t l e no m d e Mino s régnai t pendan t un e périod e d e 9 ans , A u bou t d e c e temp s l a puissanc e divin e qu i lu i avai t ét é insufflé e étai t considéré e comm e épuisée . I l s e rendai t alor s dan s l’antr e d e l a Montagn e Id a (o ù Zeu s enfan t avai t ét é élev é pa r 3 nymphes) . I l y apprenai t toute s le s faute s qu’i l avai t commises . Pendan t so n séjou r tout e l’îl e vivai t dan s l’angoiss e e t sacrifiai t jusqu’ à de s hommes . Te l étai t l e sor t de s 7 jeune s gen s e t 7 jeune s filles , tribu t qu e tou s le s neu f an s le s peuple s devaien t offri r a u Minotaure , hôt e d e l a grott e labyrinthiqu e d e l’Ida . Rappelon s qu e l e « monstre  » fu t vainc u pa r Thésé e qu i deviendr a ro i à so n tour . Tou s le s 9 an s égalemen t le s tribu s venan t d u pay s entie r s e réunis – saien t à Uppsal a pou r renouvele r le s pouvoir s d u roi . Chacu n devai t apporte r 9 offrande s : chevaux , chien s e t hommes . Le s victime s étaien t pendue s mai s auss i atteinte s d’u n cou p d e lance . De s exécution s d u mêm e genr e s e pratiquaien t a u Danemar k e t e n Norvège .

A l a fi n d u 1 e r siècl e d e notr e èr e Tacit e décri t l e sanctuair e d’u n peupl e germaniqu e : le s Semnome s qu i occupaien t u n vast e territoir e entr e Elbe , Odes , Varth a e t Vistule . I l assur e qu’ à de s époque s déterminée s de s députation s de s peuple s se retrouvaien t pou r pratique r de s « rite s barbares  » e t immolaien t u n homm e (a u moins) . L’affair e de s 9 an s es t extrêmemen t intéressant e ca r c e cycl e est , dan s l’antiquité , ressent i comm e à pe u prè s capabl e d e mettr e e n accor d l e cour s d u solei l ave c celu i d e l a lune , c’es t à dir e l a vi e social e d u ro i ( = soleil ) ave c l a natur e ( = lune) . Assure r l’ordr e d u Mond e Enfi n l e principa l mobil e d e l’exécutio n d e victime s humaine s es t d’assure r l’ordr e d u monde . E n méso-amérique , avan t l a dominatio n de s Aztèques , l e débu t d e l’anné e étai t marqué e pa r de s sacrifice s d’enfant s su r l e somme t de s montagne s ; lor s d e l a fêt e de s Dieu x e t Déesses , de s homm e o u de s femme s ayan t jou é pendan t quelque s jour s o u quelque s heure s l e rôl e d e leu r « patron » , étaien t immolé s a u somme t d e pyramide s pa r u n prêtr e portan t parfoi s lu i auss i l e costum e e t l e masqu e d u Die u o u d e l a Déesse . O n l e voi t bie n i l y a l à symbolism e d e l a Mor t e t d e l a résurrectio n d u Dieu . Parfoi s u n homme , prêtr e o u non , revêtai t l a pea u d u o u d e l a suppli – ciée , imag e d u Dieu , av e l e mêm e symbolisme . Le s Aztèque s ayan t développ é u n nouvea u myticism e e t décri t l e solei l comm e devan t recevoi r d e grande s quantité s d e san g pou r survivre , i l leu r fallu t s’empare r d e nombreu x prisonnier s d e guerr e afi n d e pouvoi r e n immole r chaqu e mati n : o n arrachai t leu r cœu r encor e palpitan t a u moye n d’u n coutea u d’obsidienn e e t o n l’élevai t pou r l’offri r a u soleil . Avan t le s Incas , le s indien s de s Ande s rendaien t de s culte s au x eau x e t au x montagnes , e t san s dout e à u n coupl e formé e de s une s e t de s autre s (la c d e haut e montagn e coupl é ave c u n hau t sommet , pa r exemple ) le s Inca s on t assum é ce s ancien s culte s e n le s réorientan t ver s l e soleil , seu l capabl e d e surpasse r le s Dieu x de s montagnes . Elue s d u solei l le s victime s humaine s auraien t jou é u n autr e rôle . O n aurait , dan s le s Andes , pratiqu é de s sacrifice s pou r apaise r de s conflit s internes , pou r renforce r l’harmoni e entr e classe s sociale s e n cimentan t le s relation s ave c l’Inca . Telle s es t l a thès e d e Abbo t Cristoba l d e Molin a (XVIe ) qui , e n bo n observateur , avai t not é qu e l a redistributio n de s victime s à parti r d e l a capital e aurai t apais é le s rancœur s qu e l’inégalit é de s peuple s pouvai t développer .

O n retrouv e dan s c e réci t d u jésuit e c e qu’assur e Ren é Girar d : l e sacrific e qu i es t un e violenc e es t un e manièr e d’arrête r l e cycl e intermi – nabl e de s vendetta s individuelle s o u d e groupe . L a violenc e sacrificiell e s’opposerai t à l a violenc e « naturelle  » Le s humain s sacrifié s étaient , dan s tou s le s ca s de s messager s choisi s e t chargé s d’u n rôl e d e médiatio n entr e le s homme s e t le s Dieux . Cett e théologi e d e l a médiatio n perme t d e comprendr e (no n d’approuver ) l e cannibalism e ritue l qu i associ e à l a victim e l’ensembl e de s participants . C e n’es t pa s pa r goû t n i pa r instinc t qu e l’homm e es t cannibale , mai s à l a suit e d’un e théologi e e t d’un e mythologie . L’homm e sai t qu’i l doi t tue r de s animau x pou r vivre.. . i l extrapol e e t pens e qu’i l doi t tue r de s homme s pou r fair e vivr e l’au-delà , répétan t rituellemen t u n premie r meurtr e qu i eu t lie u dan s l e mond e de s Dieu x o u dan s celu i de s ancêtres . L e démembremen t d’u n Die u serai t l e modèl e d u sacrific e humain . L’Egypt e a fai t d’Osiri s l e Die u mor t e t ressuscit é : épou x d e s a sœu r Isis , fil s d u die u terr e Ge b e t d e l a déess e cie l Nout , frèr e d e Seth , Osiri s étai t – selo n le s récit s mythologique s – u n Dieu-ro i for t aimé . So n frèr e Seth , jaloux , fi t fair e u n coffr e superbemen t décor é et , a u cour s d’u n banquet , promi t d e l’offri r à celu i qu i pourrai t l e rempli r exactement . Comm e i l avai t ét é fai t au x mesure s d’Osiris , seu l celui-c i pu t s’ y couche r exactement . Aussitô t l e couvercl e rabatt u e t scellé , l e coffr e es t jet é a u Nil . Isi s l e recherch e e t l e retrouv e à Byblos . Ell e ramèn e l e corp s d’Osiri s e n Egypt e mai s Set h réussi t à s’e n empare r à nouvea u e t à démembre r l e corps . I l e n répan d le s morceau x à traver s l’Egypte . Isi s recherch e ce s morceaux , le s recoll e à l’exceptio n d u péni s qu i rest e introuvable . Selo n un e autr e versio n ell e inhum e chaqu e morcea u à l’endroi t o ù i l a ét é retrouv é e t à qu i es t ains i apporté e l a fertilit é e t l a résurrectio n es t antérieure . Quoiqu’i l e n soi t Isi s a u n enfan t posthum e d’u n épou x mor t e t ressuscité . C’es t enfan t c’es t Horu s – die u Fauco n – . E n Mésopotamie , selo n l e myth e babylonie n d e créatio n d e l’Univer s qu i étai t déclam é lor s de s fête s d u nouve l a n : a u commencemen t i l n’ y avai t qu e le s eau x douce s (Apsû ) e t le s eau x salée s Tiamat) . D e c e coupl e naissen t de s génération s d e Dieux , don t l’u n tu e Aps û e t l e remplac e comm e roi . I l engendr e Mardu k qu i attaqu e l a terribl e Tiamat . A lie u u n terribl e comba t don t Mardu k sor t vainqueur . I l fen d e n 2 l e cadavr e d e Tiama t e t d’un e moiti é form e l e cie l e t le s étoile s (e t auss i l a lune ) don t l’autr e form e l a Terr e o ù coulen t l e Tigr e e t l’Euphrat e issue s de s yeu x d e Tiamat.. . L’épou x d e Tiama t : King u es t alor s sacrifi é pou r qu e naiss e l’homm e ( à l’aid e don c d u san g d’u n Dieu ) o n compren d dè s lor s qu e l e servic e de s Dieu x ser a l e lo t d e l’humanité . I l fau t don c le s nourri r pa r de s offrande s : pains , viandes , mai s auss i légume s e t fruits . I l n e sembl e pa s y avoi r e u d e sacrific e humain , cependan t dan s le s tombe s royale s d’U r o n a trouv é le s squelette s d e nombreuse s personne s venue s (volontairemen t o u non ) prendr e plac e auprè s d e leu r maîtr e o u maîtresse . C’es t a u sacrific e d’u n Die u o u à so n auto-sacrific e qu’es t du e l a naissanc e d u mond e e n Grèc e comm e che z le s May a e t le s Dogon . Dionyso s es t u n die u énigmatiqu e don t l e no m signifi e  » 2 foi s né » , u n die u qu i meur t e t qu i renaît . I l es t san s dout e un e divinit é trè s archaïque , peut-êtr e originair e d’Anatolie , e n tou s ca s attesté e e n Crèt e o ù avai t lie u u n cult e d e Dionyso s enfan t s e confondan t ave c l e Zagreu s d e Mt-Ida . Zagreus-Dionyso s es t fil s d e Perséphon e déess e infernal e e t d e Zeu s (sou s form e d e serpent) . I l es t don c li é au x puissance s chtonniennes , i l évoqu e l e cycl e hive r (mort ) / printemp s (retou r de s force s d e vie) . Zagreu s a ét é déchir é e t dévor é enfant , sou s form e d e taureau , pa r de s Titans . A l’imitatio n d u sacrific e d e Zagreu s – Dionyso s qu i es t réput é favorise r l a renaissanc e e t l a croissanc e d e l a végétation , u n jeun e garço n étai t immol é e n Crète . Cett e victim e humain e avai t régn é pendan t un e journée . I l avai t alor s exécut é un e dans e illustran t le s 5 saisons , miman t l e lion , l a chèvre , l e cheval , l e serpen t e t l e veau . Aprè s quo i i l étai t sacrifi é e t mangé . Marsya s étai t am i d e l a déess e Cybèle , i l jouai t d e l a flût e pou r l a charmer . C’étai t dit-o n u n « satyre  » (o u silène ) d e Phrygie , Marsya s os a provoque r Apollo n e n comparan t s a flût e à l a lyr e d e celui-ci . Apollo n vainqui t Marsyas , pa r ruse , e n défian t so n adversair e d e fair e c e qu’i l faisai t c’est-à-dir e joue r à l’envers , c e qu’o n pouvai t ave c l a lyr e e t no n à l a flûte . Apollon , pou r s e venger , écorch a vi f Marsya s e t clou a s a pea u à u n pin , arbr e d e Cybèle , so n corp s démembr é fu t répand u dan s le s champ s pou r le s fertilisés . Ce s exemple s montren t bie n qu e l e sacrific e d’u n Die u cré e o u entre – tien t l e monde , lu i procur e l a fécondité .

Dan s l e Popo l Vuh , l e gran d text e May a écri t ver s 155 0 pa r u n lettr é quiche , le s Dieu x son t présenté s comm e de s humain s géant s comm e d e trè s grand s magicien s don t le s acte s e t le s création s furen t l e résulta t d e parole s magiques . Un e guerr e inexpiabl e éclat a entr e de s Dieu x lumineu x e t bienfaisant s e t le s Dieu x ténébreu x e t malfaisants . Cett e bataill e pri t figur e d e parti e d e je u d e paum e e t le s Dieu x lumineu x duren t feindr e d e s e laisse r tue r : rit e obligatoir e pou r passe r d u pay s d e l a Xibalb a (mort ) a u pay s d e l a vie . Ayan t remport é l a victoir e le s 2 magicien s montèren t a u cie l e t y devinren t solei l e t lune . A l’imag e d e l a lutt e de s Dieux , le s ancêtre s entamèren t un e lutt e a u je u d e paume . U n héro s ancestra l fu t décapit é e t s a têt e abandonné e su r l a plac e d u je u d e balle . Ell e y donn a naissanc e à de s fruit s e t engendr a un e descendance . O n voi t don c o ù s’ancr e l’idé e d u sacrific e humai n fécondateur . O n voi t auss i naîtr e l a nécessit é d u sacrific e pou r qu e viv e l e monde : le s Dieu x on t fai t coule r leu r san g pou r l e créer , le s homme s doiven t fair e coule r l e leu r pou r l e maintenir . Lor s don c le s cité s may a entrèren t e n guerr e no n afi n d e s’asservi r mai s d e fair e de s prisonnier s qu e l’o n puiss e immole r a u somme t de s pyramide s o u plu s souven t encor e a u cour s d’u n je u d e balle . L e ro i étai t guerrie r e t i l sacrifiai t le s prisonnier s mai s i l étai t auss i demi-Die u e t lor s de s cérémonie s rituelle s i l faisai t coule r so n propr e san g e n s e lacéran t notammen t l e lob e d e l’oreille , l a langu e e t l e péni s (l a rein e faisai t d e mêm e e n tiran t un e cord e à épine s à traver s s a langu e perforée) . C e faisan t le s souverain s répétaien t l e myth e créateu r e t l e reproduisan t assuraien t l a continuit é d e l a vie . L e san g étai t recueill i su r de s bande s d e papie r qu e de s acolyte s brûlaien t : l a fumé e l’emportai t a u ciel . Su r terr e le s souverain s étaien t alor s san s dout e e n proi e à de s phéno – mène s hallucinatoire s qu i leu r donnaien t un e versio n d e l’autr e monde . Le s Aztèque s venu s d u nor d d u Mexiqu e poussèren t jusqu’au x extrême s cett e nécessit é d u san g pou r qu e viv e leu r Die u l e solei l e t l’Univers , s a création . Che z le s Dogon , l e die u suprêm e Amm a ayan t cré é l e mond e pui s le s végétau x voulu t forme r 4 paire s d e jumeaux . I l procéd a pa r dédouble – ment s successif s créan t d’abor d le s mâle s pui s élaboran t dan s l e placent a le s jumelles . L e 4 e mâl e Og o s’impatientan t vol a l e morcea u d e placent a d’o ù devai t naîtr e s a jumelle . S e révoltan t contr e Amma , i l vol a auss i l a premièr e grain e créée.

Og o es t bie n évidemmen t l e perturbateur , l e désordonnateu r d u monde . Le s Dogo n l e décriven t comm e l e renar d pâl e (chacal) . Pou r remettr e d e l’ordr e dan s l e monde , Amm a transform a l e morcea u d e placent a e n terre . Pui s i l sacrifi a l e Nomm o (jumea u mâl e d’Og o e t don c participan t à l a responsabilit é d’Ogo , d u fai t mêm e d e cett e gémellité) . Ains i Nomm o fut-i l démembr é e t le s morceau x e n furent-il s lancé s au x 4 angle s cardinau x d e l’espace . D u sex e d e Nomm o naqui t l’étoil e Sirius , l a trac e d u san g créan t Vénus . C e sacrific e scell a l’éche c d u 1 e r mond e voul u pa r Amma , i l l e réorganis a don c pa r l a souffrance . Amm a rassembl a ensuit e l e corp s d e Nomm o e t l e ressuscit a sou s form e d e jumeau x mixte s humains . U n sacrific e commémorati f à lie u a u momen t d e l a fêt e de s semailles . Nou s penson s qu’autrefoi s avai t lie u u n sacrific e humain , aujourd’hu i remplac é pa r un e victim e animal e qu i es t mangé e pa r l a communaut é totémique . Mirce a Eliade , l e gran d ethnologu e roumai n qu i enseign a au x USA , soulignai t qu e cett e conceptio n d u sacrific e donnan t naissanc e o u régéné – ran t l e monde , proclam e qu e l a vi e es t assuré e pa r u n meurtre . Comm e l e di t Do n Eduardo , l’u n de s spécialiste s d u chamanism e andi n : l e sacrific e d’u n homm e c’es t l e sacrific e d u microcosm e a u macrocosm e qu’es t l’Univers . C’es t u n pon t e t s i l’âm e d u sacrific e es t consentant e c e peu t êtr e u n pon t cosmique . O n peu t alor s se pose r l a questio n : l a crucifixio n d e Jésus-Chris t est – ell e u n sacrific e ? J e n e veu x pa s examine r l a questio n e n théologie n – c e qu e j e n e sui s pa s – mai s e n anthropologue , sacrific e ? Certainemen t pa s ca r le s autorité s pensèren t sanctionne r un e conduit e susceptibl e d’amene r de s trouble s politiques , ca r l e peuple , qu i suivai t Jésu s quelque s jour s aupara – vant , l’abandonnèren t pa r peu r : peu r de s prêtre s qu i détestaien t l e Nazaréen , peu r d e l’occupan t qu i pourrai t sévi r contr e le s ami s d’u n rebelle . I l n’ y a pa s d e sacrific e offer t pou r l’un e de s raison s qu e nou s avon s signalée s : purification , envo i d’u n messager , etc. . S’agit-i l d’u n auto-sacrific e ? L’évangil e di t pa r exempl e : « l e fil s d e l’homm e n’es t pa s ven u pou r êtr e serv i mai s pou r servi r e t donne r s a vie , e n rançon , pou r beaucoup  » Mathie u 2 0 (28 ) e t Mar c 1 0 (32-34) . Dan s l’épîtr e au x Hébreu x 9 (26 )

Paul dit de Jésus : « Il s’est manifesté une seule fois à la fin des âges pour abolir le péché par son sacrifice. Je crois qu’il ne faut pas oublier la mentalité sacrificielle qui régnait dans le monde – rappelons-nous les taureaux immolés en l’honneur de Mithra – et qui n’est sans doute, pas abolie si l’on songe aux jeunes garçons iraniens se lançant dans les champs de mines irakiens, la clef du Paradis au cou. Mais il me semble que pour les Chrétiens il y a l à quelque chose d’unique puisque Dieu est à l a fois objet du sacrifice et destinataire du sacrifice car il est Dieu et non un Dieu, qu’ll est à la fois message, messager et récepteur du message. D’autres dieux, par exemple Odin, chez les Germains, se sacrifièrent , acceptèrent une mort rituelle, initiatique pour acquérir la connaissance suprême : de dieu des guerriers, Odin devint ainsi maître de la connaissance occulte. Mais n’oublions pas qu’il périt, englouti par le loup Fenrir et que la plupart des dieux disparurent avec lui, dans le crépuscule des dieu . Dans les auto-sacrifices que j’ai rencontrés dans les mythologies, les victimes ne se confondent pas avec le destinataire. Alors d’autres sacrifices devaient et pouvaient avoir lieu.  Je ne crois pas que l’Eucharistie chrétienn e soit un sacrifice renouvelé, le sacrifice de la croix demeurant unique mais étant présent et présenté dans le sacrement.

Je voudrais terminer cette causerie en posant une question: les archétypes sacrificiels nous quittent-ils ? En 1969, marchant sur la lune et contemplant l a sphère bleue de la terre, l’astronaute Armstrong se demandait comment une tribu primitive aurait réagi à ce magnifique spectacle: « combien de vierges lui aurait-on immolé ? » . L e psychologue Steven Kull signale que l’archétype d e l’Armageddon [montagne de rassemblement (Ap o 16,6) ] séduit des groupes religieux qui voient dans l’anéantissement du monde un ultime sacrifice purificateur : le rite de la destruction du monde.

Pétition – Non à l’interdiction de la circoncision !

CRIF

Le mardi 1er octobre 2013, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté une résolution invitant les 47 États membres à prendre des mesures contre les « violations de l’intégrité physique des enfants » ; l’une de ces violations serait la circoncision, au même titre que la mutilation génitale féminine des enfants. Nous vous appelons à une grande mobilisation citoyenne contre ce projet injuste qui bafoue notre identité et nos libertés individuelles. Signez cette pétition initiée par le CRIF et faites-la circuler autour de vous !

Cette décision est une remise en cause inacceptable de la liberté religieuse garantie par l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Elle porte atteinte à l’essence même du judaïsme et des traditions qui ont accompagné l’histoire du peuple juif de par le monde. Elle agresse les communautés juives d’Europe déjà exposées à une résurgence sans précédent de l’antisémitisme. Elle est insultante quand elle met sur un pied d’égalité la circoncision et à l’excision. Elle est dangereuse car elle stigmatise les Juifs et ouvre de nouveau la porte à toutes les formes de caricatures. Elle est inconcevable pour tous ceux qui ont vécu la Shoah. Nous vous appelons à résister pour que cette décision ne soit jamais mise en application en France comme ailleurs en Europe.

Ces baptêmes royaux qui sont restés dans les mémoires

Constance Jamet

Le Figaro

20/10/2013

La famille royale lors du baptème d’Elizabeth II en 1926. Depuis 1841, soixante-dix bébés se sont fait baptiser dans la robe de dentelle et de satin portée par la fille aînée de Victoria. Depuis 2008, on utilise une reproduction. Les fonts baptismaux, en forme de lys, remontent aussi à Victoria tandis que l’eau bénite vient du Jourdain.

Lions, cérémonie secrète, bannissement, certains baptêmes à la Cour d’Angleterre ont fait des vagues. Alors que le prince William et Kate prévoient une cérémonie intime mercredi, retour sur les coups d’éclat de leurs prédécesseurs.

Après sa présentation à la presse le lendemain de sa naissance en juillet, le prince George va connaitre mercredi sa deuxième «cérémonie officielle». Le prince William et Kate baptisent mercredi leur fils dans l’intimité au Palais Saint-James. Des fuites supposées sur l’absence de certains membres de la famille royale comme la princesse Anne et Sophie de Wessex ont attisé les spéculations. Mais ceci est peu de chose comparé aux destins extraordinaires de certains baptêmes. Voyage dans le temps commenté par l’historienne canadienne Carolyn Harris, spécialiste des monarchies européennes.

• Le baptême mauvais présage. La palme revient au bien nommé mais oublié souverain Æthelred II le malavisé (968-1016). Le bébé s’oublie dans les fonts baptismaux. Furieux l’archevêque de Canterburry prédit «Par dieu et sa mère, ce sera un individu bien déplorable». Æthelred II fut détrôné par le roi du Danemark Sweyn Forkbeard. Il est resté dans l’Histoire comme un des rois les plus inefficaces de l’Angleterre saxonne.

Elizabeth I.

• Le baptême le plus rabat-joie. Elizabeth Ière (1533-1603) vient au monde dans un contexte politique tendu. Elle est le premier monarque à être baptisée dans la toute nouvelle Eglise anglicane. Pour épouser sa mère Anne Boleyn, Henry VIII a divorcé de Catherine d’Aragon, et rompu avec le Pape. Pour la frange de la population restée catholique et fidèle à Rome, il n’y a donc aucune raison de célébrer. «Ce baptême a été, comme le couronnement d’Anne Boleyn, froid et désagréable. Personne à la cour ou à Londres n’a songé à allumer les traditionnels feux de joie», se gausse un chroniqueur de l’époque, pro-Catherine d’Aragon.

• La marraine la plus généreuse. Pour la naissance en 1566 du fils de la reine d’Ecosse Mary Stuart, le futur Jacques Ier d’Angleterre, Elizabeth Ière envoie des fonts baptismaux en or. Cette bienveillance ne durera pas, la reine fera exécuter sa cousine 11 ans plus tard.

• Le baptême qui rugit. Le roi d’Ecosse Jacques VI, futur roi d’Angleterre sous le nom de Jacques Ier, veut pour son fils Henry Frederick né en 1594 une cérémonie qui surpasse toutes les précédentes. Le souverain demande comme clou de son banquet un carrosse tiré par un lion. Mais au dernier moment, le plan est abandonné, de peur que la bête ne salisse le sol. Les invités sont conviés à contempler de loin les fauves qui demeurent dans leur enclos.

Mary de Modène avec son fils.

• Le baptême clandestin. Dans une Angleterre protestante, le choix du futur Jacques II et de sa seconde femme Mary de Modène, catholiques convaincus, de baptiser clandestinement en 1675 leur aînée Catherine selon leur religion, ne peut qu’outrager la cour et le frère de Jacques, le roi Charles II chef de l’Eglise anglicane. Quand Charles II l’apprend, il arrange aussitôt un baptême anglican pour la fillette. La petite princesse meurt à neuf mois de convulsions. Aucun des enfants catholiques de Jacques II ne montera sur le trône, la lignée des Stuart s’éteint à la mort des deux filles du premier mariage de Jacques II, les reines Marie et Anne, élevées dans la foi protestante.

• Le baptême qui vire à l’affaire d’Etat. Premier monarque issue de la dynastie des Hanovre, George Ier entretient des relations détestables avec son fils, le prince de Galles bien plus populaire que lui. Celles-ci arrivent à leur point de rupture lors du baptême du cadet du prince en 1717. Tout est matière à désaccord et George Ier impose ses choix. Ulcéré que le roi ait nommé le duc de Newcastle, Lord Chambellan, parrain, le prince lance au noble honni «vous êtes un vaurien et je vous démasquerai». Sauf que le prince parlant avec un fort accent allemand, le duc comprend qu’on le provoque en duel. Scandale, George Ier bannit son fils et sa belle-fille de la cour et leur confisque la garde de leurs enfants. Le petit George William meurt à trois mois, le prince de Galles ne pardonnera jamais à son père cette séparation.

Victoria enfant.

• Le baptême suspense. En 1819, l’atmosphère est encore à la querelle familiale lorsqu’il faut prénommer la future reine Victoria. Le prince Régent et futur George IV , refuse toutes les suggestions de son frère et père de la petite fille, le duc de Kent. Vient le jour de la cérémonie, l’archevêque de Canterburry tient le nourrisson et attend la décision du prince. Celui-ci tergiverse avant de proposer Alexandrina en l’honneur du Tsar, un des parrains de l’enfant. Le duc de Kent demande le droit de donner comme deuxième prénom, Elizabeth. Le prince Régent s’y oppose mais accepte Victoria, comme la mère de l’enfant, «du moment que son nom ne précède pas celui du Tsar». Peine perdue, en montant sur le trône en 1837, la jeune femme se fera appeler Victoria.

La famille royale lors du baptème d’Elizabeth II en 1926. Depuis 1841, soixante-dix bébés se sont fait baptiser dans la robe de dentelle et de satin portée par la fille aînée de Victoria. Depuis 2008, on utilise une reproduction. Les fonts baptismaux, en forme de lys, remontent aussi à Victoria tandis que l’eau bénite vient du Jourdain.

• Une génération de baptêmes insolites. «Grand-mère» des familles royales européennes, la reine Victoria a eu des dizaines de petits-enfants. Certains ont eu droit à des baptêmes atypiques. Victoria-Melita fut une des rares membres de la famille royale à être baptisée hors du Royaume-Uni, à Malte, où son père officier de la Navy était affecté en 1877. Sa sœur cadette Batrice fut baptisée 7 ans plus tard dans la bibliothèque familiale du Kent.

• Le recordman des bonnes fées. Si les bébés royaux ont de nos jours cinq ou six parrains, Edward VIII né en 1894 en avait douze: la reine Victoria (son arrière-grand-mère), ses autres arrières grands-parents le roi et la reine de Danemark, le roi de Württemberg (un lointain cousin de sa mère), sa grand-tante la reine de Grèce, son grand-oncle le duc de Saxe-Coburg et Gotha, ses grands-parents le prince et la princesse de Galles, le cousin de son père le Tsarévitch, le duc de Cambridge (le cousin de Victoria), et ses grands-parents maternels le duc et la duchesse de Teck.


Wight/43e: It’s a boy (Who’s that girl ? : 43 years on mystery pregnant hippie girl at legendary festival still not found)

24 juillet, 2013

Festival poster, listing artists booked to pla...

https://i2.wp.com/www.rocknrollbazar.com/1457-thickbox/the-who-live-at-the-isle-of-wight-festival-1970-color-vinyl.jpg
https://i0.wp.com/a403.idata.over-blog.com/0/06/00/52/Pochettes-2/isle-of-wight.jpg
 
https://i1.wp.com/www.blogotheque.net/wp-content/uploads/2010/08/iow-stage-jaap.jpg
 
https://i2.wp.com/newsimg.bbc.co.uk/media/images/47966000/jpg/_47966846_iowp4.jpg
Festival site
https://i2.wp.com/www.iowrock.demon.co.uk/jpegged/archives/festivals/afton/aerial.jpgiwfestgirlIt’s a boy, Mrs. Walker. The Who
The circus is in town Here comes the blind commissioner They’ve got him in a trance One hand is tied to the tight-rope walker The other is in his pants And the riot squad they’re restless They need somewhere to go As Lady and I look out tonight From Desolation Row … Bob Dylan (1961)
I watched her steeped in her own silence As she shuffled down the line With an arm around her unborn baby And her strength in slow decline She stood alone in natural beauty She seemed alone in every way Would the baby come tomorrow? Would her child be born today? (…) And I wondered where she’d go to As I often do today Have we crossed a path at some point? Have we passed along the way? And if I returned to Afton Would I see her on the hill? Hand in hand with all her children Would I recognize her still? Andy Billings
It is structured to lay a gossamer touch across the whole song from the arresting opening statement and the haunting glockenspiel to the use of a Leslie speaker cabinet for the guitar. The speaker baffle rotates, creating a Doppler effect of rising and falling waves of sound. Jimi plays the song almost like a pianist with the thumb fretting the bass notes like the pianist’s left hand, while the fingers of the fretting hand correspond to the right. The song fades on a magical solo after only two minutes and twenty-five seconds. Even live, ‘Little Wing’ was hardly any longer – he said what he wanted to say and stopped. Harry Shapiro
It was still not a big deal at the time, even if there was 600,000 people there, there were other stories going on. I was in my element, seeing all the bands whose records I had – The Who, Free, the Doors – it was an incredible assignment – sleeping under the stage, having a fantastic time and getting paid for it. It was like a massive graduation party before we all have to go off and become adults – the last big fling for us kids of the 60s. There were a lot of students, ready to go to work – this was the last big party before we took life seriously. As a press photographer you are looking for one image to tell the story of the day. It was a case of going out searching for pictures – hippies at the dole queue, naked hippies in Freshwater bay, undercover cops on Ryde Pier. At the time we had our fingers crossed she was going to give birth – she said she was ready at any moment and that would have been a better story – ‘love child born at festival’. I would like her to look exactly as she did then – she could be a silver-haired granny with grandchildren. It would be fascinating to see what she has developed into – at the time she was stunning, a real Marianne Faithful lookalike who turned heads at that festival. Maybe she has seen the picture and doesn’t want to remember that time, maybe something happened to the child, maybe she wants to forget it – who knows?, that all adds to the mystery. Bob Aylott
We put this festival on, you bastards, with a lot of love! We worked for one year for you pigs! And you wanna break our walls down and you wanna destroy it? Well you go to hell! Rikki Farr (organisateur)
By the end of the festival the press representatives became almost desperate for material and they seemed a little disappointed that the patrons had been so well behaved. Sir Douglas Osmond (Chief Constable, Hampshire Constabulary, Stevenson Report, 1971)
Bob Aylott’s iconic picture of this pregnant woman taken at the Isle Of Wight Festival in 1970, came to represent a festival legacy has now spanned decades. Embodying the free spirit, free love atmosphere in a stylish mini dress surrounded by the madness of the festival, for many this encompasses everything that’s great about the legendary 1970 Isle of Wight Festival. Yet 40 years on who she is is still a mystery….. This year the Isle of Wight Festival is celebrating 40 years since this picture was taken and is looking to answer the question; who was THE pregnant woman brave enough to travel all the way to the Isle of Wight for a once in a life time experience including seeing Jimi Hendrix at one of his last performances, before starting her family?  If you were at the festival in 1970 (or even if you weren’t) and have any information about who the unknown lady was then we want to hear from you! Did you camp next to her? See her in the crowd? Were you even at the festival with her? Any information you have to help us find her and uncover the story behind this fascinating picture 40 years on would be gratefully received. Isle of Wight festival

Plus de 600 000 personnes, les Who, le génial Hendrix (pour la dernière fois), les Doors (un an avant le Père Lachaise), Chicago, Procol Harum, les Moody Blues, Emerson, Lake & Palmer, Jethro Tull, Joan Baez, Leonard Cohen, Donovan, Joni Mitchell, Richie Havens, Pentangle, Family, Free, Ten years after …

Attention: une naissance peut en cacher une autre !

Au lendemain de la naissance ô combien médiatisée du probable futur 43e souverain de l’histoire britannique …

Comment, pour les quelque 600 000 anciens combattants du fameux 3e festival de Wight il y a 43 étés, ne pas repenser à la non moins fameuse chanson du célébrissime opéra rock des Who, « It’s a boy »?

Mais aussi, à la mystérieuse – et téméraire pour ceux qui se souviennent, sans compter la drogue, de la mer de boue et de détritus qu’était vite devenu malgré la plage à côté le festival (surnommé d’ailleurs avec raison « Desolation row« ) ? – jeune fille enceinte jusqu’aux yeux au milieu d’une mer de tentes qu’un photographe avait choisie – à défaut de l’enfant de l’amour qui tardait à venir – comme icone (hippie à souhait avec sa minijupe et ses cheveux longs et libres) des fameux « six jours qui avaient », disait-on un an après le célébrissime festival de Woodstock, « bercé ou ébranlé le monde » ?

Comme d’ailleurs, même si le festival a repris depuis le 40e anniversaire la tradition (avec même une chanson) de la photo de la jeune fille enceinte au milieu des tentes, à son enfant – et peut-être garçon ? – aujourd’hui âgé de 43 ans ?

IoW Festival’s mystery girl photo

By Dominic Blake
BBC Radio Solent reporter

2 June 2010

Picture of girl in campsite at Isle of Wight Festival

Forty years ago this summer, a young press photographer was on his « dream assignment » – working at the third Isle of Wight Festival.

Bob Aylott was 21 and relishing snapping bands like the Doors, the Who, as well as some of the 600,000 fans.

Among them was a heavily pregnant ‘hippy’ girl, whose image has since become iconic of the festival, but her identity has remained unknown.

Now Bob would dearly like to put a name to girl in the photograph.

A life in photography

Bob Aylott

These days Bob can be found back in his home town of Fareham working out of his studio in West Street, where his white walls are hung with images from a remarkable career.

Alongside the photos of rock stars and Isle of Wight festival revellers are some of the famous people he has known, and photographed during more than four decades as a press photographer in Britain and the US.

They include Muhammad Ali, Frank Sinatra and George Best. During a spell in the US, Bob won a World Press Award for photographs of serial killer Charles Manson.

Dream assignment

Bob was sent to the Isle of Wight Festival by his editors at the Daily Sketch newspaper. Over half a million people had also crossed the Solent for the event at Afton Down on the Isle of Wight.

But he recollects his bosses were not particularly interested in the giant rock festival. He explained: « It was still not a big deal at the time, even if there was 600,000 people there, there were other stories going on. »

Isle of Wight Festival 1970

He continued: « I was in my element, seeing all the bands whose records I had – The Who, Free, the Doors – it was an incredible assignment – sleeping under the stage, having a fantastic time and getting paid for it. »

As a photographer at a festival, in the days before every arm had a mobile phone camera attached to it, Bob was central in documenting the event which he remembers being a real farewell to the 1960s.

He explained: « It was like a massive graduation party before we all have to go off and become adults – the last big fling for us kids of the 60s. There were a lot of students, ready to go to work – this was the last big party before we took life seriously.

« As a press photographer you are looking for one image to tell the story of the day. It was a case of going out searching for pictures – hippies at the dole queue, naked hippies in freshwater bay, undercover cops on Ryde Pier. »

Mystery girl

The image which has been associated with the Isle of Wight Festival ever since was one of a heavily pregnant girl among the tents.

Film crew

« At the time we had our fingers crossed she was going to give birth – she said she was ready at any moment and that would have been a better story – ‘love child born at festival’. »

Although the photograph was filed to London, it was never published and the negatives were stored. Somehow the caption details with the girl’s name and details got lost.

When Bob came to use it in an exhibition in 1972, the girl’s name was unknown, but that did not stop the image becoming iconic with posters printed and seen all over the world.

Four decades on, Bob is no closer to discovering the identity of the mother-to-be. But has often wondered what happened to her and the ‘bump’ – who would now be approaching their 40th birthday.

He said: « I would like her to look exactly as she did then – she could be a silver-haired granny with grandchildren. It would be fascinating to see what she has developed into – at the time she was stunning, a real Marianne Faithful lookalike who turned heads at that festival.

« Maybe she has seen the picture and doesn’t want to remember that time, maybe something happened to the child, maybe she wants to forget it – who knows?, that all adds to the mystery. »

If you know the identity of the mystery girl at the 1970 Isle of Wight festival, email hampshire@bbc.co.uk.

More of Bob’s Isle of Wight Festival Pictures can be seen in Six Days that Rocked the World published in 2009, as well as at a new exhibition – Six Days That Rocked The World, Celebrating the 40th Annivesary of the 1970 Isle of Wight Festival at West Bury Manor Museum, Fareham – from 5 June -28 August 2010.

Voir aussi:

Isle of Wight Festival 1970: Who’s that girl?

By : June 2, 2009 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

This pregnant hippie in a sea of tents is destined to become the face of the 1970 Isle of Wight Pop Festival. But who is she?  The girl with no name standing in the middle of Desolation Row at the 1970 Festival features in a new book and on a poster celebrating the 40th anniversary of the iconic festival in 2010.

Island Pulse exclusive news update 3rd July 2010: The search continues to find the pregnant hippie girl.  Andy Billups bass player for the Hamsters, today releases ‘Afton Belle’ a single from his first solo album Afton Down. The song  was inspired by Bob Aylotts’ iconic image of the unknown pregnant girl and the single can be purchased from Framers in Ryde.  Read more click here: Also see Bob Aylott’s IW Festival Exclusive Pictures as: Pregnant Pause At Festival 40 Years On.. click here: and It’s A Boy for our Isle of Wight Festival Belle 2010.

‘Isle of Wight Festival 1970, Six Days That Rocked the World’  the festival attracted more than 500,000 fans and starred Jimi Hendrix, The Who and Joan Baez.

Island Pulse met up with former Fleet Street photographer Bob Aylott (pictured) who took the photograph, and along with the help of six other award winning press photographers wrote and published the book.

Bob said:

Bob Aylott: Image Copyright Island Pulse

’The photograph was never published at the time. Now it is one of the iconic images of the world’s greatest rock festival. It would be fantastic to find her and discover what happened to the child. The book and a poster print of the image will be sold around the world’.

The book ‘Isle of Wight Festival 1970, Six Days That Rocked the World’ is in limited edition and published by The Press Photographers Gallery.   Last weekend Yarmouth Old Gaffers Festival witnessed a unique launch of the book and copies are now available to purchase online, more details here:

Isle of Wight Festival 1970 Book: Six Days That Rocked The World Compiled by Bob Aylot includes photography from five other award winning press photographers.

It’s A Boy for Festival Belle 2010

By : July 3, 2010 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

Congratulations it’s a boy for our Isle of Wight Festival Belle 2010. Regular readers of Island Pulse will remember as part of this years Isle of Wight Festival coverage our man on the inside ex fleet street photographer Bob Aylott managed yet another scoop and recreated his iconic image of a ‘Mystery Girl?  from the 1970 IW Festival.

As we reported earlier, all set to give birth to her first baby, Laura Wolfe (pictured) was excited to be part of the 1970 festival anniversary celebrations and more than happy to be a model mum in helping Bob Aylott recreate his iconic image (see below) 40 years on.

The baby was almost in the Pink and could have experienced an unusual introduction to the world.

The couple, Laura and Danny, who live in Lake, were not expecting their baby to be born at the festival, so when first-time mum Laura started to experience pains during Pink’s performance it caused some concern for dad to be Danny.

Thankfully Laura held out to enjoy Sunday headline act Paul McCartney before taking a trip to the welfare tent, then deciding a visit to hospital might be in order.

Because the couple and bump had built up a rapport with photographer Bob Aylott, Danny joked:  “it was touch and go whether to phone Bob or the ambulance.”

The pains turned out to be a false alarm, possibly Braxton Hick’s contractions which are something first time mums often experience, but as a precaution Laura spent the rest of that night in St Mary’s Hospital.

However this launched Laura, Danny and bump on a roller coaster of visits back and forth to the hospital during the week. This happily resulted in Laura giving birth to a healthy baby boy, Louie Michael, at 11.22am the following Saturday 19th June.

Although these are belated congratulations, as we all know, life for a new mum is a hectic, we managed to pop in and capture Laura with baby Louie and hope she likes the result.

The Search For the ‘Mystery 1970 Festival Girl’ Continues…

While every newsroom across the world focused on the Isle of Wight festival acts 2010,  inside reporter Bob Aylott got sidetracked to bring his very own festival exclusive. When Laura discovered that Bob was the photographer of the ‘Mystery 1970 Festival Girl’, that she and her partner had read about, she was more than happy to let him, photographically,  record this two fold anniversary event.

Island Pulse revealed the exclusive news: search continues to find the pregnant hippie girl. Inspired by Bob Aylotts’  iconic image of the unknown pregnant girl at the 1970 festival,  Andy Billups bass player for the Hamsters, released ‘Afton Belle’ a single from his first solo album Afton Down. Read more click here: also see Bob Aylott’s IW Festival Exclusive Pictures  2010 click here:

‘Afton Belle’ in Search of Who’s That Girl?

By : June 10, 2010 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

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