Hastings/1066: La colonie française qui a mal tourné fête ses 950 ans (Written by the victors but sewed by the vanquished: The French colony gone wrong with its merely mispronounced French celebrates its 950th birthday)

14 octobre, 2016
hastingshastings2 hastings3L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clemenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimés qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Wamba (bouffon saxon dans Ivanhoé, Walter Scott, 1819)
It changed English society, changed the way in which English politics worked, changes in architecture, the introduction of castles, the language we speak today is a result of 1066, that mixture of old English and French. Roy Porte (English Heritage)
The tapestry, thought to have been made in England, is history written by the victors but sewed by the vanquished; the Anglo-Saxon seamstresses who made it compelled to embroider the end of the Anglo-Saxon era. Space is made before the battle to outline William’s dubious claim to the English throne, while Norman atrocities in its aftermath are omitted. The Guardian
Guillaume sera, après sa mort, surnommé le Conquérant mais lui-même refusait ce surnom car il se considérait comme l’héritier légitime de la couronne anglaise et non comme un usurpateur ou un conquérant. Claude Laramé

Ecrite par les vainqueurs mais cousue par les vaincus …

En ce 950e anniversaire de la bataille de Hastings …

Et de la deuxième après celle de Claudius, et, après les échecs de Louis VIII, Philippe II d’Espagne, Napoléon et Hitler, dernière conquête de l’Angleterre …

Retour avec le site Hérodote …

Sur ce fameux Guillaume et ses ces hommes du nord qui avaient déjà obtenu du roi de France  l’embouchure de la Seine en échange du baptême et de l’hommage de vassalité …

Mais avaient vite adopté les mœurs féodales et la langue de leur pays d’adoption …

Avat de les imposer, à la faveur du voeu de chasteté de l’oncle d’Angleterre de leur chef et pour quelque 300 ans, à leur nouvelle conquête  …

Profitant de l’attaque de Norvégiens contre son cousin à l’autre bout du pays et à l’aide quand même d’une flotte d’un millier de navires avec quatre à six milliers d’hommes, mercenaires bretons, français et flamands compris, et quelques 3 000 chevaux …

Avant le couronnement de celui-ci le jour de Noël suivant à l’abbaye de Westminster de Londres et l’inscription de son haut fait pour la postérité sur la célèbre tapisserie dite de Bayeux (pas moins de 70 m de long !) …

Et l’imposition à son nouveau pays d’adoption, du haut de sa Tour de Londres et de quelque 500 forteresses, d’une loi commune (« Common Law ») et, collecte des impôts oblige, d’un recensement des terres (« Doomsday Book », se voulant aussi implacable que Livre le jugement dernier !)  …

Sans compter, malgré la langue longtemps commune, plus de 700 ans de luttes avec la mère patrie …

Confirmant les fameux jugements de Clémenceau sur la « colonie française qui a mal tourné » avec sa « langue qui n’était que du français mal prononcé » …

Hastings comme si vous y étiez

Hérodote

Le 14 octobre 1066, la bataille d’Hastings a livré au duc Guillaume de Normandie et à ses descendants le trône d’Angleterre.

Si l’événement paraît encore si proche de nous, près de mille ans après, c’est en grande partie grâce à la tapisserie de Bayeux ou « tapisserie de la reine Mathilde », trésor de l’humanité, source historique majeure. Et aussi ancêtre de la bande dessinée.

Jean-Charles Stasi
Les guerres féodales en vrai

La victoire du duc de Normandie Guillaume, le 14 octobre 1066 face à l’armée du roi anglo-saxon Harold Godwinson, va lui ouvrir la route de Londres où il sera sacré roi d’Angleterre, le 25 décembre de cette même année.

Et même si la conquête normande de l’Angleterre ne sera véritablement achevée que plusieurs années plus tard, la bataille d’Hastings marque un tournant dans l’histoire de ce pays, dont elle inaugure la période anglo-normande.

La tapisserie nous raconte cette entreprise mais pas seulement.

Elle relate aussi une expédition de Guillaume et de son armée jusqu’en Bretagne, avec la traversée du Couesnon au cours de laquelle plusieurs hommes manquent de périr dans les sables mouvants et les attaques contre Dol, Rennes et Dinan.

« On sait, par des sources écrites, que des récits de batailles ont été brodés au cours du Moyen Âge. Mais celui d’Hastings est le seul qui soit parvenu jusqu’à nous pratiquement intact, note Sylvette Lemagnen, conservatrice du Musée de la Tapisserie (Bayeux, Calvados). De manière générale, les tapisseries ou broderies qui ont traversé les siècles sont des pièces de petite taille, pour la plupart de quelques centimètres carrés à deux mètres carrés. Et dans les musées scandinaves, que ce soit à Oslo, Copenhague, Reykjavik ou Trondheim, elles présentent plutôt des sujets religieux que militaires. La tapisserie de Bayeux n’a rien à voir avec cela… »

Elle peut être considérée comme l’ancêtre de la bande dessinée, avec une succession de scènes soulignées d’un texte. Même si Sylvette Lemagnen préfère quant à elle y voir l’ancêtre du film d’animation avec des flashbacks et une décomposition des mouvements.

Son intérêt, il est vrai, va bien au-delà des récits de batailles. La tapisserie apporte surtout une mine d’informations exclusives sur la vie de nos aïeux du XIe siècle.

Ainsi nous apprend-elle comment s’habillaient les paysans et les guerriers, comment ils cuisinaient, chassaient et se déplaçaient, comment ils construisaient aussi les navires. Les historiens, romanciers, peintres, cinéastes et autres scénographes et reconstituants s’en inspirent très directement pour représenter la première féodalité.

« Cousu main »

Une précision technique s’impose : le terme de broderie serait plus approprié que celui de tapisserie pour désigner cette longue bande de 68,38 m sur 48 à 51 cm de large, composée de neuf lés assemblés par des coutures peu apparentes et dont le fond est constitué d’une toile de lin, fine et de couleur écrue. « On l’appelle communément tapisserie parce que, lorsqu’elle a été portée à la connaissance du public savant, au début du XVIIe siècle, on ne connaissait guère comme travaux de grande ampleur que des tapisseries, faites sur un métier sur lequel on dessine à la fois le fond et les sujets », explique la conservatrice.

Les motifs ont été brodés avec des laines teintes à partir des trois colorants végétaux : la garance (rouge), la gaude (jaune) et le pastel (bleu indigotine). Suivant leur utilisation pure ou mélangée, ces trois plantes tinctoriales ont donné une dizaine de coloris aux nuances variées : deux teintes de rouge (un rosé ou orangé et un brun violacé), un jaune moutarde, un beige, trois teintes de bleu (un bleu noir, un bleu foncé, un bleu moyen) et trois teintes de vert (un vert foncé, un vert moyen, un vert pâle).

Quatre points de broderie ont été utilisés.

Le point de chaînette et le point fendu réalisés avec deux fils sont peu présents.

Les plus usités sont le point de tige et le point de couchage. Le point de tige sert à tracer des visages, des mains, les nudités des personnages, ainsi que le texte qui court sous la bordure supérieure. Le point de couchage, dénommé aussi « point de Bayeux », s’exécute en trois temps. Le premier consiste à tendre des fils recouvrant presque le dessin ; le second à recouvrir perpendiculairement les premiers fils par des fils espacés d’environ 3 mm ; enfin, de petits points fixent le tout sur la toile.

Mystérieux commanditaire

Reste à savoir qui est à l’origine de ce chef-d’œuvre laineux. La plupart des historiens s’accordent aujourd’hui pour penser que son commanditaire est Odon de Conteville, demi-frère de Guillaume et évêque de Bayeux. Il aurait fait exécuter la tapisserie pour orner sa cathédrale qu’il était en train de reconstruire.

Joyau de l’architecture normande, la cathédrale de Bayeux sera dédicacée le 14 juillet 1077 par Odon, en présence de son demi-frère. « Odon a soutenu Guillaume de Normandie dans sa conquête de l’Angleterre. Et celui-ci, pour le récompenser de ses bons et loyaux services, lui a offert le comté du Kent dont la ville principale est Cantorbéry », argumente Sylvette Lemagnen.

À l’époque, Cantorbéry et sa région étaient connues pour la qualité de leurs ateliers de broderie. De plus se trouvait à Cantorbéry l’abbaye Saint-Augustin, dont le scriptorium a produit de magnifiques manuscrits. Le texte latin de la tapisserie a été écrit comme un Anglais de l’époque l’eût fait, et non pas comme un Français ou un Normand.

Enfin, son style pictural rappelle les enluminures sorties du scriptorium de l’abbaye Saint-Augustin. Tous ces éléments donnent à penser que la tapisserie a bien été commandée par Odon à des artisans saxons de la région de Cantorbéry. Sans doute autour des années 1070-1075, car le tissage des neuf lés sur un même métier et la broderie ont dû nécessiter de nombreuses années de travail.

Pérégrinations aventureuses

Faute d’archives, on suppose que la tapisserie, étant amovible, a été exposée dans différents châteaux et églises de part et d’autre de la Manche.

Tout ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’en 1476, elle ornait la cathédrale de Bayeux, comme l’atteste l’inventaire conservé aux Archives départementales du Calvados : « Une tente tres longue et estroicte de telle a broderie de ymages et escripteaulx faisans représentation du conquest dangleterre, laquelle est tendue environ la nef de l’eglise, le jour et par les octaves des reliques ».

Elle était ordinairement conservée dans un coffre que l’on peut encore voir dans le Trésor de la cathédrale et on l’étendait dans la nef, de pilier en pilier, durant la fête des Reliques, chaque année, à la fin du mois de juin.

Elle va échapper de la sorte aux incendies comme aux pillages puis au sac de la cathédrale par les huguenots en 1562. Au XVIIIe, elle est redécouverte par le monde savant. Antoine Lancelot (1724) et le moine bénédictin Dom Bernard de Montfaucon (1729-1730) en publient les motifs. Ils en attribuent la confection à la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant, ce qui a l’heur d’émouvoir le public, d’où son nom usuel : « Tapisserie de la reine Mathilde ».

En 1792, quand la France de la Révolution entre en guerre contre l’Europe, des volontaires s’en emparent pour bâcher leur chariot. Elle est sauvée de justesse par Lambert Léonard Le Forestier, administrateur du district de Bayeux et érudit local, qui se lance à la poursuite du chariot et propose de payer de ses propres deniers une bâche pour récupérer la tapisserie.

Réinstallée à la cathédrale, l’œuvre est comptée au nombre des biens du clergé confisqués par l’État et inventoriée en 1794 par la Commission des Arts. Sous le Consulat, Bonaparte s’y intéresse. Au point de la faire venir à Paris et de l’exposer au Musée Napoléon (actuel musée du Louvre) de novembre 1803 à février 1804. « Envisageant la conquête de l’Angleterre, il veut l’examiner et s’en inspirer, mais surtout la faire connaître pour créer un climat favorable dans le milieu parisien », explique Sylvette Lemagnen.

Cette exposition va connaître un grand succès. Pour autant, Bonaparte devenu Napoléon 1er ne lancera jamais sa flotte à l’assaut de l’Angleterre. Et, une fois l’effervescence retombée, il renverra la tapisserie «  aux habitants de la ville de Bayeux ».

Plus près de nous, le IIIe Reich va lui aussi s’y intéresser. En juin 1941 débarque de Berlin une équipe de l’Ahnenerbe, un Institut de recherche pluridisciplinaire créé en 1935 par Himmler pour recueillir à travers le monde des preuves de la validité des théories nazies sur la supériorité raciale des « Aryens ».

Outre le fait que Hitler rêve lui aussi d’envahir l’Angleterre, l’intérêt des nazis pour cette broderie monumentale s’explique par le fait qu’ils prétendent être des descendants des Vikings comme les Normands. Placée sous la direction d’Herbert Jankuhn, archéologue réputé outre-Rhin pour ses fouilles sur des sites vikings, l’équipe de l’Ahnenerbe comprend un dessinateur, un photographe, un peintre et un spécialiste des tissus. Elle demeure dans le Bessin, la région de Bayeux, jusqu’au 1er août 1941.

Après son départ, la broderie est entreposée dans le château de Sourches (Sarthe) avec de nombreux autres meubles, objets patrimoniaux et œuvres d’art. Elle y reste jusqu’au 26 juin 1944, date à laquelle les Allemands ordonnent son transfert à Paris dans la perspective de son envoi outre-Rhin. De fait, le 21 août de cette même année, en pleine insurrection parisienne, deux officiers SS se présentent dans le bureau du général von Choltitz avec un ordre de Hitler pour emmener la célèbre broderie à Berlin. Dans ses Mémoires, le gouverneur militaire du Gross Paris raconte qu’il aurait répondu à ses interlocuteurs qu’ils n’avaient qu’à se servir. Ce que, heureusement, ils n’ont pas eu le temps de faire.

Paris libéré, la tapisserie sera exposée dans la galerie des primitifs italiens jusqu’en décembre 1944 avant de regagner définitivement la Normandie, le 2 mars 1945. Elle retrouve d’abord l’hôtel du Doyen, premier Musée de la Tapisserie, situé près de la cathédrale de Bayeux, puis sera transférée en 1983 au Centre Guillaume le Conquérant installé rue de Nesmond, dans les locaux de l’ancien Grand Séminaire.

Depuis, elle n’a plus bougé. Ce qui peut se comprendre quand on sait qu’il faut une soixantaine de personnes pour la manipuler. Elle voit défiler devant ses 58 scènes quelque 400 000 visiteurs chaque année, dont 65% d’étrangers. Le 2 août 2016, le Centre Guillaume le Conquérant a accueilli son 14e millionième visiteur depuis son ouverture, et il s’agissait d’un jeune Anglais de 9 ans.

Voir aussi:

Guillaume le Bâtard conquiert l’Angleterre

Le 14 octobre 1066, une petite armée féodale, à peine débarquée en Angleterre, bat les troupes du roi en titre. La victoire à Hastings du duc de Normandie Guillaume le Bâtard sur le roi Harold marque la naissance de l’Angleterre moderne.

À noter qu’après le débarquement de Guillaume, toutes les tentatives de conquête de l’Angleterre échoueront, dont celle de Louis, fils de Philippe Auguste, en 1215, celle de Philippe II et l’Invincible Armada en 1588, celle de Napoléon en 1805 et celle de Hitler en 1940.

André Larané

Le nouveau maître de l’Angleterre, Guillaume, est un robuste guerrier qui ne s’en laisse pas conter. Il descend d’un chef viking, Rollon.

Cent cinquante ans plus tôt, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911), Rollon a obtenu du roi carolingien de Francie occidentale, le faible Charles le Simple, le droit de s’établir à l’embouchure de la Seine, en échange du baptême et de l’hommage de vassalité.

Le duc Rollon et ses Vikings étendent très vite leur domination à l’ensemble de la région, à laquelle ils donnent leur nom, Normandie (« pays des hommes du Nord »). Ils adoptent dans le même temps les mœurs féodales et la langue de leur pays d’adoption, la France.

Guillaume, un bâtard formé à la dure

L’un des successeurs de Rollon, le duc Robert 1er le Magnifique (ou Robert le Diable), est un homme à poigne. Deuxième fils du duc Richard II, on le soupçonne d’avoir fait empoisonner son frère Richard III. Contre ses vassaux rebelles et leur protecteur le duc Alain de Bretagne, il s’allie au roi capétien Henri 1er, ce qui lui vaut de recevoir le Vexin français.

Il a de nombreuses concubines mais sa préférée est la fille d’un tanneur de Falaise, Arlette, qui donne naissance au futur Guillaume le Conquérant vers 1027.

Le 13 janvier 1035, le duc Robert, qui a décidé de faire un pèlerinage en Terre sainte, réunit tous ses vassaux à Caen et leur fait solennellement jurer fidélité à son fils Guillaume, alors âgé de sept ans ! Les barons prêtent serment, et comme Robert meurt sur le retour, à Nicée, le 22 juillet 1035, voilà son jeune fils bâtard duc de Normandie…

Pendant plusieurs années, le duché sombre dans l’anarchie. Dans la presqu’île du Cotentin en particulier, des seigneurs normands, attachés à leurs anciennes traditions et au paganisme, prennent les armes contre le nouveau duc. Guillaume et ses partisans font appel au roi de France Henri 1er, leur suzerain.

Avec une force de caractère remarquable, le jeune Guillaume rétablit son autorité. En 1047, il bat les insurgés au val-des-Dunes, près de Caen, et impose enfin par les armes sa domination sur l’ensemble de la Normandie. Il s’empare même de la province voisine du Maine. Enfin, avec le concours du clergé clunisien, il proclame la « paix de Dieu » sur ses terres. Sous sa férule, la Normandie ne tarde pas à devenir la principauté la mieux administrée d’Europe, l’une des plus paisibles et des plus riches.

La cousine Mathilde, sa première conquête

Mais Guillaume a plus de mal à conquérir les faveurs d’une bien-aimée cousine, Mathilde de Flandre, fille du comte Baudouin IV, qui hésite à convoler avec un bâtard. Qu’à cela ne tienne, il chevauche jusqu’à Lille et s’empare de la jeune fille. Il semble que celle-ci ne lui ait pas longtemps tenu rigueur de cette violence.

Le duc, qui a gardé un mauvais souvenir de sa bâtardise et veut s’affirmer comme un grand seigneur chrétien, aura huit enfants avec sa chère Mathilde. On ne lui connaît qui plus est aucun bâtard ni aucune maîtresse ou amante de rencontre ! Il fait aussi suffisamment confiance à sa femme pour lui confier la régence du duché pendant ses campagnes militaires.

Insensible à cet amour conjugal, le pape Léon IX rechigne à agréer le mariage de Guillaume et Mathilde pour cause de cousinage et aussi par méfiance à l’égard des Normands de Sicile qui menacent sa sécurité. Après maintes tractations, le couple obtient enfin de son successeur Nicolas V qu’il valide leur union. Il promet en contrepartie de construire deux abbayes à Caen. Dédiées la première à la sainte Trinité, la deuxième à saint Étienne, elles sont plus connues sous le nom d’abbaye aux Dames et d’abbaye aux Hommes. Mathilde et Guillaume prévoient de se faire inhumer dans le chœur de l’église de leur abbaye respective.

Caen est une ville nouvelle créée par Guillaume lui-même près du littoral de la Manche et non loin de sa ville natale de Falaise pour remplacer Rouen comme capitale de son duché. Une cité fortifiée d’environ neuf hectares, l’une des plus grandes d’Europe, est bâtie sur un piton rocheux, avec les deux fameuses abbayes de part et d’autre. Caen va grandir très vite et devenir la véritable capitale de l’ensemble des possessions anglo-normandes.

Un trône convoité

Le destin de Guillaume et Mathilde bascule avec la mort du roi d’Angleterre Édouard le Confesseur, le 5 janvier 1066.

Ce pieux roi avait fait vœu de chasteté et était mort sans descendance.

Les seigneurs anglo-saxons, qui dominent l’île depuis les invasions barbares, lui cherchent un successeur. Ils élisent l’un des leurs, Harold Godwinsson (la succession héréditaire est encore une exception à cette époque).

Mais le feu roi d’Angleterre avait de son vivant promis la couronne à beaucoup de prétendants, dont Guillaume, qui était son neveu.

Or, Harold, suite à un naufrage sur la côte normande, s’était un jour retrouvé prisonnier du duc Guillaume. Pour retrouver sa liberté, il avait juré qu’il défendrait le jour venu les droits de celui-ci à la couronne anglaise. Sans le savoir, il avait juré au-dessus d’un coffre rempli de saintes reliques, ce qui rendait son serment irrécusable du point de vue des témoins normands.

Guillaume le Bâtard conteste donc avec force l’élection de Harold comme roi d’Angleterre. Il plaide ses droits auprès des cours d’Europe. Le pape Alexandre II lui donne raison et, pour preuve de son appui, lui fait envoyer un étendard consacré et des reliques.

Sans attendre, le duc lance la construction d’une flotte de débarquement à l’embouchure de la Dive, près de Cabourg. De là, la flotte (un millier de navires tout de même) se dirige vers Saint-Valéry-sur-Somme et attend les vents favorables.

La bataille de Hastings

Apprenant qu’Harold a dû se rendre vers le Nord de son royaume à la rencontre d’envahisseurs norvégiens, Guillaume quitte la Normandie pour l’Angleterre avec quatre à six milliers d’hommes, y compris des mercenaires bretons, français et flamands, et de nombreux chevaux. Le duc débarque le 29 septembre 1066 sur la plage de Pevensey, là même où Jules César débarqua avec ses légions onze siècles plus tôt.

Harold arrive à sa rencontre avec ses troupes, au total sept ou huit mille hommes. Il dispose d’une infanterie réputée, les Housecarls. Il s’agit de Danois armés d’une longue hache. Mais ceux-ci sortent fourbus de leur victoire sur les Norvégiens, à Stanfordbridge, le 25 septembre 1066. Le roi d’Angleterre attend l’assaut de Guillaume sur la colline de Senhac, dans les environs de Hastings.

Le 14 octobre 1066, après un début de combat indécis, le duc de Normandie lance sa chevalerie (trois mille hommes) à l’assaut des lignes anglaises. Celles-ci résistent tant bien que mal aux chevaliers normands, pratiquement invincibles sur les champs de bataille.

À la fin de la journée, Guillaume ordonne à ses archers d’abandonner le tir en cloche pour adopter le tir tendu. C’est ainsi qu’Harold est blessé à l’oeil par une flèche. Aussitôt, un groupe de chevaliers se ruent sur lui et l’achèvent. La mort du roi entraîne la dispersion de ses troupes et la victoire définitive de Guillaume.

Sitôt après la victoire d’Hastings, le jour de Noël 1066, Guillaume est couronné roi d’Angleterre à l’abbaye de Westminster, à Londres, en présence d’un évêque anglais et d’un évêque normand. Les guerriers présents dans l’abbatiale lancent chacun des acclamations dans leur langue. À l’extérieur, les gardes normands, croyant à une bagarre, brûlent des maisons pour faire diversion. Toute l’assistance de l’église s’enfuit à l’exception du duc, troublé, et des deux évêques qui achèvent la cérémonie !

Mathilde, qui n’a pu arriver à temps, est à son tour couronnée deux ans plus tard.

La première bande dessinée de l’Histoire

À Bayeux, en Normandie, on peut voir une célèbre broderie dite « tapisserie de la reine Mathilde », du nom de l’épouse de Guillaume. Elle raconte l’histoire de la Conquête sur 70 mètres de long et environ 50 centimètres de haut.

Cette broderie a été commandée à des artisans saxons par l’évêque de Bayeux, Odon de Conteville, demi-frère du duc Guillaume, pour orner le chœur de sa cathédrale. C’est la première bande dessinée connue. Elle constitue un inestimable témoignage sur les mœurs et la mode vestimentaire de l’époque…

Un réformateur hardi

Le nouveau souverain a beaucoup de mal à imposer sa domination sur l’Angleterre, alors peuplée d’environ deux millions d’hommes de toutes origines : Celtes, Anglo-saxons, Danois, Normands… (l’Angleterre en compte aujourd’hui près de 60 millions).

Il commence par construire une puissante forteresse sur les bords de la Tamise pour maintenir ses nouveaux sujets dans l’obéissance : l’actuelle Tour de Londres ! Il impose aussi une loi commune (« Common Law ») à l’ensemble de ses sujets.  Il lance la construction de cinq cents forteresses pour tenir le pays, divise celui-ci en comtés ou « shires » et en confie l’administration à des officiers royaux ou « sheriffs ».

Guillaume ordonne par ailleurs un recensement des terres pour faciliter la collecte des impôts. Ce recensement, le premier du genre, est conservé dans un document célèbre, le « Doomsday Book » (en vieil anglais : le Livre du jugement dernier). Ce registre a été ainsi baptisé parce que l’on considérait qu’il était impossible de dissimuler quoi que ce soit aux enquêteurs… comme ce sera le cas le jour du Jugement dernier !

Les conquérants normands, au nombre d’une dizaine de milliers seulement, se partagent les seigneuries anglaises. Ils éliminent la noblesse issue des précédents envahisseurs, les Angles et les Saxons, et ils introduisent leur langue d’adoption, le français. Unies et protégées par leur insularité, les différentes populations du royaume ne vont pas tarder à fusionner en un seul peuple.

Amère vieillesse

Le roi Guillaume (en anglais William) a une fin de vie difficile… Veuf et privé du soutien de Mathilde, la seule femme qu’il ait jamais aimée, il doit faire face à de multiples séditions, y compris celle de son fils aîné Robert Courteheuse. Celui-ci s’irrite que la couronne d’Angleterre ait été promise à son frère puîné, Guillaume le Roux (ou Guillaume Rufus), le préféré de Guillaume.

Pressé de recueillir la Normandie et le Maine, ses héritages, Robert combat son propre père avec l’opportun concours du capétien Philippe 1er.

C’est ainsi que Guillaume le Conquérant meurt en 1087, suite à une glissade de son cheval, en combattant le roi de France. Il est enterré dans la discrétion à Saint-Étienne de Caen, l’abbaye de son conseiller Lanfranc, un éminent théologien originaire d’Italie devenu après la conquête archevêque de Cantorbéry.

Avec la fin de Guillaume débute une longue hostilité entre la France et l’Angleterre : pendant plus de 700 ans, les deux royaumes ne vont pratiquement jamais cesser de lutter l’un contre l’autre.

Une succession agitée

Guillaume sera, après sa mort, surnommé le Conquérant mais lui-même refusait ce surnom car il se considérait comme l’héritier légitime de la couronne anglaise et non comme un usurpateur ou un conquérant.

Sa descendance directe règne brièvement sur l’Angleterre.

Le roi Guillaume II le Roux, encore célibataire, a du mal à s’imposer face aux barons. Après la mort de Lanfranc, il laisse vacant l’archevêché de Cantorbéry de même que maints autres sièges ecclésiastiques. Cela lui permet de s’en approprier les revenus. Face à la pression du clergé et du pape, il finit par nommer à la tête de l’archevêché un disciple de Lanfranc, l’abbé de Bec-Hallouin, Anselme, un saint homme plus tard canonisé.

Les relations entre l’archevêque et le roi se tendent très vite. Guillaume le Roux est tué le 2 août 1100 d’une flèche au cours d’une chasse, peut-être à l’instigation du troisième fils du Conquérant, Henri Beauclerc. Celui-ci devient roi d’Angleterre au nez et à la barbe de l’aîné, Robert Courteheuse, parti à la croisade.

En 1106, le roi Henri Beauclerc trouve moyen d’enlever aussi à son frère le duché de Normandie. Mais il a le malheur de perdre ses propres fils dans le naufrage de la Blanche Nef, à la Noël 1120. À sa mort, le 1er décembre 1135, il lègue la couronne d’Angleterre à sa fille Mathilde mais la succession est contestée par un cousin de celle-ci, Étienne de Blois. Il s’ensuit quinze ans d’anarchie avant qu’Étienne ne se résigne à désigner comme héritier le fils de Mathilde, Henri II Plantagenêt. Celui-ci ceint la couronne le 19 décembre 1154.

Les îles britanniques : 2000 ans d’Histoire

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Cette série de 9 cartes illustre 2000 ans d’Histoire…

Elle nous mène de la conquête romaine à nos jours en passant par les invasions successives (Angles et Saxons, Danois, Normands) et les péripéties du dernier millénaire : guerres dynastiques, assaut espagnol et révolutions, unification de la Grande-Bretagne, crises irlandaises…

Bibliographie

Pour une approche de cette histoire, je ne saurais trop recommander le livre célèbre d’André Maurois, romancier français très anglophile : Histoire de l’Angleterre. C’est un excellent ouvrage de vulgarisation.

Voir également:

The Battle of Hastings – which marks its 950th anniversary on Friday – still reverberates through literature, film and art

John Dugdale

Bayeux tapestry ( c.1070s)

The tapestry, thought to have been made in England, is history written by the victors but sewed by the vanquished; the Anglo-Saxon seamstresses who made it compelled to embroider the end of the Anglo-Saxon era. Space is made before the battle to outline William’s dubious claim to the English throne, while Norman atrocities in its aftermath are omitted.

King John by William Shakespeare (1594-96)

As the earliest English (non-legendary) history play in terms of setting, King John is chronologically the nearest in time to the Norman invasion, yet it goes unmentioned, leaving a fascinating absence. It is almost as if Shakespeare is repressing the invasion, preferring to show England invading France. He makes no mention of William the Conqueror or the Battle of Hastings, even though the conquest shaped the reigns of the French-descended Angevin, Plantagenet, Lancaster and Yorkist kings he portrayed. But Henry V is pointedly referred to as “conqueror” three times, and in the same play a French courtier denounces “bastard Normans, Norman bastards”. As every schoolchild knows, William was illegitimate.

Ivanhoe by Walter Scott (1819)

Against a backdrop of the late 12th-century power struggle between John and his brother Richard I, Scott’s hit historical novel champions Saxon characters against the Normans, reflecting both the 19th-century’s enthusiasm for Anglo-Saxon culture and Napoleonic-era Francophobia. One of their allies was Robin Hood – Scott pioneered his deployment as anti-Norman insurgent, later copied by Hollywood. This was Tony Blair’s choice of book as Desert Island discs, presumably for the bits about the Crusades.

Sibyl by Benjamin Disraeli (1845)

Famous for its “two nations” speech inspiring one nation Toryism, the novel’s divisions are actually between Norman and Saxon as well as rich and poor (as Labour MP Tristram Hunt has pointed out). The future prime minister updates Scott’s theme of the “Norman yoke” for the Victorian era by portraying the exploiting class as descending from the usurping French aristocracy that still owns the property their ancestors stole from Saxons, whose descendants remain dispossessed.

Hereward the Wake by Charles Kingsley (1866)

The conquest itself is featured in Kingsley’s last work, rather than Anglo-Norman enmity that is said to have continued into the next century, as in Ivanhoe. Hereward leads resistance to the Normans after Hastings until defeated at Ely.

1066 and All That by WC Sellar and RJ Yeatman (1930)

Arguably the best one-off humour book of the 20th century, this brilliant spoof-crib consolidated Hastings’ status as the watershed moment in British history by putting it in the title. Mocking the certainties and priorities of textbook and popular history, it informed its readers that: “The Norman conquest was a good thing, as from this time onwards England stopped being conquered and thus was able to become top nation.”

The Conqueror by Georgette Heyer (1931)

Though best-known for her Regency romances, Heyer ventured into other periods and ambitiously tackled the 11th century in this Normandy-centred portrait of William the Conqueror that culminates with the battle and inevitably features his courtship of Matilda. Jean Plaidy also went where Shakespeare seemingly feared to tread, depicting William in her 1970s Norman trilogy.

Astérix and the Normans by Albert Uderzo and René Goscinny (1966)

Wittily marking the conquest’s 900th anniversary, the comic book series tells the tale of a defeated Norman invasion. The Normans (here portrayed as Vikings, as they originally were) try to conquer France and are seen off by the plucky and ingenious Gauls.

The Bruges speech by Margaret Thatcher (1988)

The foundational moment for the Eurosceptic movement that triumphed 28 years later in the Brexit referendum. Echoing past warriors for sturdy British independence, Thatcher opposed another threatened French invasion by the regulations France’s Jacques Delors said he would impose on EU countries as European commission president. “Our nation was – in that favourite community word – ‘restructured’ under Norman and Angevin rule in the 11th and 12th centuries,” she noted, drily drawing a parallel between the conquest’s fallout and Euro federalists’ homogenising schemes.

The Wake by Paul Kingsnorth (2014)

A Man Booker-shortlisted novel that remakes Hereward the Wake. Its hero is another Anglo-Saxon resistance fighter battling against Norman rule. Unlike Kingsley, Kingsnorth wages his own war against the invaders’ biggest and most lasting bequest: the English language as multicultural mishmash. The vast French vocabulary the Normans introduced – suspected by proponents of a blunter, more Saxon English, including George Orwell and Kingsley Amis, of embodying alien ways of thinking – is banished from the prose of the first-person narrative, and told in a version of Old English.

Voir encore:

Battle of Hastings 950th Anniversary: Why is William the Conqueror and 1066 so important?

TODAY marks the 950th anniversary of the Battle of Hastings, a day that changed the course of English history.

Fri, Oct 14, 2016
The Battle of Hastings is one of the most important events in English history
between William the Conqueror and the Anglo-Saxon King Harold II, which took place on October 14 1066.Thousands of people are expected to travel to Hastings in East Sussex with a weekend of events taking place around Battle Abbey, which is built on the site of the clash.The Royal Mint has commissioned a special 50p coin to commemorate the anniversary, set to go into circulation in the coming weeks.
What happened at the Battle of Hastings?William, Duke of Normandy, first landed on the Sussex on 28 September. He was a friend and cousin of King Edward, who had died in January.The Duke claimed that Edward had named his as his successor before his death, and so travelled to England with around 7,000 soldiers to reclaim the throne from Harold.Upon landing the Normans made their way to Hastings, erecting castles to strengthen their base and pillaging the surrounding areas.
Battle Abbey was built on the site of the clash
On October 14, William’s forces rode out to meet Harold’s army at Senlac Hill.The Norman army was much more experienced and was made up of infantry, cavalry and archers. The English army was made of just infantry and was recovering from the Battle of Stamford Bridge.The battle lasted all day and ended with Harold’s death,
William was crowned King of England and became known as William the Conqueror.Soon after the battle the Bayeux Tapestry was commissioned, which has become an important historical artefact.The 70m long piece of embroidered cloth tells the story of the invasion and is considered the final and best-known piece of Anglo-Saxon art.
Why is the Battle of Hastings so important?The Battle marked the end of the Anglo-Saxon period and ushered in Norman rule over England.The new King bought England closer to France and Europe and changed the course of our nation.Roy Porte of English Heritage described it as a “cataclysmic” event in our history.He told the BBC: « It changed English society, changed the way in which English politics worked, changes in architecture, the introduction of castles, the language we speak today is a result of 1066, that mixture of old English and French.”

Soft power: Vous avez dit nation de boutiquiers ? (How Britain became a soft power superpower)

12 septembre, 2016

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Great Britain’s medal tally at the Summer Olympics
Gold  Silver Bronze
gbmedals riomedals britmedals rio-qui-paye-le-mieux-ses-athletes-web-tete-0211186866405 unnamed3 unnamed4 unnamed5 unnamed7 unnamed6 unnamed9Aller fonder un vaste empire dans la vue seulement de créer un peuple d’acheteurs et de chalands semble, au premier coup d’oeil, un projet qui ne pourrait convenir qu’à une nation de boutiquiers. C’est cependant un projet qui accomoderait extrêmement mal une nation toute composée de gens de boutique mais qui convient parfaitement bien à une nation dont le gouvernement est sous l’influence des boutiquiers. Adam Smith
L’ Angleterre est une nation de boutiquiers.
Napoléon
Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! Michaël D’Almeida
De l’Australie jusqu’à Trinidad et Tobago, le portrait de la reine Elisabeth II a orné les monnaies de 33 pays différents – plus que n’importe qui au monde. Le Canada fut le premier a utiliser l’image de la monarque britannique, en 1935, quand il a imprimé le portrait de la princesse, agée de 9 ans, sur son billet de 20 dollars. Au fil des années, 26 portraits d’Elisabeth II seront utilisés dans le Royaume-Uni et dans ses colonies, anciennes et actuelles et territoires – la plupart one été commandés dans le but express d’apparaitre sur des billets de banque. Toutefois, certains pays, comme la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), Malte ou les Fidji, se sont servis de portraits déjà existants. La Reine est souvent montrée dans une attitude formelle, avec sa couronne et son spectre, bien que le Canada ou l’Australie préfère la représenter dans une simple robe et un collier de perles. Et alors que de nombreux pays mettent à jour leurs devises afin de refléter l’âge de la Reine, d’autres aiment la garder jeune. Lorsque le Belize a redessiné sa monnaie en 1980, il a choisi un portrait qui avait déjà 20 ans. Time
Un grand nombre de nations a conservé la reine comme chef d’Etat et elle est donc toujours représentée sur les billets de banques de nombreux pays. La Reine est présente sur les billets de 33 pays. Peter Symes
Of 31 sports, GB finished on the podium in 19 – a strike rate of just over 61%. That percentage is even better if you remove the six sports – basketball, football, handball, volleyball, water polo and wrestling – Britain were not represented in. Then it jumps to 76%. The United States won medals in 22 sports, including 16 swimming golds. In terms of golds, GB were way ahead of the pack, finishing with at least one in 15 sports, more than any other country, even the United States. GB dominated track cycling, winning six of 10 disciplines and collecting 11 medals in total, nine more than the Dutch and Germans in joint second. GB also topped the rowing table, with three golds – one more than Germany and New Zealand – and were third in gymnastics, behind the US and Russia. BBC
On July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last. (…) Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.(…) Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. (…) But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now. The Economist
Although beaten to the top spot in this year’s index, the UK continues to boast significant advantages in its soft power resources. These include the significant role that continues to be played by both state-backed assets (i.e. BBC World Service, DfID, FCO and British Council) and private assets and global brands (e.g. Burberry and British Airways). Additionally, the British Council, institutions like the British Museum, and the UK’s higher education system are all pillars of British soft power. The UK’s rich civil society and charitable sector further contribute to British soft power. Major global organisations that contribute to development, disaster relief, and human rights reforms like Oxfam, Save the Children, and Amnesty International are key components in the UK’s overall ability to contribute to the global good – whether through the state, private citizens, or a network of diverse actors. The UK’s unique and enviable position at the heart of a number of important global networks and multi-lateral organisations continues to confer a significant soft power advantage. As a member of the G-7, G-20, UN Security Council, European Union, and the Commonwealth, Britain has a seat at virtually every international table of consequence. No other country rivals the UK’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the UK’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union. The soft power 30
The United States takes the top spot of the 2016 Soft Power 30, beating out last year’s first-place finisher, the United Kingdom. America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy – like ending the US’s stated commitment to nuclear non-proliferation. On the other hand, President Obama’s final year as Commander-in-Chief has been a busy one for diplomatic initiatives. The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the US abroad, as it finished higher in the international polling this year, compared to 2015. Perhaps not dragged down as much by attitudes to its foreign policy, the US’s major pillars of soft power have been free to shine, as measured in our Digital, Education, and Culture sub-indices. The US is home to the biggest digital platforms in the world, including Facebook, Twitter, and WhatsApp, and the US State Department sets the global pace on digital diplomacy. Likewise, the US maintains its top ranking in the Culture and Education sub-indices this year. The US welcomed over 74 million international tourists last year, many of whom are attracted by America’s cultural outputs that are seemingly omnipresent around the globe. In terms of education, the US has more universities in the global top 200 than any other country in the world, which allows it to attract more international students than any other country – by some margin as well. (…) Home to many of the biggest tech brands in the world, the US is the global leader in digital technology and innovation. The Obama Administration and State Department developed the theory and practice of online-driven campaigning and ‘digital diplomacy’. The way the US has developed and leveraged digital diplomacy, gives the nation a significant soft power boost. (…) It’s not just foreign policy that can drag down the image of America. Regular news stories of police brutality, racial tension, gun violence, and a high homicide rate (compared to other developed countries) all remind the world that America has its faults on the home front too. Speaking of which, the forthcoming Presidential election will have leaders in a lot of world capitals nervous at prospect of a Trump presidency. The soft power 30
With nearly 84 million tourists arriving annually, France maintains the title of the world’s most visited country. Yet while the strength of its cultural assets – the Louvre, its cuisine, the Riviera – have helped it hold onto this title, the country remains vulnerable. In the last year, France made headlines for the horrific terror attacks that shook its capital. Since the beginning of his mandate, President François Hollande has struggled to revitalise the French economy. Unemployment has risen steadily, and businesses are weary of France’s seemingly over-regulated and overprotective market. Its “new-blood” Minister of the Economy, Emmanuel Macron, is labouring to shake things up. His newly announced political movement, En Marche! (Forward) hopes to break party lines and revive the Eurozone’s second largest economy. Only time can tell if the initiative will pay dividends. Until then, France can still count on its unequalled diplomatic prowess to safeguard its position near the top of the Soft Power 30. It remains a global diplomatic force, asserting its presence through one of the most extensive Embassy networks. (…) France’s soft power strengths lie in a unique blend of culture and diplomacy. It enjoys, for historic reasons, links to territories across the planet, making it the only nation with 12 time zones. Its network of cultural institutions, linguistic union “la Francophonie” and network of embassies allow it to engage like no other. Its top rank in the Engagement sub-index comes as no surprise. (…) France continues to struggle as a result of the global financial crisis and President Hollande’s failure to lift the nation’s economic competitiveness has delayed its full recovery. Germany’s economy, in comparison, makes France look in need of reform. The soft power 30
Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans. Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000. « Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres. Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. (…)« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio » Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. » (…) Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984. Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ? La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps. Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années. Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque : « Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. » Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020. Le Monde
Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ? La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits. Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio (…) En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport. Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ». Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club », chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance. Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. En envoyant une délégation très étoffée (…) c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. (…) Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes). En préparant en priorité les JO La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. France infos

Vous avez dit nation de boutiquiers ?

Investissement massif issu de la loterie (400 millions), quasi-salarisation des athlètes (mais pas de primes individuelles),  mise exclusive et sans concession sur les seules disciplines gagnantes (35 millions d’euros pour le cyclisme,  1,5 million pour un tennis de table sans résultat), investissement dans la technologie de pointe et approche scientifique de la performance,  délégation très étoffée, priorité absolue aux JO (quitte à faire l’impasse sur les championnats du monde ou d’Europe) et concentration sur les sports les plus « payants »…

A l’heure où un pays à l’économie, la population et la superficie respectivement huit fois, cinq fois et 35 fois moindre fait quasiment jeu égal et avait même dépassé en influence ces deux dernières années la première puissance mondiale …

Et où avec l’auto-effacement  de ladite première puissance mondiale, le Moyen-Orient est à feu et à sang et une Russie et une Chine assoiffées de revanche menacent impunément les frontières de leurs voisins …

Comment ne pas voir l’ironie de la reprise et de la domination par l’ancienne puissance coloniale d’un concept (« sof power ») créé à l’origine par un Américain (Joseph Nye) en réponse à un historien britannique (Paul Kennedy) qui prédisait à la fin des années 80 l’inéluctabilité du déclin américain ?

Mais surtout le redoutable pragmatisme d’un pays qui il y a vingt ans ne finissait que 36e (pour une seule misérable médaille d’or) …

Et qui non content de laisser loin derrière (avec un avantage – excusez du peu – de pas moins de 18 médailles d’or !) une France au même poids démographique et économique …

Dépasse aujourd’hui en médailles la première population et la 2e puissance économique mondiales ?

Millions de la Loterie, choix drastiques et coups de chance : comment la Grande-Bretagne a raflé tant de médailles à RioLes Britanniques se sont hissés à la deuxième place du tableau des médailles, devant la Chine et la Russie. Mais comment ont-ils fait ?
Camille Caldini
France Tvinfos
21/08/2016Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ?En collectant des millions grâce à la Loterie
La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits.Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio, détaille le Guardian (en anglais). Les athlètes britanniques ont d’ailleurs été invités à dire tout le bien qu’ils pensaient de la Loterie nationale, « en insistant sur le lien entre l’achat d’un ticket et les chances de médailles », ajoute le quotidien.

En misant tout sur les gagnants

En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport.

Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ».

En investissant dans la technologie de pointe

Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club« , chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance.

Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. « Tout le monde regarde les vélos des autres », raconte en effet Laurent Gané, entraîneur de l’équipe de France de vitesse sur piste, au Monde. Et le relayeur Michaël D’Almeida le concède, dans le même quotidien : « Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! »

En envoyant une délégation très étoffée

La Chine le prouve à Rio, cela ne suffit pas. Mais c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. « Les pays les plus riches ont tendance à mieux réussir, non seulement parce qu’ils envoient davantage d’athlètes, mais aussi parce qu’ils sont mieux préparés », explique le journal canadien Toronto Star (article en anglais).

Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes).

En préparant en priorité les JO

La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du ‘tout pour les JO’. »  Cela semble payer. A Rio, le cyclisme a rapporté 12 médailles à la Team GB : 11 sur piste dont 6 en or, et une sur route. En 2008 et 2012, ils avaient déjà glané 8 médailles d’or.

La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. De là aux soupçons de dopage ou de tricherie technologique, il n’y a qu’un petit pas, que le coach français s’est retenu de faire, s’interrompant au milieu d’une phrase : « C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… »

En profitant des exclusions russes et des ratés chinois

Il faut bien l’admettre, il y a aussi une petite part de chance dans le succès de la Team GB, qui peut remercier la Russie et la Chine.

En 2012, la Russie talonnait la Grande-Bretagne, avec ses 81 médailles dont 23 en or. Pour Rio, le scandale du dopage organisé par l’Etat a contraint Moscou a réduire sa délégation : seulement 271 athlètes au lieu de 389 et aucun athlète paralympique. Conséquence directe : le compteur de médailles d’or russe s’est arrêté à 17. En athlétisme en particulier, cette absence russe a été une bénédiction pour la Team GB, qui avait terminé quatrième en 2012, derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

Un autre géant a trébuché à Rio, laissant à la Grande-Bretagne une chance de se hisser sur le podium final : la Chine. Le bilan mitigé de ses athlètes a presque tourné à l’affaire d’Etat à Pékin. La Chine a multiplié les contre-performances, au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l’habitude de s’illustrer. L’équipe chinoise de gymnastique quitte Rio sans aucune médaille d’or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.

Voir aussi:

JO 2016 : comment les Britanniques ont acheté leurs médailles
Eric Albert

Le Monde

20.08.2016

La BBC est passée en mode surchauffe depuis une semaine. Sa « Team GB » réussit des Jeux olympiques impressionnants, engrange médaille après médaille, et les commentateurs de la chaîne publique se perdent en superlatifs et en compliments.
Avec 67 médailles, dont 27 en or, le Royaume-Uni a pris une surprenante deuxième place au tableau des nations, derrière les Etats-Unis (105 breloques) et loin devant la France – même population, même poids économique –, septième avec neuf médailles d’or.

Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans.

Système ultra-élitiste
Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000.

« Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres.

Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. Le mythique fair-play britannique appartient au passé.

« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio »
Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. »

L’équipe de plongeon britannique doit ainsi une fière chandelle à Tom Daley, médaillé de bronze à Londres. Grâce à ce succès sur le fil, la discipline a conservé son financement. Aujourd’hui, elle en récolte les fruits : à Rio, elle a déjà obtenu trois médailles, une de chaque couleur.

Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984.

Scandales de dopage
Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ?

La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps.

Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années.

Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque :

« Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. »
Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020.

Voir également:

Rio Olympics 2016: Team GB medal haul makes them a ‘superpower of sport’

Great Britain’s Olympic review

Great Britain is « one of the superpowers of Olympic sport » after its performance in Rio, according to UK Sport chief executive Liz Nicholl.

A total of 67 medals with 27 golds put Team GB second in the medal table – above China for the first time since it returned to the Games in 1984.

« It shows we are a force to be reckoned with in world sport, » Nicholl said.

Britain is the first country to improve on a home medal haul at the next Games, beating the 65 medals from London 2012.

They won gold medals across more sports than any other nation – 15 – and improved on their medal haul for the fifth consecutive Olympics.

The Queen offered her « warmest congratulations » for an « outstanding performance » in Rio, while the Duke and Duchess of Cambridge and Prince Harry said the team were an « inspiration to us all, young and old ».

The money behind the medals

UK Sport is the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports.

Team GB’s 67 medals in Brazil cost an average of just over £4m per medal in lottery and exchequer funding over the past four years – a reported cost of £1.09 per year for each Briton.

Nicholl added: « Half of the investment that we’re putting into Rio success also feeds into Tokyo [2020 Olympics]. We’re very confident that we’ve got a system here that’s working and that’s quite exceptional around the world. »

Chief executive of British Gymnastics Jane Allen told BBC Radio 5 live: « You wouldn’t want to be in some of the other countries at the moment, who are examining themselves.

« UK Sport has made those sports that receive the funding be accountable for their results. This is the end result in Rio – the country should expect a return for their investment, it is incredible. »

« It’s tough to imagine a stronger performance, » said Bill Sweeney, chief executive of the BOA.

« When you get into the [Olympic] village there’s been a real collective team spirit around Team GB – you just got a sense that this was a team that wanted to do something really special. »

Britain had been set a target by UK Sport to make Rio its most successful ‘away’ Olympics by beating the 47 medals from Beijing in 2008, but Nicholl said there had been an « aspirational » aim to surpass the achievements of London 2012.

Sweeney said he « wasn’t surprised » by the extent of the success, but that beating China « wasn’t on the radar » before the Games.

« China are a massive nation, aren’t they? Goodness knows how much money they spend on it, » he said.

« To be able to beat them is absolutely fantastic.

Sweeney said it would be difficult for Britain to replicate their position in the medal table at Tokyo 2020, at which he predicted hosts Japan, China, Russia and Australia would all improve.

How has China reacted?

China did top one table in Rio – that of fourth-place finishes, according to data from Gracenote Sports.

They had 25, with the US next on 20 and Britain third on 16.

Gracenote head of analysis Simon Gleave said China’s decline in medals from London 2012 « has been primarily due to the sports of badminton, artistic gymnastics and swimming ».

China Daily said: « In contrast with China’s previous obsession with gold medals, the general public is learning to enjoy the sports themselves rather than focusing on the medal count. Winning gold medals does not mean everything anymore in China. »

Swimmer Fu Yuanhui’s enthusiasm at winning a bronze medal « took Chinese viewers by surprise », said Global Times. « They are used to their athletes focusing in interviews on their desire to win glory for the country. »

Many users of the Chinese social media site Weibo posted messages using the hashtag #ThisTimeTheChinaTeamAreGolden, saying their athletes were still « the best » irrespective of their placing in their events.

Voir encore:

Rio Olympics 2016: How did Team GB make history?

Tom Fordyce

BBC

22 August 2016

It has been an Olympic fiesta like never before for Britain: their best medal haul in 108 years, second in the medal table, the only host nation to go on to win more medals at the next Olympics.

Never before has a Briton won a diving gold. Never before has a Briton won a gymnastics gold. There have been champions across 15 different sports, a spread no other country can get close to touching.

It enabled Liz Nicholl, chief executive of UK Sport, the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports, to declare on the final day of competition in Rio that Britain was now a « sporting superpower ».

Only 20 years ago, GB were languishing 36th in the Atlanta Olympics medal table, their entire team securing only a single gold between them. This is the story of a remarkable transformation.

Biased judges or gracious defeat? What China thinks of GB going second
‘Superpower’ Team GB a ‘world force’

Money talks

As that nadir was being reached back in 1996, the most pivotal change of all had already taken place.

The advent of the National Lottery in 1994, and the decision of John Major’s struggling government to allocate significant streams of its revenue to elite Olympic sport, set in motion a funding spree unprecedented in British sport.

From just £5m per year before Atlanta, UK Sport’s spending leapt to £54m by Sydney 2000, where Britain won 28 medals to leap to 10th on the medal table. By the time of London 2012 – third in the medal table, 65 medals – that had climbed to £264m. Between 2013 and 2017, almost £350m in public funds will have been lavished on Olympic and Paralympic sports.

It has reinvigorated some sports and altered others beyond recognition.

Gymnastics, given nothing at all before Atlanta, received £5.9m for Sydney and £14.6m in the current cycle. In Rio, Max Whitlock won two gymnastics golds; his team-mates delivered another silver and three bronzes.

As a talented teenage swimmer, Adam Peaty relied on fundraising events laid on by family and friends to pay for his travel and training costs. That changed in 2012, when he was awarded a grant of £15,000 and his coach placed on an elite coaching programme. In Rio he became the first British male to win a swimming gold in 28 years.

There are ethical and economic debates raised by this maximum sum game. Team GB’s 67 medals won here in Brazil cost an average of £4,096,500 each in lottery and exchequer funding over the past four years.
Average cost of Games to each Briton
As determined by the Sport Industry Research Centre

At a time of austerity, that is profligate to some. To others, the average cost of this Olympic programme to each Briton – a reported £1.09 per year – represents extraordinary financial and emotional value. Joe Joyce’s super-heavyweight silver medal on Sunday was the 700th Olympic and Paralympic medal won by his nation since lottery funding came on tap.

« The funding is worth its weight in gold, » says Nicholl.

« It enables us to strategically plan for the next Games even before this one has started and makes sure we don’t lose any time. We can maintain the momentum of success for every athlete with medal potential through to the next Games. »

All in the detail

The idea of marginal gains has gone from novelty to cliche over the past three Olympic cycles, but three examples from Rio underline how essential to British success it remains.

In the build-up to these Olympics, a PhD student at the English Institute of Sport named Luke Gupta examined the sleep quality of more than 400 elite GB athletes, looking at the duration of their average sleep, issues around deprivation and then individual athletes’ perception of their sleep quality.

His findings resulted in an upgrading of the ‘sleep environment’ in the Team GB boxing training base in Sheffield – 37 single beds replaced by 33 double and four extra-long singles; sheets, duvets and pillows switched to breathable, quick drying fabrics; materials selected to create a hypo-allergenic barrier to allergens in each bedroom.

« On average, the boxers are sleeping for 24 minutes longer each night, » says former Olympic bronze medallist and now consultant coach Richie Woodhall.

« When you add it up over the course of a cycle it could be as much as 29 or 30 days’ extra sleep. That can be the difference between winning a medal or going out in the first round. »

In track cycling, GB physio Phil Burt and team doctor Richard Freeman realised saddle sores were keeping some female riders out of training.

Their response? To bring together a panel of experts – friction specialist, reconstructive surgeons, a consultant in vulval health – to advise on the waxing and shaving of pubic hair. In the six months before Rio not a single rider complained of saddle sores.

Then there is the lateral thinking of Danny Kerry, performance director to the Great Britain women’s hockey team that won gold in such spectacular fashion on Friday.

« Everyone puts a lot of time into the physiological effects of hockey, but what we’ve done in this Olympic cycle is put our players in an extremely fatigued state, and then ask them to think very hard at the same time, » Kerry told BBC Sport.

« We call that Thinking Thursday – forcing them to consistently make excellent decisions under that fatigue. We’ve done that every Thursday for a year. »

Britain won that gold on a penalty shootout, standing firm as their Dutch opponents, clear favourites for gold, missed every one of their four attempts.
Virtuous circles

Success has bred British success.

That hockey team featured Helen and Kate Richardson-Walsh, in their fifth Olympic cycle, mentoring 21-year-old Lily Owsley, who scored the first goal in the final. A squad that won bronze in London were ready to go two better in Brazil.

« We’ve retained eight players who had medals around their necks already, » says Kerry. « We added another eight who have no fear.

« It gave us a great combination of those who know what it’s all about, and those who have no concept at all of what it’s all about, and have just gone out and played in ruthless fashion.

« We get carried away with some of the hard science around sport, but there’s so much value in how you use characters and how you bring those qualities and traits to the fore. You see that on the pitch. Leverage on the human beings as much as the science. »

In the velodrome, experience and expertise is being recycled with each successive Games.

Paul Manning was part of the team pursuit quartet that won bronze in Sydney, silver in Athens and gold in Beijing. As his riding career came towards the end, he was one of the first to graduate through the Elite Coaching Apprenticeship Programme, a two-year scheme that offered an accelerated route into high-performance coaching for athletes already in British Cycling’s system.

In Rio he coached the women’s pursuit team to their second gold in two Olympics, his young charge Laura Trott also winning omnium gold for the second Games in a row.

Then there is Heiko Salzwedel, head of the men’s endurance squad, back for his third spell with British Cycling having worked under the visionary Peter Keen from 2000 to 2002 and then Sir Dave Brailsford between 2008 and 2010.

Expertise developed, expertise retained. A culture where winning is expected, not just hoped for.

« We have got the talent in this country and we know that we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is now a system that provides the very best support for that talent. »

Competitive advantages

Funding has not flowed to all British sports equally, because in some there is a greater chance of success than others.

On Lagoa Rodrigo de Freitas, Britain’s rowers dominated the regatta, winning three gold medals and two silvers.

With 43 athletes they also had the biggest team of any nation there. Forty-nine of the nations there qualified teams of fewer than 10 athletes. Thirty-two had a team of just one or two rowers.

Only nine other nations won gold. In comparison, 204 nations were represented in track and field competition at Rio’s Estadio Olimpico, and 47 nations won medals.

British efforts in the velodrome, where for the third Olympics on the bounce they ruled the boards, were fuelled by a budget over the four years from London of £30.2m, up even from the £26m they received in funding up to 2012.

In comparison, the US track cycling team – which won team pursuit silver behind Britain’s women, and saw Sarah Hammer once again push Trott hard for omnium gold, has only one full-time staff member, director Andy Sparks.

Then there is the decline of other nations who once battled with Britain for the upper reaches of the medal table, and frequently sat far higher.

In 2012, Russia finished fourth with 22 golds. They were third in 2008 and third again in 2004.

This summer, despite escaping a total ban on their athletes in the wake of the World Anti-Doping Agency’s McLaren Report, they finished with 19 golds for fourth, permitted to enter only one track and field athlete, Darya Klishina.

Australia, Britain’s traditional great rivals? Eighth in 2012, sixth in Beijing, fourth in Athens, 10th here in Brazil.

In Rio, 129 different British athletes have won an Olympic medal.

It is a remarkable depth and breadth of talent – a Games where 58-year-old Nick Skelton won a gold and 16-year-old gymnast Amy Tinkler grabbed a bronze, a fortnight where Jason Kenny won his sixth gold at the age of 28 and Mo Farah won his ninth successive global track title.

The abilities of those men and women has been backed up by similar aptitude in coaching and support.

In swimming there is Rebecca Adlington’s former mentor, Bill Furniss, who has taken a programme that won just one silver and two bronzes in London and, with a no-compromise strategy, taken them to their best haul at an Olympics since 1908.

In cycling, there has been the key hire of New Zealand sprint specialist Justin Grace, the coach behind Francois Pervis’ domination at the World Championships, a critical influence on Kenny, Callum Skinner, Becky James and Katy Marchant.

« We have got the talent in this country, and we know we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is a system that provides the very best support for that talent. We do a lot in terms of people development. We are conscious when people are recruited to key positions as coaches they are not necessarily the finished article in their broader skills.

« We provide support so that coaches across sports can network and learn from each other. That improves their knowledge expertise and the support systems they’ve got. »

It is an intimidating thought for Britain’s competitors. After two decades of consistent improvement, Rio may not even represent the peak.

Voir encore:

‘Brutal but effective’: why Team GB has won so many Olympic medals

Sports that have propelled Britain up the medal table have received extra investment while others have had their funding cut altogether
Josh Halliday

15 August 2016

In the past 24 hours Team GB have rewritten their Olympic history, moving ahead of China into second place in the Rio 2016 medals table after winning a record-breaking five gold medals in a single day.
Team GB’s Olympic success: five factors behind their Rio medal rush

With Olympic champions in tennis, golf, gymnastics and cycling – and another assured in sailing – the team’s directors hailed national lottery funding and the legacy of London 2012 for the Rio goldrush. So how has funding in British sport changed in the run-up to Super Sunday?

UK Sport, which determines how public funds raised via the national lottery and tax are allocated to elite-level sport, has pledged almost £350m to Olympic and Paralympic sports between 2013 and 2017, up 11% on the run-up to London 2012.

Those sports that have fuelled the rise in Britain’s medal-table positions over the past eight years – athletics, boxing and cycling, for example – were rewarded with increased investment. “It’s a brutal regime, but it’s as crude as it is effective,” said Dr Borja Garcia, a senior lecturer in sports management and policy at Loughborough University.

Sports that failed to hit their 2012 medal target – including crowd-pleasers such as wrestling, table tennis and volleyball – either had their funding reduced or cut altogether. Has that affected their prospects in Rio? It may be too soon to tell, but so far swimming is the only sport that has won medals at this Olympics after having it funding cut post-2012.

The aim is quite simple: to ensure Great Britain becomes the first home nation to deliver more medals at the following away Games. As it stands after day nine on Sunday, Team GB has one more medal than at the equivalent stage in London – their most successful ever Games.

Swimming

Spearheaded by the gold medal-winning Adam Peaty, Team GB has already secured its biggest Olympic medal haul in the pool since 1984, but it was one of the elite sports to have its funding slashed from £25.1m to £20.8m after a disappointing London 2012, when its three medals missed the target of between five and seven.

With six medals so far in Rio – one gold and five silvers – it has already passed its target of five for this Olympic Games. Its national governing body, British Swimming, will hope to be rewarded for this success with an increase in funding before Tokyo 2020.

UK Sport funding for medal-winning Olympians is assured, but some of the clubs where they spend long hours training are struggling to survive. Peaty’s City of Derby swimming club was almost forced to close last year when two pools in the city shut down for nearly three months, its chairman, Peter Spink, said.

“If we hadn’t got the focus of the council back on to swimming, things would have got a lot worse for us,” he said. “Worst case, closure could have happened. I don’t think I felt we got that close fortunately but unless we did something drastic and worked our way through it then, if not closed, we would have been a very much diminished club.”

Steve Layton, the club’s secretary, credited the local authority for fixing a roof at one pool and reopening another that had previously been closed, but added that it was only a matter of time before one of the “not fit for purpose” facilities was permanently closed down.

The club is trying to raise sponsorship money through partnerships with local companies, he said, but has so far been unable to raise enough money to pay for coaches rather than rely on volunteers. The ultimate aim is to raise enough investment for an Olympic-standard 50m pool in Derby, so that the Adam Peatys of tomorrow are not confined to the city’s 25m pools.

“Swimming is not like football. It doesn’t draw the crowds and we are in times of austerity. We understand all that, but we are trying to get sponsorship to give us some support,” Layton said.

The grand rhetoric of an Olympic legacy after London 2012 did not add up to much for cities such as Derby, but Spink said he was hopeful now of more investment in swimming following Team GB’s success in Rio. “The legacy of the London Olympics was always a big thing. We saw that a little bit, but of late that has dwindled a bit. The issues we have in Derby demonstrate that there really wasn’t the appetite either in local or national government to fund sport in that way,” he said.

Cycling
Along with a knighthood for Bradley Wiggins, an increase in funding followed Team GB’s cycling success in London 2012. Their final tally of 12 medals exceeded the target of between six and 10, resulting in a boost to British Cycling’s coffers from £26m to £30.2m.

In Rio, Team GB has secured six medals – four gold and two silver – and smashed two world records, with both the women’s and men’s team pursuit taking gold. It is well on the way to reaching its final Rio target of between eight and 10 medals.

Gymnastics
Max Whitlock competes in the men’s pommel horse event final.

Max Whitlock’s heroics in the Olympics arena on Super Sunday ended a 116-year wait for a British gymnastics Olympic champion.

His double gold also boosted Team GB’s medal count in the sport to four, with Louis Smith winning silver in the pommel horse and Bryony Page becoming the first British woman to win an Olympic trampoline medal by claiming silver in Rio.

Having previously lost all of its elite-level funding, British gymnastics has experienced a steady increase in public investment over the past 20 years, from £5.9m at Sydney 2000 to £14.6m in the current cycle, after it benefited from a 36% funding increase after beating its medal target in London 2012.
Funding for individual athletes
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In addition to the funding given to each sport’s governing body, some elite stars – described by UK Sport as “podium-level athletes – also qualify for individual funding to help with living costs.

Medallists at the Olympic Games, senior world championships and Paralympics gold medallists can receive up to £28,000 a year in athlete performance awards funded by the national lottery.

Sportsmen and women who finish in the top eight in the Olympics can receive up to £21,500 a year. Future stars, those expected to win medals on the world or Olympic stage within four years, can get up to £15,000 a year.
Has it worked?

Most experts agree that UK Sports “no compromise” funding approach has underpinned Great Britain’s rise from 36th in the medal table in Atlanta in 1996 to third at London 2012.

“It’s a very rational, cold approach. Medals have gone up. British elite sport is certainly booming. The returns of medals per pound is there,” said Garcia.

Some critics, however, say UK Sport’s approach has gone too far and is damaging grassroots sport. They have argued that focusing disproportionately on sports such as cycling, sailing and rowing has meant those such as basketball risk withering because they were unable to demonstrate they would win a medal at either of the next two Olympics.
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“We can ask all the philosophical questions, which are valid. What about basketball, which has a lot of social potential in the inner cities? What about volleyball? What about fencing? Why focus on specific sports?” said Garcia.

“Participation is going down. Why do we invest all this money in all those medals? Just to get the medals? To get people active? To make Great Britain’s name known around the world? With a cold analysis of the objectives and the money invested, yes it has worked.

“I have some sympathy for UK Sport as an organisation. They were given the objectives and they delivered.”

In May, Sport England, which focuses on grassroots sport, unveiled a four-year strategy to target inactivity. More than a quarter of the population is officially defined as inactive because they do less than 30 minutes of activity a week, including walking.

The move is a lurch away from the earlier strategy, which was set before London 2012 and focused on getting more people to play more sport with only mixed results.

Severe cuts to local authority budgets are also squeezing resources at the grassroots level. Councils across England have been forced to make cuts since 2010, when grant funding for local authorities was cut by a fifth, more than twice the level of cuts to the rest of the UK public sector
Jazz Carlin celebrates after winning silver in the women’s 800m freestyle final.

Jazz Carlin celebrates winning silver in the women’s 800m freestyle final. Photograph: Ryan Pierse/Getty Images

Many smaller, older swimming pools are being closed at a time when more people are being inspired to get in the water, thanks in part to Team GB medal winners Jazz Carlin, Siobhan-Marie O’Connor and Peaty.

The Amateur Swimming Association (ASA) said this weekend that there had been a huge jump in the number of people searching online for their nearest leisure pool during the first few days of the Games.
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Alison Clowes, the ASA’s head of media, said 80,000 people had used its “poolfinder” app between 5 and 11 August – almost double the rate for the same period in July – and the ASA was getting dozens of phone inquiries too. “We’ve already seen a boost from our Olympic successes, which is great,” she said.

Meanwhile, the average level of swimming proficiency among schoolchildren requires improvement. ASA research shows that 52% of children leave school unable to swim 25 metres unaided.

Jennie Price, the chief executive of Sport England, said: “Watching our athletes achieving great things in Rio is truly inspirational, particularly for young people. Whether it encourages them to get more active, try something new or even strive for gold themselves one day, Team GB is making a massive contribution to sport back home.

“A relatively small number of sports feature regularly on prime-time TV, so for many the Olympic Games is the moment that catapults them onto the screens of the nation. We need to capitalise on that, for example with programmes like Backing the Best where Sport England supports young talented athletes at the beginning of their sporting careers.

“There will be new Max Whitlocks and Kath Graingers out there who Sport England will support through our funding of the talent system, but most won’t reach those heights. Our main aim is making sure all young people get a positive experience when they try a sport and whatever they choose to do, come away with the good basic skills and having had a great time.”

Soft power, hard power et smart power: le pouvoir selon Joseph Nye

Avec ce nouvel ouvrage, l’internationaliste américain poursuit sa réflexion sur la notion du pouvoir étatique au XXIe siècle. Après avoir défini le soft et le smart power, comment Joseph Nye voit-il le futur du pouvoir?

En Relations Internationales, rien n’exprime mieux le succès d’une théorie que sa reprise par la sphère politique. Au XXIe siècle, seuls deux exemples ont atteint cet état: le choc des civilisations de Samuel Huntington et le soft power de Joseph Nye. Deux théories américaines, reprises par des administrations américaines. Deux théories qui, de même, ont d’abord été commentées dans les cercles internationalistes, avant de s’ouvrir aux sphères politiques et médiatiques.

Le soft power comme réponse au déclinisme

Joseph Nye, sous-secrétaire d’Etat sous l’administration Carter, puis secrétaire adjoint à la Défense sous celle de Bill Clinton, avance la notion de soft power dès 1990 dans son ouvrage Bound to Lead. Depuis, il ne cesse de l’affiner, en particulier en 2004 avec Soft Power: The Means to Success in World Politics. Initialement, le soft power, tel que pensé par Nye, est une réponse à l’historien britannique Paul Kennedy qui, en 1987, avance que le déclin américain est inéluctable[1]. Pour Nye, la thèse de Kennedy est erronée ne serait-ce que pour une raison conceptuelle: le pouvoir, en cette fin du XXe siècle, a muté. Et il ne peut être analysé de la même manière aujourd’hui qu’en 1500, date choisie par Robert Kennedy comme point de départ de sa réflexion. En forçant le trait, on pourrait dire que l’Etat qui aligne le plus de divisions blindées ou de têtes nucléaires n’est pas forcément le plus puissant. Aucun déclin donc pour le penseur américain, mais plus simplement un changement de paradigme.

Ce basculement de la notion de puissance est rendu possible grâce au concept même de soft power. Le soft, par définition, s’oppose au hard, la force coercitive, militaire le plus généralement, mais aussi économique, qui comprend la détention de ressources naturelles. Le soft, lui, ne se mesure ni en « carottes » ni en « bâtons », pour reprendre une image chère à l’auteur. Stricto sensu, le soft power est la capacité d’un Etat à obtenir ce qu’il souhaite de la part d’un autre Etat sans que celui-ci n’en soit même conscient « Co-opt people rather than coerce them »[2].

Time to get smart ?

Face aux (très nombreuses) critiques, en particulier sur l’efficacité concrète du soft power, mais aussi sur son évaluation, Joseph Nye va faire le choix d’introduire un nouveau concept: le smart power. La puissance étatique ne peut être que soft ou que hard. Théoriquement, un Etat au soft power développé sans capacité de se défendre militairement au besoin ne peut être considéré comme puissant. Tout au plus influent, et encore dans des limites évidentes. A l’inverse, un Etat au hard power important pourra réussir des opérations militaires, éviter certains conflits ou imposer ses vues sur la scène internationale pour un temps, mais aura du mal à capitaliser politiquement sur ces «victoires». L’idéal selon Nye ? Assez logiquement, un (savant) mélange de soft et de hard. Du pouvoir « intelligent »: le smart power.

Avec son dernier ouvrage, The Future of Power, Joseph Nye ne révolutionne pas sa réflexion sur le pouvoir. On pourrait même dire qu’il se contente de la récapituler et de se livrer à un (intéressant) exercice de prospective… Dans une première partie, il exprime longuement sa vision du pouvoir dans les relations internationales (chapitre 1) et s’attache ensuite à différencier pouvoir militaire (chapitre 2), économique (chapitre 3) et, bien sûr, soft power (chapitre 4). La seconde partie de l’ouvrage porte quant à elle sur le futur du pouvoir (chapitre 5), en particulier à l’aune du «cyber» (internet, cyber war et cyber attaques étatiques ou provenant de la société civile, etc.). Dans son 6e chapitre, Joseph Nye en revient, une fois encore, à la question, obsédante, du déclin américain. La littérature qu’il a déjà rédigée sur le sujet ne lui semblant sûrement pas suffisante, Joseph Nye reprend donc son bâton de pèlerin pour nous expliquer que non, décidément, les Etats-Unis sont loin d’être en déclin.

Vers la fin des hégémonies

Et il n’y va pas par quatre chemins: la fin de l’hégémonie américaine ne signifie en rien l’abrupte déclin de cette grande puissance qui s’affaisserait sous propre poids, voire même chuterait brutalement. La fin de l’hégémonie des Etats-Unis est tout simplement celle du principe hégémonique, même s’il reste mal défini. Il n’y aura plus de Rome, c’est un fait. Cette disparation de ce principe structurant des relations internationales est la conséquence de la revitalisation de la sphère internationale qui a fait émerger de nouveaux pôles de puissance concurrents des Etats-Unis. De puissants Etats commencent désormais à faire entendre leur voix sur la scène mondiale, à l’image du Brésil, du Nigeria ou encore de la Corée du sud, quand d’autres continuent leur marche forcée vers la puissance comme la Chine, le Japon et l’Inde. Malgré cette multipolarité, le statut prééminent des Etats-Unis n’est pas en danger. Pour Joseph Nye, un déclassement sur l’échiquier n’est même pas une possibilité envisageable et les différentes théories du déclin américain nous apprendraient davantage sur la psychologie collective que sur des faits tangibles à venir. «Un brin de pessimisme est simplement très américain»[3] ose même ironiser l’auteur.

Même la Chine ne semble pas, selon lui, en mesure d’inquiéter réellement les Etats-Unis. L’Empire du milieu ne s’édifiera pas en puissance hégémonique, à l’instar des immenses empires des siècles passés. Selon lui, la raison principale en est la compétition asiatique interne, principalement avec le Japon. Ainsi, « une Asie unie n’est pas un challenger plausible pour détrôner les Etats-Unis »[4] affirme-t-ilLes intérêts chinois et japonais, s’ils se recoupent finalement entre les ennemis intimes, ne dépasseront pas les antagonismes historiques entre les deux pays et la Chine ne pourra projeter l’intégralité de sa puissance sur le Pacifique, laissant ainsi une marge de manœuvre aux Etats-Unis.

Cette réflexion ne prend cependant pas en compte la dimension involontaire d’une union, par exemple culturelle à travers les cycles d’influence mis en place par la culture mondialisée[5]. Enfin, la Chine devra composer avec d’autres puissances galopantes, telle l’Inde. Et tous ces facteurs ne permettront pas à la Chine, selon Joseph Nye, d’assurer une transition hégémonique à son profit. Elle défiera les Etats-Unis sur le Pacifique, mais ne pourra prétendre porter l’opposition sur la scène internationale.

De la stratégie de puissance au XXIe siècle

Si la fin des alternances hégémoniques, et tout simplement de l’hégémonie, devrait s’affirmer comme une constante nouvelle des relations internationales, le XXIe siècle ne modifiera pas complètement la donne en termes des ressources et formes de la puissance. La fin du XXe siècle a déjà montré la pluralité de ses formes, comme avec le développement considérable du soft power via la culture mondialisée, et les ressources, exceptées énergétiques, sont pour la plupart connues. Désormais, une grande puissance sera de plus en plus définie comme telle par la bonne utilisation, et non la simple possession, de ses ressources et vecteurs d’influence. En effet, «trop de puissance, en termes de ressources, peut être une malédiction plus qu’un bénéfice, si cela mène à une confiance excessive et des stratégies inappropriées de conversion de la puissance».[6]

De là naît la nécessité pour les Etats, et principalement les Etats-Unis, de définir une véritable stratégie de puissance, de smart power. En effet, un Etat ne doit pas faire le choix d’une puissance, mais celui de la puissance dans sa globalité, sous tous ses aspects et englobant l’intégralité de ses vecteurs. Ce choix de maîtriser sa puissance n’exclue pas le recours aux autres nations. L’heure est à la coopération, voire à la copétition, et non plus au raid solitaire sur la sphère internationale. Même les Etats-Unis ne pourront plus projeter pleinement leur puissance sans maîtriser les organisations internationales et régionales, ni même sans recourir aux alliances bilatérales ou multilatérales. Ils sont voués à montrer l’exemple en assurant l’articulation politique de la multipolarité. Pour ce faire, les Etats-Unis devront aller de l’avant en conservant une cohésion nationale, malgré les déboires de la guerre en Irak, et en améliorant le niveau de vie de leur population, notamment par la réduction de la mortalité infantile. Cohésion et niveau de vie sont respectivement vus par l’auteur comme les garants d’un hard et d’un soft power durables. A contrario, l’immigration, décriée par différents observateurs comme une faiblesse américaine, serait une chance pour l’auteur car elle est permettrait à la fois une mixité culturelle et la propagation de l’american dream auprès des populations démunies du monde entier.

En face, la Chine, malgré sa forte population, n’a pas la chance d’avoir de multiples cultures qui s’influencent les unes les autres pour soutenir son influence culturelle. Le soft power américain, lui, a une capacité de renouvellement inhérente à l’immigration de populations, tout en s’appuyant sur «[des] valeurs [qui] sont une part intrinsèque de la politique étrangère américaine»[7].

Ces valeurs serviront notamment à convaincre les « Musulmans mondialisés » («Mainstream Muslims») de se ranger du côté de la démocratie, plutôt que d’Etats islamistes. De même, malgré les crises économiques et les ralentissements, l’économie américaine, si elle ne sert pas de modèle, devra rester stable au niveau de sa production, de l’essor de l’esprit d’entreprise et surtout améliorer la redistribution des richesses sur le territoire. Ces enjeux amèneront «les Etats-Unis [à]redécouvrir comment être une puissance intelligente»(p.234).

Le futur du pouvoir selon Joseph Nye

L’ouvrage de Joseph Nye, s’il apporte des éléments nouveaux dans la définition contemporaine de la puissance, permet également d’entrevoir le point de vue d’un Américain -et pas n’importe lequel…- sur le futur des relations internationales. L’auteur a conscience que:

«Le XXIe siècle débute avec une distribution très inégale [et bien évidemment favorable aux Etats-Unis] des ressources de la puissance»[8]

Pour autant, il se montre critique envers la volonté permanente de contrôle du géant américain. Certes, les forces armées et l’économie restent une nécessité pour la projection du hard power, mais l’époque est à l’influence. Et cette influence, si elle est en partie culturelle, s’avère être aussi politique et multilatérale. Le soft power prend du temps dans sa mise-en-œuvre, notamment lorsqu’il touche aux valeurs politiques, telle la démocratie. Ce temps long est gage de réussite, pour Joseph Nye, à l’inverse des tentatives d’imposition par Georges Bush Junior, qui n’avait pas compris que  les nobles causes peuvent avoir de terribles conséquences.

Dans cette quête pour la démocratisation et le partage des valeurs américaines, la coopération interétatique jouera un rôle central. Pour lui, les Etats-Unis sont non seulement un acteur majeur, mais ont surtout une responsabilité directe dans le développement du monde. La puissance doit, en effet, permettre de lutter pour ses intérêts, tout en relevant les grands défis du XXIe siècle communs à tous, comme la gestion de l’islam politique et la prévention des catastrophes économiques, sanitaires et écologiques. Les Etats-Unis vont ainsi demeurer le coeur du système international et, Joseph Nye d’ajouter:

«penser la transition de puissance au XXIe siècle comme la conséquence d’un déclin des Etats-unis est inexact et trompeur […] L’Amérique n’est pas en absolu déclin, et est vouée à rester plus puissant que n’importe quel autre Etat dans les décennies à venir»[9]

Comment dès lors résumer le futur des relations internationales selon Joseph Nye? Les Etats-Unis ne déclineront pas, la Chine ne les dépassera pas, des Etats s’affirmeront sur la scène mondiale et le XXIe siècle apportera son lot d’enjeux sans pour autant mettre à mal le statut central des Etats-Unis dans la coopération internationale. Dès lors, à en croire l’auteur, le futur de la puissance ne serait-il pas déjà derrière nous?

1 — Naissance et déclin des grandes puissances, Payot, 1989

2 — Soft Power: The Means to Success in World Politics, Public Affairs, 2004, p. 5

3 — « A strand of cultural pessimism is simply very American » (p.156)

4 — « an allied Asia is not a plausible candidate to be the challenger that displaces the United-States » (p.166)

5 — Fregonese, Pierre-William, La hallyu coréenne ou l’opportunité d’un soft power asiatique, La Nouvelle Revue Géopolitique, n.122, août 2013

6 — « too much power (in terms of resources) can be a curse, rather than a benefit, if it leads to overconfidence and inappropriate strategies for power conversion » (p.207)

7 —« values are an intrinsic part of American foreign policy » (p.218)

8 — « The twenty-firt century began with a very unequal distribution of power resources » (p.157)

9 — « describing power transition in the twenty-first century as an issue of American decline is inaccurate and misleading […] America is not in absolute decline, and it is likely to remain more powerful than any single state in the coming decades ». (p.203)

 Voir aussi:

Power

Softly does it

The awesome influence of Oxbridge, One Direction and the Premier League

The Economist

Jul 18th 2015

HOW many rankings of global power have put Britain at the top and China at the bottom? Not many, at least this century. But on July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last.

Diplomats in Beijing won’t lose too much sleep over the index, compiled by Portland, a London-based PR firm, together with Facebook, which provided data on governments’ online impact, and ComRes, which ran opinion polls on international attitudes to different countries. But the ranking gathered some useful data showing where Britain still has outsized global clout.

Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.

Britain fared least well on enterprise, mainly because it spends a feeble 1.7% of GDP on research and development (South Korea, which came top, spends 4%). And the quality of its governance was deemed ordinary, partly because of a gender gap that is wider than that of most developed countries, as measured by the UN. Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. The political star of social media, according to the index, is Narendra Modi, India’s prime minister, whose Facebook page generates twice as many comments, shares and thumbs-ups as that of Barack Obama.

The index will cheer up Britain’s government, which has lately been accused of withdrawing from the world. But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now.

Voir également:

The U.S. Jumps to the Top of the World’s ‘Soft Power’ Index

Fortune

June 14, 2016

In an interview on Fox News on Monday, Donald Trump suggested that President Barack Obama was either weak, dumb, or nefarious, saying, “Look, we’re led by a man that either is not tough, not smart, or he’s got something else in mind.”

But President Obama’s work over the last eight years to reposition the U.S. as more diplomatic and less belligerent seems to be paying some dividends, at least according to a survey released today by the London PR firm Portland in partnership with Facebook.

In the Soft Power 30 report, an annual ranking of countries on their ability to achieve objectives through attraction and persuasion instead of coercion, the U.S. leapfrogged the U.K. and Germany to claim the top spot, while Canada, under its popular and photogenic new Prime Minister Justin Trudeau, jumped France to claim fourth place.

Based on a theory of global political power developed by Joseph Nye, a Harvard political science professor, the survey uses both polling and digital data to rank countries on more than 75 metrics gathered under the three pillars of soft power: political values, culture, and foreign policy.

According to survey author Jonathan McClory, the U.S.’s jump to the top spot had a lot to do with the fact that President Obama’s last year as Commander-in-Chief was “a busy one for diplomatic initiatives.”

“The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the U.S. abroad,” the author wrote.

The report also praised U.S. contributions in the digital world, via Facebook FB 0.81% , Twitter TWTR 0.11% , and the like, and the fact that it has more universities in the global top 200 than any other country.

The report did admit that U.S.’s rise was a bit odd, though, at least under current circumstances.

“America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy—like ending the U.S.’s stated commitment to nuclear non-proliferation,” the author wrote.

The U.K.’s slip from the top spot seemed to have more to do with U.S. strength than its own weakness. “The U.K. continues to boast significant advantages in its soft power resources,” the report notes. Indeed, U.K. Prime Minister David Cameron cited last year’s No. 1 ranking in the report as proof of his country’s international influence, the Financial Times reports.

But, the survey adds, Brexit could have devastating effects: “No other country rivals the U.K.’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the U.K.’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union.”

The ranking includes several surprising countries, like Russia (27th place). “With its annual military parades and occasional encroachments into European air and naval space, soft power might not spring to mind when thinking about the Russian Federation,” McClory writes. But, the report notes, Russia’s investment in the global, multilingual TV channel RT, as well as its diplomatic work in Syria, seem to be paying dividends.

Argentina climbed onto the list in the 30th and final spot, spurred by optimism that new, reform-minded President Mauricio Macri would further integrate it into the global diplomatic community. It was the only Latin American country other than Brazil to make the list.

 

It’s All About the Elizabeths

TIME

From Australia to Trinidad and Tobago, Queen Elizabeth II’s portrait has graced the currencies of 33 different countries — more than that of any other individual. Canada was the first to use the British monarch’s image, in 1935, when it printed the 9-year-old Princess on its $20 notes. Over the years, 26 different portraits of Elizabeth have been used in the U.K. and its current and former colonies, dominions and territories — most of which were commissioned with the direct purpose of putting them on banknotes. However, some countries, such as Rhodesia (now Zimbabwe), Malta and Fiji, used already existing portraits. The Queen is frequently shown in formal crown-and-scepter attire, although Canada and Australia prefer to depict her in a plain dress and pearls. And while many countries update their currencies to reflect the Queen’s advancing age, others enjoy keeping her young. When Belize redesigned its currency in 1980, it selected a portrait that was already 20 years old.

Voir de même:

The Portraits of Queen Elizabeth II
… as they appear on World Banknotes
Elizabeth Alexandra Mary of the House of Windsor has been Queen of the United Kingdom since 1952, when she succeeded her father, King George VI, to the throne. Queen Elizabeth II, as the head of the Commonwealth of Nations, is also Head of State to many countries in the Commonwealth. Although She remains Head of State to many countries, over the years many member nations of the Commonwealth have adopted constitutions whereby The Queen is no longer Head of State.

Queen Elizabeth’s portrait undoubtedly appeared more often on the banknotes of Great Britain’s colonies, prior to the colonies gaining independence and the use of her portrait is not as common as it once was. However, there are a number of nations who retain her as Head of State and she is still portrayed on the banknotes of numerous countries. The Queen has been depicted on the banknotes of thirty-three issuing authorities, as well as on an essay prepared for Zambia. The countries and issuing authorities that have used portraits of The Queen are (in alphabetical order):Australia
Bahamas
Belize
Bermuda
British Caribbean Territories
British Honduras
Canada
Cayman Islands
Ceylon
Cyprus
East African Currency Board
East Caribbean States
Falkland Islands
Fiji
Gibraltar
Great Britain (Bank of England)
Guernsey
Hong Kong
Isle of Man
Jamaica
Jersey
Malaya and North Borneo
Malta
Mauritius
New Zealand
Rhodesia and Nyasaland
Rhodesia
Saint Helena
Scotland (Royal Bank of Scotland)
Seychelles
Solomon Islands
Southern Rhodesia
Trinidad and Tobago
Zambia (essay only)

Arguably, there is some duplication in this list, depending on how it is viewed. Should British Honduras and Belize be counted as one issuing authority? If not, then perhaps Belize should be broken into ‘Government of Belize’, ‘Monetary Authority of Belize’ and ‘Central Bank of Belize’. Similar arguments can be made for the amalgamation of British Caribbean Territories and the East Caribbean States, or for splitting Southern Rhodesia into ‘Southern Rhodesia Currency Board’ and ‘Central Africa Currency Board’. Such decisions can be made by collectors for their own reference, but this list of countries should satisfy most collectors.

In total, there have been twenty-six portraits used on the various banknotes bearing the likeness of Queen Elizabeth. This study identifies the twenty-six individual portraits that have been used and also identifies the numerous varieties of the engravings, which are based on the portraits. The varieties of portraits on the banknotes are due, in the main, to different engravers, but there are some varieties due to different photographs from a photographic session being selected by different printers or issuing authorities.

The list that follows this commentary identifies the twenty-six portraits, the photographer or artist responsible for the portrait (where possible), and the date the portrait was executed. Portraits used on the banknotes come from one of several sources. Most are official photographs that are distributed regularly by Buckingham Palace for use in the media and in public places. Some of the portraits have been especially commissioned, usually by the issuing authority, although, in the case of the two paintings adapted for use on the notes (Portraits 9 and 19), it was not the issuing authority that commissioned the paintings. In the case of the portraits used by the Bank of England, a number of the portraits have been drawn by artists without specific reference to any single portrait.

It is interesting to observe that many portraits of Her Majesty have been used some years after they were originally executed. There is often a delay in presenting a portrait on a banknote that is to be issued to the public, because of the time required to produce a note from the design stage. Therefore, it is unusual to see a portrait appear on a banknote in less than two years after the original portrait was executed.

However, some portraits are introduced onto banknotes many years after they were taken. Portrait 9, which is based on the famous painting by Pietro Annigoni, was completed in 1955 but did not appear on a banknote until 1961. The last countries to introduce this portrait to their notes were the Seychelles and Fiji, who placed the portrait on their 1968 issues. Similarly, Portrait 17 was taken at the time of Her Majesty’s Silver Jubilee in 1977 and made its first appearance on the notes of New Zealand in 1981, but it was only introduced to the notes of the Cayman Islands in 1991. Perhaps the longest delay in using a portrait belongs to Belize. Portrait 13 was taken in 1960 and first used on the New Zealand banknotes in 1967, which is in itself a reasonable delay. Belize introduced the image to its banknotes in 1980, some twenty years after the portrait was taken.

Apart from the portrait of Queen Elizabeth as a young girl on the Canadian 20-dollar notes of 1935, the earliest portrait used on the banknotes is Portrait 6, which appears on the Canadian notes issued in 1954. The portrait used for the Canadian notes was taken in 1951 when Elizabeth was yet to accede to the throne. Undoubtedly there was a touch of nationalism is the choice of the portrait, as the photographer, Yousuf Karsh, was a Canadian. Karsh was born in Turkish Armenia but found himself working in Quebec at the age of sixteen for his uncle, who was a portrait photographer. Karsh became one of the great portrait photographers of the twentieth century and took numerous photographs of The Queen, although this is his only portrait of Her Majesty to appear on a banknote.

Portrait 6 is particularly famous because the original engraving of The Queen, which appeared on the 1954 Canadian issues, showed a ‘devil’s head’ in her hair. After causing some embarrassment to the Bank of Canada, the image was re-engraved and the notes reprinted. Notes with the modified portrait appeared from 1955.

While there have been some very famous photographers to have taken The Queen’s portrait, Dorothy Wilding is the photographer to have taken most portraits for use on world banknotes. Wilding had been a court photographer for King George VI and many of the images of the King that can be found on banknotes, coins and postage stamps throughout the Commonwealth were copied from her photographs. On the accession of Queen Elizabeth, Wilding was granted the same duty by the new monarch. Shortly after Elizabeth became Queen many photographs of the new monarch were taken by Wilding. These photographs were required for images that could be used on coins, stamps, banknotes and for official portraits that could be hung in offices and public places.

In her autobiography, In Pursuit of Perfection, Wilding says of the images she created:
‘Of all the stamps of Queen Elizabeth II reproduced from my photographs, I think the two most outstanding are the one-cent North Borneo, and our own little everyday 2½d. It is interesting to see that the Group of Fiji Islanders have chosen to use for some of their stamps the head taken from the full length portrait of Annigoni … and for the others, one of my standard portraits which have been commonly used throughout the Colonial stamp issue of the present reign.’
From her description of the postage stamps, it is possible that Wilding was unaware her images were also being used on banknotes. The image on the North Borneo stamp, preferred by Wilding, is very similar to Portrait 3 but taken at a slightly different angle. The image on the English 2½d stamp is similarly akin to Portrait 4.

Anthony Buckley was another prolific photographer of The Queen, and his work is well represented in the engravings of Her Majesty on the banknotes. An English photographer, most of Buckley’s portraits were taken in the 1960s and 1970s. His work has also been adapted for use on numerous postage stamps throughout the world.

One of the interesting aspects to the portraits of Queen Elizabeth, which appear on world banknotes, is the style of portrait chosen by each issuing authority. How does each issuing authority wish to portray The Queen? Some of the portraits are formal, showing The Queen as a regal person, and some show her in relatively informal dress. While most issuing authorities have chosen to show The Queen in formal attire, the Bank of Canada has always shown The Queen without any formal regalia and always without a tiara. It has been suggested that this may be due to a desire to appease the French elements of Canada.

Australia originally opted to show Her Majesty in formal attire. Portrait 5 shows a profile of The Queen wearing the State Diadem and Portrait 12 shows Her Majesty in the Regalia of the Order of the Garter. When preparations were being made to commission a portrait for the introduction of decimal currency into Australia, the Chairman of the Currency Note Design Group advised that, for the illustration of The Queen (Portrait 12), the ‘General effect [is] to be regal, rather than « domestic » …’ However, the most recent portrait used on Australian banknotes (Portrait 21) shows The Queen in informal attire, perhaps even displaying a touch of ‘domesticity’. This is possibly a reflection of changing attitudes to the monarchy in Australia.

While Canada and Australia may opt to use informal images of The Queen, most issuing authorities continue to depict Her Majesty regally. In many portraits she is depicted wearing the Regalia of the Order of the Garter. In other portraits she is often dressed formally, wearing Her Royal Family Orders. In most portraits she is wearing some of her famous jewellery. In the following descriptions of the portraits, various tiaras, diadems, necklaces and jewellery worn by Her Majesty are described, although not all items have been identified.

Of interest, in the following descriptions, are the differences observed in the same portraits engraved by different security printers. In several instances the same portrait has been use by different security printers and the rendition of the portrait is noticeably variant for the notes prepared by the different companies. Portrait 4 gives a good example of the different renditions of the Dorothy Wilding portrait by Bradbury Wilkinson, Thomas De La Rue, Waterlow and Sons, and Harrisons.

Another example can be seen in Portrait 16, which is used on banknotes issued by Canada and the Solomon Islands. In the engraving used by the Solomon Islands, prepared by Thomas De La Rue, The Queen looks severe, but on the Canadian notes prepared by the British American Bank Note Company and by the Canadian Bank Note Company there is a suggestion of a smile. The Canadian notes achieve the difference by including a subtle shaded area on Her Majesty’s left cheek, just to the right of her mouth.

While there have been thirty-three issuing authorities to have prepared banknotes bearing The Queen’s portrait (excluding the Zambian essay), Fiji has used the most number of portraits, being six in total. Three issuing authorities have used five portraits: the Bank of England, Bermuda, and Canada.

The following list of portraits is ordered by the date on which the banknotes, on which the portraits appear, were first released into circulation, rather than the date on which the portraits were executed. Where the portrait was used by more than one issuing authority, the list of issuing authorities is ordered by the date on which the authority first used the portrait. Next to each issuing authority are the reference numbers from the Standard Catalog of World Paper Money (SCWPM, Volume 2, Ninth Edition and Volume 3, Eighth Edition) that indicate those notes of the issuing authority which bear the portrait.

Voir de plus:

Queen Elizabeth II has, of course, been pictured on British currency for much of her reign, but she has also appeared on the money of various British Commonwealth states and Crown dependencies. With such a long reign and so many nations issuing money with her image on it over the years, there are enough banknote portraits to construct a sort of aging timeline for the Queen. The age given below for each portrait is her age when the picture was made, which is not always the same as the year the banknote was issued (more information can be found at this interesting site maintained by international banknote expert Peter Symes). Here is Elizabeth through the years, on money.

1. Canada, 20 dollars, age 8

Navonanumis

She was just a princess then. Her picture appeared on Canadian banknotes long before anything issued by the Bank of England.

2. Canada, 1 dollar, age 25

Lithograving

From a portrait taken by a Canadian photographer the year before she ascended the throne.

3.  Jamaica, 1 pound, age 26

Numismondo

Newly queen.

4. Mauritius, 5 rupees, age 29

CollectionPpyowb

From a painting commissioned in the 1950s by the Worshipful Company of Fishmongers, for Fishmongers’ Hall in London.

5. Cayman Islands, 100 dollars, age 34

Downies

Here she’s wearing the Russian style Kokoshnik tiara.

6. Australia, 1 dollar, age 38

Leftover Currency

Not long after this portrait was taken, she would meet the Beatles.

7. St. Helena, 5 pounds, age 40

MeBankNotes

Perfecting the art of looking casual while wearing bling.

8. Isle of Man, 50 pounds, age 51

Leftover Currency

More bling for this portrait from her Silver Jubilee.

9. Jersey, 1 pound, age 52

Leftover Currency

Wisdom, experience, soulful eyes.

10. Australia 5 dollars, age 58

Currency Guide

The confidence to go casual.

11. New Zealand, 20 dollars, age 60

1kpmr.com

Not the most flattering one. The green tint doesn’t help.

12. Gibraltar, 50 pounds, age 66

Leftover Currency

Silver hair and shiny diamonds. From a photograph taken at Buckingham Palace.

13. Fiji, 5 dollars, age 73

BanknoteWorld

More silver hair, more shiny diamonds, and not so much smoothing of the wrinkles.

14. Jersey, 100 pounds, age 78

Downies

Face lined, eyes sparkly. She is looking right at you, and she looks good.

15. Canada, 20 dollars, age 85

GDC.net

Back to Canada, where it all began, and where they like their Queen a bit laid back.


Mondialisation: A bout de souffle (After the title of world’s tourist capital, employment-law inflexible Paris to lose NYT’s European headquarters to London)

5 juillet, 2015
https://i0.wp.com/www.thecityreview.com/breathless2.jpghttps://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/2/2d/Breathless-Screenshot-01.jpg
https://i0.wp.com/150597036.r.cdn77.net/wp-content/uploads/2010/04/breathless6.jpg
https://i1.wp.com/bettertax.gov.au/files/2015/04/Chapter_2-2.gif
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C’est quoi, les Champs ? Patricia Franchini (A bout de souffle, 1960)
Si vous n’aimez pas la mer… Si vous n’aimez pas la montagne… Si vous n’aimez pas la ville : allez vous faire foutre ! Michel Poiccard (A bout de souffle, 1960)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Au héros du plus grand désir succède le héros du moindre désir. (…) Le non-désir redevient privilège, comme chez le sage antique ou le saint du christianisme. mais le sujet désirant recule, effrayé devant l’idée du renoncement absolu. Il cherche des échappatoires. Il veut se composer un personnage chez qui l’absence de désir ne soit pas conquise, péniblement, sur l’anarchie des instincts et la passion métaphysique. Le héros somnambulique créé par les romanciers américains est la « solution » de ce problème. Le non-désir de ce héros ne rappelle en rien le triomphe de l’esprit sur les forces mauvaises, ni cette ascèse que prônent les grandes religions et les humanismes supérieurs. Il rappelle plutôt un engourdissement des sens, une perte totale ou partielle de la curiosité vitale. Dans le cas de Meursault, cet état « privilégié » se confond avec la pure essence individuelle. Dans le cas de Roquentin, c’est une grâce soudaine qui, sans qu’on sache pourquoi, descend sur le héros sous forme de nausée. (…) Le héros parvient alors à un état d’abrutissement lucide qui constitue la dernière des poses romantiques. Ce non-désir n’a rien à voir, bien entendu, avec l’abstinence et la sobriété. Mais le héros prétend accomplir dans l’indifférence, par simple caprice et presque sans s’en apercevoir, tout ce que les Autres accomplissent par désir.  René Girard (Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. (…) Cette existence vide, cette tristesse cachée, ce monde à l’envers, ce crime secrètement provocateur, tout cela est caractéristique des crimes dits de délinquance juvénile.  (…) De nombreux observateurs ont signalé dans la délinquance juvénile, la présence d’un élément de romantisme moderne et démocratisé. Au cours de ces dernières années, plusieurs romans et films qui traitent ouvertement de ce phénomène social, ont emprunté certaines particularités à L’Etranger, ouvrage qui en apparence n’a rien à voir avec le sujet. Le héros du film A bout de souffle, par exemple, tue un policier à demi volontairement et devient ainsi un « bon criminel » à la manière de Meursault. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
Pour la corruption et la dissipation, Athènes il est vrai n’a rien à envier à Paris, Madrid ou Rome. Mais ce qu’attend Papandréou de l’Europe, c’est qu’elle éponge les pertes d’une économie clientéliste qui, malgré les privatisations bien timide de la droite, reste pour 67% une économie d’Etat. Si indulgente soit la Commission pour les frasques de la « cohésion sociale », pourra-t-elle continuer à les tolérer, alors que la Grèce vient de se voir allouer, pour les cinq prochaines années, un pactole de 175 milliards de francs de subventions ?  Jean-François Revel (Grèce: fini la comédie, Le Point, 13 octobre 1993)
Uber a franchi un pas supplémentaire avec son application UberPop, lancée en France depuis un an, et qui permet à des particuliers sans formation sérieuse, sans contrôle ni protection sociale, d’utiliser à leur guise leur voiture personnelle pour exercer une activité de taxi d’autant plus attractive qu’elle est pratique et meilleur marché. Les professionnels pensaient avoir obtenu gain de cause contre cette concurrence sauvage et déloyale après l’adoption de la loi Thévenoud, qui interdit ce travail clandestin et prévoit des sanctions sévères pour les organisateurs du réseau et ses chauffeurs. C’était sans compter avec la stratégie de cow-boy mise en œuvre par Uber, dont le patron déclarait sans détour, en mai 2014 : « Nous sommes engagés dans une bataille politique face aux taxis. » En France, comme dans de nombreux pays, Uber utilise, en effet, toutes les ressources et les chicanes du droit pour contester son interdiction. (…) En attendant, le réseau se développe rapidement, provoquant la révolte de plus en plus incontrôlable des taxis professionnels. Mais ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. Et chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante, qu’il s’agisse de l’accueil, des modalités de paiement par carte bancaire ou des tarifs forfaitaires depuis les aéroports, refusés par les professionnels. Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. Faute de l’avoir fait, ils en sont réduits aujourd’hui à lutter pour leur survie. Avec, à leur tour, des méthodes de cow-boys inacceptables. Le Monde
Cette loi a marqué un coup d’arrêt au développement de ce nouveau secteur économique. Depuis le 1er janvier, seulement 215 nouvelles cartes de VTC ont été accordées en France alors que dans le même temps, 25 000 personnes ont contacté Uber pour devenir chauffeur VTC. Plusieurs milliers ont leur dossier complet, font la formation et attendent en vain leur carte. Nous allons faire des propositions aux chauffeurs et au gouvernement pour sortir de cette situation. Plus de 400 000 passagers utilisent UberPop parce qu’il apporte un service nouveau, fiable et sûr. Dans le secteur en pleine expansion de la mobilité urbaine, où de plus en plus de gens abandonnent leur voiture, il y a une complémentarité, plutôt qu’une concurrence, entre les différents modes de transport. [Quelles mesures proposez-vous au gouvernement ?] Des aménagements simples qui rapprocheraient, par exemple, le régime français de celui de Londres où il y a 80 000 VTC et 30 000 taxis [à Paris, il y a 17 700 taxis et on estime le nombre de VTC à 10 000]. Il suffirait de ne plus exiger une formation en nombre d’heures, mais des compétences validées par un examen. Actuellement, le processus pour devenir VTC prend six mois et nécessite 250 heures de formation alors qu’on a le droit d’être pilote d’avion léger en 20 heures ! Cette formation coûte jusqu’à 6 000 euros. Personne dans les populations dont on parle n’a une telle somme. La loi impose aussi une capacité financière de 1 500 euros, alors que l’on parle de jeunes de banlieues, de personnes éloignées de l’emploi… Troisième mesure, autoriser pour les VTC des voitures moins luxueuses, moins lourdes, moins polluantes. Cela fait près de deux ans que nous faisons ces propositions. Nous avons aussi des propositions pour que les taxis soient plus en adéquation avec leur époque. (…) Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! Nous pensons qu’il devrait y avoir le maximum de liberté pour les chauffeurs de taxi afin qu’ils puissent choisir la plateforme avec laquelle ils veulent travailler. La loi leur interdit d’être aussi VTC. Or, plus l’offre est ouverte et permet la concurrence entre plateformes, plus les chauffeurs y gagneront. Cela se passe comme ça dans tous les marchés où nous sommes, mais pas en France. Thibaud Simphal (Uber France)
To me, the Herald Tribune represents a time when Paris truly was the expatriate capital of America. Charles Trueheart
Que peut-on attendre d’une ville qui se bat pour faire fermer ses magasins le dimanche et vite baisser le rideau le soir dès 21h00 sur les Champs Elysées! Internaute français
Merci aux régulations qui font que Paris ressemble à une ville morte les week-ends et le soir. Internaute français
Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique. Le Figaro
Le Royaume-Uni surclasse à nouveau économiquement la France, ce qui n’avait cessé d’être le cas depuis le XVIIIe siècle et jusqu’en 1973. Seule la politique industrielle très ambitieuse de la présidence de Georges Pompidou avait alors mis fin à cette suprématie, la France passant pour la première fois de l’Histoire en tête. Sur les dix dernières années, le match a été très serré, lié au taux de change de l’euro et du sterling. Mais pour le millésime 2014, il n’y a pas photo comme diraient les commentateurs sportifs. Le Figaro
There is more labour flexibility in London compared with Paris. New York Times International spokeswoman
Paris was always central to the New York Times ecosystem but is being downgraded. London is taking precedence as an international hub. A decade ago the hubs would have been Paris and Hong Kong. INYT insider
Le New York Times est en train de réduire la présence à Paris de son quotidien International New York Times, anciennement connu sous le nom d’International Herald Tribune, tout en déployant davantage de ressources à Londres. Selon le Financial Times, le quotidien new-yorkais, dont le siège européen se situe toujours à Paris, est guidé dans cette voie, notamment, par la réglementation du travail, plus favorable dans la capitale britannique. Le Figaro
The New York Times is ramping up its presence in London at the expense of its long-term European headquarters in Paris, a shift it attributes to France’s inflexible employment laws. (…) Paris has been the home of the newspaper’s international operations since 1967 when it bought a stake in the International Herald Tribune, a title which reflected America’s enduring romance with the city. An early incarnation featured in Ernest Hemingway’s novel The Sun Also Rises and also appeared in the seminal Jean-Luc Godard movie A Bout de Souffle. The Financial Times

Attention: une fuite en avant peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre une Grèce enfin rattrapée par ses créanciers et un cinéma allemand en mal d’inspiration, continue plus que jamais à faire recette la transformation des bourreaux en victimes comme celle des victimes en bourreaux …

Et après la perte, par la ville-lumière, du titre de ville la plus visitée au monde l’an dernier …

Puis, par le pays dont est la capitale, de celui de cinquième puissance économique mondiale en janvier dernier …

Et sans compter, pour préserver le plus archaïque des systèmes, la mise hors la loi quelque peu expéditive des cowboys d’Uber …

Comment ne pas voir avec la récente annonce, par la mythique édition internationale du New York Times, de la délocalisation à Londres d’une partie de ses opérations …

Le signe de l’inéluctable accession de Londres et du Royaume-Uni au statut de véritables ville et puissance globales …

Et la confirmation – merci François Hollande et son vice-record mondial, après le Danemark et entre prestations sociales à 32% du PIB, dépenses publiques et chômage à plus de 10%,  du taux de prélèvements obligatoires

Du non moins inéluctable déclassement d’une capitale française et d’une France désormais à bout de souffle …

D’avoir si longtemps voulu donner le change, à l’instar de la petite frappe du fameux film de Godard, face à leurs modèles et rivaux d’outre-Manche et d’outre-Atlantique ?

New York Times bets on London over Paris
Matthew Garrahan in New York
The Financial Times
June 7, 2015

The New York Times is ramping up its presence in London at the expense of its long-term European headquarters in Paris, a shift it attributes to France’s inflexible employment laws.

The company has merged its London bureau with the London office of the International New York Times, adding digital editors and a branded content studio, while departing editorial staff at its Paris operation are not being replaced, according to people familiar with the matter.

Paris has been the home of the newspaper’s international operations since 1967 when it bought a stake in the International Herald Tribune, a title which reflected America’s enduring romance with the city. An early incarnation featured in Ernest Hemingway’s novel The Sun Also Rises and also appeared in the seminal Jean-Luc Godard movie A Bout de Souffle .

The New York Times owned the International Herald Tribune jointly with the Washington Post but took full ownership in 2003, renaming it the International New York Times in 2013.

The shift in resources from Paris to London has fuelled talk that the newspaper may move the International New York Times to London. A spokeswoman said there were “no current plans” to move.

However, she acknowledged that French employment laws had played a part in the decision to expand its London presence. “There is more labour flexibility in London compared with Paris,” she said.

The company now employs about 60 people in London, with plans to add four new positions for its T Brand Studio, the “custom content” operation run by its advertising department. About 120 people work in the Paris office but that number is dwindling, according to people familiar with the matter.

“Paris was always central to the New York Times ecosystem but is being downgraded,” said one of those people. “London is taking precedence as an international hub.”

The shift to a digital publishing schedule has led to investment in offices in London and Hong Kong so that global news can be published in a timely fashion over a 24 hour cycle.

“A decade ago the hubs would have been Paris and Hong Kong,” the person said.

The newspaper’s investment in London comes as another US publisher is making a big digital push in Europe. Politico, the online news service that took on the Washington Post in its home market, has expanded in Europe after striking a deal with Axel Springer, the German media group. It has opened an office in Brussels and is adding reporters in other capital cities across the continent.

Voir aussi:

Tourisme : Londres détrône Paris
Florentin Collomp

Le Figaro
16/01/2014

En 2013, Londres a franchi la barre des 16 millions de touristes étrangers, devenant ainsi la ville la plus visitée au monde.

En 2013, encore plus de visiteurs se sont bousculés dans les allées du British Museum, première attraction de Londres, de la Tate Modern ou de la National Gallery. Ils se sont envolés dans les cabines de la grande roue London Eye ou dans les sombres couloirs de la Tour de Londres. Une ­affluence record permet aux dirigeants de la ville d’espérer pouvoir annoncer, ce jeudi, qu’en franchissant la barre des 16 millions de touristes étrangers, la capitale britannique aurait détrôné Bangkok et Paris en tête des villes les plus visitées sur la planète. Si les critères peuvent diverger, Paris avait accueilli 15,9 millions d’étrangers en 2012. New York se classe en quatrième ­position.

La mairie de Londres lie directement ce regain d’intérêt à un «effet Jeux olympiques». Un ­cercle vertueux, qui parvient à éviter la tendance des villes ­olympiques à constater une dé­saffection l’année suivante. Au contraire, Londres affichait une hausse de fréquentation de 8 % au premier semestre. Dans l’en­semble du pays, les arrivées d’étrangers ont bondi de 11 % sur les neuf premiers mois de l’année, à près de 25 millions de ­personnes.

Plus de revenus dans le West End que dans la City
«L’image de Londres a changé grâce aux JO, estime Kit Malt­house, maire adjoint de la ville. Les gens ont vu une ville belle, ouverte, vibrante, au-delà des clichés habituels sur la reine et le gin Beefeater.» Les touristes londoniens proviennent en grande majorité d’Europe, devant l’Amérique du Nord et le reste du monde. Ceux venant de Chine, d’Inde ou du Moyen-Orient représentent une large part de la croissance cons­tatée. Mais la politique de visas restrictive du gouvernement ­Cameron freine le développement de cette clientèle, au détriment de Paris. C’est pourquoi, sur pression des milieux d’affaires et du lobby touristique, le ministère de l’Intérieur a accepté d’assouplir sa pratique pour les Chinois.

Ces visiteurs dépensent beaucoup: 5 milliards de livres (6 milliards d’euros) sur les six premiers mois de 2013, en hausse de 12 %. Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique.

Chez London & Partners, l’agence de promotion de la capitale, on se félicite d’un «feel good factor» post-olympique et post-jubilé royal, prolongé par l’engouement autour de la naissance du prince George, la victoire d’Andy Murray à Wimbledon et des expositions événements ­comme «Pompéi» au British ­Museum ou «David Bowie» au Victoria & Albert. Facteur exceptionnel contribuant à l’attrait de la capitale britannique: les touristes ont en plus pu profiter d’un été magnifique.

 Voir également:

La France a perdu sa place de cinquième puissance économique mondiale
Le Figaro
Jean-Pierre Robin, Service infographie du Figaro
06/01/2015

INFO LE FIGARO – Notre pays a été dépassé en 2014 par le Royaume-Uni, dont le PIB est supérieur au nôtre.

Voilà une bien triste nouvelle pour François Hollande et l’orgueil national: «La France, c’est un grand pays ; elle est la cinquième puissance économique du monde», avait affirmé le président de la République le soir de la Saint-Sylvestre lors de ses vœux aux Français. Le propos se voulait roboratif, «un message de confiance et de volonté», avait-il lui-même annoncé. Hélas, trois fois hélas, au moment même où le chef de l’État rappelait ce fameux classement – une habitude bien ancrée de sa part -, il n’était déjà plus valable.

Certes, la France était effectivement «la cinquième puissance économique du monde» encore en 2013. Son PIB (produit intérieur brut), la richesse créée annuellement, la seule mesure de la puissance économique, arrivait au 5e rang, derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et devant le Royaume-Uni. Or celui-ci nous devance désormais: en 2014, le PIB britannique aura dépassé de 98 milliards d’euros celui de la France (2232 milliards d’euros pour le premier et 2134 milliards pour le second). Ces chiffres figurent dans un document de la Commission européenne consultable sur son site.

À cette période de l’année, il s’agit bien sûr encore d’une estimation. Mais contrairement aux prévisions qui peuvent se révéler fausses, cette évaluation comptable, qui marque une différence de près de 4,5 % entre les deux pays, ne sera en aucun cas remise en cause lors de la publication définitive des bilans 2014 dans quelques semaines.

Trois explications: la croissance, l’inflation et la force du sterling
Il s’agit en réalité d’un secret de polichinelle, et tous les économistes qui suivent ces questions le savaient: «Sur les quatre derniers trimestres dont on connaît les résultats – du quatrième trimestre 2013 au troisième de 2014 -, les calculs font apparaître que le PIB français a été de 2134 milliards d’euros en France et de 2160 milliards d’euros outre-Manche», observe Jean-Luc Proutat, économiste à BNP Paribas.

François Hollande aurait dû s’en douter, ou faire confirmer son information par ses conseillers, avant d’entonner l’antienne «France cinquième puissance», une contre-vérité désormais. Car le revers de fortune français intervenu l’an dernier n’a rien de mystérieux. Il est le produit de trois éléments: une croissance économique beaucoup plus rapide pour l’économie britannique, un rythme d’inflation également plus soutenu outre-Manche et, last but not least, la réappréciation substantielle de la livre sterling.

Rappelons qu’en 2013 le PIB anglais était inférieur de 97 milliards d’euros au nôtre (respectivement 2017 et 2114 milliards d’euros). Or il a bénéficié d’une croissance en volume de 3 % en 2014, ce qui lui a permis de progresser d’une soixantaine de milliards d’euros. De même l’inflation britannique a été de l’ordre de 1,5 %, d’où à nouveau une augmentation de 30 à 40 milliards d’euros. À quoi s’est ajoutée la revalorisation de la livre sterling, de 5,4 % vis-à-vis de l’euro, ce qui a permis de gonfler le PIB des Anglais d’environ 126 milliards d’euros. De son côté, la France n’a bénéficié que d’une croissance de 0,4 % et d’une inflation du même ordre ; du coup, son PIB nominal ne s’est accru que de 20 milliards d’euros à peine, selon la Commission européenne.

Le Royaume-Uni historiquement devant la France
Ces chiffres sont connus de tous. On s’étonne que Laurence Boone, la conseillère économique de l’Élysée, observatrice avisée de l’économie britannique, n’ait pas attiré l’attention de son patron. De leur côté, nos amis anglais se sont abstenus pour le moment de faire sonner tambours et trompettes après leur victoire sur les «froggies» (les Français mangeurs de grenouilles). Il y a quelques semaines, David Cameron, le premier ministre, se battait bec et ongles avec Bruxelles pour ne pas payer le surcroît de la contribution britannique au budget européen, laquelle résulte mécaniquement des bonnes performances de son pays.

Le Royaume-Uni surclasse à nouveau économiquement la France, ce qui n’avait cessé d’être le cas depuis le XVIIIe siècle et jusqu’en 1973. Seule la politique industrielle très ambitieuse de la présidence de Georges Pompidou avait alors mis fin à cette suprématie, la France passant pour la première fois de l’Histoire en tête. Sur les dix dernières années, le match a été très serré, lié au taux de change de l’euro et du sterling. Mais pour le millésime 2014, il n’y a pas photo comme diraient les commentateurs sportifs. Honneur au vainqueur.

Voir encore:

« Face à Londres, Paris manque d’un brin de folie »
Jean-Baptiste Daubié
Le Figaro

16/01/2014
VOTRE AVIS – Alors que Londres vient de détrôner Paris comme ville la plus visitée du monde, les internautes du Figaro.fr s’interrogent sur les raisons du désamour des touristes pour la capitale française.

Aphrodisiaque, Bertrand Delanoë? Moins que son homologue londonien Boris Johnson si l’on en croit l’afflux de touristes qui se pressent dans la capitale britannique. Londres vient en effet de ravir à Paris la place de première ville touristique du monde. Mais comment nos voisins d’outre-Manche ont-ils réussi ce hold-up? Les internautes du Figaro sont sans appel sur les raisons de cette destitution. Mais ils ne désespèrent pas: Paris peut reprendre sa place.

Londres et Paris, «c’est la nuit et le jour», explique Serge, qui a fait récemment un voyage à dans la capitale britannique. «Il existe des amendes allant jusqu’à 1000 livres si on laisse déféquer les animaux dans la rue», raconte-t-il: la saleté est en effet l’un des points de comparaison les plus relevées entre nos capitales. «De gros efforts doivent être faits sur la propreté» résume positif23 . «Les transports en commun parisiens sont en retard de 40 ans sur les autres métropoles comparables», ajoute-t-il, tandis que le voyant fait remarquer que «le métro londonien, lui, est propre et a été entièrement rénové».

«Lorsque l’on va à Londres, on a envie d’y retourner»
Il faut croire que les Français ont le dénigrement facile, car la litanie des tares de notre capitale ne s’arrête pas là: «À Paris, on y va pour se faire agresser!», fustige ainsi Hélène. Johnny se plaint lui du nombre «de délinquants sur les Champs-Elysées». En réponse, Serge fait valoir qu’à Londres, «vous n’êtes pas obligé de surveiller vos sacs et poches en permanence!»

Ensuite, il manque aussi à Paris «de la bonne humeur et un brin de folie» explique Hughes. «Nos chauffeurs de taxi et garçons de café repoussent toutes les clientèles», regrette ainsi positif23 . «L’accueil à Londres est bien plus sympathique», témoigne Annick. «Les Londoniens sont bien moins sectaires que les Français et ont le sourire» ajoute ViveleRoy . «Lorsque l’on va à Londres, on a envie d’y retourner» résume Hélène.

«Il ne faudrait pas faire de Paris un grand musée fantomatique»
Toutefois, chacun conviendra que ces critiques ne sont pas nouvelles: comment expliquer alors que Londres ne dépasse Paris qu’aujourd’hui? La réponse est à trouver dans les évènements récents où la capitale britannique a été le centre d’attention du monde entier, comme les Jeux Olympiques de 2012, le mariage princier ou le Jubilé de diamant de la reine Élisabeth II. «Nous étions à Londres avant les Jeux Olympiques et sommes revenus totalement charmés» , témoigne ainsi Alice . «Paris est tournée vers son passé alors que Londres est une ville dynamique» constate bastilleparis . «Il ne faudrait pas faire de Paris un grand musée fantomatique» s’inquiète donc génius .

«Que peut-on attendre d’une ville qui se bat pour faire fermer ses magasins le dimanche et vite baisser le rideau le soir dès 21h00 sur les Champs Elysées!», proteste bastilleparis . «Merci aux régulations qui font que Paris ressemble à une ville morte les week-ends et le soir», s’agace S S 4 .

Faut-il désespérer d’attirer à nouveau les touristes? Non, répondent plusieurs internautes: «En terme de patrimoine architectural, Paris reste largement supérieure à Londres» rappelle wushin , «J’ai l’habitude de voyager, et j’aime Paris», ajoute Annick. «Il faut seulement savoir se remettre en question» conseille Daisy . «Déçue par les mauvaises surprises de Paris, une jeune amie de Hong Kong est allée visiter Strasbourg et a été séduite par ses petites rues charmantes et proprettes» témoigne Alice . Alors, chiche?

Voir de plus:

La France championne du monde des prestations sociales
Le Figaro Service infographie du Figaro
25/11/2014

INFOGRAPHIE – Elles représentent près de 32% du PIB de l’Hexagone, contre 22% en moyenne pour l’OCDE.

Les dépenses sociales sont en baisse en Grèce ou au Canada, mais restent toutefois élevées dans la plupart des pays de l’OCDE avec en moyenne 22% du PIB, la France étant la plus généreuse (près de 32%), selon de nouvelles données rendues publiques lundi soir. Ces dernières années, les dépenses allouées aux allocations chômage, maladie ou autres aides sociales ont connu des baisses importantes au Canada, en Allemagne, Islande, Irlande ou encore au Royaume-Uni, indique l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

La Grèce enregistre la baisse la plus rapide (-2 points), après avoir taillé drastiquement dans les salaires des fonctionnaires, de médecins, des pensions retraite, détaille Maxime Ladaique, statisticien à la division des politiques sociales de l’OCDE. Toutefois, dans la majorité des pays, les niveaux restent historiquement élevés. Quatre pays consacrent plus de 30% de leur PIB aux dépenses sociales: la France, la Finlande, la Belgique et le Danemark. En Italie, en Autriche, en Suède, en Espagne et en Allemagne, elles représentent plus d’un quart du PIB.

A l’opposé, Turquie, Corée, Chili et Mexique dépensent moins de 15% de leur PIB pour les prestations sociales. Les trois derniers pays sont actuellement un niveau similaire à ceux des pays européens dans les années 1960. Comparé au niveau de 2007 d’avant-crise, le ratio dépenses sociales/ PIB a augmenté de 4 points en Belgique, Danemark en Irlande et au Japon. Il est en baisse au Luxembourg, en Espagne et en Finlande.

La santé, un poste de plus en plus important
Dans le détail, les pays consacrent en moyenne davantage de dépenses aux prestations en espèces (12,3% du PIB) qu’aux services sociaux et de santé (8,6% du PIB). Mais dans les pays scandinaves, au Canada, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, un meilleur équilibre entre les prestations en espèces et les prestations en nature est fait, remarque l’OCDE.
Ainsi les dépenses liées aux personnes âgées, aux maisons de retraite, aux personnes handicapées ou encore aux crèches sont importantes en Suède (7,5% du PIB) et au Danemark (7%), contre 3% en France ou 1% en Italie et en Pologne. Les pays scandinaves «sont très développés» et comptabilisent de nombreuses institutions pour accueillir les personnes âgées ou les enfants en bas âge, explique l’expert.

Les prestations en espèces ciblées sur la population dans la vie active représentent 4,4 % du PIB en moyenne dans les pays de l’OCDE: près de la moitié (1,8%) au titre des prestations invalidité/accidents du travail, 1,3 % pour les prestations familiales, 1 % du PIB pour les indemnités de chômage, et le reste pour des transferts sociaux.

La santé (coût des hôpitaux, médecins, médicaments) est un poste de plus en plus important pour les dépenses publiques, passé de 4% du PIB en 1980 à 6% en 2012. Cette augmentation s’explique entre autres par le coût de la technologie et une proportion de personnes âgées plus importante.

Les retraites pèsent aussi plus lourd pour les comptes publics. Depuis 1980, les dépenses pour les pensions par rapport au PIB ont augmenté de 2 points en moyenne dans les pays de l’OCDE. En France, elles représentent près d’un tiers des dépenses sociales.

Autre élément mis en lumière par l’OCDE: l’utilisation de prestations sous conditions de ressources est beaucoup plus répandue dans les pays anglophones et non européens que dans les pays d’Europe continentale. En Australie, plus de 40% des aides sociales vont par exemple aux 20% de la population la moins riche. Ce pourcentage tombe à environ 17% en France où les bénéficiaires d’aides sont beaucoup moins ciblés.

(AFP)

Guerre des taxis : cow-boys contre monopole
Le Monde

25.06.2015

Edito du « Monde ». En dépit de l’appel au calme lancé à l’Assemblée nationale, mardi 23 juin, par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, la guerre des taxis est déclarée. Larvée depuis des mois, elle menace de dégénérer. Après les manifestations musclées, menaces et agressions de ces derniers jours dans plusieurs villes de France, le blocage de Paris et de ses aéroports, jeudi 25 juin, émaillé de violents incident, en témoigne.

Les belligérants sont connus. D’un côté, les taxis professionnels, formés et titulaires d’un certificat de capacité, adossés à un monopole vieux de plusieurs décennies, protégés par le numerus clausus qui en limite le nombre de façon drastique, indépendants ou salariés de grosses sociétés comme G7 ou les Taxis bleus à Paris. Depuis des lustres, ils ont su défendre bec et ongles leurs intérêts et leur profession.

De l’autre, l’entreprise californienne Uber, créée en 2009, et qui a connu un développement fulgurant au point d’être actuellement valorisée 40 milliards de dollars. Grâce à une application pour smartphones, disponible dans le monde entier, elle entend casser le monopole des taxis en mettant directement en relation des clients et des voitures avec chauffeur (VTC). Tant que la concurrence se jouait entre les taxis professionnels et les VTC, y compris ceux d’Uber, autorisés et réglementés par la loi Thévenoud votée en octobre 2014, la situation était à peu près sous contrôle.

Mais Uber a franchi un pas supplémentaire avec son application UberPop, lancée en France depuis un an, et qui permet à des particuliers sans formation sérieuse, sans contrôle ni protection sociale, d’utiliser à leur guise leur voiture personnelle pour exercer une activité de taxi d’autant plus attractive qu’elle est pratique et meilleur marché. Les professionnels pensaient avoir obtenu gain de cause contre cette concurrence sauvage et déloyale après l’adoption de la loi Thévenoud, qui interdit ce travail clandestin et prévoit des sanctions sévères pour les organisateurs du réseau et ses chauffeurs.

Archaïsmes
C’était sans compter avec la stratégie de cow-boy mise en œuvre par Uber, dont le patron déclarait sans détour, en mai 2014 : « Nous sommes engagés dans une bataille politique face aux taxis. » En France, comme dans de nombreux pays, Uber utilise, en effet, toutes les ressources et les chicanes du droit pour contester son interdiction. Elle a ainsi suscité quatre questions prioritaires de constitutionnalité, visant à faire annuler par le Conseil constitutionnel telle ou telle disposition de la loi Thévenoud. La dernière en date, qui porte précisément sur l’activité d’UberPop, ne sera pas examinée avant l’automne.

En attendant, le réseau se développe rapidement, provoquant la révolte de plus en plus incontrôlable des taxis professionnels. Mais ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. Et chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante, qu’il s’agisse de l’accueil, des modalités de paiement par carte bancaire ou des tarifs forfaitaires depuis les aéroports, refusés par les professionnels.

Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. Faute de l’avoir fait, ils en sont réduits aujourd’hui à lutter pour leur survie. Avec, à leur tour, des méthodes de cow-boys inacceptables.

Voir de même:

Uber annonce la suspension d’UberPop en France dès ce soir

Le Monde Economie

03.07.2015

Propos recueillis par Jean-Baptiste Jacquin

A l’issue d’une folle semaine commencée jeudi 25 juin par une grève des taxis émaillée de violence et marquée par le renvoi en correctionnelle des deux patrons d’Uber pour l’Europe et la France, le géant américain jette l’éponge en France. Dans un entretien au Monde, Thibaud Simphal, directeur général d’Uber France, annonce la « suspension » d’UberPop, ce service qui permet à des particuliers de s’improviser chauffeurs de taxi avec leur voiture de tous les jours. Une volte-face. Ignorant les multiples proclamations d’illégalité, la société californienne continuait de déployer son service en attendant que la justice tranche de façon définitive. Uber, dont la principale activité reste les voitures de transport avec chauffeur (VTC), veut faire sauter les verrous qui entravent ce marché naissant.

Manuel Valls s’est réjoui vendredi de la décision d’Uber, en déclarant que « c’est une profession qui a besoin de règles ».

Pourquoi continuer à proposer le service UberPop en France alors que toutes les autorités du pays vous demandent d’arrêter cette activité ?

« Sur le fond, nous nous en remettons à la décision du Conseil constitutionnel attendue en septembre sur l’article de la loi Thévenoud »

Nous avons décidé de suspendre UberPop en France, dès 20 heures ce vendredi soir [3 juillet]. En premier lieu pour préserver la sécurité des chauffeurs Uber, ce qui a toujours été notre priorité. Ils ont été victimes d’actes de violence ces derniers jours. La seconde raison est que nous souhaitons nous situer dans un esprit d’apaisement, de dialogue avec les pouvoirs publics et montrer que l’on prend nos responsabilités. Sur le fond, nous nous en remettons à la décision du Conseil constitutionnel attendue en septembre sur l’article de la loi Thévenoud [qui organise la concurrence des taxis] concernant UberPop.

C’est la première fois qu’Uber renonce dans le monde à un service sans y avoir été contraint par la justice. Est-ce le signe d’une inflexion de votre stratégie ?

Non, nous avons déjà retiré le service UberX à Portland [Etats-Unis]. Le facteur principal ici n’est pas la contrainte mais la violence.

L’action de la police ces derniers jours n’avait-elle pas déjà réduit à néant l’activité d’UberPop ?

Pas du tout. Près de 10 000 conducteurs occasionnels en France sont inscrits sur la plateforme UberPop, dont 4 000 ont été actifs la semaine dernière. Tout ce bruit a plutôt fait de la publicité pour la plateforme.

Que vont devenir les chauffeurs UberPop ?

87 % des chauffeurs UberPop ont une autre activité à côté. Leur recette moyenne annuelle est de 8 200 euros, ce qui correspond environ aux coûts annuels de leur véhicule. Je tiens à les remercier ici pour leur calme et leur attitude exemplaire malgré les difficultés et la violence. UberPop leur offrait une opportunité réelle d’arrondir leurs fins de mois, alors que le pays en manque cruellement. Nous allons les aider.

Etait-ce responsable de les inciter il y a encore huit jours à rejoindre UberPop en leur affirmant que c’était juridiquement sûr ?

On a toujours été responsable, contrairement à certains acteurs qui n’ont pas clairement condamné les violences. Notre priorité est maintenant de trouver un moyen de remettre ces milliers de conducteurs sur la route. C’est vital pour eux et leur famille. On va les aider dans la course d’obstacles pour devenir VTC [véhicule de transport avec chauffeur]. Parce que les faits démontrent que la réglementation ne fonctionne absolument pas.

La loi Thévenoud ne permet-elle pas le développement du marché des VTC, en le démarquant à la fois des taxis et de services illégaux tels UberPop ?

C’est le contraire. Cette loi a marqué un coup d’arrêt au développement de ce nouveau secteur économique. Depuis le 1er janvier, seulement 215 nouvelles cartes de VTC ont été accordées en France alors que dans le même temps, 25 000 personnes ont contacté Uber pour devenir chauffeur VTC. Plusieurs milliers ont leur dossier complet, font la formation et attendent en vain leur carte. Nous allons faire des propositions aux chauffeurs et au gouvernement pour sortir de cette situation. Plus de 400 000 passagers utilisent UberPop parce qu’il apporte un service nouveau, fiable et sûr. Dans le secteur en pleine expansion de la mobilité urbaine, où de plus en plus de gens abandonnent leur voiture, il y a une complémentarité, plutôt qu’une concurrence, entre les différents modes de transport.

Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité

Quelles mesures proposez-vous au gouvernement ?

Des aménagements simples qui rapprocheraient, par exemple, le régime français de celui de Londres où il y a 80 000 VTC et 30 000 taxis [à Paris, il y a 17 700 taxis et on estime le nombre de VTC à 10 000]. Il suffirait de ne plus exiger une formation en nombre d’heures, mais des compétences validées par un examen. Actuellement, le processus pour devenir VTC prend six mois et nécessite 250 heures de formation alors qu’on a le droit d’être pilote d’avion léger en 20 heures ! Cette formation coûte jusqu’à 6 000 euros. Personne dans les populations dont on parle n’a une telle somme. La loi impose aussi une capacité financière de 1 500 euros, alors que l’on parle de jeunes de banlieues, de personnes éloignées de l’emploi… Troisième mesure, autoriser pour les VTC des voitures moins luxueuses, moins lourdes, moins polluantes. Cela fait près de deux ans que nous faisons ces propositions. Nous avons aussi des propositions pour que les taxis soient plus en adéquation avec leur époque.

Après vous être comporté en cow-boy, comment pensez-vous être crédible pour proposer des mesures aux taxis ?

Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! Nous pensons qu’il devrait y avoir le maximum de liberté pour les chauffeurs de taxi afin qu’ils puissent choisir la plateforme avec laquelle ils veulent travailler. La loi leur interdit d’être aussi VTC. Or, plus l’offre est ouverte et permet la concurrence entre plateformes, plus les chauffeurs y gagneront. Cela se passe comme ça dans tous les marchés où nous sommes, mais pas en France.

Vous risquez une peine de prison. Avez-vous songé à quitter Uber ?

Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité. Il y a encore de très belles choses à faire. Cette entreprise fait débat partout, cela vient du succès et de la puissance d’une idée.

Voir par ailleurs:

Une économie grecque à bout de souffle
Dette publique, chômage, recul de l’activité… Tous les clignotants sont au rouge.
La Croix
5/7/15

Pour la Grèce, le drame qui se joue en ce moment, est un peu celui d’une décennie perdue, avec un PIB, autrement dit une richesse nationale, qui a perdu plus du quart de sa valeur, pour revenir quasiment à son niveau de 1999, juste avant l’entrée du pays dans la zone euro. L’an dernier, le PIB par habitant atteignait environ 22 000 €.

Le taux de chômage a, quant à lui, explosé depuis le déclenchement de la crise, pour être aujourd’hui le plus élevé de la zone euro. Il touche 25,6 % de la population active (presque 60 % chez les moins de 25 ans), contre 7 %, à son plus bas niveau en 2007. Il atteignait 10,5 % lors de l’entrée de la Grèce dans la zone euro, en 2001.

Une situation qui continue de se dégrader
Déficit public, recul de l’activité… Aujourd’hui, tous les clignotants de l’économie grecque sont dans le rouge. L’activité a reculé de 0,2% au premier trimestre 2015, deuxième trimestre consécutive de recul. Après six ans de récession, le pays avait pourtant renoué avec une timide croissance de 0,7% en 2014, dopée surtout par une bonne saison touristique.

Les comptes publics se dégradent aussi très rapidement. Dans sa dernière prévision, établie en mai, la Commission européenne prévoyait un déficit de 2,1 % cette année, puis de 2,2 % en 2016. En début d’année, elle tablait pourtant sur un excédent de 1,1 %, puis de 1,6 %.

La dette grecque, déjà la plus élevée de la zone euro, devrait elle aussi exploser pour atteindre 180,2 % cette année, avant de légèrement refluer à 173,5 % en 2016. En février, la Commission européenne prévoyait une dette à 170,2 % en 2015, et 159,2 % l’an prochain.

Un niveau de dette insoutenable
Avec la crise financière et le laxisme des gouvernements successifs, la dette publique grecque est passée de 107% du PIB en 2007 à 177% en 2014, soit 317 milliards d’euros, selon Eurostat. Un niveau qualifié aujourd’hui d’« insoutenable » par le FMI.

Un premier plan d’aide de 110 milliards d’euros avait pourtant été accordé à la Grèce en 2010 par l’Union européenne, la BCE et le FMI. Mais la situation ne s’est pas redressée au contraire.

Un second plan de sauvetage a été mis en place en 2012, combinant 130 milliards de prêts supplémentaires et un effacement de 107 milliards de la dette détenue par les créanciers privés.

L’absence de réformes structurelles
L’économie grecque reste minée par la corruption, le clientélisme et le travail au noir. Dans un pays sans cadastre, le fait de ne pas payer d’impôt est depuis longtemps un sport national. En 2012, le directeur de la brigade grecque des contrôles fiscaux Nikos Lekkas avait ainsi évalué le manque à gagner à 40 à 45 milliards d’euros par an, soit 12 à 15% du PIB.

La Grèce souffre aussi d’une bureaucratie étouffante et d’une lourdeur administrative, peu propice aux investissements, malgré les subventions massives accordées par l’Union européenne pour le développement du pays.

Les finances publiques grecques sont structurellement déficitaires et le poids des retraites reste un fardeau, représentant 16% du PIB, selon le FMI, soit le niveau le plus élevé d’Europe. Les réformes entamées en 2010 en ce domaine n’ont pas suffi et de nouvelles économies seront nécessaires.

Une économie fermée
L’économie reste peu productive, relativement fermée sur elle-même. Les exportations grecques de biens et de services ne représentent ainsi que 30% de son PIB, et ses importations 34%.

L’an dernier, la balance commerciale de la Grèce affichait un déficit de 20,5 milliards d’euros. « Partout en Europe, on trouve de l’huile d’olive italienne ou espagnole, mais pas d’huile d’olive grecque », souligne, à titre d’exemple, Olivier Passet, économiste chez Xerfi.

Jean-Claude Bourbon

Voir aussi:

Edito: Grèce, fuite en avant
Vincent Slits

La Libre Belgique

28 juin 2015

En Grèce, les retraits sont limités à 60 euros par jour jusqu’au 6 juillet
Sous le choc de la crise grecque, les bourses européennes chutent
Après l’annonce du contrôle des capitaux, les Grecs à la fois inquiets et résignés
Les banques grecques et la Bourse d’Athènes fermées ce lundi
EditoMais comment en sommes-nous arrivés là ? Il y a un peu moins d’une semaine, un accord semblait à portée de main pour éviter un défaut de paiement de la Grèce et le risque d’un « Grexit » qui plongerait alors l’ensemble de la zone euro en terres inconnues. On le sait, un « deal » – extension du programme d’assistance financière à la Grèce contre réformes (retraites, TVA, fiscalité…) et économies budgétaires – est durement négocié, depuis cinq mois, entre Athènes et ses créanciers. Et alors qu’un nouvel Eurogroupe était convoqué samedi dans l’espoir de conclure, Alexis Tsipras a pris tout le monde de court en annonçant la tenue le 5 juillet d’un référendum sur l’acception ou non des propositions des créanciers.

Le Premier ministre grec sortait ainsi de sa manche son ultime carte, celle qui était censée faire plier les créanciers et ouvrir la voie à une restructuration de la dette grecque. L’objectif est totalement manqué. Ce chantage à la voix du peuple n’aura fait que cabrer les partenaires européens, torpillant les derniers espoirs d’éviter le pire.

Sans même parler de la légalité de ce référendum ou de la pertinence de son objet, Tsipras s’est décrédibilisé sur la scène européenne dans cette « opération kamikaze » dont ses concitoyens risquent d’être les premières victimes. La panique bancaire, l’effondrement du système financier grec et la banqueroute économique du pays ne sont plus très loin.

Si le pari de Tsipras est irresponsable, les dirigeants européens devraient s’interroger sur les racines de cette fuite en avant grecque. L’humiliation du peuple grec, écrasé par des mesures d’austérité aveugles qui ont anéanti un quart de son économie et l’absence de perspectives de sortie de crise, pousse aux solutions les plus radicales car les plus désespérées. Il est moins une pour éviter le chaos. Chacun doit y mettre du sien. Et avoir enfin le courage politique d’aborder la problématique de la dette sans tabous.

Voir également:

Suivez « Victoria » jusqu’au bout de la nuit
Thriller. « Victoria » vous embarque dans une course incessante de plus de deux heures, filmée d’une traite par Sebastian Schipper.
Paris-Normandie
le 30/06/2015

Grand Prix du jury au dernier Festival international du film policier de Beaune, Victoria a également reçu les prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure photographie, meilleure musique au Deutscher Filmpreis, l’équivalent de nos César… Et pour combler son réalisateur, Sebastian Schipper, la Berlinale 2015 lui a décerné l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique. De quoi susciter une curiosité qui n’est pas sans rappeler l’effet Cours Lola, cours en 1999.

Le pitch est pourtant banal : il est presque 6 heures du matin lorsque Victoria, installée à Berlin depuis trois mois, sort d’une boîte de nuit avec Sonne et sa bande, dont elle vient de faire la connaissance. Grisée par l’alcool, la jeune fille plutôt sage accepte de les suivre jusqu’au lever du jour et l’ouverture du bar où elle travaille. Une décision hasardeuse qui ne sera pas sans conséquence.

La particularité artistique du film, c’est qu’il s’agit d’un long plan séquence de 2 h 10. Tout simplement parce que Sebastian Schipper filme en temps réel cette fin de nuit et ce lever du jour que vivent Victoria, Sonne et ses amis. Il ne s’agit pas seulement d’une prouesse technique qui a dû demander des heures de répétitions et de mises en place. Non, il s’agit d’un choix narratif qui place le spectateur dans le même état que ses personnages : à bout de souffle, à force d’avoir dansé sur des musiques frénétiques, déambulé dans la ville, couru d’un lieu à l’autre, monté des étages, grimpé des échelles, et fui des dangers plus ou moins effrayants.

La virée commence par de gentils bobards racontés par des garçons fanfarons, le chapardage potache de cannettes de bières. Elle se poursuit sur un joli moment intime et émouvant entre Victoria et Sonne, attirés l’un par l’autre. Le lever du jour sera le moment de vérité, celui où Victoria accepte de participer à une équipée beaucoup plus risquée.

La jeune Laïa Costa, d’une fraîcheur déroutante, nous fait partager son envie de suivre ces inconnus plus bras cassés que braqueurs. Il faut dire que Frederick Lau fait de Sonne un garçon craquant. L’attirance qu’ils ressentent l’un pour l’autre est crédible, tout comme leur solidarité au groupe.

Geneviève Cheval

Victoria

De Sebastian Schipper (Allemagne, 2 h 10) avec Laia Costa, Frederick Lau…

 Voir enfin:

Entretien
“Victoria”, “un projet fou qui nous rappelle combien il est fou de tourner un film”

Jérémie Couston
Télérama

03/07/2015

En un seul et unique plan-séquence, Sebastian Schipper filme les pérégrinations nocturnes d’une jeune Espagnole à Berlin. Une prouesse technique sur fond de thriller épileptique que nous décrypte le cinéaste allemand.
Sebastian Schipper n’enseigne pas à l’école de cinéma de Berlin comme on peut le lire sur IMDb. Mais on aurait pu le croire en découvrant son quatrième long métrage, Victoria, récit d’un braquage en temps réel dans la nuit berlinoise, qui joue avec les codes du films de gangsters, tout en s’en démarquant avec fracas par sa forme. Après quelques seconds rôles, notamment dans Cours, Lola, cours, petit film culte allemand de la fin du siècle dernier, et trois réalisations inédites en France, Sebastian Schipper sera donc le cinéaste qui a réussi la prouesse de tourner un film d’action en un seul plan-séquence de deux heures et vingt minutes. On s’attendait à rencontrer un jeune technicien survolté parlant avec exaltation de son exploit. On est tombé sur un élégant brun aux yeux bleus, de 47 ans, qui boit du Darjeeling et préfère les métaphores aux marques de caméras.

La question qui brûle les lèvres, c’est évidemment celle de l’absence ou non de trucage pour réaliser ce plan-séquence…

Est-ce que l’Allemagne a gagné 7-1 contre le Brésil ? C’est incroyable, mais c’est arrivé. Si vous ne voyez pas de coupes, c’est sans doute qu’il n’y en a pas. En vérité, il y a trois moments où j’aurais pu couper car la lumière était très faible mais je ne l’ai pas fait. J’aurais pu, à l’étalonnage, éclaircir ces scènes pour bien montrer que la caméra ne s’arrête pas mais j’ai préféré les laisser sombres car je n’ai pas fait ce film pour le Guinness des records.

En même temps, je suis obligé de vous croire…

A Berlin [où le film a commencé sa carrière], Dieter [Kosslick, le directeur du festival] est venu me trouver le jour de la présentation officielle en me disant qu’il avait croisé une personne qui avait des informations selon lesquelles mon film comportait trois coupes. La théorie du complot appliquée au cinéma. Pour la balle magique qui a tué Kennedy ou la mort d’Oussama Ben Laden, je n’en sais rien, mais je détiens la vérité pour mon film ! Et je suis en mesure d’affirmer qu’il a été tourné en un seul plan. Un jour, un journaliste a pris une photo d’un criminel avec son smartphone et ce dernier a été localisé et arrêté grâce aux informations contenues dans le fichier numérique. Une image comporte toujours des éléments invisibles à l’œil nu. C’est fascinant. On aurait sans doute pu réaliser des coupes « invisibles » mais le public s’en serait, d’une manière ou d’une autre, rendu compte.

“Eliminer la notion de catastrophe dans le processus de fabrication d’un film me semble une erreur.”
Cela a dû être une organisation démente, des répétitions interminables, non ?

Tous les films sont éprouvants. Celui-ci pas plus qu’un autre. Je pense que la folie de ce projet nous rappelle combien il est fou de tourner un film. Et que la professionnalisation du cinéma d’aujourd’hui est peut-être une fausse route. Vouloir à tout prix éliminer la notion de catastrophe dans le processus de fabrication d’un film me semble une erreur. Tous les acteurs professionnels savent parfaitement comment prononcer une réplique quand la caméra les cadre en gros plan. Gros plan qui sera parfaitement éclairé par un chef opérateur très professionnel et parfaitement voulu par un réalisateur tout aussi professionnel. Quelque chose s’est perdu dans tout ce professionnalisme.

Qu’a-t-on perdu ?

Prenons deux films de mon panthéon personnel, A bout de souffle et Apocalypse Now, deux films très différents dans leur forme mais qui ont en commun d’avoir été tournés de façon non professionnelle si l’on considère les standards actuels. D’après ce que je sais du tournage d’A bout de souffle, il y avait beaucoup d’improvisation, des horaires très flexibles, Godard lui-même hésitait pas mal dans sa mise en scène, se laissant guider par l’inspiration du moment. Quant à Apocalypse Now, le documentaire sur le tournage, Heart of darkness, est presque aussi célèbre que le film. Je ne me compare pas du tout à ces deux monstres. L’an dernier, j’ai tourné un petit film un peu fou, un peu idiot, dans les rues de Berlin, en essayant simplement de retrouver cet esprit.

“C’est une improvisation au sens musical du terme. Une improvisation punk.”
Comment prépare-t-on un tel tournage ?

Mentalement. Tous ceux qui ont été tentés avant moi de réaliser un film en un seul un plan-séquence l’ont fait en essayant d’imiter un film normal. C’est-à-dire avec d’innombrables répétitions pour atteindre la perfection, pour contrôler l’incontrôlable. Le projet qui se rapproche le plus du mien en terme de forme, c’est L’Arche russe, de Sokourov, qui a été tourné en un seul plan dans le musée de l’Ermitage mais c’est un film contrôlé de partout. Victoria, au contraire, parle de la perte de contrôle, du partage des responsabilités. C’est une improvisation au sens musical du terme. Une improvisation punk.

Mais vous aviez des cascades à gérer, on n’improvise pas des cascades…

Une improvisation ne consiste pas à se retrouver et à jouer ensemble. Il y a des règles. Quel style de musique ? Quels instruments ? Quel rythme ? Si tu amènes une guitare électrique pour jouer The Star-Spangled Banner dans une impro de free jazz, tu te fais virer. Même la musique punk répond à un cahier des charges précis. Je suis persuadé qu’un punk ne pourrait pas boire une bière dans un verre en cristal sans se faire lyncher. Bien sûr qu’on a fait des répétitions, bien sûr que les acteurs avaient une trame pour leurs dialogues. Mais l’organisation du plateau n’a pas été le plus dur. Il fallait avant tout que le film ait l’air vivant, et que les acteurs ne donnent pas l’impression de jouer. Le plan-séquence, c’est l’outil, il faut inventer tout ce qu’il y a autour. Au 19e siècle, les peintres ont mis la peinture dans des tubes et ont pu poser leur chevalet dans la nature et enfin peindre la vie telle qu’ils la voyaient, et non plus d’après leurs souvenirs, au fond de leur atelier. Mais quand les impressionnistes sont revenus avec leurs tableaux peints sur le vif, on leur a dit qu’ils étaient affreux. Il faut s’habituer à la laideur, ne pas en avoir peur. J’ai le sentiment que les cinéastes ont abandonné l’idée de laideur, ils se sont arrêtés de progresser, d’innover. Ils se sont rendus à la beauté. Tous les films se ressemblent, ils sont impeccables, mêmes ceux tournés caméra à l’épaule. Aujourd’hui, la beauté des tableaux des impressionnistes ou du Caravage n’est plus remise en cause, c’est même devenu la quintessence de la beauté. Mais on s’interroge toujours sur celle de Francis Bacon. La plupart des cinéastes contemporains se sont arrêtés aux impressionnistes. Et il y a peu de Francis Bacon qui, tout en admirant le Caravage, ose retourner le canevas pour peindre sur le mauvais côté de la toile et voir ce qui peut surgir de cet accident. Ne pas rechercher la perfection mais le flow : c’est une expérience risquée mais enthousiasmante. Sur Victoria, on est passé pas loin de la catastrophe.

“A l’ère numérique, il est impossible de cacher quoi que ce soit, il faut tout montrer.”
C’est-à-dire ?

Les deux premières prises ne m’ont pas convaincu. L’énergie n’était pas au rendez-vous. J’avais un plan B dans ma tête si le plan-séquence échouait sur la durée du film : monter le film en jump cuts [technique de montage, popularisée par Godard dans A bout de souffle, qui consiste à coller deux plans sans respecter la continuité, de façon abrupte, créant ainsi un effet de sursaut]. Le monteur a donc réalisé une version en jump cuts mais c’était encore pire, ça ne marchait pas du tout. Je me suis donc retrouvé tout à coup sans plan B. La première prise a été tournée juste après les répétitions. La seconde une dizaine de jours plus tard. Et la troisième, la bonne, quarante-huit heures après. Victoria a donc deux sœurs jumelles mais elles ne sont pas très jolies à voir. Elles seront sur le dvd et tout le monde pourra juger sur pièces. A l’ère numérique, il est impossible de cacher quoi que ce soit, il faut tout montrer.

Quelle caméra avez-vous utilisé ?

On s’en fout. Si je devais faire une liste des dix choses les plus importantes pour ce film, la caméra n’y serait pas. Vous avez raison, il y a deux ou trois ans, la peinture en tube n’existait pas mais j’ai l’impression qu’on parle trop de tube et de peinture. Pour vous répondre franchement, notre budget était serré, nous avons donc demandé au fabricant de nous prêter une caméra pour tourner le film. Ce qu’il a refusé. Je ne vais donc pas lui faire de la pub en le citant.

“Il faut savoir oublier ses maîtres pour avancer.”
La scène du hold-up avec Victoria qui attend dans la voiture est une citation de Gun Crazy, non ?

Je n’ai jamais vu Gun Crazy ! Bacon et Le Caravage ont tous les deux peint un pape, mais leurs tableaux sont très différents. Je vénère certains réalisateurs comme Godard ou Coppola et j’allume volontiers une bougie à l’église pour eux, mais quand je sors de l’église, j’essaie de ne plus y penser. Il faut savoir oublier ses maîtres pour avancer. Quand un groupe entre en studio pour enregistrer un nouvel album, je préfère imaginer qu’il ne passe pas son temps à écouter ses disques préférés.

Quel type de cours dispensez-vous à l’école de cinéma de Berlin ?
Mais je n’ai jamais enseigné le cinéma, ni à Berlin ni ailleurs ! J’ignore pourquoi cette information s’est retrouvée sur internet. Vous n’êtes pas le premier à m’en parler. Cela dit, l’an dernier, j’ai proposé à l’école Otto-Falkenberg à Munich, dans laquelle j’ai étudié le métier d’acteur, de leur organiser un atelier car je crois avoir compris quelques trucs sur la façon de réagir face à une caméra. Ils m’ont proposé de venir une fois parler de mon expérience devant les élèves mais j’ai refusé, je voulais faire un atelier et sans être payé. Ma proposition tient toujours.


Bac 2014: Attention, un crime peut en cacher un autre ! (To those who hear, those who see: Turkish writer takes on honor killings)

21 juin, 2014
https://i0.wp.com/www.reorientmag.com/wp-content/uploads/2012/10/Honour-Elif-Shafak1.jpghttps://i2.wp.com/extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/118/P3/9782264060525.jpg

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Camus

Le passé est encore là – simplement, il est inégalement réparti. D’après  William Gibson
Aussi loin qu’il se souvienne, il s’est toujours perçu comme le prince de la maison et sa mère comme celle qui, de façon contestable, le mettait en valeur, était sa protectrice inquiète. J. M. Coetzee (Scènes de la vie d’un jeune garçon)
Quand j’avais sept ans, nous vivions dans une maison de verre. Un de nos voisins, un tailleur de talent, battait souvent sa femme. Le soir, on écoutait les pleurs, les cris, les insultes. Le matin, on vaquait à nos occupations habituelles. Tout le voisinage prétendait n’avoir rien entendu, n’avoir rien vu. Ce roman est dédié à ceux qui entendent et à ceux qui voient. Elif Shafak (Crime d’honneur, exergue)
Ma mère est morte deux fois. Je me suis promis de ne pas permettre qu’on oublie son histoire, mais je n’ai jamais trouvé le temps, la volonté ou le courage de la coucher par écrit. Jusqu’à récemment, je veux dire. (…) Il fallait pourtant que je raconte cette histoire, ne serait-ce qu’à une personne. Il fallait que je l’envoie dans un coin de l’univers où elle pourrait flotter librement, loin de nous. Je la devais à maman, cette liberté. (…) C’est ainsi que, dans le pays où naquirent Destinée-Rose et Assez-Belle, « honneur » était plus qu’un mot. C’était aussi un nom. On pouvait le donner à un enfant, à condition que ce soit un garçon. Les hommes avaient de l’honneur – les vieillards, ceux dans la force de l’âge, même les écoliers, si jeunes que, si on leur appuyait sur le nez, il en sortirait du lait. Les femmes n’avaient pas d’honneur. Elles étaient marquées par la honte. Comme tout le monde le savait, « Honte » était un bien mauvais nom à porter. (…) Son silence le déroutait. Et si elle n’était pas vierge ? Comment pourrait-il vivre avec cette interrogation le reste de sa vie ? Que penserait son frère Tariq quand il apprendrait qu’il s’était trouvé une femme souillée – la réplique exacte de leur mère ? (…) Ce serait une des nombreuses ironies de la vie de Pembe, que ce qu’elle détestait le plus dans la bouche de sa mère, elle allait le répéter à sa fille Esma, mot pour mot, des années plus tard, en Angleterre. Elif Shafak (Crime d’honneur, extrait)
Pourquoi Iskander Tobrak, seize ans, fils aîné et chef d’une famille mi-turque mi-kurde depuis le départ de son père, Adem, a-t-il, en 1978, poignardé à mort sa mère, Pembe ? C’est la question toujours aussi douloureuse que se pose, quatorze ans après les faits et alors qu’elle part chercher Iskander à sa sortie de prison, Esma, sa soeur. Pour tenter d’y répondre, elle doit remonter à leurs propres origines, dans un petit village des bords de l’Euphrate. Pembe et Jamila, son identique jumelle, y sont nées en 1945. Selon leur père, quel que soit le malheur infligé à l’une, elles étaient vouées à souffrir ensemble, et donc deux fois plus… Venu d’Istanbul, le jeune Adem Tobrak s’éprit follement de Jamila, mais celle-ci ayant été, quelques mois plus tôt, enlevée, et sa virginité étant, de ce fait, contestée, il ne put l’épouser et se rabattit sur Pembe. Cette dernière accepta et suivit son mari à Istanbul puis en Grande-Bretagne où, malgré la naissance de trois enfants, la vie du couple ne tarda pas à partir à vau-l’eau… Un roman superbe et bouleversant. L’Actualité littéraire
It’s usually the father, brother or first male cousin who is charged with the actual shooting or stabbing, (but not) the mother who lures the girl home. The religion has failed to address this as a problem and failed to seriously work to abolish it as un-Islamic. Phyllis Chesler
I think that as women we’re strong enough now to not only acknowledge our racism, our class bias and our homophobia but our sexism. The coming generation, and second-wave feminists as well, can acknowledge that women, like men, are aggressive and, like men, are as close to the apes as the angels. Our lived realities have never conformed to the feminist view that women are morally superior to men, are compassionate, nurturing, maternal and also very valiant under siege. This is a myth. (…) Women don’t have to be better than anyone else to deserve human rights. Our failure to look at our own sexism lost us a few inches in our ability to change history in our lifetime. The first thing we do is acknowledge what the truth is, and then we have to not have double standards. We have to try not to use gossip to get rid of a rival, we have to try not to slander the next woman because we’re jealous that she’s pretty or that she got a scholarship. I think we have to learn some of the rules of engagement that men are good at. Women coerce dreadful conformity from each other. I would like us to embrace diversity. Then we could have a more viable, serious feminist movement. (…) Because the stereotypes of women have been so used to justify our subordination and since it was a heady moment in history to suddenly come together with other women in quantum numbers around issues of women’s freedom and human rights, it took a while before each of us in turn started looking at how we treated each other. The unacknowledged aggression and cruelty and sexism among women in general — and that includes feminists — is what drove many an early activist out of what was a real movement. (…) I think it gets worse when it’s women only. Men are happy in a middle-distance ground toward all others. They don’t take anything too personally, and they don’t have to get right into your face, into your business, into your life. Women need to do that. Women, the minute they meet another woman, it’s: she’s going to be my fairy godmother, my best friend, the mother I never had. And when that’s not the case we say,  »well, she’s the evil stepmother. » (…) I do have a chapter that says if you have a situation that is male-dominated with a few token women, women will not like each other, they will be particularly vicious in how they compete and keep other women down and out. We can’t say how women as a group would behave if overnight they had all the positions that men now have. (…) It helps to understand that in these non-Western countries where you have mothers-in-law dousing daughters-in-law with kerosene for their dowries and we say  »how shocking, » we have a version here. You have here mothers who think their daughters have to be thin, their daughters have to be pretty and their daughters need to have plastic surgery and their daughters have to focus mainly on the outward appearance and not on inner strength or inner self. It’s not genital mutilation but it’s ultimately a concern with outward appearance for the sake of marriageability.(…) I’m thinking back to the civil rights era and the faces of white mothers who did not want little black children to integrate schools. What should we say about those women who joined the Ku Klux Klan or the Nazi party? You have a lot of women groaning under the yoke of oppression. Nevertheless, there are women who warm the beds and are the partners of men who create orphans. Women are best at collaborating with men who run the world because then we can buy pretty trinkets and have safe homes and nests for ourselves.(…) Women are silenced not because men beat up on us but because we don’t want to be shunned by our little cliques. That applies to all age groups. That’s one of the reasons that women are so conformist and so indirect: we end up sabotaging her rather than risking the loss of her intimate companionship. Women stealing each other’s lovers and spouses and jobs is pandemic. Phyllis Chesler
Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a « déshonoré » sa famille est suffisante pour enclencher une représaille. Human Rights Watch
En général, en Occident, le crime d’honneur varie en fonction de la géographie. Peu coutumier de nos jours dans les régions du Nord, il devient plus intense en descendant vers le Sud (sociétés méditerranéennes et/ou musulmanes, etc..) où les codes d’honneur propres à telle ou telle société traditionnelle ont conservé plus d’importance. C’est ainsi que la vengeance par la justice privée, plus connue sous le nom de vendetta fait partie de la culture de certains groupes ethniques qui se situent dans les Balkans (notamment les régions peuplées d’albanophones), en Turquie (Anatolie, Kurdistan, etc..), le sud de l’Italie et les îles de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile, Crète). Avec l’immigration musulmane (notamment pakistanaise, turque/kurde et arabe), les crimes d’honneur sont réapparus en Europe. En Italie, en 2006, Hina Saleem (it), une jeune pakistanaise de 21 ans, est assassinée à Sarezzo (Lombardie) par ses parents et des membres de sa famille qui n’acceptaient pas sa relation avec un Italien et sa vie jugée « trop occidentale »10. Hina s’était également opposée à un mariage arrangé. Toujours en Italie, en 2009, Sanaa Dafani, une jeune marocaine de 18 ans résidant avec sa famille à Pordenone (N.-E.), est égorgée par son père qui lui reprochait d’être « trop occidentale » et d’avoir une relation avec un Italien11. Il sera condamné définitivement à 30 ans de prison en 201212. En 2010 à Modène (Italie), un pakistanais, aidé de son fils, « punit » à coups de barre d’acier et de pierre son épouse et sa fille qui refusaient un mariage arrangé. La mère succombera à ses blessures13. En Allemagne, en 2005, Hatun Sürücü, une jeune Allemande d’origine turque, est tuée à Berlin par son frère pour « s’être comportée comme une Allemande »14. En Belgique, en 2007, Sadia Sheikh, une pakistanaise de 20 ans, est assassinée à Charleroi (Région wallonne) par des membres de sa famille pour avoir refusé un mariage arrangé15. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur16. En Grande-Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation)) a recensé 2823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de « venger l’honneur d’une famille ». Wikipedia
Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité. C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ». Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces. Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques. (…) La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé. Le Monde

Attention: un crime peut en cacher un autre !

Alors qu’après la prestigieuse Oxford Union (assimilée à un vulgaire bureau des étudiants) l’an dernier

Et sous couvert de la neutralité du titre anglais et le refus de toute identification nationale de la romancière ou de ses personnages …

Réduisant à de simples sorties-cinéma les rencontres, nécessairement clandestines dans les cinémas les plus excentrés du Londres des années 70 et d’ailleurs payées au prix fort du matricide, d »une héroïne kurde abandonnée par son mari et d’un restaurateur multiculturel d’origine grecque …

C’est la tragique héroïne d’un roman anglo-turc que la cuvée du bac d’anglais 2014 assassine à nouveau …

Pendant qu’avec le retour des djihadistes en Irak suite au départ précipité du Munichois en chef de la Maison Blanche, les belles âmes qui avaient hurlé contre Bush et regretté Saddam nous ressortent leurs arguments les plus éculés contre la démocratisation d’une des régions les plus arriérées de la planète …

Comment ne pas voir cet étrange aveuglement, politiquement correct oblige, d’une Europe et d’un Occident d’ordinaire si prompts à dénoncer les moindres manquements aux droits de ces nouveaux damnés de la terre que sont devenus les immigrés …

Sur ces crimes dits d’honneur qui, avec l’afflux d’immigrants et comme le rappelait il y a quelques années Le Monde, ne sont plus  « réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde » …

Et qui, devant le durcissement des législations, se voient même maquillés en suicides ou attribués à des meurtriers mineurs susceptibles d’être jugés moins sévèrement ?

Et comment ne pas saluer, par contraste, la véritable plongée que nous offre  la romancière turque fille d’un philosophe et d’une diplomate Elif Shafak dans ce passé encore « là mais inégalement réparti » …

Ce monde qui nous était devenu inconnu …

Où, via l’éducation qu’elles prodiguent à leurs fils et filles, les victimes elles-mêmes font partie de la reproduction de leur propre victimisation …

Et qui, avec l’immigration et à l’instar de certaines maladies que l’on croyait disparues, fait pourtant son retour en force chez nous ?

Q & A With Elif Shafak

Penguin Q & A with Elif Safak, author of Honour

What is your new book about?

Honour is about a family, mother-son relationship and how we, knowingly or unknowingly, hurt the people we love most. This is the story of a half-Turkish, half-Kurdish family in London in the late 1970s.

What or who inspired it?

Life.

What was the biggest challenge, writing it?

The central character, Iskender, is a young man obsessed with the notion of honour to the extent that he becomes a murderer. It was a challenge for me to put myself in his shoes, to build empathy for this extremely macho character, but it was important. Without understanding boys/men like Iskender we cannot discuss, let alone solve, honour killings.

What did you want to achieve with your book?

I wanted to tell a story, that has always been my primary aim, whatever the subject. I love giving a voice to characters who are kept in the margins, left unheard in life.

What do you hope for your book?

I hope it will connect readers from different backgrounds and lifestyles, I hope it will speak to their hearts and transcend cultural ghettoes.

Are there any parts of it that have special personal significance to you?

My novels are not autobiographical. In other words, my starting point is not myself. I find writing about myself rather boring. What I am more interested in is being other people, discovering other world and universes.

Do you have a favourite character or one you really enjoyed writing?

I don’t have a favourite character, as I feel and love each and every character along the way, even the side characters, even the ones who look troubled. However I must say Yunus, the family’s younger son has a special place in my heart. Imagining him, being him, was an inspiring journey.

What do you see as the major themes in your book?

Love and freedom. There cannot be love without freedom. And there is no honour in murder.

What made you set it in London?

My novel travels to different cities and locations, like all of my novels do. There are scenes in a Kurdish village, Istanbul, but London has been central. I love this city. I love the multicultural blending here, which is different than anywhere else. But I also wanted to say if honour-related attacks are happening even here, and they are, then that means they can happen anywhere.

Did the title come instantly to you or did you labour over it?

The title had a journey of its own. In Turkey the novel is called Iskender, which means Alexander. However I could not name it Alexander in English as people would have thought it was a novel about Alexander the Great. So instead of focusing on a character I focused on the theme and chose Honour. It is being translated into many languages and as it travels from one country to another book jackets change. In Italy they also changed the name because the word Honour in Italian recalls the mafia, and the novel has nothing to do with the mafia. So my Italian publisher Rizzoli and I chose another title: The House of Four Winds, which is the name of the Kurdish village in the novel.

To whom have you dedicated the book and why?

This book is dedicated to people who see, people who hear, people who care. And why I did that? Well the answer is in this little story I wrote at the opening page…

Who do you think will enjoy your book?

I don’t have a specific audience. Very different people read my work and I cherish that. I sincerely hope people who love stories and the art of storytelling will enjoy it, that’s what matters.

Do you have a special spot for writing at home? (If so, describe it)

I don’t have writing rituals or specific places for that. I write at home but I also write in crowded cafes, restaurants, trains stations, airports, always on the move.

Do you like silence or music playing while you’re writing?

I don’t like silence at all. I cannot write in silence. There has to be the sounds of life, music, the sounds coming from the street, rain cars and all of that. Istanbul is a very noisy city. I am used to writing in chaos and noise.

When did you start writing?

At the age of eight, but that’s not because I wanted to be a writer. I didn’t even know there was such a possibility. I fell in love with words and stories. I was a lonely kid and on my own most of the time. Books were my best friends, they were the gates unto other worlds, and they still are.

Did you always want to become an author?

The desire to become an author came to me later, when I was 17 or 18, and it was crystallised in my early twenties. So first there was the love of writing, the love of stories and only much later the desire to become an author. I have a writer inside me and an author inside me. They are different personalities. Most of the time they get along but sometimes they quarrel and disagree.

Tell us a bit about your childhood?

I was raised by a single mother, an independent minded, feminist divorcee. That was a bit unusual in 1970s Turkey. I was also raised by my Grandma for a while and she was a very different woman, she was a healer and an oral storyteller. To this day I love combining the two worlds, the two women.

If you’ve had other jobs outside of writing, what were they?

I contribute regularly to a major newspaper in Turkey, I write twice a week and I also write op-ed pieces for papers around the world. I am a political scientist by training, I teach creative writing too.

Describe yourself in three words?

Storyteller, nomad, freethinker.

What star sign are you and are you typical of it?

I am a Scorpio and like many Scorpio’s I am inward-looking and love to sabotage myself.

What three things do you dislike?

Hate speech, xenophobia, gender discrimination.

What three things do you like?

Connections, creativity, compassion.

Have you a family, partner or are you single?

I am a mother of two and a terrible wife in addition to being a writer.

Voir aussi:

Honour by Elif Shafak – review
A fierce tale of tradition in Muslim culture
Maureen Freely
The Guardian
20 April 2012

Elif Shafak begins her new novel with a dedication containing a dark and portentous anecdote: when she was seven years old, she lived next door to a tailor who was in the habit of beating his wife. « In the evenings, we listened to the shouts, the cries, the swearing. In the morning, we went on with our lives as usual. The entire neighbourhood pretended not to have heard, not to have seen. »

Honour
by Elif Shafak

Tell us what you think: Star-rate and review this book

Having dedicated her book to « those who hear, those who see », Shafak hands over to Esma Toprak, a London-bred Turkish Kurd, as she prepares to set off for Shrewsbury Prison to collect her brother, who has just served a 14-year term for murder. It is implied, but not confirmed, that his victim was their mother. Esma admits to having thought often about killing her brother in revenge. And yet she plans to welcome him back into the house she now shares with her husband and two daughters.

This is the cloud that hangs over the next 300-odd pages, as Esma offers up fragments of family history, beginning with her mother’s birth in a village near the Euphrates. She describes a world where women as well as men enforce an honour code that results in the social death of men who fail to act like men, and the actual death of several female relatives. When her family migrates to Istanbul, and then to London in the early 1970s, they take that code with them, but as they grow accustomed to life in the west it becomes less a system of social regulation than a compulsion they can neither control nor understand.

Adem, the father, falls in love with an exotic dancer. Disgraced, he drifts away. Iskender, the eldest son, is left unprotected and is brutally bullied before forming his own gang and doing much worse to others. His views on masculinity are further sharpened by the neighbourhood’s fledgling radicals and he has one rule for his English girlfriend and another for Pembe, his mother. Tradition dictates that he is now the head of the household, and even though she does not like him controlling her, she nevertheless defers to him, going out of her way to convey her approval for her « sultan ».

Running in parallel with this all-too-familiar tragedy is another story. Even in that village near the Euphrates, where mothers grieve at the birth of each new daughter, women wield considerable social powers, although they are inclined to express them through dreams, premonitions, and potions. They also impart a gentler Islamic tradition of mercy and compassion, encouraging an imaginative engagement with both tradition and the modern world. Pembe longs to travel, and she has her wish. Her twin sister Jamila stays behind to become the region’s fabled Virgin Midwife, travelling fearlessly through territories controlled by bandits, trusting her fate to God’s hands. When a dream signals that her twin is in danger, Jamila has no trouble finding the people who can get her to London without proper documentation. The two younger Toprak children show a similar independence of thought as they struggle to resolve the contradictions that have brought their family down.

Shafak is an extremely popular novelist in Turkey, particularly loved by young, educated and newly independent women who appreciate her fusion of feminism and Sufism, her disarmingly quirky characters and the artful twists and turns of her epic romances. Born in Strasbourg to a diplomat mother, educated in Europe, the United States and Turkey, she writes some books in her native Turkish and others (like this one) in English. In everything she writes, she sets out to dissolve what she regards as false narratives. In this one, it’s the story of the « honour killing » as we know it from those shock headlines. The book calls to mind The Color Purple in the fierceness of its engagement with male violence and its determination to see its characters to a better place. But Shafak is closer to Isabel Allende in spirit, confidence and charm. Her portrayal of Muslim cultures, both traditional and globalising, is as hopeful as it is politically sophisticated. This alone should gain her the world audience she has long deserved.

• Maureen Freely’s Enlightenment is published by Marion Boyars.

Voir également:

Les crimes d’honneur, une réalité européenne
Benoît Vitkine
Le Monde
15.11.2011

Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité.

C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ».

Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces.

Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques.

« PRÉTENDU » HONNEUR

Le rapport évoque plusieurs cas enregistrés chaque année en Suède, en Suisse ou en Italie. En octobre 2010, par exemple, à Modène, une Pakistanaise de 20 ans et sa mère de 46 ans se sont opposées au mariage arrangé prévu pour la jeune femme : le père et le fils ont tué la mère à coups de barre de fer et blessé grièvement la jeune fille.

Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ont avancé pour la première fois en 2003 des recommandations d’ordre général. Mais seuls les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont adopté un dispositif complet, alliant prévention auprès des associations d’immigrés, protection des témoins, formation des policiers et création d’unités spéciales. Dans les textes britanniques, le mot « honneur » est, à la demande explicite du gouvernement, précédé de la mention « so called » (« prétendu »).

La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé.

Voir encore:

Les «crimes d’honneur» augmentent au Royaume-Uni
Chloé Woitier
Le Figaro
03/12/2011

Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée, torturée, étranglée puis brûlée sur ordre de son père et de son oncle en 2006 car elle fréquentait un garçon. Son meurtre avait choqué le Royaume-Uni.

Une association a recensé près de 3000 victimes de «crimes d’honneur» dans le pays en 2010. Les plaintes déposées à la police ont doublé en un an dans certaines zones, dont Londres.

Battues, séquestrées, mutilées, aspergées à l’acide ou tuées pour avoir porté atteinte à l’honneur de leur famille. Cette réalité a été vécue en 2010 par près de 3000 jeunes femmes résidant en Grande-Bretagne, selon une étude parue par l’Organisation pour le droit des femmes iraniennes et kurdes (Ikwro). Dans la seule capitale de Londres, ces «crimes d’honneur» ont doublé en un an, avec près de 500 cas.

Les données, collectées pour la première fois dans le pays, ont été obtenues par l’association grâce au Freedom of Information Act, une loi promulguée en 2000 par le gouvernement de Tony Blair qui permet à tout citoyen d’avoir accès à un très grand nombre de documents administratifs. Ikwro a ainsi envoyé une demande à l’ensemble des forces de police afin de connaître le nombre de violences qui ont été perpétrées l’an passé au nom de «l’honneur».

Le total, estimé à 2823 incidents, peut selon l’association être augmenté d’au moins 500 cas, 13 unités de police sur 52 n’ayant pas répondu à la demande. Dans certaines zones, les cas recensés ont doublé en un an. Ikwro estime également que ces chiffres sont sous-estimés, de nombreuses victimes n’osant pas porter plainte par peur de représailles.
«Un problème sérieux qui touche des milliers de personnes»

Pour l’association, la très grande majorité des femmes victimes de ces violences proviennent de familles originaires du sous-continent indien, d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient. «Elles résistent de plus en plus aux atteintes à leur liberté, comme un mariage forcé décidé par leur famille. De fait, elles sont plus exposées aux violences», explique au Guardian Fionnuala Ni Mhurchu, responsable de la campagne d’Ikwro. «Ces chiffres sont importants car ils prouvent qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. C’est au contraire un problème sérieux qui touche des milliers de personnes chaque année, dont un certain nombre subit de très importantes violences avant de porter plainte.»

Ces femmes subissent le courroux de leur famille parce qu’elles ont un petit ami, ont refusé un mariage arrangé, ont été violées, ou parlent simplement à des hommes. D’autres sont victimes de violences car elles sont homosexuelles, se maquillent, ou s’habillent à l’occidentale. «Les coupables de ces crimes sont considérés comme des héros dans leur communauté parce qu’ils ont défendu l’honneur de leur famille et la réputation de la communauté»,a expliqué la directrice de l’Ikwro, Dina Nammi, sur la BBC.

L’association, forte de ces données, réclame que les autorités britanniques se donnent les moyens de lutter contre les «crimes d’honneur». Un porte-parole du ministère britannique de l’Intérieur a assuré que le gouvernement était «déterminé à mettre fin» à ces pratiques. Le Royaume-Uni est en effet avec les Pays-Bas le seul pays d’Europe à avoir élaboré une politique complète en la matière selon un rapport de la fondation suisse Surgir. La police britannique s’est ainsi dotée d’unités spéciales, tandis que tous les policiers du pays sont formés depuis 2009 à reconnaître les signes de violence liées à l’honneur. Des sites d’informations destinées aux jeunes filles ont également été mis en ligne pour inciter les victimes à porter plainte contre leur famille. Il n’existe pas de politique similaire en France.

Voir de même:

Meurtre de Banaz Mahmod en Grande-Bretagne : de nouvelles révélations ajoutent à l’horreur de ce « crime d’honneur »
Daily Mail
4 septembre 2007

De nouveaux détails concernant l’affaire Banaz Mahmod viennent d’être révélés sur les dernières heures de la jeune femme kurde assassinée par sa famille pour être tombée amoureuse du mauvais garçon. Ces détails ajoutent encore un peu plus dans le pathétique d’une affaire qui émeut toute l’Angleterre. Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée et frappée à coups de pieds pendant deux heures avant d’être étranglée par une cordelette. Mohamad Hama, âgé de 30 ans avait été reconnu coupable du meurtre. Il avait été recruté par le père de Banaz (52 ans), et par Ari, le frère de celui-ci (51 ans), eux aussi reconnus coupables du meurtre. Les détails terrifiants du meurtre sont parvenus au public après que Hama ait été secrètement enregistré en train de parler à un de ses compagnons de cellule. Il a admis avoir « frappé » et « baisé » Banaz, qui a été soumise à des actes sexuels dégradant. Dans cet enregistrement, on peut entendre Hama et son ami rire de bon coeur pendant qu’il décrit comme il l’a tuée chez elle à Mitcham, dans le sud de Londres, avec Ari Mahmod pour « superviseur » des opérations. Les meurtriers, puisque deux autres suspects se sont enfuis en Irak, pensaient que Banaz serait seule chez elle. Hama déclare : « Ari (l’oncle) avait dit qu’il n’y avait personne d’autre. Mais il y avait quelqu’un d’autre : sa soeur (Biza). Le bâtard nous avait menti ». Au sujet du meurtre, il déclare « Je jure sur Allah que ça a pris plus de deux heures. Son âme et sa vie ne voulaient pas partir. Selon le meurtrier, Banaz avait été garottée pendant cinq minutes, mais il a fallu encore une demi-heure avant qu’elle ne meure. « Le cordon était fin et l’âme ne voulait pas partir comme ça. Nous ne pouvions pas l’enlever, ça a pris en tout et pour tout cinq minutes pour l’étrangler. Je l’ai frappé à coups de pieds sur le cou pour faire sortir son âme. Elle était complètement à poil, sans rien sur elle » Le corps de Banaz a été mis dans une valise et enterrée dans un jardin à Birmingham, où on l’a retrouvée trois mois plus tard.

Voir par ailleurs:

‘Honor killings’ in USA raise concerns
Oren Dorell
USA TODAY
11/30/2009

Muslim immigrant men have been accused of six « honor killings » in the United States in the past two years, prompting concerns that the Muslim community and police need to do more to stop such crimes.

« There is broad support and acceptance of this idea in Islam, and we’re going to see it more and more in the United States, » says Robert Spencer, who has trained FBI and military authorities on Islam and founded Jihad Watch, which monitors radical Islam.

Honor killings are generally defined as murders of women by relatives who claim the victim brought shame to the family. Thousands of such killings have occurred in Muslim countries such as Egypt, Jordan, Pakistan and Palestinian territories, according to the World Health Organization.

Some clerics and even lawmakers in these countries have said families have the right to commit honor killings as a way of maintaining values, according to an analysis by Yotam Feldner in the journal Middle East Quarterly.

In the USA, police allege the latest « honor killing » was that of Noor Almaleki, 20, who died Nov. 2 after she and her boyfriend’s mother were run over in a Peoria, Ariz., parking lot. Prosecutors charged Almaleki’s father, Faleh Almaleki, with murder, saying the Iraqi immigrant was upset that his daughter rejected a husband she married in Iraq and moved in with an American.

« By his own admission, this was an intentional act, and the reason was that his daughter had brought shame on him and his family, » says Maricopa County prosecutor Stephanie Low, according to The Arizona Republic.

Many Muslim leaders in the USA say that Islam does not promote honor killings and that the practice stems from sexism and tribal behavior that predates the religion.

« You’re always going to get problems with chauvinism and suppressing vulnerable populations and gender discrimination, » says Salam Al-Marayati, executive director of the Muslim Public Affairs Council.

Not all agree. Zuhdi Jasser says some Muslim communities have failed to spell out how Islam deals with issues that can lead to violence.

« How should young adult women be treated who want to assimilate more than their parents want them to assimilate? » asks Jasser, founder of the American Islamic Forum for Democracy, which advocates a separation of mosque and state. « How does an imam treat a woman who comes in and says she wants a divorce … or how to deal with your daughter that got pregnant, and she’s in high school? »

Phyllis Chesler, who wrote about honor killings in her book Woman’s Inhumanity to Woman, says police need to focus on the crimes’ co-conspirators if they wish to reverse the trend. Before 2008, there were six honor killings in the USA in the previous 18 years, according to her research.

« It’s usually the father, brother or first male cousin who is charged with the actual shooting or stabbing, (but not) the mother who lures the girl home, » Chesler says. « The religion has failed to address this as a problem and failed to seriously work to abolish it as un-Islamic. »

Jasser says his community needs to address how to treat young women who want to assimilate. « Until we have women’s liberation … we’re going to see these things increase. »

Voir encore:

Q&A; Women Are Nurturing? How About Cruel, Especially to One Another
The New York Times
August 24, 2002

Phyllis Chesler is a feminist psychotherapist, author of several books about women and the founder of the Association for Women in Psychology. In her latest book,  »Woman’s Inhumanity to Woman » (Thunder’s Mouth Press/Nation Books, 2002) she explores the often cruel relationships between women. Felicia R. Lee spoke with her.

There have been several books in the past year about how women and girls treat one another badly. Why is this topic receiving so much attention now?

I began working on this 20 years ago so I think I anticipated the curve. Had I published it sooner I would not have been able to back it up with the extraordinary research that has only begun to gather steam in the last 10 to 15 years.

The media are now willing, for whatever reason, to pay attention to the subject. I think that as women we’re strong enough now to not only acknowledge our racism, our class bias and our homophobia but our sexism. The coming generation, and second-wave feminists as well, can acknowledge that women, like men, are aggressive and, like men, are as close to the apes as the angels. Our lived realities have never conformed to the feminist view that women are morally superior to men, are compassionate, nurturing, maternal and also very valiant under siege. This is a myth.

You are known as a radical feminist who has written extensively about how the courts and the medical system mistreat women. Are you afraid that this book will be used against women?

Women don’t have to be better than anyone else to deserve human rights. Our failure to look at our own sexism lost us a few inches in our ability to change history in our lifetime. The first thing we do is acknowledge what the truth is, and then we have to not have double standards. We have to try not to use gossip to get rid of a rival, we have to try not to slander the next woman because we’re jealous that she’s pretty or that she got a scholarship. I think we have to learn some of the rules of engagement that men are good at.

Women coerce dreadful conformity from each other. I would like us to embrace diversity. Then we could have a more viable, serious feminist movement.

Why did so many feminists make the mistake of believing in what you call the myth of female superiority?

Because the stereotypes of women have been so used to justify our subordination and since it was a heady moment in history to suddenly come together with other women in quantum numbers around issues of women’s freedom and human rights, it took a while before each of us in turn started looking at how we treated each other. The unacknowledged aggression and cruelty and sexism among women in general — and that includes feminists — is what drove many an early activist out of what was a real movement.

Isn’t there conflict and psychological warfare in any social justice movement or workplace?

I think it gets worse when it’s women only. Men are happy in a middle-distance ground toward all others. They don’t take anything too personally, and they don’t have to get right into your face, into your business, into your life. Women need to do that. Women, the minute they meet another woman, it’s: she’s going to be my fairy godmother, my best friend, the mother I never had. And when that’s not the case we say,  »well, she’s the evil stepmother. »

We don’t serve ourselves so well with our depth-charged levels of capacity for intimacy because then we can only be close to a small group. We can’t command a nation-state.

Isn’t that just an extension of arguments that have created glass-ceilings in workplaces?

No. I think the conclusion is not that women should be kept barefoot and pregnant and at home because they have no executive capacity. The conclusion is that there is something about the workplace that is deadly to all living things and men adapt more.

I do have a chapter that says if you have a situation that is male-dominated with a few token women, women will not like each other, they will be particularly vicious in how they compete and keep other women down and out. We can’t say how women as a group would behave if overnight they had all the positions that men now have.

The cruelty you document ranges from mothers-in-law burning their daughters-in-law because of dowry disagreements to women stealing each other’s boyfriends. Can it all really be lumped together?

It helps to understand that in these non-Western countries where you have mothers-in-law dousing daughters-in-law with kerosene for their dowries and we say  »how shocking, » we have a version here. You have here mothers who think their daughters have to be thin, their daughters have to be pretty and their daughters need to have plastic surgery and their daughters have to focus mainly on the outward appearance and not on inner strength or inner self. It’s not genital mutilation but it’s ultimately a concern with outward appearance for the sake of marriageability.

Although you note that women don’t have as much power as men, you view them as equally culpable for many of society’s ills.

I’m thinking back to the civil rights era and the faces of white mothers who did not want little black children to integrate schools. What should we say about those women who joined the Ku Klux Klan or the Nazi party? You have a lot of women groaning under the yoke of oppression. Nevertheless, there are women who warm the beds and are the partners of men who create orphans. Women are best at collaborating with men who run the world because then we can buy pretty trinkets and have safe homes and nests for ourselves.

You say that women are the ones who police and monitor one another and silence dissent.

Women are silenced not because men beat up on us but because we don’t want to be shunned by our little cliques. That applies to all age groups. That’s one of the reasons that women are so conformist and so indirect: we end up sabotaging her rather than risking the loss of her intimate companionship. Women stealing each other’s lovers and spouses and jobs is pandemic.

Voir aussi:

Banaz: An ‘honour’ killing
November 3, 2012 « Honour » based violence (HBV), Blog 1

Artist and activist Deeyah explains the motivation behind her documentary film Banaz: A love story which features IKWRO. A shortened version of this documentary was shown on ITV on 31st October.

Deeyah writes:

I grew up in a community where honour is a form of social currency which is a source of concern from the moment we are born. ‘Honour’ can be the most sought after, protected and prized asset that defines the status and reputation of a family within their community. This burden weighs most heavily upon women’s behaviour. This collective sense of honour and shame has for centuries confined our movement, freedom of choice and restricted our autonomy. You cannot be who you are, you cannot express your needs, hopes and opinions as an individual if they are in conflict with the greater good and reputation of the family, the community, the collective. If you grow up in a community defined by these patriarchal concepts of honour and social structures these are the parameters you are expected to live by. This is true for my own life and experiences.

Autonomy, is not acceptable and can be punished by a variety of consequences from abuse, threats, intimidation, exclusion by the group, violence of which the most extreme manifestation is taking someone’s life; murdering someone in the name of ‘honour’. This is something that has interested me through much of my life especially because of my own experiences of meeting resistance and opposition for my expression and life choices which at the time strayed from the acceptable moral norms afforded to women of my background and I understand what it is like when people want to silence your voice. I have addressed these honour concepts in various forms through the years but I have always wanted to do more, especially about the most extreme form of guarding this “honour” known as honour killings. The medium I felt would allow me the room to explore this topic most in-depth is the documentary film format.

This is why I set out, almost 4 years ago, to make a documentary film about honour killings. My intent was to shed light on this topic and to learn about through reviewing an extensive list of cases across Europe that could help us to understand the extent of this issue and its existence within the European and American diaspora. The purpose of this project being to create a film that would serve primarily to educate and inform, and to help us understand the issue better and to consider what can be done to prevent or reduce these crimes. As I started researching and delving further into various cases, I came across the story of Banaz Mahmod. I realized that this case would best illustrate the constructs of honour, the lack of understanding around this topic in the Western world, and the severe need to do more across social, political and community lines. As a result, Banaz’ story has become the anchor for the topic in the film and shows the lessons needed to be learned from her tragic death.

Banaz Mahmod’s life was marked by betrayal. As a child she underwent FGM at the hands of her grandmother. At age 17 she was married off to a man she had met only once in order to strengthen family alliances. In her marriage she was abused, beaten, raped and forced to endure isolation. At age 19, she left her husband and returned to her family home hoping for safety and security, only to be betrayed again: first by the British authorities who didn’t take her pleas for help seriously when she suspected she was in danger, then by her family, who took her disobedience as an unforgivable act. At age 20 she disappeared and was never heard from again until she was discovered buried under a patio, wedged in a fetal position inside a muddy suitcase— a victim of so-called ‘Honour’ Killing.

After her death, Banaz found another family in the unlikeliest of places: the Metropolitan Police. It took Detective Chief Inspector Caroline Goode and her team five years to find and prosecute the perpetrators of this brutal crime, which included her father, uncle and a male cousin. This case spanned two continents and resulted in the only extradition from Iraq by Britain in modern history. In death, Banaz found a family willing to do whatever it took to protect her memory.

Banaz’s life and murder is just one among thousands of stories around the world where families chose to obey their community and peer pressure instead of honouring their duty to love and protect their children. Through Banaz’s story, which covers many of the classic patterns of Honour Crimes and oppression, we explore the broader topic of honour killings that is becoming particularly prevalent within diaspora communities in Europe and the US. 3000 honour crimes were reported in the UK alone in 2010. Despite these staggering figures being considered the “tip of the iceberg”, many young women, like Banaz, are let down by officials in the West because of their lack of understanding and training in identifying the signs of an honour crime as well as for fear of upsetting cultural sensitivities—and at times from a sense of a general apathy surrounding violence against minority community women. Honour Killings are an ongoing genocide where the murders of women and girls are considered ‘justified’ for the protection of a a family’s reputation. Although , for Banaz, justice did eventually prevail, she was still found dead in a suitcase.

Caroline’s extraordinary dedication shows that effective action can be taken, and that a new benchmark for detection can be set.

During the process of making this film, there were two points that stood out as particular needs that I could concretely do something about. The first, was to create a place where people interested in the subject and in need of information about honour violence could go to find out more. The second, was to create a place where the victims, whose families intended to erase them from the world, could be remembered. So I created The Honour-Based Violence Awareness Network (HBVA) and the Memini Memorial initiatives in collaboration with volunteers and experts from around the world.

During the process of making the film I found that after exhaustively searching the web for information on the subject, my need for research and data was unfulfilled. I continued interviewing experts in the field, ranging from policy makers to NGOs, activists, police officers and legal professionals and realised that they also shared my frustration at the lack of accessible and comprehensive information about Honour Based Violence. During these interviews, I quickly became aware that Honour Based Violence is little understood in the West–with alarming consequences. We know that Honour Based Violence is far more widespread than current figures indicate because it is under-reported, under-researched and under-documented; and therefore, easily misunderstood, overlooked and mis-recognised. I found this absolutely unacceptable. As a result I developed the Honour Based Violence Awareness Network (HBVA).

In collaboration with international experts, HBVA is an international digital resource centre working to advance understanding and awareness of Honour Killings and Honour Based Violence through research, training and information for professionals; teachers, health workers, social services, police, politicians, and others who may encounter individuals at risk. HBVA builds and promotes a network of experts, activists, and NGOs from around the world, establishing international partnerships to facilitate greater collaboration and education. HBVA draws on the expertise of its international partners, collaborators and experts from Pakistan, Iraq, UK, Netherlands, Sweden, Germany, India, Norway, Denmark, Bangladesh, Jordan, Palestine, France. Some of the esteemed HBVA experts are Unni Wikan, Asma Jahangir, Yakin Erturk, Rana Husseini, Serap Cileli, Ayse Onal, Yanar Mohammad, Dr. Shahrzad Mojab, Aruna Papp, Hina Jilani, Dr. Tahira S. Khan, Sara Hossain. WWW.HBV-AWARENESS.COM

Additionally, born as a result of this film project, is WWW.MEMINI.CO. Memini is an online remembrance initiative set up to ensure that the stories of victims of honour killings are told, defying the intent of those who wanted to erase them. Our personal and community silence allows these violent expressions of honour to survive and is what makes these murders possible in the first place. Memini is a small and humble step towards ending that silence.

Although the story of Banaz is filled with so much darkness, Detective Chief Inspector Caroline Goode shows us what can be achieved if we just simply care. Caroline went above and beyond the call of duty, going to the ends of the earth to find justice for Banaz–not just to fulfill her obligation as a police officer, but from feeling duty bound and seeing Banaz with a mother’s eyes and feeling with a mother’s heart.. I am grateful to have found Caroline and Banaz through this journey. For me, Caroline’s dedication and integrity, her compassion and her professionalism, represents the highest expression of truly honourable behaviour. The core lesson I have learned is that there is hope, but more has to be done – and I am committed to doing what I can, however small the action. I believe one thing we can do is to remember the victims. I believe if their own blood relatives discarded, betrayed, exterminated and forgot them, then we should adopt these girls as our own children, our own sisters, our own mothers and as fellow human beings. We will mourn, we will remember, we will honour their memory and we will not forget!

If we worry about offending communities by criticising honour killings, then we are complicit in the perpetuation of violence and abuse, in the restriction of women’s lives. Our silence provides the soil for this oppression and violence to thrive. It is not racist to protest against honour killings. We have a duty to stand up for individual human rights for all people, not for just men and not just for groups. We shall not sacrifice the lives of ethnic minority women for the sake of so-called political correctness.

I’d rather hurt feelings than see women die because of our fear, apathy and silence. We need to stand in solidarity. In order to create change we need to care. We need authorities, decision makers and politicians to provide the same protections and robust actions for women of ethnic minority communities affected by honour based violence and oppression as they would for any other crimes in any other part of society. It is not acceptable to shy away from abuses happening against women in some communities for fears of being labelled racist or insensitive– the very notion of turning a blind eye or walking on egg shells and avoiding to protect basic human rights of some women because they are of a certain ethnic background is not only fatal, but represents true racism.

We cannot continue to allow this slaughter of women in the name of culture, in the name of religion, in the name of tradition and in the name of political correctness. If we allow this to continue, we are betraying not only Banaz but thousands of other women and girls in her situation. Surely we should do all we can to protect all individuals in our societies regardless of skin colour, cultural heritage or gender, without fear?

We must challenge these paradigms in every way we can. Centuries old mindsets, entrenched gender roles and power relations will take time to change, but we can make a real and immediate difference in challenging the lack of awareness, the lack of political will, the lack of sufficient training and understanding when it comes to front line people who can help individuals at risk. This includes police, doctors, nurses, school teachers, social services and so on. At the very least the ignorance of authorities and lack of their understanding and training in European countries should not be a contributing factor in the continuing abuse of thousands of women (and men). We can not allow it to be the reason why these young people continue to suffer in silence because they fear they won’t be understood and won’t get the help they need.

Banaz is among the people who dared to ask for help; the majority of young people at risk of the various forms of honour based violence may not come forward at all.

All of the honour killings I researched are horrifying, heartbreaking and devastating, and no one case felt any less sad and tragic than any other. The reason I ended up choosing the story of Banaz was not because of the horror but because of the love. Banaz’s story was different in my eyes from most other stories because there was love in spite of the hatred she faced in her life, after death there were people who loved her and cared about her, one of whom was the most unexpected person I could have imagined, a police officer, of all people, DCI Caroline Goode. The other was Banaz’s sister Bekhal, who sacrificed her own safety and peace of mind for the sake of her love for her sister and her need to honour her memory through achieving justice. I have the greatest respect for Bekhal, her courage and determination defines true honour for me.

I was most saddened, from the very beginning of this project, to see how absent Banaz was from her own story. Normally a biographical film will feature family members, friends, and other people who knew the person sharing their love, their memories and thoughts about the person who has died, showing home videos and photographs and the other mementoes of loving relationships. In this film that was just not the case at all. The only person in the film speaking about Banaz and who had known Banaz when she was alive was her sister. Everyone else in the film came to know Banaz after she had passed away. We even put out calls in local newspapers and reached out through facebook and other social media to find anyone who would have known her and would be willing to share their memories of her, but no one came forward. This hurt my heart until I came across the footage of Banaz herself, showing us the suffocating reality of her life. Watching this tape for the first time was one of the most painful experiences of my life. I had spent three and a half years working on this documentary, learning everything I could about this young women’s life — and her death, and we were in the final editing process, and then suddenly here she was present on this tape. No one else would come forward to speak about her, but here she was herself in the final momemts of the process of making this film. It was a harrowing experience to finally be able to hear and see her tell her own story.

I found it excruciatingly sad to see her and at the same time I felt so glad and privileged to finally get a chance to see her and hear her. No one listened to her in her life, so the least we can do is listen to her now.

As a society we have let down Banaz, and as her community we have let her down, so the least we can now paying her the respect to listen to her and to learn from her experiences, and to honour Banaz we through addressing this issue with complete honesty and courage.

I deeply regret the fact that it took her death for people to start the process of learning more about this problem, although measures have been taken to improve the understanding around this, in my personal opinion, reflected in the research I have done, there is a very long way to go before we can adequately understand, protect and support women at risk. We don’t need empty slogans or lip service; we need real effective action on this issue. Living in Western societies, we need our lives as “brown” women to matter as much as any white British, Norwegian, French, German, Swedish, American, European or any other woman and fellow human being.

It feels surreal but deeply satisfying to finally stand at the point of completion. It has been a very long, hard and emotionally difficult process. It is my first film ever, and I feel proud to have had the opportunity to work on a project like this, and honoured to get to tell the story of such remarkable women such as Banaz, Bekhal and Caroline.

One of the things that has been very moving about this project is that, every single person who has been involved with the film has done so out of love for Banaz and for this project, and I have a deep feeling of gratitude for everyone who took part..Even though I did not have the budget to make a film like this, the time and commitment of my team made it possible — not only have people worked for significantly reduced rates, but often they have also worked for free. For example, the master musician Dr. Subramaniam contributed a soundtrack for the film because he believed in the project and wanted to contribute even though I was unable to pay him his usual fees. The entire process of this film has been like this and I have nothing but gratitude for the hard work, care and passion of everyone involved.

The tragic story of Banaz Mahmod: she fell in love at 19, so her family killed her
Fiona Barton
Daily Mail
12 June 2007

As one of five daughters in a strictly-traditional Kurdish family, Banaz Mahmod’s future was ordained whether she liked it or not.

She was kept away from Western influences, entered an arranged marriage at the age of 16 with a member of her clan and was expected to fulfil the role of subservient wife and mother.

But Banaz, a bright, pretty 19-year-old, fell in love with another man.

And for that, she was murdered by her father, uncle and a group of family friends. The very people who should have protected her from harm plotted her killing, garrotted her with a bootlace, stuffed her body in a suitcase and buried her under a freezer.

Banaz’s crime was to « dishonour » her father, Mahmod Mahmod, an asylum seeker from Iraqi Kurdistan, by leaving her abusive marriage and choosing her own boyfriend – a man from a different Kurdish clan.

Her punishment was discussed at a family « council of war » attended by her father, uncle Ari and other members of the clan. In the living room of a suburban semi in Mitcham, South London, it was decided that this young woman’s life was to be snuffed out so that her family would not be shamed in the eyes of the community.

Banaz was only ten when she came to Britain with her father, who had served in the Iraqi army, her mother Behya, brother Bahman and sisters Beza, Bekhal, Payman and Giaband.

The family, who came from the mountainous and rural Mirawaldy area, close to the Iranian border, were escaping Saddam Hussein’s regime and were granted asylum.

But Banaz’s move to a western country changed nothing about the life she was made to lead.

She had met her husband-tobe only three times before her wedding day, once on her father’s allotment. He was ill-educated and old-fashioned but her family described him as ‘the David Beckham of husbands’.

The teenage bride, who was taken to live in the West Midlands, was to tell local police in September 2005 that she had been raped at least six times and routinely beaten by her husband.

In one assault, she claimed, one of her teeth was almost knocked out because she called him by his first name in public.

To leave the arranged marriage would have brought dishonour on the Mahmod family and Banaz’s parents apparently preferred their child to suffer abuse rather than be shamed.

But after two years of marriage, she insisted on returning home to seek sanctuary. It was there, at a family party in the late summer of 2005, that she met Rahmat Sulemani.

For the first time in her blighted existence, Banaz fell in love. She was besotted with Rahmat, 28, calling him ‘my prince’ and sending endless loving text messages. Her father and uncle Ari were furious; the young woman was not yet formally divorced by her husband and her boyfriend was neither from their clan nor religious. More importantly, perhaps, he had not been chosen by her family.

Mahmod became enraged when his daughter refused to give up her boyfriend and talked of being in love.

The threat to family honour was immense and made worse by the fact that Banaz’s elder sister, Bekhal, had already brought « shame » on the family by moving out of the house at the age of 15, to escape her father’s violence.

Bekhal’s defiance meant that Mahmod lost status in the community because he was seen to

have failed to control his women and his younger brother Ari, a wealthy entrepreneur who ran a money transfer business, took over as head of the family.

It was he who telephoned Banaz on December 1, 2005 to tell her to end the affair with Rahmat or face the consequences.

The following day, Ari called a council of war to plan her murder and the disposal of her body. She was secretly warned by her mother that the lives of her and her boyfriend were in danger, and she went to Mitcham Police Station to report the death threat. But she was so terrified of her family’s reaction that she asked police to take no action and refused to move to a refuge.

The next day, an officer called at the family home but Banaz would not let him in.

She believed that her mother would protect her from harm but as an insurance against her disappearance, went back to the police station a week later to make a full statement, naming the men she believed would kill her.

One of the men was Mohamad Hama, who has admitted murder and two of the others named fled back to Iraq after the killing. On New Year’s Eve 2005, she was lured to her grandmother’s house in nearby Wimbledon for a meeting with her father and uncle to sort out her divorce.

When her father appeared wearing surgical gloves, ready to kill her, she ran out barefoot, broke a window to get into a neighbour’s house and then ran to a nearby cafe, covered in blood from cuts to her hands and screaming: « They’re trying to kill me ».

The officers who attended the scene and accompanied Banaz to hospital did not believe her story.

However, the distressed and injured victim was able to give her own testimony about the attack to the jury in a short video recorded on Rahmat’s mobile phone at St George’s Hospital, Tooting.

The terrified lovers pretended they had parted but they continued to meet in secret. Tragically, they were spotted together in Brixton on January 21 and the Mahmods were informed.

Mohamad Hama and three other men tried to kidnap Rahmat and, when his friends intervened, told him he would be killed later.

When he phoned to warn Banaz, she went to the police and said she would co- operate in bringing charges against her family and other members of the community.

The policewoman who saw Banaz tried to persuade her to go into a hostel or safe house but she thought she would be safe at home because her mother was there.

On January 24, Banaz was left on her own at the family house and her assassins, Hama and two associates, were alerted.

The full details of what happened to her are still not known but two of the suspects, Omar Hussein and Mohammed Ali, who fled back to Iraq after the killing, are said to have boasted that Banaz was raped before she was strangled, « to show her disrespect ».

There followed a « massively challenging » investigation into her disappearance by detectives, fearing the worst. The family’s appalling crime was finally exposed when, three months after she went missing, Banaz’s remains were found, with the bootlace still around her neck.

The discovery of her body provoked no emotion in her father and uncle. Even at her funeral, the only tears were from Banaz’s brother.

« She had a small life, » a detective on the case said. « There is no headstone on her grave, nothing there to mark her existence. »

Yesterday, her devastated boyfriend, who has been given a new identity by the Home Office under the witness protection programme, said: « Banaz was my first love. She meant the world to me. »

The dead girl’s older sister, Bekhal, urged other women in the same position as her and her sister to seek help before it is too late.

Even today she continues to fear for her life, lives at a secret address and never goes out without wearing a long black veil that covers her entire body and face apart from her eyes.

She strongly rejected the suggestion that Banaz had brought « shame » on her Kurdish family by falling in love with a man they did not approve of, saying her sister simply wanted to live her own life.

« There’s a lot of evil people out there. They might be your own blood, they might be a stranger to you, but they are evil.

« They come over here, thinking they can still carry on the same life and make people carry on how they want them to live life. »

Asked what was in her father’s mind on the day that Banaz died, Bekhal replied: « All I can say is devilishness. How can somebody think that kind of thing and actually do it to your own flesh and blood? It’s disgusting. »

Bekhal says she is scared whenever she sees somebody from the same background as her.

« I watch my back 24/7. »

Voir de plus:

‘They’re following me’: chilling words of girl who was ‘honour killing’ victim
The murder of Banaz Mahmod by her family in 2006 shocked the country. A documentary now tells her story
Tracy McVeigh
The Observer
22 September 2012

On police videotape, a 19-year-old girl named those she believed had intended to kill her. They would try again, she said. « People are following me, still they are following me. At any time, if anything happens to me, it’s them, » she told the officers calmly. « Now I have given my statement, » she asked an officer, « what can you do for me? »

The answer was very little. Banaz Mahmod went back to her family in Mitcham, south London. Three months later she disappeared. It was several months before her raped and strangled body was found and four years before all those responsible for killing her were tracked down and jailed. Her father and uncle planned her death because the teenager had first walked out of a violent and sexually abusive arranged marriage, and later had fallen in love with someone else.

Now a documentary is to be premiered at the Raindance film festival, which opens this week, that includes for the first time some of the recordings made both by Banaz herself in the runup to her murder and the videotapes of some of the five visits she made to police to report the danger she felt herself to be in and name, before the event, her murderers. She told how her husband was « very strict. Like it was 50 years ago. »

« When he raped me it was like I was his shoe that he could wear whenever he wanted to. I didn’t know if this was normal in my culture, or here. I was 17. » Her family were furious when she finally left him.

The so-called honour killing of Banaz, who was murdered on 24 January 2006, shocked not only the country but also the police team, who faced a daunting task in bringing her killers to justice. They faced an investigation within an Iraqi Kurdish community, many of whom believed Banaz had deserved her fate for bringing shame on her father – a former soldier who fled Saddam Hussein and had sought asylum in the UK with his wife and five daughters. Mahmod Mahmod and his brother, Ari, were jailed for life for their part in the murder in 2007, but two other men involved fled to Iraq and were extradited back before being jailed for life in 2010.

Detective Chief Inspector Caroline Goode, who won a Queen’s Award for her dedicated efforts in getting justice for Banaz, said she found the case harrowing. In most cases police get justice after a murder for the family. « In this case the family had no interest whatsoever in the investigation. It was an absolute outrage that this girl was missing and nobody cared. »

The film also shows the continuing effects of the killing, with both Banaz’s boyfriend and her sister, Bekhal, still living in hiding and in fear. Bekhal has put her own life at risk by her decision to give evidence against her family in court. She now « watches her back 24/7 ».

Remembering her sister, she tells the film-makers: « She was a very calm and quiet person. She loved to see people happy and didn’t like arguments, she didn’t like people raising their voices, she hated it. She just wanted a happy life, she just wanted a family. »

The film, Banaz: A Love Story, was made by the former pop star and now music producer and film-maker Deeyah. Norwegian-born, but of Punjabi and Pashtun heritage, Deeyah has herself been subject to honour-related abuse and her singing career was marred by endless death threats that, in part, led to her giving up touring. The story of Banaz, who died because she just wanted to be an ordinary British teenager, she said, struck an immediate chord with her.

« Despite the horror, what emerges is a story of love, » said Deeyah. « What has upset me greatly from the very beginning of this project is how absent Banaz was from her own story. Whenever you see a film about someone who has passed you will always have family, friends, people who knew the person, sharing their love, their memories and thoughts about the person who has died; they have home videos, photos. That was just not the case here at all. The only person speaking for Banaz who had known her alive was her sister. Other than that, everyone else in the film came to know Banaz after she had died. »

A search for other witnesses to her life proved fruitless. « We tried to find anyone who would have known her, no one came forward, » said Deeyah. « Then I came across the videotape with Banaz herself, telling us what her suffocating reality was like. Watching this tape for the first time was among the most difficult things I have ever experienced. I had spent three-and-a-half years working on this film, learning everything I could about this young woman’s life and her death, we were in the final editing process and suddenly here she was, when no one else would come forward to speak about her.

« I found it excruciatingly sad to see her and at the same time I felt so glad to finally get a chance to see her and hear her. No one listened to her in her life. As a society we let down Banaz, as her community we let her down. I am sorry she had to die for people to start learning more about this problem, although measures have been taken to improve the understanding around this.

« There is a very long way to go before we can adequately understand, protect and support women at risk. We don’t need empty slogans or lip service, we need real concise action on this issue. Living in western societies, we need our lives as ‘brown’ women to matter as much as any fellow human being. »

Voir enfin:

Crime d’honneur -Elif Shafak
Patrice
Cultura
le 28/04/2013

Roman sensible et émouvant d’une auteure turque adulée dans son pays, Crime d’honneur tisse les relations complexes d’une famille écartelée entre sa culture traditionnelle et le désir d’émancipation né du passage à l’occident.
Un village près de l’Euphrate, dans un monde patriarcal où l’honneur des hommes est la valeur suprême. Là, une femme qui implore Allah pour la naissance d’un fils après avoir mis au monde six filles voit sa requête ignorée. Ce seront deux filles de plus : Pembe et Jamila, jumelles aux caractères aussi dissemblables que leurs destins. L’une se marie avec le Turc Adem et part vivre avec lui à Londres, dans un pays hostile et providentiel. L’autre se retire dans une cabane isolée et devient la sage-femme vierge. C’est Pembe, la voyageuse, qui réalisera le rêve maternel en accouchant en Angleterre d’un fils : Iskender, aîné de la fratrie, sultan, petit dieu. Mais les amours contrariés pèsent de tout leur poids dans les malheurs à venir. Car amoureux de Jamila, Adem a dû se résoudre à épouser Pembe qu’il n’aimera jamais et quittera. Le champ est libre pour mettre l’honneur à l’épreuve, car chacun sait chez les kurdes que les femmes ne peuvent apporter que la honte. Et qu’en l’absence du mari, c’est sur le fils, aussi jeune soit-il, que pèse la responsabilité de défendre, par tous les moyens, l’honneur du clan.

EXTRAIT

ESMA Londres, septembre 1992

Ma mère est morte deux fois. Je me suis promis de ne pas permettre qu’on oublie son histoire, mais je n’ai jamais trouvé le temps, la volonté ou le courage de la coucher par écrit. Jusqu’à récemment, je veux dire. Je ne crois pas être en mesure de devenir un véritable écrivain, et ça n’a plus d’importance. J’ai atteint un âge qui me met davantage en paix avec mes limites et mes échecs. Il fallait pourtant que je raconte cette histoire, ne serait-ce qu’à une personne. Il fallait que je l’envoie dans un coin de l’univers où elle pourrait flotter librement, loin de nous. Je la devais à maman, cette liberté. Et il fallait que je termine cette année. Avant qu’il soit libéré de prison.
Dans quelques heures, je retirerai du feu le halva au sésame, je le mettrai à refroidir près de l’évier et j’embrasserai mon époux, feignant de ne pas remarquer l’inquiétude dans ses yeux. Je quitterai alors la maison avec mes jumelles – sept ans, nées à quatre minutes d’intervalle – pour les conduire à une fête d’anniversaire. Elles se disputeront en chemin et, pour une fois, je ne les gronderai pas. Elles se demanderont s’il y aura un clown, à la fête, ou mieux : un magicien.
– Comme Harry Houdini, suggérerai-je.
– Harry Wou-quoi ?
– Woudini, elle a dit, idiote !
– C’est qui, maman ?
Ça me fera mal. Une douleur de piqûre d’abeille. Pas grand-chose en surface, mais une brûlure tenace à l’intérieur. Je me rendrai compte, comme à tant d’occasions, qu’elles ne connaissent rien de l’histoire de la famille, parce que je leur en ai raconté si peu. Un jour, quand elles seront prêtes. Quand je serai prête.
Après avoir déposé les petites, je bavarderai un moment avec les autres mères. Je rappellerai à l’hôtesse qu’une de mes filles est allergique aux noix et que, comme il est difficile de distinguer les jumelles, il vaut mieux les garder à l’œil toutes les deux, et s’assurer que ni l’une ni l’autre n’ingère d’aliments contenant des noix, y compris le gâteau d’anniversaire. C’est un peu injuste pour mon autre fille, mais entre jumelles ça arrive parfois – l’injustice, je veux dire.
Je retournerai alors à ma voiture, une Austin Montego que mon mari et moi conduisons à tour de rôle. La route de Londres à Shrewsbury prend trois heures et demie. Il est possible que je doive faire le plein d’essence juste avant Birmingham. J’écouterai la radio. Ça m’aidera à chasser les fantômes, la musique.
Bien des fois, j’ai envisagé de le tuer. J’ai élaboré des plans complexes mettant en action un pistolet, du poison, voire un couteau à cran d’arrêt – une justice poétique, en quelque sorte. J’ai même pensé lui pardonner, tout à fait, en toute sincérité. En fin de compte, je n’ai rien accompli.
*
En arrivant à Shrewsbury, je laisserai la voiture devant la gare et je parcourrai à pied en cinq minutes la distance me séparant du sinistre bâtiment de la prison. Je ferai les cent pas sur le trottoir ou je m’adosserai au mur, face au portail, pour attendre qu’il sorte. Je ne sais pas combien de temps ça prendra. Je ne sais pas non plus comment il réagira en me voyant. Je ne l’ai pas revu depuis plus d’un an. Au début, je lui rendais visite régulièrement mais, alors qu’approchait le jour de sa libération, j’ai cessé de venir.
À un moment, le lourd battant s’ouvrira et il sortira. Il lèvera le regard vers le ciel couvert, lui qui a perdu l’habitude d’une aussi vaste étendue au-dessus de lui, en quatorze années d’incarcération. Je l’imagine plissant les yeux pour se protéger de la lumière du jour, comme une créature de la nuit. Pendant ce temps, je ne bougerai pas, je compterai jusqu’à dix, ou cent, ou trois mille. On ne s’embrassera pas. On ne se serrera pas la main. Un hochement de tête et un salut murmuré de nos voix fluettes et étranglées. Arrivé à la gare, il sautera dans la voiture. Je serai surprise de constater qu’il est toujours musclé. C’est encore un jeune homme, après tout.
S’il veut une cigarette, je ne m’y opposerai pas, bien que j’en déteste l’odeur et que je ne laisse mon mari fumer ni dans la voiture ni à la maison. Je roulerai à travers la campagne anglaise, entre des prairies paisibles et des champs cultivés. Il m’interrogera sur mes filles. Je lui dirai qu’elles sont en bonne santé, qu’elles grandissent vite. Il sourira comme s’il avait la moindre idée de ce que c’est d’être parent. Je ne lui poserai aucune question en retour.
J’aurai apporté une cassette pour la route. « Les plus grands succès d’ABBA » – toutes les chansons que ma mère aimait fredonner en cousant, en faisant la cuisine ou le ménage : Take a Chance on Me, Mamma Mia !, Dancing Queen, The Name of the Game… Parce qu’elle nous regardera, j’en suis certaine. Les mères ne montent pas au paradis, quand elles meurent. Elles obtiennent la permission de Dieu de rester un peu plus longtemps dans les parages pour veiller sur leurs enfants, quoi qu’il se soit passé entre eux au cours de leurs brèves vies mortelles.
De retour à Londres, on gagnera Barnsbury Square et je chercherai une place de stationnement en grognant. Il se mettra à pleuvoir – des petites gouttes cristallines – et je réussirai à me garer. Je me demande s’il me dira en riant que j’ai la conduite typique des femmes au volant. Il l’aurait fait, jadis.
On se dirigera ensemble vers la maison, dans la rue silencieuse et lumineuse devant et derrière nous. Pendant un court instant, je comparerai ce qui nous entoure à notre maison de Hackney, celle de Lavender Grove, et je n’en reviendrai pas de trouver tout si différent, désormais – combien le temps a progressé, alors même que nous ne progressions pas !
Une fois à l’intérieur, on retirera nos chaussures et on enfilera des pantoufles, une paire de charentaises anthracite pour lui, empruntée à mon mari, et pour moi des mules bordeaux à pompon. Son visage se crispera en les voyant. Pour l’apaiser, je lui dirai qu’elles sont un cadeau de mes filles. Il se détendra en comprenant que ce ne sont pas les siennes à elle, que la ressemblance n’est que pure coïncidence.
Depuis la porte, il me regardera faire du thé, que je lui servirai sans lait mais avec beaucoup de sucre, à condition que la prison n’ait pas changé ses habitudes. Puis je sortirai le halva au sésame. On s’assoira tous les deux près de la fenêtre, nos tasses et nos assiettes à la main, comme des étrangers polis observant la pluie sur les jonquilles du jardin. Il me complimentera sur mes talents de cuisinière et me confiera que le halva au sésame lui a manqué, tout en refusant d’en reprendre. Je lui dirai que je respecte la recette de maman à la lettre, mais que jamais il n’est aussi bon que le sien. Ça le fera taire. On se regardera dans les yeux, dans un silence lourd. Puis il s’excusera, prétextera de la fatigue pour demander à aller se reposer, si c’est possible. Je le conduirai à sa chambre et je refermerai lentement la porte.
Je le laisserai là. Dans une pièce de ma maison. Ni loin ni trop près. Je le confinerai entre ces quatre murs, entre la haine et l’amour, sentiments que je ne peux m’empêcher d’éprouver, piégés dans une boîte au fond de mon cœur.
C’est mon frère.
Lui, un meurtrier.

EXTRAIT BAC :

Together they focused on the film.

Pembe watched The Kid with wide-open eyes, the look of surprise on her countenance deepening with each scene. When Chaplin found an abandoned baby in a rubbish bin, and raised him like his own son, she smiled with appreciation. When the child flung stones at the neighbours’ windows so that the tramp–disguised as a glazier–could fix them and earn some money, she chuckled. When social services took the boy away, her eyes welled up with tears.

And, finally, as father and son were reunited, her face lit up with contentment, and a trace of something that Elias took to be melancholy. So absorbed did she seem in the film that he felt a twinge of resentment. What a funny thing it was to be jealous of Charlie Chaplin. Elias observed her as she unpinned her hair, and then pinned it back. He caught a whiff of jasmine and rose, a heady, charming mixture. Only minutes before the film came to an end, he found the nerve to reach out for her fingers, feeling like a teenager on his first date. To his relief, she didn’t move her hand away. They sat still–two sculptures carved out of the dark, both scared of making a move that would disrupt the tenderness of the moment.

When the lights came back on, it took them a few seconds to grow accustomed to real life. Quickly, he took out a notepad and wrote down the name of another cinema in another part of the town. “Next week, same day, same time, will you come?”
“Yes”, she faltered. Before he’d found a chance to say anything else, Pembe leaped to her feet and headed towards the exit, running away from him and everything that had taken place between them, or would have taken place, had they been different people.

She held in her palm the name of the place they were to meet next time, grasping it tightly, as if it were the key to a magic world, a key she would use right now were it in her power to decide. And so it began. They started to meet every Friday at the same time, and occasionally on other afternoons. They frequented the Phoenix more than any other place, but they also met at several other cinemas, all far-away from their home, all unpopular.
[. . .]
In time he found out more things about her, pieces of a jigsaw puzzle that he would complete only long after she had gone.
[..]
Slowly he was beginning to make sense of the situation. This unfathomable, almost enigmatic attraction that he felt for her, a woman so alien to the life he had led, was like a childhood memory coming back.

Elif Shafak, Honour, 2012

Voir par ailleurs:

Bac 2013: shocking confusion à l’épreuve d’anglais
Marie Caroline Missir
L’Express
20/06/2013

Les concepteurs du sujet d’anglais LV1 se seraient risqués à comparer le prestigieux ‘ »Oxford Union » avec une vulgaire association étudiante…

Lorsque le journaliste anglais Peter Gumbel a découvert le sujet d’anglais première langue du bac 2013, son sang n’a fait qu’un tour. Les concepteurs du sujet auraient confondu « Oxford Union », prestigieux cercle de discussion et de débats bien connu Outre-manche, avec l »‘Oxford’s Student Union », l’équivalent du bureau des élèves. Shocking!

Le texte sur lequel devaient en effet plancher les lycéens est tiré d’une oeuvre de Jeffrey Archer, First Among Equal. Le récit en question met en scène un jeune homme très ambitieux, et qui pourrait, selon sa mère, aspirer à présider le prestigieux « Oxford Union ». A partir de la lecture de ce texte, les élèves sont alors invités à disserter en imaginant le discours de campagne de Simon, le héros de Archer, pour devenir président « of the University’s Student Union », soit l’association des étudiants d’Oxford…rien à voir avec l’Oxford Union, évoquée dans le texte du sujet! « Cette confusion, absolument incroyable pour un examen tel que le bac exigerait que l’épreuve soit annulée! », estime-t-il.

Pour l’Inspection générale d’anglais, il n’y a aucune erreur dans ce sujet. « Dans le texte de compréhension, il est en effet fait référence à la prestigieuse société de réflexion et de débats Oxford Union. Il est vraisemblable que relativement peu de candidats la connaissent. L’un des sujets d’expression proposés au choix du candidat envisage une autre situation: le personnage du texte décide d’être candidat à la présidence de the University’s Student Union. Pour éviter toute confusion, Oxford n’est pas mentionné. Les candidats sont invités à tenir compte de ce qu’ils connaissent du personnage pour l’imaginer dans une situation différente du texte », justifie l’inspection. Much Ado about nothing donc, comme dirait Sheakespeare.

Peter Gumbel est l’auteur de « Elite Academy, La France malade de ses grandes écoles », Denoël, 2013.

COMPLEMENT:

Honor’ Killings: A New Kind of American Tragedy
A new kind of American tragedy is taking place in a Brooklyn Federal Courthouse.
Dr. Phyllis Chesler
Breitbart
30 Jun 2014

Both the defendant, standing trial for conspiracy to commit murder abroad in Pakistan, and the main witness against him, his daughter Amina, wept when they first saw each other. Amina’s extended family stared at her with hostility. As she testified, Amina paused, hesitated, and sobbed. She and her father had been very close until he decided that she had become too “Americanized.”

This Pakistani-American father of five, a widower, worked seven days a week driving a cab in order to support his children; this included sending his daughter, Amina, to Brooklyn College.

This is a successful American immigrant story—and yet, it is also a unique and unprecedented story as well, one which demands that Western law prevail over murderously misogynistic tribal honor codes.

At some point, Mohammad Ajmal Choudry sent Amina to Pakistan so that she might re-connect with her “roots”—but he had her held hostage there for three years. During that time, Amina, an American citizen, was forced into an arranged marriage, ostensibly to her first cousin, who probably expected this marriage to lead to his American citizenship. Such arranged marriages, and arranged specifically for this purpose, are routine. They are also factors in a number of high profile honor killing cases in the United States, Canada, and Europe.

For example, the Texas born and raised Said sisters, Aminah and Sarah, refused to marry Egyptian men as their Egyptian cab-driver father Yasir wanted them to do and he killed them for it. Canadian-Indian, Jaswinder Kaur, refused to marry the man her mother had chosen for her and instead married someone she loved. Her widowed mother and maternal uncle had her killed in India. They have been fighting extradition from Canada for more than a decade.

Amina, who grew up in New York from the time she was nine years old, did not want to be held hostage to this marriage. Indeed, Amina had found a man whom she loved and wished to marry.

Plucky Americanized Amina fled the arranged marriage within a month. With the help of a relative, the U.S. State Department, and ultimately, the Department of Homeland Security, Amina left Pakistan and went into hiding in the United States.

She had to. Her father had threatened to kill her if she did not return to her husband, give up her boyfriend, or return to her father. Mohammad may have pledged Amina’s hand without her knowledge, long, long ago.

A female relative’s sexual and reproductive activities are assets that belong to her father’s family, her tribe, her religion. They are not seen as individual rights.

Acting as if one is “free” to choose whom to marry and whom not to marry means that a woman has become too Westernized, or, in Amina’s case, too “Americanized.” This is a capital crime.

From Mohammad’s point of view, his beloved daughter had betrayed and dishonored him. She had “un-manned” him before his family. The desire to marry whom you want or to leave a violent marriage are viewed as filthy and selfish desires. Many Muslims in the Arab and Muslim world; Hindus and Muslims in India; and Muslims and, to a lesser extent, Sikhs in the West share this view and accordingly, perpetrate “honor killings.”

I do not like this phrase. An honor killing is dishonorable and it is also murder, plain and simple. It is a form of human sacrifice. It is also femicide–although sometimes boys and men are also murdered. I would like to call them “horror” murders.

American federal statutes have allowed prosecutors to charge and convict American citizens and residents while they are in the United States for having committed crimes abroad. This includes conspiracy to commit murder, incite terrorism, launder money, engage in racketeering, etc.

What did Mohammad Choudry do? According to the Indictment filed in United States District Court/the Eastern District of New York on September 20, 2013, Choudry “knowingly and intentionally conspired” to commit one or more murders. He contacted and wired money to at least four conspirators in Pakistan, including some relatives. Since Amina would not come out of hiding, their job was to murder the father and sister of Amina’s boyfriend. And they did just that. An eyewitness “observed Choudry’s brother standing over the victims, holding a gun and desecrating the bodies.”

The murders were committed in Pakistan “between January 2013 and February 2013.” Mohammad Ajmal Choudry was arrested in New York on February 25, 2013. The trial began last week, in June, 2014. Amina testified that her father vowed to kill her and every member of her new lover’s family if she did not do the right thing.

The price of love or of freedom for Amina—and for other women in her position–is very high. She will have no family of origin. If she ever weakens and tries to seek them out, she risks being killed by one of her siblings, uncles, or cousins. After all, Amina entrapped her father on the phone by allowing him to death threaten her and others.

I have published three studies about honor killing and am at work on a fourth such study. I have also written countless articles about this subject and submitted affidavits in cases where girls and women have fled honor killing families and are seeking political asylum.

I am beginning to think that, like female genital mutilation, honor murder is so entrenched a custom that, in addition to prevention and prosecution,  (at least in the West), what may be required is this: People may need to be taught courage, the art of resisting tribal barbarism. Families need to learn to go against tradition, withstand ostracism and mockery, withstand being cut off by their families and villages—for the sake of their daughters.

One fear that a “dishonored” family has is that they will not be able to marry off their other daughters or sons. Perhaps educating a pool of potential marriage mates into understanding that murder is not “honorable;” that daughters’ lives are valuable, that such horror murders are not religiously sanctioned (if indeed, that is the case), and that enacting tribal honor codes are high crimes in the West.

The Choudry trial continues today in Brooklyn. Stay tuned for breaking news.


Baptême princier: Attention, un rituel peut en cacher un autre ! (Brits christen their prince while former genocidal Europe seeks to criminalize circumcision)

24 octobre, 2013
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/76/CirconcisionRothenburg.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/10/6ff16-1752b-2bthe2bbaptism2bof2bjesus.gifhttps://i2.wp.com/static.guim.co.uk/sys-images/Guardian/Pix/pictures/2013/10/23/1382539023487/William-Kate-and-Prince-G-009.jpghttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8e/Botticelli_Scenes_from_the_Life_of_Moses.jpg
http://www.aubergemontsegur.com/Nouvelles/2011/Noel/Tentaciones_de_Cristo_(Botticelli)web.jpgC’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi: tout mâle parmi vous sera circoncis.Vous vous circoncirez; et ce sera un signe d’alliance entre moi et vous. A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race. Genèse 10: 12-17
Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds (euphémisme pour les organes génitaux) de Moïse, en disant: Tu es pour moi un époux de sang! Et l’Éternel le laissa. Exode 4: 24-26
Vous circoncirez donc votre coeur … Deutéronome 10: 16
L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton coeur et le coeur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton coeur et de toute ton âme, afin que tu vives. Deutéronome 30: 6
Il ne faut donc point que les Juifs s’imaginent aujourd’hui avoir eu quelque avantage sur le reste des nations. Quant à leur longue dispersion, il n’est point surprenant qu’ils aient subsisté si longtemps depuis la ruine de leur empire, puisqu’ils se sont séquestrés des autres peuples et se sont attiré leur haine, non-seulement par des coutumes entièrement contraires, mais par le signe de la circoncision qu’ils observent très-religieusement. Or, que la haine des nations soit pour les juifs un principe de conservation, c’est ce que nous avons vu par expérience. Un roi d’Espagne les ayant autrefois contraints ou de quitter son royaume ou d’en embrasser la religion, il y en eut une infinité qui prirent ce dernier parti. Et comme en se faisant chrétiens ils devenaient capables de tous les privilèges des autres citoyens et dignes de tous les honneurs, ils se mêlèrent si étroitement aux Espagnols qu’il ne reste plus d’eux aucune trace ni aucun souvenir. En Portugal il en a été tout autrement : car étant forcés d’embrasser le christianisme sans être admis aux privilèges et aux dignités de l’État, ils ont toujours vécu, quoique convertis, dans un état d’isolement par rapport aux autres Portugais. Le signe de la circoncision me paraît ici d’une telle conséquence que je le crois capable d’être à lui tout seul le principe de la conservation du peuple juif. Je dirai plus : si l’esprit de leur religion n’efféminait leurs âmes, je suis convaincu qu’une occasion favorable venant à se présenter, les Juifs pourraient (tant les choses humaines sont variables) reconstituer leur empire et devenir ainsi l’objet d’une seconde élection de Dieu. (…)  Au reste, si quelqu’un persiste à soutenir pour telle ou telle raison que l’élection des Juifs est une élection éternelle, je n’y veux pas contredire, pourvu qu’il demeure d’accord que cette élection, de quelque durée qu’elle soit, en tant qu’elle est particulière aux Juifs, ne regarde que les avantages temporels et l’établissement de leur empire (puisqu’il n’y a que ce seul point par où les nations se distinguent les unes des autres), mais qu’à l’égard de l’intelligence et de la vertu véritable, toutes les nations sont égales, Dieu n’ayant sur ce point aucune sorte de préférence ni d’élection pour personne. Baruch Spinoza
Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
A l’époque de la peste noire, on tua des étrangers, on massacra des Juifs et, deux siècles plus tard, on fit brûler des sorcières, et cela pour des raisons parfaitement identiques à celles qu’on a rencontrées dans nos mythes. Tous ces malheureux se retrouvèrent indirectement victimes des tensions internes engendrées par les épidémies de peste et autres catastrophes collectives dont ils étaient tenus responsables par leurs persécuteurs. Les crimes imaginaires et les châtiments réels de ces victimes ne sont autres que les crimes et châtiments qu’on trouve dans la mythologie. Pourquoi donc, dans le cas de la seule mythologie, faudrait-il croire que, si les crimes sont imaginaires, les punitions et les victimes ne sauraient elles-mêmes être réelles ? Tout indique que le contraire est vrai. Les textes qui témoignent d’atrocités historiques, les archives judiciaires relatives à la chasse aux sorcières, par exemple, comportent les mêmes accusations extravagantes que les mythes, la même indifférence aux preuves matérielles et le même sentiment massif et irréfléchi que tout est exact, sentiment souvent exprimé, même s’il n’est pas effectivement partagé, par les boucs émissaires eux-mêmes. Tous les indices trahissant la victimisation d’individus imparfaitement assimilés – étrangers, handicapés physiques ou mentaux – sont présents dans ces documents, tout comme ils le sont dans la mythologie, pour autant qu’on puisse le vérifier ; à nous, observateurs d’aujourd’hui, ils livrent la vraie nature de ce qui s’est passé. (…) Je suis convaincu que la plupart des données d’ordre culturel sont pertinentes pour l’étude du sacrifice, y compris dans une société comme la nôtre qui ne pratique pas d’immolations sacrificielles. Le premier exemple qui me vient à l’esprit est notre propre interrogation du sacrifice ici même. Il y a forcément un rapport entre cette interrogation et le fait que les sacrifices sanglants sont de nos jours perçus comme odieux, non seulement par une petite élite, mais par l’ensemble de notre société, laquelle est désormais en voie de mondialisation rapide. Malgré ce sentiment d’horreur, une grande part de nos coutumes et pratiques et une bonne part de notre pensée peuvent encore être reliées au sacrifice d’une façon que nous ne soupçonnons pas. J’estime que notre histoire fourmille de phénomènes si clairs de ce point de vue qu’on ne saurait les exclure d’une enquête sur le sujet. C’est le cas, par exemple, de notre attitude envers certaines formes de persécution collective, de la façon dont nous comprenons et condamnons les préjugés collectifs et toutes les pratiques d’exclusion. Je crois également à la pertinence de nombreux textes littéraires, comme la tragédie grecque ou le théâtre de Shakespeare. Je pense aussi que la Bible et surtout le Nouveau Testament ont joué un rôle important dans tous les progrès que nous avons déjà faits, et que nous ferons demain, dans la recherche d’une meilleure compréhension du sacrifice. René Girard
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Mais pourquoi donc le christianisme est-il devenu une religion non-juive ?  Gilles Bernheim
Si la loi du sabbat appartient au cérémoniel et n’est plus obligatoire, pourquoi remplacer le sabbat par un autre jour? (…) Si la grâce chrétienne a mis fin à la loi juive, si le dimanche chrétien a abrogé le sabbat juif, si la notion d’un Dieu invisible indéfiniment suspendu à une croix a remplacé la notion du Tout-puissant invisible, si le salut et son emphase sur le spirituel l’a emporté sur la création, sur a nature et sur le corps, si le Nouveau Testament a supprimé l’Ancien, si les païens ont remplacé Israël; alors les juifs ont eu théologiquement raison, et ont encore raison aujourd’hui, de rejeter la religion chrétienne. Jacques Doukhan
All babies are unbelievably special, not only royal babies. But Prince George’s christening does carry an extra significance. As a nation we are celebrating the birth of someone who in due course will be the head of state. That’s extraordinary. It gives you this sense of forward looking, of the forwardness of history as well as the backwardness of history, and what a gift to have this new life and to look forward. Rev. Justin Welby (Archbishop of Canterbury)
As with any other infant’s baptism, Welby marked the Prince with the sign of the cross on his forehead and splash water on his head. The silver font used for George’s baptism has been used for every royal christening since 1841 and will be filled with water from the River Jordan. CNN
The Anti-Defamation League (ADL) and B’nai B’rith International condemned a resolution and report of the Parliamentary Assembly of the Council of Europe (PACE) in Strsbourg, which calls the Jewish ritual circumcision a “violation of children’s physical integrity,” undermining the religious freedom to perform circumcision on newborn boys. … Circumcision is not discretionary, but rather central, in Jewish life and practice throughout history,” added B’nai B’rith International Executive Vice President Daniel S. Mariaschin. “It must be made clear what those who support the criminalizing of circumcision in Europe are proposing: Discrimination against the Jewish community in Europe. EPL

Attention: un rituel peut en cacher un autre !

En ce lendemain du baptême du petit prince George qui, à travers l’Archévêque de Canterbury, nous rappelle nos indissolubles liens à notre passé judéochrétien …

Au moment même où, après la  dimanchisation du sabbat, l’Europe du génocide juif envisage de criminaliser la circoncision

Et où, retour à la fureur primitive sur les plages malgaches, on lynche et immole des hommes par le feu …

Pendant que les meutes de nos cours de recréation ou de nos réseaux sociaux peuvent pousser nos enfants au suicide …

Comment ne pas repenser à ce passé commun de l’humanité …

Dont demeurent les traces transfigurées …

Tant la circoncision (cette mutilation protectrice de la partie pour le tout, comme semble le rappeler le mystérieux épisode de Séphora préservant de la violence divine son époux comme son fils) …

Que le baptême (dont l’immersion primitive rejouait à la fois, via la noyade simulée, la mise à  mort et la résurrection du Christ)  …

A savoir le sacrifice humain en général et le sacrifice d’enfants en particulier?

LE SACRIFICE HUMAIN

Anne Stamm

Pourquoi ai-je choisi de vous entretenir du sacrifice humain, un sujet en quelque sorte tabou ? Tout simplement parce que j’ai lu l’été dernier l’ouvrage d’un universitaire américain: « L’autel le plus haut  » (Patrick Tierney), qui m’ a incité à réfléchir, à entreprendre des recherches bibliographiques, à interroger de s collègues ethnologues.

En 1954, un groupe d’archéologues andin se constitue après la découverte du Mt Plomo (5 400 m) par 2 mineurs à la recherche d’un trésor inca du corps d’un jeune enfant en parures d e cérémonies inca. Il n e s’agit pas d’une momie, mais d’un petit garçon placé dans un caveau vivant et que les conditions climatologiques ont conservé dans un état de souplesse , de flexibilité tout à fait étonnant .

Transféré à Santiago, au Muséum national le corps a été soumis à de nombreuses analyses et conservé en congélateur.

Le costume de l’enfant montrait de toute évidence qu’il appartenait à une famille princière et que son sacrifice remontait à 1470-1480 .

Depuis lors ce groupe d’archéologues a découvert de très nombreux corps d’enfants enterrés ou inhumés dan s des fosses ou dans des tours à des altitudes pouvant atteindre 6 500 m . Il s’agissait toujours d e jeunes et beaux enfants dont le visage était parfaitement calme . Bien entendu ces  trouvailles posèrent d’innombrables questions :

On connaissait les sacrifices humains des Aztèques immolant des prisonniers de guerre dont le sang et la chair devaient nourrir le soleil et lui permettre de revenir éclairer la terre.

Ceux qu’au Bénin, on accomplissait à la mort d’un souverain, on savait moins que lors d e son intronisation le nouveau roi devait tuer un esclave .

On savait qu’aux Indes les veuves devaient se jeter dans le bûcher consumant le corps de leur mari, mais aussi que les victimes humaines procuraient la richesse et l’immortalité , accomplissaient des vœux, étaient indispensables à l’érection de certains bâtiments, et ce jusqu’ à l’interdiction par les Britanniques vers le milieu du XIX e siècle. O n avai t dans l’esprit le meurtre d’Iphigènie par son père Agamemnon et celui que faillit accomplir Abraham sur son fils Isaac .

On n’avait pas assimilé l’exécution de Remus par Romulus à un sacrifice humain et les corps retrouvés dans les marais danois posaient de nombreuses questions.

Les historiens avaient tendance à penser que ces pratiques étaient le fait de peuplades arriérées et quand ils en avaient connaissance en Grèce, c’était, croyaient-ils, dans l’antiquité la plus lointaine. Pausanias (l’historien grec du 2 e siècle après J.C. ) refusa lui-même de divulguer les détails du sacrifice accompli a u sommet du Mt Lycée e n Arcadie et qui comportait la mort et le dépeçage d’un enfant mangé collectivement chaque année : « Je ne voyais aucun plaisir à étudier ces sacrifices, disait Pausanias, laissons les tels qu’ils sont et tels qu’ils ont été depuis les origines » .

Quant aux ethnologues et aux ethnographes, ils ont la plupart du temps été très discrets sur des pratiques qui les gênaient beaucoup : o u bien ils avaient très peu de renseignements, car bien entendu on se cachait des blancs, sauf dans les débuts de la pénétration européenne (mais alors ils n’étaient guère en état de faire des observations correctes), o u bien on leur disait que la chose n’avait plus cours : un dogon interrogé par Griaule racontait qu’autrefois on immolait un albinos pour emporter un message à Dieu mais que cela ne se faisait plus : « ils sont comptés maintenant  » affirmait-i l ou bien ils avaient peur que l’évocation de ces sacrifices ne nuise à l a réputation de la population, objet de leurs études et à laquelle ils s’étaient le plus souvent sentimentalement attachés .

Et puis il y avait les professionnels de la mauvaise conscience et qui mélangeaient tout :

– les vaincus passés au fil de l’épée par le vainqueur afin de manifester sa puissance, afin d’intimider les agresseurs éventuels et dissuader des attaques toujours possibles,

– les condamnés à mort dont l’exécution était tout à la fois châtiment de leur crime et élimination d’un danger futur, danger qui d’ailleurs peut-être moral, qu’on songe à Socrate ( + 399 avant J.C.) considéré com e opposant à la cité et corrupteur de la jeunesse,

– les victimes des innombrables vendettas qui se déroulaient ou se déroulent encore dans le monde, ainsi la guerre du chien chez les Mongo dans le s années 1920 fit des milliers de victimes;

– les serviteurs ou les femmes tués ou enterrés vivants dans ou à côté de la tombe de leur maître afin d’aller le servir dans l’autre monde ;

– l’immolation de martyrs qu’ils soient religieux ou politiques et le plus souvent politico-religieux par exemple :

– Husay , petit-fils de Mahomet massacré à Karbala e n Irak , en 680 , car il ne voulait pas reconnaître Yazid comme iman. Cette mort est commémorée par les Chiites lors des fêtes de l’Achura (les Chiite s sont le s partisans de l a succession du prophète par les Alides (descendants de Fatima) ;

– les martyrs chrétiens de l’empire romain qui représentaient plus un danger politique que religieux, par leur refus de rendre un culte aux empereurs; – toutes le s victimes de toutes les guerres « saintes » ;

– le meurtre d’empoisonneurs supposés avoir tué réellement ou par magie: dans de nombreuses populations, en effet , i l n’ y a pa s d e « mort naturelle » , il y a toujours un ou des responsables qu’on découvre le plus souvent par divination;

– la mort programmée des rois sacrés africains à qui l’on présentait le poison ou bien que l’on étouffait (car il ne fallait pas répandre le sang), aux premiers signes de faiblesse ou de vieillissement.

Tous ces morts, tous ces exécutés ne sont pas victimes de sacrifices humains bien que dans certaines sociétés il n’est pas de situation critique à laquelle on ne réponde par le sacrifice, et où dans le cas où le groupe est menacé on n’envisage l’immolation d’un humain, immolation qui clôt le cycle des vengeances…

Nous avions oublié les dangers des désirs de vengeance, nous les voyons ressurgir autour de nous aussitôt que s’affaiblit le système judiciaire : ainsi en est-i l aujourd’hui en Yougoslavie. Il nous faut donc examiner la notion même de sacrifice : sacrifier quelque chose ou quelqu’un c’est rendre la chose ou la personne sacrée , c’est-à-dire la séparer de soi, la séparer du monde profan , la donner à Dieu, aux dieux ou aux déesses.

Le bien offert devenant propriété du ou des dieux devient inaliénable, il peut être détruit, mais il peut aussi devenir seulement intouchable – qu’on songe aux vierges consacrées dans tant de religions .

Sacrifier c’est être dans la logique d’un échange : l’homme donne ce qu’il a, et au maximum quelqu’un de son espèce, voire de sa famille – pour obtenir de la divinité des biens que seule la puissance créatrice peut distribuer : la santé, l a purification, la fertilité de la terre, la fécondité du bétail ou des épouses…

Toute la vertu du sacrifice réside dans l’idée que l’on peut agi r sur les forces spirituelles par l’offrande de biens matériels, offrande, bien entendu assortie de prières, d’incantations, de suppliques. Le sacrifice passe même pour être un meilleur moyen que la prière souvent ignorée…

Il faut que le Transcendant soit puissant pour qu’on lui offre le bien suprême qui est si souvent un enfant c’est-à-dire l’espoir et l’avenir du groupe, l’objet des soins et de l’amour de ses parents. Il est vrai que nous avons de la peine à comprendre les formes que peut prendre cet amour. C’es t l’anthropologue Johan Reinhard qui explique : « Les Incas faisaient une faveur à ces enfants puisqu’il s devenaient des dieux après leur mort » . « Il s étaient même célébrés comme des demi-dieux pendant les dix jours de fête précédant leur mise à mort « :

Deux fois par an, aux solstices d’été et d’hiver, les meilleures récoltes, les plus beaux animaux, les plus fins vêtements, les plus précieuses œuvres d’art et les plus joli s enfants étaient rassemblés (de l’Equateur jusqu’au Chili) et amenés à Cuzco , la capitale inca perchée à 3 650 m d’altitude en 4 grandes processions convergentes, chacune venant d’une province… Cuzco n’était pas seulement une capitale politique, c’était le mandala qui maintenait la cohésion de l’empire.

Après une purification rituelle les enfants écoutaient le grand prêtre leur expliquer les bienfaits que leur sacrifice apporterait à l’Empire et à eux-mêmes. Accompagnés de leur mère ils processionnaient autour des statues des principaux dieux : Viracocha , l e Dieu d u Soleil , l e Die u de s Eclairs , ou celui de la Lune. L’inca ordonnait alors aux prêtres d’emporter leur part des offrande s et de s sacrifiés à immoler aux plus grands autels de leur région.

De nouveaux grands défilés se dirigeaient vers les provinces et finalement montaient à ces autels situés très haut dans les montagnes .

Avan t d e procéde r a u sacrific e le s prêtre s disaien t un e prière , pa r exempl e à Viracoch a l e créateu r : « Dispensateu r d e vie , to i qu i décide s d u jou r e t d e l a nuit , to i qu i engendre s l’auror e e t l a lumièr e di s à to n fil s l e solei l d e brille r e n pai x e t e n sérénité , d e brille r a u dessu s d e ceu x qu i l’attendent , d e le s protége r contr e le s maladie s etc.. « 

A e n croir e l a légend e d e Tant a Carhua , un e fillett e sacrifié e à 1 0 ans , le s festivité s inca s préparaien t parfaitemen t le s victime s à leu r sor t : « vou s pouve z e n fini r ave c moi , maintenant , aurait-ell e dit , j e n e pourrai s pa s êtr e plu s honoré e qu e pa r le s fête s qu’o n a célébrée s pou r mo i à Cuzco » .

Le s victime s étaien t de s ambassadeur s auprè s de s dieux . Elle s devaien t mouri r heureuse s ca r u n représentan t e n colèr e e t rempl i d e mauvais e volont é n’aurai t pa s ét é u n bo n défenseu r de s intérêt s d e se s mandants .

L e sacrific e humai n engendr e auss i 3 sorte s d e demi-dieu x : l a victi – m e qu i dispens e dorénavan t santé , travail , fertilit é etc. . s a tomb e étan t centr e d’u n pouvoi r magique , deuxièm e demi-die u l e commanditair e qu i profit e a u mieu x d u sacrific e consent i o u payé.. . qu i es t considér é comm e invincibl e à caus e de s pouvoir s conféré s pa r le s pacte s scellé s pa r leur s sacrifices . Enfi n l e sacrificateu r lu i même , ca r observan t de s pacte s ave c le s puissance s surnaturelles , i l n e peu t qu’e n recevoi r succès , richess e e t considération .

Pou r profite r de s bienfait s d u sacrific e i l convien t d e s’associe r à l a victim e : soi t e n mangean t s a chair , soi t e n procuran t l e sacrifié , e n l e parant , l e nourrissan t etc. .

Mai s peu t s’établi r un e relatio n contradictoir e entr e l e sacrifi é e t se s sacrificateurs . S i l a victim e n’es t pa s consentante , o n pense , a u Pérou , qu e so n âm e devien t l’esclav e de s « tius  » (esprit s d e l a montagne ) e t peu t tue r à leu r place . Ains i a-t-o n peu r qu e l e mor t n e s e libèr e e t n e vienn e s e venger . Auss i o n tach e d e s e concilie r so n espri t pa r de s prière s e t de s culte s o ù s e marquen t le s influence s chrétienne s : o n le s appell e d’ailleur s de s « misses » . I l sembl e bie n qu e le s sacrifice s humain s s e pratiquen t aujourd’hui , encore , dan s le s Audes , Patric k Tierne y a recueill i d e nombreu x témoi – gnage s e t fai t éta t d’article s d e journau x d e l a Pa z o u d e Santiago .

E n 196 0 u n orpheli n aurai t ét é sacrifi é a u Lag o Bud i (a u su d d e Santiago ) pou r fair e cesse r u n ra z d e marée , e n 198 6 u n paysa n aurai t ét é sacrifi é pou r calme r l a colèr e d e l a natur e qu i faisai t monte r le s eau x d u La c Titicaca , e n 198 3 u n homm e aurai t ét é pend u dan s l a mêm e régio n (côt é Pérou ) pou r lutte r contr a l a sécheresse . O n accus e d e ce s crime s le s chamane s qu i « parlen t a u diable » , le s narcotrafiquant s o u le s commer – çant s qu i veulen t réussir .

Dan s notr e sphèr e culturell e Eschyl e narr e l e sacrific e d’Iphigéni e :

Le s Dieux , e t e n particulie r Artémi s (don t l e cult e comprenai t parfoi s de s sacrifice s humains ) avaien t immobilis é le s vaisseau x d’Agamenno n – Artémi s avai t pri s parti e pou r Troi e – dan s l e Golf e d’Argos . Le s Dieu x avaien t avert i Agamenno n qu’il s lu i accorderaien t u n ven t favorabl e seulemen t s’i l leu r immolai t s a fill e Iphigénie . Longtemp s Agamenno n hésit a pui s i l immol a Iphigénie . A u mêm e instan t le s vent s s e levèren t mai s l e desti n tomb a su r l a nuqu e d’Agamenno n : i l ser a tu é pa r l’aman t d e s a femm e Chytemnestre , leque l ser a tu é pa r Orest e qu i poignarder a auss i s a mèr e pou r l a puni r ains i qu e so n aman t d’avoi r tu é so n père.

Pou r comprendr e c e geste , c e sacrific e innommabl e – c e qu i n e veu t pa s dir e l’approuve r – nou s allon s fair e un e sort e d’inventair e de s mobile s qu i l e provoquen t : Fondation s d e ville s Nou s avon s déj à évoqu é l e meurtr e d e Remu s pa r Romulus , pou r n e pa s multiplie r le s exemple s j e m e born e à cite r l a fondatio n d e l’un e de s cité s Kotok o (su r le s cour s inférieur s d u Char i e t d u Logone ) : Logon e Birn i exige a l e sacrific e d e l a fill e d e l’u n de s groupe s e t d u garço n d e l’autr e muré s vivant s dan s l’épaisseu r d u mu r d’enceinte , Madam e Lebeu f qu i étudi a ce s principauté s expliqu e : « l e sacrific e d’u n de s fondateur s o u d e s a progénitur e es t u n act e essentiel . I l scell e l’unio n d e l’homm e ave c l e so l d e l’espac e réserv é mai s l’unio n de s groupe s étranger s entr e eux » . Intronisatio n d e Roi s L a traditio n Yoroub a voulai t qu e l e jou r d e l’intronisatio n d e l’on i d’If é (If é es t l’antiqu e capital e d’o ù son t parti s le s yoroub a don t l a tradi – tion , no n écrite , a ét é évoqué e pa r d e nombreu x informateur s don t l’u n de s dernier s es t mor t e n 1930) , qu e l e jou r d e cett e intronisation , u n esclav e étai t amen é a u palai s richemen t habill é e t coiff é d’un e couronn e d e cauris . Ce t esclav e (ro i d’u n jour ) recevai t le s dignitaire s d e l a cour , dan s diffé – rente s partie s d u palai s assi s su r u n trône , pui s i l quittai t l e palai s e t l a vill e d’If é pou r toujours . Comm e o n n e doi t jamai s dir e qu e l e ro i es t mor t mai s qu’i l es t parti , o n peu t suppose r qu e c e ro i d’u n jou r étai t exécuté .

Mort des Roi s

A l a fi n d u XVIII e siècl e (1778-1786 ) J.-F . Landolph e décri t le s funéraille s d e l’Ob a (ro i d u Bénin) .

O n creus e un e tomb e dan s l’un e de s cour s d u palais . C’es t u n tro u larg e d e 4 pied s carré s e t profon d d e 30 . O n y descen d l e cadavr e roya l ains i qu e se s premier s ministre s vivants . L’ouvertur e es t fermé e pa r un e grand e trapp e d e bois . Tou s le s jour s o n apport e de s vivre s e t o n demand e s i l e ro i es t mort . Le s survivant s réponden t qu’i l es t bie n malade . O n agi t ains i jusqu’ à c e qu e l’o n n’obtienn e plu s d e réponses . Pendan t c e temp s l’anarchi e es t instauré e dan s l a ville , de s homme s masqué s parcouren t le s rue s d e l a vill e e t fon t vole r l a têt e d e ceu x qu’il s rencontren t d’u n cou p d e coupe-coupe . L e san g es t recueill i dan s de s bassine s e t i l es t vers é su r l e tombea u de s rois .

Plu s tar d le s corp s son t sorti s d e l a foss e e t ceu x de s ministre s rendu s à leu r famill e tandi s qu e l e ro i es t inhum é dan s un e vast e cou r sou s l e portiqu e don t le s pilier s son t sculptés . C e lieu , di t l’auteur , étai t couver t d e san g humai n e t u n énorm e serpen t sculpt é dan s de s dent s d’éléphan t emboîtée s l’un e dan s l’autr e semblai t descendr e d u toi t e t pénétre r dan s l a tombe . N’oublion s pa s qu e l e serpen t es t symbol e d’éternit é e t plu s encor e d’éterne l retour .

Mai s le s sacrifice s n’e n étaien t pa s terminé s pou r autant .Deu x foi s pa r a n avaien t lie u d’important s rituel s qu i comportaien t de s offrandes , notammen t celle s d e 1 2 victime s humaine s ains i qu e 1 2 chiens , vaches , moutons , boucs , poulet s e t u n poisson . Ce s rituel s d e commémoratio n étaien t organisé s pa r l e ro i régnan t e n l’honneu r d e so n pèr e décédé , l’Ob a allai t voi r le s victime s humaine s ligotée s e t assise s e t le s chargeait , à voi x haut e d e message s pou r so n père . Alor s avai t lie u l’exécutio n : l a victim e s’avançai t bâillonné e ell e étai t assommé e pa r devan t e t pa r derrière . Allongé e alor s à terr e ell e étai t égorgé e e t so n san g recueill i arrosai t le s tombeau x de s rois .

Un e autr e grand e fêt e honorai t l e ro i régnan t lui-mêm e e t comportai t égalemen t de s sacrifices .

E n pay s Kotok o (Tchad , frontièr e Nigeria ) à Makari , l a traditio n assur e qu’ à chaqu e intronisatio n l e cora n étai t recouver t d e l a pea u d e l a mèr e d u M e (prince ) e t d e cell e d’u n bœu f immol é e n mêm e temp s qu’elle , qu’i l étai t ensuit e plac é dan s u n étu i d e cui r multicolor e e t soustrai t au x regards .

Obtentio n d e faveur s importante s

L’immolatio n d e victime s humaine s n e s’impos e qu e lorsqu e le s faveur s sollicitée s d e l’au-del à son t importantes . Nou s avon s évoqu é l e sacrific e d’Iphigéni e pa r so n père , sacrific e auque l devai t consenti r l a victim e elle-mêm e : Racin e me t dan s l a bouch e d e so n héroïn e : « i l fau t de s Dieu x apaise r l a colère  » avan t qu’ell e n e s e voi t substitue r un e jeun e captiv e Eriphèle , fill e caché e d’Hélèn e e t d e Thésée , don c ell e auss i d u san g d’Hélène .

A u Pérou , d e même , l a victim e devai t êtr e consentante . Alor s ell e devenai t Die u e t sourc e d e félicit é e t d e pouvoi r pou r celu i qu i e n faisai t l’offrande . L a fillett e don t nou s avon s parl é e t qu i es t révéré e sou s l’appellatio n d e « Tant a Carhua » , valu t à so n pèr e nommé e che f d e l a communaut é dan s le s jour s qu i suiviren t l’emmuremen t d e s a fill e consa – cré e a u soleil .

Su r l’îl e mélanésienn e d e Malekul a u n homm e qu i sacrifi e u n jeun e garçon , e n mêm e temp s qu’u n sanglie r particulier , devien t seigneu r de s enfer s e t possèd e u n pouvoi r su r l’ensembl e d e l a tribu .

O n gagn e pourrait-o n dir e u n pouvoi r magiqu e à l a mesur e d u sacri – fic e consenti .

C’es t c e pouvoi r qu’o n recherchait , e n Afrique , e n entran t dan s le s société s secrète s dite s de s hommes-lions , de s hommes-léopard s o u croco – diles . Pou r y entre r i l fallai t « offrir  » quelqu e membr e d e s a famille , don t un e parti e (o u l a totalité ) d u corp s étein t partagé e e t mangé e pa r le s membre s d e l a confrérie . Le s faveur s demandée s peuven t êtr e moin s importante s à no s yeu x :

Che z le s Peu l d u Foulado u (Ht e Casamance ) o n célèbr e encor e aujourd’hu i u n importan t ritue l e n l’honneu r de s vaches . Le s vache s c’es t l a vi e mêm e pou r ce s pasteurs.. . auss i pou r e n obteni r n’hésitait – (n’hésite ) o n pa s à passe r u n pact e ave c Gaari-Jinn e (l e génie-taureau) ? Celu i qu i veu t avoi r u n troupea u peu t offri r secrètemen t s a femme , so n enfan t – autrefoi s san s dout e de s esclave s – . Alor s l a victim e tomb e devan t l e troupea u d e vache s d e l a communaut é qu i arriv e e n galopan t pou r partici – pe r a u rituel . Ell e tomb e e t meur t – parfoi s piétinée , parfoi s d e maladi e dan s le s jour s suivant s – . Implore r l e pardo n C’es t u n autr e moti f pou r sacrifie r u n humai n e t e n particulie r u n enfant . Lor s d e terrible s ra z d e maré e : E n 196 0 eu t lie u l’exécutio n d’u n peti t garço n orpheli n (enviro n 6 ans) , prè s d u lag o Bud i a u Chili . O n lu i arrach a l e cœu r e t le s intestin s qu’o n jet a à l’eau . C’es t pou r montre r so n obéissanc e à Die u qu’Abraha m failli t bie n immole r so n fil s Isaa c (XIX e siècl e avan t J.-C) . Mai s c’étai t e n l’honneu r d e Moloch , Dieu x de s cananéen s e t de s phénicien s qu’étaien t immolé s d e nombreu x enfant s qu’o n brûlai t dan s de s « Tophets » . Manassé , fil s d’Ezéchias , « fi t passe r so n fil s pa r l e feu , pratiqu a l’astrologi e e t l a magie , institu a nécromanci e e t devins  » ( 2 roi s 2/16) . Acha z 12 e ro i d e Juda , ro i d e Jérusalem , e n avai t fai t autan t « i l fi t fume r l’encen s dan s l a vill e d e Be n Hinno m e t brûl a se s fil s pa r l e feu » , selo n le s abomination s de s nation s qu’avaien t dépossédée s Yahw e devan t le s fil s d’Israë l ( 2 chronique s 28/3) . L a rein e Dido n d e Ty r ayan t emport é à Carthag e – qu’ell e aurai t fond é a u IX e siècl e avan t J.-C . – le s Dieu x d e Phénicie , o n trouvait , e n Tunisi e u n « tophet  » ave c de s stèle s sacrificielle s e n l’honneu r d e Baal – Hammo n e t d e Tarit-Astart é (déess e d e l a fécondité) . Renouvellemen t d u mond e L e mond e vieillissant , le s organisation s s e dégradan t i l convien t d e l e renouvele r comm e d e refair e le s force s d’u n souverain . E n Crète , l e roi-prêtr e qu i portai t l e no m d e Mino s régnai t pendan t un e périod e d e 9 ans , A u bou t d e c e temp s l a puissanc e divin e qu i lu i avai t ét é insufflé e étai t considéré e comm e épuisée . I l s e rendai t alor s dan s l’antr e d e l a Montagn e Id a (o ù Zeu s enfan t avai t ét é élev é pa r 3 nymphes) . I l y apprenai t toute s le s faute s qu’i l avai t commises . Pendan t so n séjou r tout e l’îl e vivai t dan s l’angoiss e e t sacrifiai t jusqu’ à de s hommes . Te l étai t l e sor t de s 7 jeune s gen s e t 7 jeune s filles , tribu t qu e tou s le s neu f an s le s peuple s devaien t offri r a u Minotaure , hôt e d e l a grott e labyrinthiqu e d e l’Ida . Rappelon s qu e l e « monstre  » fu t vainc u pa r Thésé e qu i deviendr a ro i à so n tour . Tou s le s 9 an s égalemen t le s tribu s venan t d u pay s entie r s e réunis – saien t à Uppsal a pou r renouvele r le s pouvoir s d u roi . Chacu n devai t apporte r 9 offrande s : chevaux , chien s e t hommes . Le s victime s étaien t pendue s mai s auss i atteinte s d’u n cou p d e lance . De s exécution s d u mêm e genr e s e pratiquaien t a u Danemar k e t e n Norvège .

A l a fi n d u 1 e r siècl e d e notr e èr e Tacit e décri t l e sanctuair e d’u n peupl e germaniqu e : le s Semnome s qu i occupaien t u n vast e territoir e entr e Elbe , Odes , Varth a e t Vistule . I l assur e qu’ à de s époque s déterminée s de s députation s de s peuple s se retrouvaien t pou r pratique r de s « rite s barbares  » e t immolaien t u n homm e (a u moins) . L’affair e de s 9 an s es t extrêmemen t intéressant e ca r c e cycl e est , dan s l’antiquité , ressent i comm e à pe u prè s capabl e d e mettr e e n accor d l e cour s d u solei l ave c celu i d e l a lune , c’es t à dir e l a vi e social e d u ro i ( = soleil ) ave c l a natur e ( = lune) . Assure r l’ordr e d u Mond e Enfi n l e principa l mobil e d e l’exécutio n d e victime s humaine s es t d’assure r l’ordr e d u monde . E n méso-amérique , avan t l a dominatio n de s Aztèques , l e débu t d e l’anné e étai t marqué e pa r de s sacrifice s d’enfant s su r l e somme t de s montagne s ; lor s d e l a fêt e de s Dieu x e t Déesses , de s homm e o u de s femme s ayan t jou é pendan t quelque s jour s o u quelque s heure s l e rôl e d e leu r « patron » , étaien t immolé s a u somme t d e pyramide s pa r u n prêtr e portan t parfoi s lu i auss i l e costum e e t l e masqu e d u Die u o u d e l a Déesse . O n l e voi t bie n i l y a l à symbolism e d e l a Mor t e t d e l a résurrectio n d u Dieu . Parfoi s u n homme , prêtr e o u non , revêtai t l a pea u d u o u d e l a suppli – ciée , imag e d u Dieu , av e l e mêm e symbolisme . Le s Aztèque s ayan t développ é u n nouvea u myticism e e t décri t l e solei l comm e devan t recevoi r d e grande s quantité s d e san g pou r survivre , i l leu r fallu t s’empare r d e nombreu x prisonnier s d e guerr e afi n d e pouvoi r e n immole r chaqu e mati n : o n arrachai t leu r cœu r encor e palpitan t a u moye n d’u n coutea u d’obsidienn e e t o n l’élevai t pou r l’offri r a u soleil . Avan t le s Incas , le s indien s de s Ande s rendaien t de s culte s au x eau x e t au x montagnes , e t san s dout e à u n coupl e formé e de s une s e t de s autre s (la c d e haut e montagn e coupl é ave c u n hau t sommet , pa r exemple ) le s Inca s on t assum é ce s ancien s culte s e n le s réorientan t ver s l e soleil , seu l capabl e d e surpasse r le s Dieu x de s montagnes . Elue s d u solei l le s victime s humaine s auraien t jou é u n autr e rôle . O n aurait , dan s le s Andes , pratiqu é de s sacrifice s pou r apaise r de s conflit s internes , pou r renforce r l’harmoni e entr e classe s sociale s e n cimentan t le s relation s ave c l’Inca . Telle s es t l a thès e d e Abbo t Cristoba l d e Molin a (XVIe ) qui , e n bo n observateur , avai t not é qu e l a redistributio n de s victime s à parti r d e l a capital e aurai t apais é le s rancœur s qu e l’inégalit é de s peuple s pouvai t développer .

O n retrouv e dan s c e réci t d u jésuit e c e qu’assur e Ren é Girar d : l e sacrific e qu i es t un e violenc e es t un e manièr e d’arrête r l e cycl e intermi – nabl e de s vendetta s individuelle s o u d e groupe . L a violenc e sacrificiell e s’opposerai t à l a violenc e « naturelle  » Le s humain s sacrifié s étaient , dan s tou s le s ca s de s messager s choisi s e t chargé s d’u n rôl e d e médiatio n entr e le s homme s e t le s Dieux . Cett e théologi e d e l a médiatio n perme t d e comprendr e (no n d’approuver ) l e cannibalism e ritue l qu i associ e à l a victim e l’ensembl e de s participants . C e n’es t pa s pa r goû t n i pa r instinc t qu e l’homm e es t cannibale , mai s à l a suit e d’un e théologi e e t d’un e mythologie . L’homm e sai t qu’i l doi t tue r de s animau x pou r vivre.. . i l extrapol e e t pens e qu’i l doi t tue r de s homme s pou r fair e vivr e l’au-delà , répétan t rituellemen t u n premie r meurtr e qu i eu t lie u dan s l e mond e de s Dieu x o u dan s celu i de s ancêtres . L e démembremen t d’u n Die u serai t l e modèl e d u sacrific e humain . L’Egypt e a fai t d’Osiri s l e Die u mor t e t ressuscit é : épou x d e s a sœu r Isis , fil s d u die u terr e Ge b e t d e l a déess e cie l Nout , frèr e d e Seth , Osiri s étai t – selo n le s récit s mythologique s – u n Dieu-ro i for t aimé . So n frèr e Seth , jaloux , fi t fair e u n coffr e superbemen t décor é et , a u cour s d’u n banquet , promi t d e l’offri r à celu i qu i pourrai t l e rempli r exactement . Comm e i l avai t ét é fai t au x mesure s d’Osiris , seu l celui-c i pu t s’ y couche r exactement . Aussitô t l e couvercl e rabatt u e t scellé , l e coffr e es t jet é a u Nil . Isi s l e recherch e e t l e retrouv e à Byblos . Ell e ramèn e l e corp s d’Osiri s e n Egypt e mai s Set h réussi t à s’e n empare r à nouvea u e t à démembre r l e corps . I l e n répan d le s morceau x à traver s l’Egypte . Isi s recherch e ce s morceaux , le s recoll e à l’exceptio n d u péni s qu i rest e introuvable . Selo n un e autr e versio n ell e inhum e chaqu e morcea u à l’endroi t o ù i l a ét é retrouv é e t à qu i es t ains i apporté e l a fertilit é e t l a résurrectio n es t antérieure . Quoiqu’i l e n soi t Isi s a u n enfan t posthum e d’u n épou x mor t e t ressuscité . C’es t enfan t c’es t Horu s – die u Fauco n – . E n Mésopotamie , selo n l e myth e babylonie n d e créatio n d e l’Univer s qu i étai t déclam é lor s de s fête s d u nouve l a n : a u commencemen t i l n’ y avai t qu e le s eau x douce s (Apsû ) e t le s eau x salée s Tiamat) . D e c e coupl e naissen t de s génération s d e Dieux , don t l’u n tu e Aps û e t l e remplac e comm e roi . I l engendr e Mardu k qu i attaqu e l a terribl e Tiamat . A lie u u n terribl e comba t don t Mardu k sor t vainqueur . I l fen d e n 2 l e cadavr e d e Tiama t e t d’un e moiti é form e l e cie l e t le s étoile s (e t auss i l a lune ) don t l’autr e form e l a Terr e o ù coulen t l e Tigr e e t l’Euphrat e issue s de s yeu x d e Tiamat.. . L’épou x d e Tiama t : King u es t alor s sacrifi é pou r qu e naiss e l’homm e ( à l’aid e don c d u san g d’u n Dieu ) o n compren d dè s lor s qu e l e servic e de s Dieu x ser a l e lo t d e l’humanité . I l fau t don c le s nourri r pa r de s offrande s : pains , viandes , mai s auss i légume s e t fruits . I l n e sembl e pa s y avoi r e u d e sacrific e humain , cependan t dan s le s tombe s royale s d’U r o n a trouv é le s squelette s d e nombreuse s personne s venue s (volontairemen t o u non ) prendr e plac e auprè s d e leu r maîtr e o u maîtresse . C’es t a u sacrific e d’u n Die u o u à so n auto-sacrific e qu’es t du e l a naissanc e d u mond e e n Grèc e comm e che z le s May a e t le s Dogon . Dionyso s es t u n die u énigmatiqu e don t l e no m signifi e  » 2 foi s né » , u n die u qu i meur t e t qu i renaît . I l es t san s dout e un e divinit é trè s archaïque , peut-êtr e originair e d’Anatolie , e n tou s ca s attesté e e n Crèt e o ù avai t lie u u n cult e d e Dionyso s enfan t s e confondan t ave c l e Zagreu s d e Mt-Ida . Zagreus-Dionyso s es t fil s d e Perséphon e déess e infernal e e t d e Zeu s (sou s form e d e serpent) . I l es t don c li é au x puissance s chtonniennes , i l évoqu e l e cycl e hive r (mort ) / printemp s (retou r de s force s d e vie) . Zagreu s a ét é déchir é e t dévor é enfant , sou s form e d e taureau , pa r de s Titans . A l’imitatio n d u sacrific e d e Zagreu s – Dionyso s qu i es t réput é favorise r l a renaissanc e e t l a croissanc e d e l a végétation , u n jeun e garço n étai t immol é e n Crète . Cett e victim e humain e avai t régn é pendan t un e journée . I l avai t alor s exécut é un e dans e illustran t le s 5 saisons , miman t l e lion , l a chèvre , l e cheval , l e serpen t e t l e veau . Aprè s quo i i l étai t sacrifi é e t mangé . Marsya s étai t am i d e l a déess e Cybèle , i l jouai t d e l a flût e pou r l a charmer . C’étai t dit-o n u n « satyre  » (o u silène ) d e Phrygie , Marsya s os a provoque r Apollo n e n comparan t s a flût e à l a lyr e d e celui-ci . Apollo n vainqui t Marsyas , pa r ruse , e n défian t so n adversair e d e fair e c e qu’i l faisai t c’est-à-dir e joue r à l’envers , c e qu’o n pouvai t ave c l a lyr e e t no n à l a flûte . Apollon , pou r s e venger , écorch a vi f Marsya s e t clou a s a pea u à u n pin , arbr e d e Cybèle , so n corp s démembr é fu t répand u dan s le s champ s pou r le s fertilisés . Ce s exemple s montren t bie n qu e l e sacrific e d’u n Die u cré e o u entre – tien t l e monde , lu i procur e l a fécondité .

Dan s l e Popo l Vuh , l e gran d text e May a écri t ver s 155 0 pa r u n lettr é quiche , le s Dieu x son t présenté s comm e de s humain s géant s comm e d e trè s grand s magicien s don t le s acte s e t le s création s furen t l e résulta t d e parole s magiques . Un e guerr e inexpiabl e éclat a entr e de s Dieu x lumineu x e t bienfaisant s e t le s Dieu x ténébreu x e t malfaisants . Cett e bataill e pri t figur e d e parti e d e je u d e paum e e t le s Dieu x lumineu x duren t feindr e d e s e laisse r tue r : rit e obligatoir e pou r passe r d u pay s d e l a Xibalb a (mort ) a u pay s d e l a vie . Ayan t remport é l a victoir e le s 2 magicien s montèren t a u cie l e t y devinren t solei l e t lune . A l’imag e d e l a lutt e de s Dieux , le s ancêtre s entamèren t un e lutt e a u je u d e paume . U n héro s ancestra l fu t décapit é e t s a têt e abandonné e su r l a plac e d u je u d e balle . Ell e y donn a naissanc e à de s fruit s e t engendr a un e descendance . O n voi t don c o ù s’ancr e l’idé e d u sacrific e humai n fécondateur . O n voi t auss i naîtr e l a nécessit é d u sacrific e pou r qu e viv e l e monde : le s Dieu x on t fai t coule r leu r san g pou r l e créer , le s homme s doiven t fair e coule r l e leu r pou r l e maintenir . Lor s don c le s cité s may a entrèren t e n guerr e no n afi n d e s’asservi r mai s d e fair e de s prisonnier s qu e l’o n puiss e immole r a u somme t de s pyramide s o u plu s souven t encor e a u cour s d’u n je u d e balle . L e ro i étai t guerrie r e t i l sacrifiai t le s prisonnier s mai s i l étai t auss i demi-Die u e t lor s de s cérémonie s rituelle s i l faisai t coule r so n propr e san g e n s e lacéran t notammen t l e lob e d e l’oreille , l a langu e e t l e péni s (l a rein e faisai t d e mêm e e n tiran t un e cord e à épine s à traver s s a langu e perforée) . C e faisan t le s souverain s répétaien t l e myth e créateu r e t l e reproduisan t assuraien t l a continuit é d e l a vie . L e san g étai t recueill i su r de s bande s d e papie r qu e de s acolyte s brûlaien t : l a fumé e l’emportai t a u ciel . Su r terr e le s souverain s étaien t alor s san s dout e e n proi e à de s phéno – mène s hallucinatoire s qu i leu r donnaien t un e versio n d e l’autr e monde . Le s Aztèque s venu s d u nor d d u Mexiqu e poussèren t jusqu’au x extrême s cett e nécessit é d u san g pou r qu e viv e leu r Die u l e solei l e t l’Univers , s a création . Che z le s Dogon , l e die u suprêm e Amm a ayan t cré é l e mond e pui s le s végétau x voulu t forme r 4 paire s d e jumeaux . I l procéd a pa r dédouble – ment s successif s créan t d’abor d le s mâle s pui s élaboran t dan s l e placent a le s jumelles . L e 4 e mâl e Og o s’impatientan t vol a l e morcea u d e placent a d’o ù devai t naîtr e s a jumelle . S e révoltan t contr e Amma , i l vol a auss i l a premièr e grain e créée.

Og o es t bie n évidemmen t l e perturbateur , l e désordonnateu r d u monde . Le s Dogo n l e décriven t comm e l e renar d pâl e (chacal) . Pou r remettr e d e l’ordr e dan s l e monde , Amm a transform a l e morcea u d e placent a e n terre . Pui s i l sacrifi a l e Nomm o (jumea u mâl e d’Og o e t don c participan t à l a responsabilit é d’Ogo , d u fai t mêm e d e cett e gémellité) . Ains i Nomm o fut-i l démembr é e t le s morceau x e n furent-il s lancé s au x 4 angle s cardinau x d e l’espace . D u sex e d e Nomm o naqui t l’étoil e Sirius , l a trac e d u san g créan t Vénus . C e sacrific e scell a l’éche c d u 1 e r mond e voul u pa r Amma , i l l e réorganis a don c pa r l a souffrance . Amm a rassembl a ensuit e l e corp s d e Nomm o e t l e ressuscit a sou s form e d e jumeau x mixte s humains . U n sacrific e commémorati f à lie u a u momen t d e l a fêt e de s semailles . Nou s penson s qu’autrefoi s avai t lie u u n sacrific e humain , aujourd’hu i remplac é pa r un e victim e animal e qu i es t mangé e pa r l a communaut é totémique . Mirce a Eliade , l e gran d ethnologu e roumai n qu i enseign a au x USA , soulignai t qu e cett e conceptio n d u sacrific e donnan t naissanc e o u régéné – ran t l e monde , proclam e qu e l a vi e es t assuré e pa r u n meurtre . Comm e l e di t Do n Eduardo , l’u n de s spécialiste s d u chamanism e andi n : l e sacrific e d’u n homm e c’es t l e sacrific e d u microcosm e a u macrocosm e qu’es t l’Univers . C’es t u n pon t e t s i l’âm e d u sacrific e es t consentant e c e peu t êtr e u n pon t cosmique . O n peu t alor s se pose r l a questio n : l a crucifixio n d e Jésus-Chris t est – ell e u n sacrific e ? J e n e veu x pa s examine r l a questio n e n théologie n – c e qu e j e n e sui s pa s – mai s e n anthropologue , sacrific e ? Certainemen t pa s ca r le s autorité s pensèren t sanctionne r un e conduit e susceptibl e d’amene r de s trouble s politiques , ca r l e peuple , qu i suivai t Jésu s quelque s jour s aupara – vant , l’abandonnèren t pa r peu r : peu r de s prêtre s qu i détestaien t l e Nazaréen , peu r d e l’occupan t qu i pourrai t sévi r contr e le s ami s d’u n rebelle . I l n’ y a pa s d e sacrific e offer t pou r l’un e de s raison s qu e nou s avon s signalée s : purification , envo i d’u n messager , etc. . S’agit-i l d’u n auto-sacrific e ? L’évangil e di t pa r exempl e : « l e fil s d e l’homm e n’es t pa s ven u pou r êtr e serv i mai s pou r servi r e t donne r s a vie , e n rançon , pou r beaucoup  » Mathie u 2 0 (28 ) e t Mar c 1 0 (32-34) . Dan s l’épîtr e au x Hébreu x 9 (26 )

Paul dit de Jésus : « Il s’est manifesté une seule fois à la fin des âges pour abolir le péché par son sacrifice. Je crois qu’il ne faut pas oublier la mentalité sacrificielle qui régnait dans le monde – rappelons-nous les taureaux immolés en l’honneur de Mithra – et qui n’est sans doute, pas abolie si l’on songe aux jeunes garçons iraniens se lançant dans les champs de mines irakiens, la clef du Paradis au cou. Mais il me semble que pour les Chrétiens il y a l à quelque chose d’unique puisque Dieu est à l a fois objet du sacrifice et destinataire du sacrifice car il est Dieu et non un Dieu, qu’ll est à la fois message, messager et récepteur du message. D’autres dieux, par exemple Odin, chez les Germains, se sacrifièrent , acceptèrent une mort rituelle, initiatique pour acquérir la connaissance suprême : de dieu des guerriers, Odin devint ainsi maître de la connaissance occulte. Mais n’oublions pas qu’il périt, englouti par le loup Fenrir et que la plupart des dieux disparurent avec lui, dans le crépuscule des dieu . Dans les auto-sacrifices que j’ai rencontrés dans les mythologies, les victimes ne se confondent pas avec le destinataire. Alors d’autres sacrifices devaient et pouvaient avoir lieu.  Je ne crois pas que l’Eucharistie chrétienn e soit un sacrifice renouvelé, le sacrifice de la croix demeurant unique mais étant présent et présenté dans le sacrement.

Je voudrais terminer cette causerie en posant une question: les archétypes sacrificiels nous quittent-ils ? En 1969, marchant sur la lune et contemplant l a sphère bleue de la terre, l’astronaute Armstrong se demandait comment une tribu primitive aurait réagi à ce magnifique spectacle: « combien de vierges lui aurait-on immolé ? » . L e psychologue Steven Kull signale que l’archétype d e l’Armageddon [montagne de rassemblement (Ap o 16,6) ] séduit des groupes religieux qui voient dans l’anéantissement du monde un ultime sacrifice purificateur : le rite de la destruction du monde.

Pétition – Non à l’interdiction de la circoncision !

CRIF

Le mardi 1er octobre 2013, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté une résolution invitant les 47 États membres à prendre des mesures contre les « violations de l’intégrité physique des enfants » ; l’une de ces violations serait la circoncision, au même titre que la mutilation génitale féminine des enfants. Nous vous appelons à une grande mobilisation citoyenne contre ce projet injuste qui bafoue notre identité et nos libertés individuelles. Signez cette pétition initiée par le CRIF et faites-la circuler autour de vous !

Cette décision est une remise en cause inacceptable de la liberté religieuse garantie par l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Elle porte atteinte à l’essence même du judaïsme et des traditions qui ont accompagné l’histoire du peuple juif de par le monde. Elle agresse les communautés juives d’Europe déjà exposées à une résurgence sans précédent de l’antisémitisme. Elle est insultante quand elle met sur un pied d’égalité la circoncision et à l’excision. Elle est dangereuse car elle stigmatise les Juifs et ouvre de nouveau la porte à toutes les formes de caricatures. Elle est inconcevable pour tous ceux qui ont vécu la Shoah. Nous vous appelons à résister pour que cette décision ne soit jamais mise en application en France comme ailleurs en Europe.

Ces baptêmes royaux qui sont restés dans les mémoires

Constance Jamet

Le Figaro

20/10/2013

La famille royale lors du baptème d’Elizabeth II en 1926. Depuis 1841, soixante-dix bébés se sont fait baptiser dans la robe de dentelle et de satin portée par la fille aînée de Victoria. Depuis 2008, on utilise une reproduction. Les fonts baptismaux, en forme de lys, remontent aussi à Victoria tandis que l’eau bénite vient du Jourdain.

Lions, cérémonie secrète, bannissement, certains baptêmes à la Cour d’Angleterre ont fait des vagues. Alors que le prince William et Kate prévoient une cérémonie intime mercredi, retour sur les coups d’éclat de leurs prédécesseurs.

Après sa présentation à la presse le lendemain de sa naissance en juillet, le prince George va connaitre mercredi sa deuxième «cérémonie officielle». Le prince William et Kate baptisent mercredi leur fils dans l’intimité au Palais Saint-James. Des fuites supposées sur l’absence de certains membres de la famille royale comme la princesse Anne et Sophie de Wessex ont attisé les spéculations. Mais ceci est peu de chose comparé aux destins extraordinaires de certains baptêmes. Voyage dans le temps commenté par l’historienne canadienne Carolyn Harris, spécialiste des monarchies européennes.

• Le baptême mauvais présage. La palme revient au bien nommé mais oublié souverain Æthelred II le malavisé (968-1016). Le bébé s’oublie dans les fonts baptismaux. Furieux l’archevêque de Canterburry prédit «Par dieu et sa mère, ce sera un individu bien déplorable». Æthelred II fut détrôné par le roi du Danemark Sweyn Forkbeard. Il est resté dans l’Histoire comme un des rois les plus inefficaces de l’Angleterre saxonne.

Elizabeth I.

• Le baptême le plus rabat-joie. Elizabeth Ière (1533-1603) vient au monde dans un contexte politique tendu. Elle est le premier monarque à être baptisée dans la toute nouvelle Eglise anglicane. Pour épouser sa mère Anne Boleyn, Henry VIII a divorcé de Catherine d’Aragon, et rompu avec le Pape. Pour la frange de la population restée catholique et fidèle à Rome, il n’y a donc aucune raison de célébrer. «Ce baptême a été, comme le couronnement d’Anne Boleyn, froid et désagréable. Personne à la cour ou à Londres n’a songé à allumer les traditionnels feux de joie», se gausse un chroniqueur de l’époque, pro-Catherine d’Aragon.

• La marraine la plus généreuse. Pour la naissance en 1566 du fils de la reine d’Ecosse Mary Stuart, le futur Jacques Ier d’Angleterre, Elizabeth Ière envoie des fonts baptismaux en or. Cette bienveillance ne durera pas, la reine fera exécuter sa cousine 11 ans plus tard.

• Le baptême qui rugit. Le roi d’Ecosse Jacques VI, futur roi d’Angleterre sous le nom de Jacques Ier, veut pour son fils Henry Frederick né en 1594 une cérémonie qui surpasse toutes les précédentes. Le souverain demande comme clou de son banquet un carrosse tiré par un lion. Mais au dernier moment, le plan est abandonné, de peur que la bête ne salisse le sol. Les invités sont conviés à contempler de loin les fauves qui demeurent dans leur enclos.

Mary de Modène avec son fils.

• Le baptême clandestin. Dans une Angleterre protestante, le choix du futur Jacques II et de sa seconde femme Mary de Modène, catholiques convaincus, de baptiser clandestinement en 1675 leur aînée Catherine selon leur religion, ne peut qu’outrager la cour et le frère de Jacques, le roi Charles II chef de l’Eglise anglicane. Quand Charles II l’apprend, il arrange aussitôt un baptême anglican pour la fillette. La petite princesse meurt à neuf mois de convulsions. Aucun des enfants catholiques de Jacques II ne montera sur le trône, la lignée des Stuart s’éteint à la mort des deux filles du premier mariage de Jacques II, les reines Marie et Anne, élevées dans la foi protestante.

• Le baptême qui vire à l’affaire d’Etat. Premier monarque issue de la dynastie des Hanovre, George Ier entretient des relations détestables avec son fils, le prince de Galles bien plus populaire que lui. Celles-ci arrivent à leur point de rupture lors du baptême du cadet du prince en 1717. Tout est matière à désaccord et George Ier impose ses choix. Ulcéré que le roi ait nommé le duc de Newcastle, Lord Chambellan, parrain, le prince lance au noble honni «vous êtes un vaurien et je vous démasquerai». Sauf que le prince parlant avec un fort accent allemand, le duc comprend qu’on le provoque en duel. Scandale, George Ier bannit son fils et sa belle-fille de la cour et leur confisque la garde de leurs enfants. Le petit George William meurt à trois mois, le prince de Galles ne pardonnera jamais à son père cette séparation.

Victoria enfant.

• Le baptême suspense. En 1819, l’atmosphère est encore à la querelle familiale lorsqu’il faut prénommer la future reine Victoria. Le prince Régent et futur George IV , refuse toutes les suggestions de son frère et père de la petite fille, le duc de Kent. Vient le jour de la cérémonie, l’archevêque de Canterburry tient le nourrisson et attend la décision du prince. Celui-ci tergiverse avant de proposer Alexandrina en l’honneur du Tsar, un des parrains de l’enfant. Le duc de Kent demande le droit de donner comme deuxième prénom, Elizabeth. Le prince Régent s’y oppose mais accepte Victoria, comme la mère de l’enfant, «du moment que son nom ne précède pas celui du Tsar». Peine perdue, en montant sur le trône en 1837, la jeune femme se fera appeler Victoria.

La famille royale lors du baptème d’Elizabeth II en 1926. Depuis 1841, soixante-dix bébés se sont fait baptiser dans la robe de dentelle et de satin portée par la fille aînée de Victoria. Depuis 2008, on utilise une reproduction. Les fonts baptismaux, en forme de lys, remontent aussi à Victoria tandis que l’eau bénite vient du Jourdain.

• Une génération de baptêmes insolites. «Grand-mère» des familles royales européennes, la reine Victoria a eu des dizaines de petits-enfants. Certains ont eu droit à des baptêmes atypiques. Victoria-Melita fut une des rares membres de la famille royale à être baptisée hors du Royaume-Uni, à Malte, où son père officier de la Navy était affecté en 1877. Sa sœur cadette Batrice fut baptisée 7 ans plus tard dans la bibliothèque familiale du Kent.

• Le recordman des bonnes fées. Si les bébés royaux ont de nos jours cinq ou six parrains, Edward VIII né en 1894 en avait douze: la reine Victoria (son arrière-grand-mère), ses autres arrières grands-parents le roi et la reine de Danemark, le roi de Württemberg (un lointain cousin de sa mère), sa grand-tante la reine de Grèce, son grand-oncle le duc de Saxe-Coburg et Gotha, ses grands-parents le prince et la princesse de Galles, le cousin de son père le Tsarévitch, le duc de Cambridge (le cousin de Victoria), et ses grands-parents maternels le duc et la duchesse de Teck.


Wight/43e: It’s a boy (Who’s that girl ? : 43 years on mystery pregnant hippie girl at legendary festival still not found)

24 juillet, 2013

Festival poster, listing artists booked to pla...

https://i2.wp.com/www.rocknrollbazar.com/1457-thickbox/the-who-live-at-the-isle-of-wight-festival-1970-color-vinyl.jpg
https://i0.wp.com/a403.idata.over-blog.com/0/06/00/52/Pochettes-2/isle-of-wight.jpg
 
https://i1.wp.com/www.blogotheque.net/wp-content/uploads/2010/08/iow-stage-jaap.jpg
 
https://i2.wp.com/newsimg.bbc.co.uk/media/images/47966000/jpg/_47966846_iowp4.jpg
Festival site
https://i2.wp.com/www.iowrock.demon.co.uk/jpegged/archives/festivals/afton/aerial.jpgiwfestgirlIt’s a boy, Mrs. Walker. The Who
The circus is in town Here comes the blind commissioner They’ve got him in a trance One hand is tied to the tight-rope walker The other is in his pants And the riot squad they’re restless They need somewhere to go As Lady and I look out tonight From Desolation Row … Bob Dylan (1961)
I watched her steeped in her own silence As she shuffled down the line With an arm around her unborn baby And her strength in slow decline She stood alone in natural beauty She seemed alone in every way Would the baby come tomorrow? Would her child be born today? (…) And I wondered where she’d go to As I often do today Have we crossed a path at some point? Have we passed along the way? And if I returned to Afton Would I see her on the hill? Hand in hand with all her children Would I recognize her still? Andy Billings
It is structured to lay a gossamer touch across the whole song from the arresting opening statement and the haunting glockenspiel to the use of a Leslie speaker cabinet for the guitar. The speaker baffle rotates, creating a Doppler effect of rising and falling waves of sound. Jimi plays the song almost like a pianist with the thumb fretting the bass notes like the pianist’s left hand, while the fingers of the fretting hand correspond to the right. The song fades on a magical solo after only two minutes and twenty-five seconds. Even live, ‘Little Wing’ was hardly any longer – he said what he wanted to say and stopped. Harry Shapiro
It was still not a big deal at the time, even if there was 600,000 people there, there were other stories going on. I was in my element, seeing all the bands whose records I had – The Who, Free, the Doors – it was an incredible assignment – sleeping under the stage, having a fantastic time and getting paid for it. It was like a massive graduation party before we all have to go off and become adults – the last big fling for us kids of the 60s. There were a lot of students, ready to go to work – this was the last big party before we took life seriously. As a press photographer you are looking for one image to tell the story of the day. It was a case of going out searching for pictures – hippies at the dole queue, naked hippies in Freshwater bay, undercover cops on Ryde Pier. At the time we had our fingers crossed she was going to give birth – she said she was ready at any moment and that would have been a better story – ‘love child born at festival’. I would like her to look exactly as she did then – she could be a silver-haired granny with grandchildren. It would be fascinating to see what she has developed into – at the time she was stunning, a real Marianne Faithful lookalike who turned heads at that festival. Maybe she has seen the picture and doesn’t want to remember that time, maybe something happened to the child, maybe she wants to forget it – who knows?, that all adds to the mystery. Bob Aylott
We put this festival on, you bastards, with a lot of love! We worked for one year for you pigs! And you wanna break our walls down and you wanna destroy it? Well you go to hell! Rikki Farr (organisateur)
By the end of the festival the press representatives became almost desperate for material and they seemed a little disappointed that the patrons had been so well behaved. Sir Douglas Osmond (Chief Constable, Hampshire Constabulary, Stevenson Report, 1971)
Bob Aylott’s iconic picture of this pregnant woman taken at the Isle Of Wight Festival in 1970, came to represent a festival legacy has now spanned decades. Embodying the free spirit, free love atmosphere in a stylish mini dress surrounded by the madness of the festival, for many this encompasses everything that’s great about the legendary 1970 Isle of Wight Festival. Yet 40 years on who she is is still a mystery….. This year the Isle of Wight Festival is celebrating 40 years since this picture was taken and is looking to answer the question; who was THE pregnant woman brave enough to travel all the way to the Isle of Wight for a once in a life time experience including seeing Jimi Hendrix at one of his last performances, before starting her family?  If you were at the festival in 1970 (or even if you weren’t) and have any information about who the unknown lady was then we want to hear from you! Did you camp next to her? See her in the crowd? Were you even at the festival with her? Any information you have to help us find her and uncover the story behind this fascinating picture 40 years on would be gratefully received. Isle of Wight festival

Plus de 600 000 personnes, les Who, le génial Hendrix (pour la dernière fois), les Doors (un an avant le Père Lachaise), Chicago, Procol Harum, les Moody Blues, Emerson, Lake & Palmer, Jethro Tull, Joan Baez, Leonard Cohen, Donovan, Joni Mitchell, Richie Havens, Pentangle, Family, Free, Ten years after …

Attention: une naissance peut en cacher une autre !

Au lendemain de la naissance ô combien médiatisée du probable futur 43e souverain de l’histoire britannique …

Comment, pour les quelque 600 000 anciens combattants du fameux 3e festival de Wight il y a 43 étés, ne pas repenser à la non moins fameuse chanson du célébrissime opéra rock des Who, « It’s a boy »?

Mais aussi, à la mystérieuse – et téméraire pour ceux qui se souviennent, sans compter la drogue, de la mer de boue et de détritus qu’était vite devenu malgré la plage à côté le festival (surnommé d’ailleurs avec raison « Desolation row« ) ? – jeune fille enceinte jusqu’aux yeux au milieu d’une mer de tentes qu’un photographe avait choisie – à défaut de l’enfant de l’amour qui tardait à venir – comme icone (hippie à souhait avec sa minijupe et ses cheveux longs et libres) des fameux « six jours qui avaient », disait-on un an après le célébrissime festival de Woodstock, « bercé ou ébranlé le monde » ?

Comme d’ailleurs, même si le festival a repris depuis le 40e anniversaire la tradition (avec même une chanson) de la photo de la jeune fille enceinte au milieu des tentes, à son enfant – et peut-être garçon ? – aujourd’hui âgé de 43 ans ?

IoW Festival’s mystery girl photo

By Dominic Blake
BBC Radio Solent reporter

2 June 2010

Picture of girl in campsite at Isle of Wight Festival

Forty years ago this summer, a young press photographer was on his « dream assignment » – working at the third Isle of Wight Festival.

Bob Aylott was 21 and relishing snapping bands like the Doors, the Who, as well as some of the 600,000 fans.

Among them was a heavily pregnant ‘hippy’ girl, whose image has since become iconic of the festival, but her identity has remained unknown.

Now Bob would dearly like to put a name to girl in the photograph.

A life in photography

Bob Aylott

These days Bob can be found back in his home town of Fareham working out of his studio in West Street, where his white walls are hung with images from a remarkable career.

Alongside the photos of rock stars and Isle of Wight festival revellers are some of the famous people he has known, and photographed during more than four decades as a press photographer in Britain and the US.

They include Muhammad Ali, Frank Sinatra and George Best. During a spell in the US, Bob won a World Press Award for photographs of serial killer Charles Manson.

Dream assignment

Bob was sent to the Isle of Wight Festival by his editors at the Daily Sketch newspaper. Over half a million people had also crossed the Solent for the event at Afton Down on the Isle of Wight.

But he recollects his bosses were not particularly interested in the giant rock festival. He explained: « It was still not a big deal at the time, even if there was 600,000 people there, there were other stories going on. »

Isle of Wight Festival 1970

He continued: « I was in my element, seeing all the bands whose records I had – The Who, Free, the Doors – it was an incredible assignment – sleeping under the stage, having a fantastic time and getting paid for it. »

As a photographer at a festival, in the days before every arm had a mobile phone camera attached to it, Bob was central in documenting the event which he remembers being a real farewell to the 1960s.

He explained: « It was like a massive graduation party before we all have to go off and become adults – the last big fling for us kids of the 60s. There were a lot of students, ready to go to work – this was the last big party before we took life seriously.

« As a press photographer you are looking for one image to tell the story of the day. It was a case of going out searching for pictures – hippies at the dole queue, naked hippies in freshwater bay, undercover cops on Ryde Pier. »

Mystery girl

The image which has been associated with the Isle of Wight Festival ever since was one of a heavily pregnant girl among the tents.

Film crew

« At the time we had our fingers crossed she was going to give birth – she said she was ready at any moment and that would have been a better story – ‘love child born at festival’. »

Although the photograph was filed to London, it was never published and the negatives were stored. Somehow the caption details with the girl’s name and details got lost.

When Bob came to use it in an exhibition in 1972, the girl’s name was unknown, but that did not stop the image becoming iconic with posters printed and seen all over the world.

Four decades on, Bob is no closer to discovering the identity of the mother-to-be. But has often wondered what happened to her and the ‘bump’ – who would now be approaching their 40th birthday.

He said: « I would like her to look exactly as she did then – she could be a silver-haired granny with grandchildren. It would be fascinating to see what she has developed into – at the time she was stunning, a real Marianne Faithful lookalike who turned heads at that festival.

« Maybe she has seen the picture and doesn’t want to remember that time, maybe something happened to the child, maybe she wants to forget it – who knows?, that all adds to the mystery. »

If you know the identity of the mystery girl at the 1970 Isle of Wight festival, email hampshire@bbc.co.uk.

More of Bob’s Isle of Wight Festival Pictures can be seen in Six Days that Rocked the World published in 2009, as well as at a new exhibition – Six Days That Rocked The World, Celebrating the 40th Annivesary of the 1970 Isle of Wight Festival at West Bury Manor Museum, Fareham – from 5 June -28 August 2010.

Voir aussi:

Isle of Wight Festival 1970: Who’s that girl?

By : June 2, 2009 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

This pregnant hippie in a sea of tents is destined to become the face of the 1970 Isle of Wight Pop Festival. But who is she?  The girl with no name standing in the middle of Desolation Row at the 1970 Festival features in a new book and on a poster celebrating the 40th anniversary of the iconic festival in 2010.

Island Pulse exclusive news update 3rd July 2010: The search continues to find the pregnant hippie girl.  Andy Billups bass player for the Hamsters, today releases ‘Afton Belle’ a single from his first solo album Afton Down. The song  was inspired by Bob Aylotts’ iconic image of the unknown pregnant girl and the single can be purchased from Framers in Ryde.  Read more click here: Also see Bob Aylott’s IW Festival Exclusive Pictures as: Pregnant Pause At Festival 40 Years On.. click here: and It’s A Boy for our Isle of Wight Festival Belle 2010.

‘Isle of Wight Festival 1970, Six Days That Rocked the World’  the festival attracted more than 500,000 fans and starred Jimi Hendrix, The Who and Joan Baez.

Island Pulse met up with former Fleet Street photographer Bob Aylott (pictured) who took the photograph, and along with the help of six other award winning press photographers wrote and published the book.

Bob said:

Bob Aylott: Image Copyright Island Pulse

’The photograph was never published at the time. Now it is one of the iconic images of the world’s greatest rock festival. It would be fantastic to find her and discover what happened to the child. The book and a poster print of the image will be sold around the world’.

The book ‘Isle of Wight Festival 1970, Six Days That Rocked the World’ is in limited edition and published by The Press Photographers Gallery.   Last weekend Yarmouth Old Gaffers Festival witnessed a unique launch of the book and copies are now available to purchase online, more details here:

Isle of Wight Festival 1970 Book: Six Days That Rocked The World Compiled by Bob Aylot includes photography from five other award winning press photographers.

It’s A Boy for Festival Belle 2010

By : July 3, 2010 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

Congratulations it’s a boy for our Isle of Wight Festival Belle 2010. Regular readers of Island Pulse will remember as part of this years Isle of Wight Festival coverage our man on the inside ex fleet street photographer Bob Aylott managed yet another scoop and recreated his iconic image of a ‘Mystery Girl?  from the 1970 IW Festival.

As we reported earlier, all set to give birth to her first baby, Laura Wolfe (pictured) was excited to be part of the 1970 festival anniversary celebrations and more than happy to be a model mum in helping Bob Aylott recreate his iconic image (see below) 40 years on.

The baby was almost in the Pink and could have experienced an unusual introduction to the world.

The couple, Laura and Danny, who live in Lake, were not expecting their baby to be born at the festival, so when first-time mum Laura started to experience pains during Pink’s performance it caused some concern for dad to be Danny.

Thankfully Laura held out to enjoy Sunday headline act Paul McCartney before taking a trip to the welfare tent, then deciding a visit to hospital might be in order.

Because the couple and bump had built up a rapport with photographer Bob Aylott, Danny joked:  “it was touch and go whether to phone Bob or the ambulance.”

The pains turned out to be a false alarm, possibly Braxton Hick’s contractions which are something first time mums often experience, but as a precaution Laura spent the rest of that night in St Mary’s Hospital.

However this launched Laura, Danny and bump on a roller coaster of visits back and forth to the hospital during the week. This happily resulted in Laura giving birth to a healthy baby boy, Louie Michael, at 11.22am the following Saturday 19th June.

Although these are belated congratulations, as we all know, life for a new mum is a hectic, we managed to pop in and capture Laura with baby Louie and hope she likes the result.

The Search For the ‘Mystery 1970 Festival Girl’ Continues…

While every newsroom across the world focused on the Isle of Wight festival acts 2010,  inside reporter Bob Aylott got sidetracked to bring his very own festival exclusive. When Laura discovered that Bob was the photographer of the ‘Mystery 1970 Festival Girl’, that she and her partner had read about, she was more than happy to let him, photographically,  record this two fold anniversary event.

Island Pulse revealed the exclusive news: search continues to find the pregnant hippie girl. Inspired by Bob Aylotts’  iconic image of the unknown pregnant girl at the 1970 festival,  Andy Billups bass player for the Hamsters, released ‘Afton Belle’ a single from his first solo album Afton Down. Read more click here: also see Bob Aylott’s IW Festival Exclusive Pictures  2010 click here:

‘Afton Belle’ in Search of Who’s That Girl?

By : June 10, 2010 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

Examens/philosophie: Les blocs de marbre contiennent-ils des statues qui ne demandent qu’à sortir ? (Do blocks of marble contain statues just waiting to get out?)

17 juin, 2013
https://i1.wp.com/static.ddmcdn.com/gif/michelangelo-sculptures-23.jpgChaque bloc de pierre renferme une statue et c’est le rôle du sculpteur de la découvrir. Michel-Ange
En général d’ailleurs, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes. C’est pourquoi j’aime leur donner ce que j’ai dû découvrir par moi-même. J’aurais beaucoup apprécié, par exemple, qu’on m’aide à faire une dissertation de philo. Nous avions en terminale des cours de méthodologie très abstraits, et j’ai mis un certain temps à comprendre comment il fallait faire. Au départ, j’écrivais 20 pages sur un sujet, je faisais une thèse ! Peu à peu, en khâgne en particulier car on nous préparait au concours, j’ai appris à me plier à une méthode, et à faire un plan en 3 parties. La problématique par exemple, c’est un mot bien mystérieux. On se demande d’ailleurs pourquoi on dit problématique et pas problème. (…) À l’exception des stoïciens, la philosophie ne permet pas de mieux vivre sa vie. Elle ne remplace ni la religion, ni la psychologie, ni la morale… Si cela vous aide à mieux vivre, c’est une vertu collatérale. La philosophie enseigne et montre la réalité, et la réalité n’a pas de morale. Faire de la philosophie une morale, c’est la cantonner à un bastion trop étroit, me semble-t-il. Raphaël Enthoven
Un tableau peut-il changer le monde ?
On a dit que l’architecture est de la musique figée. Cela a-t-il un sens ?
La moralité d’une orgie change-t-elle quand les participants portent des uniformes nazis?
Une institution publique et politique peut-elle se réformer ?
Est-ce une condition extrêmement anormale pour un homme et une femme de cohabiter en permanence ?
La mobilité étudiante en Europe n’est-elle qu’une forme de tourisme subventionné ?
Les jeux d’enfants impliquant le bandage des yeux révèlent-ils une cruauté inhérente à la nature humaine ?
Le réchauffement climatique n’est-il pas préférable au refroidissement de la planète ?
La législation d’un État laïque devrait -elle tenir compte des groupes religieux qui désirent vivre selon leurs propres coutumes régissant la famille, les biens et les relations conjugales, administrées par des tribunaux religieux distincts ?
Pourquoi l’Afrique est-elle un tel échec sur le plan économique ?
Les architectes et les urbanistes peuvent-ils éliminer la criminalité et la fracture sociale par leurs seuls projets ?
Les très gros salaires des sportifs professionnels modifient-ils le caractère des sports en question ?
Est-il immoral d’acheter un sac à main de 10 000 livres (12 000 euros)?
Pourquoi une veste en cuir est plus acceptable qu’un manteau de fourrure ?
« Les vieux poèmes tels que Beowulf, The Faerie Queene et Paradise Lost sont maintenant illisibles par les locuteurs de l’anglais modernes (sans formation particulière), donc la valeur culturelle et sociale de la »grande »poésie du passé réside-t-elle dans le matériau, qu’il peuvent fournir aux adaptations cinématographiques modernes, telles que la récente version de la trilogie His Dark Materials de Beowulf et de Philip Pullman ». [L’économiste]. Êtes-vous d’accord ?

En cette première journée des épreuves du baccalauréat avec l’épreuve-reine de philosophie  …

Pendant qu’outre-manche, notre ancienne colonie qui a mal tourné passe ses « A-levels« …

Retour à nouveau sur l’examen réputé le plus difficile du monde …

A savoir les fameuses épreuves d’entrée à Oxford (12 heures de dissertations sur deux jours suivies, pour les meilleurs, d’oraux sous forme de dîners dits « examen de la fourchette et du couteau ») …

Du moins jusqu’à la suppression il y a trois ans de la légendaire « question à un mot » (un simple nom commun à discuter en trois heures) …

Is the All Souls College entrance exam easy now?

The entrance exam for All Souls College, Oxford was thought to be the most difficult in the world – but its trickiest paper was dropped this year

The Guardian

17 May 2010

The exam reputed to be one of the hardest in the world has just got (slightly) easier. All Souls College, Oxford has this year dropped the famous one-word essay question that has taxed new entrants for almost a century.

In a typical year, around 50 academic high flyers – all graduates – compete for fellowships at the Oxford college, lasting seven years and offering an annual stipend of £14,783. For the two successful candidates, it is often a ticket to academic stardom. Former fellows include Sir Isaiah Berlin, Marcus du Sautoy and Keith Joseph. In previous years, by far the most daunting element was a single card with one word on it (« innocence », « miracles » or « water »), about which candidates were asked to write coherently for three hours.

The exam now consists of four papers of three hours each: two general ones and two specialist papers. Try this paper from 2008 for size. If it’s all a bit much, don’t worry, both John Buchan and Hilaire Belloc took the exam and failed to get in.

General paper

Candidates should answer THREE questions

1. Is it immoral to buy a £10,000 handbag?

2. « I don’t care if anyone reads my books; I write for myself, » said the author of a half-dozen published novels. Is there anything wrong with this statement as a theory of art?

3. Are boycotts futile?

4. « Every act you have ever performed since the day you were born was performed because you wanted something » [Andrew Carnegie]. Do you agree?

5. What, if anything, is wrong with selective schools?

6. Is dislike of politicians a sensible default position?

7. Why is a leather jacket more acceptable than a fur coat?

8. Why do Jane Austen’s novels continue to be so popular?

9. Can any public and political institutions be trusted to reform themselves?

10. Is it an extremely unnatural condition for a male and female to live continuously together?

11. Is student mobility in Europe merely a form of subsidised tourism?

12. Do children’s games involving blindfolds reveal an essential cruelty in human nature?

13. Why does the UN tolerate so many bad regimes?

14. Is there a breakdown of family values in the west, and if so should the state attempt to redress it?

15. Should governments support scientific research when there may be no technological benefit?

16. Does the moral character of an orgy change when the participants wear Nazi uniforms?

17. Isn’t global warming preferable to global cooling?

18. Should the laws of a secular state accommodate religious groups which desire to live by their own customs governing family, property, and marital relations, administered through separate religious courts?

19. What should the west learn from China?

20. Does celebrity entail a loss of dignity?

21. Is the desire for posthumous fame irrational?

22. What, if anything, should be done about the « obesity epidemic »?

23. Why has Africa done so badly economically?

24. Can the world afford not to grow genetically modified crops?

25. Can architects and urban planners design out crime and social breakdown?

26. Do very large salaries for sports professionals alter the character of the games played?

27. It has been said that architecture is frozen music. Does this make any sense?

28. « Old poems such as Beowulf, The Faerie Queene and Paradise Lost are now unreadable by modern English speakers (without special training), so the cultural and social value of the ‘great’ poetry of the past lies in the material it provides for modern adaptations, such as the recent film version of Beowulf and Philip Pullman’s His Dark Materials trilogy. » [The Economist]. Do you agree?

29. Why hug a hoodie?

30. Is string theory science?

31. Can a painting change the world?

32. Can (and should) Europe maintain its relatively high standard of living as compared with emerging economies?

33. Can you love someone if you don’t respect them?

34. Is the treaty of Lisbon a further step towards the federation of Europe – or is it a step back from it?

Philosophy (Sept 2009)

1. Are vague concepts incoherent?

2. Should we distinguish between persons, human beings, and their bodies?

3. Can computers think?

4. Does any ancient philosopher have something to teach moral philosophers today?

5. Does beauty lie in the eye of the beholder?

English (Sept 2009)

1. How European was Chaucer?

2. Discuss relationships between allegory and realism in any period.

3. « At that moment she felt that to be mistress of Pemberley might be something! » [Jane Austen] Discuss.

4. Write an obituary of Harold Pinter.

5. Discuss ONE of the following in relation to the literature of any period: apocalypse, Biblicism, commemoration, dialect, enclosure, fortune, geriatrics, homoeroticism, imprisonment, justice, kingdoms, letters, manners, notions, options, pain, questions, republicanism, stupidity, testaments, unimaginability, verisimilitude, wealth, X-Men, youth, zillionaires.

History (Sept 2009)

1. Is Greek sexuality worth studying?

2. To what end did William the Conqueror assert continuity between his rule and that of Edward the Confessor?

3. « Medieval kings were like modern drinks dispensers; when they didn’t do their job, you kicked them till they did. » Discuss.

4. « Like all revolutions, the French Revolution was deeply reactionary. » Do you agree?

5. Did Peel or Disraeli do more to found the Conservative party?

PHILOSOPHY I

September 2008 Fellowship Examination All Souls College

Candidates should answer THREE questions

1. If belief can come in degrees, can knowledge?

2. Might whether S knows that p turn on the importance to S of the truth of p ?

3. Could someone know nothing? If not, how close could they get?

4. Must an account of modality allow that there might have been nothing?

5. Can an object have a property only if it exists?

6. ‘There is one thing of which one can say neither that it is one metre long, nor that it is not one metre long, and that is the standard metre in Paris’ [WITTGENSTEIN ]. Really?

7. Do blocks of marble contain statues just waiting to get out?

8. Does tense logic rest on a mistake?

9. What is reference?

10. What are the problems of vagueness and how should they be solved?

11. Are smells particulars or universals?

12. ‘The Labour Party believes that we should join the Euro.’ Is there any sense in which the Labour Party has beliefs?

13. Why has so little progress been made in understanding consciousness?

14. Must someone with absolute pitch have a different experience of notes from someone wit hout?

15. Could we feel a pain in someone else’s body?

16. Can photographs be true or false? If not, why not?

17. What is a person?

18. Can you forgive someone who has done you no harm?

19. If two moral theories deliver different verdicts as to the right course of action should you simply comply with the verdict of the theory you assign the highest credence to?

20. What is the relation between reasons and morality?

21. In what sense, if any, can morality be objective?

 22. What sort of equality should egalitarians favour?

23. ‘It is a fundamental objection to utilitarianism that it undermines the distinction between what we do and what we allow to happen.’ Is it?

24. What should modern philosophers learn from Aristotle’s treatment of EITHER pleasure OR the infinite?

25. Does Kuhn’s idea of a paradigm shift have any application within philosophy itself?

26. Are simpler theories more likely to be true?

27. Are philosophers of maths preoccupied with set theory rather than the practice of ordinary mathematicians?

28. What is the importance to political philosophy of the nation state?

29. Should the state be neutral between conceptions of the good?

30. ‘[A]ll the great philosophical discoveries are discoveries of the obvious ’ [H.H. P RICE ] . Discuss.

A comparer avec les sujets du bac français de cette année:

Les premiers sujets du Bac 2013

Le Figaro

17/06/2013

«Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?» ou «La science se limite-t-elle à constater les faits?». Les sujets de l’épreuve de philosophie sont tombés.

L’épreuve reine de philosophie a donné lundi le coup d’envoi du baccalauréat: gorge serrée ou décontraction affichée, les 338.186 candidats au bac général ont entamé lundi à 8H00 leur première épreuve écrite de la session 2013 avec la philosophie, pour laquelle ils disposent de trois sujets au choix et de quatre heures pour plancher. Voici les sujets pour chaque série:

• Série L (littéraire), coefficient 7

– Le langage n’est-il qu’un outil?

– La science se limite-t-elle à constater les faits?

– Expliquer un texte de René Descartes extrait de «Lettre à Elisabeth»

• Série S (scientifique), coefficient 3

– Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?

– Le travail permet-il de prendre conscience de soi?

– Expliquer un texte de Henri Bergson extrait de «La pensée et le mouvant».

• Série ES (économique et social), coefficient 4

– Que devons-nous à l’Etat?

– Interprète-t-on à défaut de connaître?

– Expliquer un texte d’Anselme extrait «De la concorde»

Plus de 660.000 candidats

La philosophie figure au programme du baccalauréat de façon quasi ininterrompue depuis sa création sous Napoléon en 1808. À l’origine, c’était un examen oral, en latin. «C’est une singularité qui nous fait honneur dans notre pays, qui est quand même le pays des grands philosophes», souligne Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco).

Au total, 664.709 candidats (-5,45 % sur un an) tenteront de décrocher le diplôme en 2013, dont la moitié (51 %) au bac général, près d’un tiers (28 %) au bac pro et un cinquième (21 %) au bac techno.

Une vigilance particulière est portée cette année à la lutte contre la fraude ,avec la généralisation des détecteurs de téléphones portables dans toutes les académies. Après l’épreuve inaugurale de lundi, les candidats poursuivront un marathon écrit d’une semaine. Ils devront patienter jusqu’au 5 juillet pour savoir s’ils ont décroché leur diplôme. Le doyen des candidats a 91 ans. Le plus jeune n’a que 13 ans.

(Avec AFP)

Voir encore:

Bac 2013 : le corrigé des épreuves de philo de Luc Ferry

Assma Maad

Le Figaro

17/06/2013

Le philosophe Luc Ferry décrypte pour le Figaro Étudiant ,les sujets du bac philo 2013. Il a choisi la dissertation sur le travail, le langage et la morale.

Pour réussir la dissertation de philosophie au baccalauréat ,l’ancien ministre de l’Éducation, Luc Ferry encourage à prendre le sujet au sérieux. La dissertation ne doit pas sortir des sentiers battus, elle doit rester relativement classique. D’abord il faut identifier le sens du sujet, c’est l’introduction. Dans l’exercice de la dissertation, exprimer ses opinions ne suffit pas, il faut les argumenter les positions qui ne sont pas les siennes.

Au 19ème siècle, l’épreuve de philosophie a été instaurée pour aider à former des citoyens. Il faut donc s’interroger sur le sens profond du sujet, le sens pour soi, le sens pour la société. Il est indispensable de s’inspirer de l’opinion publique, générale, pour ensuite la dépasser. Mais attention aux exemples dans l’actualité, ils sont dangereux selon Luc Ferry. On peut les mobiliser au début de la dissertation, car il faut partir des opinions courantes. Mais on part de l’apparence et on va au-delà, pour essayer de voir ce qu’il y a derrière…

Parmi les nombreux sujets tombés ce lundi matin pour l’épreuve de philosophie, l’ancien ministre a d’abord choisi de s’exprimer sur le travail, une notion qu’il juge «intéressante».

Le travail permet-il de prendre conscience de soi? (Bac S)

Il est possible de commencer par une première partie dans laquelle il faut expliquer l’étymologie du mot travail, «tripalium», un instrument de torture inventé au Moyen Âge. On peut élaborer une première partie où vous êtes l’ennemi du travail, le travail est ennuyeux, pénible, il est une torture, et ne sert qu’à gagner sa vie… Cette partie est donc hostile au travail.

La seconde est plus intelligente, éloignée des opinions courantes traditionnelles à la première partie… Il faut rappeler que dans l’histoire du travail, des siècles durant l’aristocrate s’est défini comme celui qui ne travaillait pas. À partir du 17ème siècle, on a eu contraire, l’idée que le travail est un vecteur d’émancipation de soi. On prend conscience de ses limites, de ses capacités… Cette seconde partie fait donc l’apologie du travail.

En conclusion, vous pouvez conclure en évoquant Baudelaire: travailler est plus amusant que s’amuser.»

Le langage n’est-il qu’un outil? (Bac L)

Comme il faut toujours commencer par les opinions courantes… il est judicieux de dire que le langage est avant tout un instrument de communication. Dans cette perspective là, il semble bien que l’on peut traduire tous les outils dans toutes les langues. Ce qui importe c’est le contenu de ce qui est transmis, la traduction est un signe que le langage est un outil. Je ferais donc une première partie avec Nicolas Boileau et l’Art poétique :« Rien n’est beau que le vrai: le vrai seul est aimable. Il doit régner partout, et même dans la fable… Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément». Donc je ferais une première partie sur le langage comme instrument de communication. Le langage est l’inessentiel, l’essentiel est le contenu. L’essentiel c’est le message, et pas le messager.

Je partirais de Nietzsche dans une seconde partie. Selon lui il y a deux types de langage. Le langage de la vérité, inspiré du modèle socratique, est un langage outil. Gorgias, expliquait que le «vrai sophiste parle pour ne rien dire». Qu’est-ce que cela veut dire qu’un langage qui ne dit rien? Cela veut dire que le langage peut avoir une fonction de séduction, il peut avoir une fonction poétique… par exemple le langage amoureux n’est pas un langage de vérité, mais un langage qui vise à charmer, à persuader, à convaincre,…Dans le poème l’Albatros de Baudelaire, est racontée l’histoire d’un oiseau qui essaie de décoller, qui est lourd. Mais une fois dans le ciel il est d’une élégance magnifique. Dans le sens du langage outil c’est l’histoire d’un oiseau qui n’arrive pas à décoller. Il ne reste rien du poème quand il s’agit juste de transmettre du contenu… Donc on voit bien qu’il y a une fonction du langage qui est toute autre que celle d’être un outil.

Enfin, dans une troisième partie on peut s’interroger sur le langage séducteur. Est-ce que finalement ce n’est pas un outil de séduction? Même s’il ne s’agit pas de transmettre un contenu… Quand on utilise le langage pour séduire, comme le discours amoureux (qui est plein de mensonges. On peut prendre l’exemple d’Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté qui ment tout le temps et qui est décrite par Hésiode comme une déesse des apparences), est-ce que ça ne reste pas finalement un outil? La séduction reste quand même l’objectif…

Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique? (bac S)

Encore un coup de Cahuzac ! (rires, ndlr) C’est un sujet qui porte sur ce qu’Hegel appelait la «belle-âme». Il y a un certain nombres de moralistes qui considèrent que la politique est une chose sale. Ce sera ma première partie. Pour agir moralement il ne faut pas s’engager en politique. S’engager en politique, c’est s’engager dans la «real politique», donc s’engager dans le cynisme, donc dans des aventures qui sont forcément impures. Le modèle est inévitablement Gandhi, celui qui a les mains pures parce qu’il n’a pas mis les mains dans le cambouis. C’est la distinction que fait Max Weber entre deux éthiques. L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. L’éthique de la conviction c’est la «belle âme», c’est Gandhi, celui qui est dans la pureté morale, parce qu’il ne s’est pas engagé. Puis il y a l’éthique de la responsabilité, du militaire ou du politique, de celui qui s’est engagé dans des réalités qui sont impures (qu’il y a-t-il de moins pur que la guerre?) Est-ce que l’éthique de la responsabilité, c’est le cynisme?

Je ferais une deuxième partie sur le fait que la «real politique», ou l’éthique de la responsabilité comme le dit Max Weber, n’est pas du tout l’impureté. Cette vision des choses est absurde. L’éthique de la responsabilité consiste à maintenir les objectifs moraux, mais en tenant compte de la réalité, elle n’abandonne pas les principes éthiques. Elle essaie de les appliquer autant qu’il est possible. Est-ce qu’en 1935 (un exemple que prenait souvent Raymond Aron ), on avait raison de ne pas intervenir contre Hitler, d’être pacifistes? Oui, du point de vue moral. Des intellectuels comme Alain ou Malraux étaient pacifistes car ils disaient que la guerre, c’est mal. Mais si on avait plongé les mains dans le cambouis en intervenant contre Hitler… on se serait engagé contre quelque chose d’ignoble en empêchant la Seconde Guerre Mondiale. On aurait eu une attitude plus morale que celle des pacifistes.

Voir enfin:

Raphaël Enthoven « A 20 ans, j’ai eu l’agrégation de philosophie, à la deuxième tentative »

Propos recueillis par Sophie de Tarlé
L’Etudiant

Mai 2010

Élève en section A2 (l’actuel bac L) au lycée Henri-IV à Paris, Raphaël Enthoven a vite pris goût aux études. C’est en classe d’hypokhâgne qu’il a découvert l’esprit de compétition. Il a enchaîné avec l’École normale supérieure où il a appris à travailler beaucoup. Il revient sur ces années qui lui ont donné le goût d’enseigner, d’écrire (il vient ainsi de publier la « Dissertation de philo », chez Fayard) et d’animer aujourd’hui une émission de philo sur France Culture.

Raphael EnthovenQuels souvenirs gardez-vous du lycée ?

De la 6ème à la 2nde, j’étais au lycée Montaigne à Paris. Puis en classe de 1ère, je suis entré au lycée Henri-IV. J’ai le souvenir d’avoir rencontré en première Sabine Maurel, une professeure de français rêvée, idéale, passionnante et passionnée. Elle m’a fait découvrir Gustave Flaubert, Victor Hugo, Racine. Elle avait comme particularité de faire beaucoup de liens entre les écrivains et la philosophie, car elle était l’épouse de Jean Maurel, un grand professeur de philosophie. Elle faisait par exemple des rapprochements entre Victor Hugo et Nietzsche, ainsi qu’entre Apollinaire et Platon. Les cours qu’elle donnait étaient vraiment jubilatoires. Elle était très drôle. Elle pouvait se permettre des familiarités avec les auteurs, qu’elle connaissait sur le bout des doigts. Elle disait, par exemple, que « ça baisait chez Racine » ! Je me souviens d’avoir étudié une description d’une casquette dans Madame Bovary de Flaubert, dont je me sers encore 20 ans après. C’est un texte qui montre que plus on décrit un objet, moins on le voit : c’est le début du surréalisme !

Êtiez-vous bon élève ? Quelles étaient vos matières préférées ?

J’étais bon élève même si j’ai fait un bac A2 [ex-bac L spécialité langues]. À l’époque, on disait que c’était le bac des fainéants ! Cela dit, au lycée Henri-IV, ce n’était pas tellement le cas. Je me souviens qu’en latin, je devais rendre une version par semaine, et nous avions une interrogation écrite par jour. À cette époque d’ailleurs je travaillais tout le temps. Au départ, je ne le faisais pas par goût mais plutôt par nécessité, car j’espérais intégrer la classe d’hypokhâgne [classe préparatoire au concours de l’École normale supérieure] de mon lycée. En effet, même en étant déjà dans le lycée, ce n’était pas gagné, et il y avait une grosse sélection à l’entrée. À force de travailler, j’ai fini par aimer ça ! Toutes les matières me plaisaient, mais mes 3 préférées étaient sans conteste le français, la philosophie et l’anglais.

Quelle était l’ambiance ? Est-ce qu’on se tirait dans les pattes à Henri-IV ?

Au lycée pas du tout, il y avait une très bonne ambiance. En revanche, en intégrant la classe d’hypokhâgne, j’ai découvert l’esprit de compétition. J’y ai trouvé de vraies bêtes à concours qui n’hésitaient pas à se savonner la planche. Et puis j’ai vu des élèves vraiment étonnants. Il y en avait un par exemple qui avait lu la Critique de la raison pure de Kant, en allemand ! Mais ils étaient si savants qu’ils manquaient d’imagination et d’humanité. En intégrant la khâgne, j’ai eu aussi un choc. Alors que j’avais été un bon élève de terminale, je me suis retrouvé bon dernier jusqu’au concours. C’était nouveau pour moi. Mais ce fut aussi une leçon d’humilité, et finalement j’ai trouvé ça très enrichissant. Je pense que c’est un traumatisme nécessaire qui m’a permis d’avancer. Au petit concours [concours blanc] de khâgne par exemple, je me suis retrouvé 47e sur 55 ! Je m’étais juré qu’au prochain concours blanc, je serais dans les 30 premiers, ce que j’ai fait, mais entre-temps, 15 élèves avaient abandonné…

Votre père est un intellectuel célèbre et votre mère est journaliste. Vous ont-ils aidé dans vos études ?

Du moment que je ramenais à la maison de bons bulletins, ils ne m’embêtaient pas. J’achetais ma tranquillité avec mes bonnes notes. Ils étaient plutôt contents que je fasse Normale sup, surtout mon père qui y était très attaché. Je n’ai pas le souvenir qu’ils m’aient donné des conseils, que ce soit pour les études, pour la vie, ou même des conseils de morale. J’ai tout appris seul. En général d’ailleurs, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes. C’est pourquoi j’aime leur donner ce que j’ai dû découvrir par moi-même. J’aurais beaucoup apprécié, par exemple, qu’on m’aide à faire une dissertation de philo. Nous avions en terminale des cours de méthodologie très abstraits, et j’ai mis un certain temps à comprendre comment il fallait faire. Au départ, j’écrivais 20 pages sur un sujet, je faisais une thèse ! Peu à peu, en khâgne en particulier car on nous préparait au concours, j’ai appris à me plier à une méthode, et à faire un plan en 3 parties. La problématique par exemple, c’est un mot bien mystérieux. On se demande d’ailleurs pourquoi on dit problématique et pas problème.

Et le concours d’entrée à l’École normale supérieure, c’est un bon souvenir ?

Disons que j’ai aimé les concours, car j’aime me mettre en danger. À ce moment-là, on joue très gros. Et puis, il y a un côté arbitraire et injuste dans la note. Mais en m’y préparant, j’ai pu faire des choses qui me semblaient au départ insurmontables. J’ai appris à travailler énormément, et dans l’urgence. À ne pas céder à la panique. J’ai également appris l’endurance. Autant de choses qui m’aident aujourd’hui. Je ne pense pas que je serais capable d’animer une émission tous les jours sur France Culture si je n’étais pas passé par une prépa. Je dirais que ce ne fut pas un rite initiatique mais un « rythme initiatique ». Mon seul défouloir était la boxe thaï, que je pratiquais assidûment après les cours.

À quel âge avez-vous pris votre indépendance ?

J’ai habité seul très tôt. À 18 ans en khâgne, j’avais déjà quitté mes parents, et j’habitais dans une chambre de bonne. Ensuite, j’ai gagné ma vie assez rapidement. À 19 ans, j’étais normalien et je gagnais 7.000 francs [soit 1.067 €] par mois [à l’École normale supérieure, les élèves sont fonctionnaires et sont rémunérés pendant leurs études], sans compter les cours particuliers que je donnais. En revanche, quand j’ai raté l’agrégation, j’ai dû demander à mes parents de m’aider, car pendant un an, je n’étais pas payé.

Pourquoi avez-vous échoué à l’agrégation ?

Le concours portait sur 3 auteurs, Aristote, Nietzsche et Spinoza. Je rencontrais des difficultés avec Aristote ! Et puis je me faisais une montagne du concours de l’agrégation, je ne pensais pas en être capable. Finalement, Aristote a été remplacé par un autre philosophe antique, Plotin. C’est peut-être ce qui m’a sauvé. J’ai eu l’agrégation à la 2nde tentative.

Avez-vous fait une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?

Oui, en hypokhâgne, j’ai rencontré Jacques Darriulat. Grâce à ce professeur, j’ai su que la philosophie pouvait provoquer une joie sans égal, et que l’abstraction n’était pas l’ennemie du quotidien, au contraire. J’ai toujours voulu enseigner, mais avec lui, j’ai su que c’était effectivement ce que je ferais. Par la suite, j’ai été professeur à Lyon 3, et aujourd’hui, j’enseigne à Polytechnique.

Est-ce que les jeunes vous sollicitent ? Quels conseils leur donnez-vous ?

Récemment, j’ai rencontré un étudiant en médecine qui m’a dit qu’avant de m’écouter à la radio, il n’avait jamais eu l’idée d’ouvrir un livre de philo. Et à Polytechnique, certains de mes élèves s’inscrivent en fac de philo en parallèle. D’autres jeunes viennent me demander des conseils sur leur vie. Je leur réponds alors que je ne suis pas thérapeute ! Ils confondent la philosophie avec la psychologie. À l’exception des stoïciens, la philosophie ne permet pas de mieux vivre sa vie. Elle ne remplace ni la religion, ni la psychologie, ni la morale… Si cela vous aide à mieux vivre, c’est une vertu collatérale. La philosophie enseigne et montre la réalité, et la réalité n’a pas de morale. Faire de la philosophie une morale, c’est la cantonner à un bastion trop étroit, me semble-t-il.

Biographie

1975 : naissance à Paris.

1994 : il intègre l’École normale supérieure.

2002 : il rejoint le philosophe Michel Onfray à l’Université populaire de Caen.

2007 : il devient producteur des Nouveaux Chemins de la connaissance, sur France Culture.

Depuis 2007 : il est professeur de philosophie à l’École polytechnique.

2007 : il publie « Un jeu d’enfant : la philosophie », aux éditions Fayard.

Depuis 2008 : il anime l’émission Philosophie, diffusée le dimanche sur Arte, et tous les jours, de 10 h à 11 h, les Nouveaux Chemins de la connaissance, sur France Culture.

2009 : il publie « l’Endroit du décor », aux éditions Gallimard.

2010 : publication, sous sa direction, de la « Dissertation de philo » (éditions Fayard), ouvrage dans lequel il fait décortiquer par des enseignants des thèmes au programme du bac.


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