Antisémitisme: Quel nouveau Protocole des sages de Sion ? (Guess how many times the word ‘terrorism’ is mentioned in all these reports and petitions on Israel’s supposed apartheid ?)

25 août, 2021

Fichier:La difesa della razza; Protocolli dei Savi di Sion.jpg — WikipédiaFrance - L'enseignante à la pancarte antisémite reste en garde à vue - Le Matin
Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York Times
President Biden Welcomes WNBA Champions Seattle Storm To The White House

Jews busters ! Who you gonna blame ? (D’après un refrain très connu)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Le sionisme mondial et les puissances impérialistes tentent, à travers des plans bien établis et une stratégie intelligente, d’éliminer un État arabe après l’autre du cercle de la lutte contre le sionisme pour qu’en fin de compte, il ne reste plus que les Palestiniens à combattre. L’Égypte a été éliminée à travers les accords traîtres de Camp David. Ils essayent d’attirer d’autres pays arabes de la même manière. Le Mouvement de la Résistance Islamique appelle les nations arabes et islamiques à adopter une politique sérieuse et à persévérer dans leur action afin d’empêcher l’application du plan horrible de les éloigner du cercle de la lutte contre le sionisme. Aujourd’hui, c’est la Palestine, demain cela pourrait être un autre pays arabe. Le plan sioniste n’a pas de limites. Après la Palestine, les sionistes veulent accaparer la terre, du Nil à l’Euphrate. Quand ils auront digéré la région conquise, ils aspireront à d’autres conquêtes. Leur plan est contenu dans ‘Le Protocole des Sages de Sion’. Charte du Hamas (article 22)
Le retrait militaire soudain des États-Unis inquiète certainement les Irakiens car ils vivent et assistent à une montée de l’impunité des milices qui appellent constamment au retrait des troupes américaines. (…) «La position locale envers un retrait militaire américain a toujours été divisée en fonction de l’expérience géographique de telle ou telle communauté. Cependant, la plupart des communautés en Irak aujourd’hui considèrent qu’un retrait américain pourrait se traduire par un environnement plus violent malgré leur hostilité envers le rôle militaire de Washington dans le pays. Zeidon Alkinani
[Les contextes irakien et afghan] sont comparables en termes d’impact des agendas régionaux sur la politique intérieure. Le rôle que la direction pour le renseignement inter-services pakistanais a joué dans le soutien aux talibans est très similaire au rôle du Corps des gardiens de la révolution iranienne en Irak avec le Hachd el-Chaabi et d’autres milices redevables à l’Iran. (…) La principale question débattue par rapport à un éventuel retrait américain – s’il devait se produire – est l’augmentation du pouvoir des milices liées à l’Iran aux dépens des institutions de l’État. Randa Slim (Middle East Institute)
Le nouvel antisémitisme s’est répandu dans la société et l’incident avec Alain Finkielkraut en est une illustration mais qui n’est pas représentative des « gilets jaunes ». La technique d’invisibilisation et de délégitimisation des classes populaires remonte aux années quatre-vingt, quand la gauche a abandonné la question sociale. La vieille technique de l’antiracisme et de l’antifascisme est devenue une arme de classe : on se protège en délégitimant le diagnostic des gens d’en bas. Il y a autant de racistes, d’antisémites et d’homophobes dans le monde d’en haut sauf qu’ils sont beaucoup plus discrets. L’antisémitisme de gauche, appelé antisionisme, est culturellement très puissant. Ce n’est pas le monde d’en bas qui contourne la carte scolaire à Paris et qui déscolarise ses enfants des collèges à majorité d’immigrés. Ce sont des bons bobos parisiens de gauche. Christophe Guilluy
Leur conduite actuelle est la preuve de ce que nous avançons[L’hypothèse d’une fraude importante appliquée à quelques états clés le jour du scrutin aux Etats-Unis est-elle crédible ?]. Mon intime conviction me dit que oui. Il y a, à mes yeux, trop d’indices concordants pour permettre à la ‘meute médiatique’ occidentale, dont nous savons qui la contrôle, de me convaincre du contraire. (…) Vous savez bien qui contrôle la meute médiatique dans le monde et en France. Qui contrôle le Washington Post, le New York Times, chez nous BFMTV et tous les journaux qui viennent se grouper autour, qui sont ces gens… ? (…) C’est la communauté que vous connaissez bien. Dominique Delawarde
Ils ont beaucoup de ressentiment par rapport aux blancs, ils ont un mauvais fond, ils nous considèrent comme des bêtes, c’est écrit dans le Talmud et ils veulent absolument nous métisser avec des [mot bipé] inférieurs intrinsèquement.Il aurait mieux valu qu’ils n’existent pas. Manifestante anti vaccins
Le gouvernement israélien a démontré son intention de maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens à travers Israël et les territoires palestiniens occupés. Cette intention s’est accompagnée d’une oppression systématique des Palestiniens et d’actes inhumains commis à leur encontre. Lorsque ces trois éléments se produisent ensemble, ils constituent le crime d’apartheid. Human Rights Watch
On est dans un moment qui me fait penser à l’époque de l’affaire Dreyfus. Il y a eu quelques années où l’on a vu ça : les anti-républicains des deux rives, de droite et de gauche, unis contre les parlementaires, les journalistes et en fin de compte contre les juifs. Ça a duré quelques années et puis la France s’est ressaisie. Cette violence contre les journalistes, contre les policiers, contre la représentation nationale, a commencé dès les premiers actes de ce mouvement. La violence contre les juifs, les slogans antisémites sont comme le terme de ce mouvement, l’aboutissement de cette distillation. On commence par le référendum d’initiative citoyenne et on finit par l’antisémitisme. On commence avec Rousseau et on finit avec Doriot. Ce ne sont pas les marges ça, c’est le cœur du mouvement ! On ne peut pas dire que le mouvement des ‘gilets jaunes’ est intrinsèquement antisémite. Bien sûr que non. Mais ça veut dire en revanche qu’il serait temps que ceux qui restent des ‘gilets jaunes’ se manifestent fortement pour dire ‘pas en notre nom’. Bernard-Henri Lévy
Trump en a rêvé. Mais c’est Biden qui l’aura fait. Et les historiens n’ont pas fini de s’interroger sur ce qui a bien pu pousser le 46 e président des États-Unis à pareille forfaiture. Est-ce naïveté de politicien qui n’a le sens ni de l’Histoire ni du Tragique et a cru sur parole les talibans nous assurant, à Doha, de leurs intentions pacifiques ? Cynisme d’un président qui pense déjà à sa réélection et flatte les rednecks, blue-collar workers et autres deplorable qui, dans le Kansas ou l’Ohio, sont las des prétendues ‘guerres sans fin’ ? Bernard-Henri Lévy
Un régiment d’intellectuels et d’artistes vient, dans « Libération », de publier une tribune dénonçant l’« apartheid » que fait régner Israël sur le territoire de la « Palestine historique » – c’est-à-dire Israël plus les « territoires palestiniens ». En rappelant que « l’apartheid est un crime ». Il y a Edgar Morin dedans. Sa compétence n’est plus à démontrer. Alors là, je dis bravo. (…) Et en effet, ça crève les yeux, le crime se commet tous les jours, au su et au vu de tous. On en a la gorge serrée, croyez-moi. L’Afrique du Sud en 1960, le Mississipi en 1930, à côté de ça ? Bluettes, contes pour enfants. Jugez-en. Des familles palestiniennes et juives côte à côte sur les plages de Tel Aviv, c’est de l’apartheid. Juifs, druzes, coptes, maronites, catholiques, chiites, sunnites se croisant dans les rues de Jérusalem, c’est de l’apartheid. Les Palestiniens, même non israéliens, soignés dans les hôpitaux juifs, c’est de l’apartheid. Les jeunes filles musulmanes voilées dans les universités israéliennes, c’est de l’apartheid. Les députés arabes musulmans israéliens, c’est de l’apartheid. Les deux millions de citoyens arabes israéliens, c’est de l’apartheid. Les journaux arabes israéliens, c’est de l’apartheid. Les organisations d’aide aux Palestiniens qui ont leur siège en Israël, c’est de l’apartheid. Les milliers de Palestiniens qui viennent travailler en Israël, c’est de l’apartheid. Les Druzes et les Arabes dans l’armée israélienne, c’est de l’apartheid. La liberté de penser, d’écrire, de critiquer, de voter, c’est de l’apartheid. La liberté des femmes, c’est de l’apartheid. Les terroristes palestiniens arrêtés mais jamais exécutés, faute de peine de mort, c’est de l’apartheid. Cinq millions de juifs tentant de survivre au beau milieu de dizaines de millions d’Arabes qui veulent leur anéantissement, c’est de l’apartheid. Une partie des territoires de Cisjordanie est occupée par l’armée israélienne. Les sionistes vous diront que cela fait suite à plusieurs guerres, toutes déclarées, et toutes perdues par les états arabes, dans le but proclamé de détruire Israël.  Ne croyez pas les sionistes. Ils sont fourbes.  Vous les reconnaîtrez à leur nez crochu. L’occupation, c’est donc bien de l’apartheid.  Comme je le disais récemment au roi du Maroc, au premier secrétaire du parti communiste chinois, au premier ministre indien, au premier ministre turc, au premier ministre russe, l’occupation du Sahara occidental, du Tibet, du Cachemire, de l’Arménie, du Kurdistan, de la Tchétchénie, les gars, c’est de l’apartheid.  En revanche, autour d’Israël, pas d’apartheid. Pas une ombre, pas ça. D’accord, ce sont soit des dictatures militaires sanglantes, soit des théocraties cruelles, mais rien à voir avec de l’apartheid. Ils ont d’ailleurs trouvé une excellente solution pour remédier à l’apartheid. Une solution finale, en quelque sorte. Des Juifs, ils n’en ont plus. Comme ça, pas d’apartheid.  Si jamais, toutefois, un reliquat de juif tente de raser les murs au Caire ou à Bagdad, ses chances de survie sont proches du zéro absolu. Mais ça n’est pas de l’apartheid. Deux millions de musulmans citoyens en Israël, disions-nous, c’est de l’apartheid. En revanche, attention, soyons précis sur les notions, pas un Juif dans les rues de Ramallah ou de Naplouse, ça n’est pas du tout de l’apartheid. Et si on trouve des groupes de juifs en Cisjordanie, c’est illégal, ça s’appelle des colonies. D’ailleurs le sort des Coptes et en général des chrétiens dans les pays musulmans ça n’est pas de l’apartheid. Une chrétienne arrêtée, condamnée à mort au Pakistan pour avoir bu (et donc souillé) de l’eau réservée aux musulmans, ça n’est pas de l’apartheid. L’interdiction de toute religion autre que l’Islam en Arabie saoudite, ça n’est pas de l’apartheid. Voilà, je pense que les choses sont claires désormais sur ce qu’est l’apartheid. J’aime bien quand les intellectuels éclairent le monde. Pierre Jourde
Jusqu’ici, l’analogie avec l’apartheid avait plutôt valeur d’avertissement, notamment dans le débat public en Israël. Il s’agissait de mettre en garde la classe politique et l’opinion publique des conséquences liées au maintien du statu quo dans les territoires, susceptible à long terme de créer une situation à la sud-africaine si la majorité israélienne venait à se transformer en minorité du fait des tendances démographiques lourdes, exerçant dès lors son autorité dans les territoires occupés sur une majorité palestinienne exclue du suffrage universel. Aujourd’hui, l’identification d’Israël à l’apartheid prend un tout autre sens : elle n’est plus de l’ordre d’une projection future, mais considérée comme une réalité en action sur le terrain. L’apartheid n’est plus tant associé à l’exemple historique de l’Afrique du Sud qu’à la définition établie par le droit international en vertu de laquelle l’apartheid est la discrimination systématique d’un groupe ethnique par un autre. La seconde innovation dans l’application de la notion d’apartheid à Israël, c’est qu’elle ne s’applique plus seulement au régime exercé par l’autorité militaire dans les territoires occupés.  (…) Cette différence de nature entre Israël dans les lignes de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne est niée tant par les signataires du manifeste que par les défenseurs inconditionnels de la droite israélienne – drôle d’alliance, on en conviendra. Pour les uns et les autres, la ligne verte de 1967 n’existe plus et ne doit plus être ressuscitée. Les premiers en tirent gloire, les seconds en tirent la conclusion que l’apartheid n’est plus seulement institutionnalisé en Cisjordanie, voire à Jérusalem-est, mais bien de la Méditerranée au Jourdain. Le recours à l’apartheid n’est donc plus une pente glissante dangereuse dont il faut alerter à temps les citoyens israéliens pour que la situation grave en soi ne devienne pas désespérée ; l’apartheid est bien là, pas seulement hors-les murs en Cisjordanie, mais dans le sanctuaire même d’Israël, puisque la distinction entre les deux n’a plus cours. Enfin, il est une troisième innovation qui vaut changement de paradigme et constitue l’enjeu de cette nouvelle démarche : balayer l’option de deux Etats pour deux peuples afin qu’il ne reste plus que la solution d’un seul Etat. La référence à l’Afrique du Sud tend, en effet, à supplanter la référence au colonialisme, hégémonique autrefois dans le discours, même si les mots de «colons» et de «colonies» restent encore ça et là en usage. On comprend maintenant les raisons de ce grand remplacement : lorsqu’il y a colonialisme et colonisation, qui est aussi un système de domination exercé par un groupe ethnique sur un autre, il y a comme issue la décolonisation. Celle-ci consiste pour l’Etat colonisateur à se retirer définitivement du territoire contesté pour ne plus avoir à contrôler la population dominée jusque-là afin qu’elle puisse, à son tour, être libre et incarner à elle-même le suffrage universel. Israël, hors territoires occupés, n’est pas l’Afrique du Sud et l’analogie n’est rien moins qu’un amalgame qui balaie tout ce qui ne colle pas à leur démonstration. Ainsi, démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs. De plus, l’apartheid en Afrique du Sud était fondé sur une doctrine de la supériorité de la race blanche débouchant sur une séparation institutionnelle qui réservait aux Blancs tous les privilèges. La discrimination indéniable institutionnalisée sous des régimes divers en Cisjordanie et à Jérusalem-est procède d’une occupation militaire. Si elle résultait d’une discrimination raciale, comment expliquer alors qu’elle ne s’applique pas aux deux millions de Palestiniens détenteurs de la citoyenneté israélienne ? Cette distinction ne signifie guère que la condition arabe en Israël est équivalente sur le plan sociologique à la condition juive, mais la démocratie, foin de toute idéalisation lyrique, est précisément la constitution d’un espace politique dans lequel tous les acteurs sociaux et politiques peuvent s’organiser pour prendre leur part à la distribution de ressources symboliques et matérielles. A cet égard, l’année 2021 restera marquée par une révolution politique que nos signataires se sont bien gardés de mentionner, à savoir l’entrée dans une coalition de gouvernement d’un parti arabe (islamique de surcroît), outre l’alternance démocratique qui a permis la mise en place d’un gouvernement inédit qui réunit la gauche, le centre, la droite et ce parti arabe conservateur. Coalition typique d’un régime d’apartheid, n’est-ce pas ? Il est une autre différence entre Afrique du Sud et Palestine et que négligent nos auteurs : si en un siècle de lutte les Palestiniens ont bien obtenu un acquis, c’est bien leur droit à l’autodétermination, reconnu dans la résolution 181 de l’ONU (le fameux plan de partage de la Palestine en deux Etats), puis repris dans les accords de Camp David en 1978 et la Déclaration de principes d’Oslo en 1993. Ce droit à l’autodétermination, les Noirs d’Afrique du Sud ne l’ont pas réclamé et la communauté internationale ne l’a pas revendiqué à leur place ; il en va de même pour les catholiques d’Irlande du Nord et les musulmans bosniaques. Obsédés par le souci que le nom d’Israël ne soit plus qu’un vestige, les auteurs font passer à la trappe la revendication palestinienne d’un Etat de Palestine pour la diluer dans un ensemble binational. Certes, le droit à l’autodétermination peut ne pas prendre la forme d’un Etat-nation. Mais au nom de quelle autorité morale ou politique, et avec quel aplomb, s’autorise-t-on à ôter aux Israéliens et aux Palestiniens le droit de décider ce qu’ils entendent faire de leur droit à l’autodétermination qu’ils ont conquis de haute lutte ? Denis Charbit
It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime. The Guardian
In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance. Ben Dror-Yemini
The 213-page report claims that, as the Israeli government constitutes a “single authority” exercising control “over the area between the Jordan River and the Mediterranean Sea” and seeks to maintain Jewish “domination” over Palestinians and its own Arab population, the term “apartheid” is an apt description. But that’s not what apartheid means at all. Put simply, apartheid is a policy or system of segregation or discrimination on the grounds of race. Or as the Merriam-Webster dictionary defines it: racial segregation specifically: a former policy of segregation and political, social, and economic discrimination against the nonwhite majority in the Republic of South Africa”. Now compare that description to Israel’s relationship with the Palestinians. Since the Oslo Accords were signed in the 1990s, most Palestinians are governed by the Palestinian Authority. This body was set up with international encouragement, and the Palestinians willingly agreed to adopt a system in which they gained partial autonomy while granting Israel overall security control. Given the many wars Israel had faced in the decades previously — and since — this arrangement made eminent sense as a stepping stone along the road to a more permanent solution. Nevertheless, the HRW report slams Israel — essentially for keeping its citizens safe. “The Israeli government has demonstrated an intent to maintain the domination of Jewish Israelis over Palestinians across Israel and the occupied Palestinian territory,” the report charges. “That intent has been coupled with systematic oppression of Palestinians and inhumane acts committed against them. When these three elements occur together, they amount to the crime of apartheid.” The lengthy report makes only passing reference to the ongoing threats faced by Israel, by focusing on Israel’s response to the numerous Gaza-based terror groups which periodically fire hundreds of rockets into Israeli territory. It completely overlooks the threat posed by Iranian-backed Hezbollah, located primarily in Lebanon and Syria. A quick search of the report for words like “terror” and “rocket” shows that HRW totally fails to describe Palestinian terrorist actions against Israel. In addition, the report totally fails to take into account the longstanding enmity between Hamas, the terror group which rules the coastal territory, and Fatah, which rules the Palestinian population of the West Bank, and what that means for peace negotiations with the Jewish state. Instead, the reports casts Israel as solely responsible for the lack of a resolution to the decades-old conflict, and characterizes its desire to keep the lid on violent Arab uprisings as “apartheid” — a stunning inversion of reality. Why, at the very least, are journalists not asking HRW how Israel’s basic security needs can be met? It is not the first time that the NGO takes a jab at Israel. The particular researcher who compiled the report, Omar Shakir, was forced to leave Israel in November 2019 after his work visa was not renewed due to his support of the controversial Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) movement. Nevertheless, the vast majority of news reports have failed to document either of these important facts. For over a decade, Shakir has fought a campaign denying Israel’s right to exist and smearing the Jewish state with the kind of barbs more typically heard in the cesspit of online discussion. On various occasions, he has stated that Israel has “effectively turned Gaza into an open-air prison.” Moreover, Shakir was involved in compiling a discriminatory UN database of businesses operating across the 1949 Armistice line, aimed at bolstering BDS campaigns against Israel. Consequently, the report largely recycled existing materials from known anti-Israel organizations, without engaging in independent investigative work. As Israeli columnist Ben Dror-Yemini notes: In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance.” This is not the first time in recent memory that Israel has faced such claims. In January this year, Israeli organization B’Tselem made exactly the same case, as it took the dramatic step of publishing an op-ed in The Guardian, and sending press releases to numerous newspapers around the world, accusing Israel of “apartheid.” Just like today, news organizations worldwide gave prominent coverage to the report claiming that Israel is no longer a democracy but an “apartheid regime” devoted to cementing the supremacy of Jews over Palestinians. By uncritically portraying this group as a leading proponent of human rights, the media effectively facilitated the hijacking of the word “apartheid” by anti-Israeli activists whose goal is to foster doubt about Israel’s right to live in peace within secure borders. In January, even the usually stridently anti-Israel The Guardian was taken aback, with a subsequent editorial published, admitting “It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime.” But a few months later, when exactly the same claim resurfaced, the Guardian, amongst others, just couldn’t resist helping spread the baseless libel. As ever, the failure of journalists to do their job and ask tough questions of Israel’s detractors means that the truth is the first casualty of HRW’s ongoing war against the Jewish State. Emmanuel Miller
Cherchez l’erreur  !
A l’heure où après s’être agenouillé pendant des mois devant les émeutiers de Black Lives Matter et des définanceurs de la police …
Qui avaient tant contribué à son élection volée
Le Génuflexeur en chef de la Maison blanche met à nouveau genou à terre devant une équipe de basket ball féminine américaine
Pendant qu’à Kaboul devant la barabarie talibane et peut-être à nouveau à Bagdad, il retire ses forces armées
Devinez …
Dans la nouvelle épidémie de rapports, pétitions, tribunes et même parfois contre-tribunes sur le prétendu ‘apartheid’ israélien …
Qui comme une énième resucée du tristement célèbre faux tsariste dit des Protocole des sages de Sion
Ou nouvelle version intellectuelle des slogans ou pancartes que nos médias dénoncent régulièrement de la part de nos gilets jaunes ou des anti-vaccins
Ou de nos chères têtes blondes des banlieues et quartiers dit sensibles
Vient, sur fond d’épidémie mondiale que l’on sait (surprise !), de repartir cet été …
Combien de fois est mentionné le mot ‘terrorisme » ?

« Apartheid », par Pierre Jourde

CHRONIQUE LIBRE. Écrivain, professeur d’université et critique littéraire, Pierre Jourde se pose ici quelques questions.

La tribune signée par des intellectuels et des artistes est un exercice classique dans la vie intellectuelle (et politique). On ne les compte plus.

Moi-même, j’en signe.

Ça me rassure : je vérifie ainsi que je suis bien un intellectuel (et un artiste).

Et que je continue à m’intéresser au monde.

Certaines sont plus pertinentes que d’autres, certes.

Vous vous souvenez certainement de cette tribune qui, à l’initiative d’Annie Ernaux, a permis de débusquer de son trou le nazi Richard Millet (alias M le maudit). Ce fut un lynchage organisé. L’abject individu en a d’ailleurs perdu son emploi.

Bien fait pour lui.

Pour une fois qu’une tribune est efficace, il y a de quoi se réjouir !

Et puis j’aime bien les comités d’épuration, ils aident à rendre la justice.

La même Ernaux a d’ailleurs appelé depuis au boycott d’Israël.

Ce qui me fournit une excellente transition.

Car, avec la même pertinence, un régiment d’intellectuels et d’artistes vient, dans « Libération », de publier une tribune dénonçant l’« apartheid » que fait régner Israël sur le territoire de la « Palestine historique » – c’est-à-dire Israël plus les « territoires palestiniens ». En rappelant que « l’apartheid est un crime ».

Il y a Edgar Morin dedans.

Sa compétence n’est plus à démontrer.

Alors là, je dis bravo.

Je suis d’autant plus heureux que je connais bien Israël, pour y avoir effectué plusieurs missions (conférences et inspection de centre de recherches) au cours desquels j’ai traversé les territoires palestiniens, le Néguev, et tout ça.

Et en effet, ça crève les yeux, le crime se commet tous les jours, au su et au vu de tous.

On en a la gorge serrée, croyez-moi.

L’Afrique du Sud en 1960, le Mississipi en 1930, à côté de ça ? Bluettes, contes pour enfants.

Jugez-en.

Des familles palestiniennes et juives côte à côte sur les plages de Tel Aviv, c’est de l’apartheid.

Juifs, druzes, coptes, maronites, catholiques, chiites, sunnites se croisant dans les rues de Jérusalem, c’est de l’apartheid.

Les Palestiniens, même non israéliens, soignés dans les hôpitaux juifs, c’est de l’apartheid.

Les jeunes filles musulmanes voilées dans les universités israéliennes, c’est de l’apartheid.

Les députés arabes musulmans israéliens, c’est de l’apartheid.

Les deux millions de citoyens arabes israéliens, c’est de l’apartheid.

Les journaux arabes israéliens, c’est de l’apartheid.

Les organisations d’aide aux Palestiniens qui ont leur siège en Israël, c’est de l’apartheid.

Les milliers de Palestiniens qui viennent travailler en Israël, c’est de l’apartheid.

Les Druzes et les Arabes dans l’armée israélienne, c’est de l’apartheid.

La liberté de penser, d’écrire, de critiquer, de voter, c’est de l’apartheid.

La liberté des femmes, c’est de l’apartheid.

Les terroristes palestiniens arrêtés mais jamais exécutés, faute de peine de mort, c’est de l’apartheid.

Cinq millions de juifs tentant de survivre au beau milieu de dizaines de millions d’Arabes qui veulent leur anéantissement, c’est de l’apartheid.

Une partie des territoires de Cisjordanie est occupée par l’armée israélienne.

Les sionistes vous diront que cela fait suite à plusieurs guerres, toutes déclarées, et toutes perdues par les états arabes, dans le but proclamé de détruire Israël.

Ne croyez pas les sionistes.

Ils sont fourbes.

Vous les reconnaîtrez à leur nez crochu.

L’occupation, c’est donc bien de l’apartheid.

Comme je le disais récemment au roi du Maroc, au premier secrétaire du parti communiste chinois, au premier ministre indien, au premier ministre turc, au premier ministre russe, l’occupation du Sahara occidental, du Tibet, du Cachemire, de l’Arménie, du Kurdistan, de la Tchétchénie, les gars, c’est de l’apartheid.

En revanche, autour d’Israël, pas d’apartheid. Pas une ombre, pas ça.

D’accord, ce sont soit des dictatures militaires sanglantes, soit des théocraties cruelles, mais rien à voir avec de l’apartheid.

Ils ont d’ailleurs trouvé une excellente solution pour remédier à l’apartheid. Une solution finale, en quelque sorte. Des Juifs, ils n’en ont plus. Comme ça, pas d’apartheid.

Si jamais, toutefois, un reliquat de juif tente de raser les murs au Caire ou à Bagdad, ses chances de survie sont proches du zéro absolu. Mais ça n’est pas de l’apartheid.

Deux millions de musulmans citoyens en Israël, disions-nous, c’est de l’apartheid. En revanche, attention, soyons précis sur les notions, pas un Juif dans les rues de Ramallah ou de Naplouse, ça n’est pas du tout de l’apartheid. Et si on trouve des groupes de juifs en Cisjordanie, c’est illégal, ça s’appelle des colonies.

D’ailleurs le sort des Coptes et en général des chrétiens dans les pays musulmans ça n’est pas de l’apartheid.

Une chrétienne arrêtée, condamnée à mort au Pakistan pour avoir bu (et donc souillé) de l’eau réservée aux musulmans, ça n’est pas de l’apartheid.

L’interdiction de toute religion autre que l’Islam en Arabie saoudite, ça n’est pas de l’apartheid.

Voilà, je pense que les choses sont claires désormais sur ce qu’est l’apartheid.

J’aime bien quand les intellectuels éclairent le monde.

Voir aussi:

Israël-apartheid : le contre-sens d’une analogie
Après la publication d’une tribune appelant à faire d’Israël un Etat-apartheid, le professeur de science politique Denis Charbit fait valoir le droit à distinguer l’Etat hébreu dans les frontières de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne.
Denis Charbit, professeur de science politique à l’Open University of Israël
Libération
1er août 2021

Plus de six cents universitaires et artistes ont publié un appel à la communauté internationale pour qu’avant la fin de l’année 2021, Israël soit décrété Etat-apartheid. L’accusation n’est pas récente dans la polémique autour du conflit, mais un tournant a été pris dans la foulée du rapport publié au mois de janvier par l’organisation israélienne des droits de l’homme dans les territoires occupés, B’Tselem, et dont on ne dira jamais assez la mission courageuse et salutaire qu’elle remplit, même si je ne la suis guère dans ce nouveau discours qu’ont repris à leur compte le rapport d’Human Rights Watch et le manifeste en question. Attaché à l’existence de mon pays, je ne peux prétendre avoir le point de vue de Sirius sur la question et il m’est difficile de dissimuler mon trouble devant des accusations de cet ordre. Mais las de ces polémiques qui tournent au dialogue de sourds et consistent, de part et d’autre, à se disputer le monopole de l’indignation et de l’anathème, au moins peut-on s’interroger sur la pertinence de la qualification d’apartheid et son utilité politique dans le contexte actuel.

Jusqu’ici, l’analogie avec l’apartheid avait plutôt valeur d’avertissement, notamment dans le débat public en Israël. Il s’agissait de mettre en garde la classe politique et l’opinion publique des conséquences liées au maintien du statu quo dans les territoires, susceptible à long terme de créer une situation à la sud-africaine si la majorité israélienne venait à se transformer en minorité du fait des tendances démographiques lourdes, exerçant dès lors son autorité dans les territoires occupés sur une majorité palestinienne exclue du suffrage universel. Aujourd’hui, l’identification d’Israël à l’apartheid prend un tout autre sens : elle n’est plus de l’ordre d’une projection future, mais considérée comme une réalité en action sur le terrain. L’apartheid n’est plus tant associé à l’exemple historique de l’Afrique du Sud qu’à la définition établie par le droit international en vertu de laquelle l’apartheid est la discrimination systématique d’un groupe ethnique par un autre.

Démocratie VS régime d’occupation

La seconde innovation dans l’application de la notion d’apartheid à Israël, c’est qu’elle ne s’applique plus seulement au régime exercé par l’autorité militaire dans les territoires occupés. La distinction spatiale est purement et simplement abolie. Qu’importe si Israël répond ou non aux critères nécessaires et suffisants d’une démocratie dans les frontières de 1967, les auteurs leur substituent un critère normatif et moralisateur : le label démocratique ne peut être attribué à un Etat qui en respecte les principes sur son territoire, mais y passe outre en territoire occupé.

Que la coexistence d’un régime démocratique et d’un régime d’occupation militaire soit problématique, que cette démocratie interne soit menacée par cette excroissance qui la mine, on en convient sans difficulté. Cependant, là où il y a suffrage universel, égalité devant la loi et indépendance de la justice, contrôle de l’exécutif, il y a démocratie, pas apartheid. Si l’on suit la logique des signataires, il faudrait considérer, par exemple, que la France de la IIIe et de IVe République n’était ni une démocratie ni une République, puisqu’elle était, hors de l’Hexagone, coloniale. Qu’importe le suffrage universel, les lois sur la liberté de la presse, l’école laïque, la réhabilitation de Dreyfus ou les mesures sociales du Front populaire, ce qui avait lieu hors Hexagone disqualifie de prétendre que la France a été, dans l’Hexagone, une démocratie.

Qu’en deçà de la «ligne verte», tous les citoyens israéliens, Juifs et Arabes, puissent désigner leurs représentants au Parlement et peser sur la composition de la coalition gouvernementale tandis que, de l’autre côté de la ligne verte, seuls les Juifs votent alors que les Palestiniens ne sont guère consultés pour déterminer s’ils consentent à la présence israélienne, ne peut objectivement être considéré comme du pareil au même. Les règles ne sont pas les mêmes lorsque les unes relèvent de la démocratie, et les autres d’un régime d’occupation. Constater cette différence de régime ne revient pas à légitimer l’occupation de même que le respect des règles du jeu démocratique observées en Israël ne signifie guère que ce qui s’y passe est de l’ordre de la perfection. Il suffit que le système puisse être perfectible.

Parti arabe au gouvernement

Cette différence de nature entre Israël dans les lignes de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne est niée tant par les signataires du manifeste que par les défenseurs inconditionnels de la droite israélienne – drôle d’alliance, on en conviendra. Pour les uns et les autres, la ligne verte de 1967 n’existe plus et ne doit plus être ressuscitée. Les premiers en tirent gloire, les seconds en tirent la conclusion que l’apartheid n’est plus seulement institutionnalisé en Cisjordanie, voire à Jérusalem-est, mais bien de la Méditerranée au Jourdain.

Le recours à l’apartheid n’est donc plus une pente glissante dangereuse dont il faut alerter à temps les citoyens israéliens pour que la situation grave en soi ne devienne pas désespérée ; l’apartheid est bien là, pas seulement hors-les murs en Cisjordanie, mais dans le sanctuaire même d’Israël, puisque la distinction entre les deux n’a plus cours.

Enfin, il est une troisième innovation qui vaut changement de paradigme et constitue l’enjeu de cette nouvelle démarche : balayer l’option de deux Etats pour deux peuples afin qu’il ne reste plus que la solution d’un seul Etat. La référence à l’Afrique du Sud tend, en effet, à supplanter la référence au colonialisme, hégémonique autrefois dans le discours, même si les mots de «colons» et de «colonies» restent encore ça et là en usage. On comprend maintenant les raisons de ce grand remplacement : lorsqu’il y a colonialisme et colonisation, qui est aussi un système de domination exercé par un groupe ethnique sur un autre, il y a comme issue la décolonisation. Celle-ci consiste pour l’Etat colonisateur à se retirer définitivement du territoire contesté pour ne plus avoir à contrôler la population dominée jusque-là afin qu’elle puisse, à son tour, être libre et incarner à elle-même le suffrage universel.

Démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs.

Israël, hors territoires occupés, n’est pas l’Afrique du Sud et l’analogie n’est rien moins qu’un amalgame qui balaie tout ce qui ne colle pas à leur démonstration. Ainsi, démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs.

De plus, l’apartheid en Afrique du Sud était fondé sur une doctrine de la supériorité de la race blanche débouchant sur une séparation institutionnelle qui réservait aux Blancs tous les privilèges. La discrimination indéniable institutionnalisée sous des régimes divers en Cisjordanie et à Jérusalem-est procède d’une occupation militaire. Si elle résultait d’une discrimination raciale, comment expliquer alors qu’elle ne s’applique pas aux deux millions de Palestiniens détenteurs de la citoyenneté israélienne ? Cette distinction ne signifie guère que la condition arabe en Israël est équivalente sur le plan sociologique à la condition juive, mais la démocratie, foin de toute idéalisation lyrique, est précisément la constitution d’un espace politique dans lequel tous les acteurs sociaux et politiques peuvent s’organiser pour prendre leur part à la distribution de ressources symboliques et matérielles. A cet égard, l’année 2021 restera marquée par une révolution politique que nos signataires se sont bien gardés de mentionner, à savoir l’entrée dans une coalition de gouvernement d’un parti arabe (islamique de surcroît), outre l’alternance démocratique qui a permis la mise en place d’un gouvernement inédit qui réunit la gauche, le centre, la droite et ce parti arabe conservateur. Coalition typique d’un régime d’apartheid, n’est-ce pas ?

Droit à l’autodétermination

Il est une autre différence entre Afrique du Sud et Palestine et que négligent nos auteurs : si en un siècle de lutte les Palestiniens ont bien obtenu un acquis, c’est bien leur droit à l’autodétermination, reconnu dans la résolution 181 de l’ONU (le fameux plan de partage de la Palestine en deux Etats), puis repris dans les accords de Camp David en 1978 et la Déclaration de principes d’Oslo en 1993. Ce droit à l’autodétermination, les Noirs d’Afrique du Sud ne l’ont pas réclamé et la communauté internationale ne l’a pas revendiqué à leur place ; il en va de même pour les catholiques d’Irlande du Nord et les musulmans bosniaques. Obsédés par le souci que le nom d’Israël ne soit plus qu’un vestige, les auteurs font passer à la trappe la revendication palestinienne d’un Etat de Palestine pour la diluer dans un ensemble binational. Certes, le droit à l’autodétermination peut ne pas prendre la forme d’un Etat-nation. Mais au nom de quelle autorité morale ou politique, et avec quel aplomb, s’autorise-t-on à ôter aux Israéliens et aux Palestiniens le droit de décider ce qu’ils entendent faire de leur droit à l’autodétermination qu’ils ont conquis de haute lutte ? C’est le veto israélien à la création d’un Etat palestinien qui est contestable, pas la revendication elle-même de le créer. Puisque les Israéliens disposent d’un Etat depuis 1948, ce n’est que justice que les Palestiniens puissent également s’en doter puisqu’ils le réclament.

Les signataires ne proposent pas un Etat binational, ils l’exigent. Mais ne voient-ils pas qu’il présente deux versions, celle, optimiste et irénique, qu’ils réclament, et celle qu’eux-mêmes dénoncent ? J’ai une foi raisonnable dans le genre humain pour penser qu’il vaut mieux partager le territoire que le pouvoir. Non que l’on doive s’interdire de mettre en place, une fois les deux Etats constitués, des mécanismes fédéraux ou confédéraux, des arrangements économiques, des dispositifs bilingues, des passerelles culturelles pour préfigurer l’avènement de cet Etat unitaire. Mais n’est-il pas étrange que professant un seul Etat, les auteurs, censés s’adresser aux deux peuples, emploient une rhétorique de l’imprécation envers Israël au lieu d’une pédagogie de la persuasion plus adéquate si l’on entend faire coexister deux populations qui s’estiment, pour l’heure, être des ennemies ? Cette réprobation de l’Etat d’Israël tel qu’il est n’a de chance d’être audible au sein de la population juive israélienne que si elle est précédée d’une reconnaissance de l’attachement des Juifs à cette terre, de la légitimité du choix des Juifs à l’autodétermination nationale, plutôt que de la concéder du bout des lèvres sans la mentionner explicitement.

C’est tout le projet de fraternité judéo-arabe qui s’en trouve vicié dans ses fondements mêmes et transpire l’imposture.

Ce n’est pas nécessairement un nouvel habit de l’antisémitisme que proposer aux Juifs d’Israël une autre forme d’autodétermination que celle de l’Etat-nation ; ce n’est pas être antisémite que de souhaiter un Etat unitaire de la Méditerranée au Jourdain ; mais intimement associé à cette rhétorique de l’imprécation, de la disqualification et de l’injonction pour mettre Israël au ban des Etats, niant tous ses acquis et où vivent aujourd’hui près d’un Juif sur deux dans le monde, qui ont payé cher le droit d’être des autochtones, c’est tout le projet de fraternité judéo-arabe qui s’en trouve vicié dans ses fondements mêmes et transpire l’imposture. C’est, une fois de plus, la rhétorique radicale qui suscite le soupçon sur les bonnes intentions qui, du reste, sont beaucoup plus sous-jacentes qu’explicites et n’apparaissent qu’en pointillé. Est-ce donc cela l’Andalousie du Proche-Orient auquel ce projet est censé aboutir ? Je préfère encore la franchise de la droite israélienne qui ne dissimule guère son refus de tout Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza et préconise l’annexion, voire celle du Hamas qui préconise encore la destruction d’Israël. Qu’on nous épargne enfin le fantasme d’une Palestine démocratique et laïque lorsque tant de Palestiniens et de Juifs tiennent les notions de démocratie, de pluralisme confessionnel, d’égalité et de liberté individuelle, au pire pour des importations étrangères et occidentales, au mieux pour des valeurs instrumentales.

Deux Etats côte à côte

Travaillant actuellement à l’édition scientifique en hébreu du Traité sur la tolérance de Voltaire, avec en tête la boutade du philosophe à propos des Juifs consignée dans son Dictionnaire philosophique – «et pourtant, il ne faut pas les brûler» –, je voudrais, dans cet esprit, m’adresser à ces signataires égarés et leur dire ceci, en commençant par Edgar Morin et Jacques Rancière, qui m’ont appris respectivement l’importance de la complexité dans l’appréhension d’une situation et la relativité du savoir universellement partagé. Auprès d’eux, je suis un parfait ignorant, mais l’élève peut oser dispenser une petite leçon aux maîtres qu’ils restent à mes yeux et dont je continuerai d’enseigner la pensée. Quand l’histoire d’un peuple est marquée par la Nakba [l’exode forcé de 1948, qui signifie «catastrophe» en arabe, ndlr], on ne vient pas dire aux Palestiniens de Cisjordanie, comme le suggèrent trop de mes concitoyens, qu’il y a vingt-deux Etats qui les attendent. Quand l’histoire du mien est marquée par la Shoah, on ne peut sommer les Juifs de liquider ce qu’ils ont créé à la sueur de leur front, dans le sang et les larmes, et qui n’est pas réductible à l’occupation. Un peu d’humilité est toujours une bonne attitude.

Camus disait que les solutions humaines valent toujours mieux que les solutions politiques. Le problème, c’est que les premières, pour être généreuses et idéales sont souvent impraticables, ou plus exactement, en dépit de leurs bonnes intentions, leur application engendre sur le terrain des effets pervers qu’on n’avait pas prévus initialement. Les solutions politiques sont grises, ternes, sans éclat, moins grandioses, mais plus accessibles. C’est pourquoi à la fiction d’une fausse commune, d’une URSS qu’on aurait rebaptisée URJP, l’Union des républiques juive et palestinienne, je préfère, faute d’avoir l’imagination des signataires, avoir deux Etats, côte à côte, qui auraient pour mission de penser d’égal à égal les conditions de leur coexistence et les moyens de transférer des parts de leur souveraineté exclusive à un mécanisme supranational. Cette démarche n’a-t-elle pas guidé l’émergence de l’Union européenne qui, sans être dépourvue de défauts, a chassé la guerre du continent ?

Ne touchez pas à la légitimité d’Israël

Alors, que faire ? C’est contre l’occupation et la colonisation qu’il faut rassembler les opinions publiques dans les territoires palestiniens, en Israël et dans le monde. Ni plus ni moins, mais ne touchez pas à la légitimité d’Israël. On ne convaincra pas les Israéliens de se retirer de Cisjordanie si on ne les rassure pas sur leur droit d’exister dans les frontières de 1967. Cela n’exclut guère de reprendre le dossier de la Nakba, de traiter de la question des réfugiés et de conférer aux Palestiniens d’Israël des garanties constitutionnelles à titre de minorité nationale. Cela implique également de réviser de fond en comble la condition des Palestiniens d’Israël pour tout ce qui a trait à la redistribution des terres. Longtemps, l’impératif sécuritaire a servi de justification ou de prétexte pour ne rien lâcher. Cette objection ne tient plus. A cet égard, distinguons soigneusement le rapport de B’Tselem et la pétition étudiée du rapport effectué par le Human Rights Watch. Le rapport américain est accablant, mais rigoureux et tout sauf militant. D’une part, l’organisation américaine rejette explicitement la notion d’Etat-apartheid qui n’a pas de fondement juridique. D’autre part, elle a l’intelligence et la prudence de ne pas recommander de solution et se montre sceptique sur la solution à un Etat, craignant à juste titre qu’elle ne soit exploitée dans un sens qui accentuerait et approfondirait les inégalités.

C’est contre l’occupation et la colonisation qu’il faut rassembler les opinions publiques dans les territoires palestiniens, en Israël et dans le monde.

Le rapport souligne enfin qu’à côté des droits individuels, politiques, civils, culturels et confessionnels des Palestiniens d’Israël, les pouvoirs publics ont creusé un énorme déficit concernant le partage des ressources et du sol notamment. Et cependant, malgré la réalité des griefs, près de deux millions de Palestiniens citoyens d’Israël disent comme un plébiscite de tous les jours qu’ils n’entendent nullement jeter les Juifs à la mer, que leur existence individuelle est indissociable après plus de soixante-dix ans du maintien d’Israël. Ils réclament plus d’intégration sociale, plus d’égalité, ou plus d’autonomie, la reconnaissance de leur souffrance, et pour leurs frères de Cisjordanie, la liberté. Je serai toujours à leurs côtés dans cette double lutte pour l’égalité et pour la liberté.

Ce sont les Palestiniens d’Israël qui ont été les premiers à revendiquer deux Etats pour deux peuples. Pourquoi ne seraient-ils pas entendus puisque la voix de la gauche sioniste est, à leurs yeux, discréditée ? Et que dire des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qui réclament la dignité qu’un Etat de Palestine peut tout à fait conférer autant sinon plus que l’improbable et incertaine solution à un Etat ? La solution à deux Etats ne ferme pas la porte à un partenariat. Elle constitue un consensus minimum qui permettrait d’unir autour de cette revendication élémentaire toutes les bonnes volontés en Israël, en Palestine et dans le monde afin de rétablir aux Palestiniens la plénitude de leurs droits nationaux et de sauver Israël de la catastrophe morale qu’elle refuse de voir. La détresse est grande chez les Palestiniens et les Israéliens, même si assurément elle n’est pas du même ordre : l’une est retentissante, l’autre est niée. L’appui des signataires dans ces combats complémentaires ne sera pas de trop.

Dernier livre paru : Israël et ses paradoxes, Le Cavalier bleu, 2018.

Voir également:

A new report by Human Rights Watch (HRW) released on Tuesday accusing Israel of committing the crime of apartheid, as well as the persecution of Palestinians, is being given extensive media coverage with little to…

A new report by Human Rights Watch (HRW) released on Tuesday accusing Israel of committing the crime of apartheid, as well as the persecution of Palestinians, is being given extensive media coverage with little to no critical journalism.

Unfortunately, Human Rights Watch has an ill-deserved gravitas that serves to disguise its biased methodology. Consequently, pundits and journalists alike have taken the bait, swarming to cover the report without properly analyzing its contents and challenging its absurd claim – which hinges on subverting the term “apartheid” to have an entirely new meaning.

The 213-page report claims that, as the Israeli government constitutes a “single authority” exercising control “over the area between the Jordan River and the Mediterranean Sea” and seeks to maintain Jewish “domination” over Palestinians and its own Arab population, the term “apartheid” is an apt description.

But that’s not what apartheid means at all. Put simply, apartheid is a policy or system of segregation or discrimination on the grounds of race. Or as the Merriam-Webster dictionary defines it:

racial segregation
specificallya former policy of segregation and political, social, and economic discrimination against the nonwhite majority in the Republic of South Africa”

Now compare that description to Israel’s relationship with the Palestinians. Since the Oslo Accords were signed in the 1990s, most Palestinians are governed by the Palestinian Authority. This body was set up with international encouragement, and the Palestinians willingly agreed to adopt a system in which they gained partial autonomy while granting Israel overall security control. Given the many wars Israel had faced in the decades previously — and since — this arrangement made eminent sense as a stepping stone along the road to a more permanent solution.

Nevertheless, the HRW report slams Israel — essentially for keeping its citizens safe. “The Israeli government has demonstrated an intent to maintain the domination of Jewish Israelis over Palestinians across Israel and the occupied Palestinian territory,” the report charges. “That intent has been coupled with systematic oppression of Palestinians and inhumane acts committed against them. When these three elements occur together, they amount to the crime of apartheid.”

Glaring Omissions of Context Left Unchallenged

The lengthy report makes only passing reference to the ongoing threats faced by Israel, by focusing on Israel’s response to the numerous Gaza-based terror groups which periodically fire hundreds of rockets into Israeli territory. It completely overlooks the threat posed by Iranian-backed Hezbollah, located primarily in Lebanon and Syria.

A quick search of the report for words like “terror” and “rocket” shows that HRW totally fails to describe Palestinian terrorist actions against Israel.

In addition, the report totally fails to take into account the longstanding enmity between Hamas, the terror group which rules the coastal territory, and Fatah, which rules the Palestinian population of the West Bank, and what that means for peace negotiations with the Jewish state.

Instead, the reports casts Israel as solely responsible for the lack of a resolution to the decades-old conflict, and characterizes its desire to keep the lid on violent Arab uprisings as “apartheid” — a stunning inversion of reality. Why, at the very least, are journalists not asking HRW how Israel’s basic security needs can be met?

Shakir’s Personal Anti-Israel Vendetta

It is not the first time that the NGO takes a jab at Israel. The particular researcher who compiled the report, Omar Shakir, was forced to leave Israel in November 2019 after his work visa was not renewed due to his support of the controversial Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) movement. Nevertheless, the vast majority of news reports have failed to document either of these important facts.

For over a decade, Shakir has fought a campaign denying Israel’s right to exist and smearing the Jewish state with the kind of barbs more typically heard in the cesspit of online discussion. On various occasions, he has stated that Israel has “effectively turned Gaza into an open-air prison.” Moreover, Shakir was involved in compiling a discriminatory UN database of businesses operating across the 1949 Armistice line, aimed at bolstering BDS campaigns against Israel.

Consequently, the report largely recycled existing materials from known anti-Israel organizations, without engaging in independent investigative work. As Israeli columnist Ben Dror-Yemini notes:
In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance.”

Deliberate Provocation — and Not For the First Time

This is not the first time in recent memory that Israel has faced such claims. In January this year, Israeli organization B’Tselem made exactly the same case, as it took the dramatic step of publishing an op-ed in The Guardian, and sending press releases to numerous newspapers around the world, accusing Israel of “apartheid.”

Just like today, news organizations worldwide gave prominent coverage to the report claiming that Israel is no longer a democracy but an “apartheid regime” devoted to cementing the supremacy of Jews over Palestinians. By uncritically portraying this group as a leading proponent of human rights, the media effectively facilitated the hijacking of the word “apartheid” by anti-Israeli activists whose goal is to foster doubt about Israel’s right to live in peace within secure borders.

In January, even the usually stridently anti-Israel The Guardian was taken aback, with a subsequent editorial published, admitting “It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime.” But a few months later, when exactly the same claim resurfaced, the Guardian, amongst others, just couldn’t resist helping spread the baseless libel.

As ever, the failure of journalists to do their job and ask tough questions of Israel’s detractors means that the truth is the first casualty of HRW’s ongoing war against the Jewish State.

Voir de même:

Pour que 2021 soit l’année de la fin de l’apartheid en Israël
Plus de 1 000 artistes, intellectuels et universitaires de plus de 45 pays appellent à la reconnaissance internationale et au démantèlement du régime d’apartheid mis en place par Israël sur le territoire de la Palestine
par Un collectif de 1000 personnalités internationalement reconnues
Libération
27 juillet 2021

Gageons que, dans quelques années, quand les historiens voudront caractériser les événements marquants de l’année 2021 en ce qui concerne l’Etat d’Israël, ce qui l’emportera ne sera ni la vaccination éclair contre le Covid ni le départ du Premier ministre Benjamin Nétanyahou, mais bel et bien la reconnaissance mondiale de l’état d’apartheid dans tout l’espace de la «Palestine historique». Cela a commencé le 12 janvier par la publication du rapport de B’Tselem (Centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés) intitulé : «Un régime de suprématie juive s’étendant du Jourdain à la Méditerranée, c’est de l’apartheid». Trois mois plus tard, le 27 avril, le rapport de Human Rights Watch, ONG internationale de défense des droits humains mondialement respectée, enfonçait le clou sous le titre : «Un seuil franchi : les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution». Enfin, le 6 juillet, 600 universitaires, artistes et intellectuels venant de 45 pays rendaient publique une déclaration qui appelle au démantèlement du régime d’apartheid dans la Palestine historique.

L’apartheid est un crime, internationalement reconnu comme tel depuis que, le 30 novembre 1973, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid. Dans le statut de Rome de 2002 instituant la Cour pénale internationale, l’apartheid est caractérisé comme un crime contre l’humanité «commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime».

La coïncidence avec la législation israélienne et les politiques de discrimination envers les Palestiniens est manifeste. Pourtant, pendant des décennies, il fut pratiquement impossible d’en faire état publiquement. Lorsque l’ancien président Carter, dans un livre sur Israël de 2006, osa faire figurer le mot dans son titre (Palestine : la paix, pas l’apartheid), il souleva des clameurs d’indignation. Dix ans après, quand une étude des Nations unies parvint aux mêmes conclusions («Le traitement par Israël du peuple palestinien et la question de l’apartheid», commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale [ESCWA], 2017), la réaction ne fut pas moins violente. Face à la colère des groupes de pression et des Etats pro-israéliens devant cette utilisation à leurs yeux inacceptable du «mot en A», le secrétaire général dut demander le retrait du rapport. La directrice exécutive de l’ESCWA, Rima Khalaf, préféra alors démissionner plutôt que de s’incliner.

Mais en cette année 2021, le verrou vient de sauter. Les sociétés civiles du monde entier ne le supportent plus. D’un continent à l’autre, d’une génération à l’autre, d’une nationalité à l’autre, les manifestations, les prises de position, les tribunes, les motions adoptées à de larges majorités convergent en un même flot de protestation. La reconnaissance du fait qu’Israël a bel et bien instauré un régime d’apartheid dans l’ensemble des territoires qu’il a soumis à sa juridiction, s’ajoutant à d’autres violations du droit international, mène à exiger que la communauté internationale sorte de la complaisance et engage les mesures concrètes qui découlent de ce constat.

Dans cet esprit, la déclaration du 6 juillet sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid dans la Palestine historique, après avoir résumé l’histoire des pratiques israéliennes de discrimination systématique envers les Palestiniens, continues depuis la Nakba, en insistant sur la signification de l’adoption par la Knesset de la loi fondamentale de 2018 qui réserve aux seuls habitants juifs la pleine citoyenneté de l’Etat et le «droit à l’autodétermination», ainsi que sur la responsabilité des puissances occidentales qui protègent et subventionnent ce régime, et rappelé les obligations découlant de la Convention internationale de 1973, énonce quatre grands principes d’action :

– nécessité de condamner en tant que crime au sens du droit international le régime d’apartheid imposé au peuple palestinien résidant en Israël-Palestine ou contraint à l’exil ;

– nécessité du démantèlement de ce régime et de l’établissement d’un ordre constitutionnel respectant le droit international et les conventions de défense des droits humains, qui garantirait l’égalité des droits et devoirs pour les habitants de cette terre indépendamment de toute différence raciale et ethnique, comme de toute appartenance religieuse ou identité sexuelle, et reconnaîtrait le droit au retour de tous les exilés depuis la création de l’Etat d’Israël ;

– nécessité pour les gouvernements complices de mettre fin à leur connivence avec le régime d’apartheid en poussant à son démantèlement et en soutenant une transition sensible au droit à l’autodétermination des deux peuples habitant actuellement la Palestine historique ;

– nécessité enfin d’une commission de paix, de réconciliation et de responsabilité chargée d’accompagner la transition vers une gouvernance respectueuse des droits humains et de la démocratie. En attendant qu’un tel processus soit enclenché, les signataires appellent la Cour pénale internationale à lancer une enquête sur les dirigeants et le personnel de sécurité à qui la perpétuation du crime d’apartheid peut être imputée.

La déclaration (lisible sur le site https://www.aurdip.org/declaration-sur-l-elimination-et.html) est signée à ce jour par plus de 1 000 personnalités internationalement reconnues, en particulier Rima Khalaf (ancienne directrice exécutive de l’ESCWA), les professeurs Richard Falk et Virginia Tilley (auteurs du rapport de l’ESCWA en 2017), les Prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel et Mairead Maguire, le Prix Nobel de chimie George Smith, Nurit Peled-Elhanan (Prix Sakharov 2001 et co-fondatrice du Tribunal Russell pour la Palestine), les juristes Monique Chemillier-Gendreau et John Dugard, les enseignants et chercheurs Bertrand Badie, Hagit Borer, Ivar Ekeland, Souad Joseph, Edgar Morin, Jacques Rancière, Roshdi Rashed et Gayatri Spivak, le biologiste Sir Iain Chalmers, le compositeur Brian Eno, le musicien Roger Waters, l’écrivaine Ahdaf Soueif, l’économiste Sir Richard Jolly (ex-assistant du secrétaire général des Nations-unies), l’ancienne vice-présidente du Parlement européen Luisa Morgantini, le vétéran sud-africain de la lutte anti-apartheid Ronnie Kasrils et la militante pacifiste et ancienne dirigeante des Verts canadiens Joan Russow. Cette liste ne cesse de s’accroître. Espérons qu’elle contribue à faire enfin bouger les choses dans le sens de la justice.

La version originale anglaise de ce texte a été élaborée par Robert Falk et Jonathan Rosenhead. Adaptation française par Etienne Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond.

Voir de plus:

DECLARATION OF THE CRIME OF APARTHEID: ISRAEL

7 Jul 2021
[PREFATORY NOTE: The Declaration on Apartheid below is an initiative initiated by the wellknown
Tunisian mathematician, Ahmed Abbes, and endorsed by scholars and artists worldwide. If impressed
please distribute widely as there is a campaign underway to reach 1,000 signatures.]
Declaration on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid in Historic Palestine
6 juillet 2021
Over 700 scholars, artists and intellectuals from more than 45 countries have signed the following declaration calling for the dismantling of the apartheid regime set up on the territory of historic Palestine and the establishment of a democratic constitutional arrangement that grants all its inhabitants equal rights and duties. The signatories include many distinguished figures, including the Nobel Peace Prize laureates Adolfo Pérez Esquivel and Mairead Maguire, academics with legal expertise Monique Chemillier-Gendreau and Richard Falk, scholars Étienne Balibar, Hagit Borer, Ivar Ekeland, Suad Joseph, Jacques Rancière, Roshdi Rashed and Gayatri Spivak, health researcher Sir Iain Chalmers, composer Brian Eno, musician Roger Waters, author Ahdaf Soueif, economist and former Assistant Secretary-General of the UN Sir Richard Jolly, South African politician and veteran anti-apartheid leader Ronnie Kasrils and Canadian peace activist and former national leader of the Green Party of Canada Joan Russow.
Declaration on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid in Historic Palestine
Whereas :
1- Israel has subjected the Palestinian people for 73 years to an ongoing catastrophe, known as the Nakba, a process that included massive displacement, ethnic cleansing, war crimes, and crimes against humanity ;
2- Israel has established an apartheid regime on the entire territory of historic Palestine and directed toward the whole of the deliberately fragmented Palestinian people ; Israel itself no longer seeks to hide its apartheid character, claiming Jewish supremacy and exclusive Jewish rights of self-determination in all of historic Palestine through the adoption in 2018 by the Knesset of a new Basic Law ;
3-The apartheid character of Israel has been confirmed and exhaustively documented by widely respected human rights organizations, Adalah, B’Tselem, Human Rights Watch, and in the UN ESCWA academic study that stresses the importance of defining Israeli apartheid as extending to people rather than limited to space, [“Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid,” UN ESCWA, 2017] ;
4- Israel periodically unleashes massive violence with devastating impacts on Palestinian civilian society, particularly against the population of Gaza, which endures widespread devastation, collective trauma, and many deaths and casualties, aggravated by being kept under an inhuman and unlawful blockade for over 14 years, and throughout the humanitarian emergency brought about by the COVID pandemic ;
5- Western powers have facilitated and even subsidized for more than seven decades this Israeli system of colonization, ethnic cleansing, and apartheid, and continue to do so diplomatically, economically, and even militarily.
Considering :
i- The Universal Declaration of Human Rights which stipulates in its first article that ’all human beings are born free and equal in dignity and rights.’ And taking account that the inalienable right of self-determination is common Article 1 of the International Covenant on Civil and Political Rights and the International Covenant on Economic, Social, and Political Rights, and as such, a legal and ethical entitlement of all peoples.
ii- The International Convention on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid which stipulates in Article I that ’apartheid is a crime against humanity and that inhuman acts resulting from the policies and practices of apartheid and similar policies and practices of racial segregation and discrimination, as defined in article II of the Convention, are crimes violating the principles of international law, in particular the purposes and principles of the Charter of the United Nations, and constituting a serious threat to international peace and security.’ The States Parties to this Convention undertake in accordance with Article IV :
_ “(a) To adopt any legislative or other measures necessary to suppress as well as to prevent any encouragement of the crime of apartheid and similar segregationist policies or their manifestations and to punish persons guilty of that crime ;
_ “(b) To adopt legislative, judicial and administrative measures to prosecute, bring to trial and punish in accordance with their jurisdiction persons responsible for, or accused of, the acts defined in article II of the present Convention, whether or not such persons reside in the territory of the State in which the acts are committed or are nationals of that State or of some other State or are stateless persons.”
The endorsers of this document :
A- Declare their categorical rejection of the apartheid regime set up on the territory of historic Palestine and imposed on the Palestinian people as a whole, including refugees and exiles wherever they might be in the world.
B- Call for the immediate dismantling of this apartheid regime and the establishment of a democratic constitutional arrangement that grants and implements on all the inhabitants of this land equal rights and duties, regardless of their racial, ethnic, and religious identities, or gender preferences, and which respects and enforces international law and human conventions, and in particular gives priority to the long deferred right of return of Palestinian refugees expelled from their towns and villages during the creation of the State of Israel, and subsequently.
C- Urge their governments to cease immediately their complicity with Israel’s apartheid regime, to join in the effort to call for the dismantling of apartheid structures and their replacement by an egalitarian democratic governance that treats everyone subject to its authority in accordance with their rights and with full respect for their humanity, and to make this transition in a manner sensitive to the right of self-determination enjoyed by both peoples presently inhabiting historic Palestine.
D- Call for the establishment of a National Commission of Peace, Reconciliation, and Accountability to accompany the transition from apartheid Israel to a governing process sensitive to human rights and democratic principles and practices. In the interim, until such a process is underway, issue a call for the International Criminal Court to launch a formal investigation of Israeli political leaders and security personnel guilty of perpetuating the crime of apartheid.
* Academics, artists and intellectuals can endorse this declaration by completing this form.
* Endorsed by 723 academics, artists and intellectuals on July 8, 2021 (click here for the full list), including
Ahmed Abbes, mathematician, Director of research in Paris, France
Sinan Antoon, New York University, United States
John Avery, Writer, Denmark
Bertrand Badie, Sciences Po Paris, France
Étienne Balibar, Anniversary Chair of Modern European Philosophy, Kingston University London, United Kingdom
Anthony Barnett, Writer, United Kingdom
Edmond Baudoin, Auteur de bandes dessinées, France
George Bisharat, UC Hastings College of the Law/Professor, musician, United States
Nicolas Boeglin, Professor of Public International Law, University of Costa Rica, Costa Rica
Hagit Borer, Professor, Queen Mary University of London, United Kingdom
Grazia Borrini-Feyerabend, Council of Elders of the ICCA Consortium, Switzerland
Daniel Boyarin, Taubman Professor of Talmudic Culture, UC Berkeley, United States
Anouar Brahem, Musician, Composer, Tunisia
Rony Brauman, Physician, writer, former president of Médecins Sans Frontières, France
Iain Chalmers, Editor, James Lind Library, United Kingdom
Hafidha Chekir, Emeritus Professor of Public Law, Al Manar University, Tunis ; Vice President of the International Federation for Human Rights, Tunisia
Monique Chemillier-Gendreau, Professeure émérite de droit public et de sciences politiques, Université Paris-Diderot, France
David Comedi, National University of Tucumán and National Research Council, Argentina
Laurent Cugny, Professeur, Sorbonne Université, France
Eric David, Emeritus Professor of International Law at the Université libre de Bruxelles, Belgium
Chandler Davis, Professor Emeritus of Mathematics, University of Toronto, Canada
Sonia Dayan-Herzbrun, Professeure émérite à l’Université de Paris, France
Herman De Ley, Emeritus Professor, Ghent University, Belgium
Ivar Ekeland, Professor emeritus of mathematics and former President, University of Paris-Dauphine, France
Brian Eno, Artist/Composer, United Kingdom
Adolfo Esquivel, Premio Nobel de la Paz 1980 (Nobel Peace Prize 1980), Argentina
Richard Falk, Professor of International Law, Emeritus, Princeton University, United States
Emmanuel Farjoun, Emeritus Professor, Hebrew University of Jerusalem, Israel
Jan Fermon, Avocat. Secrétaire général Association Internationale des Juristes Démocrates, Belgium
Domenico Gallo, Chamber President in Supreme Court of Cassazione, Italy
Irene Gendzier, Prof Emeritus in the Dept Political Science, Boston University, United States
Catherine Goldstein, Director of Research, Paris, France
Neve Gordon, Queen Mary University of London, United Kingdom
Penny Green, Queen Mary University of London, United Kingdom
Sondra Hale, Professor Emerita, University of California, Los Angeles, United States
Michael Harris, Professor of Mathematics, Columbia University, United States
Judith Herrin, King’s College London, United Kingdom
Christiane Hessel-Chabry, Présidente d’honneur de l’association EJE (Gaza), France
Shir Hever, Political Economist, Germany
Nicholas Humphrey, Emeritus Professor, London School of Economics, United Kingdom
Abdeen Jabara, Attorney, past president, American-Arab Anti-Discrimination Committee, United States
Richard Jolly, Emeritus Fellow, IDS, University of Sussex, United Kingdom
Suad Joseph, Distinguished Research Professor, University of California, Davis, United States
Mary Kaldor, London School of Economics and Political Science, United Kingdom
Ronnie Kasrils, Former government minister, South Africa
Assaf Kfoury, Computer Science Department, Boston University, United States
Rima Khalaf, Former Executive Secretary of UN ESCWA, Jordan
Daniel Kupferstein, Film director, France
Jean-Marc Lévy-Leblond, Emeritus professor, University of Nice, France
David Lloyd, University of California Riverside, United States
Brinton Lykes, Professor & Co-Director, Boston College Center for Human Rights & International Justice, United States
Moshé Machover, Mathematician, KCL, United Kingdom
Kate Macintosh, Architect, United Kingdom
Mairead Maguire, Nobel peace laureate, Ireland
Dick Marty, Dr. Jur. Dr. H.c., former Chair of the Committee of Human Rights of the Parliamentary Assembly of the Council of Europe, Switzerland
Georg Meggle, Philosopher, Prof. em. at University of Leipzig, Germany
Jan Oberg, DrHc, peace and future researcher, Transnational Foundation, Sweden
Joseph Oesterlé, Emeritus professor, Sorbonne University, France
Adi Ophir, Professor Emeritus, Tel Aviv University ; Visiting Professor, The Cogut Institute for the Humanities and the center for Middle East Studies, Brown Universities, United States
Karine Parrot, Professeure de droit à l’Université de Cergy-Pontoise, France
Ghislain Poissonnier, Magistrate, France
Susan Power, Head of Legal Research and Advocacy, Al-Haq, Palestine
Prabir Purkayastha, Editor, Newsclick.in, India
Jacques Rancière, Professeur émérite, Université Paris 8, France
Roshdi Rashed, CNRS/Université de Paris, France
Steven Rose, Emeritus Professor of Biology and Neurobiology at the Open University and Gresham College, London, United Kingdom
Hilary Rose, Professor Emerita Sociology University of Bradfor, United Kingdom
Jonathan Rosenhead, Emeritus Professor of Operational Research at the London School of Economics, United Kingdom
Andrew Ross, Professor of Social and Cultural Analysis, New York University, United States
Alice Rothchild, MD, retired, Assistant Professor of Obstetrics and Gynecology, Harvard Medical School, United States
Joan Russow, Researcher, Global Compliance Research Project, Canada
Richard Seaford, Emeritus Professor, University of Exeter, United Kingdom
Leila Shahid, Former Ambassador of Palestine, Palestine
Eyal Sivan, Filmmaker – Essayist, France
John Smith, Filmmaker, Emeritus Professor of Fine Art, University of East London, United Kingdom
Nirit Sommerfeld, Singer, actress, writer, Germany
Ahdaf Soueif, Writer, Egypt
Gayatri Spivak, Columbia University, United States
Jonathan Steele, Author and journalist, United Kingdom
Annick Suzor-Weiner, Professor emeritus, Université Paris-Saclay, France
Salim Tamari, Emeritus Professor of Sociology, Birzeit University, Palestine
Virginia Tilley, Southern Illinois University Carbondale, United States
Salim Vally, Professor, University of Johannesburg, South Africa
Roger Waters, Musician, United Kingdom
Robert Wintemute, Professor of Human Rights Law, King’s College London, United Kingdom
John Womack jr, Harvard University, United States
* Institutional affiliations are given only for identification purposes
* The full list of signatories is available here.
* Academics, artists and intellectuals can endorse this declaration by completing this form.
* Version française ; versión en español ; versione italiana ;
Voir encore:

Des politiques israéliennes abusives constituent des crimes d’apartheid et de persécution
Ces crimes contre l’humanité devraient déclencher des actions pour mettre fin à la répression envers les Palestiniens

(Jérusalem) – Les autorités israéliennes commettent les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd’hui. Cette conclusion se fonde sur une politique globale du gouvernement israélien qui vise à maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens, et sur de graves abus commis contre les Palestiniens vivant dans le territoire occupé, y compris Jérusalem-Est.

27 avril 2021A Threshold Crossed
Israeli Authorities and the Crimes of Apartheid and Persecution

Appendix I: Letter from Human Rights Watch to Israel Prime Minister
Le rapport de 213 pages, intitulé « A Threshold Crossed: Israeli Authorities and the Crimes of Apartheid and Persecution » (« Un seuil franchi : Les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution » – résumé en français), examine le traitement réservé aux Palestiniens par Israël. Le rapport présente la réalité actuelle d’une autorité unique, le gouvernement israélien, qui exerce le principal pouvoir sur la zone située entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée, peuplée de deux groupes de population de taille à peu près égale, et qui privilégie méthodiquement les Israéliens juifs tout en réprimant les Palestiniens, d’une manière particulièrement sévère dans le territoire occupé.

« Depuis des années, des voix éminentes ont averti du risque d’apartheid si la domination d’Israël sur les Palestiniens se poursuivait », a déclaré Kenneth Roth, le Directeur exécutif de Human Rights Watch. « Cette étude détaillée révèle que les autorités israéliennes ont déjà franchi ce seuil et commettent aujourd’hui les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. »

Le constat d’apartheid et de persécution ne change rien au statut juridique du Territoire palestinien occupé, constitué de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et de Gaza, ni à la réalité factuelle de l’occupation.

Initialement apparu en lien avec l’Afrique du Sud, l’apartheid est aujourd’hui un terme juridique universel. L’interdiction de la discrimination et de l’oppression institutionnelles particulièrement sévères, ou apartheid, constitue un principe fondamental du droit international. La Convention internationale de 1973 sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid et le Statut de Rome de 1998 de la Cour pénale internationale (CPI) définissent l’apartheid comme un crime contre l’humanité constitué de trois éléments principaux :

(1) Une intention de maintenir la domination d’un groupe racial sur un autre.

(2) Un contexte d’oppression systématique du groupe dominant sur le groupe marginalisé.

(3) Des actes inhumains.

27 avril 2021
Questions-Réponses : Un seuil franchi
Les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution

L’allusion à un groupe racial est comprise aujourd’hui comme concernant non seulement le traitement sur la base de traits génétiques mais aussi celui sur la base de l’ascendance et de l’origine nationale ou ethnique, tel que définies dans la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Human Rights Watch utilise cette définition élargie.

Le crime contre l’humanité de persécution, tel que défini dans le Statut de Rome et le droit international coutumier, consiste en une grave privation des droits fondamentaux d’un groupe racial, ethnique ou autre, exercée avec une intention discriminatoire.

Human Rights Watch a constaté que les éléments constitutifs de ces crimes se retrouvent dans le Territoire palestinien occupé, dans le cadre d’une politique gouvernementale israélienne unique. Cette politique consiste à maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens à travers Israël et dans le territoire occupé. Elle s’accompagne, dans le territoire occupé, d’une oppression systématique et d’actes inhumains à l’encontre des Palestiniens qui y vivent.

S’appuyant sur des années de recherches sur les droits humains, d’études de cas et l’examen de documents de planification du gouvernement, de déclarations de responsables israéliens et d’autres sources, Human Rights Watch a comparé les politiques et pratiques à l’égard des Palestiniens dans le territoire occupé et en Israël avec celles qui concernent les Israéliens juifs vivant dans les même zones. Human Rights Watch a écrit en juillet 2020 au gouvernement israélien, sollicitant son point de vue sur ces questions, mais n’a pas reçu de réponse à ce jour.

En Israël et dans le Territoire palestinien occupé, les autorités israéliennes ont cherché à maximiser les terres disponibles pour les communautés juives et à regrouper la plupart des Palestiniens dans des zones à forte densité de population. Les autorités ont adopté des politiques visant à atténuer ce qu’elles ont ouvertement décrit comme une « menace démographique » posée par les Palestiniens. À Jérusalem, par exemple, le plan du gouvernement pour la municipalité, tant dans l’ouest de la ville que dans la partie occupée dans l’est, a pour objectif de « maintenir une solide majorité juive dans la ville » et précise même les ratios démographiques que le gouvernement souhaite maintenir.

Pour maintenir cette domination, les autorités israéliennes exercent une discrimination systématique à l’encontre des Palestiniens. La discrimination institutionnelle à laquelle les citoyens palestiniens d’Israël sont confrontés inclut des lois qui permettent à des centaines de petites localités juives d’exclure de facto les Palestiniens, et des budgets qui n’allouent qu’une petite partie des ressources aux écoles palestiniennes comparées à celles destinées aux enfants israéliens juifs. Dans le territoire occupé, la gravité de la répression, marquée notamment par l’imposition d’un régime militaire draconien aux Palestiniens, alors que les Israéliens juifs vivant de manière ségréguée sur le même territoire se voient accordés leurs pleins droits en vertu de la loi civile israélienne, équivaut à l’oppression systématique requise pour constituer le crime d’apartheid.

Les autorités israéliennes se sont livrées à une série d’abus à l’encontre des Palestiniens. Beaucoup de ceux perpétrés dans le Territoire palestinien occupé constituent de graves violations des droits fondamentaux et des actes inhumains, autre élément requis pour constituer le crime d’apartheid : restrictions de mouvement draconiennes, qu’il s’agisse du bouclage de Gaza et d’un régime de permis ; confiscation de plus d’un tiers des terres de Cisjordanie ; conditions de vie difficiles dans certaines parties de la Cisjordanie qui ont conduit au transfert forcé de milliers de Palestiniens hors de leurs foyers ; refus du droit de résidence à des centaines de milliers de Palestiniens et à leurs proches ; et suspension des droits civils fondamentaux de millions de Palestiniens.

Nombre des abus commis dans le cadre de ces crimes, tels que le refus quasi catégorique des permis de construire aux Palestiniens et la démolition de milliers d’habitats sous prétexte qu’un permis n’avait pas été délivré, n’ont aucune justification sécuritaire. D’autres, comme le gel effectif par Israël du registre de la population qu’il contrôle dans le territoire occupé, lequel bloque concrètement le regroupement familial pour les Palestiniens qui y vivent et empêche les habitants de Gaza de vivre en Cisjordanie, utilise la sécurité comme un prétexte pour poursuivre de nouveaux objectifs démographiques. Même lorsque des motifs sécuritaires sont invoqués, ils ne justifient pas davantage l’apartheid et la persécution que ne le feraient le recours à la force excessive ou à la torture, a souligné Human Rights Watch.

« Refuser à des millions de Palestiniens leurs droits fondamentaux, sans justification sécuritaire légitime et uniquement parce qu’ils sont palestiniens et non juifs, n’est pas simplement une question d’occupation abusive », a déclaré Kenneth Roth. « Ces politiques, qui accordent aux Israéliens juifs les mêmes droits et privilèges où qu’ils vivent et discriminent les Palestiniens à des degrés divers où qu’ils vivent, reflètent une volonté de privilégier un peuple au détriment d’un autre. »

Les déclarations et les actions des autorités israéliennes de ces dernières années, notamment  l’adoption en 2018 d’une loi à valeur constitutionnelle établissant Israël comme « l’État-nation du peuple juif », l’ensemble croissant de lois privilégiant davantage encore les colons israéliens en Cisjordanie et ne s’appliquant pas aux Palestiniens vivant sur le même territoire ; et l’expansion massive ces dernières années des colonies et des infrastructures les reliant à Israël ont clairement montré l’intention des autorités de maintenir la domination des Israéliens juifs. La possibilité qu’un futur dirigeant israélien puisse conclure avec les Palestiniens un accord qui démantèle le système discriminatoire en vigueur n’annule pas la réalité actuelle.

Les autorités israéliennes devraient renoncer à toute forme de répression et de discrimination qui privilégie les Israéliens juifs aux dépens des Palestiniens, y compris la liberté de mouvement, l’attribution des terres et des ressources, l’accès à l’eau, à l’électricité et à d’autres services, et la délivrance de permis de construire.

Le Bureau du Procureur de la CPI devrait enquêter et poursuivre les personnes impliquées de manière crédible dans les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. Les autres pays devraient également le faire, conformément à leur législation nationale en vertu du principe de compétence universelle et imposer des sanctions individuelles, y compris des interdictions de voyager et un gel des avoirs, aux fonctionnaires responsables de ces crimes.

Les conclusions relatives aux crimes contre l’humanité devraient inciter la communauté internationale à réévaluer la nature de son engagement en Israël et en Palestine, et à adopter une approche axée sur le respect des droits humains et l’établissement des responsabilités, au lieu d’être basée uniquement sur le « processus de paix », actuellement au point mort. Les États membres des Nations Unies devraient créer une commission d’enquête de l’ONU chargée d’enquêter sur la discrimination et la répression systématiques en Israël et en Palestine. Ils devraient aussi créer un poste d’Envoyé mondial de l’ONU pour les crimes de persécution et d’apartheid, avec pour mandat de mobiliser une action internationale en vue de mettre fin à la persécution et à l’apartheid partout dans le monde.

Les gouvernements devraient conditionner les ventes d’armes et l’assistance militaire et sécuritaire à Israël à des mesures concrètes et vérifiables de la part des autorités israéliennes en vue de mettre fin à la commission de ces crimes. Ils devraient en outre examiner les accords, programmes de coopération et toutes les formes existantes de commerce avec Israël pour identifier ceux qui contribuent directement à la commission des crimes, atténuer leurs incidences sur les droits humains et, lorsque cela n’est pas possible, mettre fin aux activités et aux modes de financement qui facilitent ces graves violations.

« Tandis qu’une grande partie de la communauté internationale considère l’occupation israélienne à l’œuvre depuis un demi-siècle comme une situation temporaire qu’un ‘‘processus de paix’’ vieux de plusieurs décennies résoudra bientôt, l’oppression des Palestiniens dans la région a franchi un seuil et un degré de permanence qui correspondent aux définitions des crimes d’apartheid et de persécution », a conclu Kenneth Roth. « Celles et ceux qui luttent pour la paix israélo-palestinienne, qu’elle prenne la forme d’une solution à un ou à deux États ou d’une confédération, devraient entre temps reconnaître cette réalité pour ce qu’elle est, et mettre en œuvre les instruments relatifs aux droits humains nécessaires pour y mettre fin. »

https://www.hrw.org/report/2021/04/27/threshold-crossed/israeli-authorities-and-crimes-apartheid-and-persecution⁠
Voir par ailleurs:

« Mais qui ? » : que signifie ce slogan antisémite écrit sur les pancartes de manifestants anti-passe sanitaire ?

FOCUS – Une jeune femme qui brandissait une telle pancarte lors de la manifestation anti-passe sanitaire à Metz samedi dernier a été interpellée ce lundi 9 août.

Ce lundi matin, une jeune femme a été interpellée pour avoir brandi une pancarte avec marqué «Mais qui?» en rouge lors de la manifestation contre le passe-sanitaire samedi 7 août dernier. La photo a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, suscitant l’indignation de la classe politique et médiatique du fait de son caractère jugé antisémite.

En effet, il est possible de lire à la suite de slogan «Mais qui?» plusieurs noms de personnalités de la sphère politique et médiatique qualifiés de «traîtres» : «Fabius, Attali, Buzyn, Attal, Véran, BFM Drahi, Macron, Salomon, Sorhos, K. Schwab, BHL, Ferguson…» Que signifie réellement cette pancarte ? D’où vient ce slogan et pourquoi le qualifie-t-on d’antisémite ? Le Figaro fait le point.

D’où vient le slogan «Mais qui » ?

Ce slogan trouve vraisemblablement son origine dans une interview sur CNEWS du général à la retraite Dominique Delawarde – un des signataires de la tribune «des généraux». Le 18 juin dernier, l’ancien général était interrogé par Claude Posternak, membre du bureau politique de LREM, également invité de l’émission. Ce dernier lui demandait «qui», selon lui, contrôlait «la meute médiatique». Ce à quoi Dominique Delawarde avait répondu : «C’est la communauté que vous connaissez bien», sous-entendant la communauté juive.

Sur Twitter, la Licra, l’association SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) avaient dénoncé les propos de l’ancien militaire, qui aurait ainsi montré «son visage, raciste et antisémite».

Comment ce slogan est-il arrivé dans les cortèges anti-passe sanitaire ?

À la suite de cette polémique, de nombreux comptes sur les réseaux sociaux ont commencé à reprendre cette vidéo sous le hashtag «#qui». Des comptes radicaux ont ensuite commencé à publier de fausses infographies du paysage médiatique français mettant en scène les responsables «juifs» ou supposés juifs, comme l’a expliqué le journal Libération le 31 juillet dernier.

Conséquence dans la vie réelle, ces dernières semaines il a été possible d’observer quelques pancartes avec écrit «Qui?» dans les mains de certains manifestants anti-passe sanitaire.

Pourquoi ce slogan est-il jugé antisémite ?

Le 24 juillet dernier, après une manifestation qui a réuni plus de 160.000 personnes dans toute la France, des manifestants ont été aperçus brandissant cette pancarte. Certains ont été interrogés par une chaîne YouTube d’extrême droite au Trocadéro à Paris, comme le rapporte le journal Libération . Ceux-là prononcent alors des clichés antisémites en tout genre, dénonçant des «empoisonneurs de puits» ou encore un «appât du gain».

Devant la caméra, une jeune femme s’exprime : «Ils ont beaucoup de ressentiment par rapport aux blancs, ils ont un mauvais fond, ils nous considèrent comme des bêtes, c’est écrit dans le Talmud et ils veulent absolument nous métisser avec des [mot bipé] inférieurs intrinsèquement», poursuit la jeune femme. Et de scander : «Il aurait mieux valu qu’ils n’existent pas», relève le quotidien. Difficile de ne pas comprendre le sens de ces pancartes.

Réactions de la classe politique

Le ministre de l’Intérieur a tout de suite condamné la pancarte brandie à Metz, rappelant que l’antisémitisme est «un délit, en aucun cas une opinion». Il a affirmé que ces «propos ne resteront pas impunis».

L’ancien premier ministre Manuel Valls a rappelé qu’il fallait combattre «avec une fermeté implacable» l’antisémitisme, qui, selon lui, est souvent «annonciateur du pire». Nathalie Loiseau, eurodéputée LREM, a demandé que toute la classe politique dénonce «sans attendre et sans calcul» : «Ceux qui se tairont, s’il y en a, signeront leur indignité. Il n’y a rien à comprendre, seulement à combattre cette haine immonde.» «Il y a chez ces manifestants un antisémitisme assumé. Odieux. Insupportable», a-t-elle écrit sur Twitter.

D’autres personnalités ont répondu, dont Bernard-Henri Lévy qui appelle à ce que «ceux qui, sincèrement, défendent les libertés ouvrent les yeux. Qu’ils cessent de grossir les rangs de factieux qui, plutôt que le vaccin, administreraient bien à la France une double dose de populisme et de haine.»

La Licra a quant à elle annoncé saisir sa commission juridique afin d’examiner si des poursuites pénales sont envisageables.

Voir enfin:

The Guardian view on Israel and apartheid: prophecy or description?

It was a deliberate provocation by B’Tselem, Israel’s largest human rights group, to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime. Many Israelis detest the idea that their country, one they see as a democracy that rose from a genocidal pyre, could be compared to the old racist Afrikaner regime. Yet figures such as Desmond Tutu and Jimmy Carter have done so.
There is a serious argument about injustices to be had. Palestinians – unlike Israeli Jews – live under a fragmented mosaic of laws, often discriminatory, and public authorities which seem indifferent to their plight. Apartheid is a crime against humanity. It is a charge that should not be lightly made, for else it can be shrugged off. Some might agree with the use of such incendiary language, but many will recoil. The crime of apartheid has been defined as “inhumane acts committed in the context of a regime of systematic oppression and domination by one racial group over any other racial group or groups with the intention of maintaining that regime”.
There are nearly 5 million Palestinians in the West Bank and Gaza, all without Israeli citizenship. In the West Bank, Palestinians are bereft of civil rights, while Israelis in the occupied territory enjoy the full support of the state. Hamas won Gaza’s election in 2006, but the blockade that Israel imposes means it is in charge. Egypt has sealed its border, but nothing and nobody can get in or out without Israeli permission. Meeting the needs of Gaza’s growing population, say relief agencies, is at the whim of Israel. About 300,000 Palestinians in the areas formally annexed in 1967 – East Jerusalem and surrounding villages – do not have full citizenship and equal rights. Last year, the Israeli NGO Yesh Din found that Israeli officials were culpable of the crime of apartheid in the West Bank. Such a finding can only be a tragedy for all, including this newspaper, who wish the state of Israel well.
B’Tselem argues that Palestinians are afforded various levels of rights depending on where they live, but always below Jewish people. The group says it is becoming impossible to insulate Israel from its prolonged occupation project, leading it to run an apartheid regime not just outside its sovereign territory but inside it. There are about 2 million Palestinian citizens of Israel, a minority under pressure not to antagonise the Jewish majority. Within Israel, discriminatory policies are not difficult to find. National security is invoked to justify often racist citizenship laws. Jewish-only communities have admission committees that can legally reject Palestinians on the grounds of “cultural incompatibility”. A web of land and planning laws squeeze Palestinians into a shrinking space. There are Israeli Arabs whose prominence in society belies the poverty of the majority.
Israel has a problem of historic discrimination. But under Benjamin Netanyahu’s government there has been the enactment of the nation state law that constitutionally enshrines Jewish supremacy and a plan to formally annex parts of the West Bank. Some prominent Jewish intellectuals, such as the writer Peter Beinart, have given up on the idea of a Jewish state. No government formed after the forthcoming election will support genuine Palestinian statehood or have a viable peace plan.
This begs B’Tselem’s heretical question: what if there is only, in reality, one regime between the Jordan River and the Mediterranean Sea, rather than one political power that controls the territory in which there are distinct regimes? A system of separate and unequal law and systemic discrimination against Palestinians has been justified because it was meant to be temporary. But decades have passed and the situation worsens. If this is a twilight for democracy and equality in the Holy Land, one can only hope that the night will be short.

Nouvelle agression du Hamas: A Paris et à New York comme à Gaza, la désinformation vaincra (My hobby is throwing stones: looking back at the New York Times’ romanticization of Palestinian rock throwing as a rite of passage and an honored act of defiance)

28 mai, 2021

Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesThe Embarrassment of Democrats Wearing Kente-Cloth Stoles | The New YorkerPressley condemns Gaza bombardmentRashida Imágenes en stock o editoriales y fotos en stock | ShutterstockBiden's old playbook won't end Israeli-Palestinian violence – Ya Libnan

Ces femmes qui s’avancent, en tenant au bout de leurs bras, ces enfants qui lancent, des pierres vers les soldats, c’est perdu d’avance, les cailloux sur des casques lourds, tout ça pour des billets retour, d’amour, d’amour, d’amour, d’amour… Francis Cabrel (« Tout le monde y pense », 1989)
Alors, pour m’sentir appartenir A un peuple, à une patrie J’porte autour de mon cou sur mon cuir Le keffieh noir et blanc et gris Je m’suis inventé des frangins Des amis qui crèvent aussi. Renaud (1983)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Mein Kamp (…) Tel était le nouveau Coran de la foi et de la guerre: emphatique, fastidieux, sans forme, mais empli de son propre message. Churchill
Les organisations humanitaires et une partie de la gauche occidentale, l’extrême gauche surtout, souffrent d’un complexe post-colonial. Les anciens colonisés sont perçus comme des victimes absolues, pour les uns, comme la force motrice de l’histoire, pour les autres. Ils jouissent d’un droit intangible à la bienveillance morale et au soutien politique, quoi qu’ils disent et quoi qu’ils fassent. Le fanatisme est permis, pourvu qu’il soit tiers-mondiste. La discrimination est justifiée, à condition qu’elle soit pratiquée dans un pays d’Afrique ou d’Asie. Le massacre est excusable, quand il est commis par des États non-européens. On a déjà assisté à cette même veulerie face aux haines, à cette même incapacité à voir le Mal, dans d’autres contextes historiques. Qu’on se souvienne de la complaisance des communistes européens, et notamment français, face à la terreur stalinienne et au goulag. Qu’on se souvienne aussi de l’indulgence de la gauche pacifiste française face à l’Allemagne nazie des années 1930. L’Allemagne était perçue comme victime du militarisme français et du traité de Versailles… Sous l’Occupation, de nombreux collaborateurs enthousiastes, et de très haut rang, proviendront de cette gauche pacifiste et humanitaire. La politique d’apaisement vis-à-vis de l’Iran d’Ahmadinejad est fondée sur la même incompréhension que celle qui fut menée face à Hitler à la fin des années 1930, par l’Angleterre et la France. Ce prétendu réalisme, au nom duquel il faut faire des concessions et pratiquer l’ouverture, procède certes d’un réflexe très humain. Mais il témoigne d’une méconnaissance profonde de l’adversaire. On est en face, dans les deux cas, d’une machine de guerre très habile et très bien organisée, qui connaît et qui exploite fort bien les faiblesses de l’Occident démocratique. (…) Il est des carnavals de rage et d’absurdité auxquels un pays démocratique se doit de rester étranger. Samuel Epstein
Si le Reich allemand s’impose comme protecteur de tous ceux dont le sang allemand coule dans les veines, et bien la foi musulmane impose à chaque Musulman de se considérer comme protecteur de toute personne ayant été imprégnée de l’apprentissage coranique. Hassan el Banna (fondateur des Frères musulmans et grand-père de Tariq et Hani Ramadan)
Depuis les premiers jours de l’islam, le monde musulman a toujours dû affronter des problèmes issus de complots juifs. (…) Leurs intrigues ont continué jusqu’à aujourd’hui et ils continuent à en ourdir de nouvelles. Sayd Qutb (membre des Frères musulmans, Notre combat contre les Juifs)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33, 1964)
Je mentirais si je vous disais que je vais l’abroger. Personne ne peut le faire. Yasser Arafat (Harvard, octobre 1995)
Nous devons combattre le Mal à sa source, et la principale racine du Mal c’est l’Amérique. (…) L’imam Khomeyni, notre chef, a assuré à maintes reprises que l’Amérique est la source de tous nos maux et qu’elle est la mère des intrigues. (…) Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé.  (…) Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien honorable qui fait allégeance à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine. (…) Avec leur argent, ils ont mis la main sur les médias du monde entier : presse, maisons d’édition, stations de radio etc… Avec leur argent, ils ont soulevé des révolutions dans plusieurs parties du monde afin de servir leurs intérêts et réaliser leur objectif. Ils sont derrière la Révolution Française, la Révolution Communiste et toutes les révolutions dont nous avons entendu parler. (…) Il n’existe aucune guerre dans n’importe quelle partie du monde dont ils ne soient les instigateurs. Charte du Hamas (préambule, articles 6 et 22, 1988)
Obama (in whose administration I served) had in mind the United States’ extrication from what he considered the broader Middle Eastern quagmire (…) But Obama was a gradualist; he was persuaded that the United States could neither abruptly nor radically shift gears and imperil regional relationships that had been decades in the making. As he once put it to some of us working in the White House, conducting U.S. policy was akin to steering a large vessel: a course correction of a few degrees might not seem like much in the moment, but over time, the destination would differ drastically. What he did, he did in moderation. (…) In a sense, his administration was an experiment that got suspended halfway through. At least when it came to his approach to the Middle East, Obama’s presidency was premised on the belief that someone else would pick up where he left off. It was premised on his being succeeded by someone like him, maybe a Hillary Clinton, but certainly not a Donald Trump. Robert Malley (Nov. 2019)
A better approach requires clarity about U.S. interests and a plan for securing them, changing the United States’ role in a regional order it helped create without leaving behind yet more chaos, suffering, and insecurity. (…) A better strategy would be simultaneously less ambitious and more ambitious than traditional U.S. statecraft in the Middle East: less ambitious in terms of the military ends the United States seeks and in its efforts to remake nations from within, but more ambitious in using U.S. leverage and diplomacy to press for a de-escalation in tensions and eventually a new modus vivendi among the key regional actors. The United States has repeatedly tried using military means to produce unachievable outcomes in the Middle East. Now it’s time to try using aggressive diplomacy to produce more sustainable results. Daniel Benaim and Jake Sullivan (May 22, 2020)
On Sunday, National Security Adviser Jake Sullivan phoned his Israeli counterpart and turned back the hands of time. (…) Sullivan called “to express the United States’ serious concerns” about (…) the pending eviction, by court order, of a number of Palestinian families from their homes in the Sheikh Jarrah neighborhood of Jerusalem, and the weekend’s violent clashes on the Temple Mount between Israeli police and Palestinian rioters. (…) just as Hamas was sending rockets and incendiary devices into Israel with the same message (…) This (…) marked a clear return to the approach of President Barack Obama. (…) In a revealing Foreign Affairs article, written in 2019, Malley expressed regret that Obama failed to arrive at more such accommodations. The direction of Obama’s policy was praiseworthy (…) but his “moderation” was the enemy of his project. Being “a gradualist,” he presided over “an experiment that got suspended halfway through.” Malley, the article leads one to assume, is now advising Biden to go all the way—and fast. (…) The president’s “ultimate goal,” Malley wrote, was “to help the [Middle East] find a more stable balance of power that would make it less dependent on direct U.S. interference or protection.” (…) a roundabout way of saying that Obama dreamed of a new Middle Eastern order—one that relies more on partnership with Iran. (…) Obama, it seems clear, felt his project would advance best with stealth and misdirection, not aggressive salesmanship. Biden, while keeping Obama’s second-term foreign policy team nearly intact, is using the same playbook. He and his aides recognize that confusion about the “ultimate goal” makes achieving it easier. (…) The deceptions surrounding the JCPOA have a clear purpose: to make the administration appear supportive of containment when, in fact, it is ending it. (…) The presentation of the JCPOA as a narrow arms control agreement is the most important of these tactics, but two others are particularly noteworthy. The first is the bear hug: a squeeze that can be presented to the outside world as a gesture of love, but which immobilizes its recipient. (…) But if Iron Dome was the seemingly loving aspect of the bear hug, the immobilizing part was the strong discouragement of Israeli military and intelligence operations against Iran’s nuclear program and its regional military network. (…) The bear hug is also a tool for gaslighting critics who accurately claim that the Realignment guts the policy of containment. (…) The second tactic is the values feint. When Washington tilts toward Iran, it disguises its true motivations with pronouncements of high-minded humanitarianism—ceasing to be a superpower and instead becoming a Florence Nightingale among the nations, decrying human suffering (…) Domestic politics partially explains the hold that this empty theory exercises over otherwise bright minds. (…) Biden won the electoral college by only 45,000 votes spread over three states—a razor thin margin. (…) The political heft of the Realignment derives not just from Obama’s personal support but also from the support of progressives whose cosmology it affirms. It equates a policy of containing Iran with a path to endless war, and transforms a policy of accommodating Iran into the path to peace. It reduces the complexities of the Middle East to a Manichean morality tale that pits the progressives against their mythological foes—Evangelical Christians, “neoconservatives,” and Zionists. The Realignment depicts these foes as co-conspirators with Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman and Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu, plotting to keep America mired in the Middle East. (…) The same (…) toward Trump’s “maximum pressure” campaign, which it derides as reckless, incoherent, and ineffective. On Trump’s watch, the Iranian economy suffered catastrophic losses. Not only did anti-regime demonstrations break out in every major Iranian city in 2019, but corresponding protests erupted in Iraq, aimed directly or indirectly at Iran’s proxies there. (…) Trump ended the fiction, which had greatly benefited Iran, that its proxies were independent actors rather than direct arms of the IRGC (…) culminated in the killing of Qassem Soleimani, the head of the IRGC’s Quds Force and the second most powerful man in Iran. Meanwhile, (…) By penetrating Iran’s defenses, Israel—with the support of the Trump administration—shredded Obama’s major justification for the JCPOA by demonstrating that the United States can manage the Iran challenge, including its nuclear dimension, with a relatively light American military commitment. (…) “Maximum pressure” (…) a form of collective security (…) encouraged closer cooperation between American allies, and therefore played a major role in the Abraham Accords [with countries] close to Saudi Arabia. (…) the most powerful Arab country and, thanks to its guardianship of Mecca and Medina, one of the most influential countries in the entire Muslim world. (…) Yet the Biden administration has forbidden its officials from even using the term “Abraham Accords,” which, under the influence of the Realignment, it abhors. (…) [because] It refutes the dogma preached by the Obama administration that peace between Israel and the Arab world must begin with a Palestinian-Israeli agreement. More importantly, the accords are also a threat to the Realignment itself.(…) When Biden took office, he faced a fork in the road. On one path stood a multilateral alliance designed to contain Iran. It had a proven track record of success and plans of even better things to come, as the recent act of sabotage at Natanz demonstrated. (…) On the other path stood the Islamic Republic, hated by its own people and, indeed, by most people in the Middle East. It offered nothing but the same vile message it had always espoused. (…) Biden chose Iran, fracturing the U.S. alliance system and setting back the cause of peace. His choice also delivered a victory to China and Russia, who are working with Iran, each in its own way, toward America’s undoing. In a perverse effort to liberate itself from its allies, the United States is soiling its own nest. Michael Doran and Tony Badran
Israël a le droit de se défendre. » sont les mots que nous entendons des gouvernements démocrates et républicains chaque fois que le gouvernement israélien, avec son énorme puissance militaire, réagit aux tirs de roquette de Gaza. Soyons clairs. Personne ne soutient qu’Israël, ou aucun gouvernement, n’a pas le droit de se défendre ou de protéger son peuple. Alors pourquoi ces mots se répètent-ils année après année, guerre après guerre ? Et pourquoi la question n’est-elle presque jamais posée : ′′ Quels sont les droits du peuple palestinien ? ′′Et pourquoi semblons-nous prendre note de la violence en Israël et en Palestine uniquement lorsque des roquettes tombent sur Israël ? (…) même si le Hamas tire des roquettes sur les communautés israéliennes est absolument inacceptable, le conflit d’aujourd’hui n’a pas commencé avec ces roquettes. Les familles palestiniennes dans le quartier de Jérusalem de Sheikh Jarrah vivent sous la menace d’expulsion depuis de nombreuses années, naviguant dans un système juridique conçu pour faciliter leur déplacement forcé. Et au cours des dernières semaines, les colons extrémistes ont intensifié leurs efforts pour les expulser. Et, tragiquement, ces expulsions ne sont qu’une partie d’un système plus large d’oppression politique et économique. Depuis des années, nous avons assisté à une aggravation de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et à un blocus continu sur Gaza qui rend la vie de plus en plus intolérable À Gaza, qui compte environ deux millions d’habitants, 70 % des jeunes sont au chômage et n’ont guère d’espoir pour l’avenir. En outre, nous avons vu le gouvernement de Benjamin Netanyahu travailler à marginaliser et diaboliser les citoyens palestiniens d’Israël, à mener des politiques de colonisation conçues pour exclure la possibilité d’une solution à deux États et adopter des lois qui engendrent les inégalités systémiques entre les citoyens juifs et palestiniens israéliens. (…) Israël reste la seule autorité souveraine au pays d’Israël et de Palestine, et plutôt que de se préparer à la paix et à la justice, il a enraciné son contrôle inégal et antidémocratique. Plus d’une décennie de sa règle de droite en Israël, M. Netanyahu a cultivé un nationalisme raciste de plus en plus intolérant et autoritaire. Dans son effort effréné pour rester au pouvoir et éviter les poursuites judiciaires pour corruption, M. Netanyahu a légitimé ces forces, dont Itamar Ben Gvir et son parti extrémiste du pouvoir juif, en les faisant entrer dans le gouvernement. C’est choquant et attristant que les mensonges racistes qui attaquent les Palestiniens dans les rues de Jérusalem soient maintenant représentés à la Knesset. Ces tendances dangereuses ne sont pas propres à Israël. Partout dans le monde, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et ici aux États-Unis, nous avons vu la montée de mouvements nationalistes autoritaires similaires. Ces mouvements exploitent la haine ethnique et raciale pour construire le pouvoir pour une minorité de corrompus plutôt que la prospérité, la justice et la paix pour le plus grand nombre. Ces quatre dernières années, ces mouvements avaient un ami à la Maison Blanche. En même temps, nous assistons à la montée d’une nouvelle génération d’activistes qui veulent construire des sociétés basées sur les besoins humains et l’égalité politique. Nous avons vu ces militants dans les rues américaines l’été dernier à la suite du meurtre de George Floyd. Nous les voyons en Israël. Nous les voyons dans les territoires palestiniens. Avec un nouveau président, les États-Unis ont maintenant la possibilité de développer une nouvelle approche du monde – fondée sur la justice et la démocratie. (…) Au Moyen-Orient, où nous fournissons une aide de près de 4 milliards de dollars par an à Israël, nous ne pouvons plus être des apologistes du gouvernement de droite de Netanyahu et son comportement antidémocratique et raciste. Nous devons changer de cap et adopter une approche impartiale, une approche qui respecte et renforce le droit international concernant la protection des civils, ainsi que la législation américaine actuelle en vigueur, selon laquelle la fourniture d’aide militaire américaine ne doit pas permettre de respecter les droits de l’homme. Cette approche doit reconnaître qu’Israël a le droit absolu de vivre dans la paix et la sécurité, tout comme les Palestiniens.(…) Nous devons reconnaître que les droits palestiniens sont importants. Les vies palestiniennes comptent. Bernie Sanders
Le combat pour la vie des noirs et le combat pour la libération palestinienne sont interconnectés. Nous nous opposons à ce que notre argent serve à financer la police militarisée, l’occupation et les systèmes d’oppression violente et de traumatisme. Nous sommes contre la guerre, nous sommes contre l’occupation et nous sommes contre l’apartheid. Un point, c’est tout. Congresswoman Cori Bush (Dem., Cal., May 12 2021)
Ce qu’ils font aux Palestiniens, c’est ce qu’ils font à nos frères et sœurs noirs ici. Rep. Rashida Tlaib (Dem., Mich., May 13 2021)
>Nous devons avoir le même niveau de responsabilité et de justice pour toutes les victimes de crimes contre l’humanité. Nous avons vu des atrocités impensables commises par les États-Unis, le Hamas, Israël, l’Afghanistan et les talibans. J’ai demandé à @SecBlinken où les gens sont censés aller pour demander justice. Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (Dem., NY, May 13, 2021)
Nous apprécions les positions de Mme Ilhan Omar dans la défense de la justice et des droits des opprimés dans le monde, au premier rang desquels se trouvent les justes droits de notre peuple palestinien, mais nous déplorons cette combinaison injuste qui est contraire à la justice et au droit international. Dr. Basem Naim (Bureau des relations internationales du Hamas)
I rise today to recognize the deep trauma and loss of life perpetuated by systems of oppression here in the United States and globally. Many times I have stood at this dais and affirmed that our destinies are tied. That was clear when protestors took to the streets in the face of police murders, seeking to build a nation where Black Lives Matter. That was clear when our democracy and our lives were put at risk by violent white supremacists who shattered glass and broke doors, while wearing anti-Semitic phrases on their chest, carrying the confederate flag, erecting a noose on the west lawn. That was clear when students protesting to end poverty and oppression in the streets of Bogota were shot dead. That was clear when families kneeling during this holy month, at the third holiest site in Islam, were met with tear gas, rubber bullets and hand grenades. (…) Last summer, when Black Lives Matter protestors took to the streets to demand justice, they were met with force. They faced tear gas, rubber bullets, and a militarized police just as our Palestinian brothers and sisters are facing in Jerusalem today. Palestinians are being told the same thing as Black folks in America—there is no acceptable form of resistance. We are bearing witness to egregious human rights violations. The pain, trauma, and terror that Palestinians are facing is not just the result of this week’s escalation, but the consequence of years of military occupation. In Sheikh Jarrah, the Israeli government is violently dispossessing yet another neighborhood of Palestinian families from homes they have lived in for decades. We cannot stand idly and complicitly by and allow the occupation and oppression of the Palestinian people to continue. We cannot remain silent when our government sends $3.8 billion of military aid to Israel that is used to demolish Palestinian homes, imprison Palestinian children, and displace Palestinian families. (…) The question at hand is should our taxpayer dollars create conditions for justice, healing and repair, or should those dollars create conditions for oppression and apartheid? (…) Whose lives do we value? We have seen footage of Israeli and Palestinian children, huddled fearfully while rockets blanket their homeland. No child should live in fear. No child should grow up in the midst of a conflict that robs them of a childhood. And Palestinian children do not have the same protections afforded to them (…) Following forceful violence against the Palestinians simply seeking to remain in their family homes, militant groups in Gaza have launched rockets at Israeli cities, resulting in seven deaths, including a child. In response, the Israeli military has launched severe attacks on Gaza, killing 83 people, 17 of whom are children. This is devastating. (…) From Jerusalem to Boston. From Randolph to Gaza. From Colombia to Yemen, our destinies are tied. And everyone deserves to live free from fear and to know peace. Rep. Ayanna Pressley (Dem., Mass., May 13, 2021)
The shift is dramatic; it’s tectonic. There is a non-white population, particularly among Democrats, who are very sensitive to the treatment of fellow non-whites. They see Israel as an aggressor. They don’t know Israel’s early history and odds-defying triumph over adversity. They know post-Intifada; they know the various wars, the asymmetrical bombing that have taken place, the innocent civilians that have been killed. We’ve seen a steady growth in support for Palestinians, but it’s never really been a high-intensity issue. It’s becoming that. It’s becoming a major wedge issue, particularly among Democrats, driven by non-white voters and younger voters, by progressives in general. John Zogby
On May 10, after years of relative quiet between Israel and Gaza, the Hamas terrorists who rule that enclave exploited a long-running legal dispute in Jerusalem as a pretext to launch a barrage of rockets at Israel, unprecedented in its size. The Israel Defense Forces responded with air strikes to knock out terror targets, and one of those micro-wars that periodically spring up in this conflict ensued. As of Thursday night, May 20, a ceasefire had begun; the worst of the fighting is hopefully over. At least, it was in Israel and Gaza. But around the world, Jews were paying the price. (…) Synagogues across the country have been vandalized. Rallies in support of the Palestinian cause in Michigan, Florida, Washington, D.C., and elsewhere have turned anti-Semitic. (…) And almost as bad as the violence is the silence around it from major publications. The New York Times hasn’t deemed news of these attacks on New York Jews « fit to print, » though it did run a short story about the similarly horrific spate of attacks across Europe (…) While anti-Zionist gangs beat up Jews in her city, Rep. Alexandria Ocasio-Cortez was providing a quasi-intellectual basis for their actions, defaming Israel as an apartheid state employing indiscriminate force in what she seems to think is a capricious quest to murder as many Palestinian children as possible, instead of a highly restrained military operation tightly targeted on terrorists. Rep. Ocasio-Cortez didn’t call for violence, but she carved out an area of respectability for a certain type of anti-Semitism, and others were only too happy to rush in, fists flying. (…) Sen. Bernie Sanders published his own dangerous anti-Israel harangue in an Op-Ed which began, « No one is arguing that Israel… does not have the right to self-defense or to protect its people, » even as his own supporters were arguing just that on social media. Comedians John Oliver and Trevor Noah made the same case into their media megaphones, arguing that Israel was wrong to attack the terrorists aiming for Israeli civilians because Israel’s Iron Dome missile defense system can prevent most (but not all) civilian deaths from Hamas rockets. (…) Rep. Mark Pocan and Rep. Betty McCollum are laser-focused on spreading the contemporary blood libel that Israel indiscriminately murders children. And in the same week that the Pew Research Center found that 80 percent of Jews believe caring about Israel to be an « important » or « essential » part of being Jewish, Rep. Ilhan Omar called support for Israel « disgusting and immoral. » Seffi Kogen
When the New York Times finally reported on the plague of nationwide street violence against Jews in the spring of 2021, more than a week after the attacks began in the wake of Hamas using rockets to strike Israel, the tone it took was less one of outrage than of bewilderment. “Until the latest surge,” read a May 26 story, “anti-Semitic violence in recent years was largely considered a right-wing phenomenon, driven by a white supremacist movement emboldened by rhetoric from former President Donald J. Trump, who often trafficked in stereotypes.” This was nonsense: The most common street violence against Jews took place in New York and New Jersey, and it had nothing at all to do with Trump or “right-wing” politics. Par for the course for the Gray Lady, perhaps, but far more concerning was where the reporters seemed to be getting the misinformation. “This is why Jews feel so terrified in this moment,” Anti-Defamation League CEO Jonathan Greenblatt told the paper. “For four years it seemed to be stimulated from the political right, with devastating consequences.” At the scenes of Jew-hunting that began in May, during the war between Israel and Hamas, Greenblatt lamented, “No one is wearing MAGA hats.” If there’s one organization whose responsibility it is to prepare not just the Jewish community but the wider United States public and its government for emerging anti-Semitic threats, it’s the ADL. Instead, the head of the ADL has been spreading a cynical left-wing myth about anti-Semitism while threats to the Jewish community fester. And it’s even worse than it looks, because while there’s long been a willful blindness toward anti-Semitism from the left, the ADL and other partisan groups aren’t the ones experiencing this blindness. They’re the blinders. The ADL (…) issued a list during the latest flare-up with Hamas on May 20 titled “Prominent Voices Demonize Israel Regarding the Conflict.” Demonizing rhetoric, the ADL warned, can “enable an environment whereby hateful actions against Jews and supporters of Israel are accepted more freely, and where anti-Jewish tropes may be normalized.” One category the list featured was of those “Accusing Israel of ‘Attacking al-Aqsa,’” a hoary libel falsely claiming that Jews want to destroy the central Mosque in Jerusalem. It has been used to incite anti-Jewish riots for a century. What was notable here was one name missing from the list, and arguably the worst offender. On May 12, Representative Alexandria Ocasio-Cortez had castigated President Joe Biden on Twitter for expressing Israel’s right to defend itself while noting what supposedly was to blame for the violence: “the expulsions of Palestinians and the attacks on Al Aqsa.” (…) A day later, on May 13, came a chilling session of the House of Representatives, with dark echoes of Jewish history. Several Democratic members of the House took turns standing next to blown-up photos of bloodied Palestinian children and gave fiery speeches denouncing Zionist perfidy—the sorts of words and charges that, since the age of the czars, have been followed by the spilling of Jewish blood. This time was no different, except it wasn’t a Russian backwater or a Munich beer hall. It was on the floor of the United States Congress. One by one, these members of Congress, Democrats all, sought to make the Jewish state the stand-in for “systems of oppression here in the United States and globally,” as Representative Ayanna Pressley of Massachusetts put it. (…) In the days and weeks that followed, even after an Israel–Hamas cease-fire was in place, Jews in America were physically attacked with abandon—diners at restaurants in Los Angeles and Manhattan, Jews on the streets of New York, families in Florida attending synagogue services. The ADL saw a 75 percent uptick in reported incidents. (…) When called out for their silence, progressive Democratic lawmakers condemned “anti-Semitism and Islamophobia” as one, knowing that their audience would interpret any specific denunciation of anti-Semitism as a statement in support of Israel. (…) Throughout this whole affair, not a single congressional Democrat would criticize any of his colleagues by name. (…) Neither the ADL nor the JDCA uttered a peep. (…) On June 7, Omar tweeted a summary of a question she had for Secretary of State Antony Blinken: “We must have the same level of accountability and justice for all victims of crimes against humanity. We have seen unthinkable atrocities committed by the U.S., Hamas, Israel, Afghanistan, and the Taliban. I asked @SecBlinken where people are supposed to go for justice.” (…) The ADL was silent. JDCA was silent. The Democratic Party sided with the Squad. The Jewish community had been abandoned to the rise of the dominant left-of-center ideology according to which Jews are part of a white power structure of which Israel is a prime example. (…) The New Yorker’s Helen Rosner suggested it would be a good tactic not to beat up Jews, as part of an overall strategy to undermine Israel’s legitimacy. (This after the New Yorker’s union put out a statement of solidarity with the Palestinians that included the phrase “from the river to the sea.”) Michelle Goldberg of the New York Times wrote a column with a headline so instantly infamous that the Times eventually and quietly changed it: “Attacks on Jews Over Israel Are a Gift to the Right.” Meanwhile, the comedian Sarah Silverman objected to attacks on Jews in Los Angeles not on the grounds that they were evil acts of anti-Semitic violence but rather because “WE ARE NOT ISRAEL.” For his part, Kenneth Roth, the obsessively anti-Israel executive director of Human Rights Watch, declared, “It is WRONG to equate the Jewish people with the apartheid and deadly bombardment of Prime Minister Netanyahu’s government. » Seth Mandel
You can’t walk very far on an American or European university campus these days without encountering some version of the “Palestinian Land Loss” maps. This series of four—occasionally five—maps purports to show how rapacious Zionists have steadily encroached upon Palestinian land. (…) Taking each map in turn, it is easy to demonstrate that the first one is by far the most dishonest of the lot. (…) It deliberately conflates private property with political control. (…) The next map (…) represents the partition plan adopted by the United Nations General Assembly in 1947 as UN Resolution 181. It called for two independent states to be formed after the end of the British Mandate, one Jewish and one Arab. Needless to say, the resolution was never implemented. It was rejected by a Palestinian Arab leadership that just two years before had still been allied with Nazi Germany.  (…) At this point, with partition rejected by the Arabs and no help from the international community in sight, the Jews declared independence and formed what would become the Israel Defense Forces. The Arab states promptly launched a full-scale invasion, whose aims—depending on which Arab leader you choose to quote—ranged from expulsion to outright genocide. And the Arabs lost. At war’s end in 1949, the situation looked roughly like the third map in the series—the first of the lot that even comes close to describing the political reality on the ground. (…)  But (…) What it shows are the so-called “armistice lines,” i.e., the borders where the Israeli and Arab armies stopped fighting in 1949. These lines held more or less until 1967. (…) But (…) on the other side of the line, (…) the territories that are today called the West Bank and the Gaza Strip (…) were not—not before, during, or after 1967—“Palestinian” in the sense of being controlled by a Palestinian Arab political entity. Both territories were occupied by invading Arab armies when the armistice was declared in 1949, the Gaza Strip by Egypt and the West Bank by Jordan. The latter was soon annexed, while the former remained under Egyptian military administration. This status quo lasted until 1967, when both were captured by Israel. In the 1967 Six Day War, which was marked by Arab rhetoric that was sometimes even more genocidal than 1948, Israel also took the Golan Heights from Syria and the Sinai Peninsula from Egypt, more than trebling the amount of land under its control. Israel has since withdrawn from more than 90 percent of the land it occupied—mostly in the Sinai withdrawal that led to peace with Egypt. The first three maps, then, confuse ethnic and national categories (Jewish and Israeli, Arab and Palestinian), property and sovereignty, and the Palestinian national movement with Arab states that ruled over occupied territory for a generation. (…) As (…) to the fourth map (…) usually labeled either 2005 or “present,” purports to show the distribution of political control following the Oslo process and the Israeli withdrawal from Gaza. The patches of Palestinian land in the West Bank are areas handed over to the Palestinian Authority in the 1990s, mostly under the 1995 Oslo II agreement. Expanding upon the autonomy put in place after previous agreements in the Oslo process since 1993, this agreement created a complex patchwork of administrative and security zones, splitting the West Bank into areas of exclusive Palestinian control, joint control, and Israeli control. It was meant as a five-year interim arrangement, after which a final status agreement would be negotiated. (….) But no agreement was reached. As in 1947, the principal reason was Palestinian rejectionism. This time, the Palestinian leadership rejected a state on over 90 percent of the West Bank and 100 percent of the Gaza Strip. They then broke their pledge not to return to the “armed struggle” and embarked on a campaign of suicide bombings and other terrorist atrocities that were not only morally indefensible but lost them the trappings of sovereignty they had gained over the previous decade. After tamping down the worst of the violence, Israel decided to leave the areas of the Gaza Strip it had not evacuated a decade before. The withdrawal took place in 2005. Two years later, the Islamist group Hamas took over the Strip in a violent coup d’etat. Since then, there have been two Palestinian governments—the Hamas regime in Gaza and the Fatah-led regime in the West Bank. Both of these regimes are marked with the same color on this fourth map, thus failing to acknowledge the split between the two regimes, though it is the first map in the series to correctly label areas under Palestinian Arab political control. Nonetheless, it does not distinguish between the sovereign territory of the State of Israel—or, in the case of East Jerusalem, territory that Israel claims as sovereign without international recognition—and territories in the West Bank that, according to agreements endorsed by both sides, are under Israeli control until a final status agreement. Taken together, what we have is not four maps in a chronological series, but four different categories of territorial control presented with varying degrees of inaccuracy. Those categories are private property (“1946”), political control (“1967” and “2005”), and international partition plans (“1947”). They are presented in a fashion that is either tendentiously inaccurate (“2005”), essentially mendacious (“1947” and “1967”), or radically untrue (“1946”). (…) Perhaps the best way to illustrate the bankruptcy of the “Palestinian Land Loss” myth is to compare it to a similar situation elsewhere. An equally absurd set of maps could be drawn up of the Indian subcontinent before and after the end of British rule. It could start with a 1946 map of the entire subcontinent, labeling any private property owned by Hindus as “Indian” and the rest as “Pakistani.” Hindus, after all, are 80 percent of India’s population today, just as Jews are 80 percent of Israel’s. It is absurd to consider anything not privately owned by Hindus under British rule as “Pakistani” when the state of Pakistan did not yet exist, but that is roughly the same as labeling anything not privately owned by Jews under the Mandate as “Palestinian.” We could then put up a partition map from 1947, with West and East Pakistan next to a much larger India; as well as a post-partition map—perhaps from 1955—showing the land losses along the Radcliffe Line. Finally, we could draw a map from 1971 with East Pakistan shorn off into Bangladesh. A fervently dishonest person might call this series “Pakistani Land Loss,” but it would be such an obvious piece of fiction that no one could possibly take it seriously. Shany Mor
Pour la première fois, on a pu constater une conflictualité dans les localités israéliennes. Les communautés se sont affrontées. Le risque d’apartheid est fort si on continue à aller dans une logique à un État ou du statu quo. L’hypothèse commençait à disparaître. Il faut engager une politique de petits pas. Il faut faire en sorte qu’il y ait une logique de confiance qui puisse s’instaurer. L’Europe est puissante. Pendant cinq ans, l’Europe a dû assumer toute seule le multilatéralisme. Elle joue sa partition au Proche orient. Jean-Yves Le Drian (ministre français des affaires étrangères)
Le ministre a déclaré qu’Israël pourrait devenir un Etat d’apartheid – une affirmation éhontée, fausse et sans fondement. Nous n’accepterons aucune leçon de morale hypocrite et mensongère sur cette question. Dans l’État d’Israël, tous les citoyens sont égaux devant la loi, quelle que soit leur origine ethnique. Israël est un phare de la démocratie et des droits de l’homme dans notre région… Nous ne subirons aucune réprimande morale hypocrite et fausse sur cette question. Benjamin Netanyahu
For those who periodically tune in and tune out of the Israel-Palestine situation, the events of recent days and weeks might seem like a replay of a movie they have seen before: Palestinians are being forced from their homes; Israel drops bombs on Gaza; Palestinians fire rockets from Gaza; Israel destroys most of the rockets with an air defense system that is largely paid for by American taxpayers. All familiar. But the truth is, this moment is different. And it may prove a transformational one in the Palestinian struggle for freedom. Before the world’s attention shifted toward pushing for a cease-fire, Palestinians in Gaza, the West Bank, Jerusalem, inside Israel and in the diaspora had all mobilized simultaneously in a way unseen for decades. They are all working toward the same goal: breaking free from the shackles of Israel’s system of oppression. Reacting to growing Israeli restrictions in Jerusalem and the impending expulsion of Palestinians from their homes in the Jerusalem neighborhood of Sheikh Jarrah, Palestinians across the land who identified with the experience of being dispossessed by Israel rose up, together. Even now, as bombs fall on Gaza, they continue to do so. Palestinians are protesting in huge numbers in cities and towns throughout the land; hundreds of thousands took part in a general strike. With this unified movement, Palestinians have shown Israel that they cannot be ignored. (…) The energy of this moment represents an opportunity to wed Palestinian aspirations with a growing global consensus. According to a 2018 poll by the University of Maryland, 64 percent of Americans would support equal rights in a single state if the two-state solution fails. That number climbs to 78 percent among Democrats. Among scholars and experts on the Middle East, one recent poll found, 66 percent say there is a one-state reality. There is also a growing shift in mainstream organizations that have been hesitant to call for greater change: The Carnegie Endowment for International Peace recently released a report calling for a break from the two-state approach. Many diplomats and analysts around the world I have spoken to in recent years understand that the two-state solution is dead. Israel has killed it. When I ask why they don’t call for equal rights for Palestinians to end what is increasingly obviously a de facto apartheid system, they point out the official Palestinian position remains for a separate state. (…) The Palestinians have moved on, and many people in America and around the world are ready to do so, too. Yousef Munayyer (Arab Center Washington DC)
The fault lines in Israeli society have never been clearer and Jerusalem remains the tinder box that could ignite another catastrophic fire unless the underlying causes — Israel’s occupation of the Palestinian territories and its highly discriminatory policies — are dealt with. (…) The truth is that the Palestinian citizens of Israel and the Jewish majority of the country have never coexisted. We Palestinians living in Israel “sub-exist,” living under a system of discrimination and racism with laws that enshrine our second-class status and with policies that ensure we are never equals. This is not by accident but by design. The violence against Palestinians in Israel, with the backing of the Israeli state, that we witnessed in the past few weeks was only to be expected. Palestinian citizens make up about 20 percent of the Israel’s population. We are those who survived the “nakba,” the ethnic cleansing of Palestine in 1948, when more than 75 percent of the Palestinian population was expelled from their homes to make way for Jewish immigrants during the founding of Israel. (…) When military rule ended in 1966, Israel propagated the myth that Palestinian citizens of Israelis were now full citizens, noting that we can vote for members of the Knesset and that we have representatives there too. But since its establishment, Israel has enacted more than 60 laws entrenching our second-class status. One law makes it possible for Jewish Israelis in many towns to deny me and other Palestinians the right to live alongside them because we are not “socially suitable.” Courts routinely uphold such discriminatory laws and lawmakers have year after year blocked attempts to pass legislation enshrining the equality of Palestinians and Jews. The institutionalized racism and discrimination against Palestinian citizens have pushed almost half of us into poverty and our unemployment rate has soared to 25 percent. Racism against Palestinians is incited and exploited by virtually all major Israeli politicians and parties. (The Labor Party, which has a mere seven seats in the Knesset, is the only exception.) Even “moderates” like the Yesh Atid leader Yair Lapid, who has been tasked with forming a government in the wake of inconclusive parliamentary elections in March, declared that he wants to be “rid of Arabs” and that his most important priority is “to maintain a Jewish majority in the land of Israel.” Politicians call for our citizenship to be revoked, or worse — like the former foreign minister Avigdor Lieberman, who said our heads should be chopped off, or the former education minister Naftali Bennett, who declared that he had killed many Palestinians and had no problem with it. Since 2019, Prime Minister Benjamin Netanyahu has twice made electoral pacts with the overtly racist Jewish Power party, which is made up of followers of the notorious Meir Kahane, whose Kach party and offshoots were labeled terrorist organizations by the United States. Jewish Power is led by Itamar Ben Gvir, who says his hero is Baruch Goldstein, who gunned down 29 Palestinians as they prayed in Hebron in 1994. All of this does not merely garner votes for Mr. Netanyahu, it also normalizes hatred of Palestinians. Young Jews are more radicalized than their parents, with polls showing that they do not want to live next to Palestinians and support revoking our citizenship. This prejudice, racism and violence directed at Palestinians is not limited to the fringe in society — it has become mainstream. In May alone, Mr. Netanyahu’s government allowed marches by violent Jewish supremacists through Palestinian neighborhoods of Jerusalem and into the Aqsa mosque compound. Israeli police officers and Jewish citizens have been offered de facto immunity for attacking Palestinians. Indeed, our mere existence nettles Israel’s ruling elites, who insist on preserving the Jewishness of the state. My father, who is 82, still waits for the day when he does not have to live in fear that we will be evicted from our homeland. To be a Palestinian in Israel is to wait for the day when Israel will decide to forever rid itself of you. How do I explain to my 7-year-old son what being a Palestinian citizen of Israel means? What future can he look toward, when the leaders of the government incite hatred against him? What audacious hope can he have when he is bound to face racism and discrimination in education, employment and housing? For now, I try to shield him from the images on television and on our phones, but there will soon come a time when I cannot shield him from the reality that he is surrounded by people who consider him a second-class citizen. Diana Buttu
En excluant ostensiblement le Hamas, l’administration Biden ne fait que perpétuer le mythe selon lequel le Hamas est le problème central (…) Nous savions que les roquettes décrépites tirées de Gaza étaient tout ce dont les Forces de défense israéliennes et le Premier ministre Benjamin Netanyahu avaient besoin pour rediriger l’attention du public sur la  légitime défense d’Israël et loin des préjudices infligés aux Palestiniens. (…) Le conflit concerne l’occupation israélienne. Se concentrer sur le Hamas, c’est aussi aseptiser le conflit, et ainsi en devenir complice. Cela permet aux gens d’exprimer leur sympathie pour les Palestiniens ordinaires tout en blâmant quelques personnes au sommet de la direction palestinienne. Mais le droit à la légitime défense contre l’agression continue d’Israël appartient à tous les Palestiniens; la résistance légitime ne peut être un droit que pour les Palestiniens qui croient exclusivement à la légitime défense non violente – pas face à la violence que nous endurons. (…) Qu’attendre d’une personne qui se fait tirer dessus alors qu’elle était enfant et qu’on ne lui donne qu’une prison ou un camp pour vivre en tant qu’adultes, plutôt que chez eux? C’est pas compliqué. Basma Ghalayini
There are two groups that attend anti-Israel rallies. One group styles themselves as being liberal, open-minded, very concerned about human rights, only wanting peace and so, so concerned over Palestinians who are killed during a war their side started. These people swear up and down that they are non-violent, against antisemitism and that they want Israel to go away quietly and peacefully as a result of world pressure and boycotts. The other are young Arab men who grew up with pure Jew-hatred. They are intolerant of women, of gays, they don’t care about the environment. They share none of the supposed principles of the kumbaya crowd, with the exception of wanting to see the Jewish state destroyed and of the role they take of eternal victims with no agency. The latter group is behind the torrent of antisemitic attacks we see happening every day in the West. They are the ones who are driving around in gangs, looking for Jews to intimidate or attack. They are directly threatening Jews on social media thousands of times a day. This is unprecedented. For decades, Jews have been able to walk around safely in most major cities without fear, without even considering hiding their kippot or Star of David necklaces. Jews used to be most afraid of being attacked by blacks, but over time that has become much less of an issue with the exception of the recent uptick of attacks in Brooklyn. Antisemitism has always been there but it definitely lessened. ADL statistics has seen it go down steadily since the 90s. But this is different than even the ’60s. Now Jews have to worry about gangs who are targeting them because they are Jews. Why have these Arab gangs suddenly become so emboldened to form posses to attack Jews? Because of the first group. The fine distinctions that Leftist Israel haters try to make between anti-Zionism and antisemitism are completely invisible to Arabs. They hate Israel because, not despite the fact, it is filled with Jews. Antisemitism is the entire source of the conflict. Their parents and preachers don’t teach them to hate Zionists but Jews. They look at their Jewish allies as tools and as dhimmis, not as role models. The attackers find strength in numbers, they see that they have the Left on their side, they are riled up by thousands of lies about Israel by speaker after speaker and tweet after tweet, they get validation from members of Congress and other liars and bigots who say that Israel is guilty of genocide and apartheid and ethnic cleansing, they are primed to violence from lurid and often faked photos of dead kids, they are whipped up into a frenzy from the hypnotic anti-Israel and antisemitic chants. And they are in large cities with lots of identifiable Jews all around, who must pay for these crimes. It is a recipe for violence. The Arab gangs are engaged in what they know best: terrorism. After all, the point of terrorism isn’t the attacks themselves but the feat that the attacks create among the targets. These Arabs are importing terror from their Middle Eastern cousins, doing everything they can to frighten Jews. They feel, correctly, that they have reached a critical mass with fellow Arabs in their respective Western countries. Crucially, they are being given cover by the secular Left, publishing articles that justify terror and the idea that Palestinians are justified in doing anything they want to Jews because all’s fair in « resistance. » Arabs are sensitive to being shamed. They have not acted like this before in America because the idea of wanton violence against Jews was shameful. Now, and their Leftist allies give them intellectual cover – and they will never, ever shame them. The Leftist anti-Zionists could shame them into stopping their attacks. They could make it clear that they want nothing to do with the antisemites. They could stand up and say that they will not be allies with Jew-haters and will not march with bigots. They could demand that mosques and Muslim leaders clearly denounce the attacks (they certainly will not do that on their own.) But these people who claim to speak truth to power will never, ever call out violence by Arabs They refuse to do that, because they are all about solidarity and allyship and, let’s face it, they don’t want to say anything negative about people of color who want to attack Jews. The Leftist enablers also know that the Arabs would turn on them next if they say anything negative about their antisemitism. Instead, the « progressives » issue weak statements against antisemitism and then return to their « From the river to the sea » chants to incite the next round of attacks. The only solution is to shame the attackers. The only people who can do that are tacitly condoning the attacks. This is a nearly perfect storm that is bringing up an entirely new class of Jew-hatred to America. Elder of zion
Aside from putting forward a peace proposal that was dead on arrival, we don’t think they did anything constructive, really, to bring an end to the longstanding conflict in the Middle East. Jen Psaki (Biden’s spokeswoman)
In the minds of the Iranian leadership and those of their Hamas proxies, the Abraham Accords represent the single greatest military and political threat to Iran’s nuclear and hegemonic ambitions. Destroying them is their strategic goal. The Abraham Accords provide a formal framework for the operational partnership that developed since 2006 between Israel and the Sunni Arab states that, like Israel, are threatened by Iran. In formalizing those ties, the Abraham Accords split the Arab/Islamic world into two camps. The first camp includes Iran and the states and terror groups Iran supports, controls and is allied with. Political forces hostile to Israel in the West support this camp. Members of the Iran camp and its supporters in the West insist the Jewish state is the greatest source of instability and the primary obstacle to peace in the Middle East. The second camp is comprised of Israel and the Arab states that understand that Iran is the greatest threat to peace and security in the Middle East. Arab members of this camp include Saudi Arabia, the UAE, Bahrain, Egypt, Sudan and Morocco. These Arab states believe that in alliance with Israel they will be able to contain and eventually defeat the Iranian regime. Until the Abraham Accords were formalized, only the Iranian camp had an international presence. The anti-Israel, pro-Iran narrative, which claims that Israel is the greatest threat to regional and world peace, had the stage to itself from Tehran to California. Since the Abraham Accords were signed last September, the Iranian camp has been on the defensive. In a press briefing on Tuesday, President Joe Biden’s spokeswoman Jen Psaki indicated that the administration is just as unhappy with the Abraham Accords as the Iranians and Palestinians are. In response to a reporter’s question about the Trump administration’s peace efforts, Psaki pretended that the Abraham Accords don’t exist. “Aside from putting forward a peace proposal that was dead on arrival,” she said derisively, “we don’t think they did anything constructive, really, to bring an end to the longstanding conflict in the Middle East.” This asinine statement put paid the notion that Biden will ever opt for an alliance with the Abraham Accords member nations over the Iran/Hamas axis. Just as the administration refuses to even utter the term “Abraham Accords,” so it insists on ignoring their political significance for the states of the region and their military capacity to contain Iran. Despite the massive pressure that has been exerted against Abraham Accords member states to disavow their ties with Israel since Hamas opened its offensive last week, so far they have not wavered. The UAE, Bahrain and Morocco have put out mild statements on the Hamas war. Morocco sent humanitarian aid to Gaza. There have been no anti-Israel demonstrations in the streets of any of the Abraham Accords member states. Sudan’s leader, Abdel Fattah Al-Burhan discussed the issue in an interview with France 24 in Arabic earlier this week. (…) In his words, “The normalization [of relations between Sudan and Israel] has nothing to do with the Palestinians’ right to establish their own state. The normalization is reconciliation with the international community, and with Israel as part of the international community.” (…) Since it is clear that Israel made clear from the outset that it had no interest in conquering Gaza, Hamas will declare victory no matter how much damage it sustained from Israeli airstrikes. So too, after the Biden administration placed the threat of condemning Israel at the UN Security Council on the table in the first days of the conflict, it was clear that Israel wouldn’t dare defy Biden for long once he publicly demanded a ceasefire. Caroline Glick
Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c’est être, or nous ne pouvons être que si l’autre n’est pas. S’il n’y a pas d’autre solution, alors que cette guerre nucléaire ait lieu et qu’on en finisse une fois pour toutes ! Ben Bella (ancien premier président de l’Algérie, 1982)
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (1992)
L’antisionisme est une incroyable aubaine pour les antisémites. L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est permission d’être démocratiquement antisémite. Valdimir Jankélévitch
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) À un certain niveau très profond tous ces mouvements étaient les mêmes — ils partageaient tous certaines qualités mythologiques, une fascination pour la mort de masse et tous s’inspiraient du même type de paranoïa. (…) Mon argument est que l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) La doctrine islamiste est que l’Islam est la réponse aux problèmes du monde, mais que l’Islam a été la victime d’une conspiration cosmique géante pour la détruire, par les Croisés et les sionistes. (le sionisme dans la doctrine de Qutb n’est pas un mouvement politique moderne, c’est une doctrine cosmique se prolongeant tout au long des siècles.) L’Islam est la victime de cette conspiration, qui est également facilitée par les faux musulmans ou hypocrites, qui feignent d’être musulmans mais sont réellement les amis des ennemis de l’Islam. D’un point de vue islamiste, donc, la conspiration la plus honteuse est celle menée par les hypocrites musulmans pour annihiler l’Islam du dedans. Ces personnes sont surtout les libéraux musulmans qui veulent établir une société libérale, autrement dit la séparation de l’église et de l’état. (…) Les socialistes français des années 30 (…) ont voulu éviter un retour de la première guerre mondiale; ils ont refusé de croire que les millions de personnes en Allemagne avaient perdu la tête et avaient soutenu le mouvement nazi. Ils n’ont pas voulu croire qu’un mouvement pathologique de masse avait pris le pouvoir en Allemagne, ils ont voulu rester ouverts à ce que les Allemands disaient et aux revendications allemandes de la première guerre mondiale. Et les socialistes français, dans leur effort pour être ouverts et chaleureux afin d’éviter à tout prix le retour d’une guerre comme la première guerre mondiale, ont fait tout leur possible pour essayer de trouver ce qui était raisonnable et plausible dans les arguments d’Hitler. Ils ont vraiment fini par croire que le plus grand danger pour la paix du monde n’était pas posé par Hitler mais par les faucons de leur propre société, en France. Ces gens-là étaient les socialistes pacifistes de la France, c’était des gens biens. Pourtant, de fil en aiguille, ils se sont opposés à l’armée française contre Hitler, et bon nombre d’entre eux ont fini par soutenir le régime de Vichy et elles ont fini comme fascistes! Ils ont même dérapé vers l’anti-sémitisme pur, et personne ne peut douter qu’une partie de cela s’est reproduit récemment dans le mouvement pacifiste aux Etats-Unis et surtout en Europe. Paul Berman
L’administration Trump avait ouvert une nouvelle voie vers la paix au Moyen-Orient. Les principes étaient simples: punir les acteurs malveillants avec des sanctions, encourager financièrement la paix et résoudre le conflit au Moyen-Orient de l’extérieur vers l’intérieur. L’Iran avait été sanctionné plus durement que n’importe quelle nation dans l’histoire. L’Autorité palestinienne, ainsi que les agences des Nations Unies qui soutenaient leur programme, comme l’UNRWA, s’étaient vu couper les vivres. Et des accords de normalisation avaient été signés entre Israël et les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc. L’approche avait fonctionné. Les quatre années de l’administration Trump ont été dans l’ensemble parmi les années les plus calmes de l’histoire moderne d’Israël. Pourtant, l’approche était une gifle à l’encontre de l’establishment du département d’État américain qui avait depuis longtemps postulé qu’il ne pouvait y avoir de paix nulle part dans la région tant que le conflit palestinien n’était pas résolu. La dernière flambée a remis la question israélo-palestinienne sur le devant de la scène et dans le territoire familier des auteurs et partisans des Accords d’Oslo, qui commencent à revenir sur le devant de la scène après un bref exil de quatre ans. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken se rend maintenant en Israël, en partie pour renouer les liens avec les dirigeants palestiniens. La communauté internationale promet maintenant des fonds pour «reconstruire Gaza». Quand les acteurs malveillants comme l’Iran, le P.A. et le Hamas étaient privés de fonds et que les modérés étaient financièrement incités à la poursuite de la normalisation, un certain clame était revenu. Maintenant que le flux de fonds s’est inversé, le terrorisme est de retour. (…) L’Iran a joué un rôle clé dans le conflit actuel. Au cours des dernières années, mois et semaines, Israël a frappé secrètement l’infrastructure nucléaire iranienne, attaqué des navires commerciaux et frappé des armes de fabrication iranienne transférées en Syrie. L’Iran a tenté à plusieurs reprises de riposter, ciblant récemment les navires commerciaux israéliens en mer. Malgré les récentes frappes aériennes israéliennes, l’Iran a déjà réussi à stocker plus de 150 000 roquettes et missiles pointés sur Israël par le Hezbollah au sud du Liban. Et contrairement à l’arsenal de roquettes du Hamas à Gaza, nombre des missiles détenus par le Hezbollah sont à longue portée et de haute précision. Dans un «discours de victoire», le chef du Hamas Ismail Haniyeh a publiquement félicité l’Iran pour son soutien pendant le conflit, déclarant: «Je ne peux que remercier ceux qui ont apporté de l’argent et des armes à la vaillante résistance, la République islamique d’Iran; qui ne nous a pas ménagé son argent, ses armes et son soutien technique. Merci. » Un rapport récent du Wall Street Journal a noté que les roquettes du Hamas sont fabriquées à partir de plans iraniens et que les Iraniens ont fourni une assistance supplémentaire au Hamas. Presque toutes les activités malveillantes au Moyen-Orient ont aujourd’hui les empreintes de l’Iran. L’Iran tente de négocier un retour à l’accord nucléaire avec les États-Unis et les puissances occidentales. Ce conflit qui vient de se terminer devrait faire réfléchir l’Occident sur les ambitions iraniennes. Malheureusement, ce ne sera probablement pas le cas. (…) Les Israéliens regardaient de loin et avec étonnement les violentes émeutes qui ont envahi les villes américaines cette année sous le hashtag #BlackLivesMatter. La race est devenue la question la plus importante. Les membres de la communauté anti-israélienne aux États-Unis avaient depuis longtemps des liens avec les causes progressistes – ce qui ne manque pas d’ironie étant donné à quel point la société palestinienne progressiste en est éloignée. Il semble que les Palestiniens ont adopté avec succès la mentalité BLM et y sont accueillis à bras ouverts. Peu importe qu’Israël soit de loin le pays le plus progressiste du Moyen-Orient et l’un des plus progressistes du monde. Selon ce récit, les Israéliens sont les colonialistes blancs et oppressifs, indépendamment du fait que plus de 50% des Israéliens sont d’origine moyen-orientale (c’est-à-dire à la peau brune) dont les familles ont été expulsées de force de leurs maisons hors de presque tous les pays musulmans de la région après avoir vécu dans ces pays en tant que citoyens dhimmis de seconde zone. De plus, il y a un nombre important d’immigrants éthiopiens (à la peau noire), dont beaucoup sont arrivés en tant que réfugiés. Parmi les Israéliens d’origine européenne restants, une grande partie sont des descendants de survivants de l’Holocauste – un véritable génocide. Pourtant, tant que les Palestiniens réussiront à rester la demi-soeur de #BlackLivesMatter, Israël sera dans une période cahoteuse devant le tribunal de l’opinion publique. Alex Traiman
It is certainly true that in the past, conflagrations in the Middle East between Israeli and the Palestinians or its neighbors have created an — or catalyzed an uptick in anti-Semitism in America. But what we are seeing now is more drastic and, frankly, more dangerous. The ADL track between the two weeks of the conflict and the two weeks before a 63 percent increase. And that surge is far greater than what we have seen in prior incidents, like 2014, for example. But what I would also note is not just the quantitative, but the qualitative. The span of these attacks, they spread like wildfire across the country. You mentioned a few, California, Arizona, Wisconsin, Illinois, Michigan, New York, New Jersey, South Carolina, Florida, acts of harassment and vandalism and violence. So, number one, the span is much greater than what we have seen, but secondly the tone, the brazenness, the audacity of these assaults in broad daylight. We have seen people basically say, if you are wearing a Jewish star, you must be a Zionist and you should be killed. We have seen people hurling bottles and objects at homes with mezuzot on the door that were identifiably Jewish. We have seen people driving cars or marauding through Jewish neighborhoods and yelling, « We’re going to rape your women, » right, or yelling things like « Allahu akbar, » and literally then wreaking physical violence on people. And one of the incidents that was captured was in broad daylight in Times Square, a group of people beating and bloodying a Jewish man whose only crime was he was wearing a kippah, to the point where he was left unconscious in the street while people kicked him, bloodied him with like crutches. It was really quite disgusting. And to think that this is happening in America is really unconscionable. The reality is, is, I do believe that political language can have real world consequences. But this is very different kind of political language. (…) today, we have unhinged, fictionalized conspiracies about Israel, that somehow the Jewish state is systematically slaughtering children or committing genocide. And then that leads to real-world attacks on Jewish people in the streets of America, on our campuses, in our communities. (…) And that’s why we think people, regardless of where you are on the spectrum, need to speak out clearly and firmly and forcefully and say, in an unambiguous way, that anti-Semitism is unacceptable, because, again, this isn’t activism. It’s hate, and it should be called out as such. (…) I have heard from Jewish people across the country, and they are feeling scared. They have extremists on the right. They have these, if you might say, radical voices from the left. And they are wondering, is it safe for me to go out wearing a kippah? Is it safe for me to walk to synagogue on a Saturday morning? Again, this is in America in 2021. So we think the leaders, not just President Biden, but members of Congress need to speak out and clearly and consistently call it anti-Semitism, without making equivalence or excuses for any other form of prejudice. You can have fierce debates about Middle East policy, but that is not an excuse to assault and victimize Jewish people in America, in Europe, anywhere. Jonathan Greenblatt (Anti-Defamation League)
Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche. Jacques Julliard
Sans doute, cette remarque de J. Julliard vaut-elle pour notre époque – disons qu’elle s’avère pertinente pour les années 2000-2020 ; pour autant, il me paraît risqué de soutenir que d’« ordinaire », le « parti collabo » était d’« extrême droite », dans la mesure où ladite extrême droite, si l’on pense à la période 39-45, se nourrissait de très nombreux transfuges de gauche, comme l’a démontré l’historien Simon Epstein dans Un paradoxe français. Pour ce qui est de la droite nationaliste, elle a su voir dans les Juifs des patriotes loyaux, je pense au Barrès des Familles spirituelles de la France, ou à l’engagement de son propre fils dans les rangs de la France libre. Le paradoxe dont rend compte S. Epstein c’est que les antisémites de l’Affaire Dreyfus ont été gaullistes et résistants pendant la Seconde Guerre, tandis que les partis de la collaboration se sont en grande partie recrutés parmi les dreyfusards et la gauche historique. Quant à la gauche demeurée à gauche, après la Seconde Guerre mondiale, elle n’avait pas grand-chose à envier à l’extrême droite sur le chapitre de l’antisémitisme, si l’on considère l’Union soviétique et ses satellites. (…) Il existe en effet une convergence significative entre l’islamisme et le gauchisme qui trouvent un véritable point d’entente sur le sujet de l’antisionisme. Cela paraît absurde, antinomique, et fondé sur un malentendu, puisque ce sont en principe des ennemis que doctrinalement tout oppose. Mais ils ont en commun la volonté d’en découdre avec la civilisation européenne, et communient aujourd’hui dans l’idéologie décoloniale. Leurs motivations initiales diffèrent du tout au tout : l’extrême gauche est antijuive par tradition voltairienne et marxiste, l’islamisme est antisioniste, en raison de la théologie politique de l’islam qui ne souffre pas de souveraineté non-musulmane sur le « dar al-islam ». L’extrême gauche est anticléricale et s’imagine que l’identité juive est « religieuse », tandis que l’islamisme reconduit le vieux débat de la théologie de la substitution en se proclament seule détenteur de la « vraie » révélation. Néanmoins la rencontre de ces deux souches allergiques aux Juifs pour ce qu’ils représentent, n’est somme toute pas récente. L’histoire de cette convergence, du point de vue des matrices doctrinales, remonte aux années 20 du XX siècle. C’est une partie d’échecs : il fallait mettre en échec la possibilité d’un sentiment de sympathie pour un Israël souverain. (…) le discours gaullien de 1967 marque un tournant dans les relations franco-israéliennes, le début d’un véritable renversement d’alliance. Les jeunes générations n’ont pas la moindre idée de la bonne entente qui régnait entre Paris et Jérusalem avant la Guerre des Six Jours. Ce renversement d’alliance a été largement expliqué par la situation géopolitique de la France par rapport au monde arabe : le Maghreb où elle a été longtemps présente, ainsi que le Proche- Orient. (…) Corrélativement, l’existence d’une immigration musulmane souvent peu éduquée, véhiculant le mépris du Juif (al yahoud), voilà qui fait subir une formidable involution à la mentalité issue de l’esprit des Lumières, quoique les Lumières soient elles-mêmes très divisées sur le chapitre de l’égale dignité de tous les hommes. Que de larges fractions de l’opinion soient désormais affectées par le prurit de l’antisémitisme n’a rien de surprenant, cela est le résultat d’une volonté politique, savamment distillée. En matière d’opinion, et de politique de l’opinion, il n’y a pas de génération spontanée. Les grands médias ont été chargés de diffuser la doxa antisioniste, depuis la fin des années 60 du XXe siècle, et trois générations de Français ont bu de ce lait. Cette nouvelle modalité de l’antisémitisme a été sciemment inculquée, et rares sont les esprits qui ont passé l’évidence antisioniste au tamis de l’esprit critique. L’expression antisioniste est d’autant plus désinhibée, qu’elle repose sur des motifs pleins de noblesse : l’antisionisme se présente comme un humaniste et un antiracisme. C’est au nom de l’humanisme et de l’antiracisme que l’on se dit antisioniste. (…) C’est dans la littérature nationale-socialiste que se trouve d’abord le point de mue de l’antisémitisme culturel de la fin du 19è siècle en antisémitisme racial et en antisionisme génocidaire. (…) cette littérature a été traduite en arabe et a trouvé de profonds échos, notamment dans le mouvement national palestinien, à l’époque du Mandat britannique sur la Palestine. C’est dans ce contexte que l’antisémitisme hitlérien entre en symbiose avec l’antijudaïsme des Frères Musulmans. Aujourd’hui la proximité des leaders du mouvement palestinien avec les Frères musulmans, ancêtre de l’OLP de Yasser Arafat, a été mise en exergue par de nombreux historiens (…) Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement palestinien, militairement vaincu, comme toute la coalition arabe qui s’était formée contre Israël, tombe dans l’escarcelle de l’Union Soviétique. À partir de ce moment, l’URSS écrit un nouveau chapitre de l’histoire de l’antisionisme. Ce n’est plus la conspiration juive que fustigent les staliniens, mais le sionisme allié de l’impérialisme américain, le sionisme incarnation du capital. Il s’agit d’une variante du même schéma. (…) L’antisionisme tel que nous le connaissons, et tel que les « progressistes » acquis à sa cause le pratiquent de nos jours, sort directement des officines du KGB. (…) À cela, il faut ajouter le rôle de vecteur de l’extrême gauche, notamment française, qui a battu des records de forgerie à partir de 1968. L’échec des révolutions prolétariennes, les désillusions du soviétisme ont entraîné dans ses rangs une radicalisation de la lutte anticapitaliste, et ses représentants ont joué un rôle considérable dans la promotion et la banalisation d’un antisionisme à visage humain, décorrélé de l’antisémitisme, devenu tabou en Europe, après la Shoah. Les Palestiniens en sont venus à occuper la place qu’occupait le prolétariat dans le marxisme classique. (…) L’extrême gauche a affiné, si je puis dire, le travail de mise en circulation de ce que j’ai appelé des « équation efficaces », destinées à présenter d’Israël une image répulsive. Ces équations idéologiques définissent une pseudo-logie : « sionisme = nazisme », « sionisme = apartheid », « sionisme= racisme », « sionisme=impérialisme », etc. Lorsque l’on connaît l’histoire, la réversibilité des termes sonne faux, et dénonce ces « équivalences » comme des aberrations, historiques aussi bien que sémantiques. Faut-il rappeler que les Sionismes sont nés en réponse à l’antisémitisme du 19è siècle: russe, allemand, français, et ottoman? (…) De plus, que veut dire « être antisioniste » après la Shoah ? Ces antisionistes au grand cœur, feignent d’oublier qu’il n’y avait plus de place sur terre pour le peuple juif. En somme, qu’est-ce que l’antisionisme propose aux Juifs ? Le retour à la situation d’exil, et d’exposition passive à toutes les formes de la persécution ? À quelle sorte de destin historique l’antisionisme promet-il les Juifs ? Au mieux, à leur disparition en tant que représentants d’une identité singulière, porteur d’un message universel, au pire à leur liquidation physique. (…) Pour autant, je ne confonds pas l’antisionisme islamo-gauchiste ou génocidaire avec l’asionisme de nombreux Juifs qui font le choix de l’intégration dans les sociétés démocratiques. Ceux-là ont affirmé un choix conséquent, en se détachant à titre individuel du destin collectif d’Israël. Pour moi, ils le font à leurs risques et périls. (…) Le fait est que l’État d’Israël représente un pôle identitaire affirmé, en tout cas dans les imaginaires collectifs. Et le signifiant « Israël » n’a jamais été compris, il a été combattu, mais pas compris. Le sionisme se trouve dans une situation paradoxale, du fait du caractère anormal ou atypique de l’histoire juive, au regard de la philosophie politique européenne. D’abord, le sionisme est la dernière expression du principe des nationalités, il s’est affirmé pour la première fois, avec un décalage de près d’une génération sur la dynamique d’auto-détermination née du printemps des peuples, en 1848. (…) Comment comprendre le sionisme, dans un contexte où l’idée de peuple suppose des critères précis : la base territoriale, la communauté de langue ? Or les Juifs ne sont nulle part chez eux, ils sont dispersés, n’ont plus de langue commune, et sont réduits depuis près de deux millénaires à supporter le carcan symbolique d’une entité théologique, ils sont « le peuple du Livre ». Voilà que sous la pression d’un mouvement antisémite international -pogromes en Russie, statut de dhimmi et violences antijuives dans l’empire ottoman, affaire Dreyfus en France, pétition des 200 000 en Allemagne, floraison des ligues et des partis antisémites, etc. – ils entendent reconstituer leur nation. (…) Il s’agit pour les penseurs sionistes de rendre au peuple juif sa dimension historico-politique, ni plus ni moins. Or ce n’est pas ainsi que l’entendent les nations, habituées, du fait de la polémique théologique contre le judaïsme, à considérer celui-ci comme une « religion ». (…) Le Judaïsme est une civilisation, qui a été déracinée par les empires. C’est à cette situation que le sionisme a entendu mettre fin. Le second paradoxe tient au fait que la souveraineté juive s’est surtout affirmée concomitamment à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à une époque marquée par le reflux du nationalisme, et bientôt la critique de l’État Nation. Le reflux du nationalisme est forcément assimilé au refus du bellicisme et de la violence doctrinale dont ont fait preuve le national-socialisme et les fascismes. Quant à la critique de l’État-Nation, elle s’est peu à peu déduite de la formation de l’Europe supranationale, dans le contexte de la polarisation Est/Ouest, à l’époque de la guerre froide. Une nouvelle ère culturelle s’est épanouie, fortement favorisée par le développement du post-marxisme et du post-structuralisme, sous le rapport de ce que l’on appelle d’un terme assez vague la philosophie post-moderne. Or cette pensée post-moderne est paradoxalement très marquée par la philosophie de Heidegger, l’artisan de Abbau, la destruction/déconstruction de… l’humanisme européen. (…) Au-delà du champ philosophique, le principe de la déconstruction a fait souche dans le débat idéologique : l’idéologie décoloniale est une métastase du post-marxisme mâtiné de déconstruction. C’est là que les deux souches virulentes se rejoignent : d’un côté la mauvaise conscience de l’Occident, qui, pour s’exprimer, recycle follement les idées du plus grand penseur nazi du XXè siècle, d’autre part l’idéologie du djihad conquérant, qui révèle le principe historique de l’islam primitif. Ces deux souches culminent dans une posture inlassable de ressentiment, dont Max Scheler a explicité les mécanismes, il y a déjà un siècle. Néanmoins, la critique du néo-antisémitisme que représente sciemment l’antisionisme constitue un angle mort du débat public, comme s’il ne s’agissait que d’une « affaire juive ». Or c’est tout le contraire. Par leur complaisance et leur démagogie, les démocraties occidentales ont joué le jeu de la centrale palestinienne, elles l’ont financée, en relayant sa propagande anti-juive, depuis le milieu des années 60. Si des germes d’antisémitisme demeuraient vivaces en Europe, après la Libération, c’est à l’OLP que le monde actuel doit d’avoir été de nouveau submergé par cette vague d’antisémitisme. L’OLP (…) demeure le vecteur de propagation le plus virulent : elle a pris le relais de l’Église en matière de diffusion universelle de l’enseignement du mépris. Le discours canonique de l’antisionisme, sa charte internationale, c’est précisément celle de l’OLP. Par ce texte, l’OLP signe sa double filiation : d’abord nazie et stalinienne, mais aussi par sa tonalité tiers-mondiste qui lui a conféré sa « respectabilité », pendant des décennies, auprès des gauches européennes. A la souche totalitaire, l’OLP emprunte explicitement, le schème conspirationniste des Protocoles des Sages de Sion, au tiers-mondisme, l’OLP emprunte l’idéologie anticolonialiste et l’anti-américanisme. La charte du Hamas, plus récente, campe sur les mêmes positions. (…) De nos jours, dans les manifestations « pro-palestiniennes », les « antisionistes » exhibent de nouveau la croix gammée sur leurs banderoles aux couleurs de la Palestine, ce n’est pas l’expression d’un ‘’dérapage’’, mais la signature d’une authentique filiation…Il y a ensuite la connivence totalement inattendue, mais par un effet de conjoncture, du discours des grands médias et du discours de l’extrême gauche, qui ont servi de relais aux prétentions de l’OLP, en fabriquant un véritable catéchisme – en un mot une vulgate – à destination du grand public : les grands médias, en vertu de l’alignement pro-palestinien des gouvernements successifs, depuis 1967, l’extrême gauche par son action continue sur la société civile, et ses capacités d’entrisme à l’université notamment. (…) L’ensemble de ces paramètres, leur combinatoire historique, liée à des stratégies délibérées, gouvernementales mais aussi militantes – de niveau logique entièrement distinct- contribuent à définir l’espace massif de ce « point mort », de ce que j’appelle l’angle mort du débat public en France, mais pas seulement. (…) Vladimir Jankélévitch avait vu juste, en identifiant le principe génétique de l’antisionisme. L’antisionisme radical est une forgerie du nazisme et du stalinisme, reprise par le nationalisme islamiste des Palestiniens au début du Mandat britannique sur la Palestine, pour s’opposer à la progression du mouvement sioniste. (…) l’antisionisme est la dernière modalité historique connue de la judéophobie, après l’antijudaïsme théologique (chrétien puis musulman), et l’antisémitisme moderne (culturel, raciste et/ou nationaliste). Ces trois modalités sont liées par un même invariant : la criminalisation du fait juif, comme je l’ai écrit au début des années 2000 (…) À cet égard, l’antisionisme de Tarik Ramadan est congruent avec l’idéologie des Frères musulmans. Si nous savons généralement que son grand-père était le fondateur de la confrérie, l’on sait moins en revanche que son père était l’émissaire pour la Palestine du Grand Mufti de Jérusalem. Quant à Jean-Luc Mélenchon, son antisionisme est celui d’un communiste pro-soviétique reconverti dans le populisme islamo-gauchiste, rien que de très congruent là encore. (…) Ce sont des alliés objectifs du point de vue tactique, et des alliés subjectifs du point de vue de leurs convictions propres : l’islamisme radical du premier, le laïcardisme agressif et l’opportunisme électoraliste de l’autre. (…)  À côté de cela, il faut prendre en considération le cas de la gauche juive, critique du sionisme, modérée ou radicale, qui  s’explique autrement. Cette conception s’origine d’une part dans Marx lui-même, mais très certainement dans les élaborations ultérieures (…) On voit pointer là la perspective d’une résolution de la question juive dans le cadre d’un universalisme de sensibilité révolutionnaire. Un universitaire influent en son temps tel que Maxime Rodinson, a occupé une place central dans ce dispositif. Auteur de Question juive ou problème juif ?, il a fixé pour longtemps la norme de l’interprétation « coloniale » du sionisme, en donnant le ton par son article rédigé pour l’Encyclopaedia Universalis au début des années 70 du vingtième siècle. Simultanément, la descendance idéologique de communistes d’origine juive, tel que Henri Curiel, via Le Monde diplomatique, avec des vecteurs d’opinion comme son fils Alain Greisch, ou Dominique Vidal – tous deux passionnément antisionistes- a contribué et continue encore à brouiller les cartes sur la question de savoir qui est juif et surtout comment l’être. Ce sont ces intellectuels de gauche, « universalistes », qui ont contribué à ethniciser le sionisme, à le défigurer en présentant des versions controuvées de la révolution sioniste. Ces deux journalistes, experts auto-proclamés du Proche Orient ont consacré une bonne partie de leurs écrits et de leurs interventions à tâcher d’apporter la démonstration de l’indépendance de l’antisionisme et de l’antisémitisme. Au regard de la connaissance historique, ce sont des gesticulations sans pertinence, de pures théorisations polémiques qui servent des buts de conquête idéologique de l’espace public. Quant à leur collusion avec l’islamisme radical, elle est une caractéristique intrinsèque de leur engagement. En leur temps, cela ne les a pas empêchés de suggérer à l’OLP de se rapprocher de la gauche européenne, ni de s’aligner eux-mêmes sur le principe du « socialisme dans un seul pays », qui, après tout, est un ultra-nationalisme, un nationalisme impérial au sens obvie de ce terme. (…) Les communistes ont toujours hurlé avec les loups, au nom de l’anticolonialisme et de l’anti-impérialisme. Quant aux socialistes ils étaient divisés, ou ambivalents, ou dans le déni. On se souvient du retournement du Parti Socialiste, pour des motifs électoralistes, au début des années 2000 : il suffit de rappeler les positions d’un Pascal Boniface, auteur de : Est-il permis de critiquer Israël ?, mais aussi à l’attitude de Lionel Jospin, alors premier ministre, au moment de la deuxième intifada : il n’y avait pas d’antisémitisme dans les universités, et l’antisionisme était un non-sujet… Le cas des israéliens antisionistes est différent, même si leur discours entre en convergence avec celui des antisionistes radicaux, en leur conférant une précieuse justification (« si ce sont des Juifs qui le disent, alors il est illégitime de nous taxer d’antisémitisme », etc.). L’antisionisme israélien repose sur plusieurs composantes. Il a différentes sources : le Berit Chalom, le sionisme marxiste, le sionisme socialiste, pénétré de moralisme, les nouveaux historiens, et le post-sionisme, qui est la modalité israélienne du post-modernisme. Chez les militants du Berit Chalom, règne une certaine naïveté, qui se condense dans l’impératif d’une éthique sans politique, à l’heure des pogroms antijuifs déclenchés par le mouvement palestinien ! De cette posture, il reste l’essentiel chez les antisionistes israéliens, qui est un moralisme belliciste. Ainsi, le cas de Shlomo Sand est paradigmatique : il cumule la posture moraliste, le rejet de la tradition juive, comme prisme d’intelligibilité de la signification historique du sionisme, et l’adhésion crypto-communiste à la critique anticolonialiste, héritée du prisme de lecture marxiste. Quant à Elie Barnavi, ou à Abraham Bourg, ils sont représentatifs de l’élite du pays, installé, comme beaucoup d’intellectuels, dans la posture du donneur de leçon, également perméables au thème marxiste et post-marxiste de la prétendue culpabilité de l’Occident. Pour moi, ces esprits se leurrent, leur analyse est fausse, car elle prend pour référentiel les catégories de l’historiographie hégélienne : les Juifs ne sauraient avoir d’État, et s’ils en ont un, il ne faut surtout pas que celui-ci se distingue par des traits de caractère juifs. Mais le sionisme, c’est précisément cela. Il a été pensé par le peuple juif dans un moment de grand péril, pour rétablir la souveraineté juive, en assumant l’histoire juive. Le sionisme authentique n’est pas en rupture avec le messianisme juif, il le vivifie mais ne l’abolit pas. Les antisionistes juifs, on peut le présumer, expriment d’abord un besoin de normalisation, qui cache une demande d’amour : « ’Acceptez-nous, aimez-nous, nous ne sommes pas différents de vous, nous sommes comme vous ». (…) On serait tenté, dans le cas de Sand, d’arguer de la haine de soi, dont Théodore Lessing a fait l’analyse.. Mais je ne suis pas favorable à cette analyse psychologique. Il s’agit pour moi d’un problème idéologique qui a sans doute des conséquences psychiques. (…) L’antisionisme d’une partie des Israéliens n’a plus grand-chose à voir avec ce phénomène individuel. Il est le symptôme partiellement collectif d’une volonté de normalisation. (…) Il y a enfin le cas d’intellectuels dont on ne peut pas dire qu’ils soient antisionistes, mais qui du fait de leur adhésion au schéma de l’analyse marxiste de l’histoire tendent à ignorer la singularité de l’histoire juive, en projetant sur l’histoire du sionisme les mécanismes coloniaux. Il est symptomatique que lorsqu’ils sont francophones, ces intellectuels fourbissent leur critique en usant de références qui sont celles de la colonisation française. Ils seront ainsi enclins à analyser le conflit palestino-israélien dans les mêmes termes que des militants du F.L.N analysaient la nécessité de l’indépendance algérienne. (…) Voilà le fonds de commerce idéologique de la gauche israélienne, à l’heure du débat sur l’identité nationale… (…) À partir de ce schème, plusieurs générations d’Israéliens déculturés, ont été éduqués par de mauvais maîtres avec la conviction d’être issus d’une nation d’envahisseurs et de colons, au sens des impérialismes européens. Mais un Juif ne sera jamais un « colon » en Judée ! L’inculcation de ce même schéma dans les universités, et le développement de deux discours concomitants, à partir de grilles de lecture complètement inappropriées, à quoi se sont ajoutées les thèses analogues des « nouveaux historiens » (exception faite de Benny Morris) procède d’une erreur de jugement, qu’il est aisé de repérer. (…)  Ce sont moins les universités en tant que telles que certains universitaires, militants actifs de la cause palestinienne, qui ont considérablement pesé dans la politisation des universités. Au fil des décennies, celles-ci sont devenues des foyers significatifs de promotion de l’antisionisme. Une fois encore cela remonte à la fin des années soixante, lorsque l’extrême gauche a inventé de toute pièce la cause palestinienne, comme un motif clef de la mobilisation du monde étudiant. D’année en année, il s’est créé un profil type de l’universitaire progressiste, nécessairement hostile à Israël, précisément sur le thème anticolonialiste, ce qui en dit long sur l’ignorance ou la mauvaise foi partisane de ces individus. (…) Au début des années 2000, ces mêmes collègues ont été des acteurs actifs du BDS, et nous avions dû faire beaucoup d’efforts pour enrayer une première fois ce mouvement. (…) à bien considérer les positions politiques en jeu, ces mêmes universitaires-militants forment la 5e colonne de l’islam radical. Ils représentent un certain dévoiement de la gauche, puisque par la nature même de leurs actions, ils fédèrent la nouvelle internationale antisémite, en lui offrant une caution académique. (…) Comment des gens qui se prétendent démocrates peuvent cautionner un mouvement dont l’idéologie de référence est celle des Frères musulmans ? Il y a là une sorte de dissociation philosophique que je m’explique mal, puisqu’à tout prendre, ces fonctionnaires de la République cautionnent quand même un projet – si on peut encore user de ce terme – profondément rétrograde : le refus de la souveraineté juive, la diffusion de l’agenda politique du terrorisme, et bien entendu le rejet de la société ouverte. Le discours de cette clique est celui d’une nouvelle forme de  fascisme: désignation de l’ennemi (« l’entité sioniste », « les sionistes »), suivi de son essentialisation (« colons », « occupants », avec toutes les connotations inhérentes à ces termes en Europe), le simplisme idéologique, le révisionnisme historique, l’esprit de délation, etc. Il s’agit d’une véritable institutionnalisation de la délinquance, fondée sur la diffusion d’un nouvel enseignement du mépris qui fait lien avec le modus operandi de l’antisémitisme classique. La péjoration constante du sionisme, ainsi que la délégitimation morale de l’État d’Israël, les mensonges régulièrement distillés n’ont pas peu contribué à la subversion du débat public. En ce sens, le nouvel antisémitisme se trouve alimenté par le discours des ennemis d’Israël entré en convergence avec celui que véhicule, pour des raisons économiques ou électoralistes, les élites gouvernementales. Ce climat fait chorus avec la désinformation qui prévaut en France, si bien que ces enseignants portent une grande part de responsabilité dans l’effondrement du niveau culturel et le décervelage des étudiants dont ils ont la charge. Il y a enfin un paradoxe qui ne laisse de me faire méditer : l’antisionisme s’affirme au nom de l’amour de la paix, mais il faut bien dire qu’en tant que pacifisme de principe, il constitue la forme la plus sournoise du bellicisme. (….) Les intérêts géopolitiques de la France ont amené les régimes et les gouvernements successifs à considérer que le monde arabe était un débouché et un allié naturel : sous la  monarchie, l’empire, la République, c’est un invariant. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, nous savons que la France a offert l’asile au Mufti de Jérusalem, qu’elle a aussi permis sa fuite, sous une fausse identité, ce qui lui a permis d’échapper au Procès de Nuremberg. La France savait ce qu’elle faisait, mais elle l’a fait en songeant au bénéfice qu’elle pourrait un jour tirer de ce geste. Après le renversement d’alliance, le tournant anti-israélien pris par De Gaulle, la France a choisi de s’impliquer en faveur de la cause palestinienne : Arafat, qui avait été l’émule du Mufti (il comptait au nombre de ses proches à l’époque de l’alliance entre le mouvement national palestinien et la diplomatie nazie), est devenu un allié fiable et fidèle. Elle lui a témoigné son soutien, et l’a accueilli dans ses deniers jours à l’hôpital des armées du Val de Grâce, tout un poème. Mais c’est aussi la France, qui a offert l’hospitalité à l’imam Khomeini, en chemin vers Téhéran, au moment de la révolution islamique. C’est cela la realpolitik…C’est encore la France républicaine qui a doté l’Irak antisioniste de Saddam Hussein d’un réacteur nucléaire que l’aviation israélienne a détruit pour ne pas permettre qu’Israël vive sous la menace d’une extermination nucléaire. N’eusse-t-il pas été plus cohérent que la France des Lumières, persiste à s’affirmer l’alliée naturelle d’Israël, après Vichy, après des siècles de présence des communautés juives en France ? C’est aussi la France républicaine qui a délibérément pris le parti de désinformer les citoyens français, en distillant via l’AFP les contre-vérités les plus grossières. Realpolitik, une fois de plus. Selon la même ligne de cohérence diplomatique, c’est encore la France qui détient à l’ONU le record des condamnations d’Israël, aux côtés de la majorité automatique, traditionnellement hostile à Israël (en vertu de la théologie politique de l’islam). Ceci étant, j’attends le moment où les paix d’Abraham, récemment conclues entre Israël et ses principaux ennemis arabes, porteront de tels fruits, que certains secteurs de l’Europe seront les derniers tenants de l’antisionisme, tandis que l’antisionisme sera devenu minoritaire parmi ses principaux tenants historiques. Aujourd’hui le gouvernement de Khartoum demande la « normalisation » avec Israël, alors que c’est à Khartoum que fut proclamé par la Ligue Arabe, en 1967, le programme des « 3 non à Israël » : non à la reconnaissance, non à la négociation, non à la paix… La topologie internationale sera entièrement modifiée : il y aura d’un côté les anciens ennemis ligués dans des alliances de coopération, et de l’autre les antisionistes has been, décoloniaux et post-modernes, emmenés par la France, avec ses mantras du Quai d’Orsay (« la solution à deux États »…). La position intangible de la France participe d’une longue tradition de réalisme politique et de pusillanimité, très bien analysée par David Pryce-Jones (…) À mes yeux, cela est impardonnable, car la France – précisément en tant que puissance impériale et coloniale- a été présente dans le monde arabo-musulman pendant près d’un siècle et demi. N’a-t-elle rien retenu de cette si longue présence ? N’a-t-elle tiré aucune leçon du jusqu’auboutisme du FLN, dont les historiens admettent seulement aujourd’hui les racines islamistes ? En un sens nous avons là le même phénomène qu’avec l’OLP, qui est en réalité une émanation des Frères Musulmans palestiniens, mais qui a eu l’intelligence tactique de se couler dans le tiers-mondisme pour rendre acceptable son antisionisme. Le véritable point de mue se situe là, c’est cela la convergence des luttes… (…) La prétendue « solution à deux États » est la traduction diplomatique du narratif palestinien, de la contre-vérité selon laquelle « le » sionisme, et l’État d’Israël sont fondés sur l’exclusion et l’expulsion des Arabes de Palestine. (…) Lorsqu’ensuite, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU vote le partage de la Palestine, en deux États – l’un juif, l’autre arabe-, les Arabes palestiniens, ont la possibilité d’affirmer leur dignité nationale. Non seulement ils rejettent cette décision internationale, mais ils se lancent avec la Ligue Arabe, dans une guerre d’extermination contre l’État d’Israël, car le mouvement sioniste, quant à lui, a dit « oui » à ce partage, et s’en contente. La possibilité d’un État palestinien faisait donc partie de l’agenda international, et il a été refusé au mépris du droit international. Après la défaite militaire, les Arabes de Palestine, emmenés par le Fatah, ont inventé le terrorisme international, c’était leur alternative au droit international, précisément. Il faut encore rappeler, et cela ne choque personne et n’a jamais choqué personne, que les Britanniques ont créé la « Trans-Jordanie » (l’actuelle Jordanie) en …1922, pour trouver justement une solution nationale au « problème palestinien ». Tout cela est oublié. À la suite de la guerre d’indépendance, les portions territoriales allouées à l’État Arabe de Palestine, ont été annexées, respectivement par l’Égypte (la bande de Gaza) et la Jordanie (la Cisjordanie). Ce n’est qu’à la fin des années soixante-dix que l’Égypte et la Jordanie ont renoncé à leurs annexions, obligeant Israël à se débrouiller avec les populations de ces territoires. Il s’est produit dans l’intervalle deux autres guerres d’extermination – celle de 1967 et celle de 1973- que la Ligue arabe a encore perdues. Puis, l’État d’Israël a cru bon d’engager des négociations avec la centrale palestinienne (OLP), ce qui a conduit aux Accords d’Oslo, parce que depuis la création du Fatah et le ralliement international à « la cause palestinienne », la terre entière exigeait à l’unisson une « solution à deux États ». Nous connaissons la suite : aux termes des Accords de 1993 (Oslo), les « Palestiniens » ont obtenu l’autonomie politique graduelle. C’est la vague d’attentats des années suivantes qui a enrayé ce processus, et l’irrédentisme des mêmes « Palestiniens », bientôt rejoints par la faction plus radicale du Hamas. Depuis 2006, les « Palestiniens » sont gouvernés par deux entités politiques : le Hamas dans la Bande de Gaza, l’Autorité palestinienne en « Judée-Samarie », c’est-à-dire sur le territoire qui est le berceau historique du peuple juif. Voilà pourquoi le principe de « la solution à deux États » est un mantra hypnotique, parce qu’en vérité il existe déjà trois entités nationales palestiniennes : une monarchie (la Jordanie), un mini-État islamique (la Bande de Gaza), et une dictature tiers-mondiste (Jéricho et ses dépendances). En sorte que l’État palestinien que revendique l’antisionisme coïncide avec l’exigence inacceptable de la disparition de l’État d’Israël en tant qu’État du peuple juif. À cet égard, alors que les antisionistes et leurs émules moutonniers se sont fait une spécialité de dénoncer les « crimes de guerre » d’Israël, et les entorses au droit, ce sont eux en vérité qui incarnent le parangon du non- respect du droit international, et ceci depuis le début de l’histoire d’un conflit, dont ils sont les uniques responsables. Si l’antisionisme ainsi compris triomphait, la solution à « deux États », serait en vérité une solution à quatre États : l’État d’Israël, devenu binational, la Bande de Gaza, la Jordanie, et les territoires de l’Autorité palestinienne de M. Abbas. Le principe de la « solution à deux États » est une formule qui n’a qu’une portée et qu’une valeur idéologique, dans un monde désymbolisé. Il est le symptôme manifeste de ce que l’Europe, mais aussi une partie des États-Unis, et par extension tous les partisans de la « solution à deux Etats » ignorent avec l’histoire les rudiments du calcul mental, en se convertissant massivement au narratif palestinien, qui est la version laïque de la sha’ada – la formule religieuse de la conversion à l’Islam. (…) il suffit de ne pas être aveugle pour lire sans le moindre risque d’erreur la signification du logo de l’OLP, ou celui du Hamas. Le logo de l’OLP représente la géographie de l’actuel État d’Israël, couverte par deux fusils croisés, tandis que celui du Hamas, représente la Mosquée d’El Aqsa, auréolée de deux sabres : un beau mélange des deux versions de l’islam, radical avec les cimeterres  de l’expansion des premiers siècles, et « modéré » avec les fusils vendus par la Russie, et la Chine. On ne peut mieux établir le caractère substitutif de la « cause palestinienne », qui est le nouveau cri de ralliement des antisémites, pour toutes les raisons que j’ai dites. (…) Le narratif palestinien donne à reconnaître quelque chose qui ressemble à la passion du Christ. Les « Palestiniens » sont les nouveaux crucifiés… Leur propagande victimaire a su exploiter tous les ressorts de l’âme occidentale, et de la culpabilité européenne. Quoi de plus apaisant pour des nations qui ont été le théâtre de la Shoah de se convaincre, à l’unisson avec les faussaires du Hamas et les négationnistes de l’OLP que « les victimes d’hier, sont les bourreaux d’aujourd’hui », en faisant accroire qu’Israël a mis en œuvre « le génocide du Peuple palestinien » ? Le narratif palestinien reprend mot pour mot les éléments de langage de la mémoire juive : la clef de la maison que l’on a dû abandonner, le thème de l’exil et de la diaspora, celui de la spoliation, des massacres, de la résistance « héroïque » (des « combattants palestiniens »), analogue de celle du ghetto de Varsovie. (…) l’antisionisme a aussi su faire oublier qu’un million de Juifs ont été expulsés des pays arabes, entre 1948 et 1975, et qu’à ce jour il ne subsiste plus une seule communauté juive d’importance significative sous ces latitudes. (…) Quant aux comparaisons outrancières, elles sont des lieux communs bien connus de la presse de gauche et d’extrême gauche, depuis que l’AFP, s’est mise au service de la « cause palestinienne », et qu’elle diffuse journellement les contes et légendes de Palestine à l’intention de populations anesthésiées. On conçoit aisément la part de distorsion, de manipulation et de cynisme qui entre dans cette réécriture intégrale de l’histoire. (…)  pour la coalition islamo-gauchiste, la destruction de l’État-Nation, et le harcèlement d’Israël sont de bonnes et saintes causes. (…) [ aujourd’hui les propagateurs essentiels des idées anti-juives sont] tous ceux qui les diffusent, mais aussi tous ceux qui sont indifférents à leur diffusion et ne s’y opposent pas explicitement ni publiquement. (…) Cela me rappelle le mot du pasteur Niemöller : «  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate ; Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste ; Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  »  (…) En agissant comme elles le font, toutes ces personnalités [du néo-féminisme radical] ont la conviction de témoigner publiquement de leur engagement humaniste et universaliste. (…) elles ont intériorisé les équations efficaces dont je parlais tout à l’heure. Mais au fond de leur engagement, il se joue pour elles, un combat éthique de premier plan, très caractéristique de la post-modernité : c’est la lutte contre la civilisation patriarcale. Mieux, c’est la volonté d’en découdre avec le fantasme du patriarcat oppressif. De ce seul point de vue, le féminisme radical se déduit de l’antijudaïsme qui sous-tend l’antisionisme. Le signifiant Israël agrège toutes les figures de l’autorité : le père, le juge, le maître, le guerrier… Ce radicalisme est la marque de l’intolérance à ce que représente la figure archétype du juif. Il n’est donc pas étonnant que la convergence des luttes s’articulent également sur un substrat symbolique qu’il s’agit de contester à sa racine. (…) Il s’agit toujours de tuer le juif symbolique. C’est le principe même de la désymbolisation contemporaine, qui consiste à s’attaquer au cadre du moralisme judéo-chrétien présumé. (…) Le discours que tient J. Butler procède d’une posture typiquement juive, caractéristique de l’Amérique du Nord. N. Chomsky l’a précédée, au nom de la critique de l’impérialisme. Le propre de ces « intellectuels juifs » est précisément de ne plus se rallier au judaïsme au sens historique et culturel de ce terme. (…) Il s’agit d’intellectuels d’origine juive, entièrement déjudaisés. Ils ont été littéralement aspirés par la logique centrifuge du narratif victimaire, distinctif du palestinisme. Ils sont également très représentatifs, à ce titre, des effets clivants de la judéophobie : la culpabilisation des Juifs par la propagande palestinienne, a poussé nombre de bons esprits à se désolidariser du peuple juif et du destin national du peuple juif, en préférant un choix individualiste, plus fortement valorisé dans le contexte d’une culture académique-universaliste. Autrement dit, c’est un ethos. À cet égard, ils sont des incarnations de l’universalisme abstrait, sans se rendre compte qu’en tant qu’idéologie dominante de l’impérium Nord-américain, cette posture est un ethnocentrisme qui s’ignore. Il en résulte que toute identité singulière collective, devient la cible de leur péjoration. Dans la droite ligne de leur choix philosophique, ils naturalisent leur choix existentiel, qui est celui  d’une assimilation provocatrice qui les exonère de toute compromission avec l’Israël historique qu’ils appellent à discriminer. De manière tendancielle, ce sont des figures héroïques de l’identification à l’agresseur, de solides cautions de l’antisionisme, puisque si ce sont des Juifs qui le diffusent, alors c’est que ce doit être « vrai ». Cette façon de donner le change les installe comme des porte-parole de la justice, alors qu’ils pêchent contre l’esprit. Mais ces choix les protègent de l’hostilité d’ennemis inconciliables, puisqu’ils les devancent et les justifient. (…)  La plupart des adversaires doctrinaux d’Israël s’entêtent à critiquer son « particularisme », son « exclusivisme », etc. Notez-bien que cette objection est en phase avec une caractéristique originaire de la judéophobie historique, puisque l’Église, aussi bien que l’Islam visent justement le « séparatisme » juif, son entêtement à refuser de se fondre dans la majorité, en reconnaissant la vérité théologique des deux autres monothéismes. Cette même disposition a conditionné la conception de l’universalisme des sociétés sécularisées. (…) Les présupposés théologiques de la philosophie de l’histoire, ont fait apparaître que la modernité est en effet une sécularisation de la théologie de l’histoire : c’est le principe même de la généralisation d’un modèle de société qui se comprend lui-même comme impliquant l’uniformisation idéologique des membres qui la constituent, même lorsque ces sociétés se fondent sur la séparation des pouvoirs, et que de ce fait elle garantissent les libertés individuelles (de conscience, de religion, notamment). Il est également remarquable, que la plupart des penseurs postmodernistes ont appuyé leur critique socio-politique de la mondialisation capitaliste sur un retour à l’universalisme paulinien, dont l’allergie au « particularisme » juif est emblématique. D’autant qu’il s’agit d’un particularisme coupable (historiquement lié au rejet de la messianité de Jésus). Le thème théologique de la perfidie des Juifs – c’est-à-dire de leur « infidélité »- est constitutif de cette conception. Or, sans la moindre exception, les principaux théoriciens du postmodernisme professent une position antisioniste, en reconduisant à l’encontre d’Israël, l’objection de particularisme, et pour ce faire, ils articulent leur conception sur une référence explicite à l’universalisme de St Paul ! Le tournant altermondialiste des penseurs post-modernes Toni Negri, Alain Badiou, Giorgio Agamben, Slavoj Zižek, signe l’appartenance de leur vues à cette double dépendance matricielle : la promotion de ce que j’appelle « l’universalisme abstrait » coïncidant avec la dénonciation du « particularisme juif », qui s’exprime sous le rapport du « sionisme », notamment chez les trois premiers. Une fois de plus, sous la plume de ces auteurs, Israël s’est rendu coupable de déroger à cette conception d’un universalisme allergique à la différence, d’un universalisme assimilateur. Mais à notre époque, la critique du « particularisme sioniste » étaye une accusation sous-jacente : ce particularisme serait « raciste », et l’État d’Israël formerait une « ethno-démocratie ». Ces thèmes sont des invariants du postmodernisme politique : cette conception de l’universalisme sous-tend la péjoration de l’identité juive, depuis la plus haute antiquité. Le particularisme est toujours l’expression d’une dérogation, l’indice constant du refus d’adhérer à l’ordre de la majorité. Comme tel, il est ressenti comme un pôle d’adversité. Il y a là quelque chose d’un résidu de la mentalité primitive qui consiste à poser a priori que l’autre – du fait de sa différence- représente un danger, qu’il est aussi un ennemi. Le même ethos caractérise le grand nombre d’intellectuels juifs qui se sont éloignés de la culture juive, et qui au nom du post-sionisme font chorus avec leurs homologues non-juifs. Ils ne sont plus ni juifs, ni sionistes – ils dénoncent l’un et l’autre au nom de « l’universalisme », ce sont des « alter-juifs ». (…) En regard de cet activisme qui n’a de juif que le nom, depuis la plus haute antiquité, la tradition hébraïque a affirmé une conception fort différente de l’universalisme. La tradition biblique développe une vision originale qui tranche avec les mythologies des autres civilisations : la diversité humaine procède d’une même souche appelée à se différencier en peuples distincts, chacun ayant une vocation spécifique. Le thème hébraïque du particularisme est toujours l’indice d’un trait positif, puisque la différence est constitutive de l’identité humaine. (…) Dans cette perspective, l’universalisme hébraïque, qui continue d’informer à la fois le Judaïsme, la pensée et l’histoire du peuple juif est un universalisme différentialiste. Ce n’est ni le signe d’un exclusivisme, ni le signe d’une hostilité, mais au contraire la marque distinctive d’une distinction culturelle. La Bible hébraïque est de ce point de vue un modèle de tolérance et de respect des différences personnelles et collectives. Dans le narratif biblique, celui de la Torah (du Premier Testament), il n’existe qu’un peuple indigne, c’est Amalek. Amalek dont toute la spécificité est de haïr Israël et de rechercher sa destruction. Il n’a pas d’autre raison d’être. C’est littéralement un non-peuple, qui se nourrit d’une fausse identité, laquelle n’est que négative et négativité. L’antisionisme mime à s’y méprendre la dialectique du positionnement archétype d’Amalek : il ne dit pas ce qu’il est, il dit seulement qu’Israël ne doit pas être, il projette sur Israël sa propre négativité. Par ailleurs, l’ignorance de la conception hébraïque et juive de la forme différentialiste de l’universalisme ne saurait excuser cette charge permanente contre le sionisme, elle est aussi l’indice de ce que le concept de tolérance, si cher aux « universalistes éclairés » n’est qu’un slogan creux quand il s’agit des Juifs, et d’Israël. (…) Cette incompréhension fondamentale trouve sa principale origine dans ce que j’appelle la conception exogène de l’identité juive, qui est la conception commune, selon laquelle le judaïsme est une religion. J’oppose à cette conception ce que je nomme la conception endogène du fait juif, et qui désigne la manière dont les Juifs qui connaissent leur histoire se conçoivent eux-mêmes, et comprennent leur identité historique. Pour ces derniers – et j’y inclus les Juifs israéliens- ce qu’il est convenu de désigner du terme de « religion » n’est que l’un des paramètres de l’identité juive. C’est sous le coup de la polémique théologique – chrétienne et musulmane – contre le judaïsme, que la civilisation juive, dans une situation prolongée d’exil – c’est-à-dire de perte de souveraineté et de déterritorialisation- s’est trouvée réduite à sa dimension spirituelle et cultuelle. (…) Il s’agit d’une véritable assignation aux catégories théologiques dominantes, en sorte que pour assurer sa pérennité, le peuple juif a en effet tendanciellement intériorisé cette identification. (…) À partir du moment où s’affirme un sentiment national juif – à travers le sionisme, dès la fin du 19è siècle, un certain nombre de questions se posent, qui témoignent de la perturbation que fait naître cet éveil : comment une collectivité « religieuse » peut-elle prétendre à se constituer en État, et de surcroît en État-nation moderne ? L’idée d’un « État juif » n’est-elle pas une contradiction dans les termes ? L’existence d’un tel État n’est-il pas l’indice d’une affirmation théocratique ? Le sionisme est-il autre chose qu’un colonialisme ? Ces questions, qui expriment toutes le point de vue exogène, ignorent de fait la continuité effective du sentiment national juif, inhérent au messianisme juif. Tout l’enseignement du judaïsme repose sur la perspective du retour des enfants d’Israël sur la terre d’Israël, dont le centre se trouve à Sion/Jérusalem. Il faut tout ignorer de l’histoire juive, mais aussi de l’histoire universelle qui a imposé ses rythmes au peuple juif, pour tenir ces questions pour des questions pertinentes. Ce point de cécité est une caractéristique majeure d’une mentalité qui a été façonnée par une écriture de l’histoire universelle qui est celle des vainqueurs. C’est en effet le point de vue de l’empire Romain qui depuis deux millénaires commande aux catégories de l’analyse historique. À commencer par le nom de « Palestine », dont nous savons qu’il a été donné par l’empereur Hadrien en 135 de l’ère commune à la terre d’Israël, pour effacer le nom de la Judée. L’Europe chrétienne a hérité de cette vision, et à sa suite l’historiographie scientifique « laïque ». Cela est passé dans le catéchisme de l’Église de Rome, mais pas seulement, où l’on peut lire que « Jésus est né en Palestine », cela a été naturalisé par les chroniqueurs, les cartographes, les diplomates, les juristes, les biblistes (à commencer par la plupart des spécialistes de « l’Ancien Testament » (sic)), les analystes politiques, et bien entendu les journalistes, etc. (…) Qui sait en ce début du XXIème siècle que les premiers sionistes possédaient un passeport estampillé « Palestine », et qu’ils étaient avant la création de l’État d’Israël ceux auxquels s’appliquaient de manière exclusive, la désignation de « Palestiniens » ? Le sionisme dérange aussi parce qu’il fait voler en éclat les catégories théologico-politiques sur lesquelles se sont édifiées aussi bien le christianisme que l’islam, ainsi que la modernité séculière : le sionisme accomplit l’espérance du Retour à Sion, et de ce fait il met en échec le christianisme – et dans une moindre mesure l’islam-  dont toute la théologie politique s’est édifiée sur l’hypothèse de la disparition des Juifs de la scène de l’histoire. Le sionisme dérange d’autant plus dans un monde sécularisé, puisque dans le contexte de son émergence endogène, il déroge aux conditions de formation des États nations. L’idée d’un Israël national tranche avec l’idée d’un Israël entendu comme catégorie liturgique, « peuple du Livre », ou « peuple témoin », etc. Israël peuple historique de nouveau territorialisé et souverain, cela connote l’archaïsme et suscite une haine archaïque. (…) L’émergence, puis le développement du sionisme, et enfin sa concrétisation dans une réalisation nationale, cela s’apparente à un immense retour du refoulé. C’est l’histoire d’un spectre revenu à la vie, et cela est des plus dérangeants. L’ordre symbolique occidental mais aussi oriental procédait de ce refoulement. Rien n’y a fait, le peuple juif a survécu, non seulement il a survécu, mais de surcroît il a regagné son indépendance. Comment ne pas entrer en guerre contre cette présence que l’on croyait réduite, et sur laquelle nombre d’identité se sont construites ? (…) Le philosophe Eliezer Berkovits a écrit que la survie inexplicable d’Israël a inspiré les théories du complot, et notamment les deux versions les plus délétères : au Moyen Age, l’Église expliquait la persistance du Judaïsme par l’hypothèse théologique que ce dernier était une incarnation du Diable, avec l’essor de la modernité, c’est le mythe des Protocoles des Sages de Sion, qui s’est efforcé d’ « expliquer » par l’existence d’une « conspiration juive », les grandes mutations de l’histoire récente (la Révolution française, la Révolution bolchévique, la première et la seconde guerre mondiales, etc.) Si après tout ce qu’ils ont subi, les Juifs n’ont pas disparu, c’est qu’ils détiennent des pouvoirs occultes, qu’ils sont protégés par une puissance surnaturelle. L’antisionisme, comme les autres formes de la judéophobie, s’alimente à une haine métaphysique. Seule une haine métaphysique a pu inspirer le projet satanique de la Solution finale, et seule une haine métaphysique peut encore et toujours inspirer – après la Shoah- la reviviscence de l’antisémitisme. Cette dimension de l’antisionisme doit être soulignée, elle éclaire ce qu’il y a d’irrationnel et d’irrédentiste dans l’antisémitisme.  (…) L’agression du Hamas, et la réplique entièrement justifiée d’Israël s’inscrivent dans la droite ligne du refus palestinien de l’existence de l’État juif. Contrairement aux antisémites « classiques », habitués à bafouer les Juifs sans qu’ils aient les moyens de se défendre, les nouveaux antisémites que sont les « antisionistes » connaissent le prix de leur propre violence. Quant à ce qui s’est produit à l’intérieur même d’Israël, dans ce que la presse appelle les « villes mixtes », les violences entre Arabes et Juifs sont de précieux indicateurs de la persistance du refus de la souveraineté juive parmi les citoyens israéliens arabes. (…) À mon sens, après la fin de ces violences, il conviendra de mener une réflexion politique très sérieuse, et de tirer les leçons de la situation. Outre qu’elle est résolument révélatrice de l’attitude d’une partie de la population arabe à l’égard de l’État d’Israël, elle est aussi révélatrice de l’échec d’une classe politique qui s’est détournée depuis quelques années des principes du sionisme : un certain irénisme, un certain angélisme avait convaincu les gouvernements successifs – aussi bien de gauche, que de droite- de faire évoluer le pays vers une modèle européen. Les intellectuels post-sionistes ont leur part de responsabilité – la responsabilité des intellectuels est toujours significative, même si elle est discrète. Nous savons que les partisans du post-sionisme sont favorables à un État d’Israël déjudaïsé, un État d’Israël qui renoncerait à son caractère juif. L’expérience historique nous a enseigné à ne pas sous-estimer la virulence du refus palestinien ; et la naïveté de la classe politique et des intellectuels des post-sionistes a été de s’imaginer que leur option favoriserait l’émergence d’une harmonie définitive entre citoyens israéliens d’origine juive et d’origine arabe. Voilà des années que nous entendons parler de la nécessité de transformer Israël en « état de tous ses citoyens », encore l’un de ces mantras à l’efficience hypnotique. Comme si ce n’était pas déjà le cas depuis 1948. Seulement, dans la bouche de ceux qui utilisent cette formule, elle signifie de faire évoluer l’État d’Israël vers la forme d’un État binational, qui serait appelé de surcroît à coexister avec un État palestinien, qui lui, bien entendu, serait judenrein (vide de Juifs).  (…) Or, contrairement à ce que l’opinion majoritaire s’imagine – encore une fois sous les effets de discours du post-sionisme (Sand en est une bonne illustration)-, c’est le fait que l’État d’Israël soit déjà l’État de «tous ses citoyens » qui a permis à ceux qui n’en veulent pas de le faire savoir violemment, à l’occasion de l’agression du Hamas, en mai 2021. Il faudra en tirer les conséquences : condamner les émeutiers – y compris juifs- à de lourdes peines, et rappeler les citoyens arabes récalcitrants à la nature du contrat social du sionisme démocratique : « Vivez en paix et dans la pleine égalité de droits avec vos concitoyens juifs, ou bien quittez le pays, choisissez entre les trois entités nationales palestiniennes qui existent déjà : la Jordanie, depuis 1922, la Bande de Gaza, depuis le coup d’État du Hamas, en 2007, ou la Cisjordanie de l’Autorité palestinienne, consacrée par les Accords d’Oslo, depuis 1993, parce qu’ici vous êtes dans un État à caractère juif. »  Le vote de la « Loi Israël, État nation du peuple juif », adoptée par la Knesset le 19 Juillet 2018 va justement dans ce sens. Elle consiste à rappeler trois principes fondamentaux, et de ce point de vue, elle ne fait que réitérer les grandes thèmes de la Déclaration d’indépendance de 1948, proclamée par David Ben Gourion : (1) Israël est la patrie historique du peuple juif, dans laquelle l’État d’Israël a été établi ;(2) L’État d’Israël est le foyer national du peuple juif dans lequel il satisfait son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination ; (3) Le droit à exercer l’auto-détermination nationale dans l’État d’Israël est propre au peuple juif. D’aucuns – laminés par l’état d’esprit de l’antisionisme- pourraient m’objecter que c’est là un discours « raciste », et bien entendu « fasciste », mais je leur rappellerai une simple prémisse : l’État d’Israël a été fondé par le mouvement sioniste pour garantir la souveraineté et la sécurité du peuple juif, sur un territoire où jamais aucun état palestinien n’a existé, et l’État d’Israël a offert la citoyenneté, avec parité de droits, à tous ses citoyens, depuis sa création. Nous savons, par ailleurs, que pour rien au monde, la majorité des citoyens israéliens arabes ne voudraient vivre sous domination palestinienne. Il est donc aberrant de construire toute une rhétorique, fondée sur la criminalisation de l’État juif, au prétexte qu’il procède du sionisme, puisqu’ainsi conçu il est en effet le fruit du sionisme, et qu’il a été conçu pour les Juifs, avec l’assentiment de la majorité des Nations Unies, par voie de droit. La guerre a été la conséquence du refus arabe, et depuis 1948, la conséquence du refus persistant des « Palestiniens », qui se sont fait une spécialité de violer le droit international. Mais si l’on considère que le caractère juif de l’État d’Israël constitue une discrimination des non-Juifs, c’est que l’on n’a pas l’intelligence élémentaire d’en comprendre la raison d’être. L’originalité et la grandeur de l’État d’Israël réside en effet dans ceci : tout en étant l’État édifié pour garantir la souveraineté et la sécurité du peuple juif, ses lois fondamentales garantissent les droits individuels de tous ses citoyens, sans exception d’origine, de religion, de conviction, etc. C’est un État démocratique : la licence de la violence palestinienne aussi bien que la prospérité du discours post-sioniste en sont deux preuves éloquentes. Les troubles à l’ordre public sont les indices du refus de la loi d’Israël dans l’État d’Israël. Ce n’est pas tolérable. (…) Je crois pour ma part que la meilleure façon de combattre la judéophobie, quelle qu’elle soit, repose sur différentes formes d’enseignement et de processus éducatifs. Il faut commencer par l’enseignement de textes, ceux de la Bible hébraïque, qui ont enseigné au monde le principe de l’unité du genre humain, mais aussi l’égale dignité des êtres humains, et surtout l’idéal universaliste bien compris. L’ironie de l’histoire, c’est que les grands principes de la fonction critique qui sont forgés par l’hébraïsme sont instrumentalisés contre le peuple qui les porte ! (…) La République est un cadre vide si aucune transmission ne garantit la défense et l’inculcation philosophique, culturelle, et citoyenne de ses raisons d’être. Georges-Elia Sarfati
Ce que l’Allemagne nazie avait testé en Espagne en 1936, l’Iran vient de le tester à Gaza : expérimenter ses armes, mettre au point ses méthodes et sa tactique de guerre, autant qu’évaluer la riposte de son ennemi. Le grand allié du Hamas fonctionne à l’identique. L’Allemagne nazie avait aussi pris la mesure de la mollesse des démocraties à se mobiliser en faveur de la République espagnole. Malgré le décalage historique, malgré, les différences politiques, il reste une constante : les régimes totalitaires connaissent les couardises des démocraties, leur lenteur à comprendre l’enjeu pour elles-mêmes. Au conseil de sécurité de l’ONU, qualifier les termes du conflit, nommer l’agresseur a été impossible. À l’Assemblée nationale, le Premier ministre Jean Castex a prioritairement exprimé son souci pour les malheurs de Gaza. Des salves de roquettes tirées indistinctement sur Israël, il ne fit pas mention. Ici s’arrête la comparaison. À la différence de la République espagnole, Israël a non seulement su contenir son agresseur, il a aussi réussi à l’affaiblir durablement sans pour autant le détruire. Rien n’est donc réglé. Un autre ennemi bien plus redoutable fourbit ses armes qu’il espère définitives. La pluie de roquettes tirées indistinctement sur tout le territoire israélien témoignait d’un projet guerrier exterminateur : sans la protection du dôme de fer, il y aurait eu des milliers de victimes civiles en Israël. Ces attaques indistinctes du Hamas révèlent un modèle stratégique dont on peut tirer la leçon : l’Iran n’hésitera pas à utiliser l’arme nucléaire contre Israël, dès qu’il en aura la capacité. Le djihad nucléaire sera l’étape suivante de l’affrontement. Cette perspective ne procède en rien d’un souci quelconque pour la Palestine. Le sort du peuple palestinien est le dernier souci du pouvoir iranien et de ses créatures Hamas, Hezbollah et autre djihad islamique. Cette rente idéologique n’est que l’alibi de son projet. La vision apocalyptique iranienne obéit à un projet messianique que les ayatollahs au pouvoir n’ont jamais dissimulé : détruire cette enclave juive incrustée au cœur d’un espace tout entier supposé appartenir à la sphère de l’islam. Toutes les démocraties le savent, tous les dirigeants du monde occidental connaissent les données de l’enjeu. Ce qui vient de se dérouler à Gaza sert de test pour elles autant que pour le mentor du Hamas. Sont-elles prêtes à reconnaître que l’idéologie du Hamas est le variant islamisé d’un projet qui a sa source dans un nazisme oriental ? Sont-elles prêtes à l’affronter ? Ou bien estiment-elles au contraire que l’on peut négocier avec cette puissance et sacrifier Israël pour une paix illusoire ? En 1938, à Munich, la France et l’Angleterre estimèrent que sacrifier les Sudètes à l’Allemagne nazie allait sauver la paix. On connaît la suite et le mot de Churchill sur Daladier et Chamberlain : « Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre, ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre ». Les négociations de Vienne sur le nucléaire iranien seront-elles de la même veine ? Ce conflit en annonce un autre qui ne saurait tarder entre Israël et un Iran nucléaire dont la Palestine est l’alibi. (…) Tandis qu’Israël protège sa population des roquettes du Hamas, à la fois par les abris et son système de défense anti-missiles, le Hamas se protège des frappes israéliennes en s’abritant derrière sa population civile pour tirer ses roquettes. Grace à un réseau de souterrains bétonné, le Hamas a enterré ses structures militaires au cœur des villes, au milieu des immeubles civils. Les millions de dollars de l’aide internationale récoltés depuis 2014 ont été utilisés pour bâtir ce « métro » abritant ses armes. (…) Au-delà de sa seule dimension locale, proche-orientale, la récurrence de cette affaire nous concerne, en Europe, en France particulièrement, parce que son écho déchaîne d’autres passions enfouies, nées d’un passé pas si lointain. Le poids de la Shoah d’une part, des culpabilités et d’autre part le poids des relations entre l’Occident et le monde arabo-musulman, entre la France et ses anciennes colonies surdéterminent le regard porté sur le conflit. C’est dans la trace de Vichy, de ses effets mémoriels, autant que dans le reflet de la guerre d’Algérie, de ce qu’elle implique des deux côtés de la Méditerranée, des affects nés de cette mémoire, de ses souffrances, qu’il faut fouiller pour se prémunir, ici, des guerres civiles à venir. Ce Proche-Orient par procuration nous oblige ici même. C’est peut-être en France, à Sarcelles, à Trappes, à Bondy, que pourraient s’imaginer d’autres constructions intellectuelles indispensables pour sortir de ces schizophrénies identitaires qui annoncent le pire. Pour le moment, nous en sommes très loin : ce sont des manifestations de fureur haineuse qui ont déferlé dans les rues de Londres, Montréal, New York, Paris. Cette ivresse répétée apparaît davantage relever d’une pathologie collective inscrite au cœur de l’imaginaire arabo-musulman. Ce ressentiment, cette frustration, vise aussi la France quand la pensée dite décoloniale perpétue ici une guerre d’Algérie jamais finie. Pourtant d’autres voix existent dans le monde arabo-musulman. En Algérie, le Hirak exprime un refus de cette fatalité. Ces voix sont minoritaires, mais elles osent dirent la vérité. Kamel Daoud, Riad Sattouf, Boualem Sansal osent briser cette pensée magique qui dit que son malheur vient d’Israël et des Juifs. « Israël est l’aphrodisiaque le plus puissant pour les arabes », aimait rappeler judicieusement Hassan II, l’ancien roi du Maroc. Ce pré-pensé idéologique qui enferme le monde arabe dans la régression, la gauche l’a entretenu, en Occident, en France, en particulier. Cette gauche porte une lourde responsabilité dans l’entretien de ce récit, car c’est encore et toujours à travers la grille de lecture de la guerre d’Algérie que s’interprète le conflit israélo-arabe. Dans une surenchère aveugle, la gauche de la gauche fait sienne la rhétorique indigéniste et décoloniale. Jacques Julliard a parfaitement résumé les choses : « Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche ». Bien pire, la nazification d’Israël permet simultanément de délégitimer le droit d’Israël à être : en renversant les termes de l’histoire, en identifiant les Palestiniens comme les nouveaux Juifs et Israël comme le nouveau nazi, le gauchisme retrouve en Palestine une cause exemplaire. Ces banderoles affichant un signe = entre la svastika et l’étoile de David, resteront pour la gauche de la gauche, comme une obscénité symbolique majeure. Jacques Tarnero
Israël emprisonne des enfants – Mohammed Kleib 14 ans, condamné à 15 ans de prison pour jets de pierres présumés. En prison depuis 8 ans. Affiche parisienne (Résistance Palestine, mai 2021)
Mon passe-temps, c’est de jeter des pierres: dans une culture du conflit en Cisjordanie, les garçons se défendent comme ils peuvent. Titre du New York Times (2013)
It was Muhammad’s fourth arrest in three years for throwing stones at Israeli soldiers and settlers. His five brothers — three older and two younger — have all faced similar charges. Last year, three Abu Hashem boys, and their father, were in prison at the same time. “Children have hobbies, and my hobby is throwing stones,” Muhammad explained weeks before his most recent arrest. “A day with a confrontation is better than a free day.” (…) Youths hurling stones has long been the indelible icon — some call it a caricature — of Palestinian pushback against Israel: a recent United Nations report said 7,000 minors, some as young as 9, had been detained between 2002 and 2012. Here in Beit Ommar, a village of 17,000 between Bethlehem and Hebron that is surrounded by Jewish settlements, rock throwing is a rite of passage and an honored act of defiance. The futility of stones bouncing off armored vehicles matters little: confrontation is what counts. (…) Beit Ommar, a farm town with roots in the Roman era, is a hot spot because of its perch off Road 60, the main thoroughfare from Jerusalem south to the settlements of Gush Etzion, which the Palestinians say have taken up to one-third of the village’s original 13 square miles. The military, which since May has been joined by a company of border police to crack down, focuses on 11 prime stone-throwing points along the village’s mile-long stretch of the road. There are “the duo,” two houses teenagers hide between; “the stage,” a raised area; “the triangle,” an open field; and “the Molotov bend.” And then there is the 200-year-old cemetery that slopes up from the road just north of the village entrance. On Thursday, after the burial of a 63-year-old retired teacher, a teenager hurled a rock at a passing car with yellow Israeli plates: whack. Another teenager, two more stones: another direct hit. The settlers stopped their car, got out, and began shouting at the small crowd. Soon, there were soldiers, rifles raised and tear gas at the ready, who eventually hauled a Palestinian taxi driver into a waiting army jeep. Menuha Shvat, who has lived in a settlement near here since 1984, long ago lost count of the stones that have hit her car’s reinforced windows. “It’s crazy: I’m going to get pizza, and I’m driving through a war zone,” said Ms. Shvat, who knew a man and his 1-year-old son who died when their car flipped in 2011 after being pelted with stones on Road 60. “It’s a game that can kill.” For as long as anyone here can remember, the cemetery has been a field for that game. Residents said it was often surrounded by soldiers and filled with tear gas, though the military commander said he stations his troops across the road and instructs them to unleash riot-control measures only if violence erupts. (…) The youths, and their parents, say they are provoked by the situation: soldiers stationed at the village entrance, settlers tending trees beyond. They throw because there is little else to do in Beit Ommar — no pool or cinema, no music lessons after school, no part-time jobs other than peddling produce along the road. The New York Times
Stones kill, maim, wound and change people’s lives forever. Israeli infants have been slain, toddlers critically wounded and adults too have been killed, sustained severe head injuries or were hospitalized with lighter injuries, all due to Palestinian stone throwers. But the story of Israeli victims is not the one the New York Times prefers to tell and is certainly not the one Middle East correspondent Jodi Rudoren chose to recount in her latest front page, above-fold article about Palestinian stone throwers, entitled “‘My Hobby Is Throwing Stones’: In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand.” Quite the contrary, this was a story that romanticized and heroized the Palestinian perpetrators. It is they – not the Israeli dead and injured – who are presented as the victims, “provoked by the situation,” forced into this type of “futile” hobby, only to be arrested and incarcerated by fierce, powerful Israeli soldiers. According to Rudoren, Palestinian youths “throw [stones] because there is little else to do in [their village] – no pool or cinema, no music lessons after school, no part-time jobs other than peddling produce along the road.” Her article focuses on the perpetrators’ excuses, justifications for and pride in their actions, as well as the hardships they endure when arrested for their activities. (…) Here, stone throwing is glorified as “pushback against Israel,”  a “rite of passage,” and an  “honored act of defiance.” Its violent results are played down, whitewashed. According to Rudoren, “The futility of stones bouncing off armored vehicles matters little [to the stone throwers]: confrontation is what counts.” But stones do not merely “bounce off armored vehicles” futilely. What about 5-month old Yehuda Shoham whose skull was crushed by stones hurled at his car and who died after a six day struggle for life in 2001? What about 3-year-old Adele Biton who spent four months in the intensive care unit of a hospital fighting for her life and is now confined at a rehabilitation hospital, relearning how to eat, talk and walk after Palestinian rocks struck her mother’s car this past March? What about 1-year-old Yonatan Palmer and his 25-year old father who were killed in September 2011 when their car was struck in a Palestinian stone attack? Although Palestinians are almost never convicted of murder for hurling stones at Israeli vehicles, Palestinian security officer Walal al Araja, confessed to and was convicted of the Palmer murders, as well as a series of similar attempted murders involving stone throwing. In Rudoren’s telling, however, there is no place for the stories of the unfortunate infants and toddlers who are targets of the Palestinians’ “rite of passage” or “hobby,” as the perpetrators view their stone throwing. The article mentions the murder of the Palmers only in passing, without names, relaying it as hearsay about anonymous victims (…) Indeed, this brief comment is the only mention of Israeli children who have fallen victim to Palestinian stone-throwers. In a nearly 2000-word article, The New York Times can find no room to even mention Yehuda Shoham or Adele Biton, let alone tell their stories. (…) The photos and captions that accompany the article, too, hide the violence and danger of the Palestinian “hobby” and focus instead on youthful sport on the part of Palestinians and harsh punitive measures on the part of Israeli soldiers. Not everyone takes such a benign view of rock throwing teenagers and not everywhere is the harsh treatment of the perpetrators of such attacks criticized. In 1986, a U.S. teenager was sentenced to life in prison for throwing a stone from an overpass that killed a toddler in a car below.  In 2010, two South Carolina teenagers were indicted on first degree murder charges after killing a woman sitting in the front seat of a car with a stone hurled from an overpass.  And, in 2002, even when stone throwing resulted in no injuries, the teenaged perpetrators were charged with assault and battery with intent to kill and malicious injury to personal property.  (…) Yisrael Medad, on his blog, “My Right Word,”  provides a summary documenting the number of Palestinian stone throwing attacks from January-June of this year. In addition to 5,144 stonings, there were 611 molotov cocktail attacks, 8 shootings and 3 stabbings.  But the only statistics provided by Rudoren pertain to the number of Palestinian children (stone throwers) incarcerated by Israel. That  is the only part of the story The New York Times wants to tell. Camera

Condamné à 15 ans de prison pour jets de pierres présumés …

En ces temps de désinformation généralisée …

Où après l’assassinat politique du président Trump

Nos médias en sont à réécrire leurs articles passés

Et au lendemain d’une énième agression du Hamas contre les civils israéliens …

Qui profitant de la complaisance de la nouvelle administration américaine

Obsédée par sa nouvelle religion de  l’antiracisme anti-blanc et anti-occidental

Rien de  moins en fait qu’une véritable « blacklivesmatterisation » de ce conflit comme de tous les autres …

Avec la reprise, pour détricoter, en une sorte de troisième mandat Obama, l’avancée historique des Accords d’Abraham du Président Trump, du calamiteux accord nucléaire avec les génocidaires de Téhéran …

A vu comme d’habitude tant nos médias que nos responsables politiques

Dans des états par ailleurs incapables de protéger leur propre population ou même leurs forces de sécurité

Rivaliser, remettant une nouvelle pièce dans le jukebox antisémite, de désinformation et de remontrances aux autorités israéliennes pour réponse prétendument « disproportionnée » …

Fausses cartes, en une du New York Times, de la « Palestine » comprises…

Comme si une pluie de plus de 4 000 roquettes en 11 jours sur Paris ou New York …

Qui aurait fait 12 morts du côté parisien ou newyorkais …

Et peut-être de l’autre côté, une trentaine directement pour celles qui retombaient sur place …

Aurait pu se terminer autrement …

Sans compter les quelques 200 terroristes éliminés …

Que par la mort, certes regrettable et malheureuse, d’une dizaine de non-combattants utilisés par lesdits terroristes comme boucliers humains …

Retour sur une affiche placardée dans les rues de Paris et probablement de toute l’Ile de France et du reste du pays …

Où Israël n’est plus cette fois représenté comme un Etat tueur d’enfants …

Mais, pour de simples jets de pierres présumés, comme un Etat qui emprisonne les enfants …

Oubliant commodément au passage de préciser non seulement la taille desdites pierres …

Mais la réalité de leur lancement …

Quand on sait les dommages que celles-ci peuvent occasionner …

Lancées, en Israël comme aux Etats-unis ou en France, sur les pare-brises des véhicules passant sous un pont autoroutier …

Et surtout, dans le cas précis, la mort, deux ans plus tard, d’une petite fille alors âgée de 2 ans

Etrangement oubliée d’ailleurs, comme le rappelait alors le site de ré-information Camera

Par un article en une du New York Times de l’époque …

Chantant tranquillement les louanges de ladite pratique …

Sous le titre original quelque peu cavalier de « Mon passe-temps, c’est de jeter des pierres » …

Comme… « rite de passage » et « vénérable acte de défiance » !

The New York Times Romanticizes Palestinian Stone Throwers and Ignores Their Victims
Ricki Hollander
Camera
August 5, 2013

Stones kill, maim, wound and change people’s lives forever. Israeli infants have been slain, toddlers critically wounded and adults too have been killed, sustained severe head injuries or were hospitalized with lighter injuries, all due to Palestinian stone throwers.

But the story of Israeli victims is not the one the New York Times prefers to tell and is certainly not the one Middle East correspondent Jodi Rudoren chose to recount in her latest front page, above-fold article about Palestinian stone throwers, entitled “‘My Hobby Is Throwing Stones’: In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand.”

Quite the contrary, this was a story that romanticized and heroized the Palestinian perpetrators. It is they – not the Israeli dead and injured – who are presented as the victims, “provoked by the situation,” forced into this type of “futile” hobby, only to be arrested and incarcerated by fierce, powerful Israeli soldiers.

According to Rudoren, Palestinian youths “throw [stones] because there is little else to do in [their village] – no pool or cinema, no music lessons after school, no part-time jobs other than peddling produce along the road.”

Her article focuses on the perpetrators’ excuses, justifications for and pride in their actions, as well as the hardships they endure when arrested for their activities. For example:

Youths hurling stones has long been the indelible icon – some call it a caricature – of Palestinian pushback against Israel: a recent United Nations report said 7,000 minors, some as young as 9, had been detained between 2002 and 2012.

Here, stone throwing is glorified as “pushback against Israel,”  a “rite of passage,” and an  “honored act of defiance.” Its violent results are played down, whitewashed. According to Rudoren, “The futility of stones bouncing off armored vehicles matters little [to the stone throwers]: confrontation is what counts.”

But stones do not merely “bounce off armored vehicles” futilely. What about 5-month old Yehuda Shoham whose skull was crushed by stones hurled at his car and who died after a six day struggle for life in 2001?

What about 3-year-old Adele Biton who spent four months in the intensive care unit of a hospital fighting for her life and is now confined at a rehabilitation hospital, relearning how to eat, talk and walk after Palestinian rocks struck her mother’s car this past March?

What about 1-year-old Yonatan Palmer and his 25-year old father who were killed in September 2011 when their car was struck in a Palestinian stone attack? Although Palestinians are almost never convicted of murder for hurling stones at Israeli vehicles, Palestinian security officer Walal al Araja, confessed to and was convicted of the Palmer murders, as well as a series of similar attempted murders involving stone throwing.

In Rudoren’s telling, however, there is no place for the stories of the unfortunate infants and toddlers who are targets of the Palestinians’ “rite of passage” or “hobby,” as the perpetrators view their stone throwing. The article mentions the murder of the Palmers only in passing, without names, relaying it as hearsay about anonymous victims:

“…I’m driving through a war zone,” said Ms. Shvat, who knew a man and his 1-year-old son who died when their car flipped in 2011 after being pelted with stones on Road 60.

Indeed, this brief comment is the only mention of Israeli children who have fallen victim to Palestinian stone-throwers. In a nearly 2000-word article, The New York Times can find no room to even mention Yehuda Shoham or Adele Biton, let alone tell their stories.

And while Israeli children’s funerals and hardship find no place in Rudoren’s article, the funeral of a Palestinian 2-year-old is presented as the event “that led to [Muhammed Abu Hashem’s] most recent arrest,” Abu Hashem being a 17-year-old Palestinian who is the main protagonist of the article, with some 20 paragraphs devoted to his story of self-justification and arrest.

Other elements of the picture are similarly missing. For example, Rudoren describes “Beit Ommar,” the town from which Abu Hashem and other Palestinian stone throwers she interviews are from as “a farm town with roots in the Roman era” that has become

a hot spot because of its perch off Road 60, the main thoroughfare from Jerusalem south to the settlements of Gush Etzion which the Palestinians say have taken up to one-third of the village’s original 13 square miles.

Beit Ummar is actually believed to be the site of the biblical town of Maarath, in the country of Judah, between Gedor and Beth-anoth (Joshua, 15:59).  Of course, the mention of biblical roots may suggest a Jewish history in a place where Rudoren is trying to convey a sense of encroachment by settlements. Accordingly, those “roots” are ignored as she fast-forwards to the village’s supposed roots “in the Roman era.”

Likewise, Rudoren conceals the fact that a red flag with a swastika, reminiscent of the Nazis and their plan to annihilate the Jewish people, was flown in Beit Omar just a couple of months ago. That might evoke the impression of anti-Semitic villagers and undermine the notion that stone throwing is merely a child’s sport or “hobby.”

Flag in Beit Omar flying flag adorned with a swastika. Photo: Shneior Nachum Sochat/ Tazpit News Agency. (From The Algemeiner)

 

The photos and captions that accompany the article, too, hide the violence and danger of the Palestinian “hobby” and focus instead on youthful sport on the part of Palestinians and harsh punitive measures on the part of Israeli soldiers.

1) First photograph: A large colored photo of a boy clutching a stone.

A smaller photo beneath it shows Palestinians teenagers lined up in the act of pitching.

The caption on the two photographs:
 Ready for a target. Below, Palestinian boys in Beit Ommar play Arabs and Army, re-enacting clashes with Israeli soldiers.

2) Third photograph:  A large colored photo of a teenager dressed in a black undershirt and jeans is shown being held by two armed Israeli soldiers.

Fourth photograph: A  large colored photo of a family with children citing on a sofa.

The caption on these photographs:

Recent Arrests in the Abu Hashem Family
The arrest of Ahmad Abu Hashem and his son Muhammad on July 8 was almost routine for a family in which few months have passed recently without at least one member behind bars. Mr. Abu Hashem, an activist in Beit Ommar, and all six of his sons have served time for throwing stones at Israeli soldiers and settlers.

Not everyone takes such a benign view of rock throwing teenagers and not everywhere is the harsh treatment of the perpetrators of such attacks criticized.

In 1986, a U.S. teenager was sentenced to life in prison for throwing a stone from an overpass that killed a toddler in a car below.  In 2010, two South Carolina teenagers were indicted on first degree murder charges after killing a woman sitting in the front seat of a car with a stone hurled from an overpass.  And, in 2002, even when stone throwing resulted in no injuries, the teenaged perpetrators were charged with assault and battery with intent to kill and malicious injury to personal property. As the Sheriff’s Department explained, throwing rocks “is not a prank. This is extremely dangerous. You could kill somebody doing this.”

Yisrael Medad, on his blog, “My Right Word,”  provides a summary documenting the number of Palestinian stone throwing attacks from January-June of this year. In addition to 5,144 stonings, there were 611 molotov cocktail attacks, 8 shootings and 3 stabbings.  But the only statistics provided by Rudoren pertain to the number of Palestinian children (stone throwers) incarcerated by Israel. That  is the only part of the story The New York Times wants to tell.

Last year, CAMERA criticized The New York Times for featuring two separate, front-page stories about Israeli teenagers who had beaten (but not killed) an Arab teenager, but never publishing a front-page story about deadly attacks by Arab teenagers against Jews.

And while the newspaper has now published a front-page article about Arab teenagers who throw stones, the story is completely reframed to remove Israeli victims,  romanticize the Palestinian perpetrators and implicitly criticize their arrests by Israeli police.

The stories last year about the criminal activities of Jewish teenagers focused on the general decline of morals among Israeli youth. The story about the Arab teenagers focuses on their self-declared heroism and victimhood. The disparate coverage provides yet another example of the type of misleading and biased reporting readers have come to expect from The New York Times.

Voir également:

The Death of Adele Biton and The New York Times’ Justification of Lopsided Reporting
Ricki Hollander
Camera
February 20, 2015

In March 2013, three-year-old Adele Biton was travelling with her two sisters in a car driven by their mother, when a Palestinian rock-throwing attack caused the car to slam into a truck ahead. Two of the girls suffered moderate wounds, while Adele was left in critical condition with serious neurological injuries. She underwent extensive treatment in acute and rehabilitation care facilities, but never fully recovered.

Nearly two years later, on Feb. 17, 2015, the pre-schooler died as a result of complications of pneumonia. Her mother told the Israeli newspaperYediot Aharonotthat there was no doubt that Adele’s illness was part of the progression of her neurological injuries “that complicated her ability to cope with medical issues.”

The following day, Voice of Israel’s Josh Hasten interviewed New York Times Jerusalem bureau chief Jodi Rudoren. Asked what she knew about Adele, Rudoren responded:

In any society, I suppose, and certainly here, there are certain individual cases among the victims who become somewhat iconic and I think Adele was one of those. She was two years old, critically injured, spent more than a year, maybe a year and a half, in rehab. Many, many articles were written about her. Her parents, her family, captured Israeli attention, so I was aware of that. Obviously, a two-year-old girl critically injured in the conflict is heart-tugging for any observer and because of that, she had become somewhat iconic. That’s why we wrote a brief item about her death.

But it was not until after Adele had succumbed to her illness that Jodi Rudoren referred to Adele and the stone throwing attack that had maimed her. The reporter wrote about Adele’s death in a 169-word “world briefing” that appeared only in the newspaper’s online edition.

Indeed, in a more than 1900-word feature article about Palestinian stone throwers that was published both online (“In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand“) and prominently on the front page of the print edition (“My Hobby is Throwing Stones,” Aug. 5, 2013), Jodi found no room to mention the attack that had critically injured Adele. Nor did she mention an earlier stone throwing attack that had crushed the skull of 5-year-old Yehuda Shoham, an only child. And her only mention of a similar attack that resulted in the deaths of a young father and his infant son, Asher and Yonatan Palmer, was in passing, presented as hearsay about unnamed victims.

Instead the reporter devoted her feature piece to Palestinian stone throwers’ justifications for, and expressions of pride in, their actions, as well as their hardship in being arrested by Israeli police for these activities. At the time, CAMERA posted a sharp media critique about the article, entitled “The New York Times Romanticizes Palestinian Stone Throwers and Ignores Their Victims.” In it, Rudoren was criticized for explaining the stone throwing by Palestinians as “pushback against Israel,” a “rite of passage,” and an “honored act of defiance” while downplaying the impact of this Palestinian “hobby” on its Israeli victims. The critique pointed out that while the reporter emphasized “the futility of stones bouncing off armored vehicles,” and interviewed one Israeli who had been frightened but uninjured by stone-throwing attacks, she provided almost no information about the deadlier and more injurious results of such attacks.

In the Voice of Israel interview, host Josh Hasten brought up CAMERA’s criticism of Rudoren’s feature. The reporter defended and justified her treatment of the subject matter, dismissing her critics out of hand. According to Rudoren, CAMERA was “not criticizing or scrutinizing or reviewing coverage based on any journalistic values. They’re doing it based on a scorecard of what they think makes their side look good or bad. It’s not based on the kind of building blocks of mainstream journalism that is where our coverage comes from and that most of our vast global readership needs from us.”

But it should be obvious to anyone who claims to understand the “building blocks of journalism” that to downplay and give such short shrift to the catastrophic and sometimes fatal results of stone-throwing is to deprive readers of the context necessary to understand the conflict. Neither Rudoren nor The New York Times provided readers with a parallel feature story about the impact of Palestinian stone throwing on their Israeli victims. So what Rudoren left readers with — what she apparently felt they “needed” — was a one-sided piece about Palestinian victims “provoked by the situation,” and forced into a “futile” hobby (of throwing stones), only to be arrested and incarcerated by fierce Israeli soldiers.

Rudoren’s justification for this lopsided reporting was to claim she was on a “journalistic mission” whose agenda was “to unpack the caricature of Palestinian stone-throwers.” To that end, she asserted, the story “really wasn’t about their victims.”
“Not every story looks at everybody in equal depth because that’s just not how journalism works and it doesn’t need to be that way,” Rudoren declared. But how can a journalist tell the story about stone throwing without thoroughly exploring the consequences? Without any comparative story about the Israeli victims, those victims remained voiceless, their side of the story left untold. Even while she acknowledged that “it was important to make sure that it was clear that people did get killed and that there were victims,” Rudoren justified the virtual absence of this information from her article, apparently deeming her fleeting hearsay reference to two anonymous fatalities sufficient.

As to the article’s misleading implication that the “situation” that provokes Palestinian stone-throwers is one of Israel’s making, Rudoren ignored the fact that hate rhetoric and incitement against Israelis is also a significant factor in encouraging the stone throwers. Nowhere in the article does she even hint at the atmosphere of incitement by Palestinian leaders to attack Israelis by any means.

This type of reporting is characteristic of Rudoren’s “journalistic values.” She routinely conceals relevant information, selectively quotes or cites those whose perspective she agrees with, while downplaying, ignoring or misrepresenting the viewpoints of those with whom she disagrees. In news articles, she tends to cast aspersions on or use pejoratives to discredit those with whom she disagrees. (See, for example, “A Guide to NYT Advocacy Journalism: Focus on Jodi Rudoren.”) And she uses these same tactics in dealing with legitimate criticism of her reporting. Instead of directly addressing the specific complaints about her reporting, she dismisses her critics with wholesale contempt. Those cri
ticizing her articles, she argues, are just checking off a list “of who’s winning the story.” Here, too, Rudoren misrepresents. What CAMERA and many critics of The New York Times demand is that both sides’ perspectives be given voice — something the Society of Professional Journalists urges, but which Rudoren is apparently unwilling to do.

The Society of Professional Journalist’s code of ethics calls on journalists, among other things, to recognize their own cultural values and avoid imposing them on readers, to distinguish between advocacy and news reporting, and to give voice to the voiceless. In addition, it urges journalists to be accountable to their readers, clarify and explain news coverage, invite dialogue and encourage readers to voice their grievances about news reporting.

Many prominent and respected journalists adhere to this code, even when criticized. And they are better journalists for it. But as long as Rudoren continues to wear blinders, block her ears, and insist that it is not necessary to explore both sides of a conflict in equal depth, non-partisan readers who want to genuinely learn about the situation fully and fairly should continue to avoid the New York Times and its partisan Jerusalem bureau chief.

Voir de même:

In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand

The rooftop of the home of Bilal Ayad Awad, 17, was decorated with flags for his release in June after 16 months in prison.

Credit…Rina Castelnuovo for The New York TimesJodi Rudoren
The New York Times
Aug. 4, 2013

BEIT OMMAR, West Bank — Muhammad Abu Hashem, 17, was sleeping in a sleeveless undershirt when the Israeli soldiers stormed into his home here at 4 a.m. on the second Monday in July. As they led him away moments later, Muhammad’s mother rushed after with a long-sleeved shirt: they both knew it would be cold in the interrogation room.

It was Muhammad’s fourth arrest in three years for throwing stones at Israeli soldiers and settlers. His five brothers — three older and two younger — have all faced similar charges. Last year, three Abu Hashem boys, and their father, were in prison at the same time.

“Children have hobbies, and my hobby is throwing stones,” Muhammad explained weeks before his most recent arrest. “A day with a confrontation is better than a free day.”

As Israeli and Palestinian negotiators resumed peace talks last week in Washington, the stone throwers of Beit Ommar are a reminder of the abiding tensions that animate relations between the two peoples that would populate the imagined two states living side by side.

Youths hurling stones has long been the indelible icon — some call it a caricature — of Palestinian pushback against Israel: a recent United Nations report said 7,000 minors, some as young as 9, had been detained between 2002 and 2012. Here in Beit Ommar, a village of 17,000 between Bethlehem and Hebron that is surrounded by Jewish settlements, rock throwing is a rite of passage and an honored act of defiance. The futility of stones bouncing off armored vehicles matters little: confrontation is what counts.

When they are not actually throwing stones, the children here play Arabs and Army, re-enacting the clashes and arrests. And when 17-year-old Bilal Ayad Awad was released in June after 16 months in prison, he was welcomed like a war hero with flags and fireworks, women in wedding finery lining the streets to cheer his motorcade.

Image
Credit…The New York Times

The Israeli Army commander in the area counts 5 to 15 stone-throwing incidents per week, and the July 8 arrest of Muhammad and his father, Ahmad, brought to 45 the number of Beit Ommar residents taken into custody since the beginning of 2013, 35 of them ages 13 to 19. A teacher at the local high school said 20 boys missed class while in prison last year. A few, including Muhammad, were out more than 60 days, forcing them to repeat a grade.

“Here, it is as if the intifada never stopped,” said Musa Abu Hashhash, a field worker for the Israeli human rights group B’tselem.

Beit Ommar, a farm town with roots in the Roman era, is a hot spot because of its perch off Road 60, the main thoroughfare from Jerusalem south to the settlements of Gush Etzion, which the Palestinians say have taken up to one-third of the village’s original 13 square miles.

The military, which since May has been joined by a company of border police to crack down, focuses on 11 prime stone-throwing points along the village’s mile-long stretch of the road. There are “the duo,” two houses teenagers hide between; “the stage,” a raised area; “the triangle,” an open field; and “the Molotov bend.” And then there is the 200-year-old cemetery that slopes up from the road just north of the village entrance.

On Thursday, after the burial of a 63-year-old retired teacher, a teenager hurled a rock at a passing car with yellow Israeli plates: whack. Another teenager, two more stones: another direct hit.

The settlers stopped their car, got out, and began shouting at the small crowd. Soon, there were soldiers, rifles raised and tear gas at the ready, who eventually hauled a Palestinian taxi driver into a waiting army jeep.

Menuha Shvat, who has lived in a settlement near here since 1984, long ago lost count of the stones that have hit her car’s reinforced windows. “It’s crazy: I’m going to get pizza, and I’m driving through a war zone,” said Ms. Shvat, who knew a man and his 1-year-old son who died when their car flipped in 2011 after being pelted with stones on Road 60. “It’s a game that can kill.”

For as long as anyone here can remember, the cemetery has been a field for that game. Residents said it was often surrounded by soldiers and filled with tear gas, though the military commander said he stations his troops across the road and instructs them to unleash riot-control measures only if violence erupts.

Muhammad sees it as his Islamic duty to help bury the dead, and he has his own funeral-preparation ritual. He pulls on boots. He sprays his hands with perfume to counteract the gas. He grabs a face mask, to protect his identity, and his muqlaa — a homemade slingshot.

It was the June funeral of a 2-year-old girl accidentally crushed by a relative’s bulldozer that led to his most recent arrest. “They were shooting gas, and I was with my mother in the car while the soldiers’ jeep was entering the town,” Muhammad admitted to a police officer after the arrest. “So I got out and threw stones at them.”

Musa Awad, a teacher at Beit Ommar’s high school, said that eight generations of his family are buried in the cemetery, but that he is one of many village residents who have stopped following funeral processions there because of the inevitable clashes. Two years ago, Mr. Awad said, he and his brothers offered to donate a patch of land for a new cemetery, far from the main road, but the Islamic authorities declined.

Mr. Awad, like many here, views the stone throwers with a mixture of pride at confronting Israel and fear for their safety. “Nobody dares to criticize them and say, ‘Why are you doing this?”

The youths, and their parents, say they are provoked by the situation: soldiers stationed at the village entrance, settlers tending trees beyond. They throw because there is little else to do in Beit Ommar — no pool or cinema, no music lessons after school, no part-time jobs other than peddling produce along the road. They do it because their brothers and fathers did.

Nasri Sabarna, an English professor who was Beit Ommar’s mayor for much of the past five years, remembers his first arrest vividly, despite the passage of four decades.

He was 14. Israeli soldiers had installed a plaque on his school saying it had been built under their supervision. He took the coins his mother had given him for food and bought black spray paint to cover the Hebrew letters.

A Rite of Passage, an Act of Defiance

Rina Castelnuovo for The New York Times

“When I saw their language, it is not easy to stay and do nothing,” Mr. Sabarna recalled. “When they came on the second day, we have nothing except stones. You revenge for yourself.”

Of Mr. Sabarna’s eight children, only Ahmad, a 21-year-old engineering student, has been arrested: he is serving a six-month sentence that started in May, his fourth prison stay. When the youngest boy, Abdullah, started skipping school and throwing stones at age 7, after a night raid on the family home, his parents took him to see a psychiatrist to work out the anger.

“I want him to go to school, to study and to look for his future, but they are pushing us in the corner,” Mr. Sabarna said, referring to the Israelis.

Now 10, Abdullah uses binoculars a relative bought him for bird watching to monitor military movement. “I feel happy when I throw stones on the soldiers,” he said. “They occupy us.”

One Friday in July, two soldiers stood sentry on a hilltop several hundred yards inside the village. Five border police officers were stationed under an olive tree near the wholesale fruit market. More soldiers were on nearby rooftops, army jeeps in the middle of a road.

Three young men with slingshots crouched between trees, sending a little brother out to scout. They whipped the woven-string contraptions over their shoulders one, two, three, four times, then the stones disappeared in the distance. Two stones, five, seven. The boy reported that soldiers were coming closer. The young men retreated to a lower ridge.

Two soldiers with riot helmets and rifles appeared on a rock wall a few feet from where the stone throwers had been. Too late.

Three people from Beit Ommar were arrested in the wee hours of the following Sunday. That night, Muhammad Abu Hashem slept, while his father and younger siblings sat a vigil on worn couches on their roof.

The patriarch, Ahmad Abu Hashem, is an activist who videotapes arrests and clashes for the Center for Freedom and Justice, an advocacy group. His cellphone rang at 3:45 a.m.: 13 jeeps were entering the village. He was heading out to follow them when the alley filled with shouts of “Soldiers, soldiers!” They were coming for him — and his son.

It had been only a few weeks before when a gaggle of neighborhood children were scurrying around the same alley playing Arabs and Army.

Video

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Muhammad Abu Hashem participates in a role-playing game constructed around being arrested for throwing stones.CreditCredit…Rina Castelnuovo

Boys wearing fatigues and toting toy guns kicked on the front door and Mr. Abu Hashem opened it, smiling. While one of the “soldiers” checked his green ID card, another imitated a defensive military maneuver to secure the house. “It is a wrong ID,” a boy said in a mixture of Arabic and Hebrew. “Where is Muhammad Abu Hashem?”

Muhammad appeared at the doorway, and was blindfolded with a black sweatshirt. “Come with us,” the soldier-boy ordered. “You are under arrest.” Girls’ screams of mock horror were punctuated with giggles as Muhammad vanished into the midnight darkness.

“You are lucky if you meet Muhammad here next week,” his father said. “He can be arrested for real any moment.”

That was what Muhammad told the girl he talks to daily by telephone and sneaks glances at on evening ambles through the village: “ ‘Be careful, I am maybe one month outside and 10 months in prison.’ She said, ‘O.K., I am waiting for you.’ ” He did not tell the girl, in June, when his left leg was sprayed with five rubber-bullet fragments as his stones smacked an army jeep carting away a beloved cousin.

Muhammad captures the contradictions of growing up here. He was tickled at the first salon-slicking of his short hair for a relative’s recent wedding. But he shunned a snack of popcorn outside: prison food.

He recently sneaked into a settlement before dawn to steal apricots he finds especially delicious because they grow on land he sees as stolen from his people. One of his hobbies is rescuing abandoned bird eggs and nurturing them in cages warmed by light bulbs until they hatch.

“When they fly,” he said, “it’s like a person in prison, and he will take his freedom.”

Muhammad’s first arrest was in October 2010: his family paid a fine of about $1,400. He was jailed from April to June of 2012, then returned to prison that September for another seven months. Graffiti welcoming him back remained on the outer wall of the family home as a dozen soldiers arrived July 8.

Video

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Excerpts from Muhammad Abu Hashem’s interrogation by the Israeli police along with photos of his arrest.

Two soldiers crouched in the driveway and 10 crowded the living room. Muhammad crammed on a couch with his two younger brothers and a cousin while the soldiers examined his father’s identification. Then they asked for his.

The whole operation took eight minutes. The jeeps had not left the alley when it erupted in stones.

Defense for Children International, an advocacy group that last year documented 360 cases of arrested Palestinian youths, found that many were blindfolded, beaten and threatened during interrogations. Most confessed, and 90 percent received jail sentences in Israel’s military system, according to the report, compared with 6.5 percent of arrested Israeli children, who are prosecuted in a civil system.

When Muhammad and his father appeared for their first hearing, they raised their wrists — handcuffed together — in something of a salute. The teenager’s face was a mixture of triumph and terror: he could face up to 10 months after a trial scheduled to start Aug. 18.

Their lawyer, Nery Ramati, soon discovered that Muhammad had already admitted throwing a stone during the girl’s funeral.

“I have nothing to do for him now,” Mr. Ramati sighed.

Voir de plus:

Letters

The New York Times
Aug. 5, 2013

To the Editor:

Re “ ‘My Hobby Is Throwing Stones’: In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand” (front page, Aug. 5):

Stones are a lethal weapon, and stone throwers engage in what can be premeditated murder.

My perspective is that of a social worker who worked for 20 years with youths with violent tendencies.

What violent youths seek, more than anything else, are people who will reinforce their tendency to violence.

This article will be posted in Palestinian youth clubs as a badge of encouragement for Palestinian youths and as an incentive to continue their efforts to murder people on the roads. That is a tragedy.

I cannot fathom how and why The New York Times can describe the stoning of people on the roads as a “rite of passage.”

DAVID BEDEIN
Jerusalem, Aug. 5, 2013

The writer is director of the Israel Resource News Agency.

To the Editor:

Having personally been the uniformed target, during the first intifada, of Molotov cocktails and many, many stones, one of which produced a lifetime annuity for my dentist, I know that these clashes are hardly a game for either side.

As peace talks resume, reversing the poisonous effects of the “culture of conflict” is as important as any land compromises in achieving lasting peace.

DANIEL WOLF
Teaneck, N.J., Aug. 5, 2013

To the Editor:

Thank you for the excellent reporting and photography.

As someone who escaped the Holocaust as a child and who saw the conditions in the Palestinian territories more than 20 years ago, I think that it’s way past time to let American Jews especially know what is really going on there.

YVONNE BYRON
Oakland, Calif., Aug. 5, 2013

Voir encore:

Life sentence answers tears over I-75 death

The Associated press
March 31, 1999

An 18-year-old has been arrested and charged with second-degree murder in the death of a driver who was killed on Sunday by a rock that had been tossed from an overpass on Interstate 75 west of Tampa.

The teen-ager Juan G. Cardenas, was arrested on Monday by Highway Patrol officers after they received a tip from someone who told of overhearing him talk about the incident.

The driver, Julie Catherine Laible, 32, was hit in the head by the rock, about the size of a bowling ball, after it smashed the windshield of her Honda Civic, the authorities said.

Voir par ailleurs:

La guerre des dix jours
Jacques Tarnero
La Revue des deux mondes
Mai 26, 2021

Ce que l’Allemagne nazie avait testé en Espagne en 1936, l’Iran vient de le tester à Gaza : expérimenter ses armes, mettre au point ses méthodes et sa tactique de guerre, autant qu’évaluer la riposte de son ennemi. Le grand allié du Hamas fonctionne à l’identique. L’Allemagne nazie avait aussi pris la mesure de la mollesse des démocraties à se mobiliser en faveur de la République espagnole. Malgré le décalage historique, malgré, les différences politiques, il reste une constante : les régimes totalitaires connaissent les couardises des démocraties, leur lenteur à comprendre l’enjeu pour elles-mêmes. Au conseil de sécurité de l’ONU, qualifier les termes du conflit, nommer l’agresseur a été impossible. À l’Assemblée nationale, le Premier ministre Jean Castex a prioritairement exprimé son souci pour les malheurs de Gaza. Des salves de roquettes tirées indistinctement sur Israël, il ne fit pas mention.
Ici s’arrête la comparaison.

À la différence de la République espagnole, Israël a non seulement su contenir son agresseur, il a aussi réussi à l’affaiblir durablement sans pour autant le détruire. Rien n’est donc réglé. Un autre ennemi bien plus redoutable fourbit ses armes qu’il espère définitives. La pluie de roquettes tirées indistinctement sur tout le territoire israélien témoignait d’un projet guerrier exterminateur : sans la protection du dôme de fer, il y aurait eu des milliers de victimes civiles en Israël. Ces attaques indistinctes du Hamas révèlent un modèle stratégique dont on peut tirer la leçon : l’Iran n’hésitera pas à utiliser l’arme nucléaire contre Israël, dès qu’il en aura la capacité. Le djihad nucléaire sera l’étape suivante de l’affrontement.

Cette perspective ne procède en rien d’un souci quelconque pour la Palestine. Le sort du peuple palestinien est le dernier souci du pouvoir iranien et de ses créatures Hamas, Hezbollah et autre djihad islamique. Cette rente idéologique n’est que l’alibi de son projet. La vision apocalyptique iranienne obéit à un projet messianique que les ayatollahs au pouvoir n’ont jamais dissimulé : détruire cette enclave juive incrustée au cœur d’un espace tout entier supposé appartenir à la sphère de l’islam.

« Ce conflit en annonce un autre qui ne saurait tarder entre Israël et un Iran nucléaire dont la Palestine est l’alibi. »

Toutes les démocraties le savent, tous les dirigeants du monde occidental connaissent les données de l’enjeu. Ce qui vient de se dérouler à Gaza sert de test pour elles autant que pour le mentor du Hamas. Sont-elles prêtes à reconnaître que l’idéologie du Hamas est le variant islamisé d’un projet qui a sa source dans un nazisme oriental ? Sont-elles prêtes à l’affronter ? Ou bien estiment-elles au contraire que l’on peut négocier avec cette puissance et sacrifier Israël pour une paix illusoire ? En 1938, à Munich, la France et l’Angleterre estimèrent que sacrifier les Sudètes à l’Allemagne nazie allait sauver la paix. On connaît la suite et le mot de Churchill sur Daladier et Chamberlain : « Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre, ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre ». Les négociations de Vienne sur le nucléaire iranien seront-elles de la même veine ? Ce conflit en annonce un autre qui ne saurait tarder entre Israël et un Iran nucléaire dont la Palestine est l’alibi.

Après dix jours d’intenses combats entre le Hamas et Israël, un cessez-le-feu a été imposé aux belligérants. Deux cent quarante-huit tués côté palestinien dont soixante-six enfants, dix-neuf morts dont un enfant, côté israélien. Comment interpréter ces chiffres si différents ? Tandis qu’Israël protège sa population des roquettes du Hamas, à la fois par les abris et son système de défense anti-missiles, le Hamas se protège des frappes israéliennes en s’abritant derrière sa population civile pour tirer ses roquettes. Grace à un réseau de souterrains bétonné, le Hamas a enterré ses structures militaires au cœur des villes, au milieu des immeubles civils. Les millions de dollars de l’aide internationale récoltés depuis 2014 ont été utilisés pour bâtir ce « métro » abritant ses armes.

Cet affrontement entre un mouvement islamiste et l’État juif ajoute un nouveau chapitre sanglant à l’histoire déjà longue de cette guerre de cent ans ou de mille ans selon qu’on lise cette histoire dans le registre de la rivalité entre Ismaël et Isaac ou dans celle de l’histoire du siècle dernier et de celui qui commence. Au-delà de sa seule dimension locale, proche-orientale, la récurrence de cette affaire nous concerne, en Europe, en France particulièrement, parce que son écho déchaîne d’autres passions enfouies, nées d’un passé pas si lointain. Le poids de la Shoah d’une part, des culpabilités et d’autre part le poids des relations entre l’Occident et le monde arabo-musulman, entre la France et ses anciennes colonies surdéterminent le regard porté sur le conflit. C’est dans la trace de Vichy, de ses effets mémoriels, autant que dans le reflet de la guerre d’Algérie, de ce qu’elle implique des deux côtés de la Méditerranée, des affects nés de cette mémoire, de ses souffrances, qu’il faut fouiller pour se prémunir, ici, des guerres civiles à venir.

« La nazification d’Israël permet simultanément de délégitimer le droit d’Israël à être : en renversant les termes de l’histoire, en identifiant les Palestiniens comme les nouveaux Juifs et Israël comme le nouveau nazi, le gauchisme retrouve en Palestine une cause exemplaire. »

Ce Proche-Orient par procuration nous oblige ici même. C’est peut-être en France, à Sarcelles, à Trappes, à Bondy, que pourraient s’imaginer d’autres constructions intellectuelles indispensables pour sortir de ces schizophrénies identitaires qui annoncent le pire. Pour le moment, nous en sommes très loin : ce sont des manifestations de fureur haineuse qui ont déferlé dans les rues de Londres, Montréal, New York, Paris. Cette ivresse répétée apparaît davantage relever d’une pathologie collective inscrite au cœur de l’imaginaire arabo-musulman. Ce ressentiment, cette frustration, vise aussi la France quand la pensée dite décoloniale perpétue ici une guerre d’Algérie jamais finie.

Pourtant d’autres voix existent dans le monde arabo-musulman. En Algérie, le Hirak exprime un refus de cette fatalité. Ces voix sont minoritaires, mais elles osent dirent la vérité. Kamel Daoud, Riad Sattouf, Boualem Sansal osent briser cette pensée magique qui dit que son malheur vient d’Israël et des Juifs. « Israël est l’aphrodisiaque le plus puissant pour les arabes », aimait rappeler judicieusement Hassan II, l’ancien roi du Maroc.

Ce pré-pensé idéologique qui enferme le monde arabe dans la régression, la gauche l’a entretenu, en Occident, en France, en particulier. Cette gauche porte une lourde responsabilité dans l’entretien de ce récit, car c’est encore et toujours à travers la grille de lecture de la guerre d’Algérie que s’interprète le conflit israélo-arabe. Dans une surenchère aveugle, la gauche de la gauche fait sienne la rhétorique indigéniste et décoloniale. Jacques Julliard a parfaitement résumé les choses : « Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche ». Bien pire, la nazification d’Israël permet simultanément de délégitimer le droit d’Israël à être : en renversant les termes de l’histoire, en identifiant les Palestiniens comme les nouveaux Juifs et Israël comme le nouveau nazi, le gauchisme retrouve en Palestine une cause exemplaire. Ces banderoles affichant un signe = entre la svastika et l’étoile de David, resteront pour la gauche de la gauche, comme une obscénité symbolique majeure.

« Depuis plus de vingt ans, la Palestine est sortie de ses frontières au profit du choix de la guerre sainte et du djihad dont se nourrit l’imaginaire arabe. Si ces fantasmes mortifères prennent le pas sur la raison, la guerre des dix jours durera encore mille ans. »

Le pouvoir israélien a ses responsabilités dans l’illusion d’un statu quo dont les effets n’annoncent rien de bon pour l’avenir ; mais ça n’est pas de la politique du gouvernement israélien dont il est question dans ce qui vient de se produire et les cris de victoire du Hamas annonçant sa victoire à venir du fleuve à la mer reprennent tous les slogans matriciels de la rhétorique arabe contre l’entité sioniste. Dans un entretien à Politique Internationale, l’été 1982, Ben Bella, ancien premier président de l’Algérie, signifiait l’importance symbolique de ce conflit pour le monde arabe : « Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c’est être, or nous ne pouvons être que si l’autre n’est pas » et il précisait : « S’il n’y a pas d’autre solution, alors que cette guerre nucléaire ait lieu et qu’on en finisse une fois pour toutes ! »

Depuis la visite de Sadate en 1977, et assassiné pour cela en 1981, c’est toujours le pire qui a eu le dernier mot. Dans un symétrique effrayant, Yitzhak Rabin a aussi été assassiné par un fanatique juif et avec lui, le rêve de la paix d’Oslo. N’était-elle qu’une illusion ?

Le malheur palestinien est réel et il n’y a dans ces mots aucun misérabilisme compassionnel artificiel, mais il faut se poser une autre question : que préfèrent les Palestiniens ? Quel est leur désir majeur : détruire Israël ou avoir un État ? Depuis plus de vingt ans, des opportunités d’arriver à un accord avec l’OLP ont été refusées par le leadership palestinien qui a toujours choisi la surenchère. Depuis plus de vingt ans, la Palestine est sortie de ses frontières au profit du choix de la guerre sainte et du djihad dont se nourrit l’imaginaire arabe. Si ces fantasmes mortifères prennent le pas sur la raison, la guerre des dix jours durera encore mille ans. Tant que dans la sphère musulmane on n’aura pas eu le courage de rompre avec ses mythes régressifs, tant que sera considéré comme une trahison le fait d’oser regarder en face les raisons de l’incurie qui préside aux destinées de ces peuples, le malheur de ce monde deviendra le bien commun de tous.

Voir encore:

La gauche, la droite, l’islamisme et l’antisionisme : entretien avec Georges-Elia Sarfati

Présenté par Yana Grinshpun

La gauche, la droite, l’islamisme et l’antisionisme : entretien avec Georges-Elia Sarfati

Georges-Elia Sarfati est un philosophe, linguiste et psychanayste franco-israélien, auteur de nombreux ouvrages dans les domaines de l’analyse du discours, de l’éthique, de la pensée juive, de la critique sociale. Il est également traducteur de Viktor Frankl, et fondateur de l’EFRATE (École Française d’Analyse et de thérapies existentielles). G.-E. Sarfati est l’un des rares intellectuels français, avec Léon Poliakov, Pierre-André Taguieff et Shmuel Trigano à analyser les ressorts culturels, théologiques, historiques et politiques de ce qu’on appelle le « nouvel antisémitisme ». En tant que spécialiste du discours, Sarfati s’est très tôt intéressé à l’expression contemporaine de la  judéophobie. Pour lui, l’antisémitisme se nourrit surtout de ses enracinements dans l’histoire des mentalités et des discours et forme une sorte de sous-culture qui accompagne depuis quelques décennies le pseudo-progressisme se réclamant de la pensée post-moderniste. Georges-Elia Sarfati est l’auteur d’un ouvrage consacré à la rhétorique antisioniste, LAntisionisme. Israël Palestine : aux miroirs d’Occident (Berg, 2002), et de très nombreux articles sur la perception des Juifs dans l’espace occidental. Le philosophe et linguiste explique que l’essentiel de la rhétorique de la désinformation et de la propagande, qu’elle soit « totalitaire » ou « publicitaire », repose sur l’inversion des valeurs, l’inculcation des mensonges historiques et l’élaboration des mécanismes psycho-affectifs chez les cibles du discours idéologiques anti-juif. Il est aussi le co-fondateur de ce blog.

Dans cet entretien, il propose de revenir sur les jalons historiques et conceptuels essentiels qui ont structuré la nouvelle forme d’antisémitisme appelée « antisionisme », qui est brandie par une partie des membres de l’intelligentsia comme son « droit sacré à la liberté d’opinion et d’expression ». Cet entretien montre implacablement que le roi est toujours antisémite sous la robe antisioniste, même s’il prétend être démocrate et progressiste.

Y.G : En 2016, J. Julliard écrivait « Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche ».  Est-ce que vous êtes d’accord avec ce pronostic ?

GES : Sans doute cette remarque de J. Julliard vaut-elle pour notre époque – disons qu’elle s’avère pertinente pour les années 2000-2020 ; pour autant, il me paraît risqué de soutenir que d’ « ordinaire », le « parti collabo » était d’ « extrême droite », dans la mesure où ladite extrême droite, si l’on pense à la période 39-45, se nourrissait de très nombreux transfuges de gauche, comme l’a démontré l’historien Simon Epstein dans Un paradoxe français. Pour ce qui est de la droite nationaliste, elle a su voir dans les Juifs des patriotes loyaux, je pense au Barrès des Familles spirituelles de la France, ou à l’engagement de son propre fils dans les rangs de la France libre. Le paradoxe dont rend compte S. Epstein c’est que les antisémites de l’Affaire Dreyfus ont été gaullistes et résistants pendant la Seconde Guerre, tandis que les partis de la collaboration se sont en grande partie recrutés parmi les dreyfusards et la gauche historique. Quant à la gauche demeurée à gauche, après la Seconde Guerre mondiale, elle n’avait pas grand-chose à envier à l’extrême droite sur le chapitre de l’antisémitisme, si l’on considère l’Union soviétique et ses satellites.

YG : Depuis le début des années 2000, l’année de la deuxième Intifada, on observe une montée d’antisémitisme décomplexé qui n’a pas de précédent depuis la deuxième guerre mondiale. Cet antisémitisme est corrélatif à l’antisionisme affiché de l’extrême gauche pour qui l’existence de l’État d’Israël constitue une offense suprême. Ce qui est aussi le cas pour les islamistes qui prônent ouvertement sa destruction. De quand date la rencontre de ces deux idéologies haineuses ?

GES : Il existe en effet une convergence significative entre l’islamisme et le gauchisme qui trouvent un véritable point d’entente sur le sujet de l’antisionisme. Cela paraît absurde, antinomique, et fondé sur un malentendu, puisque ce sont en principe des ennemis que doctrinalement tout oppose. Mais ils ont en commun la volonté d’en découdre avec la civilisation européenne, et communient aujourd’hui dans l’idéologie décoloniale. Leurs motivations initiales diffèrent du tout au tout : l’extrême gauche est antijuive par tradition voltairienne et marxiste, l’islamisme est antisioniste, en raison de la théologie politique de l’islam qui ne souffre pas de souveraineté non-musulmane sur le « dar al-islam ». L’extrême gauche est anticléricale et s’imagine que l’identité juive est « religieuse », tandis que l’islamisme reconduit le vieux débat de la théologie de la substitution en se proclament seule détenteur de la « vraie » révélation. Néanmoins la rencontre de ces deux souches allergiques aux Juifs pour ce qu’ils représentent, n’est somme toute pas récente. L’histoire de cette convergence, du point de vue des matrices doctrinales, remonte aux années 20 du XX siècle . C’est une partie d’échecs : il fallait mettre en échec la possibilité d’un sentiment de sympathie pour un Israël souverain. Aussi, je serai réservé à l’idée de mêler les sentiments à tout cela. Parler d’idéologie haineuse porte à psychologiser les affaires politiques. Or en politique, il n’entre que des calculs, et des intérêts bien compris. Au niveau des élites politiques, en tout cas. Le reste en effet sera une affaire de sentiment où les propagandes prennent le relais pour forger une opinion passionnée ainsi qu’un sens commun sur mesure.

Y.G : Raymond Aron appelle la période qui a suivi la fameuse allocution de De Gaulle après la victoire dans la guerre de 6 jours (1967), où il parle des Juifs comme « d’un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », l’ère de soupçon. Or, depuis quelques années, on entend lors des manifestations « anti-racistes » : « Mort aux Juifs », on entend aussi des appels à la haine d’Israël sur les réseaux sociaux, des discours antisémites assumés du PIR et de la gauche radicale (je pense à la fameuse phrase de Mélenchon sur la crucifixion de Jésus)[1]. Comment expliquer cette disparition de limites et cette prolifération de discours antijuifs ?

GES : Comme vous le rappelez en évoquant les mots de Raymond Aron, le discours gaullien de 1967 marque un tournant dans les relations franco-israéliennes, le début d’un véritable renversement d’alliance. Les jeunes générations n’ont pas la moindre idée de la bonne entente qui régnait entre Paris et Jérusalem avant la Guerre des Six Jours. Ce renversement d’alliance a été largement expliqué par la situation géopolitique de la France par rapport au monde arabe : le Maghreb où elle a été longtemps présente, ainsi que le Proche- Orient. Cet intérêt proprement français, lié à la position de la France, avait déjà été affirmé, aussi bien par François 1er que Napoléon III. François Ier a fondé le Collège de France, introduisant la connaissance de l’arabe, dans un contexte de rivalité avec le monde ottoman. Napoléon III rêvait de faire jouer à la France un rôle de premier plan dans le monde arabo-musulman. Aujourd’hui, l’existence de l’État d’Israël change la donne. Corrélativement, l’existence d’une immigration musulmane souvent peu éduquée, véhiculant le mépris du Juif (al yahoud), voilà qui fait subir une formidable involution à la mentalité issue de l’esprit des Lumières, quoique les Lumières soient elles-mêmes très divisées sur le chapitre de l’égale dignité de tous les hommes. Que de larges fractions de l’opinion soient désormais affectées par le prurit de l’antisémitisme n’a rien de surprenant, cela est le résultat d’une volonté politique, savamment distillée. En matière d’opinion, et de politique de l’opinion, il n’y a pas de génération spontanée. Les grands médias ont été chargés de diffuser la doxa antisioniste, depuis la fin des années 60 du XXe siècle, et trois générations de Français ont bu de ce lait. Cette nouvelle modalité de l’antisémitisme a été sciemment inculquée, et rares sont les esprits qui ont passé l’évidence antisioniste au tamis de l’esprit critique. L’expression antisioniste est d’autant plus désinhibée, qu’elle repose sur des motifs pleins de noblesse : l’antisionisme se présente comme un humaniste et un antiracisme. C’est au nom de l’humanisme et de l’antiracisme que l’on se dit antisioniste.

YG : Pourquoi, dans le discours commun, le « sionisme » est-il présenté comme une idéologie criminelle ?

GES : Votre question me donne l’occasion de faire retour sur la genèse de ce phénomène idéologique. Je viens d’éclairer le versant français de cette affaire. Il faut maintenant éclairer le rôle des principaux vecteurs de cette péjoration. À proprement parler, l’antisionisme est une forgerie des propagandes totalitaires. C’est dans la littérature nationale-socialiste que se trouve d’abord le point de mue de l’antisémitisme culturel de la fin du 19è siècle en antisémitisme racial et en antisionisme génocidaire. Cela est exprimé en toutes lettres dans Mein Kampf. Hitler appuie son « raisonnement » sur l’argumentaire des Protocoles des Sages de Sion ; tout en appelant au gazage des Juifs (dès 1924), il fustige le mouvement sioniste, l’accusant de vouloir susciter un État juif qui sera la tête de pont de la conspiration juive mondiale. Comme nous le savons, cette littérature a été traduite en arabe et a trouvé de profonds échos, notamment dans le mouvement national palestinien, à l’époque du Mandat britannique sur la Palestine. C’est dans ce contexte que l’antisémitisme hitlérien entre en symbiose avec l’antijudaïsme des Frères Musulmans. Aujourd’hui la proximité des leaders du mouvement palestinien avec les Frères musulmans, ancêtre de l’OLP de Yasser Arafat, a été mise en exergue par de nombreux historiens, notamment par Cuppers et Mallmann dans leur étude Croissant fertile et croix gammée[2]. Cette part significative, et toujours vivace, de l’archive judéophobe, ne peut plus être refoulée.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement palestinien, militairement vaincu, comme toute la coalition arabe qui s’était formée contre Israël, tombe dans l’escarcelle de l’Union Soviétique. À partir de ce moment, l’URSS écrit un nouveau chapitre de l’histoire de l’antisionisme. Ce n’est plus la conspiration juive que fustigent les staliniens, mais le sionisme allié de l’impérialisme américain, le sionisme incarnation du capital. Il s’agit d’une variante du même schéma. Léon Poliakov, qui fut mon maître en matière d’analyse des figures de discours de la judéophobie, a été sans doute le premier intellectuel de langue française à souligner cette évolution : De l’antisionisme à l’antisémitisme, ainsi que De Moscou à Beyrouth demeurent des petits chefs-d’oeuvre,  des livres pionniers[3]. Poliakov montre aussi la manière dont la propagande stalinienne reprend purement et simplement les caricatures du Sturmer pour « nazifier » Israël. Comble de l’ironie, Poliakov montre aussi comment les services de la propagande communiste ont utilisé les compétences d’anciens nazis. L’antisionisme tel que nous le connaissons, et tel que les « progressistes » acquis à sa cause le pratiquent de nos jours, sort directement des officines du KGB. Le savent-ils ? Connaissent-ils les différentes étapes de cette évolution ? Peut-être que la plupart l’ignorent. Souhaitons-le ! Ils auraient alors le bénéfice du doute, celui que l’on peut accorder à l’ignorance, qui n’est pas forcément une fatalité… À cela, il faut ajouter le rôle de vecteur de l’extrême gauche, notamment française, qui a battu des records de forgerie à partir de 1968. L’échec des révolutions prolétariennes, les désillusions du soviétisme ont entraîné dans ses rangs une radicalisation de la lutte anticapitaliste, et ses représentants ont joué un rôle considérable dans la promotion et la banalisation d’un antisionisme à visage humain, décorrélé de l’antisémitisme, devenu tabou en Europe, après la Shoah. Les Palestiniens en sont venus à occuper la place qu’occupait le prolétariat dans le marxisme classique. C’est de la part de la gauche un phénomène que l’on pourrait qualifier de colonisation des territoires de l’imaginaire politique européen. L’extrême gauche a affiné, si je puis dire, le travail de mise en circulation de ce que j’ai appelé des « équation efficaces », destinées à présenter d’Israël une image répulsive. Ces équations idéologiques définissent une pseudo-logie : « sionisme = nazisme », « sionisme = apartheid », « sionisme= racisme », « sionisme=impérialisme », etc. Lorsque l’on connaît l’histoire, la réversibilité des termes sonne faux, et dénonce ces « équivalences » comme des aberrations, historiques aussi bien que sémantiques. Faut-il rappeler que les Sionismes sont nés en réponse à l’antisémitisme du 19è siècle: russe, allemand, français, et ottoman?

YG : Qu’en déduisez-vous sur la nature de cet antisionisme, qui se porte si bien aujourd’hui ?

GES : Une compréhension très accessible : lorsque quelqu’un fait profession de foi d’antisionisme, il ne peut s’agir que d’un ignorant, ou d’un crypto-antisémite. D’un ignorant parce que son antisionisme sincère témoigne de sa méconnaissance complète de sa propre histoire, celle de l’Europe – d’Est en Ouest-, et plus grave de son incompréhension foncière de la raison d’être du sionisme, qui fut unanimement conçu par les Juifs qui s’y sont ralliés, comme une issue à l’antisémitisme. De plus, que veut dire « être antisioniste » après la Shoah ? Ces antisionistes au grand cœur, feignent d’oublier qu’il n’y avait plus de place sur terre pour le peuple juif. En somme, qu’est-ce que l’antisionisme propose aux Juifs ? Le retour à la situation d’exil, et d’exposition passive à toutes les formes de la persécution ? À quelle sorte de destin historique l’antisionisme promet-il les Juifs ? Au mieux, à leur disparition en tant que représentants d’une identité singulière, porteur d’un message universel, au pire à leur liquidation physique. L’antisionisme est la nostalgie d’une société où l’on pouvait poursuivre un Juif au cri de Hip ! Hip ! Hip ! (Hieroslima est perdita !/Jérusalem est perdue !), l’humilier et le tuer impunément. Voilà le programme de l’antisionisme. Pour autant, je ne confonds pas l’antisionisme islamo-gauchiste ou génocidaire avec l’asionisme de nombreux Juifs qui font le choix de l’intégration dans les sociétés démocratiques. Ceux-là ont affirmé un choix conséquent, en se détachant à titre individuel du destin collectif d’Israël. Pour moi, ils le font à leurs risques et périls.

YG : La popularisation du terme « islamo-gauchisme » qui désigne la convergence entre certains mouvements de gauche et de l’islam politique permet, pour la première fois depuis des décennies, d’aborder le problème de la désintégration de l’État-Nation à laquelle aspirent les islamistes, les décoloniaux et la gauche radicale. Le sionisme a un statut spécial dans cette constellation. Pourquoi ? Pourquoi n’en parle-t-on pas ou si peu ? Cela semble être le point mort des discussions dans les médias ou entre intellectuels, quand il ne s’agit pas de Pierre-André Taguieff ou de Shmuel Trigano.

GES : Vous avez entièrement raison. Le fait est que l’État d’Israël représente un pôle identitaire affirmé, en tout cas dans les imaginaires collectifs. Et le signifiant « Israël » n’a jamais été compris, il a été combattu, mais pas compris. Le sionisme se trouve dans une situation paradoxale, du fait du caractère anormal ou atypique de l’histoire juive, au regard de la philosophie politique européenne. D’abord, le sionisme est la dernière expression du principe des nationalités, il s’est affirmé pour la première fois, avec un décalage de près d’une génération sur la dynamique d’auto-détermination née du printemps des peuples, en 1848. C’est du reste ainsi que son premier théoricien, Moses Hess, dans Rome et Jérusalem, explicite le titre de son livre en 1862: la dernière question des nationalités. Hess est le premier théoricien du sionisme, en ce sens qu’il renoue avec l’idée du caractère national du peuple juif, idée qui s’est perdue en terre chrétienne. Comment comprendre le sionisme, dans un contexte où l’idée de peuple suppose des critères précis : la base territoriale, la communauté de langue ? Or les Juifs ne sont nulle part chez eux, ils sont dispersés, n’ont plus de langue commune, et sont réduits depuis près de deux millénaires à supporter le carcan symbolique d’une entité théologique, ils sont « le peuple du Livre ». Voilà que sous la pression d’un mouvement antisémite international -pogromes en Russie, statut de dhimmi et violences antijuives dans l’empire ottoman, affaire Dreyfus en France, pétition des 200000 en Allemagne, floraison des ligues et des partis antisémites, etc. – ils entendent reconstituer leur nation. En Allemagne notamment 200000 signataires réclament que les Juifs soient déchus de leurs droits, récemment acquis ; cela se passe plus d’un siècle avant la Shoah, c’est déjà un évènement annonciateur…La dynamique du sionisme est à cet égard constante, depuis Moses Hess, jusqu’à Théodore Herzl, en passant par Léo Pinsker. Il s’agit pour les penseurs sionistes de rendre au peuple juif sa dimension historico-politique, ni plus ni moins.

Or ce n’est pas ainsi que l’entendent les nations, habituées, du fait de la polémique théologique contre le judaïsme, à considérer celui-ci comme une « religion ». Récemment, les travaux de Philippe Borgeaud – en particulier son étude : L’histoire des religions[4], a bien mis en évidence que cette notion de « religion » ne saurait s’appliquer à quelque culture que ce soit, en dehors du christianisme, parce que celui-ci va faire corps avec la « religion impériale » de Rome, et s’en approprier les formes symboliques, en tant que « religion d’État ». Le Judaïsme est une civilisation, qui a été déracinée par les empires. C’est à cette situation que le sionisme a entendu mettre fin. Le second paradoxe tient au fait que la souveraineté juive s’est surtout affirmée concomitamment à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à une époque marquée par le reflux du nationalisme, et bientôt la critique de l’État Nation. Le reflux du nationalisme est forcément assimilé au refus du bellicisme et de la violence doctrinale dont ont fait preuve le national-socialisme et les fascismes. Quant à la critique de l’État-Nation, elle s’est peu à peu déduite de la formation de l’Europe supranationale, dans le contexte de la polarisation Est/Ouest, à l’époque de la guerre froide. Une nouvelle ère culturelle s’est épanouie, fortement favorisée par le développement du post-marxisme et du post-structuralisme, sous le rapport de ce que l’on appelle d’un terme assez vague la philosophie post-moderne. Or cette pensée post-moderne est paradoxalement très marquée par la philosophie de Heidegger, l’artisan de Abbau, la destruction/déconstruction de… l’humanisme européen. À cet égard, les analyses de Jean-Pierre Faye (Le Piège[5], mais aussi la Lettre sur Derrida[6]) et celles de son fils Emmanuel Faye (L’introduction du nazisme dans la philosophie[7]) gagnent à être mieux connues. Au-delà du champ philosophique, le principe de la déconstruction a fait souche dans le débat idéologique : l’idéologie décoloniale est une métastase du post-marxisme mâtiné de déconstruction. C’est là que les deux souches virulentes se rejoignent : d’un côté la mauvaise conscience de l’Occident, qui, pour s’exprimer, recycle follement les idées du plus grand penseur nazi du XXè siècle, d’autre part l’idéologie du djihad conquérant, qui révèle le principe historique de l’islam primitif. Ces deux souches culminent dans une posture inlassable de ressentiment, dont Max Scheler a explicité les mécanismes, il y a déjà un siècle[8]. Néanmoins, la critique du néo-antisémitisme que représente sciemment l’antisionisme constitue un angle mort du débat public, comme s’il ne s’agissait que d’une « affaire juive ». Or c’est tout le contraire. Par leur complaisance et leur démagogie, les démocraties occidentales ont joué le jeu de la centrale palestinienne, elles l’ont financée, en relayant sa propagande anti-juive, depuis le milieu des années 60. Si des germes d’antisémitisme demeuraient vivaces en Europe, après la Libération, c’est à l’OLP que le monde actuel doit d’avoir été de nouveau submergé par cette vague d’antisémitisme. L’OLP dont j’ai naguère analysé la Charte[9], demeure le vecteur de propagation le plus virulent : elle a pris le relais de l’Église en matière de diffusion universelle de l’enseignement du mépris. Le discours canoniquede l’antisionisme, sa charte internationale, c’est précisément celle de l’OLP. Par ce texte, l’OLP signe sa double filiation : d’abord nazie et stalinienne, mais aussi par sa tonalité tiers-mondiste qui lui a conféré sa « respectabilité », pendant des décennies, auprès des gauches européennes. A la souche totalitaire, l’OLP emprunte explicitement, le schème conspirationniste des Protocoles des Sages de Sion, au tiers-mondisme, l’OLP emprunte l’idéologie anticolonialiste et l’anti-américanisme.

La charte du Hamas, plus récente, campe sur les mêmes positions. Voilà comment Y. Arafat, le jeune loup du Mufti, a refait surface, dans les années soixante, sous la guise de l’agnus dei au moment de la création du Fatah. Les anciennes connivences se sont manifestées ouvertement au moment du massacre des athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich : cet attentat avait été rendu possible grâce à la caution logistique d’anciens nazis. De nos jours, dans les manifestations « pro-palestiniennes », les « antisionistes » exhibent de nouveau la croix gammée sur leurs banderoles aux couleurs de la Palestine, ce n’est pas l’expression d’un ‘’dérapage’’, mais la signature d’une authentique filiation…Il y a ensuite la connivence totalement inattendue, mais par un effet de conjoncture, du discours des grands médias et du discours de l’extrême gauche, qui ont servi de relais aux prétentions de l’OLP, en fabriquant un véritable catéchisme – en un mot un vulgate– à destination du grand public : les grands médias, en vertu de l’alignement pro-palestinien des gouvernements successifs, depuis 1967, l’extrême gauche par son action continue sur la société civile, et ses capacités d’entrisme à l’université notamment. Voilà très précisément l’origine de la doxa antisioniste. Ceci tisse une trame très complexe, que l’absence totale de connaissance historique rend difficile à dénouer. D’où l’existence d’un phénomène idéologique globalement très structuré, qui constitue du point de vue cognitif une structure de piège, à laquelle il est presque impossible d’échapper. Lorsque la répétition s’en mêle, cela donne un mécanisme psycho-affectif qui court-circuite la possibilité même de la pensée, et impose au tout venant des conduites-réflexes. Cette doxa crée les conditions d’une véritable inhibition cognitive. L’ensemble de ces paramètres, leur combinatoire historique, liée à des stratégies délibérées, gouvernementales mais aussi militantes – de niveau logique entièrement distinct- contribuent à définir l’espace massif de ce « point mort », de ce que j’appelle l’angle mort du débat public en France, mais pas seulement.

YG : Nous savons depuis l’heureuse formule de Jankélévitch que « l’antisionisme est une incroyable aubaine pour les antisémites. L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est permission d’être démocratiquement antisémite ». Nous avons Tariq Ramadan ou encore  Jean-Luc Mélenchon comme exemples d’antisionisme radical. Mais il existe aussi des Juifs antisionistes en France, et des Israéliens antisionistes aussi : cela va de Shlomo Sand jusqu’à Elie Barnavi. Pourriez-vous faire la distinction entre ces formes d’antisionisme ? Qu’est-ce que c’est d’être antisioniste ?

GES : Vladimir Jankélévitch avait vu juste, en identifiant le principe génétique de l’antisionisme. L’antisionisme radical est une forgerie du nazisme et du stalinisme, reprise par le nationalisme islamiste des Palestiniens au début du Mandat britannique sur la Palestine, pour s’opposer à la progression du mouvement sioniste. Jankélévitch, tout comme Poliakov, qui avaient la mémoire des choses, appartiennent à cette génération qui a été témoin de la mue de la judéophobie traditionnelle. Selon moi, l’antisionisme est la dernière modalité historique connue de la judéophobie, après l’antijudaïsme théologique (chrétien puis musulman), et l’antisémitisme moderne (culturel, raciste et/ou nationaliste). Ces trois modalités sont liées par un même invariant : la criminalisation du fait juif, comme je l’ai écrit au début des années 2000 dans mon essai L’antisionisme. Israël/Palestine aux miroirs d’Occident, que Pierre-André Taguieff avait accueilli dans la collection qu’il dirigeait alors aux éditions Berg. À cet égard, l’antisionisme de Tarik Ramadan est congruent avec l’idéologie des Frères musulmans. Si nous savons généralement que son grand-père était le fondateur de la confrérie, l’on sait moins en revanche que son père était l’émissaire pour la Palestine du Grand Mufti de Jérusalem. Quant à Jean-Luc Mélenchon, son antisionisme est celui d’un communiste pro-soviétique reconverti dans le populisme islamo-gauchiste, rien que de très congruent là encore. Il existe donc bien ce que j’appelle une archive judéophobe, très étayée, dont la matrice est recyclée au gré des conjonctures. Sous ce rapport, l’antisionisme est un phénomène idéologique très structuré, qui permet de donner le change, sous le prétexte de faire valoir un point de vue anticolonialiste, aujourd’hui « décolonial ».T. Ramadan et J.-L. Mélenchon, sont des incarnations des souches idéologiques que je viens d’évoquer et de situer l’une par rapport à l’autre. Ce sont des alliés objectifs du point de vue tactique, et des alliés subjectifs du point de vue de leurs convictions propres : l’islamisme radical du premier, le laïcardisme agressif et l’opportunisme électoraliste de l’autre. Il existe aussi une genèse intellectuelle de gauche de l’antisionisme français, qui est lié à certaines lectures juives du marxisme, dans le contexte de l’après-guerre mais aussi de la décolonisation. Je vous propose d’examiner cet éventail de positons. Indépendamment d’une affiliation marxiste, pour beaucoup, le sionisme a été vécu comme une assignation, et la réponse élémentaire a consisté à opposer un refus, en cherchant à théoriser une alternative.

Ce fut le cas d’un intellectuel comme Richard Marienstrass, l’auteur d’Etre un peuple en diaspora (1977), qui reconduisait les conceptions diasporistes de l’historien Simon Dubnov, assassiné au moment de la liquidation du ghetto de Riga. À côté de cela, il faut prendre en considération le cas de la gauche juive, critique du sionisme, modérée ou radicale, qui  s’explique autrement. Cette conception s’origine d’une part dans Marx lui-même, mais très certainement dans les élaborations ultérieures – notamment autonomistes (le Bund) spécifiquement juives, ou internationalistes (trotskystes). L’opusculed’Abraham Léon : La conception matérialiste de ma question juive[10], a exercé une influence notable dans de nombreux milieux juifs détachés du judaïsme traditionnel. On voit pointer là la perspective d’une résolution de la question juive dans le cadre d’un universalisme de sensibilité révolutionnaire. Un universitaire influent en son temps tel que Maxime Rodinson, a occupé une place central dans ce dispositif. Auteur de Question juive ou problème juif ? ,il a fixé pour longtemps la norme de l’interprétation « coloniale » du sionisme, en donnant le ton par son article rédigé pour l’Encyclopaedia Universalis au début des années 70 du vingtième siècle. Simultanément, la descendance idéologique de communistes d’origine juive, tel que Henri Curiel, via Le Monde diplomatique, avec des vecteurs d’opinion comme son fils Alain Greisch, ou Dominique Vidal – tous deux passionnément antisionistes- a contribué et continue encore à brouiller les cartes sur la question de savoir qui est juif et surtout comment l’être. Ce sont ces intellectuels de gauche, « universalistes », qui ont contribué à ethniciser le sionisme, à le défigurer en présentant des versions controuvées de la révolution sioniste. Ces deux journalistes, experts auto-proclamés du Proche Orient ont consacré une bonne partie de leurs écrits et de leurs interventions à tâcher d’apporter la démonstration de l’indépendance de l’antisionisme et de l’antisémitisme.

Au regard de la connaissance historiques, ce sont des gesticulations sans pertinence, de pures théorisations polémiques qui servent des buts de conquête idéologique de l’espace public. Quant à leur collusion avec l’islamisme radical, elle est une caractéristique intrinsèque de leur engagement[11]. En leur temps, cela ne les a pas empêchés de suggérer à l’OLP de se rapprocher de la gauche européenne, ni de s’aligner eux-mêmes sur le principe du « socialisme dans un seul pays », qui, après tout, est un ultra-nationalisme, un nationalisme impérial au sens obvie de ce terme. Quelque chose de cette fibre est passé dans la gauche française parlementaire, laquelle entre socialisme et communisme a longtemps balancé pour adopter une position claire sur ce sujet. Les communistes ont toujours hurlé avec les loups, au nom de l’anticolonialisme et de l’anti-impérialisme. Quant aux socialistes ils étaient divisés, ou ambivalents, ou dans le déni. On se souvient du retournement du Parti Socialiste, pour des motifs électoralistes, au début des années 2000 : il suffit de rappeler les positions d’un Pascal Boniface, auteur de : Est-il permis de critiquer Israël ?, mais aussi à l’attitude de Lionel Jospin, alors premier ministre, au moment de la deuxième intifada : il n’y avait pas d’antisémitisme dans les universités, et l’antisionisme était un non-sujet… Le cas des israéliens antisionistes est différent, même si leur discours entre en convergence avec celui des antisionistes radicaux, en leur conférant une précieuse justification (« si ce sont des Juifs qui le disent, alors il est illégitime de nous taxer d’antisémitisme », etc.). L’antisionisme israélien repose sur plusieurs composantes. Il a différentes sources : le Berit Chalom[12], le sionisme marxiste, le sionisme socialiste, pénétré de moralisme, les nouveaux historiens, et le post-sionisme, qui est la modalité israélienne du post-modernisme. Chez les militants du Berit Chalom, règne une certaine naïveté, qui se condense dans l’impératif d’une éthique sans politique, à l’heure des pogroms antijuifs déclenchés par le mouvement palestinien ! De cette posture, il reste l’essentiel chez les antionistes israéliens, qui est un moralisme belliciste. Ainsi, le cas de Shlomo Sand est paradigmatique : il cumule la posture moraliste, le rejet de la tradition juive, comme prisme d’intelligibilité de la signification historique du sionisme, et l’adhésion crypto-communiste à la critique anticolonialiste, héritée du prisme de lecture marxiste. Quant à Elie Barnavi, ou à Abraham Bourg, ils sont représentatifs de l’élite du pays, installé, comme beaucoup d’intellectuels, dans la posture du donneur de leçon, également perméables au thème marxiste et post-marxiste de la prétendue culpabilité de l’Occident. Pour moi, ces esprits se leurrent, leur analyse est fausse, car elle prend pour référentiel les catégories de l’historiographie hégélienne : les Juifs ne sauraient avoir d’État, et s’ils en ont un, il ne faut surtout pas que celui-ci se distingue par des traits de caractère juifs. Mais le sionisme c’est précisément cela. Il a été pensé par le peuple juif dans un moment de grand péril, pour rétablir la souveraineté juive, en assumant l’histoire juive. Le sionisme authentique n’est pas en rupture avec le messianisme juif, il le vivifie mais ne l’abolit pas.

Les antisionistes juifs, on peut le présumer, expriment d’abord un besoin de normalisation, qui cache une demande d’amour : « ’Acceptez-nous, aimez-nous, nous ne sommes pas différents de vous, nous sommes comme vous ». À ce compte, il était inutile de se défendre contre la judéophobie, ou de chercher à affirmer une indépendance nationale. Les nations avaient envisagé tout ce qui pouvait convenir à ces Juifs-malgré-eux : depuis l’universalisme-assimilationniste des Lumières, jusqu’à la solution finale des nazis. C’est ce malaise, ce refus d’être soi-même qui explique l’histrionisme pathétique d’un Shlomo Sand, et avant lui d’un Michel Warshawski.  Que l’ENS-Ulm accueille Sand en conférencier est un signe marquant de décadence culturelle. Je crois qu’étant donné le peu de rigueur intellectuel de Sand, même Louis Althusser ne l’aurait pas toléré … On serait tenté, dans le cas de Sand, d’arguer de la haine de soi, dont Théodore Lessing a fait l’analyse.. Mais je ne suis pas favorable à cette analyse psychologique. Il s’agit pour moi d’un problème idéologique qui a sans doute des conséquences psychiques. Lessing parlait pour une certaine catégorie de Juifs cruellement atteints par le malaise identitaire dans une société qui les rejetait, en dépit de leur volonté d’assimilation et de leur loyalisme. Tout cela c’était avant la Shoah, et avant la création de l’État d’Israël. L’antisionisme d’une partie des israéliens n’a plus grand-chose à voir avec ce phénomène individuel. Il est le symptôme partiellement collectif d’une volonté de normalisation. Volonté très marquée à gauche notamment : « Être un peuple comme les autres », mais sans la fierté patriotique des premiers sionistes. N’est-ce pas l’écrivain A. B. Yehoshua qui a publié un essai au titre éloquent : Pour une normalité juive. Selon cet auteur, la normalité juive, c’est la normalité des nations, mais dans un contexte historico-politique, où à l’heure des nations précisément, la judaïté cesserait d’être un point de reconnaissance identitaire. Cette tendance s’explique encore justement par le poids rétrospectif mais toujours pesant que représente le double héritage de l’histoire juive, sous son versant négatif avec la Shoah, dont il ne faut pas sous-estimer la gravité en matière de traumatisme collectif, et sous son versant biblique non pas « particulariste », mais singulier. Ce double héritage est très lourd à porter. Comme l’a montré E. Yakira dans : Sionisme, post-modernisme, Shoah[13], l’État d’Israël s’est en partie construit contre l’histoire du judaïsme diasporique. Les fondateurs ont voulu apurer les comptes, et bâtir une nation israélienne qui ne serait plus comptable de ce passé qui était aussi un passif. Ce sionisme déraciné de son historicité -positive (la tradition du judaïsme historique) et négative (la Shoah, rançon de la judéophobie diasporique)- c’est cela qui a fait le lit du post-sionisme. Il y a enfin le cas d’intellectuels dont on ne peut pas dire qu’ils soient antisionistes, mais qui du fait de leur adhésion au schéma de l’analyse marxiste de l’histoire tendent à ignorer la singularité de l’histoire juive, en projetant sur l’histoire du sionisme les mécanismes coloniaux. Il est symptomatique que lorsqu’ils sont francophones, ces intellectuels fourbissent leur critique en usant de références qui sont celles de la colonisation française. Ils seront ainsi enclins à analyser le conflit palestino-israélien dans les mêmes termes que des militants du F.L.N analysaient la nécessité de l’indépendance algérienne. Je me souviens ainsi d’une soirée thématique, au début des années 90, à la cinémathèque de Tel-Aviv, organisée par Denis Charbit et Elie Barnavi, autour de la projection du film : La bataille d’Alger. Voilà le fonds de commerce idéologique de la gauche israélienne, à l’heure du débat sur l’identité nationale… Après la projection, tout l’échange avec la salle a tourné autour de l’argumentaire selon lequel les Israéliens agissaient dans les « territoires » comme les bérets rouges de Bigeard avec le F.L.N. Ce jugement faux n’est pas de nature à enrichir la compréhension des véritables enjeux du refus palestinien. À partir de ce schème, plusieurs générations d’Israéliens déculturés, ont été éduqués par de mauvais maîtres avec la conviction d’être issus d’une nation d’envahisseurs et de colons, au sens des impérialismes européens. Mais un Juif ne sera jamais un « colon » en Judée ! L’inculcation de ce même schéma dans les universités, et le développement de deux discours concomitants, à partir de grilles de lecture complètement inappropriées, à quoi se sont ajoutées les thèses analogues des « nouveaux historiens » (exception faite de Benny Morris) procède d’une erreur de jugement, qu’il est aisé de repérer.

Y.G. : Vous avez fait allusion au climat qui règne dans les universités françaises. Quel rôle jouent-elles dans la diffusion de l’antisionisme ?

G.-E.S. : Ce sont moins les universités en tant que telles que certains universitaires, militants actifs de la cause palestinienne, qui ont considérablement pesé dans la politisation des universités. Au fil des décennies, celles-ci sont devenues des foyers significatifs de promotion de l’antisionisme. Une fois encore cela remonte à la fin des années soixante, lorsque l’extrême gauche a inventé de toute pièce la cause palestinienne, comme un motif clef de la mobilisation du monde étudiant. D’année en année, il s’est créé un profil type de l’universitaire progressiste, nécessairement hostile à Israël, précisément sur le thème anticolonialiste, ce qui en dit long sur l’ignorance ou la mauvaise foi partisane de ces individus. Ils n’ont aucune autonomie de pensée, puisqu’ils participent par leurs discours consensuel d’une culture du psittacisme qui leur donne forcément raison… Au début des années 2000, ces mêmes collègues ont été des acteurs actifs du BDS, et nous avions dû faire beaucoup d’efforts pour enrayer une première fois ce mouvement. Ce sont les mêmes qui ont érigé en spécialité professionnelle l’analyse du discours des candidats à la présidence de la République, ou bien l’analyse du discours du Front national, pensant ainsi faire acte de résistance. Comme si l’histoire se répétait. Mais voilà une conception bien pauvre de la fonction critique, aussi bien que de la résistance, puisqu’à bien considérer les positions politiques en jeu, ces mêmes universitaires-militants forment la 5è colonne de l’islam radical. Ils représentent un certain dévoiement de la gauche, puisque par la nature même de leurs actions, ils fédèrent la nouvelle internationale antisémite, en lui offrant une caution académique. En admettant qu’il y ait quelque chose de progressiste à défendre la cause palestinienne, je pense avoir rappelé ce que cette cause avait de sujette à caution à sa racine même. Comment des gens qui se prétendent démocrates peuvent cautionner un mouvement dont l’idéologie de référence est celle des Frères musulmans ? Il y a là une sorte de dissociation philosophique que je m’explique mal, puisqu’à tout prendre, ces fonctionnaires de la République cautionnent quand même un projet – si on peut encore user de ce terme – profondément rétrograde : le refus de la souveraineté juive, la diffusion de l’agenda politique du terrorisme, et bien entendu le rejet de la société ouverte. Le discours de cette clique est celui d’une nouvelle forme de  fascisme: désignation de l’ennemi (« l’entité sioniste », « les sionistes »), suivi de son essentialisation (« colons », « occupants », avec toutes les connotations inhérentes à ces termes en Europe), le simplisme idéologique, le révisionnisme historique, l’esprit de délation, etc. Il s’agit d’une véritable institutionnalisation de la délinquance, fondée sur la diffusion d’un nouvel enseignement du mépris qui fait lien avec le modus operandi de l’antisémitisme classique. La péjoration constante du sionisme, ainsi que la délégitimation morale de l’État d’Israël, les mensonges régulièrement distillés n’ont pas peu contribué à la subversion du débat public. En ce sens le nouvel antisémitisme se trouve alimenté par le discours des ennemis d’Israël entré en convergence avec celui que véhicule, pour des raisons économiques ou électoralistes, les élites gouvernementales. Ce climat fait chorus avec la désinformation qui prévaut en France, si bien que ces enseignants portent une grande part de responsabilité dans l’effondrement du niveau culturel et le décervelage des étudiants dont ils ont la charge. Il y a enfin un paradoxe qui ne laisse de me faire méditer : l’antisionisme s’affirme au nom de l’amour de la paix, mais il faut bien dire qu’en tant que pacifisme de principe, il constitue la forme la plus sournoise du bellicisme.

YG : La France soutient l’OLP, organisation terroriste dirigée aujourd’hui par un négationniste, Mahmoud Abbas, couronné par l’Académie des Science russe pour sa thèse qui met en doute la Shoah. Elle a aussi soutenu son prédécesseur, Arafat, auteur de nombreux actes terroristes, organisateur de massacres génocidaires au Liban dont peu de français ont entendu parler. Quel est l’intérêt de la France dans ce soutien ?

GES : Les intérêts géopolitiques de la France ont amené les régimes et les gouvernements successifs à considérer que le monde arabe était un débouché et un allié naturel : sous la  monarchie, l’empire, la République, c’est un invariant. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, nous savons que la France a offert l’asile au Mufti de Jérusalem, qu’elle a aussi permis sa fuite, sous une fausse identité, ce qui lui a permis d’échapper au Procès de Nuremberg. La France savait ce qu’elle faisait, mais elle l’a fait en songeant au bénéfice qu’elle pourrait un jour tirer de ce geste. Après le renversement d’alliance, le tournant anti-israélien pris par De Gaulle, la France a choisi de s’impliquer en faveur de la cause palestinienne : Arafat, qui avait été l’émule du Mufti (il comptait au nombre de ses proches à l’époque de l’alliance entre le mouvement national palestinien et la diplomatie nazie), est devenu un allié fiable et fidèle. Elle lui a témoigné son soutien, et l’a accueilli dans ses deniers jours à l’hôpital des armées du Val de Grâce, tout un poème. Mais c’est aussi la France, qui a offert l’hospitalité à l’imam Khomeini, en chemin vers Téhéran, au moment de la révolution islamique. C’est cela la realpolitik…C’est encore la France républicaine qui a doté l’Irak antisioniste de Saddam Hussein d’un réacteur nucléaire que l’aviation israélienne a détruit pour ne pas permettre qu’Israël vive sous la menace d’une extermination nucléaire. N’eusse-t-il pas été plus cohérent que la France des Lumières, persiste à s’affirmer l’alliée naturelle d’Israël, après Vichy, après des siècles de présence des communautés juives en France ? C’est aussi la France républicaine qui a délibérément pris le parti de désinformer les citoyens français, en distillant via l’AFP les contre-vérités les plus grossières. Realpolitik, une fois de plus. Selon la même ligne de cohérence diplomatique, c’est encore la France qui détient à l’ONU le record des condamnations d’Israël, aux côtés de la majorité automatique, traditionnellement hostile à Israël (en vertu de la théologie politique de l’islam). Ceci étant, j’attends le moment où les paix d’Abraham, récemment conclues entre Israël et ses principaux ennemis arabes, porteront de tels fruits, que certains secteurs de l’Europe seront les derniers tenants de l’antisionisme, tandis que l’antisionisme sera devenu minoritaire parmi ses principaux tenants historiques. Aujourd’hui le gouvernement de Khartoum demande la « normalisation » avec Israël, alors que c’est à Khartoum que fut proclamé par la Ligue Arabe, en 1967, le programme des « 3 non à Israël » : non à la reconnaissance, non à la négociation, non à la paix… La topologie internationale sera entièrement modifiée : il y aura d’un côté les anciens ennemis ligués dans des alliances de coopération, et de l’autre les antisionistes has been, décoloniaux et post-modernes, emmenés par la France, avec ses mantras du Quai d’Orsay (« la solution à deux États »…). La position intangible de la France participe d’une longue tradition de réalisme politique et de pusillanimité, très bien analysée par David Pryce-Jones, dans son ouvrage : Un siècle de trahison, la diplomatie française, les Juifs et Israël (1894-2007). À mes yeux, cela est impardonnable, car la France – précisément en tant que puissance impériale et coloniale- a été présente dans le monde arabo-musulman pendant près d’un siècle et demi. N’a-t-elle rien retenu de cette si longue présence ? N’a-t-elle tiré aucune leçon du jusqu’auboutisme du FLN, dont les historiens admettent seulement aujourd’hui les racines islamistes ? En un sens nous avons là le même phénomène qu’avec l’OLP, qui est en réalité une émanation des Frères Musulmans palestiniens, mais qui a eu l’intelligence tactique de se couler dans le tiers-mondisme pour rendre acceptable son antisionisme. Le véritable point de mue se situe là, c’est cela la convergence des luttes…

YG : Pourquoi qualifiez-vous de mantra la position française et européenne de « la solution à deux États » ?

GES : Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que cette formulation, aujourd’hui dotée d’une efficience quasi-hypnotique, n’est qu’un argument d’autorité, dans la mesure où elle fait écho avec les pseudo-arguments de la sous-culture antisioniste. La prétendue « solution à deux États » est la traduction diplomatique du narratif palestinien, de la contre-vérité selon laquelle « le » sionisme, et l’État d’Israël sont fondés sur l’exclusion et l’expulsion des Arabes de Palestine. Or il faut ici rappeler un certain nombre de faits, que la propagande et la Realpolitik méprisent sans reste. Tout d’abord la Palestine, qui est le cadre de référence géopolitique à l’intérieur duquel se sont développés les deux nationalismes – juif et arabe- n’a jamais été le cadre de la moindre entité nationale palestinienne. « La » Palestine fait alors partie de la grande Palestine, qui inclut alors la Syrie et le Liban. Du reste, les congrès nationalistes ne se tiennent pas en « Palestine » (ni à Gaza, ni à « Jérusalem-Est », ni à Jéricho), mais à Damas. Pendant la période du Mandat britannique sur la Palestine (une autre partie de la Palestine est confiée à l’administration française…), les « Palestiniens » du Mufti de Jérusalem n’auront pas le moindre respect pour les communautés juives religieuses, ce dont témoigne le massacre de Hébron, notamment. Lorsqu’ensuite, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU vote le partage de la Palestine, en deux États – l’un juif, l’autre arabe-, les Arabes palestiniens, ont la possibilité d’affirmer leur dignité nationale. Non seulement ils rejettent cette décision internationale, mais ils se lancent avec la Ligue Arabe, dans une guerre d’extermination contre l’État d’Israël, car le mouvement sioniste, quant à lui, a dit « oui » à ce partage, et s’en contente. La possibilité d’un État palestinien faisait donc partie de l’agenda international, et il a été refusé au mépris du droit international. Après la défaite militaire, les Arabes de Palestine, sous la emmenés par le Fatah, ont inventé le terrorisme international, c’était leur alternative au droit international, précisément. Il faut encore rappeler, et cela ne choque personne et n’a jamais choqué personne, que les Britanniques ont créé la « Trans-Jordanie » (l’actuelle Jordanie) en …1922, pour trouver justement une solution nationale au « problème palestinien ». Tout cela est oublié. À la suite de la guerre d’indépendance, les portions territoriales allouées à l’État Arabe de Palestine, ont été annexées, respectivement par l’Égypte (la bande de Gaza) et la Jordanie (la Cisjordanie). Ce n’est qu’à la fin des années soixante-dix que l’Égypte et la Jordanie ont renoncé à leurs annexions, obligeant Israël à se débrouiller avec les populations de ces territoires. Il s’est produit dans l’intervalle deux autres guerres d’extermination – celle de 1967 et celle de 1973- que la Ligue arabe a encore perdues. Puis, l’État d’Israël a cru bon d’engager des négociations avec la centrale palestinienne (OLP), ce qui a conduit aux Accords d’Oslo, parce que depuis la création du Fatah et le ralliement international à « la cause palestinienne », la terre entière exigeait à l’unisson une « solution à deux États ». Nous connaissons la suite : aux termes des Accords de 1993 (Oslo), les « Palestiniens » ont obtenu l’autonomie politique graduelle. C’est la vague d’attentats des années suivantes qui a enrayé ce processus, et l’irrédentisme des mêmes « Palestiniens », bientôt rejoints par la faction plus radicale du Hamas. Depuis 2006, les « Palestiniens » sont gouvernés par deux entités politiques : le Hamas dans la Bande de Gaza, l’Autorité palestinienne en « Judée-Samarie », c’est-à-dire sur le territoire qui est le berceau historique du peuple juif. Voilà pourquoi le principe de « la solution à deux États » est un mantra hypnotique, parce qu’en vérité il existe déjà trois entités nationales palestiniennes : une monarchie (la Jordanie), un mini-État islamique (la Bande de Gaza), et une dictature tiers-mondiste (Jéricho et ses dépendances). En sorte que l’État palestinien que revendique l’antisionisme coïncide avec l’exigence inacceptable de la disparition de l’État d’Israël en tant qu’État du peuple juif. À cet égard, alors que les antisionistes et leurs émules moutonniers se sont fait une spécialité de dénoncer les « crimes de guerre » d’Israël, et les entorses au droit, ce sont eux en vérité qui incarnent le parangon du non- respect du droit international, et ceci depuis le début de l’histoire d’un conflit, dont ils sont les uniques responsables.

Si l’antisionisme ainsi compris triomphait, la solution à « deux États », serait en vérité une solution à quatre États : l’État d’Israël, devenu binational, la Bande de Gaza, la Jordanie, et les territoires de l’Autorité palestinienne de M. Abbas. Le principe de la « solution à deux États » est une formule qui n’a qu’une portée et qu’une valeur idéologique, dans un monde désymbolisé. Il est le symptôme manifeste de ce que l’Europe, mais aussi une partie des États-Unis, et par extension tous les partisans de la « solution à deux Etats » ignorent avec l’histoire les rudiments du calcul mental, en se convertissant massivement au narratif palestinien, qui est la version laïque de la sha’ada – la formule religieuse de la conversion à l’Islam. Du reste si les analphabètes ne savent pas lire, ils ont à tout le moins la possibilité de s’informer par des supports visuels : il suffit de ne pas être aveugle pour lire sans le moindre risque d’erreur la signification du logo de l’OLP, ou celui du Hamas. Le logo de l’OLP représente la géographie de l’actuel État d’Israël, couverte par deux fusils croisés, tandis que celui du Hamas, représente la Mosquée d’El Aqsa, auréolée de deux sabres : un beau mélange des deux versions de l’islam, radical avec les cimeterres  de l’expansion des premiers siècles, et « modéré » avec les fusils vendus par la Russie, et la Chine. On ne peut mieux établir le caractère substitutif de la « cause palestinienne », qui est le nouveau cri de ralliement des antisémites, pour toutes les raisons que j’ai dites. À tous égards, c’est l’antisionisme qui est intrinsèquement hors la loi.

YG : Vous faites apparaître le caractère pervers de ce narratif, banalisé à l’extrême

GES: Pour le moins, puisque le narratif palestinien est un narratif de substitution du narratif de l’histoire juive. La différence entre les deux narratifs, c’est que le narratif juif articule une mémoire historique, alors que le narratif palestinien est un leurre idéologique, l’un des aspects du caractère spéculaire de toute idéologie. Le narratif palestinien donne à reconnaître quelque chose qui ressemble à la passion du Christ. Les « Palestiniens » sont les nouveaux crucifiés… Leur propagande victimaire a su exploiter tous les ressorts de l’âme occidentale, et de la culpabilité européenne. Quoi de plus apaisant pour des nations qui ont été le théâtre de la Shoah de se convaincre, à l’unisson avec les faussaires du Hamas et les négationnistes de l’OLP que « les victimes d’hier, sont les bourreaux d’aujourd’hui », en faisant accroire qu’Israël a mis en œuvre « le génocide du Peuple palestinien » ? Le narratif palestinien reprend mot pour mot les éléments de langage de la mémoire juive : la clef de la maison que l’on a dû abandonner, le thème de l’exil et de la diaspora, celui de la spoliation, des massacres, de la résistance « héroïque » (des « combattants palestiniens »), analogue de celle du ghetto de Varsovie. C’était la rhétorique du journal Libération, à l’issue de la première guerre du Liban, au moment où l’OLP a quitté Beyrouth, sous escorte internationale. En leur temps, les combattants du Ghetto de Varsovie, qui étaient sionistes, et qui ont livré leur combat dans l’indifférence générale, n’ont pas eu cette chance…

Le motif de « la clef de la maison », est un emprunt aux récits des Juifs sépharades et orientaux expulsés des pays arabes après les indépendances. De ce seul point de vue, l’antisionisme a aussi su faire oublier qu’un million de Juifs ont été expulsés des pays arabes, entre 1948 et 1975, et qu’à ce jour il ne subsiste plus une seule communauté juive d’importance significative sous ces latitudes. Je suis moi-même issue d’une famille sépharade, et à ma connaissance, aucun Juif issu de ces contrées n’a été élevé dans la haine de ses anciens voisins, ni envisagé de demander un statut de réfugié héréditaire…Quant aux comparaisons outrancières, elles sont des lieux communs bien connus de la presse de gauche et d’extrême gauche, depuis que l’AFP, s’est mise au service de la « cause palestinienne », et qu’elle diffuse journellement les contes et légende de Palestine à l’intention de populations anesthésiées. On conçoit aisément la part de distorsion, de manipulation et de cynisme qui entre dans cette réécriture intégrale de l’histoire. En vérité la progression de l’antisionisme, lorsque l’on évoque la profondeur de son arrière-plan historique, se confond avec l’histoire d’une catastrophe culturelle de très grande ampleur : déshistorisation, naturalisation de contre-vérités, standardisation des mentalités, dégradation de la vie politique, subversion militante des institutions, polarisation extrême des adversaires, langue de bois et langue de coton, nivellement des « élites »,  « rationalisme morbide », au sens de la psychopathologie.

YG : La cause palestinienne est la raison d’entente entre tous les mouvements destructeurs qu’on appelle depuis une vingtaine d’années « islamogauchistes ». Si la France et l’Europe soutiennent cette cause contre Israël, comment espérer venir à bout de la haine d’Israël et comment arrêter la destruction de l’État Nation dont Israël donne l’image exemplaire et si détestée par les décoloniaux ?

GES: Notez bien que pour la coalition islamo-gauchiste, la destruction de l’État-Nation, et le harcèlement d’Israël sont de bonnes et saintes causes. Il n’y a que ceux qui se reconnaissent dans la forme de l’État-Nation, ceux qui mesurent la vie politique à l’aune des prérogatives et des devoirs de l’État-Nation – notamment démocratique- qui se sentent affectés par ce que vous qualifiez de destructivité. Il y a également ceux pour lesquels la souveraineté d’Israël est indiscutable, qui ont encore conscience du danger que représente l’islamo-gauchisme, pas seulement sur le plan politique, mais également culturel et sociétale. Une Europe des nations, qui exprimerait formellement son attachement à la démocratie, aux principes de la société ouverte, sans rien concéder à ses ennemis, serait sans doute la première étape de ce nécessaire redressement. Ensuite, un sérieux examen de conscience de la classe politique, de la gauche en particulier, aujourd’hui éclatée et divisée. Les fractions de droite aussi doivent se poser des questions, tout particulièrement la droite mondialiste, qui n’a eu de cesse pour des motifs économistes de contribuer à l’affaiblissement des identités nationales. Un débat sérieux doit se mener en Europe sur l’identité et la raison d’être de ce que Husserl appelait le telos de l’humanité européenne. Mais le problème est que les États-Nations européens n’ont pas fait le choix de défendre l’État d’Israël, et cela apparaît finalement comme leur talon d’Achille : comment concilier l’universalisme abstrait avec l’engagement soutenu qu’exigerait la défense d’Israël, qui, après tout, se situe dans le même camp politique et culturel qu’eux-mêmes ? Les élites européennes doivent cesser de se montrer pusillanimes et d’encourager à l’abdication de tout patriotisme. Cela me paraît d’autant plus nécessaire que l’État-nation laïc et universaliste est une forme historique, comme telle susceptible de passer. Or du point de vue historique, les identités ont été contenues et justifiées par deux sortes d’ensembles : étatiques ou impériaux. À quoi ressemblerait l’Europe fondée sur le principe de l’État-nation, en cas de victoire de l’islamo-gauchisme ?

YG : Quel rôle jouent les intellectuels dans la propagation des idées antisémites et antisionistes ? Qui sont aujourd’hui les propagateurs essentiels des idées anti-juives ?

GES : Tous ceux qui les diffusent, mais aussi tous ceux qui sont indifférents à leur diffusion et ne s’y opposent pas explicitement ni publiquement. Le spectre est assez large, il peut inclure nombre de nos collègues pour lesquels l’antisionisme, sa banalisation, font partie des naturalités de la vie politique et civique française avec lesquelles il est possible de composer. Par leur inaction, ils y contribuent. Qui ne dit mot consent. Je crois discerner quelques sursauts en ce moment, mais ils se sont tus longtemps, optant pour la posture de la majorité silencieuse en temps de crise. En sorte que là comme naguère l’antisémitisme était une affaire juive, aujourd’hui l’antisionisme est-il l’affaire de ce que la propagande désigne comme les « sionistes », avec cette tonalité d’invective qui entache aujourd’hui l’usage de ce signe. Cela me rappelle le mot du pasteur Niemöller : «  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate ; Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste ; Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  » Puissent nos collègues n’avoir pas réagi trop tard. Mais c’est une loi toute humaine, démentie par un nombre infime d’intellectuels – je pense à François Rastier. Les gens ne réagissent, s’ils le peuvent encore, que lorsqu’ils se sentent inquiétés dans leurs intérêts immédiats, ce sont des mécanismes corporatistes. Les intellectuels anti-décolonialistes réagissent aujourd’hui, parce qu’ils ont fini par se sentir concernés par les attaques du décolonialisme. Comme la plupart sont aujourd’hui gênés pour faire leur travail – la grande majorité sont des professeurs d’universités, et mieux encore des professeurs en retraite, presque au sens militaire du mot ! – eh bien ils réagissent, et pour les plus âgés, ils se désolent de voir les outrages que l’on fait subir à leur Alma Mater. Où étaient-ils depuis les premiers coups de boutoir de l’islamo-gauchisme ? Étaient-ils sourds, ou aveugles, ou naïvement persuadés que ce mouvement ne sortirait pas des marges ? Quant à s’impliquer pour réfuter la xénophobie antisioniste, à ce jour, et depuis 20 ans je n’ai pas lu une ligne de l’un d’entre eux sur ce sujet. Cela doit faire partie de ce qui est supportable, et peut être normal, voire éthiquement acceptable. Ils sont aussi comptables d’un clivage que toute la gauche, disons respectable, de Mitterand à Hollande, mais aussi la droite – de De Gaulle à Macron- a fortement inculquée : il faut protéger les Juifs, sanctuariser les victimes de la Shoah- mais il est nécessaire de participer aux pogroms médiatiques et diplomatiques contre Israël. Au mieux, ils s’abstiennent. C’est proprement le fait d’une cécité, aussi bien en matière de connaissance historique que de façonnement du « citoyen français ». Mais à leur décharge, je dois admettre qu’il était peut-être difficile d’interpréter que l’antisionisme des années 2000 était le signe avant-coureur de l’idéologie décolonialiste protéiforme qu’ils combattent aujourd’hui. Ceux qui le font, tous les collègues qui se sont aujourd’hui fédérés dans l’Observatoire du décolonialisme ne manquent ni de courage ni d’acuité pour le combattre et le réfuter avec une belle intelligence, et l’engagement dont ils témoignent les honorent. À côté de cela, la naturalisation de l’antisionisme, radical puis distingué, sous couvert de critique de la politique israélienne, est un tropisme caractéristique de la mentalité européenne, l’une de ses figures obligées. Or tout est là, sur l’échelle du préjugé, où situer le degré d’acceptabilité d’un énoncé ? Par leur non-interventionnisme, par leur silence – embarrassé ou complice- les intellectuels jouent donc un rôle majeur, celui de vecteurs d’opinion, même quand ils ne font rien, du moment qu’ils ne s’y opposent pas. Tout dépend, au-delà de la sphère académique, ce que l’on entend par « intellectuel » : les journalistes qui sont aujourd’hui des militants pro-palestiniens, et qui ont contribué à désinformer la population sur Israël, en relayant le narratif de l’OLP sont-ils des intellectuels ? Qu’est-ce qu’un porte-parole alphabétisé mais entièrement ignorant, et entièrement conditionné par le Zeitgeist de son aire culturelle ?

YG : Des personnalités phares du néo-féminisme radical se distinguent par leur antisionisme affiché. Judith Butler soutient ouvertement le mouvement BDS et signe régulièrement les pétitions anti-israéliennes, elle n’hésite pas à déclarer que les Frères Musulmans sont une organisation démocratique et qu’Israël est un état colonisateur. Angela Davis est une illustre antisioniste, la très décoloniale Françoise Vergès n’hésite pas à parler de l’état colonial, militariste, machiste et indifférent à l’autre. Pourquoi ces féministes radicales se fixent sur Israël à l’instar des décoloniaux, de la gauche radicale et des islamistes ?

GES : En agissant comme elles le font, toutes ces personnalités ont la conviction de témoigner publiquement de leur engagement humaniste et universaliste. Autrement, elles ne le feraient pas. C’est donc qu’elles ont intériorisé les équations efficaces dont je parlais tout à l’heure. Mais au fond de leur engagement, il se joue pour elles, un combat éthique de premier plan, très caractéristique de la post-modernité : c’est la lutte contre la civilisation patriarcale. Mieux, c’est la volonté d’en découdre avec le fantasme du patriarcat oppressif. De ce seul point de vue, le féminisme radical se déduit de l’antijudaïsme qui sous-tend l’antisionisme. Le signifiant Israël agrège toutes les figures de l’autorité : le père, le juge, le maître, le guerrier… Ce radicalisme est la marque de l’intolérance à ce que représente la figure archétype du juif. Il n’est donc pas étonnant que la convergence des luttes s’articulent également sur un substrat symbolique qu’il s’agit de contester à sa racine. C’est une expression de ce que les psychanalystes Bella Grumberger et Jeanine Chasseguet-Smirgelont appelé L’univers contestationnaire. Il s’agit toujours de tuer le juif symbolique. C’est le principe même de la désymbolisation contemporaine, qui consiste à s’attaquer au cadre du moralisme judéo-chrétien présumé. Il y a au fond de cette posture un fantasme parricide. Les psychanalystes les plus avisés ont identifié et dénoncé le danger d’une telle geste : la contestation de la tradition est au cœur de la destruction des généalogies que garantit le nom du père. Or le monde d’après Auschwitz se distingue justement par ce que A. Mitscherlich a appelé « la société sans père », et Lacan après lui le « déclin de la fonction paternelle ». Le mal est profond, et ce même diagnostic reconduit par des auteurs plus récents : Charles Melman, Jean-Pierre Winter, etc. Il y a peut-être une corrélation entre la destruction des Juifs d’Europe et la poursuite du fantasme parricide. Ce même fantasme commande d’abord les polémiques théologiques, il s’agit toujours de détrôner le père, de le remplacer. L’antisionisme est une figure freudienne, la horde des fils lancés dans la reconduction inlassable du meurtre du père, et revendiquant pour eux une infinité de droit, une jouissance infinie.

YG : Y-a-t-il une particularité de l’antisionisme de certains intellectuels juifs, comme J. Butler que j’évoquais à l’instant, ou bien N. Chomsky ?

GES : Le discours que tient J. Butler procède d’une posture typiquement juive, caractéristique de l’Amérique du Nord. N. Chomsky l’a précédée, au nom de la critique de l’impérialisme. Le propre de ces « intellectuels juifs » est précisément de ne plus se rallier au judaïsme au sens historique et culturel de ce terme. Ce profil intellectuel s’analyse en termes très particuliers. Ces intellectuels appartiennent à la tradition du radicalisme américain, assez proche de la philosophie libertaire, quoique Butler ait évoluée vers la déconstruction, ce que n’a pas fait Chomsky, lequel campe sur des positions qui sont celles du paradigme anti-impérialiste « classique ». Il s’agit d’intellectuels d’origine juive, entièrement déjudaisés. Ils ont été littéralement aspirés par la logique centrifuge du narratif victimaire, distinctif du palestinisme. Ils sont également très représentatifs, à ce titre, des effets clivants de la judéophobie : la culpabilisation des Juifs par la propagande palestinienne, a poussé nombre de bons esprits à se désolidariser du peuple juif et du destin national du peuple juif, en préférant un choix individualiste, plus fortement valorisé dans le contexte d’une culture académique-universaliste. Autrement dit, c’est un ethos. À cet égard, ils sont des incarnations de l’universalisme abstrait, sans se rendre compte qu’en tant qu’idéologie dominante de l’impérium Nord-américain, cette posture est un ethnocentrisme qui s’ignore. Il en résulte que toute identité singulière collective, devient la cible de leur péjoration. Dans la droite ligne de leur choix philosophique, ils naturalisent leur choix existentiel, qui est celui  d’une assimilation provocatrice qui les exonère de toute compromission avec l’Israël historique qu’ils appellent à discriminer. De manière tendancielle, ce sont des figures héroïques de l’identification à l’agresseur, de solides cautions de l’antisionisme, puisque si ce sont des Juifs qui le diffusent, alors c’est que ce doit être « vrai ». Cette façon de donner le change les installe comme des porte-parole de la justice, alors qu’ils pêchent contre l’esprit. Mais ces choix les protègent de l’hostilité d’ennemis inconciliables, puisqu’ils les devancent et les justifient.

YG : Vous revenez souvent sur l’idée que l’hostilité vis-à-vis du principe de l’État juif trouve aussi sa source dans une conception abstraite de l’universalisme. Que voulez-vous dire ?

GES : Il s’agit en effet d’un point important. La plupart des adversaires doctrinaux d’Israël s’entêtent à critiquer son « particularisme », son « exclusivisme », etc. Notez-bien que cette objection est en phase avec une caractéristique originaire de la judéophobie historique, puisque l’Église, aussi bien que l’Islam visent justement le « séparatisme » juif, son entêtement à refuser de se fondre dans la majorité, en reconnaissant la vérité théologique des deux autres monothéismes. Cette même disposition a conditionné la conception de l’universalisme des sociétés sécularisées. Un certain nombre de penseurs, dont Karl Lowith dans Histoire et salut. Les présupposés théologiques de la philosophie de l’histoire, ont fait apparaître que la modernité est en effet une sécularisation de la théologie de l’histoire : c’est le principe même de la généralisation d’un modèle de société qui se comprend lui-même comme impliquant l’uniformisation idéologique des membres qui la constituent, même lorsque ces sociétés se fondent sur la séparation des pouvoirs, et que de ce fait elle garantissent les libertés individuelles (de conscience, de religion, notamment). Il est également remarquable, que la plupart des penseurs postmodernistes ont appuyé leur critique socio-politique de la mondialisation capitaliste sur un retour à l’universalisme paulinien, dont l’allergie au « particularisme » juif est emblématique. D’autant qu’il s’agit d’un particularisme coupable (historiquement lié au rejet de la messianité de Jésus). Le thème théologique de la perfidie des Juifs – c’est-à-dire de leur « infidélité »- est constitutif de cette conception. Or, sans la moindre exception, les principaux théoriciens du postmodernisme professent une position antisioniste, en reconduisant à l’encontre d’Israël, l’objection de particularisme, et pour ce faire, ils articulent leur conception sur une référence explicite à l’universalisme de St Paul ! Le tournant altermondialiste des penseurs post-modernes Toni Negri, Alain Badiou, Giorgio Agamben, Slavoj Zižek, signe l’appartenance de leur vues à cette double dépendance matricielle : la promotion de ce que j’appelle « l’universalisme abstrait » coïncidant avec la dénonciation du « particularisme juif », qui s’exprime sous le rapport du « sionisme », notamment chez les trois premiers. Une fois de plus, sous la plume de ces auteurs, Israël s’est rendu coupable de déroger à cette conception d’un universalisme allergique à la différence, d’un universalisme assimilateur. Mais à notre époque, la critique du « particularisme sioniste » étaye une accusation sous-jacente : ce particularisme serait « raciste », et l’État d’Israël formerait une « ethno-démocratie ».

Ces thèmes sont des invariants du postmodernisme politique : cette conception de l’universalisme sous-tend la péjoration de l’identité juive, depuis la plus haute antiquité. Le particularisme est toujours l’expression d’une dérogation, l’indice constant du refus d’adhérer à l’ordre de la majorité. Comme tel, il est ressenti comme un pôle d’adversité. Il y a là quelque chose d’un résidu de la mentalité primitive qui consiste à poser a priori que l’autre – du fait de sa différence- représente un danger, qu’il est aussi un ennemi. Le même ethos caractérise le grand nombre d’intellectuels juifs qui se sont éloignés de la culture juive, et qui au nom du post-sionisme font chorus avec leurs homologues non-juifs. Ils ne sont plus ni juifs, ni sionistes – ils dénoncent l’un et l’autre au nom de « l’universalisme », ce sont des « alter-juifs ». Aujourd’hui, le mouvement alter-juif forme une nébuleuse pro-active, sympathisante du lobby de Georges Sorros : The New Israël Found, qui a pour vocation de dévitaliser le caractère juif de l’État d’Israël, en menant des campagnes de diffamation, et en soutenant des politiques d’ingérence (JSreet, JCall). En Israël, c’est l’association Im Tirtzu qui a dévoilé la structure et les agissements de ce lobby. Dans de nombreux cas, leur accointance avec l’antisionisme et leur sympathie affichée pour « la cause palestinienne » est une figure obligée de leur propagande. En regard de cet activisme qui n’a de juif que le nom, depuis la plus haute antiquité, la tradition hébraïque a affirmé une conception fort différente de l’universalisme. La tradition biblique développe une vision originale qui tranche avec les mythologies des autres civilisations : la diversité humaine procède d’une même souche appelée à se différencier en peuples distincts, chacun ayant une vocation spécifique. Le thème hébraïque du particularisme est toujours l’indice d’un trait positif, puisque la différence est constitutive de l’identité humaine. Au 20è siècle, c’est à Elie Benamozheg – l’auteur de : Israël et l’humanité, que nous devons le plus bel exposé de cette conception. Dans cette perspective, l’universalisme hébraïque, qui continue d’informer à la fois le Judaïsme, la pensée et l’histoire du peuple juif est un universalisme différentialiste. Ce n’est ni le signe d’un exclusivisme, ni le signe d’une hostilité, mais au contraire la marque distinctive d’une distinction culturelle. La Bible hébraïque est de ce point de vue un modèle de tolérance et de respect des différences personnelles et collectives. Dans le narratif biblique, celui de la Torah (du Premier Testament), il n’existe qu’un peuple indigne, c’est Amalek. Amalek dont toute la spécificité est de haïr Israël et de rechercher sa destruction. Il n’a pas d’autre raison d’être. C’est littéralement un non-peuple, qui se nourrit d’une fausse identité, laquelle n’est que négative et négativité. L’antisionisme mime à s’y méprendre la dialectique du positionnement archétype d’Amalek : il ne dit pas ce qu’il est, il dit seulement qu’Israël ne doit pas être, il projette sur Israël sa propre négativité. Par ailleurs, l’ignorance de la conception hébraïque et juive de la forme différentialiste de l’universalisme ne saurait excuser cette charge permanente contre le sionisme, elle est aussi l’indice de ce que le concept de tolérance, si cher aux « universalistes éclairés » n’est qu’un slogan creux quand il s’agit des Juifs, et d’Israël.

YG : Vous disiez que le sionisme a été combattu, mais qu’il n’a jamais été compris. Qu’est-ce qui fait obstacle à sa compréhension ?

GES. : Cette incompréhension fondamentale trouve sa principale origine dans ce que j’appelle la conception exogène de l’identité juive, qui est la conception commune, selon laquelle le judaïsme est une religion. J’oppose à cette conception ce que je nomme la conception endogène du fait juif, et qui désigne la manière dont les Juifs qui connaissent leur histoire se conçoivent eux-mêmes, et comprennent leur identité historique. Pour ces derniers – et j’y inclus les Juifs israéliens- ce qu’il est convenu de désigner du terme de « religion » n’est que l’un des paramètres de l’identité juive. C’est sous le coup de la polémique théologique – chrétienne et musulmane – contre le judaïsme, que la civilisation juive, dans une situation prolongée d’exil – c’est-à-dire de perte de souveraineté et de déterritorialisation- s’est trouvée réduite à sa dimension spirituelle et cultuelle. J’ai naguère minutieusement analysé ce processus dans mon livre : Discours ordinaire et identité juive, dans lequel j’ai fait la démonstration des étapes successives de la « réduction cléricale » du judaïsme. Il s’agit d’une véritable assignation aux catégories théologiques dominantes, en sorte que pour assurer sa pérennité, le peuple juif a en effet tendanciellement intériorisé cette identification. Il en est résulté que l’identité juive s’est trouvée prise dans une série de partages, qui ont été fondateurs de la civilisation occidentale: l’opposition ancien/nouveau (à partir de la distinction chrétienne entre l’ancien et le nouveau testament) s’avère ici déterminante. À partir du moment où s’affirme un sentiment national juif – à travers le sionisme, dès la fin du 19è siècle, un certain nombre de questions se posent, qui témoignent de la perturbation que fait naître cet éveil : comment une collectivité « religieuse » peut-elle prétendre à se constituer en État, et de surcroît en État-nation moderne ? L’idée d’un « État juif » n’est-elle pas une contradiction dans les termes ? L’existence d’un tel État n’est-il pas l’indice d’une affirmation théocratique ? Le sionisme est-il autre chose qu’un colonialisme ? Ces questions, qui expriment toutes le point de vue exogène, ignorent de fait la continuité effective du sentiment national juif, inhérent au messianisme juif. Tout l’enseignement du judaïsme repose sur la perspective du retour des enfants d’Israël sur la terre d’Israël, dont le centre se trouve à Sion/Jérusalem. Il faut tout ignorer de l’histoire juive, mais aussi de l’histoire universelle qui a imposé ses rythmes au peuple juif, pour tenir ces questions pour des questions pertinentes. Ce point de cécité est une caractéristique majeure d’une mentalité qui a été façonnée par une écriture de l’histoire universelle qui est celle des vainqueurs. C’est en effet le point de vue de l’empire Romain qui depuis deux millénaires commande aux catégories de l’analyse historique. À commencer par le nom de « Palestine », dont nous savons qu’il a été donné par l’empereur Hadrien en 135 de l’ère commune à la terre d’Israël, pour effacer le nom de la Judée. L’Europe chrétienne a hérité de cette vision, et à sa suite l’historiographie scientifique « laïque ». Cela est passé dans le catéchisme de l’Église de Rome, mais pas seulement, où l’on peut lire que « Jésus est né en Palestine », cela a été naturalisé par les chroniqueurs, les cartographes, les diplomates, les juristes, les biblistes (à commencer par la plupart des spécialistes de « l’Ancien Testament » (sic)), les analystes politiques, et bien entendu les journalistes, etc. Sous ce rapport, l’histoire du peuple juif, à laquelle appartient l’histoire du sionisme, est dans la situation du sujet minoritaire : son existence n’est acceptée que s’il accepte de se soumettre, sa parole n’est entendue qu’à la condition qu’il parle la langue du maître, etc. C’est ce qu’a exigé l’Église triomphante pendant des siècles, c’est ce qu’exige toujours l’islam, religion d’État, partout où les Musulmans gouvernent. Qui sait en ce début du XXIème siècle que les premiers sionistes possédaient un passeport estampillé « Palestine », et qu’ils étaient avant la création de l’État d’Israël ceux auxquels s’appliquaient de manière exclusive, la désignation de « Palestiniens » ? Le sionisme dérange aussi parce qu’il fait voler en éclat les catégories théologico-politiques sur lesquelles se sont édifiées aussi bien le christianisme que l’islam, ainsi que la modernité séculière : le sionisme accomplit l’espérance du Retour à Sion, et de ce fait il met en échec le christianisme – et dans une moindre mesure l’islam-  dont toute la théologie politique s’est édifiée sur l’hypothèse de la disparition des Juifs de la scène de l’histoire. Le sionisme dérange d’autant plus dans un monde sécularisé, puisque dans le contexte de son émergence endogène, il déroge aux conditions de formation des États nations. L’idée d’un Israël national tranche avec l’idée d’un Israël entendu comme catégorie liturgique, « peuple du Livre », ou « peuple témoin », etc. Israël peuple historique de nouveau territorialisé et souverain, cela connote l’archaïsme et suscite une haine archaïque. Le philosophe israélien, Israël Eldad, dans son essai sur la souveraineté d’Israël  – intitulé : La révolution juive, décrit très bien ces réactions.

YG : Quel lien faites-vous entre cette hantise archaïque et la virulence de l’antisionisme ?

GES. : Le lien est direct. L’émergence, puis le développement du sionisme, et enfin sa concrétisation dans une réalisation nationale, cela s’apparente à un immense retour du refoulé. C’est l’histoire d’un spectre revenu à la vie, et cela est des plus dérangeants. L’ordre symbolique occidental mais aussi oriental procédait de ce refoulement. Rien n’y a fait, le peuple juif a survécu, non seulement il a survécu, mais de surcroît il a regagné son indépendance. Comment ne pas entrer en guerre contre cette présence que l’on croyait réduite, et sur laquelle nombre d’identité se sont construites ? C’est une vision spectrale. Cette surprise questionne la vérité de l’histoire. Le sionisme résonne comme une instance qui dément le « jugement de l’histoire », Israël semble juger l’histoire. Le philosophe Eliezer Berkovits a écrit que la survie inexplicable d’Israël a inspiré les théories du complot, et notamment les deux versions les plus délétères : au Moyen Age, l’Église expliquait la persistance du Judaïsme par l’hypothèse théologique que ce dernier était une incarnation du Diable, avec l’essor de la modernité, c’est le mythe des Protocoles des Sages de Sion, qui s’est efforcé d’ « expliquer » par l’existence d’une « conspiration juive », les grandes mutations de l’histoire récente (la Révolution française, la Révolution bolchévique, la première et la seconde guerre mondiales, etc.) Si après tout ce qu’ils ont subi, les Juifs n’ont pas disparu, c’est qu’ils détiennent des pouvoirs occultes, qu’ils sont protégés par une puissance surnaturelle. L’antisionisme, comme les autres formes de la judéophobie, s’alimente à une haine métaphysique. Seule une haine métaphysique a pu inspirer le projet satanique de la Solution finale, et seule une haine métaphysique peut encore et toujours inspirer – après la Shoah- la reviviscence de l’antisémitisme. Cette dimension de l’antisionisme doit être soulignée, elle éclaire ce qu’il y a d’irrationnel et d’irrédentiste dans l’antisémitisme. L’on voit aussi comment l’antisionisme qui est une formation du sens commun (de la « sagesse des nations »…) peut-aussi opérer comme un principe d’identité sur lequel s’articule cette violence.

YG : Comment interprétez-vous la situation de guerre qui prévaut entre le Hamas et l’État d’Israël, mais aussi les violences internes, entre Juifs et Arabes ? Et quelle solution entrevoyez-vous ?

GES. : L’agression du Hamas, et la réplique entièrement justifiée d’Israël s’inscrivent dans la droite ligne du refus palestinien de l’existence de l’État juif. Contrairement aux antisémites « classiques », habitués à bafouer les Juifs sans qu’ils aient les moyens de se défendre, les nouveaux antisémites que sont les « antisionistes » connaissent le prix de leur propre violence. Quant à ce qui s’est produit à l’intérieur même d’Israël, dans ce que la presse appelle les « villes mixtes », les violences entre Arabes et Juifs sont de précieux indicateurs de la persistance du refus de la souveraineté juive parmi les citoyens israéliens arabes. Je n’ai aucune disposition pour la mantique, mais je peux seulement vous donner mon avis. À mon sens, après la fin de ces violences, il conviendra de mener une réflexion politique très sérieuse, et de tirer les leçons de la situation. Outre qu’elle est résolument révélatrice de l’attitude d’une partie de la population arabe à l’égard de l’État d’Israël, elle est aussi révélatrice de l’échec d’une classe politique qui s’est détournée depuis quelques années des principes du sionisme : un certain irénisme, un certain angélisme avait convaincu les gouvernements successifs – aussi bien de gauche, que de droite- de faire évoluer le pays vers une modèle européen. Les intellectuels post-sionistes ont leur part de responsabilité – la responsabilité des intellectuels est toujours significative, même si elle est discrète. Nous savons que les partisans du post-sionisme sont favorables à un État d’Israël déjudaïsé, un État d’Israël qui renoncerait à son caractère juif. L’expérience historique nous a enseigné à ne pas sous-estimer la virulence du refus palestinien ; et la naïveté de la classe politique et des intellectuels des post-sionistes a été de s’imaginer que leur option favoriserait l’émergence d’une harmonie définitive entre citoyens israéliens d’origine juive et d’origine arabe. Voilà des années que nous entendons parler de la nécessité de transformer Israël en « état de tous ses citoyens », encore l’un de ces mantras à l’efficience hypnotique. Comme si ce n’était pas déjà le cas depuis 1948. Seulement, dans la bouche de ceux qui utilisent cette formule, elle signifie de faire évoluer l’État d’Israël vers la forme d’un État binational, qui serait appelé de surcroît à coexister avec un État palestinien, qui lui, bien entendu, serait judenrein (vide de Juifs). C’est déjà le cas de la Jordanie, et des territoires autonomes où l’existence juive est assimilée à un état de fait délictueux. Ceci est un effet pratique de la législation de ces entités, fondamentalement hétérophobes.

Or, contrairement à ce que l’opinion majoritaire s’imagine – encore une fois sous les effets de discours du post-sionisme (Sand en est une bonne illustration)-, c’est le fait que l’État d’Israël soit déjà l’État de «tous ses citoyens » qui a permis à ceux qui n’en veulent pas de le faire savoir violemment, à l’occasion de l’agression du Hamas, en mai 2021. Il faudra en tirer les conséquences : condamner les émeutiers – y compris juifs- à de lourdes peines, et rappeler les citoyens arabes récalcitrants à la nature du contrat social du sionisme démocratique : « Vivez en paix et dans la pleine égalité de droits avec vos concitoyens juifs, ou bien quittez le pays, choisissez entre les trois entités nationales palestiniennes qui existent déjà : la Jordanie, depuis 1922, la Bande de Gaza, depuis le coup d’État du Hamas, en 2007, ou la Cisjordanie de l’Autorité palestinienne, consacrée par les Accords d’Oslo, depuis 1993, parce qu’ici vous êtes dans un État à caractère juif. »  Le vote de la « Loi Israël, État nation du peuple juif », adoptée par la Knesset le 19 Juillet 2018 va justement dans ce sens. Elle consiste à rappeler trois principes fondamentaux, et de ce point de vue, elle ne fait que réitérer les grandes thèmes de la Déclaration d’indépendance de 1948, proclamée par David Ben Gourion : (1) Israël est la patrie historique du peuple juif, dans laquelle l’État d’Israël a été établi ;(2) L’État d’Israël est le foyer national du peuple juif dans lequel il satisfait son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination ; (3) Le droit à exercer l’auto-détermination nationale dans l’État d’Israël est propre au peuple juif. D’aucuns – laminés par l’état d’esprit de l’antisionisme- pourraient m’objecter que c’est là un discours « raciste », et bien entendu « fasciste », mais je leur rappellerai une simple prémisse : l’État d’Israël a été fondé par le mouvement sioniste pour garantir la souveraineté et la sécurité du peuple juif, sur un territoire où jamais aucun état palestinien n’a existé, et l’État d’Israël a offert la citoyenneté, avec parité de droits, à tous ses citoyens, depuis sa création. Nous savons, par ailleurs, que pour rien au monde, la majorité des citoyens israéliens arabes ne voudraient vivre sous domination palestinienne. Il est donc aberrant de construire toute une rhétorique, fondée sur la criminalisation de l’État juif, au prétexte qu’il procède du sionisme, puisqu’ainsi conçu il est en effet le fruit du sionisme, et qu’il a été conçu pour les Juifs, avec l’assentiment de la majorité des Nations Unies, par voie de droit. La guerre a été la conséquence du refus arabe, et depuis 1948, la conséquence du refus persistant des « Palestiniens », qui se sont fait une spécialité de violer le droit international. Mais si l’on considère que le caractère juif de l’État d’Israël constitue une discrimination des non-Juifs, c’est que l’on n’a pas l’intelligence élémentaire d’en comprendre la raison d’être. L’originalité et la grandeur de l’État d’Israël réside en effet dans ceci : tout en étant l’État édifié pour garantir la souveraineté et la sécurité du peuple juif, ses lois fondamentales garantissent les droits individuels de tous ses citoyens, sans exception d’origine, de religion, de conviction, etc. C’est un État démocratique : la licence de la violence palestinienne aussi bien que la prospérité du discours post-sioniste en sont deux preuves éloquentes. Les troubles à l’ordre public sont les indices du refus de la loi d’Israël dans l’État d’Israël. Ce n’est pas tolérable.

YG : Est-il possible de lutter contre l’antisionisme ?

GES : Après avoir consacré sa vie à écrire une Histoire de l’antisémitisme, Léon Poliakov me disait qu’on ne lutte pas contre la judéophobie avec des arguments rationnels. C’est cependant une nécessité politique, culturelle et civique de s’impliquer dans cette lutte. Mais elle ne fait pas tout ; cet engagement doit s’affirmer comme le corrélat d’initiatives éducatives. Je crois pour ma part que la meilleure façon de combattre la judéophobie, quelle qu’elle soit, repose sur différentes formes d’enseignement et de processus éducatifs. Il faut commencer par l’enseignement de textes, ceux de la Bible hébraïque, qui ont enseigné au monde le principe de l’unité du genre humain, mais aussi l’égale dignité des êtres humains, et surtout l’idéal universaliste bien compris. L’ironie de l’histoire, c’est que les grands principes de la fonction critique qui sont forgés par l’hébraïsme sont instrumentalisés contre le peuple qui les porte ! Voilà pourquoi, selon moi, la transmission est ici le maître-mot, celle de l’histoire et des systèmes de pensée, mais aussi l’exercice de la psychanalyse, car analyser c’est aussi questionner le préjugé, stimuler le désir de savoir… Aujourd’hui, la lutte contre la judéophobie s’inscrit dans le cadre de la réfutation sans concession des thèses « décolonialistes ». Il convient aussi d’enseigner et de défendre les valeurs de la République, pas seulement en polémiquant contre les décoloniaux, mais également en en faisant une priorité de l’Éducation nationale, qui est l’un des lieux de cette guerre psycho-idéologique, avant qu’elle ne bascule entièrement dans la liste des territoires perdus de la République.  Pour ma part, après avoir consacré ¼ de siècle à « lutter contre l’antisionisme », je me suis résolu à développer ma théorie du sens commun, tout en enseignant les études bibliques et la pensée juive, ce qui est une autre forme de don quichotisme, pas moins nécessaire cependant. Si l’état des mentalités sur le chapitre des Juifs n’étaient pas aujourd’hui ce qu’il était sans doute au Moyen Age, peut-être que l’antisionisme serait hors la loi…Quand notre ami et collègue Xavier-Laurent Salvador déclare que : « Notre attachement, c’est la lutte contre la justification de l’antisémitisme et du racisme par la pseudoscience, et la défense des institutions de la République qui dépendent de nous en tant qu’enseignants (la langue, l’école, ses enseignants, la laïcité) », je ne peux que lui donner entièrement raison. Cependant, c’est l’immense majorité des cadres enseignants de la République, et de ses représentants élus, qui a laissé s’installer la situation délétère que nous connaissons. La République est un cadre vide si aucune transmission ne garantit la défense et l’inculcation philosophique, culturelle, et citoyenne de ses raisons d’être.


[1] « Je ne sais pas si Jésus était sur La Croix, je sais qui l’y a mis, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes »   (15 juillet BFMtélé)

[2] M. Cuppers et K.-M.  Mallmann (2009), Croissant fertile et croix gammée, éd. Verdier, Paris. Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine

[3] Poliakov, L. De l’antisémitisme à l’antisionisme,  (1969), Calmann-Levy, Paris ; De Moscou à Beyrouth. Essai sur la désinformation, 1983), Calman-Lévy.

[4]Ph. Borgeaud, L’histoire des religions, (2013), Paris, Infolio.

[5] Faye, J.P. (1994) Le piège, Balland, Paris.

[6] Faye, J .P.(2013) Lettre sur Derrida. Combat au-dessus du vide, éd. Germinia, Paris.

[7] Faye, E. (2005) , L’introduction du nazisme dans la philosophie, Albin Michel, Paris.

[8] Scheler, M.(1933/1970) L’Homme du ressentiment, Gallimard, Paris.

[9] Sarfati, G. E. (1997), « La charte de l’OLP en instance d’abrogation » in Mot. Les langages du politique, n°50, pp. 23-39.

[10] Leon, A. (1942),La conception matérialiste de la question juive. Consultable ici https://www.marxists.org/francais/leon/CMQJ00.htm

[11]Par exemple : D. Vidal : Antisionisme= Antisémitisme. Réponse à Emmanuel Macron, Libertalia, 2018 ; A. Gresh-T. Ramadan, L’islam en question, Actes Sud, 2000, ou encore : De quoi la Palestine est-elle le nom ? , Les liens qui libèrent, 2010.

[12] En hébreu : « Association pour la paix », fondée en 1925 par un groupe d’intellectuels juifs fraîchement établis en Palestine mandataire. Son but était de  « promouvoir la compréhension entre Juifs et Arabes, en vue d’une vie commune sur la Terre d’Israël, et ce dans un esprit de complète égalité des droits politiques des deux entités. »

[13] Yakira, E.  (2010) ost-sionisme, post-shoah, PUF.

Voir enfin:

The Mendacious Maps of Palestinian “Loss”

Anti-Israel activists often use doctored maps to show Israel’s supposed malfeasance over the past century. Such claims are made by people who, in the best case, have no knowledge of the facts, and in the worst case, have no moral compass.

Shany Mor

Writer based in Paris; former director for foreign policy, Israeli National Security Council

January 2015

You can’t walk very far on an American or European university campus these days without encountering some version of the “Palestinian Land Loss” maps. This series of four—occasionally five—maps purports to show how rapacious Zionists have steadily encroached upon Palestinian land. Postcards of it can be purchased for distribution, and it has featured in paid advertisements on the sides of buses in Vancouver as well as train stations in New York. Anti-Israel bloggers Andrew Sullivan and Juan Cole have both posted versions of it, and it occasionally creeps into supposedly reputable media sources, like Al Jazeera English.

Indeed, it recently appeared as a “Chart of the Day” in the UK’s respected magazine New Statesman. Beneath it was a tiny line of text listing its sources as the UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs and a CIA atlas from 1973. Given that the maps included information far more recent than 1973, the source struck me as slightly dubious. I contacted the staff writer who created the feature and asked him about it. He was very reluctant to admit that he had lifted it from anti-Israel propaganda sources, so he directed me to the 1973 CIA atlas. Unfortunately, nothing like the series appears in the CIA World Factbook and nothing like it could have appeared in an atlas published decades before several of the events it claims to portray. The writer then apologized for not being able to track down his sources any further and explained that he no longer works at New Statesman. He has moved on to The Guardian, and given that particular publication’s attitude toward Israel, he should have no trouble fitting in.

There is a reason why those who make use of these maps avoid examining their provenance or proving their accuracy: The maps are egregiously, almost childishly dishonest. But they have become so ubiquitous that it is worth taking the time to examine them, and what their dishonesty can teach us about the Palestinian cause and its supporters.

In whatever form they take, the “Land Loss” maps show very little variation. The standard version looks something like this:

001_Shany_Mor_Palestinian_Propoganda_Map

Sometimes, a fifth map is added, this one dated 1920, showing the entirety of what was once British Mandatory Palestine in a single solid color, labeled “Palestinian.” This accomplishes the seemingly impossible and makes the series of maps even more dishonest than before.

Whether made up of four or five maps, the message of the series is clear: The Jews of Palestine have been assiduously gobbling up more and more “Palestinian land,” spreading like some sort of fungal infection that eventually devours its host.

There are some outright lies in these maps, to be sure. But the most egregious falsehoods transcend mere lies. They emerge from a more general and quite deliberate refusal to differentiate between private property and sovereign land, as well as a total erasure of any political context.

This final point is especially crucial. It goes to the question of whether the Palestinians actually “lost” this land and the context of that alleged “loss.” We could quite easily, for example, make a panel of maps showing German “land loss” in the first half of the 20th century. It would be geographically accurate but, without the political context, it would tell a completely misleading story amounting to a flat-out lie. And that is precisely what these maps are: A lie.

Taking each map in turn, it is easy to demonstrate that the first one is by far the most dishonest of the lot. As far as I have been able to determine, it is based on a map of Jewish National Fund (JNF) land purchases dating roughly from the 1920s. The JNF was founded to purchase land for Jewish residents and immigrants in then-Palestine, and was partly funded through charity boxes that were once found in almost every Jewish school and organization in the West. Ironically, this map often adorned those ubiquitous boxes.

The dishonesty of using an out-of-date map for pre-1948 Jewish land purchases is actually relatively minor. So is not omitting the political context: After 1939, Jews were forbidden from making any further land purchases by British authorities, a measure taken as a sop to Arab terrorism. Even the deceptive use of JNF land and only JNF land as a proxy for the entire Palestinian Jewish presence is but a trifle compared to the epic lie represented by this map: It deliberately conflates private property with political control.

They are not at all the same thing. The simple fact is that none of pre-1948 Palestine was under the political authority of Arabs or Jews. It was ruled by the British Mandatory government, established by the League of Nations for the express purpose of creating a “Jewish National Home.” It was also—contrary to the claims of innumerable pro-Palestinian activists—the first time a discrete political entity called “Palestine” existed in modern history. And this entity was established in order to fulfill a goal that was essentially Zionist in nature.

But this lie is compounded by another that is even more epic in scope: Labeling every single patch of land not owned by the JNF as Arab or Palestinian. This was quite simply not the case. We have incomplete data on land ownership in modern Palestine, and even less on Arab property than Jewish property, partly due to the very complicated nature of property law in Ottoman times. But anyone’s map of private property in Mandatory Palestine from this period would be mostly empty—half the country is, after all, desert. It would show small patches of private Jewish land—as this map does—alongside small patches of private Arab land, as this map shamelessly does not.

The next map is labeled 1947. This is inaccurate, as any other date would be, because the map does not represent the situation on the ground in 1947 or at any other time. Instead, it represents the partition plan adopted by the United Nations General Assembly in 1947 as UN Resolution 181. It called for two independent states to be formed after the end of the British Mandate, one Jewish and one Arab.

Needless to say, the resolution was never implemented. It was rejected by a Palestinian Arab leadership that just two years before had still been allied with Nazi Germany. The day after its passage, Arab rioting began against Jewish businesses, followed by deadly Arab attacks against Jewish civilians. Events quickly escalated into all-out war, with Arabs laying siege to major Jewish population centers—cutting off all supplies, including food and water. In some places, the siege worked, but for the most part, it was resisted successfully.

At this point, with partition rejected by the Arabs and no help from the international community in sight, the Jews declared independence and formed what would become the Israel Defense Forces. The Arab states promptly launched a full-scale invasion, whose aims—depending on which Arab leader you choose to quote—ranged from expulsion to outright genocide. And the Arabs lost. At war’s end in 1949, the situation looked roughly like the third map in the series—the first of the lot that even comes close to describing the political reality on the ground.

I say “close” because it too is remarkably dishonest. It is only because one’s standards of dishonesty have been stretched so far by its predecessors that it almost seems true. But, alas, it is not. The map is dated 1967. What it shows are the so-called “armistice lines,” i.e., the borders where the Israeli and Arab armies stopped fighting in 1949. These lines held more or less until 1967. As far as Israel’s borders are concerned, then, the map accurately presents the situation over those 19 years.

But what lies on the other side of the line, in the territories that are today called the West Bank and the Gaza Strip, is again presented in radically dishonest fashion. These lands were not—not before, during, or after 1967—“Palestinian” in the sense of being controlled by a Palestinian Arab political entity. Both territories were occupied by invading Arab armies when the armistice was declared in 1949, the Gaza Strip by Egypt and the West Bank by Jordan. The latter was soon annexed, while the former remained under Egyptian military administration. This status quo lasted until 1967, when both were captured by Israel.

In the 1967 Six Day War, which was marked by Arab rhetoric that was sometimes even more genocidal than 1948, Israel also took the Golan Heights from Syria and the Sinai Peninsula from Egypt, more than trebling the amount of land under its control. Israel has since withdrawn from more than 90 percent of the land it occupied—mostly in the Sinai withdrawal that led to peace with Egypt. Unsurprisingly, there are no heartfelt “Israeli Land Loss” maps representing this.

The first three maps, then, confuse ethnic and national categories (Jewish and Israeli, Arab and Palestinian), property and sovereignty, and the Palestinian national movement with Arab states that ruled over occupied territory for a generation. They are a masterpiece of shameless deception.

As we move to the fourth map, shameless deception is the only thing that remains consistent. This map, usually labeled either 2005 or “present,” purports to show the distribution of political control following the Oslo process and the Israeli withdrawal from Gaza. The patches of Palestinian land in the West Bank are areas handed over to the Palestinian Authority in the 1990s, mostly under the 1995 Oslo II agreement. Expanding upon the autonomy put in place after previous agreements in the Oslo process since 1993, this agreement created a complex patchwork of administrative and security zones, splitting the West Bank into areas of exclusive Palestinian control, joint control, and Israeli control. It was meant as a five-year interim arrangement, after which a final status agreement would be negotiated.

Final status talks did indeed take place. But no agreement was reached. As in 1947, the principal reason was Palestinian rejectionism. This time, the Palestinian leadership rejected a state on over 90 percent of the West Bank and 100 percent of the Gaza Strip. They then broke their pledge not to return to the “armed struggle” and embarked on a campaign of suicide bombings and other terrorist atrocities that were not only morally indefensible but lost them the trappings of sovereignty they had gained over the previous decade.

After tamping down the worst of the violence, Israel decided to leave the areas of the Gaza Strip it had not evacuated a decade before. The withdrawal took place in 2005. Two years later, the Islamist group Hamas took over the Strip in a violent coup d’etat. Since then, there have been two Palestinian governments—the Hamas regime in Gaza and the Fatah-led regime in the West Bank.

Both of these regimes are marked with the same color on this fourth map, thus failing to acknowledge the split between the two regimes, though it is the first map in the series to correctly label areas under Palestinian Arab political control. Nonetheless, it does not distinguish between the sovereign territory of the State of Israel—or, in the case of East Jerusalem, territory that Israel claims as sovereign without international recognition—and territories in the West Bank that, according to agreements endorsed by both sides, are under Israeli control until a final status agreement.

Taken together, what we have is not four maps in a chronological series, but four different categories of territorial control presented with varying degrees of inaccuracy. Those categories are private property (“1946”), political control (“1967” and “2005”), and international partition plans (“1947”). They are presented in a fashion that is either tendentiously inaccurate (“2005”), essentially mendacious (“1947” and “1967”), or radically untrue (“1946”).

An honest approach would look very different. It would take each of these categories and depict how they developed over time. For example, basing ourselves on the most blatantly deceitful map, 1946, we might want to show the chronological development of private property distribution. But we’d first have to adjust the original series’ 1946 map by labeling only Arab property as Arab, rather than simply filling in the entire country with the desired color. It would be a lot of data to collect, and then we’d then have to repeat the effort for other years appropriate to the discussion: Perhaps 1950, after Israel and Jordan both instituted Absentee Property Laws; 1993, just before Palestinian self-rule began; or 2005, just after the disengagement from Gaza and the northern West Bank. The maps would have to be consistent as well, showing Arab property inside Israel as well as Jewish property in the West Bank and Gaza. I don’t know if anyone has bothered to collect all this data, and I’m not sure what it would show in any case. What argument would it advance? That Jews and Arabs should be forbidden to buy land from each other?

On the other hand, the categories of political control and international partition plans are quite easy to map out over time. Since the concern of those publicizing the maps above is Palestinian control of land, we can illustrate this with a more honest series of maps showing areas of political control, using the same years as the original—adding one for clarity.

002_Shany_Mor_Political_Control_Map

As seen above, 1946 has exactly zero land under Palestinian Arab control—not autonomous, not sovereign, not anything—as it was all under British authority. We could go further back in time, to the Ottoman era, for example, and the map wouldn’t change in the slightest. 1947 sees no changes to the map, as Palestine was still under British control. Before the war in June 1967, control is divided between three states, and none of them is Palestinian. The 2005 map would be exactly as it is presented in the original series, showing the very first lands ever be ruled by Palestinian Arabs qua Palestinian Arabs. To clarify this a bit more, I have added a map from 1995, showing the withdrawals undertaken during the first two years of the Oslo process, just up to but not including the 1997 Hebron Protocol.

In fact, if we zoomed in a bit more, we would see how the peace process of the 1990s resulted in the first time a Palestinian Arab regime ruled over any piece of land. This occurred in 1994 with the establishment of the Palestinian Authority in Gaza and Jericho. That control steadily expanded over more and more land during the years leading up to the failed final status talks. Much of it was then lost during the second intifada, but eventually regained as violence died down, and the Gaza disengagement even expanded it slightly. All of these Palestinian land gains have taken place in the last 20 years and every square meter of it came not from Turkey or Britain or Jordan or Egypt, but from Israel alone; and nearly all of it through peace negotiations.

It is true that this is a smaller amount of land than that controlled by Israel—which is nonetheless an extremely small country by global standards. More importantly, however, it is small compared to what could have been ruled by a Palestinian state had the Palestinians not rejected partition and peace in 1947 and again in 2000. That is, had the Palestinians been motivated by the interests of their own people rather than the wish to destroy another people.

One could very easily create a theoretical series of maps that would begin in 1947 and show the distribution of political control, not as it existed, but as it could have existed. In contrast to the previous series charting political control over the years, this series would map out the international proposals to partition the country. It would begin with the Peel Commission’s 1937 partition plan, through the United Nations Special Committee on Palestine (UNSCOP) partition resolution, and end with the Clinton Parameters of 2000—which were very close to the rejected offers made by Israeli Prime Ministers Ehud Barak earlier that same year at Camp David and Ehud Olmert eight years later. But these international efforts to partition the land would be incomplete without a word or two about each side’s reaction to the proposal.

003_Shany_Mor_Intl_Proposals_Map

Here too there is a continuing trend of losses for the Palestinian side. Not loss of land, but loss of potential. Each successive rejection left the Palestinians with less and less to bargain with. Surely, there is a lesson in this. But it seems that, if the Palestinians are ever to learn it, it will not be with the help of their Western supporters.

We could also make a set of maps that would present a story of Jewish “land loss.” It would begin with the first iteration of the British Mandate, before Transjordan was split off and Jewish land purchases and immigration banned. We are forever being reminded that the Palestinians have supposedly conceded 77 percent of their historic claims already, implicitly saying that all of Israel proper somehow belongs to them. But territorial maximalists on the Israeli side are not wrong when they use the same standards to claim that they have given up 73 percent of what was promised to them, including Transjordan. It is the business of pro-Palestinian activists to privilege one of these claims over the other; but in fact, both are equally wrong: The idea that the Israeli “concession” of Transjordan entitles Israel to 100 percent of the West Bank is as absurd as the Palestinians’ claim that their “concession” of Haifa entitles them to the same.

A series of actual Israeli withdrawals, however, could fill a rather long series of maps. It would include the 1957 withdrawal from Sinai, the Disengagement of Forces agreements in 1974 and 1975, the staged withdrawals stemming from the Israeli-Egyptian peace treaty in 1979 and 1982, the withdrawal from most of Lebanon in 1985, the staged withdrawals undertaken according to the Oslo Accords from 1994 to 1997, the unilateral withdrawal from southern Lebanon in 2000, and the complete withdrawal from Gaza in 2005. These maps, unlike those used by pro-Palestinian activists, have the benefit of being accurate, but I am not sure the case for “Israeli Land Loss” would convince anyone but the most partisan and ignorant of Israel’s supporters.

Perhaps the best way to illustrate the bankruptcy of the “Palestinian Land Loss” myth is to compare it to a similar situation elsewhere.

An equally absurd set of maps could be drawn up of the Indian subcontinent before and after the end of British rule. It could start with a 1946 map of the entire subcontinent, labeling any private property owned by Hindus as “Indian” and the rest as “Pakistani.” Hindus, after all, are 80 percent of India’s population today, just as Jews are 80 percent of Israel’s. It is absurd to consider anything not privately owned by Hindus under British rule as “Pakistani” when the state of Pakistan did not yet exist, but that is roughly the same as labeling anything not privately owned by Jews under the Mandate as “Palestinian.”

We could then put up a partition map from 1947, with West and East Pakistan next to a much larger India; as well as a post-partition map—perhaps from 1955—showing the land losses along the Radcliffe Line. Finally, we could draw a map from 1971 with East Pakistan shorn off into Bangladesh. A fervently dishonest person might call this series “Pakistani Land Loss,” but it would be such an obvious piece of fiction that no one could possibly take it seriously.

And no thinking person can take “Palestinian Land Loss” seriously. It is just as absurd and just as much a fiction. But it is also, in its own way, extremely destructive. Because these maps and the lies they propagate only encourage Palestinian rejectionism and violence; and as illustrated above, these have always left the Palestinians with less than they had before.

Voir par ailleurs:

Mr. Sanders is a senator from Vermont.

“Israel has the right to defend itself.”These are the words we hear from both Democratic and Republican administrations whenever the government of Israel, with its enormous military power, responds to rocket attacks from Gaza.

Let’s be clear. No one is arguing that Israel, or any government, does not have the right to self-defense or to protect its people. So why are these words repeated year after year, war after war? And why is the question almost never asked: “What are the rights of the Palestinian people?”

And why do we seem to take notice of the violence in Israel and Palestine only when rockets are falling on Israel?

In this moment of crisis, the United States should be urging an immediate cease-fire. We should also understand that, while Hamas firing rockets into Israeli communities is absolutely unacceptable, today’s conflict did not begin with those rockets.

Palestinian families in the Jerusalem neighborhood of Sheikh Jarrah have been living under the threat of eviction for many years, navigating a legal system designed to facilitate their forced displacement. And over the past weeks, extremist settlers have intensified their efforts to evict them.

And, tragically, those evictions are just one part of a broader system of political and economic oppression. For years we have seen a deepening Israeli occupation in the West Bank and East Jerusalem and a continuing blockade on Gaza that make life increasingly intolerable for Palestinians. In Gaza, which has about two million inhabitants, 70 percent of young people are unemployed and have little hope for the future.

Further, we have seen Benjamin Netanyahu’s government work to marginalize and demonize Palestinian citizens of Israel, pursue settlement policies designed to foreclose the possibility of a two-state solution and pass laws that entrench systemic inequality between Jewish and Palestinian citizens of Israel.

None of this excuses the attacks by Hamas, which were an attempt to exploit the unrest in Jerusalem, or the failures of the corrupt and ineffective Palestinian Authority, which recently postponed long-overdue elections. But the fact of the matter is that Israel remains the one sovereign authority in the land of Israel and Palestine, and rather than preparing for peace and justice, it has been entrenching its unequal and undemocratic control.

Over more than a decade of his right-wing rule in Israel, Mr. Netanyahu has cultivated an increasingly intolerant and authoritarian type of racist nationalism. In his frantic effort to stay in power and avoid prosecution for corruption, Mr. Netanyahu has legitimized these forces, including Itamar Ben Gvir and his extremist Jewish Power party, by bringing them into the government. It is shocking and saddening that racist mobs that attack Palestinians on the streets of Jerusalem now have representation in its Knesset.

These dangerous trends are not unique to Israel. Around the world, in Europe, in Asia, in South America and here in the United States, we have seen the rise of similar authoritarian nationalist movements. These movements exploit ethnic and racial hatreds in order to build power for a corrupt few rather than prosperity, justice and peace for the many. For the last four years, these movements had a friend in the White House.

At the same time, we are seeing the rise of a new generation of activists who want to build societies based on human needs and political equality. We saw these activists in American streets last summer in the wake of the murder of George Floyd. We see them in Israel. We see them in the Palestinian territories.

With a new president, the United States now has the opportunity to develop a new approach to the world — one based on justice and democracy. Whether it is helping poor countries get the vaccines they need, leading the world to combat climate change or fighting for democracy and human rights around the globe, the United States must lead by promoting cooperation over conflict.

In the Middle East, where we provide nearly $4 billion a year in aid to Israel, we can no longer be apologists for the right-wing Netanyahu government and its undemocratic and racist behavior. We must change course and adopt an evenhanded approach, one that upholds and strengthens international law regarding the protection of civilians, as well as existing U.S. law holding that the provision of U.S. military aid must not enable human rights abuses.

This approach must recognize that Israel has the absolute right to live in peace and security, but so do the Palestinians. I strongly believe that the United States has a major role to play in helping Israelis and Palestinians to build that future. But if the United States is going to be a credible voice on human rights on the global stage, we must uphold international standards of human rights consistently, even when it’s politically difficult. We must recognize that Palestinian rights matter. Palestinian lives matter.

Voir la traduction:

Israël a le droit de se défendre. » sont les mots que nous entendons des gouvernements démocrates et républicains chaque fois que le gouvernement israélien, avec son énorme puissance militaire, réagit aux tirs de roquette de Gaza.
Soyons clairs. Personne ne soutient qu’Israël, ou aucun gouvernement, n’a pas le droit de se défendre ou de protéger son peuple. Alors pourquoi ces mots se répètent-ils année après année, guerre après guerre ? Et pourquoi la question n’est-elle presque jamais posée : ′′ Quels sont les droits du peuple palestinien ? ′′Et pourquoi semblons-nous prendre note de la violence en Israël et en Palestine uniquement lorsque des roquettes tombent sur Israël ?
En ce moment de crise, les États-Unis devraient demander instamment un cessez-le-feu immédiat. Nous devrions également comprendre que, même si le Hamas tire des roquettes sur les communautés israéliennes est absolument inacceptable, le conflit d’aujourd’hui n’a pas commencé avec ces roquettes.
Les familles palestiniennes dans le quartier de Jérusalem de Sheikh Jarrah vivent sous la menace d’expulsion depuis de nombreuses années, naviguant dans un système juridique conçu pour faciliter leur déplacement forcé. Et au cours des dernières semaines, les colons extrémistes ont intensifié leurs efforts pour les expulser.
Et, tragiquement, ces expulsions ne sont qu’une partie d’un système plus large d’oppression politique et économique.
Depuis des années, nous avons assisté à une aggravation de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et à un blocus continu sur Gaza qui rend la vie de plus en plus intolérable À Gaza, qui compte environ deux millions d’habitants, 70 % des jeunes sont au chômage et n’ont guère d’espoir pour l’avenir.
En outre, nous avons vu le gouvernement de Benjamin Netanyahu travailler à marginaliser et diaboliser les citoyens palestiniens d’Israël, à mener des politiques de colonisation conçues pour exclure la possibilité d’une solution à deux États et adopter des lois qui engendrent les inégalités systémiques entre les citoyens juifs et palestiniens israéliens.
Rien de tout cela n’excuse les attaques du Hamas, qui ont été une tentative d’exploiter les troubles à Jérusalem, ou les échecs de l’Autorité palestinienne corrompue et inefficace, qui a récemment reporté les élections en retard depuis longtemps. Mais le fait est qu’Israël reste la seule autorité souveraine au pays d’Israël et de Palestine, et plutôt que de se préparer à la paix et à la justice, il a été enraciné son contrôle inégal et antidémocratique.
Plus d’une décennie de sa règle de droite en Israël, M. Netanyahu a cultivé un nationalisme raciste de plus en plus intolérant et autoritaire. Dans son effort effréné pour rester au pouvoir et éviter les poursuites judiciaires pour corruption, M. Netanyahu a légitimé ces forces, dont Itamar Ben Gvir et son parti extrémiste du pouvoir juif, en les faisant entrer dans le gouvernement. C’est choquant et attristant que les mensonges racistes qui attaquent les Palestiniens dans les rues de Jérusalem soient maintenant représentés à la Knesset.
Ces tendances dangereuses ne sont pas propres à Israël. Partout dans le monde, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et ici aux États-Unis, nous avons vu la montée de mouvements nationalistes autoritaires similaires. Ces mouvements exploitent la haine ethnique et raciale pour construire le pouvoir pour un peu de corrompus plutôt que la prospérité, la justice et la paix pour les plus nombreux. Ces quatre dernières années, ces mouvements avaient un ami à la Maison Blanche.
En même temps, nous assistons à la montée d’une nouvelle génération d’activistes qui veulent construire des sociétés basées sur les besoins humains et l’égalité politique. Nous avons vu ces militants dans les rues américaines l’été dernier à la suite du meurtre de George Floyd. Nous les voyons en Israël. Nous les voyons dans les territoires palestiniens.
Avec un nouveau président, les États-Unis ont maintenant la possibilité de développer une nouvelle approche du monde – fondée sur la justice et la démocratie. Qu’ils aident les pays pauvres à obtenir les vaccins dont ils ont besoin, conduisent le monde à lutter contre le changement climatique ou à lutter pour la démocratie et les droits de l’homme partout dans le monde, les États-Unis doivent montrer l’exemple et favoriser la coopération en cas de conflit.
Au Moyen-Orient, où nous fournissons une aide de près de 4 milliards de dollars par an à Israël, nous ne pouvons plus être des apologistes du gouvernement de droite de Netanyahu et son comportement antidémocratique et raciste.
Nous devons changer de cap et adopter une approche impartiale, une approche qui respecte et renforce le droit international concernant la protection des civils, ainsi que la législation américaine actuelle en vigueur, selon laquelle la fourniture d’aide militaire américaine ne doit pas permettre de respecter les droits de l’homme.
Cette approche doit reconnaître qu’Israël a le droit absolu de vivre dans la paix et la sécurité, tout comme les Palestiniens.
Je suis fermement convaincu que les États-Unis ont un rôle important à jouer pour aider les Israéliens et les Palestiniens à construire cet avenir. Mais si les États-Unis veulent être une voix crédible sur les droits de l’homme sur la scène mondiale, nous devons respecter les normes internationales en matière de droits de l’homme de manière cohérente, même lorsque c’est politiquement difficile. Nous devons reconnaître que les droits palestiniens sont importants. La vie palestinienne compte.
Le sénateur Bernie Sanders est un sénateur du Vermont.

Voir aussi:

Israel-Gaza: The Democrats’ ‘tectonic’ shift on the conflict
Anthony Zurcher
BBC
21 May 2021

The latest clashes between Israel and the Palestinians have revealed exactly how much the political centre of gravity in the Democratic Party has moved on the conflict in recent years.
« The shift is dramatic; it’s tectonic, » says pollster John Zogby, who has tracked US views on the Middle East for decades. In particular, younger generations are considerably more sympathetic to the Palestinians – and that age gap has been on full display with the Democratic Party.
While President Joe Biden has expressed a more traditional view, repeatedly emphasising that Israel has the right to defend itself against Hamas rocket attacks, he’s finding himself out of step in a party that is now at least as concerned with the conditions on the ground for the Palestinians in Gaza and the West Bank – and Israeli policies viewed as contributing to their plight.
Democratic diversity in Congress
To track the shift within the Democratic Party on Israel and the Palestinians, one can start by looking at that most representative US political institution, Congress. In the national legislature, US foreign policy sympathies have tended to tilt historically toward Israel’s perspective in Middle East conflicts – in part because of the preferences of both Jewish voters (a key Democratic constituency) and evangelicals (important for Republicans).
As the US Congress has become an increasingly diverse body, however, that has had some serious consequences for US policy toward Israel. In 2021, a record 23% of members of the House and Senate were people of black, Hispanic, Asian/Pacific Islander or Native American heritage, according to a Pew Foundation study.
Two decades earlier, that number was 11%. In 1945, it was 1%.

A diversity of backgrounds has led to a wider diversity of viewpoints and a diffusion of power. The influential group of young liberal congresswomen, known informally as « The Squad », includes Palestinian-American Rashida Tlaib of Michigan and Somalian refugee Ilhan Omar of Minnesota, for instance.
image copyrightCQ Roll Call via Getty Images
image captionReps Ilhan Omar, Alexandria Ocasio-Cortez, and Rashida Tlaib are members of ‘The Squad’
The most prominent member of this group, Alexandria Ocasio-Cortez of New York, won her congressional seat by ousting a senior member of the Democratic congressional leadership, Joe Crowley, who consistently sided with Israel in past conflicts in the occupied territories.
How social media is fuelling US Israel-Gaza debate
The Israel-Palestinian conflict explained
Overall, the party – and its voters – look a lot more like the Puerto Rican descended 31-year-old Ocasio-Cortez than the 59-year-old Crowley – and that is making a difference.
« There is a non-white population, particularly among Democrats, who are very sensitive to the treatment of fellow non-whites, » Zogby said during a recording of the BBC podcast Americast. « They see Israel as an aggressor. »
They don’t know Israel’s early history and odds-defying triumph over adversity, he says.
« They know post-Intifada; they know the various wars, the asymmetrical bombing that have taken place, the innocent civilians that have been killed. »

The Bernie factor
If the growing diversity in Congress is in part the result of the left-wing progressive movement that elected politicians like Ocasio-Cortez, that progressive movement owes a considerable debt to one man, Vermont democratic socialist Bernie Sanders.
Early in his career, Sanders – who was raised Jewish and spent time in Israel in the 1960s – was generally sympathetic toward Israel’s policies. By the time he first ran for president in 2016, however, he was expressing more support for Palestinian concerns – a view that set him apart from the rest of the Democratic field.
In a primary debate with Hillary Clinton, held during a March 2016 outbreak of Hamas rocket attacks on Israel, Sanders spoke directly about the plight of Palestinians – their high unemployment, « decimated houses, decimated healthcare, decimated schools ».
As noted by the Guardian’s Ed Pilkington at the time, this broke an « unwritten rule » that talking about Palestinian suffering was a losing issue for politicians seeking higher office.
image copyrightPool via Getty Images
Sanders lost both his presidential bids, of course. The popularity of his expressed views, however, opened the door for down-ballot Democrats to take up the issue – as they also took up other parts of his progressive platform, including expanded healthcare, free college education, a higher minimum wage and environmental reform.
Since then, Sanders has hardened his condemnations of Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu, whom he called a « desperate, racist authoritarian ». And last week, he penned an opinion column in the New York times that, while pulling no punches, no longer seems a fringe Democratic view.

« The fact of the matter is that Israel remains the one sovereign authority in the land of Israel and Palestine, » Sanders wrote, « and rather than preparing for peace and justice, it has been entrenching its unequal and undemocratic control. »
Palestinian lives matter
In that Times column, Sanders concludes by heralding the rise of « a new generation of activists » in the US.
« We saw these activists in American streets last summer in the wake of the murder of George Floyd, » he writes. « We see them in Israel. We see them in the Palestinian territories. »
A major foreign policy headache for Biden
The child victims of the Israel-Gaza conflict
His final words lift a direct line from the Black Lives Matter movement: « Palestinian lives matter ».
Sanders is noting what has become obvious during clashes between Israel forces and Palestinians over the past two weeks. Americans who found their political voice during last summer’s activism in US cities are now turning their focus, and their rhetoric, on what they see as similar unchecked oppression in the Middle East.

media captionWatch: Biden accelerates away when asked about Israel
« St Louis sent me here to save lives, » Congresswoman Cori Bush of St Louis – who unseated a long-time Democratic politician in a primary last year – said on the floor of the House on Thursday.
« That means we oppose our money going to fund militarised policing, occupation and systems of violent oppression and trauma. We are anti-war, we are anti-occupation, and we are anti-apartheid. Period. »
That has translated into growing calls to cut off US military aid to Israel – or at least use the threat of doing so to pressure Netanyahu to move away from his aggressive policies in the occupied territories.
The « defund the police » slogan now has a foreign policy companion: « defund the Israeli military ».
Donald and Bibi
Complicating matters for Israel’s traditional backers in the Democratic Party is that US policy toward the Jewish state, like almost everything in national politics, has become increasingly polarised on partisan lines.
image copyrightPool via Getty Images
That, in no small part, has been helped along by long-time Israeli Prime Minister Netanyahu, who has forged closer ties with the American right over recent years. Obama-era Democrats have not forgotten Netanyahu’s address to a joint session of Congress in 2015 at the invitation of Republicans, during which he made an unsuccessful attempt to torpedo congressional approval of the administration’s signature diplomatic initiative, the Iran nuclear agreement.
Meanwhile, Donald Trump spent four years trumpeting his close relationship with Netanyahu and Israel’s political right. He cut off humanitarian aid to the Palestinian authority, moved the US embassy from Tel Aviv to Jerusalem, and bypassed the Palestinians in his Middle East diplomatic negotiations.
That one-two political punch from Trump and Netanyahu was more than enough to have even some centrist Democrats rethinking their views on the Palestinian situation.
That trend could continue, in part because, Zogby says, Trump’s efforts to cater to Israeli interests haven’t translated into shifting support among Jewish voters for Republican candidates.
« That is wishful thinking on their part, » Zogby says. « American Jews are fundamentally a liberal to progressive voting entity. »
If Democrats can satisfy their progressive base without alienating their traditional Jewish voters, it becomes a much more comfortable political move.
Old-school Biden
If the Israel debate among Democrats in Washington is changing, the direction from the White House has only just begun to reflect that.
Biden and his top officials were slow to call for a ceasefire between Israel and Hamas – lagging behind even traditional Israel backers like Senate Majority Leader Chuck Schumer.
image copyrightAnadolu Agency via Getty Images
image captionSmoke rises over Gaza City
They repeatedly blocked a UN Security Council resolution that also endorsed a ceasefire. The readouts of Biden’s calls with Netanyahu have repeatedly noted that the president has emphasised Israel’s right to self-defence, with little hint of criticism.
There’s been no talk of putting conditions on US military aid to Israel – and, in fact, before the most recent outbreak of violence, Biden authorised the sale of $735m (£518m) in arms to the Jewish state, much to the dismay of his party’s progressives. During the 2020 presidential primary, he said calls to add conditions to US aid to Israel by Sanders and others were « bizarre ».
The risk for Biden on this issue is clear, however. The president needs the backing of left-wing progressives in his coalition if he wants to pass his legislative agenda, including an ambitious infrastructure and social safety-net package.
Up until now, that support has been there. But if the Democratic left believes Biden is turning his back on what they view as Israel’s gross human rights abuses, they could abandon him.
« We’ve seen a steady growth in support for Palestinians, but it’s never really been a high-intensity issue, » Zogby says. « It’s becoming that. It’s becoming a major wedge issue, particularly among Democrats, driven by non-white voters and younger voters, by progressives in general. »
That this might happen in a foreign policy area, the Middle East, that has been a low priority for Biden so far in his presidency would be particularly stinging – and it’s one of the reasons why Israel’s advocates in the Democratic Party are concerned that Biden’s support, which has been largely unwavering over decades of public service, may end up shaky.
Politicians can only stay out of step with their political base for so long.

Voir encore:

The Realignment
In the Middle East, Biden is finishing what Obama started. And his top advisers are all on board.
Michael Doran and Tony Badran
Tablet magazine
May 11, 2021

On Sunday, National Security Adviser Jake Sullivan phoned his Israeli counterpart and turned back the hands of time. According to the American readout of the conversation, Sullivan called “to express the United States’ serious concerns” about two things: the pending eviction, by court order, of a number of Palestinian families from their homes in the Sheikh Jarrah neighborhood of Jerusalem, and the weekend’s violent clashes on the Temple Mount between Israeli police and Palestinian rioters. The Biden administration, in other words, publicly asserted an American national interest in preventing the Sheikh Jarrah evictions, regardless of the dictates of Israeli law—just as Hamas was sending rockets and incendiary devices into Israel with the same message. This conscious effort to put “daylight” between the United States and Israel marked a clear return to the approach of President Barack Obama.

Sullivan’s call invites us to reopen an unresolved debate that began even before President Joe Biden took the oath of office. Is the new president forging his own path in the Middle East, or is he following in the footsteps of Obama? Until now, those who feared that his presidency might become the third term of Obama fixed their wary eyes on Robert Malley, the president’s choice as Iran envoy. When serving in the Obama White House, Malley helped negotiate the Iran nuclear deal, which sought accommodations with Tehran that came at the expense of America’s allies in the Middle East. In a revealing Foreign Affairs article, written in 2019, Malley expressed regret that Obama failed to arrive at more such accommodations. The direction of Obama’s policy was praiseworthy, Malley wrote, but his “moderation” was the enemy of his project. Being “a gradualist,” he presided over “an experiment that got suspended halfway through.”

Malley, the article leads one to assume, is now advising Biden to go all the way—and fast. But surely it is the president, not his Iran envoy, who determines the direction and pace of policy. Over the course of a career in Washington spanning nearly half a century, Biden has never cut a radical profile. Nor have Sullivan or Secretary of State Antony Blinken. The presence of this pair at Biden’s side signaled to many that Malley would not drive Iran policy. Shortly after the election, a veteran Washington insider noted to a journalist that “Blinken and Sullivan are certainly from the more moderate wing of the party, and that is reassuring.”

At his Senate confirmation hearing in January, Blinken continued to reassure by expressing his intention to fix the defects of the Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), as the Iran nuclear deal is known. The following month, Foreign Policy reported that a split had opened up inside the government, with Sullivan and Blinken fulfilling the hopes placed on them. When Malley argued in favor of giving “inducements” to Iran to convince it to return quickly to the JCPOA, Sullivan and Blinken “dominated the discussion” by “toeing a harder line.”

Over the past month, that line became even harder—as in harder to see. On April 2, Malley gave an interview to PBS that raised eyebrows in Jerusalem, Riyadh, and in Congress. Ahead of nuclear talks in Vienna, where the Europeans were about to host indirect negotiations between Biden officials and Iranian representatives about resurrecting the JCPOA, Malley expressed an eagerness to lift American sanctions on Iran and ensure “that Iran enjoys the benefits that it was supposed to enjoy under the deal.” About the interview, an anonymous senior Israeli official said, “If this is American policy, we are concerned.”

Israeli intelligence operatives put an exclamation point on that sentence when they (it seems clear) sabotaged a power generator at the Iranian nuclear enrichment facility in Natanz. While damaging Iran’s nuclear program, the operation also signaled Israeli opposition to the American position in the Vienna talks, now underway.

The alarm in Jerusalem is justified, if the May 1 statement by Abbas Araghchi, Iran’s lead negotiator in Vienna, is anything to go by. The American negotiators, he claimed, had already agreed in principle to remove sanctions on Iran’s energy sector, automotive industry, financial services, banking industry, and ports—to eliminate, in other words, all of the most significant economic sanctions ever imposed on Iran. Recent statements from Biden administration officials give us no reason to disbelieve Araghchi, and the smart money is now on a full resurrection of the JCPOA in relatively short order.

But even the Israelis have yet to absorb the full scope and magnitude of Biden’s accommodation of Iran. The problem is not that Sullivan and Blinken are failing to restrain Malley, but that they are marching in lockstep with him. A consensus reigns inside the administration, not just on the JCPOA but on every big question of Middle East strategy: Everyone from the president on down agrees about the need to complete what Obama started—which means that the worst is yet to come.

If the control that Obama’s project exercises over every mind in the Biden administration is not already obvious, it is because confusion still reigns about the project’s true nature. Doubt us? Then take the following one-question quiz: To what, precisely, was Robert Malley referring when he spoke of Obama’s half-completed “experiment”?

If you answered “the JCPOA,” you got it wrong.

If you said “improving relations with Iran,” you scored much higher, but you still failed.

The president’s “ultimate goal,” Malley wrote, was “to help the [Middle East] find a more stable balance of power that would make it less dependent on direct U.S. interference or protection.” That is a roundabout way of saying that Obama dreamed of a new Middle Eastern order—one that relies more on partnership with Iran.

And the dream lives on. In May 2020, six months after Malley penned his Foreign Affairs essay, Jake Sullivan, writing as an adviser to Biden’s presidential campaign, co-authored his own article laying out a Middle East strategy. The goal, he explained, is to be “less ambitious” militarily, “but more ambitious in using U.S. leverage and diplomacy to press for a de-escalation in tensions and eventually a new modus vivendi among the key regional actors.” If we substitute the word “balance” for “modus vivendi,” and if we recognize that “de-escalation” and “diplomacy” require cooperation with Iran, then Sullivan’s vision is identical to Obama’s “ultimate goal” as described by Malley. Sullivan emphasized that equivalence when he defined the objective of his plan as “changing the United States’ role in a regional order it helped create.”

This project to create a new Middle Eastern order, which now spans two presidential administrations, deserves a name. The “Obama-Biden-Malley-Blinken-Sullivan initiative” is quite a mouthful. Instead, we hereby dub it “the Realignment.” That it should fall to us, and at this late date, to name a project on which many talented people have been working for the better part of a decade is more than a little odd. Typically, presidents launch initiatives as grand as this one with a major address, and they further embroider their vision with dozens of smaller speeches and interviews. One searches in vain for Obama’s speech, “A New Order in the Middle East.”

Obama, it seems clear, felt his project would advance best with stealth and misdirection, not aggressive salesmanship. Biden, while keeping Obama’s second-term foreign policy team nearly intact, is using the same playbook. He and his aides recognize that confusion about the “ultimate goal” makes achieving it easier. Indeed, confusion is the Realignment’s best friend.

“Calculated to confuse” would make a fitting epitaph for the JCPOA—if ever it were to shuffle off this mortal coil. At 159 pages, containing five annexes, and replete with secret side deals, it packed into one binder enough smoke and mirrors to keep the American public confused for the past six years. Although the JCPOA is only one component of Obama’s grand project, its role is indispensable.

Let’s start with what the JCPOA does not do. Contrary to what its architects have claimed since 2015, the JCPOA does not block all the pathways to an Iranian nuclear weapon. How could it? The deal’s so-called “sunset provisions”—the clauses that eliminate all meaningful restrictions on Iran’s nuclear program—will all have taken effect in less than a decade; some of the most significant restrictions will disappear by 2025. By 2031, the Islamic Republic will have, with international protection and assistance, an unfettered nuclear weapons program resting on an industrial-scale enrichment capability. On the basis of this fact alone, the best one can possibly say about the deal is that it buys a decade of freedom from Iranian nuclear extortion.

But even that modest claim does not withstand scrutiny. The deal permits a robust research and development program, and it does not destroy facilities (such as the fortified bunker in the mountains at Fordow) that are indisputably part of a military, not a civilian, nuclear program. In other words, Iran is pursuing its nuclear weapons ambitions even during this period of supposed restrictions, and its program is continuing, as any newspaper reader can see, to serve as a tool of extortion.

So blatant are the deal’s failings that Biden officials do not deny the problem. Instead, they pretend to have a fix. Their plan? A “follow-on accord.” The JCPOA, they claim, is stage one in a multistage process, like a Silicon Valley product awaiting an upgrade.

It was Sullivan, in his Foreign Affairs article, who first floated the “follow-on” idea. Blinken then promised, at both his Senate confirmation hearing in January and a press conference on his first day on the job, to work for a “longer and stronger agreement.”

“Lengthen and Strengthen with Sullivan and Blinken!” would make for a catchy slogan if JCPOA 2.0 actually had a chance in reality. But the Biden administration insists it will not raise the idea of a longer and stronger agreement until after the full restoration of JCPOA 1.0. However, as we noted, JCPOA 1.0 quickly expunges all significant limitations on Iran’s nuclear program—permanently, and with an international seal of approval. By giving Tehran everything it ever wanted up front, JCPOA 1.0 obviates JCPOA 2.0.

Sullivan and Blinken profess to recognize the hideous flaws of the JCPOA, even as they sweat and toil to resurrect it from the tomb where Trump had buried it. The comfort they offered worried minds only increased when, according to the February Foreign Policy report, they overruled Malley, refusing Iran’s demand that the United States lift all sanctions as a precondition for returning to the JCPOA. The men of understanding, we were led to believe, were also men with backbone.

But that report merely deflected watchful eyes from the real story: the bargaining between Washington and Tehran that started the minute the administration took office. Even before the Vienna negotiations began in April, messages were winging their way from Tehran to Washington, through intermediaries who interceded with ideas about how the United States could relax sanctions without formally lifting them.

As a result, Sullivan and Blinken delivered inducements to Tehran—and lots of them. To give just a few examples: The Biden administration dropped American objections to a $5 billion International Monetary Fund loan to Iran. It rescinded the Trump-era policy at the United Nations, which had triggered the so-called snapback mechanism—a move to reimpose international sanctions on Iran for its violation of the deal. It released frozen Iranian oil funds in South Korea, Iraq, and Oman. These steps portended the imminent end of the sanctions regime, thus encouraging the Chinese to buy Iranian oil at a much higher rate than at any time since 2017. Against this background came Malley’s April 2 interview on PBS, in which he expressed an eagerness to lift all sanctions as quickly as possible.

The administration’s enthusiasm for maximum accommodation of Iran came as a shock to many observers, among them Sen. James Inhofe of Oklahoma, the ranking Republican on the Senate Armed Services Committee, who released a statement accusing the administration of breaking its word. Inhofe, the Israelis, and countless others had mistaken Blinken’s rhetoric for an actual plan to use the leverage built up by Trump to “fix” the nuclear deal.

To be fair, Blinken always said the administration intended to return to the JCPOA. About that, neither he nor Sullivan nor any other administration official ever lied. But they did strategically encourage people to believe things they knew were not, and never would be, true.

Their deceptions have gone far beyond narrow nuclear questions. Contrary to the claims of the administration, the JCPOA ends all of the most damaging sanctions on Iran—nuclear and nonnuclear alike. Thanks to one of its early sunset clauses, the JCPOA already ended an international ban on conventional arms sales to Iran, thus offering Tehran avenues for expanding its defense cooperation with Russia and China. As the Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC) will grow richer from oil sales, its international partnerships will also grow stronger. The network of militias surrounding Israel and America’s Arab allies will expand, and their sting, delivered by precision-guided weaponry, will become more venomous. Compounded by the backing of powerful friends like Russia and China, the difficulty of containing Iran’s regional project will increase. This analysis is not a theory; it is common sense.

The deceptions surrounding the JCPOA have a clear purpose: to make the administration appear supportive of containment when, in fact, it is ending it. But why are officials like Blinken and Sullivan so comfortable with such duplicity? Answering this question requires entering the Realignment mentality. The Foreign Affairs articles certainly offer one way in, but the most direct route is through the mind of Barack Obama, the author of the policy that Blinken and Sullivan are glossing.

The deceptions surrounding the JCPOA have a clear purpose: to make the administration appear supportive of containment when, in fact, it is ending it.

The Realignment mentality fully crystalized on Aug. 31, 2013, the day Obama erased his red line on Syria’s use of chemical weapons. Obama first drew the red line for U.S. military action in the summer of 2012, after receiving reports indicating that Syrian dictator Bashar Assad was either using or preparing to use chemical weapons against civilians. Some of Obama’s advisers urged him, in response, to increase support for the rebels seeking to overthrow Assad. Instead, Obama drew his red line, hoping that Moscow and Tehran would restrain Assad and the White House would not be forced to take action. But almost exactly one year later, Assad dashed Obama’s hopes with a sarin gas attack that killed hundreds of civilians, perhaps over a thousand.

Nevertheless, Obama was as determined as ever to prevent American intervention in Syria—still with the assistance of Moscow and Tehran. What if, he asked himself, the United States were able to work in greater partnership with Russia and Iran to stabilize not just Syria but other trouble spots too? After all, a tacit U.S. arrangement with Iran already existed in Iraq, based on a supposed mutual hostility to Sunni jihadism. Couldn’t that model be expanded to cover the entire Middle East? A partnership with Russia and Iran could stabilize this vexed region. An attack on Syria, however, would alienate both Moscow and Tehran, damaging Obama’s dream of a new regional order.

As the American military readied a strike on Assad, Obama searched for a pretext to call it off. He found it by suddenly remembering his constitutional duty to seek congressional authorization for military operations. Republicans in Congress, Obama knew, would refuse to authorize military action, making them responsible for erasing his red line. The Republicans’ refusal to strike, Obama told Ben Rhodes, an aide and member of his inner circle, “will drive a stake through the heart of neoconservatism—everyone will see they have no votes.”

Obama had zero interest in weakening the Russian-Iranian entente. Instead, he sought to hobble the “correlation of forces” (to use the Soviet terminology) that he believed was boxing him in. Those forces included, in addition to a variety of groups in American domestic politics, traditional allies in the Middle East—Israel, Saudi Arabia, and Turkey—all of whom were alarmed, each for its own reasons, by the rising power of the Russian-Iranian entente.

For his part, Russian leader Vladimir Putin understood Obama’s dilemma. He quickly offered a fig leaf that Obama readily accepted. Together, the two pretended to strip Assad of his chemical weapons. We say “pretended,” because the joint Russian-American initiative was a Potemkin facade designed to put an honorable face on Obama’s retreat. In return for the prize of American abstention from Syria, Putin was more than happy to destroy some of Assad’s chemical weapons.

But only some. The Organization for the Prohibition of Chemical Weapons, the group that carried out the joint American-Russian policy, only destroyed the chemical weapons that Assad officially declared. Of course, he didn’t declare everything, a fact that became irrefutable in April 2017, when Assad conducted another sarin gas attack, this time killing almost 100 people.

For Obama, however, deterring Assad was always a secondary concern. He had now achieved what he saw as the biggest prize of all, namely, opening a path to a strategic accommodation with Iran, Russia’s ally in Syria. “If the U.S. had intervened more forcefully in Syria,” Rhodes told a reporter at the end of the Obama presidency, “it would have dominated Obama’s second term and the JCPOA would have been impossible to achieve.”

With the Syria example fixed in our minds, we are finally in a position to define what the JCPOA truly is rather than what it is not. As understood by its architects, the deal is two things at once. First, it is a vehicle for towing Iran’s nuclear program out of the main lanes of U.S.-Iranian relations and parking it off to one side, thereby creating political and diplomatic space for greater interaction between Washington and Tehran—a fundamental condition for building the new regional order to which the Realignment aspires.

Second, it is a tool for erasing the containment option in American foreign policy. Many analysts have interpreted the elimination of nonnuclear sanctions by the JCPOA as the product of inept bargaining. Wily Iranian negotiators, we have frequently been told, hoodwinked the naïve Obama, who, poor man, just can’t seem to get his head around the concept of leverage in negotiations.

On the contrary, a savvy Obama fooled the analysts by disguising the JCPOA as a nonproliferation agreement. In reality, the deal was a sneak attack on a traditional American foreign policy. It was and remains a Trojan horse designed to recast America’s position and role in the Middle East. Sullivan and Blinken’s task is to wheel the Trojan horse into the central square of American foreign policy and, by brandishing their “centrist” political credentials, sell it as an imperfect but valuable vehicle of containment.

The doctrine of Realignment builds on the erroneous assumption that Iran is a status quo power, one that shares a number of major interests with the United States. According to this doctrine, conservative Americans and supporters of Israel fixate on Iran’s ideology—which is steeped in bigotry toward non-Muslims in general, and which advertises its annihilationist aspirations toward the Jewish state in particular—but it is not useful as a practical guide to Tehran’s behavior. That’s what professor Obama taught us in a 2014 interview, when he claimed that Iran’s leaders “are strategic,” rational people who “respond to costs and benefits” and “to incentives.”

U.S. allies needed to learn “to share the neighborhood” with Iran, he said in another interview. Their hostility was preventing Washington from gaining access to the more pragmatic dimensions of the Iranian government’s character. Israel, Turkey, and Saudi Arabia nurture paranoid fears, outsize ambitions, and grubby sectarian agendas that draw them into shadow wars with Iran. Out of excessive loyalty to its allies, America has allowed itself to be dragged into supporting their wars, needlessly embittering U.S.-Iranian relations while simultaneously exacerbating local conflicts.

According to the Realignment doctrine, America will help its allies protect their sovereign territory from Iranian or Iranian-backed attacks, but not compete with Iran beyond their borders. In the contested spaces of Syria, Yemen, and Iraq, the United States will force others to respect Iran’s “equities,” a term Obama once used to describe Iran’s positions of power. Thus, in practical terms, America will use its influence to elevate the interests of Iran over those of U.S. allies in key areas of the Middle East.

At home, this policy is controversial, to say the least, and necessitates the development of tactics to camouflage the tilt toward Tehran. The presentation of the JCPOA as a narrow arms control agreement is the most important of these tactics, but two others are particularly noteworthy.

The first is the bear hug: a squeeze that can be presented to the outside world as a gesture of love, but which immobilizes its recipient. The Obama administration perfected the move on Israel during JCPOA negotiations. American officials routinely bragged that they had raised military-to-military relations between the United States and Israel to glorious new heights. To be fair, the claim is not entirely baseless, thanks to joint projects such as the Iron Dome missile defense system, which allows Israel to protect its territory from Iranian-sponsored rocket attacks. But if Iron Dome was the seemingly loving aspect of the bear hug, the immobilizing part was the strong discouragement of Israeli military and intelligence operations against Iran’s nuclear program and its regional military network. Obama made both seem less necessary by continually pointing to Iron Dome, which became a U.S. device for forcing Israel into a more passive posture in the face of Iran’s rising power and continued aggression.

The bear hug is also a tool for gaslighting critics who accurately claim that the Realignment guts the policy of containment. The ongoing provision of American security assistance to allies allows the administration to plausibly claim that containment is alive and well—that the United States is indeed “pushing back” against Iran’s “destabilizing activities,” and that far from discarding its old allies, it is committed to their welfare.

The second tactic is the values feint. When Washington tilts toward Iran, it disguises its true motivations with pronouncements of high-minded humanitarianism—ceasing to be a superpower and instead becoming a Florence Nightingale among the nations, decrying human suffering and repeating mantras like “There is no military solution to this conflict.” The values feint exhorts allies, in public, not to retreat before Iran but to engage in the “three D’s”: diplomacy, dialogue, and de-escalation. This trio, first deployed by Obama in Syria, now routinely rolls off the tongues of Biden officials who, in keeping with a plan presented in Sullivan’s Foreign Affairs article, are busy encouraging America’s allies to sit down and negotiate with the Iranians.

“We support any Iranian dialogue with international, regional, or Arab powers,” Hassan Nasrallah said last week. “We consider it as helpful to calming tension in the region.” The leader of Lebanon’s Hezbollah, the most lethal Iranian-backed militia in the Arab world, strongly approves of the Sullivan plan. And why wouldn’t he? The three D’s transform Iran and its proxies into America’s partners in “peace” diplomacy, and those seeking to contain them into bloodthirsty enemies of peace.

Now that we can see past the cute tricks that hide the Realignment’s true goals, we can state its four strategic imperatives in plain English: First, allow Tehran an unfettered nuclear weapons program by 2031; second, end the sanctions on the Iranian economic and financial system; third, implement a policy of accommodation of Iran and its tentacles in Iraq, Syria, Yemen, and Lebanon; and fourth, force that policy on America’s closest allies. If the United States follows those commandments, then a kind of natural regional balance will fall into place. The United States, so the thinking goes, will then finally remove itself from the war footing that traditional allies, with their anti-Iran agenda, have forced on it. Thereafter, diplomatic engagement with Iran will be the primary tool needed to maintain regional stability. (If you doubt us on this, give Malley’s and Sullivan’s Foreign Affairs articles a closer read.)

The Realignment rests on, to put it mildly, a hollow theory. It misstates the nature of the Islamic Republic and the scope of its ambitions. A regime that has led “Death to America” chants for the last 40 years is an inveterately revisionist regime. The Islamic Republic sees itself as a global power, the leader of the Muslim world, and it covets hegemony over the Persian Gulf—indeed, the entire Middle East. But the only instrument it has ever had to achieve its objectives is regional subversion.

Ayatollah Khamenei, the head of this colossal project, is a lord of chaos. After oil, the Islamic Republic’s major export item is the IRGC-commanded terrorist militia—the only export that Iran consistently produces at a peerless level. Malley and Sullivan got it exactly wrong when they argued, in effect, that allies are suckering the United States into conflict with Iran. It is not the allies but the Islamic Republic that is blanketing the Arab world with terrorist militias, arming them with precision-guided weapons, and styling the alliance it leads as “the Resistance Axis.” It does so for one simple reason: It is out to destroy the American order in the Middle East.

Iran’s militia network and nuclear program have made it strong enough to be a major factor in every troubled corner of the Middle East, but not strong enough to build an alternative order. Herein lies a curious contradiction in Khamenei’s project. Iran cannot actually hold or stabilize contested areas without a helpful American posture.

Iran is strong enough to be a major factor in every troubled corner of the Middle East, but not strong enough to build an alternative order.

This same contradiction bedevils the Realignment, whose architects think that partnership with Iran is the ticket to ending American military interventions in the Middle East. But the experiences of both Iraq and Syria proved the fallacy of this vision. On Obama’s watch, when the U.S. withdrew its troops from Iraq, Iran’s influence increased exponentially. And what happened? Iran-backed militias sprouted like weeds across the landscape. The ensuing chaos created the vacuum which the Islamic State filled, forcing Obama to re-intervene militarily—but now with the American military serving, in effect, as the air force of Iran’s militias. Obama didn’t end military interventions; he just switched sides.

An analogous process took place in Syria. In order to save the Assad regime, Iran needed not just the intervention of the Russian military to shore up its position against the Syrian opposition forces, but the assistance of the United States. Obama kept both Turkey and Israel at bay while the Russians, Iranians, and Iran’s militias slaughtered over 500,000 people and uprooted 10 million more from their homes.

Obama and his staffers, who are now Biden’s staffers, already tested the potential of Realignment. It brought only suffering and death, not to mention a general weakening of the American position.

Domestic politics partially explains the hold that this empty theory exercises over otherwise bright minds. The Realignment was the signature initiative of Barack Obama, who remains either the most powerful man in Democratic politics or a very close second. By winning the presidency, Biden is the leader of the party today, but he owes much of his personal popularity as well as his victory itself to his former boss.

The organizational chart of the State Department says that Malley reports to the secretary of state. What the chart does not reveal is that Malley, as the keeper of Obama’s Iran flame, reports to Blinken, in effect, through Obama. As for Sullivan, he reports to Biden directly, but his ability to deviate from Obama’s agenda is limited by a simple fact of life. As Sullivan himself observed in a December interview, “We’ve reached a point where foreign policy is domestic policy, and domestic policy is foreign policy.”

Biden won the electoral college by only 45,000 votes spread over three states—a razor thin margin. He still desperately needs the support of Obama, who alone can bridge the Democratic Party’s progressive and Clintonian wings. Moreover, if power is the ability to convince people that their success in the future requires keeping you happy in the present, then Obama has a lot of direct power over Sullivan. If Sullivan aspires to one day serve as secretary of state or secretary of defense, he knows that Obama will remain a power broker in Democratic politics long after Biden has left the scene.

The political heft of the Realignment derives not just from Obama’s personal support but also from the support of progressives whose cosmology it affirms. It equates a policy of containing Iran with a path to endless war, and transforms a policy of accommodating Iran into the path to peace. It reduces the complexities of the Middle East to a Manichean morality tale that pits the progressives against their mythological foes—Evangelical Christians, “neoconservatives,” and Zionists. The Realignment depicts these foes as co-conspirators with Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman and Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu, plotting to keep America mired in the Middle East.

The role that the Realignment casts for Israel bears close scrutiny. Jake Sullivan’s Foreign Affairs article called for preventing U.S. allies from holding American policy “hostage to maximalist regional demands” regarding the JCPOA. Yet Sullivan all but abstained from mentioning Israel, the country that has been most vocal and effective at making such demands. This omission is, of course, no accident.

Contemporary progressivism is, shall we say, less than enthusiastic about Zionism. One of its cherished goals is to reduce American support for Israel, and the Realignment helps it realize that ambition—but it does so slyly. It refrains from making its anti-Zionism explicit for fear of stirring up opposition to the project among the largely pro-Israel American people. But by upgrading relations with Iran, the Realignment perforce downgrades the Jewish state.

How Israel responds to this downgrading will depend on how its prolonged domestic crisis, marked by four national elections in two years’ time, finally gets resolved. Netanyahu haters in the Biden administration will be sure to delight if he is toppled from power and succeeded by someone with less foreign policy experience, such as Yair Lapid, the chairman of the Yesh Atid party. The White House believes that a post-Netanyahu Israel will work to accommodate its main demands. If, however, Netanyahu remains in power (or if he is succeeded by someone with a similar disposition on Iran), then the Israelis will not readily accept the diminished role assigned to them by the Realignment.

As Biden moves swiftly to put Netanyahu (or a like-minded successor) in a bear hug, the Israeli prime minister will bend, twist, squirm, and occasionally throw a sharp elbow and kick a shin. Both Biden and Netanyahu, each for his own domestic reasons, will deny the depth of the conflict. Broad smiles, professions of friendship, and much fancy footwork, all produced for the benefit of the cameras, will turn this wrestling match into a contorted tango.

Their dance will move through five flashpoints—the five irresolvable tensions between Jerusalem and Washington that the Realignment creates. The first is, of course, the JCPOA. The Israelis, for their part, will try to prevent the quarrel from poisoning cooperation in general, but will not refrain from exposing the defects of the deal to the world, and especially to Congress. The JCPOA breathes an air of distrust into U.S.-Israel relations, which will thicken as Israel continues to conduct covert actions inside Iran. The Biden team’s response, as we have already seen, will be to urge restraint on Jerusalem, thus generating the second flashpoint.

The primary goal of Israeli covert operations has historically been to sabotage Iran’s nuclear program, but more recently, they have also served as a means to publicize the flaws of the JCPOA and to expose Iranian cheating. The covert Israeli campaign now also serves as propaganda by action, showcasing opposition to Biden’s Realignment. The recent sabotage of the Natanz nuclear facility’s power station, a case in point, coincided not just with the negotiations in Vienna over the JCPOA, but also with the visit of Secretary of Defense Lloyd Austin to Jerusalem. The operation embarrassed Washington, not least by refuting its contention that the only way to prevent war is to legitimize Iran’s nuclear program. If diminutive Israel can sabotage Iran’s most secure facilities on its own without sparking a war, how much more could it accomplish with the active assistance of the United States?

For its part, the Biden administration responded to the embarrassment by issuing a private rebuke to Jerusalem, while calling for more coordination and an agreed policy of “no surprises.” A similar dynamic is playing out over the third flashpoint—namely, the clash between Washington and Jerusalem over Israeli attacks on Iranian military targets in Syria and elsewhere in the region. A meeting in April between Sullivan and his Israeli counterpart, Meir Ben-Shabbat, established “an interagency working group” to focus on the threat of Iranian-produced precision-guided missiles, which Tehran provides to its regional assets. The White House will spin the working group as a united effort to “push back” on Iran, but it is actually a tool for monitoring and restraining Israel.

As the pressure from Washington to support the three D’s mounts, Jerusalem will search for partners who can assist it, both in containing Iran and in persuading the United States to abandon the Realignment. Impediments to effective coordination between Riyadh and Jerusalem abound, but the Saudis remain the most likely candidate, as there is still a chance that shared circumstances will force closer coordination between the two. But the Biden team will monitor relations between Riyadh and Jerusalem and interdict when necessary—thus creating the fourth flash point.

It was, once again, the Obama administration that fashioned the template for such interdiction. In 2012, when Washington grew fearful that Israel might launch an attack on Iran’s nuclear facilities, four senior U.S. diplomats and military intelligence officials briefed Foreign Policy on alleged cooperation between Azerbaijan and Israel in preparation for the attack. “The Israelis have bought an airfield,” one anonymous official said, “and the airfield is called Azerbaijan.” Officials in Baku categorically denied the report, which indeed was likely bogus. But the point was to intimidate Jerusalem and any of its potential anti-Iran partners, not to put out truthful information.

The final flashpoint will be the Palestinian question. As tensions with Jerusalem rise over Iran, the administration will execute its values feint, criticizing Israel for choosing the path of “war.” But it will be over the Palestinian issue that the Biden team will deliver the harshest public scolding. The issue helps camouflage American rage over Israel’s independent Iran policy, presenting it instead as a righteous fight over “values.”

The administration wasted no time in reviving this values conflict. On April 7, Blinken resumed U.S. funding for the Palestinian leadership that the Trump administration had cut, including for the controversial United Nations Relief and Works Agency, saying it “aligns with the values and interests of our allies” (as defined solely by the Biden administration, he neglected to add). Gilad Erdan, Israel’s ambassador to the United States and the United Nations, quickly clarified that “Israel is strongly opposed to the anti-Israel and antisemitic activity happening in UNRWA’s facilities.”

Elevating the Palestinian question to the top of U.S.-Israel relations will further reduce the chance of a bilateral Saudi-Israeli breakthrough. Any efforts to advance the Abraham Accords, or to thwart the White House’s Iran policy, will be met with rebukes that Israel is trying to detract from justice for the Palestinians. The launch of another round of Israeli-Palestinian negotiations might be one way for the Biden team to lend plausibility to this claim. Given the failure of previous rounds, however, Biden may instead choose to launch talks with Israelis and Palestinians about how to preserve the two-state solution in the absence of a peace process. From any such talks, demands on Israel to take impossible actions will flow like a gusher, allowing Washington to pose as the champion of Palestinian rights against the recalcitrant Israelis.

With the stage thus set, an echo chamber of “independent” voices in the media will deliver a harsh reproach to Israel, which the Biden team will have scripted but will prefer not to deliver directly. “The United States needs to tell Israeli leaders to cease provocative settlement construction and … oppressive security practices,” wrote Obama’s CIA director, John Brennan, in The New York Times on April 27. This was an early warning. As the tensions between Jerusalem and Washington mount, voices shriller than Brennan’s will decry the Israelis as corrupt and cruel warmongers, sabotaging not just peace diplomacy, but also mom and apple pie.

For the pro-Israel community, the Realignment represents both an intellectual and political challenge. Intellectually, it forces a rethinking of what constitutes a pro-Israel policy. Traditionally, a position passes this litmus test if it supports strong bilateral ties, including the provision of American military aid. But supporters of the Realignment—by guaranteeing Israel’s qualitative military edge and right to defend itself, and by verbally affirming the enduring strength of American-Israeli bonds—easily pass this test, even as they empower Iran across the Middle East and provide it with a pathway to a nuclear weapon. To give the term “pro-Israel” a definition that meets the challenge of the day requires advocating for the containment of Iran, not just the defense of Israel, and for a peace strategy that focuses on Saudi Arabia.

For Jewish Democrats especially, this definition poses a severe political challenge. Progressives and Biden surrogates will attack this definition of “pro-Israel” as the “Trumpist” version, which to them means repudiating American values, choosing war over diplomacy, whitewashing Saudi “crimes,” and helping Israeli settlers “colonize” the Palestinians.

Some supporters of the administration will not hesitate to accuse Jews of sending American men and women in uniform to die for Israel. In 2018, when the Mossad spirited the nuclear archive from Tehran, Colin Kahl, a Stanford professor and Biden’s former national security adviser, tweeted that the Israeli operation “sure has an eerie pre-2003 Iraq vibe to it.” In other words, the Israeli intelligence operation, a heroic feat straight out of a Hollywood movie, was a Jewish plot to sucker America into a war for Israel. Kahl is now Joe Biden’s undersecretary of defense for policy, the third most powerful person in the Pentagon. During his Senate confirmation process, Kahl’s supporters defended him against the accusation that he harbored an anti-Israel bias by noting that, under Obama, he helped advance American-Israeli cooperation on Iron Dome.

As the pro-Israel community debates what constitutes sensible policy, its right and left wings are gearing up for a fight. Enter: Sullivan and Blinken. They move between the bickering factions, holding up their arms in a plea for calm. The duo have exactly what it takes to forge a third way between Trump’s “maximum pressure” and Obama’s Realignment—a Clintonian way that will square the circle, thread the needle, and ride two horses at once. Don’t brawl with each other, they say. Don’t split your community. Rest assured, we have your back. We have no illusions about Iran. Our commitment to Israel’s security remains unyielding.

Wouldn’t it be nice to believe all that? Unfortunately, this third way is a myth—and a dangerous one at that. It is buying time and goodwill for an administration that, as it races hell-for-leather to finish what Obama started, deserves neither.

The Realignment is just clever enough to be stupid on a grand scale. When Malley refers to Obama’s presidency as a half-finished experiment, he means, more specifically, that the United States failed to compel its Middle Eastern allies to accommodate Iran. Washington, he explained in his Foreign Affairs article, must stop “giving its partners carte blanche” and “enabling their more bellicose actions” directed at Iran and its proxies. The ally who needs its blank check revoked most urgently, Malley explains, is Saudi Arabia, and the arena in which to start is Yemen. Washington, he wrote bluntly, must press Riyadh “to bring the conflict to an end.”

Sullivan’s Foreign Affairs article took this idea further, developing the plan for pressing Riyadh to end the war in Yemen. The United States, he explained, should tell the Saudis in no uncertain terms that a failure to end the intervention would put at risk the American security guarantee for Saudi Arabia. According to Sullivan, Washington must “insist on serious, good-faith Saudi diplomatic efforts to end the Yemen war and de-escalate with Iran as part of the terms under which it maintains a complement of U.S. troops deployed in Saudi Arabia.” To sustain this “de-escalation,” the U.S. must then press Riyadh to enter into “dialogue” with Tehran.

Clearly, the plan to give a rib-cracking bear hug to Saudi Arabia was in place long before the election of Biden. Once the new team took office, it lost no time in putting on the squeeze. On Jan. 27, the administration announced a freeze on arms sales. On Feb. 4, it declared an end to support for “offensive” operations in Yemen. On Feb. 5, it expressed its intentions to remove the Houthis, Iran’s proxy in Yemen, from the terrorism list, and on Feb. 16, it made good on its promise.

Taking a leaf from Obama’s Syria playbook, the Biden administration thus recognized Yemen as a de facto Iranian sphere of interest. However, the slogan of the Houthi movement—“Allah is Great, Death to America, Death to Israel, Curse on the Jews, Victory to Islam”—does not poll well among a majority of American voters. To disguise the fact that its policies are empowering the Houthis and the Iranians, the Biden administration deployed the values feint.

The Biden administration thus recognized Yemen as a de facto Iranian sphere of interest.

The goal of the decision to lift the terrorism designation on the Houthis, Blinken explained, was to alleviate “the dire humanitarian situation in Yemen.” The administration came to the decision, he said, because it listened to the United Nations, humanitarian groups, and bipartisan members of Congress, all of whom had warned that designating the Houthis as terrorists “could have a devastating impact on Yemenis’ access to basic commodities like food and fuel.”

The Yemen values feint is a full-spectrum affair, with America not just celebrating itself as Florence Nightingale, but disparaging Saudi Arabia as a malevolent beast. On Feb. 26, the Biden administration released a declassified intelligence report on the killing of Jamal Khashoggi, the columnist whom a team of Saudi operatives killed in Istanbul in 2018. The report, which concluded that the crown prince approved the assassination, came in response to no new developments. The administration dredged up the 2-year-old file purely in order to use it as fodder in a values barrage.

The crown prince, for his part, was in no doubt about the true reason for this salvo. “We are seeking to have good relations with Iran,” he said in a major television interview at the end of April. “We aim to see a prosperous Iran. We are working with our partners in the region to overcome our differences with Iran.”

But on March 7, two weeks after the release of the Khashoggi report, the administration’s values guns fell conspicuously silent. On that day, dozens of Ethiopian migrants in a detention center in Sanaa, Yemen, protested their unbearable living conditions. Their Houthi guards corralled the protesters into a hangar, told them to say their “final prayers,” and tossed explosive grenades into the structure. “[P]eople were roasted alive,” said one of the survivors. “I had to step on their dead bodies to escape.” Nary a peep was heard in Washington about this attack, let alone about the Houthi military campaign in Yemen which redoubled thanks to America’s green light.

By rewarding Iranian aggression, the Realignment’s faux humanitarianism only brings greater suffering to the people whose afflictions it pretends to alleviate. The sanctimonious policy simply ensures that Iran will enjoy a permanent Arabian base for launching strikes against America’s most important Arab ally, Saudi Arabia.

The tilt toward Iran in Yemen also has sinister implications for America’s rivalry with its greatest competitor in the world today. China and Iran recently signed a 25-year “strategic partnership” that funnels hundreds of millions of dollars into Iran, helping Tehran expand its nuclear power program, modernize its ports, and develop its energy sector. The deal also includes greater cooperation on defense and the transfer of Chinese military technology. Meanwhile, Beijing is upgrading its naval base in Djibouti, building a dock that can accommodate aircraft carriers 20 miles from Yemen across the Bab-el-Mandeb Strait, which controls the approaches to the Suez Canal from the Indian Ocean. With each passing day, the prospect of a Chinese-Iranian alliance capable of dominating the strait increases.

The expansion of Tehran’s strategic cooperation with Beijing immediately after the election of Biden mirrors the cooperation with Moscow that followed the completion of the JCPOA in 2015. Iran’s growing international partnerships, themselves a product of the Realignment, only strengthen Tehran’s resolve to destroy the American regional security system. The Islamic Republic is an unappeasable power. Khamenei will pocket every concession that America offers and then demand more—in blood.

Yet it is with supreme confidence that the supporters of Realignment present their policy. They make as if the superiority of their method has been proven—as if we can all see that their formula will take America off its war footing, and stabilize the Middle East, and protect America’s interests, and safeguard its closest allies. Not only is the claim too good to be true, but there is simply no evidentiary basis for it—zero. If any evidence did exist, the supporters of Realignment would make their argument honestly and forthrightly and stop hiding behind a high wall of cute deceptions.

The same supreme confidence also characterizes the Biden team’s attitude toward Trump’s “maximum pressure” campaign, which it derides as reckless, incoherent, and ineffective. On Trump’s watch, the Iranian economy suffered catastrophic losses. Not only did anti-regime demonstrations break out in every major Iranian city in 2019, but corresponding protests erupted in Iraq, aimed directly or indirectly at Iran’s proxies there. But Trump’s “maximum pressure” policy was much more than just the imposition of economic sanctions. It also included direct American military action, support for military action by allies, unilateral American covert operations, and support for the covert operations of allies—all of which the Realignment is bringing to an abrupt end.

Most impressive of all was the blow that Trump delivered to the IRGC, the most feared element in a regime that, increasingly, rules through fear alone. Trump ended the fiction, which had greatly benefited Iran, that its proxies were independent actors rather than direct arms of the IRGC. This policy of holding Iran directly responsible culminated in the killing of Qassem Soleimani, the head of the IRGC’s Quds Force and the second most powerful man in Iran.

Meanwhile, the Israelis (presumably) escalated their covert campaign of sabotage and intelligence collection against Iran’s nuclear program. Earlier in Trump’s presidency, they damaged dozens of sensitive Iranian facilities and captured its nuclear archive. In a dramatic operation, they killed Mohsen Fakhrizadeh, the head of Iran’s nuclear program. To the best of our knowledge, Iran has apprehended no Israeli operatives, who apparently have the run of the entire country.

By penetrating Iran’s defenses, Israel—with the support of the Trump administration—shredded Obama’s major justification for the JCPOA by demonstrating that the United States can manage the Iran challenge, including its nuclear dimension, with a relatively light American military commitment. The networks inside Iran sabotaging the nuclear program are not American; they are Israeli. By supporting America’s ally, Trump did not get suckered into unwanted conflicts; he empowered others to do America’s work for it.

Trump followed the example of all U.S. presidents prior to Obama, who conceived of the Middle East as a rectangular table, with America and its traditional allies seated on one side, and America’s rivals, including Iran and Russia, on the other. The job of the United States, in this time-honored conception, is twofold: to mediate among the allies, who are a fractious lot, and to support them against the opposing side.

“Maximum pressure” was a form of collective security. It encouraged closer cooperation between American allies, and therefore played a major role in the Abraham Accords, the peace agreements leading to expanded cultural, economic, and military ties between Israel and Bahrain, the United Arab Emirates, Morocco, and Sudan—all of which are close to Saudi Arabia. None would have normalized relations with Israel if Riyadh had opposed the move. The next logical step in the process, and the strategic prize of the effort, was for the next U.S. president to advance the Israeli-Saudi rapprochement.

It is impossible to exaggerate the value to the United States of a full-blown Saudi-Israeli peace agreement or even of significant steps in that direction. The 9/11 attacks announced that a doctrine of radical intolerance had taken deeper root inside the Muslim world than we had realized—a doctrine that seeks to wall off Muslim societies from non-Muslim influences. The Emiratis, the lead players in the Abraham Accords, see peace with Israel as part of a multipronged effort to refute this intolerant view of Islam and Muslim history. Saudi Arabia is the most powerful Arab country and, thanks to its guardianship of Mecca and Medina, one of the most influential countries in the entire Muslim world. It has also long been the fortress of conservative Islamic jurisprudence and Quranic literalism. If the country toward which all Muslims pray five times a day, and to which some 2 million make annual pilgrimages, develops openly friendly relations with the Jewish state, the implications for relations between Muslims and non-Muslims everywhere would be profound.

Yet the Biden administration has forbidden its officials from even using the term “Abraham Accords,” which, under the influence of the Realignment, it abhors. Because the accords are politically popular, even in Democratic circles, the administration will refrain from expressing its abhorrence frankly, and will look for every opportunity to claim that it looks favorably on the normalization of relations between Saudi Arabia and Israel.

In reality, however, the Biden team has no intention to expand the Abraham Accords, whose very existence is a blot on the Democrats’ record. It refutes the dogma preached by the Obama administration that peace between Israel and the Arab world must begin with a Palestinian-Israeli agreement.

More importantly, the accords are also a threat to the Realignment itself. The Saudi-Israeli thaw resulted in part from the sense of threat they share about the rise of Iran, and the increasing unreliability of the American security guarantee. A strong partnership between Riyadh and Jerusalem would inevitably become the primary node of opposition to the Realignment from within the American alliance system. A desire to end any unsupervised discussion of expanding the Abraham Accords is probably an additional reason why the Biden administration devoted its first days in office to publicly disparaging Mohammed bin Salman and privately pressing him to kowtow to Tehran. “Do not dare assist Israel” was another implicit command that the Khashoggi values barrage delivered to Riyadh.

When Biden took office, he faced a fork in the road. On one path stood a multilateral alliance designed to contain Iran. It had a proven track record of success and plans of even better things to come, as the recent act of sabotage at Natanz demonstrated. The alliance’s leading members were beckoning Biden to work against a common foe, but also to promote greater cooperation and possibly even an official peace agreement between Saudi Arabia and Israel. On the other path stood the Islamic Republic, hated by its own people and, indeed, by most people in the Middle East. It offered nothing but the same vile message it had always espoused. Standing with it were all of the most malignant forces in the Middle East, who either look directly to Tehran for leadership or thrive on the chaos it sows.

Biden chose Iran, fracturing the U.S. alliance system and setting back the cause of peace. His choice also delivered a victory to China and Russia, who are working with Iran, each in its own way, toward America’s undoing. In a perverse effort to liberate itself from its allies, the United States is soiling its own nest.

Michael Doran is a Senior Fellow at the Hudson Institute in Washington, D.C.

Tony Badran is Tablet magazine’s Levant analyst and a research fellow at the Foundation for Defense of Democracies. He tweets @AcrossTheBay.

Voir enfin:

Why the Middle East Is More Combustible Than Ever
Robert Malley
Foreign Affairs Magazine
November/December 2019

The war that now looms largest is a war nobody apparently wants. During his presidential campaign, Donald Trump railed against the United States’ entanglement in Middle Eastern wars, and since assuming office, he has not changed his tune. Iran has no interest in a wide-ranging conflict that it knows it could not win. Israel is satisfied with calibrated operations in Iraq, Lebanon, Syria, and Gaza but fears a larger confrontation that could expose it to thousands of rockets. Saudi Arabia is determined to push back against Iran, but without confronting it militarily. Yet the conditions for an all-out war in the Middle East are riper than at any time in recent memory.

A conflict could break out in any one of a number of places for any one of a number of reasons. Consider the September 14 attack on Saudi oil facilities: it could theoretically have been perpetrated by the Houthis, a Yemeni rebel group, as part of their war with the kingdom; by Iran, as a response to debilitating U.S. sanctions; or by an Iranian-backed Shiite militia in Iraq. If Washington decided to take military action against Tehran, this could in turn prompt Iranian retaliation against the United States’ Gulf allies, an attack by Hezbollah on Israel, or a Shiite militia operation against U.S. personnel in Iraq. Likewise, Israeli operations against Iranian allies anywhere in the Middle East could trigger a regionwide chain reaction. Because any development anywhere in the region can have ripple effects everywhere, narrowly containing a crisis is fast becoming an exercise in futility.

When it comes to the Middle East, Tip O’Neill, the storied Democratic politician, had it backward: all politics—especially local politics—is international. In Yemen, a war pitting the Houthis, until not long ago a relatively unexceptional rebel group, against a debilitated central government in the region’s poorest nation, one whose prior internal conflicts barely caught the world’s notice, has become a focal point for the Iranian-Saudi rivalry. It has also become a possible trigger for deeper U.S. military involvement. The Syrian regime’s repression of a popular uprising, far more brutal than prior crackdowns but hardly the first in the region’s or even Syria’s modern history, morphed into an international confrontation drawing in a dozen countries. It has resulted in the largest number of Russians ever killed by the United States and has thrust both Russia and Turkey and Iran and Israel to the brink of war. Internal strife in Libya sucked in not just Egypt, Qatar, Saudi Arabia, Turkey, and the United Arab Emirates (UAE) but also Russia and the United States.

There is a principal explanation for such risks. The Middle East has become the world’s most polarized region and, paradoxically, its most integrated. That combination—along with weak state structures, powerful nonstate actors, and multiple transitions occurring almost simultaneously—also makes the Middle East the world’s most volatile region. It further means that as long as its regional posture remains as it is, the United States will be just one poorly timed or dangerously aimed Houthi drone strike, or one particularly effective Israeli operation against a Shiite militia, away from its next costly regional entanglement. Ultimately, the question is not chiefly whether the United States should disengage from the region. It is how it should choose to engage: diplomatically or militarily, by exacerbating divides or mitigating them, and by aligning

ACT LOCALLY, THINK REGIONALLY

The story of the contemporary Middle East is one of a succession of rifts, each new one sitting atop its precursors, some taking momentary precedence over others, none ever truly or fully resolved. Today, the three most important rifts—between Israel and its foes, between Iran and Saudi Arabia, and between competing Sunni blocs—intersect in dangerous and potentially explosive ways.

Israel’s current adversaries are chiefly represented by the so-called axis of resistance: Iran, Hezbollah, Hamas, and, although presently otherwise occupied, Syria. The struggle is playing out in the traditional arenas of the West Bank and Gaza but also in Syria, where Israel routinely strikes Iranian forces and Iranian-affiliated groups; in cyberspace; in Lebanon, where Israel faces the heavily armed, Iranian-backed Hezbollah; and even in Iraq, where Israel has reportedly begun to target Iranian allies. The absence of most Arab states from this frontline makes it less prominent but no less dangerous.

For those Arab states, the Israeli-Palestinian conflict has been nudged to the sidelines by the two other battles. Saudi Arabia prioritizes its rivalry with Iran. Both countries exploit the Shiite-Sunni rift to mobilize their respective constituencies but are in reality moved by power politics, a tug of war for regional influence unfolding in Iraq, Lebanon, Syria, Yemen, and the Gulf states.

Finally, there is the Sunni-Sunni rift, with Egypt, Saudi Arabia, and the UAE vying with Qatar and Turkey. As Hussein Agha and I wrote in The New Yorker in March, this is the more momentous, if least covered, of the divides, with both supremacy over the Sunni world and the role of political Islam at stake. Whether in Egypt, Libya, Syria, Tunisia, or as far afield as Sudan, this competition will largely define the region’s future.

Together with the region’s polarization is a lack of effective communication, which makes things ever more perilous. There is no meaningful channel between Iran and Israel, no official one between Iran and Saudi Arabia, and little real diplomacy beyond rhetorical jousting between the rival Sunni blocs.

With these fault lines intersecting in complex ways, various groupings at times join forces and at other times compete. When it came to seeking to topple Syrian President Bashar al-Assad, Saudi Arabia and the UAE were on the same side as Qatar and Turkey, backing Syrian rebels—albeit different ones, reflecting their divergent views on the Islamists’ proper role. But those states took opposite stances on Egypt, with Doha and Ankara investing heavily to shore up a Muslim Brotherhood–led government that Riyadh and Abu Dhabi were trying to help bring down (the government fell in 2013, to be replaced by the authoritarian rule of Abdel Fattah el-Sisi). Qatar and Turkey fear Iran but fear Saudi Arabia even more. Hamas stands with Syria in opposition to Israel but stood with the Syrian opposition and other Islamists against Assad. The geometry of the Middle East’s internal schisms may fluctuate, yet one struggles to think of another region whose dynamics are as thoroughly defined by a discrete number of identifiable and all-encompassing fault lines.

One also struggles to think of a region that is as integrated, which is the second source of its precarious status. This may strike many as odd. Economically, it ranks among the least integrated areas of the world; institutionally, the Arab League is less coherent than the European Union, less effective than the African Union, and more dysfunctional than the Organization of American States. Nor is there any regional entity to which Arab countries and the three most active non-Arab players (Iran, Israel, and Turkey) belong.

Yet in so many other ways, the Middle East functions as a unified space. Ideologies and movements spread across borders: in times past, Arabism and Nasserism; today, political Islam and jihadism. The Muslim Brotherhood has active branches in Egypt, Iraq, Jordan, the Palestinian territories, Syria, Turkey, the Gulf states, and North Africa. Jihadi movements such as al Qaeda and the Islamic State, or ISIS, espouse a transnational agenda that rejects the nation-state and national boundaries altogether. Iran’s Shiite coreligionists are present in varying numbers in the Levant and the Gulf, often organized as armed militias that look to Tehran for inspiration or support. Saudi Arabia has sought to export Wahhabism, a puritanical strain of Islam, and funds politicians and movements across the region. Media outlets backed by one side or another of the Sunni-Sunni rift—Qatar’s Al Jazeera, Saudi Arabia’s Al Arabiya—have regional reach. The Palestinian cause, damaged as it may now seem, still resonates across the region and can mobilize its citizens in a way that arguably has no equivalent worldwide. Even subnational movements, such as Kurdish nationalism, which spreads across four countries, promote transnational objectives.

Accordingly, local struggles quickly take on regional significance—and thus attract weapons, money, and political support from the outside. The Houthis may view their fight as being primarily about Yemen, Hezbollah may be focused on power and politics in Lebanon, Hamas may be a Palestinian movement advancing a Palestinian cause, and Syria’s various opposition groups may be pursuing national goals. But in a region that is both polarized and integrated, those local drivers inevitably become subsumed by larger forces.

The fate of the Arab uprisings that began in late 2010 illustrates the dynamic well, with Tunisia, where it all began, being the lone exception. The toppling of the regime there happened too swiftly, too unexpectedly, and in a country that was too much on the margins of regional politics for other states to react in time. But they soon found their bearings. Every subsequent rebellion almost instantaneously became a regional and then international affair. In Egypt, the Muslim Brotherhood’s fortunes and the future of political Islam were at stake, and so Qatar, Saudi Arabia, Turkey, and the UAE dove in. The same was true in Libya, where Egypt, once Sisi had prevailed and the Brotherhood had been pushed out, joined the fray. Likewise for Syria, where the civil war drew in all three regional battles: Israel’s confrontation with the “axis of resistance,” the Iranian-Saudi struggle, and the intra-Sunni competition. A similar scenario has played out in Yemen, too.

STATES OF CHAOS

Along with the Middle East’s polarization and integration, its dysfunctional state structures present another risk factor. Some states are more akin to nonstate actors: the central governments in Libya, Syria, and Yemen lack control over large swaths of their territories and populations. Conversely, several nonstate actors operate as virtual states, including Hamas, the Houthis, the Kurds, and the Islamic State before it was toppled. And these nonstate actors often must contend with nonstate spoilers of their own: in Gaza, Hamas vies with jihadi groups that sometimes behave in ways that undermine its rule or contradict its goals. Even in more functional states, it is not always clear where the ultimate policymaking authority lies. Shiite militias in Iraq and Hezbollah in Lebanon, for example, engage in activities that their titular sovereigns don’t control, let alone condone.

Weak states cohabiting with powerful nonstate actors creates the ideal circumstances for external interference. It’s a two-way street—foreign states exploit armed groups to advance their interests, and armed groups turn to foreign states to promote their own causes—that is all too open to misinterpretation. Iran almost certainly helps the Houthis and Iraqi Shiite militias, but does it control them? The People’s Protection Units, a movement of Kurdish fighters in Syria, are affiliated with the Kurdistan Workers’ Party in Turkey, but do they follow its command?

The fact that nonstate actors operate as both proxies and independent players makes it hard to establish accountability for violence or deter it in the first place. Iran might wrongly assume that it will not be held responsible for a Houthi drone attack on Saudi Arabia, a Palestinian Islamic Jihad attack on Israel, or an Iraqi Shiite militia strike on a U.S. target. Saudi Arabia might misguidedly blame Iran for every Houthi attack, just as Iran might blame Saudi Arabia for any violent incident on its soil perpetrated by internal dissident groups. The United States might be convinced that every Shiite militia is an Iranian proxy doing Tehran’s bidding. Israel might deem Hamas accountable for every attack emanating from Gaza, Iran for every attack emanating from Syria, the Lebanese state for every attack launched by Hezbollah. In each of these instances, the price of misattribution could be high.

This is no mere thought exercise: After the attack on Saudi oil facilities in September, the Houthis immediately claimed responsibility, possibly in the hope of enhancing their stature. Iran, likely seeking to avoid U.S. retaliation, denied any involvement. Who conducted the operation and who—if anyone—is punished could have wide-ranging implications.

Even in seemingly well-structured states, the locus of decision-making has become opaque. In Iran, the government and the Islamic Revolutionary Guard Corps, the branch of the military that answers directly to the country’s supreme leader, at times seem to go their separate ways. Whether this reflects a conscious division of labor or an actual tug of war is a matter of debate, as is the question of who exactly pulls the strings.

THREAT MULTIPLIERS

A series of global, regional, and local transitions has made these dynamics even more uncertain. The global transitions include a newly present China, a resurgent Russia, and a United States in relative decline. There are also the aftershocks of the recent Arab uprisings, notably the dismantling of the regional order and the propagation of failed states. These are exacerbated by domestic political changes: a new, unusually assertive leadership in Saudi Arabia and a new, unusual leadership in the United States. All these developments fuel the sense of a region in which everything is up for grabs and in which opportunities not grabbed quickly will be lost for good.

The United States’ key regional allies are simultaneously worried about the country’s staying power, heartened by the policies of the Trump administration, and anxious about them. The president made it a priority to repair relations with Egypt, Israel, Saudi Arabia, and the UAE, all of which had frayed under his predecessor. But Trump’s reluctance to use force has been equally clear, as has his willingness to betray long-standing allies in other parts of the world.

That combination of encouragement and concern helps explain, for example, Saudi Arabia’s uncharacteristic risk-taking under the leadership of Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman, or MBS: its continuing war in Yemen, its blockade of Qatar, its kidnapping of the Lebanese prime minister, its killing of the dissident Jamal Khashoggi. MBS perceives the current alignment with Washington as a fleeting opportunity—because Trump might not win reelection, because he is capable of an abrupt policy swing that could see him reach a deal with Iran, and because the United States has a long-standing desire to extricate itself from Middle Eastern entanglements. The feeling in Israel is similar. The United States’ partners in the region are both seeking to take advantage of Trump’s tenure and hedging against one of his sudden pivots and the possibility of a one-term presidency, an attitude that makes the situation even more fluid and unpredictable.

Meanwhile, growing Chinese and Russian influence have given Iran some encouragement, but hardly real confidence. In the event of an escalation of tensions between Tehran and Washington, would Moscow stand with Iran or, hoping to benefit from regional disruption, stand on the sidelines? Will China ignore American threats of sanctions and buy Iranian oil or, in the wake of a potential trade deal with the United States, abide by Washington’s demands? Uncertainty about American intentions could be even more dangerous. Iran senses Trump’s distaste for war and is therefore tempted to push the envelope, pressuring Washington in the hope of securing some degree of sanctions relief. But because Tehran does not know where the line is, it runs the risk of going too far and paying the price.

TWO CAUTIONARY TALES

To understand how these dynamics could interact in the future, it is instructive to look at how similar dynamics have interacted in the recent past, in Syria. Saudi Arabia and others seized on a homegrown effort to topple the Assad regime as an opportunity to change the regional balance of power. They banked on the opposition prevailing and thereby ending Damascus’ longtime alliance with Tehran. Iran and Hezbollah, fearful of that outcome, poured resources into the fight on the regime’s behalf, at huge human cost. Israel also stepped in, seeking to roll back Iran’s growing presence at its borders. Qatar and Turkey backed one set of Islamist-leaning rebel groups, and Saudi Arabia and its allies backed others. Russia—concerned about a shift in Syria’s orientation and sensing American hesitation—saw a chance to reassert itself in the Middle East and also intervened, placing it directly at odds with the United States and, for a time, Turkey. And Turkey, alarmed at the prospect of U.S.-backed Kurdish forces enjoying a safe haven in northern Syria, intervened directly while also supporting Syrian Arab opposition groups that it hoped would fight the Kurds.

With Syria an arena for regional tensions, clashes there, even inadvertent ones, risk becoming flash points for larger confrontations. Turkey shot down one Russian fighter jet (Moscow blamed Israel for the downing of another), and U.S. forces killed hundreds of members of a private Russian paramilitary group in eastern Syria. Turkey has attacked U.S.-backed Kurds, raising the prospect of a U.S.-Turkish military collision. And Israel has struck Iranian or Iranian-linked targets in Syria hundreds of times.

Syria also illustrates why it is so difficult for the United States to circumscribe its involvement in Middle Eastern conflicts. During the Obama administration, Washington backed rebel groups fighting both the Assad regime and ISIS but claimed not to be pursuing regime change (despite supporting forces that wanted exactly that), not to be seeking a regional rebalance (despite the clear impact Assad’s downfall would have on Iran’s influence), not to be boosting Turkey’s foes (despite supporting a Kurdish movement affiliated with Turkey’s mortal enemy), and not to be seeking to weaken Russia (despite Moscow’s affinity for Assad). But the United States could not, of course, back rebel groups while distancing itself from their objectives, or claim purely local aims while everyone else involved saw the Syrian conflict in a broader context. Washington became a central player in a regional and international game that it purportedly wanted nothing to do with.

A similar scene has played out in Yemen. Since 2004, the north of the country had been the arena of recurring armed conflict between the Houthis and the central government. Government officials early on pointed to supposed Iranian financial and military aid to the rebels, just as Houthi leaders claimed Saudi interference. After the Houthis seized the capital and marched southward in 2014–15, Saudi Arabia—dreading the prospect of an Iranian-backed militia controlling its southern neighbor—responded. Its reaction was magnified by the rise of MBS, who was distrustful of the United States, determined to show Iran the days of old were over, and intent on making his mark at home. Faced with intense pushback, the Houthis increasingly turned to Iran for military assistance, and Iran, seeing a low-cost opportunity to enhance its influence and bog down Saudi Arabia, obliged. Washington, still in the midst of negotiations over a nuclear deal with Tehran, which Riyadh vehemently opposed, felt it could not afford to add another crisis to the brittle relations with its Gulf ally.

Despite its misgivings about the war, Washington thus threw its weight behind the Saudi-led coalition, sharing intelligence, providing weapons, and offering diplomatic support. As in Syria, the Obama administration looked to limit U.S. aims. It would help defend Saudi territorial integrity but not join Riyadh’s anti-Houthi fight or get sucked into an Iranian-Saudi battle. As in Syria, this effort largely was in vain. The United States could not cherry-pick one part of the war: if it was with Saudi Arabia, that meant it was against the Houthis, which meant it would be against Iran.

WASHINGTON ADRIFT

President Barack Obama’s largely fruitless attempt to confine U.S. involvement in the region reveals something about the unavoidable linkages that bind various Middle Eastern conflicts together. It also reveals something about the choices now facing the United States. Obama (in whose administration I served) had in mind the United States’ extrication from what he considered the broader Middle Eastern quagmire. He withdrew U.S. troops from Iraq, tried to resolve the Israeli-Palestinian conflict, expressed sympathy for Arab popular uprisings and for a time distanced himself from autocratic leaders, shunned direct military intervention in Syria, and pursued a deal with Iran to prevent its nuclear program from becoming a trigger for war. Libya doesn’t fit this pattern, although even there he apparently labored under the belief that the 2011 NATO-led intervention could be tightly limited; that this assumption proved wrong only reinforced his initial desire to keep his distance from regional conflicts. His ultimate goal was to help the region find a more stable balance of power that would make it less dependent on direct U.S. interference or protection. Much to the Saudis’ consternation, he spoke of Tehran and Riyadh needing to find a way to “share” the region.

But Obama was a gradualist; he was persuaded that the United States could neither abruptly nor radically shift gears and imperil regional relationships that had been decades in the making. As he once put it to some of us working in the White House, conducting U.S. policy was akin to steering a large vessel: a course correction of a few degrees might not seem like much in the moment, but over time, the destination would differ drastically. What he did, he did in moderation. Thus, while seeking to persuade Riyadh to open channels with Tehran, he did so gently, carefully balancing continuity and change in the United States’ Middle East policy. And although he wanted to avoid military entanglements, his presidency nonetheless was marked by several costly interventions: both direct, as in Libya, and indirect, as in Syria and Yemen.

In a sense, his administration was an experiment that got suspended halfway through. At least when it came to his approach to the Middle East, Obama’s presidency was premised on the belief that someone else would pick up where he left off. It was premised on his being succeeded by someone like him, maybe a Hillary Clinton, but certainly not a Donald Trump.

Trump has opted for a very different course (perhaps driven in part by a simple desire to do the opposite of what his predecessor did). Instead of striving for some kind of balance, Trump has tilted entirely to one side: doubling down on support for Israel; wholly aligning himself with MBS, Sisi, and other leaders who felt spurned by Obama; withdrawing from the Iran nuclear deal and zealously joining up with the region’s anti-Iranian axis. Indeed, seeking to weaken Iran, Washington has chosen to confront it on all fronts across much of the region: in the nuclear and economic realms; in Syria, where U.S. officials have explicitly tied the continued U.S. presence to countering Iran; in Iraq, where the United States wants a fragile government that is now dependent on close ties to Tehran to cut those ties; in Yemen, where the administration, flouting Congress’ will, has increased support for the Saudi-led coalition; and in Lebanon, where it has added to sanctions on Hezbollah.

Iran has also chosen to treat the region as its canvas. Besides chipping away at its own compliance with the nuclear deal, it has seized tankers in the Gulf; shot down a U.S. drone; and, if U.S. claims are to be believed, used Shiite militias to threaten Americans in Iraq, attacked commercial vessels in the Strait of Hormuz, and struck Saudi oil fields. In June of this year, when the drone came down and Trump contemplated military retaliation, Iran was quick to warn Qatar, Saudi Arabia, and the UAE that they would be fair game if they played any role in enabling a U.S. attack. (There is no reason to trust that the domino effect would have ended there; Iraq, Israel, Lebanon, and Syria could well have been drawn into the ensuing hostilities.) And in Yemen, the Houthis have intensified their attacks on Saudi targets, which may or may not be at Iran’s instigation—although, at a minimum, it is almost certainly not over Tehran’s objections. Houthi leaders with whom I recently spoke in Sanaa, Yemen’s capital, denied acting at Iran’s behest yet added that they would undoubtedly join forces with Iran in a war against Saudi Arabia if their own conflict with the kingdom were still ongoing. In short, the Trump administration’s policies, which Washington claimed would moderate Iran’s behavior and achieve a more stringent nuclear deal, have prompted Tehran to intensify its regional activities and ignore some of the existing nuclear deal’s restraints. This gets to the contradiction at the heart of the president’s Middle East policies: they make likelier the very military confrontation he is determined to avoid.

WHAT MATTERS NOW

A regional conflagration is far from inevitable; none of the parties wants one, and so far, all have for the most part shown the ability to calibrate their actions so as to avoid an escalation. But even finely tuned action can have unintentional, outsize repercussions given the regional dynamics. Another Iranian attack in the Gulf. An Israeli strike in Iraq or Syria that crosses an unclear Iranian redline. A Houthi missile that kills too many Saudis or an American, and a reply that, this time, aims at the assumed Iranian source. A Shiite militia that kills an American soldier in Iraq. An Iranian nuclear program that, now unshackled from the nuclear deal’s constraints, exceeds Israel’s or the United States’ unidentified tolerance level. One can readily imagine how any of these incidents could spread across boundaries, each party searching for the arena in which its comparative advantage is greatest.

With such ongoing risks, the debate about the extent to which the United States should distance itself from the region and reduce its military footprint is important but somewhat beside the point. Should any of these scenarios unfold, the United States would almost certainly find itself dragged in, whether or not it had made the strategic choice of withdrawing from the Middle East.

The more consequential question, therefore, is what kind of Middle East the United States will remain engaged in or disengaged from. A polarized region with intersecting rifts, where local disputes invariably take on broader significance, will remain at constant risk of combusting and therefore of implicating the United States in ways that will prove wasteful and debilitating. De-escalating tensions is not something the country can do on its own. Yet at a minimum, it can stop aggravating those tensions and, without abandoning or shunning them, avoid giving its partners carte blanche or enabling their more bellicose actions. That would mean ending its support for the war in Yemen and pressing its allies to bring the conflict to an end. It would mean shelving its efforts to wreck Iran’s economy, rejoining the nuclear deal, and then negotiating a more comprehensive agreement. It would mean halting its punishing campaign against the Palestinians and considering new ways to end the Israeli occupation. In the case of Iraq, it would mean no longer forcing Baghdad to pick a side between Tehran and Washington. And as far as the Iranian-Saudi rivalry is concerned, the United States could encourage the two parties to work on modest confidence-building measures—on maritime security, environmental protection, nuclear safety, and transparency around military exercises—before moving on to the more ambitious task of establishing a new, inclusive regional architecture that would begin to address both countries’ security concerns.

An administration intent on pursuing this course won’t be starting from scratch. Recently, some Gulf states—the UAE chief among them—have taken tentative steps to reach out to Iran in an effort to reduce tensions. They saw the growing risks of the regional crisis spinning out of control and recognized its potential costs. Washington should, too, before it is too late.

Voir par ailleurs:

How Many Jews Need to Be Attacked in America Before Progressives Speak Up
Seffi Kogen, Global Director of Young Leadership at the American Jewish Committee
Newsweek
5/21/21

Perhaps it’s fitting that May is Jewish American Heritage Month. After all, despite our success in America and the richness and beauty of our faith and culture, there may be no more consistent part of our heritage as Jews than to be violently attacked, viciously demeaned, and utterly disregarded as we cry out for support. In that respect, some of our fellow Americans have been doing an excellent job marking the month.

On May 10, after years of relative quiet between Israel and Gaza, the Hamas terrorists who rule that enclave exploited a long-running legal dispute in Jerusalem as a pretext to launch a barrage of rockets at Israel, unprecedented in its size. The Israel Defense Forces responded with air strikes to knock out terror targets, and one of those micro-wars that periodically spring up in this conflict ensued. As of Thursday night, May 20, a ceasefire had begun; the worst of the fighting is hopefully over.

At least, it was in Israel and Gaza. But around the world, Jews were paying the price.

At a trendy sushi place on La Cienega in Los Angeles, a group of men whose faces were wrapped in kefiyyehs hopped out of a car flying a Palestinian flag, asked the diners who was Jewish, and then proceeded to physically assault them in what L.A. mayor Eric Garcetti called « an organized, antisemitic attack. »

Another such attack took place outside a bagel place (speaking of Jewish American heritage!) in Manhattan’s Midtown East. Video shows two men, one of whom is holding an Israeli flag, get clobbered in broad daylight by a mob of at least a dozen people wielding fists, Palestinian flags, and more than a couple glass bottles.

A different video from Manhattan shows Palestinian activists attacking Jews, again in midday, in the Diamond District, this time adding some kind of incendiary device to their arsenal of weapons.

Synagogues across the country have been vandalized. Rallies in support of the Palestinian cause in Michigan, Florida, Washington, D.C., and elsewhere have turned anti-Semitic. Attendees have waved signs with messages like « Jesus was Palestinian and you killed him too » or « one Holocaust doesn’t justify another, » indiscriminately turning ancient, blood-soaked religious canards and recent Jewish trauma into verbal weapons with which to bludgeon American Jews who are not, of course, responsible for the actions of another set of Jews 5,000 miles away.

And almost as bad as the violence is the silence around it from major publications. The New York Times hasn’t deemed news of these attacks on New York Jews « fit to print, » though it did run a short story about the similarly horrific spate of attacks across Europe, including one incident in London in which a caravan of cars draped in Palestinian flags drove through a Jewish neighborhood as its passengers chanted « rape Jewish daughters. »

But surely, you might be thinking, regardless of their opinion on how Israel prosecutes its defense war against Hamas terrorists, all political leaders in the U.S. can speak up against these attacks on Jews in American cities, right?

Alas, wrong.

While anti-Zionist gangs beat up Jews in her city, Rep. Alexandria Ocasio-Cortez was providing a quasi-intellectual basis for their actions, defaming Israel as an apartheid state employing indiscriminate force in what she seems to think is a capricious quest to murder as many Palestinian children as possible, instead of a highly restrained military operation tightly targeted on terrorists.

Rep. Ocasio-Cortez didn’t call for violence, but she carved out an area of respectability for a certain type of anti-Semitism, and others were only too happy to rush in, fists flying.

It turns out, if you ignore all evidence, turn Israel into the villain in your morality play, and insist that Americans have a « responsibility » to do something about Israel, the thing that they will do is beat up American Jews, throw rocks through the windows of American synagogues, and harass Jews who try to speak up on social media.

And it’s not like Rep. Ocasio-Cortez doesn’t know that anti-Semitism is out there. In the midst of her sustained anti-Israel Twitter diatribe, she found time to retweet CNN‘s Jake Tapper objecting to a right-wing Newsmax host’s anti-Semitic comment. She’s capable of seeing anti-Semitism—but only when she wants to.

She also knows that words matter. Ocasio-Cortez has correctly expressed concern in the past that political rhetoric could endanger her and her colleagues. Unfortunately, her view that overheated demagoguery puts people at risk doesn’t extend to Jews.

This puts me in danger every time.

Almost every time this uncalled for rhetoric gets blasted by conserv. grps, we get a spike in death threats to refer to Capitol Police.

Multiple ppl have been arrested trying to harm me, Ilhan, & others.@GOP, what’s it going to take to stop? https://t.co/vpous77RbT

— Alexandria Ocasio-Cortez (@AOC) April 10, 2019

And AOC is not the only one struck blind by partisanship. Sen. Bernie Sanders published his own dangerous anti-Israel harangue in an Op-Ed which began, « No one is arguing that Israel… does not have the right to self-defense or to protect its people, » even as his own supporters were arguing just that on social media.

Comedians John Oliver and Trevor Noah made the same case into their media megaphones, arguing that Israel was wrong to attack the terrorists aiming for Israeli civilians because Israel’s Iron Dome missile defense system can prevent most (but not all) civilian deaths from Hamas rockets.

There’s more: Rep. Mark Pocan and Rep. Betty McCollum are laser-focused on spreading the contemporary blood libel that Israel indiscriminately murders children. And in the same week that the Pew Research Center found that 80 percent of Jews believe caring about Israel to be an « important » or « essential » part of being Jewish, Rep. Ilhan Omar called support for Israel « disgusting and immoral. »

I have always been vocal about calling out anti-Semitism when it comes from the political right wing. But now I’m seeing it surge on the American left and I have to ask: Where is the outrage?

Palestinian mobs attack Jews
Twitter Screenshot

People like Rep. Ocasio-Cortez and Sen. Sanders (and too many other progressive members of Congress, unfortunately) are greatly concerned about whether Israel’s response to Palestinian terror meets a standard of acceptable « proportionality. » But what are the acceptable numbers in America of Jews assaulted and synagogues vandalized? How many Jewish victims before these progressive leaders see the error of their incitement and speak up against anti-Jewish hate?

And why is it that now, every time I hear loud noises from the street outside my apartment on Manhattan’s extremely Jewish Upper West Side, I have to wonder whether there’s an anti-Semitic mob gathered below, attacking my neighbors?

Happy Jewish American Heritage Month, I guess.

Seffi Kogen is the Global Director of Young Leadership at the American Jewish Committee.

When the New York Times finally reported on the plague of nationwide street vio-lence against Jews in the spring of 2021, more than a week after the attacks began in the wake of Hamas using rockets to strike Israel, the tone it took was less one of outrage than of bewilderment. “Until the latest surge,” read a May 26 story, “anti-Semitic violence in recent years was largely considered a right-wing phenomenon, driven by a white supremacist movement emboldened by rhetoric from former President Donald J. Trump, who often trafficked in stereotypes.” This was nonsense: The most common street violence against Jews took place in New York and New Jersey, and it had nothing at all to do with Trump or “right-wing” politics. Par for the course for the Gray Lady, perhaps, but far more concerning was where the reporters seemed to be getting the misinformation. “This is why Jews feel so terrified in this moment,” Anti-Defamation League CEO Jonathan Greenblatt told the paper. “For four years it seemed to be stimulated from the political right, with devastating consequences.” At the scenes of Jew-hunting that began in May, during the war between Israel and Hamas, Greenblatt lamented, “No one is wearing MAGA hats.”

If there’s one organization whose responsibility it is to prepare not just the Jewish community but the wider United States public and its government for emerging anti-Semitic threats, it’s the ADL. Instead, the head of the ADL has been spreading a cynical left-wing myth about anti-Semitism while threats to the Jewish community fester.

And it’s even worse than it looks, because while there’s long been a willful blindness toward anti-Semitism from the left, the ADL and other partisan groups aren’t the ones experiencing this blindness. They’re the blinders.

_____________

THE ADL TRACKS various kinds of anti-Israel extremism when Israel is at war. It issued a list during the latest flare-up with Hamas on May 20 titled “Prominent Voices Demonize Israel Regarding the Conflict.” Demonizing rhetoric, the ADL warned, can “enable an environment whereby hateful actions against Jews and supporters of Israel are accepted more freely, and where anti-Jewish tropes may be normalized.” One category the list featured was of those “Accusing Israel of ‘Attacking al-Aqsa,’” a hoary libel falsely claiming that Jews want to destroy the central Mosque in Jerusalem. It has been used to incite anti-Jewish riots for a century. What was notable here was one name missing from the list, and arguably the worst offender.

 

On May 12, Representative Alexandria Ocasio-Cortez had castigated President Joe Biden on Twitter for expressing Israel’s right to defend itself while noting what supposedly was to blame for the violence: “the expulsions of Palestinians and the attacks on Al Aqsa.” Her name and her statement were missing from the ADL’s list of slanders and slanderers. (…) A day later, on May 13, came a chilling session of the House of Representatives, with dark echoes of Jewish history. Several Democratic members of the House took turns standing next to blown-up photos of bloodied Palestinian children and gave fiery speeches denouncing Zionist perfidy—the sorts of words and charges that, since the age of the czars, have been followed by the spilling of Jewish blood. This time was no different, except it wasn’t a Russian backwater or a Munich beer hall. It was on the floor of the United States Congress. One by one, these members of Congress, Democrats all, sought to make the Jewish state the stand-in for “systems of oppression here in the United States and globally,” as Representative Ayanna Pressley of Massachusetts put it. (…) In the days and weeks that followed, even after an Israel–Hamas cease-fire was in place, Jews in America were physically attacked with abandon—diners at restaurants in Los Angeles and Manhattan, Jews on the streets of New York, families in Florida attending synagogue services. The ADL saw a 75 percent uptick in reported incidents. In one typical attack, a group of men reportedly drove around Brooklyn assaulting Jews in the open while yelling, “Free Palestine!” When called out for their silence, progressive Democratic lawmakers condemned “anti-Semitism and Islamophobia” as one, knowing that their audience would interpret any specific denunciation of anti-Semitism as a statement in support of Israel. (…) Throughout this whole affair, not a single congressional Democrat would criticize any of his colleagues by name. (…) Neither the ADL nor the JDCA uttered a peep. As usual, one exceptional voice in all this was that of the American Jewish Committee, whose young leadership director, Seffi Kogen, noted in Newsweek that “while anti-Zionist gangs beat up Jews in her city, Rep. Alexandria Ocasio-Cortez was providing a quasi-intellectual basis for their actions.” But for a large part of the organized Jewish community, the outburst of violence was met with inexcusable surprise.

 

Events in early June then gave the dwindling band of Democratic anti-Corbynistas one more bite at the apple. On June 7, Omar tweeted a summary of a question she had for Secretary of State Antony Blinken: “We must have the same level of accountability and justice for all victims of crimes against humanity. We have seen unthinkable atrocities committed by the U.S., Hamas, Israel, Afghanistan, and the Taliban. I asked @SecBlinken where people are supposed to go for justice.”

 

 

What happened in between the release of the letter and Pelosi’s public declaration of Omar’s righteousness was instructive: The Squad went nuclear. Ocasio-Cortez accused her Jewish colleagues of “targeting” Omar and putting her in “danger.” Cori Bush said her Jewish colleagues were motivated by “anti-Blackness and Islamophobia.” Jamaal Bowman, who ousted the pro-Israel stalwart Eliot Engel in a 2020 primary and who represents a New York district with a large Jewish contingent, likewise suggested that the complaints from his colleagues were due to Omar’s being a Muslim black woman. Omar herself complained of the “constant harassment and silencing” by her Jewish colleagues and the “Islamophobic tropes” they supposedly used.

 

It was an astonishingly vile and aggressive coordinated attack against the Jewish group. The ADL was silent. JDCA was silent. The Democratic Party sided with the Squad. The Jewish community had been abandoned to the rise of the dominant left-of-center ideology according to which Jews are part of a white power structure of which Israel is a prime example. (…) The New Yorker’s Helen Rosner suggested it would be a good tactic not to beat up Jews, as part of an overall strategy to undermine Israel’s legitimacy. (This after the New Yorker’s union put out a statement of solidarity with the Palestinians that included the phrase “from the river to the sea.”) Michelle Goldberg of the New York Times wrote a column with a headline so instantly infamous that the Times eventually and quietly changed it: “Attacks on Jews Over Israel Are a Gift to the Right.” Meanwhile, the comedian Sarah Silverman objected to attacks on Jews in Los Angeles not on the grounds that they were evil acts of anti-Semitic violence but rather because “WE ARE NOT ISRAEL.” For his part, Kenneth Roth, the obsessively anti-Israel executive director of Human Rights Watch, declared, “It is WRONG to equate the Jewish people with the apartheid and deadly bombardment of Prime Minister Netanyahu’s government.”

 

Throwing fellow Jews to the wolves is abominable moral behavior. Delicately excising the name and words of a chic Democratic politician from a list of anti-Semitic statements to protect her—or to protect the organization you run from her wrath—constitutes an act of complicity in the violence that ensued in whatever small measure from her remarks. And the man who was thus complicit—Jonathan Greenblatt—had the nerve to act surprised. The anti-Semitic street violence in America is “literally happening from coast to coast, and spreading like wildfire,” Greenblatt told the Times. “The sheer audacity of these attacks feels very different.”

 

It feels different because it feels so familiar. And if the American Jewish community is to survive, it must start acting like it. And we must start by cleaning our own corrupted house.

 

 

 

 

 

 

THE ADL TRACKS various kinds of anti-Israel extremism when Israel is at war. It issued a list during the latest flare-up with Hamas on May 20 titled “Prominent Voices Demonize Israel Regarding the Conflict.” Demonizing rhetoric, the ADL warned, can “enable an environment whereby hateful actions against Jews and supporters of Israel are accepted more freely, and where anti-Jewish tropes may be normalized.” One category the list featured was of those “Accusing Israel of ‘Attacking al-Aqsa,’” a hoary libel falsely claiming that Jews want to destroy the central Mosque in Jerusalem. It has been used to incite anti-Jewish riots for a century. What was notable here was one name missing from the list, and arguably the worst offender.

 

On May 12, Representative Alexandria Ocasio-Cortez had castigated President Joe Biden on Twitter for expressing Israel’s right to defend itself while noting what supposedly was to blame for the violence: “the expulsions of Palestinians and the attacks on Al Aqsa.” Her name and her statement were missing from the ADL’s list of slanders and slanderers. The Jerusalem Post’s Lahav Harkov asked Greenblatt why.

 

He answered: “We’ve been speaking out pretty regularly, calling out individuals and examples of these crazed—the things I’m talking about right now.”

 

“Any members of Congress, lately?” Harkov responded.

 

“I’ll have to go back and look,” Greenblatt said.

 

He didn’t have to go back and look. It’s likely that the omission was at his explicit direction. He came to the ADL after serving in the Obama administration. His fellow ex-Obama official, Halie Soifer, who served as a national-security adviser to Kamala Harris before she became vice president, took over the flagship Democratic Jewish organization, the Jewish Democratic Council of America. The JDCA’s executive committee is loaded up with current or former presidents and executives of such mainstream Jewish groups as AIPAC, the Jewish Federations, and the American-Jewish Joint Distribution Committee. After pressure built to respond to AOC’s tweet and the others like it, Soifer wrote: “Proud to be a Democrat in this moment when leaders recognize there is no binary choice to be made between Israel’s security & right to self-defense, and Palestinian rights & safety. We can do both at the same time, while rejecting the forced false dichotomy & narrative of divide.” Thus did Soifer give a seal of approval to the effort to dress up hateful anti-Zionism as merely legitimate criticism of Israel’s government.

 

As Harkov noted, “the ADL’s voice hasn’t been heard on some of these members of Congress who have been calling Israel an apartheid state, who have claimed that Israel has raided al Aqsa, who have also said that Israel is killing too many children, implying that it’s intentional.” Indeed, Ocasio-Cortez’s tweet was just the opening salvo. A day later, on May 13, came a chilling session of the House of Representatives, with dark echoes of Jewish history.

 

Several Democratic members of the House took turns standing next to blown-up photos of bloodied Palestinian children and gave fiery speeches denouncing Zionist perfidy—the sorts of words and charges that, since the age of the czars, have been followed by the spilling of Jewish blood. This time was no different, except it wasn’t a Russian backwater or a Munich beer hall. It was on the floor of the United States Congress.

 

One by one, these members of Congress, Democrats all, sought to make the Jewish state the stand-in for “systems of oppression here in the United States and globally,” as Representative Ayanna Pressley of Massachusetts put it. Everyone in the world, according to these diatribes, had something to fear from Jerusalem. Ocasio-Cortez, whose family is from Puerto Rico, talked about the U.S. naval exercises held on the Puerto Rican island of Vieques for decades until the Navy left in 2003. The Navy stands accused of testing bombs and other weapons using napalm, depleted uranium, and Agent Orange, sickening the local population. Ocasio-Cortez offered a bizarre conspiratorial accusation: “When I saw those [Israeli] airstrikes that are supported with U.S. funds, I could not help but wonder if our communities were practice for this.”

 

Pressley equated crowd dispersal conducted by Israeli police at a riot on the Temple Mount to “students protesting to end poverty and oppression in the streets of Bogota [being] shot dead,” white supremacists storming the U.S. Capitol, and “police brutality and state-sanctioned violence” against black Americans.

 

Missouri Representative Cori Bush made a point of referring to the holy city as “Jerusalem, Palestine,” and suggested that the U.S. was following an Israeli playbook when it “brutalized” black protesters.

 

Minnesota Representative Ilhan Omar, who has in the past accused American Jews of disloyalty and shared anti-Semitic content on social media, insisted that the source of the conflict was Jewish settlers uprooting Palestinian Arabs and taking nearly all their land—in 1948, in the “Nakba.”

 

Rashida Tlaib, the Michigan-born congresswoman of Palestinian descent who has also relentlessly targeted Jews during her few years in the House, spoke that day, but she had laid the groundwork for it at an anti-Israel protest two days earlier. “What they are doing to the Palestinians is what they are doing to our black brothers and sisters here,” Tlaib told the crowd May 11. As she left the stage, the crowd chanted, “Long live Palestine, down down Israel.”

 

In the days and weeks that followed, even after an Israel–Hamas cease-fire was in place, Jews in America were physically attacked with abandon—diners at restaurants in Los Angeles and Manhattan, Jews on the streets of New York, families in Florida attending synagogue services. The ADL saw a 75 percent uptick in reported incidents. In one typical attack, a group of men reportedly drove around Brooklyn assaulting Jews in the open while yelling, “Free Palestine!”

 

When called out for their silence, progressive Democratic lawmakers condemned “anti-Semitism and Islamophobia” as one, knowing that their audience would interpret any specific denunciation of anti-Semitism as a statement in support of Israel. That’s what happened at Rutgers University, the school with the largest Jewish undergraduate population in the country. Its provost and chancellor put out a statement decrying anti-Semitism and then were bullied into apologizing for it by a pro-Palestinian group on campus that claimed the statement was insensitive to Palestinians.

 

Throughout this whole affair, not a single congressional Democrat would criticize any of his colleagues by name. That includes Chuck Schumer, now the Senate majority leader (whose former top aide is also on the executive committee of the National Jewish Democratic Council), who couldn’t be roused from his cowardly torpor even when explosive devices were thrown at Jews in his own city.

 

The closest anyone came was Representative Josh Gottheimer of New Jersey. He and three other Jewish Democrats wrote a public letter to their leadership referencing the types of hateful comments made by their progressive colleagues—without naming them—in an attempt to get support from Democratic Party leadership. The bid failed. House Speaker Nancy Pelosi stuck with the purveyors of anti-Semitism in her caucus and threw the Jewish Democrats under the bus. Neither the ADL nor the JDCA uttered a peep.

 

As usual, one exceptional voice in all this was that of the American Jewish Committee, whose young leadership director, Seffi Kogen, noted in Newsweek that “while anti-Zionist gangs beat up Jews in her city, Rep. Alexandria Ocasio-Cortez was providing a quasi-intellectual basis for their actions.” But for a large part of the organized Jewish community, the outburst of violence was met with inexcusable surprise.

 

As I wrote in these pages in March 2020, after watching mainstream Jewish organizations and political figures bash President Donald Trump’s peace proposal because they deemed it too biased in favor of Israel’s security: “What’s happening here is more than a skirmish over a peace plan, or a distressing glimpse into the way American Jewry’s leaders privilege their partisan leanings over the fact that their leadership roles in American society are due to their Judaism and not their Democratic Party membership. What we are seeing is the way American Jewish leaders fail to take seriously the rising tide of anti-Semitism that masquerades as ‘anti-Zionism’—and even the way progressive groups enable it.”1

 

Ocasio-Cortez and Tlaib, I explained, elevated leftist Jewish groups such as IfNotNow to new prominence by using them to shield the Squad from accusations of anti-Semitism. With their endorsements, in turn, IfNotNow and the New Israel Fund launched a frontal assault on the Jewish Federations because the latter wouldn’t accept a donation earmarked for IfNotNow. The Jewish establishment was trying to hold the line on support for the Jewish state even as progressive politicians were helping foment a rebellion against these very basic Jewish values. The Squad entered a similar alliance with Jewish Voice for Peace, which had pushed one of the anti-Zionist conspiracy theories that reportedly motivated the perpetrators of the 2019 shooting at a Jewish shop in Jersey City.

 

Nothing has changed. In May 2021, IfNotNow used the occasion of the outbreak of anti-Jewish street violence to launch an invitation to a seminar on “Zionism and Apartheid.” Jewish Democrats in Congress who made general statements against anti-Semitism were accused by Jewish Voice for Peace of “using anti-Semitism as a political weapon to shield the Israeli government from accountability.”

 

Last year, Sean Cooper of Tablet exposed how the Jewish organization Bend the Arc deliberately turned the group’s work away from the Jewish community and toward various liberal and Democratic Party causes, shaping the activism of its member synagogues along the way. Rabbi David Saperstein, who for years led the Reform movement’s political arm, was listed as a Bend the Arc board member and served as President Obama’s religious-freedom ambassador. During the recent spate of violence, Bend the Arc’s political arm took the time to oppose police protection at synagogues on racial grounds, while also blaming the increase in anti-Semitism during the conflict on “white nationalists.”

 

Perhaps the most consequential of the progressive left’s alliances has been with Bernie Sanders, the senator from Vermont and former presidential candidate who arguably has achieved more political success and visibility than any American Jewish politician other than near-miss vice-presidential candidate Joseph Lieberman. Sanders is a mentor and trailblazer for young progressives in Congress, and he made a point of putting the Squad and other anti-Israel activists in visible roles on his 2020 presidential campaign. His moves have scrambled the Jewish community’s response to Sanders’s politics and those of his protégés. That is a feature, not a bug, of this alliance, as far as Sanders and the Squad see it.

 

“What does it look like when a national Jewish community understands what’s at stake?” I asked here last year. My answer then was the united front the UK Jewish community put up to oppose Jeremy Corbyn, the since-deposed Labour leader who had turned his party into a thoroughly anti-Semitic organization that harassed the Jews in its ranks and incited London’s streets against its Jewish community. Nearly nine of out ten UK Jews agreed that Corbyn was an anti-Semite, and before the election that finally sealed Corbyn’s doom, the country’s chief rabbi was moved to speak out against him.

 

Sanders and Corbyn were mutual admirers. Ocasio-Cortez backed Corbyn in his election. The warnings that Sanders and Ocasio-Cortez were openly modeling the future of their party on Corbyn’s Labour went ignored or dismissed. The events of May have made the Democratic Party’s Corbynization indisputable.

 

Events in early June then gave the dwindling band of Democratic anti-Corbynistas one more bite at the apple. On June 7, Omar tweeted a summary of a question she had for Secretary of State Antony Blinken: “We must have the same level of accountability and justice for all victims of crimes against humanity. We have seen unthinkable atrocities committed by the U.S., Hamas, Israel, Afghanistan, and the Taliban. I asked @SecBlinken where people are supposed to go for justice.”

 

The comparison of the U.S. and Israel to Hamas and the Taliban seemed a typically gratuitous demonstration of Omar’s untouchable status. Twelve Jewish Democrats wrote a letter finally naming her while refraining from calling her an anti-Semite.

 

The response to the letter revealed the depressing reality at the core of American Jewish life: the complete abandonment of the Jews by their own supposed watchdogs and the merger of those groups into semiofficial arms of the very political party now enabling their torment. Greenblatt merely retweeted one of the signatories’ tweets of the letter, adding his own comment: “Well said.” His me-tooing of the statement added insult to injury: Not only were the congressmen given no cover by the ADL, but once they ventured into the breach they were given no reinforcement by it. The following morning, the JDCA tweeted: “Jewish Dems will be meeting with Rep. Omar during our Week of Action to discuss her recent comments on Israel, as well as other priorities of Jewish Dems in Minnesota. There is no equivalence between Israel and terrorist organizations such as Hamas.” The organization sounded more annoyed at having to say something than outraged by what Omar had said.

 

The final blow came from Pelosi, who told CNN days later: “We did not rebuke her. We thanked—acknowledged that she made a clarification… Congresswoman Omar is a valued member of our caucus.”

 

What happened in between the release of the letter and Pelosi’s public declaration of Omar’s righteousness was instructive: The Squad went nuclear. Ocasio-Cortez accused her Jewish colleagues of “targeting” Omar and putting her in “danger.” Cori Bush said her Jewish colleagues were motivated by “anti-Blackness and Islamophobia.” Jamaal Bowman, who ousted the pro-Israel stalwart Eliot Engel in a 2020 primary and who represents a New York district with a large Jewish contingent, likewise suggested that the complaints from his colleagues were due to Omar’s being a Muslim black woman. Omar herself complained of the “constant harassment and silencing” by her Jewish colleagues and the “Islamophobic tropes” they supposedly used.

 

It was an astonishingly vile and aggressive coordinated attack against the Jewish group. The ADL was silent. JDCA was silent. The Democratic Party sided with the Squad. The Jewish community had been abandoned to the rise of the dominant left-of-center ideology according to which Jews are part of a white power structure of which Israel is a prime example.

 

Corbyn’s attempt to separate the Jews from the Jewish state in the UK failed miserably. But the Squad’s efforts to do the same here are not failing. And it’s not just in the halls of Congress. The New Yorker’s Helen Rosner suggested it would be a good tactic not to beat up Jews, as part of an overall strategy to undermine Israel’s legitimacy. (This after the New Yorker’s union put out a statement of solidarity with the Palestinians that included the phrase “from the river to the sea.”) Michelle Goldberg of the New York Times wrote a column with a headline so instantly infamous that the Times eventually and quietly changed it: “Attacks on Jews Over Israel Are a Gift to the Right.”

 

Meanwhile, the comedian Sarah Silverman objected to attacks on Jews in Los Angeles not on the grounds that they were evil acts of anti-Semitic violence but rather because “WE ARE NOT ISRAEL.” For his part, Kenneth Roth, the obsessively anti-Israel executive director of Human Rights Watch, declared, “It is WRONG to equate the Jewish people with the apartheid and deadly bombardment of Prime Minister Netanyahu’s government.”

 

Throwing fellow Jews to the wolves is abominable moral behavior. Delicately excising the name and words of a chic Democratic politician from a list of anti-Semitic statements to protect her—or to protect the organization you run from her wrath—constitutes an act of complicity in the violence that ensued in whatever small measure from her remarks. And the man who was thus complicit—Jonathan Greenblatt—had the nerve to act surprised. The anti-Semitic street violence in America is “literally happening from coast to coast, and spreading like wildfire,” Greenblatt told the Times. “The sheer audacity of these attacks feels very different.”

 

It feels different because it feels so familiar. And if the American Jewish community is to survive, it must start acting like it. And we must start by cleaning our own corrupted house.

 

1 “The Rot Inside American Jewish Organizations,” March 2020

 


Décapitation de Conflans: Après la Révolution, l’immigration permanente dévore ses propres enfants ! (When immigration like Saturn devours its own children)

19 octobre, 2020

RD0657139: February 2008EM youth bulge: a demographic dividend or time bomb? | Financial TimesImage
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Le facteur clé, c’est la démographie. En règle générale, les êtres humains qui se mettent à en tuer d’autres sont en gros des mâles âgés de 16 à 30 ans. [et] dans les années 1960, 1970 et 1980, le monde musulman a connu un fort taux de natalité, d’où un fort surplus de jeunes. Samuel Huntington (2001)
Comment voulez-vous intégrer des enfants dans ma commune puisqu’ils sont 95% alors que les Français sont 5% ? Pierre Bernard (maire de Montfermeil, 1989)
En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Georges Marchais (6 janvier 1981)
Nous pensons que tous les travailleurs sont frères, indépendamment du pays où ils sont nés (…) Mais dans la crise actuelle, elle [l’immigration] constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d’aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, la répression contre tous les travailleurs, aussi bien immigrés que français. C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Georges Marchais
Il faut résoudre d’importants problèmes posés dans la vie locale française par l’immigration […] se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […], la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d’ouvriers et d’employés. L’enseignement est incapable de faire face… Georges Marchais (lettre au recteur de la Mosquée de Paris, 7 juin 1981)
La France ne peut plus être un pays d’immigration, elle n’est pas en mesure d’accueillir de nouveaux immigrants (…) Le regroupement familial pose par son ampleur des problèmes très réels de logement, de scolarisation et d’encadrement so­cial. (…) On ne peut tolérer que des clandestins puissent rester en France. (…) Il faut tout mettre en œuvre pour que les décisions de reconduite à la frontière soient effectives (…) La très grande majorité des dossiers déposés à l’Ofpra s’avère injustifiée (de l’ordre de 90 %), ces demandes n’étant qu’un prétexte pour bénéficier des avantages sociaux français (…) Les élus peuvent intervenir efficacement et les collectivités locales […] doivent avoir leur mot à dire quant au nombre d’immigrés qu’elles accueillent sur leur territoire », afin de « tenir compte du seuil de tolérance qui existe dans chaque immeuble (…) Les cours de “langues et cultures des pays d’origine” doivent être facultatifs et déplacés en dehors des horaires scolaires. (….) l’islam n’apparaît pas conforme à nos fondements sociaux et semble incompatible avec le droit français (…) Il y a bien incompatibilité entre l’islam et nos lois. C’est à l’islam et à lui seul de [s’adapter] afin d’être compatible avec nos règles. (…) ce n’est pas aux pouvoirs publics d’organiser l’islam. On n’intègre pas des communautés mais des individus (…) Il convient de s’opposer (…) à toute tentative communautaire qui viserait à instaurer sur le sol français des statuts personnels propres à certaines communautés. (…) Les activités cultuelles doivent être exclues de la compétence des associations relevant de la loi de 1901. (…) la mainmise de l’étranger sur certaines de ces associations est tout à fait inacceptable. (…) la création de lieux de culte doit se faire dans le respect (…) du patrimoine architectural de la France. Etats généraux RPR-UDF (1er avril 1990)
Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler… si vous ajoutez le bruit et l’odeur, hé bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela… Jacques Chirac (19.06.1991)
Quand madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 70 – parce que c’est ça en réalité, en pensant qu’on peut fermer les frontières, qu’on peut nationaliser les industries, qu’on peut sortir un certain nombre de capitaux de notre pays sans qu’il y ait de risques. Quand elle parle comme le Parti communiste, ça parle dans cette région-là [le Nord- Pas-de-Calais, ndlr] parce que ça a été, encore aujourd’hui, une région influencée par le Parti communiste. (…) Sauf que le Parti communiste, il ne demandait pas qu’on chasse les étrangers, qu’on fasse la chasse aux pauvres… Il avait des valeurs.. (…) Marine Le Pen parle comme le Parti communiste des années 70 « avec les mêmes références que son propre père quand il s’agit de montrer que c’est l’étranger, que c’est l’Europe, que c’est le monde ». François Hollande (19.04.2015)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Nous accueillons déjà une centaine de mineurs non accompagnés par jour en moyenne depuis le 1er janvier, ce qui laisse à penser que les nouveaux entrants seront, pour la seule année 2020, environ 40.000. À ce stade, les 40.000 mineurs non accompagnés dont s’occupent les départements coûtent déjà 2 milliards d’euros par an. À raison de 50.000 euros de prise en charge annuelle par enfant en moyenne, je vous laisse imaginer le poids pour les finances publiques quand, à la fin de l’année, le stock de dossiers validés avoisinera les 60.000. C’est une charge beaucoup trop lourde pour de nombreux exécutifs départementaux, d’autant que cette situation relève de choix de politique migratoire qui incombent essentiellement au gouvernement. Directeur à l’Association des Départements de France
Parmi les moments terribles qu’a connus le procès encore en cours, je retiendrai deux instants forts, l’un concernant Charlie, l’autre concernant l’hyper qui nous laisse entrevoir à travers le témoignage de deux victimes le pourquoi de la tragédie française. Le journaliste de Charlie hebdo, Fabrice Nicolino, l’a expliqué sans faux-semblants. (…) À la barre, le journaliste ne craint pas de mettre en cause le pape de l’islamo-gauchisme Edwy Plenel: «Plenel ose écrire que Charlie mène une guerre aux musulmans. Il faut savoir ce qu’on écrit, si vraiment Charlie mène une guerre, alors tout est permis en retour! Comment un homme comme lui a mené une infamie pareille». La France est «malade» de cette génération d’intellectuels biberonnés au stalinisme, qui se sont mentis à eux-mêmes sur la nature de cette idéologie-là, qui aujourd’hui «refusent leur responsabilité et nous regardent crever dans notre coin sans broncher». La France est «malade» de cette génération d’intellectuels biberonnés au stalinisme, qui se sont mentis à eux-mêmes sur la nature de cette idéologie-là, qui aujourd’hui «refusent leur responsabilité et nous regardent crever dans notre coin sans broncher». Pour Fabrice Nicolino ces gens-là ont «préparé» le terrain du terreau terroriste. (…) Le second témoignage édifiant a été rapporté par la jeune caissière de l’Hyper Casher Zarie Sibony. Amedy Coulibaly s’adresse ainsi à elle: «vous êtes juifs et français, les deux choses que je déteste le plus». Rapprochez les témoignages et vous comprendrez la responsabilité islamo-gauchiste anti-occidentale, anti- française, antisémite et antisioniste dans la fabrication de la haine en milieu immigrée islamique. Les journalistes de Charlie hebdo luttaient contre l’islam radical, ils étaient aussi français. Les clients de l’Hyper mangeaient casher, ils étaient tout aussi français. Si vous pensez que les grands massacres ont calmé l’islamo-gauchisme français, vous vous trompez lourdement. Celui-ci s’est enrichi de la névrose américaine. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement le français, le chrétien, le juif qui est détesté, c’est aussi, mais de manière cette fois construite et assumée le blanc, raciste systématique. Il paye tous les jours comptant dans les banlieues comme dans les cités périphériques, à coups de couteau reçus. Cela s’appelle pourtant la violence gratuite. Le dernier drame de la tragédie française est survenu vendredi, on l’a dit. Son auteur est donc ce très jeune migrant islamiste, fanatisé et isolé. Il faisait partie il y a quelques semaines encore de cette cohorte grandissante de mineurs supposés, évalués aujourd’hui à 40 000 individus qui causeraient 60 % des crimes et délits en région parisienne. Sur les réseaux sociaux populaires, la chose est dite, mais la plupart du temps, hors drame où les plumes se délient, les médias convenus n’interviennent que pour stigmatiser la France de ne pas savoir traiter convenablement ces gens qu’elle n’a pas invités et dont elle ne sait que faire. Bien entendu, des ONG politisées et que ne renieraient pas les organisations islamo-gauchistes sauce Mélenchon font tout pour que le drame ne cesse. Quant à l’Europe, elle qui hier encore chantait béatement l’air immigrationniste du pacte de Marrakech (ce traité onusien qui rappelez-vous n’existait que dans l’esprit complotiste de la fâcheuse sphère) la voilà qui reconnaît la nécessité de tenter de résister à ce qu’elle ne peut faire autrement que décrire que comme une invasion difficilement résistible. Gageons sans grand risque que derrière les slogans elle demeurera impuissante. Seuls les États-nations le peuvent, encore faut-il que leur gouvernement le veulent, sans craindre de déplaire à l’église cathodique universaliste. La tragédie française, celle de son peuple détesté, à la voix étouffée et à la volonté méprisée, continue. Gilles William Goldnadel (28.09.2020)
Pour rien au monde, je n’aurais mis un bout de mon pied place de la République. Je ne supporte plus le symbolique. République, mot galvaudé, transformé en mantra que l’on utilise en gargarismes. Pour ne pas dire État et encore moins nation. Je ne supporte plus la vue des bougies et le bruit des incantations. Vingt ans à prendre des coups par les petits marquis de la gauche morale sentencieuse qui aurait encore l’indécence de vouloir prendre en charge l’organisation d’une manifestation dont elle a effectivement une grande part de responsabilité morale dans sa survenance. Vous auriez voulu que je marche à côté des cadres sans militants de SOS-Racisme qui auront passé leur temps à traiter de racistes ceux qui il y a dix ans alertaient des dangers de l’islam politique ou radical? Vous auriez voulu que je mêle mes pas avec ces antiracistes de carnaval qui, il y a encore peu, considéraient comme haineux ou injurieux d’évoquer l’antisémitisme islamique et qui ont vainement traîné devant les tribunaux mon ami Georges Bensoussan. C’était évidemment avant les grands massacres. Vous auriez voulu que je me commette avec l’UNEF qui organise des camps racisés? Avec la LDH qui n’avait d’yeux que pour Ramadan et les jeunes filles voilées? Vous auriez voulu sans doute que je défile derrière ces syndicats d’enseignants qui il y a encore peu niaient la difficulté d’enseigner dans les classes la Shoah. Vous avez oublié sans doute qu’il n’y a pas 20 ans certains d’eux expliquaient doctement qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre les enfants qui en traitaient d’autres de «juifs». À moins que vous ayez imaginé que je puisse faire un petit bout de chemin, au nom de l’union nationale, avec à ma gauche M. Coquerel et Mme Obono. Le premier qui, il n’y a pas encore longtemps, accompagnait une centaine de sans-papiers occuper la basilique Saint-Denis dont il ignorait sans doute qui elle abrite. La seconde qui décernait hier encore des brevets d’antiracisme à la très antisémite Bouteldja, mutique avec ses indigénistes depuis vendredi soir. J’aurais pu également aller bras dessus- bras dessous avec leur lider maximo ou avec la sénatrice Benbassa. Ils m’auraient raconté , yeux embués, l’ambiance qu’il y avait à la grande manifestation constellée d’étoiles jaunes contre cette redoutable islamophobie qui ensanglante la France. Cet évènement organisé par le sieur Majid Messaoudene, élu de Seine-Saint-Denis, boute-en-train irrésistible lorsqu’il s’agit de blaguer sur les massacres de Mohamed Merah. Mais désolé, je ne chemine pas aux côtés des fabricants de cigarettes lorsque je marche contre le cancer. Seulement m’intéressent les actes, et les incantations du type «ils ne passeront pas!», puisées au demeurant inconsciemment dans la geste révolutionnaire marxiste, servent de faux-semblants. Je constate que le dernier angle mort d’une vision du réel qui s’améliore même du côté de chez les myopes demeure la mise en cause de l’immigration illégale, massive et donc invasive. Une réalité tellement éclatante qu’elle en est aveuglante. En quinze jours, un migrant pakistanais et un migrant tchétchène qui n’auraient pas dû se trouver sur le territoire national, l’un avec un hachoir, l’autre avec un couteau à décapiter une tête bien faite, ont voulu venger leur prophète. Fort peu de responsables politiques et médiatiques ont osé incriminer la réalité de la dangerosité de l’immigration islamique massive et illégale. Non pas évidemment que tous les migrants musulmans soient dangereux. Il s’en faut de beaucoup. Mais compte tenu de la dangerosité statistique d’une partie de ceux déjà installés sur le territoire français et qui fait que les services de renseignements antiterroristes sont d’ores et déjà saturés, toute arrivée nouvelle accroît le danger déjà infernal. Le fait que la France officielle demeure hermétique à ce raisonnement purement arithmétique, exclusif de tout essentialisme, prouve à quel point cette fermeture psychologique au réel est de nature suicidaire. Le combat intellectuel et culturel contre l’immigration illégale imposée de force au peuple français est un combat existentiel. Tout le reste n’est que bruit, esquive, hypocrisie, frime et jactance. Vous verrez que dans quinze jours, quand le nom de Paty commencera à être moins sur les lèvres françaises, que cet homme courageux reposera dedans la terre froide, il se trouvera de belles âmes ou des forts en gueule qui nous expliqueront avec hauteur que nous sommes abusés par nos sens, que l’immigration est une aubaine pour la France et que celle-ci n’est pas un coupe-gorge. Pardonne-leur Samuel de leur lâche bêtise, mais moi je ne marche plus. Pierre William Goldnadel
Democratic nominee Joe Biden is attracting more support than Hillary Clinton did among white voters as a whole — especially white women, older white voters and those without a four-year college degree — which has helped him build a substantial lead of around 10 points, according to FiveThirtyEight’s national polling average. However, Trump is performing slightly better than last time among college-educated white voters, and he has gained among voters of color, especially Hispanic voters and younger Black voters. FiveThirtyEight
La police française abat un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue.  New York Times
C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie, et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. Emmanuel Macron (2017)
Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous. J’ai fait de la détention une retraite spirituelle. Sophie Pétronin
Il faut avoir le courage de se regarder en face pour comprendre le chemin que prend la France et la perception que certaines minorités peuvent avoir de la situation. Certes, le procès d’un terroriste islamiste capturé vivant peut être sulfureux, créer transitoirement des troubles à l’ordre publique et attiser certaines tensions. Mais on ne peut pas s’indigner de la barbarie terroriste et souscrire dans le même temps à la barbarie policière sans être en contradiction avec soi-même ou tourner le dos, sciemment, à la République Française. Ce jeune de 18 ans n’est, au moment précis de sa mort, qu’un suspect armé d’un jouet et d’un canif. Applaudir une police qui tue de façon aussi sommaire et systématique les individus suspectés de terrorisme, c’est applaudir une barbarie, c’est encourager la spirale mortifère des violences policières et c’est embrasser ce choc des civilisations qui se trouve — depuis plus 30 ans — en haut de l’agenda de toutes les extrêmes-droites du monde. Mediapart
Arnaud Beltrame n’est pas « victime de son héroïsme » mais du terrorisme et des impies qui se prennent pour Dieu. Les auteurs de cette expression, qui célèbre la victime en cachant le bourreau, sont soit des lâches, soit des fourbes, soit des imbéciles, soit des socialistes. Raphaël Enthoven
A l’évidence, Oussama Ben Laden veut provoquer un choc des civilisations entre l’Islam et l’Occident. La priorité pour notre gouvernement est d’empêcher que le conflit n’évolue ainsi. Mais le danger existe bel et bien. L’administration Bush a agi exactement comme il le fallait en s’efforçant de rassembler derrière elle les gouvernements et les peuples musulmans. Aux Etats-Unis même, beaucoup font pression pour que l’on s’attaque à d’autres groupes terroristes et aux Etats qui les soutiennent. Ce qui, à mon sens, pourrait transformer cette crise en un choc des civilisations. (…) Les gens impliqués dans les mouvements fondamentalistes, qu’ils soient islamiques ou autres, sont souvent d’un haut niveau de formation. Bien sûr, la plupart ne deviennent pas des terroristes. Mais ce sont des jeunes gens intelligents, ambitieux, qui veulent profiter de leur éducation dans une économie moderne et développée, et ils finissent par être exaspérés par le chômage et par le manque de possibilités qu’offre la société. Ils sont victimes de pressions contraires, entre les forces de la mondialisation et ce qu’ils considèrent comme l’impérialisme et la domination culturelle de l’Occident. Visiblement, ils sont attirés par la culture occidentale en même temps qu’elle les rebute. (…) Si vous étudiez les frontières du monde musulman, vous vous apercevez qu’il y a toute une série de conflits localisés impliquant musulmans et non-musulmans : la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la région du Caucase, la Tchétchénie, le Tadjikistan, le Cachemire, l’Inde, l’Indonésie, les Philippines, le nord de l’Afrique, le conflit israélo-palestinien. Les musulmans affrontent également d’autres musulmans, bien plus d’ailleurs que ne s’affrontent les représentants d’autres civilisations. (…) Je ne pense pas que l’islam soit plus violent qu’une autre religion, et je me demande si, au bout du compte, les chrétiens n’ont pas massacré plus de gens au fil des siècles que les musulmans. Mais le facteur clé, c’est la démographie. En règle générale, les êtres humains qui se mettent à en tuer d’autres sont en gros des mâles âgés de 16 à 30 ans. Dans les années 1960, 1970 et 1980, le monde musulman a connu un fort taux de natalité, d’où l’importance de la population jeune. Cette importance va décroître. Le taux de natalité des musulmans est en baisse. En fait, il a accusé une baisse considérable dans certains pays. A l’origine, l’islam s’est effectivement répandu par l’épée, mais je ne crois pas que la violence soit inhérente à la théologie islamique. Comme toutes les grandes religions, on peut interpréter l’islam de diverses façons. Les gens comme Ben Laden peuvent se servir d’éléments du Coran comme d’autant de commandements appelant à tuer les infidèles. Mais les papes ont fait exactement la même chose quand ils ont lancé les croisades. (…) [faire plus pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme au Moyen-Orient] est certes souhaitable, mais aussi difficile. Le monde musulman a naturellement tendance à résister à tout ce qui est occidental, ce qui est compréhensible si l’on tient compte de la longue tradition historique des conflits entre l’Islam et la civilisation occidentale. A l’évidence, il y a dans la plupart des sociétés musulmanes des groupes qui penchent en faveur de la démocratie et des droits de l’homme, et nous devrions selon moi les soutenir. Mais c’est là que nous nous heurtons à un paradoxe : beaucoup des groupes qui protestent contre la répression au sein de ces sociétés sont également fondamentalistes et antiaméricains. Nous l’avons vu en Algérie. La défense de la démocratie et des droits de l’homme est un objectif essentiel pour les Etats-Unis, mais nous avons aussi d’autres intérêts. Le président Carter était totalement engagé dans la défense des droits de l’homme et, quand j’ai fait partie de son Conseil de sécurité nationale, nous avons eu d’innombrables débats à ce sujet. Mais, autant que je m’en souvienne, personne n’a jamais évoqué l’idée de favoriser les droits de l’homme en Arabie Saoudite, et ce pour une raison des plus évidentes. (…) La Russie se tourne vers l’Occident dans les circonstances actuelles pour des raisons pragmatiques. Les Russes ont le sentiment d’être gravement menacés par le terrorisme et estiment qu’il est de leur intérêt de s’aligner sur l’Occident et d’acquérir un certain crédit auprès des Etats-Unis, dans l’espoir que nous freinions notre désir d’expansion de l’OTAN dans les Etats baltes et notre programme de défense antimissile. C’est une coïncidence d’intérêts, mais je ne crois pas qu’il faille y voir un réalignement majeur. Je pense néanmoins que les Russes s’inquiètent de l’ascension de la Chine, ce qui les poussera vers l’Ouest. (…) Les musulmans se battent contre les Occidentaux, les orthodoxes, les juifs, les hindouistes, les bouddhistes. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a un milliard de musulmans dans le monde, qui s’étendent sur tout l’hémisphère Est, depuis l’Afrique de l’Ouest jusqu’à l’est de l’Indonésie, et ils sont en interaction avec des dizaines de populations différentes. On peut par conséquent en déduire qu’ils ont davantage de possibilités d’entrer en conflit avec d’autres. (…)  La partie essentielle que je consacre à l’Islam dans mon livre est intitulée Conscience sans cohésion, et j’y aborde les divisions du monde islamique, les conflits entre musulmans. Même dans la crise que nous traversons, ils sont divisés. Ce milliard d’êtres humains constitue une foule de sous-cultures, de tribus. Il n’y a pas de civilisation moins unie que celle de l’Islam. Ce problème, Henry Kissinger l’a exprimé il y a trente ans à propos de l’Europe : “Si je veux appeler l’Europe, quel numéro dois-je composer ?” Si on veut appeler le monde musulman, quel numéro doit-on composer ? Si l’Islam pose des problèmes, c’est du fait de son manque de cohésion. S’il existait un pouvoir dominant au sein du monde musulman, on pourrait traiter avec lui. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est à une compétition entre les différents groupes islamiques. Samuel Huntington (2001)
L’erreur était que personne n’a fait attention à l’explosion de la population palestinienne. La population palestinienne a été multipliée par presque 6 dans les 50 dernières années. (…) au Liban, en Tunisie et en Algérie une femme a moins de deux enfants en moyenne. même si le Hamas devrait décider de tout signer tout, leurs jeunes hommes vont déchirer ces accords en morceaux. (…) La Palestine est un cas particulier. Ils n’ont jamais eu aucune chance de développement parce qu’ils ont toujours été sous soutien international. Gunnar Heinsohn
Une femme tunisienne a 1,7 enfant en moyenne. En France, elle en a bien souvent 6, parce que le gouvernement français la paie pour ça. Bien entendu, l’argent n’a jamais été destiné aux Tunisiennes en particulier, mais les Françaises ne sont pas intéressées par cet argent, tandis que les Tunisiennes ne sont que trop heureuses de le recevoir. (…) Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. (…) Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. (…) Par contre, au Canada, où je passe une partie de l’année depuis vingt ans, on trouve une politique complètement différente. Ils disent : notre politique d’immigration se fait sur une base simple. Tout nouveau Canadien, né ici ou venu de l’étranger, doit être plus doué que ceux qui l’ont précédé ; parce que seule l’innovation nous permettra de conserver notre position dans la compétition mondiale. Je veux donc que mon fils soit plus intelligent que moi. Et croyez-le ou non : 98% des immigrants canadiens ont de meilleures qualifications professionnelles que la moyenne des Canadiens. En Allemagne et en France, le chiffre est de 10%. Là où nous jouons la quantité, ils jouent la qualité. (…) Et pourquoi ? En Allemagne, parce que les gens avaient peur d’être traités de racistes ; et il semblerait que tous les pays européens souffrent de cette peur de faire des choix. (…) Il n’est pas étonnant que de jeunes gens travailleurs et motivés, de France et d’Allemagne, choisissent d’émigrer. Ainsi, ils n’ont pas seulement à subvenir aux besoins de leur propre population vieillissante. Sur 100 jeunes de 20 ans, les 70 Français et Allemands doivent soutenir aussi 30 immigrants de leur âge ainsi que leur progéniture. Cela est la cause de découragement dans la population locale, en particulier en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Alors, ils s’enfuient. (…) Le monde anglo-saxon a besoin de 50 millions d’immigrants qualifiés dans les 30-40 ans à venir, les jeunes gens qualifiés d’Europe occidentale seront donc incités à s’y installer au lieu de rester et de se battre. (…) La Californie, qui a fait demi-tour dans les années 1990, ce qui signifie que même la population blanche – à l’exception des Latinos, qui ont un taux de fertilité plus élevé – a pu passer de 1,3 à 1,8 enfant par femme. Ce n’est pas encore le taux de remplacement des générations, mais c’est néanmoins un changement notable. Et c’est énorme parce que la Californie est la région la plus avancée du monde. Vers la fin des années 1980, on pronostiquait que le taux de fertilité continuerait de baisser, mais au début des années 1990 de nouvelles études ont montré que les femmes ne voulaient plus se contenter de leur travail, et peu de temps après on a vu le taux de fertilité progresser. (…) En Europe, on a balayé ça du revers de la main, en l’expliquant par le fait que les Américains sont « tellement conservateurs », mais ce n’est pas vrai en Californie, qui de bien des façons a été la pionnière de l’Occident. Cependant, je ne vois rien de similaire en Europe. Bien sûr, la France a deux enfants par femme, mais sur cinq nouveaux-nés, deux sont déjà arabes ou africains. En Allemagne, 35% de tous les nouveaux-nés sont déjà d’origine non allemande, et les non-Allemands y commettent près de 90% des crimes violents. Comme je l’ai déjà dit – les mères sont payées pour mettre des enfants au monde, ainsi que leurs filles, et les hommes se mettent à la criminalité. Gunnar Heinsohn
Pour Amélie Blom, l’attaque récente relève d' »une forme de violence très différente du terrorisme jihadiste, que ce soit d’Al-Qaïda ou de l’Etat islamique ». La politiste n’y voit pas une « volonté de terroriser la population pour atteindre le gouvernement français ». Il s’agit plutôt, selon elle, « d’une volonté personnelle de faire justice soi-même et de punir au nom de convictions morales ou idéologiques », sans injonction, a priori, d’une organisation quelconque. La démarche relèverait « d’une sorte de vigilantisme que l’on pourrait comparer aux assassinats de médecins pratiquant l’IVG par des militants ultraconservateurs aux Etats-Unis, par exemple ».  « Cela n’a rien à voir avec Al-Qaïda ou les talibans, acquiesce Paul Rollier. Il ne faut pas voir derrière la Dawat-e-Islami une organisation cohérente qui aurait un agenda islamiste. » Selon cet anthropologue, l’agression de vendredi était sans doute « un acte adressé avant tout à une audience pakistanaise, et plus particulièrement à la province du Pendjab, dont la culture populaire considère le fait de venger l’honneur du prophète comme un acte héroïque ». Le chercheur avance l’hypothèse qu’un tel geste pourrait représenter une tentative pour l’assaillant de « retrouver une certaine dignité auprès de sa famille, peut-être après une émigration en France jugée décevante ». Contacté par l’AFP, un homme présenté comme le père du suspect s’est dit « très fier » de l’acte de son fils. Dans un entretien à un média local (vidéo en ourdou), il a appelé, en larmes, le gouvernement pakistanais à rapatrier son fils, qui a, selon lui, « rendu service à la cause de l’islam ». Franceinfo
[Le profil du terroriste] n’est pas le plus fréquent en effet, d’autant que les Tchétchènes sont plutôt sur des actions communautaires qu’individualistes. On a eu, ces dernières années, les frères Tsarnaïev au marathon de Boston en 2013, la prise d’otages du Théâtre de Moscou en 2002 et de l’école de Beslan en 2004, qui a fait 333 morts. Les filières tchétchènes jugées en France en 2006 avaient des projets d’attentat en groupe. Là, c’est un désoeuvré qui a voulu incarner la nécessité de défendre idéologiquement le prophète. Il est alors sous une double emprise : sa fidélité vis-à-vis de l’islam et sa loyauté aux musulmans fondamentalistes. Les ressortissants tchétchènes, prisonniers de leur image de guerriers absolutistes, se sentent dans l’obligation d’être des combattants. On l’a vu lors de l’immense rassemblement à Dijon, ils avaient dit aux forces de l’ordre de ne pas venir. Les plus fragiles sont dans la tranche d’âge 18-25 ans. Eux ont tout à prouver. Jeunes, ils sont protégés par le groupe. Lorsqu’arrive l’émancipation, ils sentent une obligation de se montrer à la hauteur. Même quand on est mince, pas costaud, il est difficile de se dissocier de cette ultraviolence véhiculée par toutes les filmographies, des Tchétchènes guerriers et absolutistes, n’ayant peur de rien. (…) Il est fier d’être un combattant. Jusque-là, il n’était connu que pour des faits de petite délinquance. C’est en somme un suiveur qui devient leader. Et il est dans une démarche mortifère : il s’en va affronter les forces de l’ordre en leur tirant dessus avec un pistolet d’Airsoft. Il se jette sur eux, poignard à la main, sachant très bien qu’il va mourir. Il est dans une impasse cognitive, il n’y a pas d’autre issue que la mort. C’est un « suicide by cop » (suicide par la police, NDLR). Quand j’étais commandant et patron des négociateurs au Raid, j’ai vu plusieurs de ces individus venir affronter l’unité d’intervention, pour se faire tuer. Ils savent que tout est perdu. La mission de tuer est supérieure à sa propre vie. (…) Il a tout sur lui pour aller au bout de son acte, même de quoi provoquer la police. Son arme d’Airsoft n’allait pas l’aider à tuer le professeur. L’impréparation est totale, mais la préméditation est indiscutable. (…) Le couteau de 35 cm fait partie de l’arsenal imaginaire et fantasmatique du personnage. C’est le sabre de Saladin. Il n’avait pas besoin de ça, il faut juste un couteau tranchant pour procéder à une décollation. Peut-être s’est-il motivé en allant voir des vidéos de décapitation de Daesh qui abondent sur le Dark Net. Ce mode opératoire est le meilleur moyen d’effrayer le monde. Quelle image laisse-t-il ? Celle d’un acte horrible, celle de la justice de l’Etat islamique dans son califat, d’une justice moyen-âgeuse. On tranche la tête, on sort l’âme du corps : pour arriver à une telle transgression des freins moraux, il faut déshumaniser sa cible. Dès lors que l’Autre n’est plus humain, il est permis de faire n’importe quoi. Nous, nous avons des freins moraux, mais ce garçon se dit qu’il ne sera pas jugé par la justice des hommes, mais divine. Seul Dieu lui dira si ce qu’il a fait est bien ou non. Dès lors qu’il prépare son acte, il n’appartient plus à la communauté des hommes, c’est fini. (…) Il a suffi que des mentors, des gens malins lui laissent entendre : « Si tu veux faire, fais ». Ces idéologues, qui se sentent une nécessité de faire du prosélytisme partout, sèment. Et à un moment donné, cela pousse quelque part. Là, ça a poussé dans la tête de ce garçon. Car le passage à l’acte seul, isolé, décorrélé de tout contact, est rare. Deux facteurs sont aggravants pour le fonctionnement psychique. Le premier, c’est la famille, qui peut tellement se révolter face à une offense faite à Dieu, que l’enfant se sent obligé d’incarner celui qui va rétablir l’ordre. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas ici. Le second, ce sont les relais immédiats, communautaires ou relationnels, pas nécessairement tchétchènes. Des islamistes influents qui, en tant que mentors, créent une obligation morale à ceux qui les écoutent. Là il est possible que ce garçon ait été révolté par ce qu’on lui racontait, des choses inexactes, partielles… En toute vraisemblance, Anzorov, qui utilisait Twitter, a en effet visionné des vidéos relayées en ligne, qui ont popularisé la polémique liée à la diffusion des caricatures du prophète, au collège de Bois-d’Aulne. Celle du parent d’élève Brahim C., suivie de celles du prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui parle d’un professeur « voyou » dont il réclame la « suspension immédiate » parce qu’il aurait « agressé, humilié devant leurs camarades » des « enfants de 12-13 ans, musulmans »… Il a pu se radicaliser tout seul par le visionnage de ces vidéos — celles-ci et d’autres — mais indiscutablement, cette polémique, lancée par Sefrioui, a forcément eu un impact. A partir du moment où on un mentor se positionne, qu’il paraît sincère, l’offense se partage émotionnellement. Pour certains membres de communautés étrangères, qui ne sont pas dans les repères de la communauté nationale classique, offenser Dieu paraît inepte, incompréhensible. Le logiciel est binaire : gentils d’un côté, méchants de l’autre. Il y a les respectueux et les offenseurs, ce qui permet de donner du sens à cette situation. Dans leur concept moral, la laïcité n’existe pas… Christophe Caupenne (ancien négociateur du Raid)
Rien n’est jamais inéluctable. Mais nous sommes en train de perdre la bataille contre l’islamisme. Dans un premier temps, j’ai été sidéré, puis la révolte a succédé à la sidération. J’ai entendu le président de la République parler d’un acte terroriste. Ce terme-là ne définit pas la réalité de cette décapitation, de cette barbarie. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une volonté d’appliquer la charia sur le sol français. C’est un acte de violence mais c’est aussi un acte qui a un sens : la terre de France doit se soumettre. Et c’est la mort pour ceux touchent au prophète ou au dogme. Quant à ceux qui prétendent que c’était inéluctable, ils oublient que l’alerte avait été donnée depuis des jours. Qu’a fait l’institution, l’Éducation nationale, pour protéger ce professeur ? (…) Souvenez-vous de l’attentat dans le cœur du cœur du service anti-terroriste de la préfecture de police de Paris. Il y a eu deux enquêtes administratives. Avez-vous eu connaissance de sanctions ? Non, bien sûr ! Si nous ne l’avions pas encore compris, nous sommes confrontés à un combat global. Bien sûr, nos services ont fait d’énormes progrès. Mais nous perdons la bataille par lâcheté, par renoncement. Il y a des espaces physiques, des enclaves territoriales dans lesquelles l’islam politique peut soumettre les esprits et les territoires à la loi religieuse qui, dans ces endroits, est supérieure à la loi civile. Il y a aussi une colonisation intellectuelle, par exemple le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui utilise le concept d’islamophobie pour faire avancer la cause islamique sous couvert de défense des libertés. Et nous, nous ne luttons pas ! Nous ne nous rendons pas compte qu’aujourd’hui, si ce professeur n’a pas bénéficié d’une protection malgré les alertes, c’est parce que nous avons préféré le silence. Le même silence qu’à la préfecture de police de Paris. Ces silences coupables sont des silences criminels. (…) Le problème ne date pas de ce quinquennat. Mais la faute politique personnelle d’Emmanuel Macron est de ne pas avoir mis tout de suite la priorité sur la lutte contre l’islam politique. Pourtant, il avait été secrétaire général adjoint de l’Elysée, et ministre : il savait ! Par ailleurs, du discours aux actes, il y a encore beaucoup de chemin à franchir. Il semble vouloir faire, mais je crains qu’il fasse semblant. Les mesures qu’il envisage sont des demi-mesures : il n’a pas prévu de traiter la question de l’immigration. Or, c’est un angle mort qui devient un angle mortel. Quand un jeune Pakistanais, soi-disant mineur non accompagné, s’en prend à deux personnes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, c’est la question de l’immigration qui est posée. Ici, on a affaire à un jeune Russe qui a un statut de réfugié, c’est encore une question d’immigration. Souvenez-vous de ce qu’avait dit Emmanuel Macron au lendemain des rixes des deux bandes à Dijon : il nous avait promis des expulsions. Pouvez-vous me dire combien il y a eu d’expulsions ? Zéro ! Emmanuel Macron lance : « Ils ne passeront pas » Mais ils sont déjà là ! Dans nos quartiers, dans nos institutions, et même dans nos bureaux de vote avec des listes communautaires. Le président de la République grimpe sur une ligne Maginot qui a déjà été enfoncée. Il peut faire les meilleurs discours du monde, mais les mots sans les actes, c’est le mensonge, c’est la faiblesse.(…) Il y a trois niveaux de lutte, trois combats simultanés à mener. Le premier, c’est l’éradication djihadiste. Il faut commencer par refuser les revenants sur le sol français. Ceux qui sont en Irak ou en Syrie doivent rester en Irak ou en Syrie. Et s’il y a des binationaux, on doit les déchoir de la nationalité française. Il faut aussi se pencher sur les prisonniers qui sont en France. Plus de 150 coupables, condamnés pour des faits en relation avec le terrorisme, vont être libérés. Le Sénat avait formulé une proposition pour prolonger les mesures de sécurité, de rétention. Le Conseil constitutionnel a censuré ce texte. C’est un scandale : neuf juges n’ont pas le droit désarmer un peuple. Sur ces questions-là, lorsque la sécurité même des Français est engagée, nous devons recourir au référendum. (…) pour que par exemple les mesures de sureté qui s’appliquent aux délinquants sexuels s’appliquent aussi aux djihadistes. (…) L’erreur à ne pas faire est de raisonner cas par cas. Vous avez un combat qui est global. C’est bien pour cela que j’ai parlé aussi d’immigration. Il faut accueillir moins et expulser plus. Quelqu’un qui est accueilli sur notre territoire et ne respecte pas nos lois doit être expulsé automatiquement, avec sa famille. Il faut remettre à plat le droit des étrangers, limiter au maximum le regroupement familial. Nous sommes le seul pays d’Europe qui n’a pas revu à la hausse ses exigences en matière d’immigration. C’est ce genre de question qui devra être soumise à référendum, sinon la volonté générale sera entravée. Sinon, un jour, les Français se révolteront à ce sujet. On n’aura alors plus que nos yeux pour pleurer. (…) Il faut lutter contre les enclaves territoriales. Créer une task force pour reconquérir les quartiers les uns après les autres, avec des forces de sécurité, mais aussi des magistrats, des services douaniers. Pour organiser le retour massif de l’État pendant une période donnée sur ces territoires qui sont des territoires perdus de la République. Avec Philippe Bas, nous avons proposé d’ajouter à l’article premier de la Constitution cette phrase : « Nul individu, nul groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour se soustraire à la règle commune. » C’est la définition de la laïcité telle qu’elle devrait s’imposer à toute personne, le pendant de la loi de 1905, pour régler un certain nombre de questions qui vont du règlement intérieur d’une association, ou d’une entreprise, mais aussi à la question des piscines, des hôpitaux… Enfin, il faut s’intéresser aux lieux de culte. Vous avez vu que la mosquée de Pantin a relayé un appel contre le professeur assassiné. Je demande que cette mosquée soit fermée, comme le permettait le régime de l’état d’urgence de façon plus aisée. Des articles de la loi de 1905 permettent de fermer des lieux de culte dès lors qu’il y a des incitations à la haine ou que l’on tient des discours politiques. Il faut également interdire le financement des mosquées dès lors que l’argent provient de pays ou de groupes qui ne reconnaissent pas la liberté de conscience. Mais le plus dur, c’est la reconquête des esprits, il faut nommer les choses, refuser le piège de l’islamophobie. Interdire le voile à l’université ou dans les sorties scolaires. Il y a un espace symbolique que la République doit réinvestir. Ce qui est en jeu, c’est la défense de notre civilisation qui est attaquée dans ses fondements. Nos libertés et notre sécurité ne sont pas négociables et aucune religion n’est intouchable. Bruno Retailleau
Durant deux semaines, Samuel Paty a été l’objet d’une cabale méthodiquement ourdie, soigneusement organisée. Des militants islamistes l’ont ciblé, persécuté, calomnié. Parmi eux, un «parent d’élève», mais aussi un activiste islamiste, fiché S, membre d’un «conseil des imams de France». Les membres de cette petite bande l’ont dénoncé à sa hiérarchie. Ils l’ont signalé à la police. Ils ont jeté son nom en pâture sur les réseaux sociaux. Ils ont affiché des vidéos injurieuses sur le site internet d’une mosquée. Ils sont allés jusqu’à saisir les autorités académiques! S’ils n’ont pas armé directement la main du tueur (cela, il appartiendra à l’enquête de le dire), ces harceleurs ont indubitablement inspiré son geste. Leur acharnement criminel en dit autant sur l’époque que nous traversons que les circonstances particulièrement atroces de l’assassinat. Aujourd’hui, les fameux «loups solitaires» ne le sont jamais vraiment: ils s’enracinent dans un écosystème islamiste qui les protège et les nourrit. (…) « Ils ne passeront pas!» Ces rodomontades seraient à rire si elles n’étaient à pleurer. La triste vérité, chacun le sait, c’est que, depuis longtemps, ils sont déjà passés. L’influence islamiste pèse de tout son poids sur l’école, où l’inspecteur général Jean-Pierre Obin mesure depuis vingt ans la montée inexorable des «accommodements» concédés à cette funeste idéologie: d’après un récent sondage, 40% des enseignants (50% en ZEP) reconnaissent «s’autocensurer» sur certains sujets (on imagine aisément lesquels) face à leurs élèves pour ne pas créer d’incident. Cette influence, elle pèse (et ô combien!) sur l’université et la recherche. Elle gangrène les services publics comme les entreprises privées. Prisons, police, armée… elle n’épargne quasiment plus aucun service de l’État ni aucun secteur de la société. La vérité, c’est que les islamistes, dans notre pays, ont pignon sur rue. Ils ont, avec le CCIF, leur vitrine officielle ; ils ont aussi leurs boutiques officieuses et leurs officines clandestines. Ils ont leurs représentants légaux, leurs brillants avocats qui ont accès aux plus hautes sphères de l’administration, leurs entrepreneurs qui financent la cause, leurs activistes qui déversent la haine sur les réseaux sociaux, leurs prêcheurs qui remplissent les mosquées, leurs soldats réguliers qui noyautent les cités et leurs sicaires, désavouables à merci, qui prospèrent sur ce terreau. La vérité, c’est aussi que les islamistes peuvent compter, dans l’appareil d’État, les partis politiques et les médias, sur des compagnons de route (ou des idiots utiles) qui soutiennent efficacement la cause. C’est Jean-Louis Bianco et son Observatoire de la laïcité, qui semble avoir été ainsi baptisé par antiphrase. C’est Jean-Luc Mélenchon, qui, toute honte bue, prétend aujourd’hui combattre les amis de ceux avec qui il défilait hier. C’est Edwy Plenel, dont nul n’a oublié qu’il a accusé Charlie d’avoir «déclaré la guerre aux musulmans»! Et, derrière eux, toute une nébuleuse islamo-gauchiste rompue à la rhétorique victimaire (indigénistes, décoloniaux, Unef, SOS-Racisme, LDH…) qui devine du «racisme d’État» chaque fois qu’il est question d’appliquer la loi, dénonce des «violences policières» chaque fois qu’il s’agit de maintenir l’ordre et hurle à l’«islamophobie» chaque fois que l’on fait mine de résister aux diktats des barbus… Que certains de ceux-là se soient retrouvés hier, place de la République ou ailleurs, avec des citoyens sincèrement révoltés par les menées islamistes est une insulte à la décence autant qu’au souvenir des victimes. Et maintenant? Et demain? Après les larmes et les hommages, après les grands discours et les rassemblements, après les hashtags et les bougies, que va-t-il se passer? Allons-nous, face à la menace islamiste, revenir comme si de rien n’était à ces tractations sans gloire, ces compromissions obliques, ces concessions sournoises et ces fermetés équivoques qui nous tiennent lieu de politique depuis si longtemps? Allons-nous nous réveiller, enfin, et opposer à la guerre qui nous a été déclarée une autre guerre, impitoyable et sans merci? C’est en vérité la seule question – mais cette question est vitale – que nous devrions nous poser. (…) Il faudra aussi cesser de tourner autour du pot des fichés S: expulser les radicalisés étrangers (il semble que Gérald Darmanin veuille s’y mettre: bravo!) et interdire de tout emploi sensible (aujourd’hui ils peuvent travailler comme enseignants ou comme éducateurs!) les fichés français. Ce qui suppose là encore de passer outre l’opposition de tous ceux qui estiment qu’on ne peut rien faire au motif qu’«ils n’ont encore commis aucun crime»… Il faudra enfin se décider à aborder sans se voiler la face la question de l’immigration sans contrôle et de ses conséquences pour le pays. Un Tchétchène de 18 ans à qui la justice avait reconnu le statut de réfugié vient de décapiter un enseignant français. Quelques jours plus tôt, un jeune Pakistanais, à qui la justice – toujours elle – avait accordé la protection reconnue aux «mineurs isolés», avait perpétré une attaque au hachoir contre l’ancien immeuble de Charlie. Peut-être cette coïncidence mériterait-elle que l’on s’y arrête un instant: si la France continue d’accueillir chaque année sur son sol près d’un demi-million d’étrangers, dont la grande majorité, de confession musulmane, estime que la charia est supérieure à tout, il est peu probable que l’islamisme recule… Alexis Brézet
On n’a pas de logements en nombre suffisant pour les Réunionnais, et vous voudriez qu’on loge et soigne gratuitement des étrangers ? On n’en a pas les moyens. Joseph Rivière (secrétaire départemental du RN réunionnais)
Deux mois après la tournée de Marine Le Pen, le RN obtient à La Réunion un score historique, 31,2% des suffrages loin devant La France insoumise (19%) et La République en marche (10,4%). (…) le RN arrive en tête en Guyane (27,4%) et en Guadeloupe (23,7%), une première là aussi (…) A Saint-Martin et Saint-Barthélémy, le RN termine également premier avec 28% des suffrages. Dans la petite île de Mayotte, département français au cœur de l’archipel des Comores fragilisé par une crise migratoire, le RN fait encore mieux, recueillant 45,56% des voix. La majorité présidentielle n’arrive en tête qu’en Polynésie (43%) et en Martinique (18,2%) où elle est talonnée par le RN (16%). Libération (27.05.2019)
La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier. La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas.  Christophe Guilluy
Je ne parle plus des « invisibles » et des « oubliés », puisqu’ils sont devenus très visibles – trop, aux yeux de certains. Un seuil a été franchi et c’est pour cela que je suis plutôt optimiste sur la suite des opérations. Une bataille culturelle a été gagnée. On peut observer l’émergence dans les médias, mais aussi dans la recherche ou dans le monde de la culture, de ces catégories dont on ne parlait absolument plus ces vingt dernières années. L’utilisation du concept de « gens ordinaires » permet d’élargir, de dépasser la seule question de la lutte des classes, même si celle-ci est encore très présente. Les gens ordinaires, c’est à peu près tout le monde. Cela suggère qu’il s’agit du groupe majoritaire. Et cette majorité de la population, on ne la découpe plus en classes sociologiques : classes moyennes supérieures, classes moyennes inférieures, classes populaires, etc. Car la bataille politique qui reste à mener est, d’abord et avant tout, une bataille de la représentation. On l’a vu avec les « gilets jaunes » et l’ensemble des derniers mouvements sociaux. Chaque fois qu’émerge politiquement ou socialement ce groupe majoritaire, on va très vite vous expliquer que, en fait, non, ce sont plutôt des marges qui s’expriment, des catégories minoritaires. Les « gens ordinaires » ont désormais émergé et, en utilisant cette expression, il s’agit de dire qu’on ne reviendra pas en arrière. (…) Vous pouvez mettre la poussière sous le tapis, nier la réalité, instrumentaliser les médias, il n’empêche : une majorité existe. Il faut donc prendre cette guerre de représentation pour ce qu’elle est : une guerre politique. La société libérale ne peut perdurer que si elle morcelle. D’où la réussite médiatique de concepts portant sur le morcellement de la société, son « archipellisation », sa complexité. Tout cela vise à imposer une seule idée : le peuple n’existe pas. Et s’il n’existe pas, alors les choses peuvent être gérées de façon segmentée, catégorielle. Ce qui ne pose en fait aucun problème au pouvoir. Mais cette stratégie n’a qu’un temps. Au Royaume-Uni, la working class était totalement invisible jusqu’au Brexit. Pourtant, ses membres, ces « déplorables » – pour reprendre le mot de Hillary Clinton lors de la présidentielle américaine de 2016 – ont utilisé le référendum sur le Brexit pour dire : « Nous existons. » D’un coup, la working class britannique n’est plus à la marge, en voie de disparition. Elle apparaît même plus forte que l’ancienne classe ouvrière. Elle a, de par son poids, la possibilité de renverser la table. Est-ce que Boris Johnson sera la bonne personne pour accomplir cette volonté des électeurs britanniques ? Est-ce qu’il ira jusqu’au bout ? Est-ce qu’il mettra en place une véritable politique de réindustrialisation du pays ? Toutes ces questions restent posées. Mais voilà une majorité capable, quand elle utilise de « bonnes marionnettes », de changer la donne. Idem avec les « gilets jaunes ». Certes, vous n’aviez pas toute la population française dans la rue, mais étaient là des représentants de l’ensemble des catégories modestes : des ouvriers, des employés, des retraités, des jeunes, des vieux, des gens issus de l’immigration. On avait la France dans toute sa diversité : des Blancs, des Noirs, des Maghrébins. Que s’est-il passé ? Majoritairement, la population s’est reconnue dans ce mouvement. Je veux bien que l’on me dise qu’à la fin ce mouvement est devenu autre chose, avec une forte récupération politique. Mais il n’empêche : pourquoi a-t-il autant inquiété nos élites ? Parce que ces dernières ont parfaitement compris que se jouait sur les ronds-points ce qu’ils cherchent à déconstruire depuis trente ans. À savoir : une réunion des catégories modestes qui, depuis toujours, portent l’économie. La période de confinement nous l’a d’ailleurs prouvé : la société repose beaucoup sur ces catégories-là. Face à ce mouvement majoritaire de facto, tout a été fait pour segmenter, morceler à nouveau. C’était le sens même de l’opération « grand débat » avec ces mille thématiques, tous les sujets étant traités les uns après les autres. (…) Des réponses à tout et pour tous, pour chaque segment de la population. Avec, en toile de fond, l’idée que les gens ne demandent que de l’argent. Logiquement, la fin de partie a été sifflée avec un chèque. Ce genre de situation est parfaitement gérable pour les libéraux. Finalement, pour eux, ce n’est pas un gros problème de faire des chèques. Car, dans leur esprit, ce qu’il faut, c’est ne surtout rien changer au système et faire perdurer l’idée que la société est morcelée, « archipellisée ». Il s’est pourtant passé quelque chose sur ces ronds-points, une vraie recomposition sociologique et politique. Les médias n’y ont vu que de la « radicalisation ». Vous savez, ce discours consistant à dire : « Ces gens-là n’écoutent pas, ils sont incapables de réaliser des diagnostics clairs. » Les journalistes interrogeaient des quidams et leur demandaient : « Quel est votre programme économique ? » Il y a là toute la perversité et toute la responsabilité des médias. (…) Pour le moment, l’idée pour le pouvoir, qu’il soit médiatique, politique ou économique, est de préserver l’essentiel. Pour eux, « jusqu’ici tout va bien », comme on dit. Sauf qu’une société n’est durable que si le modèle proposé bénéficie au plus grand nombre. Or, dans la France périphérique et dans beaucoup de territoires, précarisation sociale et désaffiliation politique vont de pair. Vous avez un lien évident entre le processus de désindustrialisation du pays et le fait que les gens n’adhèrent plus au discours politique. L’idée pour le pouvoir est donc de maintenir ce morcellement des Français car il est plus simple et préférable pour lui de gérer par segments la société plutôt que d’avoir à remettre en cause le système dans son ensemble. [Mais] bien sûr (…) si, politiquement, rien ne se passe, on va à la catastrophe. Elle sera économique, culturelle, identitaire. Il est complètement fou d’imaginer que nos représentants politiques n’aient pas comme priorité de répondre aux attentes des gens ordinaires. Cela s’appelle la démocratie. Mais, aujourd’hui, dire : « Répondez aux demandes de la majorité », c’est être immédiatement soupçonné en retour d’être contre les minorités ! En travaillant, comme je l’ai fait, dans le logement social, les quartiers dits sensibles, on se rend compte que toutes les demandes des gens ordinaires ne sont pas clivées ethniquement. En banlieue, tout le monde veut plus de sécurité. Tous : Blancs, Noirs, Maghrébins, etc. D’ailleurs, tous les « petits » – Blancs, Noirs, Maghrébins, catholiques, juifs… – ont un immense problème avec les représentants de leurs communautés respectives. Le clivage petit/gros, haut/bas marche aussi à cette échelle. Aucun ne se sent convenablement représenté. (…) Cette décélération est en train de se faire. Mais pas joyeusement. Ce que l’on voit arriver, c’est une crise sociale, qui sera évidemment plus violente dans la France périphérique que dans les grandes métropoles. Les gens ordinaires ont certes gagné la bataille culturelle, mais économiquement et socialement on est encore loin du compte. Ce qui se prépare, et qui est déjà à l’œuvre, ce sont partout des plans sociaux. Bravo, les technocrates français, d’avoir tout misé sur l’aéronautique, le tourisme, etc. ! Si Jean-Pierre Chevènement se présentait aujourd’hui, il serait élu à 60 %. Son diagnostic est absolument pertinent. Mais il est arrivé trop tôt… À un moment où tout le monde pensait que seule la classe ouvrière allait souffrir. Une classe ouvrière que la gauche avait déjà abandonnée. C’est pourquoi je commence mon livre avec la phrase de Pierre Mauroy qui constate que le mot « ouvrier » a disparu du discours des socialistes. Sauf que, après que les ouvriers ont été touchés, il y a eu les employés, puis les paysans, ensuite les indépendants, les petits retraités… C’était une fusée à plusieurs étages. De sorte que le discours de Chevènement a été perçu initialement comme une sorte d’attachement désuet à un monde industriel appartenant au passé. Tous ces gens, ce bloc qu’ils forment, iraient aujourd’hui à lui. Politiquement, il y a donc un décalage entre la prise de conscience de la population et le seul choix qui leur est proposé aujourd’hui, à savoir départager Macron et l’extrême droite… (…) [Mais] D’abord, il s’agit de ne pas sombrer dans le pessimisme. Tout est fait pour dire aux gens qu’ils ne sont rien. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une période de révolution, mais dans une sorte de guérilla culturelle. C’est long, la guérilla, mais les choses progressent. Même chez ceux qui dénonçaient le concept de France périphérique et qui maintenant utilisent l’expression. Même chez un Macron : il nomme un Premier ministre dont on nous vante l’accent ! Et puis, le totalitarisme, même « adouci », n’est pas durable. Quand la masse n’y croit plus, ça ne tient pas. Et là, déjà, ça craque. Le modèle économique n’est plus durable. Il ne peut perdurer longtemps grâce à ses derniers bastions que sont les métropoles et quelques secteurs d’activité. Prenons le revenu universel : donner aux gens de l’argent pour remplir leur Caddie chez Lidl, ce n’est pas répondre à leurs aspirations. Réindustrialiser, c’est évidemment faire du protectionnisme – un gros mot. Ça prendra du temps, mais ça se fera. La question de l’Europe, c’est pareil. Les choses sont en train de s’écrouler. Plus personne n’y croit. On fait porter aux catégories populaires la défiance de l’Europe. Mais c’est faux. Ils ont joué le jeu. Comme ils ont joué le jeu de la mondialisation. On pourrait même dire qu’ils ont joué le jeu du néolibéralisme, inconsciemment. Et puis, ils font le bilan : le compte n’y est pas, ça ne marche pas. Toutes les croyances anciennes ne fonctionnent plus. On peut aller plus loin : l’instrumentalisation de l’écologie, le diversity washing, les gens voient bien que ça ne repose sur rien. On est donc à la veille d’un renversement culturel. (…) Je connais les techniques de délégitimation. J’en ai été la victime avec le concept de France périphérique. Ça non plus, ça ne fonctionne plus. Les catégories populaires ont fait confiance à leurs élites, elles ont cru aux médias. Les gens sont d’ailleurs prêts à aller vers leurs élites. Il n’y a pas intrinsèquement d’anti-intellectualisme ou d’anti-élitisme, pas de rejet a priori. Il y a juste des gens qui font le constat que les élites d’aujourd’hui n’ont plus le bien commun chevillé au corps. Christophe Guilluy
Pour éviter d’autres Aquarius, la désagrégation des relations coopératives entre Européens, mettre fin à cette infernale partie de mistigri et réduire la pression sur nos sociétés fragiles, il faut prendre le problème à la racine et adopter un plan d’ensemble et des mesures d’urgence. Le sentiment que l’Europe est une passoire, alors même que l’islamisme progresse partout chez les musulmans sunnites et que le terrorisme islamiste sévit sur plusieurs continents, y compris en Europe, est peut-être exagéré ou injuste mais il est obsédant. Il nourrit le « populisme » et alimente les insurrections électorales. Les efforts réels accomplis ces dernières années ou en cours à l’initiative du président français sont occultés par des événements scandaleux ou tragiques et par les pugilats européens. Ceux qui espéraient paralyser les réactions de rejet des migrations de masse à coup d’eau bénite ou de condamnations morales ont dû déchanter. Ceux qui n’ont vu dans l’immigration qu’une nécessité économique (importer de la main-d’œuvre) ou une opportunité démographique (combler des déficits) ont nourri les angoisses des populations européennes. L’état des opinions est maintenant si grave qu’aucun progrès européen dans d’autres domaines, comme les annonces obtenues par la France au château de Meseberg, près de Berlin, sur l’euro, ne suffira à inverser ce mouvement. Croire que le plus dur est passé parce que les flux ont diminué depuis le pic de 2015 est illusoire quand on connaît les prévisions démographiques africaines ; 1,2 milliard d’êtres humains aujourd’hui, 2,5 milliards en 2050 sauf si le planning familial était mis en œuvre partout. Et comment être sûr que d’autres drames atroces ne jetteront pas à nouveau demain sur les routes des familles entières à la recherche d’asiles ? Pour casser cet engrenage dévastateur, il faut donc, dans un cadre et par des mécanismes durables, contrôler ces flux. Dans le cadre d’un Schengen consolidé et renforcé, il faut d’abord vérifier que chacun des vingt-six Etats membres, et nouveaux candidats, en particulier les Etats physiquement frontaliers, sans oublier tous les aéroports, seront capables administrativement, politiquement et géographiquement d’assumer des engagements renforcés grâce à une agence Frontex [l’agence européenne de surveillance des frontières] mieux équipée et transformée en vraie police des frontières parfaitement connectée aux polices nationales. Le droit d’asile pour les gens en danger doit absolument être préservé. Au-delà même des préambules des Constitutions de 1946 et de 1958, il est l’âme même de l’Europe. Mais cela suppose qu’il ne soit pas détourné de son objet ; sans distinction claire d’avec les mouvements migratoires, il finira par être balayé. La distinction, qui n’aurait jamais dû être perdue de vue, entre les demandeurs d’asile, dont certains seront admis en tant que réfugiés, et les migrants économiques, dont certains seront admis comme immigrants légaux, est cruciale. (…) Bien sûr, les critères d’attribution de l’asile dans Schengen devront être complètement harmonisés, et les demandeurs d’asile acceptés devront être beaucoup mieux accueillis et intégrés. Quant aux déboutés, ils devront être pris en charge et reconduits par Frontex en dehors de Schengen, dans leur pays d’origine où ils pourront postuler comme immigrants légaux. On ne peut pas fixer a priori de quotas de réfugiés : étant donné que le nombre des futurs demandeurs d’asile dépend des tragédies futures, il ne peut pas être plafonné artificiellement à l’avance. L’Europe devra rester généreuse, vis-à-vis des personnes persécutées ou menacées, tout en aidant plus les pays voisins qui les accueillent en premier lieu, comme la Turquie, la Jordanie, le Liban. (…) Des quotas d’immigration légale par pays, et par métiers, devront être fixés chaque année au cours d’un sommet entre pays de Schengen, pays de départ et pays de transit. Ces derniers demanderont des compensations et des aides, ce qui conduira à reconsidérer de proche en proche toutes les politiques de codéveloppement. Cette cogestion est indispensable car il est impossible de détruire sans ces pays les réseaux de passeurs et leurs complices qui ont reconstitué une économie de la traite en Afrique ; gérer avec eux, avec l’aide du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans des centres d’accueil au sein de plates-formes régionales, aussi bien les demandes d’asile que les demandes d’immigration en Europe ; lutter contre le trafic de faux papiers dans le Sahel ; et mieux contrôler les frontières entre ces pays. Il ne faudrait pas en être réduit, tout cela ayant échoué, et les garde-côtes libyens étant impuissants, à être obligés de bloquer les ports de Libye ! En même temps, cette gestion plus rigoureuse des flux migratoires permettra de favoriser, comme promis dans le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, la circulation pour les non-candidats à l’immigration (étudiants, hommes d’affaires, artistes). En attendant, et en urgence, il faut gérer l’héritage du passé et remplacer Dublin, que les ministères de l’intérieur avaient espéré pouvoir garder, par de nouvelles règles. Les pays de Schengen qui ne voudront pas accueillir de réfugiés au titre de la solidarité et de la répartition devront fournir une contribution financière accrue pour la protection des frontières communes ou pour l’accueil et l’intégration des réfugiés dans d’autres pays. Des décisions difficiles devront être prises concernant ceux qui sont déjà en Europe, illégalement, depuis un certain temps : les reconduire dans des centres de retour à l’extérieur, d’où ils pourront tenter leur chance comme immigrants légaux auprès des centres d’accueil, ou essayer de travailler dans leur propre pays (les migrants, pas les demandeurs d’asile) ; ou les régulariser, pour des raisons d’humanité ou autres, mais alors les intégrer vraiment. (…) Il est urgent que les opinions européennes constatent un vrai changement. La répartition des réfugiés, le montant des compensations, la fixation du nombre de migrants légaux, la dénomination et l’organisation du réseau de centres à l’extérieur ou aux frontières, et leur fonction, donneront lieu à des négociations permanentes et difficiles. Mais une partie de l’opinion européenne changera quand elle réalisera que ces flux seront désormais mieux « gérés », que la partie de mistigri sur les réfugiés est finie et qu’il y a une politique claire, à court et long terme. Et même si des flux d’immigration illégaux se poursuivent, ils deviendront quand même moins importants. Néanmoins, il ne faut pas se cacher que plusieurs secteurs de l’opinion, minoritaires mais très actifs et « audibles », continueront à opposer un tir de barrage à la mise en œuvre de cette indispensable politique, pour des raisons opposées – il faut aider tous ceux qui souffrent ; il faut repousser tous les envahisseurs. S’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème ! Les arguments de l’extrême droite (pour tout fermer) doivent être combattus sans ménagement comme étant inhumains, économiquement absurdes et, de toute façon, inapplicables. Il en va de même pour l’extrême gauche qui mise sur les populations issues de l’immigration par calcul militant, activiste ou électoral. En revanche, il faudrait convaincre beaucoup de gens généreux et de bonne foi de réfléchir à leur responsabilité et de modifier leurs positions ne serait-ce que pour sauver l’asile. Ceux que la repentance aveugle ou paralyse. Ceux qui ne voient le problème des migrations qu’en termes de valeurs et de principes généraux. Or, c’est aussi une question de nombre : s’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème ! Ceux qu’un universalisme abstrait et un mépris affiché pour les besoins élémentaires d’identité et de sécurité culturelle des peuples européens ont rendu inaudibles. Ceux qui ne réalisent pas que ce n’est pas être « généreux » que de priver les pays d’Afrique de leurs meilleurs éléments, les émigrants jeunes, dynamiques et entreprenants, en alimentant la nouvelle économie de la traite. Il faudrait même oser questionner le bilan des grandes institutions judiciaires françaises ou européennes chargées d’appliquer des grands textes comme la Convention européenne des droits de l’homme et qui, par effets de cliquet et avec une totale bonne conscience, peuvent donner à la longue aux citoyens le sentiment qu’elles se substituent à la souveraineté et à la démocratie. Alors que le problème numéro un de l’Europe est le fossé élites/peuples ! (…) Quid des pays de Visegrad [un groupe informel composé de la Hongrie, de la Pologne, de la République tchèque et de la Slovaquie] ? De l’Italie ? De l’Espagne à Ceuta et Melilla [enclaves espagnoles au Maroc], etc. ? Mais aussi quid des partenaires extérieurs de l’Est et du Sud ? Vraies questions. Mais il y a le feu ! Paradoxalement, malgré les apparences récentes, il ne devrait pas y avoir d’opposition insurmontable entre les pays européens de l’Ouest et de l’Est. Qui conteste la nécessité absolue d’une meilleure maîtrise des flux vers l’Europe ? Enfin, n’oublions pas l’éléphant dans la pièce : une alliance plus déterminée et plus assumée partout des démocrates et des musulmans modérés contre l’islamisme aiderait à enrayer le glissement des opinions européennes. Tout cela va s’imposer. Faisons-le plutôt ensemble, vite, et en bon ordre. Hubert Védrine
Ceci révèle l’arrière-plan idéologique : qui dit ghettos de banlieue, sous-entend ghettos noirs, relégation, et conclut à l’échec de la République, remettant en cause les fondamentaux de la République. L’Ecole a échoué, les services publics ont échoué et « l’Etat est absent » (dit-on souvent à tort). Il est facile de démentir ce discours en considérant l’investissement public par habitant. On ne voit pas que ces quartiers, en France, ont une fonction de sas entre le Nord et le Sud. Dans les quartiers sensibles se joue la dynamique de la transformation de la société française, ce qui n’est pas la problématique des ghettos noirs américains. Aux États-Unis, les Noirs représentent environ 12% de la population. Ce pourcentage n’a pas évolué depuis plus d’un siècle, on ne peut donc pas parler d’une dynamique. Dans les banlieues françaises, au contraire, on est dans une logique de transformation, ce dont témoigne le taux de mobilité. On nous parle de « relégation », d’« assignation à résidence ». Ce vocabulaire évoque à dessein un univers quasi-concentrationnaire. Or, sur la durée, les populations des territoires de la politique de la ville sont les plus mobiles de France. Hier l’observatoire des ZUS, dans un nouveau rapport, a publié des résultats catastrophiques. Ils le seront encore demain, la photographie d’aujourd’hui est évidemment calquée sur celle d’hier et sur celle de demain et si on ne pense pas ces quartiers en termes de flux, on a l’impression que les taux de chômage s’incrustent, affectant durablement des populations stables. La réalité de ces quartiers n’est pas celle-là. Les chômeurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et ne seront pas ceux de demain. La négation de cette mobilité amène à conclure à l’échec de la République. En revanche, si on analyse ces quartiers en termes de dynamique, on réalise que la République y est restée vaillante, non, certes, sans difficultés. Le nombre de jeunes diplômés a explosé dans ces quartiers et beaucoup d’entre eux partent. Evidemment, les nouveaux arrivants, qui viennent souvent des pays du Sud, sont plus pauvres et moins formés que ceux qui partent. Les maires des communes concernées – c’est le cas de Sarcelles – n’arrivent pas à retenir les habitants qui veulent partir. Ces quartiers doivent être pensés comme des espaces dynamiques en flux où des gens arrivent tandis que d’autres partent. Mais la République est là, les écoles sont présentes, des diplômés sortent de ces quartiers, certes trop peu, certes avec d’infinies difficultés, la délinquance. Il n’empêche que le bilan de la République est moins désastreux que ce qu’on imagine si on arrête un peu d’analyser à partir d’indicateurs sociaux en stock. Il est donc important de répéter que la problématique des quartiers sensibles n’est pas celle des ghettos mais celle de la transformation de la société française. Je citerai quelques chiffres qui rendent compte de l’évolution de la population dans ces communes. Des études ont été réalisées par l’INED sur les jeunes d’origine étrangère qui ont montré qu’entre 1968 et 2005, on était passé par exemple de 19 % à 57 % de jeunes d’origine étrangère en Seine-Saint-Denis, de 22 à 76 % à Clichy-sous-Bois, de 20 % à 66 % à Sarcelles ou de 41 à 61 % à Vaulx-en-Velin. Ces chiffres expriment bien les flux permanents et la transformation très forte de la population dans ces quartiers. Ils ne parlent pas d’assignation à résidence mais, au contraire, de transformation de la société française. Les gens qui parlent de ghettos nient cette transformation. Nous sommes donc dans des logiques de flux et surtout cette évolution dit que nous sommes passés au temps des minorités et des majorités relatives. On parle beaucoup des minorités dites « visibles » (toujours le background américain !) mais nous ne sommes plus dans cette situation en France. L’évolution de la population se fait selon une logique de transformation en profondeur, faisant émerger des minorités et des majorités relatives en constante et forte évolution. Christophe Guilluy
Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire dix fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
Présentée comme illusoire ou anachronique, la demande de régulation des flux migratoires est, sur tous les continents, une demande banale des classes populaires quelles que soient leurs origines. (…) Décrite comme l’illustration d’une dérive xénophobe des « petits blancs », on constate qu’elle concerne en réalité tous les “petits”, quelles que soient leurs origines ethniques ou religieuses. (…) comme les gens ordinaires ne peuvent ériger des frontières invisibles avec l’Autre (comme le font les classes supérieures), ils craignent évidemment plus de devenir minoritaires dans leur immeuble, leur village ou leur quartier. Car être ou devenir minoritaire, c’est dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) C’est en cassant le rythme d’une immigration perpétuelle que les pouvoirs publics pourraient agir sur le contexte social (la réduction des arrivées de ménages précaires stopperait la spirale de la paupérisation) mais aussi sécuritaire (la stabilisation puis la baisse du nombre de jeunes assécherait le vivier dans lequel recrutent les milieux délinquants). En reprenant la main sur cet « exercice de souveraineté qui a en partie été délégué à l’échelon européen », les politiques pourraient ainsi jouer sur les flux permanents qui, comme l’explique laurent Chalard, empêche l’assimilation. Cette politique répondrait enfin aux attentes de la population de ces quartiers qui demandent  depuis des décennies une plus grande fermeté de l’Etat à l’égard de l’immigration clandestine mais aussi des dealers qui pourrissent la vie de ces territoires. Christophe Guilluy
Pour un certain nombre d’analystes, le relatif échec de l’assimilation des populations d’origine maghrébine en France par rapport aux vagues migratoires précédentes, se traduisant, entre autres, par le maintien de prénoms spécifiques au sein des deuxième et troisième générations, est relié à un facteur culturel essentiellement considéré sous sa forme religieuse, la pratique de l’islam, qui rendrait impossible à ses membres de devenir complètement des Français comme les autres. Or, si le rôle de ce facteur ne peut être totalement nié, il en existe cependant un autre, d’ordre démographique, renforçant considérablement le phénomène, qui est le non-tarissement des flux. En effet, les immigrés à l’assimilation réussie, que sont les Italiens, les Polonais, les Espagnols ou les Vietnamiens se sont totalement fondus dans la population française parce que, suite aux vagues migratoires très importantes, les flux d’arrivée se sont taris, coupant définitivement les nouveaux arrivants des évolutions récentes de leur culture d’origine. (…) En conséquence, il s’est produit une adaptation rapide à la culture du pays d’accueil puisque ces nouveaux arrivants n’avaient aucun intérêt à maintenir leur culture d’origine. Leurs enfants scolarisés avec les autres petits français, à une époque où l’école était inclusive et le niveau d’enseignement satisfaisant, s’intégraient pleinement conduisant dès la première génération à de nombreux mariages avec la population locale, puisqu’ils n’allaient pas chercher leur conjoint dans le pays de naissance de leurs parents, et à l’adoption de comportements de fécondité semblables aux « autochtones », conduisant à une stabilisation des effectifs. Pour montrer l’influence primordiale de ce facteur, il convient de citer le cas des immigrés vietnamiens et cambodgiens arrivés en une seule vague à la fin des années 1970, sans espoir de retour à l’époque, dont l’intégration dans la société française est particulièrement exemplaire, bien qu’ils ne soient pas de culture européenne, qu’ils pratiquent, en règle générale, une religion différente (le bouddhisme) et que leur apparence physique en fasse une minorité visible! Or, pour les Maghrébins, la situation apparaît différente car les flux migratoires ne se sont jamais arrêtés depuis le début des Trente Glorieuses, soit depuis 70 ans. Il n’y a jamais réellement eu de pause permettant à la population de s’assimiler, la fin de l’immigration de travail sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing laissant place à la politique de regroupement familial, qui va à la fois maintenir un niveau non négligeable du flux d’entrées chaque année et stimuler la natalité de ces populations du fait de la féminisation de l’immigration. En conséquence, pour une large part des Maghrébins, le cordon ombilical n’a pas été coupé avec le pays d’origine, ce qui sous-entend le maintien et la transmission des traditions culturelles d’une génération à l’autre, en particulier sur le plan religieux, et une politique matrimoniale non assimilationniste, privilégiant une certaine endogamie, que ce soit à travers des mariages au sein de la communauté en France ou avec des congénères du pays d’origine, un des principaux moteurs du regroupement familial à l’heure actuelle. Il convient donc de s’interroger sur ce sujet, quitte à poser une question taboue, qui risque de faire débat: l’immigration perpétuelle empêche-t-elle l’assimilation? En effet, il est légitime de se poser la question. Les Français d’origine maghrébine se seraient peut-être plus facilement assimilés et auraient probablement une situation économique meilleure, si les flux d’arrivées s’étaient taris au milieu des années 1990, leur permettant de se tourner complètement vers leur nouveau pays. Dans ce contexte, le fondamentalisme religieux aurait probablement plus difficilement pénétré notre société, puisqu’il est d’abord arrivé en France par l’Algérie. Parallèlement, la natalité serait plus basse, permettant une meilleure réussite scolaire des enfants et les quartiers d’accueil seraient moins homogènes ethniquement, favorisant l’assimilation, car les flux migratoires auraient été moins nombreux. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les jeunes Maghrébins nés en France sont peut-être les premières victimes de l’immigration continue, d’autant plus que les nouveaux arrivants viennent les concurrencer sur le marché du travail. Laurent Chalard

Attention, une victimisation peut en cacher une autre !

A l’heure où trois semaines après l’égorgement, pour « retrouver sa dignité » nous dit-on, de deux journalistes français par un réfugié pakistanais au pied de l’ancienne adresse de Charlie hebdo …

C’est la sauvage décapitation d’un professeur de collège, par fidélité à sa foi et loyauté à sa communauté cette fois, par un autre réfugié tchétchène celui-là …

Qui vient nous rappeler après les douze de Charlie hebdo et les quatre otages d’un supermarché juif abattus à la kalachnikov ou au fusil d’assaut par des enfants d’immigrés algériens et maliens  il y a cinq ans …

Sans compter, sur près de 500 victimes pour les 20 premières années de notre siècle, 11 mois plus tard les 129 morts et 354 blessés du Bataclan et des cafés alentour

Le lourd prix à payer pour avoir offensé Mahomet ou ses soldats par la caricature ou les forces armées …

Et où du New York Times à Mediapart, l’hystérisation du souci de la victime continue ses ravages …

Alors que loin de les rassurer aux Etats-Unis, l’avance de Biden inquiète de plus en plus, mauvais souvenirs de 2016 obligent, les Démocrates …

Et que contre toutes leurs prédictions, c’est à présent les minorités qui semblent de plus en plus se reconnaitre en le prétendu Trump raciste …

Tandis qu’un reportage de France 2 sur l’hommage des collègues et élèves du professeur sauvagement assassiné et décapité  …

Coupe pudiquement le chant de notre hymne national juste avant les mots trop objectivement descriptifs  (« Ils viennent juste que dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes ») …

Et que c’est de son « héroïsme » que se retrouve étrangement victime un autre martyr de la même barbarie …

Alors que libérée avec d’autres au prix fort de quelque 200 djihadistes et une dizaine de millions, une otage française transforme sa détention en retraite spirituelle

Pendant qu’après s’être enfin résolu, trois ans après son élection, à mentionner le problème du « séparatisme islamique »

Un président qui à l’instar de son évocation, lors de sa campagne, des crimes contre l’humanité de la France en Algérie …

Est vite revenu à une terminologie beaucoup plus ‘soft » de « projet de loi renforçant la laïcité et les principes républicains »

Et que, sur fond d’incessants procès d’intention ou procès tout cours des lanceurs d’alerte Marine Le Pen ou Zemmour

C’est à nouveau, entre deux « marches des marchands de tabac contre le cancer »,  à l’unique départage entre Macron et l’extrême droite que les électeurs français se voient à nouveau préparés pour la prochaine présidentielle dans 18 mois …

Qui, sauf rares exceptions et après tant de trahisons des clercs répétées, pose la question qui fâche …

Contre les nouveaux racistes de l’antiracisme qui voient tout en noir et blanc

Et ne font en fait qu’enfermer dans leur sacrosainte différence et leurs quartiers et écoles commodément excentrés …

La piétaille bien utile de nounous et livreurs sous-payés …

A savoir celle des flux continus d’immigration régulière et irrégulière …

Qui à l’instar de la révolution, selon le fameux mot du polémiste suisse Jacques Mallet du Plan, finit par dévorer ses propre enfants …

Ou pour prendre une image bien au coeur de la polémique actuelle …

Comme cette interminable noria de terroristes qu’évoque le Mahomet désemparé par son manque de vierges d’une des caricatures danoises …

Empêchent tout simplement toute véritable assimilation …

Au sein de populations majoritairement d’origine musulmane …

Qui contrairement à leurs prédécesseurs n’ont jamais coupé le cordon avec leurs cultures d’origine …

Tout en les maintenant artificiellement, à l’image de ces prétendus mineurs isolés – dont l’égorgeur au hachoir du 28 septembre –  toujours plus nombreux et coûteux, dans un état de jeunesse éternelle …

Le fameux « surplus de jeunes » dont on sait depuis au moins Huntington et pour le plus grand bonheur des caïds de la drogue ou du terrorisme …

La plus grande propension à la violence et à la délinquance …

Mais les vouant aussi, comme l’avait rappelé Georges Marchais avant les Le Pen et aujourd’hui un Trump, à la spirale de la précarisation et du chômage …

Via la pression constante qu’ils exercent au grand bonheur des chefs d’entreprise …

Sur les salaires et les emplois …

Sans compter par l’insécurité physique et culturelle induite …

La disqualification et la fuite de modèles positifs qui entre Français de souche et immigrés intégrés …

Et sans parler de la démobilisation des instances publiques d’éducation et de sociabilisation …

Assuraient autrefois ce travail d’assimilation des nouveaux arrivants …

L’immigration se retournant ainsi paradoxalement au bout du compte …

Contre ceux-là même qu’elle était censée servir ?

L’immigration perpétuelle empêche-t-elle l’assimilation?
FIGAROVOX/TRIBUNE – Les députés débattent de l’immigration ce lundi 7 octobre à l’Assemblée nationale. Pour le géographe Laurent Chalard, les élus doivent comprendre que tant que les flux migratoires ne se tarissent pas, l’assimilation est rendue plus difficile.

Laurent Chalard
Le Figaro
7 octobre 2019

Laurent Chalard est géographe et travaille au European Centre for International Affairs. Retrouvez-le sur son blog personnel.


Pour un certain nombre d’analystes, le relatif échec de l’assimilation des populations d’origine maghrébine en France par rapport aux vagues migratoires précédentes, se traduisant, entre autres, par le maintien de prénoms spécifiques au sein des deuxième et troisième générations, est relié à un facteur culturel essentiellement considéré sous sa forme religieuse, la pratique de l’islam, qui rendrait impossible à ses membres de devenir complètement des Français comme les autres. Or, si le rôle de ce facteur ne peut être totalement nié, il en existe cependant un autre, d’ordre démographique, renforçant considérablement le phénomène, qui est le non-tarissement des flux.

Les flux migratoires de Maghrébins ne se sont jamais arrêtés depuis le début des Trente Glorieuses, soit depuis 70 ans.

En effet, les immigrés à l’assimilation réussie, que sont les Italiens, les Polonais, les Espagnols ou les Vietnamiens se sont totalement fondus dans la population française parce que, suite aux vagues migratoires très importantes, les flux d’arrivée se sont taris, coupant définitivement les nouveaux arrivants des évolutions récentes de leur culture d’origine. Pour les Polonais, la Seconde Guerre mondiale puis la Guerre froide ont radicalement rompu le lien de cette population avec la Pologne, située au-delà du rideau de fer, facilitant mécaniquement leur assimilation. Pour les Italiens, suite au décollage économique de l’Italie après 1945, les flux se tarissent progressivement pendant les Trente Glorieuses. Pour les Espagnols, le ralentissement des arrivées apparaît plus tardif, datant de la fin des années 1970, suite à la chute de la dictature de Franco et à une croissance économique soutenue de l’Espagne. En conséquence, il s’est produit une adaptation rapide à la culture du pays d’accueil puisque ces nouveaux arrivants n’avaient aucun intérêt à maintenir leur culture d’origine. Leurs enfants scolarisés avec les autres petits français, à une époque où l’école était inclusive et le niveau d’enseignement satisfaisant, s’intégraient pleinement conduisant dès la première génération à de nombreux mariages avec la population locale, puisqu’ils n’allaient pas chercher leur conjoint dans le pays de naissance de leurs parents, et à l’adoption de comportements de fécondité semblables aux «autochtones», conduisant à une stabilisation des effectifs. Pour montrer l’influence primordiale de ce facteur, il convient de citer le cas des immigrés vietnamiens et cambodgiens arrivés en une seule vague à la fin des années 1970, sans espoir de retour à l’époque, dont l’intégration dans la société française est particulièrement exemplaire, bien qu’ils ne soient pas de culture européenne, qu’ils pratiquent, en règle générale, une religion différente (le bouddhisme) et que leur apparence physique en fasse une minorité visible!

Or, pour les Maghrébins, la situation apparaît différente car les flux migratoires ne se sont jamais arrêtés depuis le début des Trente Glorieuses, soit depuis 70 ans. Il n’y a jamais réellement eu de pause permettant à la population de s’assimiler, la fin de l’immigration de travail sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing laissant place à la politique de regroupement familial, qui va à la fois maintenir un niveau non négligeable du flux d’entrées chaque année et stimuler la natalité de ces populations du fait de la féminisation de l’immigration. En conséquence, pour une large part des Maghrébins, le cordon ombilical n’a pas été coupé avec le pays d’origine, ce qui sous-entend le maintien et la transmission des traditions culturelles d’une génération à l’autre, en particulier sur le plan religieux, et une politique matrimoniale non assimilationniste, privilégiant une certaine endogamie, que ce soit à travers des mariages au sein de la communauté en France ou avec des congénères du pays d’origine, un des principaux moteurs du regroupement familial à l’heure actuelle.

Les jeunes Maghrébins nés en France sont peut-être les premières victimes de l’immigration continue.

Il convient donc de s’interroger sur ce sujet, quitte à poser une question taboue, qui risque de faire débat: l’immigration perpétuelle empêche-t-elle l’assimilation? En effet, il est légitime de se poser la question. Les Français d’origine maghrébine se seraient peut-être plus facilement assimilés et auraient probablement une situation économique meilleure, si les flux d’arrivées s’étaient taris au milieu des années 1990, leur permettant de se tourner complètement vers leur nouveau pays. Dans ce contexte, le fondamentalisme religieux aurait probablement plus difficilement pénétré notre société, puisqu’il est d’abord arrivé en France par l’Algérie. Parallèlement, la natalité serait plus basse, permettant une meilleure réussite scolaire des enfants et les quartiers d’accueil seraient moins homogènes ethniquement, favorisant l’assimilation, car les flux migratoires auraient été moins nombreux. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les jeunes Maghrébins nés en France sont peut-être les premières victimes de l’immigration continue, d’autant plus que les nouveaux arrivants viennent les concurrencer sur le marché du travail.

Alors que le président Emmanuel Macron lance un grand débat sur l’immigration, il semble indispensable que nos dirigeants prennent en compte le facteur du «tarissement des flux» dans leur réflexion. Souhaite-t-on tenter de pérenniser un modèle assimilationniste fortement mis à mal ces derniers temps (pour certains experts, comme le géographe Christophe Guilluy, il est déjà mort), ce qui passerait par une limitation temporaire des flux migratoires pour permettre l’absorption des populations issues de l’immigration maghrébine, ou alors souhaite-t-on basculer définitivement vers un modèle multiculturaliste à la française, où les flux ayant vocation à se poursuivre, la société s’organise d’une autre manière? Dans ce dernier cas, qui correspond à la tendance actuelle, il ne s’agirait point de singer bêtement ce qui se fait (mal) dans les pays anglo-saxons, où, au nom d’un relativisme culturel exacerbé, toutes les traditions se valent, mais d’inventer une société multiculturelle, actant le caractère pluriethnique du peuplement hexagonal, dans laquelle prédomineraient les normes de la société autochtone majoritaire, que se devraient de respecter les cultures minoritaires.

Voir aussi:

Même Christophe Guilluy, c’était mieux avant…
Le dernier essai du géographe, « Le Temps des gens ordinaires », n’est pas à la hauteur de ses premiers livres. Trop de répétitions et d’idéologie…
Saïd Mahrane
Le Point
12/10/2020

Un livre de Christophe Guilluy est toujours un événement, qui plus est quand celui-ci paraît au moment de la plus grande crise sociale de ces dernières décennies. On doit au géographe d’avoir très tôt compris que la fracture sociale était aussi une fracture territoriale, que la situation géographique d’un individu conditionne, comme jamais depuis l’après-guerre, sa vie et celle de ses enfants. Il a théorisé l’existence d’une France périphérique, éloignée des bassins d’emploi et des bonnes écoles, dépourvue d’infrastructures et d’offre culturelle, tandis qu’une France des métropoles jouissait des services publics et du meilleur de la mondialisation.

Depuis, Guilluy a acquis une aura particulière. À ce titre, il n’est pas qu’un travailleur obsédé par l’intra et l’extra muros des grandes villes, il est aussi une sorte d’éducateur. Il a fait école en France, et même ailleurs. Soit pour le meilleur : la prise de conscience généralisée d’une France fracturée. Soit pour le pire : nombre de commentateurs politiques et médiatiques, par paresse ou par facilité, s’emploient désormais à voir de la périphérie et de la « centralité » dans tous les conflits sociaux et font de cette dichotomie la tranchée depuis laquelle ils canardent les bourgeois, les élites, les néolibéraux, les macronistes…

C’est pourquoi on attendait beaucoup du dernier essai de Guilluy, intitulé Le Temps des gens ordinaires (Flammarion), avec l’espoir que ses recherches mettraient davantage de lumière sur nos complexités sociales et géographiques. Mais il semblerait que le géographe ait fait le choix de parler à la deuxième catégorie de ses lecteurs, les plus idéologues. L’auteur clairvoyant des Fractures françaises emprunte – plus qu’avant – un ton pamphlétaire. Il est dans la bagarre. Pourquoi pas ? Mais dans ce nouvel essai, hormis celles dédiées au « green washing », à « la chute des citadelles » (la fin des métropoles) et au « monde d’après », les analyses ont déjà été formulées par l’auteur en d’autres textes et en d’autres termes : métropole-périphérie, remplacement d’un socle électoral populaire par un autre, composé de minorités, tartufferie des winners, effacement de la conscience de classe, peuple désaffilié de la politique – il ne parle plus de « marronnage » –, volonté des élites « cool » de diaboliser le peuple « raciste », emprise du néolibéralisme, sédentarisation versus mobilité… On passe de Hollywood à la France macroniste et à la Grande-Bretagne du Remain avec la mise à nu de mécanismes supposément identiques. Toute analyse catégorielle du mouvement des Gilets jaunes est perçue par Guilluy comme une volonté, bien sûr non-dite, de fragmenter un bloc dont la force est précisément l’unité. Aux propos détestables d’une élite progressiste méprisant le peuple, Guilluy répond par une idéalisation de ces « gens ordinaires » – d’habitude le propre de ceux qui méconnaissent ledit peuple, mais lui, Guilluy, le connaît. Or, il n’est pas besoin, par exemple, d’être un bourgeois des villes pour voir dans la common decency (une morale commune) forgée par Orwell et reprise par Guilluy un concept séduisant mais fantasmé. «  Reprendre le concept de common decency d’Orwell et de tant d’autres, c’est oublier qu’entre les prolétaires d’autrefois et les ouvriers d’aujourd’hui il y a eu le développement de la consommation de masse, avec salles de bains, Frigidaires automobiles et enfants gâtés », écrit Emmanuel Todd dans Les Luttes de classes en France au XXIe siècle (Seuil). Pierre Sansot, l’auteur du magistral Les Gens de peu, aborde la question différemment : «  Existent-ils bien ces instants magiques et ces êtres hors du commun ? Nous découvrons en eux les mêmes petits calculs, faiblesses, ambitions, que chez les autres individus avec en prime un certain charisme et un sens très poussé de la théâtralité. » Michelet, dans Le Peuple, ose même comparer certains des siens à de «  grossiers personnages », ce qui ne l’a pas empêché d’écrire le plus beau livre qui soit sur le sujet.

Lubies bourgeoises

Le géographe déconstruit, en outre, la thèse du sociologue Zygmunt Bauman, selon lequel nous vivrions dans une « société liquide » marquée par l’individualisme et la consommation. Pour Guilluy, la France d’en bas, si elle baigne en effet dans cette société liquide, est plus qu’ailleurs attachée à la préservation «  d’un capital social et culturel protecteur ». L’Archipel français, de Jérôme Fourquet, a pourtant montré combien ces classes populaires prisaient la World Culture, jusqu’à prénommer ses enfants Dylan ou Jennifer. Sansot notait lui aussi l’admiration des gens de peu pour «  les stars de Hollywood, leurs caprices et leurs baignoires aux robinets d’or » au point de vouloir leur ressembler.

« Small is beaufitul  », nous dit également Guilluy, citant Ernst Friedrich Schumacher. Comme l’économiste anglais, le géographe plaide pour une forme de décroissance alliée à des circuits courts ainsi que pour une «  gouvernance locale ». «  Les gens ordinaires ne sont pas moins sensibles à la question environnementale, aux produits bio ou à la voiture électrique, mais ils n’ont pas les moyens de la révolution verte », affirme-t-il. Est-ce seulement une question de moyens ? La non-adhésion des classes populaires à une forme de décroissance et à un localisme économique, souvent perçus par elles comme des lubies bourgeoises, notamment en raison du coût des produits, est précisément le défi majeur des écologistes politiques. Philippe Moati, auteur d’une récente enquête sur le rapport des Français aux « utopies écologiques », considère que «  les préoccupations quant à la qualité des produits consommés et une consommation responsable concernent principalement les classes dites supérieures ou moyennes supérieures. Dans les classes dites populaires, il y a toujours un élan réel en faveur de la consommation de masse ». Une analyse qui se vérifie également dans l’enquête « La France des valeurs », réalisée tous les dix ans depuis 1981, qui montre que les ménages aux revenus inférieurs sont les moins disposés à s’engager pour l’environnement (17 % contre 35 % pour les hauts revenus).

« Promenades au zoo »

À lire le géographe, tout ce qui s’éloigne des analyses binaires est suspect de vouloir maintenir l’ordre social. Même quand des journalistes et des chercheurs vont à la rencontre de cette France qu’il décrit, il y voit quelque chose de semblable à «  une promenade au zoo ». Pourtant, là aussi, dans la quantité de livres et d’articles parus sur les Gilets jaunes, on peut constater davantage d’empathie que de mépris vis-à-vis de ceux qui seraient vus comme des «  sous-hommes ». Guilluy voit dans les enquêtes sur les modes de vie signifiants (goûts musicaux des Gilets jaunes, préférence pour Le Bon Coin, utilisation de la voiture…) par des sociologues ou des sondeurs une volonté de rabaisser. Comme, peut-être, les sociologues Pinçon-Charlot, qui rabaisseraient les riches par le menu détail de leur train de vie… Où l’on voit que l’analyse est impossible pour peu qu’on mette de la distance avec son sujet et qu’on bride les affects. Après le passage sur les « promenades au zoo », il écrit : «  Si la bourgeoisie “universaliste” fabrique des sous-hommes, elle est par ailleurs fascinée par le mythe du surhomme. On observe ainsi un intérêt croissant des catégories supérieures pour le transhumanisme et pour l’homme augmenté qui n’aurait plus rien en commun avec les gens ordinaires. » Précisément le genre de rapprochement dont étaient exempts ses premiers livres…

Le géographe acte, à raison, le déclin des métropoles, « réinvention de la cité médiévale », asphyxiées par la pollution et sclérosées « par leur manque de diversité sociale ». En matière d’immigration, il défend une plus grande maîtrise des flux. «  C’est en cassant le rythme d’une immigration perpétuelle que les pouvoirs publics pourraient agir sur le contexte social (la réduction des arrivées de ménages précaires stopperait la spirale de la paupérisation) mais aussi sécuritaire (la stabilisation puis la baisse du nombre de jeunes assécherait le vivier dans lequel recrutent les milieux délinquants). » Une demande de contrôle, précise-t-il, qui concerne «  tous les “petits”, quelles que soient leurs origines ethniques ou religieuses ».

Il y a quelque chose de « fixiste » chez Guilluy, qui postule que « les gens ordinaires » veulent désormais préserver l’essentiel et non plus, malgré les difficultés qu’il décrit, se hisser socialement. Cette France périphérique ne se reconnaîtrait pas toujours dans ce portrait qu’il fait d’elle tant on la découvre immobile, sauf lorsqu’elle manifeste, réduite à ses empêchements et sans cesse ramenée à ceux qui la relèguent et l’humilient. Faire la promotion de la mobilité sociale, casser les déterminations, rejoindre le salon, comme il dit, citant Jack London, et mettre les pieds sur la table, serait peut-être déjà, pour Guilluy, parler comme Emmanuel Macron et les dominants…

Le Temps des gens ordinaires, de Christophe Guilluy (Flammarion, 208 p., 19 €).

Voir également:

Christophe Guilluy : « L’idée pour le pouvoir est de maintenir le morcellement des Français »
Entretien exclusif
Emmanuel Lévy et Natacha Polony
Marianne
08/10/2020

Dans son nouveau livre, “le Temps des gens ordinaires” (Flammarion), Christophe Guilluy continue à creuser son sillon. Après avoir réussi à imposer le concept de “France périphérique”, le géographe estime qu’il existe un bloc majoritaire dans le pays et que l’heure est venue pour ses membres de reprendre en main leur destin. Et de mettre fin au séparatisme des élites d’avec le peuple.

Marianne : Vous consacrez votre livre aux « gens ordinaires » ? Qu’entendez-vous montrer avec cette expression ? 

Christophe Guilluy : Je ne parle plus des « invisibles » et des « oubliés », puisqu’ils sont devenus très visibles – trop, aux yeux de certains. Un seuil a été franchi et c’est pour cela que je suis plutôt optimiste sur la suite des opérations. Une bataille culturelle a été gagnée. On peut observer l’émergence dans les médias, mais aussi dans la recherche ou dans le monde de la culture, de ces catégories dont on ne parlait absolument plus ces vingt dernières années. L’utilisation du concept de « gens ordinaires » permet d’élargir, de dépasser la seule question de la lutte des classes, même si celle-ci est encore très présente. Les gens ordinaires, c’est à peu près tout le monde.

Cela suggère qu’il s’agit du groupe majoritaire. Et cette majorité de la population, on ne la découpe plus en classes sociologiques : classes moyennes supérieures, classes moyennes inférieures, classes populaires, etc. Car la bataille politique qui reste à mener est, d’abord et avant tout, une bataille de la représentation. On l’a vu avec les « gilets jaunes » et l’ensemble des derniers mouvements sociaux. Chaque fois qu’émerge politiquement ou socialement ce groupe majoritaire, on va très vite vous expliquer que, en fait, non, ce sont plutôt des marges qui s’expriment, des catégories minoritaires. Les « gens ordinaires » ont désormais émergé et, en utilisant cette expression, il s’agit de dire qu’on ne reviendra pas en arrière.

Vous parlez de « groupe majoritaire » alors même que le morcellement, l’« archipellisation » de la société française fait quasiment consensus dans le débat public…

Vous pouvez mettre la poussière sous le tapis, nier la réalité, instrumentaliser les médias, il n’empêche : une majorité existe. Il faut donc prendre cette guerre de représentation pour ce qu’elle est : une guerre politique. La société libérale ne peut perdurer que si elle morcelle. D’où la réussite médiatique de concepts portant sur le morcellement de la société, son « archipellisation », sa complexité. Tout cela vise à imposer une seule idée : le peuple n’existe pas. Et s’il n’existe pas, alors les choses peuvent être gérées de façon segmentée, catégorielle. Ce qui ne pose en fait aucun problème au pouvoir. Mais cette stratégie n’a qu’un temps. Au Royaume-Uni, la working class était totalement invisible jusqu’au Brexit.

Pourtant, ses membres, ces « déplorables » – pour reprendre le mot de Hillary Clinton lors de la présidentielle américaine de 2016 – ont utilisé le référendum sur le Brexit pour dire : « Nous existons. » D’un coup, la working class britannique n’est plus à la marge, en voie de disparition. Elle apparaît même plus forte que l’ancienne classe ouvrière. Elle a, de par son poids, la possibilité de renverser la table. Est-ce que Boris Johnson sera la bonne personne pour accomplir cette volonté des électeurs britanniques ? Est-ce qu’il ira jusqu’au bout ? Est-ce qu’il mettra en place une véritable politique de réindustrialisation du pays ? Toutes ces questions restent posées. Mais voilà une majorité capable, quand elle utilise de « bonnes marionnettes », de changer la donne.

Idem avec les « gilets jaunes ». Certes, vous n’aviez pas toute la population française dans la rue, mais étaient là des représentants de l’ensemble des catégories modestes : des ouvriers, des employés, des retraités, des jeunes, des vieux, des gens issus de l’immigration. On avait la France dans toute sa diversité : des Blancs, des Noirs, des Maghrébins. Que s’est-il passé ? Majoritairement, la population s’est reconnue dans ce mouvement. Je veux bien que l’on me dise qu’à la fin ce mouvement est devenu autre chose, avec une forte récupération politique.

Mais il n’empêche : pourquoi a-t-il autant inquiété nos élites ? Parce que ces dernières ont parfaitement compris que se jouait sur les ronds-points ce qu’ils cherchent à déconstruire depuis trente ans. À savoir : une réunion des catégories modestes qui, depuis toujours, portent l’économie. La période de confinement nous l’a d’ailleurs prouvé : la société repose beaucoup sur ces catégories-là. Face à ce mouvement majoritaire de facto, tout a été fait pour segmenter, morceler à nouveau. C’était le sens même de l’opération « grand débat » avec ces mille thématiques, tous les sujets étant traités les uns après les autres.

Jusqu’à la réfection du toit de l’église du village…

Des réponses à tout et pour tous, pour chaque segment de la population. Avec, en toile de fond, l’idée que les gens ne demandent que de l’argent. Logiquement, la fin de partie a été sifflée avec un chèque. Ce genre de situation est parfaitement gérable pour les libéraux. Finalement, pour eux, ce n’est pas un gros problème de faire des chèques. Car, dans leur esprit, ce qu’il faut, c’est ne surtout rien changer au système et faire perdurer l’idée que la société est morcelée, « archipellisée ». Il s’est pourtant passé quelque chose sur ces ronds-points, une vraie recomposition sociologique et politique. Les médias n’y ont vu que de la « radicalisation ». Vous savez, ce discours consistant à dire : « Ces gens-là n’écoutent pas, ils sont incapables de réaliser des diagnostics clairs. » Les journalistes interrogeaient des quidams et leur demandaient : « Quel est votre programme économique ? » Il y a là toute la perversité et toute la responsabilité des médias.

On comprend bien votre idée de « bataille culturelle », de « bataille de la représentation » de ces « gens ordinaires ». Vous pointez la responsabilité des médias. Mais à qui profite le crime ?

Pour le moment, l’idée pour le pouvoir, qu’il soit médiatique, politique ou économique, est de préserver l’essentiel. Pour eux, « jusqu’ici tout va bien », comme on dit. Sauf qu’une société n’est durable que si le modèle proposé bénéficie au plus grand nombre. Or, dans la France périphérique et dans beaucoup de territoires, précarisation sociale et désaffiliation politique vont de pair. Vous avez un lien évident entre le processus de désindustrialisation du pays et le fait que les gens n’adhèrent plus au discours politique. L’idée pour le pouvoir est donc de maintenir ce morcellement des Français car il est plus simple et préférable pour lui de gérer par segments la société plutôt que d’avoir à remettre en cause le système dans son ensemble.

La prise de conscience par les classes populaires de leur caractère majoritaire n’est pas évidente, loin de là. Il y a d’ailleurs à l’œuvre dans notre pays des séparatismes qui feraient presque désormais de la France un pays américain comme les autres…

Bien sûr. Et si, politiquement, rien ne se passe, on va à la catastrophe. Elle sera économique, culturelle, identitaire. Il est complètement fou d’imaginer que nos représentants politiques n’aient pas comme priorité de répondre aux attentes des gens ordinaires. Cela s’appelle la démocratie. Mais, aujourd’hui, dire : « Répondez aux demandes de la majorité », c’est être immédiatement soupçonné en retour d’être contre les minorités ! En travaillant, comme je l’ai fait, dans le logement social, les quartiers dits sensibles, on se rend compte que toutes les demandes des gens ordinaires ne sont pas clivées ethniquement. En banlieue, tout le monde veut plus de sécurité. Tous : Blancs, Noirs, Maghrébins, etc. D’ailleurs, tous les « petits » – Blancs, Noirs, Maghrébins, catholiques, juifs… – ont un immense problème avec les représentants de leurs communautés respectives. Le clivage petit/gros, haut/bas marche aussi à cette échelle. Aucun ne se sent convenablement représenté.

Une autre question se pose aux classes populaires. On leur demande désormais de décélérer, de ralentir, de moins consommer. Mais comment ces responsables politiques, qui promeuvent l’adaptabilité permanente et la connectivité généralisée, peuvent-ils être ceux qui organisent et imposent cela ?

Cette décélération est en train de se faire. Mais pas joyeusement. Ce que l’on voit arriver, c’est une crise sociale, qui sera évidemment plus violente dans la France périphérique que dans les grandes métropoles. Les gens ordinaires ont certes gagné la bataille culturelle, mais économiquement et socialement on est encore loin du compte. Ce qui se prépare, et qui est déjà à l’œuvre, ce sont partout des plans sociaux. Bravo, les technocrates français, d’avoir tout misé sur l’aéronautique, le tourisme, etc. ! Si Jean-Pierre Chevènement se présentait aujourd’hui, il serait élu à 60 %. Son diagnostic est absolument pertinent. Mais il est arrivé trop tôt… À un moment où tout le monde pensait que seule la classe ouvrière allait souffrir. Une classe ouvrière que la gauche avait déjà abandonnée.

C’est pourquoi je commence mon livre avec la phrase de Pierre Mauroy qui constate que le mot « ouvrier » a disparu du discours des socialistes. Sauf que, après que les ouvriers ont été touchés, il y a eu les employés, puis les paysans, ensuite les indépendants, les petits retraités… C’était une fusée à plusieurs étages. De sorte que le discours de Chevènement a été perçu initialement comme une sorte d’attachement désuet à un monde industriel appartenant au passé. Tous ces gens, ce bloc qu’ils forment, iraient aujourd’hui à lui. Politiquement, il y a donc un décalage entre la prise de conscience de la population et le seul choix qui leur est proposé aujourd’hui, à savoir départager Macron et l’extrême droite…

Comment changer le cours des choses sans passer par la case violence ?

D’abord, il s’agit de ne pas sombrer dans le pessimisme. Tout est fait pour dire aux gens qu’ils ne sont rien. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une période de révolution, mais dans une sorte de guérilla culturelle. C’est long, la guérilla, mais les choses progressent. Même chez ceux qui dénonçaient le concept de France périphérique et qui maintenant utilisent l’expression. Même chez un Macron : il nomme un Premier ministre dont on nous vante l’accent ! Et puis, le totalitarisme, même « adouci », n’est pas durable. Quand la masse n’y croit plus, ça ne tient pas. Et là, déjà, ça craque. Le modèle économique n’est plus durable. Il ne peut perdurer longtemps grâce à ses derniers bastions que sont les métropoles et quelques secteurs d’activité. Prenons le revenu universel : donner aux gens de l’argent pour remplir leur Caddie chez Lidl, ce n’est pas répondre à leurs aspirations.
Au contraire, les changements attendus sont gigantesques.

Réindustrialiser, c’est évidemment faire du protectionnisme – un gros mot. Ça prendra du temps, mais ça se fera. La question de l’Europe, c’est pareil. Les choses sont en train de s’écrouler. Plus personne n’y croit. On fait porter aux catégories populaires la défiance de l’Europe. Mais c’est faux. Ils ont joué le jeu. Comme ils ont joué le jeu de la mondialisation. On pourrait même dire qu’ils ont joué le jeu du néolibéralisme, inconsciemment. Et puis ils font le bilan : le compte n’y est pas, ça ne marche pas. Toutes les croyances anciennes ne fonctionnent plus. On peut aller plus loin : l’instrumentalisation de l’écologie, le diversity washing, les gens voient bien que ça ne repose sur rien. On est donc à la veille d’un renversement culturel.

On en revient à votre idée de démontrer l’existence d’un bloc populaire majoritaire face à un bloc minoritaire. On va encore vous qualifier de populiste.

Je connais les techniques de délégitimation. J’en ai été la victime avec le concept de France périphérique. Ça non plus, ça ne fonctionne plus. Les catégories populaires ont fait confiance à leurs élites, elles ont cru aux médias. Les gens sont d’ailleurs prêts à aller vers leurs élites. Il n’y a pas intrinsèquement d’anti-intellectualisme ou d’anti-élitisme, pas de rejet a priori. Il y a juste des gens qui font le constat que les élites d’aujourd’hui n’ont plus le bien commun chevillé au corps.

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Goldnadel: « Pourquoi je ne suis pas allé au rassemblement place de la République »

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Selon l’avocat, le rassemblement en mémoire de Samuel Paty était organisé par des responsables politiques hypocrites qui ont laissé prospérer l’islamisme faute d’avoir pris au sérieux cette menace.

Gilles William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Son dernier ouvrage Névroses Médiatiques. Le monde est devenu une foule déchaînée est paru chez Plon.


Pour rien au monde, je n’aurais mis un bout de mon pied place de la République. Je ne supporte plus le symbolique. République, mot galvaudé, transformé en mantra que l’on utilise en gargarismes. Pour ne pas dire État et encore moins nation.

Je ne supporte plus la vue des bougies et le bruit des incantations. Vingt ans à prendre des coups par les petits marquis de la gauche morale sentencieuse qui aurait encore l’indécence de vouloir prendre en charge l’organisation d’une manifestation dont elle a effectivement une grande part de responsabilité morale dans sa survenance.

Vous auriez voulu que je marche à côté des cadres sans militants de SOS-Racisme qui auront passé leur temps à traiter de racistes ceux qui il y a dix ans alertaient des dangers de l’islam politique ou radical? Vous auriez voulu que je mêle mes pas avec ces antiracistes de carnaval qui, il y a encore peu, considéraient comme haineux ou injurieux d’évoquer l’antisémitisme islamique et qui ont vainement traîné devant les tribunaux mon ami Georges Bensoussan. C’était évidemment avant les grands massacres.

Vous auriez voulu que je me commette avec l’UNEF qui organise des camps racisés? Avec la LDH qui n’avait d’yeux que pour Ramadan et les jeunes filles voilées? Vous auriez voulu sans doute que je défile derrière ces syndicats d’enseignants qui il y a encore peu niaient la difficulté d’enseigner dans les classes la Shoah. Vous avez oublié sans doute qu’il n’y a pas 20 ans certains d’eux expliquaient doctement qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre les enfants qui en traitaient d’autres de «juifs».

Vous auriez voulu que je mêle mes pas avec ces antiracistes de carnaval

À moins que vous ayez imaginé que je puisse faire un petit bout de chemin, au nom de l’union nationale, avec à ma gauche M. Coquerel et Mme Obono. Le premier qui, il n’y a pas encore longtemps, accompagnait une centaine de sans-papiers occuper la basilique Saint-Denis dont il ignorait sans doute qui elle abrite. La seconde qui décernait hier encore des brevets d’antiracisme à la très antisémite Bouteldja, mutique avec ses indigénistes depuis vendredi soir.

J’aurais pu également aller bras dessus- bras dessous avec leur lider maximo ou avec la sénatrice Benbassa. Ils m’auraient raconté , yeux embués ,l’ambiance qu’il y avait à la grande manifestation constellée d’étoiles jaunes contre cette redoutable islamophobie qui ensanglante la France. Cet évènement organisé par le sieur Majid Messaoudene, élu de Seine-Saint-Denis, boute-en-train irrésistible lorsqu’il s’agit de blaguer sur les massacres de Mohamed Merah.

Mais désolé, je ne chemine pas aux côtés des fabricants de cigarettes lorsque je marche contre le cancer. Seulement m’intéressent les actes, et les incantations du type «ils ne passeront pas!», puisées au demeurant inconsciemment dans la geste révolutionnaire marxiste, servent de faux-semblants. Je constate que le dernier angle mort d’une vision du réel qui s’améliore même du côté de chez les myopes demeure la mise en cause de l’immigration illégale, massive et donc invasive.

Une réalité tellement éclatante qu’elle en est aveuglante. En quinze jours, un migrant pakistanais et un migrant tchétchène qui n’auraient pas dû se trouver sur le territoire national, l’un avec un hachoir, l’autre avec un couteau à décapiter une tête bien faite, ont voulu venger leur prophète. Fort peu de responsables politiques et médiatiques ont osé incriminer la réalité de la dangerosité de l’immigration islamique massive et illégale.

Je ne chemine pas aux côtés des fabricants de cigarettes lorsque je marche contre le cancer

Non pas évidemment que tous les migrants musulmans soient dangereux. Il s’en faut de beaucoup. Mais compte tenu de la dangerosité statistique d’une partie de ceux déjà installés sur le territoire français et qui fait que les services de renseignements antiterroristes sont d’ores et déjà saturés, toute arrivée nouvelle accroît le danger déjà infernal. Le fait que la France officielle demeure hermétique à ce raisonnement purement arithmétique, exclusif de tout essentialisme, prouve à quel point cette fermeture psychologique au réel est de nature suicidaire.

Le combat intellectuel et culturel contre l’immigration illégale imposée de force au peuple français est un combat existentiel. Tout le reste n’est que bruit, esquive, hypocrisie, frime et jactance. Vous verrez que dans quinze jours, quand le nom de Paty commencera à être moins sur les lèvres françaises, que cet homme courageux reposera dedans la guerre froide, il se trouvera de belles âmes ou des forts en gueule qui nous expliqueront avec hauteur que nous sommes abusés par nos sens, que l’immigration est une aubaine pour la France et que celle-ci n’est pas un coupe-gorge.

Pardonne-leur Samuel de leur lâche bêtise, mais moi je ne marche plus.

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Malika Sorel: «La non-assimilation aboutira à la mise en minorité des idéaux français sur notre propre sol»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Malika Sorel s’inscrit en faux contre les propos de Nicole Belloubet, qui a affirmé que «la France s’est toujours constituée, agrégée, autour d’un multiculturalisme séculaire». Elle rappelle la tradition assimilatrice de notre pays.
Alexandre Devecchio
Le Figaro
5 avril 2019

Ingénieur de l’École polytechnique d’Alger, major du MBA de Sciences Po Paris, Malika Sorel est ancien membre du Haut Conseil à l’intégration, institution rattachée au Premier ministre. Elle est l’auteur de Décomposition française (éditions Fayard, 2015) qui a reçu le prix «Honneur et Patrie» des Membres de la Société de la Légion d’honneur.


FIGAROVOX.- “La France s’est toujours constituée, agrégée, autour d’un multiculturalisme séculaire, le nier ce n’est pas comprendre notre histoire”, a déclaré Nicole Belloubet à l’Assemblée nationale. Que vous inspirent ces propos?

Malika SOREL.- Ce qui est énoncé ici, c’est le baratin servi aux foules depuis déjà un certain temps. En réalité, depuis que les élites politiques ne peuvent plus cacher l’ampleur du désastre dont elles sont à l’origine. Madame Belloubet étant nouvelle dans ce milieu, je ne la rends pas co-responsable bien sûr, mais ce qu’elle professe est faux.

Tout d’abord, son «toujours» interroge. À quelle période remonte-t-elle au juste? Comme l’a très bien mis en évidence l’historienne Marie-Claude Blanc-Chaléard, la France, à la fin de l’époque moderne, est un monde plein dont la population a augmenté sur place, et l’immigration naît avec l’arrivée de paysans italiens du Nord à partir des années1860-1870. Au regard de la longue histoire de la France, ce «toujours» de la ministre est donc plus que déplacé.

Ensuite sur le multiculturalisme: en dehors de cas précis hérités de l’histoire et circonscrits à des îles françaises lointaines et peu peuplées, le multiculturalisme n’a jamais été une politique française, et encore moins un objectif. C’est même tout le contraire, comme en atteste le Code civil selon lequel «nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française». Et c’est sur ce point précis du respect du Code civil que les élites de commandement – monde politique et haute administration – ont, pour les uns fauté, et pour les autres trahi.

Le multiculturalisme n’a jamais été une politique française

Pour bien comprendre la complexité de l’assimilation, qui demeure la condition nécessaire pour former un même peuple, il faut inlassablement rappeler que seul un Italien sur trois a fait souche en France, et que 42% des Polonais du flux 1920 1939 sont repartis, alors même qu’aucune amélioration économique substantielle ne pouvait justifier, à première vue, ce retour dans leurs pays. S’imaginer que des flux migratoires de cultures bien plus éloignées puissent faire mieux, cela sort des limites du bon sens.

L’assimilation doit être un choix librement consenti. De toute façon, elle ne peut pas être imposée car elle se joue entièrement sur le registre moral et affectif. Il faut simplement veiller à ne pas la rendre impossible. Lorsque l’on évoque l’immigration et l’intégration culturelle, ce qui est systématiquement passé sous silence, c’est l’épreuve que constitue l’exil et les souffrances qu’il peut causer. Incompréhensible! Quant à l’octroi des papiers d’identité, cela doit correspondre à une assimilation réelle et à rien d’autre.

Que révèlent-ils sur la vision de la France de la majorité? Le président de la République est-il favorable au multiculturalisme sans le dire?

La majorité étant une auberge espagnole, il m’est difficile de porter un jugement global, mais ce que j’en vois m’amène à dire que nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

En ce qui concerne le Président, j’ai eu l’occasion de dire, lors de la campagne présidentielle, que nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Je persiste à penser qu’Emmanuel Macron ne maîtrise pas ces problématiques. J’observe qu’il cherche, tâtonne, prend des positions, les assène puis rétropédale quelques mois plus tard… J’estime toutefois que cela est moins désespérant que bien des politiques qui campent sur leurs erreurs et s’enfoncent dans leur ignorance.

Ce qui se joue au travers de cette question du multiculturalisme est capital pour le destin du peuple français, de sa civilisation, car c’est notre projet de société qui est en jeu, et que tout projet de société est le reflet de l’identité d’un peuple. Il s’agit de discuter des principes fondamentaux qui structurent l’identité. Que faire de la devise de la République française lorsque l’on se trouve en présence de cultures dans lesquelles l’individu n’a pas droit de cité et n’existe pas pour lui-même? Que faire de l’égalité homme-femme si elle est considérée comme une hérésie? À la poubelle? Quid de la fraternité, si elle est subordonnée aux convictions religieuses?

La non-intégration culturelle ou non-assimilation aboutira tôt ou tard à la mise en minorité sur le sol français des idéaux politiques portés par l’identité française.

La non-intégration culturelle ou non-assimilation, si elle affecte ne serait-ce qu’une faible proportion de flux migratoires par ailleurs conséquents, aboutira tôt ou tard à la mise en minorité sur le sol français des idéaux politiques portés par l’identité française.

Continuez-vous à défendre un modèle d’intégration? En réalité, est-il toujours vraiment applicable dans un contexte d’immigration de masse et de regroupement de communauté dans des quartiers de plus en plus homogènes?

À ce niveau de notre discussion, il convient d’évoquer l’insertion, qui est le simple respect des règles et normes du pays où l’on vit, même si on ne les partage pas en son for intérieur car on adhère soi-même à un autre référentiel culturel. C’est ce à quoi se soumet tout Français lorsqu’il s’expatrie. Ce respect élémentaire est un impératif sur lequel notre société n’aurait jamais dû transiger ; or elle a été entraînée sur le dangereux chemin des accommodements déraisonnables par des politiques dont une part étaient ignorants de la réalité des enjeux, et les autres indifférents.

Pour ce qui est du modèle français d’intégration, qui est en réalité un long processus jalonné de questionnements parfois douloureux, il convient plus que jamais de le réhabiliter, pour peu que l’on soit attaché à œuvrer à un vivre-ensemble harmonieux dans la durée.

Vous me posez également la question de l’immigration de masse. Oui, elle a rendu l’assimilation extrêmement difficile, pour la raison simple que les flux ont persisté à très haut niveau alors même que les pays d’origine amorçaient un retour à des fondamentaux religieux qui heurtent de plein fouet les principes de notre devise républicaine, principes que l’on retrouve au demeurant aussi dans les autres pays européens. Désormais, il est possible d’évoluer sur un territoire sans pour autant vivre à la même heure que son voisin de palier ou les habitants de sa commune. Dans de telles conditions, l’intégration culturelle devient mission quasi-impossible, et ce n’est pas l’école qui pourra, seule, y remédier.

J’ai toujours dit et écrit que la laïcité était la digue qui protégeait la France. Je persiste et signe.

En ce qui concerne la répartition à travers le territoire défendue aussi bien par la gauche que la droite ces dernières décennies, même un élève de CM2 comprendrait au vu des chiffres que cela n’est désormais plus une solution.

Pour mémoire, dès 1981, Georges Marchais, alors Secrétaire général du Parti Communiste Français, demandait à «stopper l’immigration officielle et clandestine». Quand ce sujet sortira-t-il des clivages partisans?

Nicole Belloubet répondait à une question de l’opposition sur la laïcité. La loi de 1905 doit-elle être intouchable? La volonté qu’on prête à Emmanuel Macron de revenir dessus vous inquiète-t-elle? Pourquoi?

J’ai toujours dit et écrit que la laïcité était la digue qui protégeait la France. Je persiste et signe. Chacun sait le sort qui attend les terres lorsqu’une digue vient à rompre. Qu’elles recourent ou non au concept de laïcité, toutes les sociétés occidentales vivent à l’heure de la loi des hommes. Les hommes y exercent le droit de se doter des lois qui vont régir leur cité sans que ces lois soient la transcription de commandements divins, et il y existe par ailleurs une hiérarchie entre le politique et le religieux.

Les coups de boutoir contre la digue sont nombreux, ne sont pas récents et se sont intensifiés avec les années. Je me souviens très bien d’un haut responsable politique que les médias présentaient comme laïque, et qui expliquait au micro de Jean-Jacques Bourdin comment les élus, sur le terrain, pouvaient contourner la laïcité pour financer les lieux de culte par le biais de baux amphytéotiques ainsi que le financement d’associations culturelles. Posez-vous la question: pourquoi des lieux de culte et non pas des écoles, alors même que les enquêtes PISA sont là pour montrer, chiffres à l’appui, de quelle manière la France plonge dans les classements année après année?

La laïcité est-elle aujourd’hui suffisante pour répondre au défi culturel que pose l’islam? À la laïcité juridique doit-on associer une affirmation de notre culture et de notre histoire?

Nombre de situations qui préoccupent notre société ne relèvent pas de la laïcité, mais du principe de l’égalité et de la dignité partagées entre les sexes, pour reprendre l’expression de l’islamologue Abdelwahab Meddeb. Il faut donc cesser d’invoquer la laïcité pour pouvoir mieux la démolir ou la faire démolir. La question, encore et toujours, nous ramène au projet politique collectif, donc au respect de l’identité du peuple français. Lorsque le Président Macron, en avril 2018, s’interroge face à deux journalistes: “Pourquoi le voile nous insécurise? Cela n’est pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays”, il s’apporte lui-même la réponse que la société attend de lui. Pour mémoire, selon le Larousse: civilité = observation des convenances en usage chez les gens qui vivent en société.

Il faut donc cesser d’invoquer la laïcité pour pouvoir mieux la démolir ou la faire démolir.

En Occident, beaucoup de ceux qui s’affirment «progressistes» ne le sont en rien, et ont même participé à entraîner la France dans une approche ethno-raciale des individus ; donc, n’ayons pas peur des mots, dans une approche raciste, alors que le projet français d’intégration républicaine est profondément humaniste. On ne devrait juger l’homme que sur la base de ses seules actions. J’ai connu l’époque bénie où, en France, nul ne s’interrogeait sur l’origine de l’autre, ni n’épiait le contenu de son assiette, ni ne le condamnait sur la base de son seul prénom, prénom que ses parents lui avaient donné. Afin d’éviter toute méprise, je rappellerai ce que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire au sujet des prénoms. On ne peut juger une personne sur la base du prénom qu’elle a reçu à sa naissance. Simplement, le prénom qu’elle donne elle-même à ses enfants renseignera sur la trajectoire dans laquelle elle souhaite inscrire sa descendance. Mais encore faudrait-il que les choses aient été clairement exposées! La querelle des prénoms déclenchée par Éric Zemmour illustre à la perfection la crispation croissante et inquiétante de notre société. Pour votre information, beaucoup des élites que j’ai pu croiser dans les allées du pouvoir portaient des prénoms chrétiens. Et alors que je défendais l’identité française, beaucoup la foulaient aux pieds! Nous vivons dans une société qui a versé dans l’hypocrisie. Il est donc naturel qu’une part des descendants de migrants qui ont fait le choix de l’assimilation ne comprennent pas ce qui leur est reproché, et puissent parfois ressentir une intense souffrance.

Très récemment, j’ai assisté à l’hôtel de ville de Paris à la projection du remarquable documentaire L’incroyable histoire du plateau des Glières de Bernard de la Villardière et Géraud Burin des Roziers. Le sens de l’honneur a joué un rôle de première importance pour faire se lever tous ces hommes. Ce sens de l’honneur que résument à la perfection le “We shall never surrender” de Winston Churchill ou le “Vivre libre ou mourir” de Tom Morel. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé Gérard Métral, Président de l’association des Glières, lors des commémorations du 31 mars. Tous ceux des Glières, a-t-il dit, relevèrent la France dans son honneur et sa fierté.

En France, on aurait tort de sous-estimer la portée et la signification du mouvement des Gilets jaunes. La souffrance est réelle et profonde.

Cela doit-il passer par le peuple ou par les classes dirigeantes?

Les deux, mon capitaine. Ce que j’ai vu et entendu m’amène à vous dire qu’il ne faut pas signer de chèque en blanc à nos dirigeants. Voilà maintenant quarante ans que les élites occidentales racontent les mêmes balivernes à leurs peuples. Au départ, il s’agissait d’accueillir des populations pour des raisons humanitaires. À présent, partout, elles leur demandent de faire preuve de tolérance en abandonnant des pans entiers de leur histoire politique et culturelle. Ce n’est pas un jeu car tout cela pourrait fort mal finir, y compris pour les élites qui ont participé à influencer les opinions publiques – donc pas seulement les élites politiques -, et vis-à-vis desquelles la défiance atteint des sommets inédits. On ne bouscule jamais impunément un peuple sur son territoire, et comme l’avait fort bien écrit Victor Hugo: le plus excellent symbole du peuple c’est le pavé, on lui marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête.

En France, on aurait tort de sous-estimer la portée et la signification du mouvement des Gilets jaunes. La souffrance est réelle et profonde. Comme l’avaient relevé des journalistes présents sur les ronds-points dès le début du mouvement, le sujet de l’immigration surgissait très vite dans les discussions. Et pour cause! Beaucoup de citoyens se sentent abandonnés au profit de nouveaux entrants qui se trouvent être plus pauvres, à un moment où l’école peine à remplir la promesse républicaine d’ascension sociale. Le déclassement comme seul horizon pour leurs enfants! Ce qui menace, c’est le non-consentement à l’impôt et la décomposition française, baptisée partition par le Président Hollande.

Certes, Emmanuel Macron hérite de cette situation, mais aujourd’hui c’est lui qui tient le gouvernail. Aussi doit-il se former en accéléré, entendre, comprendre et répondre avec empathie.

Du fait de l’évolution de la composition du corps électoral, nombre d’élus, pour être reconduits, sont contraints – ou se croient contraints – d’adapter leur comportement. D’où un clientélisme ouvert ou larvé. J’ai été aux premières loges pour observer depuis l’intérieur à quel point les hommes et femmes du monde politique sont obsédés, et même terrorisés par la «diversité». Les sommes considérables injectées n’ont pas eu le retour escompté. Pire, elles ont suscité le ressentiment des uns envers les autres. Au lieu de créer de la cohésion, les politiques ont créé de la division.

C’est à l’aune de cette évolution démographique majeure que les Français doivent lire beaucoup des actions politiques qui ont été déployées ces quarante dernières années.

C’est à l’aune de cette évolution démographique majeure que les Français doivent lire beaucoup des actions politiques qui ont été déployées ces quarante dernières années. Les politiques se sont lié les pieds et les poings. C’est pourquoi je n’attends pas grand-chose du Parlement qui nous ressort, à intervalles réguliers, l’idée du vote de quotas annuels d’immigration alors même que la France peine à garantir un avenir décent à tous ses enfants.

Ce dossier doit être directement rattaché au Président de la République, qui en répondra devant les Français et devant l’Histoire. Les petits présidents travailleront pour être réélus, quand les grands, en œuvrant pour l’intérêt général, auront pour ambition d’inscrire leur nom en lettres capitales dans l’Histoire de France et celle de l’Europe.

Le nombre de mineurs isolés étrangers explose en France
Le pays accueille pour la seule année 2020 près de 40.000 mineurs non accompagnés. En 2014, ils étaient à peine 4000 à être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance.
Jean-Marc Leclerc
Le Figaro
22 septembre 2020

Plus que jamais, la France marche aux côtés de l’Allemagne pour venir au secours des mineurs isolés étrangers. Depuis l’incendie du camp de Moria, sur l’île de Lesbos, en Grèce, considéré jusqu’alors comme la plus grande structure d’accueil de migrants de toute l’Europe, Berlin a annoncé vouloir mettre à l’abri sur son sol environ 1500 sinistrés. Parmi eux: environ 150 mineurs isolés. Une centaine d’autres seraient accueillis par Paris, même si le ministère de l’Intérieur ne livre, à ce jour, aucun chiffre précis. «Tout est encore en discussion», assure un conseiller de Gérald Darmanin à Beauvau.

Le pays des droits de l’homme s’était de toute façon déjà engagé, avant l’été, à accueillir 350 mineurs isolés étrangers de Grèce, mais aussi plusieurs familles. En août dernier, 49 d’entre eux sont arrivés dans l’Hexagone. Par ailleurs, d’ici à la fin du mois, 175 personnes vulnérables, ou issues de familles déracinées, sont censées avoir rejoint la France.

«Il s’agit bien d’une opération spécifique, liée à l’urgence de la situation dans les camps des îles grecques», explique un préfet très au fait du dossier. Selon lui, «ce contingent vient ainsi en complément du flux habituel et il a un peu valeur de test car, au-delà du contexte émotionnel de l’incendie de Moria, les autorités ne peuvent exclure que, dans d’autres camps, des migrants mettent également le feu aux installations qui les abritent, dans l’espoir que ces événements accélèrent leur prise en charge par les pays d’accueil.»

Pour l’heure, la centaine de mineurs isolés du camp de Moria auxquels la France veut accorder sa protection n’est qu’une goutte d’eau dans le flux des arrivées. «Nous accueillons déjà une centaine de mineurs non accompagnés par jour en moyenne depuis le 1er janvier, ce qui laisse à penser que les nouveaux entrants seront, pour la seule année 2020, environ 40.000», explique un cadre de l’Assemblée des départements de France (ADF), présidée par Dominique Bussereau. De fait, ce sont les exécutifs départementaux qui ont la responsabilité de l’aide sociale à l’enfance (ASE).

Sur le flux de 40.000 mineurs isolés étrangers, la moitié environ aura pu, d’ici à la fin de l’année, intégrer les dispositifs d’aide à la charge des départements, les autres étant considérés comme des majeurs. Ceux qui seront reconnus comme ayant moins de 18 ans (au besoin au moyen d’un test osseux) seront donc environ 20.000. Ils viendront étoffer le «stock» des 40.000 mineurs déjà pris en compte par l’aide sociale à l’enfance les années précédentes.

«À ce stade, les 40.000 mineurs non accompagnés dont s’occupent les départements coûtent déjà 2 milliards d’euros par an. À raison de 50.000 euros de prise en charge annuelle par enfant en moyenne, je vous laisse imaginer le poids pour les finances publiques quand, à la fin de l’année, le stock de dossiers validés avoisinera les 60.000», souligne l’un des meilleurs connaisseurs du sujet à l’ADF. À l’entendre, le seuil des 2,5 à 3 milliards d’euros par an de charge financière se profile, pour ces seuls mineurs. «C’est une charge beaucoup trop lourde pour de nombreux exécutifs départementaux, d’autant que cette situation relève de choix de politique migratoire qui incombent essentiellement au gouvernement», fait remarquer un directeur à l’ADF.

Pierre Henry, le directeur général de l’association France terre d’asile, rappelait récemment que, en 2014, à peine 4000 mineurs non accompagnés étaient pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. Ils étaient même seulement un millier en 2012.

Il y a deux ans, Matignon et l’Assemblée des départements de France étaient parvenus à un accord pour rehausser la participation financière de l’État dans l’accueil des nouveaux arrivants. Ce ne sont pas les 100 % de prise en charge promis par le président de la République, Emmanuel Macron, au début de son quinquennat, mais l’effort consenti est tout de même jugé encourageant dans les départements.

Ainsi, outre les 500 euros apportés par l’État lors de la phase d’évaluation du cas de chaque jeune étranger se disant mineur, le gouvernement accorde une participation de 6000 euros par enfant pour les trois quarts du flux des entrants supplémentaires acceptés au titre de l’aide sociale à l’enfance. En clair, si un département protégeait 1000 mineurs isolés en 2018 et qu’il doit en gérer au total 1800 aujourd’hui, l’État s’engage à verser annuellement 6000 euros par mineur pour 600 mineurs.

Les deux tiers des nouveaux arrivants en 2020 viennent d’Afrique subsaharienne. Sur le tiers restant, la plupart des mineurs arrivent du Proche et du Moyen-Orient. Jamais la France n’a eu à traiter autant de cas.

Voir aussi:

« Un coupable presque parfait » : Pascal Bruckner et la tyrannie des identités
Jacques Julliard
Marianne
17/10/2020

La dernière fois que les Français ont été invités à faire pénitence, c’était en juin 1940, au lendemain de l’ar-mistice, par la bouche de Philippe Pétain, le maréchal traître : « Vous souffrez et vous souffrirez longtemps encore, car nous n’avons pas fini de payer toutes nos fautes. » La France avait péché, elle devait expier. Et la plupart des autorités du pays – généraux, évêques, écrivains – de faire chorus, tant la lâcheté est chose communicative. Or voici qu’aujourd’hui, par la voix des principales autorités – homo-sexuelles, indigénistes, décolonialistes – du pays, nous sommes de nouveau requis, et avec quelle véhémence ! , de nous couvrir la tête de cendres. La raison ? Ne sommes-nous pas, pour la majorité mâle d’entre nous, des hétérosexuels, c’est-à-dire des violeurs ? En outre, ne sommes-nous pas, comme héritiers de l’histoire de France, coresponsables d’un long cortège d’usurpations, de violences et de meurtres, dont les peuples coloniaux ont été et restent les principales victimes ? Il ne nous reste qu’à filer doux et à faire repentance.

Voilà, résumé à la hussarde, mais fidèlement, le sens du dernier essai de Pascal Bruckner, Un coupable presque parfait (Grasset), dont le sujet est la construction et la criminalisation de l’homme blanc dans la France d’aujourd’hui. Pascal Bruckner n’est pas seulement l’un de nos meilleurs essayistes. Grâce à la qualité de l’information, la clarté de l’exposition et l’élégance du style qui sont les siennes, il est aussi celui qui, à la faveur de son don pour lire l’événement à l’état naissant, a attiré le premier l’attention sur quelques-uns des traits majeurs de notre modernité, tels que la « mélancolie démocratique », l’obsession du bonheur, les paradoxes de l’amour, la place de l’argent, le nouveau statut de la vieillesse… Il est donc ce que l’on appelait jadis un moraliste, c’est-à-dire un dénonciateur impitoyable de toutes les impostures de la morale appliquée aux autres, quand elle vise à intimider, à stigmatiser, à tyranniser, dans le dessein d’asseoir son pouvoir.

Or le fait est qu’il faut remonter bien haut dans notre histoire nationale pour retrouver à l’œuvre, sous prétexte de bien-pensance, pareille collection d’hypocrites, de donneurs de leçons, de tartuffes et de faux-culs, comme celle qui occupe aujourd’hui le devant de la scène. À gauche, notamment, hélas ! Comme si d’avoir été abandonné par tout le peuple donnait le droit de faire la morale à tout le monde…Je ne puis malheureusement entrer ici dans les détails de cette première partie du livre, qui montre le cheminement de la doxa contemporaine. Sous couvert de lutte contre le viol, on voit, par glissements successifs, cette lutte nécessaire se transformer en une remise en cause de la relation homme-femme, symbolisée par la pénétration sexuelle : même s’il y a consentement, elle est par essence invasive et violente. Rien ni personne n’échappe à ce néopuritanisme, qui fait tomber le soupçon sur tout le processus amoureux, depuis la séduction, la « cour », jusqu’au dénouement érotique. Tous coupables ! Tous violeurs !

Je répondrai par une anecdote. Je me trouvai, il y a bien long-temps, en Kabylie, durant cette affreuse guerre d’Algérie, qui m’a marqué à jamais. Cette guerre qui déposait son empreinte sur tous les actes de la vie courante. Jusqu’au mess des officiers, milieu unisexe, où régnait un certain relâchement viril. Un beau jour y parut une femme, jeune et belle, venue comme assistante sociale. Du jour au lendemain, les mœurs se policèrent. Les officiers, avant de passer à table, se donnaient un rapide coup de peigne. La courtoisie, la correction du langage, les manières de table réapparurent comme par enchantement. Ce jour-là, je compris que le commerce des deux sexes n’était pas, comme le prétendent aujourd’hui nos nouvelles précieuses, une forme dissimulée, voire symbolique de la violence, mais au contraire le fondement incontournable de la civilisation.

La seconde partie du livre est consacrée à cet « antiracisme exterminateur » qui, sous le couvert de la lutte contre toutes les formes du racisme qui sont censées survivre dans le monde occidental blanc, vise à une véritable éradication de la « blanchéité » ; formidable régression culturelle qui fait, en dernière analyse, de la pigmentation de la peau un critère moral et civilisationnel. Cela va du plus pathétique au plus burlesque, témoin cette initiative, en juin 2020, du New York Times, qui a décidé d’écrire le mot Noir avec une majuscule et le mot blanc avec une minuscule pour réparer une injustice historique… Le plus comique, c’est que cette « guerre de sécession » d’un genre nouveau est menée sur le territoire des Blancs eux-mêmes, pas par des intellectuels de couleur sortis du peuple et bien décidés à n’y plus jamais rentrer.

Il n’y a pas aujourd’hui de situation plus confortable ni plus ambiguë que celle d’héritier autoproclamé des esclaves sur les terres repentantes de leurs anciens maîtres. Toute cette agitation peut paraître dérisoire et ne serait en effet que cela si elle ne contribuait au retour d’une certaine vision raciste du monde, aux antipodes de l’universalisme du christianisme et des Lumières, qui demeure la seule solution au problème On connaît la fameuse phrase de Marx selon laquelle tout événement a tendance à se reproduire deux fois, la seconde sous la forme de la parodie. Il y a désormais un certain fémi-nisme, un certain antiracisme qui traduisent essentiellement le regret de toute une génération de n’avoir pas été là pour mener les combats de la précédente. C’est pourquoi Bruckner a raison de conclure : « Ne cédons pas au chantage ! »

P.-S. : Au moment de terminer cet article, je reçois le dernier livre de Douglas Murray, la Grande Déraison. Race, genre, identité (L’Artilleur), qui traite à sa manière le même sujet que Bruckner. Il faudra y revenir.

Voir également:

Hubert Védrine : « Contrôler davantage les flux migratoires »
Ancien ministre des affaires étrangères, 1997-2002
Dans une tribune au « Monde », l’ancien ministre des affaires étrangères (1997-2002) explique qu’il faut instaurer des quotas d’immigration légale par pays.
Le Monde
28 juin 2018

Pour éviter d’autres Aquarius, la désagrégation des relations coopératives entre Européens, mettre fin à cette infernale partie de mistigri et réduire la pression sur nos sociétés fragiles, il faut prendre le problème à la racine et adopter un plan d’ensemble et des mesures d’urgence.

Le sentiment que l’Europe est une passoire, alors même que l’islamisme progresse partout chez les musulmans sunnites et que le terrorisme islamiste sévit sur plusieurs continents, y compris en Europe, est peut-être exagéré ou injuste mais il est obsédant. Il nourrit le « populisme » et alimente les insurrections électorales. Les efforts réels accomplis ces dernières années ou en cours à l’initiative du président français sont occultés par des événements scandaleux ou tragiques et par les pugilats européens.

Le sentiment que l’Europe est une passoire (…) nourrit le « populisme » et alimente les insurrections électorales
Ceux qui espéraient paralyser les réactions de rejet des migrations de masse à coup d’eau bénite ou de condamnations morales ont dû déchanter. Ceux qui n’ont vu dans l’immigration qu’une nécessité économique (importer de la main-d’œuvre) ou une opportunité démographique (combler des déficits) ont nourri les angoisses des populations européennes. L’état des opinions est maintenant si grave qu’aucun progrès européen dans d’autres domaines, comme les annonces obtenues par la France au château de Meseberg, près de Berlin, sur l’euro, ne suffira à inverser ce mouvement.

Casser l’engrenage dévastateur
Croire que le plus dur est passé parce que les flux ont diminué depuis le pic de 2015 est illusoire quand on connaît les prévisions démographiques africaines ; 1,2 milliard d’êtres humains aujourd’hui, 2,5 milliards en 2050 sauf si le planning familial était mis en œuvre partout. Et comment être sûr que d’autres drames atroces ne jetteront pas à nouveau demain sur les routes des familles entières à la recherche d’asiles ? Pour casser cet engrenage dévastateur, il faut donc, dans un cadre et par des mécanismes durables, contrôler ces flux.

La distinction, qui n’aurait jamais dû être perdue de vue, entre les demandeurs d’asile et les migrants économiques, dont certains seront admis comme immigrants légaux, est cruciale
Dans le cadre d’un Schengen consolidé et renforcé, il faut d’abord vérifier que chacun des vingt-six Etats membres, et nouveaux candidats, en particulier les Etats physiquement frontaliers, sans oublier tous les aéroports, seront capables administrativement, politiquement et géographiquement d’assumer des engagements renforcés grâce à une agence Frontex [l’agence européenne de surveillance des frontières] mieux équipée et transformée en vraie police des frontières parfaitement connectée aux polices nationales.

Le droit d’asile pour les gens en danger doit absolument être préservé. Au-delà même des préambules des Constitutions de 1946 et de 1958, il est l’âme même de l’Europe.

Mais cela suppose qu’il ne soit pas détourné de son objet ; sans distinction claire d’avec les mouvements migratoires, il finira par être balayé. La distinction, qui n’aurait jamais dû être perdue de vue, entre les demandeurs d’asile, dont certains seront admis en tant que réfugiés, et les migrants économiques, dont certains seront admis comme immigrants légaux, est cruciale.

Réseau de centres d’accueil
Le traitement, aussi rapide que possible, des demandes d’asile au sein de Schengen, devra se faire dans un véritable réseau de centres d’accueil à créer, sous un nom ou sous un autre, dans les pays extérieurs au plus près des zones de conflits ou de départ, partout où c’est possible (c’est déjà le cas au Niger, mais c’est impossible en Libye).

Mais il faut aussi, comme l’a proposé le président Emmanuel Macron, installer sur le territoire européen, aux frontières extérieures de Schengen, des centres fermés et sécurisés où l’on examinera qui relève ou non du droit d’asile, ce qui relativisera la notion de pays d’arrivée qui est la base de l’accord de Dublin et des controverses qui en découlent.

Bien sûr, les critères d’attribution de l’asile dans Schengen devront être complètement harmonisés, et les demandeurs d’asile acceptés devront être beaucoup mieux accueillis et intégrés. Quant aux déboutés, ils devront être pris en charge et reconduits par Frontex en dehors de Schengen, dans leur pays d’origine où ils pourront postuler comme immigrants légaux.

On ne peut pas fixer a priori de quotas de réfugiés : étant donné que le nombre des futurs demandeurs d’asile dépend des tragédies futures, il ne peut pas être plafonné artificiellement à l’avance. L’Europe devra rester généreuse, vis-à-vis des personnes persécutées ou menacées, tout en aidant plus les pays voisins qui les accueillent en premier lieu, comme la Turquie, la Jordanie, le Liban.

Cogestion indispensable
La question des migrations est différente. Les mouvements de migration économiques vers les pays riches d’Europe, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie, mais aussi la Côte d’Ivoire, le Maroc, l’Afrique du Sud, ou d’autres émergents, ne cesseront pas, raison de plus pour s’organiser.

Des quotas d’immigration légale par pays, et par métiers, devront être fixés chaque année au cours d’un sommet entre pays de Schengen, pays de départ et pays de transit. Ces derniers demanderont des compensations et des aides, ce qui conduira à reconsidérer de proche en proche toutes les politiques de codéveloppement.

Cette cogestion est indispensable car il est impossible de détruire sans ces pays les réseaux de passeurs et leurs complices qui ont reconstitué une économie de la traite en Afrique ; gérer avec eux, avec l’aide du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans des centres d’accueil au sein de plates-formes régionales, aussi bien les demandes d’asile que les demandes d’immigration en Europe ; lutter contre le trafic de faux papiers dans le Sahel ; et mieux contrôler les frontières entre ces pays.

Il ne faudrait pas en être réduit, tout cela ayant échoué, et les garde-côtes libyens étant impuissants, à être obligés de bloquer les ports de Libye ! En même temps, cette gestion plus rigoureuse des flux migratoires permettra de favoriser, comme promis dans le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, la circulation pour les non-candidats à l’immigration (étudiants, hommes d’affaires, artistes).

Des quotas d’immigration légale par pays, et par métiers, devront être fixés chaque année au cours d’un sommet entre pays de Schengen, pays de départ et pays de transit
En attendant, et en urgence, il faut gérer l’héritage du passé et remplacer Dublin, que les ministères de l’intérieur avaient espéré pouvoir garder, par de nouvelles règles. Les pays de Schengen qui ne voudront pas accueillir de réfugiés au titre de la solidarité et de la répartition devront fournir une contribution financière accrue pour la protection des frontières communes ou pour l’accueil et l’intégration des réfugiés dans d’autres pays.

Des décisions difficiles devront être prises concernant ceux qui sont déjà en Europe, illégalement, depuis un certain temps : les reconduire dans des centres de retour à l’extérieur, d’où ils pourront tenter leur chance comme immigrants légaux auprès des centres d’accueil, ou essayer de travailler dans leur propre pays (les migrants, pas les demandeurs d’asile) ; ou les régulariser, pour des raisons d’humanité ou autres, mais alors les intégrer vraiment.

Un premier sommet Schengen-Sahel devrait permettre de commencer à aborder tout cela courageusement et franchement. Si tous les pays de Schengen, ou de départ et de transit, ne sont pas prêts à s’y engager, il faudra commencer avec une coalition de volontaires comme cela a été esquissé dans quelques pays.

Ceux que la repentance aveugle ou paralyse
Il est urgent que les opinions européennes constatent un vrai changement. La répartition des réfugiés, le montant des compensations, la fixation du nombre de migrants légaux, la dénomination et l’organisation du réseau de centres à l’extérieur ou aux frontières, et leur fonction, donneront lieu à des négociations permanentes et difficiles.

Mais une partie de l’opinion européenne changera quand elle réalisera que ces flux seront désormais mieux « gérés », que la partie de mistigri sur les réfugiés est finie et qu’il y a une politique claire, à court et long terme. Et même si des flux d’immigration illégaux se poursuivent, ils deviendront quand même moins importants.

Néanmoins, il ne faut pas se cacher que plusieurs secteurs de l’opinion, minoritaires mais très actifs et « audibles », continueront à opposer un tir de barrage à la mise en œuvre de cette indispensable politique, pour des raisons opposées – il faut aider tous ceux qui souffrent ; il faut repousser tous les envahisseurs.

S’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème !
Les arguments de l’extrême droite (pour tout fermer) doivent être combattus sans ménagement comme étant inhumains, économiquement absurdes et, de toute façon, inapplicables. Il en va de même pour l’extrême gauche qui mise sur les populations issues de l’immigration par calcul militant, activiste ou électoral.

En revanche, il faudrait convaincre beaucoup de gens généreux et de bonne foi de réfléchir à leur responsabilité et de modifier leurs positions ne serait-ce que pour sauver l’asile. Ceux que la repentance aveugle ou paralyse. Ceux qui ne voient le problème des migrations qu’en termes de valeurs et de principes généraux. Or, c’est aussi une question de nombre : s’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème ! Ceux qu’un universalisme abstrait et un mépris affiché pour les besoins élémentaires d’identité et de sécurité culturelle des peuples européens ont rendu inaudibles. Ceux qui ne réalisent pas que ce n’est pas être « généreux » que de priver les pays d’Afrique de leurs meilleurs éléments, les émigrants jeunes, dynamiques et entreprenants, en alimentant la nouvelle économie de la traite.

Fossé élites/peuples
Il faudrait même oser questionner le bilan des grandes institutions judiciaires françaises ou européennes chargées d’appliquer des grands textes comme la Convention européenne des droits de l’homme et qui, par effets de cliquet et avec une totale bonne conscience, peuvent donner à la longue aux citoyens le sentiment qu’elles se substituent à la souveraineté et à la démocratie. Alors que le problème numéro un de l’Europe est le fossé élites/peuples !

Le plan paraît irréaliste ? Une telle politique n’est viable que si tous les pays de ce Schengen confirmé et renforcé, une fois l’accord trouvé, s’engagent à être des partenaires responsables et solides sur l’asile comme sur les migrations.

Quid des pays de Visegrad [un groupe informel composé de la Hongrie, de la Pologne, de la République tchèque et de la Slovaquie] ? De l’Italie ? De l’Espagne à Ceuta et Melilla [enclaves espagnoles au Maroc], etc. ? Mais aussi quid des partenaires extérieurs de l’Est et du Sud ? Vraies questions. Mais il y a le feu !

Paradoxalement, malgré les apparences récentes, il ne devrait pas y avoir d’opposition insurmontable entre les pays européens de l’Ouest et de l’Est. Qui conteste la nécessité absolue d’une meilleure maîtrise des flux vers l’Europe ? Enfin, n’oublions pas l’éléphant dans la pièce : une alliance plus déterminée et plus assumée partout des démocrates et des musulmans modérés contre l’islamisme aiderait à enrayer le glissement des opinions européennes. Tout cela va s’imposer. Faisons-le plutôt ensemble, vite, et en bon ordre.

Hubert Védrine a été ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2002. Il a publié « Le Monde au défi » (Fayard, 2016) et « Sauver l’Europe ! » (Liana Levi, 2016)

Voir de même:

L’éditorial du Figaro: « Les larmes, les hommages, et après?
Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro
Le Figaro
18 octobre 2020

Il s’appelait Samuel Paty, et son nom ne doit pas être oublié. Il mérite de rester dans les mémoires parmi les figures de l’école républicaine, entre Louis Germain, le maître d’Albert Camus, et ces hussards noirs «d’un dévouement sans mesure à l’intérêt commun» chantés par Charles Péguy.

Samuel Paty, d’après tous les témoignages, était chaleureux, bienveillant, délicat jusqu’au scrupule, adoré de ses élèves… Le contraire d’un provocateur ou d’un boutefeu. Il est mort – et dans quelles atroces circonstances! – d’avoir voulu appliquer le programme d’éducation morale et civique en classe de quatrième. Mort d’avoir montré à ses élèves deux représentations satiriques de Mahomet. Assassiné pour avoir enseigné la liberté.

Et l’on ne viendra pas nous dire, cette fois, qu’il est tombé par hasard, sans raison, sous les coups d’un «déséquilibré»! Au contraire: tout, dans les jours qui précèdent le crime, semble conduire à cette tragédie. Durant deux semaines, Samuel Paty a été l’objet d’une cabale méthodiquement ourdie, soigneusement organisée. Des militants islamistes l’ont ciblé, persécuté, calomnié. Parmi eux, un «parent d’élève», mais aussi un activiste islamiste, fiché S, membre d’un «conseil des imams de France». Les membres de cette petite bande l’ont dénoncé à sa hiérarchie. Ils l’ont signalé à la police. Ils ont jeté son nom en pâture sur les réseaux sociaux. Ils ont affiché des vidéos injurieuses sur le site internet d’une mosquée. Ils sont allés jusqu’à saisir les autorités académiques! S’ils n’ont pas armé directement la main du tueur (cela, il appartiendra à l’enquête de le dire), ces harceleurs ont indubitablement inspiré son geste. Leur acharnement criminel en dit autant sur l’époque que nous traversons que les circonstances particulièrement atroces de l’assassinat. Aujourd’hui, les fameux «loups solitaires» ne le sont jamais vraiment: ils s’enracinent dans un écosystème islamiste qui les protège et les nourrit.

Allons-nous nous réveiller, enfin, et répliquer à la guerre qui nous a été déclarée?

«Ils ne passeront pas!» Ces rodomontades seraient à rire si elles n’étaient à pleurer. La triste vérité, chacun le sait, c’est que, depuis longtemps, ils sont déjà passés. L’influence islamiste pèse de tout son poids sur l’école, où l’inspecteur général Jean-Pierre Obin mesure depuis vingt ans la montée inexorable des «accommodements» concédés à cette funeste idéologie: d’après un récent sondage, 40% des enseignants (50% en ZEP) reconnaissent «s’autocensurer» sur certains sujets (on imagine aisément lesquels) face à leurs élèves pour ne pas créer d’incident. Cette influence, elle pèse (et ô combien!) sur l’université et la recherche. Elle gangrène les services publics comme les entreprises privées. Prisons, police, armée… elle n’épargne quasiment plus aucun service de l’État ni aucun secteur de la société.

La vérité, c’est que les islamistes, dans notre pays, ont pignon sur rue. Ils ont, avec le CCIF, leur vitrine officielle ; ils ont aussi leurs boutiques officieuses et leurs officines clandestines. Ils ont leurs représentants légaux, leurs brillants avocats qui ont accès aux plus hautes sphères de l’administration, leurs entrepreneurs qui financent la cause, leurs activistes qui déversent la haine sur les réseaux sociaux, leurs prêcheurs qui remplissent les mosquées, leurs soldats réguliers qui noyautent les cités et leurs sicaires, désavouables à merci, qui prospèrent sur ce terreau.

La vérité, c’est aussi que les islamistes peuvent compter, dans l’appareil d’État, les partis politiques et les médias, sur des compagnons de route (ou des idiots utiles) qui soutiennent efficacement la cause. C’est Jean-Louis Bianco et son Observatoire de la laïcité, qui semble avoir été ainsi baptisé par antiphrase. C’est Jean-Luc Mélenchon, qui, toute honte bue, prétend aujourd’hui combattre les amis de ceux avec qui il défilait hier. C’est Edwy Plenel, dont nul n’a oublié qu’il a accusé Charlie d’avoir «déclaré la guerre aux musulmans»! Et, derrière eux, toute une nébuleuse islamo-gauchiste rompue à la rhétorique victimaire (indigénistes, décoloniaux, Unef, SOS-Racisme, LDH…) qui devine du «racisme d’État» chaque fois qu’il est question d’appliquer la loi, dénonce des «violences policières» chaque fois qu’il s’agit de maintenir l’ordre et hurle à l’«islamophobie» chaque fois que l’on fait mine de résister aux diktats des barbus… Que certains de ceux-là se soient retrouvés hier, place de la République ou ailleurs, avec des citoyens sincèrement révoltés par les menées islamistes est une insulte à la décence autant qu’au souvenir des victimes.

Et maintenant? Et demain? Après les larmes et les hommages, après les grands discours et les rassemblements, après les hashtags et les bougies, que va-t-il se passer? Allons-nous, face à la menace islamiste, revenir comme si de rien n’était à ces tractations sans gloire, ces compromissions obliques, ces concessions sournoises et ces fermetés équivoques qui nous tiennent lieu de politique depuis si longtemps? Allons-nous nous réveiller, enfin, et opposer à la guerre qui nous a été déclarée une autre guerre, impitoyable et sans merci? C’est en vérité la seule question – mais cette question est vitale – que nous devrions nous poser.

La loi contre le séparatisme? Il paraît que l’on va durcir le dispositif. Tant mieux! Mais, à dire vrai, ce n’est pas du luxe. Mieux contrôler les associations, mettre un terme définitif à ces cours de «catéchisme coranique» à l’école sous prétexte d’apprentissage des «langues d’origine», imposer aux salariés des transports publics le respect des règles élémentaires qui prohibent le prosélytisme vestimentaire… tout cela est bel et bon (pour autant que cela soit appliqué), mais, chacun l’aura compris, notoirement insuffisant. Plus largement, c’est la philosophie même de cette loi – si pudique qu’il n’est pas prévu que le mot «islamisme» y figure! – qui doit être reconsidérée. Mais à quoi rime, au juste, ce mot de «séparatisme»? Le bourreau de Samuel Paty et les militants islamistes qui ont créé les conditions de son acte ne nourrissent aucunement le rêve de bâtir leur société islamique à côté de notre République, ils ont le projet de la remplacer, territoire après territoire, par un régime «pur» gouverné par la charia. Les islamistes ne sont pas des séparatistes, ce sont des conquérants…

Pour les combattre avec quelque chance de l’emporter, il faudra parler moins et agir plus. Fermer sans tergiverser toutes les mosquées où est enseignée la détestation de la France. Expulser immédiatement les imams étrangers prêcheurs de haine. Dissoudre le CCIF et toutes les organisations qui, sous couvert de lutter contre l’«islamophobie», font le lit de l’islam le plus radical. Et faire entendre raison aux tribunaux administratifs qui trouvent toujours un bon motif pour annuler les (rares) décisions énergiques prises dans ce sens.

Il faudra aussi cesser de tourner autour du pot des fichés S: expulser les radicalisés étrangers (il semble que Gérald Darmanin veuille s’y mettre: bravo!) et interdire de tout emploi sensible (aujourd’hui ils peuvent travailler comme enseignants ou comme éducateurs!) les fichés français. Ce qui suppose là encore de passer outre l’opposition de tous ceux qui estiment qu’on ne peut rien faire au motif qu’«ils n’ont encore commis aucun crime»

Il faudra enfin se décider à aborder sans se voiler la face la question de l’immigration sans contrôle et de ses conséquences pour le pays. Un Tchétchène de 18 ans à qui la justice avait reconnu le statut de réfugié vient de décapiter un enseignant français. Quelques jours plus tôt, un jeune Pakistanais, à qui la justice – toujours elle – avait accordé la protection reconnue aux «mineurs isolés», avait perpétré une attaque au hachoir contre l’ancien immeuble de Charlie. Peut-être cette coïncidence mériterait-elle que l’on s’y arrête un instant: si la France continue d’accueillir chaque année sur son sol près d’un demi-million d’étrangers, dont la grande majorité, de confession musulmane, estime que la charia est supérieure à tout, il est peu probable que l’islamisme recule…

Et qu’on ne vienne pas nous dire, encore une fois, qu’«il ne faut surtout pas prendre le risque de diviser les Français», que «ce serait faire un cadeau aux terroristes, qui n’attendent que cela»! Sous les apparences du bon sens, cette analyse rabâchée chaque fois qu’il est question de mettre en œuvre une politique un peu ferme est le paravent de tous les renoncements.

Car, en vérité, le but ultime des islamistes n’est pas de diviser, il est de s’imposer et d’imposer leur loi partout où vivent des musulmans. La division des Français, qui les dresserait les uns contre les autres, peut certes être considérée par les islamistes radicaux comme un moyen indirect de parvenir à cet objectif de domination, mais il existe à leurs yeux un moyen direct beaucoup plus efficace: la soumission de leur adversaire, le mol acquiescement qui leur permettrait de s’imposer sans combattre. Cette unité-là, c’est le silence des cimetières.

Au fond, comme toujours quand la situation est difficile, revient la seule question qui vaille en politique: celle du courage. Ce courage qui a tant manqué à nos hommes politiques, de droite comme de gauche, depuis quarante ans, c’est celui de Zineb El Rhazoui, de Riss et de bien d’autres, qui, en dépit des menaces, continuent, sous protection policière permanente, de clamer haut et fort leur refus de l’islam politique. Ce courage, ce fut aussi celui d’un homme qui, alors que la meute des islamistes s’acharnait à le salir, ne leur a rien cédé. Il s’appelait Samuel Paty, et son nom ne doit pas être oublié.

Voir de plus:

Bruno Retailleau: « L’immigration est un angle mort qui devient un angle mortel »
Entretien
Propos recueillis par Causeur
18/10/2020

Le président du groupe LR au Sénat propose la tenue d’un référendum sur les sujets régaliens, la création d’une task force de reconquête des quartiers ainsi que la fermeture des lieux de culte, comme la mosquée de Pantin, qui ont relayé l’appel contre le professeur assassiné.

Marianne : Des professeurs estiment qu’un attentat comme celui-ci était inéluctable. Est-ce votre avis ?

Bruno Retailleau : Rien n’est jamais inéluctable. Mais nous sommes en train de perdre la bataille contre l’islamisme. Dans un premier temps, j’ai été sidéré, puis la révolte a succédé à la sidération. J’ai entendu le président de la République parler d’un acte terroriste. Ce terme-là ne définit pas la réalité de cette décapitation, de cette barbarie. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une volonté d’appliquer la charia sur le sol français. C’est un acte de violence mais c’est aussi un acte qui a un sens : la terre de France doit se soumettre. Et c’est la mort pour ceux touchent au prophète ou au dogme. Quant à ceux qui prétendent que c’était inéluctable, ils oublient que l’alerte avait été donnée depuis des jours. Qu’a fait l’institution, l’Éducation nationale, pour protéger ce professeur ?

L’Éducation nationale s’était saisie du problème. Tout comme la police… Le renseignement jugeait même la situation « apaisée ». Cela veut dire que rien ne marche ?

Non ça ne fonctionne pas. Souvenez-vous de l’attentat dans le cœur du cœur du service anti-terroriste de la préfecture de police de Paris. Il y a eu deux enquêtes administratives. Avez-vous eu connaissance de sanctions ? Non, bien sûr ! Si nous ne l’avions pas encore compris, nous sommes confrontés à un combat global. Bien sûr, nos services ont fait d’énormes progrès. Mais nous perdons la bataille par lâcheté, par renoncement. Il y a des espaces physiques, des enclaves territoriales dans lesquelles l’islam politique peut soumettre les esprits et les territoires à la loi religieuse qui, dans ces endroits, est supérieure à la loi civile. Il y a aussi une colonisation intellectuelle, par exemple le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui utilise le concept d’islamophobie pour faire avancer la cause islamique sous couvert de défense des libertés. Et nous, nous ne luttons pas ! Nous ne nous rendons pas compte qu’aujourd’hui, si ce professeur n’a pas bénéficié d’une protection malgré les alertes, c’est parce que nous avons préféré le silence. Le même silence qu’à la préfecture de police de Paris. Ces silences coupables sont des silences criminels.

« Emmanuel Macron lance : « Ils ne passeront pas » Mais ils sont déjà là ! »

Justement, le président de la République avait pris la parole il y a quinze jours pour dénoncer le séparatisme que veut imposer l’islamisme à notre société… De l’avis général, il avait trouvé les mots justes…

Le problème ne date pas de ce quinquennat. Mais la faute politique personnelle d’Emmanuel Macron est de ne pas avoir mis tout de suite la priorité sur la lutte contre l’islam politique. Pourtant, il avait été secrétaire général adjoint de l’Elysée, et ministre : il savait ! Par ailleurs, du discours aux actes, il y a encore beaucoup de chemin à franchir. Il semble vouloir faire, mais je crains qu’il fasse semblant. Les mesures qu’il envisage sont des demi-mesures : il n’a pas prévu de traiter la question de l’immigration. Or, c’est un angle mort qui devient un angle mortel. Quand un jeune Pakistanais, soi-disant mineur non accompagné, s’en prend à deux personnes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, c’est la question de l’immigration qui est posée. Ici, on a affaire à un jeune Russe qui a un statut de réfugié, c’est encore une question d’immigration. Souvenez-vous de ce qu’avait dit Emmanuel Macron au lendemain des rixes des deux bandes à Dijon : il nous avait promis des expulsions. Pouvez-vous me dire combien il y a eu d’expulsions ? Zéro ! Emmanuel Macron lance : « Ils ne passeront pas » Mais ils sont déjà là ! Dans nos quartiers, dans nos institutions, et même dans nos bureaux de vote avec des listes communautaires. Le président de la République grimpe sur une ligne Maginot qui a déjà été enfoncée. Il peut faire les meilleurs discours du monde, mais les mots sans les actes, c’est le mensonge, c’est la faiblesse.

Vous préparez une candidature à la présidentielle. Vous président, comment auriez-vous agi au lendemain d’un acte comme celui-là ? 

Il y a trois niveaux de lutte, trois combats simultanés à mener. Le premier, c’est l’éradication djihadiste. Il faut commencer par refuser les revenants sur le sol français. Ceux qui sont en Irak ou en Syrie doivent rester en Irak ou en Syrie. Et s’il y a des binationaux, on doit les déchoir de la nationalité française. Il faut aussi se pencher sur les prisonniers qui sont en France. Plus de 150 coupables, condamnés pour des faits en relation avec le terrorisme, vont être libérés. Le Sénat avait formulé une proposition pour prolonger les mesures de sécurité, de rétention. Le Conseil constitutionnel a censuré ce texte. C’est un scandale : neuf juges n’ont pas le droit désarmer un peuple. Sur ces questions-là, lorsque la sécurité même des Français est engagée, nous devons recourir au référendum.

Mais un référendum à quel sujet exactement ? 

Là, il s’agissait des sortants, pour que par exemple les mesures de sureté qui s’appliquent aux délinquants sexuels s’appliquent aussi aux djihadistes.

Mais l’assassin russe de Samuel Paty n’était ni un « entrant », ni un « sortant »…

L’erreur à ne pas faire est de raisonner cas par cas. Vous avez un combat qui est global. C’est bien pour cela que j’ai parlé aussi d’immigration. Il faut accueillir moins et expulser plus. Quelqu’un qui est accueilli sur notre territoire et ne respecte pas nos lois doit être expulsé automatiquement, avec sa famille. Il faut remettre à plat le droit des étrangers, limiter au maximum le regroupement familial. Nous sommes le seul pays d’Europe qui n’a pas revu à la hausse ses exigences en matière d’immigration. C’est ce genre de question qui devra être soumise à référendum, sinon la volonté générale sera entravée. Sinon, un jour, les Français se révolteront à ce sujet. On n’aura alors plus que nos yeux pour pleurer.

Et quelles sont vos autres propositions ? 

Il faut lutter contre les enclaves territoriales. Créer une task force pour reconquérir les quartiers les uns après les autres, avec des forces de sécurité, mais aussi des magistrats, des services douaniers. Pour organiser le retour massif de l’État pendant une période donnée sur ces territoires qui sont des territoires perdus de la République. Avec Philippe Bas, nous avons proposé d’ajouter à l’article premier de la Constitution cette phrase : « Nul individu, nul groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour se soustraire à la règle commune. » C’est la définition de la laïcité telle qu’elle devrait s’imposer à toute personne, le pendant de la loi de 1905, pour régler un certain nombre de questions qui vont du règlement intérieur d’une association, ou d’une entreprise, mais aussi à la question des piscines, des hôpitaux…

« Refuser le piège de l’islamophobie »

Enfin, il faut s’intéresser aux lieux de culte. Vous avez vu que la mosquée de Pantin a relayé un appel contre le professeur assassiné. Je demande que cette mosquée soit fermée, comme le permettait le régime de l’état d’urgence de façon plus aisée. Des articles de la loi de 1905 permettent de fermer des lieux de culte dès lors qu’il y a des incitations à la haine ou que l’on tient des discours politiques. Il faut également interdire le financement des mosquées dès lors que l’argent provient de pays ou de groupes qui ne reconnaissent pas la liberté de conscience.

Mais le plus dur c’est la reconquête des esprits, il faut nommer les choses, refuser le piège de l’islamophobie. Interdire le voile à l’université ou dans les sorties scolaires. Il y a un espace symbolique que la République doit réinvestir. Ce qui est en jeu, c’est la défense de notre civilisation qui est attaquée dans ses fondements. Nos libertés et notre sécurité ne sont pas négociables et aucune religion n’est intouchable.

Voir par ailleurs:

Q&A; A Head-On Collision Of Alien Cultures?
The New York Times
Oct. 20, 2001

Is this the clash of civilizations that you have been warning about nearly a decade?

Clearly Osama bin Laden wants it to be a clash of civilizations between Islam and the West. The first priority for our government is to try to prevent it from becoming one. But there is a real danger that it could move in that direction. The administration has acted exactly the right way in attempting to rally support among Muslim governments and people. But there are great pressures here in the United States to attack other terrorist groups and states that support terrorist groups. And that, it seems to me, could broaden it into a clash of civilizations.

Were you surprised the terrorists were all educated, middle-class individuals?

No. The people involved in fundamentalist movements, Islamic or otherwise, are often people with advanced educations. Most of them do not become terrorists, of course. But these are intelligent, ambitious young people who aspire to put their educations to use in a modern, developed economy, and they become frustrated by the lack of jobs, the lack of opportunity. They are cross-pressured as well by the forces of globalization and what they regard as Western imperialism and cultural domination. They are attracted to Western culture, obviously, but they are also repelled by it.

You have written that  »Islam has bloody borders. » What do you mean by this?

If you look around the borders of the Muslim world, you find that there are a whole series of local conflicts involving Muslims and non-Muslims: Bosnia, Kosovo, the Caucuses, Chechnya, Tajikistan, Kashmir, India, Indonesia, the Philippines, North Africa, the Palestinian-Israeli conflict. Muslims also fight Muslims, and much more than the people of other civilizations fight each other.

So are you suggesting that Islam promotes violence?

I don’t think Islam is any more violent than any other religions, and I suspect if you added it all up, more people have been slaughtered by Christians over the centuries than by Muslims. But the key factor is the demographic factor. Generally speaking, the people who go out and kill other people are males between the ages of roughly 16 and 30. During the 1960’s, 70’s and 80’s there were high birthrates in the Muslim world, and this has given rise to a huge youth bulge. But the bulge will fade. Muslim birthrates are going down; in fact, they’ve dropped dramatically in some countries. Islam did spread by the sword originally, but I don’t think there is anything inherently violent in Muslim theology. Islam, like any great religion, can be interpreted in a variety of ways. People like bin Laden can seize on things in the Koran as commands to go out and kill the infidels. But the pope did exactly the same thing when he launched the Crusades.

Should the United States do more to promote democracy and human rights in the Middle East?

It would be desirable but also difficult. In the Islamic world there is a natural tendency to resist the influence of the West, which is understandable given the long history of conflict between Islam and Western civilization. Obviously, there are groups in most Muslim societies that are in favor of democracy and human rights, and I think we should support those groups. But we then get into this paradoxical situation: many of the groups arguing against repression in those societies are fundamentalists and anti-American. We saw this in Algeria. Promoting democracy and human rights are very important goals for the United States, but we also have other interests. President Carter was deeply committed to promoting human rights, and when I served on his National Security Council, we had countless discussions about how to do this. But to the best of my recollection, nobody ever mentioned the idea of trying to promote human rights in Saudi Arabia, and for a very obvious reason.

Apart from our closest allies, no country has lined up more solidly behind the United States than Russia. Is this the moment Russia turns decisively to the West?

Russia is turning to the West in these circumstances for pragmatic and ad hoc reasons. The Russians feel they are seriously threatened by Muslim terrorists and see it as in their interest to line up with the West and to gain some credit with the United States in hopes that we will reduce our push for NATO expansion into the Baltic states and missile defense. It’s a coincidence of interests, but I don’t think we should blow it up into a big realignment. I think, though, that they are very worried about the rise of China, and this will turn them to the West.

India and China, two countries that you said would be at odds with the United States, have joined in this war on terrorism. Instead of the West versus the rest, could the clash shape up to be Islam versus the rest?

Conceivably. You have Muslims fighting Westerners, Orthodox Christians, Jews, Hindus, Buddhists. But one must also recognize that there are a billion Muslims in the world, stretching across the Eastern hemisphere from Western Africa to eastern Indonesia, and they interact with dozens of different people. So you might say they have more opportunity to clash with others.

The most frequent criticism leveled against you is that you portray entire civilizations as unified blocks.

That is totally false. The major section on Islam in my book is called  »Consciousness Without Cohesion, » in which I talk about all the divisions in the Islamic world, about Muslim-on-Muslim fighting. Even in the current crisis, they are still divided. You have a billion people, with all these subcultures, the tribes. Islam is less unified than any other civilization. The problem with Islam is the problem Henry Kissinger expressed three decades ago with regard to Europe:  »If I want to call Europe, what number do I call? » If you want to call the Islamic world, what number do you call? Islam may pose problems because it is less cohesive. If there was a dominant power in the Islamic world, you could deal with them. Now what you see is the different Islamic groups competing with each other.

Voir aussi:

From Casablanca to Kabul, the statistics are stunning.

Well over half the populations of Egypt, Syria, Saudi Arabia, Iran and Iraq are under 25 years old, according to the International Programs Center at the Census Bureau. In Pakistan, the number is 61 percent; in Afghanistan, 62 percent.

The boom in young people coming of age in a broad swath of territory where terrorists recruit might seem to pose one of the United States’ most daunting national security threats. But the picture is more complicated than that.

People who study statistics say the danger posed by such bulges actually depends, sometimes in surprising ways, on how rigidly countries are governed. And the effect on feelings about America can be even more surprising.

For example, the threat of instability is greater in a partly free society like Egypt than in a rigid dictatorship like Iraq. And in Iran these days, the rise of young people actually plays to, not against, America’s interest in seeing that country become more democratic.

Historically, there’s reason for some concern on the part of those who hold power. France experienced a  »youth bulge » in the 1780’s, which increased demand for scarce food supplies; that, in turn, drove up prices, hurt the business classes and helped to create conditions for its revolution in 1789. Iran was in the midst of a youth bulge before its 1979 revolution, when young people took to the streets, helping to bring down the monarchy in favor of a virulently anti-American theocracy.

The political scientist Samuel P. Huntington argues that the large number of unemployed males between the ages of 15 and 30 is  »a natural source of instability and violence » throughout the Muslim world. But the connection is not that direct. Demographers are fond of saying  »demography is destiny, » but in doing so they unsually mean the economic health and social needs of nations, not necessarily riot and rebellion.

 »I would describe demography as a challenge that the state needs to meet, whether it’s developing countries with a youth bulge or developed countries with a graying population, » said Jennifer S. Holmes, a political scientist and author of  »Terrorism and Democratic Stability » (Manchester University Press, 2001).  »It is not going to predetermine the outcome. In general, governments have the upper hand. If they reach out and make a half-hearted effort at placating the masses with economic and social programs, they can usually do it. »

And societies at the political spectrum’s extremes — either open or closed — are less susceptible than those in between.  »Youth cohorts are more likely to cause conflict in countries with intermediate regimes than in countries with fully autocratic or democratic regimes, » wrote Henrik Urdal of Oslo’s International Peace Research Institute in a recent study.

Among the  »in-betweens » are Algeria, where high unemployment, inadequate education, over-dependence on the oil economy and authoritarian rule have produced an explosive environment in which armed Islamic groups maneuver.

EGYPT, with 69 million people, is the Arab world’s most populous state. Unemployment, especially among college graduates, is rising, reform of the planned economy has failed and one-third of the work force earns $70 a month. Meanwhile, the military gets most of the $2 billion in annual American aid.

The countries in the region most vulnerable to the wrath of their youth, according to American intelligence analysts, are Pakistan and Afghanistan. Pakistan, whose population will probably swell from 140 million to about 195 million by 2015,  »will not recover easily from decades of political and economic mismanagement, divisive politics, lawlessness, corruption and ethnic friction, » a Central Intelligence Agency report concluded a year ago. And Afghanistan has known only occupation and war for two decades. The result is a lost generation, much of it indoctrinated in the Taliban’s repressive version of Islam.

The classic profile of a suicide bomber has been an impoverished, uneducated, rootless young man with nothing to lose. But there are exceptions. Most of the Al Qaeda terrorists who struck the World Trade Center and the Pentagon on Sept. 11 were middle-class Saudis. The Palestinian who blew himself up in East Jerusalem on Wednesday was in his mid-40’s and had eight children.

In some cases, politics affects demography as much as demography affects politics. In 2015, Israel’s population is expected to increase by only 20 percent, compared to 56 percent in the West Bank and 72 percent in the Gaza Strip. The Palestinian birth rate is so high that if it continues at current levels, in a decade Jews will be a minority in the combined population of Israel, the West Bank and Gaza.

Paradoxically, because of generous United Nations refugee programs, Palestinian children and adolescents have one of the highest levels of education in the Arab world; most Palestinians live in cities with good health care and have one of the lowest mortality levels in the Arab world. All these factors should contribute to a decline in fertility. But fertility is also a weapon in the Palestinians’ national struggle, and it remains high.

AND then there is Iran. There, a generation of young people were indoctrinated following the 1979 Islamic revolution to become Islamic warriors for God.  »My soldiers are still infants, » Ayatollah Ruhollah Khomeini said, as he encouraged mothers to breed. The official annual growth rate soared to 3.2 percent until the ruling clerics concluded the late 1980’s that the population increase was disastrous for the economy and launched a massive family planning program. The birth rate plummeted.

Today, Khomeini’s generation is not ready to die. In fact, many have rejected their fathers’ revolutionary ideals and strict religious rules. They have been an important part of the reform movement personified by Iran’s elected president, Mohammad Khatami, and his struggle to create a civil society based on the rule of law.

Even anti-American fervor has waned. While some Pakistani youths demonstrated in support of Osama bin Laden after Sept. 11, upper middle class Iranian youths held a candlelight vigil to condemn the attacks and mourn the dead.

In the end, it is not just the number of young people but the degree of their exclusion from economic and political participation that rouses them politically.  »What makes the demographic explosion dangerous is the perception by young people that their elders have failed them, that authority has failed them in all aspects of their lives, » said Farideh Farhi, an adjunct scholar at the Middle East Institute.  »We live in a world that celebrates self-expression and individuality, and when there’s only political despair and humiliation, that’s when the potential for explosion is created. »

Voir encore:

Trump Is Losing Ground With White Voters But Gaining Among Black And Hispanic Americans
Geoffrey Skelley and Anna Wiederkehr
FiveThirtyEight
Oct. 19, 2020

There’s a well-known truth in politics: No one group swings an election.

But that doesn’t mean that the demographic trends bubbling beneath the surface can’t have an outsized effect. Take 2016. President Trump won in large part because he carried white voters without a college degree by a bigger margin than any recent GOP presidential nominee, though there had been signs that this group was shifting rightward for a while.

Likewise in 2018, a strong showing by Democrats in suburban districts and among white voters with a four-year college degree helped the party retake the House, a shift we first saw in 2016 when Trump likely became the first Republican to lose this group in 60 years.1 And this is just scratching the surface. In the past few years, we’ve also seen hints that more women voters are identifying as Democrats and that some nonwhite voters might be getting more Republican-leaning.

The question, then, in 2020 — as it is in every election — is what will the electorate look like this time around? Can we expect a continuation of what we saw in 2016 and 2018, or might some of those trends slow or reverse direction? And, of course, are there any surprises lurking beneath the surface that we haven’t quite identified yet?

We tried to answer this question by comparing data from the 2016 Cooperative Congressional Election Study to 2020 data from Democracy Fund + UCLA Nationscape polling conducted over the past month.2 This comparison is hardly perfect — the 2016 CCES data is based on data from people who were confirmed to have actually voted while the UCLA Nationscape data is a large-scale survey of people who say they have voted or will vote, and the two studies use different methodologies, which could lead to differences in what types of voters were reached and how they were weighted. But this is as close as we can get to a direct comparison before the election, and it did allow us to identify some interesting trends.

First off, Democratic nominee Joe Biden is attracting more support than Hillary Clinton did among white voters as a whole — especially white women, older white voters and those without a four-year college degree — which has helped him build a substantial lead of around 10 points, according to FiveThirtyEight’s national polling average. However, Trump is performing slightly better than last time among college-educated white voters, and he has gained among voters of color, especially Hispanic voters and younger Black voters.

White voters made up more than 7 out of 10 voters in the 2016 electorate according to CCES, so any large shifts in their attitudes could greatly alter the electoral calculus. And as the chart below shows, that’s more or less what has happened: Trump’s edge among white voters is around half of what it was in 2016, which could be especially consequential as this group is overrepresented in the states that are most likely to decide the winner of the Electoral College.

One factor driving this is that Biden looks to be doing better than Clinton among white voters without a college degree, a voting bloc that made up close to half of the overall electorate in 2016 and forms a majority of the population in key swing states such as Michigan, Pennsylvania and Wisconsin.3 While Clinton lost this group by more than 20 points four years ago, Biden is behind by just 12 points in UCLA Nationscape’s polling. This isn’t entirely a surprise: We saw some signs of Biden’s strength with non-college whites in the 2020 Democratic primary, as he did better than Clinton in counties that had larger shares of white Americans without a college degree. It’s hard to pinpoint exactly why we’re seeing this, though. One possible explanation is that as an older white man, Biden just resonates more with these voters than Clinton did in 2016, especially considering the role sexism and racism played in voter attitudes in 2016. But it’s also possible that some of these voters are just turned off by Trump after four years with him in the White House.

Take white women. They backed Trump over Clinton in 2016 but were split pretty evenly between the two parties in the 2018 midterms. And now they favor Biden by 6 points in UCLA Nationscape polling, which would be around a 15-point swing toward the Democrats compared to what CCES found for the 2016 race. Trump has also taken a major hit among older white voters. In 2016, he won white voters age 45 or older by more than 20 points, but according to UCLA Nationscape polling, he now leads by only 4 points.

Trump isn’t losing ground among all white voters, though. White men, for instance, look likely to back Trump by around 20 points again. And Trump is also making inroads with college-educated white voters. Trump lost this group by more than 10 points in 2016, and Republican House and Senate candidates lost it by a similar margin in 2018, but Trump may be running closer to even among them now. As FiveThirtyEight’s Perry Bacon Jr. recently noted, many college-educated white voters are Republican-leaning, especially south of the Mason-Dixon line. The question will be whether Trump can attract support from this group nationally, as he’s already essentially got a lock on many Southern states (although maybe not as many Southern states as he’d like). Trump is currently polling at 49 percent among white, college-educated voters in UCLA Nationscape’s polling, and if he stays there, that could help him hold on to battleground states he carried in 2016, such as Florida, Georgia, North Carolina and Texas, where college-educated white voters are more likely to prefer the GOP.

Trump has also gained real ground among nonwhite voters. To be clear, he still trails Biden considerably with these groups, but in UCLA Nationscape’s polling over the past month, he was down by 39 points with these voters, a double-digit improvement from his 53-point deficit in 2016.

While older Black voters look as if they’ll vote for Biden by margins similar to Clinton’s in 2016, Trump’s support among young Black voters (18 to 44) has jumped from around 10 percent in 2016 to 21 percent in UCLA Nationscape’s polling. Black voters remain an overwhelmingly Democratic-leaning constituency, but a notable reduction in their support could still be a problem for Biden.

Notably, young Black voters don’t seem to feel as negatively about Trump as older Black Americans do. For instance, an early-July African American Research Collaborative poll of battleground states found that 35 percent of 18-to-29-year-old Black adults agreed that although they didn’t always like Trump’s policies, they liked his strong demeanor and defiance of the establishment. Conversely, just 10 percent of those 60 and older said the same.

It’s a similar story with younger Hispanic Americans, a group where Trump has also made gains. According to UCLA Nationscape’s polling, Trump is attracting 35 percent of Hispanic voters under age 45, up from the 22 percent who backed him four years ago in the CCES data.

Most notably, even though Trump stands to gain with nonwhite voters across the board, his support seems to have risen the most among Hispanic voters with a four-year college degree. We don’t want to overstate the influence of this group — they make up about 2 percent of the population age 25 and older nationwide — but they are disproportionately concentrated in one especially vital swing state: Florida. In fact, 24 percent of Hispanic Floridians have a college degree, compared to 16 percent of Hispanic adults nationally.4 So even if Trump isn’t doing as well among older white voters, his gains among Hispanic voters, including highly educated ones, could offer a path to victory in the Sunshine State.

One last point on where Trump has made gains among Black and Hispanic voters: He has done particularly well with Black and Hispanic men, which might speak to how his campaign has actively courted them. For instance, the Republican National Convention featured a number of Black men as speakers this year. And Politico talked with more than 20 Democratic strategists, lawmakers, pollsters and activists who explained that many Black and Latino men are open to supporting Trump as they think the Democratic Party has taken them for granted. The same can’t be said of Black and Hispanic women, though, and the gender gap among nonwhite voters is shaping up to be even bigger than it was in 2016. Ninety percent of Black women supported Biden in UCLA Nationscape polling — unsurprising, as this group is arguably the most staunchly Democratic demographic in the electorate — whereas less than 80 percent of Black men did the same. And among Hispanic voters, 64 percent of women backed Biden compared to 57 percent of men.


In the end, elections are all about margins. That means Biden doesn’t necessarily have to win more white voters than Trump to win the election; he just needs to improve on Clinton’s performance four years ago. By the same token, if Trump can do better among nonwhite voters than he did in 2016 — even if he still doesn’t win them outright — that could open a door for him to win if white voters don’t shift toward Biden as much as the polls currently suggest.

But at the moment, the real margin to keep an eye on is Biden’s double-digit lead in the polls. That kind of advantage will be hard to overcome if Trump is merely chipping away at the edges of Biden’s support, especially when so many of Biden’s gains seem to have come at Trump’s expense.

Voir par ailleurs:

Européennes : le RN bat tous les records en outre-mer
De Mayotte à la Guyane en passant par la Réunion, les départements et collectivités d’outre-mer ont placé le parti de Marine Le Pen soit en tête – une première historique – soit très haut.
Laurent Decloitre, correspondant à La Réunion
Libération
27 mai 2019

Sur l’île de la Réunion, l’emblématique chanteur de maloya Danyèl Waro a pris des cheveux blancs. Lui qui avait été légèrement blessé alors qu’il manifestait contre la venue de Jean-Marie Le Pen en 1994, qui accueillait Marine Le Pen avec une pancarte «rasis déor» (racistes dehors) à sa descente d’avion pendant la campagne présidentielle de 2012, n’a pas pipé mot en mars quand la présidente du Rassemblement national est revenue sur l’île pour les européennes. Un silence qui est tout un symbole de la lente mais sûre dédiabolisation du mouvement d’extrême droite dans ce département d’outre-mer. Deux mois après la tournée de Marine Le Pen, le RN obtient à La Réunion un score historique, 31,2% des suffrages loin devant La France insoumise (19%) et La République en marche (10,4%).

« Vote d’adhésion »

Après une percée historique lors de la présidentielle de 2017, la liste RN récolte en outre-mer les fruits d’une stratégie patiemment mise en place par Marine Le Pen. Pour séduire ces 1,8 million d’électeurs, le RN a publié en début de campagne un programme dédié aux DOM-COM, insistant sur les questions migratoires, la souveraineté nationale ou l’assistanat. Dans la foulée, elle s’est offert une tournée à La Réunion et Mayotte en mars. Jordan Bardella, lui, avait passé six jours cet hiver entre Guyane et Antilles. Résultat : le RN arrive en tête en Guyane (27,4%) et en Guadeloupe (23,7%), une première là aussi, sur fond d’abstention endémique puisqu’elle a atteint près de 86% dans ces deux DOM. A Saint-Martin et Saint-Barthélémy, le RN termine également premier avec 28% des suffrages. Dans la petite île de Mayotte, département français au cœur de l’archipel des Comores fragilisé par une crise migratoire, le RN fait encore mieux, recueillant 45,56% des voix. La majorité présidentielle n’arrive en tête qu’en Polynésie (43%) et en Martinique (18,2%) où elle est talonnée par le RN (16%).

A la Réunion, cette première électorale ravit Joseph Rivière, le nouveau secrétaire départemental du RN : «Toute la Réunion nous a suivis, c’est un vote d’adhésion.» Il veut bien reconnaître que ce qu’il appelle «l’invasion des Sri-Lankais» sur l’île a joué dans les urnes. Depuis mars 2018, des migrants Sri-Lankais fuient leur pays pour tenter d’obtenir l’asile à la Réunion, après avoir traversé l’océan Indien sur près de 4 000 km dans des embarcations précaires. «On n’a pas de logements en nombre suffisant pour les Réunionnais, et vous voudriez qu’on loge et soigne gratuitement des étrangers ? On n’en a pas les moyens», assène Joseph Rivière. Les Réunionnais sont confrontés à un très fort taux de chômage (24% en 2018 selon l’Insee) et un pouvoir d’achat en berne (40% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté). Lors de sa visite, Marine Le Pen avait promis d’alléger l’octroi de mer, une taxe qui frappe les produits importés et contribue donc à leur surcoût.

Ras-le-bol

Pour Jean-Hugues Ratenon, député LFI de la Réunion, ce vote RN est un «appel au secours» voire une «révolution dans les urnes» auxquels le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’a pas su répondre. Pour lui, les citoyens ont cherché avant tout à «faire barrage à Macron» dimanche. Professeur d’université, spécialiste des questions d’interculturalité, Driss Alaoui n’est pourtant pas surpris que le discours d’exclusion tenu par le RN trouve un écho dans l’île. Il estime que l’image d’Epinal d’une société réunionnaise tolérante, puisque multiculturelle, ne va pas de soi : «On ne veut pas voir la façon dont certains se comportent vis-à-vis des communautés comorienne et mahoraise de la Réunion.»

Sur l’île de Mayotte justement, située à 1 400 km au nord de la Réunion, Marine Le Pen obtient donc près de la moitié des suffrages exprimés (45,5% des voix), très loin devant Les Républicains (16,8%) et La France insoumise (9,2%). Le département français est sclérosé par une immigration clandestine massive en provenance des Comores voisines. En avril 2018, la population avait manifesté son ras-le-bol face à l’insécurité récurrente, s’en prenant physiquement aux réfugiés. Du pain béni pour Marine Le Pen, qui s’y était rendue juste avant son passage à la Réunion, où elle avait été accueillie par deux maires de droite puis invitée par des prêtres hindous. Elle avait en outre pris soin de s’afficher auprès des gilets jaunes. Le mouvement, qui avait complètement paralysé la Réunion fin 2018, dégénérant en émeutes urbaines. Immigration et insécurité, les deux principaux ingrédients du carburant RN.


Affaire Enderlin/20e: Montrez-moi le pays et je vous trouve le crime (Looking back at the fake news of the century)

30 septembre, 2020

https://i1.wp.com/www.theaugeanstables.com/wp-content/uploads/2011/11/ghetto-boy-2.jpg

Montrez-moi l’homme et je vous trouve le crime. Lavrenti Beria (chef de la police secrète de Staline)
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)
The narrative tension of our podcast ‘Caliphate’ is the question of whether his account is true. Rukimini Callimachi (NYT)
If you look at the whole series, we did make it clear in the series that there were questions about his story, but given what happened in Canada, given the allegation he made everything up, we are going to re-report it. Dean Baquet (NYT executive editor)
We are going to look for the truth of his story and inevitably we are going to also ask the question about how we presented him so we are going to put together a group of reporters and take a new look at the story, his story and inevitably how we presented his story. Dean Baquet (NYT executive editor)
In May 2018, Rukmini Callimachi, a star reporter for the New York Times, faced some questions about her reporting. Her podcast series, “Caliphate,” focused on a young Pakistani-Canadian man who claimed that he’d traveled to Syria in 2014 and joined forces with the Islamic State. “Abu Huzayfah” — the man’s nom de guerre — told Callimachi he had executed two men. Trouble was, he told a Canadian interviewer that he’d killed no one. Pressed on the discrepancy, Callimachi told CBC News, “We were able to get to both before any other media had gotten to him, but crucially before law enforcement had gotten to him.… He was speaking to us in this window of time when he essentially thought he had slipped through the cracks.” But last week, as reported previously in this space, Abu Huzayfah was charged with fabricating his life as a terrorist. Scrutiny of this sort occasionally lands on Callimachi’s work. Her reporting has won numerous prizes, but it has also raised questions, including from her own colleagues, about how she gathers and verifies her scoops. Since joining the Times in 2014 from the Associated Press, Callimachi has become the most famous terrorism reporter in the world, in part because of her enterprise on Twitter, where she posted marathon threads about developments on her beat. She sought information everywhere, from chat rooms where terrorists lurked to hot spots like Mosul. Wired in 2016 wrote that she was “arguably the best reporter on the most impor­tant beat in the world.” Poynter in 2017 called her an “unrelenting and insightful observer of terrorism.” A fine collection of plaques commemorates Callimachi’s hard work. She is a four-time finalist for the Pulitzer Prize: first in 2009 for an AP project on the exploitation of children in Africa; next in 2014 for a stunning investigation of al-Qaeda relying on the terrorist network’s own documents; and finally in 2019, for both an exposé on the Islamic State — also driven by documents — and the “Caliphate” podcast. She made history by winning two Overseas Press Club awards for that al-Qaeda investigation. Like the awards, the journalistic stumbles of Callimachi have played out in public, right in the pages of the Times. They have prompted Times reporters to raise concerns with their bosses about her work and the reliability of her sources. Those concerns mix with an awkward and anguished institutional culture: Her critics worry that their complaints are interpreted as professional envy toward a multiplatform star of the Times. “There is some internal and external griping about certain elements of Rukmini’s reporting style,” one source told the Erik Wemple Blog in 2018. “She’s a classic giant personality.… She’s very good at describing her work and taking credit for it and living the risk. There are some people on staff who don’t like that.” Last October, Callimachi published a scoop on an unorthodox situation in which the Islamic State was allegedly paying a rival group — Hurras al-Din — to provide security for late leader Abu Bakr al-Baghdadi. The basis for the story was a series of receipts secured by Callimachi, who had turned terrorist document-hunting into her niche.  (…) Then the story crumbled. An expert quoted in the story as endorsing the receipts’ authenticity wrote a post reviewing the whole situation. Whereas Callimachi indicated in her article that the expert — Aymenn Jawad al-Tamimi — reviewed eight receipts, he had originally been given only four receipts, as a subsequent Times correction made clear. After reviewing all eight, he concluded that they were “not authentic.” (…) Questions were raised, too, over a February 2018 story on the deaths of four U.S. soldiers killed in a fight with militants in the Niger desert. Callimachi spearheaded the paper’s efforts to secure footage shedding light on the incident, and the newspaper issued this disclosure on the video (…) The Times’s decision to purchase the video rights was particularly controversial. To Callimachi’s credit, the story — for which she was the lead byline — made clear the paper’s actions in pursuing the footage. Yet some Times journalists chafed: Why was the paper arranging to procure terrorist propaganda? In particular, the “news agency” from which the video was purchased was not exactly an objective, professional organization. A 2017 story co-authored by Callimachi noted that “Agence Nouakchott d’Information, or ANI, is associated with Al Qaeda’s branches in Africa.” (…) Video was also at the center of a 2016 Callimachi dust-up that embarrassed the Times. In August of that year, Callimachi published an investigative piece about Islamic State efforts to export terrorism around the globe. The narrative tissue for the piece was an interview with Harry Sarfo, a former Islamic State terrorist who fled the territory and returned to Germany, where he was arrested and sentenced to prison. It was such a coup that the newspaper did a “Times Insider” piece — titled “Talking to Terrorists” — in which Callimachi described coming “face to face with a former terrorist whose proof of identity and affiliation were solid enough that she could quote him in a story.” The story that Sarfo told Callimachi — and other outlets as well — was that he was turned off by the bloodlust of the Islamic State and didn’t partake in any such violence. Then The Post dug up some footage that challenged Sarfo’s version of events: “Previously unreleased video shows Sarfo moving doomed hostages into position for a public execution in Palmyra last year, and then apparently firing his own weapon at one of the fallen men. » (…) After Callimachi’s December 2014 story about paying ransom for Islamic State hostages, the Times assigned one of its journalists to vet the story. Tim Arango, then an overseas reporter for the paper, looked into a source who provided the narrative bookends for the story, a man identified as Louai Abo Aljoud, a Syrian journalist who was reported to have glimpsed U.S. hostages of the Islamic State in confinement. Arango’s assignment came after voices both within and outside of the Times raised objections to the reporting. More than a month after the story’s publication, this correction was added: An article on Dec. 28 about the consequences of the United States’ refusal to pay kidnappers to free American hostages referred imprecisely to a Syrian journalist who had been held by the Islamic State terrorist group and said American officials did not pursue information he gave them about Americans being held by the group. The surname of the journalist, Louai Abo Aljoud, is an assumed one that he has been using for several years to protect family members still in Syria; Aljoud is not his real family name. This correction was delayed to verify Mr. Abo Aljoud’s information. The Times told this blog, “After questions were raised, we sent reporters to do a follow up in person interview with the source and did not learn anything that called for further action. We added a correction to the story [nytimes.com] that addressed the source’s name.” (…) Terrorism reporting is one of the toughest beats in journalism. The field is strewn with liars and murderers who are keen on manipulating the world’s most prominent outlets. So occasional screw-ups will happen. But Callimachi has shown a reluctance to reckon with the scrutiny that comes with her standing as journalism’s No. 1 terrorist correspondent. (…) In the immediate aftermath of the Abu Huzayfah news last Friday, the Times supported Callimachi, stating that “uncertainty about Abu Huzayfah’s story is central to every episode of Caliphate that featured him.” It also called the series “responsible journalism that helped listeners understand the power and pull of extremism.” On Wednesday, however, the Times sent a new statement with a different tone: “While the uncertainty about Abu Huzayfah’s story was explored directly in episodes of Caliphate that featured him, his arrest and the allegations surrounding it have raised new and important questions about him and his motivations. We’re undertaking a fresh examination of his history and the way we presented him in our series. We will have more to say when we complete that effort.” Here’s one major New York Times project on the Islamic State that’ll have to proceed without the input of Rukmini Callimachi. Erik Wemple
En répondant à Denis Jeambar et à Daniel Leconte dans le Figaro du 23 janvier 2005 que « l’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie », alors que la diffusion d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles Enderlin a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entrainant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné. Laurence Trébucq (Présidente de la Cour d’appel de Paris, 21.05.08)
This is not staging, it’s playing for the camera. When they threw stones and Molotov cocktails, it was in part for the camera. That doesn’t mean it’s not true. They wanted to be filmed throwing stones and being hit by rubber bullets. All of us — the ARD too — did reports on kids confronting the Israeli army, in order to be filmed in Ramallah, in Gaza. That’s not staging, that’s reality. Charles Enderlin
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
Enderlin (Charles) : Scénariste et producteur de fictions. Capable de transformer le vivant en mort ; de faire apparaître et disparaître les cicatrices ; d’empêcher les blessures par balles de guerre de saigner. Journaliste à l’objectivité sans faille. Modèle professionnel de Jacques Chirac et des journalistes français. Détenteur de rushes invisibles, mais néanmoins accablants. Les montrera le jour suivant la Saint-GlinGlin 2019, à cause d’une clause signée avec les acteurs, MM. Al-Dura père et fils. Laurent Murawiec
Ce reportage de 27 secondes a été une « source d’inspiration » et a servi à justifier le terrorisme, l’antisémitisme, et la délégitimation de l’Etat juif. L’image choc a été diffusée et rediffusée sur toutes les chaînes de la planète et a déclenché dans les territoires et en Israël des vagues de protestation, de haine et de violence. Depuis lors, « les soldats de Tsahal sont désormais des tueurs à gage et des assassins d’enfants innocents. » « Les soldats juifs se comportent comme des nazis… » Et l’enfant palestinien devient martyr et comparé à la célèbre photo de l’enfant juif du ghetto de Varsovie, levant les bras devant un soldat allemand… Dans les pays arabes, la mort du petit Mohammed est sur toutes les lèvres. Des milliers de photos sont affichées sur les murs des rues et dans les appartements. Les nouveau-nés prennent le nom de Mohammed al-Doura. Des timbres nationaux et des places publiques aussi. L’enfant tué « avec préméditation » devient le symbole de la lutte des Palestiniens contre l’occupation israélienne dans les territoires et dans les pays islamiques. Freddy Eytan
Ce reportage est devenu une « affaire » parce qu’il a été monté de toutes pièces, semblable à « l’affaire Dreyfus » dans lequel on retrouve désinformation, manipulation et mensonge, Charles Enderlin n’était même pas présent sur le lieu du « crime » qu’il décrivait. Avec une différence, la France de Dreyfus était divisée, alors que la France d’Enderlin est unie dans son antisionisme, il y a même un parti politique antisioniste, le PAS. (…) Charles Enderlin est coupable d’avoir oublié ses certitudes et d’avoir fait siennes les convictions d’une France majoritairement antisioniste, anti-israélienne. Charles Enderlin est coupable d’avoir choisi l’autre côté, l’autre coté, c’est le chemin de tout le monde, c’est le chemin de la majorité. La France veut des reportages anti-israéliens, Charles Enderlin va les lui fournir, avec zèle. (…) Charles Enderlin s’est condamné lui-même, il est condamné à être l’ami de tous les anti-sionistes, les anti-Israéliens, les antijuifs, du premier tristement célèbre d’entre eux, Pascal Boniface. Lui le juif, le sioniste, va servir d’alibi à Dieudonné et à ses amis, il va devenir leur exemple, leur modèle. Raphaël Kalfon
Il est maintenant établi, grâce au travail d’investigation de personnes issues de pays et de professions très variées (journalistes, documentaristes, universitaires, experts médicaux et balistiques) que le reportage diffusé le 30 septembre 2000 au JT de France 2, où Charles Enderlin affirme, sur la foi d’images tournées à Gaza par son cameraman palestinien Talal Abou Rahma qu’un enfant, Mohammed Al Dura, a été tué et son père Jamal grièvement blessé par des tirs venus d’une position militaire israélienne, était une mise en scène. Depuis douze ans, Charles Enderlin s’est enfermé dans un déni le contraignant à enchaîner mensonges sur mensonges pour sauver sa peau de journaliste vedette de la chaîne publique française. Depuis douze ans tous les moyens ont été mis en œuvre pour faire obstacle au surgissement de cette vérité maintenant admise presque partout, sauf en France. France Télévisions a d’abord prétexté de la protection des sources pour ne pas livrer à la justice les « rushes », c’est-à-dire les images tournées par Talal Abou Rahma, mais non diffusées dans le sujet du JT. Lorsqu’elles furent rendues publiques sur l’injonction de la présidente de la Cour d’appel de Paris, il apparut de manière éclatante que la version servie jusque-là par Enderlin et France 2 ne tenait pas la route : les images invalidaient tous les récits du drame dont ses protagonistes ne s’étaient pas montrés avares dans les médias du monde entier. L’affirmation répétée moult fois par Enderlin qu’il avait coupé au montage celles montrant l’agonie de l’enfant, car elles étaient trop horribles, s’est révélée totalement mensongère. D’autres éléments mis en lumière par ces rushes sont tout aussi accablants pour la thèse défendue par France 2 : absence de sang sur les vêtements de Mohammed et Jamal Al Dura, incompatibilité des cicatrices présentes sur le corps du père avec des blessures par balles, etc. Une journaliste allemande de premier plan, Esther Schapira, aujourd’hui chef du service documentaire de la principale chaîne de télévision d’Outre-Rhin a réuni, dans un film impressionnant « L’enfant, la mort et la vérité » (http://vimeo.com/59475901) une série de témoignages accablants pour Charles Enderlin et Talal Abou Rahma. Leurs mensonges successifs, leurs faux fuyants ne résistent pas une seconde aux « vérités de faits » collectés sur le terrain, à Gaza et en Israël. Les téléspectateurs français ont été privés de la possibilité de se faire une opinion sur le travail d’Esther Schapira : France 2 a exercé des pressions sur toutes les chaînes diffusées en France, y compris ARTE, pourtant franco-allemande, pour empêcher de programmer ce documentaire. Pire, elle a menacé l’ARD de dénoncer les accords de coopération entre les deux chaînes si l’ARD vendait ce programme à l’étranger. Fort heureusement, les dirigeants de cette dernière ne se sont pas laissé intimider par France 2 et le documentaire a été diffusé en Israël et de nombreux pays. Luc Rosenzweig
La tâche sacrée des journalistes musulmans est, d’une part, de protéger la Umma des « dangers imminents », et donc, à cette fin, de « censurer tous les matériaux » et, d’autre part, « de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien ». Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980)
Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. Haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne
Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. Clément Weill-Raynal (France 3)
Nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… (Roberto Cristiano, représentant de la « chaîne de télévision officielle RAI, Lettre à l’Autorité palestinienne)
Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. Talal Abu Rahma (lors de la réception d’un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura)

Montrez-moi le pays et je vous trouve le crime !

En ce triste 20e anniversaire …

Du faux du siècle …

Et d’un reportage de 27 secondes qui, diffusé et rediffusé sur la planète entière et entre posters, timbres et noms de rue …

A inspiré et servi à justifier les pires exactions terroristes comme l’antisémitisme et la délégitimation de l’Etat d’Israël …

Alors que le New York Times ajoute une nouvelle recrue à sa déjà longue liste de faussaires

Et à l’heure où complètement discrédités – Accord du siècle de Trump oblige – par leurs anciens soutiens au sein même du Monde arabe …

Les dirigeants, de l’Autorité palestinienne au Hamas et au Hezbollah, des divers mouvements terroristes palestiniens …

N’auront bientôt plus comme raison d’être pour continuer à martyriser leur peuple et assassiner des innocents …

Que la perversité de leurs commanditaires iraniens, turcs et qataris …

Ou, Macron et Biden en tête, l’ignorance et la naïveté de leurs idiots utiles occidentaux …

Quelle meilleure et plus révélatrice preuve de l’infâmie …

Que cette phrase de celui par qui, avec l’aide du correspondant de France 2 Charles Enderlin, le scandale est arrivé …

Et que célèbre aujourd’hui 20 ans après la notoire chaine boute-feu qatarie Al Jazeera

Le preneur de vue palestinien lui-même, Tala Abou Rahma, lors de la réception d’un prix un an plus tard au Maroc:

« Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple » ?

Behind the lens: Remembering Muhammad al-Durrah, 20 years on

Twenty years ago, a video of a 12-year-old boy being killed in Gaza reverberated around the world. Talal Abu Rahma, the cameraman who shot the video, remembers that day.

On September 30, 2000, a Palestinian cameraman from Gaza, Talal Abu Rahma, shot a video of a father and his 12-year-old son under fire on the Saladin Road, south of Gaza City. The boy, Muhammad al-Durrah, was mortally wounded and died soon after.

The video of Jamal al-Durrah trying to shield his son as bullets rained down on them was aired by France 2, the news channel Abu Rahma was working for. It became one of the most powerful images of the Second Intifada.

The Israeli government tried to challenge the veracity of the video, with the Israeli military denying that its soldiers had been responsible.

It took until 2013 for a French court to vindicate France 2 and Abu Rahma, ultimately upholding their defamation case against Philippe Karsenty, a French media commentator who had accused them of staging the video, and fining him 7,000 euros.

Abu Rahma, who has won numerous awards for his work, including the Rory Peck Award in 2001, is now based in Greece, where he, his wife and six-year-old son are residents. He works between there and Amman, Jordan. He has been banned from returning to Gaza since 2017.

Twenty years on, he recalls the events of that day:

The day before, I was in Jerusalem working at the France 2 office. Charles Enderlin, the France 2 bureau chief in Jerusalem, called me at 10am and said “I am sending you the car, you have to go back quickly to Gaza because the situation in the West Bank is getting very, very bad.”

So I went back. Charles called me when I arrived and asked about the situation in Gaza. I said: “Gaza, it’s quiet, nothing in Gaza.” “OK,” he replied, “well keep your eyes on it, if anything happens, just let me know and go and film.”

At 3pm, 4pm, there was nothing happening. It was a Friday, you know. The West Bank was on fire, but Gaza was really quiet. I knew why it was quiet – because the schools were closed and it was the holy day.

We were watching the situation and I knew, as a journalist, that on Saturday morning there would be a demonstration in Gaza. At that time there were three very sensitive points in Gaza – one at Erez, one north of Gaza City, and the third in the middle, on Saladin Road.

Many people have asked why I went to Saladin Road. It was because it was in the middle. If something happened in Erez or elsewhere I could quickly move there. Like me, all the journalists knew what would happen on Saturday morning. I went down at about 7am because that is the time the students go to school and I knew there would be lots of people around.

They started throwing stones. And hour by hour it increased. I was in contact with my colleagues at Erez, to know what was going on over there – as that was the real hot point.

I stayed where I was until about 1pm. At this point it was tear gas, it was rubber bullets, it was stone-throwing; you know, it was normal. But there were a lot of people throwing stones. Not hundreds. Thousands.

I called the office and told them that about 40 people had been injured by rubber bullets and tear gas. Charles told me “OK, try to make interviews and send it in by satellite.”

‘It was raining bullets’

As I was conducting my second interview, the shooting started. I took my camera off its stand and put it on my shoulder. I started moving left and right to see who was shooting – shooting like crazy. Who was shooting at whom and why, I really didn’t know. I tried to hide myself because there were a lot of bullets flying around.

There was a van to my left, so I hid behind it. Then a few children came and hid there, too. At that point, I hadn’t seen the man and the boy. Ambulances were arriving and taking the injured away.

I could not hear anybody over the sound of the bullets. It just kept getting worse. There was a lot of shooting, many injured. I was really scared. There was blood on the ground. People were running, falling down; they didn’t know where the bullets were coming from, they were just trying to hide. I was confused about what to do to – whether to continue filming or to run away. But I’m a stubborn journalist.

At that moment, Charles called and asked me, “Talal, do you have your helmet on, do you have your jacket on?” Because he knows me, I don’t put the helmet and flak jacket on – it’s too heavy. But he was screaming at me, “Put it on, please, Talal.” I got really mad because I didn’t want to hear it. I told him, “I am in danger. Please, Charles, if something happens to me, take care of my family.” Then I hung up the phone.

In that moment, I was thinking about my family: about my girls, about my boy, about my wife, and about myself. I could smell death. Every second I was checking myself to see if I had been injured.

Then one of the children who was hiding beside me said: “They are shooting at them.” I asked: “Shooting at who?” That was when I saw the man and the boy against the wall. They were hiding and the man was moving his hand and saying something. The bullets were coming right at them. But I couldn’t tell where they were coming from.

In the corner on the right side of the man, there were Israeli soldiers and Palestinian security forces. In front of that point was the Israeli base. What could I do? I couldn’t cross the street. It was too busy and very wide, and the shooting was like rain. I couldn’t do anything.

The children beside me were scared and screaming and, in that moment, I saw through my camera that the boy had been injured. Then the man was injured, but he was still waving and shouting, asking for help, asking for the shooting to stop. The boys with me were really going crazy. I was trying to calm them down. I was scared about taking care of myself and them. But I had to film. This is my career. This is my work. I was not there just to take care of myself. There is a rule: a picture is not more valuable than a life. But, believe me, I tried to protect myself and I tried to save this boy and the father, but the shooting was too much.

France 2 TV footage shows Muhammad al-Durrah after he was fatally struck in the abdomen; his seriously wounded father, Jamal, shook with convulsions and lost consciousness, and was later hospitalised in Gaza [Photo by France 2/AFP]

It was too dangerous to cross the street. It was raining bullets. Then, I heard a boom and the picture was filled with white smoke.

Before the boom, the boy was alive but injured. I think the first injury was to his leg. But after the smoke moved, the next time I saw the boy, he was laying down on his father’s lap and his father was against the wall, not moving. The boy was bleeding from his stomach.

The ambulances tried to get in many times. I saw them. But they couldn’t because it was too dangerous. Eventually, one ambulance came in and picked up the boy and the man. I whistled to the driver, he saw me clearly and slowed down. I asked if we could go with him. He said, “No, no, no, I have very serious cases” and then he drove off.

When the shooting stopped, the boys near me started running, left and right. I stayed by myself and then decided to walk away. I walked for about five to seven minutes towards my car. I was trying to call the office in Jerusalem – it took a while to get a signal back then when mobile phones were still quite new. As I was walking, I saw a colleague from another news agency.

I asked him, “How many injured, how many killed?” He told me about three. I said, “Look, if you are talking about the three dead, add another two. I think there are another two, they were killed against the wall.” I showed him what I had filmed and he started screaming, “Oh no! Oh no! This is Jamal, this is his son, Muhammad, they were in the market. Oh my God, oh my God!”

I asked him, “Do you know them?” He replied, “Yes, I am married to his sister.”

The office was silent

I called Charles and he asked me, “Where have you been?” I said, “Don’t talk to me, I am very tired.” He said, “OK, you’ve got until 5pm, go feed it right now.”

When I fed the footage, everyone in my office in Gaza and in the France 2 office in Jerusalem went quiet. You couldn’t hear any noise. Everyone was astonished; even the journalists around me.

Charles spoke first. He said, “OK, Talal, I think you need to rest because this is unbelievable. But are you sure no one else filmed it?”

I said, “I was on my own, you can write exclusive for France 2.”

He said, “OK, go rest” and I went back home.

‘The camera doesn’t lie’

Then Charles called me back and asked me some questions: the angles of my footage, my position, how, who – a lot of questions. It aired at 8pm that day but Charles had to deal with a lot of questions. High-level people in Paris and Israel, he called the Israeli army, as he was obliged to, according to the law. These were strong pictures.

High-level people in Paris started asking me questions. I answered it all, knowing that Charles trusts me and knows who I am. I am not biased. From the beginning, before I started working for France 2, Charles told me, “Talal, don’t be biased.” And up until now I have taken him at his word, not to be biased.

There was a lot of talk about this video, claims that it was fake. But the people saying this didn’t even know the area. There were a lot of calls and investigations with me about how true the images were. I had one answer for them. The camera doesn’t lie. Whatever they say about these pictures, it can’t hurt me, except in one way – my career. They hurt what I am working for – journalism. To me journalism is my religion, my language, there are no borders for journalism.

I received a lot of awards for that video. I was honoured in Dubai, in Qatar, even in London twice. I received awards from America and France. I really don’t know how these people think we could have staged it.

The day after the shooting, I went to the hospital to see Jamal. I could not talk to him too much. I took a few pictures and spoke to a doctor who told me that Jamal’s condition was very bad, that there were a lot of bullets in his body.

A few people asked me how much we sold the pictures for. But France 2 told me the images would be distributed for free and I was in agreement with them. They said, “We will not make money from the blood of children.”

The court case in Paris went on until 2013. We won. We didn’t receive any money at all from the case. It was the dignity of our job that pushed us to fight the case.

This account has been edited for clarity and brevity.

Voir aussi:


Elimination du général Soleimani: Attention, une décision irresponsable peut en cacher une autre ! (Guess who just pulled another decisive blow against Iran’s rogue adventurism ?)

3 janvier, 2020

CA502K5W8AAepmbImage may contain: 2 people"Soleimani is my commander" says the lower graffiti on the U.S. embassy in Baghdad at the very end of 2019LONG LIVE TRUMP ! (On Tehran streets after Soleimani's elimination, Jan. 3, 2019)
Image result for damet garm poeticPersian is a beautifully lyrical and highly emotional language, one that adds a touch of poetry to everyday phrases. Discover these 18 poetic Persian phrases you'll wish English had.

3 a.m. There is a phone in the White House and it’s ringing. Who do you want answering the phone? Hillary Clinton ad (2008)
The assassination of Iran Quds Force chief Qassem Soleimani is an extremely dangerous and foolish escalation. The US bears responsibility for all consequences of its rogue adventurism.  Mohammad Javad Zarif (Iranian Foreign Minister)
Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication. C’est une énorme escalade dans une région déjà dangereuse. Joe Biden
Iraqis — Iraqis — dancing in the street for freedom; thankful that General Soleimani is no more. Mike Pompeo
Qassem Soleimani was an arch terrorist with American blood on his hands. His demise should be applauded by all who seek peace and justice. Proud of President Trump for doing the strong and right thing. Nikki Haley
To Iran and its proxy militias: We will not accept the continued attacks against our personnel and forces in the region. Attacks against us will be met with responses in the time, manner and place of our choosing. We urge the Iranian regime to end malign activities. Mark Esper (US Defense Secretary)
At the direction of the President, the U.S. military has taken decisive defensive action to protect U.S. personnel abroad by killing Qasem Soleimani, the head of the Islamic Revolutionary Guard Corps-Quds Force, a U.S.-designated Foreign Terrorist Organization. General Soleimani was actively developing plans to attack American diplomats and service members in Iraq and throughout the region. General Soleimani and his Quds Force were responsible for the deaths of hundreds of American and coalition service members and the wounding of thousands more. He had orchestrated attacks on coalition bases in Iraq over the last several months – including the attack on December 27th – culminating in the death and wounding of additional American and Iraqi personnel. General Soleimani also approved the attacks on the U.S. Embassy in Baghdad that took place this week. This strike was aimed at deterring future Iranian attack plans. The United States will continue to take all necessary action to protect our people and our interests wherever they are around the world. US state department
In March 2007, Soleimani was included on a list of Iranian individuals targeted with sanctions in United Nations Security Council Resolution 1747. On 18 May 2011, he was sanctioned again by the U.S. along with Syrian president Bashar al-Assad and other senior Syrian officials due to his alleged involvement in providing material support to the Syrian government. On 24 June 2011, the Official Journal of the European Union said the three Iranian Revolutionary Guard members now subject to sanctions had been « providing equipment and support to help the Syrian government suppress protests in Syria ». The Iranians added to the EU sanctions list were two Revolutionary Guard commanders, Soleimani, Mohammad Ali Jafari, and the Guard’s deputy commander for intelligence, Hossein Taeb. Soleimani was also sanctioned by the Swiss government in September 2011 on the same grounds cited by the European Union. In 2007, the U.S. included him in a « Designation of Iranian Entities and Individuals for Proliferation Activities and Support for Terrorism », which forbade U.S. citizens from doing business with him. The list, published in the EU’s Official Journal on 24 June 2011, also included a Syrian property firm, an investment fund and two other enterprises accused of funding the Syrian government. The list also included Mohammad Ali Jafari and Hossein Taeb. On 13 November 2018, the U.S. sanctioned an Iraqi military leader named Shibl Muhsin ‘Ubayd Al-Zaydi and others who allegedly were acting on Soleimani’s behalf in financing military actions in Syria or otherwise providing support for terrorism in the region. Wikipedia
The historic nuclear accord between a US-led group of countries and Iran was good news for a man who some consider to be the Middle East’s most effective covert operative. As a result of the deal, Qasem Suleimani, the commander of the Iranian Revolutionary Guards Qods Force and the general responsible for overseeing Iran’s network of proxy organizations, will be removed from European Union sanctions lists once the agreement is implemented, and taken off a UN sanctions list after eight or fewer years. Iran obtained some key concessions as a result of the nuclear agreement, including access to an estimated $150 billion in frozen assets; the lifting of a UN arms embargo, the eventual end to sanctions related to the country’s ballistic missile program; the ability to operate over 5,000 uranium enrichment centrifuges and to run stable elements through centrifuges at the once-clandestine and heavily guarded Fordow facility; nuclear assistance from the US and its partners; and the ability to stall inspections of sensitive sites for as long as 24 days. In light of these accomplishments, the de-listing of a general responsible for coordinating anti-US militia groups in Iraq — someone who may be responsible for the deaths of US soldiers — almost seems gratuitous. It’s unlikely that the entire deal hinged on a single Iranian officer’s ability to open bank accounts in EU states or travel within Europe. But it got into the deal anyway. So did a reprieve for Bank Saderat, which the US sanctioned in 2006 for facilitating money transfers to Iranian regime-supported terror groups like Hezbollah and Islamic Jihad. As part of the deal, Bank Saderat will leave the EU sanctions list on the same timetable as Suleimani, although it will remain under US designation. Like Suleimani’s removal, Bank Saderat’s apparent legalization in Europe suggests that for the purposes of the deal, the US and its partners lumped a broad range of restrictions under the heading of « nuclear-related » sanctions. Suleimani and Bank Saderat are still going to remain under US sanctions related to the Iranian regime’s human rights abuses and support for terrorism. US sanctions have broad extraterritorial reach, and the US Treasury Department has turned into the scourge of compliance desks at banks around the world. But that matters to a somewhat lesser degree inside of the EU, where companies have actually been exempted from complying with certain US « secondary sanctions » on Iran since the mid-1990s. (…) Some time in the next few years, Qasem Suleimani will be able to travel and do business inside the EU, while a bank that’s facilitated the funding of US-listed terror group’s will be allowed to enter the European market. As part of the nuclear deal, the US and its partners bargained away much of the international leverage against some of the more problematic sectors in the Iranian regime, including entities whose wrongdoing went well beyond the nuclear realm. The result is the almost complete reversal of the sanctions regime in Europe. Iran successfully pushed for a broad definition of « nuclear-related sanctions, » and bargained hard — and effectively — for a maximal degree of sanctions relief. And the de-listing of Bank Saderat and Qasem Suleimani, along with the late-breaking effort to classify arms trade restrictions as purely nuclear-related, demonstrates just how far the US and its partners were willing to go to close a historic nuclear deal. Armin Rosen
This was a combatant. There’s no doubt that he fit the description of ‘combatant.’ He was a uniformed member of an enemy military who was actively planning to kill Americans; American soldiers and probably, as well, American civilians. It was the right thing to do. It was legally justified, and I think we should applaud the president for his decision. We send a very powerful message to the Iranian government that we will not stand by as the American embassy is attacked — which is an act of war — and we will not stand by as plans are being made to attack and kill American soldiers. I think every president who had any degree of courage would do the same thing, and I applaud our president for doing it, and the members of the military who carried it out, risking their own lives and safety. I think this is an action that will have saved lives in the end.  The president doesn’t need congressional authorization, or any legal authorization … The president, as the commander-in-chief of the army is entitled to take preventive actions to save the lives of the American military. This is very similar to what Barack Obama did with Ben Rhodes’s authorization and approval — without Congress’s authorization — in killing Osama bin Laden. In fact, that was worse, in some ways, because that w