Juifs utiles: Ne pas désespérer Le Monde (Schadenfreude: Israeli author calls out Israeli apartheid for Le Monde)

12 janvier, 2016

Des « pieux » mensonges de Sartre pour ne pas désespérer Billancourt, couvrant ainsi les crimes communistes dont il devenait complice de fait… aux mensonges et falsifications de la meute anti-israélienne, couvrant ainsi les crimes terroristes arabo-islamistes dont ils se rendent complices, existe-il une différence de nature? (…) De quoi auraient l’air une Sallenave ou un Pascal Boniface ou encore une Leïla Shahid sans l’appoint d’un quelconque supplétif juif? David Dawidowicz
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI
C’est terrible à dire mais on a eu beaucoup de chance que les kamikazes ne rentrent pas dans le Stade de France car ils avaient bien imaginé pénétrer dans l’enceinte. Leur objectif était de se faire sauter sous l’oeil des caméras. Il y aurait eu un carnage, des mouvements de foule. Imaginez l’impact médiatique ! (…) Quant aux cibles potentielles pour les terroristes en France, tout le monde pense forcément à ce qui nous ferait le plus mal: une école, des enfants. … On hésite à dire cela, à dévoiler nos faiblesses. Mais les terroristes le savent déjà. Ces gens-là nous connaissent trop bien. Tant viennent de chez nous… Marc Trévidic
C’est la mode chez les jeunes, c’est vachement bien d’être intégralement voilée de noir, avec une belle kalach’. (…) Elles baignent là-dedans, ça fait branché. Marc Trévidic
La chaîne publique allemande ZDF a présenté ses excuses pour avoir tardé, à l’instar de la plupart des grands médias nationaux, à évoquer les agressions sexuelles sur des femmes survenues le soir du Nouvel An à Cologne, ce qui suscite des critiques du public. Le fait que le journal de 19h lundi soir « n’ait pas au moins mentionné les incidents était une négligence », écrit la rédaction du journal télévisé sur ses comptes Facebook et Twitter. Ne pas en parler lundi soir « était (…) clairement un jugement erroné », reconnait ZDF, dont la page Facebook est émaillée de commentaires de spectateurs mécontents: « ma confiance dans (cette chaîne), pour laquelle je paie des impôts, s’amenuise de plus en plus », écrit l’un deux, alors que d’autres s’étonnent que ZDF « passe sous silence depuis un certain temps certaines choses ». Attribuées à des « jeunes apparemment d’origine arabe », les agressions, plus d’une centaine au total, ont été commises sur des femmes la nuit du Nouvel an à Cologne (ouest), soit dans la nuit de jeudi à vendredi. Des faits similaires ont également été signalés à Stuttgart (sud-ouest) et Hambourg (nord). Plus d’une centaine de plaintes ont été déposées au final, selon un décompte de la police mercredi. Mais le 1er janvier, soit le lendemain des événements, la police de Cologne a publié un communiqué faisant état d’une nuit sans incidents notables. Elle a commencé à donner de premiers éléments dans la journée du lundi à mesure que s’accumulaient les plaintes des victimes, avant que l’affaire ne prenne toute son ampleur mardi en Allemagne. Elle a depuis provoqué un émoi considérable, le gouvernement condamnant les violences tout en s’inquiétant d’une stigmatisation des réfugiés. La police parle d’agresseurs d’apparence « nord-africaine » ou arabe ». La municipalité et la police de Cologne sont depuis sous le feu des critiques, le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière fustigeant notamment l’inaction des forces de l’ordre à Cologne le soir des faits. Plus globalement, le peu d’écho avant mardi des médias sur cette affaire est également mis en question. Le site spécialisé sur les médias, Meedia, a ainsi relevé qu’il a fallu « quatre jours » pour que l’affaire soit « relatée de façon exhaustive au niveau national ». « Lorsque l’on regarde (la presse nationale), il n’y a rien jusqu’à lundi sur ces incidents », poursuit Meedia. « Il a fallu quatre jours pour que la grande machine médiatique ne s’enclenche », épingle encore le portail. L’affaire alimente du coup aussi les thèse complotistes et celles de mouvements hostiles aux réfugiés, à l’image de Pegida qui fustige régulièrement la « presse mensongère ». 7 sur 7
Je ne mets pas le danger frontiste sur le même plan que le danger islamiste, les islamistes tuent, massacrent et il faut bien comprendre aussi que ce ne sont pas ni des loups solitaires, ni des déséquilibrés, ni une poignée de psychopathes comme on a tellement aimé se le répéter pour se rassurer, ni des victimes du racisme et des discriminations, cela revient à inverser, pas de culture de l’excuse qui frise vraiment l’indécence qui consiste à cracher sur les victimes, à cracher sur les morts et en plus à cracher aussi sur les vrais pauvres, sur les vrais défavorisés, ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne peut pas faire autrement que de tuer son prochain, j’aimerais bien qu’on les respecte aussi un peu, ce discours-là me parait d’une condescendance post-coloniale absolument insupportable, je ne les mets pas sur le même plan d’autant que le Front national joue le jeu démocratique, l’islam pas du tout qui est animé par un projet de société et c’est très important de le dire, notre ennemi c’est une idéologie totalitaire et meurtrière animé par un projet de société et par un projet de conquête et de destruction de l’Europe donc ce n’est pas sur le même plan mais la logique est celle de l’engendrement, plus on s’aveugle et plus on sert la soupe en quelque sorte au Front national et ce n’est pas la peine à chaque scrutin puisqu’il progresse inéluctablement jusqu’à présent, de pousser des hi et des ha et de se demander comment on en est arrivé là ». Alexandra Laignel-Lavastine
Depuis le temps qu’elle sévit, je crains fort que cette vulgate bien-pensante, qui ne cesse de se crever les yeux face à la montée de l’islamisme par crainte de nourrir l’“islamophobie”, n’ait trop profondément formaté les esprits pour que nous puissions espérer en être débarrassés de sitôt. Ce prêt-à-penser a en effet ceci de redoutable que sa toxicité s’étend bien au-delà de la sphère islamogauchiste. S’il constitue l’idéologie dominante, c’est qu’il sait jouer à merveille sur plusieurs ressorts : sur les bons sentiments bobos nunuches, sur l’envie d’être en paix plutôt qu’en guerre, mais aussi sur la peur et sur cette insondable paresse intellectuelle qui nous a jusqu’à présent rendus incapables de nous convertir au réel. Si tel n’était pas le cas, nous ne serions pas en train de prendre de plein fouet quinze ans au moins de capitulation devant le communautarisme, de complaisance à l’égard de l’islam radical et d’irresponsabilité face aux discours haineux et antisémites qu’on laisse prospérer à ciel ouvert en toute irresponsabilité. C’est parce que nous avons tout laissé passer que nous sommes aujourd’hui complètement dépassés. Mais le problème n’est pas seulement politique. Gauche et droite confondues ont trouvé collectivement plus confortable de faire comme si nous n’avions pas d’ennemi pour la bonne raison que nous n’en voulions pas. Résultat : nous avons quinze ans de retard à l’allumage, sur le plan de la pensée comme sur les plans sécuritaire et militaire. Confrontés à une peste verte se répandant à une vitesse prodigieuse, un fléau planétaire désormais doté d’un outil de propagande et de recrutement jusque-là inconnu dans l’histoire de l’humanité (Internet et les réseaux sociaux), les politiques, la hiérarchie policière et les technocrates de tous bords ont été incapables de réadapter leurs catégories mentales, de secouer la lenteur de leurs appareils administratifs et de prendre à temps la mesure du danger. L’aveuglement collectif était tel qu’au cours des deux ou trois dernières décennies, les partis de gouvernement ont également renoncé à mettre en oeuvre des politiques d’intégration mieux adaptées à une immigration extra-européenne d’origine majoritairement musulmane. Or, la première affaire dite du foulard islamique remonte, en France, à 1989. Quant à nos pieux sociologues, ils nous expliquaient déjà que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes multiculturalistes et que l’islamisme lui-même refluait : la plus sûre façon de paralyser toute prise de conscience et toute action. Quand il se fera de plus en plus revendicatif au fil des années 2000 puis 2010, au point de réclamer des aménagements législatifs nous projetant plusieurs siècles en arrière, la France de gauche dira : “Respect de la diversité !”. Au printemps dernier, dans la commune de Seine-Saint-Denis où je vis, il revient toutefois au maire de droite d’avoir émis une circulaire donnant pour consigne à sa police municipale de ne pas verbaliser les dames portant le voile intégral, autrement dit de ne pas appliquer la loi votée par le Parlement en 2010. On peut donc considérer que la lâcheté a traversé l’ensemble de la société comme de l’échiquier politique. Depuis qu’une nouvelle judéophobie de facture arabo-musulmane explose dans ce pays et tue sur le sol français, y compris des enfants, les Français n’ont pas non plus compris que quand les nuages s’amoncellent au-dessus des juifs, l’orage est bientôt pour tous. Plus largement, il me semble que les Européens ont depuis si longtemps dissipé le cauchemar des guerres de Religion qu’ils ont eu beaucoup de mal à percuter l’ampleur de la menace djihadiste. Or, l’on peine toujours à “voir” ce que l’on peine à “concevoir”. (…) C’est le principe du déni, d’autant plus étrange que les islamistes ne se limitaient pas à proclamer haut et fort la haine absolue qu’ils portent au meilleur de notre civilisation : ils ont joint la parole aux actes. Que nous fallait-il de plus pour redescendre de Mars, nous arracher à notre somnambulisme, percuter la réalité de la menace et cesser de rejouer, chaque fois, la sidération ? Rien, si ce n’est l’extraordinaire puissance du déni. En ce sens, l’ennemi est aussi en nous-mêmes. C’est un des versants de la guerre où nous sommes engagés. Et non des moindres. Il va nous falloir d’urgence retrouver le sens des mots et réapprendre à bien nommer les choses pour cesser de nous tirer une balle dans le pied et d’ajouter au malheur du monde. Seulement voilà : ceux qui osaient jusqu’à présent nommer l’ennemi étaient taxés de néoréactionnaires (j’en fais partie) et accusés de faire le jeu du Front national. On connaît le bon vieux principe : brisons les avertisseurs d’incendie et le feu s’éteindra de lui-même. Alexandra Laignel-Lavastine
Pour les délits commis par des criminels possédant une nationalité étrangère et qui sont enregistrés dans un centré de réfugiés, nous classons immédiatement le dossier sans suite.  Il y a de strictes instructions venant de la hiérarchie pour ne pas reporter les crimes et délits perpétrés par les migrants. Seules des requêtes directes émises par des journalistes ou des médias peuvent être suivis d’effet. Haut gradé de la police allemande
Il y a des faits particulièrement spectaculaires qui ont attiré l’attention et les projecteurs, mais si on se base sur les données du ministère de l’Intérieur ou du service de protection de la communauté juive qui recense toutes les attaques et agressions antisémites, on s’aperçoit qu’on a une tendance très marquée à la hausse depuis une quinzaine d’années. Il y a des phases de ressac et de reflux, mais si on regarde sur une longue période, on peut dire que la violence antisémite a considérablement progressé, voire même explosé certaines années. C’est le point de départ de notre travail d’investigation qui était de voir comment une catégorie de la population soumise à ce changement assez brutal de sa situation sécuritaire a été amenée à réagir sur différents registres : stratégies résidentielles ou scolaires, comportements électoraux, et lien avéré ou non avec un autre phénomène qui a énormément progressé ces dernières années, à savoir l’alya, le départ des Juifs vers Israël. Pour ce qui est de la progression des actes antisémites, on a fait figurer dans le livre toute une série de graphiques qui montrent cela de manière très précise. Même dans les phases d’accalmie et de répit, on est au minimum à 400 ou 500 actes antisémites par an alors qu’on était à moins de 100 à la fin des années 1990. Le deuxième point à noter, c’est que cette dynamique de progression est très fortement corrélée à long terme mais aussi de manière ponctuelle avec la situation au Proche-Orient. On est donc sur le schéma d’une « importation » du conflit israélo-palestinien, notamment l’Intifada, sur le territoire français. On constate une explosion de la violence antisémite dès 2000 et le début de la deuxième Intifada jusqu’à environ 2005. Ensuite, à chaque fois que la situation se tend ponctuellement en Israël ou en Palestine et que l’armée israélienne lance des opérations à Gaza, on a eu dans les semaines qui ont suivi des pics de violence et d’actes antisémites en France. (…) Il y a tout d’abord cette montée très forte des actes antisémites en France, qui est naturellement ressentie par la population juive. Deuxièmement, il ne faut pas oublier que par rapport aux autres pays européens, la France se distingue de deux manières. D’une part, c’est le pays qui possède la plus importante communauté juive d’Europe, en nombre de personnes. Et ensuite, c’est également le pays où la population issue de l’immigration et la population musulmane est la plus importante d’Europe. Comme les actes antisémites sont fortement liés dans le temps avec la situation du Proche-Orient, on a l’une des clés d’explication de ce ressenti particulièrement alarmiste et inquiétant de la population juive française. Non seulement la corrélation entre les actes antisémites et le conflit israélo-palestinien est objectivement prouvée par les chiffres, mais elle est également ressentie comme telle par les individus eux-mêmes. Nous nous sommes rendus compte dans le cadre d’entretiens que nous avons menés pour cette enquête que cela avait été intégré par toute une partie de la population juive, qui est bien consciente de la possibilité de « représailles » ici en France lorsque l’armée israélienne agissait au Proche-Orient. Certains d’entre eux nous ont expliqué qu’ils modifiaient leurs habitudes, leurs parcours et leurs déplacements en fonction du calendrier des événements au Proche-Orient. Cette contrainte est très bien intégrée en France, peut-être plus qu’ailleurs. Le traitement médiatique est peut-être plus important ici qu’ailleurs, mais le niveau de menace et d’antisémitisme est objectivement plus élevé chez nous que chez nos voisins européens. (…) On montre dans le livre que si on se place du point de vue de l’opinion publique, on constate un basculement assez clair mais ancien dans la relation entre les Français et Israël. Jusqu’à la guerre des Six Jours, on a un présupposé largement en faveur d’Israël en France. A partir de cette victoire israélienne et de l’occupation d’un certain nombre de territoires palestiniens, les choses se sont équilibrées. Ce rééquilibrage ne se fait pas forcément au profit des Palestiniens, mais plutôt à l’opinion « ni l’un ni l’autre ». Cette posture attentiste ou désengagée de la part d’une grande majorité de Français a gagné en puissance au fur et à mesure que le temps passait et que la résolution du conflit apparaissait de plus en plus hors de portée. Aujourd’hui, toutes les enquêtes qu’on mène régulièrement lorsqu’il y a des phases de tension dans cette région du monde montrent qu’une grande majorité de Français (70%) ne donnent leur sympathie ni aux uns ni aux autres. Du point de vue de l’opinion publique, nous ne sommes donc pas aujourd’hui dans une posture majoritairement pro-palestinienne. En revanche, la prédisposition à être plutôt clément envers Israël s’est considérablement estompée. C’est déjà beaucoup, car vous passez d’un sentiment d’être soutenu à un sentiment beaucoup plus neutre. Ce sentiment d’éloignement ou d’incompréhension a par ailleurs aussi été alimenté par le fait qu’au début des années 2000, toute une partie de la classe politique et médiatique a minoré l’explosion de la violence antisémite. Cela a été très mal vécu par toute une partie de la population juive qui s’est sentie incomprise et abandonnée. Donc il y a à la fois le fait de se dire : « en tant que Juif nous avons un lien particulier avec Israël et la société française est devenue anti-israélienne ». Ce n’est pas vrai. Ce qui est vrai, c’est qu’elle est moins pro-israélienne qu’elle ne l’était il y a 30 ans. Et d’autre part, « nous vivons en tant que Juif une situation très difficile, et les gens nous disent que nous exagérons ou que ce sont de faux problèmes ». Cela renvoie à ce qu’il s’était passé dans les années 1990-2000 où une partie de la gauche disait qu’il n’y avait pas vraiment d’insécurité mais plutôt un sentiment d’insécurité. C’est un peu le même phénomène ici. Or, cet électorat juif, qui est à la base diversifié mais qui avait historiquement des liens forts avec la gauche, s’est petit à petit détourné de la gauche parce qu’une bonne partie des électeurs avaient le sentiment que la gauche ne les soutenait plus et ne les comprenait plus. On voit donc qu’il s’est vraiment passé beaucoup de choses au tournant de ces années 2000, au moment de la deuxième Intifada, quand la gauche est au pouvoir en France.  (…) Nous citons dans notre livre un certain nombre de sources, notamment les rapports de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, qui montrent qu’on a une surreprésentation des milieux « arabo-musulmans » dans la commission de ces actes. La violence antisémite provenant de l’extrême-droite continue d’exister, mais elle est aujourd’hui minoritaire. Il y a toute une série d’actes antisémites commis dans des quartiers difficiles de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne, qui relèvent de la délinquance pure et simple mais qui visent la communauté juive : racket, kidnapping, etc. Ces voyous habillent leurs actes par des motivations politiques, en affirmant par exemple qu’ils se vengeaient de ce que faisait Israël aux populations arabes, même si le but premier reste tout simplement de leur piquer leur argent et leur portable. (…) Le chiffre record de 7231 personnes passées par les services de l’Agence juive pour émigrer en Israël en 2014 est donc la conséquence de l’affaire Merah en 2012. On a eu ensuite en 2014 les émeutes dans des quartiers juifs de Sarcelles et devant une synagogue de la rue de la roquette à Paris. Pour couronner le tout, on a début 2015 la question de l’Hyper Cacher. D’après les chiffres communiqués en fin d’année par l’agence juive, on est à 8000 départs pour 2015. C’est donc une hausse, mais moins forte que ce que certains annonçaient. Toutefois, on n’a pas encore eu dans ces chiffres « l’effet 2015 », donc on peut s’attendre à voir ce chiffre continuer de progresser l’année prochaine. C’est quand même un signe que les choses vont assez mal en France dans notre société démocratique. De plus, on se focalise sur les départs en Israël mais notre enquête montre qu’il y a peut-être autant de personnes qui envisageraient d’aller en Australie, au Canada ou aux Etats-Unis. Nous avons toutefois conscience de l’argument qui consiste à pointer le fait que l’agence juive ne donne jamais les chiffres des personnes qui reviennent en France. Apparemment, ces chiffres seraient assez élevés car la greffe ne prend pas forcément là-bas, avec les soucis de langue, le système de protection sociale qui est radicalement différent, la société et la culture qui sont radicalement différentes de ce qu’on a chez nous… On a un nombre de retours importants, mais ce qui nous intéresse ici dans notre analyse de la société française, c’est de mesurer l’ampleur des départs et de comprendre ce que cela veut dire. Jérome Fourquet
Je vais revenir sur les liens entre Daesh et le Front National, enfin les liens… pas les liens directs entre Daesh et le FN mais ce repli identitaire qui finalement est une communauté d’esprit, parce que l’idée pour Daesh c’est de pousser la société française au repli identitaire ? Jean-Jacques Bourdin
[le djihadisme français et la poussée du Front national] sont deux phénomènes congruents, qui se ressemblent. Dans les deux cas, il y a une inclusion de plus en plus faible. Dans les quartiers défavorisés des banlieues populaires, la perspective d’avoir un emploi est de plus en plus faible, donc à partir du moment où il y a le sentiment que l’école ne sert à rien, d’une certaine façon les valeurs qu’elle porte sont jetées avec l’eau du bain par ceux qui sont marginalisés. Du côté de l’extrême droite, il y a un phénomène qui n’est pas complètement différent, qui touche d’autres personnes. Gilles Kepel
Monstrueuses photos. Mme Le Pen : incendiaire du débat public, faute politique et morale, non-respect des victimes… #FNhorsjeu Manuel Valls
Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… Mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable (…) Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. (…) Nous avons subi un acte de guerre. C’est une véritable guerre qui nous a été déclarée. Nous devrons l’affronter et la gagner. Manuel Valls
Quand on n’a que l’amour à offrir en prière pour les maux de la terre  … La LICRA
Un conducteur renverse plusieurs piétons dans Jérusalem Est.  BBC
Israël est confronté à une nouvelle forme d’attaques, un terrorisme « low cost » impossible à prévenir, dont l’impact psychologique est redoutable : la voiture bélier. (…) Il s’agit de la seconde attaque de ce genre de la journée et la troisième en deux semaines, qui confirment les craintes d’une spirale de violences dans la Ville sainte. (…) L’attaque est « une conséquence directe de l’incitation d’Abbas et de sa collaboration avec le Hamas », a déclaré le chef du gouvernement, lors d’une cérémonie à la mémoire d’Yitzhak Rabin, assassiné il y a dix-neuf ans. Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce, le ministre de l’économie Naftali Benett a qualifié Mahmoud Abbas de « conducteur de la voiture de la mort à Jérusalem, tandis que les terroristes sont simplement ses passagers ». (…) M. Nétanyahou avait déjà mis en cause M. Abbas, en raison de ses appels à défendre « par tous les moyens » la mosquée Al-Aqsa contre la volonté de la droite dure israélienne d’y obtenir le droit de prier pour les juifs. « Le gouvernement maintiendra scrupuleusement le status quo sur le mont du Temple », a déclaré dimanche Mark Regev, le porte-parole de M. Nétanyahou. Des propos qui n’ont guère apaisé la colère palestinienne. (…) La nouvelle attaque à la voiture bélier, survenue mercredi dans la Ville sainte, a eu lieu sur une artère symbolique, entre le quartier ultraorthodoxe de Mea Shearim et Jérusalem-Est. Elle confirme la dégradation constante de la situation à Jérusalem depuis le début du mois de juillet, juste avant le début de l’opération « Bordure protectrice » dans la bande de Gaza. Dans certains quartiers arabes de l’est et du nord de la ville, les émeutes se sont multipliées. Le gouvernement a considérablement renforcé les effectifs dans la ville. Au total, depuis le début de juillet, plus de 900 personnes ont été arrêtées, dont 300 condamnées. Ces dix derniers jours, plus de 110 personnes impliquées dans des troubles ont été interpellées. La hiérarchie policière promet le rétablissement de l’ordre et rejette toute idée d’embrasement. Des blocs de béton ont commencé à être installés, dans la soirée, le long du parcours du tramway, pour empêcher des véhicules de s’engager sur les rails. Mais ces nouvelles attaques démontrent l’inefficacité de l’approche purement sécuritaire choisie par le gouvernement israélien. Ce dernier entend par ailleurs poursuivre la politique du fait accompli, en ce qui concerne le développement des colonies en Cisjordanie et dans la périphérie de Jérusalem. Isolés, discriminés, les Palestiniens vivant à Jérusalem grondent. « Il s’agit d’un rejet populaire de l’autorité israélienne, non organisé, jeune et sans leaders, explique Menachem Klien, professeur au département d’études politiques à l’université Bar-Ilan. On peut la qualifier d’intifada locale. » Sur les réseaux sociaux, certains Palestiniens s’interrogeaient déjà, dans les heures qui ont suivi l’attaque : le gouvernement israélien va-t-il aussi leur interdire la voiture ? Le Monde
Les enquêteurs écartaient jusqu’ici la piste terroriste dans l’attaque contre des militaires devant la grande mosquée de Valence. Mais des «images de propagande jihadiste» ont été retrouvées sur l’ordinateur du forcené. Le procureur de Valence a évoqué un acte isolé et les propos confus du jeune homme. Une enquête est ouverte pour «tentative d’homicide». Un domicile et un véhicule ont été perquisitionnés mais aucune arme n’a été retrouvée. Les premiers éléments ne montraient aucun signe de radicalisation du jeune homme. Mais des images de propagandes jihadistes ont été retrouvées sur son ordinateur. Vendredi après-midi, il fonçait, à bord de son véhicule, sur les quatre militaires en faction devant la grande mosquée de Valence. Lors de l’attaque il aurait crié « Allah est grand ». Entendu par des enquêteurs, les propos de l’homme âgé de 29 ans sont confus. Il aurait à la fois déclaré vouloir « tuer » des soldats et exprimé sa volonté de se « faire tuer par des militaires. » Alex Perrin, procureur de la République de Valence, a assuré lors de sa conférence de presse que l’individu « n’était pas connu des services judiciaires, pas d’antécédents pénaux. A priori il était inconnu également des services du renseignement ». « C’est quelqu’un qui est un musulman pratiquant, puisqu’on sait qu’il fréquentait habituellement la mosquée de Bron », a précisé le procureur. La piste terroriste est pour l’instant écartée par les enquêteurs. L’épouse, qui s’est dite « très surprise », par le geste de son mari a également été entendue. RFI
Au lendemain d’une attaque contre des militaires stationnés devant la grande mosquée de Valence (Drôme), le procureur de la République Alex Perrin a affirmé, samedi 2 janvier, que la piste terroriste était actuellement écartée. M. Perrin a évoqué le « comportement d’un individu solitaire » et affirmé que « rien ne renvoie à l’appartenance à un réseau quelconque ».Vendredi après-midi, un homme âgé de 29 ans,  ori L’agresseur, qui aurait dit « Allahou akbar ! » (« Dieu est le plus grand ! ») lors de l’attaque, semble avoir « un lien avec une certaine religiosité », a ajouté M. Perrin. L’homme a tenu des propos « confus » aux secouristes, auxquels il a déclaré qu’il souhaitait « se faire tuer par des militaires et tuer des militaires », au motif que ceux-ci « tuaient les gens ». Ni arme ni explosif n’ont été trouvés à l’intérieur de la Peugeot 307 break rouge utilisée par l’agresseur, et la section antiterroriste du parquet de Paris a décidé de ne pas se saisir du dossier, qui reste aux mains du parquet de Valence. (…) De Jordanie, où il est en déplacement, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a salué samedi le « sang-froid » des soldats déployés dans le cadre de l’opération « Sentinelle », visant à protéger des édifices à risque sur l’ensemble du territoire. L’attaque « montre que “Sentinelle” est une opération dangereuse et qu’il faut faire appel à des militaires parce qu’ils ont cette expérience-là, de vigilance, de sang-froid », a affirmé M. Le Drian. « Ils ont été tout à fait à la hauteur de leur tâche », a-t-il poursuivi. L’un des quatre militaires a été touché par le véhicule et légèrement blessé au genou et au tibia. Manuel Valls, le premier ministre, a également fait part de son « soutien aux militaires attaqués ». Le Monde
Selon des sources proches de l’enquête, l’individu abattu ce jeudi devant un commissariat du 18e arrondissement de Paris serait un homme de vingt ans né au Maroc, connu des services de police pour une affaire (…) Seule certitude: il portait sur lui un papier figurant le drapeau de Daech et expliquant sa volonté de « venger les morts en Syrie ». Selon BFMTV, il aurait prêté allégeance, dans ce document, à Abu Bakr al-Baghdadi, le leader de l’organisation Etat islamique. Sur iTélé, la Garde des Sceaux Christiane Taubira indique que l’individu était « fiché pour des actes de petite délinquance », qu’il « n’a aucun lien avec la radicalisation violente ». Une source proche de l’enquête précise à L’Express qu’il était inconnu des services de renseignement. Selon la locataire de la place Vendôme, l’acte commis ce jeudi pourrait traduire « des signes de déséquilibre ». Pourtant, selon une source policière contactée par L’Express, les enquêteurs affirment ne pas disposer « pour l’instant d’éléments pouvant faire penser à un déséquilibré ». L’Express
Un mineur, vraisemblablement déséquilibré, a blessé légèrement avec une machette un homme qui portait une kippa ce matin à Marseille, en pleine rue, avant d’être interpellé par la police et de revendiquer un geste antisémite, a indiqué une source policière. Le jeune homme, né en 2000, a porté des coups à la victime devant la mairie du 9e arrondissement de Marseille, devant des témoins, et a laissé l’arme sur place, a précisé cette source. La victime a été légèrement blessée au dos et à la main. Parti en courant, l’auteur présumé a été interpellé dix minutes plus tard par la brigade anti-criminalité (BAC) à qui il a tenu des propos incohérents. « L’individu ne semble pas jouir de toutes ses facultés », a précisé une source proche du dossier. Le Figaro
Même si on en parle, les extrêmes se saisiront du débat. Moi, je note quand même  (…) que la police a dit que ces hommes étaient tres alcolisés. Et je me demande si justement il n’y a pas une espèce de réaction, d’explosion de la part de ces gens qui n’ont jamais eu droit à l’alcool et auquel le coran l’interdit. Ils arrivent en Allemagne et ils boivent et là ils tiennent pas le coup (…) Ah bien, ce n’est pas une circonstance atténuante, c’est une circonstance aggravante. Michèle Cotta
Un ami a eu récemment cette phrase très juste : Vous n’avez vu que la bande-annonce du film Les Migrants. Les migrants climatiques vont suivre et toutes les autres formes ensuite. A partir du moment où on admet que les libertés sont fondamentales, la première liberté c’est celle de circulation. Et donc les gens vont venir et c’est très bien. (…) Ces gens-là vont faire de l’Europe, la première puissance du monde. L’intégration espagnole et italienne en Belgique est un succès. On ne voit que les problèmes de l’intégration musulmane mais pas les succès qui sont nombreux. En France, on a quelque 5 millions de musulmans dont 98 % s’intègrent, sont médecins, avocats, journalistes. Normalement, ce qui se passe avec les migrants devrait entraîner la construction d’une Europe plus intégrée, plus puissante, se donnant les moyens de recevoir ces personnes. Leur arrivée est une incroyable chance car cela transforme la démographie européenne. Et nous, au contraire, on a une réaction de petits. Jacques Attali
Nous vivons aujourd’hui sous un régime d’apartheid. Comment qualifier cela autrement quand nous construisons des routes réservées aux juifs ? (…) Les Israéliens ont décidé de croire qu’ils ont essayé de faire la paix avec les Arabes et que les Arabes n’en ont pas voulu. Je ne dis pas que les Palestiniens n’ont pas leur part dans cet échec. Derrière le discours sur le processus de paix, il y a la colonisation : tout en négociant, les gouvernements investissent des milliards dans les territoires occupés palestiniens. Ehud Barak a plus investi dans les territoires que Benyamin Nétanyahou. Pour régler le problème israélo-palestinien, il faut une vraie co-volonté. (…) Ce sentiment a toujours existé en Israël. La société israélienne ne s’est jamais considérée comme partie prenante de l’espace proche-oriental. Nous sommes restés comme une chair étrangère dans cette région. Personnellement, j’aurais souhaité qu’Israël passe des alliances avec les forces démocratiques chez ses voisins plutôt que d’encourager la montée du fondamentalisme islamique comme il l’a fait dans les années 1980 en favorisant le Hamas – pour contrer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). J’aimerais qu’on ait des rapports de voisinage. C’est évidemment un fantasme et personne ne pense dans ces termes aujourd’hui. L’Etat d’Israël est surtout occupé à souffler sur les braises des conflits qui l’entourent ou à chercher à les exploiter à son profit. Il ne considère pas ses voisins comme dignes de confiance. (…) Dans un monde idéal, nous vivrions ensemble avec les Palestiniens dans un seul Etat démocratique, avec des droits égaux pour tous. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal et, ce qui se dessine, c’est un Etat non démocratique dans la seule manière de vivre est de verser le sang. Si un seul Etat binational et démocratique est mon idéal, je respecte la volonté des peuples. Et il est vrai que le peuple palestinien aspire pour le moment à se construire seul. (…) Au milieu des années 1980, quand j’allais à Gaza, l’atmosphère était très différente. C’était l’Intifada des pierres. Gaza n’était pas la prison à ciel ouvert qu’elle est devenue aujourd’hui. Il y avait beaucoup d’échanges. Je ne dis pas que la situation était rose, mais la rencontre était possible ainsi que les échanges entre Israéliens et Palestiniens. Avec ce qui s’est passé ces dix dernières années, la coupure totale entre les deux sociétés, les Israéliens ne connaissent plus Gaza ni ses habitants. La « démonisation » de l’autre est devenue totale. Chacun est devenu un monstre pour l’autre. C’est d’ailleurs cette situation qui a peut-être conduit aux attentats-suicides. Il y a trop d’aliénation entre nos deux peuples. (…) Ma critique et mon désespoir sont le signe de mon appartenance et de ma fidélité à la tradition de la pensée critique propre au judaïsme. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est le fait que, ces deux dernières années, j’ai commencé à avoir peur d’exprimer mes idées. Ce qui se passe à l’intérieur de la société israélienne me fait plus peur que les couteaux. Plus que des coups de couteau, j’ai peur que l’on perde notre démocratie. Et je ne suis pas la seule. Nous commençons à nous méfier les uns des autres. Ronit Matalon

Attention: une société israélienne peut en cacher une autre !

A l’heure où, après un premier sursaut sur fond de déploiement militaire et de tirs à vue dans les rues mais aussi d’attaques au couteau ou à la voiture-bélier …

Une France et une Europe désormais à l’heure israélienne semble repartir, derrière les paroles fortes et les imprécations contre le seul FN, dans le déni le plus total …

Et qu’avec Charlie lui-même, c’est le Dieu judéochrétien lui-même qui se voit mis au pilori …

Pendant qu’à l’instar du dernier petit joyau de bienséance et bienpensance antiraciste de la LICRA, nos belles âmes nous rappellent que tout ça n’est qu’une affaire de déséquilibrés qui n’ont rien à voir avec le terrorisme ou les pauvres réfugiés de Merkel dépassés par leur nouvel accès à l’alcool et qui sont d’ailleurs « une incroyable chance » pour l’Europe …

Et que quand ils ne quittent pas le pays, les juifs français se voient incités à cacher leur kippa

Comment ne pas se sentir tout requinqué avec l’entretien que vient de nous dénicher Le Monde

De cette ancienne journaliste de Haaretz nous rappelant ô combien bien à propos …

Que bien plus grave que les couteaux et entre l’apartheid et la fin même de la démocratie, une société israélienne de repris de justice est encore bien pire que la nôtre ?

Ronit Matalon, écrivaine israélienne : « Nous vivons sous un régime d’apartheid »
Propos recueillis auprès de Ronit Matalon par Christophe Ayad
Le Monde
10 janvier 2016

Depuis l’automne 2015, Israël est frappé par une vague d’attaques au couteau. Des actes de violence imprévisibles, menés par des individus isolés. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ces attaques au couteau, ce n’est qu’un début. Il y aura autre chose. Je ne sais pas exactement pourquoi ces individus font cela, mais je suis sûre que ce serait une question pertinente à poser à nos services de renseignement. En tant qu’intellectuelle, je me pose des questions. Des questions que se posent des services de renseignement.

Je me contente de constater plusieurs choses. D’abord, l’occupation [des territoires palestiniens] est comme un malade en phase terminale et je m’étonne presque que tout cela ne soit pas arrivé plus tôt. Ensuite, je constate que la caractéristique fondamentale de la société israélienne est le déni. Elle est prisonnière de sa rhétorique sur la sécurité et la victimisation. Les Israéliens ne comprennent pas pourquoi on leur fait cela. Ils se voient comme des gens tellement bien ! Nous ne pouvons pas voir que, lorsqu’on ne laisse aucun espoir à un peuple, on le pousse à de tels actes. Ehud Barak [ancien premier ministre travailliste de 1999 à 2001], qui n’est pourtant pas quelqu’un dont j’ai une opinion très positive, a dit un jour que s’il avait été adolescent dans les mêmes circonstances, il aurait agi de la même manière.

Ce que je dis n’est, en aucune manière, une justification des meurtres et de la terreur. Seulement, la violence ne fait qu’entraîner la violence. Il y a une forme de loi de la violence qui finit par contaminer les peuples qui se libèrent pour devenir, au final, des sociétés non démocratiques, des sociétés qui tuent. La violence ne peut être contenue dans une boîte. Elle s’étend, chez les Arabes comme chez nous. Si l’on regarde la manière dont nous définissons notre ennemi, nous sommes passés du « terroriste arabe » à l’Arabe tout court et au juif tout court.

La société israélienne semble déchirée entre des groupes irréconciliables. Qu’est-ce qui la rassemble ?

Les militants d’extrême gauche en Occident, et même les juifs libéraux, ont beaucoup de mal à comprendre quelque chose de propre à la société israélienne : sa très grande hétérogénéité. On peut même parler d’un ramassis de communautés qui n’ont rien en commun. Ce qui cimente et fabrique la collectivité israélienne en ce moment, c’est l’ennemi. Les gouvernants successifs ont compris cette donnée et la manipulent à loisir.

Ça a été comme ça tout au long de l’histoire du sionisme, mais il y avait toutes sortes de freins aux dérives. Aujourd’hui, ces freins ont disparu et l’actuel gouvernement de droite ne craint pas d’affirmer qu’il veut un Etat juif, donc non démocratique. Il y a toujours eu une tension dans la définition de l’Etat d’Israël, dès son origine, entre l’identité juive et le caractère démocratique. Au sein du sionisme, qui abritait plusieurs courants, le moins démocratique a triomphé. Ce débat est devenu anachronique et le sionisme des débuts a vécu. Nous vivons aujourd’hui sous un régime d’apartheid. Comment qualifier cela autrement quand nous construisons des routes réservées aux juifs ?

Rien de ce qui se passe aujourd’hui n’était absent à l’origine de l’Etat d’Israël, en 1948. Il y a toujours eu une lutte sur l’identité de ce pays. Dans son ADN, Israël me fait penser aux sociétés fondamentalistes.

Certains analystes disent que le jour où Israël signera la paix avec les Palestiniens, la société israélienne entrera en guerre civile. Qu’en pensez-vous ?

Il ne faut pas penser en termes apocalyptiques. Il y a assez de freins dans la société israélienne pour que la guerre civile ne soit pas à l’ordre du jour. On a cru que l’assassinat d’Yitzhak Rabin entraînerait une prise de conscience de la droite israélienne. C’est absurde, les mêmes disent aujourd’hui des choses bien pires qu’en 1995. C’est comme si la société israélienne était totalement désinhibée et que l’on pouvait tout y dire. En fait, il n’y aura pas de guerre civile parce que l’autre camp, celui opposé à l’extrême droite et ses idées, est trop isolé. La majorité ne va pas barrer la route aux extrémistes pour défendre une minorité éclairée. Enfin, je ne crois pas à la guerre civile parce que c’est un argument utilisé par la droite pour effrayer l’ensemble de la société.

Etes-vous favorable à une reprise du processus de paix ou croyez-vous qu’il est trop tard pour une solution à deux Etats ?

Il est tout à fait possible que la solution à deux Etats soit devenue impossible, en effet. Le processus de paix est devenu un slogan. L’Etat d’Israël n’arrive pas à savoir ce qu’il veut être, ni la société. Les Israéliens ont décidé de croire qu’ils ont essayé de faire la paix avec les Arabes et que les Arabes n’en ont pas voulu. Je ne dis pas que les Palestiniens n’ont pas leur part dans cet échec. Derrière le discours sur le processus de paix, il y a la colonisation : tout en négociant, les gouvernements investissent des milliards dans les territoires occupés palestiniens. Ehud Barak a plus investi dans les territoires que Benyamin Nétanyahou. Pour régler le problème israélo-palestinien, il faut une vraie co-volonté.

Le monde arabe, tout autour d’Israël, est en ébullition. Avez-vous le sentiment de vivre dans un pays assiégé par la violence et les menaces ?

Ce sentiment a toujours existé en Israël. La société israélienne ne s’est jamais considérée comme partie prenante de l’espace proche-oriental. Nous sommes restés comme une chair étrangère dans cette région. Personnellement, j’aurais souhaité qu’Israël passe des alliances avec les forces démocratiques chez ses voisins plutôt que d’encourager la montée du fondamentalisme islamique comme il l’a fait dans les années 1980 en favorisant le Hamas – pour contrer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). J’aimerais qu’on ait des rapports de voisinage. C’est évidemment un fantasme et personne ne pense dans ces termes aujourd’hui. L’Etat d’Israël est surtout occupé à souffler sur les braises des conflits qui l’entourent ou à chercher à les exploiter à son profit. Il ne considère pas ses voisins comme dignes de confiance.

A quoi ressemblerait un monde idéal ?

Dans un monde idéal, nous vivrions ensemble avec les Palestiniens dans un seul Etat démocratique, avec des droits égaux pour tous. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal et, ce qui se dessine, c’est un Etat non démocratique dans la seule manière de vivre est de verser le sang.

Si un seul Etat binational et démocratique est mon idéal, je respecte la volonté des peuples. Et il est vrai que le peuple palestinien aspire pour le moment à se construire seul. Pour qu’il y ait un Etat unique dans cent ans, il nous faut passer par une phase où deux Etats cohabitent. Quand j’étais journaliste et que j’allais à Gaza, un de mes meilleurs amis palestiniens me disait : « Avant de parler de se mélanger dans un seul pays, il faut que nous apprenions à savoir qui nous sommes et qui vous êtes. » Tant qu’il n’y a pas d’identité autonome, partager un seul et même espace n’est pas possible. Quant à la solution à deux Etats, je ne sais pas comment elle sera mise en œuvre. Il pourrait tout à fait y avoir une présence juive dans un Etat palestinien, mais les colons n’en voudront pas, ni les Palestiniens.

Vous alliez à Gaza ? Bientôt, il y aura une génération de jeunes, Palestiniens comme Israéliens, qui n’aura jamais rencontré l’autre…

Au milieu des années 1980, quand j’allais à Gaza, l’atmosphère était très différente. C’était l’Intifada des pierres. Gaza n’était pas la prison à ciel ouvert qu’elle est devenue aujourd’hui. Il y avait beaucoup d’échanges. Je ne dis pas que la situation était rose, mais la rencontre était possible ainsi que les échanges entre Israéliens et Palestiniens. Avec ce qui s’est passé ces dix dernières années, la coupure totale entre les deux sociétés, les Israéliens ne connaissent plus Gaza ni ses habitants. La « démonisation » de l’autre est devenue totale. Chacun est devenu un monstre pour l’autre. C’est d’ailleurs cette situation qui a peut-être conduit aux attentats-suicides. Il y a trop d’aliénation entre nos deux peuples.

Israël vit dans un isolement de plus en plus grand au niveau international. Les campagnes de boycottage se multiplient et l’on assiste à une recrudescence de l’antisémitisme. Cela vous inquiète ?

Je ne sais pas, parce que je ne vis pas en Europe. Les critiques, justifiées, à l’égard de la politique menée par l’Etat d’Israël se doublent parfois d’un antisémitisme profond et très inquiétant. Mais le problème, c’est la réaction de l’Etat, qui considère que toute critique, même légitime, relève de l’antisémitisme. Nous sommes incapables de distinguer entre la critique valable d’Israel et antisémitisme. En agissant ainsi, le gouvernement israélien met en danger la vie des juifs en Europe et aux Etats-Unis. Le plus terrible, c’est la manipulation de la Shoah par les gouvernements successifs. Ils n’ont cessé de tirer des bénéfices de cette manipulation. Le pire attentat à la mémoire de la Shoah qu’on puisse commettre, c’est de l’utiliser pour justifier les actes les plus immoraux, comme les bombardements indiscriminés de Beyrouth ou de Gaza, où l’on a tué des femmes, des enfants…

Vous sentez-vous désespérée, menacée ?

Ma critique et mon désespoir sont le signe de mon appartenance et de ma fidélité à la tradition de la pensée critique propre au judaïsme. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est le fait que, ces deux dernières années, j’ai commencé à avoir peur d’exprimer mes idées. Ce qui se passe à l’intérieur de la société israélienne me fait plus peur que les couteaux. Plus que des coups de couteau, j’ai peur que l’on perde notre démocratie. Et je ne suis pas la seule. Nous commençons à nous méfier les uns des autres.

Ecrivaine israélienne, Ronit Matalon est née en 1959 à Gnei Tikva dans une famille originaire d’Egypte. Après des études de lettres, elle travaille comme journaliste pour le quotidien Haaretz, où elle couvre la bande de Gaza et la Cisjordanie entre 1987 et 1993. Elle a remporté en 2009 le prix de la Fondation Bernstein, qui récompense les auteurs d’expression hébraïque, pour son roman Le Bruit de nos pas (Stock, 2012). Aujourd’hui, Ronit Matalon, qui se présente comme « une Séfarade qui s’en est sortie », vit et enseigne à Haïfa. Son premier roman, De face sur la photo, est paru à l’automne dernier chez Actes Sud.

Voir aussi:

Israël: Arye Deri, repris de justice, nommé ministre de l’Intérieur
RFI

10-01-2016

En Israël, le chef du parti religieux ultra-orthodoxe, Arye Deri, 56 ans, a été nommé ce dimanche 10 janvier ministre de l’Intérieur. Un poste qu’il avait dû abandonner pour purger une peine de prison pour corruption. Il avait en effet déjà occupé le poste de ministre de l’Intérieur de 1988 à 1993. Il a ensuite été condamné en 2000 à trois ans de prison pour avoir touché un pot-de-vin de 155 000 dollars, ainsi que pour fraude et abus de confiance. Sa peine avait été réduite pour « bonne conduite ».
Avec notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul

Vingt-deux ans après, Arye Deri retrouve le poste qu’il avait été contraint d’abandonner après avoir été accusé de corruption, de fraude et d’abus de pouvoir. Condamné à trois ans de prison en 2000, il avait également été éloigné de la vie publique pour une période de sept ans sur ordre du tribunal.

Enfant prodige de la vie politique israélienne, devenu ministre de l’Intérieur une première fois à 29 ans, le rabbin Deri appartient au parti ultra-orthodoxe séfarade Shass. Réélu à la Knesset en 2015, il a occupé les fonctions de ministre de l’Economie puis de la Périphérie au sein de l’actuel gouvernement de Benyamin Netanyahu. Un portefeuille qu’il continuera à gérer après son retour au ministère de l’Intérieur.

Si sa nomination s’est faite sans problème au sein du gouvernement, les choses risquent d’être plus compliquées lors du vote à la Knesset cette semaine pour entériner le remaniement ministériel. Plusieurs ONG israéliennes ont également l’intention d’introduire un recours auprès de la Cour suprême pour tenter d’annuler la décision.

Le portefeuille de l’Intérieur s’est libéré le mois dernier. Le ministre en place, Silvan Shalom, a été contraint de démissionner après avoir été accusé par plusieurs femmes de viols et de harcèlement sexuel.

Voir également:

La piste terroriste pour l’instant écartée concernant l’attaque de militaires à Valence
Le Monde.fr avec AFP et Reuters

01.01.2016

Au lendemain d’une attaque contre des militaires stationnés devant la grande mosquée de Valence (Drôme), le procureur de la République Alex Perrin a affirmé, samedi 2 janvier, que la piste terroriste était actuellement écartée. M. Perrin a évoqué le « comportement d’un individu solitaire » et affirmé que « rien ne renvoie à l’appartenance à un réseau quelconque ».
Vendredi après-midi, un homme âgé de 29 ans, originaire de Bron, dans la banlieue lyonnaise, a foncé en voiture sur quatre militaires postés devant la mosquée. Le véhicule est revenu à la charge et les militaires ont ouvert le feu au deuxième assaut, blessant grièvement le conducteur au bras et à la jambe.

« Tuer des militaires qui tuent des gens »
L’agresseur, qui aurait dit « Allahou akbar ! » (« Dieu est le plus grand ! ») lors de l’attaque, semble avoir « un lien avec une certaine religiosité », a ajouté M. Perrin. L’homme a tenu des propos « confus » aux secouristes, auxquels il a déclaré qu’il souhaitait « se faire tuer par des militaires et tuer des militaires », au motif que ceux-ci « tuaient les gens ».

Ni arme ni explosif n’ont été trouvés à l’intérieur de la Peugeot 307 break rouge utilisée par l’agresseur, et la section antiterroriste du parquet de Paris a décidé de ne pas se saisir du dossier, qui reste aux mains du parquet de Valence.

L’agresseur, qui était inconnu des services de police, a été hospitalisé à Valence, sous le régime de la garde à vue, pour être opéré. Les ministères de la défense et de l’intérieur ont précisé que ses jours n’étaient pas en danger. L’homme devrait être entendu par les enquêteurs de la police judiciaire de Lyon dès que son état médical le permettra.

Les auditions de témoins, du voisinage et de la famille, commencées vendredi, se poursuivaient samedi pour tenter de déterminer les motivations de l’agresseur. Les militaires en faction étaient-ils la cible ? ou était-ce la mosquée, la seule de la ville mais l’une des plus importantes de la région ?

Le « sang-froid » des militaires

L’homme a agi entre deux offices, au moment où de nombreux musulmans étaient présents aux abords de la mosquée en ce jour de prière. Selon la préfecture, la grande mosquée de Valence est un lieu très calme, « où le culte se passe de manière apaisée ». Abdallah Dliouah, l’un des imams, a confirmé que la mosquée n’avait « jamais reçu de menace ». Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a condamné « avec la plus grande fermeté » une « agression lâche ».

De Jordanie, où il est en déplacement, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a salué samedi le « sang-froid » des soldats déployés dans le cadre de l’opération « Sentinelle », visant à protéger des édifices à risque sur l’ensemble du territoire.

L’attaque « montre que “Sentinelle” est une opération dangereuse et qu’il faut faire appel à des militaires parce qu’ils ont cette expérience-là, de vigilance, de sang-froid », a affirmé M. Le Drian. « Ils ont été tout à fait à la hauteur de leur tâche », a-t-il poursuivi. L’un des quatre militaires a été touché par le véhicule et légèrement blessé au genou et au tibia.

Manuel Valls, le premier ministre, a également fait part de son « soutien aux militaires attaqués ».

Voir encore:

L’assaillant présumé du commissariat de Barbès est-il « déséquilibré »?
Claire Hache et AFP

L’Express

07/01/2016

Selon des sources proches de l’enquête, l’individu abattu ce jeudi devant un commissariat du 18e arrondissement de Paris serait un homme de vingt ans né au Maroc, connu des services de police pour une affaire de vol en réunion en 2013 dans le sud de la France.

Peu d’informations ont pour l’instant fuité sur l’identité de l’homme abattu ce jeudi par la police devant un commissariat du 18e arrondissement de Paris. Selon des sources proches de l’enquête, l’homme était connu des services de police pour une affaire de vol en réunion en 2013 à Saint-Maxime, dans le Var.

A l’époque des faits, il avait déclaré aux gendarmes chargés de l’enquête s’appeler Sallah Ali. Il se présentait comme un sans domicile fixe, né en mai 1995 à Casablanca au Maroc. Ses empreintes digitales avaient alors été entrées dans le Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) et correspondent à celles de l’homme tué ce jeudi après devant le commissariat de la Goutte d’Or. Ce jeudi, les enquêteurs précisent à L’Express que l’individu ne dormait pas dans la rue, « ce qui n’exclut pas qu’il puisse être logé chez des amis ».

« Des signes de déséquilibre », selon Christiane Taubira
Seule certitude: il portait sur lui un papier figurant le drapeau de Daech et expliquant sa volonté de « venger les morts en Syrie ». Selon BFMTV, il aurait prêté allégeance, dans ce document, à Abu Bakr al-Baghdadi, le leader de l’organisation Etat islamique.

Sur iTélé, la Garde des Sceaux Christiane Taubira indique que l’individu était « fiché pour des actes de petite délinquance », qu’il « n’a aucun lien avec la radicalisation violente ». Une source proche de l’enquête précise à L’Express qu’il était inconnu des services de renseignement. Selon la locataire de la place Vendôme, l’acte commis ce jeudi pourrait traduire « des signes de déséquilibre ». Pourtant, selon une source policière contactée par L’Express, les enquêteurs affirment ne pas disposer « pour l’instant d’éléments pouvant faire penser à un déséquilibré ».

Voir encore:

L’homme abattu devant un commissariat du 18e vivait dans un foyer de réfugiés en Allemagne
L’Express avec AFP

L’Express

10/01/2016

La police allemande a perquisitionné un foyer de demandeurs d’asile dans l’ouest du pays. L’homme tué devant un commissariat à Paris y vivait. Son identité est toujours en cours de confirmation.
L’enquête avance sur l’homme qui a été tué devant un commissariat du 18e arrondissement de Paris jeudi. Un foyer de demandeurs d’asile a été perquisitionné samedi par la police régionale allemande. L’assaillant, dont l’identité n’est toujours pas confirmée, y vivait, ont indiqué dans un communiqué les forces de l’ordre Outre-Rhin.

Une demande d’asile déposée avec un troisième nom?
La police n’a pas précisé si cet homme était enregistré comme demandeur d’asile en Allemagne. Mais une source proche du dossier a indiqué à l’AFP que c’était effectivement le cas. Une carte SIM allemande avait été retrouvée en sa possession.

Selon des informations publiées dimanche par l’hebdomadaire allemand Welt am Sonntag, l’homme avait peint un symbole de l’EI sur un mur de son foyer. Le magazine Spiegel assure qu’il a posé dans le centre avec un drapeau de l’organisation, ce qui a amené les autorités locales à le classer comme potentiellement dangereux. Toutefois il a disparu de Recklingshausen au mois de décembre, ajoute Spiegel Online.

Welt am Sonntag précise pour sa part que l’homme s’était fait enregistrer en Allemagne sous quatre identités différentes et en donnant des nationalités variables, par exemple syrienne, marocaine ou encore géorgienne. Sa demande d’asile, elle, aurait été déposée sous le nom de Walid Salihi, selon le journal. Les autorités françaises avaient jusqu’à présent deux identités pour le même homme: Sallah A., le nom donné lors d’une précédente affaire en 2013, et Tarek B., comme il a été identifié par une famille en Tunisie.

« Aucun indice » d’autres attaques

Lors de la perquisition de ce foyer situé à Recklinghausen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, « aucun indice de possibles autres attaques » n’a été trouvé. Précisant avoir agi sur information des autorités françaises, la police judiciaire assure que « les enquêtes se poursuivent » et que les résultats de la perquisition vont encore être examinés en détail.

Un an jour pour jour après les attentats contre Charlie Hebdo, l’homme était arrivé en courant vers les policiers en faction devant le commissariat de la Goutte d’Or, un quartier populaire de Paris, en brandissant un hachoir de boucher, et muni d’un dispositif explosif factice. Il n’a pas répondu aux injonctions de s’arrêter des policiers, qui ont alors ouvert le feu. Une revendication djihadiste incluant une profession de foi de l’organisation Etat islamique a été retrouvée sur lui, selon les autorités françaises.

Voir de plus:

Marseille: un juif blessé avec une machette
Le Figaro avec AFP
11/01/2016

Un mineur, vraisemblablement déséquilibré, a blessé légèrement avec une machette un homme qui portait une kippa ce matin à Marseille, en pleine rue, avant d’être interpellé par la police et de revendiquer un geste antisémite, a indiqué une source policière.

Le jeune homme, né en 2000, a porté des coups à la victime devant la mairie du 9e arrondissement de Marseille, devant des témoins, et a laissé l’arme sur place, a précisé cette source. La victime a été légèrement blessée au dos et à la main.

Parti en courant, l’auteur présumé a été interpellé dix minutes plus tard par la brigade anti-criminalité (BAC) à qui il a tenu des propos incohérents. « L’individu ne semble pas jouir de toutes ses facultés », a précisé une source proche du dossier. Néanmoins, « l’affaire est prise très au sérieux par les enquêteurs », a expliqué la source policière.

« Une révoltante agression antisémite »

Selon le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), la victime est un enseignant d’une école juive. « L’enseignant de l’école juive a subi des blessures aux mains, s’est défendu et a mis en fuite son agresseur », écrit le Crif sur son compte Twitter. « L’enseignant de l’école juive a été poursuivi sur 50 mètres, sur le chemin de son travail ».

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a dénoncé lundi sur son compte twitter une « révoltante agression antisémite ». « Une enquête est « en cours sous l’autorité de la Justice », a-t-il ajouté.

Voir de même:

Israeli Author to Le Monde: ‘We Live Under an Apartheid Regime’

In an interview with the French newspaper, Ronit Matalon wonders why the current wave of attacks ‘did not happen sooner.’

Shlomo Papirblat

Haaretz

Jan 11, 2016

« We live under an apartheid regime, » read the headline in Le Monde’s interview with Israeli author Ronit Matalon. The article, which was published on Sunday, drew public attention, with more than 1,500 readers sharing it on Facebook.

The interview was held ahead of the publication of Matalon’s book, « The One Facing Us, » in French.

When asked about the current wave of attacks, she answered, « These knife attacks are just the beginning. »

« As an intellectual, I ask myself questions, » she continued. Calling the occupation a « terminally ill patient, » Matalon wondered « how all of this did not happen sooner. » She added, « I see that the fundamental characteristic of the Israeli society is denial. It is a prisoner of its own rhetoric on security and sacrifices. »

Later in the interview, Matalon stated: « There is no other we to define it – we are living under an apartheid regime. » She admitted that her biggest worry was her fear to express her opinions.

« What is happening in Israeli society is more frightening then knife attacks. I’m afraid of losing our democratic identity, » she said.

Voir par ailleurs:

Cologne: la chaîne publique allemande s’excuse pour ne pas avoir couvert les faits
7 sur 7
6/01/16

La chaîne publique allemande ZDF a présenté ses excuses pour avoir tardé, à l’instar de la plupart des grands médias nationaux, à évoquer les agressions sexuelles sur des femmes survenues le soir du Nouvel An à Cologne, ce qui suscite des critiques du public.

Le fait que le journal de 19h lundi soir « n’ait pas au moins mentionné les incidents était une négligence », écrit la rédaction du journal télévisé sur ses comptes Facebook et Twitter. Ne pas en parler lundi soir « était (…) clairement un jugement erroné », reconnait ZDF, dont la page Facebook est émaillée de commentaires de spectateurs mécontents: « ma confiance dans (cette chaîne), pour laquelle je paie des impôts, s’amenuise de plus en plus », écrit l’un deux, alors que d’autres s’étonnent que ZDF « passe sous silence depuis un certain temps certaines choses ».

Une centaine d’agressions
Attribuées à des « jeunes apparemment d’origine arabe », les agressions, plus d’une centaine au total, ont été commises sur des femmes la nuit du Nouvel an à Cologne (ouest), soit dans la nuit de jeudi à vendredi. Des faits similaires ont également été signalés à Stuttgart (sud-ouest) et Hambourg (nord). Plus d’une centaine de plaintes ont été déposées au final, selon un décompte de la police mercredi.

Nuit tranquille, selon la police
Mais le 1er janvier, soit le lendemain des événements, la police de Cologne a publié un communiqué faisant état d’une nuit sans incidents notables. Elle a commencé à donner de premiers éléments dans la journée du lundi à mesure que s’accumulaient les plaintes des victimes, avant que l’affaire ne prenne toute son ampleur mardi en Allemagne.

Emoi considérable
Elle a depuis provoqué un émoi considérable, le gouvernement condamnant les violences tout en s’inquiétant d’une stigmatisation des réfugiés. La police parle d’agresseurs d’apparence « nord-africaine » ou arabe ». La municipalité et la police de Cologne sont depuis sous le feu des critiques, le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière fustigeant notamment l’inaction des forces de l’ordre à Cologne le soir des faits.

« Rien jusqu’à lundi dans les journaux »
Plus globalement, le peu d’écho avant mardi des médias sur cette affaire est également mis en question. Le site spécialisé sur les médias, Meedia, a ainsi relevé qu’il a fallu « quatre jours » pour que l’affaire soit « relatée de façon exhaustive au niveau national ». « Lorsque l’on regarde (la presse nationale), il n’y a rien jusqu’à lundi sur ces incidents », poursuit Meedia. « Il a fallu quatre jours pour que la grande machine médiatique ne s’enclenche », épingle encore le portail.

« Presse mensongère »
L’affaire alimente du coup aussi les thèse complotistes et celles de mouvements hostiles aux réfugiés, à l’image de Pegida qui fustige régulièrement la « presse mensongère ».

Voir également:

Décryptage
Harcèlement du nouvel an: l’émoi allemand
Nathalie Versieux, Correspondante à Berlin

Libération

6 janvier 2016

Après des agressions sexuelles, la nuit du réveillon à Cologne, imputées à des hommes présentés comme des maghrébins, le débat sur les réfugiés s’envenime.

L’Allemagne est choquée par une forme inédite de harcèlement visant des femmes. Près de 150 agressions sexuelles, commises par des jeunes d’apparence maghrébine dans la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne, Hambourg et Stuttgart, provoquent une forte émotion dans le pays. Le gouvernement condamne les agressions. Tout en s’inquiétant du risque de stigmatisation des réfugiés.

Que s’est-il passé en cette nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne ?
Les témoignages sont concordants. A sa descente du train régional, à la gare centrale de Cologne, Anna, 27 ans, prend peur : «La place était pleine, presque que des hommes, quelques femmes terrorisées, que tous dévisageaient. J’avais l’impression d’être au marché aux bestiaux ! Presque aussitôt, j’ai senti une première main se glisser dans mon jean. Je me suis accrochée à mon ami, et nous avons pris la fuite…» «Je n’ai jamais vu autant de femmes pleurer», décrit pour sa part Steffi, travailleuse sociale de 31 ans. Arrivée elle aussi peu après minuit des environs de Cologne en train, elle est frappée par «la forte concentration d’hommes jeunes, d’apparence maghrébine, pour beaucoup ivres» qui se trouvent dans la gare. «Salope», «sale pute»… rapidement les insultes pleuvent. Dans un coin, une très jeune fille blonde pleure, le collant déchiré, la jupe de travers. Une femme de 60 ans raconte «avoir paniqué» lorsqu’elle s’est retrouvée «encerclée par de très jeunes hommes d’allure moyen-orientale», cherchant à lui toucher les seins ou à lui mettre la main dans le pantalon. Sous le coup de la peur, elle n’a pas remarqué la disparition de son porte-monnaie.

A Hambourg, un étudiant de 25 ans, Krill, assiste à trois scènes similaires en quelques minutes. «J’ai eu l’impression que ces hommes s’étaient donné le mot, qu’ils avaient décidé de se lâcher…» Plus de 100 femmes ont porté plainte depuis, pour vol et agression sexuelle, une pour viol. Toutes ont raconté avoir été encerclées par des groupes d’une dizaine à une vingtaine de jeunes hommes aux environs de la gare de Cologne. Les agresseurs, âgés de 15 à 35 ans et d’apparence maghrébine selon les victimes, se sont livrés à des attouchements, avant de voler portable ou sac à main. Des scènes similaires se sont également produites à Hambourg (une douzaine de plaintes) et Stuttgart.

«Nous avons affaire à une forme de criminalité organisée d’un type inédit», dénonce Wolfgang Albers, le patron de la police de Cologne, choqué du caractère systématique et du nombre important des agressions. On sait, à ce stade de l’enquête, qu’un millier de jeunes, pour la plupart ivres, se sont mis à jeter des pétards et des feux d’artifice dans la foule depuis le sommet des marches du parvis de la cathédrale peu après minuit, provoquant une première intervention des forces de l’ordre. «Les hommes se sont alors dispersés dans le noir en petits groupes», explique le porte-parole des forces de l’ordre.

C’est à partir de ce moment, entre minuit et 4 heures du matin, que se seraient produites la plupart des agressions. «On ne peut pas parler de 1 000 agresseurs, tente de rassurer la police de Cologne. Mais il est certain que les agresseurs se trouvaient parmi ce groupe d’un millier de jeunes hommes d’allure étrangère.» La police ne croit pas que les agressions de la Saint-Sylvestre soient le fait de demandeurs d’asile mais plutôt d’une ou plusieurs bandes de petits criminels maghrébins installés de longue date en Allemagne et pour certains déjà connus des forces de l’ordre. Le fait que certains aient parlé allemand confirmerait cette hypothèse.

Pourquoi l’affaire n’a-t-elle éclaté au grand jour que mardi ?
Au petit matin du 1er janvier, la police de Cologne, visiblement dépassée, dressait un bilan «positif» de la nuit de la Saint-Sylvestre : «Comme l’an passé, les festivités sur les ponts du Rhin, dans le centre de Cologne et de Leverkusen se sont déroulées de façon pacifique», annonce le communiqué officiel des forces de l’ordre. Plus tard dans l’après-midi, la police dresse un premier bilan de 30 plaintes de jeunes femmes agressées. Lundi, on passe à 60 plaintes. Le communiqué officiel parle cette fois de «violences d’une dimension inédite». Mardi, les cercles du pouvoir à Berlin prennent la mesure du scandale. Depuis, autorités fédérales et régionales se renvoient la balle. Le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, accuse la police de Cologne de «négligences». «J’attends des explications urgentes : ces agressions étaient-elles organisées ? S’agissait-il de Nord-Africains ? Et comment la police a-t-elle pu prétendre le lendemain que la nuit avait été paisible ?» Rainer Wendt, président de DPolG, un syndicat de la police, s’en prend lui au gouvernement : «Où se trouvaient les renforts de la police fédérale qui étaient prévus à Cologne le soir de la Saint-Sylvestre ? Dépêchés en Bavière, pour surveiller les frontières !» A Cologne comme à Hambourg, les forces de l’ordre ont visiblement été débordées par l’afflux de fêtards. Les jeunes femmes agressées rapportent toutes ne pas avoir noté de présence policière particulière à proximité. Une policière en civil ce soir-là figure même parmi les victimes.

Comment réagissent les autorités ?
Cette vague d’agressions provoque une vive émotion en Allemagne. Gouvernement et opposition condamnent les agressions. Tout en s’inquiétant du risque de stigmatisation des réfugiés. Depuis des mois, le débat politique se crispe en Allemagne autour de la question des migrants, à la veille de cinq scrutins régionaux en mars et en septembre. Le succès de mouvements tels que Pegida, ou la progression du petit parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AFD) expliquent la grande prudence de la classe politique sur la question des réfugiés. «Ces succès montrent qu’une partie importante de l’opinion se distancie des valeurs de la Constitution», souligne le politologue Timo Lochocki. Mardi, la chancelière, Angela Merkel, se disait «outrée par ces agressions abjectes et ces attaques à caractère sexuel», exigeant «une réponse sans faille de l’Etat de droit». «Nous devons tout mettre en œuvre pour retrouver les coupables sans délai, et les punir sans considérer leur apparence, leurs origines ou leur histoire personnelle», a précisé son porte-parole Steffen Seibert. Comme lui, la plupart des commentateurs, sans les citer, tentent de dissocier les agressions de la vague de demandeurs d’asile entrés en Allemagne depuis la fin du mois d’août. «On ne peut pas prétendre que ce genre d’agressions soit typique des Arabes ou des réfugiés, estime la verte Claudia Roth, vice-présidente du Bundestag. Il s’agit de violence masculine, et d’une tentative d’exploiter la Saint-Sylvestre comme si c’était une période de non-droit.» «Le fait que des personnes d’origine étrangère soient associées à ces faits ne doit pas conduire à ce que les réfugiés soient systématiquement soupçonnés», insiste le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière.

L’affaire sert-elle l’extrême droite ?
Le mouvement anti-islam Pegida et le petit parti AFD se sont déjà engouffrés dans la brèche. «Il est maintenant évident que la politique d’Angela Merkel a provoqué une crise dramatique, estime le président de l’AFD pour le Bade-Wurtemberg, Jörg Meuthen, à deux mois des élections régionales à Stuttgart. Les excès de violence de la Saint-Sylvestre sont les premiers effets d’un mélange explosif d’immigration incontrôlée, de défaillance de l’Etat de droit et de déni du politique.» La présidente de l’AFD, Frauke Petry, dénonce «des agressions rappelant la situation d’absence de droit qui régnait en Allemagne à la fin de la guerre». Jusqu’à un million de femmes avaient alors été victimes de viols, commis par des Soviétiques dans l’est du pays. «Si des demandeurs d’asile ou des réfugiés se livrent à de telles agressions, il s’agit d’une éclatante trahison des valeurs de l’hospitalité et cela doit conduire à la fin immédiate de leur séjour en Allemagne», estime pour sa part Andreas Scheuer, secrétaire général de la CSU, la branche bavaroise et conservatrice du parti d’Angela Merkel. La CSU réclame la limitation à 200 000 par an des nouvelles arrivées. En 2015, l’Allemagne a accueilli 1,1 million de demandeurs d’asile.

Voir aussi:

Acharnement de l’AFP: « Israël nomme un repris de justice Ministre de l’Intérieur »
Coolnews

10 janvier 2016

L’AFP a encore frappé. Avec la nomination d’Arye Deri à la tête du Ministère de l’Intérieur, l’Agence de presse a utilisé un titre qui sonne une nouvelle fois comme une charge contre Israël, qualifiant ce dernier de « repris de justice ».

Selon le Larousse, un « repris de justice » qualifie une personne condamnée au pénal. En ce sens, tout condamné peut être qualifié de ces mots. Mais réduire la qualité d’une personne à ce titre est une démarche foncièrement hostile.

On ne se souvient pas d’un tel rappel concernant les politiques arabes, dont la corruption est connue de tous, dans les dépêches de l’AFP.

Pour rappel, le précédent premier ministre français, Jean-Marc Ayrault avait lui aussi été condamné au pénal. S’en était suivi en France un débat sur le rappel de ce fait dans les articles décrivant M. Ayrault.

Il est instructif de rappeler l’avis du médiateur du magazine Le Point à ce sujet:

« Ainsi, si l’on s’en tient aux dispositions du Code pénal alors applicable, comme le maire de Nantes [Jean Marc Ayrault ndlr.] a exécuté sa peine, qu’il n’a pas subi de nouvelle condamnation et que, depuis, le délai d’épreuve de cinq ans est dépassé, Jean-Marc Ayrault bénéficie des dispositions de l’article 133-13 qui stipule que « la réhabilitation est acquise de plein droit », « après un délai de cinq ans à compter soit de l’exécution de la peine, soit de la prescription accomplie ». En clair, le casier judiciaire de Jean-Marc Ayrault est vierge, il est un citoyen comme un autre, il ne doit plus rien à la Cité, qui, d’une certaine façon, l’a absous. Dans l’équipe de modération, les partisans du « non à l’expression repris de justice » en concluent qu’à ce titre, réitérer le rappel de l’expression dans les commentaires n’a pas de portée argumentative, et relève finalement de l’invective gratuite qui dessert la tenue du débat, soit par aigreur, soit par esprit partisan. Ce serait d’ailleurs, selon eux, permettre qu’on salisse gratuitement l’honneur d’un homme que la société et sa justice ont entendu laver de l’infamie, et donc se placer inopportunément au-dessus d’elles. »

Et encore, cette analyse ne concerne pas l’utilisation du terme « repris de justice » dans le titre d’une dépêche mais le rappel d’une condamnation. L’AFP confirme donc selon les mots mêmes des médias français relever de l’invective gratuite quand il s’agit d’Israël, soit par aigreur soit par esprit partisan. Peut-être les deux?

Voir de plus:

Ayrault : dire ou ne pas dire « repris de justice » ?
L’expression, les commentaires la véhiculent des milliers de fois chaque jour. Elle embarrasse les modérateurs, qui se sont posé la question : au nom de quoi doit-on, peut-on, laisser répéter tant de fois que Jean-Marc Ayrault est un repris de justice ? En quoi cela sert-il le débat ?
Ludovic Pauchant

Le Point

15/05/2012

« Je ne savais pas qu’un repris de justice faisait un candidat potentiel pour le job de Premier ministre », s’agaçait, il y a quelques jours, Nederlander. Avec lui, des centaines d’autres internautes : alors que Jean-Marc Ayrault est pressenti Premier ministre du nouveau gouvernement, que François Hollande a juré mordicus qu’il ne s’entourerait pas d’un homme « jugé et condamné », les médias, puis les internautes, nombreux, sont montés au créneau. Et l’expression « repris de justice » a pris ses quartiers dans les commentaires.

Occulter, c’est travestir la vérité

Parce que nous avons conscience de la complexité de notre mission de modération des milliers de commentaires que chaque jour vous soumettez dans les colonnes du Point.fr, nous nous précipitons dans les impasses que l’actualité commande, pour tenter de définir collégialement ce qui relève du publiable, et sur quels critères. Parce qu’ils croient en la vertu du débat démocratique, les modérateurs font valoir leurs analyses, pour trouver un équilibre dans les choix de modération. Comme dans toute communauté, il arrive qu’ils peinent à s’accorder : nous y voilà, une nouvelle fois, avec cette expression « repris de justice ».

La question est posée : l’expression « repris de justice » apporte-t-elle quelque chose au débat, vaut-elle argument ? Au nom de l’histoire et d’une certaine idée de la vérité, certains modérateurs, comme certains lecteurs, estiment que oui. Notamment parce que Jean-Marc Ayrault est un personnage public, qu’il a été condamné dans l’exercice d’un mandat public, et que le citoyen doit pouvoir tout connaître de qui l’administrera. Occulter une condamnation relèverait, dès lors, du travestissement de la vérité. Stricto sensu, le Larousse leur donne raison, puisqu’il entend par « repris de justice », « toute personne ayant fait l’objet d’une condamnation pénale ». Du point de vue de la langue française, l’affaire pourrait donc s’arrêter là.

Le soupçon, un encombrant boulet

C’est oublier que le modérateur n’est pas qu’un « obsédé textuel » : comme pour chacune de vos contributions, il y cherche avec la patience de l’entomologiste l’intention communicative, c’est-à-dire ce que l’internaute a souhaité, même à demi-mot, exprimer. Pour, in fine, décider que le commentaire a sa place dans le débat, ou qu’il ne s’inscrit pas dans le cadre strict fixé par la charte de modération du Point.fr.

Or, ce que la solution fondée sur le sens propre de l’expression de « repris de justice » écarte, c’est que les mots, selon le contexte, prennent un sens nouveau dans les commentaires.

Alors, le problème se corse. La voix des partisans du « non » s’élève : utiliser l’expression « repris de justice », ce n’est pas tant évoquer une condamnation passée, mais, souvent, au mieux, laisser entendre qu’un soupçon de malhonnêteté plane sur la tête du Premier ministre présagé, comme un encombrant boulet. Ou, au pire, laisser entendre qu’il est susceptible de recommencer, et qu’à ce titre, il n’est pas digne de confiance, et même, dans certains commentaires, que le confirmer à de hautes fonctions publiques serait une escroquerie.

L’invective gratuite dessert le débat

Le droit, dans sa rigueur et sa relative neutralité, est alors, au moins intellectuellement, d’un louable secours. Ainsi, si l’on s’en tient aux dispositions du Code pénal alors applicable, comme le maire de Nantes a exécuté sa peine, qu’il n’a pas subi de nouvelle condamnation et que, depuis, le délai d’épreuve de cinq ans est dépassé, Jean-Marc Ayrault bénéficie des dispositions de l’article 133-13 qui stipule que « la réhabilitation est acquise de plein droit », « après un délai de cinq ans à compter soit de l’exécution de la peine, soit de la prescription accomplie ». En clair, le casier judiciaire de Jean-Marc Ayrault est vierge, il est un citoyen comme un autre, il ne doit plus rien à la Cité, qui, d’une certaine façon, l’a absous. Dans l’équipe de modération, les partisans du « non à l’expression repris de justice » en concluent qu’à ce titre, réitérer le rappel de l’expression dans les commentaires n’a pas de portée argumentative, et relève finalement de l’invective gratuite qui dessert la tenue du débat, soit par aigreur, soit par esprit partisan. Ce serait d’ailleurs, selon eux, permettre qu’on salisse gratuitement l’honneur d’un homme que la société et sa justice ont entendu laver de l’infamie, et donc se placer inopportunément au-dessus d’elles.

Justice et morale ?

Finalement, passée l’émotion des débats, la solution à cet épineux problème se trouve quelque part au confluent des questions qui en découlent.

Au nom de la morale, de ce qui est « bien » et « mal », si l’on s’en tient au Larousse, Jean-Marc Ayrault est un repris de justice. Au nom de la justice, il n’en est pas un. Privilégier la morale, c’est nier la justice, pilier démocratique et puissant outil de remise en ordre quand le chaos guette. Privilégier la justice, c’est accorder à l’État, et donc à la société, le droit de prendre lui-même le chemin qu’il estime bon pour lui, quitte à laisser derrière lui, sur ce chemin, une part de la vérité. En somme, c’est considérer que parfois, décréter la vérité a du bon, au nom d’intérêts considérés comme supérieurs, ou au moins indispensables à la vie dans la cité : le droit à l’oubli, le droit à une deuxième chance, la force « purgative » de la justice, le droit à la réhabilitation, voire à quelque chose comme le pardon et la rédemption. Mais cela suppose d’oublier un temps des droits considérés comme essentiels à l’exercice démocratique. Par exemple, le droit à la liberté d’expression, les dispositions relatives au droit de la presse.

Jugé, condamné…, réhabilité

Aucune solution n’affleure. Comment ne pas glisser de la modération vers la censure ? La question s’était déjà posée dans les cas, entre autres, des affaires Juppé et Fabius : la position traditionnelle des modérateurs a toujours été de ne pas laisser croire que la réitération de ce qui ressemble à des éléments de langage propagandistes pouvait tenir lieu d’arguments dans le débat. Peut-être, alors, cette solution est-elle la bonne, ni au-delà, ni en deçà. Car enfin, de quoi s’agit-il ? D’une affaire de marché public, d’un délit de favoritisme, il y a 17 ans, affaire à l’issue de laquelle Jean-Marc Ayrault a été jugé, condamné, puis réhabilité. Rien dont il ne puisse se vanter, mais rien, non plus, qui justifie une lapidation en règle. La littérature du passé nous ramène parfois au présent : pour un morceau de pain volé, l’émondeur de Faverolles est envoyé au bagne, honneur et probité avec lui. Victor Hugo l’a appelé Jean Valjean, en lui collant aux trousses l’inspecteur Javert, justicier de la Morale. Toute sa vie, Valjean est pourchassé, tout petit voleur qu’il fut un mauvais jour de disette. De Valjean à Ayrault, il y a un pas qu’il ne nous appartient pas de franchir. D’ailleurs, ce serait grotesque. Cela ne nous empêche pas d’en tirer un enseignement, et de trancher dans la question qui nous occupe : l’acharnement, quel qu’il soit, n’est pas une oeuvre utile. Et surtout, il nuit au débat.

Voir aussi:

L’affront fait à Jean-Marc Ayrault
Renaud Dély
Le Nouvel Obs

12-05-2012

En s’emparant de la condamnation de l’homme pressenti pour être le futur Premier ministre de Hollande, les responsables UMP se réfèrent au droit… et se mettent eux-mêmes hors la loi !
Jean-Marc Ayrault, dont le nom circule comme possible Premier ministre du président Hollande, est l’objet depuis quelques jours d’une virulente campagne. L’UMP s’est emparée de sa condamnation, en décembre 1997, à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis et 30.000 francs d’amende pour délit de favoritisme dans l’attribution d’un marché public.

En l’occurrence, les conditions de l’appel d’offres concernant le journal municipal de Nantes n’ont pas été respectées. Jean-Marc Ayrault a été condamné es qualités de maire pour avoir acté la création d’une association chargée de gérer la communication de la ville, laquelle a confié « sans mise en concurrence », la fabrication et l’impression de Nantes passion, le magazine municipal, à une entreprise privée.
Au demeurant, la faute demeure assez bénigne et nul n’a jamais soupçonné Jean-Marc Ayrault d’un quelconque enrichissement personnel ou de financement illicite de son activité politique.

On peut toutefois comprendre que la droite se soit saisie de cette vieille histoire pour tenter de mettre en contradiction François Hollande, lui qui s’était engagé au cours de sa campagne à ne s’entourer d’aucune personnalité « jugée et condamnée ». C’est de bonne guerre, même si la polémique ne vole pas très haut…

Le seul souci, c’est que les responsables UMP qui se réfèrent ainsi au droit… se mettent eux-mêmes hors la loi !

En effet, il semble que nul ne puisse mentionner publiquement la condamnation de Ayrault depuis décembre 2007. Après avoir payé la peine d’amende qui lui était réclamée, l’élu nantais bénéficie, comme tout justiciable, des effets de la réhabilitation. Celle-ci est acquise à l’issue d’un délai de cinq ans dans le cas d’une peine d’emprisonnement assortie de sursis simple, selon l’article 133-13 du Code pénal.

A ce premier délai de cinq ans, un second de la même durée s’ajoute à l’expiration duquel une condamnation à du sursis simple est dite « non avenue ».

Bref, attaqué par ses adversaires pour des faits qui ne peuvent plus être mentionnés publiquement, Jean-Marc Ayrault serait en droit de les poursuivre à son tour en diffamation. La justice a des subtilités qui échappent, bien souvent, à la violence du combat politique.

Voir aussi:

Alexandra Laignel-Lavastine : la fin de la récréation a sonné
Sacha

Danilette’s

17 décembre 2015
Voici l’ITW d’Alexandra Laignel-Lavastine par Sonia Mabrouk sur Public Sénat le 14 décembre 2015

« Je mets les pieds dans le plat, ça ne fait rien »…
Sonia Mabrouk : Alexandra Laignel-Lavastine, quel est votre regard, votre analyse sur ce second tour d’hier ?
-Alexandra Laignel-Lavastine : je pense que l’heure n’est vraiment pas au triomphalisme, le Front national ne cesse de progresser depuis des années, c’est ça la réalité à laquelle nous sommes confrontés et je crois que nous en sommes arrivés là parce que nous autres, politiques, journalistes, faiseurs d’opinion au sens large, nous avons eu très coupablement tendance au cours de toutes ces 15 dernières années à lui abandonner littéralement le monde et ses réalités déplaisantes, puisque tout de même une guerre vient de nous être déclarée, en se refusant à nommer l’ennemi, c’est à dire l’islamisme, en capitulant devant le communautarisme et tout ce qu’il implique de sexisme, d’antisémitisme, de vision complètement rétrograde de l’homme et de la société […] comment à force de lâcheté et comment à force de s’enfoncer dans ce véritable déni idéologique du réel, nous avons aujourd’hui 15 ans de retard à l’allumage face à la menace islamiste comme face à la progression du Front national.

On va en parler, on dirait dans votre discours que vous les mettez sur le même plan ? C’est une critique froide et sans concession des élites, élites politiques, élites médiatiques, élites intellectuelles, est-ce que vous dites que l’ascension de Marine Le Pen c’est en partie notre oeuvre ?
-oui tout à fait, ce qui m’a fait le dire aussi c’est un intellectuel d’origine musulmane laic et démocrate, je pense que les dissidents du XXIème siècle ce sont eux, c’est à dire ces hommes et ces femmes, il ne faut pas les oublier, qui se battent pour leur liberté et pour la notre et qui ne cessent depuis 10 ans de tirer la sonnette d’alarme sans qu’on les entende, je rappelle tout de même que l’intellectuel musulman préféré des plateaux de télévision pendant 10 ans c’était Taril Ramadan, alors qu’ils sont remarquablement courageux, et cet intellectuel me disait quoi, déjà au printemps, quelques mois après Charlie, il me disait qu’un certain nombre d’intellectuels européens progressistes ou qui se croient encore progressistes sont effrayants, ils se comportent comme des collabos, envers l’islam radical et l’islamisme, moyennant quoi ils pavent la voie à la droite extrême […]
Je crois que la distinction entre vrai et faux islam n’a pas de sens, une religion c’est ce que les hommes en font à un moment donné de l’histoire […] il faudrait aussi, c’est d’ailleurs ce que les intellectuels musulmans éclairés nous disent du matin au soir que les musulmans notamment les responsables musulmans français se posent aussi la question de savoir comment il se fait qu’il y a autant de branches pourries dans l’islam qui pourrissent le monde musulman et qui pourrissent le monde, on aimerait bien que cette question soit clairement posée […] il faudrait que l’islam et les musulmans eux-mêmes arrivent à réinsuffler une bonne dose de lumière dans un modèle culturel parce que les causes ne sont pas seulement économiques et sociales et là je crois qu’à répéter cela, cela revient à se tirer une balle dans le pied, les causes sont aussi culturelles et c’est cela qu’il faut nommer clairement

Vous dites aux élites : « stop, stop à l’aveuglement, stop au somnambulisme, il en va de notre survie »
-oui, il y va de notre survie, il y va de notre capacité à gagner la guerre et je crois vraiment qu’après Charlie et qu’après les tueries du 13 novembre, la fin de la récréation a sonné, on ne peut plus faire dans ce discours politiquement correct qui s’aveugle sur tout qui s’enfonce dans une folle spirale du déni et qui ne fait qu’une chose c’est faire monter le politiquement abject, c’est en ce sens que je dis qu’une partie de la gauche, non seulement n’a pas fait le jeu du Front national mais elle a fait bien pire : elle a fait campagne à la place de Marine Le Pen d’une certaine manière, parce que les gens sont exaspérés par cet aveuglement et c’est pour ça qu’ils se mettent à voter pour le Front national […]

Je ne mets pas le danger frontiste sur le même plan que le danger islamiste, les islamistes tuent, massacrent et il faut bien comprendre aussi que ce ne sont pas ni des loups solitaires, ni des déséquilibrés, ni une poignée de psychopathes comme on a tellement aimé se le répéter pour se rassurer, ni des victimes du racisme et des discriminations, cela revient à inverser, pas de culture de l’excuse qui frise vraiment l’indécence qui consiste à cracher sur les victimes, à cracher sur les morts et en plus à cracher aussi sur les vrais pauvres, sur les vrais défavorisés, ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne peut pas faire autrement que de tuer son prochain, j’aimerais bien qu’on les respecte aussi un peu, ce discours-là me parait d’une condescendance post-coloniale absolument insupportable, je ne les mets pas sur le même plan d’autant que le Front national joue le jeu démocratique, l’islam pas du tout qui est animé par un projet de société et c’est très important de le dire, notre ennemi c’est une idéologie totalitaire et meurtrière animé par un projet de société et par un projet de conquête et de destruction de l’Europe donc ce n’est pas sur le même plan mais la logique est celle de l’engendrement, plus on s’aveugle et plus on sert la soupe en quelque sorte au Front national et ce n’est pas la peine à chaque scrutin puisqu’il progresse inéluctablement jusqu’à présent, de pousser des hi et des ha et de se demander comment on en est arrivé là.

Voir également:

Alexandra Laignel-Lavastine :«Le déni idéologique du réel sera le plus difficile à abattre»
Anne-Laure Debaecker, Raphaël Stainville

Valeurs actuelles

07 Décembre 2015

L’Incorrect. Pour la philosophe Alexandra Laignel-Lavastine, les attentats en France n’ont fait qu’aggraver l’aveuglement des intellectuels et des politiques.

Dans la Pensée égarée, un essai prophétique paru en mai dernier, vous insistiez beaucoup sur cette « spirale du déni » où s’enfonce depuis des années, écrivez-vous, « la doxa bien-pensante », alors même qu’un islam de plus en plus agressif et revendicatif montait en visibilité. Avec le dur réveil des attentats, en sommes-nous enfin sortis ?

Depuis le temps qu’elle sévit, je crains fort que cette vulgate bien-pensante, qui ne cesse de se crever les yeux face à la montée de l’islamisme par crainte de nourrir l’“islamophobie”, n’ait trop profondément formaté les esprits pour que nous puissions espérer en être débarrassés de sitôt. Ce prêt-à-penser a en effet ceci de redoutable que sa toxicité s’étend bien au-delà de la sphère islamogauchiste. S’il constitue l’idéologie dominante, c’est qu’il sait jouer à merveille sur plusieurs ressorts : sur les bons sentiments bobos nunuches, sur l’envie d’être en paix plutôt qu’en guerre, mais aussi sur la peur et sur cette insondable paresse intellectuelle qui nous a jusqu’à présent rendus incapables de nous convertir au réel. Si tel n’était pas le cas, nous ne serions pas en train de prendre de plein fouet quinze ans au moins de capitulation devant le communautarisme, de complaisance à l’égard de l’islam radical et d’irresponsabilité face aux discours haineux et antisémites qu’on laisse prospérer à ciel ouvert en toute irresponsabilité. C’est parce que nous avons tout laissé passer que nous sommes aujourd’hui complètement dépassés.

Mais le problème n’est pas seulement politique. Gauche et droite confondues ont trouvé collectivement plus confortable de faire comme si nous n’avions pas d’ennemi pour la bonne raison que nous n’en voulions pas. Résultat : nous avons quinze ans de retard à l’allumage, sur le plan de la pensée comme sur les plans sécuritaire et militaire. Confrontés à une peste verte se répandant à une vitesse prodigieuse, un fléau planétaire désormais doté d’un outil de propagande et de recrutement jusque-là inconnu dans l’histoire de l’humanité (Internet et les réseaux sociaux), les politiques, la hiérarchie policière et les technocrates de tous bords ont été incapables de réadapter leurs catégories mentales, de secouer la lenteur de leurs appareils administratifs et de prendre à temps la mesure du danger. L’aveuglement collectif était tel qu’au cours des deux ou trois dernières décennies, les partis de gouvernement ont également renoncé à mettre en oeuvre des politiques d’intégration mieux adaptées à une immigration extra-européenne d’origine majoritairement musulmane. Or, la première affaire dite du foulard islamique remonte, en France, à 1989. Quant à nos pieux sociologues, ils nous expliquaient déjà que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes multiculturalistes et que l’islamisme lui-même refluait : la plus sûre façon de paralyser toute prise de conscience et toute action. Quand il se fera de plus en plus revendicatif au fil des années 2000 puis 2010, au point de réclamer des aménagements législatifs nous projetant plusieurs siècles en arrière, la France de gauche dira : “Respect de la diversité !”.

Au printemps dernier, dans la commune de Seine-Saint-Denis où je vis, il revient toutefois au maire de droite d’avoir émis une circulaire donnant pour consigne à sa police municipale de ne pas verbaliser les dames portant le voile intégral, autrement dit de ne pas appliquer la loi votée par le Parlement en 2010. On peut donc considérer que la lâcheté a traversé l’ensemble de la société comme de l’échiquier politique.
Depuis qu’une nouvelle judéophobie de facture arabo-musulmane explose dans ce pays et tue sur le sol français, y compris des enfants, les Français n’ont pas non plus compris que quand les nuages s’amoncellent au-dessus des juifs, l’orage est bientôt pour tous. Plus largement, il me semble que les Européens ont depuis si longtemps dissipé le cauchemar des guerres de Religion qu’ils ont eu beaucoup de mal à percuter l’ampleur de la menace djihadiste. Or, l’on peine toujours à “voir” ce que l’on peine à “concevoir”.

Mais tout de même, nous nous savons en guerre depuis les attentats du 11 Septembre, non ?

Oui, nous le savions, mais nous ne voulions pas le savoir. C’est le principe du déni, d’autant plus étrange que les islamistes ne se limitaient pas à proclamer haut et fort la haine absolue qu’ils portent au meilleur de notre civilisation : ils ont joint la parole aux actes. Que nous fallait-il de plus pour redescendre de Mars, nous arracher à notre somnambulisme, percuter la réalité de la menace et cesser de rejouer, chaque fois, la sidération ? Rien, si ce n’est l’extraordinaire puissance du déni. En ce sens, l’ennemi est aussi en nous-mêmes. C’est un des versants de la guerre où nous sommes engagés. Et non des moindres. Il va nous falloir d’urgence retrouver le sens des mots et réapprendre à bien nommer les choses pour cesser de nous tirer une balle dans le pied et d’ajouter au malheur du monde. Seulement voilà : ceux qui osaient jusqu’à présent nommer l’ennemi étaient taxés de néoréactionnaires (j’en fais partie) et accusés de faire le jeu du Front national. On connaît le bon vieux principe : brisons les avertisseurs d’incendie et le feu s’éteindra de lui-même

Voir encore:

Des élites coupées des réalités françaises
Alexandra Laignel-Lavastine

Le Monde

08.12.2015

Comment en sommes-nous arrivés là  ? Cette question en appelle aussitôt une autre : jusqu’à quand allons-nous feindre, à chaque nouvelle percée du Front national, la surprise et la sidération ? S’il est en passe de devenir le premier parti de France, c’est aussi qu’une partie de nos élites intellectuelles, politiques et médiatiques a longtemps trouvé plus confortable de rester perchée sur Mars et de lui abandonner le monde. Surtout ses réalités déplaisantes, comme les problèmes que posent une immigration de masse d’origine extra-européenne en l’absence de politique d’intégration, la porosité de nos frontières, le prodigieux écho que rencontre l’islamisme dans nos banlieues, la poussée du communautarisme, du sexisme, de l’homophobie et de l’antisémitisme. Toutes réalités enfin officiellement admises en l’espace d’une nuit, entre le 13 et le 14 novembre. Bien tard pour regagner une quelconque crédibilité.

Peu de temps auparavant, rappelons qu’il se trouvait encore de bons apôtres du politiquement correct pour parler de «  terrorisme dit “islamiste”  », car il ne pouvait s’agir, cela va de soi, que d’une lubie aux relents racistes. Pour cette vision théologico-tiers-mondiste qui ne souffre aucun démenti en provenance des faits, l’axiome est intangible : le mal ne saurait surgir du camp du bien, celui des prétendus «  damnés de la terre  ». Enivrés par leur folle reductio ad lepenum, certains ont même réussi l’exploit de céder la souveraineté et la laïcité à Marine Le Pen. Ou plutôt cet abominable…

Voir enfin:

« L’an prochain à Jérusalem » : l’étude qui montre que jamais le nombre de Juifs voulant quitter la France pour Israël n’a été aussi élevé depuis 1967
Et si la population juive de France diminuait au fil des années ? Dans un livre intitulé « L’an prochain à Jérusalem ? », Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach dressent un bilan très complet de la situation des Juifs de France depuis les années 2000. Le nombre des candidats à l’alya, l’émigration vers Israël, augmente.
Jérome Fourquet

Atlantico

8 Janvier 2016

Atlantico : Depuis quelques années, les actes antisémites ont eu un fort écho médiatique (agressions physiques à Sarcelles, attaque d’une école juive à Toulouse, profanations de cimetières juifs et de synagogues…). Au-delà de l’impact médiatique, peut-on dire que le nombre d’actes antisémites est objectivement en train d’augmenter en France ?

Jérôme Fourquet : Effectivement, il y a des faits particulièrement spectaculaires qui ont attiré l’attention et les projecteurs, mais si on se base sur les données du ministère de l’Intérieur ou du service de protection de la communauté juive qui recense toutes les attaques et agressions antisémites, on s’aperçoit qu’on a une tendance très marquée à la hausse depuis une quinzaine d’années. Il y a des phases de ressac et de reflux, mais si on regarde sur une longue période, on peut dire que la violence antisémite a considérablement progressé, voire même explosé certaines années.

C’est le point de départ de notre travail d’investigation qui était de voir comment une catégorie de la population soumise à ce changement assez brutal de sa situation sécuritaire a été amenée à réagir sur différents registres : stratégies résidentielles ou scolaires, comportements électoraux, et lien avéré ou non avec un autre phénomène qui a énormément progressé ces dernières années, à savoir l’alya, le départ des Juifs vers Israël.

Pour ce qui est de la progression des actes antisémites, on a fait figurer dans le livre toute une série de graphiques qui montrent cela de manière très précise. Même dans les phases d’accalmie et de répit, on est au minimum à 400 ou 500 actes antisémites par an alors qu’on était à moins de 100 à la fin des années 1990. Le deuxième point à noter, c’est que cette dynamique de progression est très fortement corrélée à long terme mais aussi de manière ponctuelle avec la situation au Proche-Orient. On est donc sur le schéma d’une « importation » du conflit israélo-palestinien, notamment l’Intifada, sur le territoire français. On constate une explosion de la violence antisémite dès 2000 et le début de la deuxième Intifada jusqu’à environ 2005. Ensuite, à chaque fois que la situation se tend ponctuellement en Israël ou en Palestine et que l’armée israélienne lance des opérations à Gaza, on a eu dans les semaines qui ont suivi des pics de violence et d’actes antisémites en France.

En 2012, une enquête de l’Union européenne a révélé que les Juifs français étaient les plus pessimistes, puisque 74% d’entre eux estimaient que l’antisémitisme avait beaucoup augmenté ces cinq dernières années, soit le plus haut total d’Europe. Comment expliquez-vous ce chiffre ? Y a-t-il un particularisme français ?
Il y a tout d’abord cette montée très forte des actes antisémites en France, qui est naturellement ressentie par la population juive. Deuxièmement, il ne faut pas oublier que par rapport aux autres pays européens, la France se distingue de deux manières. D’une part, c’est le pays qui possède la plus importante communauté juive d’Europe, en nombre de personnes. Et ensuite, c’est également le pays où la population issue de l’immigration et la population musulmane est la plus importante d’Europe. Comme les actes antisémites sont fortement liés dans le temps avec la situation du Proche-Orient, on a l’une des clés d’explication de ce ressenti particulièrement alarmiste et inquiétant de la population juive française. Non seulement la corrélation entre les actes antisémites et le conflit israélo-palestinien est objectivement prouvée par les chiffres, mais elle est également ressentie comme telle par les individus eux-mêmes. Nous nous sommes rendus compte dans le cadre d’entretiens que nous avons menés pour cette enquête que cela avait été intégré par toute une partie de la population juive, qui est bien consciente de la possibilité de « représailles » ici en France lorsque l’armée israélienne agissait au Proche-Orient. Certains d’entre eux nous ont expliqué qu’ils modifiaient leurs habitudes, leurs parcours et leurs déplacements en fonction du calendrier des événements au Proche-Orient. Cette contrainte est très bien intégrée en France, peut-être plus qu’ailleurs. Le traitement médiatique est peut-être plus important ici qu’ailleurs, mais le niveau de menace et d’antisémitisme est objectivement plus élevé chez nous que chez nos voisins européens.

Le sentiment d’abandon de la communauté juive de France s’accompagne souvent de l’idée selon laquelle les médias et la société française seraient pro-palestiniens et hostiles à Israël. Selon vous, est-ce un constat avéré ou exagéré ?

On montre dans le livre que si on se place du point de vue de l’opinion publique, on constate un basculement assez clair mais ancien dans la relation entre les Français et Israël. Jusqu’à la guerre des Six Jours, on a un présupposé largement en faveur d’Israël en France. A partir de cette victoire israélienne et de l’occupation d’un certain nombre de territoires palestiniens, les choses se sont équilibrées. Ce rééquilibrage ne se fait pas forcément au profit des Palestiniens, mais plutôt à l’opinion « ni l’un ni l’autre ». Cette posture attentiste ou désengagée de la part d’une grande majorité de Français a gagné en puissance au fur et à mesure que le temps passait et que la résolution du conflit apparaissait de plus en plus hors de portée. Aujourd’hui, toutes les enquêtes qu’on mène régulièrement lorsqu’il y a des phases de tension dans cette région du monde montrent qu’une grande majorité de Français (70%) ne donnent leur sympathie ni aux uns ni aux autres. Du point de vue de l’opinion publique, nous ne sommes donc pas aujourd’hui dans une posture majoritairement pro-palestinienne. En revanche, la prédisposition à être plutôt clément envers Israël s’est considérablement estompée. C’est déjà beaucoup, car vous passez d’un sentiment d’être soutenu à un sentiment beaucoup plus neutre.

Ce sentiment d’éloignement ou d’incompréhension a par ailleurs aussi été alimenté par le fait qu’au début des années 2000, toute une partie de la classe politique et médiatique a minoré l’explosion de la violence antisémite. Cela a été très mal vécu par toute une partie de la population juive qui s’est sentie incomprise et abandonnée. Donc il y a à la fois le fait de se dire : « en tant que Juif nous avons un lien particulier avec Israël et la société française est devenue anti-israélienne ». Ce n’est pas vrai. Ce qui est vrai, c’est qu’elle est moins pro-israélienne qu’elle ne l’était il y a 30 ans. Et d’autre part, « nous vivons en tant que Juif une situation très difficile, et les gens nous disent que nous exagérons ou que ce sont de faux problèmes ». Cela renvoie à ce qu’il s’était passé dans les années 1990-2000 où une partie de la gauche disait qu’il n’y avait pas vraiment d’insécurité mais plutôt un sentiment d’insécurité. C’est un peu le même phénomène ici.

Or, cet électorat juif, qui est à la base diversifié mais qui avait historiquement des liens forts avec la gauche, s’est petit à petit détourné de la gauche parce qu’une bonne partie des électeurs avaient le sentiment que la gauche ne les soutenait plus et ne les comprenait plus. On voit donc qu’il s’est vraiment passé beaucoup de choses au tournant de ces années 2000, au moment de la deuxième Intifada, quand la gauche est au pouvoir en France. Nous avons reproduit dans notre livre toute une série de déclarations de responsables de gauche qui minimisaient ces événements. Cela a été ressenti très douloureusement par beaucoup de Juifs français, qui déploraient quelque part une forme de double peine. Quand vous êtes Juif et de gauche, vous constatez au quotidien la montée de la violence antisémite et les politiques dont vous êtes censé être proche balaient cela d’un revers de main, disent qu’il y a des problèmes plus urgents, etc. Certains allaient jusqu’à dire qu’il ne fallait pas jeter de l’huile sur le feu, qu’il n’y avait pas d’importation du conflit en France, etc.

Le basculement à droite commence à s’opérer un peu avant, mais il devient spectaculaire avec l’élection présidentielle de 2007 puis celle de 2012. Il y a un double phénomène. Tout d’abord cette prise de distance vis-à-vis de la gauche sur la question du rapport à l’immigration maghrébine et à la montée des actes antisémites. Et par la suite, une partie de la droite s’est engouffrée dans l’espace laissé vacant. On pense notamment à Alain Madelin en 2002 de manière spectaculaire, puis Nicolas Sarkozy en 2007, qui se sont présentés en boucliers et en meilleurs ambassadeurs de la communauté juive de France.

Est-ce qu’on peut dresser aujourd’hui un profil global des individus auteurs d’actes antisémites ? Au début du 20e siècle, ils étaient surtout commis par des gens qui se réclamaient de la tradition conservatrice catholique française, voire de l’extrême-droite. Est-ce toujours le cas de nos jours ?
Nous citons dans notre livre un certain nombre de sources, notamment les rapports de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, qui montrent qu’on a une surreprésentation des milieux « arabo-musulmans » dans la commission de ces actes. La violence antisémite provenant de l’extrême-droite continue d’exister, mais elle est aujourd’hui minoritaire. Il y a toute une série d’actes antisémites commis dans des quartiers difficiles de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne, qui relèvent de la délinquance pure et simple mais qui visent la communauté juive : racket, kidnapping, etc.

Ces voyous habillent leurs actes par des motivations politiques, en affirmant par exemple qu’ils se vengeaient de ce que faisait Israël aux populations arabes, même si le but premier reste tout simplement de leur piquer leur argent et leur portable.

En 2014, 7231 Juifs français ont fait leur alya en émigrant vers Israël, soit le chiffre le plus élevé depuis 1967 et la Guerre des Six Jours. Comment vous expliquez cela, alors qu’on était alors plutôt sur une moyenne de 2000 départs par an ?
C’est dû à une tendance de fond qui est la montée de l’antisémitisme quotidien dans les écoles, dans la rue, etc. Le point capital ici, c’est Mohammed Merah et son attaque de l’école juive Ozar Hatorah à Toulouse. On bascule dans tout autre chose. On avait déjà eu Ilan Halimi, avec le gang des barbares et Youssouf Fofana, mais on franchit là un palier supplémentaire. Nous expliquons dans le livre qu’une majorité de familles juives continuent de scolariser leurs enfants dans le public, mais qu’une partie les inscrit dans le privé catholique ou juif pour les protéger (même si ce n’est pas la seule raison) de la violence et de la délinquance ordinaire qui existeraient dans certains établissements publics. Dans ce contexte-là, les établissements juifs étaient perçus comme des havres de paix. Or, cette image vole aujourd’hui en éclats avec l’affaire Merah. D’ailleurs, cela rejoint ce que je disais tout à l’heure sur le sentiment d’abandon : beaucoup de Juifs nous ont dit que si en janvier 2015 il n’y avait eu que l’Hyper Cacher, il n’y aurait pas eu quatre millions de personnes dans la rue. Ils prennent exemple sur l’affaire Merah, où il n’y avait pas eu tout ce monde-là alors qu’on parle quand même d’un type qui est rentré dans une école et a tué à bout portant des gamins…

La conclusion qui en est tirée par toute une partie de la population juive de France, c’est qu’il n’y a plus d’avenir pour leurs enfants dans ce pays, et que le seul moyen de leur offrir un avenir et une sécurité est de partir en Israël. Il y a en moyenne un délai de latence d’un an et demi ou deux ans. Partir du jour au lendemain ne se fait pas comme cela : il faut vendre votre bien ici si vous êtes propriétaire, il faut réfléchir à une reconversion professionnelle là-bas… Il y a tout un travail psychologique à faire. C’est un changement de vie quasiment total, dans cela prend du temps. Le chiffre record de 7231 personnes passées par les services de l’Agence juive pour émigrer en Israël en 2014 est donc la conséquence de l’affaire Merah en 2012. On a eu ensuite en 2014 les émeutes dans des quartiers juifs de Sarcelles et devant une synagogue de la rue de la roquette à Paris. Pour couronner le tout, on a début 2015 la question de l’Hyper Cacher.

D’après les chiffres communiqués en fin d’année par l’agence juive, on est à 8000 départs pour 2015. C’est donc une hausse, mais moins forte que ce que certains annonçaient. Toutefois, on n’a pas encore eu dans ces chiffres « l’effet 2015 », donc on peut s’attendre à voir ce chiffre continuer de progresser l’année prochaine. C’est quand même un signe que les choses vont assez mal en France dans notre société démocratique. De plus, on se focalise sur les départs en Israël mais notre enquête montre qu’il y a peut-être autant de personnes qui envisageraient d’aller en Australie, au Canada ou aux Etats-Unis. Nous avons toutefois conscience de l’argument qui consiste à pointer le fait que l’agence juive ne donne jamais les chiffres des personnes qui reviennent en France. Apparemment, ces chiffres seraient assez élevés car la greffe ne prend pas forcément là-bas, avec les soucis de langue, le système de protection sociale qui est radicalement différent, la société et la culture qui sont radicalement différentes de ce qu’on a chez nous… On a un nombre de retours importants, mais ce qui nous intéresse ici dans notre analyse de la société française, c’est de mesurer l’ampleur des départs et de comprendre ce que cela veut dire.


Guerre pour tous: Le gouvernement français va-t-il aussi leur interdire la voiture ? (From lace wars and nuclear deterrence to car-ramming and throat-slitting: With the Islamic state, war goes back to Hobbesian war of all against all)

3 janvier, 2016
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BBCdriverNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Jésus (Matthieu 12 : 43-45)
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Ce que nous devrions comprendre c’est que Daesh n’est que la forme conjoncturelle d’un problème qui existe depuis bien plus longtemps et qui continuera à exister quand Daesh disparaitra. Nous réussirons peut-être autant à détruire Daesh que les Etats-Unis ont réussi à détruire Al-Qaïda. Le ver est dans le fruit, le problème c’est qu’ici en France, nous produisons des terroristes, nous produisons cette idéologie de mort et nous la produisons non pas à cause de notre système scolaire. Il est temps d’appeler les choses par leur nom. Il est temps d’aborder les vraies questions. Quand j’entends que l’imam de Villetaneuse condamne ce qui vient de se passer j’ai envie de dire « merci, c’est gentil » mais vous en tant qu’imam, vous ne pensez pas qu’il faille faire une véritable introspection dans ce que vous enseignez à vous ouailles, est-ce qu’il n’est pas temps de se poser des questions sur pourquoi l’islam produit cet islamo-fascisme sous différentes formes ? Zineb El Rhazoui (journaliste Charlie Hebdo)
On constate ici que, aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun pour les maintenir tous dans la crainte, ils se trouvent dans l’état qu’on appelle guerre ; et qu’aussi cela se tient en une guerre de tous les hommes contre tous les hommes […]. Dans une telle situation il n’y a pas de place pour une activité humaine; car les fruits qu’il pourrait récolter, sont incertains: et par conséquent, il n’y a là aucune économie rurale, aucune navigation, aucune utilisation des objets de luxe qui doivent être introduits de l’extérieur; pas de bâtiments commodes; pas de machines, avec lesquelles de plus grands frets peuvent être déplacés; pas de savoir sur la forme de la terre; pas d’historiographie ; pas d’inventions humaines; pas de sciences; pas de société, et le pire, une crainte continuelle et le danger de mort violente; et l’homme mène une existence solitaire, misérable, difficile, sauvage et brève. Thomas Hobbes (1651)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (« Minimanuel de guerilla urbaine », 1969)
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents, » their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers ». Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)
La Passion a dévoilé une fois pour toutes l’origine sacrificielle de l’Humanité en nous confrontant à ce qui était caché depuis la fondation du monde : la réalité crue de la violence et la nécessité du sacrifice d’un innocent. Elle a défait le sacré en révélant sa violence fondamentale, même si le Christ a confirmé la part de divin que toutes les religions portent en elles. Le christianisme n’apparaît pas seulement comme une autre religion, comme une religion de plus, qui a su libérer la violence ou la sainteté : elle proclame, de fait, la fin des boucs émissaires, donc la fin de toutes les religions possibles. Moment historique décisif, qui consacre la naissance d’une civilisation privée de sacrifices humains, mais qui génère aussi sa propre contradiction et un scepticisme généralisé. Le religieux est complètement démystifié – ce qui pourrait être une bonne chose, dans l’absolu, mais se révèle en réalité une vraie catastrophe, car les êtres humains ne sont pas préparés à cette terrible épreuve : les rites qui les avaient lentement éduqués, qui les avaient empêchés de s’autodétruire, il faut dorénavant s’en passer, maintenant que les victimes innocentes ne peuvent plus être immolées. Et l’homme, pour son malheur, n’a rien de rechange. (…) le déchaînement de la violence généralisée au niveau de la planète (…) c’est là que nous en sommes arrivés, après deux conflits mondiaux, deux bombardements atomiques, plusieurs génocides et sans doute la fin des guerres « classiques », armée identifiable contre armée identifiée, au profit d’une violence en apparence plus sporadique, mais autrement plus dévastatrice. (…) le terrorisme est, en quelque sorte, une métastase de la guerre. Mais ce qui me paraît le plus flagrant dans cette affaire, (…) c’est la diffusion de ce terrorisme. Partout, au Moyen-Orient, en Asie et en Asie du Sud-Est, il existe de petits groupes, des voisins, des communautés, qui se dressent les unes contre les autres, pour des raisons complexes, liées à l’économie, au mode de vie, autant qu’aux différences religieuses. (…) il faut regarder la réalité en face. Achever l’interprétation de ce traité, De la guerre, c’est lui donner son sens religieux et sa véritable dimension d’apocalypse. C’est en effet dans les textes apocalyptiques, dans les Evangiles synoptiques de Matthieu, Marc et Luc et dans les Epîtres de Paul, qu’est décrit ce que nous vivons, aujourd’hui, nous qui savons être la première civilisation susceptible de s’autodétruire de façon absolue et de disparaître. La parole divine a beau se faire entendre – et avec quelle force ! -, les hommes persistent avec acharnement à ne pas vouloir reconnaître le mécanisme de leur violence et s’accrochent frénétiquement à leurs fausses différences, à leurs erreurs et à leurs aveuglements. Cette violence extrême est, aujourd’hui, déchaînée à l’échelle de la planète entière, provoquant ce que les textes bibliques avaient annoncé il y a plus de deux mille ans, même s’ils n’avait pas forcément une valeur prédicative : une confusion générale, les dégâts de la nature mêlés aux catastrophes engendrées par la folie humaine. Une sorte de chaos universel. Si l’Histoire a vraiment un sens, alors ce sens est redoutable… (…) Notre civilisation est la plus créative et la plus puissante qui fût jamais, mais aussi la plus fragile et la plus menacée. René Girard
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. Comme l’écrit un idéologue du régime : « La renaissance de l’esprit chinois sera comme la cloche du matin pour l’ère du [monde centré sur l’océan] Pacifique. Toute gloire à la Grande Chine. L’avenir appartient à l’esprit chinois modernisé au nom du siècle nouveau. » À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier. La Chine de ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade. Deng l’avait fortement exprimé devant Henry Kissinger : « La Chine ne craint rien sous le Ciel ni sur la Terre . » De même, avec précision, le général Mi Zhenyu, commandant en second de l’Académie des sciences militaires : [En ce qui concerne les Etats-Unis,] pendant une période de temps assez considérable, nous devons absolument entretenir notre soif de vengeance […]. Nous devons celer nos capacités et attendre notre heure . » Qu’est-ce qu’une grande stratégie chinoise ? L’ « Esquisse d’un excellent stratège chinois » de l’universitaire taiwanais Chien Chao l’avait montré : « Il attend patiemment l’occasion propice, en alerte, observant et analysant constamment la situation. Quand il agit, ses actions tendent à être indirectes et trompeuses, et souvent il essaie d’atteindre son but en utilisant une tierce partie. Quelques fois exagérera-t-il et mentira, mais toujours il feindra. Il fait de son mieux pour stopper l’avance de son adversaire. Il pourra attirer, éprouver et menacer l’adversaire, mais, à moins que cela ne soit absolument nécessaire, il ne lancera pas de choc frontal réel avec lui. S’il le doit, il agira avec promptitude et voudra prendre rapidement le contrôle de l’adversaire. Il est toujours disposé à abandonner ou à se retirer, car cela n’est qu’un pas en arrière avant de revenir . » Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au amême dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. Laurent Murawiec
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech (L’Ensauvagement, 2005, p. 83)
Le XXe siècle n’est pas encore terminé en Asie et ni la guerre froide ni même la Seconde Guerre mondiale n’ont dit leur dernier mot dans cette région. Thérèse Delpech
Les faiblesses des sociétés occidentales contre leurs adversaires ne sont ni militaires, ni policières, ni judiciaires, mais intellectuelles et morales. La force spécifique qui vient de la conviction est dans l’autre camp. (…) (Ces adversaires) posent aux sociétés qui sont victimes des attentats-suicides des questions cruciales : quelles idées méritent encore que nos sociétés post-héroïques prennent des risques pour les défendre ? Thérèse Delpech
Que signifie le peuple juif ? Existe-t-il ? Peut-on parler du peuple juif comme on parle du peuple français ? Ou comme on parle du peuple basque ? La seule réponse valable me paraît celle-ci : si l’on parle du « peuple juif », on emploie la notion de peuple en un sens qui ne vaut que dans ce seul cas. Raymond Aron (cité par Shlomo Sand)
Si l’on a pu affirmer, un jour, que la patrie constitue l’ultime recours de l’impie, on pourrait, aujourd’hui, dire que la Shoah est devenue l’ultime recours des démagogues prosionistes! Shlomo Sand
Tuez-les, crachez-leur au visage, et écrasez-les avec vos voitures. Jihadiste français (Etat islamique)
Et puis, je crois que ce n’est pas le seul cas d’invention d’un peuple. Je pense par exemple qu’à la fin du XIXe siècle, on a inventé le peuple français. Le peuple français n’existe pas en tant que tel depuis plus de 500 ans, comme on a alors essayé de le faire croire. Shlomo Sand
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Un conducteur renverse plusieurs piétons dans Jérusalem Est.  BBC
Israël est confronté à une nouvelle forme d’attaques, un terrorisme « low cost » impossible à prévenir, dont l’impact psychologique est redoutable : la voiture bélier. (…) Il s’agit de la seconde attaque de ce genre de la journée et la troisième en deux semaines, qui confirment les craintes d’une spirale de violences dans la Ville sainte. (…) L’attaque est « une conséquence directe de l’incitation d’Abbas et de sa collaboration avec le Hamas », a déclaré le chef du gouvernement, lors d’une cérémonie à la mémoire d’Yitzhak Rabin, assassiné il y a dix-neuf ans. Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce, le ministre de l’économie Naftali Benett a qualifié Mahmoud Abbas de « conducteur de la voiture de la mort à Jérusalem, tandis que les terroristes sont simplement ses passagers ». (…) M. Nétanyahou avait déjà mis en cause M. Abbas, en raison de ses appels à défendre « par tous les moyens » la mosquée Al-Aqsa contre la volonté de la droite dure israélienne d’y obtenir le droit de prier pour les juifs. « Le gouvernement maintiendra scrupuleusement le status quo sur le mont du Temple », a déclaré dimanche Mark Regev, le porte-parole de M. Nétanyahou. Des propos qui n’ont guère apaisé la colère palestinienne. (…) La nouvelle attaque à la voiture bélier, survenue mercredi dans la Ville sainte, a eu lieu sur une artère symbolique, entre le quartier ultraorthodoxe de Mea Shearim et Jérusalem-Est. Elle confirme la dégradation constante de la situation à Jérusalem depuis le début du mois de juillet, juste avant le début de l’opération « Bordure protectrice » dans la bande de Gaza. Dans certains quartiers arabes de l’est et du nord de la ville, les émeutes se sont multipliées. Le gouvernement a considérablement renforcé les effectifs dans la ville. Au total, depuis le début de juillet, plus de 900 personnes ont été arrêtées, dont 300 condamnées. Ces dix derniers jours, plus de 110 personnes impliquées dans des troubles ont été interpellées. La hiérarchie policière promet le rétablissement de l’ordre et rejette toute idée d’embrasement. Des blocs de béton ont commencé à être installés, dans la soirée, le long du parcours du tramway, pour empêcher des véhicules de s’engager sur les rails. Mais ces nouvelles attaques démontrent l’inefficacité de l’approche purement sécuritaire choisie par le gouvernement israélien. Ce dernier entend par ailleurs poursuivre la politique du fait accompli, en ce qui concerne le développement des colonies en Cisjordanie et dans la périphérie de Jérusalem. Isolés, discriminés, les Palestiniens vivant à Jérusalem grondent. « Il s’agit d’un rejet populaire de l’autorité israélienne, non organisé, jeune et sans leaders, explique Menachem Klien, professeur au département d’études politiques à l’université Bar-Ilan. On peut la qualifier d’intifada locale. » Sur les réseaux sociaux, certains Palestiniens s’interrogeaient déjà, dans les heures qui ont suivi l’attaque : le gouvernement israélien va-t-il aussi leur interdire la voiture ? Le Monde
Les enquêteurs écartaient jusqu’ici la piste terroriste dans l’attaque contre des militaires devant la grande mosquée de Valence. Mais des «images de propagande jihadiste» ont été retrouvées sur l’ordinateur du forcené. Le procureur de Valence a évoqué un acte isolé et les propos confus du jeune homme. Une enquête est ouverte pour «tentative d’homicide». Un domicile et un véhicule ont été perquisitionnés mais aucune arme n’a été retrouvée. Les premiers éléments ne montraient aucun signe de radicalisation du jeune homme. Mais des images de propagandes jihadistes ont été retrouvées sur son ordinateur. Vendredi après-midi, il fonçait, à bord de son véhicule, sur les quatre militaires en faction devant la grande mosquée de Valence. Lors de l’attaque il aurait crié « Allah est grand ». Entendu par des enquêteurs, les propos de l’homme âgé de 29 ans sont confus. Il aurait à la fois déclaré vouloir « tuer » des soldats et exprimé sa volonté de se « faire tuer par des militaires. » Alex Perrin, procureur de la République de Valence, a assuré lors de sa conférence de presse que l’individu « n’était pas connu des services judiciaires, pas d’antécédents pénaux. A priori il était inconnu également des services du renseignement ». « C’est quelqu’un qui est un musulman pratiquant, puisqu’on sait qu’il fréquentait habituellement la mosquée de Bron », a précisé le procureur. La piste terroriste est pour l’instant écartée par les enquêteurs. L’épouse, qui s’est dite « très surprise », par le geste de son mari a également été entendue. RFI
Depuis plusieurs mois les services de sécurité israéliens ont identifié des signes clairs de la présence en Israël de réseaux djihadistes et liés de manière directe ou indirecte à Daesh. Selon le Shabak (le Service de sécurité intérieure israélien), entre 150 et 200 Arabes israéliens ont rejoint les rangs de l’EI et environ 200 Palestiniens de Cisjordanie ainsi qu’un nombre indéterminé de Gazaouis ont fait de même. Plusieurs d’entre eux ont déjà été arrêtés à leur retour de Syrie via la Turquie, et des réseaux ont pu être également démantelés avec l’aide des autorités chypriotes et grecques (Jérusalem ayant conclu dernièrement avec Athènes un accord de coopération sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme). Chaque semaine, des cellules embryonnaires de terroristes sympathisants de Daesh, avec des armes lourdes et préparant des actions, sont neutralisées sur le territoire israélien. Les arrestations les plus symboliques furent celles, en octobre et novembre 2015, d’un groupe d’Arabes israéliens de Nazareth se revendiquant explicitement de Daesh. Enfin, rappelons que les attaques au couteau et à la voiture bélier qui touchent la population israélienne depuis ces derniers mois, font totalement écho aux consignes terroristes de l’Etat islamique… Ces dernières semaines, l’EI a perdu beaucoup d’hommes, de matériel et de territoires en Syrie comme en Irak. Dès lors, nous devons nous attendre à d’autres attaques terroristes en France, en Europe et ailleurs. Les autorités israéliennes ont d’ailleurs grandement renforcé la sécurité de leurs ambassades, de leurs ressortissants et de leurs intérêts à l’étranger. Mais la stratégie de Daesh dans ce domaine est aussi diabolique que claire. Elle est la même visant par exemple la France, la Russie et Israël : utiliser les populations locales pour commettre des attentats et générer une atmosphère de guerre civile, en faisant monter les tensions et les haines entre les communautés. Ainsi, pour redorer son blason dans le monde arabe, Al-Baghdadi peut tout aussi espérer, par exemple, un attentat d’envergure dans une grande ville israélienne, une sorte d’opération dite de prestige comme l’appellent les spécialistes israéliens. Jusqu’à présent, les services de sécurité israéliens, qui sont peut-être les meilleurs du monde, ont réussi à déjouer ces tentatives. Mais pour combien de temps ? Car un mega-attentat commis par des Arabes israéliens serait catastrophique pour l’Etat hébreu, aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur. Roland Lombardi
Israël est un pays encerclé et menacé depuis sa création. Le grand changement qui s’est opéré ces dernières années porte sur la disparition des menaces militaires étatiques traditionnelles. En effet, la disparition des États-nations arabes en état de guerre théorique avec Israël est un bouleversement géostratégique pour ce pays. Les armées conventionnelles arabes, traditionnellement identifiées comme une menace par Israël n’existent plus. Saddam et son armée ne règnent plus à Bagdad et l’armée syrienne n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis la déliquescence de ce pays. L’Egypte, techniquement en paix avec Israël, est au bord du gouffre depuis le coup d’état du Maréchal Sissi contre le Président Morsi et ne contrôle plus le Sinaï devenu une sorte de « Far West » où Le Caire n’exerce plus aucun contrôle. Ainsi Tsahal ne considère plus une guerre conventionnelle avec les armées arabes comme une possibilité. Il n’y a plus d’armées arabes capables ne serait-ce qu’envisager le début de l’ombre d’un conflit avec Israël. Les armées arabes ou plutôt ce qu’il en reste sont beaucoup trop occupées à régler les guerres civiles dans leurs pays pour représenter un quelconque danger existentiel pour Israël. Un scénario comme celui de la guerre de Kippour n’est plus à l’ordre du jour. Cependant, la disparition des armées nationales arabes ne signifie pas que les frontières israéliennes ne sont plus menacées. En effet, la menace d’une guerre conventionnelle a été remplacée par celle fondée sur le terrorisme, organisé ou pas. L’Etat islamique, le Front Al-Nusra, le Hamas et le Hezbollah, dont aucun n’est un Etat reconnu, continuent de présenter une menace sécuritaire pour ce pays. Les récentes déclarations du prétendu Calife contre l’Arabie Saoudite et Israël, même si davantage motivées par les revers subis par l’Etat Islamique, vont dans ce sens. Aujourd’hui, la menace pour Israël pourrait se matérialiser par des actes de terrorisme islamistes à grande échelle et non plus par une invasion terrestre de type conventionnel. Le nationalisme arabe de type « Baas » ou celui personnifié par Nasser a laissé la place au djihadisme exclusivement à caractère religieux. C’est plus diffus mais en même temps plus dangereux car plus difficilement contrôlable et prévisible. (…) le soi-disant printemps arabe n’a abouti qu’à renverser les Etats arabes laïcs en laissant intactes, pour l’heure, les pétromonarchies qui n’ont jamais véritablement représentées une menace pour Israël. De la sorte, la dissuasion nucléaire tactique qui était efficace contre un Assad fort dans une Syrie unie est aujourd’hui désuète et inopérante face au terrorisme frontalier. Ce qui fonctionnait comme stratégie de dissuasion contre un pays stable et une armée de 300.000 hommes ne fonctionne plus contre des menaces localisées frontalières de quelques centaines d’hommes qui ne représentent qu’eux-mêmes. Aujourd’hui la menace sécuritaire pour Israël se matérialisera davantage par des infiltrations de combattants surarmés djihadistes dans des villages et petites villes frontalières israéliennes voir des tirs d’armes automatiques ou de roquettes plus ou moins sophistiquées en direction de gardes-frontières israéliennes le long de la frontière avec le Sinaï. Un peu à l’identique des conflits rencontrés avec le Hamas ces dernières années. Ardavan Amir-Aslani

Après le mariage pour tous, devinez ce que l’année 2015 nous aura apporté !

A l’heure où avec les attentats de  Paris et San Bernardino comme la mutiplication des attaques quasi-quotidiennes à l’arme blanche ou à la voiture-bélier, voit se confirmer l’israélisation des menaces terroristes  que l’Etat juif connait quasiment depuis sa (re)création …

Et où suite au retrait catastrophique des forces américaines en Irak  par une administration que tant d’Occidentaux avait appelé de ses voeux depuis si longtemps et bien que désormais sur la défensive, l’Etat islamique apparait désormais comme le nouvel acteur en pointe de la menace terroriste mondiale …

Pendant qu’entre statut de réfugiés pour tous à l’allemande et de déchéance pour tous à la française, un Occident plus que jamais divisé tente de retrouver les valeurs qu’il avait longtemps abandonnées à ses marges intérieures ou extérieures

Et qu’entre sunnites et chiites,  la haine inexpiable de frères ennemis repart pour un tour …

Comment ne pas voir la confirmation amorcée par le terrorisme globalisé de Ben Laden et annoncée déjà par une religion dont on se croyait enfin débarrassée …

De la déritualisation totale de la guerre elle-même et de la perte définitive du monopole étatique de la violence que René Girard avait déjà théorisées dans son dernier grand ouvrage sur Clausewitz ou que Thérèse Delpech qualifiait d’ « ensauvagement » ?

Où après l’émergence de la guerilla en Espagne puis de la guerre de partisans en Russie …

Suscitées par la mobilisation populaire et révolutionnaire d’un Napoléon qui avait elle-même supplanté la guerre en dentelles de nos aïeux …

Et la guerre totale d’un Hitler puis de l’intermède de paix armée de la dissuasion nucléaire pendant la Guerre froide entremêlée de guerres coloniales …

On s’achemine vers la démocratisation ultime de la guerre pour tous prônée désormais par l’Etat islamique  …

A savoir, entre deux attaques plus massives dites « de prestige » pour ameuter les troupes et relancer le recrutement, la mise à la disposition, pour le premier musulman de naissance ou converti venu voire du premier suicidé en mal d’inspiration venu, des attaques au couteau et à la voiture bélier visant tout et tout le monde et partout et à tout moment en s’appuyant sur les populations locales des états visés ?

Avec à terme, rendant non seulement caduques les armes de dissuasion nucléaire mais menaçant de balayer tant les armées conventionnelles des Etats classiques que les organisations terroristes traditionnelles de type Hezbollah ou Hamas …

L’objectif de génération d’une atmosphère de guerre civile généralisée – le fameux « tous contre tous » hobbesien – faisant monter les tensions et les haines entre les communautés d’Etats déjà affaiblis, via des vagues d’immigration massives tournant à l’invasion,  par une multiculturalisation toujours plus grande ?

 Autrement dit rien de moins que la dissolution de toute forme étatique et le bain de sang qui va avec que depuis des décennies nos belles âmes et nos beaux esprits, y compris en Israël même, appelle de leurs voeux à grands renfort d’imprécations, manifestations et autres boycotts, comme solution et ultime panacée tant au conflit israélo-palestinien qu’aux maux de la planète entière ?

Israël contraint de se trouver de nouveaux alliés face à la menace grandissante de l’Etat islamique
Si Israël est toujours menacé, l’ennemi a changé. Récemment, le chef de l’Etat islamique a promis de « transformer la Palestine en cimetière pour les Juifs ». Une déclaration qui encourage l’Etat hébreu à revoir sa doctrine de défense, adaptée à des conflits conventionnels.

Atlantico

2 Janvier 2016

Atlantico : Il y a quelques jours, Abu Bakr al Baghdadi, le chef du groupe Etat islamique a menacé Israël à travers un message audio. Comment Israël a-t-il intégré cette menace ? Le pays en avait-il déjà pris conscience ?
Roland Lombardi : Tout d’abord, il faut remarquer que le scenario que j’avais évoqué déjà en août 2014 se met progressivement en place. À savoir que l’Etat islamique est en train, chose unique dans l’histoire de la région, et avec toutefois encore quelques balbutiements, de liguer contre lui toutes les puissances internationales (Russie, Etats-Unis, France) mais aussi régionales (Iran, Arabie saoudite, Egypte et Israël) et ce, malgré leurs rivalités et leurs agendas stratégiques propres.

Concernant la dernière menace d’Al-Baghdadi envers l’Etat hébreu, notons qu’elle n’est pas la première ni la dernière. Déjà en octobre dernier, Daesh publiait une vidéo en hébreu dans laquelle un terroriste armé et masqué s’adressait aux « juifs occupant les musulmans » et déclarait que « pas un seul juif ne restera à Jérusalem » !

Les autorités israéliennes ont depuis très longtemps intégré ces menaces et elles sont très bien conscientes que l’affrontement est inévitable.

D’ailleurs, depuis plusieurs mois les services de sécurité israéliens ont identifié des signes clairs de la présence en Israël de réseaux djihadistes et liés de manière directe ou indirecte à Daesh. Selon le Shabak (le Service de sécurité intérieure israélien), entre 150 et 200 Arabes israéliens ont rejoint les rangs de l’EI et environ 200 Palestiniens de Cisjordanie ainsi qu’un nombre indéterminé de Gazaouis ont fait de même. Plusieurs d’entre eux ont déjà été arrêtés à leur retour de Syrie via la Turquie, et des réseaux ont pu être également démantelés avec l’aide des autorités chypriotes et grecques (Jérusalem ayant conclu dernièrement avec Athènes un accord de coopération sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme). Chaque semaine, des cellules embryonnaires de terroristes sympathisants de Daesh, avec des armes lourdes et préparant des actions, sont neutralisées sur le territoire israélien. Les arrestations les plus symboliques furent celles, en octobre et novembre 2015, d’un groupe d’Arabes israéliens de Nazareth se revendiquant explicitement de Daesh. Enfin, rappelons que les attaques au couteau et à la voiture bélier qui touchent la population israélienne depuis ces derniers mois, font totalement écho aux consignes terroristes de l’Etat islamique…

Ces dernières semaines, l’EI a perdu beaucoup d’hommes, de matériel et de territoires en Syrie comme en Irak. Dès lors, nous devons nous attendre à d’autres attaques terroristes en France, en Europe et ailleurs. Les autorités israéliennes ont d’ailleurs grandement renforcé la sécurité de leurs ambassades, de leurs ressortissants et de leurs intérêts à l’étranger. Mais la stratégie de Daesh dans ce domaine est aussi diabolique que claire. Elle est la même visant par exemple la France, la Russie et Israël : utiliser les populations locales pour commettre des attentats et générer une atmosphère de guerre civile, en faisant monter les tensions et les haines entre les communautés.

Ainsi, pour redorer son blason dans le monde arabe, Al-Baghdadi peut tout aussi espérer, par exemple, un attentat d’envergure dans une grande ville israélienne, une sorte d’opération dite de prestige comme l’appellent les spécialistes israéliens. Jusqu’à présent, les services de sécurité israéliens, qui sont peut-être les meilleurs du monde, ont réussi à déjouer ces tentatives. Mais pour combien de temps ? Car un mega-attentat commis par des Arabes israéliens serait catastrophique pour l’Etat hébreu, aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur.

Ardavan Amir-Aslani : Israël est un pays encerclé et menacé depuis sa création. Le grand changement qui s’est opéré ces dernières années porte sur la disparition des menaces militaires étatiques traditionnelles. En effet, la disparition des États-nations arabes en état de guerre théorique avec Israël est un bouleversement géostratégique pour ce pays. Les armées conventionnelles arabes, traditionnellement identifiées comme une menace par Israël n’existent plus. Saddam et son armée ne règnent plus à Bagdad et l’armée syrienne n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis la déliquescence de ce pays. L’Egypte, techniquement en paix avec Israël, est au bord du gouffre depuis le coup d’état du Maréchal Sissi contre le Président Morsi et ne contrôle plus le Sinaï devenu une sorte de « Far West » où Le Caire n’exerce plus aucun contrôle. Ainsi Tsahal ne considère plus une guerre conventionnelle avec les armées arabes comme une possibilité. Il n’y a plus d’armées arabes capables ne serait-ce qu’envisager le début de l’ombre d’un conflit avec Israël. Les armées arabes ou plutôt ce qu’il en reste sont beaucoup trop occupées à régler les guerres civiles dans leurs pays pour représenter un quelconque danger existentiel pour Israël. Un scénario comme celui de la guerre de Kippour n’est plus à l’ordre du jour.

Cependant, la disparition des armées nationales arabes ne signifie pas que les frontières israéliennes ne sont plus menacées. En effet, la menace d’une guerre conventionnelle a été remplacée par celle fondée sur le terrorisme, organisé ou pas. L’Etat islamique, le Front Al-Nusra, le Hamas et le Hezbollah, dont aucun n’est un Etat reconnu, continuent de présenter une menace sécuritaire pour ce pays. Les récentes déclarations du prétendu Calife contre l’Arabie Saoudite et Israël, même si davantage motivées par les revers subis par l’Etat Islamique, vont dans ce sens. Aujourd’hui, la menace pour Israël pourrait se matérialiser par des actes de terrorisme islamistes à grande échelle et non plus par une invasion terrestre de type conventionnel. Le nationalisme arabe de type « Baas » ou celui personnifié par Nasser a laissé la place au djihadisme exclusivement à caractère religieux. C’est plus diffus mais en même temps plus dangereux car plus difficilement contrôlable et prévisible.

Comment Israël s’adapte-t-il à cette menace ? Jusqu’à présent, la dissuasion nucléaire était au cœur de sa tactique. Le pays doit-il désormais repenser sa stratégie ?
Roland Lombardi : Il ne faut pas oublier que la suprématie militaire et conventionnelle israélienne sur toutes les forces voisines arabes ou régionales reste plus que jamais incontestable. Mais la principale force des Israéliens, et surtout depuis 1973, c’est de savoir reconnaître leurs faiblesses et surtout d’apprendre de leurs erreurs. A l’inverse de certains pays occidentaux, l’Etat hébreu essaie toujours d’être en avance d’une guerre. Les stratèges hébreux ne laissent donc rien au hasard. C’est pourquoi, même si comme nous l’avons vu, la principale menace de Daesh envers Israël est intérieure, il n’en reste pas moins que « encerclé par les islamistes radicaux » (Netanyahou), l’Etat hébreu, craignant des débordements de frontières, se prépare activement à tous les scénarios extrêmes et possibles d’attaques extérieures ou d’infiltrations de commandos djihadistes.

Ainsi, les militaires israéliens (parachutistes et unités d’élite) ont été déployés et se préparent à toutes les éventualités. Des exercices de grande envergure ont déjà eu lieu et vont se poursuivre à la frontière nord, face à la Syrie, mais surtout au sud, le long de la frontière avec l’Egypte, où la branche de Daesh dans le Sinaï reste très active et où le risque est plus grand. Les Israéliens sont même en train de perfectionner leur défense antiaérienne et leurs batteries mobiles des différents systèmes d’interception de roquettes et de missiles afin de faire face à d’éventuels tirs de Scud qui équipent les armées syrienne et irakienne mais qui pourraient tomber dans des mains mal intentionnées…

Enfin, gageons que les services secrets israéliens, qui ont toujours réussi à infiltrer par le passé les états-majors de puissants pays ennemis (Egypte dans les années 1960-1970 et Syrie dans les années 1960 -cf. l’affaire Eli Cohen-) et plus récemment des groupes terroristes (Hezbollah et Hamas entre autres), ont déjà noyauté des milices djihadistes en Syrie et peut-être l’Etat islamique lui-même…

Ardavan Amir-Aslani : Oui, il est évident que la stratégie de défense israélienne doit évoluer. Rappelons que le soi-disant printemps arabe n’a abouti qu’à renverser les Etats arabes laïcs en laissant intactes, pour l’heure, les pétromonarchies qui n’ont jamais véritablement représentées une menace pour Israël. De la sorte, la dissuasion nucléaire tactique qui était efficace contre un Assad fort dans une Syrie unie est aujourd’hui désuète et inopérante face au terrorisme frontalier. Ce qui fonctionnait comme stratégie de dissuasion contre un pays stable et une armée de 300.000 hommes ne fonctionne plus contre des menaces localisées frontalières de quelques centaines d’hommes qui ne représentent qu’eux-mêmes. Aujourd’hui la menace sécuritaire pour Israël se matérialisera davantage par des infiltrations de combattants surarmés djihadistes dans des villages et petites villes frontalières israéliennes voir des tirs d’armes automatiques ou de roquettes plus ou moins sophistiquées en direction de gardes-frontières israéliennes le long de la frontière avec le Sinaï. Un peu à l’identique des conflits rencontrés avec le Hamas ces dernières années.

Comment les alliances d’Israël peuvent-elles se redessiner ? Lesquelles vont se renforcer ou à l’inverse s’estomper ? Israël n’a-t-il pas intérêt à jouer la carte de l’apaisement ?
Roland Lombardi : D’abord et pour essayer de mettre un terme aux « délires complotistes » de tout bord, Israël a observé d’un œil très inquiet les fameux printemps arabes. Plus réalistes, plus pragmatiques et surtout meilleurs connaisseurs du monde arabe que certains « savants » occidentaux, les responsables et les stratèges israéliens ont rapidement pris conscience de leurs conséquences négatives sur la région. Ainsi, même si les crises, les désordres et les affrontements interarabes et inter-religieux chez ses proches voisins peuvent présenter à court terme un certain avantage, il n’en reste pas moins que les Israéliens préfèrent, pour leurs propres intérêts, une certaine stabilité qu’un indescriptible chaos à leurs frontières. Comme me le confiait un officier israélien au tout début du conflit syrien, et même s’il ne portait pas Bachar el-Assad dans son cœur, « mieux vaut le diable que l’on connait à celui que nous ne connaissons pas ! »… Les cinq ans de bouleversements faisant suite aux révoltes arabes et surtout la montée en puissance d’un groupe tel que Daesh, auront eu au moins le mérite de changer la donne géopolitique de la région et donc consolider certaines alliances pour l’Etat hébreu comme en faire apparaître d’autres.

Concernant les « anciennes » alliances. Malgré certaines divergences, la coopération stratégique entre Israël et les Etats-Unis reste intense. Pour certains pays occidentaux, ou du moins pour les plus éclairés, au premier rang desquels la France (notamment depuis les derniers attentats de novembre à Paris), la coopération avec l’Etat hébreu redevient d’actualité. Face au même danger de l’islamisme radical, qui peut se permettre sérieusement de se passer de l’expérience et du savoir-faire israélien dans la lutte contre le terrorisme ?

A propos de la Turquie et de l’Arabie saoudite, si certains responsables israéliens sont séduits par une « coalition de pays arabes sunnites modérés » pour contrer « l’axe chiite », d’autres, et notamment les généraux, ne font que très peu confiance au Royaume saoudien et encore moins, et à juste titre, à Ankara…

Par contre, les pétroliers israéliens et le Mossad sont présents au Kurdistan depuis bien longtemps. Les Peshmergas font un travail remarquable face à l’EI. S’ils sont victorieux sur le terrain, ils le doivent certes au matériel et au soutien américain mais surtout à leurs qualités intrinsèques de combattants. Ils le doivent aussi peut-être un peu à leurs instructeurs israéliens.

Aussi, depuis ces dernières années, la collaboration entre Israël et la Jordanie s’est intensifiée, spécialement dans le domaine du renseignement. Et cela est encore plus vrai au sujet de la coopération entre Jérusalem et Le Caire. En effet, depuis le retour de l’armée au pouvoir en Egypte et la reprise en main du pays par le maréchal Al-Sissi, un ami d’Israël, les relations entre les deux pays sont sans précédent. Dans le Sinaï notamment, les militaires égyptiens et israéliens travaillent de concert pour combattre la Wilayat Sinaï, la branche égyptienne de Daesh.

Concernant maintenant les « nouvelles » alliances. La Russie peut être considérée en effet comme le nouvel allié d’Israël. Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine au début des années 2000, les relations entre Moscou et Jérusalem ont toujours été très bonnes. Mais avec le retour de la Russie sur la scène internationale et surtout régionale depuis son intervention musclée en Syrie il y a trois mois, les Israéliens voient dans les Russes des alliés potentiels. Sans pour autant se substituer encore à l’allié américain, pour certains stratèges israéliens, la Russie représente déjà un allié fidèle, puissant et cohérent et qui plus est, susceptible de contrebalancer, ou du moins maîtriser, l’influence iranienne dans la région.

En attendant, aucun incident sérieux n’a été à déplorer dans le ciel syrien entre l’aviation des deux pays et les généraux russes et israéliens se rencontrent quasi quotidiennement…

Enfin, deux « alliés objectifs » sont en train d’émerger pour Israël. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, d’abord le Hezbollah puis le Hamas. Comme pour beaucoup de Libanais, les Israéliens ont pris conscience que sans la milice chiite, le Liban serait peut-être dans le chaos lui aussi. Ainsi, le Hezbollah, qui n’a d’ailleurs plus besoin de la cause palestinienne et celle de « la Résistance face à l’entité sioniste » pour exister sur la scène libanaise, est devenu incontournable. Même si l’Etat hébreu continuera sûrement ses frappes et ses éliminations ciblées sur le groupe terroriste libanais, il est notable qu’en attendant, ce dernier, combattant aux côtés d’Assad en Syrie mais défendant aussi et surtout la frontière libanaise, assure une relative stabilité à la frontière nord d’Israël. Et qui sait, à plus ou moins long terme, une normalisation entre Israël et le Hezbollah est même probable…

Quant au Hamas, il a soutenu depuis longtemps les milices djihadistes dans le Sinaï. Mais isolé politiquement, militairement et sur le plan international et craignant, et c’est déjà le cas, d’être « débordé » par Daesh qui séduit de plus en plus la jeunesse arabe israélienne et palestinienne, la milice palestinienne pourrait cesser sa politique tacite et parfois contradictoire (arrestations de djihadistes à Gaza et soutien aux milices du Sinaï) pour préférer une « coopération » avec l’armée égyptienne, et donc indirectement avec les Israéliens, afin tout simplement de sauvegarder son pouvoir et son leadership.

Ardavan Amir-Aslani : La déclaration du chef de l’Etat Islamique est principalement motivée par la volonté de démentir les rumeurs de sa disparition à l’issue d’un raid de l’armée irakienne ainsi que par la volonté de redorer le moral de ses combattants terroristes. Souvenons-nous que l’Etat Islamique a subi de très importants revers ces dernières semaines avec la perte des villes de Sinjar et de Ramadi dans le nord et l’est de l’Irak ainsi que la perte de la possession du barrage de Tichrine situé à moins de 25 kilomètres de Raqqa, la capitale de l’Etat islamique en Syrie. L’Etat Islamique a ainsi perdu presque 20% de son territoire en 2015 et il est vraisemblable qu’il soit balayé hors d’Iraq en 2016 avec la chute annoncée de Mossoul. Cependant ce n’est pas pour autant que cette secte sanguinaire est morte. Elle continue d’exercer un pouvoir d’attraction dans la population musulmane.

Ainsi, outre les menaces extérieures comme des tentatives d’excursions massives de commandos terrorises islamistes, Israël peut être amené à confronter une menace intérieure avec une nouvelle donne, celle de la radicalisation de la population palestinienne musulmane en Israël et dans les territoires occupés. Les attaques quotidiennes à l’arme blanche en Israël traduisent cette nouvelle réalité. De plus en plus de Palestiniens, frustrés par l’absence d’avancée dans les négociations tendant vers la création d’un Etat Palestinien risquent de voir dans ces sectes comme celle de l’Etat Islamique un échappatoire à leurs frustrations.

Voir aussi:

Israël face au terrorisme des voitures béliers

Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

Le Monde

05.11.2014

Israël est confronté à une nouvelle forme d’attaques, un terrorisme « low cost » impossible à prévenir, dont l’impact psychologique est redoutable : la voiture bélier. Selon un bilan provisoire, un policier a été tué et 14 autres personnes ont été blessées à Jérusalem-Est, mercredi 5 novembre, dans une opération de cette nature contre des piétons.

Une camionnette a heurté un premier groupe à une station du tramway au coin de la rue Shimon-Hatzadik, avant de poursuivre sa route le long des rails et de foncer sur d’autres passants.

Dans la soirée, un autre véhicule a blessé trois soldats dans le groupe de colonies de Goush Etzion, en Cisjordanie, près du camp de réfugiés d’Al-Aroub. Le conducteur a pris la fuite avant d’être arrêté, jeudi. Il dément toute attaque préméditée et parle d’un accident. Il s’agit de la seconde attaque de ce genre de la journée et la troisième en deux semaines, qui confirment les craintes d’une spirale de violences dans la Ville sainte.

ABBAS « CONDUCTEUR DE LA VOITURE DE LA MORT »Selon la presse israélienne, le nom du conducteur impliqué dans l’après-midi est Ibrahim Al-Akari. Originaire du camp de réfugiés de Chouafat, au nord-est de Jérusalem, cet homme de 38 ans a été tué par des fonctionnaires de la police aux frontières, dont le siège se trouvait à proximité, après avoir tenté d’attaquer des passants avec une barre de fer. « C’est ainsi que nous voulons que ces incidents se finissent », a réagi le ministre de la sécurité intérieure, Yitzhak Aharonovich, qui a félicité ses hommes.

L’un des frères d’Al-Akari a passé dix-neuf ans en prison pour avoir enlevé et tué un soldat israélien en 1992. Relâché en 2011 dans le cadre de l’accord pour la libération du soldat Shalit, détenu par le Hamas, il a été ensuite expulsé vers la Turquie. Le Hamas et le Jihad islamique, son principal concurrent dans la bande de Gaza pour la lutte armée, ont tous deux salué l’opération de mercredi. De son côté, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s’est empressé de mettre en cause le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

L’attaque est « une conséquence directe de l’incitation d’Abbas et de sa collaboration avec le Hamas », a déclaré le chef du gouvernement, lors d’une cérémonie à la mémoire d’Yitzhak Rabin, assassiné il y a dix-neuf ans. Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce, le ministre de l’économie Naftali Benett a qualifié Mahmoud Abbas de « conducteur de la voiture de la mort à Jérusalem, tandis que les terroristes sont simplement ses passagers ». M. Bennett a appelé les autorités à dénoncer le gouvernement d’union nationale palestinienne, composé par le Fatah, la formation du président Abbas, et le Hamas.

Le 22 octobre, une attaque similaire avait eu lieu à une station de tramway à Ammunition Hill, dans laquelle deux personnes étaient mortes, dont un bébé de 3 mois. Le chauffeur, originaire du quartier de Silwan, avait tenté de s’enfuir à pied mais avait été abattu par la police. M. Nétanyahou avait déjà mis en cause M. Abbas, en raison de ses appels à défendre « par tous les moyens » la mosquée Al-Aqsa contre la volonté de la droite dure israélienne d’y obtenir le droit de prier pour les juifs. « Le gouvernement maintiendra scrupuleusement le status quo sur le mont du Temple », a déclaré dimanche Mark Regev, le porte-parole de M. Nétanyahou. Des propos qui n’ont guère apaisé la colère palestinienne.

Après des affrontements mercredi matin entre des dizaines d’activistes masqués et la police, sur l’esplanade des Mosquées, le site a été une nouvelle fois fermé au public pendant quelques heures. Selon la police, les Palestiniens s’étaient retranchés dans la nuit à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa, sans doute dans l’attente d’un groupe de visiteurs juifs radicaux, mobilisés depuis la tentative d’assassinat il y a une semaine contre l’un des leurs, Yéhuda Glick. Les émeutiers les attendaient avec des projectiles.

« REJET POPULAIRE DE L’AUTORITÉ ISRAÉLIENNE »

Les forces de l’ordre ont alors avancé pour les repousser à l’intérieur du bâtiment, passant même les portes d’entrée. Une situation suffisamment grave pour pousser la Jordanie à rappeler son ambassadeur en Israël en signe de protestation. Elle compte saisir le conseil de sécurité des Nations unies au sujet des « violations » répétées des lieux saints par Israël.

Lors d’une rencontre avec la presse dimanche, un haut responsable de la police à Jérusalem avait expliqué que les forces de l’ordre n’utilisaient aucune arme létale et ne s’engageaient jamais à l’intérieur même de la salle de prières, ayant conscience de l’impact catastrophique de cette image. Selon ce haut responsable, un noyau dur de 50 personnes serait impliqué dans les violences sur l’esplanade, mais ils sont susceptibles d’en entraîner bien davantage. C’est le scénario que cherchent à éviter les autorités.

La nouvelle attaque à la voiture bélier, survenue mercredi dans la Ville sainte, a eu lieu sur une artère symbolique, entre le quartier ultraorthodoxe de Mea Shearim et Jérusalem-Est. Elle confirme la dégradation constante de la situation à Jérusalem depuis le début du mois de juillet, juste avant le début de l’opération « Bordure protectrice » dans la bande de Gaza. Dans certains quartiers arabes de l’est et du nord de la ville, les émeutes se sont multipliées. Le gouvernement a considérablement renforcé les effectifs dans la ville. Au total, depuis le début de juillet, plus de 900 personnes ont été arrêtées, dont 300 condamnées. Ces dix derniers jours, plus de 110 personnes impliquées dans des troubles ont été interpellées.

PALESTINIENS ISOLÉS, DISCRIMINÉS

La hiérarchie policière promet le rétablissement de l’ordre et rejette toute idée d’embrasement. Des blocs de béton ont commencé à être installés, dans la soirée, le long du parcours du tramway, pour empêcher des véhicules de s’engager sur les rails. Mais ces nouvelles attaques démontrent l’inefficacité de l’approche purement sécuritaire choisie par le gouvernement israélien. Ce dernier entend par ailleurs poursuivre la politique du fait accompli, en ce qui concerne le développement des colonies en Cisjordanie et dans la périphérie de Jérusalem. Isolés, discriminés, les Palestiniens vivant à Jérusalem grondent.

« Il s’agit d’un rejet populaire de l’autorité israélienne, non organisé, jeune et sans leaders, explique Menachem Klien, professeur au département d’études politiques à l’université Bar-Ilan. On peut la qualifier d’intifada locale. » Sur les réseaux sociaux, certains Palestiniens s’interrogeaient déjà, dans les heures qui ont suivi l’attaque : le gouvernement israélien va-t-il aussi leur interdire la voiture ?

Voir également:

France: des images jihadistes dans l’ordinateur du forcené de Valence
RFI

03-01-2016

Les enquêteurs écartaient jusqu’ici la piste terroriste dans l’attaque contre des militaires devant la grande mosquée de Valence. Mais des «images de propagande jihadiste» ont été retrouvées sur l’ordinateur du forcené. Le procureur de Valence a évoqué un acte isolé et les propos confus du jeune homme. Une enquête est ouverte pour «tentative d’homicide».
Un domicile et un véhicule ont été perquisitionnés mais aucune arme n’a été retrouvée. Les premiers éléments ne montraient aucun signe de radicalisation du jeune homme. Mais des images de propagandes jihadistes ont été retrouvées sur son ordinateur.

Vendredi après-midi, il fonçait, à bord de son véhicule, sur les quatre militaires en faction devant la grande mosquée de Valence. Lors de l’attaque il aurait crié « Allah est grand ».

Entendu par des enquêteurs, les propos de l’homme âgé de 29 ans sont confus. Il aurait à la fois déclaré vouloir « tuer » des soldats et exprimé sa volonté de se « faire tuer par des militaires. »

Alex Perrin, procureur de la République de Valence, a assuré lors de sa conférence de presse que l’individu « n’était pas connu des services judiciaires, pas d’antécédents pénaux. A priori il était inconnu également des services du renseignement ». « C’est quelqu’un qui est un musulman pratiquant, puisqu’on sait qu’il fréquentait habituellement la mosquée de Bron », a précisé le procureur.

La piste terroriste est pour l’instant écartée par les enquêteurs. L’épouse, qui s’est dite « très surprise », par le geste de son mari a également été entendue.

Le jeune homme risque une mise en examen pour tentative d’homicide sur personnes dépositaire de l’autorité publique. L’enquête doit déterminer maintenant si cet acte était prémédité. Les chefs d’accusation pourraient alors changer.

Voir encore:

Après la mort d’al-Nimr, crise diplomatique entre Téhéran et Riyad

L’exécution par l’Arabie saoudite du chef religieux chiite Nimr Baqr al-Nimr a provoqué la colère de l’Iran chiite, où des manifestants ont mis le feu à l’ambassade d’Arabie saoudite. Ce dimanche 3 janvier 2016, la première réaction du guide suprême iranien nous est parvenue. L’ayatollah Khamenei considère que « le sang de ce martyr versé injustement portera ses fruits et la main divine le vengera des dirigeants saoudiens ».

L’exécution du cheikh saoudien chiite Nimr al-Nimr a provoqué de vives réactions dans la province orientale d’Arabie saoudite, mais aussi dans toute la région et en particulier en Iran, exacerbant davantage le conflit confessionnel entre chiites et sunnites.

Samedi soir, le ministère des Affaires étrangères iranien a demandé à la police de protéger les bâtiments diplomatiques saoudiens. A Téhéran, des manifestants en colère ont en effet lancé des cocktails Molotov contre l’ambassade saoudienne et l’ont incendiée pour protester contre l’exécution du dignitaire chiite saoudien, rapporte notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi.

Le consulat saoudien à Machhad, seconde ville du pays, a également été attaqué et incendié par d’autres manifestants en colère. Mais finalement, la police est intervenue pour reprendre la situation en main, à la fois à Téhéran et à Machhad. Quarante manifestants ont été arrêtés à Téhéran, a-t-on appris dimanche matin auprès du procureur de la capitale.

Si le président iranien Hassan Rohani juge ces attaques contre les représentations saoudiennes « totalement injustifiables », la colère monte néanmoins en Iran, après la mort du cheikh al-Nimr. Dans la journée de samedi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait affirmé que Riyad soutenait le terrorisme et l’extrémisme, et dans le même temps réprimait ses opposants intérieurs. « Le gouvernement saoudien va payer un prix élevé », avait affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne.

L’ambassadeur d’Iran convoqué par les autorités à Riyad

Suite aux déclarations de la diplomatie iranienne, les autorités saoudiennes ont aussitôt convoqué l’ambassadeur iranien, relate notre correspondante à Riyad Clarence Rodriguez. Elles considèrent que ces déclarations sont agressives, injustifiées, et qu’elles sont une flagrante ingérence dans les affaires du royaume.

Plusieurs autres responsables iraniens ont violemment critiqué cette exécution. Dimanche, la réaction du guide suprême lui-même, l’ayatollah Ali Khamenei, nous est parvenue. « Sans aucun doute, le sang de ce martyr versé injustement portera ses fruits et la main divine le vengera des dirigeants saoudiens », a déclaré M. Khamenei.

La République islamique d’Iran, puissance chiite montante, s’oppose depuis plusieurs années à l’Arabie saoudite sunnite au sujet des crises qui sévissent dans la région, en Syrie, en Irak, au Yémen ou encore à Bahreïn et au Liban. Cette affaire va certainement aggraver encore les relations entre les deux pays.

Outre la convocation de l’ambassadeur iranien en Arabie saoudite, le gouvernement saoudien a rejeté les accusations iraniennes survenues samedi, affirmant que Téhéran soutenait lui-même le terrorisme. Une nouvelle manifestations est prévue dans l’après-midi à Téhéran, mais aussi dans plusieurs autres villes iraniennes.


■ Rassemblement prévu à Beyrouth ce dimanche

Au Liban, les milieux chiites et pro-iraniens ont vivement condamné l’exécution par les autorités saoudiennes du dignitaire chiite saoudien. Un « sit-in » de protestation doit être organisé ce dimanche 3 janvier 2016 dans le centre-ville de Beyrouth.

Avec notre correspondant à Beyrouth,  Paul Khalifeh

Colère et indignation dans les milieux chiites au Liban, après l’annonce de la mise à mort du principal dignitaire religieux chiite saoudien par les autorités de Riyad. Le Hezbollah a été le plus virulent. Dans un communiqué, le parti pro-iranien a estimé que le seul crime du cheikh al-Nimr est d’avoir défendu la « juste cause d’un peuple victime de la tyrannie et de l’ignorance ».

Le parti chiite fait assumer aux Etats-Unis et à leurs alliés la responsabilité directe et morale de la mort du dignitaire saoudien. Il a dénoncé « la haine » des autorités du royaume, qui ont exécuté Nimr al-Nimr en même temps qu’un groupe de criminels, et a assuré que ce « crime » ne resterait pas impuni.

Le Conseil supérieur chiite, la plus haute instance de cette communauté au Liban, a estimé que la mise à mort du dignitaire saoudien constituait « une erreur grave ». « L’exécution du cheikh Nimr al-Nimr est la mise à mort de la raison, de la modération et du dialogue », peut-on lire dans un communiqué.

Le cheikh sunnite Maher Hammoud, proche de l’Iran, a accusé l’Arabie saoudite de vouloir provoquer une discorde entre sunnites et chiites. Un « sit-in » de protestation doit être organisé ce dimanche, à l’appel du Hezbollah, près du siège des Nations unies dans le centre-ville de Beyrouth.

Zineb El Rhazoui sur RMC: « Il faudrait arrêter d’accepter que ces pleurnichards de la stigmatisation nous imposent leur standard »

15/11/2015

Vive réaction de Zineb El Rhazoui, journaliste Charlie Hebdo ce dimanche sur RMC. Selon elle, il faut condamner beaucoup plus durement l’islamisme radical.
> Sur Daesh
Ce que nous devrions comprendre c’est que Daesh n’est que la forme conjoncturelle d’un problème qui existe depuis bien plus longtemps et qui continuera à exister quand Daesh disparaitra. Nous réussirons peut-être autant à détruire Daesh que les Etats-Unis ont réussi à détruire Al-Qaïda.

Le ver est dans le fruit, le problème c’est qu’ici en France, nous produisons des terroristes, nous produisons cette idéologie de mort et nous la produisons non pas à cause de notre système scolaire.

Il est temps d’appeler les choses par leur nom. Il est temps d’aborder les vraies questions. Quand j’entends que l’imam de Villetaneuse condamne ce qui vient de se passer j’ai envie de dire « merci, c’est gentil » mais vous en tant qu’imam, vous ne pensez pas qu’il faille faire une véritable introspection dans ce que vous enseignez à vous ouailles, est-ce qu’il n’est pas temps de se poser des questions sur pourquoi l’islam produit cet islamo-fascisme sous différentes formes?

> La France se trompe-t-elle de stratégie?
Je pense que c’est la véritable question: pourquoi avons-nous une jeunesse qui cède à l’idéologie de la mort? Ce n’est pas en bombardant Raqqa et en s’alliant avec la Syrie que nous allons éradiquer le terrorisme en France. Ce combat peut paraitre désespéré tant qu’on continue à se tromper de stratégie depuis longtemps.

Nous avons accepté d’être les otages de cette façon de penser qui fait que quand nous nous en prenons aux plus radicaux des musulmans, nous sommes tout de suite taxés de racisme. La France n’a pas de leçon à recevoir de ces assassins dont la plupart sont alignés avec des pays qui sont bien plus racistes que la France.

> Quelle réponse face à l’islamisme?

En France, nous avons bien plus de musulmans dans ce pays que dans les organisations terroristes, il faudrait que nous arrêtions d’accepter que ces pleurnichards de la stigmatisation derrière leurs burqas ou leurs barbes nous imposent leur standard radicalisé comme étant le standard de toute une identité dans ce pays.

Nous n’avons pas à céder à ça. On peut s’indigner que la messe soit donnée en latin mais on ne peut pas mettre notre nez dans ce qui se passe dans les mosquées.

Tant que ce discours-là sera abandonné à l’extrême droite, tant que les formations politiques classiques continueront à penser qu’en dénonçant cela elles peuvent être taxées de racisme on continuera à rester dans ce désespoir-là.

Pour moi l’islam n’est pas une race, la radicalité n’appartient à aucune race et le dénoncer c’est se référer à des principes démocratiques. Nous devons comprendre qu’il est temps d’arrêter de transiger sur les violations faites à la démocratie, à l’égalité hommes-femmes au nom du différentialisme culturel.

Voir de plus:

2016 : Merkel veut encore plus d’immigrés que les 1,1 million de 2015 !
Jacques Guillemain

Riposte laïque

31 décembre 2015 –

Angela Merkel persiste et signe. Lors de ses vœux pour 2016 qui seront diffusés le 31 décembre, mais déjà transmis à la presse allemande, elle enfourche le cheval des immigrationnistes de la gauche française, en déclarant que l’immigration est une chance pour l’Allemagne !

« J’en suis convaincue : si elle est correctement appréhendée, la grande tâche actuelle qui consiste à accueillir et à intégrer tant de gens est une chance pour demain. Il y a rarement eu une année où nous avons été autant mis au défi de mettre nos paroles en accord avec nos actes. »

Sans nier l’ampleur de la tâche elle ajoute néanmoins :

« Il est évident que nous devons aider et accueillir ceux qui cherchent un refuge chez nous ».

Selon le journal Sächsische Zeitung, l’Allemagne a accueilli en 2015 un million cent mille personnes, soit cinq fois plus qu’en 2014. Le gouvernement publiera au début de janvier les chiffres officiels. Et il n’est pas question de fermer les frontières. Ce sont donc des millions de réfugiés que l’Allemagne accueillera au fil des ans. Difficile de comprendre un tel aveuglement, tant les problèmes ne cessent de s’accumuler. Car en faisant le parallèle avec le grand défi de la réunification allemande, Merkel se trompe lourdement. Intégrer 15 millions d’Allemands de l’Est fut sans doute un immense fardeau économique pendant quelques années, mais cela n’a posé aucun problème culturel, bien au contraire.

Mais intégrer des populations musulmanes ou de cultures exotiques en très grand nombre, sera autrement plus difficile et risqué pour la cohésion nationale.

La chancelière allemande met en garde ses compatriotes contre les mouvements populistes hostiles aux réfugiés, comme le mouvement Pegida (Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident) :

« Il est important de ne pas suivre ceux qui, le cœur froid ou plein de haine, se réclament eux seuls de l’identité allemande et veulent exclure les autres. »

Gentil discours de bisounours qui nous rappelle les grandes heures du mitterrandisme, quand le salut de la France ne pouvait dépendre que de l’ouverture des frontières à toute la misère du monde. Mais la réalité est tout autre. En vérité c’est le chaos qui s’installe partout à travers le pays, contrairement au discours lénifiant des médias aux ordres.

Les Allemands ont perdu le contrôle de la situation et on ne compte plus les incidents violents dans les centres d’accueil, l’explosion de la criminalité et notamment des viols, les persécutions des chrétiens, l’instauration d’une économie parallèle aux mains de gangs maffieux, les actes de vandalisme et saccages en tout genre, de la part de migrants exigeants et souvent violents, mais dépeints par la presse comme de doux  agneaux désespérés qui méritent notre compassion. Bagarres sanglantes entre Syriens et Afghans, entre Albanais et Pakistanais, entre Turcs et Kurdes. C’est Calais à la puissance 10.

L’Allemagne a prévu un budget de 10 milliards, rehaussé à 13 milliards pour le flot de migrants de 2015. Mais cela est largement sous estimé car au delà des coûts économiques et sociaux, c’est une lourde facture sanitaire qui s’annonce et qui n’était pas prévue.

Car c’est bien un désastre sanitaire qui épuise le système de santé allemand. Hôpitaux, cliniques et salles d’urgences, sont submergés avec le flot intarissable de patients, parfois porteurs de maladies qui avaient disparu depuis trente ans en Allemagne. Fièvres hémorragiques, diphtérie, virus Ebola, hépatites, sida, paludisme, rougeole, méningite, oreillons, polio, gale, tétanos, tuberculose, typhus, maladies mentales et dépressions, sont devenus le casse-tête des autorités sanitaires.

Et tout se complique quand le dialogue médecin-patient est impossible à cause de la pénurie d’interprètes.

Bon nombre de jeunes médecins font face à des maladies qu’ils n’ont jamais vues, car disparues depuis des lustres en Allemagne.

Le personnel médical allemand découvre aussi ce mal bien  connu des hôpitaux français, à savoir le refus des musulmans d’être soignés par des femmes et des patientes musulmanes d’être soignées par des hommes. Conflits se terminant parfois dans la violence, comme c’est le cas dans nos urgences en France.

Ce sont 15% des migrants qui nécessitent des soins immédiats et pour certains le risque de contagion est tel qu’il faut les mettre en quarantaine, ce qui n’est pas simple.

Selon de directeur de la clinique pulmonaire de Parsberg, 8 à 10000 migrants en Allemagne ont la tuberculose, mais seulement un petit nombre est en quarantaine.

Chaque migrant en quarantaine coûte 12000 euros par mois au contribuable. Soit plus de 200000 euros par migrant, pour une quarantaine prévue de 18 mois. Pour 10000 migrants, le coût de la quarantaine serait donc supérieur à 2 milliards !!

De plus 5% des demandeurs d’asile sont porteurs de germes résistants, avec des maladies hautement infectieuses.

A cela s’ajoute la pénurie de vaccins, l’ampleur des besoins ayant été totalement sous estimée par les autorités. 20 vaccins sont en rupture de stocks, 16 autres ne seront disponibles qu’en 2017.

Les enfants, allemands ou étrangers, ne peuvent plus être vaccinés contre la diphtérie, la polio, le tétanos, la coqueluche.

Enfin, on déplore l’évasion de patients éminemment contagieux, qui ne supportent plus de rester enfermés dans les hôpitaux.

Si Angela Merkel voit dans ce sombre tableau une “chance pour demain”, elle doit être de plus en plus seule en Allemagne. Même le patronat allemand, très  euphorique il y a quelques mois, a très vite déchanté. Sans diplômes et sans maîtrise de la langue, il a compris que cette main d’œuvre ne serait pas exploitable avant des années. Pour la Fédération de l’Industrie ( FDI ) et l’Assemblée des chambres de commerce, c’est la fin des illusions. Le patronat n’entend pas assurer le travail d’intégration à la place des politiques.

Un sondage de T.online montre que 93% des Allemands sont maintenant hostiles à la politique migratoire de Merkel. Un tel virage à 180° devrait tempérer les ardeurs de la chancelière, qui semble de plus en plus déconnectée des réalités.

Car sur les portables des migrants syriens, irakiens et afghans, la rumeur qui ne cesse d’enfler est que “les Allemands vont nous construire des maisons”. Je souhaite à Maman Merkel bien du plaisir !

Malheureusement la France ne passera pas à travers les gouttes. Entendre le gouvernement nous dire que la France accueillera 26000 migrants en deux ans, pour un “coût à la marge” comme le prétend Michel Sapin, alors que l’Allemagne en accueille plus d’un million en un an pour un budget de 13 milliards, prouve bien la lâcheté et l’hypocrisie de nos dirigeants qui n’ont même pas le courage d’assumer leurs choix politiques. Tous les déshérités de la planète savent que la France est le paradis des sans papiers et que ceux que l’Allemagne refoulera seront accueillis chez nous à bras ouverts.

En cédant à la demande de Merkel et en acceptant un quota de 20% des migrants arrivant en Europe, la France a mis le doigt dans un engrenage mortel. L’enfer calaisien n’est qu’un avant goût de ce qui attend les Français, qui refusent encore d’ouvrir les yeux, comme l’a prouvé le deuxième tour des régionales. Très mal informés, ils se sont fait une nouvelle fois berner par le discours mensonger de Valls et par une presse aux ordres qui ne voit rien venir. Mais le jour viendra où ils prendront conscience de l’échec de l’intégration en France et en Europe. Et ce jour là, Marine fera plus de 50% dès le premier tour. Tous les mensonges et les charcutages électoraux de l’UMPS n’y changeront rien. Mais le temps presse !

Voir enfin:

Placé favorable à l’extension de la déchéance de nationalité “pour tous les Français”
Valeurs actuelles

31 décembre 2015

Constitution. Le sénateur écologiste appuie le gouvernement dans sa volonté d’étendre la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français et va meme plus loin en préconisant son application aux “Français uniquement Français”.
“L’idée même de déchéance de nationalité ne me choque pas, c’est un symbole fort que je soutiens”, a déclaré le président de l’Union des démocrates et écologistes (UDE) sur Europe 1.

Et de poursuivre. « Je trouve incroyable les caricatures que nous entendons, les diatribes, les indignations haut perchées, notamment de la gauche de la gauche, sur cette affaire », a dénoncé le sénateur de l’Essonne.

L’ancien tenor d’Europe-Ecologie Les Verts (EELV) qu’il a quitté avec fracas il y a quelques mois va meme plus loin que le gouvernement en préconisant l’extension de la déchéance de nationalité à tous, meme aux individus ne disposant que de la nationalité française.

Vers la création d’apatrides ?

« Je souhaite qu’on réfléchisse à étendre, y compris la déchéance de nationalité, aux Français uniquement Français, je sais la difficulté de créer des apatrides, il y a un vrai débat de convention internationale », a-t-il évoqué.

A défaut, le sénateur propose la creation d’une peine d’indignité nationale comme évoquée, par exemple, par le chef de file des députés socialiste, Bruno Le Roux. “l’idée qui monte aujourd’hui, qui pourrait être une sortie par le haut, est la question de l’indignité nationale, qui a une belle référence historique, pour tous », a-t-il souligné.


Guerre et religion: Attention, un prix Nobel peut en cacher un autre ! (Think not that I am come to send peace on earth)

30 décembre, 2015

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Dieu ne recevra jamais le prix Nobel de la paix. José Artur
Dieu, prix Nobel de la guerre. Cabu (2002, couverture de Charlie hebdo et inscription sur la statue de la République de Paris)
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Jésus (Jean 14: 27)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division. Car désormais cinq dans une maison seront divisés, trois contre deux, et deux contre trois; le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. Jésus (Luc 12: 51-53)
L’heure vient même où qui vous tuera estimera rendre un culte à Dieu. Jean 16: 2
Nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens. Paul (I Corinthiens 1: 23)
« Dionysos contre le ‘crucifié’  » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins (2006)
Pour l’islam (…) j’aime bien leur symbole, le croissant de lune, je le trouve beaucoup plus beau que la croix, peut-être parce qu’il n’a pas quelqu’un de cloué dessus. Pat Condell
Je voulais que le choc provoqué nous fasse reprendre conscience du scandale de quelqu’un cloué sur une croix. Par habitude on n’éprouve plus de réelles émotions face à quelque chose de véritablement scandaleux, la crucifixion. Mgr Jean-Michel di Falco (évêque de Gap)
Si le film [de Mel Gibson] avait été projeté avant-guerre en Pologne, il aurait déclenché des pogroms. Meïr Weintrater (directeur de L’Arche)
Il y a une forme de guerre qui est épuisée aujourd’hui, en Europe du moins. Ce que la France a vécu pendant les deux conflits mondiaux, l’Allemagne l’a subi aussi : nous en sommes au même point. Une des sources de l’antiaméricanisme, c’est le fait que les Etats-Unis sont encore capables d’une montée aux extrêmes. En les critiquant pour cette faculté d’accepter le défi de la violence, c’est notre passé que nous condamnons rétrospectivement. Mais si certains sont rassurés parce que la guerre semblée écartée, la guerre au sens européen, le terrorisme forme une métastase qui envahit tout, et qui représente une menace universelle. Par conséquent, nous sommes en train de franchir une étape dans la montée de la violence. (…) Parler de choc des civilisations, c’est dire que c’est la différence qui l’emporte. Alors que je crois, moi, que c’est l’identité des adversaires qui sous-tend leur affrontement. (…) Nolte montre que l’URSS et le IIIe Reich ont été l’un pour l’autre un « modèle repoussoir ». Ce qui illustre la loi selon laquelle ce à quoi nous nous heurtons, c’est ce que nous imitons. Il est frappant qu’un historien pense les rapports d’inimitié en terme d’identité, en terme de copie. Ce que Nolte appelle le modèle repoussoir, c’est ce que la théorie mimétique appelle le modèle obstacle : dans la rivalité, celui qu’on prend pour modèle, on désire ce qu’il désire et par conséquent il devient obstacle. Le rapport mimétique conduit à imiter ses adversaires, tantôt dans les compliments, tantôt dans le conflit. (…) Les islamistes tentent de rallier tout un peuple de victimes et de frustrés dans un rapport mimétique à l’Occident. Les terroristes utilisent d’ailleurs à leurs fins la technologie occidentale : encore du mimétisme. Il y a du ressentiment là-dedans, au sens nietzschéen, réaction que l’Occident a favorisée par ses privilèges. (…) Il ne faut pas faire semblant de croire que, dans leur conception de la violence, le christianisme et l’islam sont sur le même plan. (…) La Croix, c’est le retournement qui dévoile la vérité des religions révélées. Les religions archaïques, c’est le bouc émissaire vrai, c’est-à-dire le bouc émissaire caché. Et la religion chrétienne, c’est le bouc émissaire révélé. Une fois que le bouc émissaire a été révélé, il ne peut plus y en avoir, et donc nous sommes privés de violence. Ceux qui attaquent le christianisme ont raison de dire qu’il est indirectement responsable de la violence, mais ils n’oseraient pas dire pourquoi : c’est parce qu’il la rend inefficace et qu’il fait honte à ceux qui l’utilisent et se réconcilient contre une victime commune. René Girard
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout ? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. René Girard
Le christianisme est la seule religion qui aura prévu son propre échec. Cette prescience s’appelle l’apocalypse. René Girard
Il convient de voir dans les Ecritures judéo-chrétiennes la première révélation complète du pouvoir structurant de la victimisation dans les religions païennes ; quant au problème de la valeur anthropologique de ces Ecritures, il peut et doit être étudié comme un problème purement scientifique, la question étant de savoir si, oui ou non, les mythes deviennent intelligibles, comme je le crois, dès lors qu’on les interprète comme les traces plus ou moins lointaines d’épisodes de persécution mal compris. (…) Ma conclusion est que, dans notre monde, la démythification tire sa force de la Bible. Réponse inacceptable pour ceux qui pensent que tout ce qui risque de placer la Bible sous un jour favorable ne saurait être pris au sérieux par les vrais chercheurs, car il ne peut s’agir que d’une approche religieuse – et donc irrationnelle – qui n’a strictement aucune valeur du point de vue de l’anthropologie. (…) Et pourtant, y a-t-il quelque chose qui soit plus naturel aux chercheurs que de traiter des textes similaires de façon similaire, ne serait-ce que pour voir ce que cela donne ? Un tabou inaperçu pèse sur ce type d’étude comparative. Les tabous les plus forts sont toujours invisibles. Comme tous les tabous puissants, celui-ci est antireligieux, c’est-à-dire, au fond, de nature religieuse. A partir de la Renaissance, les intellectuels modernes ont remplacé les Ecritures judéo-chrétiennes par les cultures anciennes. Puis, l’humanisme de Rousseau et de ses successeurs a glorifié à l’excès les cultures primitives et s’est également détourné de la Bible. Si la lecture que je propose est acceptée, notre vieux système de valeurs universitaires, fondé sur l’élévation des cultures non bibliques aux dépens de la Bible, va devenir indéfendable. Il deviendra clair que le véritable travail de démythification marche avec la mythologie, mais pas avec la Bible, car la Bible elle-même fait déjà ce travail. La Bible en est même l’inventeur : elle a été la première à remplacer la structure victimaire de la mythologie par un thème de victimisation qui révèle le mensonge de la mythologie. René Girard
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution. André Malraux (1956)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
J’ai un appart tout meublé avec cuisine équipée, deux salles de bains toilettes, et trois chambres, et je paye pas de loyer, ni l’électricité et l’eau. La belle vie quoi !!! […] Et toutes les villes que j’ai faites, en Syrie et maintenant en Irak, je n’ai pas vu un seul mendiant ! […] Tu sais pourquoi ? Parce que les biens sont tellement bien distribués équitablement que tout le monde vit bien. Kahina (épouse d’un des terroristes-suicide du Bataclan)
Le terrorisme a frappé la France, pas pour ce qu’elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu’elle est. Manuel Valls
L’Etat islamique exploite toutes les failles possibles dans un contexte post-colonial fragile, c’est pourquoi il parle aussi des lois de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école et de 2010 sur l’interdiction du port du voile intégral. (…) La communication de Daech est stratégiquement mortifère. Tout élément susceptible d’avaliser l’idéologie qui est la sienne est réutilisé. Au final, on ne sait plus trop pourquoi ils nous en veulent. Est-ce une question ontologique ou politique? Le brouillage est volontairement entretenu. Haoues Seniguer (IEP de Lyon)
Pourquoi la France? Pour de nombreuses raisons sans doute. Mais je crois qu’ils considèrent mon pays comme le maillon faible de l’Europe, comme un pays où il serait facile de semer la division. Nicolas Hénin (journaliste, ex-otage de l’EI en Syrie)
La France, c’est une ex-puissance coloniale, notamment au Maghreb et les maghrébins sont parmi les plus nombreux aujourd’hui au sein de l’Etat islamique, or les jihadistes ont la mémoire longue. David Thomson (France Inter)
L’absence d’une communication audible du gouvernement sur les tenants et les aboutissants des attentats du mois de janvier 2015, qui avaient pourtant été les plus meurtriers sur le sol français depuis la guerre d’Algérie, n’a pas été, et continue de ne pas être de nature à renforcer la confiance sur la qualité du système français de lutte contre le terrorisme. Cette erreur ne doit pas être répétée et aggravée : le « vendredi noir » doit être suivi par ce que les spécialistes appellent un « retour d’expérience » (abrégé en RETEX) digne de ce nom, en partie couvert par le secret nécessaire aux opérations de renseignement, mais en partie aussi livré au public. La même observation vaut pour la limitation des effets des attentats. Au sommet de l’Etat, la prise de décision et la communication politique ont été assurées avec efficacité par le président Hollande. Il en allait de même pour la communication sur l’état de l’enquête, gérée avec doigté par le procureur François Molins. Au plan opérationnel, forces de l’ordre, sapeurs-pompiers, services médicaux ont de toute évidence agi avec courage et humanité. Mais que de questions pendantes… Où était la communication opérationnelle, donnant des consignes de comportement aux populations dans et autour des zones menacées ? Le chef de la Metropolitan Police assurait la communication opérationnelle pendant les attentats multiples du 7 juillet 2005 à Londres, dont le nombre et la synchronicité étaient semblables à ceux de Paris. Où était son homologue parisien, le préfet de police Michel Cadot, le soir du 13 novembre ? Où était la plate-forme en ligne permettant à chacun de recevoir des réponses autorisées pendant la crise ? Même la Belgique, dont les Français se sont trop volontiers moqués ces dernières semaines, s’en était dotée pendant le « lockdown » de Bruxelles. Il ne s’agit pas là d’éléments secondaires de gestion d’une crise terroriste. Le terrorisme est un acte de violence qui vise à communiquer la terreur aux populations visées : la contre-communication est essentielle pour inspirer la confiance. Ces interrogations sur le lien entre les autorités et la population, et d’autres du même type, ne devraient même pas surgir, puisque traitées dans le Livre blanc gouvernemental sur le terrorisme, publié il y a dix ans déjà. Ajoutons que ce document public rédigé dans la foulée des attentats de Madrid (191 morts) et de Londres (55 morts) contenait des scénarios de violence terroriste très voisins du « vendredi noir ». (…) les citoyens sont en droit de savoir ce qui s’est passé tout le temps qu’ont duré les attentats, et spécialement pendant les deux heures séparant l’arrivée des forces de l’ordre au Bataclan et le moment de l’assaut. En l’absence d’un récit officiel circonstancié des événements, trop de bruits, pas tous issus d’esprits négatifs, pas tous le produit des rivalités d’un autre âge entre policiers et gendarmes, courent désormais pour pouvoir se contenter d’un « circulez, il n’y a rien à voir ». Peut-être les conditions de l’intervention ont-elles été aussi bonnes que possible, et peut-être en allait-il de même concernant la prise en charge dans l’urgence absolue des blessés innombrables, souvent à l’article de la mort, gisant dans un Bataclan devenu terrain de massacre. Un rapport officiel permettrait d’en apporter la démonstration ou, à défaut, de tirer les leçons d’éventuels dysfonctionnements. Vu l’importance des enjeux, il est dans l’intérêt de tous que le gouvernement et le Parlement prennent ensemble la décision de mettre sur pied une commission nationale d’enquête sur les récents actes terroristes en France, proche du modèle de la commission américaine sur les attentats du 11-Septembre : celle-ci comprenait dix personnes, désignées par l’exécutif et le Congrès et issues à parts égales de la majorité et de l’opposition. Elle œuvra pendant plus de deux ans en ayant un accès pratiquement illimité aux personnes et aux données, ouvertes ou secrètes, utiles à la compréhension des origines et au déroulement du drame. Ce qui est décrit dans le rapport (11-Septembre – Rapport de la commission d’enquête, éditions de l’Equateur, 2004) est rarement agréable à lire mais c’est son caractère détaillé, direct et, en majeure partie, public, qui a permis au contre-terrorisme américain d’éviter un nouveau « 11-Septembre » outre-Atlantique, indépendamment de dérapages (Guantanamo, la torture, l’invasion de l’Irak…) qui n’étaient pas du ressort de cette commission nationale. Certes, une telle initiative transcendant la séparation des pouvoirs serait sans précédent dans notre pays, mais elle ne contreviendrait pas aux principes de l’Etat de droit. Surtout, les attaques du 13 novembre 2015 en France ont été, elles aussi, sans précédent ; ce premier acte de terrorisme de masse sur notre territoire doit aussi être le dernier de son espèce. François Heisbourg
Il est temps ici de rappeler un fait statistique essentiel qui va à l’encontre des idées reçues : les conflits proprement religieux (Kerbela, Saint-Barthélemy, guerre de Trente Ans, hindous contre musulmans…) tuent beaucoup moins de gens que les guerres d’État à État, les guerres civiles et les dictatures ! La religion n’a pas de responsabilité directe dans la plupart des tragédies qui ont ensanglanté la planète jusqu’à l’aube du IIIe millénaire. Ainsi, elle a été totalement absente des grands drames du XXe siècle (plus de 100 millions de victimes), exception faite de la scission Inde-Pakistan: guerres mondiales, répressions nazies et communistes, génocides (les Juifs, comme les Arméniens et les Tutsis, n’ont pas été exterminés en raison de leur religion mais de leur prétendue « race »). D’une exceptionnelle ampleur ont été les méfaits commis par les régimes athées à l’oeuvre en Allemagne mais aussi en URSS et au Mexique des années 1910 aux années 1940, plus tard en Chine et au Cambodge. Guidés par le désir de faire table rase du passé et en particulier du fait religieux, Lénine, Hitler, Staline, Mao, Pol Pot… ont massacré des dizaines de millions d’innocents, soit beaucoup plus que tous les souverains européens depuis l’An Mil. (…) Au Moyen Âge, notons que les croisades apparaissent comme des guerres défensives bien plus que des guerres de religion ou des guerres saintes. Leur objectif premier était de restaurer la sécurité des pèlerinages en Terre sainte, mise à mal par l’irruption des nomades turcs. Si les croisés ont combattu avec la brutalité habituelle de l’époque, ils ne se sont pas pour autant souciés de convertir les infidèles musulmans, encore moins de les exterminer.
Après la Seconde Guerre mondiale, les États arabes du Moyen-Orient apparaissent plus divisés que jamais mais refont leur unité dans la guerre contre Israël. (…) Les nouveaux-venus se font forts de conduire leurs peuples vers des lendemains meilleurs par l’imitation du modèle occidental. Mais leur « modernisation » débouche sur une exaspération des inégalités et, plus insupportable que tout, une défaite humiliante face à Israël en 1967… (…) En 1973, le premier choc pétrolier accroît considérablement les redevances versées à l’Arabie séoudite et aux émirats du Golfe comme le Qatar, également wahhabite. (…) Ces monarchies vont dès lors financer sans limites la construction de mosquées et réislamiser les populations arabes et musulmanes, partout dans le monde, y compris en Europe occidentale.De ce qui précède, l’on voit que derrière les références à la « jihad » se cache un drame simplement humain: la difficulté des pays arabes du Moyen-Orient à accéder à la maturité politique après un millénaire de soumission aux Turcs et un siècle d’échecs successifs. (…)  L’instabilité de la région les empêche d’assimiler comme les Japonais, les Turcs ou les Iraniens la modernité occidentale et technologique. Par dépit, les islamistes ont fait en conséquence le choix de la rejeter et s’en justifient en recourant à une interprétation très personnelle du Coran. On retrouve le même dilemme chez les islamistes du Sahel, qui se sont significativement dénommés Boko Haram (« les livres sont illicites »). C’est aussi pour des motifs similaires que de jeunes Occidentaux, musulmans issus de l’immigration ou fraîchement convertis, rejoignent les rangs de Daech … Victimes d’une immigration débridée qui fabrique à n’en plus finir des « colonies » musulmanes ou africaines à l’écart du reste du pays, les premiers, issus de l’immigration, sont empêchés de s’assimiler à la culture occidentale par la scolarité et la découverte des autres jeunes ; ils sont aussi mal à l’aise dans le pays natif de leurs parents dont ils ne comprennent plus la culture profonde. Quant aux jeunes Français convertis, ils sont tout autant victimes de déculturation dans la « France périphérique » que délaisse la faction dirigeante. Comment répondre dans ces conditions au défi lancé par Daech ? On peut bombarder sa capitale Racca au risque de disperser les métastases islamistes tout autour de la Méditerranée. On peut également, à l’intérieur, prolonger l’état d’urgence au risque de paralyser complètement une économie atone qui n’en demandait pas tant (transports désorganisés, magasins en berne, productivité en baisse…). Mais on peut aussi choisir de s’attaquer à la source de l’islamisme radical qui se situe à Riyad en renonçant s’il le faut au pétrole séoudien. L’occasion n’a jamais été aussi favorable avec un prix très (trop) bas du baril qui menace l’économie des autres pays exportateurs (et contribue à accélérer le réchauffement climatique). On peut également à l’intérieur prendre des mesures drastiques contre les mosquées et les imams financés par des États étrangers, en violation de la loi sur la séparation des Églises et de l’État, agir contre les abus du regroupement familial (mariages forcés d’adolescentes), encourager les personnes qui jouent le jeu de l’assimilation et, plus que tout, valoriser la culture et l’Histoire nationales qui le méritent ô combien … Hérodote
C’est précisément en raison de la mort de l’impérialisme que nous voyons l’apparition du monde pré-moderne. Aujourd’hui, il n’y a aucune puissance coloniale qui accepte de s’atteler à cette tâche, cependant les occasions, peut-être même le besoin de colonisation, sont aussi grands qu’ils ne l’ont jamais été au XIXe siècle. Robert Cooper

Dieu n’est décidément pas près, comme l’avait fameusement annoncé José Artur, de recevoir le prix Nobel de la paix.

A l’heure où avec la furie et la barbarie retrouvées de l’islam suite au retrait du gendarme du monde américain, la religion dont un Occident postmoderne se croyait enfin débarrassé fait un retour fracassant dans l’histoire …

Poursuivant, en ces jours et lieux mêmes où le monde civilisé fête ses racines et sans compter ses luttes internes sunnites-chiites, son épuration multiséculaire des derniers représentants et lieux saints du judaïsme comme du christianisme …

Et où face à une bande d’illuminés tous frais payés profitant lâchement de toutes les facilités de nos sociétés ouvertes comme  des évidentes défaillances de nos gouvernants et services de sécurité – sur lesquelles plus d’un mois après les faits on attend toujours des éclaircissements – pour maximiser les dégâts en tirant littéralement dans le tas de civils désarmés partout où ils peuvent les trouver rassemblés et vulnérables …

Nos beaux esprits et nos belles âmes qui ont tant fait pour déconstruire nos valeurs nous refont le coup du  »ils nous tuent pas pour ce que nous faisons mais pour ce que nous sommes » …

Ou se remettent à accuser une Bible et un judéochristianisme aux effets à la fois effectivement libérateurs et déstabilisateurs voire à chanter le « génie du paganisme » …

Qui prend la peine de rappeler, avec le site Hérodote (qui manque curieusement par ailleurs la dimension évidemment religieuse du génocide turc des chrétiens arméniens et grecs ou ne manque pas par ailleurs de voir du colonialisme partout comme en Palestine), l’évidence statistique qu’avec plus de 100 millions de victimes, les régimes athées et notamment communistes ont fait bien plus de dégâts que toutes les guerres de religion de l’Histoire ?

Et que face à la destruction de ses lieux saints et la mise en péril de ses pèlerinages pacifiques sur des territoires jusque là judaïsés ou christianisés, les croisades que l’on n’arrête pas de nous ressortir étaient en fait des guerres défensives face à des hordes de musulmans fanatisés ?

Mais qui ne voit devant le véritable accident industriel que se révèle être la présidence du plus rapide prix Nobel de la paix de l’histoire et la vacance du pouvoir à la tête du Monde libre dont avait si longtemps rêvé une Europe qui avait pourtant construit sa richesse à l’abri du parapluie nucléaire américain …

A l’heure où avec la division par deux du prix du pétrole entre Ryad et Doha les véritables fourriers du djihad pourraient enfin se voir rappeler à leurs chères études…

La nécessité, comme l’avait si brillamment analysé l’ancien conseiller de Tony Blair Robert Cooper il y a quelques années et au nom du principe biblique de la défense du prochain, d’un nouvel imperium voire d’une nouvelle croisade et d’une recolonisation des états faillis qui prolifèrent ?

Religions

Dieu aime-t-il la guerre ?
C’est au nom de Dieu que les tueurs de l’État islamique sèment la terreur et la guerre de Mossoul à Paris en passant par Bagdad, Beyrouth et Bamako. Faut-il y voir pour autant un retour des guerres de religion ? Si évidente qu’elle paraisse, la référence ne suffit pas à comprendre ce qui motive al-Qaida, Daech et leurs successeurs à venir. Un survol attentif de l’Histoire donne un sens tout autre à ces organisations qualifiées faute de mieux de « terroristes ».
Joseph Savès
Hérodote
13 décembre 2015
Les hommes n’ont pas besoin de Dieu pour s’entretuer
Les atrocités mises en scène par Daech rappellent d’autres mises en scène du temps des guerres de religion, il y a cinq cents ans, des guerres de Vendée, il y a deux cents ans, ou plus près de nous des guerres de Yougoslavie. Les décapitations et la réduction de jeunes filles en esclavage rivalisent dans l’horreur avec les éviscérations, empalements, bûchers, viols collectifs et scènes de cannibalisme d’autrefois.
Les guerres de religion et les guerres civiles dressent en effet les uns contre les autres des gens ordinairement très proches, citoyens du même pays et parfois du même village. D’où le besoin pour chaque camp de se justifier de ses crimes en déshumanisant l’adversaire et en niant sa qualité d’alter ego. C’est hélas ce qui fait toute la différence avec les guerres conventionnelles qui voient des armées régulières s’affronter sur un champ de bataille.
Il est temps ici de rappeler un fait statistique essentiel qui va à l’encontre des idées reçues : les conflits proprement religieux (Kerbela, Saint-Barthélemy, guerre de Trente Ans, hindous contre musulmans…) tuent beaucoup moins de gens que les guerres d’État à État, les guerres civiles et les dictatures !
La religion n’a pas de responsabilité directe dans la plupart des tragédies qui ont ensanglanté la planète jusqu’à l’aube du IIIe millénaire. Ainsi, elle a été totalement absente des grands drames du XXe siècle (plus de 100 millions de victimes), exception faite de la scission Inde-Pakistan: guerres mondiales, répressions nazies et communistes, génocides (les Juifs, comme les Arméniens et les Tutsis, n’ont pas été exterminés en raison de leur religion mais de leur prétendue « race »).
D’une exceptionnelle ampleur ont été les méfaits commis par les régimes athées à l’oeuvre en Allemagne mais aussi en URSS et au Mexique des années 1910 aux années 1940, plus tard en Chine et au Cambodge.
Guidés par le désir de faire table rase du passé et en particulier du fait religieux, Lénine, Hitler, Staline, Mao, Pol Pot… ont massacré des dizaines de millions d’innocents, soit beaucoup plus que tous les souverains européens depuis l’An Mil.
Si nous remontons dans le temps, les préoccupations religieuses sont absentes des guerres de l’Antiquité, tant dans la sphère méditerranéenne que dans le reste du monde. Les cités grecques vénéraient les mêmes divinités mais s’affrontaient avec une grande sauvagerie et n’hésitaient jamais à passer par le fil de l’épée les populations vaincues. Même chose en Afrique jusqu’à l’aube des temps modernes : Chaka a pu fonder l’État zoulou au début du XIXe siècle par des méthodes qui n’ont rien à envier à Staline et Pol Pot.
Au Moyen Âge, notons que les croisades apparaissent comme des guerres défensives bien plus que des guerres de religion ou des guerres saintes. Leur objectif premier était de restaurer la sécurité des pèlerinages en Terre sainte, mise à mal par l’irruption des nomades turcs. Si les croisés ont combattu avec la brutalité habituelle de l’époque, ils ne se sont pas pour autant souciés de convertir les infidèles musulmans, encore moins de les exterminer.
Plus près de nous, la guerre d’Irlande, le conflit israélo-palestinien (?) et également la guerre d’Algérie sont assimilables à des conflits coloniaux entre occupants plus ou moins anciens d’une même terre. Les guerres plus récentes, avant l’éruption islamiste, ont opposé des gens de même religion (Darfour, Congo, Irak-Iran…) au nom de préjugés raciaux ou nationaux.
Cela signifierait-il que Dieu n’a rien à voir avec les guerres ? Que nenni…
Dieu rapproche !
Rappelons pour la forme le sens originel du mot religion, dérivé du latin relegere, « relier ». La religion est ce qui lie normalement les hommes et les rapproche, comme un pont rapproche les deux rives d’un fleuve.
C’est si vrai que, chez les Romains, l’organisation des fêtes religieuses était confiée au magistrat également en charge de l’entretien des ponts, le pontife. Son lointain héritier est le Souverain Pontife, le pape François.
Les Égyptiens, à l’abri du monde extérieur et pénétrés d’un amour profond de la vie, ont pu pendant près de 3 000 ans
cultiver une religion souriante destinée à apprivoiser la mort.
Beaucoup plus impliqués dans les conflits guerriers, les Romains ont développé une religion civile qui avait l’avantage de souder le corps social autour de rituels publics et privés soigneusement codifiés. Ses précoccupations étaient essentiellement utilitaires : prendre de bonnes décisions grâce à la divination et aux aruspices (devins) ; obtenir des dieux la guérison en cas de maladie… Rien de mystique là-dedans et les poètes et penseurs latins se souciaient d’ailleurs très peu de religion. Aucun Romain n’aurait eu non plus l’idée de mourir en martyr au nom de Zeus ou Héra.
On retrouve une religion civile de cette sorte en Chine, autour du confucianisme, et plus près de nous aux États-Unis, où les nombreuses confessions chrétiennes qui se sont développées depuis le XVIIIe siècle privilégient les vertus civiques plutôt que l’introspection spirituelle (mais cela est peut-être en train de changer avec la progression des Églises évangéliques issues du Deep South métissé).
Cette religiosité tranquille convient aux empires qui ne souffrent d’aucune menace. Quel peuple fut moins mystique que les Britanniques au temps de leur splendeur, au XIXe siècle ?… (*).
C’est aussi une forme d’islam tranquille que l’on observe dans l’empire arabo-persan de Bagdad et l’empire ottoman de Constantinople à leur apogée.
Cette histoire-là a commencé au VIIe siècle, quand les cavaliers arabes ont quitté leur péninsule désertique. C’était en vue de s’emparer des richesses de leurs voisins plus que de convertir les âmes. Ils y ont réussi sans trop de difficultés du fait de l’état de décomposition avancée des grands empires antiques.
Après avoir soumis le monde de l’Atlantique à l’Indus, ils se sont vus au siècle suivant ravalés au rang de sous-fifres par les Persans.
C’est ainsi qu’à Bagdad s’épanouit une culture éclectique fécondée par l’Inde, la Perse et la Grèce. À la cour du calife de Bagdad, le poète Abou Nouwas (757-809) chante mieux que quiconque l’amour de la vie et des femmes, des garçons et du vin: « Le vin m’est présenté par un jeune échanson de sexe féminin, mais vêtu en garçon … »
Il serait intéressant d’interpeller l’actuel « calife » de Racca et ses piteux disciples sur ces musulmans qui ont porté l’islam plus haut qu’ils ne le porteront jamais…
Dieu protège !
Cette joie de vivre s’effondre aux alentours de l’An Mil. À Jérusalem, le calife fatimide du Caire détruit le Saint Sépulcre en 1009 dans un accès de fanatisme.
Les nomades turcs installent le chaos au Moyen-Orient et vont jusqu’à menacer l’empire byzantin. Ils interrompent également les pacifiques pèlerinages des chrétiens d’Occident, ce qui provoque l’intervention des croisés comme on l’a vu plus haut.
Dans le même temps, faut-il s’en étonner ? la religion devient le refuge des âmes inquiètes.
En l’an 1019, le calife de Bagdad Al Qadir fait lire au palais et dans les mosquées une épître dite « épître de Qadir » par
laquelle il interdit toute exégèse nouvelle et ferme la porte à l’effort de recherche personnel des musulmans (l’ijithad).
Cette décision va tuer l’esprit critique et favoriser l’imitation servile (le taqlid).
Après le passage des Turcs puis des Mongols, les sociétés islamiques vont retrouver un développement autonome plus ou moins paisible et créatif.
Ainsi en Andalousie et au Maroc, qui a fièrement conservé son indépendance des origines à nos jours (exception faite du bref épisode du protectorat) ; ainsi en Iran (Perse) et dans le sultanat de Delhi. Toutes ces sociétés incluent au Moyen Âge
d’importantes communautés non-musulmanes, parfois ultra-majoritaires comme aux Indes. Les gouvernants ne cherchent pas à les convertir. Ils préfèrent les pressurer d’impôts.
À la fin du Moyen Âge, les Ottomans vont plonger l’islam méditerranéen et proche-oriental dans une longue torpeur dont il ne sortira qu’au XIXe siècle, sous les coups des Occidentaux et en premier lieu de Bonaparte.
Remontons le temps. Nous observons la même quête d’un dieu protecteur chez les peuples souffrants, à commencer par le peuple hébreu.
Les douze tribus d’Abraham établies sur la Terre promise connaissent une succession d’épreuves au 1er millénaire avant notre ère, de l’invasion des Assyriens en 721 av. J.
C. à l’exil de Babylone en 597 av. J.
C.
Ils sont libérés en 539 par les bonnes grâces du Grand Roi des Perses Cyrus II mais c’est pour passer plus tard sous la tutelle d’Alexandre le Grand et de ses successeurs (en grec « diadoques »).
Ces Hébreux, qui vivent alors sur l’une des terres les plus riches du monde, connaissent une démographie très dynamique. Ils sont sans doute plus d’un million rien qu’en Palestine et leur diaspora autour de la Méditerranée est sans doute aussi nombreuse. C’est au total un dixième peut-être de la population de la région.
Leurs épreuves les conduisent à renforcer leur identité à travers le lien ancestral qui les rattache à leur dieu. C’est ainsi qu’entre l’an 500 et l’an 150 av. J.
C., des scribes ou des érudits juifs compilent les archives et les textes anciens de leur communauté au sein de ce qui sera la Bible. À travers cette compilation, ils s’appliquent à témoigner de leur alliance avec un Dieu unique qui s’est manifesté en leur faveur à travers toutes sortes de signes et d’événements.
De fait, les communautés israélites, même dispersées sur toute la surface de la planète, vont résister jusqu’à nos jours à toutes les persécutions, y compris les pires qui soient, sans jamais perdre la foi.
C’est aussi le malheur des temps, la défection des élites et les incursions barbares qui vont aux IIIe et IVe siècles pousser les habitants de l’empire romain vers le dieu protecteur des juifs.
Ils vont l’adopter dans sa version chrétienne, un Messie envoyé pour sauver les hommes et les conduire à la vie éternelle.
Ce Dieu va se montrer d’abord consolateur pendant le long et pénible épisode des invasions barbares. Puis il va devenir très protecteur puisque, à partir de l’An Mil, la chrétienté occidentale ne va plus connaître d’invasions d’aucune sorte jusqu’à nos jours… Une exception dans l’Histoire universelle !
Durablement stabilisées du fait de l’absence de menace extérieure, les sociétés européennes vont peu à peu se pacifier
sous l’impulsion du clergé et donner naissance à des États de droit, fondement indispensable du progrès.
Ces sociétés, soudées par la foi en un même Dieu et la soumission à une même autorité ecclésiastique, vont aussi se montrer impitoyables envers les ferments de division. Ainsi les Cathares sont-ils combattus par les armes et par l’Inquisition, plus brutalement que les musulmans du Proche-Orient.
Au XVIe siècle, les États européens et leurs habitants sont suffisamment assurés de leur force pour n’avoir plus besoin de la protection quelque peu envahissante de l’Église de Rome. Voici la Réforme de Luther et bientôt les guerres de religion.
À l’issue de celles-ci, les Européens vont avancer à tâtons vers un compromis qui concilierait l’athéisme militant, l’indifférence agnostique et une religiosité tranquille « à l’américaine ». Ils s’attirent en 2000 cette remarque désabusée du pape Jean-Paul II: « Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, il y a un homme qui vit comme si Dieu n’existait pas, c’est l’homme européen».
Dieu libère !
Justement, en 1978, quelle n’a pas été la surprise des Européens devant la ferveur religieuse qu’a suscitée l’élection de ce même pape dans son pays natal, la Pologne communiste !
Les Polonais ont pu résister à quarante années d’oppressions nazies et soviétiques grâce à leur foi catholique et au dévouement de leur clergé.
L’élection de l’archevêque de Cracovie Karol Wojtyla à la tête de l’Église catholique va relancer leur ardeur comme jamais et, le 31 août 1980, à l’issue des accords de Gdansk qui consacrent le triomphe du syndicat libre Solidarnosc, le très catholique leader syndicaliste Lech Walesa brandit devant ses camarades le stylo avec lequel il a signé les accords. C’est un gadget comme on en voit dans les boutiques de souvenirs du Vatican, avec le portrait du pape polonais. Lech Walesa veut par là signifier que le Souverain Pontife a guidé son bras et inspiré les accords !
Ainsi la foi en Dieu a-t-elle contribué à libérer les Polonais et autres Européens de l’oppression communiste… La suite est plus amère. Sitôt qu’ils ont rejoint l’Occident démocratique, les Polonais ou du moins la plupart d’entre eux se sont abandonnés aux délices païens du consumérisme, avec en prime une natalité en berne.
Même phénomène de l’autre côté de l’Atlantique, où les Français de la Nouvelle-France (Québec) ont pu conserver pendant deux siècles leur identité sous tutelle anglaise grâce à leur foi catholique et à leur clergé. Mais à la fin du XXe siècle, les désillusions indépendantistes et l’humeur fôlatre ont eu raison de leur résistance. Aujourd’hui, le Québec se distingue en Amérique du Nord par son indifférence religieuse et sa très faible natalité tandis que l’identité francophone ne mobilise plus les foules même si elle demeure heureusement très vivante.
Retour en Europe : c’est en invoquant Dieu que le peuple espagnol s’est dressé contre l’occupant français, il y a deux siècles. Pendant que les paysans et les moines se livraient à une guerilla sans merci contre les troupes athées ou anticléricales de Napoléon, la bourgeoisie madrilène, sensible aux « Lumières» venues de France, se complaisait dans la collaboration avec l’occupant.
Le peintre Goya est l’un de ces «afrancesados». Il a pu se racheter une conscience après la libération de son pays en livrant ses sublimes dessins et peintures évoquant les heures héroïques. Il n’a pas manqué de montrer le supplicié du Tres de Mayo dans une attitude christique, les bras en croix, dans une référence évidente à la dimension religieuse du combat.
C’est aussi à des résistants mûs par leur foi chrétienne que se sont heurtés en Russie les soldats de Napoléon. Bien plus tard, en 1941, Staline s’est souvenu de la force mobilisatrice de la foi religieuse. Face à l’invasion allemande, il a promptement oublié ses diatribes athéistes, remisé son projet de société sans Dieu et appelé son peuple à défendre la Sainte Russie.
Dans le monde musulman, c’est au nom d’Allah que l’émir Abd el-Kader se soulève en 1839 contre les Français qui ont occupé Alger et le littoral de son pays. Il est défait huit ans plus tard et honorablement traité par ses vainqueurs. Napoléon III envisagera même de le restaurer comme vice-roi de l’Algérie mais sera renversé parles républicains avant d’avoir pu mener son projet à terme.
Abd el-Kader va faire un émule, un demi-siècle plus tard, en la personne du Mahdi (le «Guide » en arabe).
Ce Soudanais proclame la jihad (« guerre juste ») contre les Anglais et leurs alliés égyptiens. Il s’empare de Khartoum, défendue par le général Gordon, mais ses troupes, après sa mort, finiront par être écrasées sous la puissance de feu des mitrailleuses Maxim de l’armée anglaise.
Néanmoins, quand survient la Première Guerre mondiale, les appels du sultan de Constantinople à la guerre sainte contre les Anglais et les Français tombent à plat dans le monde musulman. Il est vrai que les Turcs sont alliés aux Allemands et aux Austro-Hongrois, eux-mêmes chrétiens…
Jusqu’au milieu du XXe siècle, personne ne parie plus sur les vertus émancipatrices de la religion musulmane. La confrérie des Frères musulmans, fondée en 1928, désespère elle-même d’instaurer en Égypte et dans les autres États arabes des régimes théocratiques fondés sur le Coran et la shari’a (la loi islamique), avec le mot d’ordre: « Le Coran est notre Constitution ; l’islam comme mode de vie » !
Le réveil manqué de l’islam
Après la Seconde Guerre mondiale, les États arabes du Moyen-Orient apparaissent plus divisés que jamais mais refont leur unité dans la guerre contre Israël. Et très tôt les élites s’interrogent sur le modèle de société qui leur permettra de se moderniser enfin.
L’exemple éclatant du Japon et celui, plus mitigé, de la Turquie, les amènent à opter pour une modernisation à marches forcées, sur des bases laïques. De jeunes officiers guidés par Nasser renversent la monarchie en Égypte (1952). Un parti moderniste, laïque et socialiste, le Baas, prend le pouvoir en Syrie (1963) et en Irak (1963).
Les nouveaux-venus se font forts de conduire leurs peuples vers des lendemains meilleurs par l’imitation du modèle occidental. Mais leur « modernisation » débouche sur une exaspération des inégalités et, plus insupportable que tout, une
défaite humiliante face à Israël en 1967…
Voilà qu’un nouvel acteur entre en scène, l’Arabie séoudite.
Cette monarchie familiale née en 1932 applique avec zèle un islam encore plus archaïque et improbable que celui des Frères musulmans, le wahhabisme, d’après un prédicateur du XVIIIe siècle dont descend la famille royale. Mais l’administration des villes saintes de La Mecque et Médine lui vaut d’être ménagée par l’ensemble des musulmans. D’autre part, la sécurité de la famille royale est garantie depuis 1945 par une alliance contre nature avec la première démocratie du monde, les États-Unis !
En 1973, le premier choc pétrolier accroît considérablement les redevances versées à l’Arabie séoudite et aux émirats du Golfe comme le Qatar, également wahhabite.
Ces monarchies vont dès lors financer sans limites la construction de mosquées et réislamiser les populations arabes et musulmanes, partout dans le monde, y compris en Europe occidentale.
Cette réislamisation prend une forme inédite encore jamais vue dans le monde musulman sauf en quelques endroits reculés (Afghanistan, Hedjaz…), avec la promotion du voile intégral, la séparation stricte des  sexes etc.
Les héritiers de l’idéal moderniste et laïc de la Nahda ne vont dès lors cesser de perdre du terrain, y compris dans leurs terres d’élection, le Liban, la Tunisie et, hors du monde arabe, la Turquie…
En 1978, l’URSS ayant envahi l’Afghanistan, les États-Unis, qui n’en sont pas à une aberration près (?), s’associent aux Séoudiens pour financer et armer les brigades islamistes qui vont combattre l’occupant impie. Dans ces brigades figure un jeune Séoudien du nom d’Oussama ben Laden qui fondera plus tard al-Qaida.
La même année, un autre protégé des Américains, le chah d’Iran, ébloui par le mirage pétrolier, est chassé du pouvoir par une première révolution islamique.
Les États-Unis, humiliés par la prise en otages de leur personnel d’ambassade à Téhéran, encouragent le dictateur baasiste
Saddam Hussein à attaquer l’Iran et donner le coup de grâce à la révolution de l’imam Khomeiny.
Colossale erreur qui a pour effet de ressouder les Iraniens autour de l’imam Khomeiny et de fragiliser l’Irak, où la majorité chiite et les Kurdes sont tenus en sujétion par la minorité arabo-sunnite.
L’Iran khomeiniste va résister pendant huit ans avec le seul soutien de l’État d’Israël, selon l’éternel principe géostratégique: « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».
Le chaos de ce début du XXIe siècle s’ébauche donc dans ces années 1980, qui voient d’une part sombrer le monde sunnite sous l’emprise du salafisme (versions wahhabite ou Frères musulmans), d’autre part rebondir le conflit millénaire entre les Arabes et les Persans et entre les musulmans sunnites et chiites !
Il en découle qu’ on ne saurait assimiler les violences des islamistes actuels aux anciennes guerres entre catholiques et protestants. Ces dernières opposaient des compatriotes au nom de pures divergences théologiques tandis que Daech et
al-Qaida revendiquent leur allégeance à l’islam orthodoxe et mènent un combat contre l’Occident dépravé et les Iraniens mécréants.
Les leçons d’un fiasco
De ce qui précède, l’on voit que derrière les références à la « jihad » se cache un drame simplement humain: la difficulté des pays arabes du Moyen-Orient à accéder à la maturité politique après un millénaire de soumission aux Turcs et un siècle d’échecs successifs.
L’instabilité de la région les empêche d’assimiler comme les Japonais, les Turcs ou les Iraniens la modernité occidentale et technologique. Par dépit, les islamistes ont fait en conséquence le choix de la rejeter et s’en justifient en recourant à une
interprétation très personnelle du Coran. On retrouve le même dilemme chez les islamistes du Sahel, qui se sont significativement dénommés Boko Haram (« les livres sont illicites »).
C’est aussi pour des motifs similaires que de jeunes Occidentaux, musulmans issus de l’immigration ou fraîchement convertis, rejoignent les rangs de Daech
… Victimes d’une immigration débridée qui fabrique à n’en plus finir des « colonies » musulmanes ou africaines à l’écart du reste du pays, les premiers, issus de l’immigration, sont empêchés de s’assimiler à la culture occidentale par la scolarité
et la découverte des autres jeunes ; ils sont aussi mal à l’aise dans le pays natif de leurs parents dont ils ne comprennent plus la culture profonde.
Quant aux jeunes Français convertis, ils sont tout autant victimes de déculturation dans la « France périphérique » que délaisse la faction dirigeante.
Comment répondre dans ces conditions au défi lancé par Daech ?
On peut bombarder sa capitale Racca au risque de disperser les métastases islamistes tout autour de la Méditerranée. On
peut également, à l’intérieur, prolonger l’état d’urgence au risque de paralyser complètement une économie atone qui n’en
demandait pas tant (transports désorganisés, magasins en berne, productivité en baisse…).
Mais on peut aussi choisir de s’attaquer à la source de l’islamisme radical qui se situe à Riyad en renonçant s’il le faut au pétrole séoudien. L’occasion n’a jamais été aussi favorable avec un prix très (trop) bas du baril qui menace l’économie des autres pays exportateurs (et contribue à accélérer le réchauffement climatique).
On peut également à l’intérieur prendre des mesures drastiques contre les mosquées et les imams financés par des États étrangers, en violation de la loi sur la séparation des Églises et de l’État, agir contre les abus du regroupement familial (mariages forcés d’adolescentes), encourager les personnes qui jouent le jeu de l’assimilation et, plus que tout, valoriser la culture et l’Histoire nationales qui le méritent ô combien …

2 Autant dire que les actuelles diatribes du Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou contre le Guide de la Révolution iranienne Ali Khamenei sont pure rhétorique (ou totale ânerie); l’un et l’autre n’ont aucune envie d’en découdre, même par l’intermédiaire du Hezbollah chiite libanais, car ce serait faire un trop beau cadeau à leur ennemi commun, les Arabes sunnites du Moyen-Orient.

Voir aussi:

Une violence divine ?
Nicolas Weill et Nicolas Truong
Le Monde
27.12.2015

Les dieux semblaient s’être retirés de notre Occident désenchanté. Les divinités, s’être sagement éclipsées de notre planète mondialisée. Or voici qu’en 2015 le meurtre de masse au nom de Dieu vient frapper au cœur l’Europe. Les attentats de janvier puis les tueries du 13 novembre en plein Paris, le déchaînement spectaculaire des affrontements sanglants au Proche-Orient ont remis la question du lien entre terreur et croyance au cœur de l’actualité. « Toute religion est fondée sur un bouc émissaire », écrivait le philosophe René Girard (1923-2015) récemment disparu, qui avait mis la question de la violence et du sacré au cœur de sa pensée (Le Monde du 5 novembre 2015).Les grandes religions monothéistes, celles qui adhèrent à un Dieu unique et universel, se retrouvent désormais sur le banc des accusés. Au-delà des configurations historiques et politiques du moment, ne serait-il pas envisageable que l’idée même d’une puissance supérieure « une » soit à la source des atrocités qui jalonnent souvent l’histoire de la foi. Conquête de Canaan par Josué guidé par le « Dieu des armées », croisades et inquisitions, djihad et terrorisme sont-ils autant de maladies génétiques des confessions révélées ou bien des déviances par rapport à une doctrine monothéiste qui serait en son foyer pacifique et désarmée ?Pour réfléchir à cette question, en cette période de fêtes endeuillée par l’après-Bataclan, nous nous sommes tournés, non vers les représentants officiels des religions, mais vers des experts, des critiques littéraires, des ethnologues et des sociologues qui scrutent les textes, et notamment les textes sacrés, afin qu’ils nous disent ce qui est fauteur de violence dans le monothéisme.

Vraie et fausse religion

Est-ce la distinction entre vraie et fausse religion que Moïse établit dans le Pentateuque sur le mont Sinaï qui a introduit l’intolérance dans un monde jusque-là foisonnant de divinités non exclusives les unes des autres, s’interroge l’égyptologue allemand Jan Assmann ? Le bibliste Thomas Römer estime plutôt qu’une tradition oubliée de monothéisme ouvert à la pluralité et pacifique est bien présente dans la Bible, parallèlement à une version « ségrégationniste ».

Les écrits sont une chose, leur lecture une autre chose. Ainsi la sociologue Mahnaz Shirali insiste-t-elle sur les dangers d’un « savoir canonisé » qui menace l’islam contemporain, alors que le critique William Marx s’agace de son côté de voir les musulmans « stigmatisés » et enfermés dans une « essence fondamentaliste ». Face à cette guerre des dieux, ne faudrait-il pas, à l’instar de l’ethnologue Marc Augé, chanter le « génie du paganisme », réfractaire au prosélytisme ?

Bible, Coran ou Torah : aucun texte sacré des grandes religions monothéistes n’est exempt de violence. C’est pourquoi le risque réside aujourd’hui dans « la tentation de la lettre brute », insiste l’historien du judaïsme Jean-Christophe Attias, qui en appelle à une « démilitarisation » de l’exégèse. L’adversaire, ce n’est pas le monothéisme, mais le fondamentalisme sous toutes ses formes, résume Jan Assmann. Autant d’invitations à vivre des croyances ouvertes à la pluralité des mondes.

A lire sur le sujet:

– Entretien avec Jan Assmann : « La non-violence absolue est la seule possibilité pour la religion dans notre monde moderne », propos recueillis par Nicolas Weill. Il ne faut pas renoncer aux religions monothéistes sous prétexte qu’elles engendrent du fanatisme mais plutôt les relativiser et les subordonner à un vivre-ensemble civique, selon l’égyptologue allemand. Les travaux de Jan Assmann portent non seulement sur l’Antiquité, mais aussi sur la mémoire de l’Egypte, sur l’invention du monothéisme et les rapports de celui-ci avec la violence. Il s’interroge sur les relations entre l’une et l’autre.

Retrouvons la variante pacifique de la foi, par Thomas Römer, philosophe et bibliste allemand, professeur au Collège de France. La Bible contient deux versions du monothéisme, l’une ségrégationniste et guerrière l’autre inclusive. A nous de choisir.

Contre le dogmatisme, faisons l’éloge de la résistance païenne, par Marc Augé, ethnologue, président de l’Ecole des hautes études en sciences sociales de 1985 à 1995. Le monothéisme a une logique de conquête. Le paganisme, lui, ne connaît pas l’idée d’hérésie. S’il peut être violent, il ne guerroie jamais au nom du prosélytisme.

Démilitarisons notre lecture des textes sacrés, par Jean-Christophe Attias, historien. La Bible est violente, mais ce sont à ses lecteurs de l’humaniser, comme le montre l’exemple des divers usages que les juifs en ont fait à travers leur histoire.

Les fondamentalistes ne sont pas les vrais détenteurs du message coranique, par Mahnaz Shirali, sociologue à Sciences Po. Il faudrait que le Coran fasse enfin l’objet de la critique historique.

L’islam n’est pas terroriste par essence, par William Marx, essayiste, critique et professeur de littératures comparées. Les textes sont une chose, la religion une autre. Le Coran n’a pas le privilège des pages assassines ou sanglantes par rapport à la Bible ou au Nouveau Testament.

Voir également:

Daech nous attaque-t-il vraiment «pour ce que nous sommes»?

La France est, selon certains observateurs, la cible privilégiée de l’organisation Etat islamique. Mais les djihadistes nous visent-ils pour nos valeurs et notre modèle culturel ou pour notre politique étrangère?

«L’Etat islamique ne rêve que d’une chose c’est d’attaquer la France, et ils mettront les moyens nécessaires», expliquait l’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic sur France 2, au lendemain des attentats du vendredi 13 novembre qui ont coûté la vie à 129 personnes dans l’est parisien et à Saint-Denis. Il ajoutait: «Si l’émir de l’Etat islamique demande à mains levées à ses recrues: « qui veut aller faire un attentat en France? », vous allez avoir 200 bras levés en une demi-seconde».

Pourquoi la France? Nombre de spécialistes qui se sont exprimés depuis les attaques assurent que c’est moins ce que la France aurait fait (notamment intervenir en Syrie) que ce qu’elle est qui la rend une cible prioritaire.

Le 14 novembre, dans un entretien à Mediapart, Trévidic soulignait ainsi: «les terroristes détestent notre façon de vivre, notre mixité et notre rapport à la laïcité».

Dans l’avant-propos du dernier numéro de Dabiq, le magazine de propagande de Daech, publié après les attentats de Paris on lit d’ailleurs:

«Les huit chevaliers ont mis Paris à genoux, après des années d’arrogance de la France devant l’islam.»

La même analyse était portée au micro de France Inter par l’historien spécialiste du Moyen-Orient Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po:

«Une fois pour toutes, ils faut les poser pour ce qu’ils sont, c’est à dire des barbares, extérieurs à nous, et qui ne se définissent pas par rapport à nous pour ce que nous faisons mais pour ce que nous sommes».

Sous-entendu: nos valeurs, nos mœurs libérales, la laïcité si particulière à la Franceou la liberté d’expression, comme lors des attentats de Charlie Hebdo, il y a à peine plus de dix mois.

Dans son discours à l’Assemblée nationale jeudi 19 novembre pour l’examen du projet de loi sur l’état d’urgence, le Premier ministre Manuel Valls allait encore dans ce sens:

«Le terrorisme a frappé la France, pas pour ce qu’elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu’elle est».

La viralité d’un commentaire sous un article du New York Times qui célébrait le mode de vie français («La France incarne tout ce que les fanatiques religieux haïssent: la jouissance de la vie ici, sur terre, d’une multitude de manières (…) Aucun pays ne profite aussi bien de la vie sur terre que la France»), suggère que beaucoup d’entre nous souscrivons à cette explication. Ou avons envie d’y souscrire. De l’appel à boire et à manger en terrasse, «Tous au bistrot», aux plaidoiries pour la liberté comme la «lettre à Daech» d’un des cousins d’une victime des attentats «Oui, je suis pervers et idolâtre», les très nombreuses réactions traduisent ce sentiment d’avoir été attaqués par haine pour nos valeurs occidentales et leurs symboles, comme la musique.

«Mitrailler une terrasse de café, c’est tuer un mode de vie fondé sur le plaisir et les valeurs intellectuelles –la pensée française est largement redevable aux établissements de boisson– et le terrorisme ne hait rien tant que l’union du plaisir et de la pensée»clamait dans Le Monde l’écrivain Thomas Clerc, auteur de Paris, musée du XXIème siècle. Le dixième arrondissement quelques jours après les attentats.

Attaquer nos valeurs: une explication pratique

Cette lecture d’une haine viscérale des valeurs libérales qui pousserait les partisans/combattants de l’organisation Etat islamique (OEI) à la radicalisation n’est pas partagée par tous les spécialistes du djihadisme et du terrorisme. «Il n’y a pas de haine idéologique du modèle culturel et de l’identité française, c’est une vision un peu romantique pour nous permettre de résister à l’émotion», commente Amel Boubekeur, sociologue de l’université Pierre-Mendès-France de Grenoble et spécialiste des questions d’islam en Europe.

«Premièrement, Daech n’est pas obnubilé par la France, c’est d’abord tout le voisinage immédiat dans le monde arabe qui est concerné», explique la chercheuse associée au Centre Jacques-Berque, à Rabat, au Maroc. La veille des attentats, le 12 novembre, une bombe a tué 43 personnes à Beyrouth, au Liban; le lendemain, une autre à Bagdad, en Irak faisait 18 morts.

Dire que Deach s’en prend à «notre amour des libertés» est une explication «trop simpliste» pour François Burgat, directeur de recherches à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam) à Aix-en-Provence, qui préfère une lecture beaucoup plus «réaliste» et politique pour ne pas tomber dans le même «aveuglement sectaire [que] nos adversaires]».

L’engagement de la France dans différentes opérations militaires extérieures depuis plusieurs années contre des groupes djihadistes ou en terre d’islam joue dans les décisions de Daech. Depuis janvier 2013, la France est notamment engagée –seule– au Mali, dans le cadre de l’opération «Serval» pour stopper la progression des islamistes et notamment d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Opération «Serval» remplacée en juillet 2014 par l’opération «Barkhane» aux côtés des forces mauritaniennes, maliennes, burkinabé ou tchadiennes pour poursuivre la lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Et puis, la France, après être intervenue en 2011 en Libye –désormais effondrée et facteur de déstabilisation régionale– sous l’égide de l’Organisation des Nations-unies (Onu), est aujourd’hui impliquée dans la guerre contre Daech en Irak et en Syrie –depuis septembre 2015–, au sein de la coalition internationale menée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Une participation pour l’instant modeste, de l’ordre de 5% des frappes aériennes, mais où elle fait entendre sa voix. «La France est, après les Etats-Unis, en parole sinon en puissance effective, en pointe dans l’engagement militaire contre Daech», explique également François Burgat, auteur de L’islamisme à l’heure d’Al-Qaïda, (La Découverte, 2010) joint par Slate.fr.

Cela va dans le sens de ce que les teroristes ont déclaré devant les otages terrorisés au Bataclan, vendredi 13 novembre, d’après un témoin de la scène qui s’est exprimé auprès de l’Humanité.

«Vous pouvez remercier le président Hollande, parce que c’est grâce à lui que vous subissez ça. Nous, on a laissé nos femmes et nos enfants en Syrie, sous les bombes. On fait partie de ‘l’Etat islamique’ et on est là pour venger nos familles et nos proches de l’intervention française en Syrie.»

David Thomson, qui a publié Les Français jihadistes (Les Arènes, 2015), explique:

«C’est le changement de stratégie de la France, qui a décidé en août 2014 de rejoindre la coalition internationale, qui explique le changement de stratégie de l’EI, qui est passé depuis plus d’un an à une stratégie de djihad global, comparable à ce que faisait Al-Qaïda, et non plus à une stratégie de gain territorial et militaireEn septembre 2014, pour la première fois, le porte-parole officiel de l’EI, Abou Mohammed al-Adnani, enjoint les membres de l’EI à tuer, par tous les moyens et partout, les ressortissants des pays membres de la coalition».

Mais la stratégie militaire de la France ne suffit pas à expliquer qu’elle soit une telle cible. David Thomson nuance d’ailleurs:

«La stratégie de djihad global faisait partie de la génétique de tous les combattants de l’EI avec lesquels je me suis entretenu depuis des années. Tous rêvaient de faire des attentats en France (…). Il ne faut donc pas tout lier aux opérations extérieures de la France».

Deach exploite nos failles

Ni les éléments conjoncturels comme les opérations militaires françaises au Moyen-Orient, ni les éléments plus structurels comme nos valeurs et notre mixité entre musulmans et non-musulmansciblés abondement dans la «littérature» de l’OEI ne suffisent seuls à expliquer pourquoi Daech et ses combattants s’en prennent aujourd’hui aussi violemment à la France.

«Dans les écrits de Daech, on peut lire une détestation séculaire d’un occident qui mépriserait le monde musulman, mais ce n’est pas une idéologie très cohérente», observe Haoues Seniguer, maître de conférences en  sciences politiques à l’IEP de Lyon.

Il appelle à dépasser «cette dialectique ‘ce que nous sommes’/’ce que nous faisons’. L’Etat islamique exploite toutes les failles possibles dans un contexte post-colonial fragile, c’est pourquoi il parle aussi des lois de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école et de 2010 sur l’interdiction du port du voile intégral».

«La communication de Daech est stratégiquement mortifère. Tout élément susceptible d’avaliser l’idéologie qui est la sienne est réutilisé. Au final, on ne sait plus trop pourquoi ils nous en veulent. Est-ce une question ontologique ou politique? Le brouillage est volontairement entretenu», conclut Haoues Seniguer, reconnaissant la stratégie opportuniste de l’OEI.

Cela confirme ce qu’explique dans un article publié en français dans le Guardian, le jeudi 19 novembre, le journaliste Nicolas Hénin qui a été otage de l’EI pendant dix mois, en Syrie:

«Pourquoi la France? Pour de nombreuses raisons sans doute. Mais je crois qu’ils considèrent mon pays comme le maillon faible de l’Europe, comme un pays où il serait facile de semer la division.»

Parmi ces failles, ces divisions, comptent celles surgies du passé colonial de la France. «La France, c’est une ex-puissance coloniale, notamment au Maghreb et les maghrébins sont parmi les plus nombreux aujourd’hui au sein de l’Etat islamique, or les jihadistes ont la mémoire longue», soulignait encore David Thomson, sur France Inter.

Le contingent des ressortissants français partis combattre aux côtés de l’organisation Etat islamique est d’ailleurs le plus important pour un pays occidental estimé à au moins «500 sur place dont un quart de femmes», rappellait le journaliste de RFI.

Les dirigeants de Daech en Syrie et en Irak, héritiers de l’idéologie djihadiste à la Al-Qaïda, que Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, auteur du tout récent Le complexe de Suez. Le vrai déclin français (et du continent européen) qualifie «d’entrepreneurs de terreur» ont eux «bien compris que le monde avait changé» depuis 2001 et instrumentalisent nos propres failles pour attirer des coreligionnaires.

Dans un article publié mercredi 18 novembre sur The Washington Post, Graig Klein, spécialiste du terrorisme à l’université de Binghamton, à New York, défend par exemple que l’OEI a grandement besoin de nouvelles recrues, et la réponse militaire française aux attentats du 13 novembre pourrait largement contribuer à renforcer le contingent des djihadistes français.

«Plus la France ripostera, plus ce sera facile pour l’Etat islamique de recruter de nouvelles recrues, écrit Graig Klein. Un contreterrorisme violent radicalise les modérés et produit des appels à la vengeance que l’Etat islamique exploite pour recruter de nouveaux soutiens».

Quelle sortie de crise ?

Face à cette stratégie purement opportuniste teintée de nihilisme –«leur but était de faire le maximum de morts», rappelait Jean-Pierre Filiu sur France inter–, notre politique extérieure est-elle remise en question et doit-elle changer pour s’adapter aux fondements de la menace? Plusieurs voix à l’image de l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin en septembre 2014 récusent l’idée de faire la «guerre au terrorisme» car «elle ne peut pas être gagnée».

Pour le politologue François Burgat, la sortie de crise doit avant tout être diplomatique, à côté de l’amélioration de la représentation des musulmans en France. «Il faut ainsi travailler réalistement à une sortie de la crise syrienne. Et une telle sortie, qui implique de repenser des pans entiers de notre diplomatie au Proche Orient, ne peut en aucune manière se construire autour du raccourci dangereux du seul affrontement armé avec Daech, qui n’aurait jamais du être notre priorité». Et son collègue, Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence, en Italie, ne dit pas autre chose dans une tribune en français au New York Times:

«Une opération occidentale terrestre massive comme celle conduite en Afghanistan en 2001 est sans doute à exclure; toute intervention de ce type s’enliserait dans d’interminables conflits locaux. Une offensive terrestre coordonnée des acteurs locaux reste improbable tant sont diverses leurs motivations et leurs arrière-pensées. Pour cela il faudrait d’abord trouver un accord politique entre les acteurs régionaux, à commencer par l’Arabie saoudite et l’Iran», écrit-il tout en soulignant que Daech s’est aussi peut-être tiré une balle dans le pied vendredi 13 novembre, en s’isolant encore plus.

«Regardons ce que font les Etats-Unis: la doctrine de Barack Obama est en rupture avec la doctrine des administrations précédentes, l’action multilatérale est valorisée dans l’esprit du discours du Caire de 2009, ils ne se mettent pas en avant et mènent des actions en Syrie très ciblées», propose de son côté Haoues Seniguer de Sciences Po Lyon.

Reste aussi le «problème Bachar al Assad». Pour certains spécialistes comme François Liogier, l’équation ne sera résolue qu’à partir du moment où le dictateur syrien, de la dynastie alaouite, sera parti. Car, Barchar al Assad en massacrant les populations sunnites qui voient dans Daech un moindre mal fait le jeu de l’Etat islamique. Et c’est une des raisons pour lesquelles la France est aussi dans le viseur de l’OEI. Jean-Pierre Filiu:

«La France est le seul pays du monde qui dit que Bachar et Daech, c’est la même chose. Daech adore les gens qui veulent traiter avec Bachar, il ne les menace pas, ne les frappe pas. Par contre, un pays qui met exactement le doigt sur la plaîe comme le notre le gêne infiniment».

Voir encore:

Démilitarisons notre lecture des textes sacrés
Jean-Christophe Attias,

Le Monde

26.12.2015

Belles âmes laïques, pieux « a-théologiens », vous pouvez toujours ­rêver. Ce n’est pas demain que l’on expurgera la Bible ni qu’on la mettra au ­pilon. Il va falloir faire avec elle et avec ceux qui croient que Dieu y parle. Or la ­Bible, oui, est le grand livre des massacres. La ­Bible est violente. Ni plus ni moins que la vie. Bien sûr, décrire la violence est une chose. La prescrire et l’exalter en est une autre. C’est précisément là que le bât blesse. Le Dieu de la Bible est une brute. Il aime le sang des batailles. Il aime le sang des sacrifices  : celui des animaux, celui d’Isaac aussi (épargné quand même in ­extremis).

Le Dieu de la Bible est un Dieu obscur. Il n’a pas de pitié pour les rebelles. Pour les justes non plus, d’ailleurs. Songez à Job. Et il exhorte joyeusement à l’extermination des idolâtres. Mais surtout pas de mauvais exemples, on les élimine. C’est plus sûr. La Bible, c’est cela, et tout le contraire. Car le Dieu de la Bible est aussi celui qui protège la veuve et l’orphelin, a le souci du pauvre et de l’étranger, appelle à aimer son prochain, sait se montrer lent à la colère, pardonne, console et sauve. La Bible, surtout, n’est pas la parole de Dieu, mais la trace du dialogue difficile, contradictoire, entre ce Dieu et les hommes qui ont affaire à lui. Et dans ce dialogue, au fil du temps, Dieu a heureusement perdu un peu de terrain.

Lorsque Dieu décrète le Déluge parce que ses créatures l’ont déçu, Noé ne dit mot. Lorsque Dieu décide de détruire ­Sodome, Abraham, lui, renâcle et négocie : et s’il s’y trouvait trente, vingt ou même dix justes, la ville pécheresse ne mériterait donc pas d’être sauvée ? Abraham n’est pas allé plus loin. Un seul juste n’aurait donc pas suffi ? Et les enfants, il n’y a pas songé ? Dommage. Moïse, plus tard, osera parfois davantage. Il résistera, usera du chantage à la démission, s’offrira même en sacrifice, pour arracher à ce Dieu impatient sinon l’annulation de la peine prononcée contre son peuple, au moins sa réduction ou son étalement.

Un Dieu qui se repent
Ce n’est pas Dieu qui change l’homme. Mais l’homme qui change Dieu, l’humanise, le moralise, et le pousse obstinément sur le chemin du repentir, car Dieu, oui, se repent. Le « premier-né » de Dieu, Israël, lui fait la leçon, et le contraint, s’il est possible, à la clémence. Et ce que certains prophètes ont commencé, dans la Bible elle-même, les sages du judaïsme le poursuivent. Dieu a parlé ? Oui. Eh bien, c’est nous qui allons lui expliquer ce qu’il a voulu dire. Le judaïsme que nous connaissons est né d’une défaite mythifiée : destruction du Temple (et donc disparition de tout culte sacrificiel), exil, dispersion. Cela change tout, évidemment. Défaite du judaïsme rendue plus éclatante, si j’ose dire, par le triomphe insolent du christianisme d’abord, de l’islam plus tard.

Le Tout-Puissant ne l’est donc pas tant que ça. Et le Dieu un est un Dieu divisé : il châtie, oui, mais pleure aussi sur le malheur qu’il provoque, et suit en exil ceux-là mêmes qu’il a exilés. Ce Dieu-là est fragile, faible même, comme ceux qui le vénèrent. Deux ou trois mesures sont alors prises. La première  : ce Dieu-là, le faire taire. Déclarer que le temps de la prophétie est clos. Rappeler que la Loi, la ­Torah, tout entière, a bel et bien été révélée, qu’elle n’est plus dans le Ciel pour qu’on aille l’y chercher, que Dieu lui-même n’a plus à se mêler de son interprétation, et que toute question peut fort bien être tranchée ici-bas, à la majorité. Dieu défait, donc, et d’abord par ses fidèles. Selon une ancienne tradition rabbinique, il n’aurait pas trop mal pris la chose, et se serait écrié, riant : « Mes enfants m’ont vaincu ! »

Seconde mesure  : rappeler que la Bible – la Torah écrite – n’est pas toute la Loi, juste l’une de ses deux faces, que son sens ne se dévoile qu’à ceux qui se munissent des clés aptes à le déverrouiller, et que ces clés, c’est la Torah orale qui les donne  : cet enseignement vivant, sans cesse renouvelé, et en constant débat, de ces générations de sages censées s’être succédé sans interruption de Moïse jusqu’à nous. Ce qui semblait inaltérable et résistant au compromis se révèle soudain étonnamment souple.

Troisième mesure  : confirmer que les portes de l’allégorie sont ouvertes, et que ce qui, dans la Bible, paraît avoir une odeur de cadavre exhale en fait un parfum moins sinistre.

Accès de fièvre messianique
Plus d’un médiéval trouvera, derrière les flots de sang répandus dans l’Ecriture, autre chose qu’un appel à verser à nouveau le sang. Pour Rashi de Troyes (1040-1105), le « glaive » qui, en Psaumes 45,4, fait la « parure » et l’« honneur » du « héros », n’était bien sûr pas un glaive de métal, mais la Torah elle-même, justement. Quant aux chrétiens et aux musulmans, loin d’être de vulgaires idolâtres, n’étaient-ils pas, à leur façon, certes imparfaite, sur le chemin de la vérité et de la connaissance du vrai seul Dieu ? Allait-on leur faire la guerre ? En avait-on d’ailleurs les moyens ?… Démilitarisation du judaïsme ? En un sens.

Celle-ci ne fut jamais absolue. Des juifs surent prendre les armes pour défendre leurs vies. D’autres eurent aussi le goût du martyre, se sacrifiant et sacrifiant les leurs pour échapper au baptême que des croisés en furie voulaient leur imposer, dans l’idée que tout ce sang juif versé obligerait peut-être Dieu à agir enfin. Les accès de fièvre messianique ne manquèrent pas. Les espoirs de revanche ne furent jamais éteints. Mais au fond, cela pouvait attendre un peu.

Le sionisme a rompu avec ces siècles de relatif quiétisme. On peut y voir un juste retour à la normale ou une trahison. Peu importe. Reste qu’assumer la force, la vraie, et ceindre le glaive, le vrai, a ouvert une brèche dans la muraille de l’antique sagesse. La tentation de la lettre brute, à nouveau, menace. Josué, le sanguinaire conquérant de la terre, peut redevenir une référence. Et Pinhas, ce prêtre qui d’un seul coup de lance transperça le couple scandaleux d’un Hébreu et de sa maîtresse idolâtre (Nombres 25), peut redevenir un modèle. La Bible n’est rien. Ses lecteurs – et désormais ses lectrices – sont tout. A nous de tuer la lettre, avant qu’elle ne nous tue.

Jean-Christophe Attias, historien, est titulaire de la chaire de pensée juive médiévale à l’École pratique des hautes études (Sorbonne). Il a récemment publié Moïse fragile, Alma, 276 p., 22 € et dirigé, avec Esther Benbassa, Juifs et musulmans. Retissons les liens !, CNRS Editions, 80 p., 4 €.

Voir de plus:

Retrouvons la variante pacifique de la foi

Thomas Römer
Le Monde

26.12.2015

Les religions monothéistes ont plutôt mauvaise presse. On leur reproche d’engendrer l’intolérance, la violence et les fanatismes. L’actualité semble confirmer une telle appréciation. De nombreux conflits du monde actuel et les attentats terroristes à Paris et ailleurs ont des composantes idéologiques. Au nom du Dieu unique, on tue, on exclut, on prêche la haine et l’intolérance.

Pendant plusieurs siècles, l’avènement du monothéisme a pourtant été considéré comme un progrès intellectuel et philosophique dans l’histoire de l’humanité. Grâce au monothéisme mosaïque, à l’origine du judaïsme et sans lequel ni le christianisme ni l’islam n’auraient vu le jour, l’humanité aurait abandonné la divinisation de la nature et se serait libérée d’une soumission superstitieuse aux éléments cosmiques. Le monothéisme aurait ainsi favorisé l’autonomie de l’homme et sa capacité à contrôler les forces naturelles et cosmiques.

Ce n’est pas un hasard si le premier chapitre de la Bible affirme que l’homme (en tant que mâle et femelle) est créé à l’image de Dieu et qu’il lui incombe de dominer le monde et ce qu’il contient. Le monothéisme serait-il alors le premier pas vers la sortie de la pensée religieuse, comme l’affirment certains philosophes, Marcel Gauchet et d’autres, ou serait-il responsable des catastrophes écologiques que l’humanité n’a cessé de commettre depuis le début de la révolution industrielle et des « guerres de religion » qui perdurent jusqu’à aujourd’hui ?

Un terme tardif
Rappelons d’abord que le mot « monothéisme » n’est entré dans nos langues que tardivement. La Bible ne connaît pas ce terme ni son opposé « polythéisme ». Cette dernière expression semble être attestée pour la première fois chez Philon d’Alexandrie, philosophe juif du premier siècle de l’ère chrétienne, qui oppose le message biblique à la doxa polutheia [l’opinion selon laquelle il y aurait plusieurs dieux] des Grecs. Quant au concept de monothéisme, il semble être un néologisme du XVIIe siècle et aurait été inventé par les platoniciens de Cambridge [un groupe de philosophes anglais] qui voulaient lier rationalité et approche mystique du divin.

Henry More (1614-1687) utilise le terme « monothéisme » pour caractériser et défendre le christianisme contre le déisme [l’idée philosophique d’un Dieu sans lien avec les textes sacrés] mais aussi contre l’accusation juive selon laquelle la doctrine de la Trinité mettrait en question l’idée de l’unité et de l’unicité de Dieu. Le vocable comporte ici un caractère d’exclusion, car il affirme que seul le christianisme rend témoignage au seul vrai Dieu.

Le mot « monothéisme » n’est entré dans nos langues que tardivement. La Bible ne connaît pas ce terme ni son opposé « polythéisme »
A l’opposé, on trouve Henry Bolingbroke (1678-1751) pour qui le monothéisme est l’expérience originelle de toute l’humanité. Pour ce dernier, le monothéisme ne serait pas une spécificité du judaïsme ou du christianisme ; tous les systèmes religieux et philosophiques trouveraient leurs origines dans une idée monothéiste. Il s’agit donc d’une position inclusive. Ainsi l’idée monothéiste peut-elle se comprendre de deux manières opposées : d’une manière inclusive et d’une manière exclusive.

Or ces deux conceptions du monothéisme se trouvent également dans les textes bibliques. Il suffit de penser à la figure centrale du Pentateuque, Moïse, auquel le Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris, consacre actuellement une exposition remarquable qui retrace surtout la réception du personnage dans l’art.

Un être violent
Sigmund Freud, dans L’Homme Moïse et la religion monothéiste (Gallimard, Folio, 1993) son « roman historique » consacré à Moïse, avait imaginé un Moïse égyptien, universaliste et empreint de sagesse, assassiné par les Hébreux qui lui auraient substitué un « faux Moïse », violent et ségrégationniste. Bien que cette théorie, qui se fondait d’ailleurs sur les travaux d’un bibliste du nom d’Ernst Sellin [1867-1946, Moïse et son importance dans l’histoire de la religion israélo-juive, Félin, 432 p., 25 €], ne soit pas tenable et que Freud ne l’ait probablement pas considérée comme une hypothèse historique, cette théorie est néanmoins le reflet d’une tension évidente dans les textes qui, dans la Torah, sont liés à Moïse.

Dans de nombreux récits, Moïse apparaît comme un être violent. Dans l’histoire du veau d’or, il est iconoclaste, détruit l’œuvre de son frère Aaron, laquelle représentait Yhwh (Yahvé, Dieu) sous forme bovine, et annonce ainsi le culte aniconique (sans image) du temple de Jérusalem reconstruit à l’époque perse, à la fin du VIe siècle avant l’ère chrétienne. Mais il fait aussi massacrer une grande partie du peuple qui avait vénéré cette statue de Yhwh.

Moïse devient ainsi le champion d’une religion « yahviste » intransigeante. Dans le Deutéronome, qui est conçu comme son testament théologique, il exhorte ses destinataires qui sont, sur le plan de la narration, la deuxième génération du désert, à se séparer strictement d’autres peuples, à ne pas se marier avec eux, à détruire leurs lieux et objets de culte, voire à les exterminer.

Dans certains passages ajoutés au Deutéronome par des scribes de l’époque perse, comme les chapitres 4 et 7, Moïse présente Yhwh certes comme le Dieu unique qui a créé les cieux et la terre, mais qui a, cependant, une relation spécifique avec Israël, puisqu’il l’a « élu » comme sa propriété privée. Pour cette raison, Israël doit se séparer des autres nations. Ce discours deutéronomique, mis dans la bouche de Moïse, correspond alors à un monothéisme exclusif. En revanche, contrairement au christianisme et à l’islam qui ont hérité de ce concept et l’ont « universalisé », le judaïsme n’a pas développé une stratégie missionnaire pour convaincre ou forcer d’autres à adhérer à ce Dieu.

Cohabitation religieuse
A côté du discours ségrégationniste, on trouve également, dans le Pentateuque, des textes qui reflètent une position de cohabitation religieuse. Ainsi, Moïse qui s’était enfui dans le pays de Madian, épouse d’abord Séphora, une madianite, une étrangère donc, de surcroît fille d’un prêtre. Dans le livre des Nombres, il est question d’un (autre ?) mariage de Moïse avec une femme koushite [éthiopienne]. Et Miriam, la sœur de Moïse qui critique cette union avec une femme noire, est frappée par une maladie de peau qui rend celle-ci « blanche comme la neige ». Dans le même contexte, Moïse est d’ailleurs décrit comme étant « l’homme le plus humble sur toute la terre », comme si l’on voulait corriger son caractère colérique présent dans d’autres textes.

La tendance inclusive du monothéisme se présente d’une manière encore plus marquée dans le récit de la vocation de Moïse qui a été rédigée par un groupe de prêtres. Ils développent dans ce récit (au chapitre 6 du livre de l’Exode) l’idée d’une révélation divine en trois étapes.

L’humanité entière connaît Dieu sous le nom d’Elohim, un nom qui en hébreu est à la fois un pluriel et un singulier ; à Abraham et à sa descendance qui inclut les tribus arabes, les Edomites et d’autres peuples à l’est du Jourdain, Dieu s’est fait connaître sous le nom d’El Shaddaï (« dieu des champs »), et c’est seulement à Israël, par l’intermédiaire de Moïse, qu’il révèle son « vrai » nom, Yhwh, nom qui très vite devient, dans le judaïsme, tabou. Selon cette logique, tous les peuples vénèrent le même dieu, même ceux qui ont des panthéons divins, et il n’y a donc aucune raison de s’affronter au nom de Dieu.

Ainsi cohabitent dans la Torah, attachés à la figure de Moïse, deux monothéismes différents et se crée-t-il une tension entre inclusion et ségrégation, entre cohabitation et confrontation. Sur le plan psychologique, on peut faire remarquer que toute identité se construit entre ces pôles mais, sur le plan historique et politique, il faut noter que les religions monothéistes ont souvent favorisé la version exclusive et souvent guerrière du monothéisme. Il est temps de se rappeler la variante pacifique et d’en explorer les voies dans le contexte actuel qui, de nouveau, est dominé par une rhétorique guerrière, fût-elle religieuse ou laïque.

Thomas Römer, philosophe et bibliste, est né à Mannheim (Allemagne) en 1955. Il est professeur au Collège de France depuis 2007 où il occupe la chaire « Milieux bibliques ». Il est l’auteur de Moïse en version originale. Enquête sur le récit de la sortie d’Egypte (Bayard/Labor et Fides, 277 pages, 19,90 €).

Voir de même:

« La non-violence absolue est la seule possibilité pour la religion dans notre monde moderne »
Nicolas Weill (Propos recueillis par)

Le Monde

26.12.2015
Les travaux de l’égyptologue allemand Jan Assmann portent non seulement sur l’Antiquité, mais aussi sur la mémoire de l’Egypte, sur l’invention du monothéisme et les rapports de celui-ci avec la violence. Il s’interroge sur les relations entre l’une et l’autre.

Vous avez dit que nous vivions à une époque où la violence du religieux atteignait des proportions extrêmes. Pensez-vous que celle-ci est intrinsèque au monothéisme ?

Jan Assmann.- La violence religieuse est une violence au nom de Dieu. Toutefois, au moins sur le plan théorique, il faut ici distinguer entre motivation et légitimation, même si elles se confondent souvent dans la pratique. Les atrocités de l’organisation Etat islamique (EI), par exemple, sont-elles motivées par la religion, ou obéissent-elles à des motivations tout autres – cupidité, pulsions sanguinaires, soif de vengeance ou de pouvoir –, le prétexte religieux d’un combat pour la foi n’étant invoqué que pour gagner de nouveaux adeptes, ou pour d’autres raisons encore ?

La violence religieuse n’est pas inhérente au monothéisme au sens où elle découlerait nécessairement de la croyance en un Dieu ou en une vérité uniques, mais elle est inscrite en tant que possibilité dans des religions qui – monothéistes ou pas – se réclament de vérités absolues, révélées, pour nier, voir souvent détruire des traditions plus anciennes et bien établies.

Dans le judaïsme, cela ne concernerait que la période où le peuple élu dut s’imposer contre les Cananéens qui habitaient la Terre promise, en recourant à l’expulsion et à l’extermination ; encore ne s’agit-il pas là de faits réels, mais d’une reconstruction mythique bien plus tardive. La guerre des Maccabées [contre la domination hellénistique de la Judée au IIe siècle av. J.-C.] et la révolte des zélotes [révoltés radicaux contre les Romains au Ier siècle de notre ère] pourraient à la rigueur évoquer une violence à motivation religieuse, mais le judaïsme rabbinique [celui du Talmud élaboré du IIe av. J.-C. au VIe siècle après] a délégitimé la violence et marginalisé les textes qui s’y rapportaient.

Dans l’histoire du christianisme et de l’islam, la violence à motivation religieuse contre les « incroyants » et les « hérétiques » joue un grand rôle. Une importance particulière échoit ici à l’idée apocalyptique de la fin des temps et du jugement dernier, qui repose sur la distinction entre ami et ennemi, entre salut et damnation.

La violence ne naît-elle pas du mélange entre monothéisme et nationalisme ?

Le nationalisme, dès ses débuts, a fait bon ménage avec la violence religieuse. On l’observe depuis les guerres de libération contre Napoléon jusqu’aux deux guerres mondiales et, aujourd’hui, cela reste un élément clé dans les conflits entre hindous et musulmans en Asie du Sud. Les débordements violents commis par des hindous à l’encontre de musulmans (?) me sont toujours opposés comme une preuve du fait que le polythéisme, lui aussi, est violent. Mais l’enjeu est ici nationaliste, et la religion ne joue qu’un rôle légitimateur.

C’est vrai aussi des politiques droitières en Israël. Même si les troupes de l’organisation Etat islamique se composent d’anciens soldats de Saddam Hussein, dans ce cas-ci nous n’avons certainement pas affaire à une violence nationaliste : c’est une soldatesque en maraude qui n’agit pas au nom d’une « patrie » mais pour sa propre cause, et fait passer celle-ci pour la cause d’Allah.

Vous dites qu’il y a un monothéisme intrinsèquement révolutionnaire. Serait-ce la source de sa violence ?

Oui, dans la mesure où celui-ci se réclame d’une révélation appelant à l’inversion voire au bouleversement des ordres existants. Il est vrai que la religion amarnienne [culte solaire institué par le pharaon égyptien Akhenaton entre 1355 et 1337 av. J.-C.] ne se réclame pas d’une révélation comparable à celle du Sinaï, de Jésus, à la révélation du Coran à Mahomet ni à la doctrine du Bouddha. Ici une connaissance cosmologique (tout provient du soleil) a manifestement été transposée en réalité cultuelle et culturelle.

Il serait erroné de jeter le discrédit sur « le monothéisme » dans son ensemble. Seul est en cause le fondamentalisme, sous toutes ses facettes que sont le fanatisme, le zélotisme, le salafisme, voire le terrorisme
Mais peut-être cette connaissance même doit-elle être considérée comme une révélation, lorsqu’on lit par exemple dans le « Grand Hymne » d’Akhenaton : « Tu [Aton] informes [le roi] de tes desseins et de ta puissance. » Aton – « le disque solaire » – est pourtant un dieu qui, dans les textes et les représentations, n’est jamais montré en train de parler, contrairement à Yahvé et à Allah. Reste qu’avec l’introduction de la religion amarnienne, nous avons affaire à une révolution par en haut.

Au fond, ne peut-on pas dire du monothéisme qu’il est par définition politique ?

Oui, du moins on peut l’affirmer sans réserve du premier vrai monothéisme tel que l’illustre la Torah. La théologie de l’alliance, dans la Bible hébraïque, est une idée non moins politique que religieuse. Mais à mon sens il serait tout à fait erroné de jeter le discrédit sur « le monothéisme » dans son ensemble. Seul est en cause le fondamentalisme, sous toutes ses facettes que sont le fanatisme, le zélotisme, le salafisme, voire le terrorisme.

Vous montrez dans vos œuvres que c’est moins l’histoire du monothéisme que la façon dont il a été remémoré qui véhicule en lui sa violence. Pouvez-vous préciser ce point ?

Le monothéisme biblique n’est pas un phénomène du XIVe ou du XIIIe siècle, mais du VIe siècle av. J.-C. Il apparaît sous deux formes : d’abord comme un monothéisme de la fidélité, fondé sur le mythe de la sortie d’Egypte et exigeant de ceux qui ont été alors libérés une fidélité absolue au Dieu libérateur. Ensuite comme un monothéisme de la vérité qui ne reconnaît qu’un Dieu, créateur du ciel et de la terre. Cette dernière orientation nie l’existence d’autres dieux, tandis que le monothéisme de la fidélité la présuppose au contraire.

Notons que seule cette forme originelle du monothéisme, centrale dans la Bible, remémore l’histoire de sa naissance et de ses triomphes par des scènes de violence : les plaies d’Egypte, le massacre qui suit l’épisode du Veau d’or et autres châtiments cruels pendant les quarante années au désert, de même qu’ensuite la tradition évoquant le sort violent réservé aux prophètes, tradition qui s’incarne en premier lieu dans le livre d’Esaïe II (chants du serviteur de l’Eternel) et chez Néhémie : Israël s’est détourné de l’alliance et de la Loi, a tué ceux que Dieu avait envoyés pour le ramener dans le droit chemin.

Les hommes n’ont jamais cessé de se référer à des textes sacrés, notamment à l’Ancien Testament, pour légitimer leurs violences
Sur cette tradition se fonde le Nouveau Testament, et le Coran, lui aussi, vibre de colère contre les ennemis du Prophète. Sigmund Freud voulait ramener cette haine meurtrière à l’ambivalence de la relation au père. Mais elle réside plutôt dans l’ambivalence de la pensée de l’alliance, avec sa dialectique de la fidélité et de la trahison, de la bénédiction et de la malédiction ou – dans une optique chrétienne – du salut et de la damnation.

Le christianisme actuel s’affirme comme une religion pacifique. Mais il n’en a pas été toujours ainsi. Un monothéisme désarmé est-il pensable ?

La non-violence absolue m’apparaît comme la seule possibilité pour la religion – quelle qu’elle soit – de conserver un pouvoir dans notre monde moderne, globalisé. Pouvoir et non-violence ne sont pas contradictoires, Gandhi l’a montré et, à en croire beaucoup de passages du Nouveau Testament (pas tous, loin de là), telle pourrait aussi avoir été la cause défendue par Jésus de Nazareth. Quoi qu’il en soit, la dépolitisation par le christianisme du messianisme juif et le transfert du royaume de Dieu hors de ce monde, où il aurait fait concurrence à l’Empire romain et signifié son renversement, vers un au-delà purement spirituel, est une étape décisive de la pacification du monde.

Dans Moïse et Aaron de Schoenberg, récemment monté à l’Opéra de Paris, on voit dans l’acte II la violence du peuple qui exige la fabrication d’une idole contre l’abstraction du Dieu de Moïse. Une lecture qui vient à l’inverse de l’idée qui veut que le monothéisme biblique soit à l’origine de la violence. Qu’en pensez-vous ?

Malgré tout le bien que je pense du livret de Schoenberg, les scènes où l’on danse autour du Veau d’or représentent pour moi des fantasmes d’atrocités dépassant de très loin celles que l’Ancien Testament attribue aux Cananéens. En revanche, la musique dans ces passages est particulièrement impressionnante. Il est légitime qu’une religion dont la foi est axée sur la révélation d’une vérité absolue développe une notion claire de ce qui est incompatible avec la vérité en question.

Toutefois, si cette incompatibilité supposée repose non sur une expérience historique, mais sur des stéréotypes manichéens et sans fondement concernant l’autre et l’étranger, c’en est fini de cette légitimité. Le polythéisme n’était pas plus évolutif, plus tolérant que le monothéisme, car pour lui le problème de la tolérance ne se posait absolument pas. Il ne connaissait ni l’idée d’une révélation advenue une fois pour toutes et à laquelle tout se ramenait, ni par conséquent la structure même de l’incompatibilité.

Vous affirmez que le monothéisme est l’héritier, moins de la religion antique que des Etats forts voire totalitaires de l’Antiquité, égyptien ou assyrien. D’où le lien indéfectible entre le culte de la loi et la violence. Ce paradigme explicatif s’applique-t-il encore au monothéisme actuel ?

On ne peut sans doute pas l’affirmer de façon aussi générale. Ici encore, je distinguerais entre monothéisme et fondamentalisme. Les fondamentalismes modernes – et le fondamentalisme est un phénomène de la modernité – comportent tous, à un degré quelconque, des traits totalitaires empruntant aux idéologies fascistes, nationalistes et communistes de notre temps.

Le philosophe français René Girard (1923-2015) a tenté d’expliquer la violence religieuse par la théorie du bouc émissaire. Qu’en pensez-vous ?

René Girard était un grand généralisateur qui croyait pouvoir partout retrouver les structures mises en évidence par lui – « bouc émissaire », « désir mimétique » – et les élever au rang d’universaux anthropologiques. Il ne saurait en être question. De plus, il faut soigneusement distinguer entre la violence rituelle (notamment initiatique), la violence sacrificielle et la violence religieuse (au nom de Dieu).

Il va de soi que toutes les religions, y compris polythéistes, sont pétries de violence. Avec l’abolition du sacrifice humain, de la torture initiatique et d’autres rites cruels, on peut même dire que le monothéisme a mis fin à bon nombre de ces violences. En revanche, il en a créé d’autres. Cela vaut d’abord pour les phénomènes du fanatisme et du zélotisme, liés au monothéisme de la fidélité, mais aussi pour ceux d’une orthodoxie répressive née du « monothéisme de la vérité ».

Dans quelle mesure les textes sacrés engendrent-ils de la violence (Bible, Coran), et faut-il les expurger ?

Les hommes n’ont jamais cessé de se référer à des textes sacrés, notamment à l’Ancien Testament, pour légitimer leurs violences. Pendant la première guerre mondiale encore, les Allemands ont justifié leur agression de la Belgique neutre – un crime de guerre caractérisé – en invoquant le Deutéronome (2, 26 et suivants), l’histoire de Sihon roi de Hesbon qui, ayant refusé de laisser les Israélites traverser son territoire, fut réduit à néant ainsi que son pays. Je verrais d’ailleurs dans de tels procédés une violation du troisième commandement, « Tu n’invoqueras pas en vain le nom de l’Eternel » ou, en termes contemporains : « Tu n’invoqueras pas en vain la religion (quelle qu’elle soit) pour un usage politique de la violence » – ce qui se produit en permanence aujourd’hui.

La non-violence absolue m’apparaît comme la seule possibilité pour la religion – quelle qu’elle soit – de conserver un pouvoir dans notre monde moderne
A cette utilisation de certains textes sacrés, il convient de faire obstacle en les replaçant dans leur contexte historique et en les marginalisant. Les textes appelant à la violence doivent être expliqués en relation avec le contexte de leur époque. Il y a là une grande responsabilité pour les prédicateurs et les exégètes.

Vous avez défendu la pertinence des théories de Freud sur Moïse ou sur la religion en général. Croyez-vous qu’elles sont toujours utiles à penser, sinon à guérir, les traumatismes que provoque la violence religieuse actuelle ?

Pour moi les théories de Freud sont erronées, mais intéressantes. Elles nous ont ouvert les yeux sur la dimension psycho-historique du monothéisme, en particulier du monothéisme de la fidélité, réclamant des croyants un examen de soi permanent et un effort intérieur incessant pour retrouver les conditions nécessaires à la proximité avec Dieu, qu’il promet. Ce qui, dans les religions et confessions concernées, a indubitablement fait naître une nouvelle nature de l’âme, c’est-à-dire de nouvelles dispositions psychiques.

On a parfois prétendu que vous prôniez une sorte de retour au paganisme. Comment pourrait évoluer le monothéisme pour en extirper la violence, que celle-ci soit interne (tournée contre ses adeptes) ou externe (guerres saintes, djihad, etc.) ?

Je n’ai jamais prôné de retour au paganisme. Nous ne reviendrons pas au polythéisme ni au cosmothéisme [où Dieu et le monde sont confondus], nous les avons irrévocablement dépassés. Dans mon livre Religio Duplex (Flammarion, 2013), en revanche, j’ai émis l’hypothèse selon laquelle, depuis les philosophes des Lumières comme Locke, Hume, Voltaire, Rousseau, Mendelssohn, Lessing, etc., nous avons également dépassé les conceptions de Dieu qui sont à l’œuvre dans les religions positives ou révélées.

A mon sens, cela ne signifie pourtant pas que nous devions renoncer à celles-ci, mais seulement les relativiser encore un peu plus en les subordonnant aux règles générales d’un vivre-ensemble civique. Cultures et religions n’existeront jamais qu’au pluriel. Jamais le monde globalisé ne pourra s’accorder sur une religion universelle de l’humanité.

La religion universelle qu’avaient en tête les philosophes des Lumières se présente à nous aujourd’hui sous la forme séculière des droits de l’homme. Voilà ce qu’il s’agit de faire prévaloir, non pas aux dépens des religions traditionnelles, mais en alliance avec elles (Traduit de l’allemand par Diane Meur).

Jan Assmann est égyptologue, né en à Langelsheim (Allemagne) en 1938. Il est membre de l’Académie de Heidelberg, de l’Institut allemand d’archéologie et de la Société française d’égyptologie. Outre le monothéisme, ses travaux portent aussi sur la mémoire de l’Egypte à travers les siècles. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Moïse l’Egyptien. Un essai d’histoire de la mémoire (Aubier, 2001), Violence et Monothéisme (Bayard, 2009) et Religio Duplex : Comment les Lumières ont réinventé la religion des Egyptiens (Flammarion, 2013). Exodus. Die Revolution der Alten Welt, [« Exode, la révolution du monde antique », C.H. Beck, 2015) reste à paraître en français

Voir enfin:

Il faut une commission d’enquête sur les attentats du 13 novembre

Le Monde

06.12.2015

Nos services de renseignement sont certes excellents : la quasi-totalité des auteurs des actes de terrorisme des dernières années avait été fichée en avance. Mais il reste que les attentats de janvier 2015 et le « vendredi noir » du 13 novembre n’ont pu être déjoués. Aussi, l’anticipation a été clairement défaillante. Affirmer qu’il n’y a pas de risque zéro face au terrorisme, ce qui est au demeurant exact, n’excuse pas l’échec. Force est de noter le succès continu de nos services entre 1996 et 2011, avec aucun mort en France, et les échecs successifs subis depuis lors. Le contraste entre les deux parcours n’est pas seulement le produit de la bonne ou de la mauvaise chance.

Certes, nos services de sécurité sont insuffisamment nombreux pour gérer une menace croissante en nombre et en dangerosité : cela aussi est exact, mais ne dispense pas d’examiner d’autres facteurs, telle la mise en cause de la police de proximité et des renseignements généraux pendant le quinquennat précédent. L’on pourra aussi pointer un recrutement encore très policier, fût-ce au meilleur sens du terme, des agents du contre-terrorisme face à Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] dont le spectre de compétences s’est élargi à des domaines (communication, cyberopérations) appelant de nouveaux savoir-faire.

Le gouvernement peut à bon droit faire valoir qu’il a mis en place des réformes essentielles qui n’avaient que trop tardé, avec notamment la création en 2014 de la DGSI [Direction générale de la sécurité intérieure], dotée d’une autonomie budgétaire et de recrutement, et un plan vigoureux d’accroissement des moyens budgétaires et humains d’ici à 2017. S’y ajoutent la mise à jour de la législation et le renforcement ô combien nécessaire de la coopération entre Etats européens… Mais tout cela suffit-il face à la montée des périls ?

L’absence d’une communication audible du gouvernement sur les tenants et les aboutissants des attentats du mois de janvier 2015, qui avaient pourtant été les plus meurtriers sur le sol français depuis la guerre d’Algérie, n’a pas été, et continue de ne pas être de nature à renforcer la confiance sur la qualité du système français de lutte contre le terrorisme. Cette erreur ne doit pas être répétée et aggravée : le « vendredi noir » doit être suivi par ce que les spécialistes appellent un « retour d’expérience » (abrégé en RETEX) digne de ce nom, en partie couvert par le secret nécessaire aux opérations de renseignement, mais en partie aussi livré au public.

Apprendre des dysfonctionnements

La même observation vaut pour la limitation des effets des attentats. Au sommet de l’Etat, la prise de décision et la communication politique ont été assurées avec efficacité par le président Hollande. Il en allait de même pour la communication sur l’état de l’enquête, gérée avec doigté par le procureur François Molins. Au plan opérationnel, forces de l’ordre, sapeurs-pompiers, services médicaux ont de toute évidence agi avec courage et humanité. Mais que de questions pendantes…

Où était la communication opérationnelle, donnant des consignes de comportement aux populations dans et autour des zones menacées ? Le chef de la Metropolitan Police assurait la communication opérationnelle pendant les attentats multiples du 7 juillet 2005 à Londres, dont le nombre et la synchronicité étaient semblables à ceux de Paris. Où était son homologue parisien, le préfet de police Michel Cadot, le soir du 13 novembre ? Où était la plate-forme en ligne permettant à chacun de recevoir des réponses autorisées pendant la crise ? Même la Belgique, dont les Français se sont trop volontiers moqués ces dernières semaines, s’en était dotée pendant le « lockdown » de Bruxelles. Il ne s’agit pas là d’éléments secondaires de gestion d’une crise terroriste.

Le terrorisme est un acte de violence qui vise à communiquer la terreur aux populations visées : la contre-communication est essentielle pour inspirer la confiance. Ces interrogations sur le lien entre les autorités et la population, et d’autres du même type, ne devraient même pas surgir, puisque traitées dans le Livre blanc gouvernemental sur le terrorisme, publié il y a dix ans déjà. Ajoutons que ce document public rédigé dans la foulée des attentats de Madrid (191 morts) et de Londres (55 morts) contenait des scénarios de violence terroriste très voisins du « vendredi noir ».

Il n’y a que des compliments à faire à ceux qui, du président de la République à l’agent de sécurité lambda, ont empêché un carnage au Stade de France. Cependant, les citoyens sont en droit de savoir ce qui s’est passé tout le temps qu’ont duré les attentats, et spécialement pendant les deux heures séparant l’arrivée des forces de l’ordre au Bataclan et le moment de l’assaut. En l’absence d’un récit officiel circonstancié des événements, trop de bruits, pas tous issus d’esprits négatifs, pas tous le produit des rivalités d’un autre âge entre policiers et gendarmes, courent désormais pour pouvoir se contenter d’un « circulez, il n’y a rien à voir ».

Peut-être les conditions de l’intervention ont-elles été aussi bonnes que possible, et peut-être en allait-il de même concernant la prise en charge dans l’urgence absolue des blessés innombrables, souvent à l’article de la mort, gisant dans un Bataclan devenu terrain de massacre. Un rapport officiel permettrait d’en apporter la démonstration ou, à défaut, de tirer les leçons d’éventuels dysfonctionnements.

Vu l’importance des enjeux, il est dans l’intérêt de tous que le gouvernement et le Parlement prennent ensemble la décision de mettre sur pied une commission nationale d’enquête sur les récents actes terroristes en France, proche du modèle de la commission américaine sur les attentats du 11-Septembre : celle-ci comprenait dix personnes, désignées par l’exécutif et le Congrès et issues à parts égales de la majorité et de l’opposition. Elle œuvra pendant plus de deux ans en ayant un accès pratiquement illimité aux personnes et aux données, ouvertes ou secrètes, utiles à la compréhension des origines et au déroulement du drame.

Ce qui est décrit dans le rapport (11-Septembre – Rapport de la commission d’enquête, éditions de l’Equateur, 2004) est rarement agréable à lire mais c’est son caractère détaillé, direct et, en majeure partie, public, qui a permis au contre-terrorisme américain d’éviter un nouveau « 11-Septembre » outre-Atlantique, indépendamment de dérapages (Guantanamo, la torture, l’invasion de l’Irak…) qui n’étaient pas du ressort de cette commission nationale. Certes, une telle initiative transcendant la séparation des pouvoirs serait sans précédent dans notre pays, mais elle ne contreviendrait pas aux principes de l’Etat de droit. Surtout, les attaques du 13 novembre 2015 en France ont été, elles aussi, sans précédent ; ce premier acte de terrorisme de masse sur notre territoire doit aussi être le dernier de son espèce.

François Heisbourg est conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, membre du comité de pilotage du Livre blanc gouvernemental « La France face au terrorisme » (2005).


Islam: Attention, une violence peut en cacher une autre (Violence is hardly the whole problem)

12 décembre, 2015
FortuneWheelDotConnectingIl vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance. Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Dans l’expression ‘gouvernement islamique’, pourquoi jeter d’emblée la suspicion sur l’adjectif ‘islamique’ ? Le mot ‘gouvernement’ suffit, à lui seul, à éveiller la vigilance. Foucault (dec. 1978)
Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. NPA
Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique. Michel Onfray
 Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. Julien Salingue (chercheur sur la question palestinienne)
La France connaît le retour de flamme d’une politique étrangère belliciste en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak […], motivée par la stratégie du “choc de civilisations” et son corrélat interne que sont le racisme et l’islamophobie d’État. Les Indigènes de la République
Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de gens ? Politis
Notre attention était ailleurs. Ces dernières semaines, nous avons eu les larmes aux yeux, puis la peur au ventre. Ensuite, nous avons douté. Normal. Et, dimanche soir, comme une gifle, nous avons reçu les dernières nouvelles de cette France ébranlée, abîmée, qui s’est largement laissé séduire par un sourire carnassier. Nous n’avons pas vu grandir le monstre. Cette fois, il ne s’agissait pas de Daesh, que des mains alliées sinon amies avaient tranquillement nourri dans le désert irakien, cependant que l’Europe faisait de l’introspection en scrutant les dernières convulsions du Printemps arabe. C’est une autre menace, d’une autre nature. Mais elle est bien réelle et immense. Donald Trump a été plus loin que jamais, et plus bas que le caniveau, lundi soir, en suggérant que les Etats-Unis ferment leurs frontières aux musulmans, « jusqu’à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème ». (…) Donald Trump bénéficie d’une exposition médiatique exceptionnelle. Il est – ou était jusqu’aux derniers sondages, de lundi – le candidat à l’investiture le plus populaire parmi les républicains. C’est peut-être le futur président des Etats-Unis ! Le monde entier a les yeux rivés sur lui. Voilà pourquoi son message de rejet a déjà fait des ravages, de Brooklyn à Jakarta, en passant par Molenbeek, Le Caire et Islamabad. Nous, Européens, ne participerons pas à l’élection du prochain président américain. Nous sommes pourtant tellement concernés… Vladimir Poutine au Kremlin et Donald Trump à la Maison-Blanche ? Au secours, Jean-Claude Juncker ! Le Soir
L’assimilation, maladroite (…) de Mme Pécresse à Mme Morano, est clairement destinée à montrer que la droite serait à l’image de Mme Morano, raciste, alors que le PS défendrait l’antiracisme. Or il n’est pas certain, outre le caractère fallacieux d’une telle imputation, que cela fonctionne politiquement comme le souhaiterait son auteur. (…) Le candidat PS à la région a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova. C’est-à-dire l’appel à la «banlieue», avec tout ce que cela suppose de réduction et d’illusion, et à Paris. Il a pour cela multiplié les clins d’œil et les allusions, n’hésitant pas à déployer une forme de clientélisme ethno-culturel assez étonnant dans ses propos. De la même manière, il a favorisé clairement sur ses listes, la mise en avant d’une forme de diversité identitaire qui tranche avec la faible diversité sociale des profils de ses colistiers – dont la grande majorité est issue du secteur public et en particulier du milieu des collaborateurs politiques et d’élus. Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV, on constate que cette stratégie est encore renforcée dans la mesure où figurent sur les listes de la gauche désormais pour le 2nd tour, des candidats qui ont soutenu et défilé, par exemple, avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la «Marche pour la dignité» à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires. (…) C’est en quelque sorte ici une combinaison du résultat dont témoigne depuis des années l’aveuglement stratégique à la Terra Nova et de la gestion par la gauche de collectivités locales et de territoires sur le mode du clientélisme ethno-culturel. Ce qui a forgé une sorte de vision identitaire – assez symétrique à celle du FN – de la politique, réduisant tout ou presque à cette dimension, spécialement la prise en compte des difficultés sociales. On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis. (…) Les conséquences sont, hélas, déjà là. On voit l’effet de l’évolution que je viens de décrire rapidement sur l’attitude du PS vis-à-vis de la montée en puissance du FN. Une attitude qui se présente comme une fermeté sur les principes, les fameuses «valeurs» mais qui ne renvoie qu’à une forme de tentative désespérée de limiter par un «barrage» – le terme est parlant! – la montée d’un flot incontrôlable. Il est donc déjà bien tard sinon trop tard. Et ce n’est certainement pas entre deux tours d’une élection que l’on peut infléchir voire réorienter des années voire des décennies d’absence de réflexion, de refus de voir les choses telles qu’elles sont et de considérations politiques purement tactiques. (…) On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis. Laurent Bouvet
On est toujours surpris par ce qu’on attend. On annonce la victoire du Front national depuis au moins quinze ans et, quand elle survient, à l’occasion des régionales, on feint d’être terrassé par l’étonnement. C’était le spectre brandi par la gauche et la droite à chaque consultation pour intimider leurs adversaires et les menacer du pire ; voilà que le spectre débarque, il n’est plus un fantasme, mais une réalité. Du Désert des Tartares surgit l’ennemi tant redouté mais aussi tant désiré. Toute une frange du pays espère cette arrivée au pouvoir du parti de Marine Le Pen. Par besoin de clarté : les uns pour voir s’il incarne vraiment l’alternative dont il se réclame ; les autres par une sorte de résistantialisme rétrospectif, volonté de rejouer la dramaturgie de la Seconde Guerre mondiale. On le veut, ce « fascisme », pour s’opposer à lui, solder enfin les comptes, laver, soixante-dix ans après, l’affront de la collaboration. Pas de chance : le vrai fascisme est ailleurs, dans cette conjonction de religiosité et de terreur de masse incarnée à l’échelle mondiale par le djihadisme. Quoi qu’on pense du Front national et de la sottise de ses propositions, il y a entre lui et les soldats de l’islam radical une différence fondamentale : il joue le jeu de la démocratie et de la persuasion quand les kamikazes égorgent et tuent, à commencer par les musulmans.(…) La gauche et l’extrême gauche voudraient rejeter le Front national dans les ténèbres. Elles ont substitué la démonologie à la discussion politique. Voyez Jean-Christophe Cambadélis : son seul argument consiste à dire que le FN, c’est Vichy. Mettez-vous dans la tête d’un électeur. Vichy évoque quoi ? Une eau minérale un peu salée, une villégiature à la fois désuète et charmante du Massif central. Et très lointainement la capitale du gouvernement de Pétain. Rien qui n’appelle l’effroi ou la peur, alors que les attentats, les massacres parlent à tout le monde. On ne saurait imaginer pire décalage. Ou encore, comme le dit le Parti communiste, le FN serait mauvais car hostile à l’ »Autre ». Mais qui est cet Autre, que signifie cette mystique de l’altérité qui se développe parallèlement à celle du respect ? En quoi le souci des siens, de sa communauté serait-il a priori plus détestable que l’idolâtrie de l’étranger qui brille dans son inaltérable splendeur ? La seule réponse appropriée au Front national n’est pas celle de l’exorcisme, mais celle du réalisme : discuter point par point son programme, très proche de celui du Front de gauche – sortie de l’euro, retraite à 60 ans, etc. -, et en montrer les limites, les insanités. Pascal Bruckner
Les islamistes radicaux ne sont pas des victimes de la misère ni de la colonisation, encore moins de l’islamophobie, et ne sauraient servir de prolétariat de substitution à une certaine gauche de la gauche en panne de sublimation politique. Dépossédée du monopole de l’utopie politique révolutionnaire par la nature radicale de l’intégrisme islamique, une partie de l’extrême gauche pourrait être contrainte à un véritable aggiornamento par les événements du 13 novembre. Face à une société en voie de désintégration, incapable d’incarner ses propres valeurs, d’assumer son identité nationale, l’État islamique propose, en effet, l’alternative d’un projet autrement plus mobilisateur : une identité totale, défendue par les armes, dans un combat sans retour. Autant dire que, sans autre combustible spirituel que les pauvres pis-aller de la consommation et de l’accomplissement de soi, l’Occident ne fait pas le poids contre une lutte spirituelle, politique, identitaire et militaire à haute teneur en exaltation. En 2005, Jean Baudrillard annonçait déjà cette fracture dans Libération : « Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français “de souche”, font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre ». C’est bien le rapport de tous ces « déracinés » à la nation, seul véritable référent politique comme l’a prouvé le retour quasi instantané aux frontières intérieures au moment de l’agression, qu’interrogent les attaques du 13 novembre. Quant aux sans-frontiéristes, qui ont systématiquement œuvré à dénigrer la nation française, ils devraient peut-être s’interroger sur leurs responsabilités. Leur rêve néo-tiers-mondiste s’est fracassé le 13 novembre sur des terrasses parisiennes. Il est parfois des retours au réel ravageurs. Régis Soubrouillard
Cela fait des années que le monde se mesure au phénomène de l’islam radical, et de bons esprits n’en ont toujours pas compris les tenants et les aboutissants. (…) Il reste à expliquer comment et pourquoi « l’abandon social et culturel » en Europe rend compte des massacres des yézidis et des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient, des décapitations de journalistes et du meurtre systématique de musulmans qui ne se reconnaissent pas dans l’idéologie de l’Etat islamique. Un « abandon social et culturel » qu’il serait stupide de nier, mais qui est tout de même relatif. Après tout, la France a englouti des milliards d’euros dans sa « politique de la Ville », notamment dans des équipements culturels sur l’ensemble du territoire – pas de quartier « sensible » sans sa bibliothèque, son centre culturel, son stade et sa piscine. Il faudra aussi expliquer pourquoi un certain Mohammed Emwazi, rejeton d’une famille riche originaire du Koweït établie en Grande-Bretagne lorsqu’il avait 8 ans, et qui a fait d’excellentes études dans une université anglaise prestigieuse, est devenu le bourreau global Jihadi John. Et aussi pourquoi environ 20 % des candidats au départ en Syrie sont des Français « de souche » sans histoire, issus des classes moyennes. Enfin, il faudra expliquer pourquoi d’autres populations anciennement colonisées n’ont pas produit de monstres de cet acabit. Selon cette logique, les Vietnamiens, les Chinois, les Indiens, que sais-je encore, auraient dû mettre le monde à feu et à sang. Mieux, ou pis, s’il y a un collectif humain qui aurait dû se muer en peuple de kamikazes, c’est bien le peuple juif, non ? En fait, l’explication sociologiste, oublieuse de l’histoire et de ses ressorts culturels profonds, est révélatrice du déni massif des clercs face à une crise de civilisation que des intellectuels musulmans -Abdennour Bidar, Abdelwahab Meddeb, Kemal Daoud, Boualem Sansal et tant d’autres- s’efforcent d’identifier et de combattre. Elie Barnavi
L’assassinat de plus de 127 innocents vendredi à Paris par un gang djihadiste a de nouveau frappé les Français et déclenché de nouvelles manifestations de solidarité, d’introspection et de colère. (…) Ces affaires rendent les Occidentaux plus inquiets à propos de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin comme la construction de minarets où l’infibulation féminine. (…) Mais quand elle touche l’Establishment – les politiciens, la police, la presse et les professeurs – cette violence implacable a un effet contraire. Ceux qui sont en charge de gérer les suites de ces attaques vivent dans une bulle de déni public (ce qu’ils disent en privé est une autre affaire) où ils se sentent forcés d’affirmer que l’islam n’a rien à voir avec la violence de peur qu’en admettant le contraire cela ne crée davantage de problèmes. Ce groupe de spécialistes des 4 P font ouvertement semblant de croire en un mystérieux virus « extrémiste et violent » qui semble ne toucher que des musulmans et incite ces derniers à commettre des actes gratuits d’une violence barbare. (…) Ce défi au bons sens s’est maintenu après chaque atrocité et je prédis qu’il perdurera après le massacre de Paris. Ce n’est qu’au bout de pertes véritablement massives de vies humaines, peut-être des centaines de milliers, que les professionnels se sentiront obligés de revenir sur leur attitude profondément ancrée de déni par rapport à la composante islamique des vagues d’attentats. Cette attitude a pour effet quasi-systématique de masquer les craintes des électeurs ordinaires, dont l’opinion a dès lors un impact négligeable sur la politique. Les inquiétudes à propos de la charia, des viols collectifs, des maladies exotiques et des bains de sang sont écartées et considérées comme du « racisme » et de « l’islamophobie », comme si l’insulte apportait de réelles solutions aux problèmes. Encore plus surprenant, les professionnels répondent au virage à droite pris par l’opinion publique en virant eux-mêmes vers la gauche, en encourageant une immigration accrue en provenance du Moyen-Orient, en instituant de nouvelles mesures tendant à réprimer les « discours de haine » et à supprimer toute critique de l’islam, et en fournissant davantage d’aide aux islamistes. Cette attitude frappe non seulement l’Establishment de gauche mais également, chose plus surprenante, celui de droite (comme l’Allemande Angela Merkel). Seuls les dirigeants d’Europe centrale et orientale comme le Hongrois Viktor Orbán osent parler honnêtement des vrais problèmes. Il est certain que la voix des électeurs finira par se faire entendre mais cela prendra des décennies et se fera dans de proportions plus faibles que ce qui aurait dû se passer dans un cadre démocratique. Daniel Pipes
Trump’s presidential campaign once again is counterproductive; he simultaneously makes conservatives look like idiots and brings adoring attention to those who oppose his views, in this case radical Muslim groups like the Council on American-Islamic Relations (widely known as CAIR), which has enjoyed an unprecedented cornucopia of media coverage to spread its deceitful message. That said, Trump has raised a critical and urgent issue that all Westerners must face, as symbolized by the recent tsunami of illegal immigration to Europe and the huge strains it has created. Simply put, Muslims present a disproportionately large source of problems, as becomes clear when they are compared with Hindu immigrants, who are roughly the same in number but generally fit quietly into the West. Violence is the headline topic relating to Muslims, whether large-scale plots (Paris) or sudden jihad syndrome lone wolves (San Bernardino), but violence is hardly the whole problem. Muslim hostility toward non-Muslims takes many other forms, such as teaching Islamic supremacism in mosques, spewing antisemitism in the streets, and threatening anyone who dares publicly to criticize Islam. Issues concerning women include female genital mutilation, honor killings, polygyny, and forced marriages. Islamic mores lead to strong antipathies against seeing-eye dogs, mixed swimming pool usage, and homosexuals. Daniel Pipes

Cachez cette religion que je ne saurai voir !

Enseignement du suprémacisme islamique dans les mosquées, déferlement de l’antisémitisme dans les rues, menaces contre toutes critiques de l’islam, mutilations génitales féminines, crimes d’honneur, polygamie, mariages forcés, phobie des chiens d’aveugle, des piscines mixtes et des homosexuels, charia, viols collectifs, maladies exotiques …

A l’heure où,  comme il y a onze mois, le déni et l’excusisme reprennent tranquillement le dessus après le choc de voir la barbarie jusqu’ici réservée aux seules rues israéliennes atteindre celles de Paris ou de San Bernardino

Et où, de Marine Le Pen à Donald Trump et sur fond de clientélisme ethnique, c’est à nouveau les lanceurs d’alertes qui font figure d’ennemis publics numéro un …

Pendant qu’avec la bénédiction voire l’incitation de nos dirigeants et de nos amis turcs, les nouveaux milliers de crieurs d’Allah akbar que dépose chaque semaine sur nos côtes se transforment en centaines de milliers et bientôt millions dans nos villes …

Qui rappelle avec Daniel Pipes …

La véritable violence au quotidien que ne peut que renforcer dans nos sociétés …

Cet apport incontrôlé de millions de fidèles d’une religion explicitement totalitaire et conquérante ?

Trump: You Should Ban Islamists, Not Muslims
Daniel Pipes
Washington Times
December 11, 2015

Donald Trump, the leading Republican presidential candidate, called on Dec. 7 for « a total and complete shutdown of Muslims entering the United States until our country’s representatives can figure out what is going on. » Replace one word in this formulation and it goes from outrageous to brilliant.

Reacting to massacres by Muslims in Paris and San Bernardino, Trump pointed to a Muslim hatred « beyond comprehension » for the West. Therefore, he concluded, « Until we are able to determine and understand this problem and the dangerous threat it poses, our country cannot be the victims of horrendous attacks by people that believe only in Jihad. »

The negative responses, domestic and international, Muslim and non-Muslim, came in fast and furious – and rightly so, as Trump’s crude blast is unconstitutional, unacceptable, unworkable, and unstrategic.

Unconstitutional: Every Western basic law is secular, disallowing a religious test for immigration, rendering Trump’s statement less an exercise in practical policy making than a gadfly provocation.

Unacceptable: Beyond legalities, secularism represents a Western core value, up there with freedom of speech, a value hardly anyone accepts gutting for reasons of momentary expediency.

Unworkable: Islam is not a permanent identity like skin color. Nothing prevents Muslims from renouncing Islam or converting to another religion. Unless Trump extends his « total and complete shutdown » to former Muslims – which is even more unconstitutional – he just encourages the already-existing phenomenon of Muslim conversions of convenience (as symbolized by a church in Berlin).

Unstrategic: Trump’s presidential campaign once again is counterproductive; he simultaneously makes conservatives look like idiots and brings adoring attention to those who oppose his views, in this case radical Muslim groups like the Council on American-Islamic Relations (widely known as CAIR), which has enjoyed an unprecedented cornucopia of media coverage to spread its deceitful message.

That said, Trump has raised a critical and urgent issue that all Westerners must face, as symbolized by the recent tsunami of illegal immigration to Europe and the huge strains it has created. Simply put, Muslims present a disproportionately large source of problems, as becomes clear when they are compared with Hindu immigrants, who are roughly the same in number but generally fit quietly into the West.

Violence is the headline topic relating to Muslims, whether large-scale plots (Paris) or sudden jihad syndrome lone wolves (San Bernardino), but violence is hardly the whole problem. Muslim hostility toward non-Muslims takes many other forms, such as teaching Islamic supremacism in mosques, spewing antisemitism in the streets, and threatening anyone who dares publicly to criticize Islam. Issues concerning women include female genital mutilation, honor killings, polygyny, and forced marriages. Islamic mores lead to strong antipathies against seeing-eye dogs, mixed swimming pool usage, and homosexuals.

Polls show widespread – and legitimate – concern about these issues as well as growing impatience with governmental dismissal of those concerns. When Germany’s Angela Merkel welcomes an unlimited number of illegal immigrants or Barack Obama ridicules concerns about Syrian immigrants, populist voices like that of Donald Trump inevitably find followers.

Indeed, he is just the latest anti-immigrant figure to find a message that increasingly resonates. Geert Wilders’ PVV in the Netherlands wins 39 out of 150 seats in parliament in a recent survey, up from his current 15 and almost twice that of any other party. In the French regional elections a week ago, Marine le Pen’s National Front led in 6 out of 13 districts. This upward trend will continue until one of these ostracized insurgent parties gains over 50 percent of the vote and enters office. In this sense, Trump stands at the cutting edge.

How to deal with Muslim immigration in a responsible and uncontroversial manner? I offer two suggestions. First, replace the « Muslims entering the United States » in Trump’s formulation with « Islamists entering the United States. » Islamists are those Muslims who seek to apply Islamic law, oppress women and non-Muslims, and establish a worldwide caliphate. They make up about 10-15 percent of the Muslim population; they, not Muslims in general, are the barbarians who « believe only in Jihad. »

Second, engage in serious research into all would-be visitors and immigrants, not the pro-forma review that prevails these days. Doing so requires money and time, as well as creative inquiries to smoke out ideological proclivities, but each person entering the country must be checked to make sure no Islamists are allowed in, ever, at all, even for brief visits, thereby increasing our common security.

Voir aussi:

Pourquoi le massacre de Paris n’aura qu’un impact limité
Daniel Pipes
Philadelphia Inquirer
17 novembre 2015

Version originale anglaise: Why the Paris Massacre Will Have Limited Impact
Adaptation française: Johan Bourlard

L’assassinat de plus de 127 innocents vendredi à Paris par un gang djihadiste a de nouveau frappé les Français et déclenché de nouvelles manifestations de solidarité, d’introspection et de colère. En fin de compte, la violence islamiste à l’encontre des Occidentaux se résume à deux questions : Dans quelle mesure ces dernières atrocités en date vont faire changer l’opinion publique et dans quelle mesure vont-elles pousser l’Establishment à continuer à nier la réalité ?

Comme ces deux questions le laissent entendre, la population et les professionnels évoluent dans des directions opposées, l’une vers la droite, les autres vers la gauche. Au final, cette distorsion réduit de beaucoup l’impact de tels événements sur la politique.

L’opinion publique se positionne contre les islamistes en particulier et plus généralement contre l’islam dès que le nombre de victimes est suffisamment élevé. Les trois mille morts américains du 11-Septembre apparaissent comme le nombre de victimes de loin le plus important. Néanmoins, de nombreux autres pays ont eu leur lot – les attentats à la bombe de Bali dirigés contre l’Australie, l’explosion de trains en Espagne, le massacre dans l’école de Beslan en Russie, l’explosion dans les transports publics en Grande-Bretagne.

Les chiffres bruts ne sont pas les seuls critères à prendre en considération. D’autres facteurs peuvent démultiplier l’impact d’une attaque au point d’en faire pratiquement l’équivalent politique d’un carnage massif : 1) Le renom des victimes comme le Néerlandais Theo Van Gogh et le journal français Charlie Hebdo ; 2) le statut professionnel des victimes comme des soldats ou des officiers de police ; 3) la visibilité de l’événement, comme l’attentat à la bombe du marathon de Boston.

Outre les 27.000 attentats et plus commis en lien avec l’islam dans le monde depuis le 11-Septembre, soit plus de 5 par jour (selon le décompte opéré par TheReligionOfPeace.com), le boom récent de l’immigration illégale en provenance du Moyen-Orient a accentué les sentiments de vulnérabilité et de crainte. Les discours entendus vont toujours dans le même sens et jamais une voix ne s’est fait entendre pour dire : « Avant j’avais des inquiétudes par rapport à l’islamisme mais plus maintenant. »

Ces affaires rendent les Occidentaux plus inquiets à propos de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin comme la construction de minarets où l’infibulation féminine. D’une manière générale, un virage à droite est en train de s’opérer. Des sondages d’opinion européens montrent que 60 à 70 % des électeurs sont préoccupés par ces questions. Les populistes comme Geert Wilders aux Pays-Bas ou comme le parti des Démocrates suédois grimpent dans les sondages.

Mais quand elle touche l’Establishment – les politiciens, la police, la presse et les professeurs – cette violence implacable a un effet contraire. Ceux qui sont en charge de gérer les suites de ces attaques vivent dans une bulle de déni public (ce qu’ils disent en privé est une autre affaire) où ils se sentent forcés d’affirmer que l’islam n’a rien à voir avec la violence de peur qu’en admettant le contraire cela ne crée davantage de problèmes.

Ce groupe de spécialistes des 4 P font ouvertement semblant de croire en un mystérieux virus « extrémiste et violent » qui semble ne toucher que des musulmans et incite ces derniers à commettre des actes gratuits d’une violence barbare. Parmi les nombreuses déclarations grotesques des politiciens, celle que je préfère par-dessus tout est celle de l’ancien gouverneur du Vermont, Howard Dean, qui disait à propos des djihadistes de Charlie Hebdo : « Ils sont aussi musulmans que moi ».

Ce défi au bons sens s’est maintenu après chaque atrocité et je prédis qu’il perdurera après le massacre de Paris. Ce n’est qu’au bout de pertes véritablement massives de vies humaines, peut-être des centaines de milliers, que les professionnels se sentiront obligés de revenir sur leur attitude profondément ancrée de déni par rapport à la composante islamique des vagues d’attentats.

Cette attitude a pour effet quasi-systématique de masquer les craintes des électeurs ordinaires, dont l’opinion a dès lors un impact négligeable sur la politique. Les inquiétudes à propos de la charia, des viols collectifs, des maladies exotiques et des bains de sang sont écartées et considérées comme du « racisme » et de « l’islamophobie », comme si l’insulte apportait de réelles solutions aux problèmes.

Encore plus surprenant, les professionnels répondent au virage à droite pris par l’opinion publique en virant eux-mêmes vers la gauche, en encourageant une immigration accrue en provenance du Moyen-Orient, en instituant de nouvelles mesures tendant à réprimer les « discours de haine » et à supprimer toute critique de l’islam, et en fournissant davantage d’aide aux islamistes. Cette attitude frappe non seulement l’Establishment de gauche mais également, chose plus surprenante, celui de droite (comme l’Allemande Angela Merkel). Seuls les dirigeants d’Europe centrale et orientale comme le Hongrois Viktor Orbán osent parler honnêtement des vrais problèmes.

Il est certain que la voix des électeurs finira par se faire entendre mais cela prendra des décennies et se fera dans de proportions plus faibles que ce qui aurait dû se passer dans un cadre démocratique.

Dans ce contexte, le carnage de Paris fera probablement bouger de façon importante les sentiments de l’opinion publique dans une direction et les politiques de l’Establishment dans la direction tout à fait opposée, ce qui ne donnera au massacre récent qu’un impact limité.

Voir également:

Donald Trump: pourquoi il représente une réelle menace

Maroun Labaki
Le Soir
9 décembre 2015

Notre attention était ailleurs. Ces dernières semaines, nous avons eu les larmes aux yeux, puis la peur au ventre. Ensuite, nous avons douté. Normal. Et, dimanche soir, comme une gifle, nous avons reçu les dernières nouvelles de cette France ébranlée, abîmée, qui s’est largement laissé séduire par un sourire carnassier .

Nous n’avons pas vu grandir le monstre. Cette fois, il ne s’agissait pas de Daesh, que des mains alliées sinon amies avaient tranquillement nourri dans le désert irakien, cependant que l’Europe faisait de l’introspection en scrutant les dernières convulsions du Printemps arabe.

C’est une autre menace, d’une autre nature. Mais elle est bien réelle et immense. Donald Trump a été plus loin que jamais, et plus bas que le caniveau, lundi soir, en suggérant que les Etats-Unis ferment leurs frontières aux musulmans, « jusqu’à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème ». Le milliardaire sulfureux, candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle 2016, persiste et signe. « J’ai des amis musulmans, ce sont des gens très bien, mais ils savent qu’il y a un problème, et on ne peut plus le tolérer », a-t-il notamment déclaré depuis.

Les réactions n’ont évidemment pas tardé. « Donald Trump, vous ne comprenez rien. Cela affaiblit notre sécurité », a tweeté Hillary Clinton, sa possible future adversaire démocrate.

Mais le mal est fait.

Donald Trump bénéficie d’une exposition médiatique exceptionnelle. Il est – ou était jusqu’aux derniers sondages, de lundi – le candidat à l’investiture le plus populaire parmi les républicains. C’est peut-être le futur président des Etats-Unis ! Le monde entier a les yeux rivés sur lui. Voilà pourquoi son message de rejet a déjà fait des ravages, de Brooklyn à Jakarta, en passant par Molenbeek, Le Caire et Islamabad.

Nous, Européens, ne participerons pas à l’élection du prochain président américain. Nous sommes pourtant tellement concernés… Vladimir Poutine au Kremlin et Donald Trump à la Maison-Blanche ? Au secours, Jean-Claude Juncker !

Nous devons nous en remettre à l’intelligence des Américains. Et espérer que Donald Trump finisse par dire la bêtise de trop.

Voir encore:

Elie Barnavi, Ancien ambassadeur d’Israël
CCLJ
1 décembre 2015

Publié dans Regards n°831

Bien que les sociétés européennes soient confrontées depuis des années à l’islam radical, nombreux sont ceux qui se complaisent encore dans le refus de voir la réalité de cette idéologie mortifère.

Etrange et omniprésente pathologie, qui frappe aussi bien individus et collectivités. Il s’agit du rejet de la réalité, ou d’un pan de la réalité. Je vois, mais je ne perçois point, ou plutôt je refuse de percevoir ; je sais, mais je ne veux pas savoir. S’agissant des individus, le déni est du ressort de la psychologie, voire, dans des cas extrêmes, de la psychiatrie. En politique, il prend le masque grotesque de l’idéologie.

Oui, il y aurait un épais ouvrage savant à consacrer au rôle du déni dans la série de malheurs qui ont fait la trame de notre modernité. Fallait-il se complaire dans la cécité volontaire pour ne pas voir la réalité du totalitarisme soviétique et renvoyer ceux qui s’obstinaient à la décrire telle qu’elle était dans l’enfer des ennemis du progrès et de l’émancipation des peuples. Et que de souffrances l’humanité ne se serait-elle pas épargnées si l’on avait consenti à voir dans Mein Kampf ce qu’il étalait au grand jour, à savoir un programme d’action qui allait être méthodiquement exécuté à la face des démocraties sceptiques.

Au prix de quelques dizaines de millions de victimes, et sauf exception, ces deux cas classiques sont bien connus désormais. Ce qui est extraordinaire est que, avec une constance admirable, l’on s’obstine à retomber dans les vieilles ornières. C’était « Le drapeau de la Résistance flotte sur Phnom Penh » (Libération du 17 avril 1975) hier, c’est « Pour les musulmans » (Edwy Plenel, La Découverte), aujourd’hui. Reconnaissons-le, ce déni-là est surtout de gauche et se pare des oripeaux d’un progressisme de bon aloi.

Cela fait des années que le monde se mesure au phénomène de l’islam radical, et de bons esprits n’en ont toujours pas compris les tenants et les aboutissants. Voici ce que m’écrit, après le massacre du vendredi 13 novembre, une amie française qui travaille avec moi sur un projet d’exposition sur les relations multiséculaires entre l’islam et l’Europe : « …cette relecture violente et haineuse des textes cristallise l’abandon culturel et social que vivent certaines populations immigrées et ghettoïsées en Europe, qui n’ont plus que cela à quoi se raccrocher, car exclus de l’école et du monde du travail, exclus de la République. Des jeunes qui ont la haine et sont perdus, car abandonnés par la société sans aucun outil de réflexion, nourris par les jeux vidéo où l’on tire dans le tas sur des ennemis virtuels… »

Il reste à expliquer comment et pourquoi « l’abandon social et culturel » en Europe rend compte des massacres des yézidis et des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient, des décapitations de journalistes et du meurtre systématique de musulmans qui ne se reconnaissent pas dans l’idéologie de l’Etat islamique. Un « abandon social et culturel » qu’il serait stupide de nier, mais qui est tout de même relatif. Après tout, la France a englouti des milliards d’euros dans sa « politique de la Ville », notamment dans des équipements culturels sur l’ensemble du territoire – pas de quartier « sensible » sans sa bibliothèque, son centre culturel, son stade et sa piscine. Il faudra aussi expliquer pourquoi un certain Mohammed Emwazi, rejeton d’une famille riche originaire du Koweït établie en Grande-Bretagne lorsqu’il avait 8 ans, et qui a fait d’excellentes études dans une université anglaise prestigieuse, est devenu le bourreau global Jihadi John. Et aussi pourquoi environ 20 % des candidats au départ en Syrie sont des Français « de souche » sans histoire, issus des classes moyennes. Enfin, il faudra expliquer pourquoi d’autres populations anciennement colonisées n’ont pas produit de monstres de cet acabit. Selon cette logique, les Vietnamiens, les Chinois, les Indiens, que sais-je encore, auraient dû mettre le monde à feu et à sang. Mieux, ou pis, s’il y a un collectif humain qui aurait dû se muer en peuple de kamikazes, c’est bien le peuple juif, non ?

En fait, l’explication sociologiste, oublieuse de l’histoire et de ses ressorts culturels profonds, est révélatrice du déni massif des clercs face à une crise de civilisation que des intellectuels musulmans -Abdennour Bidar, Abdelwahab Meddeb, Kemal Daoud, Boualem Sansal et tant d’autres- s’efforcent d’identifier et de combattre.

Il reste à dire un mot de la Belgique, formidable cas de déni collectif. Cela fait des années que je fréquente cet attachant pays, et que de fois n’ai-je entendu des amis belges comparer favorablement leur pays à la France pour ce qui concerne l’intégration des immigrés. Ici, on ne rejette pas les immigrés dans la périphérie des grandes villes, ici, on sait s’y prendre, ici, on leur fait une place dans la cité… Peut-être. Vu de Molenbeek, ce n’est pas évident.

Voir de plus:

Laurent Bouvet : Bartolone ou le clientélisme ethno-culturel de la gauche Terra Nova
Alexandre Devecchio
Le Figaro
10/12/2015

FIGAROVOX/ ENTRETIEN – Laurent Bouvet réagit aux accusations de Claude Bartolone contre Valérie Pécresse. Pour le politologue, le candidat PS a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova.

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’UVSQ-Paris Saclay. Son dernier ouvrage, L’insécurité culturelle, est paru chez Fayard.

En meeting et dans Le Nouvel Observateur, Claude Bartolone a accusé Valérie Pécresse de défendre «la race blanche». Que vous inspirent ces propos?

De l’étonnement! On ne peut en effet se commettre dans de tels arguments dans un débat démocratique. Pour trois raisons, au moins, concernant Claude Bartolone.

D’abord parce qu’en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, il se doit d’une certaine réserve au moins dans son expression, a fortiori à l’égard d’une députée de l’assemblée qu’il préside. Ce ton lié à ce mélange des genres est problématique.

Ensuite parce que l’on peut difficilement, en tant que candidat socialiste, reprocher une telle chose à une élue d’un parti (Les Républicains), pour lequel on appelle ouvertement à voter dans d’autres régions, comme en PACA ou dans le Nord. La campagne étant médiatisée nationalement, cela n’aidera pas nécessairement les camarades socialistes locaux de M. Bartolone. Il y a là, au mieux, une forme d’inconséquence.

Enfin parce que l’usage, abusif, de telles expressions participe de l’agitation identitaire dans le débat public que M. Bartolone et le PS sont les premiers à reprocher, à juste titre à Nadine Morano ou au FN.

Après l’affaire Morano, vous dénonciez une dérive identitaire inquiétante du débat. Cette nouvelle affaire est-elle comparable?

Ce n’est pas strictement comparable dans la mesure où ici c’est utilisé comme désignation péjorative mais le fond du problème, la résurgence identitaire dans le débat politique, est le même.

L’assimilation, maladroite donc, de Mme Pécresse à Mme Morano, est clairement destinée à montrer que la droite serait à l’image de Mme Morano, raciste, alors que le PS défendrait l’antiracisme.

Or il n’est pas certain, outre le caractère fallacieux d’une telle imputation, que cela fonctionne politiquement comme le souhaiterait son auteur.

Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV figurent sur les listes de la gauche des candidats qui ont soutenu et défilé avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la « Marche pour la dignité » à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires.

Claude Bartolone s’inscrit-il dans la stratégie du think thank Terra Nova?

Le candidat PS à la région a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova. C’est-à-dire l’appel à la «banlieue», avec tout ce que cela suppose de réduction et d’illusion, et à Paris.

Il a pour cela multiplié les clins d’œil et les allusions, n’hésitant pas à déployer une forme de clientélisme ethno-culturel assez étonnant dans ses propos.

De la même manière, il a favorisé clairement sur ses listes, la mise en avant d’une forme de diversité identitaire qui tranche avec la faible diversité sociale des profils de ses colistiers – dont la grande majorité est issue du secteur public et en particulier du milieu des collaborateurs politiques et d’élus.

Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV, on constate que cette stratégie est encore renforcée dans la mesure où figurent sur les listes de la gauche désormais pour le 2nd tour, des candidats qui ont soutenu et défilé, par exemple, avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la «Marche pour la dignité» à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires.

Peut-on aller jusqu’à parler d’un appelle au «vote ethnique»?

Il faudrait pour cela regarder de près les résultats, notamment au niveau territorial. Après le 1er tour, on constate tout de même qu’il n’y a pas eu de forte mobilisation en banlieue notamment, là où on trouve supposément davantage d’électeurs qui correspondent à ce que vous appelez un «vote ethnique».

Que cela révèle-t-il sur la gauche? Comment peut-on dans le même temps appeler au Front républicain et de l’autre diaboliser ainsi l’adversaire?

Je ne sais pas. Je trouve cela assez paradoxal comme je vous le disais plus haut.

Il me semble que cela traduit une forte incertitude doctrinale du PS, de M. Bartolone et de son équipe en particulier. Incertitude qui conduit, sur la base d’un manque de réflexion sur ce type de questions, à réduire la politique à de la tactique électoraliste et à du clientélisme à courte vue.

C’est en quelque sorte ici une combinaison du résultat dont témoigne depuis des années l’aveuglement stratégique à la Terra Nova et de la gestion par la gauche de collectivités locales et de territoires sur le mode du clientélisme ethno-culturel. Ce qui a forgé une sorte de vision identitaire – assez symétrique à celle du FN – de la politique, réduisant tout ou presque à cette dimension, spécialement la prise en compte des difficultés sociales.

On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis.

Quelles peuvent-être les conséquences à long terme pour la gauche?

Les conséquences sont, hélas, déjà là. On voit l’effet de l’évolution que je viens de décrire rapidement sur l’attitude du PS vis-à-vis de la montée en puissance du FN. Une attitude qui se présente comme une fermeté sur les principes, les fameuses «valeurs» mais qui ne renvoie qu’à une forme de tentative désespérée de limiter par un «barrage» – le terme est parlant! – la montée d’un flot incontrôlable.

Il est donc déjà bien tard sinon trop tard. Et ce n’est certainement pas entre deux tours d’une élection que l’on peut infléchir voire réorienter des années voire des décennies d’absence de réflexion, de refus de voir les choses telles qu’elles sont et de considérations politiques purement tactiques.

Assiste-t-on durant ces régionales au suicide de la gauche, voire de la classe politique tout entière?

Suicide n’est pas un terme politique. On assiste bien néanmoins, comme à chaque élection depuis 2012, à la mise à jour de l’état réel de la politique française. Ce que nombre de responsables politiques mais aussi de journalistes ou même de chercheurs tentent de masquer ou d’oublier à longueur d’années ressurgit régulièrement en pleine lumière, à travers le vote de nos concitoyens. Ce ne sont pas là des sondages ou des extrapolations, c’est l’expression démocratique du peuple.

On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis.

La prochaine étape étant la présidentielle, je ne saurais trop conseiller, comme j’essaie de le faire depuis des années à mon modeste niveau, avec d’autres, à tous ces responsables politiques et commentateurs d’ouvrir enfin les yeux et de lâcher les moulins à prière qu’ils ont commencé à faire tourner, sans succès, dans les années 1980.

Voir par ailleurs:

Islamo-gauchistes: c’est la faute à la France!
La France est forcément coupable, ou alors elle l’a bien cherché

Régis Soubrouillard

Causeur

11 décembre 2015

Après le 7 janvier, déjà, le délai de décence n’avait pas été très long. Et nombreux étaient ceux, parmi les rangs de la gauche radicale, à laisser entendre, ou parfois même à dire ouvertement, que les dessinateurs de Charlie avaient eu la plume un peu lourde quand il s’agissait du Prophète, laissant trop souvent s’exprimer un humour aux relents « islamophobes ». Les dessinateurs étaient morts pour avoir un peu trop dessiné, les policiers pour avoir un peu trop protégé. Et les juifs… Parce qu’ils étaient un peu trop juifs.

Bref, tout bien pesé, les sacrifiés des 7 et 11 janvier l’avaient sans doute un peu cherché, sinon dûment mérité.

Au Bataclan, ne se tenait pas une réunion de dessinateurs de prophètes et aux terrasses des cafés visés ne se pressaient que des jeunes et innocents leveurs de coudes. Difficile, donc, de défendre l’hypothèse que ceux-là aient dépassé les bornes.

Dix mois après Charlie, l’argument des provocations supposées « islamophobes » s’est écrasé sur les terrasses parisiennes.

Pourtant, la cohorte désormais connue des piètres penseurs, qui trouvent systématiquement des excuses à des hordes de terroristes fanatisés et aiment à présenter les bourreaux en victimes, n’a pas tardé à dégainer ses nouveaux éléments de langage : le prêt-à-penser de la victimisation du poseur de bombes.

C’est le NPA qui a d’abord expliqué que la guerre menée par l’État islamique à l’Occident n’était qu’une réponse aux bombardements menés par l’armée française contre l’organisation terroriste. L’argument pourrait s’entendre si dans son communiqué le parti d’Olivier Besancenot ne mettait pas sur un pied d’égalité la violence des attentats parisiens et les bombardements de l’armée française.

« Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie, suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen », écrit ainsi le parti d’Olivier Besancenot.

Dans la géopolitique ultrarudimentaire qui sert de vision du monde au NPA, les bombardements effectués par l’armée d’un État démocratique contre un groupe terroriste n’ont ainsi pas plus de sens que le massacre aveugle d’innocents venus écouter un concert. Dans ce monde binaire où tout se vaut, et où le terrorisme serait légitimé par la politique étrangère des puissances occidentales, le NPA pratique le révisionnisme historique en faisant de l’État islamique un simple golem de l’« axe du Bien », niant le contexte local, le rôle joué par les monarchies du Golfe dans sa montée en puissance, et occultant par ailleurs totalement le conflit géant interne à l’islam.

Sur son blog, Julien Salingue, chercheur sur la question palestinienne, a publié, lui, dès le samedi 14 novembre, un billet de la même eau intitulé « vos guerres, nos morts », devenu, depuis, le hashtag de ralliement de tous les néopacifistes (« leurs guerres, nos morts ») :« Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. »

Depuis, Michel Onfray s’est lui aussi rallié à ce camp de la paix et du juste « retour de bâton ». Dans une « mise en perspective » en 140 signes, le philosophe estime que « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique ». Une prise de position qui a tellement plu à l’État islamique qu’il s’est permis de la relayer dans une de ses vidéos.

Le site Acrimed, qui a abandonné depuis longtemps la salutaire critique des médias pour la propagande, a laborieusement tenté de relativiser les prises de positions des uns et des autres, ne voyant là que des voix « dissidentes » ou « discordantes » que le « parti des éditorialistes faucons » ne saurait entendre. L’argument est un peu court.

Le débat est légitime, encore faudrait-il ne pas se tromper de sujet. Si le terrorisme ne se combat pas par la guerre – c’est même sans doute un contresens que de croire que des bombes suffiront à anéantir un tel adversaire –, la mécanique intellectuelle qui consiste à faire peser la responsabilité des victimes sur les dirigeants occidentaux relève, en l’espèce, de la mystification. C’est un autre combat que mènent ici les bataillons islamo-gauchistes : contre le virage – largement critiquable – atlantiste et néoconservateur de la diplomatie française, et encore plus sûrement contre la prise de distance de cette même diplomatie avec les Palestiniens dès la fin de la présidence Chirac. Cette partie minoritaire de l’extrême gauche, avec laquelle Mélenchon garde ses distances, se trompe de cible, focalisée sur la question palestinienne, le contexte social et l’histoire coloniale. Autant de procédés peu glorieux qu’elle partage, en l’occurrence, avec les recruteurs de l’État islamique chargés d’attirer les jeunes Occidentaux.

Cette gauche radicale a d’autres ressources dans sa besace, dont l’« excusisme » reste l’argument suprême. Et le suspense n’a pas duré longtemps quant à savoir qui allait nous expliquer en premier que les kamikazes n’étaient en fait que de pauvres victimes d’une société qui n’aurait eu de cesse de les rejeter.

Les Indigènes de la République, particulièrement virulents à l’égard de Charlie Hebdoaccusé de fascisme anti-islamique, ont joué l’effet « double lame » : la politique étrangère française s’expliquerait par l’« islamophobie » qui caractérise la politique intérieure française. « La France connaît le retour de flamme d’une politique étrangère belliciste en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak […], motivée par la stratégie du “choc de civilisations” et son corrélat interne que sont le racisme et l’islamophobie d’État ». La boucle est bouclée.

Dans la chronique du Yéti intitulée « notre irresponsable part de responsabilité »,l’hebdomadaire Politis a, lui, préféré dénoncer la stigmatisation et la ghettoïsation sur notre sol des populations musulmanes. En tirant, de facto, la conclusion suivante : « Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de gens ? »

Sur son blog, l’économiste Paul Jorion a accueilli le billet d’un certain Anton Klimm, auteur de l’analyse sociologique la plus indigente qui soit : « Est-il légitime de se demander pourquoi certains se retrouvent du “bon” côté et d’autres, du “mauvais” ? » Entendant par là d’un côté « des jeunes performants » et de l’autre « les assassins, sans moyens financiers » qui se « voient barrer l’accès à la fortune dès la naissance ». Suffisant, selon l’intéressé, pour tenter d’expliquer un tel passage à l’acte.

De plateaux télé en interviews dans L’Humanité ou L’Obs, le sociologue Raphaël Liogier, icône des milieux islamo-gauchistes depuis un livre au titre plein de promesses Le Mythe de l’islamisation, développera partout sa thèse des « ninjas de l’islam ». Le djihadisme n’aurait ainsi rien à voir avec l’islamisme, mais résulterait avec d’un manque de reconnaissance, desproblèmes de virilité ou encore de l’absence du père. sans jamais L’auteur oublie de s’interroger sur le rôle éventuel du religieux dans ces failles spécifiques. Les bouddhistes, les juifs, les chrétiens n’auraient-ils pas de problèmes de virilité ? Évoquant un « djihadisme sans islamisme », Raphaël Liogier conteste totalement que le fondamentalisme islamiste est soit un projet politique et religieux qui se nourrit de l’islam.

Dans le même déni, Edwy Plenel avait déjà été d’une formidable ambiguïté pendant tout le mois de janvier, lors de ses sorties médiatiques après les attentats de Charlie Hebdo,incapable d’énoncer clairement sa pensée tellement pleine de sous-entendus : « On peut être Charlie et on peut ne pas l’être tout à la fois. On peut être Charlie en disant qu’évidemment nous sommes du côté de ceux qui ont été massacrés. Et on a tout à fait le droit de ne pas être Charlie en disant : “Je ne suis pas obligé d’apprécier.” »

Le danger n’était déjà pas alors le terrorisme mais la laïcité ou la stigmatisation des populations musulmanes. À trop fréquenter des Tariq Ramadan et à fustiger régulièrement ceux qu’il appelle désormais les « laïcards », celui qui défendait autrefois mordicus le dessinateur Siné dans son droit à la caricature et à la provocation n’avait eu de cesse de louvoyer : « Aujourd’hui, en France, il y a une forme de laïcisme, d’interprétation sectaire, dogmatique, dominante, exclusive de la laïcité qui fait que moi qui suis areligieux, je veux aussi défendre la liberté de ceux qui croient. De ceux qui ont des croyances, des convictions qui, pour moi, sont des opinions ».

Transformé en Gandhi d’opérette, dépourvu de ses arguments sur le caractère provocateur des caricatures et le « laïcisme », Plenel n’est pas tombé dans l’outrance des Besancenot et autres Indigènes de la République. Bien plus préoccupé par le « virage sécuritaire » que par la menace islamiste, le fondateur de Mediapart s’est contenté d’un appel à « faire société ». La belle affaire ! L’équivalent sociétal de la fête des voisins serait donc la réponse au terrorisme islamiste… Et pourquoi pas tendre l’autre joue ! À peu près aussi indigent que tous les Jean Moulin de bistrots qui prétendent résister à l’ennemi en retournant boire un coup.

Sa recette ? Edwy Plenel n’en dit évidemment pas un mot, se perdant en de vaines paroles –« la peur est notre ennemie » – pour mieux nier qu’en l’occurrence l’ennemi est identifié : le radicalisme musulman qui recouvre pour l’essentiel le salafisme djihadiste. Dans sa prose angélique, Plenel évite soigneusement le sujet quand même le président de la République, d’une prudence de Sioux jusque-là, a fini par lâcher le mot interdit, évoquant pour la première fois des « jeunes islamistes radicalisés » devant le rassemblement des maires de France.

Non, les islamistes radicaux ne sont pas des victimes de la misère ni de la colonisation, encore moins de l’islamophobie, et ne sauraient servir de prolétariat de substitution à une certaine gauche de la gauche en panne de sublimation politique. Dépossédée du monopole de l’utopie politique révolutionnaire par la nature radicale de l’intégrisme islamique, une partie de l’extrême gauche pourrait être contrainte à un véritable aggiornamento par les événements du 13 novembre.

Face à une société en voie de désintégration, incapable d’incarner ses propres valeurs, d’assumer son identité nationale, l’État islamique propose, en effet, l’alternative d’un projet autrement plus mobilisateur : une identité totale, défendue par les armes, dans un combat sans retour. Autant dire que, sans autre combustible spirituel que les pauvres pis-aller de la consommation et de l’accomplissement de soi, l’Occident ne fait pas le poids contre une lutte spirituelle, politique, identitaire et militaire à haute teneur en exaltation. En 2005, Jean Baudrillard annonçait déjà cette fracture dans Libération : « Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français “de souche”, font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre ».

C’est bien le rapport de tous ces « déracinés » à la nation, seul véritable référent politique comme l’a prouvé le retour quasi instantané aux frontières intérieures au moment de l’agression, qu’interrogent les attaques du 13 novembre. Quant aux sans-frontiéristes, qui ont systématiquement œuvré à dénigrer la nation française, ils devraient peut-être s’interroger sur leurs responsabilités. Leur rêve néo-tiers-mondiste s’est fracassé le 13 novembre sur des terrasses parisiennes. Il est parfois des retours au réel ravageurs.

Voir de même:

Leurs guerres, nos morts: la barbarie impérialiste engendre celle du terrorisme

14 novembre 2015

Les attentats horribles qui ont eu lieu à Paris vendredi soir, faisant plus de 120 morts, des dizaines de blessés, cette violence aveugle, suscitent la révolte et l’indignation. Le NPA les partage et exprime sa solidarité aux victimes, à leurs proches. Ce drame est d’autant plus révoltant qu’il frappe des victimes innocentes, que les attaques meurtrières visaient la population.

Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement.

Ces bombardements sont censés combattre l’État islamique, les terroristes djihadistes, en fait, avec l’intervention et les bombardements russes, ils protègent le régime du principal responsable du martyr du peuple syrien, le dictateur Assad.

Et ce sont là aussi les populations civiles qui en sont les premières victimes condamnées à survivre sous la terreur ou à fuir au risque de leur vie.

La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Et cela pour le contrôle des sources d’approvisionnement en pétrole.

Dans une intervention pitoyable, Hollande s’est décomposé en direct et a bafouillé quelques mots sur la République. Lui qui joue les va-t-en guerres et porte une responsabilité immense dans ce nouveau drame réclame de la « confiance ». Il a décrété l’état d’urgence sur tout le territoire, estimant que la réponse à apporter était de piétiner les libertés fondamentales. Il a été immédiatement soutenu par Sarkozy. Les autorités politiques peuvent ainsi désormais interdire des réunions publiques et contrôler la presse.

Une nouvelle fois, les principaux responsables de ce déferlement de violence barbare appellent à l’union nationale. Ils tentent de retourner la situation dramatique à leur avantage pour étouffer l’indignation et la révolte. Ils ont pour cela un bouc émissaire tout trouvé, les musulmans. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen. Nous dénonçons le racisme que distille l’État au nom de prétendues « valeurs de la république » au moment même où, sous couvert de lutte contre le terrorisme, ce sont les droits démocratiques qui sont menacés. Nous demandons la levée de l’État d’urgence.

La seule réponse aux guerres et au terrorisme est l’unité des travailleurs et des peuples, par delà leurs origines, leur couleur de peau, leurs religions, par delà les frontières pour se battre ensemble contre ceux qui veulent les faire taire, les soumettre, pour en finir avec ce système capitaliste qui engendre la barbarie.

Pour mettre fin au terrorisme, il faut mettre fin aux guerres impérialistes qui visent à perpétuer le pillage des richesses des peuples dominés par les multinationales, imposer le retrait des troupes françaises de tous les pays où elles sont présentes, en particulier en Syrie, en Irak, en Afrique.
Montreuil, le 14 novembre 2015

Les limites de l’antifascisme carnavalesque
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
08/12/2015

Ce qui est quand même une entreprise sans précédent d’ingénierie sociale et identitaire visant à modifier en profondeur l’identité du peuple français et de la civilisation européenne …
Depuis une quinzaine d’années, on le sait, on a assisté à la multiplication des phobies. Elles contribuent à la psychiatrisation de la vie politique. La dissidence est associée à une forme de dérèglement psychique, et on assistera à la multiplication des interdits moraux et idéologiques. L’inquiétude devant l’immigration massive ou le multiculturalisme sera assimilée à la xénophobie. Celle par rapport à la difficile intégration de grandes populations musulmanes en France sera quant à elle assimilée à l’islamophobie. La critique de l’intégration européenne relèvera de l’europhobie. À ce catalogue des phobies, il faudrait aussi ajouter l’homophobie et la transphobie, dont on a beaucoup parlé ces dernières années. Le nouveau régime issu de mai 68 exige qu’on s’enthousiasme devant sa promesse d’un avenir diversitaire radieux ou qu’on passe pour fou. Devant le déni de réel des élites médiatiques, certains cherchent la protestation la plus vigoureuse, même si elle est excessive. L’idéologie soixante-huitarde, qui prend forme aujourd’hui à travers la sacralisation de la diversité, a besoin du mythe du fascisme pour poursuivre son implantation. Il lui permet d’associer ainsi aux pires horreurs du vingtième siècle la simple défense des valeurs traditionnelles et des institutions qui les pérennisaient. Dès lors, le progressisme dominant propose son alternative funeste: multiculturalisme ou barbarie. Le désaccord populaire est toujours rabattu sur le fascisme, comme s’il représentait la dernière étape avant la conversion décomplexée à l’extrême-droite. En fait, il s’agit de désarmer mentalement le commun des mortels devant ce qui est quand même une entreprise sans précédent d’ingénierie sociale et identitaire visant à modifier en profondeur l’identité du peuple français et de la civilisation européenne. Encore aujourd’hui, on peine à traduire politiquement les clivages nés dans la dynamique des radical sixties. Qu’on le veuille ou non, la distinction entre la gauche et la droite structure encore la vie politique, surtout en France qui, à sa manière l’a inventé. Elle n’est pas sans profondeur anthropologique non plus: la gauche et la droite ne sont pas des notions complètement insensées. Mais il faut bien convenir que ce clivage n’est pas parvenu à donner une véritable forme politique aux enjeux qui touchent à la nature même de la communauté politique. Ils ne s’expriment vraiment clairement qu’avec les référendums européens, pour ensuite se dissiper une fois que le système partisan reprend ses droits. Une frange importante du peuple, dans les circonstances, semble privilégier une politique tribunicienne pour se faire entendre, même si, paradoxalement, elle l’isole politique dans les marges. On s’est demandé cet automne pourquoi les intellectuels avaient aujourd’hui plus d’influence que les politiques dans la vie publique. Naturellement, leur parole est plus libre. Ils ne sont pas en position de responsabilité. On les suspecte moins, conséquemment, de dissimuler une part de réalité et d’être lié par une attache partisane. Mais l’essentiel était ailleurs: ne cherchant pas à s’inscrire dans un clivage politique usé, ils parviennent plus aisément à réaliser les synthèses nécessaires et à formuler une vision de l’époque et de ses enjeux délivrée de l’écartèlement habituel et exagéré entre ce que la gauche et la droite de gouvernement croient devoir être. Plus souvent qu’autrement, ils expriment une forme de conservatisme qui est peut-être d’abord et avant tout un patriotisme de civilisation. Ce créneau est aujourd’hui idéologiquement majoritaire en France, même s’il demeure vitupéré médiatiquement.  Si on laisse de côté le grand récit antifasciste maintenu artificiellement en vie par le système médiatique, on découvre une autre histoire de l’émergence du populisme européen. Sa vitalité politique repose sur un double abandon dont se sont rendus coupables les partis de gouvernement. La droite a sacrifié le patriotisme conservateur qui était la marque distinctive du RPR des bonnes années pour se convertir à un libéralisme moderniste qui n’a jamais suscité l’enthousiasme au-delà du cercle étroit des élus de la mondialisation heureuse. La gauche a renoncé à la défense du peuple pour se convertir à la cause de la diversité et à la sacralisation des minorités, en leur prêtant la vertu rédemptrice autrefois réservée au prolétariat. Le Front national a récupéré ces deux créneaux. En un mot, les élites françaises ont sacrifié la fonction protectrice du politique, ou sa part conservatrice, si on préfère. Elles ont ainsi renoncé à certaines aspirations fondamentales au cœur de la cité. Elles ont négligé le besoin d’enracinement au cœur de l’âme humaine. Les enjeux sociétaux ont émergé ces dernières années. Ils rappellent que la politique ne saurait être victime de réductionnisme économique sans s’appauvrir existentiellement. Les hommes, quoi qu’on en pense, ne se représentent pas la société comme une simple association contractuelle d’individus sans liens véritables entre eux. Ils veulent habiter un monde commun, noué dans l’histoire et la culture. Mais on a assisté, à bien des égards, à sa dissolution dans la seule logique des droits. Plus encore, les grandes réformes sociétales ont été présentées comme relevant de la fatalité historique. Ce sentiment d’impuissance entretenu par le mythe de la fatalité historique revalorise, par effet de contraste, ceux qui croient que la politique n’est pas sans lien et qui misent sur cette dernière pour infléchir autrement le cours de l’histoire, et reconstruire ce qui n’aurait pas dû être déconstruit. Les partis politiques qui prétendent, d’une manière ou d’une autre, sortir la politique de la seule logique de l’extension des droits et du traitement gestionnaire des problèmes sociaux retrouvent aisément un écho populaire. Ils laissent croire, en quelque sorte, que l’homme a une maîtrise sur son destin, même s’ils font preuve souvent de démagogie en laissant croire que cette volonté est toute-puissante et peut s’affranchir des pesanteurs de l’époque. On s’est émerveillé, ces dernières semaines, de la réhabilitation de la Marseillaise et du Tricolore, suite aux carnages du 13 novembre. Personne ne s’en désolera, naturellement. Il y avait là une forme de sursaut patriotique absolument admirable, à mille lieux du réflexe pénitentiel dans lequel le système médiatique se complaît spontanément. Mais une certaine autocritique aurait été la bienvenue: pourquoi les élites, et les élites de gauche, en particulier, avaient-elles abandonné les symboles nationaux? Car le Front national avait moins confisqué la nation qu’on ne lui avait concédée. C’est moins sur son programme spécifique qu’il est parvenu à croître, au fil des ans – d’autant que ce programme est assez changeant et ne se caractérise pas exactement par un souci de rigueur – que sur un désir de nation auquel il était à peu près le seul à répondre explicitement, aussi déformée sa réponse soit-elle. Il faut voir plus large. C’est à une crise de légitimité qu’on assiste, en fait. Une crise de régime, si on veut, qui touche toutes les sociétés occidentales même si encore une fois, même si c’est en France qu’elle prend une portée civilisationnelle. La France devient le théâtre des grandes contradictions qui traversent le monde occidental. Le pouvoir semble impuissant à affronter une crise de civilisation à peu près sans précédent et se contente de disqualifier ceux qui le rappellent à ses devoirs et l’invitent à ne pas se contenter d’incantations humanitaires devant des problèmes comme la crise des migrants. Il se permet même de persécuter ceux qui dénoncent son impuissance. Ainsi, ils sont de plus en en plus nombreux à défiler régulièrement devant les tribunaux pour avoir nommé la part de réel qui heurte l’idéologie dominante. C’est, à certains égards, le seul ressort qui lui reste. Il y a certainement d’excellentes raisons de s’opposer au Front national, mais la réduction de sa progression à la renaissance d’une forme de fascisme intemporel, qui serait la tentation diabolique de la civilisation européenne, n’en est pas vraiment une. Elle rassure certainement une frange significative des élites politiques et intellectuelles, qui peuvent dès lors prendre la pose avantageuse de la résistance contre la bête immonde, mais elle rend à peu près incompréhensible et inintelligible le pourrissement de la situation qui a pourtant propulsé le Front national au rang de premier parti de France. Et pour tout dire, la meilleure manière de lui faire barrage ne consiste certainement pas à pousser encore plus loin la politique qui a contribué à sa croissance.

Les limites de l’antifascisme carnavalesque
Mathieu Bock-Côté

Le Figaro
08/12/2015

Pascal Bruckner : « Notre pays souffre désormais de nanisme »
L’essayiste explique le succès du Front national par sa capacité à porter mieux qu’aucune autre force politique le « discours de la plainte ».
Propos recueillis par Sébastien Le Fol
Le Point

09/12/2015
On est toujours surpris par ce qu’on attend. On annonce la victoire du Front national depuis au moins quinze ans et, quand elle survient, à l’occasion des régionales, on feint d’être terrassé par l’étonnement. C’était le spectre brandi par la gauche et la droite à chaque consultation pour intimider leurs adversaires et les menacer du pire ; voilà que le spectre débarque, il n’est plus un fantasme, mais une réalité. Du Désert des Tartares surgit l’ennemi tant redouté mais aussi tant désiré. Toute une frange du pays espère cette arrivée au pouvoir du parti de Marine Le Pen. Par besoin de clarté : les uns pour voir s’il incarne vraiment l’alternative dont il se réclame ; les autres par une sorte de résistantialisme rétrospectif, volonté de rejouer la dramaturgie de la Seconde Guerre mondiale. On le veut, ce « fascisme », pour s’opposer à lui, solder enfin les comptes, laver, soixante-dix ans après, l’affront de la collaboration. Pas de chance : le vrai fascisme est ailleurs, dans cette conjonction de religiosité et de terreur de masse incarnée à l’échelle mondiale par le djihadisme. Quoi qu’on pense du Front national et de la sottise de ses propositions, il y a entre lui et les soldats de l’islam radical une différence fondamentale : il joue le jeu de la démocratie et de la persuasion quand les kamikazes égorgent et tuent, à commencer par les musulmans.

Pour stopper ce parti, la gauche a misé sur l’antiracisme et la diabolisation. La droite, elle, l’a assimilé à un mouvement d’extrême gauche. Les deux stratégies semblent avoir échoué. Pourquoi, selon vous ?

Le terrorisme et l’immigration ne constituent, pour l’extrême droite, que des arguments ou des ingrédients, comme à Calais. Le FN progresse parce qu’il porte, mieux qu’une autre force politique, le discours de la plainte. Il n’est pas facile d’être français aujourd’hui, c’est-à-dire les héritiers d’un passé glorieux dont les péripéties soulignent par contraste notre petitesse. Comme si notre pays, qui se crut jadis le phare du monde, réalisait soudain qu’il a cessé de fixer les règles du jeu. Quelque chose lui a échappé, il a vieilli sans se régénérer. Pour le dire crûment, ça n’est plus ici que ça se passe. La France étouffait jadis dans des frontières trop étroites, elle souffre désormais de nanisme dans un monde trop vaste. Le Front national, en ne cessant de répéter que France rime avec souffrance, en martelant avec une jubilation morose que nous sommes des malheureux, des victimes universelles, traduit ce sentiment de déclassement éprouvé par nos compatriotes. La gauche et l’extrême gauche voudraient rejeter le Front national dans les ténèbres. Elles ont substitué la démonologie à la discussion politique. Voyez Jean-Christophe Cambadélis : son seul argument consiste à dire que le FN, c’est Vichy. Mettez-vous dans la tête d’un électeur. Vichy évoque quoi ? Une eau minérale un peu salée, une villégiature à la fois désuète et charmante du Massif central. Et très lointainement la capitale du gouvernement de Pétain. Rien qui n’appelle l’effroi ou la peur, alors que les attentats, les massacres parlent à tout le monde. On ne saurait imaginer pire décalage. Ou encore, comme le dit le Parti communiste, le FN serait mauvais car hostile à l’ »Autre ». Mais qui est cet Autre, que signifie cette mystique de l’altérité qui se développe parallèlement à celle du respect ? En quoi le souci des siens, de sa communauté serait-il a priori plus détestable que l’idolâtrie de l’étranger qui brille dans son inaltérable splendeur ? La seule réponse appropriée au Front national n’est pas celle de l’exorcisme, mais celle du réalisme : discuter point par point son programme, très proche de celui du Front de gauche – sortie de l’euro, retraite à 60 ans, etc. -, et en montrer les limites, les insanités. »

« 2) La gauche donne le sentiment d’avoir rompu avec son angélisme. Son virage sécuritaire est-il un vrai tournant idéologique et philosophique ou bien une simple réponse aux événements ?

Que la gauche se range enfin aux avis d’un certain nombre d’intellectuels, d’observateurs qui depuis dix ou quinze ans pointent la menace islamiste est hélas un peu tardif, mais quand même salutaire. Spontanément, face aux tueries, ce qui nous vient aux lèvres, ça n’est plus « L’Internationale », c’est La Marseillaise, cet hymne que notre génération avait cru jeter aux orties, c’est le drapeau que tout le monde conspuait il y a encore quelques mois, c’est la défense du mode de vie à la française. C’est toujours un défaut de patrie qui attise le nationalisme, jamais un excès. Beaucoup de temps a été perdu depuis janvier, beaucoup de débats imbéciles, d’anathèmes lancés contre les mauvais philosophes par la presse bien-pensante (c’est-à-dire celle qui ne pense pas mais ânonne son catéchisme), alors que gauche et droite auraient dû se mobiliser contre la barbarie. Penser l’événement du 13 novembre et en tirer toutes les conséquences, c’est ce qui au final départagera les intellectuels, les partis et les gouvernants. Ne pas faiblir, ne pas faillir, abattre la main impitoyable de l’État sur les terroristes et leurs complices, c’est ce que l’on demande aujourd’hui au gouvernement. C’est « Le chant des partisans  » qu’il faudrait apprendre aux écoliers, plus encore que La Marseillaise : l’ennemi doit connaître en effet le prix du sang et des larmes. En France comme en Syrie, en Irak, au Sahel ou en Libye. Aucune complaisance ni hésitation ne seront tolérées.

Dans son nouveau livre, Gilles Kepel pointe la polarisation entre « la kalach du djihadiste et le [Charles] Martel du FN ». Il y voit l’aboutissement de la stratégie préconisée par les théoriciens de l’islamisme, qui ambitionnent de provoquer une guerre civile en Europe. Redoutez-vous un tel scénario ?

Jusqu’à présent, les Français se sont conduits avec une dignité remarquable. Aucun appel à la vengeance, aucun cri de haine, en dépit de quelques actes isolés, montés en épingle. Mais Gilles Kepel a raison : une haine imbécile, attisée par les bons résultats de la droite extrême, risque demain de se transformer en actes de vengeance à l’égard de nos compatriotes musulmans pris comme cibles. Je l’avais signalé dans vos colonnes au mois de juin. On peut voir aussi se développer l’anomie sociale, se multiplier des éruptions de violence, comme à Air France, des révoltes de casseurs qui, comme à Moirans ou sur l’autoroute A1, s’en prennent aux biens publics, des mini-émeutes dirigées contre l’État, la justice ou tel groupe. L’état d’urgence doit aussi réprimer ces actes d’insubordination qui ajoutent le chaos à la confusion actuelle.

Le courant souverainiste, antieuropéen et antilibéral, est-il devenu majoritaire dans le pays ? Comment le discours libéral et réformiste, faisant la pédagogie de la mondialisation, peut-il à nouveau redevenir audible ?

Le fantasme qui travaille la France de 2015, ce n’est pas l’expansion, c’est la séparation. On se trompe en décrivant notre pays comme une puissance qui rêve de dominer ou vibrerait de nostalgie coloniale. C’est au mieux un pays en panne de destin et qui tente de survivre. Le souvenir des gloires d’hier s’accompagne d’un renoncement intégral aux mentalités qui les conditionnaient. Puisque, dans la vulgate antilibérale dominante, tout ce qui va mal chez nous est dû à la malignité de puissances étrangères – la finance, la mondialisation, l’empire américain, Bruxelles, l’euro, la Chine et j’en passe -, le rêve est de se barricader derrière les frontières pour se protéger du monde extérieur. Un peu comme les émeutiers en 2005 défendaient leurs cités contre l’intrusion de la police et des services de l’État. Mimétisme d’assiégés enfermés ici ou là dans leurs villages gaulois. Comment sortir de la peur, du repli ? Bien sûr, de meilleurs chiffres du chômage redonneraient confiance à nos compatriotes. On n’échappe à la névrose d’échec que par une série de petites victoires progressives, de petits pas qui nous rendent la maîtrise de notre destin. Hormis cela, je vois deux autres issues possibles. Le retour des expatriés, qui rapportent chez nous leur savoir-faire, leur goût d’entreprendre, eux qui ont porté avec succès les couleurs de la France aux quatre coins du monde. Mais, dans l’immédiat, nous sommes condamnés à faire confiance à François Hollande. Non parce qu’il est le meilleur, mais parce qu’il est là encore pour quinze mois. L’année 2016 sera cruciale : pour réorganiser l’islam de France, démanteler les réseaux terroristes, remporter éventuellement, avec nos alliés, une victoire sur le terrain contre Daech, accélérer les réformes nécessaires sur le plan économique. Mieux vaut harceler, persuader, influencer le gouvernement actuel plutôt qu’attendre mai 2017 et une hypothétique alternance. Nous n’avons plus le temps. C’est le seul effet positif de ces mauvais résultats. Puisque la gauche a senti le vent du boulet, elle se décidera peut-être à changer. Il faut croire en la pédagogie de la réalité. »

Why Won’t We Call This Islamist Terrorism?
November 19, 2015

victorhanson
This isn’t an attack on “humanity.”  It’s a war against the West.
by Victor Davis Hanson // Politico (Europe Edition)

President Obama summed up the jihadist killing in Paris as “an attack not just on Paris.” But rather, he assured us, “This is an attack on all of humanity and the universal values we share.”

People place flowers and light candles in tribute for the victims of the 13 November Paris attacks at the foot of the statue on Place de la Republique in Paris, France, 14 November 2015. At least 120 people have been killed in a series of attacks in Paris on 13 November, according to French officials. EPA/IAN LANGSDON
But is that assumption true?

Certainly, the president seems as unable to utter the targeted “West” and “Western” as he is the targeter “radical Islam” or “jihadist.”

Were the suicide bombers and the AK-47 shooters who slaughtered the innocent in Paris seeking to destroy the ideology of communist China?

Was their deadly message aimed at the protocols of Cuba, North Korea, or Venezuela? The Islamist terrorists — how careful were the president and the American news media to use the generic “they” and the non-specific “the terrorists” — did not seem too concerned with “all of humanity.” By the pattern of their attacks, our enemies seem not to share with the president that all of humanity embraces “universal values.”

Certainly the Vietnamese and Ecuadorians are more safe than those in Paris, New York, or Fort Hood. Communist Chinese profiteers in Africa or cartoonists in Beijing are not on the targeting list of ISIS.

Instead, radical Muslims and jihadists abroad overwhelmingly focus on Westerners. In the Middle East, when they don’t find them so ubiquitously any more, they kill and torture other religious and tribal groups who do not adhere to their particular brand of fundamentalist Sunni or Shiite Islam.

At home, the agendas of the tea party, Occupy Wall Street, anti-abortionists, Black Lives Matter, radical feminists, Christian fundamentalists and revolutionary atheists do not manifest themselves in blowing up restaurants and massacring innocents. Abroad, Christian crusaders are not desecrating mosques. Kurdish militias are not beheading civilians on videos. Jewish “militants” are not cutting off hands in religious courts, and Sufi clerics are not blowing up UN world heritage sites.

To the degree the Paris killers seek existential resonance, they are clearly attacking the expressions and manifestations of quite singular Western values of consensual government, human rights, equality of the sexes, freedom of expression and religion, and the bounty that follows from free market economics and the sanctions of private property. They hate not humanity so much as they do the West — and for an apparent variety of reasons that transcend the usual boilerplate of supporting Israel, buying oil from plutocratic sheiks and thuggish theocrats, or occasionally bombing or droning an unhinged terrorist or dictator.

* * *

The West is powerful, far more powerful than the alternatives, and its reach threatens, both insidiously and overtly, its antitheses. The treatment by radical Islamists of Christians, women, minorities, and homosexuals reminds us that inclusivity and diversity are not their creed. In fact, Islamists despise diversity as proof of our impurity and apostasy.

Yet radical Muslims, like moths to a flame, gravitate toward the affluent and leisured West — the recruiting grounds of ISIS are often in Europe and North America — as if they too want the security of civilized landscapes, but not the institutions that birth and nurture them. As nihilists, non-integrating Muslim fundamentalists in the West would turn their adopted enclaves into something similar to what they fled in the Middle East — and then move on when they found the water dangerous, medical care nonexistent, and safety for their children iffy.

The more the West welcomes in migrants from the Middle East who break immigration laws and issue demands on their hosts upon arrival, the more radical Muslims see such hospitality as weakness to be despised rather than as magnanimity to be appreciated. They see Western refinement in Thucydidean terms as endangering muscularity; like good parasites they feed off their hosts with the expectation that the meal provider will last for quite some time.

Western affluence and popular culture threaten to obliterate the 7th-century of the madrassa, and not by intent, but, far worse, by indifference. Young male Middle Easterners, in Mohamed Atta fashion, in London, Paris, and Berlin, as good addicts hate the provider of their pleasure — whether expressed benignly in Parisian soccer matches and rock concerts or in more tawdry fashion by the likes of Miley Cyrus and the Kardashians — and would hate them even more if they were to withdraw it.

Even the most clever jihadists cannot make the technology they use to destroy Westerners — from jetliners to plastic explosives to cell phones and the Internet; their religious figures damn Western technology as proof of our decadence and then see their youth hooked on it in addictive fashion. Their reaction to Western popular bounty is of course schizophrenic, true of most passive-aggressives, who alternate between bouts of inferiority and superiority. What did these weak, atheistic, and ambiguous Westerners do, they snarl to themselves, to obtain such extravagant but also decadent lifestyles? Are they wealthy and cocky, and we of the Middle East poor and miserable, because they choose Mammon over Allah, or because as imperialists and colonialists they robbed the treasures of the caliphate and have been living off our bounty ever since?

* * *

By any historical measure, radical Islamists like Al Qaeda and ISIS are weak, lacking the manpower, technology and economic power of the West. But they see willpower, zealotry, and suicidal nihilism as force multipliers in their war against the current postmodern West. And as they grow, they are dismissed by Western leaders such as Barack Obama and John Kerry with assurances that they are “contained” and “their days are numbered.”

The more our intelligence and government technocrats assure us that the Muslim Brotherhood is largely “secular” or that the Fort Hood terrorist Major Hasan’s labors represented “workplace violence,” or that a right-wing video stirred up the spontaneous “rioters” in Benghazi, the more Islamists up the ante — in part due to strategic arrogance that follows the loss of Western deterrence, but also in part due to sick curiosity over just how far one has to go to rile up these “Eloi:” blow up the finale of the Boston Marathon, shoot up  soldiers at a military base, butcher cartoonists in Paris, or something akin to 9/11 and Friday’s massacre in Paris? Will all that ever earn more than campus trigger warnings about “Islamophobia”?

If the president recently announced that global warming was the world’s greatest threat, if John Kerry sees climate change as the catalyst for the implosion of the Middle East (have four years of crippling drought forced Californians to strap on suicide belts?), and if Al Gore is perched high above the fray in the Eiffel Tower tweeting about earth in the balance, the jihadists are far more earthly.

Both before September 11 and afterward, they lost fear of Western retaliation. Before 9/11 they killed hundreds, like a sheep shearer who was careful to keep his periodic sheering reasonable and profitable. After 9/11, they grasped that even when bombed, invaded, and defeated at home, their long wars eventually exhaust Westerners, who, it turns out, can live with an occasional blown-up jet or shot-up rock concert, but not with a constabulary force in Iraq.

ISIL will assume that after the Paris attack, European and American leaders will, in time, remind Westerners of the dangers of right-wing nativists and xenophobes and “overreaction.” They will focus on the need to condemn abstract terrorism and extremism, and the need to reach out and embrace our common humanity. And such Islamist cynicism will be largely spot on about our leadership and culture — in the fashion that Osama bin Laden once blamed us for global warming and the lack of campaign finance reform.

Waging The War on ‘Terror,’ Vichy-style
November 15, 2015
Victor Davis Hanson

National Review Online

A few hours before the catastrophic attack in Paris, President Obama had announced that ISIS was now “contained,” a recalibration of his earlier assessments of “on the run” and “Jayvees” from a few years back. In the hours following the attack of jihadist suicide bombers and mass murderers in Paris, the Western press talked of the “scourge of terrorism” and “extremist violence”. Who were these terrorists and generic extremists who slaughtered the innocent in Paris — anti-abortionists, Klansmen, Tea-party zealots?

Middle Eastern websites may be crowing over the jihadist rampage and promising more to come, but this past week in the United States we were obsessed over a yuppie son of a multi-millionaire showboating his pseudo-grievances by means of a psychodramatic hunger strike at the University of Missouri and a crowd of cry-baby would-be fascists at Yale bullying a wimpy teacher over supposedly hurtful Halloween costumes. I guess that is the contemporary American version of Verdun and the Battle of the Bulge.

This sickness in the West manifests itself in a variety of creepy ways — to hide bothersome reality by inventing euphemisms and idiocies likely “workplace violence” and “largely secular,” jailing a “right-wing” video maker rather than focusing on jihadist killers in Benghazi, deifying a grade-school poseur inventor who repackaged a Radio Shack clock and wound up winning an invitation to the White House, straining credibility in Cairo to fabricate unappreciated Islamic genius. Are these the symptoms of a post-Christian therapeutic society whose affluence and leisure fool it into thinking that it has such a huge margin of security that it can boast of its ‘tolerance’ and empathy — at the small cost of a few anonymous and unfortunate civilians sacrificed from time to time? Is deterrence a waning asset that has now been exhausted after seven years of Obama administration apologetics and contextualizations?

Our premodern enemies have certainly got our postmodern number. Newsmen compete to warn us not of more jihadists to come or the nature of the Islamist hatred that fuels these murderers, but instead fret about Western “backlash” on the horizon, about how nativists and right-wingers may now “scapegoat” immigrants. Being blown apart may be one thing, but appearing illiberal over the flying body parts is quite another. Let’s hurry up and close Guantanamo Bay so that it will stop “breeding” terrorists; and let’s hurry up even more to restart the “peace talks” to remind ISIS that we are nice to the Palestinians.

Hundreds of thousands flock to Europe not in gratitude at its hospitality but largely contemptuous of those who would be so naive to extend their hospitality to those who hate them. Barack Obama recently called global warming our greatest threat; Al Gore — recently enriched by selling a TV station to carbon-exporting Persian Gulf kleptocrats — is in Paris in Old Testament mode finger-pointing at our existential enemy — carbon. John Kerry, hours before the Paris attacks, announced that the days of ISIS “are numbered.” Angela Merkel welcomes hundreds of thousands of young male Muslims into Europe, and the more they arrive with anything but appreciation for their hosts, the more Westerners can assuage their guilt by turning the other cheek and announcing their progressive fides.

To preserve our sense of progressive utopianism, we seem willing to offer up a few hundred innocents each year to radical Islam. The slaughter might cease in a few years if we were to name our enemies as radical Muslims and make them aware that it could well be suicidal for their cause to kill a Westerner — or at least remind the Islamic world in general that it is a rare privilege to migrate to the West, given that immigration demands civic responsibilities as well as rights and subsidies, and is predicated on legality rather than the power of the stampede. But then to do that we would no longer be Westerners as we now define ourselves.​

Obama Has Just Begun
December 6, 2015
Victor Davis Hanson

National Review Online

How much damage can he do in his last year of office?

Insidiously and inadvertently, Barack Obama is alienating the people and moving the country to the right. If he keeps it up, by 2017 it will be a reactionary nation. But, counterintuitive as it seems, that is fine with Obama: Après nous le déluge.

By sheer force of his personality, Obama has managed to lose the Democratic Senate and House. State legislatures and governorships are now predominantly Republican. Obama’s own favorable ratings rarely top 45 percent. In his mind, great men, whether Socrates or Jesus, were never appreciated in their time. So it is not surprising that he is not, as he presses full speed ahead.

Obama certainly has doubled down going into his last year, most recently insisting on letting in more refugees from the Middle East, at a time when the children of Middle Eastern immigrants and contemporary migrants are terrorizing Europe. What remaining unpopular executive acts might anger his opponents the most? Close down Guantanamo, let thousands more refugees into the United States, free thousands more felons, snub another ally, flatter another enemy, weigh in on another interracial melodrama, extend amnesty to another million illegal aliens, make global warming laws by fiat, expand Obamacare, unilaterally impose gun control? In lieu of achievement, is the Obama theory to become relevant or noteworthy by offending the public and goading political enemies?

An Obama press conference is now a summation of all his old damn-you clichés — the fantasy strawman arguments; the caricatures of the evil Republican bogeymen; the demagogic litany of the sick, the innocent, and the old at the mercy of his callous opponents; the affected accentuation (e.g., Talîban; Pakîstan, Îslám, Latînos, etc.) that so many autodidacts parade in lieu of learning foreign languages; the make-no-mistake-about-it and let-me-be-clear empty emphatics; the flashing temper tantrums; the mangled sports metaphors; the factual gaffes; and the monotonous I, me, my, and mine first-person-pronoun exhaustion. What Obama cannot do in fact, he believes he can still accomplish through invective and derision.

In the 2016 election campaigns, most Democratic candidates in swing states will have distanced themselves from the last eight years. Otherwise, they would have to run on the patently false premise that American health care is more affordable and more comprehensive today than it was in 2009; that workforce participation is booming; that scandals are a thing of the past; that the debt has been addressed; that Obama has proved a healer who brought the country together; that immigration at last is ordered, legal, and logical; that the law has never been more respected and honored; that racial relations are calmer than ever; that the campuses are quiet; that the so-called war on terror is now over and won with al-Qaeda and ISIS contained or on the run; that U.S. prestige aboard has never been higher; that our allies appreciate our help and our enemies fear our wrath; that Iran will now not go nuclear; that Israel is secure and assured of our support; and that, thanks to American action, Egypt is stable, Libya is ascendant, Iraq is still consensual, and the Middle East in general is at last quiet after the tumultuous years of George W. Bush.

The hordes of young male migrants abandoning the Middle East for the West are merely analogous to past waves of immigrants and should be uniformly welcome. For Obama,  there is no connection between them and his slashing of American involvement in the Middle East — much less any sense of responsibility that his own actions helped produce the crisis he now fobs off on others.

If an American president saw fit to attack fellow Americans from abroad, and lecture them on their illiberality, there are better places from which to take such a low road than from Turkey, the embryo of 20th-century genocide, and a country whose soccer crowds were recently shouting, “Allahu akbar!” during what was supposed to be a moment of silence offered to the Paris dead. Surely an American president might suggest that such grassroots religious triumphalism about mass death is much more reprehensible behavior than are his own fellow citizens’ demands to vet the backgrounds of refugees.

If you suggested to Obama that, in his search for a contrarian legacy, he should do something to stop the slaughter in the Middle East and be careful about letting in more unexamined refugees, in answer, he would be more likely to do less than nothing abroad and vastly expand the influx of migrants. Getting under his critics’ skin is about all that is left of a failed presidency.

Many of our observers still do not quite grasp that Obama will end his presidency by  , — and that his resentment will lead to some strange things said and done.

Few foresaw this critical element of the Obama character. The tiny number of prescient pundits who warned what the Obama years would entail were not the supposedly sober and judicious establishment voices, who in fact seemed to be caught up in the hope-and-change euphoria and missed entirely Obama’s petulance and pique: the Evan Thomases (“he’s sort of god”), or the David Brookses (“and I was looking at his pant leg and his perfectly creased pant, and I’m thinking, a) he’s going to be president and b) he’ll be a very good president.” “It is easy to sketch out a scenario in which [Obama] could be a great president.”), or the Chris Matthewses (“the feeling most people get when they hear Barack Obama’s speech. My, I felt this thrill going up my leg. I mean, I don’t have that too often.”), or the Michael Beschlosses (“Uh. I would say it’s probably — he’s probably the smartest guy ever to become President.”), or the Chris Buckleys (“He has exhibited throughout a ‘first-class temperament,’ pace Oliver Wendell Holmes Jr.’s famous comment about FDR. As for his intellect, well, he’s a Harvard man”), or the Kathleen Parkers (“ . . . with solemn prayers that Obama will govern as the centrist, pragmatic leader he is capable of being”), or the Peggy Noonans (“He has within him the possibility to change the direction and tone of American foreign policy, which need changing; his rise will serve as a practical rebuke to the past five years, which need rebuking; his victory would provide a fresh start in a nation in which a fresh start would come as a national relief.”).

In truth, it was the loud, sometimes shrill, and caricatured voices of talk radio, the so-called crazy Republican House members, and the grassroots loudmouths of what would become the Tea Party who had Obama’s number. They warned early on that Barack Obama’s record was that of a petulant extremist, that his writing presaged that he would borrow and spend like no other president, that his past associations gave warning that he would use his community-organizing skills cynically to divide Americans along racial lines, that nothing in his past had ever suggested anything other than radicalism and an ease with divisive speech, that his votes as a state legislator and as a U.S. senator suggested that he had an instinctual dislike of the entrepreneur and the self-made businessman, and that his past rhetoric advised that he would ignore settled law and instead would rule by fiat — that he would render immigration law null and void, that he would diminish the profile of America abroad, and that he would do all this because he was an ideologue, with no history of bipartisanship but a lot of animus toward his critics, and one who saw no ethical or practical reason to appreciate the more than 60 years of America’s postwar global leadership and the world that it had built. Again, the despised right-wingers were right and the more moderate establishment quite wrong.

Abroad, from Obama’s post-Paris speeches, it is clear that he is now bored with and irritated by the War on Terror. He seems to have believed either that Islamist global terror was a minor distraction with no potential for real harm other than to bring right-wingers in backlash fashion out of the woodwork, or that it was an understandably radical manifestation of what was otherwise a legitimate complaint of Islam against the Western-dominated global system — thus requiring contextualization rather than mindless opposition.

A lot of ambitious and dangerous powers are watching Obama assume a fetal position, and may well as a consequence act foolishly and recklessly this next year. Not only Russia, China, and North Korea, but also Hamas, Hezbollah, Iran, ISIS, and assorted rogue states may take chances in the next 14 months that they would otherwise never have entertained (given that America is innately strong and they are mostly in comparison far weaker) — on the premise that such adventurism offers tangible advantages without likely negative consequences and that the chance for such opportunities will not present itself again for decades to come.

At home, Obama feels liberated now that he is free from further elections. He thinks he has a legitimate right to be a bit vindictive and vent his own frustrations and pique, heretofore repressed over the last seven years because of the exigencies of Democratic electioneering. Obama can now vent and strike back at his opponents, caricaturing them from abroad, questioning their patriotism, slandering them for sport, and trying to figure out which emblematic executive orders and extra-legal bureaucratic directives will most infuriate them and repay them for their supposed culpability for his failed vero possumus presidency.

The more contrarian he becomes, and the more he opposes the wishes of the vast majority of the American people, all the more Obama envisions himself speaking truth to power and becoming iconic of something rather than the reality that he is becoming proof of nothing.

Hold on. We haven’t seen anything yet.


Attentats de San Bernardino et Londres: Ils étaient israéliens et ils ne le savaient pas !

7 décembre, 2015

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CharlesSword
Bluewhitered

Il n’était même pas permis de célébrer le sabbat, ni de garder les fêtes de nos pères, ni simplement de confesser que l’on était Juif. On était conduit par une amère nécessité à participer chaque mois au repas rituel, le jour de la naissance du roi et, lorsqu’arrivaient les fêtes dionysiaques, on devait, couronné de lierre, accompagner le cortège de Dionysos. (…) Ainsi deux femmes furent déférées en justice pour avoir circoncis leurs enfants. On les produisit en public à travers la ville, leurs enfants suspendus à leurs mamelles, avant de les précipiter ainsi du haut des remparts. D’autres s’étaient rendus ensemble dans des cavernes voisines pour y célébrer en cachette le septième jour. Dénoncés à Philippe, ils furent brûlés ensemble, se gardant bien de se défendre eux-mêmes par respect pour la sainteté du jour. (…) Eléazar, un des premiers docteurs de la Loi, homme déjà avancé en âge et du plus noble extérieur, était contraint, tandis qu’on lui ouvrait la bouche de force, de manger de la chair de porc. Mais lui, préférant une mort glorieuse à une existence infâme, marchait volontairement au supplice de la roue,non sans avoir craché sa bouchée, comme le doivent faire ceux qui ont le courage de rejeter ce à quoi il n’est pas permis de goûter par amour de la vie. 2 Maccabées 6 : 6-20
D’abord ils sont venus (…) pour les Juifs, mais je n’ai rien dit parce que je n’étais pas juif … Martin Niemöller
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33, 1964)
In the 67 years since Israel was founded in territory once controlled by Britain, no member of the Royal family has ever visited in an official capacity. While Prince Charles and others have occasionally set foot in Israel, Buckingham Palace and the British Government have been at pains to stress they were personal visits and not official ones. The rejected invitations are a source of deep frustration for Israel, especially as the Royal family has made high-profile visits to authoritarian regional neighbours like Saudi Arabia and Qatar, as Charles did in February. (…) « Until there is a settlement between Israel and the Palestinian Authority, the Royal family can’t really go there, » said one Whitehall source. (…) Some Israelis have long believed that the Foreign Office blocks any Royal visits because of its supposed domination by Arabist diplomats. The Telegraph
While China grieved and expressed its outrage following the savage stabbing of innocent civilians by Xinjiang separatists at the crowded railway station in southwest China’s Kunming Saturday night, some Western media organizations, including CNN, Associated Press, the New York Times, and the Washington Post, were already presenting their audiences and their readership with a distorted view of events. The terrorist attack that occurred on Saturday night at the train station in southwest China’s Kunming city left at least 29 innocent civilians dead and more than 130 injured. The deadly attack was orchestrated by Xinjiang separatist forces. This was an act of terrorism directed against the whole of humanity, civilization and society. The international community strongly condemned this cruel attack, but the coverage of the incident by a few Western media organizations, including CNN, Associated Press, The New York Times, and the Washington Post was dishonest and appeared to be directed by ulterior motives. Emanating from such loud advocates of « the fight against terrorism », the coverage was insulting and has led to widespread resentment in China. There was extensive evidence at the crime scene to leave no doubt that the Kunming Railway station attack was nothing other than a violent terrorist crime. But regardless of this evidence, some western media organizations were unwilling to use the word « terrorism » in their coverage. CNN’s report on March 3 put the word « terrorists » in quotation marks, and offered the view that « mass knife attacks » are « not unprecedented » in China. The intention here was to associate this terrorist incident with a number of attacks that occurred in 2010 and 2012, all the more disgusting because these attacks happened at schools, they were conducted by individuals who were clearly mentally disturbed, and their victims were children. None of the perpetrators had any political connections, or any political motives. The Associated Press report used the term « described by the authorities as » to qualify their use of the word « terrorists ». The New York Times and the Washington Post called the terrorists « attackers ». (…) Faced with such tragedy and such unambiguous facts, it is a hard-hearted and cynical media that would engage in such hypocrisy. Don’t they love to talk about « human rights »? Did they not see the pictures of innocent victims lying in pools of their own blood? Did they show even the slightest concern for the victims and their « human rights »? Should such an event occur in America, how would they respond to the incident? Would they be quite so coy about describing the murderers as « terrorists »? (…) On the issue of terrorism and terrorists, the double standards adopted by the United States and some Western media organizations cause actual harm to others, while providing them with neither benefit nor credit. They would do well to hope that their conduct and their attitudes do not ever rebound back on themselves. People’s daily
In many ways, Hamtramck is a microcosm of the fears gripping parts of the country since the Islamic State’s attacks on Paris: The influx of Muslims here has profoundly unsettled some residents of the town long known for its love of dancing, beer, paczki pastries and the pope. And while Majewski advocated to allow mosques to issue calls to prayer, she understands why some longtime residents are struggling to adjust to the sound that echos through the city’s streets five times each day. “There’s definitely a strong feeling that Muslims are the other,” she said. “It’s about culture, what kind of place Hamtramck will become. There’s definitely a fear, and to some degree, I share it.” While the city’s Polish Catholic population has shrunk from 90 percent in 1970 to about 11 percent today, in part as the old residents have moved to more prosperous suburbs, Polish American culture still permeates the town. Labor Day, known as Polish Day here, is marked with music, drinking and street dancing. The roof of the Polish cathedral-style St. Florian Church peaks above the city landscape, and a large statue of Pope John Paul II, who visited the city in 1987, towers over Pope Park on Joseph Campau Avenue. The Polish pope’s cousin, John Wojtylo, was a Hamtramck city councilman in the 1940s and 1950s, according to local historian Greg Kowalski. Many longtime residents point to 2004 as the year they suspected that the town’s culture had shifted irrevocably. It was then that the city council gave permission to al-Islah Islamic Center to broadcast its call to prayer from speakers atop its roof. NYT
Le FN, contrairement à ce qu’a dit Jean-Christophe Cambadélis, n’était pas surcoté mais sous-coté. Les scores que ce parti a fait dès le premier tour dans les treize régions ne devraient plus permettre les illusions ni les dénonciations, qui ont eu l’effet contre-productif de le faire progresser encore plus. Dans ce registre, difficile de faire plus indécent que la déclaration de Pierre de Saintignon assimilant «les extrémistes» aux «salafistes». Le FN est le premier parti de France devant LR et même si le parti socialiste sauve les meubles au regard de sa déroute annoncée, il va se trouver confronté durant la semaine à un choix décisif et d’une certaine manière mauvais dans toutes ses options. (…) A l’encontre du FN, il n’est plus possible de se goberger avec les mots «République, valeurs, principes, démocratie, honte, nauséabond, Vichy…». Il faut impérativement se pencher sur les ressorts qui détournent des partis classiques et incitent un grand nombre de citoyens à voter en faveur de cette force facilement qualifiée de non républicaine et d’extrémiste. Il n’est plus concevable, comme récemment je l’ai lu dans un éditorial du Monde, à la fois de mépriser les électeurs du FN et de n’inviter à résister que par des pétitions de principe qui se gardent bien de démontrer ce qu’on énonce comme irréfutable. Le président de la République est le premier responsable de cet aveuglement. En effet, on ne peut en même temps s’afficher en chef de guerre à l’extérieur et à l’intérieur contre le terrorisme mais maintenir la garde des Sceaux et donc sa politique pénale calamiteuse qui sont directement au cœur de la protestation majoritaire, cohérente et aussi éruptive contre le pouvoir socialiste. Continuer à ressasser contre le FN le discours habituel serait d’autant plus préjudiciable à la cause démocratique qu’on ne peut traiter avec cette désinvolture et cette arrogance un parti qui non seulement n’est plus le groupuscule de l’extrême droite qu’on aurait rêvé qu’il demeurât mais qu’il est devenu le premier parti français avec des millions d’électeurs en sa faveur. (…) Ni insultes ni slogans ni abstractions généreuses, creuses et inefficaces mais la démonstration claire que le FN ne représentera jamais, aujourd’hui et demain, une chance opératoire pour les régions comme pour la France. Qu’il ne faut pas le récuser parce qu’il ne serait pas dans notre espace républicain alors qu’il y est en plein mais au motif prépondérant que ses propositions aggraveraient le sort de notre pays. On n’a pas à traîner dans la boue politiquement et médiatiquement un parti que beaucoup de nos concitoyens ont décidé de placer en tête, parce qu’ils en ont assez de tout ou du socialisme, ou parce que certains y croient. Mais à expliquer pourquoi il ne serait pas l’avenir et que ce qu’il porte de positif sur le plan de l’ordre, de la sécurité, de la justice, de la rigueur de l’Etat, LR sera le seul parti à pouvoir le mettre en œuvre. Philippe Bilger
Dans le cas de l’attentat revendiqué par Facebook par l’Etat islamique qui profite de la radicalisation de cette américaine, c’est tout autre chose. Il s’agit d’un terrorisme spontanéiste. Il s’agit de gens qui avaient probablement des problèmes personnels, et qui, pour se venger de la société, ont adhéré aux thèses de l’Etat islamique en se radicalisant probablement sur internet. En ce qui concerne l’agression à Londres, s’il est confirmé qu’il s’agit d’une agression terroriste, elle peut avoir plusieurs raisons. La première, c’est que le porte-parole de l’Etat islamique a demandé dans une vidéo mise en ligne il y a quelques mois d’attaquer les infidèles par tous les moyens, notamment en utilisant des couteaux. On avait déjà vu ça à la Défense quand un militaire français avait été agressé, ou encore à Londres avec une attaque à la machette. Il y a eu également cette intifada des couteaux dans les territoires palestiniens ou en Israël. Il ne s’agit pas de l’Etat islamique mais la logique est la même. Ça fait partie des terrorismes spontanéiste, individuels. Cela se base sur une théorie qui a été développée par un penseur salafiste djihadiste, Abou Moussab Al-Souri. Cet homme d’origine syrienne a bien connu Bel Laden et a probablement été l’inspirateur des attentats de Madrid. Il avait disparu, puis a été retrouvé en Syrie par la police d’Assad qui l’a mis en prison. Ce dernier l’a libéré il y a trois ans. Abou Moussab Al-Souri a écrit un livre prônant ce type d’actions individuelles, utilisant tous les moyens à la disposition pour frapper les infidèles. On ne sait pas ce qu’il est devenu depuis sa libération des geôles d’Assad mais on sait que sa pensée a une très grande influence sur les djihadistes. Le cancer de l’Etat islamique produit des métastases. On sait maintenant qu’après chaque gros attentat, il y a des gens qui se sentent appelés à faire quelque chose. Il s’agit à l’évidence le plus souvent de déséquilibrés mais qui se sentent appelés à l’action par un discours visant justement à susciter ce genre de comportement chez ce genre de gens. (…) On peut les qualifier de terroristes-psychopathes car dans la plupart des affaires de terrorisme individuel de ce type, que ce soit foncer avec sa voiture sur des innocents, ou attaquer à la machette ou au couteau, n’importe quel psychiatre vous expliquera qu’il y a un dérèglement psychologique. Mais justement, l’Etat islamique vise ce genre d’individus. Ils font d’ailleurs des études de comportement pour savoir comment s’y prendre. Leur propagande vidéo sordide à notamment pour objectif d’atteindre le psychisme des plus faibles, et des plus perturbés. Ce sont des déséquilibrés qui agissent, mais en raison d’une stratégie mise au service d’une idéologie, l’idéologie islamiste. Roland Jaccard

Ils étaient israéliens et ils ne le savaient pas !

Refus réitéré de visite d’Israël d’une couronne britannique qui passe son temps à danser avec les tyrans, reconnaissance jusqu’à l’ONU d’un prétendu Etat dont la charte continue à appeler à la destruction de son voisin, entérinement du prétendu droit à l’arme nucléaire d’un Etat appelant exxplicitement lui aussi à l’annihilation d’un de ses voisins, appel à l’étiquetage des produits de la seule véritable démocratie du Moyen-Orient, cartes et listes d’attentats terroristes excluant systématiquement le pays qui en fut et continue à en être l’une des première victimes …

A l’heure où sur fond d’attentats quasi-quotidiens au couteau de cuisine et de confirmation de la sauvagerie des hommes de main de l’OLP …

Nos amis juifs s’apprêtent à fêter le 2180e anniversaire de la reconsécration, après des années de profanations et d’exactions syro-grecques du Temple dont on leur refuse aujourd’hui jusqu’à l’existence ……

Et qu’après la France (ou l’Allemagne ou même la Chine), Etats-Unis comme Royaume-Uni (re)découvrent les affres du terrorisme islamique …

Pendant que  leurs populations  respectives semblent se décider enfin à reconnaitre tant les analyses que les symboles nationaux qu’elles avaient abandonnés à des lanceurs d’alerte jusqu’ici dénoncés comme racistes ou fascisants

Et que les masses de nouveaux damnés de la terre qui déferlent quotidiennement sur nos plages et nos villes n’éprouvent même plus le besoin de cacher leurs sentiments profonds …

Comment expliquer l’étrange déni et aveuglement de nos médias comme de nos dirigeants …

Devant la désormais aveuglante israélianité, face à la menace islamiste venue de Rakka, Gaza ou Ramallah, de notre sort à tous ?

Attaques de Londres et San Bernardino : doit-on craindre la multiplication d’attaques terroristes d’individus isolés ?
A San Bernardino comme à Londres, les attaques terroristes islamistes semblent avoir été menées de manière autonome par un individu seul ou deux personnes. Ce mode opératoire par micro-cellules totalement indépendantes a de quoi inquiéter car complique la tâche des services de renseignement.
Atlantico
7 Décembre 2015

Atlantico : On a appris aujourd’hui que l’attaque perpétrée à San Bernardino et celle au couteau commise dans le métro de Londres était bel et bien des attaques djihadistes. Qu’est-ce qui différencie ces attentats de ceux du 13 novembre et de Charlie Hebdo ?

Roland Jacquard : Dans le cadre des attentats du 13 novembre et de Charlie hebdo, il s’agissait de terrorisme préparé à l’avance par des équipes paramilitaire avec des repérages d’objectifs préliminaires etc. Il s’agissait d’un terrorisme de masse visant à faire un maximum de victimes pour créer un sentiment de panique et d’insécurité. Dans le cas de l’attentat revendiqué par Facebook par l’Etat islamique qui profite de la radicalisation de cette américaine, c’est tout autre chose. Il s’agit d’un terrorisme spontanéiste.

Il s’agit de gens qui avaient probablement des problèmes personnels, et qui, pour se venger de la société, ont adhéré aux thèses de l’Etat islamique en se radicalisant probablement sur internet. En ce qui concerne l’agression à Londres, s’il est confirmé qu’il s’agit d’une agression terroriste, elle peut avoir plusieurs raisons.

La première, c’est que le porte-parole de l’Etat islamique a demandé dans une vidéo mise en ligne il y a quelques mois d’attaquer les infidèles par tous les moyens, notamment en utilisant des couteaux. On avait déjà vu ça à la Défense quand un militaire français avait été agressé, ou encore à Londres avec une attaque à la machette. Il y a eu également cette intifada des couteaux dans les territoires palestiniens ou en Israël. Il ne s’agit pas de l’Etat islamique mais la logique est la même. Ça fait partie des terrorismes spontanéiste, individuels. Cela se base sur une théorie qui a été développée par un penseur salafiste djihadiste, Abou Moussab Al-Souri. Cet homme d’origine syrienne a bien connu Bel Laden et a probablement été l’inspirateur des attentats de Madrid. Il avait disparu, puis a été retrouvé en Syrie par la police d’Assad qui l’a mis en prison. Ce dernier l’a libéré il y a trois ans. Abou Moussab Al-Souri a écrit un livre prônant ce type d’actions individuelles, utilisant tous les moyens à la disposition pour frapper les infidèles. On ne sait pas ce qu’il est devenu depuis sa libération des geôles d’Assad mais on sait que sa pensée a une très grande influence sur les djihadistes.

Le cancer de l’Etat islamique produit des métastases. On sait maintenant qu’après chaque gros attentat, il y a des gens qui se sentent appelés à faire quelque chose. Il s’agit à l’évidence le plus souvent de déséquilibrés mais qui se sentent appelés à l’action par un discours visant justement à susciter ce genre de comportement chez ce genre de gens.

On se souvient qu’il y a un an, plusieurs attaques avaient été commises en France par des islamistes qui ont écrasé des passants au volant de leur voiture. A l’époque, une certaine exaspération s’était manifestée dans la population car les autorités semblaient minimiser la dimension idéologique et religieuse de ces attaques en parlant « d’actes de déséquilibrés ». Qui sont ces gens et quelle est la meilleure manière de les qualifier ?

On peut les qualifier de terroristes-psychopathes car dans la plupart des affaires de terrorisme individuel de ce type, que ce soit foncer avec sa voiture sur des innocents, ou attaquer à la machette ou au couteau, n’importe quel psychiatre vous expliquera qu’il y a un dérèglement psychologique. Mais justement, l’Etat islamique vise ce genre d’individus. Ils font d’ailleurs des études de comportement pour savoir comment s’y prendre. Leur propagande vidéo sordide à notamment pour objectif d’atteindre le psychisme des plus faibles, et des plus perturbés. Ce sont des déséquilibrés qui agissent, mais en raison d’une stratégie mise au service d’une idéologie, l’idéologie islamiste.

Voir également:

Attentats à Paris. Les principales attaques islamistes dans le monde

Espagne, Royaume-Uni, Belgique, Indonésie, Tunisie:des dizaines de personnes sont mortes dans des attentats islamiques dans le monde depuis 2001.

Les attentats commis vendredi soir à Paris comptent parmi les plus meurtriers commis par les islamistes contre les intérêts occidentaux depuis 2001.

11 septembre 2001, New-York (Etats-Unis): Deux avions percutent les tours du World Trade Center: 2977 tués.

11 avril 2002, Djerba (Tunisie): 19 tués dans une synagogue

12 octobre 2002, à Bali (Indonésie): 202 tués.

12 mai 2003, en Arabie Saoudite, 39 tués.

5 août 2003, à Djakarta (Indonésie): 12 tués

11 mars 2004, Madrid (Espagne): 193 morts

24 mai 2004, en Arabie Saoudite: 22 tués

7 juillet 2005, à Londres (Royaume-Uni): 52 tués

1er octobre 2005, à Bali (Indonésie): 20 tués

17 juillet 2009, à Djakarta (Indonésie): 7 tués.

11 au 19 mars 2012, à Toulouse et Montauban (France): 7 tués

16 janvier 2013, Algérie: 43 morts

15 avril 2013, Boston (Etats-Unis: 5 tués lors du marathon

24 mai 2014, musée juif à Bruxelle (Belgique): 4 tués

18 mars 2015, musée du Bardo (Tunisie): 18 tués

25 juin 2015, Port El Kantaoui, à Sousse (Tunisie): 38 tués

7 au 9 janvier 2015, à Paris: 17 tués.

13 novembre 2015 à Paris: 129 tués.

Voir encore:

French Resolution
No Surrender This Time

Michel Gurfinkiel

France faces a future of ethnic civil war at worst, and periodic terrorist attacks and political tumult at minimum. Yet its difficulties—both geopolitical and demographic—can be overcome with patience and determination.
The November 13 killing spree in Paris came as no surprise. The Islamic State had threatened France explicitly and repeatedly for more than a year, and French government officials high and low issued warnings as well. Most pointedly, Judge Marc Trevidic, who was in charge of antiterrorist investigations in France for ten years, disclosed in September that IS was planning “something big” against France. He spoke of an “overbid logic” among competing jihadi groups: “Each group is eager to strike further and in a heavier way than other groups. They all want to win the Pulitzer prize of terrorism–that is to say to do something as grand and as lethal as 9/11.” Hence ISIS in Paris on November 13, and al-Qaeda in Bamako on November 20.

If the French were not surprised by the November 13 atrocities, they were nevertheless bewildered. We thought we understood terrorism well, and we thought, especially after the January Charlie Hebdo attack, that we were mobilized and able in our own defense. We had activated a low-key state of emergency, Plan Vigipirate, following the 1995 bombings by Algerian Islamists in Paris, and maintained it constantly ever since. After the Charlie Hebdo attack, Vigipirate was supplemented by another security program, Sentinelle. However, November 13 was different: It was not merely terrorism, but war: not just in the sense that this enemy controls territory in the Middle East and is undertaking a state-building and governing process such as no previous terrorist enemy has ever done; but also in the sense that it trains military style units to operate among us, using complex and sophisticate plans, and ultimately to secure enclaves or bridgeheads on our soil.

Nonetheless, people here wonder why, if French officials knew so much and talked so much about the threat, they failed to neutralize it? And even deeper questions are still in the process of being formed and answered.

First, as has been widely remarked, to some extent the failure to prevent the attack came down to the failure of the state to keep up with the threat level. Governments usually move much slower than non-state actors on the prowl. So the combination of the outflow of the Syrian civil war, the power vacuum in Libya, and the increasing pace of French engagement against terrorism (in Mali and in the Levant most prominently) combined to overwhelm the budgets of the security services. All true, but the problem goes beyond that.

The French people are slowly coming to appreciate that the state lacks the tools required for war, on either the domestic or the foreign front. The deficit starts with numbers. According to Vincent Desportes, a former Army general who now teaches at Sciences Po in Paris and author of La Dernière Bataille de la France (France’s Last Battle), the French security apparatus has been overstretched since before the Syrian civil war. Operational strength fell by 25 percent under the conservative Administration of Nicolas Sarkozy (2007–12), and by another 25 percent under the first three-and-a-half years of the socialist Hollande Administration. These cuts together have shrunk the force from 200,000 combat-able personnel to just a bit more than 100,000 in a delayed French version of a “peace dividend”—but it has been a reduction in truth propelled more by recent anxieties about a growing national debt, a consequence of the very difficult math involved in reconciling a still-generous welfare state with a stultified economy.

On the other hand, France is still eager to be seen as a global military power, so much so that about a third of its remaining combat force—30,000 men and women—are dispatched to permanent or semi-permanent missions abroad, from the Sahel countries to the Middle East to Afghanistan. To have nearly a third of the country’s active-duty military forces overseas in the absence of a major war is unprecedented, and it is both expensive and dangerous.

Beyond the armed forces proper, the French rely on the Gendarmerie, a semi-militarized police corps originally in charge of the rural areas but now active in urban areas as well, and the regular police, each over 100,000 strong in terms of operational personnel. The operational defense and security apparatus as a whole can thus be estimated to be about 300,000 or so, which is barely enough, by any standard, for a population of 67 million (overseas territories included) in a state of multilateral war.

Security personnel, including army personnel, involved in the post-Charlie Hebdo Operation Sentinelle, the protection of places deemed “sensible” (sensitive, i.e. more likely to be attacked), have consistently complained of being overworked. What about the much broader assignments they now face now under a heightened state of emergency? True, the Hollande Administration decided in the wake of November 13 to reverse the previous trends and expand the security forces: some 8,000 troops are to be recruited to start with. Another project is the formation of a voluntary reserve force, already dubbed the National Guard. Yet such things cannot be implemented overnight. New organizations must be adjusted to the larger defense and security structure, and of course all new personnel must be trained and equipped.

A second major difficulty arises from the ethnic and religious diversity of contemporary France, the discussion of which has taken on a different, and more frank, tone since November 13. Whereas the November 13 terrorists in Paris were apparently Muslim French or Belgian citizens of North African descent, their victims were overwhelmingly ethnic French. Some media attempted to conceal these facts, if only by highlighting the presence at Bataclan and other places of some people of North African or African descent. However, such intimations melted away before the fairer faces of the majority of victims and missing persons, seen across the web and on social networks. The unsettling sense that the terrorist attacks contained an element of minority-versus-majority genocidal intent has become very widespread, not so surprising really in what is, despite centuries of attempted transcendence, a country with a bloodline-based nationalism.

Also dawning is the uneasy realization that a war on terror might escalate into a kind of civil war between the ethnic French and the French Muslims, even if the security forces are thoroughly integrated and in fact list a high proportion members of the ethnic and religious minorities, including observant Muslims. Again, the numbers seem to matter.

Due to a combination of immigration and natural increase, the French Muslim community grew from about 5 percent of the total population of 60 million in 1997 to 9 percent of 67 million in 2014. Where in 1997 there were 3 million French Muslims there are now 6.5 million. Moreover, some places—big cities as well are rural areas—now have Muslim majorities. And in younger cohorts, thanks to greater fertility or the inflow of immigrants, the proportion of Muslims is much higher than the national average: Fully a fifth of French citizens or residents under age 24 are Muslims.

Once one sees these demographic, geographical, and generational factors together, the likely consequences of an internecine conflict become clear. For instance, in the département (county) of Seine Saint-Denis in the northern suburbs of Paris—of which Saint-Denis is the administrative center—around 30 percent of the population and about 50 percent of the youth are Muslim. Since war, including civil war, is fought by young persons (usually young men) in their late teens and early twenties, the Muslim/non-Muslim ratio there would not be 1 to 9, as the overall demographic data would suggest, but closer to 1 to 1.

Which raises a further question: How central is radical Islam to the lives of French Muslims, and, by implication, how “French” do they feel ? According to a comprehensive investigation published just one year ago by Fondapol (the French Foundation for Political Innovation), a political science think tank, French Muslims split into three group: “observants”, believers, and “French citizens of Muslim origin.” The first group, which enforces strict religious practice among its members and is largely influenced by Wahhabism and other fundamentalist movements (more often than not, its mosques are funded by Saudi Arabia or Qatar), grew from 36 percent in 2001 to 42 percent in 2014. It is much more likely than the two other groups to entertain negative views of non-Muslims. The second group, whose members advocate a measure of compromise between traditional Islam and the French way of life, and entertains slightly less negative views against non-Muslims, fell from 42 percent in 2001 to 34 percent in 2014. The third group, whose members clearly identify with French culture, human rights, and French democratic patriotism, and which tends to be more positive toward non-Muslims, including Jews, fell from 25 percent in 2007 to 21 percent in 2014. All in all, religious assertiveness is clearly growing among French Muslims and, in a political age, is bound to be politicized before long and at least to some extent.

These trends are leading to the increasing de facto segregation of Muslims from non-Muslims, a condition that Muslim communities increasingly seem to choose. It is now frequently the case that neighborhoods with Muslim majorities are “no-go zones” where the even the police fear to tread. Christine Angot, a liberal-minded best-selling writer, participated this past summer in a television program at the working-class neighborhood in Chateauroux in central France, where she was brought up. She realized that the place had become such a Muslim “no-go zone.” She described her experience in Le Monde on October 1:

When we arrived—all of us, the TV crew complete with their cameras and sound booms, and the writer who grew up there—we had to account for ourselves, to show our identity cards, to prove who we were, to state exactly where I had lived. . . . And then, the director’s first name—David, his full name being David Teboul—supplied material for unsavory jokes. . . . Some of the locals tried to intimidate us, saying that television was a cartel of the Jews. . . . All this was uttered in a very menacing tone. . . . We shot a few scenes under a running fire of jibes and jeering, and as we left we were told to pay our compliments to the Talmud. . . . I swear we felt most uncomfortable.
The talk of a civil war may be somewhat paranoid, but the prediction that internal support for terrorism will grow has already been borne out by events. Most observant and traditional Muslims are peaceful citizens, and understand well that Islam benefits from French-style democracy. They perceive a vested interest in keeping it functioning, but some still cannot help but entertain sympathies for radical groups outside of France. According to an ICM Research poll released in 2014, 19 percent of French Muslims expressed “positive” or “very positive” views of the Islamic State. Among those under the age of 24, the figure was 27 percent. Evidently, this is the milieu that provides volunteers for ISIS training camps in Syria and Iraq.

Some experts think that the Islamic State’s ultimate goal in the current terror attacks actually is to arouse more suspicion and hostility among ethnic French about French Muslims, and as a consequence create a more polarized atmosphere that will drive more French Muslims to identify with ISIS—thus making the prospect of a ghastly civil war more likely. The jihadi calculation, according to this thesis, is that France will not risk such an outcome and will instead surrender, by withdrawing its forces from Africa and the Middle East.

It could be, but France’s resilience may be stronger than its enemies think. The French are learning anew the importance of national sovereignty, identity, defense, and solidarity, and even the value of their Christian heritage as well. This may translate into a political upheaval: the rise of either the classic Right or the National Front, or of a new brand of liberal or leftwing patriotism. Either way, the upheaval could translate into a simultaneous cultural revolution that could include the abandonment of multiculturalism, the return of Christian pride (Catholic churches are now packed on Sundays), and the rehabilitation of family values. The very notion of surrender or appeasement of militant Islam is becoming so repugnant that the French are increasingly willing to bear very high costs to avoid it.

In recent years Jews have been a main target of jihadi violence in France, from the Jewish school massacre in Toulouse in 2012 to the HyperCasher massacre in 2015. It goes on: Four days after the November 13 attacks, a Jewish teacher was stabbed in Marseilles by three men wearing pro-ISIS t-shirts. While the government and the political class constantly expressed their concern, and the police have provided large-scale protection to synagogues and other Jewish public places under the Vigipirate and Sentinelle programs,, many Jews wondered whether parts of the public are not in fact indifferent, ready to wave away Muslim anti-Semitism and terrorism, even in France, as an outcome of an alleged Israeli unwillingness to come to terms with the Palestinians.

The new patriotic mood that has been emerging since November 13 seems to have muted this “argument.” Since everybody feels threatened now and everybody demands protection, there is much greater understanding and sympathy for the special case of the Jews. Israel is no longer described in the media as a country engaged in a colonial war of sorts against the Palestinians, but rather as a victim, along with France, of jihadi terrorism—and even sometimes as a positive example of successful antiterrorist mobilization.

For all that, the long-term consequences may not be positive for Jews, and French-Jewish emigration, either to Israel or North America, will likely not subside. One reason is that greater ethnic and religious polarization means less toleration of all third parties. Jews are seen as enemies, just as Christians are so seen, by radical Muslims—and the fact that Jews and Muslims have a lot in common religiously is irrelevant. Jules Renard, an early 20th-century writer, noted how difficult it was to teach cats to chase mice but leave canaries alone: “A subtle point, and even the smartest cats do not quite get it.” Alas, radical Muslims are rarely well educated in their own traditions; they are far from being the smartest cats.

The geopolitical consequences of November 13 might be problematic as well. There is a near-consensus in France that ISIS must be punished and destroyed. There is also a temptation, due to the present eclipse of American power and influence in the Middle East, to enter into a broad anti-ISIS coalition with Russia, Iran, the Assad regime in Syria, and Hizballah in Lebanon. This would be disastrous. Russia is everything but a reliable geopolitical partner for Western countries, and seems to be more interested in asserting itself or strengthening its vassals than in fighting the Islamic State. As for Iran, the Assad regime, and Hizballah, they have been heavily involved for decades in religious and political radicalism and terrorism, not just in the Middle East, but in Western countries as well, from France to Argentina.

As for Israel and Judaism, Russia’s present stand is outwardly not negative, but the three other partners in the Russian-led coalition are rabid enemies of the Jewish State and among the contemporary world’s main purveyors of anti-Semitism. To throw France’s lot in with such allies may be no improvement on surrendering to the jihadists.

France’s ideal allies in the fight against the Islamic State are the United States, because it is powerful and tends to see the problem in more or less the same way, and Turkey, because it is close by, locally potent, and has recently been savaged by ISIS attacks itself. Alas, both the present American Administration and the present Turkish government have been wavering in their strategic priorities and neglecting their obvious national interests. Moreover, the Russian-Iranian-Alawi axis complicates and deters the formation of an effective coalition more than it helps it. The complications could be overcome were strong U.S. leadership brought to bear, but that leadership apparently will not be forthcoming until at least January 2017. The time between now and then will be difficult. France must therefore be patient as well as resolved.

Michel Gurfinkiel, a French journalist and public intellectual, served as editor-in-chief of Valeurs Actuelles from 1985 to 2006, and authored several books on geopolitics, international relations and culture. He is the Founder and President of the Jean-Jacques Rousseau Institute, a conservative think thank, and a Shillman/Ginsburg Fellow at Middle East Forum.

Voir de plus:

Why does the British Royal Family visit Saudi Arabia but not Israel?

Members of the Royal family regularly visit authoritarian Arab states, but they have never made an official trip to Israel
Raf Sanchez, Jerusalem, and Gordon Rayner

The Telegraph

05 Dec 2015

When Prince Charles threaded through the hallways of last week’s climate change conference in Paris, he swapped ideas with world leaders on how to confront the dangers of a warming planet.

But Benjamin Netanyahu, the Israeli prime minister, had something else on his mind. During a brief meeting, he invited the Prince of Wales to pay an official visit to Israel.

Mr Netanyahu’s offer – like dozens of others extended by Israeli leaders to the Royal family – is unlikely to be taken up.

In the 67 years since Israel was founded in territory once controlled by Britain, no member of the Royal family has ever visited in an official capacity. While Prince Charles and others have occasionally set foot in Israel, Buckingham Palace and the British Government have been at pains to stress they were personal visits and not official ones.

The rejected invitations are a source of deep frustration for Israel, especially as the Royal family has made high-profile visits to authoritarian regional neighbours like Saudi Arabia and Qatar, as Charles did in February.

“We’re the only democracy in the Middle East and so you ask why do the Royals go to the Arab dictatorships around us but they don’t come here?” said one Israeli official.

The issue is sometimes raised by exasperated commentators in the Israeli media. “Is there another member state of the United Nations that the British Royals have so consistently and assiduously snubbed in this way?” asked David Landau, an Anglo-Israeli journalist.

In 1997, Ezer Weizman, then Israel’s president, paid a state visit to Britain. These visits are usually reciprocated – yet Britain has pointedly ignored this particular tradition in the case of Israel.

Dror Zeigerman, then Israel’s ambassador to London, recalled that the Queen got along well with Mr Weizman during a banquet at Buckingham Palace, recalling how the latter served in the RAF during the Second World War.

“We sat together and I remember he invited the Queen to come to Israel and she said she would be happy to come,” said Mr Zeigerman. “But that was nearly 20 years ago and there’s been no visit.”

The explanation for the absence is acutely sensitive. The Queen’s official visits are coordinated by the Government of the day and reflect foreign policy priorities, not her personal preferences.

A spokesman for Buckingham Palace said: « All overseas visits by members of the Royal family are undertaken on the advice of the British Government. »

The Foreign Office declined to comment, but British officials say there are too many political landmines in the way of a visit to a country that occupies Palestinian territory and lives within disputed borders.

« Until there is a settlement between Israel and the Palestinian Authority, the Royal family can’t really go there, » said one Whitehall source.

« There have been inward State Visits by Israel, which just involves dealing with the Head of State, but in Israel so much politics is caught up in the land itself that it’s best to avoid those complications altogether by not going there. »

A trip to Jerusalem by the Duke of Edinburgh in 1994 illustrates some of the difficulties.

His mother, Princess Alice of Battenberg, is buried on the Mount of Olives in Jerusalem and Prince Phillip went to visit her grave.

The princess is revered in Israel because she opened the doors of her Athens palace to a Jewish family seeking refuge from the Nazis during the Second World War.

She is counted as one of the « Righteous Among Nations », an Israeli title given to those who saved Jews from Nazi death camps. Today, she is honoured at Israel’s national Holocaust memorial alongside Oskar Schindler, the German industrialist who rescued hundreds of Jews and inspired the film Schindler’s List.

But despite Israel’s warm feelings towards his mother, Buckingham Palace said the Duke’s visit was private and he was not there in an official capacity.

The contorted explanation mirrors Jerusalem’s own tortured geography. The Mount of Olives is in the eastern side of the city, which Israel captured in 1967. Israel claims East Jerusalem as part of its “complete and united” capital, but Britain considers the area to be occupied territory.

Any Royal visit would also have to be balanced by meetings with the Palestinian Authority, which brings a new set of sensitivities. Boris Johnson discovered the possible pitfalls last month when he was forced to cancel meetings in the West Bank after angering Palestinians by denouncing calls for a boycott of Israeli goods.

Some Israelis have long believed that the Foreign Office blocks any Royal visits because of its supposed domination by Arabist diplomats.

Emails sent by one of Prince Charles’s aides in 2007 also hint at suspicions among Royal staff that Israel would try to make political capital out of a visit.

Clive Alderton, the Prince’s deputy private secretary, warned that Royal aides should not visit Israel in case it created expectations of a visit by the Prince of Wales himself.

An ultra-Orthodox Jewish man stands at a view-point overlooking a wooden ramp (C) leading up from Judaism’s Western Wall to the sacred compound known to Muslims as the Noble Sanctuary and to Jews as Temple Mount, where the al-Aqsa mosque and the Dome of the Rock shrine stand, in Jerusalem’s Old City  Photo: Ronen Zvulun/Reuters

“Safe to assume there is no chance of this visit ever actually happening?” Mr Alderton wrote. “Acceptance would make it hard to avoid the many ways in which Israel would want [Prince Charles] to help burnish its international image.”

The exchange was leaked to the Jewish Chronicle, forcing Clarence House into an embarrassing clarification.

One former British official said the government sees the offer of a Royal visit as a bargaining chip which could be redeemed in return for business or political deals. “They are a kind of currency in foreign policy,” he said

While Saudi Arabia is a large buyer of British weapons and professional services, Israel is not. There may there simply be less of an incentive for the Government to deploy a Royal visit.

Some also suggest that official visits are easier in countries with their own monarchs, who can act as natural hosts for the Queen or her family. That may be true, but the Royal family regularly visit republics like France and the US. Prince Charles and the Duchess of Cornwall even visited Egypt in 2006, while it was ruled by Hosni Mubarak, the dictator who was toppled five years later.

For the foreseeable future, the prospects of a Royal visit to Israel seem dim, especially as the peace process with the Palestinians continues to stagnate. But it is worth remembering that Ireland was once seen as out of bounds for Royal travel, only for the Queen to make a hugely successful visit in 2011.

At the age of 89, the Queen is travelling less frequently. But Israelis are hopeful that either the Prince of Wales or the Duke and Duchess of Cambridge might visit one day. There is one possible straw in the wind: this year Prince Charles decided to become a a patron of World Jewish Relief, a global charity.

“The invitation has been on the table for 67 years and we hope that one day it will be taken up,” said Aliza Lavie, a member of the Israeli parliament for the Yesh Atid opposition party. “It would be a privilege to have them here and they would be welcome in Israel anytime.”

Voir de même:

Berlin: un Irakien abattu après avoir attaqué une policière au couteau

L’Express
avec AFP
17/09/2015

Le suspect qui s’en est pris à une policière, la blessant grièvement, a été tué par balle par les forces de l’ordre. L’homme avait déjà été condamné pour un projet d’attentat contre le premier ministre irakien.

Un Irakien de 41 ans, « suspecté d’islamisme« , a été tué par balles par la police à Berlin, après avoir grièvement blessé une policière avec un couteau ce jeudi matin. C’est ce que rapporte le parquet de la capitale allemande, précisant que l’homme avait déjà été condamné en 2008 pour un projet d’attentat.

8 ans de prison pour un projet attentat

L’homme identifié comme Rafik Y. avait été condamné à huit ans de prison en Allemagne pour avoir projeté un attentat contre le premier ministre irakien Iyad Allaoui, assure une porte-parole du parquet. Selon l’agence allemande DPA, le procureur Dirk Feuerberg a jugé prématuré de parler d’un acte « terroriste » et d’un crime prémédité. Son domicile doit encore faire l’objet d’une perquisition.

« L’assaillant tué a été identifié. Il s’agit d’un criminel condamné qui était en liberté conditionnelle« , a indiqué la police berlinoise sur son compte twitter. « Il avait été condamné pour son appartenance à une organisation terroriste (…) », poursuit la police.

Jeudi matin, le suspect avait enlevé le bracelet électronique qu’il devait porter depuis sa libération à une date indéterminée, selon DPA. La police a été appelée à intervenir dans la matinée dans le quartier de Spandau où un homme menaçait des passants avec un couteau, selon le journal berlinois Berliner Morgenpost. Lorsque les agents sont arrivés, le suspect s’est jeté sur eux, blessant la fonctionnaire.

Un collègue de la victime a ouvert le feu sur Rafik Youssef, selon la police berlinoise. L’homme est mort malgré des tentatives pour le réanimer, a rapporté DPA. « L’état de notre collègue est stable. Elle est toujours en soins intensifs », a dit la police berlinoise.

Voir aussi:

Un groupe armé tue 29 personnes dans une gare chinoise

Patrick Saint-Paul

Le Figaro
01/03/2014

Armé de couteaux, le groupe encore non identifié a frappé au hasard une centaine de voyageurs présents ce soir-là dans la gare de Kunming. Pékin dénonce une attaque «terroriste» des séparatistes ouïgours.

De notre correspondant à Pékin

La Chine était sous le choc, dimanche, au lendemain d’un attentat sanglant, qui a fait au moins 34 morts dans le sud-ouest du pays. Un groupe de terroristes, revêtus d’uniformes noirs et armés de longs couteaux, a fait irruption vers 21 heures locales à la gare centrale de Kunming, poignardant passagers et employés. Accusant des groupes séparatistes de la minorité ouïgour, issue de la province du Xinjiang, Pékin a promis de punir les coupables. Une nouvelle vague de répression impitoyable devrait par conséquent frapper les Ouïgours dans le Xinjiang, mais aussi à travers toute la République populaire.

L’attaque constitue une escalade majeure dans les troubles liés au Xinjiang, région stratégique du nord-ouest de la Chine, jouxtant l’Asie centrale, majoritairement peuplée de Ouïgours de confession musulmane. Fin octobre, ils avaient démontré leur capacité à frapper en plein cœur du pouvoir en livrant une attaque à la voiture piégée place Tiananmen à Pékin. Samedi soir, en semant la terreur très loin de leur fief, les séparatistes ouïgours ont montré leur capacité à frapper partout sur le vaste territoire chinois. Et ils ont exporté le mode opératoire, utilisé contre la minorité Han dans le Xinjiang, constitué d’attaques au couteau particulièrement traumatisantes, faisant régner la peur sur l’ensemble du pays.

Des milliers d’images de l’attentat effacées

À l’heure d’Internet, les images sanglantes montrant des mares de sang sur le sol de la gare et les corps ensanglantés des victimes de l’attentat ont immédiatement inondé Weibo, le Twitter chinois. Les autorités ont aussitôt effacé de la Toile plusieurs milliers d’images ainsi que les messages décrivant les assaillants et leur mode d’action. Un habitant de Kunming a raconté à l’agence Chine Nouvelle qu’il était en train d’acheter un billet lorsqu’il a vu un groupe de personnes, la plupart vêtues de noir, pénétrer dans la gare et s’en prendre à des voyageurs. «J’ai vu quelqu’un s’approcher de moi avec un long couteau et je me suis enfui comme tout le monde, a dit Yang Haifei. Les moins rapides ont été victimes des assaillants. Ils sont simplement tombés à terre.»

Les autorités de la ville de Kunming, capitale de la province du Yunnan, ont attribué le massacre aux séparatistes ouïgours dès dimanche matin. «Les preuves sur le lieu du crime montrent que l’attaque terroriste de la gare ferroviaire de Kunming a été menée par des forces séparatistes du Xinjiang», ont-elles déclaré. «Il s’agissait d’une attaque terroriste violente, préméditée et organisée», avait auparavant affirmé Chine Nouvelle, faisant état d’un bilan provisoire de 34 morts et de 130 blessés. Le président Xi Jinping a affirmé qu’aucun effort ne devait être épargné pour retrouver les auteurs de cette attaque, qui seront «punis avec toute la sévérité de la loi». «Nous devons mobiliser tous nos efforts et toutes nos ressources» pour retrouver les coupables, a-t-il ajouté, laissant présager un nouveau tour de vis à l’encontre de la minorité ouïgour à travers toute la Chine et une vague de répression dans le Xinjiang.

Le Xinjiang, région traditionnellement instable

Les forces de sécurité chinoises ont renforcé leur contrôle sur le Xinjiang depuis que Pékin a été le théâtre, le 28 octobre 2013, d’un attentat perpétré selon la police par des extrémistes ouïgours. Les trois assaillants étaient morts dans cette attaque, qui avait tué deux touristes et fait plusieurs dizaines de blessés. Le Xinjiang, région traditionnellement instable et traditionnellement rétive à la tutelle de Pékin, connaît depuis plusieurs mois une vague de violences accrues, attribuées par la République populaire aux extrémistes et séparatistes.

De leur côté, les Ouïgours se plaignent de fortes discriminations culturelles et religieuses et de harcèlement par les autorités. Ils affirment que la présence croissante des Hans les a privés d’opportunités d’emplois et de terres. Musulmans turcophones et première ethnie au Xinjiang, ils se disent victimes d’une politique répressive, qui inciterait les violences. «Pour le gouvernement, les intégristes islamistes exigent l’indépendance du Xinjiang, et c’est pourquoi il faut de très strictes limites sur les activités religieuses des Ouïgours», décrypte Shan Wei, chercheur de l’Université nationale de Singapour. Les Ouïgours qui subissent ces restrictions sans faire partie de mouvements séparatistes en viennent à «haïr» les autorités, ajoute-t-il, observant que les autres minorités musulmanes en Chine ne sont pas soumises à de pareilles vexations.

«Des terroristes violents dénués de conscience»

Dépêché sur les lieux de l’attentat, Meng Jianzhu, responsable des services de sécurité chinois a dénoncé une «attaque brutale dirigée contre des innocents sans défense par des terroristes violents dénués de conscience, qui exposent leur nature inhumaine et antisociale». Pékin dénonce régulièrement la présence au Xinjiang de groupes djihadistes, formés et financés à l’étranger. Des analystes estiment que le Parti islamiste du Turkestan est la cellule mère du Mouvement islamique du Turkestan oriental (Etim), un groupe placé sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis et la Chine.

L’Etim, qui déclare se battre pour l’indépendance du Turkestan oriental, ancien nom du Xinjiang chinois, a été classé par l’ONU en 2002 parmi les organisations affiliées à al-Qaida. Très obscur, ce mouvement est souvent désigné par les autorités chinoises comme le responsable des troubles sporadiques au Xinjiang, mais son influence réelle est mise en doute par plusieurs experts. Ceux-ci soulignaient jusqu’à présent que l’Etim n’a jamais prouvé sa capacité à opérer en Chine en dehors du Xinjiang.

L’attentat de Kunming change la donne. Non seulement les terroristes ont démontré leur capacité à frapper à l’autre bout du pays, dans la région frontalière du Vietnam. Mais ces violences interviennent à un moment particulièrement sensible pour le pouvoir chinois, puisque la réunion annuelle du Parlement doit débuter mercredi à Pékin. Ce rassemblement politique est généralement accompagné par un renforcement des mesures de sécurité dans l’ensemble du pays.

China Reacts to Terrorism ‘Double-Standard’ After Kunming Mass Murder

Hannah Beech
Time

March 3, 2014
Chinese censors are clamping down on local reporting and photographs about a potentially politically-motivated knife attack at a train station that left 29 dead so far and more than 140 injured in what some observers are calling « China’s 9/11 »

It has been called China’s 9/11 or 3-01 after the date on which horror descended. On March 1, in the southwestern Chinese city of Kunming, assailants armed with cleavers, daggers and other knives brutally ended the lives of at least 29 people at a railway station, a terror spree that has been blamed on separatists from the northwestern region of Xinjiang, home to the Uighur ethnic group. Slashing at their victims with chilling abandon, the attackers, dressed in black, maimed 143 others before police shot four of the assailants dead. A fifth suspect in the massacre, a woman, is alive and in the hospital.

On the evening of March 3, China’s state news agency Xinhua announced that three other suspects on the run had been captured. “The Ministry of Public Security said in a statement that the terrorist gang of eight members led by Abdurehim Kurban was responsible for the attack,” reported Xinhua. CCTV, the state broadcaster, deemed “the terror attack case solved.”

Minutes after the Kunming carnage, Chinese journalists began covering the attack online, re-posting photos from the scene of devastation. Other reporters, who happened to be in Yunnan’s provincial capital Kunming, like Lu Minghe, a journalist from the respected Southern Weekly, quickly posted their initial takes. Lu posted his first dispatch from Kunming at 1:04 a.m. on March 2. Then, seven minutes later, Lu posted another comment on Weibo, the Chinese microblog service: “The gag order has come. The 28 lives are so meaningless in the face of this order.” (The death toll was later increased to 29.)

Lu was referring to the censorship directive that abruptly ended much online chatter from Chinese journalists, even as their instincts told them to keep reporting on the nation’s deadly terror attack. The edict from the central propaganda department, which was later leaked online, said: “Regarding the stabbing incident in Kunming on March 1: When covering this, follow the Xinhua story strictly and [reporting] should be based on the information released by the local authority. No big headlines, No pictures.”

The order resulted in a curious same-ness to the Kunming coverage published in thousands of Chinese newspapers. Even dailies from the stricken city limited themselves to the official version, as described by Xinhua. The morning after the murderous rampage, the Kunming Daily, the local paper, did not run a single front-page story on the attack written by its own reporters. Instead, the newspaper led with a Xinhua story and a short editorial that, in rousing socialist speak, exhorted readers to “try our best to secure the lives of the masses.” In fact, the only story on the front page written by local reporters was on a completely different topic: a project to improve municipal sanitation.

By March 3, local papers published their own stories on the aftermath. Locally written coverage in the Kunming Daily began on the third page, with brief articles on how 1,900 people had donated blood and how other residents had lit candles in memory of those who were killed. Still, the Xinhua perspective on the attack dominated: A terrible terrorist event had occurred but order was rapidly being restored. A March 3 Xinhua article, which was published in Yunnan papers, noted that shops around the railway station had all re-opened and quoted passengers who said there was nothing to be worried about because there were many police stationed in the area.

The Yunnan Daily’s lead story on March 3 described how the provincial governor was confident the battle against terrorism would be won. Another front-page piece, written by a local journalist, was headlined “Spare No Efforts to Maintain Social Stability and Unity of Different Nationalities.” (“Nationalities” refers to the different ethnic groups in China.) A further story noted that Kunming hospitals had enough blood for the injured patients. Other local tabloids provided more sensational details of how people had managed to fight back against the attackers.

Few of the articles, either by Xinhua reporters or by other Chinese journalists, explored why the bloodbath may have happened in Kunming or discussed the possible twisted motives driving the terror-seekers. The kind of blanket tribute coverage of victims common in massacre reporting from other countries was largely absent in the initial coverage. Instead, such topics were reserved for China’s lively microblog space. Although state censors deleted some posts, photos and video on the attack, personal stories about victims circulated, drawing numerous grieving responses. Others took to Weibo to lament the methodical, seemingly professional way in which the attackers knifed their victims. “We are all Chinese, so why are we killing each other?” wrote one Weibo user. “Why did [the assailants] look so indifferently at the fallen? How could they be so cold-blooded?”

Predictably, some anger at the terror-seekers grew to encompass an entire ethnicity, a suspicion that was shared by a local government in Guangxi, the province that borders Yunnan, which posted a notice urging people to report to the police any individuals from Xinjiang in the area. “Xinjiang people are not human beings,” wrote another person on Weibo. Online invective against Uighurs and Islam, the dominant faith of the Uighurs, piled up.

Others, though, including influential Weibo personalities, urged understanding and tolerance. “Acts of terrorism against civilians must be stopped, with no compromise,” wrote Han Han, one of the most popular Weibo celebrities. “Also, I wish that people won’t lay this hate on an entire nationality or region.” His comment was retweeted more than 200,000 times.

With Chinese media unable to freely report on the Kunming tragedy, some Chinese went online to see what foreign news sources were reporting. (Some international news sites are blocked in China, but people can find ways to circumvent what is called the Great Firewall.) What they found, though, generated plenty of controversy. Some stories by foreign reporters examined Uighur discontent with government repression; this was taken by hundreds of thousands of online Chinese as somehow justifying the Kunming terror spree. An op-ed carried by Xinhua said: “Implicit accusations against China’s ethnic policy are also baseless and biased. Beijing has fully demonstrated its commitment to protecting freedom of region, preserving cultural diversity and promoting development and prosperity in minority areas.” The op-ed quoted online criticism of TIME for its Kunming coverage.

The decision by some international media outlets to either decline to call the attacks terrorism or to put the word in quotation marks incensed others. Online posters contrasted these decisions with a statement from the members of the United Nations Security Council that “condemned in the strongest terms the terrorist attack.” In a commentary, Xinhua called the American Embassy in Beijing to task for its own statement on the Kunming mass murder. “The U.S. Embassy in China has downplayed the severity of the bloody carnage in southwestern Kunming City, calling it on its official Weibo account a ‘horrible and totally meaningless act of violence,’ short of calling the murderers ‘terrorists.’” The op-ed continued: “How the U.S. government and some media described the terrorist attacks in China has revealed their persistent double standard in the global fight against terrorism. Their leniency for the terrorists is sending signals of encouragement to potential attackers.”

On Monday, a People’s Daily online graphic went viral, purporting to show the differing ways in which Western media covered the Kunming massacre and the 2013 murder of an off-duty soldier in Britain by perpetrators who said they wanted retribution for Muslim deaths caused by British armed forces. The graphic said, for instance, that the Telegraph had chosen not to describe the Kunming attack as “terrorism,” instead referring to mere “violence.” Yet an account filed by a Telegraph correspondent in Kunming was headlined: “Survivors recount scenes of terror dubbed ‘China’s 9/11’ by state media.” The story also referred to a quote from a “terrorism expert.”

Xinhua, though is standing firm. The conclusion of one of the state news agency’s Kunming editorials said: “Anyone attempting to harbor and provide sympathies for the terrorists, calling them the repressed or the weak, is encouraging such attacks and helping committing a crime.”

with reporting by Gu Yongqiang and Chengcheng Jiang/Beijing

Western media coverage of Kunming’s terror attack shows sheer mendacity and heartlessness

People’s Daily Online
March 04, 2014

While China grieved and expressed its outrage following the savage stabbing of innocent civilians by Xinjiang separatists at the crowded railway station in southwest China’s Kunming Saturday night, some Western media organizations, including CNN, Associated Press, the New York Times, and the Washington Post, were already presenting their audiences and their readership with a distorted view of events.

The terrorist attack that occurred on Saturday night at the train station in southwest China’s Kunming city left at least 29 innocent civilians dead and more than 130 injured. The deadly attack was orchestrated by Xinjiang separatist forces. This was an act of terrorism directed against the whole of humanity, civilization and society.

The international community strongly condemned this cruel attack, but the coverage of the incident by a few Western media organizations, including CNN, Associated Press, The New York Times, and the Washington Post was dishonest and appeared to be directed by ulterior motives. Emanating from such loud advocates of « the fight against terrorism », the coverage was insulting and has led to widespread resentment in China.

There was extensive evidence at the crime scene to leave no doubt that the Kunming Railway station attack was nothing other than a violent terrorist crime. But regardless of this evidence, some western media organizations were unwilling to use the word « terrorism » in their coverage. CNN’s report on March 3 put the word « terrorists » in quotation marks, and offered the view that « mass knife attacks » are « not unprecedented » in China. The intention here was to associate this terrorist incident with a number of attacks that occurred in 2010 and 2012, all the more disgusting because these attacks happened at schools, they were conducted by individuals who were clearly mentally disturbed, and their victims were children. None of the perpetrators had any political connections, or any political motives. The Associated Press report used the term « described by the authorities as » to qualify their use of the word « terrorists ». The New York Times and the Washington Post called the terrorists « attackers ».

In their depictions of the background to the attack, CNN, the New York Times, and the Washington Post all ignored the significant social progress that has been made in Xinjing, instead focusing on the problem of « relations between China’s ethnic groups ».

Faced with such tragedy and such unambiguous facts, it is a hard-hearted and cynical media that would engage in such hypocrisy. Don’t they love to talk about « human rights »? Did they not see the pictures of innocent victims lying in pools of their own blood? Did they show even the slightest concern for the victims and their « human rights »? Should such an event occur in America, how would they respond to the incident? Would they be quite so coy about describing the murderers as « terrorists »?

Prejudice has long been deep-rooted among Americans observers of issues related to Xinjiang. Not so very long ago, the American government passed three Uyghur prisoners detained in Guantanamo Bay to Slovakia, despite China’s opposition. These suspects are all members of an group called the « East Turkistan Islamic Movement », recognized by the UN Security Council as a terrorist organization. For far too long the American government’s logic has been that such people are only « terrorists » when the harm they are doing is being done to the US. The US government has always refused to describe bloody incidents involving Xinjiang separatists as « terrorist incidents »; it prefers to direct its criticism towards China. The American government’s sympathetic attittude to Xinjiang separatists has undoubtedly provided the terrorist shadow of these groups with a boost. Should not the American government and its media revise their attitudes after the Kunming Railway Station tragedy?

On the issue of terrorism and terrorists, the double standards adopted by the United States and some Western media organizations cause actual harm to others, while providing them with neither benefit nor credit. They would do well to hope that their conduct and their attitudes do not ever rebound back on themselves.

The article is edited and translated from 《十足的虚伪与冷酷》, source: People’s Daily, author: Wen Xian.

Voir également:

« Il n’est plus concevable de mépriser les électeurs du FN »
Philippe Bilger
Le Figaro

06/12/2015

FIGAROVOX/CHRONIQUE- Pour Philippe Bilger, le résultat des élections régionales signe l’échec de la méthode incantatoire utilisée, par la gauche, contre le Front National.

Le FN, contrairement à ce qu’a dit Jean-Christophe Cambadélis, n’était pas surcoté mais sous-coté.

Les scores que ce parti a fait dès le premier tour dans les treize régions ne devraient plus permettre les illusions ni les dénonciations, qui ont eu l’effet contre-productif de le faire progresser encore plus. Dans ce registre, difficile de faire plus indécent que la déclaration de Pierre de Saintignon assimilant «les extrémistes» aux «salafistes».

Le FN est le premier parti de France devant LR et même si le parti socialiste sauve les meubles au regard de sa déroute annoncée, il va se trouver confronté durant la semaine à un choix décisif et d’une certaine manière mauvais dans toutes ses options.

Avant même le second tour, un certain nombre de constats sont à faire qui devraient conduire à une révision lucide de la manière dont la lutte contre le FN est menée puisque la démonstration est faite que tout ce qui a prétendu l’accabler l’a servi.

La participation est en hausse. Grâce à la création de ces treize régions qui vont offrir des pouvoirs considérables à leur président. Grâce au fait qu’étant les dernières élections avant l’échéance présidentielle, les régionales ont été liées à elle. Et bien évidemment, les terribles événements du 13 novembre, précédés par un relatif immobilisme depuis le mois de janvier, ont pesé.

La remontée dans les sondages du président de la République n’a eu rigoureusement aucun impact sur le premier tour des régionales. Ce qui montre à quel point les interventions de François Hollande, aussi remarquables qu’elles ont été ces derniers jours, sont radicalement déconnectées des mouvements profonds du pays, de ses angoisses et de ses attentes.

A l’encontre du FN, il n’est plus possible de se goberger avec les mots «République, valeurs, principes, démocratie, honte, nauséabond, Vichy…». Il faut impérativement se pencher sur les ressorts qui détournent des partis classiques et incitent un grand nombre de citoyens à voter en faveur de cette force facilement qualifiée de non républicaine et d’extrémiste.

Il n’est plus concevable, comme récemment je l’ai lu dans un éditorial du Monde, à la fois de mépriser les électeurs du FN et de n’inviter à résister que par des pétitions de principe qui se gardent bien de démontrer ce qu’on énonce comme irréfutable.

Continuer à ressasser contre le FN le discours habituel serait d’autant plus préjudiciable à la cause démocratique qu’on ne peut traiter avec cette désinvolture et cette arrogance un parti qui non seulement n’est plus le groupuscule de l’extrême droite qu’on aurait rêvé qu’il demeurât mais qu’il est devenu le premier parti français avec des millions d’électeurs en sa faveur.
Le président de la République est le premier responsable de cet aveuglement. En effet, on ne peut en même temps s’afficher en chef de guerre à l’extérieur et à l’intérieur contre le terrorisme mais maintenir la garde des Sceaux et donc sa politique pénale calamiteuse qui sont directement au cœur de la protestation majoritaire, cohérente et aussi éruptive contre le pouvoir socialiste.

Continuer à ressasser contre le FN le discours habituel serait d’autant plus préjudiciable à la cause démocratique qu’on ne peut traiter avec cette désinvolture et cette arrogance un parti qui non seulement n’est plus le groupuscule de l’extrême droite qu’on aurait rêvé qu’il demeurât mais qu’il est devenu le premier parti français avec des millions d’électeurs en sa faveur.

Les avancées du FN sont d’autant à considérer que puisque jamais la proportionnelle promise ne sera adoptée, les régions constitueront des médiations pour 2017. Et, en effet, des laboratoires. Pour le pire, clament tous ses adversaires.

Je n’ai pas cette habitude mais les propos de Nicolas Sarkozy m’ont semblé représenter la voie à suivre puisqu’une projection sur les présidentielles de 2017 mettraient face à face Marine Le Pen et le vainqueur de la primaire LR de 2016.

Ni retrait ni fusion pour le second tour des régionales.

La défaite de la gauche – je regrette que Stéphane Le Foll, d’habitude mieux avisé, parle d’elle et de ses composantes réunies comme du premier parti de France! – est la conséquence principale du fait que la République, son autorité et le respect qu’on lui doit sont perçus comme de plus en plus menacés, voire contredits.

Nicolas Sarkozy a évoqué avec l’estime démocratique qui convient tous les citoyens qui ont permis, pour le FN, ce premier tour qui dépasse ses espérances: il n’est pas impossible, en effet, que dimanche prochain trois régions tombent dans son escarcelle politique.

Ni insultes ni slogans ni abstractions généreuses, creuses et inefficaces mais la démonstration claire que le FN ne représentera jamais, aujourd’hui et demain, une chance opératoire pour les régions comme pour la France. Qu’il ne faut pas le récuser parce qu’il ne serait pas dans notre espace républicain alors qu’il y est en plein mais au motif prépondérant que ses propositions aggraveraient le sort de notre pays.

On n’a pas à traîner dans la boue politiquement et médiatiquement un parti que beaucoup de nos concitoyens ont décidé de placer en tête, parce qu’ils en ont assez de tout ou du socialisme, ou parce que certains y croient.

Mais à expliquer pourquoi il ne serait pas l’avenir et que ce qu’il porte de positif sur le plan de l’ordre, de la sécurité, de la justice, de la rigueur de l’Etat, LR sera le seul parti à pouvoir le mettre en œuvre.

Voter pour le FN est un cri, une rage.

La politique de LR, si j’ai bien saisi Nicolas Sarkozy, ce sera d’en faire, sur un certain plan, des actions.

Jean Christophe Cambadélis : « Le FN c’est le retour de Vichy »
Valeurs actuelles
03 Décembre 2015<

PS. A trois jours du premier tour des élections régionales, Jean-Christophe Cambadélis tente d’endiguer la poussée du FN et dénonce sa stigmatisation envers la population musulmane.
Le Premier secrétaire du parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis semble ne pas avoir digéré les récentes déclarations des candidats FN aux régionales. « C’est un véritable festival » s’est-il indigné lors d’un point presse tenu ce jeudi.  « Il y a une volonté de stigmatisation dans tous les discours, sous Vichy c’était les juifs, aujourd’hui c’est les musulmans » a-t-il ajouté en faisant référence aux récents discours de Marine le Pen et sa nièce Marion-Maréchal Le Pen.

« Une vision particulière de la patrie »

Cette dernière avait notamment déclaré ce mardi à Toulon que « Chez nous, on ne vit pas en djellaba, on ne vit pas en voile intégral et on n’impose pas des mosquées cathédrales ». Le lendemain, la présidente du front National avait affirmé, à l’occasion d’un meeting de campagne à Nîmes,  que « si nous perdons la guerre (…) la charia remplacera notre constitution ».

Craignant l’ouverture de « la chasse aux musulmans », Jean-Christophe Cambadélis juge que « la nature profonde de ces déclaration, c’est le retour de Vichy, la même attitude face à l’adversité, (…) les mêmes thèmes qui étaient hier déployés, sur la famille, sur une vision particulière de la patrie ».

Le député de Paris a également appelé à la mobilisation alors qu’à trois jours du scrutin, Marion Maréchal Le Pen caracole en tête des sondages en Paca tout comme Marine Le Pen dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Israël face au terrorisme (par Jean-Pierre Lledo – cinéaste)
Posted by Shraga Blum
novembre 29, 2015

Chaque jour s’allonge la liste des victimes juives, et beaucoup d’entre elles succombent. Si la fréquence des attaques est plus élevée à Jérusalem et dans le Goush Etsion, elles se produisent dans tout Israël. Les victimes sont choisies au faciès, juif. Même si déjà deux Arabes ont eu le tort de trop ressembler à des Juifs.

La particularité de cette nouvelle vague de terrorisme, c’est la forte implication des mineurs. Les civils avaient servi de boucliers humains au Hamas l’été 2014. Cette fois la lâcheté des dirigeants palestiniens franchit un nouveau pas : elle encourage le sacrifice de sa propre jeunesse. Ces dirigeants qui se sont empressés de condamner les auteurs du carnage parisien cautionnent, encouragent et sans aucun doute organisent cette entreprise quotidienne d’assassinats.

« L’Intifada individuelle durera jusqu’à la libération de Jérusalem », vient de déclarer devant des responsables religieux, le chef du Hamas à Gaza Ismaïl Hanyeh, ce qui prouve bien qu’Al Aqsa n’a été qu’un prétexte et n’a servi que de détonateur. Moins francs, Mahmoud Abbas et son clan, se contentent d’inciter au meurtre contre les Juifs, de décerner des médailles d’héroïsme aux assassins et des pensions à leurs familles. Mais pour les uns comme pour les autres, les objectifs sont communs : radicaliser de plus larges couches actuellement encore spectatrices, répandre l’insécurité parmi les Juifs, ‘’creuser un fossé’’ de plus en plus large entre juifs et arabes israéliens, et redessiner de nouvelles frontières qui seraient des frontières (ethnico-religieuses) de la peur.

Face à cette nouvelle stratégie de la violence que fait Israël ?

Ses dirigeants tentent d’en appeler à la solidarité occidentale en insistant sur une communauté de destin de peuples qui seraient ciblés par le même djihadisme. Si cela n’est pas complètement faux, cela n’est pas totalement vrai : le monde musulman n’a jamais accepté une souveraineté juive sur un territoire qu’il considère irréversiblement musulman depuis la conquête mahométane et impériale du 7eme siècle… Les ‘’Palestiniens’’ n’étant aujourd’hui que le bras armé de cet irréductible refus.

Vouloir ‘’universaliser’’ le terrorisme et gommer les différences, n’est pas très payant, puisque le Président Hollande s’est abstenu de citer les Juifs d’Israël  dans sa liste des victimes du terrorisme djihadiste international. Mais surtout, tenter de dissimuler la spécificité du terrorisme palestinien, risque de fourvoyer et d’entretenir des illusions.

La parade des autorités israéliennes est essentiellement sécuritaire et de type dissuasive, mais croire que cela puisse réduire les candidats au passage à l’acte, lesquels savent qu’ils ont toutes les chances de périr, serait ne pas comprendre ce qu’est le ‘’martyre’’, ni mesurer ce qu’est la haine antijuive dans l’univers musulman.

Cette banalisation transforme une véritable guerre en routine, ‘’routine’’ qui peut s’éterniser et à coup sûr, démoraliser. Mais surtout empêche de mener cette guerre de façon offensive, compte tenu que les objectifs des autorités palestiniennes et de leurs représentants à la Knesset ne sont pas publiquement désignés.

L’Europe commence à comprendre qu’elle est ‘’en guerre’’, mais le peuple d’Israël, lui, sait qu’il l’est et ce, depuis des lustres.

Quand ses représentants politiques se comporteront-ils en fonction de cette réalité ?

La France vient de se mettre en deuil national. Mais en Israël, combien faudra-t-il encore de morts pour que la nation toute entière manifeste sa solidarité avec les victimes et leurs familles ? La gauche certes ne se mobilise qu’en faveur des Arabes, mais la droite où est-elle ?

Qu’attend le gouvernement pour saisir le Tribunal international (CPI) à l’encontre des dirigeants palestiniens qui manifestement manipulent les candidats au paradis et dirigent en sous-main la vague actuelle d’assassinat des Juifs ?

Qu’attend la Knesset pour faire de la condamnation du terrorisme LA condition pour y siéger ?

Et alors que l’Europe commence à comprendre qu’elle récolte ce qu’elle a semé, en abandonnant peu à peu ses frontières et son identité, n’est-il pas temps pour le peuple juif d’Israël et ses représentants d’informer le monde que lui y tient ? A ses 3500 ans d’histoire et aux valeurs du judaïsme.

Et par exemple, en commençant par rétablir la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple.

La guerre faite au peuple juif par le monde musulman, comme plus tôt par le monde chrétien, a été une guerre d’oppression et d’humiliation visant à déraciner le désir juif de se maintenir comme peuple.

Des siècles seront nécessaires au monde musulman pour qu’il admette le fait historique de l’émancipation juive, appelée sionisme et advenue au 20eme siècle par la renaissance de l’Etat d’Israël.

D’ici là, le peuple juif d’Israël n’aura d’autre choix, faute de disparaitre, que de gagner toutes les guerres qu’on lui fera.

A commencer par les plus vitales, celles contre son identité, son histoire et ses symboles.

Car contrairement à ce que certains croient, se nier ou s’édulcorer attisent les instincts meurtriers, tandis que s’affirmer, les contient, voire même pourrait forcer le respect…

Voir encore:

Sports
Long-Hidden Details Reveal Cruelty of 1972 Munich Attackers
Sam Borden
NYT
Dec. 1, 2015

In September 1992, two Israeli widows went to the home of their lawyer. When the women arrived, the lawyer told them that he had received some photographs during his recent trip to Munich but that he did not think they should view them. When they insisted, he urged them to let him call a doctor who could be present when they did.

Ilana Romano and Ankie Spitzer, whose husbands were among the Israeli athletes held hostage and killed by Palestinian terrorists at the 1972 Olympics in Munich, rejected that request, too. They looked at the pictures that for decades they had been told did not exist, and then agreed never to discuss them publicly.

The attack at the Olympic Village stands as one of sports’ most horrifying episodes. The eight terrorists, representing a branch of the Palestine Liberation Organization, breached the apartments where the Israeli athletes were staying before dawn on Sept. 5, 1972. That began an international nightmare that lasted more than 20 hours and ended with a disastrous failed rescue attempt.

The treatment of the hostages has long been a subject of speculation, but a more vivid — and disturbing — account of the attack is emerging. For the first time, Ms. Romano, Ms. Spitzer and other victims’ family members are choosing to speak openly about documentation previously unknown to the public in an effort to get their loved ones the recognition they believe is deserved.

Among the most jarring details are these: The Israeli Olympic team members were beaten and, in at least one case, castrated.

“What they did is that they cut off his genitals through his underwear and abused him,” Ms. Romano said of her husband, Yossef. Her voice rose.

“Can you imagine the nine others sitting around tied up?” she continued, speaking in Hebrew through a translator. “They watched this.”

Ms. Romano and Ms. Spitzer, whose husband, Andre, was a fencing coach at the Munich Games and died in the attack, first described the extent of the cruelty during an interview for the coming film “Munich 1972 & Beyond,” a documentary that chronicles the long fight by families of the victims to gain public and official acknowledgment for their loved ones. The film is expected to be released early next year.

In subsequent interviews with The New York Times, Ms. Spitzer explained that she and the family members of the other victims only learned the details of how the victims were treated 20 years after the tragedy, when German authorities released hundreds of pages of reports they previously denied existed.

Ms. Spitzer said that she and Ms. Romano, as representatives of the group of family members, first saw the documents on that Saturday night in 1992. One of Ms. Romano’s daughters was to be married just three days later, but Ms. Romano never considered delaying the viewing; she had been waiting for so long.

The photographs were “as bad I could have imagined,” Ms. Romano said. (The New York Times reviewed the photographs but has chosen not to publish them because of their graphic nature.)

Mr. Romano, a champion weight lifter, was shot when he tried to overpower the terrorists early in the attack. He was then left to die in front of the other hostages and castrated. Other hostages were beaten and sustained serious injuries, including broken bones, Ms. Spitzer said. Mr. Romano and another hostage died in the Olympic Village; the other nine were killed during a failed rescue attempt after they were moved with their captors to a nearby airport.

It was not clear if the mutilation of Mr. Romano occurred before or after he died, Ms. Spitzer said, though Ms. Romano said she believed it happened afterward.

“The terrorists always claimed that they didn’t come to murder anyone — they only wanted to free their friends from prison in Israel,” Ms. Spitzer said. “They said it was only because of the botched-up rescue operation at the airport that they killed the rest of the hostages, but it’s not true. They came to hurt people. They came to kill.”

For much of the past two decades, Ms. Spitzer, Ms. Romano and Pinchas Zeltzer, the lawyer, mostly kept the grisly details to themselves, though at least one prominent report about the images surfaced. When Ms. Romano returned home that first night, she told her daughters the pictures were “difficult” but said they should not ask her more about them. Her daughters agreed.

At various points over the next 20 years, Ms. Romano said, she did make occasional references to the mutilation of her husband, but she always kept the photographs of the episode hidden.

According to Ms. Spitzer, confusion about what had happened to the victims existed from the beginning. The bodies of the victims were identified by family or friends in Munich — Ms. Romano said an uncle of her husband identified his corpse but was shown only his face — and, as per Jewish law, burials were held almost immediately after the bodies were flown back to Israel.

Since much of the attention from Israeli officials after the attacks focused on security breaches and mistakes by German and Olympic officials that had allowed the terrorists to strike, consideration of the plight of the dead victims had been a priority only to their families.

“We asked for more details, but we were told, over and over, there was nothing,” Ms. Spitzer said.

In 1992, after doing an interview with a German television station regarding the 20th anniversary of the attack in which she expressed frustration about not knowing exactly what happened to her husband and his teammates, Ms. Spitzer was contacted by a man who said he worked for a German government agency with access to reams of records about the attack.

Initially, Ms. Spitzer said, the man, who remained anonymous, sent her about 80 pages of police reports and other documents. With those documents, Mr. Zeltzer, the lawyer, and Ms. Spitzer pressured the German government into releasing the rest of the file, which included the photographs.

After receiving the file, the victims’ families sued the German government, the Bavarian regional government and the city of Munich for a “deficient security concept” and the “serious mistakes” that doomed the rescue mission, according to the complaint. The suit was ultimately dismissed because of statute-of-limitations regulations.

Nonetheless, the families have largely focused their efforts on ensuring a place for remembrance of their loved ones in the fabric of the Olympic movement. After decades of lobbying, the victims’ families were heartened when the International Olympic Committee, led by a new president, Thomas Bach, agreed this year to help finance a permanent memorial in Munich. There are also plans to remember the Munich victims at the 2016 Summer Games in Rio de Janeiro.

At the moment, the victims will be included in a moment of remembrance for all athletes who have died at the Olympics; Ms. Spitzer and Ms. Romano continue to press for the Israeli athletes from Munich to be remembered apart from athletes who died in competition, arguing that their deaths were the result of unprecedented evil.

“The moment I saw the photos, it was very painful,” Ms. Romano said. “I remembered until that day Yossef as a young man with a big smile. I remembered his dimples until that moment.”

She hesitated. “At that moment, it erased the entire Yossi that I knew,” she said.

Voir enfin:

In the first majority-Muslim U.S. city, residents tense about its future
Sarah Pulliam Baile
NYT
November 21 2015

A Muslim woman wears a niqab as she walks past a McDonald’s restaurant in Hamtramck, Mich. (Salwan Georges/For The Washington Post)
HAMTRAMCK, MICH. — Karen Majewski was in such high demand in her vintage shop on a recent Saturday afternoon that a store employee threw up her hands when yet another visitor came in to chat. Everyone wanted to talk to the mayor about the big political news.

Earlier this month, the blue-collar city that has been home to Polish Catholic immigrants and their descendents for more than a century became what demographers think is the first jurisdiction in the nation to elect a
majority-Muslim council.

It’s the second tipping for Hamtramck (pronounced Ham-tram-ik), which in 2013 earned the distinction of becoming what appears to be the first majority-Muslim city in the United States following the arrival of thousands of immigrants from Yemen, Bangladesh and Bosnia over a decade.

In many ways, Hamtramck is a microcosm of the fears gripping parts of the country since the Islamic State’s attacks on Paris: The influx of Muslims here has profoundly unsettled some residents of the town long known for its love of dancing, beer, paczki pastries and the pope.
Hamtramck Mayor Karen Majewski adjusts hats inside her store, Tekla Vintage. (Salwan Georges/For The Washington Post)
“It’s traumatic for them,” said Majewski, a dignified-looking woman in a brown velvet dress, her long, silvery hair wound in a loose bun.

Around her at the Tekla Vintage store, mannequins showcased dresses, hats and jewelry from the mid-20th century, and customers fingered handbags and gawked at the antique dolls that line the store, which sits across the street from Srodek’s Quality Sausage and the Polish Art Center on Joseph Campau Avenue, the town’s main drag.

Majewski, whose family emigrated from Poland in the early 20th century, admitted to a few concerns of her own. Business owners within 500 feet of one of Hamtramck’s four mosques can’t obtain a liquor license, she complained, a notable development in a place that flouted Prohibition-era laws by openly operating bars. The restrictions could thwart efforts to create an entertainment hub downtown, said the pro-commerce mayor.

And while Majewski advocated to allow mosques to issue calls to prayer, she understands why some longtime residents are struggling to adjust to the sound that echos through the city’s streets five times each day.
“There’s definitely a strong feeling that Muslims are the other,” she said. “It’s about culture, what kind of place Hamtramck will become. There’s definitely a fear, and to some degree, I share it.”

Saad Almasmari, a 28-year-old from Yemen who became the fourth Muslim elected to the six-member city council this month, doesn’t understand that fear.

Almasmari, the owner of an ice cream company who campaigned on building Hamtramck’s struggling economy and improving the public schools, said he is frustrated that so many residents expect the council’s Muslim members to be biased. He spent months campaigning everywhere in town, knocking on the doors of mosques and churches alike, he said.

“I don’t know why people keep putting religion into politics,” said Almasmari, who received the highest percentage of votes
(22 percent) of any candidate. “When we asked for votes, we didn’t ask what their religion was.”

Past clashes with present
Surrounded by Detroit, Hamtramck is Michigan’s most densely populated city, with about 22,000 residents occupying row after row of two-story, turn-of-the-century bungalows packed into two square miles. Polish Catholic immigrants began flocking to Hamtramck, which was originally settled by German farmers, in 1914 when the Dodge brothers opened an auto assembly plant in town.

While the city’s Polish Catholic population has shrunk from
90 percent in 1970 to about 11 percent today, in part as the old residents have moved to more prosperous suburbs, Polish American culture still permeates the town.

Labor Day, known as Polish Day here, is marked with music, drinking and street dancing. The roof of the Polish cathedral-style St. Florian Church peaks above the city landscape, and a large statue of Pope John Paul II, who visited the city in 1987, towers over Pope Park on Joseph Campau Avenue. The Polish pope’s cousin, John Wojtylo, was a Hamtramck city councilman in the 1940s and 1950s, according to local historian Greg Kowalski.
A statue of Pope John Paul II in Hamtramck’s Pope Park is a nod to the city’s Polish American beginnings. (Salwan Georges/For The Washington Post)
The once-thriving factory town now struggles with one of the highest poverty rates in Michigan. In 2009, American Axle shut down its plant in Hamtramck, laying off hundreds of workers. There is a new class of entrepreneurs, including Igor Sadikovic, a young Bosnian immigrant who plans to open a coffee shop with an art gallery by next summer, and Rebecca Smith, who owns a handbag store that employs Muslim women.

But the new businesses have not been enough to offset the loss of a manufacturing base and reductions in state revenue sharing. Since 2000, Michigan has twice appointed an emergency manager to the city, which has an annual operating budget of $22 million.
Hamtramck’s exceedingly low home prices and relatively low crime rate have proved especially attractive to new immigrants, whose presence is visible everywhere. Most of the women strolling Joseph Campau Avenue wear hijabs, or headscarves, and niqabs, veils that leave only the area around the eyes open. Many of the markets advertise their wares in Arabic or Bengali, and some display signs telling customers that owners will return shortly — gone to pray, much in the same way Polish businesses once signaled that employees had gone to Mass.

Tensions rise in volume
Many longtime residents point to 2004 as the year they suspected that the town’s culture had shifted irrevocably. It was then that the city council gave permission to al-Islah Islamic Center to broadcast its call to prayer from speakers atop its roof.
From left, Abdul Motlib, president of al-Islah Islamic Center, with secretaries Imam Abunsr Tafader and Masud Khan. “The Polish people think we were invading them,” Khan said. (Salwan Georges/For The Washington Post)

The calls to prayer from atop the al-Islah Islamic Center have caused some tension among Hamtramck’s residents. (Salwan Georges/For The Washington Post)

“The Polish people think we were invading them,” said Masud Khan, one of the mosque’s leaders, recalling that time in an interview earlier this month. “We were a big threat to their religion and culture. Now their days are gone.”

The mosque, which attracts about 500 people for its Friday prayer services, has purchased a neighboring vacant limestone building in the heart of the city that once was a furniture store. The mosque’s leaders plan to put a minaret — a spire — on the building and use it to continue broadcasting a call to prayer five times a day.

The private sale enraged city leaders, including the mayor, who sees the area as key to commercial growth. Mosque leaders estimate that the 20,000-square-foot building will hold up to 2,000 people once the renovation is finished next year.

The town’s transformation caught Mike Bugaj off guard. When the Hamtramck native left to join the Air Force in 1972, the city was widely referred to as “Little Warsaw.” When he returned from the military in 1995, “the Muslims were here,” said Bugaj, who is of Polish and Native American descent.

The new majority Muslim council has Bugaj worried that old traditions, like the Polish festival and Fat Tuesday’s paczki day, soon will be wiped away.
Air Force veteran Mike Bugaj, 61, in front of the Polish Legion of American Veterans Post 10 in Hamtramck. (Salwan Georges/For The Washington Post)

Bugaj holds a political cartoon. The Hamtramck native worries about the loss of Polish traditions in the city. (Salwan Georges/For The Washington Post)

He and other residents are “concerned about what they would want to change, that they could mistreat women,” said Bugaj, who wore feather earrings and a T-shirt with wolves on it. “Don’t come over to America and try to turn people to your way of thinking.”

Wayne Little, who has been a pastor for nearly 40 years at Corinthian Baptist Church, said many of the city’s African American residents are also waiting to see whether the new Muslim-majority city council will represent their interests.
“They are clannish and stick together. . . . The jury is out on them.” Little said.

But Hamtramck’s Muslim population is hardly a monolith — the city is about 23 percent Arabic,
19 percent Bangladeshi and 7 percent Bosnian. The predominantly Muslim groups don’t intermingle much because of language differences, according to Thaddeus Radzilowski of the Piast Institute, a census information center.

Adding to the city’s burgeoning diversity are the young, white hipsters who have begun to migrate here from surrounding areas for the food, bars and art shows.

On a recent Saturday, about
40 people crowded into a one-room studio to sip wine from red Solo cups and enjoy a watercolor exhibition by African American artist Olayami Dabls as reggae music thumped in the background. The nudity and sexuality portrayed in Dabls’s paintings provided a startling contrast that afternoon to the handful of veil-clad Muslim women poring over produce at the Yemeni-owned grocery store visible across the street through the window.

Even some residents who are nervous about the new council speak of the city’s diversity with pride, noting the eclectic mix of restaurants and the fact that at least 27 languages are spoken in Hamtramck schools.

Frank Zacharias, an elderly Polish American usher at St. Ladislaus, the Catholic parish across the street from the mosque, is intimately familiar with life on Hamtramck’s streets, which he tromped for 28 years as a mail carrier before retiring. The changes have stunned him, he said.

“It was hard at the beginning,” he said, referring to 2004, when the mosque began the call to prayer.

But, he added: “They’re human. You gotta live with them. Hamtramck is known for diversity.”

University of Michigan at Dearborn professor Sally Howell, who has written a book on Michigan and U.S. Muslims, said that although some outsiders have equated the election results with “a sharia takeover,” that is not a fear she hears expressed by Hamtramck’s non-Muslims.

It all boils down to “a fear that this city council won’t represent the community,” Howell said. Her own sense, she said, is that it will.
The discord intensified in the weeks before the election, beginning when several senior citizens living in an apartment complex complained about the volume of the 6 a.m. call to prayer from a nearby mosque.

Susan Dunn, who was on her fifth unsuccessful run for city council, raised the issue before the governing body.

“I have my own rights, as well,” she said while baking her son’s birthday cake in her kitchen. “I’m not a hater. It wasn’t a calculated move.”

At one point as she spoke, a mosque close to Dunn’s house began broadcasting the call to prayer. “You try reading a book in your back yard while your dog is barking to that,” Dunn said, clearly exasperated.
City Council member Saad Almasmari, 28, far right, talks with community members inside a grocery store. (Salwan Georges/For The Washington Post)
On the eve of the vote, then-candidate Almasmari sent a photo of a flier he said he had found on the street to Majewski, the mayor, and Dunn. “Let’s get the Muslim out of Hamtramck in November 3rd. Let’s take back our city,” it read. The photo of the flier, which was illustrated with images of three white candidates, including Dunn, began circulating on Facebook. Dunn said she had nothing to do with it.

Then, after the election, a Muslim community organizer upset many residents when he praised the composition of the new council.

“Today, we show the Polish and everybody else,” said Ibrahim Algahim in an address to fellow Muslims that was captured on video.

Muslim community activist Kamal Rahman said he empathizes with the older residents’ concerns and has been working to help unify the town by meeting with city leaders.

Rahman, who in 1986 became one of the first Bengalis to attend a Hamtramck high school, said he considered moving to a mostly white Detroit suburb but decided against it once he discovered that a Ku Klux Klan group also had an address there. Instead, he built a five-bedroom home next to a Yemeni mosque just outside of Hamtramck, and sends his children to charter schools in the city.

Rahman encourages other Muslims to watch their language, because it can seem threatening.

“It sends the wrong message. If I were white, I would feel scared,” he said.

Unneighborly acts
As he sat in a Yemeni restaurant neatly dressed in a blue dress shirt and dark blue striped tie, Almasmari, the council member, recalled feeling shaken in the weeks leading up to the election, when he discovered that dozens of the yard signs touting his candidacy had been spray-painted with an “X.”

On a boarded-up building on the city’s main street, a poster to re-elect council member Anam Miah had been partially covered with big block letters — “DON’T VOTE” — and a swastika was drawn on Miah’s forehead.

But Almasmari insists that longtimers’ fears are unfounded. Already, he said he has scheduled a meeting with residents who wish to talk about their concerns — economic, educational and otherwise.

“People talk about Muslims by talking about ‘them,’ but we’re not going to be as single-minded as people think,” said Almasmari, a married father of three who covered his Facebook profile picture last week with the French flag filter.

Back in her vintage shop down the block, Majewski said she sympathizes with the stories of immigrants in search of a better life. It is a subject the mayor knows something about, having specialized in immigration and ethnicity when she earned her doctorate in American culture at the University of Michigan, said Majewski, who works at UM’s Institute for Research on Labor, Employment and the Economy.

A few minutes later, she pointed to a large, vacant building down the street that she said had once housed a popular department store. It was purchased by a Yemeni immigrant and has sat empty for two years, she said.

“It creates a lot of resentment and drags down the property values. That’s a real source of tension,” Majewski said. “Is that ethnic? . . . What do you call that? Can you criticize his lack of action? There’s certainly an ethnic element, the feeling that they don’t care about the city. How do you disentangle those?”

She paused to tell a shopper that the red plaid shirt he was trying on looked like a good fit before concluding aloud that the new conflicts in Hamtramck have less to do with ethnicity and religion and more about to do with what it means to be a good neighbor.

“We live on top of each other,” she said. “You can pass your plate through the window to the person next door.”


Attentats de Paris: Attention, un Etat islamique peut en cacher un autre ! (Sleeping with the enemy: When will the West finally recognize its real enemy ?)

21 novembre, 2015
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epa04589159 A handout picture provided by the Saudi Press Agency (SPA) shows US President, Barack Obama (centre - L) accompanied by his wife, Michelle Obama (centre - R), the new Saudi King, Salman bin Abdul Aziz (R), and deputy Crown Prince and Interior Minister, Mohammed bin Nayef (2 - L) shortly after his arrival in Riyadh, Saudi Arabia, 27 January 2015. Obama cut short his trip to India to head a high profile delegation to one of America's closest allies in the Middle East to offer his condolences on the death of the late King Abdullah bin Abdulaziz al-Saud and attend a bilateral meeting at the Erga Palace, to discuss regional developments including Yemen, Iran and the ongoing unrest resulting form the activities of the group calling themselves the Islamic State (IS). EPA/SAUDI PRESS AGENCY / HANDOUT HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES

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Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
L’esclavage fait partie de l’islam et quiconque souhaite son abrogation est un infidèle. Sheikh Saleh Al-Fawzan (autorité religieuse saoudienne)
The recent marriage of a 90-year-old Saudi man to a 15-year-old girl has sparked condemnation from human rights and social media activists in the kingdom. In an interview, the groom insisted that his marriage was “legal and correct,” and that he paid a $17,500 (SAR 65,000) dowry to marry the girl, who is the daughter of a Yemeni father and Saudi mother. The 90-year-old told the story of his first night with the bride. He said she entered the bedroom before him, and she locked the door from inside so he could not enter. This, he said, made him “suspicious about some kind of conspiracy” by the girl and her mother. He vowed to sue his in-laws to give him back the girl or return him the expensive dowry. Al Arabiya
Selon une information révélée par nos confrères du New-York Times, samedi 27 décembre, Usaid Barho, un jeune Syrien de 14 ans, a réussi à échapper aux fanatiques de Daesh, en se portant volontaire pour une mission suicide. L’adolescent, revêtu d’une ceinture d’explosifs, se rend à Bagdad, dans une mosquée chiite du quartier de Bayaa. C’est le lieu de culte dans lequel il doit se faire exploser. Mais, selon nos confrères, au lieu de déclencher sa charge, Usaid décide de vivre et se rend aux forces de sécurité : « J’ai ouvert ma veste et j’ai dit : ‘Je porte une ceinture d’explosifs, mais je ne veux pas me faire sauter' », a-t-il raconté au New York Times. Il est arrêté, sa ceinture désamorcée, mais il a la vie sauve. Le Midi libre
Aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète. Ayaan Hirsi Ali
Il suffirait d’un mot du clergé saoudien et ce serait le commencement de la fin pour l’Etat islamique. Malcom Nance
Le problème qui se pose est d’imposer à certains pays un minimum. Je pense en particulier à la Turquie, compte tenu de l’ambiguïté de ses relations avec l’OEI. (…) Plus largement, la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table. Marc Trévidic
Pour Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, la “guerre de civilisation” et celle contre le “terrorisme” brandies par le gouvernement comme par l’opposition de droite constituent une imposture qui en masque une autre, celle de l’alliance militaire entre les pays occidentaux et les parrains financiers du djihad. L’Humanité
 Ce que nous appelons « salafisme », en arabe, cela s’appelle « wahhabisme». Et là nous sommes à contre-emploi de manière systématique et dans toutes les situations d’affrontement militaire, puisqu’au Moyen-Orient, au Sahel, en Somalie, au Nigeria, etc., nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène terroriste. (…) On s’épuise à s’attaquer aux exécutants, c’est-à-dire aux effets du salafisme, mais pas à ses causes. Alain Chouet
Il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années, et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, malheureusement, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes. Malek Boutih
Peu à peu, dans les anciennes banlieues rouges, sous l’effet conjugué de l’explosion des flux migratoires et de la désindustrialisation, l’intégration des nouveaux venus et de leurs enfants est devenue plus difficile, voire dans certains cas impossible. À ce phénomène s’est ajouté le choix de nos élites de renoncer au modèle traditionnel d’assimilation. Celui qui avait pourtant fait ses preuves avec des générations d’Italiens, de Polonais, de Portugais ou d’Espagnols. Ils ont penché pour la société multiculturelle et ouvert la porte à toutes les revendications particulières. Ghettoïsés, frustrés de ne pas avoir accès à la société de consommation, nourris d’idéologie victimaire, les enfants de la deuxième ou de la troisième génération ont fait sécession avec la nation française. Déshérités, déracinés, désintégrés, ils se cherchent une identité de substitution dans l’islam ou dans un ailleurs fantasmé. Certains se contentent de siffler La Marseillaise ou de brandir #JesuisKouachi comme un étendard. Les plus fanatiques partent grossir les rangs de Daech. Longtemps la violence des banlieues a été circonscrite de l’autre côté du périphérique. On sait maintenant qu’elle peut venir percuter les quartiers branchés de la capitale. Une jeunesse enfiévrée par une mystique mortifère de l’islam radical en a visé une autre. Une jeunesse perçue comme privilégiée et qui avait les charmes de l’innocence. Ils étaient venus supporter leur équipe de foot, applaudir leur groupe de rock préféré ou savourer en terrasse les derniers jours de douceur de l’automne. Leurs parents n’avaient pas connu la guerre et rêvé d’une société où il serait interdit d’interdire. Cette jeunesse devait être à l’avant-garde d’une humanité «festive, plurielle et métissée», pionnière d’un monde sans frontières qui communierait dans le culte de la consommation et du vivre-ensemble. Après les attentats de janvier, elle avait cru que les marches blanches et les slogans suffiraient à congédier les ombres. Moins d’un an plus tard, elle découvre de la façon la plus épouvantable que l’on puisse imaginer que l’Histoire est tragique. Alexandre Devecchio
C’était une idée simple. Facebook propose un filtre qui permet de mettre le drapeau tricolore sur sa photo, en signe de solidarité avec les victimes des attentats du 13 novembre 2015. Il y a bien un petit parfum de marketing à l’opération, mais l’intention est pour la bonne cause. Des personnes de toutes les générations et de toutes les conditions l’ont adopté. Et évidemment, les critiques ont commencé. Il y a l’écologiste prudent qui considère que le drapeau BBR a une « connotation agressive » et que, par conséquent, cela le gêne de le mettre en ligne, surtout vis-à-vis de ses amis étrangers. Un « ami » lui rappelle que les étrangers précisément ont utilisé le tricolore pour signaler leur amour de la France et leur solidarité face à la violence. Un pacifiste s’avise soudain que le drapeau français a une portée impérialiste. Il oublie que ses couleurs devaient manifester le retour de la concorde en un temps où le pays frisait la guerre civile, à l’aube de la Révolution. Plus radical, un militant d’extrême gauche déclare « effacer tous ses amis fb qui mettront le drapeau » et il conclut sans plus d’explication « Désolé, il existe d’autres symboles ». Une féministe extrême accentue l’attaque, tout ce bleu, blanc, rouge « donne une allure FN à Facebook ». (…) Etrange retournement que de se déclarer citoyen d’un pays et d’en rejeter les symboles, complaisance étonnante à un moment où le tricolore porte un idéal de solidarité et de paix à l’heure du deuil. Fabrice d’Almeida
On sait que l’Arabie saoudite a financé et armé les factions les plus radicales de la rébellion et que la Turquie a laissé massivement passer des armes vers ces groupes pour précipiter la chute de Bachar el-Assad. Si les États-Unis ne s’y sont pas opposés activement, on ne peut pas dire pour autant qu’ils aient encouragé les djihadistes. François Géré
President Obama and other Western leaders desperate to resolve the conflict in Syria should keep in mind that the enemy of your enemy can also be your enemy. For the U.S. and the West, allying with Iran, Mr. Putin’s Russia and the Assad regime would be morally repugnant, strategically disastrous and entirely unnecessary. The immorality of such an alliance is self-evident: The U.S. officially designates Iran and Syria as state sponsors of terror. The argument in favor of such an alliance cites the World War II precedent that the Allies joined Stalin to defeat Hitler. The comparison is inapt. First, NATO doesn’t need the help of Mr. Putin or Iran to defeat ISIS; NATO simply needs the resolve to do it. Second, such an alliance would only undermine the effort. Seeing the U.S. working with Mr. Assad and the Shiites of Iran—who essentially control Baghdad, too—would further convince the region’s Sunnis that they have no choice but to turn to ISIS for protection. Americans above all should realize the importance of the Sunnis. The 2007 U.S. military surge in Iraq was so successful because it included the protection and recruitment of Sunni tribes to fight Sunni extremists. The Obama administration’s hasty exit from Iraq left the Sunnis at the mercy of a hostile Shiite government in Baghdad. Conditions were made ripe for the rise of Islamic State. Even with France’s stepped-up bombing campaign against ISIS in Syria, and U.S. vows to intensify its own bombing effort, the fact remains: You can’t win hearts and minds from 30,000 feet. The problem with an air-power-only offensive is not only that you don’t always kill the right people, but that you can’t protect anyone. The people of Syria and Iraq need the protection and stability that will starve ISIS of its main source of recruits. No bombs, whether American or French, can provide that. Airstrikes will inspire as many ISIS volunteers as they kill, while also creating countless new refugees. Destroying infrastructure makes the refugees’ eventual return less likely. “Boots on the ground” is the phrase that must never be mentioned, but mention it we must. Anything less than a major U.S. and NATO-led ground offensive against ISIS will be a guarantee of continued failure and more terror attacks in the West. It is immoral to continue putting civilians—Syrian and Western alike—instead of soldiers on the front line against terrorists. (…) Heartfelt expressions of solidarity and candlelight vigils for the victims won’t stop ISIS unless that goodwill is turned to action. Playing defense is hopeless. The world today is too small, the threats too big. The only solution is to fight the problem at its source. You cannot have liberté, égalité, fraternité without sécurité. Garry Kasparov
Comme le rappelait (…) Jean-Pierre Le Goff, la disparition des grandes idéologies avait pu laisser croire à l’avènement d’un monde unifié et pacifié sous la triple modalité de l’économie de marché, d’Internet et des droits de l’homme. Cette illusion se dissipe brutalement: nous vivons la fin de la fin de l’Histoire. L’Histoire fait son retour dans un pays et sur un continent qui se croyaient définitivement hors d’atteinte. Et cette Histoire n’est pas belle à voir. Ce n’est pas la réalisation triomphale de l’esprit décrite par Hegel. Ce n’est pas le grand récit palpitant de l’émancipation universelle. Ce n’est pas le progrès de l’humanité jusqu’à son accomplissement final. Ce n’est pas, entre guerre d’Espagne et 2e DB, la geste héroïque rêvée par Régis Debray et tant d’autres. Bref, ce n’est pas Madame H. (1), c’est l’Histoire avec une grande hache, qui, au titre de «croisés», d’«impies» ou d’«idolâtres», peut nous faucher n’importe où, à tout moment, quels que soient notre âge, notre sexe, notre profession ou notre appartenance. Les spectateurs du Bataclan et les clients de La Bonne Bière, de La Belle Équipe, du Carillon et du Petit Cambodge ne portaient pas d’uniforme. Ils ne militaient pour aucune cause, ils ne remplissaient aucun mandat. Ils buvaient un coup, ils partageaient un repas, ils écoutaient un concert: ils ont pourtant été tués. Nous avons beau vivre en démocratie, le totalitarisme de l’Histoire est désormais notre lot. Totalitarisme, en effet, car, loin d’accoucher de la liberté, la violence qui se déchaîne est une calamité sans échappatoire, un fléau auquel personne n’est libre de se soustraire. Envolée comme promesse, l’Histoire ressurgit comme destin et nous dépouille pour longtemps de notre droit à l’insouciance. (…) Nous avons voulu, avec l’Union européenne, instaurer le règne de la paix perpétuelle. Notre grand rêve helvétique se fracasse aujourd’hui sur la réalité de l’islamisme. De la haine qu’il nous voue, cet ennemi n’a jamais fait mystère. Il joue cartes sur table et pourtant nous avons longtemps refusé de l’identifier.(…) Pour ne pas récidiver, le parti intellectuel composé aujourd’hui d’universitaires, de journalistes et de personnalités du show-biz en appelle, quand surgit l’ennemi, au respect de l’Autre. Dans l’Europe posthitlérienne, l’antiracisme tient lieu de vision du monde et on expie le fait d’avoir pris l’Autre pour l’ennemi en prenant l’ennemi pour l’Autre. Ce contresens fatal a survécu au 11 janvier. Survivra-t-il au traumatisme du 13 novembre? C’est toute la question. (…) Les semaines qui ont précédé le carnage ont été occupées par une campagne de presse assourdissante contre les «néoréacs». Les éditorialistes dressaient des listes. Des historiens, des sociologues, des philosophes, des «humoristes» même s’inquiétaient des risques de contamination et préconisaient la plus extrême vigilance. (…) On préfère anéantir le messager plutôt que d’entendre un message qui oblige à voir la réalité et à penser autrement. (…) L’islamisme n’est pas tout l’islam, loin s’en faut. Mais ce n’est pas non plus un phénomène marginal ni une création de l’Occident. Nous n’avons pas, par nos politiques néocoloniales, nos guerres impérialistes et nos pratiques discriminatoires, enfanté ce monstre. Nous ne payons pas pour nos crimes. (…) le djihad n’est pas un retour de bâton, c’est un projet de conquête. (…) Daech constitue une menace pour le monde entier. Mais ce n’est pas en bombardant Raqqa qu’on réglera le problème posé par la sécession culturelle à Molenbeek et dans de nombreuses cités françaises ou par la montée de l’intégrisme religieux jusque chez les chauffeurs de bus de la RATP. (…) Lutter contre l’islamisme, c’est se donner les moyens de reprendre les territoires perdus de la nation en reconstruisant l’école républicaine abêtie, abîmée et même saccagée par un demi-siècle de réformes démagogiques et en maîtrisant les flux migratoires, car plus il y a d’immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps? (…) L’esprit du 11 janvier était un leurre. Mon seul et fragile espoir est que le 13 novembre nous ait enfin ouvert les yeux. Alain Finkielkraut
Les événements dont nous sommes témoins sont la conséquence prévisible de décennies de propagande, d’une part, et de laxisme, de l’autre. Un affrontement est imminent à l’échelle mondiale. L’avancée rapide des mouvements terroristes, qui tuent dans des buts à la fois politiques et religieux, est en train de provoquer des vocations chez un nombre effarant de jeunes. Chaque attentat procure aux islamistes une publicité effrénée qui fait rêver beaucoup d’adolescents, partout dans le monde. Qui peut leur faire comprendre qu’ils sont exploités quand ils acceptent de se transformer en bombes humaines? (…) En 2005, un ancien directeur de la CIA évaluait les sommes dépensées par l’Arabie saoudite en prosélytisme wahhabite dans le monde, à 90 milliards de dollars. Ceci, sans compter l’argent versé à des organisations terroristes, comme celle de Ben Laden à ses débuts, ou celui utilisé pour tenter de déstabiliser d’autres pays, influer sur leurs élections et acheter leurs politiciens. Ce n’est pas grand-chose pour la dynastie saoudienne, qui exporte, chaque jour, 10 millions de barils de pétrole brut. Cela lui procurait 1,5 milliard de dollars par jour quand le baril était à 150 dollars (en 2014). Maintenant que le baril est à 50 dollars, elle encaisse 500 millions par jour. Et elle laisse le peuple saoudien dans la pauvreté. Depuis les années 2000, d’autres pays financent l’islamisme dans le monde, notamment le Qatar qui tire d’énormes revenus de l’exportation de son gaz naturel. (…) Les islamistes, comme Ben Laden et Baghdadi, sont francs et vous montrent le couteau. Les islamistes «polis» enveloppent des lames de rasoir dans des gâteaux à la crème. (…) Daech a promis de faire du Vatican une mosquée, de prendre la Maison-Blanche et de remplir de sang les rues de Paris et de Londres. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons. L’immigration illégale en masse est, peut-être, l’un de ces moyens. Les islamistes «polis» disent aussi qu’ils prendront l’Europe, par la conquête démographique et les conversions. Mais dans quelle mesure ces conversions sont-elles volontaires, quand on sait la pression morale et financière qui s’exerce dans certains quartiers? Des dons appelés «aumônes» sont offerts aux convertis, aux prédicateurs et aux femmes qui acceptent de se voiler. Il n’y a pas de liberté quand il y a de l’argent. Il n’y en a pas non plus quand il y a une propagande phénoménale, surtout sur les réseaux sociaux. Lina Murr Nehmé
L’Arabie Saoudite n’est rien d’autre qu’un Daesh qui a réussi. Éric Zemmour
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale? Kamel Daoud

Attention: un Etat islamique peut en cacher un autre !

Multiplication des veillées aux bougies et des slogans les plus creux,  « défis à la barbarie » tournant aux mouvements de panique sur la même place et les mêmes rues qui accueillaient l’an dernier le drapeau noir du djihad ou des cris de « mort aux juifs », locutions alambiquées et euphémismes frisant le ridicule (entre le prétendu arabe dialectal d’un Daesh et le carrément grotesque Dash aux sonorités de lessive américaine !), anathèmes, sur fond d’invasion de l’Occident par les crieurs d’Allah Akabar, contre les seuls lanceurs d’alerte dénoncés comme racistes et fascistes, redécouverte du drapeau ou de l’hymne national jusque là abandonnés à la seule extrême-droite …

Au lendemain, suite aux plus graves attentats qu’ait connu la France, d’un assaut dont la violence (5 000 balles, destruction d’habitations, évacuation forcée d’habitants et déshabillage des suspects pour repérer les gilets explosifs) se serait vite vu qualifier sous d’autre cieux de « disproportionnée » …

Et à  l’heure où comme après le coup de semonce de janvier dernier ou ceux qui se préparent ailleurs et malgré  les mesures – avec dix mois de retard – de l’état d’urgence …

Une  France qui redécouvre la guerre semble repartie comme les Etats-Unis ou le reste du monde occidental pour un nouveau tour de déni …

Pendant  que s’accumulent, après le catastrophique abandon de l’Irak et de la Syrie par l’Amérique d’Obama,  les preuves de l’incroyable faillite de nos services de renseignement et de sécurité ainsi que de nos gouvernants

Comme de l’invraisemblable cynisme et duplicité de nos prétendus amis turcs, qataris, saoudiens et à présent iraniens …

Qui de nos responsables politiques et médiatiques aura le courage de désigner, trop gros pour être vu, le véritable éléphant dans la pièce ?

Qui,  à l’instar d’un Eric Zemmour ou d’un Kamal Daoud, criera haut et fort …

Qu’égorger, tuer, lapider, couper les mains, crucifier et abuser des enfants, c’est ce que fait depuis plus d’un demi-siècle cet Etat islamique qui a réussi qu’est l’Arabie saoudite ?

Que ce sont les représentants du même Etat qui, propres sur eux et bien mis, passent leur temps dans nos palaces et sur nos tapis rouges …

Et qui depuis tout ce temps répandent sur l’ensemble de la planète le poison du même djihadisme qui nourrit l’Etat islamique ?

Et ce au-delà des Ben Laden, kamikazés du 11 septembre et gros bataillons des bouchers de Rakka …

Via un véritable complexe religio-industriel,  produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives …

Qui derrière les faux sourires et les prétendues condoléances et à coup de dizaines de milliards de dollars …

Instrumentalise le conflit israélo-palestinien, la guerre d’Irak ou l’histoire de la colonisation ..

Pour instiller à l’ensemble du monde musulman cette même haine de l’Occident, des juifs et des chrétiens …

Et transformer, comme on vient de le revoir à Paris, nos émeutiers en terroristes ?

Mais surtout qui refuse, dans sa lutte à mort avec ses frères ennemis chiites de Téhéran, de prononcer le seul mot …

Qui pourrait condamner dans l’instant même l’Etat islamique aux poubelles de l’histoire ?

L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi
Kamel Daoud

The New York Times

Nov. 20, 2015

Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh.

Le wahhabisme, radicalisme messianique né au 18ème siècle, a l’idée de restaurer un califat fantasmé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puritanisme né dans le massacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien surréaliste à la femme, une interdiction pour les non-musulmans d’entrer dans le territoire sacré, une loi religieuse rigoriste, et puis aussi un rapport maladif à l’image et à la représentation et donc l’art, ainsi que le corps, la nudité et la liberté. L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives.

On pourrait contrecarrer : Mais l’Arabie saoudite n’est-elle pas elle-même une cible potentielle de Daesh ? Si, mais insister sur ce point serait négliger le poids des liens entre la famille régnante et le clergé religieux qui assure sa stabilité — et aussi, de plus en plus, sa précarité. Le piège est total pour cette famille royale fragilisée par des règles de succession accentuant le renouvellement et qui se raccroche donc à une alliance ancestrale entre roi et prêcheur. Le clergé saoudien produit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aussi la légitimité du régime.

Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée.
Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale?

Guérir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saoudite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Orient. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équilibre illusoire : On dénonce le djihadisme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le soutient. Cela permet de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres.

Les attaques à Paris remettent sur le comptoir cette contradiction. Mais comme après le 11 septembre, nous risquons de l’effacer des analyses et des consciences.

Kamal Daoud, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est l’auteur de “Meursault, contre-enquête.”

Voir aussi:

Fatwas et caricatures, la stratégie de l’islamisme. «Un affrontement est imminent à l’échelle mondiale»

L’Hebdo mgazine

20 novembre 2015

Dans son ouvrage Fatwas et caricatures, la stratégie de l’islamisme, Lina Murr Nehmé se base sur des documents pointus pour tenter de répondre à toutes les questions suscitées par la montée de l’islamisme. Un document référence à découvrir… avec stupéfaction.

En revenant dans votre livre à tous les ouvrages, les fatwas, les sermons, les livres qui ont déclenché la montée des mouvances extrémistes, à quelles conclusions êtes-vous arrivée?

A ceci: les événements dont nous sommes témoins sont la conséquence prévisible de décennies de propagande, d’une part, et de laxisme, de l’autre. Un affrontement est imminent à l’échelle mondiale. L’avancée rapide des mouvements terroristes, qui tuent dans des buts à la fois politiques et religieux, est en train de provoquer des vocations chez un nombre effarant de jeunes. Chaque attentat procure aux islamistes une publicité effrénée qui fait rêver beaucoup d’adolescents, partout dans le monde. Qui peut leur faire comprendre qu’ils sont exploités quand ils acceptent de se transformer en bombes humaines?

Qui finance al-Qaïda et Daech?

En 2005, un ancien directeur de la CIA évaluait les sommes dépensées par l’Arabie saoudite en prosélytisme wahhabite dans le monde, à 90 milliards de dollars. Ceci, sans compter l’argent versé à des organisations terroristes, comme celle de Ben Laden (Oussama, ndlr) à ses débuts, ou celui utilisé pour tenter de déstabiliser d’autres pays, influer sur leurs élections et acheter leurs politiciens. Ce n’est pas grand-chose pour la dynastie saoudienne, qui exporte, chaque jour, 10 millions de barils de pétrole brut. Cela lui procurait 1,5 milliard de dollars par jour quand le baril était à 150 dollars (en 2014). Maintenant que le baril est à 50 dollars, elle encaisse 500 millions par jour. Et elle laisse le peuple saoudien dans la pauvreté. Depuis les années 2000, d’autres pays financent l’islamisme dans le monde, notamment le Qatar qui tire d’énormes revenus de l’exportation de son gaz naturel.

Tous les islamistes, dites-vous, même ceux qu’on qualifie de «polis», sont à mettre dans le même sac. Quel est l’enseignement essentiel qu’ils dispensent notamment en Occident?

Les islamistes, comme Ben Laden et Baghdadi, sont francs et vous montrent le couteau. Les islamistes «polis» enveloppent des lames de rasoir dans des gâteaux à la crème. Mais leurs résultats les trahissent. Regardez la haine que les admirateurs de Tarik Ramadan ont pour les Européens. Pourtant, Tarik Ramadan parle beaucoup d’amour. Comparez-le au cheikh Maher Hammoud qui, lui, a l’amour pour résultat. Et, comme par hasard, les islamistes font la promotion de Tarik Ramadan et cherchent à tuer Maher Hammoud.

Quel est le but ultime des islamistes? Islamiser ces terres ou protéger leurs fidèles des «mécréants» en terre d’Occident?

Daech a promis de faire du Vatican une mosquée, de prendre la Maison-Blanche et de remplir de sang les rues de Paris et de Londres. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons. L’immigration illégale en masse est, peut-être, l’un de ces moyens. Les islamistes «polis» disent aussi qu’ils prendront l’Europe, par la conquête démographique et les conversions. Mais dans quelle mesure ces conversions sont-elles volontaires, quand on sait la pression morale et financière qui s’exerce dans certains quartiers? Des dons appelés «aumônes» sont offerts aux convertis, aux prédicateurs et aux femmes qui acceptent de se voiler. Il n’y a pas de liberté quand il y a de l’argent. Il n’y en a pas non plus quand il y a une propagande phénoménale, surtout sur les réseaux sociaux.

Propos recueillis par Danièle Gergès

C’est la fille de May et Alfred Murr, écrivains libanais célèbres. C’est une historienne et politologue franco-libanaise, spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain. Elle est professeur à l’Université libanaise. Durant 35 ans, elle a fait des recherches intensives au sujet des guerres contemporaines du Moyen-Orient, des mouvements terroristes. Lina Murr Nehmé a pris aussi  l’initiative de défendre des sites archéologiques voués à la destruction à Beyrouth dans le but de préserver l’héritage culturel du pays. Elle a plusieurs ouvrages à son actif dont Les Otages libanais dans les prisons syriennes,Le Liban assassiné, lettre ouverte à monsieur Sarkozy, 1453, Mahomet II impose le schisme orthodoxe, Baalbeck, monument phénicien,Si Beyrouth parlait…

Voir également:

Marriage or rape? 90-year-old Saudi weds 15-year-old girl
Reem Hanbazazah
Al Arabiya
07 January 2013

The recent marriage of a 90-year-old Saudi man to a 15-year-old girl has sparked condemnation from human rights and social media activists in the kingdom.

A member of the Saudi National Society for Human Rights (NSHR), urged authorities to intervene to save the child.
On Twitter especially, activists criticized the parents of the girl for giving her to a man decades older than her.

In an interview, the groom insisted that his marriage was “legal and correct,” and that he paid a $17,500 (SAR 65,000) dowry to marry the girl, who is the daughter of a Yemeni father and Saudi mother.

The 90-year-old told the story of his first night with the bride. He said she entered the bedroom before him, and she locked the door from inside so he could not enter. This, he said, made him “suspicious about some kind of conspiracy” by the girl and her mother.

He vowed to sue his in-laws to give him back the girl or return him the expensive dowry.

Close friends of the bride’s family said she was frightened on the wedding night, and locked herself in the room for two successive days before fleeing back to her parents’ home.

The member of the Saudi National Association for Human Rights (NSHR), Suhaila Zein al-Abedin, urged authorities to intervene “as soon as possible to save this child from tragedy.”

Abedin noted that marriage in Islam must be based on mutual consent, and this was not satisfied, as demonstrated by the girl’s move to lock herself in the room.

She said the girl’s parents were also to be held responsible for marrying their daughter to a man the age of her great grandfather.

Abedin urged the establishment of a minimum age of 18 for marrying girls, saying this would pave the way for punishing violators, according to a report by al-Hayat newspaper.

Jamal al-Toueiki, a psychologist, said forced marriage may subject girls to abuse and violence, and this could lead to their suicide if nothing is done to save them.
Twitter reaction
On Twitter, Mouhammad Khaled Alnuzha ‏@mkalnuzha, a legal expert, asked: “Is this a case of human trafficking crimes punishable by law?”

‏@sx84, who identifies himself as another legal expert, stated: « She is still considered as a product! A father sells his daughter without mercy, to be bought by money and status and power; all of it for the sake of fulfilling a desire.”

Nawal Saad @lhnalkhlwd wrote on his account: “When people of reason and wisdom are asked to be silent and the ludicrous are set loose, we will see these anti-human behaviors.”

Samira al-Ghamdi @SamiraAlGhamdi, a psychologist at a child protection center, wrote: “We need a law to penalize these acts … enough child abuse.”
She added that the story of the child bride should be titled “A 90 years old ‘buys’ a girl … or : A father ‘sells’ his daughter…”

Voir de plus:

Il devient kamikaze à 14 ans pour échapper à Daesh
Le Midi Libre
28.12.14

L ‘adolescent, revêtu d’une ceinture d’explosifs, se rend  à Bagdad, dans une mosquée chiite du quartier de Bayaa. C’est le lieu de culte dans lequel il doit se faire  exploser.

Selon une information révélée par nos confrères du New-York Times, samedi 27 décembre, Usaid Barho, un jeune Syrien de 14 ans, a réussi à échapper aux fanatiques de Daesh, en se portant volontaire pour une mission suicide. L’adolescent, revêtu d’une ceinture d’explosifs, se rend  à Bagdad, dans une mosquée chiite du quartier de Bayaa. C’est le lieu de culte dans lequel il doit se faire  exploser. Mais, selon nos confrères,  au lieu de déclencher sa charge, Usaid décide de vivre et se rend aux forces de sécurité  : « J’ai ouvert ma veste et j’ai dit : ‘Je porte une ceinture d’explosifs, mais je ne veux pas me faire sauter' »,  a-t-il raconté au New York Times. Il est arrêté, sa ceinture désamorcée, mais il a la vie sauve.

Un calcul risqué mais nécessaire
Comment Usaid en est-il arrivé là ? Après avoir rejoint l’Etat islamique, il se rend vite compte qu’il a « mis les pieds en enfer ». Il ne pense plus qu’à s’évader. Un jour, on lui donne à choisir entre partir au front ou commettre un attentat-suicide. « J’ai levé la main pour me porter volontaire pour une attaque kamikaze », raconte l’adolescent au New-York Times qui sait alors la balle au bond.  Une ruse qui lui a finalement permis, après s’être rendu aux forces de sécurité chiites,  d’échapper aux griffes de Daesh. Un calcul risqué mais nécessaire quand on sait que la sentence appliquée, à ceux qui tentent d’échapper à l’Etat islamique, est la peine de mort. L’exécution récente, par Daesh , d’une centaine de jihadistes étrangers, qui tentaient de s’enfuir, en est la preuve macabre.

BAGHDAD — Before war convulsed his hometown in Syria, Usaid Barho played soccer, loved Jackie Chan movies and adored the beautiful Lebanese pop singer Nancy Ajram. He dreamed of attending college and becoming a doctor.

His life, to say the least, took a detour.

On a recent evening in Baghdad, Usaid, who is 14, approached the gate of a Shiite mosque, unzipped his jacket to show a vest of explosives, and surrendered himself to the guards.

“They seduced us to join the caliphate,” he said several days later in an interview at a secret Iraqi intelligence site where he is being held.

Usaid described how he had been recruited by the Sunni extremists of the Islamic State from a mosque in his hometown, Manbij, near Aleppo. He said he joined the group willingly because “I believed in Islam.”

“They planted the idea in me that Shiites are infidels and we had to kill them,” he said in the interview, which took place in the presence of an Iraqi intelligence official.

If he did not fight, he was told, Shiites would come and rape his mother.

He soon found himself in Iraq, but he quickly had misgivings and wanted to escape. His best chance, he decided, was a risky deception: volunteer to be a suicide bomber so he could surrender to security forces.

The wars in Syria and Iraq have set grim new standards for the exploitation and abuse of children. Thousands of them have been killed or maimed through indiscriminate bombings, in crossfire and, in some cases, executions. Young girls from minority groups, especially Yazidis in Iraq, have been captured as sex slaves by the Islamic State, also known as ISIS or ISIL. Young boys have been given rifles and told to staff checkpoints or patrol neighborhoods — or have been recruited, as Usaid was, to become suicide bombers.

In the areas it controls in Iraq and Syria, the Islamic State has established centers for the military and religious training of children, in an effort to indoctrinate them and build a new generation of warriors.

One of the group’s videos, depicting a camp near Mosul, in northern Iraq, calls the children the “cubs of the caliphate.” At the camp — named for the brutal leader of Al Qaeda in Iraq, Abu Musab al-Zarqawi, who was killed by an American airstrike in 2006 — children are shown doing physical fitness exercises and reciting the Quran, while an instructor explains that they are being trained to fight “hate-filled Shiites.”

The United Nations wrote in a report last month that “ISIS prioritizes children as a vehicle for ensuring long-term loyalty, adherence to their ideology and a cadre of devoted fighters that will see violence as a way of life.”

The United Nations has released a catalog of horrors inflicted on children by the Islamic State. In Raqqa, Syria, the militants’ de facto capital, the group has gathered children for screenings of execution videos. It has forced children to participate in public stonings. And in many of the group’s grisly execution videos, children are seen among the audience. (Usaid said that his parents did not allow him to attend the public executions in his town, typically held after Friday Prayer.)

In the aftermath of one videotaped beheading in Deir al-Zour, Syria, children are seen playing with the victim’s head and mocking the corpse, according to the SITE Intelligence Group, which monitors the communications of extremist groups.

Referring to past wars and the role of children, Laurent Chapuis, the regional child protection adviser for the Middle East and North Africa for the United Nations Children’s Fund, or Unicef, said: “When it comes to recruitment, in the past, kids were predominantly supporters — messengers or spies. It seems now they are pushed to take a more active role.”

Mr. Chapuis said that all parties in the wars, including pro-government militias in both countries, were guilty of abuses of children. What sets the Islamic State apart, he said, is how “public and aggressive” they are in their exploitation.

Usaid’s account of how he went from a Syrian childhood that he said was not particularly religious to become a jihadist held in an Iraqi cell is one of the few firsthand accounts from an Islamic State child soldier turned defector.

The Iraqi authorities have increasingly showcased Islamic State detainees to the public, as part of a strategy to demonstrate  that the government is making progress in the fight, although they have not typically made detainees available for interviews with journalists. The details of Usaid’s personal background could not be independently verified, but his surrender at the mosque gate was captured on cellphone video by a bystander.

First, after the Islamic State took control of his town, Usaid was drawn to the local mosque. “We started being taught that Shiites were raping Sunni women, and that Shiites were killing Sunni men,” he said.

He now says he was brainwashed. But he admitted that he willingly ran away from home one morning on his way to school and joined a training camp in the desert. For about a month, he was put through military training, and he was taught how to shoot an assault rifle and how to storm a building. He had two meals a day, mostly cheese and eggs.

Soon, though, he said, “I noticed things I saw that were different from Islam.”

Back home he saw the group inflict severe punishments on men who were caught smoking cigarettes, yet in the camp, he said, he saw fighters smoking. He said he saw men having sex with other men behind the tents in the desert night. And, he said, he was increasingly put off by “the way they are killing innocent people.”

At the end of the training, he was told his trainers wanted him to go fight in Iraq. He was driven, with other new fighters, in a minibus to Mosul.

There, the recruits were given a choice: be a fighter or a suicide bomber.

“I raised my hand to be a suicide bomber,” he said. That, he figured, would give him the best chance at defecting.

“If I were a fighter and tried to surrender to security forces they might kill me, with my gun in my hand,” he said.

Within a few days, he was taken, along with a German volunteer, on a circuitous journey to Baghdad. He said he was passed from one Islamic State operative to another and stayed at various safe houses along the way — including a photography studio and a house covered by reeds. He spent a week in Falluja, waiting. Finally, he arrived in the early morning at an apartment in Baghdad, where he had tea and kebabs for breakfast.

He was shuttled to another apartment, where he took a nap. Two hours later, he was shaken awake.

“Wake up, wake up, it is time to put your vest on,” he was told.

He was given his target: a Shiite mosque in the neighborhood of Bayaa.

A few hours later, at dusk, he walked up to the mosque gate.

“I opened up my jacket and said, ‘I have a suicide vest, but I don’t want to blow myself up.’ ”

The chaotic scene that unfolded, as a plainclothes officer snipped off the vest, was captured on cellphone video by a bystander and distributed over social media. “Keep the people away!” one officer yelled.

What happens now to Usaid is unclear. He said he wanted to be reunited with his family in Syria, but the Iraqi authorities have not tried to reach them. The intelligence officer who has been interrogating him said he needed more time to investigate the case.

During the interview, the officer playfully tapped Usaid on the knee and the top of his head, and urged him to eat baklava. “Eat more sweets, they are good for you,” he said.

Usaid said he still planned to become a doctor, and hoped to study in Turkey. He said that he missed his mother, and that the Iraqis had promised to return him to his parents one day.

Before the war, he said: “We were a normal family. It was just a normal life.”

Whether he has a chance at a normal life again depends, in part, on how the Iraqis treat him: as a terrorist or as an exploited child.

During the interview, Usaid was dressed in a gray sweatshirt and cargo pants, and he was not handcuffed. A few days later, though, he appeared on state television in handcuffs and a yellow prison jumpsuit. The television host labeled him a terrorist, and he was made to re-enact his surrender.

Yet Saad Maan, the spokesman for both the Interior Ministry and the Baghdad Operations Command, appeared on Tuesday on state television and described Usaid as a victim of the Islamic State.

And the intelligence officer who has been interrogating Usaid, who spoke on the condition of anonymity because of the secretive nature of his work, said he and other intelligence agents would oppose any efforts to prosecute Usaid.

“Even if he was brought to court, we would be on his side, because he saved lives,” he said.

Omar Al-Jawoshy contributed reporting

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Quand la jeunesse de France entre en guerre
Alexandre Devecchio
Le Figaro
16/11/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Les terroristes qui ont frappé le vendredi 13 novembre étaient très jeunes. Leurs victimes également. Pour Alexandre Devecchio, ces enfants du siècle sont le miroir d’une France fracturée par un profond malaise culturel et social.

«J’ai pu regarder l’un des assaillants, il m’a semblé très jeune, c’est ce qui m’a tout de suite frappé. Ce visage juvénile, extrêmement déterminé.» Le témoignage de Julien Pearce, journaliste d’Europe 1 présent dans la salle de concert du Bataclan lors de ce vendredi 13 infernal, glace le sang. Il est à mettre en parallèle avec l’information de la chaîne i-Télé selon laquelle l’un des trois terroristes du stade de France serait âgé de 15 ans. Encore une fois, les Français constatent horrifiés que la barbarie islamiste ne vient pas d’un ailleurs lointain, mais a le visage de jeunes gens qui ont grandi en France. Ismaël Omar Mostefaï, le djihadiste qui a déclenché sa ceinture d’explosifs dans la salle de spectacle, n’avait pas 30 ans et était né à Courcouronnes, dans l’Essonne. Comme Mehdi Nemmouche ou Mohamed Merah, il appartient à cette «génération radicale», que Malek Boutih décrit dans un rapport choc. Comme eux, il est le produit des territoires perdus de la République. «Il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années, et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, malheureusement, ces quartiers produisent des terroristes»,affirmait justement Boutih à propos des dix ans des émeutes en banlieue. «Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes», insistait le député de l’Essonne, prophétique.

Peu à peu, dans les anciennes banlieues rouges, sous l’effet conjugué de l’explosion des flux migratoires et de la désindustrialisation, l’intégration des nouveaux venus et de leurs enfants est devenue plus difficile, voire dans certains cas impossible. À ce phénomène s’est ajouté le choix de nos élites de renoncer au modèle traditionnel d’assimilation. Celui qui avait pourtant fait ses preuves avec des générations d’Italiens, de Polonais, de Portugais ou d’Espagnols. Ils ont penché pour la société multiculturelle et ouvert la porte à toutes les revendications particulières. Ghettoïsés, frustrés de ne pas avoir accès à la société de consommation, nourris d’idéologie victimaire, les enfants de la deuxième ou de la troisième génération ont fait sécession avec la nation française. Déshérités, déracinés, désintégrés, ils se cherchent une identité de substitution dans l’islam ou dans un ailleurs fantasmé. Certains se contentent de siffler La Marseillaise ou de brandir #JesuisKouachi comme un étendard. Les plus fanatiques partent grossir les rangs de Daech.

Longtemps la violence des banlieues a été circonscrite de l’autre côté du périphérique. On sait maintenant qu’elle peut venir percuter les quartiers branchés de la capitale. Une jeunesse enfiévrée par une mystique mortifère de l’islam radical en a visé une autre. Une jeunesse perçue comme privilégiée et qui avait les charmes de l’innocence. Ils étaient venus supporter leur équipe de foot, applaudir leur groupe de rock préféré ou savourer en terrasse les derniers jours de douceur de l’automne. Leurs parents n’avaient pas connu la guerre et rêvé d’une société où il serait interdit d’interdire. Cette jeunesse devait être à l’avant-garde d’une humanité «festive, plurielle et métissée», pionnière d’un monde sans frontières qui communierait dans le culte de la consommation et du vivre-ensemble. Après les attentats de janvier, elle avait cru que les marches blanches et les slogans suffiraient à congédier les ombres. Moins d’un an plus tard, elle découvre de la façon la plus épouvantable que l’on puisse imaginer que l’Histoire est tragique.

Bien avant «Charlie», une troisième jeunesse se construit dans l’angoisse: celle de la France périphérique. Une jeunesse silencieuse qui se considère victime de l’insécurité physique et culturelle liée à l’immigration. Celle des «petits Blancs» dont les parents ne sont pas assez aisés pour vivre dans les quartiers protégés des grandes métropoles et qui sont relégués dans des villes dortoirs où les barres de béton encerclent les quartiers pavillonnaires. Humiliée de devoir baisser les yeux devants les caïds et les petits ayatollahs, c’est cette jeunesse qui crie les soirs d’élections: «On est chez nous!» Le FN y récolte en masse des électeurs et même des militants. Il n’est pas impossible qu’elle bascule un jour, elle aussi, dans la violence.

Tous ces enfants du siècle sont le miroir d’une France fracturée par un profond malaise culturel et social. Au Bourget, François Hollande avait fait de la jeunesse sa priorité. En prononçant les prénoms des victimes à la tribune du Congrès, le chef de l’État avait du mal à cacher son émotion. La génération 68 voulait jouir sans entraves. Pouvait-elle se douter que ses enfants tomberaient sous les rafales de kalachnikovs tirées par des fous de Dieu haïssant les valeurs qu’ils avaient tant chéries ?

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« Nous vivons la fin de la fin de l’Histoire »
Alain Finkielkraut
Le Figaro
20 novembre 2015

INTERVIEW EXCLUSIVE – Une semaine après le carnage du 13 novembre, le philosophe exprime son accablement et son inquiétude devant la confirmation du retour violent d’une Histoire qui «n’est pas belle à voir». Il s’élève contre «l’ethnocentrisme de la mauvaise conscience de l’Occident».Sa parole exigeante trouve un écho profond dans l’inconscient collectif. Comme il est écouté, comme il est lu, il est régulièrement qualifié de «populiste», en tête de la nuée des «oiseaux de malheurs». Ces intellectuels que certains voulaient faire taire quand il fallait, plus que jamais, les entendre. Dans La Seule Exactitude*, son dernier ouvrage, Alain Finkielkraut intitule son chapitre consacré aux attentats de Copenhague (en février 2015) «Le tragique de répétition».Une semaine après les attentats du 13 novembre, le philosophe espère qu’un sursaut national permettra à la France de reprendre les territoires qui, sur notre sol, sont déjà entrés en sécession culturelle.

LE FIGARO. – Dix mois après les attentats des 7, 8 et 9 janvier, Paris et sa banlieue ont été le théâtre de scènes de guerre. Cent trente personnes sont mortes. On compte des centaines de blessés. Le pays est traumatisé. Le mot «guerre» est sur toutes les lèvres. Quel sentiment prime chez vous: le chagrin, l’inquiétude ou la colère?

Alain FINKIELKRAUT. – Ce qui domine en moi, c’est l’accablement et même le désespoir. Comme le rappelait dans ces colonnes Jean-Pierre Le Goff, la disparition des grandes idéologies avait pu laisser croire à l’avènement d’un monde unifié et pacifié sous la triple modalité de l’économie de marché, d’Internet et des droits de l’homme. Cette illusion se dissipe brutalement: nous vivons la fin de la fin de l’Histoire. L’Histoire fait son retour dans un pays et sur un continent qui se croyaient définitivement hors d’atteinte. Et cette Histoire n’est pas belle à voir. Ce n’est pas la réalisation triomphale de l’esprit décrite par Hegel. Ce n’est pas le grand récit palpitant de l’émancipation universelle. Ce n’est pas le progrès de l’humanité jusqu’à son accomplissement final. Ce n’est pas, entre guerre d’Espagne et 2e DB, la geste héroïque rêvée par Régis Debray et tant d’autres. Bref, ce n’est pas Madame H. (1), c’est l’Histoire avec une grande hache, qui, au titre de «croisés», d’«impies» ou d’«idolâtres», peut nous faucher n’importe où, à tout moment, quels que soient notre âge, notre sexe, notre profession ou notre appartenance. Les spectateurs du Bataclan et les clients de La Bonne Bière, de La Belle Équipe, du Carillon et du Petit Cambodge ne portaient pas d’uniforme. Ils ne militaient pour aucune cause, ils ne remplissaient aucun mandat. Ils buvaient un coup, ils partageaient un repas, ils écoutaient un concert: ils ont pourtant été tués. Nous avons beau vivre en démocratie, le totalitarisme de l’Histoire est désormais notre lot. Totalitarisme, en effet, car, loin d’accoucher de la liberté, la violence qui se déchaîne est une calamité sans échappatoire, un fléau auquel personne n’est libre de se soustraire. Envolée comme promesse, l’Histoire ressurgit comme destin et nous dépouille pour longtemps de notre droit à l’insouciance. Pour résumer le bonheur parfait, les Juifs d’Europe centrale disaient: «Wie Gott in Frankreich.» Selon Saul Bellow, cette expression signifie que «Dieu serait parfaitement heureux en France parce qu’il ne serait pas dérangé par les prières, rites, bénédictions et demandes d’interprétation de délicates questions diététiques. Environné d’incroyants, Lui aussi pourrait se détendre le soir venu tout comme des milliers de Parisiens dans leur café préféré. Peu de choses sont plus agréables, plus civilisées qu’une terrasse tranquille au crépuscule.» Paris était «la ville sainte de la laïcité», mais les massacres du 13 novembre ont fait le malheur de Dieu.

Une rhétorique antiterroriste rythme les discours de nos gouvernants et de nos politiques. Notre ennemi, c’est le terrorisme?

Nous avons voulu, avec l’Union européenne, instaurer le règne de la paix perpétuelle. Notre grand rêve helvétique se fracasse aujourd’hui sur la réalité de l’islamisme. De la haine qu’il nous voue, cet ennemi n’a jamais fait mystère. Il joue cartes sur table et pourtant nous avons longtemps refusé de l’identifier. Lâcheté? Non, mémoire. Du Juif, c’est-à-dire, selon l’expression de Jankélévitch, de l’Autre indiscernable, de l’Autre imperceptiblement Autre, Hitler avait fait l’ennemi, et même l’ennemi absolu. Pour ne pas récidiver, le parti intellectuel composé aujourd’hui d’universitaires, de journalistes et de personnalités du show-biz en appelle, quand surgit l’ennemi, au respect de l’Autre. Dans l’Europe posthitlérienne, l’antiracisme tient lieu de vision du monde et on expie le fait d’avoir pris l’Autre pour l’ennemi en prenant l’ennemi pour l’Autre. Ce contresens fatal a survécu au 11 janvier. Survivra-t-il au traumatisme du 13 novembre? C’est toute la question.

Avant le 13 novembre, le débat intellectuel était très tendu. L’unité nationale est-elle possible chez les intellectuels?

Les semaines qui ont précédé le carnage ont été occupées par une campagne de presse assourdissante contre les «néoréacs». Les éditorialistes dressaient des listes. Des historiens, des sociologues, des philosophes, des «humoristes» même s’inquiétaient des risques de contamination et préconisaient la plus extrême vigilance. Ma tête était mise à prix pour ce crime: nommer l’ennemi au lieu de dénoncer les humiliations infligées à l’Autre et de faire le procès du Même (c’est-à-dire de l’identité nationale). Contre cette pensée «nauséabonde» et «putride», L’Obs a battu le rappel des nouveaux intellos de gauche et promis sur une pastille jaune (oui, jaune!) en couverture «0 % de Finkielkraut, Zemmour et les autres», et Alain Badiou, sur le site de ce journal où soufflait naguère l’esprit d’Albert Camus, a expliqué le plus sérieusement du monde qu’il ne pouvait se rendre à mon émission «Répliques» (où je l’avais invité pour le mois de janvier prochain) du fait du «devenir central» dans ma pensée «du concept néonazi d’État ethnique». Le fils d’un rescapé d’Auschwitz nazifié alors qu’il puise son inspiration dans l’œuvre de Péguy et non dans celle de Barrès ou de Vacher de Lapouge! Cette impudence témoigne de la férocité de l’idéologie aujourd’hui en France. Démentie par les faits, elle se jette sauvagement sur celui qui les rapporte. On préfère anéantir le messager plutôt que d’entendre un message qui oblige à voir la réalité et à penser autrement.

Voir la réalité, n’est-ce pas résister à la tentation de l’amalgame?

Par la multiplication des attentats, l’État islamique veut provoquer des lynchages, des attaques de mosquées, des agressions contre les femmes voilées et déclencher ainsi une guerre civile. Ce serait donc tomber dans le piège mortel qu’il nous tend que d’incriminer l’ensemble des musulmans de France. Nombre d’entre eux se sentent pris en otages par les barbares. L’islamisme n’est pas tout l’islam, loin s’en faut. Mais ce n’est pas non plus un phénomène marginal ni une création de l’Occident. Nous n’avons pas, par nos politiques néocoloniales, nos guerres impérialistes et nos pratiques discriminatoires, enfanté ce monstre. Nous ne payons pas pour nos crimes. L’obligation du djihad, rappelle Bernard Lewis, se fonde sur l’universalité de la révélation musulmane: «Cette obligation n’a de limite ni dans le temps ni dans l’espace. Elle doit durer jusqu’à ce que le monde entier ait rallié la foi musulmane ou se soit soumis à l’autorité de l’État islamique. Jusqu’à ce moment, le monde est partagé en deux: la maison de l’islam et la maison de la guerre. Entre les deux existe un état de guerre moralement nécessaire, juridiquement et religieusement obligatoire jusqu’au triomphe final et inévitable de l’islam sur l’incroyance.»Bref, le djihad n’est pas un retour de bâton, c’est un projet de conquête. L’Occident doit se défaire de la croyance mégalomaniaque que, pour le meilleur et pour le pire, c’est toujours lui qui mène le bal. Il faut en finir avec l’ethnocentrisme de la mauvaise conscience. Les islamistes ne sont pas des corollaires, ce sont des sujets historiques à part entière. Aujourd’hui l’État islamique a une adresse. Le califat n’est plus un rêve mais un lieu. On peut donc et on doit répondre par la guerre à la terreur qu’il répand. Daech constitue une menace pour le monde entier. Mais ce n’est pas en bombardant Raqqa qu’on réglera le problème posé par la sécession culturelle à Molenbeek et dans de nombreuses cités françaises ou par la montée de l’intégrisme religieux jusque chez les chauffeurs de bus de la RATP.

Lutter contre l’islamisme, c’est se donner les moyens de reprendre les territoires perdus de la nation en reconstruisant l’école républicaine abêtie, abîmée et même saccagée par un demi-siècle de réformes démagogiques et en maîtrisant les flux migratoires, car plus il y a d’immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps?

Dans votre dernier ouvrage,La Seule Exactitude (Stock), vous méditez sur le sursaut du 11 janvier, les espérances et les déceptions que cette marche a pu faire naître. S’agit-il désormais d’histoire ancienne?

L’esprit du 11 janvier était un leurre. Mon seul et fragile espoir est que le 13 novembre nous ait enfin ouvert les yeux.(1) Titre du dernier ouvrage de Régis Debray consacré à la disparition de l’Histoire.* La Seule Exactitude (Stock). 20 €.

Voir enfin:

A propos de la polémique sur le drapeau français sur Facebook

Fabrice d’Almeida
Huffington Post
15/11/2015

RÉSEAUX SOCIAUX – Bleu, blanc rouge, un symbole national partagé. A propos de la polémique sur les réseaux sociaux.
C’était une idée simple. Facebook propose un filtre qui permet de mettre le drapeau tricolore sur sa photo, en signe de solidarité avec les victimes des attentats du 13 novembre 2015. Il y a bien un petit parfum de marketing à l’opération, mais l’intention est pour la bonne cause. Des personnes de toutes les générations et de toutes les conditions l’ont adopté. Et évidemment, les critiques ont commencé. Il y a l’écologiste prudent qui considère que le drapeau BBR a une « connotation agressive » et que, par conséquent, cela le gêne de le mettre en ligne, surtout vis-à-vis de ses amis étrangers. Un « ami » lui rappelle que les étrangers précisément ont utilisé le tricolore pour signaler leur amour de la France et leur solidarité face à la violence. Un pacifiste s’avise soudain que le drapeau français a une portée impérialiste. Il oublie que ses couleurs devaient manifester le retour de la concorde en un temps où le pays frisait la guerre civile, à l’aube de la Révolution. Plus radical, un militant d’extrême gauche déclare « effacer tous ses amis fb qui mettront le drapeau » et il conclut sans plus d’explication « Désolé, il existe d’autres symboles ». Une féministe extrême accentue l’attaque, tout ce bleu, blanc, rouge « donne une allure FN à Facebook ». Et voici peu à la télévision un ancien footballeur regrettait que l’on fasse le procès de ceux qui ne connaissent pas la Marseillaise et préfèrent un autre drapeau, comme s’ils étaient de « mauvais Français ». Etrange retournement que de se déclarer citoyen d’un pays et d’en rejeter les symboles, complaisance étonnante à un moment où le tricolore porte un idéal de solidarité et de paix à l’heure du deuil.

Le drapeau français n’est pas l’apanage d’une force politique. Depuis l’apparition de la cocarde, vers 1789, ces couleurs ont traversé tous les régimes, dans la peine ou dans la gloire, avant d’être adoptées par notre Constitution, en 1958. Ce symbole appartient à tous et à chacun. Ne pas le comprendre aujourd’hui paraît totalement décalé, tout comme ne pas admettre que la Marseillaise, l’hymne national depuis 1879, est, certes, un chant guerrier, mais qu’elle dit aussi l’espoir des dépossédés et que, pour cette raison, des révolutionnaires en ont fait partout dans le monde le chant de la liberté. Prétendre préférer des icônes bricolées en un jour à un signe fondateur de la République signale un raisonnement à courte vue et l’oubli que le contrat qui nous lie à la nation suppose d’en adopter les signes.

Voir aussi:

Sept heures d’assaut et 5000 munitions: le récit d’une opération d’une violence rare
Christophe Cornevin
Le Figaro
18/11/2015

VIDÉO – Plus de 110 policiers d’élite ont tué mercredi matin au moins deux terroristes dans un appartement «conspiratif». Le commanditaire présumé des attaques de vendredi dernier pourrait figurer parmi les membres du groupe islamiste.

Après l’épouvante, l’assaut final, puis la sidération. Depuis cinq jours, la traque hors norme menée pour neutraliser les complices des sept kamikazes qui ont frappé le cœur de la région parisienne, avec un bilan encore provisoire de 129 morts identifiés, devait déboucher sur l’interpellation de deux «cibles prioritaires» en cavale. À savoir Salah Abdeslam et un neuvième kamikaze, tous deux impliqués dans les fusillades qui ont ensanglanté les terrasses des cafés des Xe et XIe arrondissements. Il n’en a rien été.

C’est un extravagant nid de terroristes, l’un des plus venimeux que la France ait jamais abrité en son sein, qui a été mis au jour en plein quartier historique de Saint-Denis, à deux pas de la basilique des rois et à moins de 1 km du Stade de France, visé par trois opérations suicides. La cellule était composée de sept islamistes, vraisemblablement passés par les camps d’entraînement de l’État islamique, qui a revendiqué les attaques. Au moins deux sont morts, dont la première femme kamikaze à périr sur le sol français. Cinq ont été interpellés, après avoir été «extraits» de force par les unités d’élite ou retrouvés tapis dans les décombres de leur appartement transformé en Fort Chabrol.

Le commanditaire serait venu en personne s’installer aux portes de la capitale
Parmi eux pourraient figurer, à la stupeur générale, Abdelhamid Abaaoud, inspirateur ou commanditaire présumé des huit attaques coordonnées en 33 minutes que François Hollande avait présentées comme «planifiées depuis la Syrie». Cette hypothèse, si elle se confirme, administrerait donc la preuve inverse. Fossoyeur, puis sergent recruteur de Daech, avant d’être érigé comme une figure emblématique du djihadisme européen, celui qui s’affichait dans les images de propagande sous le nom guerrier d’«Abou Omar al-Baljiki» serait venu en personne s’installer aux portes même de la capitale pour superviser les équipées barbares.

S’il ne figure pas au nombre des gardés à vue, son empreinte ADN est en cours de comparaison avec les échantillons génétiques prélevés sur les cadavres et débris de corps des terroristes neutralisés mercredi. La chasse à l’homme s’est accélérée mardi, a révélé le procureur de la République de Paris, François Molins: «Beaucoup de travail a été effectué et a permis d’obtenir par la téléphonie, les surveillances ainsi qu’un témoignage recoupé par données bancaires, les éléments qui pouvaient laisser penser que le nommé Abaaoud était susceptible de se trouver dans un appartement conspiratif, à Saint-Denis.»Surplombant une rue piétonne du centre-ville, l’immeuble vétuste où sommeille la cellule islamiste est cerné dans la nuit. Le siège, tenu par 70 superflics du Raid pendant plus de sept heures, a été émaillé d’épisodes d’une violence inouïe.

Les policiers auraient «sous-estimé la violence qu’ils allaient affronter»
Sur place, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a évoqué «des conditions jusqu’à présent jamais rencontrées». Le chef de l’État allant même jusqu’à considérer, devant l’Association des maires de France, que les policiers auraient «sous-estimé la violence qu’ils allaient affronter». Alors que les unités d’élite progressent dans les étages sous la protection de leurs boucliers «sarcophages», deux hélicoptères survolent le quartier, qui se transforme en scène de guerre. Les façades blanches de l’immeuble assiégé sont balayées par la lumière de puissants projecteurs et les faisceaux des rayons laser d’une demi-douzaine de tireurs d’élite postés sur les toits. «Nous savions qu’il y avait trois personnes sans doute équipées d’armes de guerre, dont a priori Abaaoud et une femme kamikaze, retranchées dans l’appartement situé au troisième et dernier étage»,raconte au Figaro

À 4 h 16, l’assaut est déclenché lorsque les policiers tentent de faire sauter la porte. Mais le blindage de celle-ci résiste. L’effet de surprise n’est plus dans le camp de la police. Embusqués, les terroristes commencent à faire parler leurs kalachnikovs, ouvrant un feu nourri sur les colonnes des policiers qui ont lancé des grenades assourdissantes pour «sidérer» leurs adversaires. «Pendant des dizaines de minutes, des centaines de coups de feu ont été tirés coup par coup et en rafales sur mes fonctionnaires, poursuit Jean-Michel Fauvergue. Bien que protégés par leurs porte-boucliers, cinq d’entre eux ont été blessés par des balles, des éclats ou des ricochets, à la main, au bras, dans les jambes ou encore dans le bas du dos…» Vers 4 h 45, le Raid interpelle trois islamistes, dont l’un blessé au bras.

Les terroristes se sont relayés pour ne jamais interrompre le feu
Au terme d’une fusillade de forte intensité, les terroristes continuent de tirer de manière plus sporadique. Sans discontinuer, ils se sont relayés pour ne jamais interrompre le feu. À l’occasion d’une brève accalmie, un maître-chien du Raid reçoit l’autorisation de lâcher Diesel, sa chienne d’attaque de race berger malinois. Mais l’animal est mortellement fauché par un tir de gros calibre. Passé 7 heures, l’un des snipers avise dans sa lunette un des forcenés qui tire en rafales. Il le neutralise, sans savoir si cet assaillant est mort ou non. À ses côtés, la femme kamikaze tire aussi sans discontinuer. «Elle s’est fait sauter toute seule dans l’appartement, en espérant que la force de l’explosion nous touche, explique le patron du Raid. Le souffle de la déflagration fait voler les vitres en éclats et tomber un des murs porteurs. Un bout de colonne vertébrale passe par la fenêtre avant de chuter sur une de nos voitures.» Une vingtaine de grenades assourdissantes sont à nouveau lancées pour maintenir la pression sur les irréductibles.

«Pour mieux comprendre la situation, nous avions envoyé un drone de surveillance pour capter des images depuis les Velux, mais la visibilité était nulle, se rappelle encore Jean-Michel Fauvergue. On balance un premier robot muni d’une caméra pour faire une reconnaissance des lieux. Mais il est bloqué par les gravats. On emprunte un robot plus gros, celui de la sécurité civile qui sert au déminage, mais il ne peut pas non plus progresser.» Les policiers empruntent alors un appartement du deuxième étage, situé juste en dessous de celui où la bataille a fait rage, pour laisser passer une caméra télescopique. Là, ils tombent sur le cadavre d’un second terroriste au travers d’un plancher effondré. Criblé d’éclats de grenade et enseveli par une poutre, ce corps méconnaissable lui non plus n’a pu être identifié.

À la nuit tombée, la police scientifique inspectait toujours l’immeuble criblé de balles
Au prix d’une interminable progression méthodique dans les décombres, susceptibles d’être piégés, les policiers du Raid ont gagné jusqu’au plus près les lieux de la fusillade, avant de maîtriser les ultimes forcenés vers 11 heures. Au total, trois terroristes ont été interpellés dans les étages, deux autres ont été découverts alors qu’ils se cachaient sous un inextricable fatras de gravats et de vêtements, ainsi qu’un suspect blessé dans la rue. De leur côté, une quarantaine de leurs collègues de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI, antigang) ont perquisitionné des appartements voisins pour débusquer des complices.

Jawad, le locataire de l’appartement assiégé, a reconnu avoir offert l’hospitalité «pour quelques jours à deux potes d’un ami qui venaient de Belgique». Placé en garde à vue, il avait été condamné pour «coups mortels» à huit ans de prison par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis en novembre 2008. Il était sorti en septembre 2013. Une de ses connaissances, qui dit avoir dormi dans l’appartement la semaine dernière, a quant à elle expliqué qu’il s’agissait d’un logement dont son ami avait forcé la porte, «une sorte de squat». Toujours selon ses dires, les visiteurs belges étaient arrivés «il y a deux jours». La jeune femme est également en garde à vue.

Tandis que la police scientifique inspecte toujours à la nuit tombée l’immeuble criblé de balles et d’éclats et menaçant de s’effondrer, 830 limiers de la brigade criminelle et de la sous-direction antiterroriste, mais aussi ceux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), ne relâchent rien de leur traque pour retrouver les derniers membres de la nébuleuse terroriste. Outre Salah Abdeslam et le neuvième kamikaze, un autre objectif est dans le collimateur des enquêteurs: Jean-Michel et son frère Fabien Clain, vétéran du djihadisme, qui apparaît dans un enregistrement de revendication des attentats par l’État islamique. «Grâce à une logistique d’ampleur minutieusement mise en œuvre, selon le procureur de la République François Molins, les terroristes étaient programmés dans une logique jusqu’au-boutiste. Tout laisse à penser que le commando neutralisé à Saint-Denis pouvait passer à l’acte» pour un nouvel attentat, a ajouté le haut magistrat. À l’instar de tous les responsables de l’antiterrorisme, il n’ignore pas que la guerre contre le djihadisme n’en est qu’à ses prémices.

Voir enfin:

Mouvements de panique dans le centre de Paris suite à une fausse alerte
Noémie Halioua
Le Figaro
15/11/2015

VIDÉO – Plusieurs scènes de panique ont eu lieu dimanche dans Paris, sur la place de la République et près des Halles, après de fausses alertes.

En fin d’après-midi, une fausse alerte a déclenché un mouvement de panique dans le centre de la capitale. Des témoins et des journalistes ont rapporté des scènes de confusion dans plusieurs rues de Paris, près des Halles, dans le premier arrondissement, et sur la place de la République.

Rue Étienne Marcel, vers 18h45, les policiers ont demandé aux gens de quitter les terrasses. Les cafés ont alors baissé le rideau. Le même scénario s’est produit à la cantine de Belleville, où un mouvement de panique a eu lieu avec des personnes qui couraient dans la rue. Soixante-dix personnes se seraient réfugiées à l’intérieur.

Autre témoignage d’un journaliste du Parisien, qui se trouvait rue Saint-Denis: «J’étais en terrasse, trois types sont remontés dans la rue en courant et en hurlant qu’il y avait des tirs, ça a été la panique, il y a eu un mouvement de foule, toutes les tables ont volé, on s’est mis les uns sur les autres, mais on ne sait pas ce qui s’est passé».

La place de la République brutalement vidée de ses occupants
Tandis que sur la Place de la République, plusieurs milliers de personnes se rassemblaient pour rendre hommage aux victimes des attaques de vendredi soir, celle-ci s’est brutalement vidée. Après un jet de pétards et l’éclatement d’une ampoule ou d’un chauffage de terrasse, les gens effrayés par le bruit se sont rués vers le canal Saint-Martin ou se sont engouffrés dans les cafés à proximité.

«Tout le monde se bousculait, se piétinait, et les CRS nous demandaient de nous protéger, c’était horrible» raconte Rachida, 51 ans, présente au pied de la statue de Marianne au moment des faits. Eric, lui, était attablé à l’intérieur du café «Chez Prune» quand le mouvement de foule s’est déclenché. Immédiatement, le gérant a baissé les volets et les personnes attablées se sont couchées à même le sol. «Difficile de dire combien de temps» raconte-t-il. Avant d’ajouter: «Je me disais comme ça, si je reçois des balles, je les reçois dans le dos».

Présente également, Caroline Piquet, journaliste du Figaro, relate la scène: «Des gens se sont aplatis par terre à des terrasses de cafés, certains relayaient des rumeurs sur des hommes portant des kalachnikov». La reporter s’est réfugiée dans un magasin avec d’autres personnes. «Les gens étaient paniqués, certains ont laissé des valises, ce qui a interrompu le métro en plusieurs endroits pour vérification de colis abandonnés», précise-t-elle.

La station Hôtel de ville a été fermée quelques minutes «par mesure de sécurité», avant que le trafic ne reprenne normalement quelques instants plus tard. Vers 19h30, la place était toujours encerclée de CRS armés de fusils d’assaut mais le calme était revenu.


Attentats de Paris: Lutter contre le nazisme tout en invitant Hitler à sa table (Like the Obama administration’s hasty exit from Iraq, working with Iran would only push more Sunnis into the arms of the Islamic State)

19 novembre, 2015
nos-amis

RohaniHollandeObama-and-Hassan-RohaniAnkararohani_w_de_villepin

AlloFrançois
Le problème qui se pose est d’imposer à certains pays un minimum. Je pense en particulier à la Turquie, compte tenu de l’ambiguïté de ses relations avec l’OEI. (…) Plus largement, la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table. Marc Trévidic
Il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années, et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, malheureusement, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes. Malek Boutih
Tu crois quand même pas ce qu’ils nous racontent!. Réfléchis trois secondes: un musulman, ça tue pas. Tuer, chez nous, c’est haram. C’est marqué dans le Coran. (…) Un communiqué, ça se fabrique, c’est comme les images: tout est bidon. La vérité, de toute façon, on la connaît: c’est un complot contre nous et contre l’islam, comme avec Merah et le reste. Tu vois, les Kouachi. J’ai un copain qui les connaissait bien. Il m’a dit que le deuxième frère était mort en 2009. C’est pas une preuve, ça? Le but, c’est de salir les musulmans. Malik
Les gros salauds, les barbares, les criminels qu’faudrait régler à la kalach, c’est les Juifs! Mais ça, tu pourras pas l’écrire dans ton journal vu qu’ils contrôlent tout. Reda
Les Juifs, enfin les sionistes plutôt. C’est eux les grands caïds. Même l’Etat français est une marionnette entre leurs mains. Kamel
Demain, il nous faudra résister et combattre. Résister au repli sur soi et aux tentations radicales. Combattre la peur, les amalgames et la haine. Plus que jamais, Saint-Denis est une ville populaire, tolérante et ouverte. C’est cette coexistence inépuisable qui permet aux 110 000 Dionysiens, issus de plus de 130 nationalités différentes, de vivre, de travailler, de s’épanouir ensemble, autour de notre bien le plus précieux, les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité et de fraternité. C’est pour revendiquer ces valeurs et repousser les peurs que je vous invite à vous joindre au rassemblement en hommage aux victimes des attentats du vendredi 13 novembre qui se tiendra demain soir, jeudi 19 novembre à 18h, devant le Stade de France (avenue Jules-Rimet). En France, à Saint-Denis, la meilleure réponse à la barbarie, c’est de faire face, ensemble. Didier Paillard (Maire de Saint-Denis)
Vendredi, l’ancien directeur de France Inter était chez des amis lorsqu’il a appris que des fusillades simultanées avaient lieu dans la capitale. (…)  Sur le chemin du retour, se tenant au courant par la radio du scénario macabre qui était en train de se dérouler, il est passé, raconte-t-il, devant une pizza halal où des jeunes barbus ou encapuchonnés nés ne cachaient pas leur joie… Écœuré, groggy, Philippe Val n’a pas dormi jusque tard dans la nuit. Et lui qui dénonce dans son dernier livre (C’était Charlie, Grasset) les dérives d’une gauche « rouge-brune » – qui, sous couvert de protéger le peuple, le méprise en réalité – , peine depuis à contenir sa colère. «Je suis ulcéré par ce que j’entends en ce moment. On ne nomme pas le danger. On va en crever !  On parle de guerre, certes, mais on ne nomme pas l’ennemi, nous déclarait-il hier. Dans les années 1930, Winston Churchill, lui, était le seul à nommer Hitler et à dire « il faut tuer Hitler ». On a l’impression que certains aujourd’hui ont le même réflexe que dans les années 1930. Ils relativisent. Au discours, « il ne faut pas humilier les Allemands de l’époque, on a substitué un réflexe similaire vis-à-vis de l’islam radical – étant entendu naturellement que tous les musulmans ne sont pas des islamistes», s’indigne-t-il. Un refus, une incapacité à nommer les choses que l’on retrouve dans les médias, mais aussi, regrette-t-il, chez les politiques et certains intellectuels. Philippe Val
La France est-elle à ce point naïve qu’elle imagine pouvoir déclarer la guerre à des pays musulmans sans que ceux-ci ripostent ? Michel Onfray 
Les Européens ont compris qu’il y avait un danger, mais les mesures qui auraient dû être prises ne l’ont pas été, comme par exemple une réforme de la législation permettant l’écoute de terroristes potentiels. Moshe Yaalon
Quand on est en guerre, il ne faut pas avoir peur de tuer, et il ne faut pas avoir peur d’être tué. On ne vainc pas la terreur depuis le ciel. Daech a des points de vulnérabilité, surtout s’il est attaqué sur terre. Général Ashkenazi
En Europe, l’équilibre entre la sécurité et les droits de l’homme penchait jusqu’à présent en faveur des droits de l’homme. Mais il n’y a plus le choix : il faut faire pencher la balance du côté de la sécurité pour défendre la démocratie. dans la lutte antiterroriste, nous sommes tous dans le même bateau. Ministre israélien de la Défense
Gaby Ashkenazi, comme d’autres responsables actifs de la défense israélienne estime que Daech a exploité les failles et les points faibles des régimes démocratiques européens, qui de leur côté ont préféré continuer à croire que le conflit se limitait au Proche-Orient et ne les concernait pas directement. Pour faire face à cette nouvelle réalité qu’il est désormais impossible d’occulter, la doctrine de défense telle que les Israéliens la recommandent aujourd’hui à leurs alliés français et européens, repose sur trois piliers : frontières, renseignement et actions préventives. L’espace Shengen a vécu. La France et l’Europe, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ont voulu croire que les conflits de civilisation étaient révolus, et depuis la fin de l’ère soviétique, que leurs frontières pouvaient s’ouvrir sans limitation, car la démocratie avait gagné et ne serait plus jamais menacée. Le terrorisme islamiste vient de s’engouffrer dans la brèche qu’il faut donc refermer. Les Etats d’Europe vont devoir reprendre le contrôle de leurs frontières, et en particulier avec la Turquie, recommande notamment le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon. Actualité juive
Un rapport explosif fourni par le département d’État et le Pentagone circule depuis plusieurs semaines sur les sites d’information alternatifs, sans que les grands médias américains – hormis quelques titres conservateurs – ne s’en fassent l’écho. Il met pourtant en avant le fiasco de l’administration Obama dans sa gestion des crises syrienne et irakienne, qui ont enfanté l’organisation État islamique (EI). Dès le 5 août 2012, ce rapport d’information de la DIA (Defense Intelligence Agency, les services de renseignements du Pentagone) alarmait les responsables de la CIA, du département d’État, et du Pentagone sur la radicalisation de la rébellion syrienne et le possible établissement d’un « État islamique » à l’est de la Syrie, avec de « graves conséquences en Irak . Deux ans plus tard, la « prédiction » devenait réalité avec la proclamation en juin 2014 d’un « califat » à cheval sur la Syrie et l’Irak. Le Point (10/06/2015)
On sait que l’Arabie saoudite a financé et armé les factions les plus radicales de la rébellion et que la Turquie a laissé massivement passer des armes vers ces groupes pour précipiter la chute de Bachar el-Assad. Si les États-Unis ne s’y sont pas opposés activement, on ne peut pas dire pour autant qu’ils aient encouragé les djihadistes. François Géré
Le califat islamique de Daech entend simplement refaire ce qu’ont fait les premiers califes qui ont étendu le royaume de l’Arabie aux portes de la Chine jusqu’au Sud de l’Espagne. Ils expriment aujourd’hui cette volonté de conquête massive globale où l’ennemi n’est pas que le juif, mais l’Occident chrétien. L’attaque spectaculaire à Paris vise à sidérer l’ennemi, créer l’effroi général, créer un syndrome de Stokhcolm généralisé chez les populations pour que celle-ci exigent un infléchissement de la stratégie syrienne et arabe de la France. (…) La hiérarchie est la suivante: en premier il y a les « vrais » musulmans, les salafstes, puis les autres musulmans sunnites, puis les chiites orthodoxes, puis les chrétiens et les juifs, puis, bien plus bas, les sectes hétérodoxes « apostates » issues du chisme (Alaouites, druzes, etc) et les idolâtres. Enfin, l’objectif des Jihadistes est atteint: le pays ennemi est plongé dans l’effroi, les magasins et lieux publics sont sur contrôlés, les citoyens sont terrifiés par les médias qui ne parlent que de cela en boucle et qui ne cessent de relayer les revendications des Jihadistes. Pendant ce temps, Daech continue d’envoyer des activistes futurs terroristes dans le flux global des immigrés clandestins… (…)  Tout d’abord, Abou Moussab Al-Souri, de son vrai nom, Setmariam Nazar possédant la double nationalité syro-espagnole (par mariage), est un idéologue d’Al-Qaida « canal historique », bien qu’ayant toujours fait preuve d’une grande indépendance personnelle vis-à-vis de la direction du mouvement. Comme cela est dit dans le film « les barbouzes », « il encombre aux archives » de tous les services de renseignement. Seul détail gênant, depuis sa libérations des geôles syriennes en 2011 (il avait été « rendu » au régime de Bachar el-Assad par les Américains – qui l’avaient arrêté en 2005 – quand celui-ci était encore fréquentable), personne ne sait où il est passé. Ses théories vont à l’opposé de celles de Daech dans le cadre de la création d’un « État » islamique. Il jugeait cette façon de faire comme trop dangereuse car présentant une cible trop facile à frapper par les Occidentaux. Ayant une grande connaissance de l’étranger, il prônait la créations de cellules clandestines sans liens avec un commandement central pour ne pas se faire détecter. Ces cellules devaient pouvoir passer à l’action avec leurs propres moyens pour déclencher une guerre civile en créant des divisions entre les musulmans et les populations locales. (…) Daech, à la différence d’Al-Qaida « canal historique », ne possède pas (encore) de « réseau » à l’étranger. Cela dit, Al-Qaida « canal historique » a perdu beaucoup de ses contacts à l’étranger en dehors de ses mouvements affiliés (AQMI au Sahel, AQAP au Yémen, etc.). C’est pour cette raison que Daech lance des « appels au meurtre » via le net en espérant que des adeptes s’en inspireront. Daech qui « patine » sur le front syro-irakien depuis l’été, en particulier en raison des frappes de la coalition, de la résilience des Kurdes et de l’appui apporté par Téhéran (et le Hezbollah libanais) à Bagdad et à Damas, souhaite desserrer l’étau qui pèse sur lui en déclenchant des actions terroristes de par le monde. En dehors des mouvements qui lui ont fait allégeance en Libye, en Tunisie, en Algérie, au Liban, dans le Sinaï et en Extrême-Orient, il n’en a pas les moyens matériels et humains. En Occident, il est particulièrement démuni, ce qui explique son « appel dans le désert ». Le problème réside dans le fait que des individus isolés trouvent dans la « cause » de l’État Islamique la raison de passer à l’action. Cette « cause » est différente de celle d’Al-Qaida car il existe aujourd’hui un véritable État islamique situé à cheval sur la Syrie et l’Irak. C’est du « concret ». Les motivations des nouveaux adeptes sont souvent dictées par la volonté de venir à bout d’un mal-être personnel. Daech ne s’en prend pas plus aux Occidentaux qu’Al-Qaida. De plus, il profite des combattants étrangers pour se fournir en « chair à canon ». Il est en effet en sous-effectifs par rapport aux territoires qu’il tente de contrôler. Les djihadistes étrangers sont priés de ne pas repartir. Pour ce faire, leurs papiers leur sont confisqués dès leur arrivée. La rumeur court qu’une centaine auraient été exécutés car ils souhaitaient déserter. Il n’est toutefois pas impossible que quelques fanatiques puissent revenir et se lancer dans des attentats vengeurs.(…) Ce qui est inquiétant, c’est la surenchère qui existe aujourd’hui entre Al-Qaida « canal historique » et  Daech. C’est à celui qui fera parler le plus de lui. D’ailleurs, Al-Qaida qui n’a pas dit son dernier mot est en train de créer un État dans le nord-ouest de la Syrie. Son objectif est de faire la pige à Daech. Il va falloir aussi voir ce que va faire Al-Qaida en Afghanistan quand les talibans mèneront leur « offensive de printemps » qui pourrait voir, à terme,  l’effondrement du régime en place à Kaboul. (…) . Al-Qaida se livrait essentiellement à du prosélytisme via des mosquées, des clubs sportifs et des associations. Cette phase semble terminée car les services de police surveillent particulièrement ces structures. Le principe pour recruter des activistes est de les valoriser personnellement en leur démontrant qu’ils sont « maltraités » par la société. Cette manière de faire est aussi valable pour d’autres mouvements contestataires ou séparatistes. Il n’y a rien de nouveau dans le monde révolutionnaire. D’ailleurs, si le salafisme-djihadiste disparaissait demain, d’autres mouvements révolutionnaires utiliseraient alors le terrorisme qui n’est, en fin de compte qu’un moyen de combat (« mouvement terroriste » ne veut rien dire. Il faudrait dire un mouvement idéologique, politique, religieux, sectaire, etc. qui « utilise » l’arme du terrorisme). Alexandre Del Valle
Au lendemain des attentats du 7 janvier, j’ai passé deux jours scotché aux informations télévisées en continu sans pouvoir en détourner les yeux. Au lendemain des attentats du 13 novembre, je crois que je n’ai même pas allumé la télévision. Je me suis contenté d’appeler les amis et les connaissances qui habitent dans les quartiers touchés (et ça représente du monde). On s’habitue à tout, même aux attentats. La France résistera. Les Français sauront résister même sans se prévaloir d’un héroïsme exceptionnel, sans même avoir besoin d’un +sursaut+ collectif d’orgueil national (…). Ils résisteront parce qu’on ne peut pas faire autrement, et que l’on s’habitue à tout. Parce qu’aucune émotion humaine, pas même la peur, est plus forte que l’habitude. +keep calm and carry on+. Reste calme et avance. D’accord, on va faire exactement comme ça (même si – hélas – nous n’avons pas un Churchill à la tête du pays). Contrairement à ce que l’on pense, les Français sont plutôt dociles et ils se laissent gouverner facilement, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont de complets imbéciles. Leur principal défaut est une sorte de superficialité qui incline à l’oubli, ce qui signifie qu’il faut leur rafraîchir la mémoire périodiquement. La situation regrettable dans laquelle nous nous trouvons doit être attribuée à des responsabilités politiques spécifiques ; et ces responsabilités politiques devront tôt ou tard être étudiées à la loupe. Il est très improbable que l’insignifiant opportuniste qui occupe le fauteuil de chef de l’Etat, tout comme l’attardé congénital qui occupe les fonctions de Premier ministre, pour ne rien dire des +ténors de l’opposition+ (LOL) sortent avec les honneurs d’un tel examen. Qui a décidé les coupes dans les forces de police, jusqu’à réduire ces dernières à l’exaspération, [ à les rendre ] quasiment incapables d’effectuer leurs missions ? Qui, pendant des années, nous a répété que les frontières sont une antique absurdité, symbole d’un nationalisme dépassé et nauséabond ? Il ne faut pas longtemps pour comprendre que ces responsabilités ont été largement partagées. (…) Les gouvernements qui se sont succédé au cours des dix (vingt ? trente ?) dernières années ont failli péniblement, systématiquement, lourdement, dans leur mission fondamentale qui consiste à protéger la population française dont ils ont la charge (…). On pourrait multiplier à l’infini les exemples de la fracture – aujourd’hui abyssale – qui existe entre les citoyens et ceux qui devraient les représenter. Michel Houellebecq
Cela ne fait jamais que quarante ans que la gauche, mimée par la droite, poursuit cette politique désastreuse. Un effet d’optique laisse croire que la France ne serait en guerre que contre le « terrorisme djihadiste », que François Hollande n’a d’ailleurs pas osé nommer plus précisément, mardi devant le Congrès réuni à Versailles. Or, si l’idéologie salafiste menace la France, c’est bien parce qu’elle a pu s’y installer et y prospérer sans contraintes, sous la protection des belles âmes aveuglées par leur dévotion à la « diversité ». C’est donc aussi l’idéologie relativiste et sansfrontiériste, toujours en vigueur quand on observe Bartolone s’enfermer dans les mêmes dénis des réalités, qu’il s’agit de combattre. Ivan Rioufol
President Obama and other Western leaders desperate to resolve the conflict in Syria should keep in mind that the enemy of your enemy can also be your enemy. For the U.S. and the West, allying with Iran, Mr. Putin’s Russia and the Assad regime would be morally repugnant, strategically disastrous and entirely unnecessary. The immorality of such an alliance is self-evident: The U.S. officially designates Iran and Syria as state sponsors of terror. The argument in favor of such an alliance cites the World War II precedent that the Allies joined Stalin to defeat Hitler. The comparison is inapt. First, NATO doesn’t need the help of Mr. Putin or Iran to defeat ISIS; NATO simply needs the resolve to do it. Second, such an alliance would only undermine the effort. Seeing the U.S. working with Mr. Assad and the Shiites of Iran—who essentially control Baghdad, too—would further convince the region’s Sunnis that they have no choice but to turn to ISIS for protection. Americans above all should realize the importance of the Sunnis. The 2007 U.S. military surge in Iraq was so successful because it included the protection and recruitment of Sunni tribes to fight Sunni extremists. The Obama administration’s hasty exit from Iraq left the Sunnis at the mercy of a hostile Shiite government in Baghdad. Conditions were made ripe for the rise of Islamic State. Even with France’s stepped-up bombing campaign against ISIS in Syria, and U.S. vows to intensify its own bombing effort, the fact remains: You can’t win hearts and minds from 30,000 feet. The problem with an air-power-only offensive is not only that you don’t always kill the right people, but that you can’t protect anyone. The people of Syria and Iraq need the protection and stability that will starve ISIS of its main source of recruits. No bombs, whether American or French, can provide that. Airstrikes will inspire as many ISIS volunteers as they kill, while also creating countless new refugees. Destroying infrastructure makes the refugees’ eventual return less likely.  “Boots on the ground” is the phrase that must never be mentioned, but mention it we must. Anything less than a major U.S. and NATO-led ground offensive against ISIS will be a guarantee of continued failure and more terror attacks in the West. It is immoral to continue putting civilians—Syrian and Western alike—instead of soldiers on the front line against terrorists. (…) Heartfelt expressions of solidarity and candlelight vigils for the victims won’t stop ISIS unless that goodwill is turned to action. Playing defense is hopeless. The world today is too small, the threats too big. The only solution is to fight the problem at its source. You cannot have liberté, égalité, fraternité without sécurité. Garry Kasparov

Attention: un ennemi peut en cacher un autre !

A l’heure où suite au plus grave acte terroriste qu’ait connu la France …

Pendant que dans l’indifférence générale continue à frapper en Israël le terrorisme palestinien

Se confirment  tant les risques d’une immigration incontrôlée que la présence et la mort dans la ville aux 110 000 habitants  et  130 communautés d’un des terroristes les plus recherchés d’Europe …

Et où l’on apprend sur fond d’emballement des théories du complot voire de franche réjouissance dans nos banlieues dites « sensibles » et de propagation des menaces en Allemagne, Italie ou Suède

Que les autorités françaises auraient refusé, si l’on en croit un ancien responsable des services secrets, une liste de djhadistes français en Syrie sous prétexte qu’elle était proposée par les services syriens …

Pendant qu’après cet incroyable ratage dix mois après le tragique avertissement de Charlie hebdo et de l’Hyper cacher, le gouvernement français consent enfin à reconnaitre que nous sommes en guerre (et que, comme le rappellent nos écrivain et philosophe groupies des dhimmis Villepin et Chirac, faire la guerre, ça se paie) …

Mais, non content de frayer depuis des décennies avec les financiers (Arabie saoudite et Qatar) et soutiens (Turquie) mêmes du terrorisme mondial, annonce à présent son ralliement avec des partenaires aussi peu fiables que la Russie et l’Iran …

Comment ne pas voir, avec Garry Kasparov, autre chose que l’aggravation de la mesure même qui a donné le jour à l’Etat islamique

A savoir le retrait inconsidéré, par le président Obama, des troupes en Irak …

Et l’abandon consécutif au pouvoir et aux milices chiites de Bagdad …

D’une minorité sunnite sans laquelle, comme l’avait brillamment démontré et réussi le général Pretaeus juste avant la funeste décision de l’actuelle administration américaine, toute défaite de l’Etat islamique est parfaitement illusoire ?

Dancing With Dictators Against Islamic State
The U.S. and its allies can defeat ISIS. Joining with Putin, Assad and Iran’s regime would be immoral.
Garry Kasparov
The Wall Street Journal
Nov. 17, 2015

Three days after coordinated terror attacks in Paris killed at least 129 people and put the lie to President Obama’s recent claim that Islamic State was “contained,” Mr. Obama took to the podium on Monday. Speaking from Antalya, Turkey, where he was attending a G-20 meeting, he threw the full weight of his rhetoric behind solidarity with France and behind the French military response against Islamic State, or ISIS. But he offered no policy changes. In other words, once again America is leading from behind.

Mr. Obama’s remarks in Turkey came after he sat down for an impromptu discussion with Russian dictator Vladimir Putin, who has shipped troops and military hardware to Syria to prop up the Bashar Assad regime and to produce desperately needed new war propaganda back home. A suggestion gaining currency in recent days—encouraged by the Putin-Obama photo op—that the U.S. and NATO cooperate with Mr. Putin against ISIS is ludicrous on many levels. The most obvious one being that Russian forces aren’t in Syria to fight ISIS.

Even after the death of 224 people—most of them Russian tourists—in the Oct. 31 Metrojet crash in Egypt that was almost certainly an ISIS terror bombing, Mr. Putin remains focused on his goals. He is in Syria to help Iran and Mr. Assad destroy any legitimate alternatives to the status quo. What is that status quo? The Assad regime and its Iranian backers controlling the region by force.

The Kremlin also wants to maintain a stream of Syrian refugees pouring into Europe. The migrant crisis is useful to Mr. Putin in two ways. It distracts European attention from his continuing military campaign against Ukraine. And the flood of refugees will enhance the fortunes of far-right European parties that openly embrace Mr. Putin, increasing pressure on the European Union to lift sanctions against Russia. If one of the terrorists in the Paris attack slipped into Europe with Syrian refugees, so much the better.

President Obama and other Western leaders desperate to resolve the conflict in Syria should keep in mind that the enemy of your enemy can also be your enemy. For the U.S. and the West, allying with Iran, Mr. Putin’s Russia and the Assad regime would be morally repugnant, strategically disastrous and entirely unnecessary. The immorality of such an alliance is self-evident: The U.S. officially designates Iran and Syria as state sponsors of terror.

The argument in favor of such an alliance cites the World War II precedent that the Allies joined Stalin to defeat Hitler. The comparison is inapt. First, NATO doesn’t need the help of Mr. Putin or Iran to defeat ISIS; NATO simply needs the resolve to do it. Second, such an alliance would only undermine the effort. Seeing the U.S. working with Mr. Assad and the Shiites of Iran—who essentially control Baghdad, too—would further convince the region’s Sunnis that they have no choice but to turn to ISIS for protection.

Americans above all should realize the importance of the Sunnis. The 2007 U.S. military surge in Iraq was so successful because it included the protection and recruitment of Sunni tribes to fight Sunni extremists. The Obama administration’s hasty exit from Iraq left the Sunnis at the mercy of a hostile Shiite government in Baghdad. Conditions were made ripe for the rise of Islamic State.

Even with France’s stepped-up bombing campaign against ISIS in Syria, and U.S. vows to intensify its own bombing effort, the fact remains: You can’t win hearts and minds from 30,000 feet. The problem with an air-power-only offensive is not only that you don’t always kill the right people, but that you can’t protect anyone. The people of Syria and Iraq need the protection and stability that will starve ISIS of its main source of recruits. No bombs, whether American or French, can provide that. Airstrikes will inspire as many ISIS volunteers as they kill, while also creating countless new refugees. Destroying infrastructure makes the refugees’ eventual return less likely.

“Boots on the ground” is the phrase that must never be mentioned, but mention it we must. Anything less than a major U.S. and NATO-led ground offensive against ISIS will be a guarantee of continued failure and more terror attacks in the West. It is immoral to continue putting civilians—Syrian and Western alike—instead of soldiers on the front line against terrorists.

Pacifying the region and protecting its people from the predation of terrorists and brutal dictatorships is the only path left. It is also the only way to ever repatriate the millions of refugees the Syrian civil war has created. We must support these people now, not watch from afar as they are slaughtered and enslaved, paying attention only when the horror makes its way into our capitals. Our fate is tied to theirs.

Heartfelt expressions of solidarity and candlelight vigils for the victims won’t stop ISIS unless that goodwill is turned to action. Playing defense is hopeless. The world today is too small, the threats too big. The only solution is to fight the problem at its source. You cannot have liberté, égalité, fraternité without sécurité.

Mr. Kasparov is the chairman of the New York-based Human Rights Foundation and the author of “Winter Is Coming: Why Vladimir Putin and the Enemies of the Free World Must Be Stopped” (PublicAffairs, 2015).

Voir aussi:

Après les attentats à Paris, le « J’accuse » de Michel Houellebecq
Jean Michel Gradt

Les Echos

Le 19/11/15

Dans une tribune publiée par le quotidien transalpin, « Il Corriere della Sera », l’écrivain fustige les gouvernements de droite comme de gauche qui ont failli dans leur mission de protection de la population française. Il a des mots particulièrement durs pour François Hollande et Manuel Valls.

Son dernier roman « Soumission », une farce grinçante dans laquelle il décrit une France gouvernée par un parti islamiste en 2022, était paru le… 7 janvier, jour de l’attentat contre « Charlie Hebdo ». Puis la terreur a frappé à nouveau la capitale le 13 novembre. Ce jeudi, Michel Houellebecq revient sur ces attentats, dans une tribune intitulée « J’accuse Hollande et je défends les Français » parue dans le grand quotidien transalpin « Il Corriere della Sera ».

L’occasion pour lui d’administrer une volée de bois vert aux hommes politiques français et à leur action diplomatique.

« Au lendemain des attentats du 7 janvier, j’ai passé deux jours scotché aux informations télévisées en continu sans pouvoir en détourner les yeux. Au lendemain des attentats du 13 novembre, je crois que je n’ai même pas allumé la télévision. Je me suis contenté d’appeler les amis et les connaissances qui habitent dans les quartiers touchés (et ça représente du monde) », confie-t-il.

« On s’habitue à tout, même aux attentats »
Avant d’ajouter, sur le mode désabusé. « On s’habitue à tout, même aux attentats. La France résistera. Les Français sauront résister même sans se prévaloir d’un héroïsme exceptionnel, sans même avoir besoin d’un +sursaut+ collectif d’orgueil national (…). Ils résisteront parce qu’on ne peut pas faire autrement, et que l’on s’habitue à tout. Parce qu’aucune émotion humaine, pas même la peur, est plus forte que l’habitude. »

Puis, on note une rupture de ton. Après la résignation (feinte ?), il amorce l’offensive : « +keep calm and carry on+. Reste calme et avance. D’accord, on va faire exactement comme ça (même si – hélas – nous n’avons pas un Churchill à la tête du pays). Contrairement à ce que l’on pense, les Français sont plutôt dociles et ils se laissent gouverner facilement, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont de complets imbéciles. Leur principal défaut est une sorte de superficialité qui incline à l’oubli, ce qui signifie qu’il faut leur rafraîchir la mémoire périodiquement. »

Puis l’écrivain se fait procureur, passe du réquisitoire à la charge : « la situation regrettable dans laquelle nous nous trouvons doit être attribuée à des responsabilités politiques spécifiques ; et ces responsabilités politiques devront tôt ou tard être étudiées à la loupe. Il est très improbable que l’insignifiant opportuniste qui occupe le fauteuil de chef de l’Etat, tout comme l’attardé congénital qui occupe les fonctions de Premier ministre, pour ne rien dire des +ténors de l’opposition+ (LOL) sortent avec les honneurs d’un tel examen. »

Les gouvernements entre faillite et discrédit
L’auteur de « Extension du domaine de la lutte » interroge : « qui a décidé les coupes dans les forces de police, jusqu’à réduire ces dernières à l’exaspération, [ à les rendre ] quasiment incapables d’effectuer leurs missions ? Qui, pendant des années, nous a répété que les frontières sont une antique absurdité, symbole d’un nationalisme dépassé et nauséabond ? Il ne faut pas longtemps pour comprendre que ces responsabilités ont été largement partagées. »

Michel Houellebecq reproche aux leaders politiques français – exception faite de Dominique de Villepin dont il salue l e discours contre la guerre en Irak en 2003 à l’ONU – d’avoir engagé le pays dans des opérations militaires « absurdes et coûteuses » qui ont eu pour principal résultat d’avoir « plongé dans le chaos, d’abord l’Irak, puis la Libye. Et ces dirigeants étaient sur le point, il y a peu de temps encore, de faire la même chose en Syrie ».

Conclusion : « Les gouvernements qui se sont succédé au cours des dix (vingt ? trente ?) dernières années ont failli péniblement, systématiquement, lourdement, dans leur mission fondamentale qui consiste à protéger la population française dont ils ont la charge (…). On pourrait multiplier à l’infini les exemples de la fracture – aujourd’hui abyssale – qui existe entre les citoyens et ceux qui devraient les représenter. »

Voir également:

SCANDALE D’ÉTAT ? : Valls a refusé la liste des djihadistes français proposée par la Syrie !
Olivier Berruyer

Les Crises

18 nov 2015

Yves de Kerdrel, directeur de la publication de Valeurs actuelles, révèle l’information inédite de l’interview de Bernard Squarcini (ancien chef du renseignement français) qui paraîtra dans l’édition de ce jeudi 19 novembre :

L’ancien directeur de la DCRI y affirme que :

les services secrets syriens ont la liste des combattants djihadistes français opérant en Syrie, qu’ils l’ont proposée à la France il y a deux ans, que Manuel Valls a répondu “pas question, nous n’échangeons pas d’informations avec un régime tel que la Syrie”

Kerdrel commente “cette information a de quoi faire sauter un certain nombre de personnes en France” – tu m’étonnes !

Squarcini n’est pas un ange, Valeurs actuelles non plus, mais enfin, on parle ici du chef de la DST ! Qui ne s’amuse pas à proférer des accusations pareilles sans biscuits… Et si on attend que ces informations sortent dans Libé…

Il a donné une intéressante interview ici en 2014 :

 Vous êtes politisé ?

Je n’ai pas de couleur politique, je n’ai même pas de carte. Enfin si… Carte Vitale, de police et de préfet. J’ai servi la gauche avec force avant de servir la droite et vice versa. On m’a relié à un homme. Certains disent de vous que vous étiez l’homme de Sarkozy… S’ils savaient… Je disais « non » neuf fois sur dix. Le grand journaliste Georges Malbrunot dénonce ces politiques délirantes depuis longtemps :

mais là on apprend surtout, non pas le crétinisme de la décision, mais la valeur de ce qui a été refusé…

Cette histoire va finir par être très intéressante, car la vérité va finir par apparaître :

un ministre des affaires étrangères qui fricotte avec des islamistes, qui trouve qu’al-Qaïda fait du bon boulot sur le terrain en Syrie, qui déclare que “Bachar el-Assad ne mérite pas d’être sur terre” (empêchant toute coopération, et suscitant nombre de vocation dans les banlieues du coup, répondant à son appel… Mais QUI lui a confié la Diplomatie)
un Premier Ministre comme ça…
un Président qui a reconnu avoir livré des tonnes d’armes aux rebelles syrien, 90 % ayant fini chez les islamistes d’al-Qaïda ou de Daesh…  (ce qui est interdit par le Droit international pour mémoire)
tout ça pour mettre à terre un régime certes pas sympathique et autoritaire (avec des crimes encore limités en 2011), mais qui ne nous a rien fait, ne nous menaçait en rien, était même un régime ami il y a 5 ans !

On a confié notre sécurité à des clowns. N’y voyez pas de polémique partisane, c’est Alain Juppé qui a commencé, en reconnaissant les “islamistes modérés” comme légitimes.

Grace à Chirac et Villepin, la France était aimée de tout le monde arabe en 2007. Passent le cyclone Sarkozy puis le typhon Hollande, alimentés par la dépression BHL, et on se retrouve ennemi n’°1 de l’État islamique !

Ces droits-de-l’hommistes ayant d’ailleurs une grande cohérence dans leurs relations, ne fréquentant que des “démocrates”…

“Démocrates” qui, certes, financent le terrorisme, mais bon, comme ils ne financent pas que ça…

Réécoutez-le hier, défendant ses amis, dénoncés partout :

“Plus largement, la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table.” [Marc Trevidic, juge antiterroriste français, 15/11/2015]

À suivre demain avec l’article, ce n’est que le début…

En route vers une commission d’enquête !

Voir encore:

Comment les experts israéliens analysent les attentats de Paris

Pour les spécialistes de la défense israélienne, les attentats de Paris s’expliquent d’abord par une conception du monde dépassée et inadaptée de la part de la France et des autres pays d’Europe.

« L’Europe n’était pas préparée à ce type d’attaque ». Au lendemain des attentats qui ont frappé Paris, le diagnostic de Gaby Ashkénazi est sans appel. Pour l’ancien chef d’état-major de Tsahal, la France n’est pas seule à avoir refusé de regarder la réalité en face, même après les attentats de janvier. Daech n’a jamais caché ses objectifs et c’est ouvertement que le mouvement terroriste a promis de s’en prendre à la France. Gaby Ashkenazi, comme d’autres responsables actifs de la défense israélienne estime que Daech a exploité les failles et les points faibles des régimes démocratiques européens, qui de leur côté ont préféré continuer à croire que le conflit se limitait au Proche-Orient et ne les concernait pas directement.

Pour faire face à cette nouvelle réalité qu’il est désormais impossible d’occulter, la doctrine de défense telle que les Israéliens la recommandent aujourd’hui à leurs alliés français et européens, repose sur trois piliers : frontières, renseignement et actions préventives. L’espace Shengen a vécu. La France et l’Europe, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ont voulu croire que les conflits de civilisation étaient révolus, et depuis la fin de l’ère soviétique, que leurs frontières pouvaient s’ouvrir sans limitation, car la démocratie avait gagné et ne serait plus jamais menacée. Le terrorisme islamiste vient de s’engouffrer dans la brèche qu’il faut donc refermer. Les Etats d’Europe vont devoir reprendre le contrôle de leurs frontières, et en particulier avec la Turquie, recommande notamment le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon.

Les mesures n’ont pas été prises

Le renseignement doit être plus efficace. « Les Européens ont compris qu’il y avait un danger, mais les mesures qui auraient dû être prises ne l’ont pas été, comme par exemple une réforme de la législation permettant l’écoute de terroristes potentiels » estime encore Moshe Yaalon. Sans tomber dans certains excès américains, il y a des dispositions qui peuvent améliorer le traitement et l’analyse des informations pour une utilisation optimale. Cela passe aussi par la coopération internationale, qu’Israël pratique déjà avec ses alliés européens, dont la France. « Israël a des informations. Nous ne sommes pas exactement un acteur subalterne dans ce domaine. Les renseignements que nous obtenons, nous les partageons avec la France et avec d’autres Etats concernés; et pas seulement depuis hier » a déclaré Binyamin Netanyahou au lendemain des attentats du 13 novembre.

« Quand on est en guerre, il ne faut pas avoir peur de tuer, et il ne faut pas avoir peur d’être tué » rappelle pour sa part le général Ashkenazi. « On ne vainc pas la terreur depuis le ciel », estime l’ancien chef d’état-major, convaincu que les frappes aériennes en Syrie ou en Irak ne seront pas la solution. « Daech a des points de vulnérabilité, surtout s’il est attaqué sur terre ». Des actions contre le mouvement terroriste sur son terrain sont possibles et nécessaires.

« En Europe, l’équilibre entre la sécurité et les droits de l’homme penchait jusqu’à présent en faveur des droits de l’homme. Mais il n’y a plus le choix : il faut faire pencher la balance du côté de la sécurité pour défendre la démocratie » affirme le ministre israélien de la Défense, qui espère que la France et l’Europe ont maintenant compris que « dans la lutte antiterroriste, nous sommes tous dans le même bateau ».

Voir aussi:

Europe
Key ISIS figure targeted in Paris raid may have slipped in and out of Europe
Anthony Faiola

The Washington Post

November 18

PARIS — French security forces mobilized Wednesday on a surprising lead: The man considered to be the ringleader of the Paris attacks — an Islamic State operative and the puppet master of its effort to terrorize Europe — was potentially hiding out right under the noses of French intelligence.

Based on the lead, police officers and soldiers launched a seven-hour siege on an apartment building in Paris’s Saint-Denis district that left at least two dead, officials said.

Two senior European officials familiar with the investigation said they received confirmation from the French that one of the dead was Abdelhamid Abaaoud — a 28-year-old Belgian of Moroccan descent who cajoled his own 13-year-old brother into fighting in Syria.

French officials Wednesday said they could not confirm that Abaaoud was among the two dead. But they said he was not among the eight taken alive.

Social video captures police raid in Saint-Denis
Gunfire broke out in the northern Paris suburb of Saint-Denis early on Nov. 18 as police pursued suspects from the terror attacks on Nov. 13. Witnesses documented the flood of police into the historic suburb as the raid grew. (Jenny Starrs/The Washington Post)
His death would bring a measure of justice to the French investigation into the deadliest attack on French soil since World War II, an assault in which three squads of militants killed 129 people and left more than 300 wounded. But Abaaoud’s ability to successfully traverse the porous borders of Europe and hide in France would also suggest just how large a security threat the continent is facing.

Officials believe the man who has boasted of easily escaping “crusader intelligence” as he sneaked in and out of Europe is a guru behind the Paris massacre. In the hours and days after the attacks — which struck a stadium, a concert hall, bars and restaurants — authorities have pieced together a picture of a network of attackers with ties that radiate back to Abaaoud.

Two European officials familiar with the case said Abaaoud is thought to have arrived in Syria sometime in 2013 or 2014 and to have slipped in and out of Europe since. Following the Paris attacks, the intelligence community was divided on where Abaaoud might be. Some officials believed he might be in Syria. But Paris prosecutor François Molins said Wednesday that investigators received information from a witness Monday that Abaaoud was in France.

 “It was taken very seriously and was double-checked through the verification of phone records and banking operations,” he said.

At least two of the men believed to be directly involved in the Paris attacks — including Salah Abdeslam, a 26-year-old who is on the run — had years-long connections to Abaaoud and came from the same hardscrabble neighborhood in Brussels that has become a breeding ground for European jihadists. The bearded Islamic State operative, officials say, may also have been directly involved in the recruitment of other assailants in Friday’s attacks, and he was actively involved in several other attempts this year to stage terrorist acts in Europe.

Abaaoud has been linked by authorities to several foiled terrorist plots in France and Belgium over the past two years, including the attempted attack in August on a Paris-bound high-speed train from Amsterdam that was thwarted with the aid of three Americans.

Authorities say as many as 20 people may have been involved in the plot to attack Paris. Here’s what we know about them so far. (Gillian Brockell/The Washington Post)
In August, Reda Hame, a French foreign fighter, was arrested in France after returning home from Syria. He told the police that he had met Abaaoud in Syria and had been instructed to strike at densely populated targets. He said he had been given several targets for attacks in France, including “concert halls” and “food markets.”

“These weren’t specific targets,” a French official said, “rather, ideas of places to strike, so as to spread fear everywhere.”

Abaaoud spent his youth in the Molenbeek neighborhood of Brussels and was arrested for petty crimes — a profile common among young jihadists who were also wayward youths. But he is thought to have later associated with members of Sharia4Belgium, an Islamist activist group that was designated a terrorist organization this year.

Abaaoud is believed to have joined the Islamic State, also known as ISIS or ISIL, sometime in 2013. He has appeared in a number of its videos, including one from March 2014 in which he drives a pickup truck with a string of dead bodies attached.

 “He contributed to sending hundreds of Belgians to Syria, coordinating departures,” said Jean-Charles Brisard, a counterterrorism expert based in Paris. “He has a big role in recruitment of the French-speaking jihadists.”

Voir de plus:

Attentats – Goldnadel : « Et dire qu’il était interdit avant vendredi de lier invasion migratoire et risque terroriste »
Gilles-William Goldnadel

Valeurs actuelles

18 Novembre 2015

Stop ou encore ? Mots belliqueux creux ou détermination ? Certes, nous ne sommes plus dans l’escroquerie Charlie, mais sommes-nous vraiment sortis de 30 ans de complaisance médiatique et politique pour la radicalité islamique ? Le jour d’avant le vendredi noir, il était encore interdit de lier invasion migratoire et risque terroriste, tous les migrants étant indiscutablement cultivés et pacifiques. Le jour d’avant, le président d’une Europe crépusculaire et démissionnaire tançait le « nombrilisme » des Européens égoïstes. Ceux qui osaient penser que c’était mieux avant la société multiculturelle et le métissage obligatoire étaient d’affreux « déclinistes » rétrogrades. Le jour d’avant, une marche « des dignités » pouvait tranquillement insulter les policiers « violents » et vouloir exclure les  blancs « racistes ».Le jour d’avant, le seul danger qui guettait la France s’appelait le « populisme », du moins celui de droite. La fermeture des frontières était une chimère. Mais le samedi matin, rien n’était encore dit, au nom d’une commode « unité nationale », sur la dimension religieuse antichrétienne contenue dans le message de revendication de l’État islamique. Aucune réflexion n’était amorcée sur cette société multiculturelle avancée qui tourne au cauchemar, sur la dangerosité avérée d’une invasion qu’on n’a pas le droit de nommer. Stop ou encore ? Sommes-nous vraiment au jour d’après ?

Voir de même:

Saint-Denis, cité des rois et désormais de l’islam

C’est à deux pas de la basilique Saint-Denis, là où se trouve le gisant de Charles Martel, qu’un assaut des forces de l’ordre a été mené, ce mercredi matin, contre des suspects liés aux attentats islamistes de vendredi. Deux d’entre eux ont été tués, dont une femme qui a actionné sa ceinture d’explosifs. Sept personnes ont été interpellées, tandis que l’armée a massivement pris position dans ce quartier central. Difficile ce matin, devant les images télévisées de ces soldats surarmés patrouillant dans les rues, de ne pas faire le rapprochement avec des scènes souvent vues en Israël. Certes, Saint-Denis n’est pas Jérusalem-est. Néanmoins, comme l’explique Gilles Kepel dans  son livre, Quatre-vingt-treize, « l’ancienne ville des rois puis de la Révolution et de la classe ouvrière est devenue La Mecque de l’islam de France ». Le département de Seine-Sain-Denis, choisi pour promouvoir la candidature de Paris aux Jeux Olympiques, fait lui-même partie de ces territoires qui ont largement entamé leur bascule démographique et culturelle, sous le poids de l’immigration arabo-musulmane et de sa fécondité.  Les derniers autochtones quittent progressivement les lieux pour rejoindre la France périphérique. Il n’est donc guère étonnant que des islamistes aient pu trouver refuge, aux portes de Paris, dans cette ville de plus en plus homogène, par l’effet d’une substitution de population, d’un changement de peuple. Ce matin, sur Europe 1, le député PS du département, Claude Bartolone, a appelé à ne pas faire de lien entre les « banlieues populaires » et « ces terroristes ». Il a juré, sans rire, qu’ « il n’y avait jamais eu d’angélisme » dans son camp. Il a donc continué à défendre les mérites du « vivre ensemble ». Cela ne fait jamais que quarante ans que la gauche, mimée par la droite, poursuit cette politique désastreuse.
Un effet d’optique laisse croire que la France ne serait en guerre que contre le « terrorisme djihadiste », que François Hollande n’a d’ailleurs pas osé nommer plus précisément, mardi devant le Congrès réuni à Versailles. Or, si l’idéologie salafiste menace la France, c’est bien parce qu’elle a pu s’y installer et y prospérer sans contraintes, sous la protection des belles âmes aveuglées par leur dévotion à la « diversité ». C’est donc aussi l’idéologie relativiste et sansfrontiériste, toujours en vigueur quand on observe Bartolone s’enfermer dans les mêmes dénis des réalités, qu’il s’agit de combattre. L’éventuel  démantèlement du commando d’assassins d’une jeunesse parisienne ne mettra pas pour autant la France à l’abri, tant les cités elles-mêmes sont devenues inflammables. Le député PS, Malek Boutih, estime que les « terroristes » ont remplacé les « émeutiers », le rejet de la République et de ses valeurs étant très profond selon lui. Les lanceurs d’alerte qui, en 2002, avaient en vain sonné le glas sur les « territoires perdus de la République » voient leurs craintes confortées. L’un de ceux-là, Georges Bensoussan, explique ce mercredi dans Le Figaro : « Une partie de la population française ne se reconnaît plus dans les valeurs démocratiques et républicaines de la France. Et encore moins dans son histoire. La radicalisation islamiste de certains, et l’approbation apportée par les mêmes aux attentats de janvier 2015, évoquent les germes d’une guerre civile ». En fait, cette guerre civile est déjà là, quand des Français tuent d’autres Français et quand l’armée se déploie dans les villes. Elle peut en rester à ce stade, si le gouvernement affronte enfin clairement l’ennemi, sans désespérer les citoyens déjà en rupture avec l’Etat. Sinon, l’autodéfense pourrait être le risque.
Voir aussi:
FIGAROVOX/TRIBUNE – La journaliste et philosophe Alexandra Laignel-Lavastine, qui habite en Seine-Saint-Denis, a interrogé les jeunes de son quartier dès le matin du 14 novembre. Si leurs propos ne reflètent pas l’opinion majoritaire dans ce département, ils traduisent une réalité dérangeante.Alexandra Laignel-Lavastine a fait ses études à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV puis au Centre de formation des journalistes (CFJ), avant de se consacrer à une carrière d’essayiste, d’universitaire et d’éditeur, collaborant aussi, depuis 1987, à de nombreux médias écrits et audiovisuels, dont Le Monde (près de 250 articles, portraits et chroniques de 1998 à 2009, accessibles via le site du quotidien), Libération, Le Monde des débats, Philosophie Magazine… Elle est l’auteur d’ un livre de combat sur les enjeux de l’après Charlie, intitulé La Pensée égarée(Grasset, Prix de la Licra, mai 2015)* et sous titré «Islamisme, populisme, antisémitisme: essai sur les penchants suicidaires de l’Europe». La chronique d’une catastrophe annoncée en même temps qu’une invitation à décréter l’état d’urgence intellectuel.

Alors qu’en ce lugubre matin du samedi 14 novembre, la France était en état de choc et le monde glacé d’effroi, comment les jeunes de mon quartier, dans le 93, avaient-ils vécu, eux, les carnages de la nuit? Un vague espoir m’avait saisi: et si les tueurs islamistes venaient, par ce bain de sang, de s’aliéner un peu leurs admirateurs de banlieue, généralement fascinés par leurs «exploits guerriers»? Dans cet univers clos et à la dérive, où la fêlure morale est souvent vertigineuse, le principe qui prédomine est en effet celui de la valeur contraire. Les décapitations en ligne, les prières de rue et le voile intégral horrifient ou dérangent? Ils «kiffent» puisqu’ils «niquent la France». Mais cette fois? Se pouvait-il que les images atroces des tueries les laissent de marbre et ne suscitent pas l’ombre d’un écœurement ou d’une identification aux victimes? En s’en prenant au public jeune et festif d’un concert de rock ; pis, en ciblant les spectateurs d’un match de foot, leur passion, de surcroît au Stade de France, situé à quelques encablures de là et où ils auraient tous pu se trouver, les tueurs de Daech n’avaient-ils pas commis une erreur d’appréciation? J’avoue que je m’attendais au moins à un vague: «Là quand même, ils abusent!». Je descends au bistrot du coin vers 10 heures.

Aussi brillant que celui d’Emmanuel Todd et d’une bonne partie de la doxa de gauche politiquement correcte, pour qui il ne s’agissait déjà plus, quatre mois après « Charlie », de combattre l’islamisme, mais le « laïcisme radical » porté par les néo-réactionnaires, très vite tenus, en toute indécence, pour les coupables indirects des crimes de janvier.
Première surprise: rien n’y laisse deviner qu’une tragédie vient de frapper le pays. La télé est pourtant allumée au-dessus du comptoir, le film des événements passe et repasse en boucle. La clientèle, exclusivement masculine, regarde du coin de l’œil, mais personne ne semble concerné. J’interroge le patron, les yeux rougis par l’absence de sommeil, un sympathique arabe chrétien qui se définit comme «assyro-babylonien»: «J’y crois pas», me dit-il à voix basse. Depuis que j’ai ouvert à 8 heures, les gens parlent de tout et de rien, mais surtout pas de ce qui vient de se passer. C’est biz as usual: circulez, y’a rien à voir. Je m’attable avec Malik* en train de boire son café, le visage fermé. Je lui dit qu’il a une mine fatiguée et qu’il y a de quoi après les massacres horribles des dernières heures. «Pourquoi horribles?», me lance-t-il d’un air hostile, «tu crois quand même pas ce qu’ils nous racontent!». Ma crédulité lui fait même «pitié»: «Réfléchis trois secondes: un musulman, ça tue pas. Tuer, chez nous, c’est haram. C’est marqué dans le Coran». Je tente la carte bobo nunuche bien-pensante: l’islam est certes une religion-de-tolérance-et-de-paix, mais il peut y avoir de mauvais musulmans, des fanatiques qui le déforment et s’en servent à de vilaines fins politiques. «C’est quoi ces conneries?», poursuit-il. «Un communiqué, ça se fabrique, c’est comme les images: tout est bidon». Et comme un musulman ne peut donc être un meurtrier, il faut bien que «y’ai un truc derrière tout ça». Le raisonnement est implacable. Aussi brillant que celui d’Emmanuel Todd et d’une bonne partie de la doxa de gauche politiquement correcte, pour qui il ne s’agissait déjà plus, quatre mois après «Charlie», de combattre l’islamisme, mais le «laïcisme radical» porté par les néo-réactionnaires, très vite tenus, en toute indécence, pour les coupables indirects des crimes de janvier.

Or on a quand même le droit de se sentir chez soi, c’est normal ! ». J’ose faire remarquer que Nicolas Sarkozy a pourtant l’air de se trouver physiquement à Paris. « Ben c’est normal, vu que c’est Rockefeller qui dirige BFM et iTélé». J’admet que je n’y avais pas pensé… De toute façon, « ils sont tous islamophobes, faut arrêter de nous stigmatiser », conclut un autre.

Entre temps, les copains de Malik sont arrivés et ils se mêlent à la conversation. Nidal, passablement agressif, renchérit: «La vérité, de toute façon, on l’a connaît: c’est un complot contre nous et contre l’islam, comme avec Merah et le reste». Le reste? Un autre m’éclaire de façon assez prévisible en m’expliquant que les chambres à gaz seraient une «invention sioniste», le 11-Septembre un complot du Mossad et le massacre de Charlie-Hebdo un coup monté de la DCRI. «Tu vois, les Kouachi. J’ai un copain qui les connaissait bien. Il m’a dit que le deuxième frère était mort en 2009. C’est pas une preuve, ça? Le but, c’est de salir les musulmans». Avant, m’expliquent-ils, ils ne disposaient que de la version officielle que leur servaient «les médias». Désormais, ils possèdent un savoir inaccessible au profane: «On peut plus nous enfumer». À ce propos, je leur demande quels sont leurs sites préférés: Dieudonné, Soral, Médiapart, oumma.com, les Indigènes de la République? Ils ne comprennent pas le sens de ma question: «Internet, quoi, YouTube. Tu connais YouTube?». Je n’insiste pas, voyant que la notion même de source leur échappe. Je me résigne aussi assez vite à laisser de côté la question de la vraisemblance dudit complot — la paranoïa conspirationniste étant par définition immunisée contre tout démenti en provenance des faits —, pour m’intéresser aux chefs d’orchestres cachés: un complot, mais orchestré par qui? «Justement, on le saura jamais», dit Kevin d’un air grave et dubitatif. «Tu déconnes!», s’énerve Réda qui prend à son tour la parole avec véhémence: «T’sé quoi Madame, avec tout mon respect: les gros salauds, les barbares, les criminels qu’faudrait régler à la kalach, c’est les Juifs! Mais ça, tu pourras pas l’écrire dans ton journal vu qu’ils contrôlent tout». Vraiment tout? «Nan, en fait, seulement 80 %», estime Kamel, plus raisonnable et qui dispose de chiffres plus… exacts. Son voisin, un peu gêné devant moi, tient lui aussi à… nuancer: «Les Juifs, enfin les sionistes plutôt. C’est eux les grands caïds. Même l’Etat français est une marionnette entre leurs mains». Tous acquiescent avec vigueur et considèrent, pour de mystérieuses raisons, que seul Poutine, «un mec génial», pourrait nous «sauver».

Les trois mots magiques — «Juif», «sioniste» et «complot» — étant lâchés, ces vocables ont aussitôt pour effet d’échauffer le groupe, toujours aussi peu disposé, autour de midi, à verser une larme de compassion, même une toute petite, envers les morts et les blessés de la nuit. Une insensibilité et une indifférence absolues. Tandis que je songe à la réflexion d’Hannah Arendt sur le fait que c’est aussi dans le vide de la pensée et l’incapacité d’être ému que la barbarie se déploie, voilà que Toufik infléchit avec succès la discussion sur les francs-maçons, «les alliés du grand caïd» qui, manifestement, les passionnent. Et d’ajouter: «De toute façon, en France, c’est simple: si tu fais pas partie d’une loge, t’as pas de boulot». Son pote le coupe: «Faut pas oublier non plus Sarko et sa bande qui, après avoir vendu cinq tonnes d’or aux Américains pour une bouchée de pain, se sont tous tirés à Tel-Aviv». Son voisin complète: «Même les Français en ont marre, ils sont plus chez eux avec ces Juifs pourris. Or on a quand même le droit de se sentir chez soi, c’est normal!». J’ose faire remarquer que Nicolas Sarkozy a pourtant l’air de se trouver physiquement à Paris. «Ben c’est normal, vu que c’est Rockefeller qui dirige BFM et iTélé». J’admet que je n’y avais pas pensé… De toute façon, «ils sont tous islamophobes, faut arrêter de nous stigmatiser», conclut un autre.

Là, il me sidère: ces jeunes esprits déstructurés, abreuvés aux discours de haine et aux fantasmes complotistes, ont en même temps très bien capté le prêt-à-penser du jour et l’intérêt qu’ils pouvaient en retirer, entre chantage à l’islamophobie, vulgate du padamalgame (les procès en dérive «néo-réac», ils ne connaissent pas encore) et complaisance victimaire. Il est vrai que l’axiome de Malik — «Un musulman, ça tue pas» — rejoint le principe intangible de la bien-pensance contemporaine, à savoir que le Mal ne saurait en aucun cas surgir du camp du Bien, celui des anciens «damnés de la terre». D’où l’exploit d’Edwy Plenel qui, en 2013, osait encore parler d’un «terrorisme dit islamiste».

C’est ainsi que sans ces territoires occupés de la pensée progressiste, toute à son déni idéologique du réel, Les Territoires perdus de la République*, un livre qui réunissait dès 2002 les témoignages alarmés de professeurs du secondaire, aurait pu permettre de faire — à temps? — le bon diagnostic. La gauche, dont la lâcheté fut affligeante, a préféré le bouder et le considérer comme raciste: comment osait-on constater une offensive salafiste dans certains quartiers? Scandaleux. Résultat: la France enregistre quinze ans de retard à l’allumage face à la menace représentée par un islam qui se radicalise. À se demander où réside le plus horrifiant. Dans cette perte absolue de repères parmi une jeunesse pourtant née et éduquée en France? Ou dans le manque de courage de nos élites somnambules qui, de renoncements en capitulations, ont contribué à accuser cette fracture qu’il était jusqu’à présent de mauvais goût de vouloir voir et sur laquelle il était donc de bon ton de ne rien savoir. Tragique. Au début des années 2000, mes interlocuteurs étaient encore enfants. Nos milliers de djihadistes de fabrication locale — dont les massacreurs du 13 novembre —, l’étaient aussi.

* 220 pages, 18 €.

* Les prénoms ont été changés

Voir aussi:

Philippe Val, celui qui « vit avec »
Anne Fulda
Le Figaro
17 novembre 2015

PORTRAIT – L’ancien directeur de Charlie Hebdo, qui vit depuis dix ans sous protection policière, vient de publier un livre dans lequel il raconte l’histoire du journal et fustige la dérive d’une gauche qui nie la réalité. La trahison des clercs revisitée.

«C’est terrible tout ça. On a l’impression que cela ne finira jamais, qu’il faudra vivre avec…» Philippe Val est choqué, peiné, mais pas vraiment étonné par les attentats dramatiques intervenus dans la nuit de vendredi à samedi. Lui, il «vit avec» depuis près de dix ans, ne se déplaçant jamais sans protection policière depuis qu’il publié, quand il était directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, de 1992 à 2009, les fameuses caricatures de Mahomet.

Vendredi, l’ancien directeur de France Inter était chez des amis lorsqu’il a appris que des fusillades simultanées avaient lieu dans la capitale. Comme un citoyen à part qu’il est devenu, il a été aussitôt « exfiltré. Comme Hollande l’a été du Stade de France. « Ses » policiers à lui sont venus le chercher: « Il faut partir ».  Sur le chemin du retour, se tenant au courant par la radio du scénario macabre qui était en train de se dérouler, il est passé, raconte-t-il, devant une pizza halal où des jeunes barbus ou encapuchonnés nés ne cachaient pas leur joie… Écœuré, groggy, Philippe Val n’a pas dormi jusque tard dans la nuit. Et lui qui dénonce dans son dernier livre (C’était Charlie, Grasset) les dérives d’une gauche « rougebrune » – qui, sous couvert de protéger le peuple, le méprise en réalité – , peine depuis à contenir sa colère.

«Je suis ulcéré par ce que j’entends en ce moment. On ne nomme pas le danger. On va en crever !  On parle de guerre, certes, mais on ne nomme pas l’ennemi, nous déclarait-il hier. Dans les années 1930, Winston Churchill, lui, était le seul à nommer Hitler et à dire « il faut tuer Hitler ». On a l’impression que certains aujourd’hui ont le même réflexe que dans les années 1930. Ils relativisent. Au discours, « il ne faut pas humilier les Allemands de l’époque, on a substitué un réflexe similaire vis-à-vis de l’islam radical – étant entendu naturellement que tous les musulmans ne sont pas des islamistes», s’indigne-t-il. Un refus, une incapacité à nommer les choses que l’on retrouve dans les médias, mais aussi, regrette-t-il, chez les politiques et certains intellectuels.

Nommer les choses

Zappant d’une chaine à l’autre dans la nuit de vendredi à samedi, il s’étonne ainsi de n’avoir jamais entendu parler de « terrorisme islamiste ».  Or, objecte-il, on doit pouvoir nommer les choses et de parler d’islamofascisme, même avec l’épicier du coin. Et d’enfoncer le clou : « Lorsque l’on n’ose pas mettre le mot islam dans la problématique, c’est comme si on disait que l’Inquisition n’a rien à voir avec le catholicisme».

Évidemment, ces propos ne vont pas arranger l’image de Philippe Val parmi certains de ses anciens de ses anciens petits camarades gauchistes. Pour eux, c’est clair : Philippe Val  est devenu « réac». Infréquentable. Il a mal tourné. Il est devenu le traitre majuscule. Il a l’habitude. Lui qui dans d’autres vies a été artiste – humoriste en duo avec Font – chanteur compositeur, journaliste puis directeur de journal et de radio a affronté les mêmes adversaires à plusieurs reprise ces dernières années. Au moment de la guerre du Kosovo, du référendum sur la constitution européenne, quand il a licencié Siné en 2008 ou lorsqu’il s’est retrouvé seul lors d’un dîner aveec des amis journalistes, qu’il raconte dans son livre, à se dire favorable à l’interdiction des signes religieux à l’école.

Cette mise au ban de la gauche politiquement correcte ne le touche pas outre mesure. Désormais, en liberté mais conditionnelle, entravé dans sa manière de vivre, de travailler et circuler, celui qui a passé sa vie dans un univers peuplé d’anars et de gauchistes n’entend pas museler sa liberté de parole. Ni rentrer dans le rang. Il se sent toujours proche d’une gauche laïque et politiquement libérale qu’il regrette de ne pas voir incarnée.

Conformisme moralisateur

Déjà, dans son livre précédent, Ravage dans l’inculture, Philippe Val dénonçait les ravages du « sociologisme », ce conformisme moralisateur cher à une bonne partie de la gauche et visant à finira jamais, qu ‘ü faudra  .  une bonne partie de la gauche et visant à expliquer pratiquement tout par un déterminisme social exemptant l’individu de toute responsabilité individuelle. Dans c’était Charlie, il raconte dans un même élan l’aventure de Charlie hebdo et la poussée d’une gauche antisioniste et anticapitaliste qui a érigé l’islam en religion des opprimés, interdisant de ce fait toute réflexion concernant les crimes commis en son nom. C’est selon lui la trahison des clercs revisitée. L’expression aussi d’une blessure, d’une incompréhension: pourquoi après l’attentat du 7 janvier, certains journaux de gauche ont-ils pris leur distance ou insinué que les journalistes de Charlie hebdo avaient insulté l’islam pour gagner de l’argent ? Pourquoi à l’époque la presse n’a-t-elle pas eu le courage de publier les caricatures  , ce qui aurait dilué le danger et n’aurait pas transformé charlie en symbole et en cible ?

Philippe Val n’a pas vraiment de réponse. Ou alors celle-ci, guère encourageante: la peur. Et d’expliciter: « Je pense que lorsque les élites sentent un danger massif, structurel, elles ont tendance à défendre l’ennemi plutôt que le peuple. »
Voir par ailleurs:

Terrorisme. Les menaces d’attentats gagnent l’Allemagne

Courrier international

18/11/2015

Cela devait être un “symbole de liberté” malgré les menaces terroristes, commente Der Spiegel. Ces dernières ont fini par avoir le dessus. A moins d’une heure du coup d’envoi d’Allemagne – Pays-Bas mardi 17 novembre à Hanovre, la rencontre est annulée, le stade évacué. Le chef de la police de la ville évoque “une situation de grave mise en danger”.

Le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière a confirmé la menace, sans donner de précisions. Selon Der Spiegel, les services de renseignements français auraient alerté les autorités allemandes d’un danger planant sur le match.

Faux colis piégé

Pour le président par intérim de la Fédération allemande de football, Reinhard Rauball, il s’agit là d’un “triste jour pour l’Allemagne et le football allemand”, selon la Süddeutsche Zeitung. “Que notre équipe [nationale] vive deux fois en quatre jours de tels événements tragiques, ce n’est pas imaginable.” La Mannschaft avait déjà passé la nuit de vendredi à samedi au Stade de France, à la suite des attentats à Paris.

Hanovre a également été le théâtre d’une plaisanterie macabre : la police a retrouvé dans un train, toujours mardi soir, un faux colis piégé. “Une fausse bombe bien réalisée, et pas une vraie, comme on l’a craint dans un premier temps”, rapporte Der Spiegel.

Une annulation “justifiée”

“Hanovre n’est pas devenu un deuxième Paris”, se félicite Die Welt. Le quotidien salue l’attitude du public et des policiers, qui ont réagi avec calme à l’annulation de la rencontre. “Hanovre a envoyé un signal fort et a bravé la terreur – même sans football.”

L’annulation du match était “absolument justifiée”, commente la Frankfurter Allgemeine Zeitung, une ligne suivie par une large majorité des médias allemands. “Mais que l’organisation appelée ‘Etat islamique’, ou ses imitateurs, décide de l’agenda public, cela ne doit pas créer un précédent”, prévient le quotidien, qui appelle l’Etat et tous les citoyens à “opposer à cette idéologie meurtrière leur culture de la liberté”.

Voir de même:

Attentats : le FBI inquiet pour Rome et Milan

Scala de Milan, place Saint-Pierre au Vatican… La police fédérale américaine s’inquiète d’attentats potentiels dans des sites touristiques italiens et désigne cinq suspects.

Le Parisien

19 Nov. 2015
Les Etats-Unis ont mis en garde contre des menaces d’attentats en Italie. Ils ont également signalé cinq suspect aux autorités italiennes qui tentaient ce jeudi de les identifier.

Sur son site internet, l’ambassade des Etats-Unis à Rome énumère les sites «identifiés comme cibles potentielles» par le FBI.

La police fédérale américaine cite ainsi la place Saint-Pierre à Rome, le Duomo, la Scala de Milan et «les églises, synagogues, restaurants, théâtres et hôtels» des deux villes.

«Des groupes terroristes peuvent utiliser des méthodes similaires à celles utilisées dans les récents attentats de Paris», ajoute l’ambassade, en appelant les Américains à la «vigilance». Toutefois, l’ambassade ne déconseille pas directement de se rendre dans ces lieux.

150 sites identifiés comme à risque

Par ailleurs, le FBI a signalé mercredi cinq suspects aux forces de sécurité italiennes, qui «travaillent pour (les) identifier», a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, à la télévision Rai 3. Le même jour, la police a contrôlé plusieurs «bed and breakfast» de Rome, pour tenter de trouver un suspect recherché par les autorités françaises, selon des médias italiens.

Au lendemain des attentats à Paris, l’Italie est passée au niveau 2 de l’alerte sécurité, juste un cran en-dessous du niveau maximal déclenché en cas d’attentat sur son sol. «Le ministère de l’Intérieur a déjà expliqué plusieurs fois que nous étions à des niveaux d’alerte très élevés pour les sites symboliques», a rappelé le ministre des Affaires étrangères. A Rome, où patrouillaient déjà 1300 militaires, 700 hommes supplémentaires ont été déployés dans les rues, le métro ou encore les centres commerciaux. Selon les médias, le nombre de sites identifiés comme à risque est passé de 90 à 150.

La sécurité du Pape en question

A moins d’un mois de la grande célébration du Jubilée au Vatican, qui devrait attirer des millions de personnes à Rome, les médias italiens s’inquiètent pour la sécurité du souverain pontife.

Le 14 novembre, au lendemain des attentats de Paris, une menace circulait par ailleurs sur les réseaux sociaux : «C’est maintenant le tour de Rome, Londres et Washington.», a relayé le quotidien Il Sole 24 Ore.

En avril dernier, le FBI avait arrêté un adolescent de 15 ans à Philadelphie qui avait planifié une attaque contre le pape François, s’inspirant du groupe terroriste Etat islamique.

En octobre 2014, Qatib, le magazine de propagande de Daech, publiait une photo du drapeau de l’organisation terroriste hissé en plein milieu du Vatican, rapportait à l’époque Le Corriere della Sera.

 Voir de même:

Suède : un homme activement recherché pour «préparation d’acte terroriste»

 AFP/Direct matin
18 Novembre 2015

Un homme soupçonné d’avoir préparé un attentat en Suède était recherché mercredi par toutes les polices du pays, où le niveau d’alerte antiterroriste a été relevé, ont annoncé les services de sécurité.

La Norvège et le Danemark, théâtre en février d’attaques meurtrières commises par un Danois d’origine palestinienne, ont également relevé leur niveau d’alerte face à la menace terroriste.

L’homme traqué en Suède, dont l’identité n’a pas été révélée, fait l’objet d’un «mandat d’arrêt dans le cadre d’une enquête pour préparation d’acte terroriste», a indiqué le chef des services de renseignement intérieur et du contreterrorisme (Säpo), Anders Thornberg. «Il est activement recherché», a-t-il ajouté au cours d’une conférence de presse à Stockholm. Il s’est refusé à confirmer des informations de presse selon lesquelles il s’agit d’un Irakien formé au combat en Syrie.

Pas de lien avec les attentats de Paris

Les recherches se concentrent sur le territoire suédois et aucun élément de l’enquête ne permet pour l’heure d’établir un lien avec les attentats du 13 novembre à Paris, selon la Säpo. La Suède a relevé mercredi son niveau de menace terroriste à «élevé», le deuxième le plus haut sur une échelle de cinq, invoquant des «renseignements concrets». «Les attentats à Paris le 13 novembre démontrent probablement des capacités accrues» pour Daesh «de perpétrer des attentats relativement complexes en Europe.

Certains individus pourraient éventuellement s’en inspirer», craint la Säpo. De fait le groupe terroriste «considère la Suède comme une cible légitime», a souligné le directeur du Centre d’évaluation national de la menace terroriste (NTC), Mats Sandberg, lors de cette conférence de presse.

La Norvège et le Danemark en alerte

Au Danemark, le «niveau d’alerte interne» a été fixé à «préparation considérablement élevée», soit le deuxième le plus haut sur une échelle de cinq, «à la suite des attaques terroristes à Paris», a indiqué la police dans un communiqué. En février, Omar El-Hussein, 22 ans, avait tué à Copenhague un réalisateur en marge d’un débat sur la liberté d’expression puis un juif qui montait la garde devant la synagogue de la capitale. Mercredi, l’un des deux terminaux de l’aéroport de Copenhague a été brièvement évacué à la mi-journée après que deux hommes eurent été entendus en train de discuter de la présence d’une bombe dans leurs bagages. Placés en garde à vue, «ils ont dit qu’ils plaisantaient», a rapporté à l’AFP un porte-parole de la police, Steen Hansen.

En Norvège, le service de renseignement intérieur (PST) a indiqué mercredi que le niveau d’alerte des forces de sécurité avait déjà été relevé lundi dans le sillage des attentats de Paris. Interrogée mercredi par l’AFP, Mona Sahlin, coordinatrice pour la protection de la démocratie contre la violence extrémiste en Suède, a estimé qu’il fallait «faire plus en termes de répression, nos lois ne sont pas à la hauteur». «Une partie de la société suédoise ne prend pas le jihadisme comme un problème pour le pays», selon Mona Sahlin qui déplore une certaine «naïveté». Le gouvernement doit présenter avant Noël un projet de loi de sécurité qui va, entre autres, alourdir les peines pour voyage à l’étranger dans le cadre d’une entreprise terroriste ou utilisation de passeport falsifié, a annoncé le ministre de l’Intérieur Anders Ygeman.

La Suède a jusqu’ici été épargnée par le terrorisme islamiste, à l’exception d’une attaque-suicide à la bombe sur un marché de Stockholm en décembre 2010, lancée par un Suédo-Irakien qui avait trouvé la mort et seulement blessé légèrement des passants.

Voir également:

Pourquoi l’Etat islamique n’est pas dans une fuite en avant désordonnée mais dans une stratégie extrêmement pensée de déclenchement d’une guerre civile en Europe

Les actions se réclamant du terrorisme islamiste en Occident s’inscrivent dans une stratégie plus large, théorisée en 2004 par un dénommé Abou Moussab Al-Souri dans un ouvrage de 2 500 pages. On en retrouve l’idée dans la revendication de l’Etat islamique des attentats perpétrés vendredi 13 novembre à Paris.

Atlantico : Quelle analyse peut-on faire du communiqué de l’Etat islamique revendiquant les attentats perpétrés vendredi 13 novembre à Paris quant à la stratégie de l’EI ?

Alexandre Del Valle : Tout d’abord, nous pouvons constater la marque de fabrique de Daech, une extrême radicalité barbare mêlée à des références coraniques et chariatiques orthodoxes et rigoureuses puis le souvenir idéalisé de l’Age d’or du Califat conquérant. Le Communiqué commence d’ailleurs par une citation de la sourate 59, verset 2. et le titre du communiqué, « L’Attaque bénie de Paris contre la France croisée » s’inscrit dans une stratégie de choc civilisationnel global et dans une symbolique de longue durée. Une fois encore, Daech tente de s’inscrire dans la tradition des grands califats des premiers siècles de l’islam. C’est une stratégie efficace et très séduisante pour le monde musulman car dans ces pays, surtout arabes, contrairement à l’Europe, le passé califal est très fortement et unanimement valorisé et glorifié, y compris aux niveaux éducatifs et officiels. Daech escompte donc prendre aux mots les leaders musulmans qui ont inculqué cette fierté impériale et tentent d’être ainsi cohérents avec les racines de leur histoire religieuse. En commençant avec une sourate du Coran, les jihadistes essayent de se montrer comme très orthodoxes, ce qui est le propre et la raison des succès des salafistes en général partout dans le monde. Les acteurs de l’EI essayent ainsi de séduire les cœurs des croyants intégristes qui ne sont pas forcement totalitaires. En prônant la mort pour les croisés, les blasphémateurs et les idolâtres, la déclaration ne fait que s’appuyer sur la Tradition islamique sunnite orthodoxe jamais réformée et qui prévoit en effet la mort pour les blasphémateurs, les idolâtres et les croisés qui attaquent un territoire islamique. Et la dimension de guerre psychologique, vrai but de tout terrorisme, est très présente à travers l’expression « jeter l’effroi et la peur dans le coeur des ennemis infidèles ».

Ensuite, dans ce communiqué, les cibles-ennemis sont les Français dans leur semble : qu’ils soient favorables à Charlie Hebdo, païens, non croyants ou croisés catholiques. Cela fait écho à l’expansion de l’Etat islamique qui ne s’appelle d’ailleurs plus DAECH (Etat islamique en Irak et au Levant) depuis l’été 2014 mais Etat islamique tout court, à l’image de sa prétention planétaire. Ainsi, Daech veut clairement reprendre le flambeau des premiers califats, successeurs de Mahomet, qui s’en prenaient au monde croisé, au monde byzantin, au monde mécréant, ou au monde perse et avec succès foudroyants grâce à la stratégie de la «  sidération ». Les Jihadistes se réfèrent aux grands premiers califes (Rachidoun, omeyyades, abbassides) des premiers siècles de l’islam conquérant. à cette époque, le jihad permanent rencontrait des succès extraordinaires et permettait d’étendre le règne de l’islam. Le califat islamique de Daech entend simplement refaire ce qu’ont fait les premiers califes qui ont étendu le royaume de l’Arabie aux portes de la Chine jusqu’au Sud de l’Espagne. Ils expriment aujourd’hui cette volonté de conquête massive globale où l’ennemi n’est pas que le juif, mais l’Occident chrétien. L’attaque spectaculaire à Paris vise à sidérer l’ennemi, créer l’effroi général, créer un syndrome de Stokhcolm généralisé chez les populations pour que celle-ci exigent un infléchissement de la stratégie syrienne et arabe de la France. Bizarrement, la Russie n’est pas mentionnée clairement. Mais l’Allemagne l’est.  La France est présentée comme ce qu’il y a de pire au sein des nations « Mécréantes ». Elle cumule à la fois la tare d’être la fille aînée de l’Eglise, le pays de croisés et en même temps d’être le pays de la révolution française, le pays de Charlie Hebdo, le pays qui a « humilié » les religions, et surtout l’Islam, et qui a en plus d’avoir participé à des guerres contre les musulmans au Mali et en Syrie. C’est de ce point de vue un désaveu total de la politique de François Hollande qui a voulu choisir ni entre l’Etat islamique ni entre Bachar El-Assad.

Ridiculisation et discrédit du dirigeant français 

Dans le cadre de l’efficace et froide guerre psychologique livrée par l’Etat islamique, François Hollande est traité comme un imbécile, « l’imbécile de France François Hollande ». Cette attaque en ridiculisation ne doit pas être sous-estimée ou considérée comme un délire pamphlétaire ou un dérapage verbal qui témoignerait d’une pauvreté intellectuelle. En stratégie de communication, la ridiculisation d’un chef d’Etat, d’un responsable et de n’importe quel dirigeant est très puissante et dommageable. Ici, Daech ne se contente pas de diaboliser l’ennemi, il cherche aussi à le ridiculiser pour lui faire perdre le peu de crédit qui lui reste encore au sein des populations. Lorsqu’on veut détruire un ennemi dans le cadre d’une guerre psychologique, c’est extrêmement habile d’allier la diabolisation au ridicule. Le but est de discréditer l’autorité suprême au sein de sa propre population, afin d’entraîner le chaos et la division, ce que préconisait d’ailleurs Sun Tzu. J’appelle cette guerre des représentations ou guerre psychologique la « DCR2 (Discréditer, Culpabiliser, Ridiculiser et Renverser) : 1/ Discréditer: ici le chef illégitime est jugé responsable des attentats a cause de l’intervention en Syrie contre Daech et du refus de renverser Bachar, 2/ Culpabiliser :la France est le pays « croisé ancien colonisateur qui persécute l’islam »), 3/ Ridiculiser : Daech tente de faire perdre le respect et l’autorité morale du dirigeant. 4/ Renverser: le « vrai » responsable des attentats et des morts français n’est pas le barbare jihadiste kamikaze mais le dirigeant qui a fait bombarder les camps terroristes.

L’extension du domaine de l’ennemi: la France pays des croisés et des idolâtres

Le communiqué de Daech met en fait en avant une rhétorique double : il accuse les victimes des attentats de Paris d’avoir été soit des « idolâtres » soit des « croisés ». L’attaque vise donc le monde païen mécréant autant que et le monde chrétien. Il s’agit d’une revendication tout à fait nouvelle car l’ennemi sioniste, juif, « apostat » ou « blasphémateur », qui avait motivé les attentats de ces dernières années, a été remplacé par un ennemi plus large encore: l’ensemble des Français (croyants ou pas) et l’ensemble du monde chrétien ou post-chrétien. La France est maintenant visée sous tous ces régimes, dans l’ensemble de son histoire, à travers toutes ses composantes et pour des raisons à la fois religieuses et géopolitiques (action militaire en Syrie et refus de combattre Bachar al-Assad).

-Avant, les islamistes évoquaient les croisés sionistes, les judéo-croisés, on tuait soit des Juifs enfants ou adultes, on visait des écoles ou centres juifs (Hypercasher), des journaux « anti-musulmans » (Charlie Hebdo) ou des soldats ou policiers français souvent « apostats » d’origine maghrébine. La cible était plus « ciblée ». Cette fois-ci, l’élément juif est beaucoup moins présent que d’habitude, et le mobile puis les cible sont élargis à un niveau bien plus global. Autant l’an dernier, en janvier 2015, les attaques étaient portées surtout contre des juifs et un journal « blasphémateur » « païen ». Autant cette fois-ci le communiqué désigne l’ennemi français de façon globale, en tant que croisé et idolâtre à la fois. Dans la traduction du monde salafiste djihadiste, le « croisé » renvoie à l’époque où la France était à la tête de la lutte contre le Califats islamiques et de l’occupation de la terre sainte. La France est depuis lors considérée dans les représentations islamistes comme le pays « porte-bannière de la croix », ce qui est évoqué dans le communiqué. Paris est représentée, à égalité avec Rome, comme la capitale de la chrétienté croisée. La France est visée ici dans sa globalité, dans son histoire de longue durée et sous tous ses régimes, en tant que royaume des Francs, fille aînée de l’Eglise, et du fait qu’il existe dans ce pays la plus forte mobilisation catholique, comme on l’a vu notamment  à l’occasion du mariage pour tous.

-D’un autre côté, la France représente également pour DAECH et les islamistes en général, le pays du blasphème, la république laïque qui offense l’islam, interdit le voile et la burka et pratique le sacrilège (Charlie Hebdo), lequel a déjà été puni pour avoir « insulté le prophète ». Les islamistes jihadistes voient donc dans la France une double matrice anti-islamique, à la fois catholique de l’Ancien Régime et républicaine laïcarde et anticléricale depuis la Révolution française. D’un point de vue philosophique, la revue de DAECH en français (Dar al-Islam, n° de juillet dernier) et ce communiqué de revendication des attentats de vendredi soir soulignent le fait que la France est la « pire » des nations d’Occident et la plus « anti-islamique » pour ces raisons. Les Jihadistes accusent également la France d’abriter des «  idolâtres », donc des païens, pire accusation théologique dans l’islam sunnite car les païens sont considérés comme les plus hostiles au Dieu unique et à la religion monothéiste islamique en vertu du principe de base des salafistes qui est le culte du Tawhid, l’Unicité. Ainsi, le communiqué décrit les victimes présentes au Bataclan au concert de Hard Rock comme des « idolâtres » assistant un un évènement de « perversité » (hard rock). Ces Idolâtres et « associateurs » (Muchrikûn) pervers représentent ce qu’il y a de pire dans les écrits du Coran et de la Charia et dans la démonologie islamiste. La hiérarchie est la suivante: en premier il y a les « vrais » musulmans, les salafstes, puis les autres musulmans sunnites, puis les chiites orthodoxes, puis les chrétiens et les juifs, puis, bien plus bas, les sectes hétérodoxes « apostates » issues du chisme (Alaouites, druzes, etc) et les idolâtres.

Enfin, l’objectif des Jihadistes est atteint: le pays ennemi est plongé dans l’effroi, les magasins et lieux publics sont sur contrôlés, les citoyens sont terrifiés par les médias qui ne parlent que de cela en boucle et qui ne cessent de relayer les revendications des Jihadistes. Pendant ce temps, Daech continue d’envoyer des activistes futurs terroristes dans le flux global des immigrés clandestins…

Atlantico : En 2004, Abou Moussab Al-Souri, théoricien du djihadisme, publiait un ouvrage de 2500 pages donnant les indications des actions à mener pour composer un djihadisme mondial, qui ne s’arrêterait pas à la seule région du Proche et Moyen-Orient. Qu’est-ce qui dans ses écrits prédit un projet de guerre civile ? Quelle était le processus imaginé en théorie ? 

Alain Rodier : Tout d’abord, Abou Moussab Al-Souri, de son vrai nom, Setmariam Nazar possédant la double nationalité syro-espagnole (par mariage), est un idéologue d’Al-Qaida « canal historique », bien qu’ayant toujours fait preuve d’une grande indépendance personnelle vis-à-vis de la direction du mouvement. Comme cela est dit dans le film « les barbouzes », « il encombre aux archives » de tous les services de renseignement. Seul détail gênant, depuis sa libérations des geôles syriennes en 2011 (il avait été « rendu » au régime de Bachar el-Assad par les Américains – qui l’avaient arrêté en 2005 – quand celui-ci était encore fréquentable), personne ne sait où il est passé. Ses théories vont à l’opposé de celles de Daech dans le cadre de la création d’un « État » islamique. Il jugeait cette façon de faire comme trop dangereuse car présentant une cible trop facile à frapper par les Occidentaux. Ayant une grande connaissance de l’étranger, il prônait la créations de cellules clandestines sans liens avec un commandement central pour ne pas se faire détecter. Ces cellules devaient pouvoir passer à l’action avec leurs propres moyens pour déclencher une guerre civile en créant des divisions entre les musulmans et les populations locales.

L’Etat islamique semble vouloir « rationaliser » ses actions sur le territoire européen – et français – avec des appels à recrutement, et à mener des actions, lancées depuis la Syrie notamment. En quoi leur modèle d’importation de la « guerre civile » en France diffère-il de celui des précurseurs d’Al-Qaïda ? Pourquoi ? 

Daech, à la différence d’Al-Qaida « canal historique », ne possède pas (encore) de « réseau » à l’étranger. Cela dit, Al-Qaida « canal historique » a perdu beaucoup de ses contacts à l’étranger en dehors de ses mouvements affiliés (AQMI au Sahel, AQAP au Yémen, etc.). C’est pour cette raison que Daech lance des « appels au meurtre » via le net en espérant que des adeptes s’en inspireront. Daech qui « patine » sur le front syro-irakien depuis l’été, en particulier en raison des frappes de la coalition, de la résilience des Kurdes et de l’appui apporté par Téhéran (et le Hezbollah libanais) à Bagdad et à Damas, souhaite desserrer l’étau qui pèse sur lui en déclenchant des actions terroristes de par le monde. En dehors des mouvements qui lui ont fait allégeance en Libye, en Tunisie, en Algérie, au Liban, dans le Sinaï et en Extrême-Orient, il n’en a pas les moyens matériels et humains. En Occident, il est particulièrement démuni, ce qui explique son « appel dans le désert ». Le problème réside dans le fait que des individus isolés trouvent dans la « cause » de l’État Islamique la raison de passer à l’action. Cette « cause » est différente de celle d’Al-Qaida car il existe aujourd’hui un véritable État islamique situé à cheval sur la Syrie et l’Irak. C’est du « concret ». Les motivations des nouveaux adeptes sont souvent dictées par la volonté de venir à bout d’un mal-être personnel.

Daech cible beaucoup plus les étrangers qu’Al-Qaïda ne le faisait, et fait plus confiance à des « 100% occidentaux » pour mener des actions. Pourquoi cette plus forte internationalisation ?  

Daech ne s’en prend pas plus aux Occidentaux qu’Al-Qaida. De plus, il profite des combattants étrangers pour se fournir en « chair à canon ». Il est en effet en sous-effectifs par rapport aux territoires qu’il tente de contrôler. Les djihadistes étrangers sont priés de ne pas repartir. Pour ce faire, leurs papiers leur sont confisqués dès leur arrivée. La rumeur court qu’une centaine auraient été exécutés car ils souhaitaient déserter. Il n’est toutefois pas impossible que quelques fanatiques puissent revenir et se lancer dans des attentats vengeurs.

Al-Qaïda a déjà largement mis en oeuvre en son temps un processus structuré pour mener ce djihadisme mondial. In fine, quel était leur but en Europe ? Quel était l’objectif final des réseaux qui ont mené des actions comme les attentats de Londres ou de Madrid ? 

Al-Qaida « canal historique » souhaite créer un « califat mondial ». Ses leaders savent que cela devrait prendre plusieurs générations. En Europe comme ailleurs, l’objectif est de créer le chaos qui devrait amener la destruction des sociétés en vigueur. Sur ce chaos, l’islam radical serait alors imposé comme la solution. Toutefois, cette organisation n’a plus les moyens nécessaires pour déclencher des attentats du type « 11 septembre ». Cela n’exclue pas des opérations de moindre importance mais pouvant être meurtrières du style des attentats de Londres. Ce qui est inquiétant, c’est la surenchère qui existe aujourd’hui entre Al-Qaida « canal historique » et  Daech. C’est à celui qui fera parler le plus de lui. D’ailleurs, Al-Qaida qui n’a pas dit son dernier mot est en train de créer un État dans le nord-ouest de la Syrie. Son objectif est de faire la pige à Daech. Il va falloir aussi voir ce que va faire Al-Qaida en Afghanistan quand les talibans mèneront leur « offensive de printemps » qui pourrait voir, à terme,  l’effondrement du régime en place à Kaboul.

Quel était le modèle de recrutement et d’endoctrinement pour créer des « ennemis de l’intérieur » dans les pays occidentaux ? Comment sont formés ceux qui étaient chargés de continuer le combat en Occident ? 

Les islamistes radicaux ne sont pas le KGB. Ils n’ont pas de techniques de recrutement en vigueur comme dans les services secrets. Al-Qaida se livrait essentiellement à du prosélytisme via des mosquées, des clubs sportifs et des associations. Cette phase semble terminée car les services de police surveillent particulièrement ces structures. Le principe pour recruter des activistes est de les valoriser personnellement en leur démontrant qu’ils sont « maltraités » par la société. Cette manière de faire est aussi valable pour d’autres mouvements contestataires ou séparatistes. Il n’y a rien de nouveau dans le monde révolutionnaire. D’ailleurs, si le salafisme-djihadiste disparaissait demain, d’autres mouvements révolutionnaires utiliseraient alors le terrorisme qui n’est, en fin de compte qu’un moyen de combat (« mouvement terroriste » ne veut rien dire. Il faudrait dire un mouvement idéologique, politique, religieux, sectaire, etc. qui « utilise » l’arme du terrorisme).

Voir enfin:

Les services secrets américains avaient prédit l' »État islamique »
DOCUMENT. Un rapport déclassifié des services du Pentagone alertait dès août 2012 sur la possible formation d’un califat islamique à l’est de la Syrie.
Armin Arefi
Le Point
10/06/2015

Un rapport explosif fourni par le département d’État et le Pentagone circule depuis plusieurs semaines sur les sites d’information alternatifs, sans que les grands médias américains – hormis quelques titres conservateurs – ne s’en fassent l’écho. Il met pourtant en avant le fiasco de l’administration Obama dans sa gestion des crises syrienne et irakienne, qui ont enfanté l’organisation État islamique (EI). Dès le 5 août 2012, ce rapport d’information de la DIA (Defense Intelligence Agency, les services de renseignements du Pentagone) alarmait les responsables de la CIA, du département d’État, et du Pentagone sur la radicalisation de la rébellion syrienne et le possible établissement d’un « État islamique » à l’est de la Syrie, avec de « graves conséquences en Irak . Deux ans plus tard, la « prédiction » devenait réalité avec la proclamation en juin 2014 d’un « califat » à cheval sur la Syrie et l’Irak.

« Il s’agit d’une compilation d’informations extrêmement précises qui prédit tout ce qui allait arriver dans la région avec l’essor de l’EI », se félicite Tom Fitton, président de Judicial Watch,un cabinet d’avocats spécialisé dans la surveillance des activités du gouvernement américain. Classée à droite de l’échiquier politique, l’organisation, qui se déclare « conservatrice » mais « non partisane », a obtenu les documents après avoir poursuivi l’administration Obama en mai 2015 devant la justice fédérale au nom du Freedom of Information Act (Loi pour la liberté d’information), qui oblige l’exécutif américain à fournir à tout citoyen qui en fait la demande des documents classifiés. « C’est tout bonnement incroyable », poursuit Tom Fitton. « Quatorze mois après que le département de la Défense eut tiré la sonnette d’alarme, Obama décrivait l’EI comme une équipe de juniors », rappelle le président du Judicial Watch, pour qui Washington aurait clairement minimisé l’impact du rapport pour garantir les chances de réélection du président en novembre 2012.

Parmi la centaine de pages de rapports déclassifiés obtenus par l’ONG, notamment au sujet de l’attaque du consulat américain de Benghazi, dans laquelle est mort l’ambassadeur Christopher Stevens le 11 septembre 2012, sept sont consacrées à la situation en Syrie en août 2012, un an et demi après le début de la « révolution ». Largement censuré, le document, classé « Secret » (l’équivalent du « confidentiel-défense » en France, soit un faible niveau de confidentialité), résume les forces en présence sur le terrain, leurs alliés internationaux, leurs motivations politiques, les gains territoriaux acquis et les scénarios possibles.

Rebelles islamistes
« La source est tout à fait fiable, souligne François Géré, directeur de l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas). Il s’agit d’une méthode de renseignements classique. On décrit avec précision une menace sans savoir pour autant comment elle va évoluer. C’est ensuite au destinataire politique d’évaluer ces renseignements et de prendre des décisions. » Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les conclusions du rapport tranchent radicalement avec les analyses en cours à l’époque au département d’État. À ce moment-là, aux yeux de l’administration Obama comme du Quai d’Orsay, la rébellion syrienne est dominée par des forces modérées, qui ont entamé un an plus tôt des manifestations pacifiques aux slogans démocratiques. Mais face à la répression aveugle de Damas, des officiers déserteurs de l’armée régulière syrienne ont pris les armes dès septembre 2011 pour créer « l’Armée syrienne libre », une force rebelle présentée à l’époque comme laïque.

« Les salafistes, les Frères musulmans et Al-Qaïda en Irak (l’ancêtre de l’EI) sont les forces principales conduisant l’insurrection en Syrie », estime pourtant le document, qui affirme qu’un an après avoir débuté, la révolte prend une « tournure sectaire majeure ». « Après le début de l’insurrection en Syrie, explique le rapport, les forces religieuses et tribales dans la région ont commencé à adhérer à cette insurrection sectaire. Cette (sympathie) est apparue dans les sermons de la mosquée du vendredi, qui appelaient les volontaires à soutenir les sunnites (majoritaires en Syrie). »

Scénario écrit
Mais le rapport frappe surtout par la troublante justesse de ses prévisions quant à l’évolution de la crise, qui s’apparente même aujourd’hui à une « prophétie ». Après avoir brièvement évoqué la possibilité d’une victoire finale du régime syrien, le service de renseignements américain s’attarde sur le scénario d’une guerre par procuration entre les parrains étrangers de chaque camp, conduisant à une partition de facto du pays. « Avec le soutien de la Russie, de la Chine et de l’Iran, le régime contrôle(rait) les zones d’influence le long de la côte (villes de Tartous et de Latakié), et défend(rait) avec vigueur Homs, qui est considérée comme la principale voie de transport en Syrie. De l’autre côté, poursuit le rapport, les forces d’opposition essaie(raient) de contrôler les zones de l’Est adjacentes aux provinces orientales irakiennes, en plus de la frontière turque. Les pays occidentaux, les États du Golfe et la Turquie soutien(draient) ces efforts. »

Un scénario – il est vrai déjà potentiellement valable à l’été 2012, avant que Damas ne reprenne le dessus sur la rébellion – qui demeure plus que jamais d’actualité en 2015, à l’heure où le régime syrien, massivement soutenu par Moscou et Téhéran, est acculé sur la côte, après avoir enchaîné les défaites dans la province d’Idleb (Ouest) face à l’armée de la Conquête, une coalition islamiste dominée par le Front al-Nosra et financée par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.

Toutefois, le rapport commet une erreur de taille, en confondant Al-Qaïda en Irak, ancêtre de l’EI, créé en 2004 dans le pays au lendemain de l’intervention américaine et contrôlant l’est du pays, où il a établi son califat, et le Front al-Nosra (Front de défense du peuple syrien), organisation djihadiste créée à l’été 2011 après que Bachar el-Assad a libéré de prison la quasi-totalité des djihadistes syriens. D’ailleurs, les deux groupes s’affrontent sur le terrain depuis janvier 2014, Al-Nosra faisant de la chute de Bachar el-Assad sa priorité, au contraire de l’EI qui reste concentré sur l’établissement de son « califat ».

« Principauté salafiste »
En revanche, le service de renseignements américain voit juste en pointant les graves risques que fait peser la crise en Syrie sur l’avenir de l’Irak voisin. « Si la situation se démêle, affirme le document, il y a une possibilité que s’établisse une principauté salafiste déclarée ou non déclarée dans l’est de la Syrie (dans les provinces de Hassaké et de Deir Ezzor) », indique le rapport, près de deux ans avant la proclamation du « califat ». « Cela crée une atmosphère idéale pour qu’Al-Qaïda retourne dans ses anciennes poches de Mossoul et de Ramadi (en Irak), pour fournir un nouvel élan à l’unification du djihad entre les sunnites d’Irak et de Syrie », poursuit-il, allant même jusqu’à parler de l’établissement d’un « État islamique » à travers l’union d’Al-Qaïda en Irak avec d’ « autres organisations terroristes en Irak et en Syrie ». Un scénario qui se vérifie au mot près deux ans plus tard, l’EI ayant pu se servir de son territoire à l’est de la Syrie pour se lancer à l’assaut des villes irakiennes de Mossoul en juin 2014, et de Ramadi en mai 2015.

S’il juge le rapport « intéressant et bien renseigné », l’expert François Heisbourg, président de l’Institut international des études stratégiques (IISS), lui reproche néanmoins ses imprécisions. « Tous les différents scénarios sont présentés de façon égale, sans aucune hiérarchie ni degré de crédibilité des sources, comme il est pourtant de coutume » de le faire, souligne-t-il. « Le champ des hypothèses est très large, ce qui empêche la prise d’une décision politique. » Outre la confusion entre EI et Front al-Nosra, la DIA commet une autre approximation en jugeant crédible l’hypothèse de zones d’exclusion aérienne pour servir de refuge aux populations syriennes déplacées. Or celles-ci n’ont en réalité jamais été sérieusement envisagées.

« Washington savait »
Enfin, le rapport fournit un dernier élément troublant, en totale contradiction avec le discours officiel occidental. Outre le soutien aux rebelles islamistes déjà évoqué, il affirme que l’Occident, les États du Golfe et la Turquie seraient favorables à l’établissement de la « principauté salafiste » dans l’est de la Syrie. « C’est exactement ce que les puissances soutenant l’opposition veulent, dans le but d’isoler le régime syrien, qui est considéré comme la profondeur stratégique de l’expansion chiite (Irak et Iran) », affirme le service de renseignements du Pentagone.

« Il s’agit d’un scénario prospectif pour le moins fantaisiste, qui ne signifie en aucun cas qu’il allait se réaliser », réagit l’expert François Géré. « On sait que l’Arabie saoudite a financé et armé les factions les plus radicales de la rébellion et que la Turquie a laissé massivement passer des armes vers ces groupes pour précipiter la chute de Bachar el-Assad. Si les États-Unis ne s’y sont pas opposés activement, on ne peut pas dire pour autant qu’ils aient encouragé les djihadistes. »

« On peut déduire de cet excellent rapport que Washington savait ce qui allait se passer », tranche Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Et d’interroger : « Mais qu’auraient pu faire les États-Unis ? »


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