Terrorisme: C’est l’islam, imbécile ! (It’s islam, stupid !)

23 mars, 2017
https://i1.wp.com/cdn.static-economist.com/sites/default/files/images/2017/03/articles/body/20170325_brc928.pngJ’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (« Minimanuel de guerilla urbaine », 1969)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Cette fois, c’est un nouveau symbole qui est visé, le berceau idéologique et religieux du mouvement des implantations. Charles Enderlin (France 2, le 7 mars 2008)
Israël est confronté à une nouvelle forme d’attaques, un terrorisme « low cost » impossible à prévenir, dont l’impact psychologique est redoutable : la voiture bélier. (…) Il s’agit de la seconde attaque de ce genre de la journée et la troisième en deux semaines, qui confirment les craintes d’une spirale de violences dans la Ville sainte. (…) L’attaque est « une conséquence directe de l’incitation d’Abbas et de sa collaboration avec le Hamas », a déclaré le chef du gouvernement, lors d’une cérémonie à la mémoire d’Yitzhak Rabin, assassiné il y a dix-neuf ans. Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce, le ministre de l’économie Naftali Benett a qualifié Mahmoud Abbas de « conducteur de la voiture de la mort à Jérusalem, tandis que les terroristes sont simplement ses passagers ». (…) M. Nétanyahou avait déjà mis en cause M. Abbas, en raison de ses appels à défendre « par tous les moyens » la mosquée Al-Aqsa contre la volonté de la droite dure israélienne d’y obtenir le droit de prier pour les juifs. « Le gouvernement maintiendra scrupuleusement le status quo sur le mont du Temple », a déclaré dimanche Mark Regev, le porte-parole de M. Nétanyahou. Des propos qui n’ont guère apaisé la colère palestinienne. (…) La nouvelle attaque à la voiture bélier, survenue mercredi dans la Ville sainte, a eu lieu sur une artère symbolique, entre le quartier ultraorthodoxe de Mea Shearim et Jérusalem-Est. Elle confirme la dégradation constante de la situation à Jérusalem depuis le début du mois de juillet, juste avant le début de l’opération « Bordure protectrice » dans la bande de Gaza. Dans certains quartiers arabes de l’est et du nord de la ville, les émeutes se sont multipliées. Le gouvernement a considérablement renforcé les effectifs dans la ville. Au total, depuis le début de juillet, plus de 900 personnes ont été arrêtées, dont 300 condamnées. Ces dix derniers jours, plus de 110 personnes impliquées dans des troubles ont été interpellées. La hiérarchie policière promet le rétablissement de l’ordre et rejette toute idée d’embrasement. Des blocs de béton ont commencé à être installés, dans la soirée, le long du parcours du tramway, pour empêcher des véhicules de s’engager sur les rails. Mais ces nouvelles attaques démontrent l’inefficacité de l’approche purement sécuritaire choisie par le gouvernement israélien. Ce dernier entend par ailleurs poursuivre la politique du fait accompli, en ce qui concerne le développement des colonies en Cisjordanie et dans la périphérie de Jérusalem. Isolés, discriminés, les Palestiniens vivant à Jérusalem grondent. « Il s’agit d’un rejet populaire de l’autorité israélienne, non organisé, jeune et sans leaders, explique Menachem Klien, professeur au département d’études politiques à l’université Bar-Ilan. On peut la qualifier d’intifada locale. » Sur les réseaux sociaux, certains Palestiniens s’interrogeaient déjà, dans les heures qui ont suivi l’attaque : le gouvernement israélien va-t-il aussi leur interdire la voiture ? Le Monde
Cela consiste à donner de la respectabilité aux comportements répréhensibles et à réduire la responsabilité personnelle en s’y référant en termes impersonnels. C’est ainsi, par exemple, qu’Al-Qaïda parle toujours des événements du 11 septembre comme étant des attaques contre les symboles de la puissance et du consumérisme américains, en passant sous silence l’assassinat de quelque 3.000 hommes, femmes et enfants. Gabriel Weimann
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers. Bruno S. Frey et Dominic Rohner
Les attaques terroristes font partie de la vie dans les grandes villes.  Sadiq Khan (maire de Londres)
Osons la tendresse. Philippe de Belgique
Il n’y a pas de culture française. Emmanuel Macron
L’art français, je ne l’ai jamais vu. Emmanuel Macron
La “démagogie d’Emmanuel Macron confine désormais à l’irresponsabilité politique. Christophe Billan
Cette évocation met en lumière deux points fondamentaux : l’irresponsabilité politique de Macron et ses véritables motivations. Irresponsabilité car l’outrance de ses propos entretient des fantasmes qui contribuent d’une part à fragiliser l’unité du pays d’autre part à mettre en danger nos ressortissants et nos intérêts. Irresponsabilité également car les perpétuelles contorsions démagogiques du leader « d’en marche » atteignent aujourd’hui un paroxysme en alimentant une propagande djihadiste qui menace la France mais aussi la stabilité des pays arabes. Irresponsabilité enfin parce que l’histoire est une discipline sérieuse. La colonisation est un processus complexe qui recouvre des réalités non homogènes. J’espère que les Français ouvriront les yeux avant le premier tour des élections présidentielles. (…) ses récentes déclarations sont très peu commentées alors même qu’elles mettent en lumière son véritable profil et les contours de son projet. Lors de son discours à Berlin, Emmanuel Macron a félicité Mme Merkel pour son courage. Il estimait en effet que l’accueil d’un million de migrants était une véritable « aubaine économique ». Ce déni de réalité au profit de considérations économiques étroites, parfaitement résumées par Christophe Guilluy, pose un vrai problème pour l’avenir. On voit apparaitre progressivement le libéralisme hors sol de Macron qui repose sur l’émergence d’un marché global toujours plus dérégulé. Cette vision considère les Etats, les peuples et la politique comme des vestiges encombrants. Ceux qui sont fascinés par ses discours creux déchanteront très vite. Je les exhorte à ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Seul Francois Fillon est en capacité de redresser notre pays car son programme équilibre autorité de l’Etat et économie ouverte, prise en compte d’un héritage et volonté de modernisation, souveraineté nationale et relance d’une Europe à bout de souffle. Il ne s’agit pas de la jeter à terre mais de lui redonner un sens.sa tribune dans le Figaro met en lumières les contours d’une société qui fait froid dans le dos. (…) La nation parvient, au terme d’un processus historique de plusieurs siècles, à fédérer des singularités autour de principes assumés et d’une vision commune. Le multiculturalisme qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux est une déconstruction de notre héritage et un véritable danger pour l’avenir puisque l’unité dans la diversité devient impossible. Le repli d’une communauté sur ses avantages la conduit inexorablement à considérer les autres groupes comme un concurrent voire comme un adversaire. L’Etat s’épuise alors à réguler des intérêts toujours plus contradictoires. Voilà à la fois la réalité et l’impasse du multiculturalisme vanté par certains. J’observe d’ailleurs que Thierry Tuot, le conseiller d’Etat à l’origine du rapport sur une nouvelle intégration, qui assume pleinement les contours d’une société bâtie sur le communautarisme, évolue dans le premier cercle d’Emmanuel Macron. En 2012, Terra Nova conseillait à la gauche de remplacer son socle électoral populaire par le vote communautaire. Son directeur est également un proche d’Emmanuel Macron. Nous sommes loin de la rupture annoncée mais bien dans une continuité délétère avec le quinquennat en cours. (…) Nous devons sortir de cette torpeur. Une fois encore, les Français doivent prendre la mesure du danger posé par la vacuité et l’incohérence du programme d’Emmanuel Macron. Nous ne sommes pas dans le renouvellement mais l’accélération du hollandisme. Ces promesses vides et contradictoires rappellent la campagne de 2012. Elles produiront exactement le même effet : une immense déception et l’affaissement grandissant de notre pays. Seul le logiciel de communication a changé. Sens Commun, à la veille de cette échéance primordiale pour l’avenir, répète son message : nous pouvons encore faire obstacle à la tentation du chaos ou à celle du pourrissement en faisant le choix de voter Fillon. Nous ne nous déroberons pas. Christophe Billan
Emmanuel Macron veut nous convaincre que la notion d’identité française est archaïque, et qu’il n’y a pas lieu de s’y accrocher. Dans son article il explique que les cultures évoluent en intégrant sans cesse de nouveaux apports étrangers, et il cite un certain nombre d’exemples: Joseph Kessel, Marie N’Diaye, Leila Slimani… pour ce qui est de la littérature française. Et il en est de même dans les arts. La culture française, nous dit il, «n’a cessé de se réinventer». Il ne faut pas s’en étonner, d’après lui, puisque «le fondement de la culture française c’est de prétendre à l’universel».Toute sa démonstration a pour but de railler les tenants de l’invariance (de l’identité française) qu’il affuble de différents noms d’oiseaux: des «réactionnaires», des «aigris», des «rétrogrades». Bref des gens qui ne connaissent pas l’évolution du monde. Sa démonstration, extrêmement habile, comme toujours, peut en piéger plus d’un: elle a pour objectif de plaider pour un monde ouvert où les nations disparaîtraient en se dissolvant dans le mondialisme. Le tour de passe-passe que nous joue Emanuel Macron dans cet article est monté comme tous les tours de prestidigitation où un habile manipulateur fait aux yeux de tous disparaître mystérieusement un objet pour en faire jaillir subitement un autre, au grand étonnement d’un public ébahi. Comment donc notre candidat à l’élection présidentielle procède-t-il dans son article? Il fait disparaître sous nos yeux sans que nous nous en apercevions la notion de «civilisation» pour lui substituer subrepticement celle de «peuple» .Et personne n’y voit rien: il s’agit tout simplement de mots, dont le public ne sait pas très bien d’ailleurs ce qu’ils signifient, et hop, le tour est joué. En avant donc pour cesser de défendre notre identité et nous fondre dans le magma d’une culture universelle. Pour percevoir où se situe le piège, et le déjouer, il faut nous en référer à quelques notions simples d’anthropologie, cette branche passionnante des sciences humaines qui étudie comment l’homme vit en société. Le concept de civilisation est fondamental en anthropologie, alors que celui de «peuple» inventé par Emmanuel Macron, n’existe pas. Les anthropologues nous disent que l’histoire des hommes est celle des civilisations. Il faut donc bien comprendre ce qu’est une «civilisation.» L’anthropologue Rodolfo Stevenhagen nous dit: «C’est l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérise une société» Et Spengler, de son coté expliquait dans son fameux ouvrage sur le déclin de l’Occident: «Chaque civilisation est une expérience unique, un art, une science une façon de penser, qui sont incompréhensibles en dehors de l’esprit qui l’anime» . Il faut bien voir qu’à l’intérieur de chaque civilisation il existe des cultures différentes: par exemple la culture en Europe des pays latins n’est pas la même que celle des pays du Nord, car les uns sont catholiques et les autres protestants: mais tous sont des chrétiens, et ces peuples relèvent de la même civilisation. Il ne faut donc pas confondre, ce que l’on fait très souvent, les concepts de «civilisation» et de «culture ». Chaque civilisation, nous disent unanimement les anthropologues, est fondée sur une religion: et ce constat est fondamental. Le christianisme, pour ce qui est de notre civilisation occidentale, l’islam, pour ce qui est de la civilisation musulmane, etc…. Notre civilisation, comme toutes les autres a, bien sûr, au cours du temps, évolué. Parmi les événements les plus marquants il y eut avec la Révolution française de 1789 ce que le philosophe Marcel Gauchet a appelé une «sortie de religion». Ce fut un virage très important, mais il n’a rien changé aux fondements de notre civilisation: les valeurs chrétiennes se sont simplement laïcisées, par réaction contre les pouvoirs abusifs que s’étaient arrogés sous l’ancien régime les membres du clergé catholique. Ces valeurs continuent à constituer la colonne vertébrale de notre civilisation. On a inscrit dans le marbre les trois valeurs fondamentales dans lesquelles se retrouvent tous les citoyens du pays: liberté, égalité, fraternité. Ce sont des valeurs chrétiennes, et la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 est fondée, elle aussi, sur les valeurs amenées au monde par le christianisme. Ce qui explique que dans l’évolution de toute civilisation il existe un certain nombre d’invariants, c’est le fait que chaque civilisation est, par définition, fondée sur une religion. Chaque fois les croyances religieuses ont instillé des valeurs et des manières de voir le monde, ainsi que de vivre ensemble qui sont spécifiques. Si l’on change ces valeurs qui ont été créatrices, on change de civilisation. Avec le remplacement que fait Emmanuel Macron du concept de «civilisation» par celui de «peuple», l’auteur de l’article se dégage des enseignements que nous donnent les anthropologues sur les racines des civilisations et sur l’évolution de celles-ci. Emmanuel Macron nous plonge ainsi dans le doute, et cela lui permet de plaider pou un univers mouvant où rien ne se perpétue. L’auteur veut nous accoutumer à l’idée que l’on s’achemine inéluctablement vers une civilisation mondiale où les peuples perdront leur identité et seront indifférenciés. Soyons donc prudents pour ne pas tomber dans le piège ainsi tendu. Le philosophe Guy Coq, fondateur de la revue Esprit a expliqué qu’une civilisation devait avant tout «veiller aux causes internes de sa propre destruction». La thèse défendue par Emmanuel Macron dans son article est pernicieuse: elle relève de ces courants qui conduisent à la destruction d’une civilisation. Souvenons nous de cet avertissement lancé au XVIIIème siècle par le philosophe italien Giambatista Vico: «L’adhésion aveugle à des convictions fausses présentées sous le couvert de vérités est la principale cause du déclin d’une civilisation». Puisse cet avertissement être entendu par les princes qui, demain, nous gouverneront. Claude Sicard
Si l’on suit les travaux du sociologue Farhad Khosrokhavar cependant, le terrorisme islamiste témoigne d’une conjonction entre ces deux formes de radicalité : une conception fondamentaliste de la religion d’une part, une légitimation de l’usage de la violence d’autre part ; lorsque ces deux facteurs sont réunis, le risque de radicalisation serait élevé. (…) Si l’on schématise, trois grandes théories sont présentes dans le champ sociologique. La première, centrée sur la radicalité religieuse, et plus précisément sur la lecture radicale de l’islam proposée par certains courants, cherche la genèse de la radicalité au cœur de l’interprétation religieuse elle-même : la dynamique « salafiste » dont parle Gilles Kepel. La seconde est une interprétation en termes de frustration et de victimisation. C’est l’idée que des individus victimes de formes d’exclusion et de discrimination, n’ayant pas les moyens de se réaliser socialement et de s’exprimer politiquement, seraient davantage tentés par des formes de radicalité politique ou religieuse. Farhad Khosrokhavar envisage en ce sens que la délinquance pourrait être une porte d’entrée vers le terrorisme. La troisième explication valorise la dimension identitaire et psychologique. Dans ce cas, les mécanismes économiques et sociaux seraient secondaires ; le principal facteur d’entrée serait un malaise identitaire rendant un individu propice aux identifications radicales ou manichéennes. Les travaux du politologue Olivier Roy ou du psychanalyste Fethi Benslama ont ainsi insisté sur l’identification des jeunes djihadistes à l’Oumma musulmane, pour résoudre des conflits liés à la fragilité de leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Ces trois types d’interprétation ne sont d’ailleurs pas exclusifs les uns des autres. (…) lorsque nous nous sommes intéressés à la question de la radicalité religieuse, nous avons défini celle-ci comme un ensemble d’options pouvant déboucher sur le fondamentalisme, soit une conception littérale et absolue de la religion, devant s’imposer à l’ensemble de la société et marquée notamment par un clair refus d’une séparation entre le religieux et le politique. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’un jeune pense plus ou moins cela qu’il recourt systématiquement à la violence. On peut être fondamentaliste ou avoir une conception absolutiste de la religion tout en refusant de partir en guerre contre les autres religions, ou toutes formes culturelles, sociales ou économiques s’opposant à l’instauration d’un régime politique fondé sur les préceptes religieux. Si l’on suit les travaux du sociologue Farhad Khosrokhavar cependant, le terrorisme islamiste témoigne d’une conjonction entre ces deux formes de radicalité : une conception fondamentaliste de la religion d’une part, une légitimation de l’usage de la violence d’autre part ; lorsque ces deux facteurs sont réunis, le risque de radicalisation serait élevé. Cela fait partie des hypothèses que nous avons voulu explorer même si nous n’avions pas les moyens de mesurer le fondamentalisme stricto sensu, puisque notre enquête porte sur l’ensemble de la jeunesse lycéenne. Nous avons néanmoins une mesure de l’absolutisme religieux et de la tolérance à la violence et à la déviance. (…) Si l’on schématise, trois grandes théories sont présentes dans le champ sociologique. La première, centrée sur la radicalité religieuse, et plus précisément sur la lecture radicale de l’islam proposée par certains courants, cherche la genèse de la radicalité au cœur de l’interprétation religieuse elle-même : la dynamique « salafiste » dont parle Gilles Kepel. La seconde est une interprétation en termes de frustration et de victimisation. C’est l’idée que des individus victimes de formes d’exclusion et de discrimination, n’ayant pas les moyens de se réaliser socialement et de s’exprimer politiquement, seraient davantage tentés par des formes de radicalité politique ou religieuse. Farhad Khosrokhavar envisage en ce sens que la délinquance pourrait être une porte d’entrée vers le terrorisme. La troisième explication valorise la dimension identitaire et psychologique. Dans ce cas, les mécanismes économiques et sociaux seraient secondaires ; le principal facteur d’entrée serait un malaise identitaire rendant un individu propice aux identifications radicales ou manichéennes. Les travaux du politologue Olivier Roy ou du psychanalyste Fethi Benslama ont ainsi insisté sur l’identification des jeunes djihadistes à l’Oumma musulmane, pour résoudre des conflits liés à la fragilité de leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Ces trois types d’interprétation ne sont d’ailleurs pas exclusifs les uns des autres. (…) si nous avions enquêté sur l’ensemble de la jeunesse française, notre échantillon aurait comporté 6 à 7 % % de jeunes issus de zones urbaines sensibles et peut-être 3 % de musulmans, ce qui n’aurait pas permis de faire des traitements statistiques fins sur des segments spécifiques de la population jeune. Notre échantillon comporte environ 16 % de jeunes en ZUS et 25 % – soit 1 750 jeunes – de confession musulmane. (…) Les jeunes de notre échantillon font preuve d’une tolérance plus forte à l’égard des comportements déviants comme « conduire sans permis » par exemple, ou le fait de « dealer un peu de haschich ». D’autre part, ces élèves témoignent globalement d’une adhésion plus forte à la radicalité. Participer à des actions violentes pour ses idées ou même se sacrifier pour une cause est davantage admis, et une plus grande proportion d’entre eux déclare être éventuellement prête à affronter les forces de l’ordre ou d’autres manifestants. Enfin, et ça n’est pas négligeable, les principes de la laïcité sont en moyenne rejetés par deux fois plus d’élèves que dans l’ensemble de la jeunesse. (…) Nous avons constaté dans notre étude un effet religieux qui est, on ne peut le nier, présent chez les jeunes musulmans de notre échantillon. D’une part, ils sont trois fois plus nombreux que les autres à défendre une vision absolutiste de la religion – en considérant à la fois qu’il y a « une seule vraie religion » et que la religion explique mieux la création du monde que la science. 11 % des jeunes de notre échantillon sont sur cette ligne, un chiffre qui triple pour ceux de confession musulmane. D’autre part, quand on combine le degré d’adhésion à cet absolutisme religieux et la tolérance à l’égard de la déviance ou de la violence, on retrouve le même facteur multiplicatif : 4 % des jeunes de toutes confessions défendent une vision absolutiste de la religion tout en adhérant à des idées radicales, alors que ce chiffre est de 12 % chez les jeunes musulmans de notre échantillon. On notera qu’il s’agit d’une très petite proportion en définitive, l’absolutisme radical est très loin d’être majoritaire chez les musulmans ! Néanmoins, cette tendance est de fait plus marquée dans ce segment de notre échantillon. Lorsque l’on fait varier d’autres facteurs, comme la situation socio-économique ou la filière d’étude, cela ne change quasiment pas le résultat. Notons cependant que les garçons sont plus concernés que les filles (deux fois plus environ). (…)Une explication purement économique ne nous paraît pas validée. L’idée d’une « génération sacrifiée » qui serait du même coup tentée par la radicalité se heurte au sentiment de relative bonne intégration de ces populations. Lorsqu’on les compare avec l’enquête témoin réalisée par Opinion Way, ils ne paraissent ni plus ni moins confiants en l’avenir que l’ensemble de la jeunesse française, et croient tout autant en leurs capacités de poursuivre des études après le bac et de trouver un emploi satisfaisant. En revanche, le sentiment d’être discriminé est deux fois plus marqué dans notre échantillon, notamment chez les jeunes de confession musulmane ou d’origine étrangère. Nous devons envisager que les facteurs religieux se conjuguent avec des questions identitaires, mêlées à des sentiments de victimisation et de discrimination, pour expliquer l’adhésion à la radicalité. Notre constat est donc nuancé, et nous sommes loin d’avoir épuisé les leçons que nous pouvons tirer de cette enquête. Les entretiens individuels nous permettront de mieux discerner ce qui relève de la religion stricto sensu et ce qui relève d’un sentiment de victimisation ou d’un malaise identitaire. (…) Nous avons tenté d’évaluer leur sensibilité aux attentats de Charlie Hebdo et à ceux du Bataclan, en leur demandant notamment s’ils comprenaient qu’on se livre à des tels actes et s’ils les condamnaient. Là encore, nous sommes obligés de constater de fortes disparités en fonction de la religion : les jeunes musulmans de notre échantillon sont moins enclins à condamner les auteurs et plus nombreux à se déclarer « peu sensibles » à ces événements. Par ailleurs, nous avons pu constater que cet état d’esprit était beaucoup plus marqué chez les jeunes témoignant d’un haut degré d’adhésion à l’absolutisme religieux, quelle que soit la confession, mais il est vrai que, dans notre échantillon, le degré d’absolutisme est nettement plus élevé chez les jeunes musulmans. Nos données ne nous permettent pas, néanmoins, de faire un lien direct entre le fondamentalisme musulman et le fait de comprendre les attentats ou d’y être indifférent, car cela nous aurait obligés à poser des questions plus spécifiques sur l’islamisme. Il était important que notre questionnaire reste perçu comme une enquête générale sur les valeurs, la religion et la citoyenneté, sans que nous ne fassions de différences évidentes entre les élèves selon leur confession. Sur tous ces points, nous attendons beaucoup de l’exploitation des entretiens qualitatifs et des « focus groups » menés avec les lycées pour avancer dans l’interprétation. Olivier Galland
Pour nous, la radicalité suppose un ensemble d’attitudes ou d’actes marquant la volonté d’une rupture avec le système politique, social, économique, et plus largement avec les normes et les mœurs en vigueur dans la société. Elle atteint son point le plus extrême lorsqu’elle s’accompagne d’une justification de l’usage de la violence. Nos questions allaient donc de la simple tolérance à l’égard de la triche lors d’un examen jusqu’au fait de prendre les armes pour faire triompher ses idées. Encore une fois, il faut garder à l’esprit que c’est une approche en termes de degrés. Dans le domaine politique par exemple, nous interprétons comme radical le fait de voter pour des partis hors système ou extrémistes, de participer à des actions protestataires comme les grèves ou les manifestations, ou encore de vouloir changer radicalement la société par une action révolutionnaire. Cela ne signifie pas qu’un jeune soit prêt à passer à l’acte, à affronter lui-même directement les forces de l’ordre, à porter atteinte aux biens ou personnes, dans le cadre d’une contestation globale ou d’une stratégie politique de renversement du système. (…) Ce qui nous a également frappés, c’est l’importance de la socialisation religieuse dans le cercle familial parmi les jeunes musulmans. L’hypothèse d’une rupture avec un milieu athée ou mécréant, ou celle d’une religion qui serait un prétexte lorsqu’on se radicalise pour d’autres raisons, ne sont pas probantes. Ces jeunes ont au contraire bénéficié d’une éducation religieuse importante, occupant une place quotidienne dans leur vie et dans leur foyer. La phase qualitative qui est en cours nous permettra d’affiner les interprétations des liens possibles entre un fort engagement dans l’islam et le degré d’adhésion à des idées plus ou moins radicales. Notre enquête montre que ce lien existe, mais il reste à en produire une interprétation solide. Si l’on voulait être complet sur la question de la radicalité religieuse, l’idéal aurait été d’enquêter aussi dans des lycées privés juifs ou catholiques. Mais nous n’en avions pas les moyens. D’autre part, ces formes de radicalité, qui existent certainement, n’ont ni l’ampleur ni les conséquences de celle qui est liée à l’islam. (…) Néanmoins, le fait est que la prise en compte des sentiments de discrimination ne diminue qu’à la marge l’effet religieux. Dans notre échantillon, les jeunes musulmans qui se sentent discriminés adhèrent certes plus souvent à des idées radicales que ceux qui ne se sentent pas discriminés. Or, qu’ils soient discriminés ou non, ils sont toujours plus nombreux que les autres jeunes à adhérer à ces idées. Mais ces constats restent effectivement à affiner et à nuancer, d’autant que nous nous heurtons à plusieurs paradoxes. Par exemple, le degré de pratique religieuse est certes plus marqué chez les jeunes musulmans, y compris ceux adhérant à des idées absolutistes ou radicales, mais plus de la moitié de ces derniers ont une pratique religieuse plutôt épisodique et peu structurée. Leur rapport aux normes sociales et au libéralisme culturel est également ambivalent. D’un côté, le rejet de la laïcité ou de l’homosexualité est beaucoup plus marqué chez les musulmans que dans les autres religions. En revanche, l’égalité homme-femme n’est pas loin de faire consensus pour les jeunes de toutes confessions. Les variables que nous avons ciblées grâce à cette enquête restent pour une large part à interpreter. Anne Muxel

C’est l’islam, imbécile !

Au lendemain, entre Paris, Bruxelles, Londres ou Anvers, d’une nouvelle série d’attaques terroristes …

Perpétrés, entre voiture-bélier et couteau de boucher contre des civils innocents, conformément aux conseils explicites de l’Etat islamique

Et comme par hasard par des individus musulmans …

Pendant que nos belles âmes nous appellent à la dissolution de notre identité ou à la tendresse

Et que, pris dans une une véritable “spirale de mort mutuellement bénéfique” entre deux assassinats politiques, nos médias nous inoculent jour après jour le venin teroriste …

Devinez ce que vient de confirmer une nouvelle enquête de sociologues du CNRS …

Contre les interprétations habituelles de l’excuse de l’économie ou du racisme …

Et que nos amis israéliens savent et vivent depuis – et même bien avant – l’existence même de leur Etat ?

Face au terrorisme, la recherche en action
Le 18 novembre 2015, le président du CNRS a lancé à la communauté scientifique un appel à propositions « sur tous les sujets pouvant relever des questions posées à nos sociétés par les attentats et leurs conséquences, et ouvrant la voie à des solutions nouvelles – sociales, techniques, numériques. » Plus de 60 projets de recherche ont été retenus (lire à ce sujet l’éditorial de Sandra Laugier). Ce blog a pour objectif de présenter certains de ces travaux en cours.
Une vaste enquête sur la radicalité chez les lycéens
Les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland ont dévoilé ce matin les premiers résultats d’une étude qu’ils coordonnent auprès de plus de 7 000 lycéens pour mieux comprendre les facteurs d’adhésion des jeunes à la radicalité politique et religieuse.
Fabien Trécourt
CNRS
20.03.2017

Vous avez présenté ce matin à la presse les premiers résultats de votre étude sur les jeunes et la radicalité, dont vous aviez déjà donné un aperçu pour la radio du CNRS. En quoi consiste-t-elle ?
Olivier Galland1 : Notre travail s’inscrit dans le cadre de l’appel à projets du président du CNRS sur le terrorisme et les attentats, pour aider les pouvoirs publics à mieux comprendre un ensemble de phénomènes associés à ces événements. Plusieurs travaux se sont penchés sur le processus de radicalisation individuelle : des chercheurs comme Gilles Kepel, Farhad Khosrokhavar ou encore Olivier Roy ont mené des entretiens avec des jeunes radicalisés et analysé leurs parcours. Ces recherches sont passionnantes, mais ne portent que sur des échantillons très limités. Nous avons souhaité développer une approche quantitative, ciblant la jeunesse lycéenne scolarisée en classe de seconde, en diffusant un questionnaire auprès de 7 000 élèves issus de quatre académies – Lille, Créteil, Dijon et Aix-Marseille – et 21 lycées. Il s’agit d’une enquête exploratoire sur la thématique de la radicalité en matière de politique et de religion, jusqu’alors peu couverte par les enquêtes sociologiques classiques sur la jeunesse.

Anne Muxel2 : Étant donné l’importance et le caractère relativement inédit du sujet, notre dispositif d’enquête est rigoureux et diversifié. Trois types d’enquêtes ont été réalisés sur une période de six mois (octobre 2016 – mars 2017) : une enquête quantitative auto-administrée par questionnaire auprès d’un large échantillon de classes de seconde (7 000 lycéens interrogés), une enquête quantitative « témoin » réalisée en ligne par l’institut Opinion Way auprès d’un échantillon représentatif de jeunes âgés de 14 à 16 ans (1 800 jeunes ont été interrogés), et une enquête qualitative comportant des entretiens individuels et des entretiens collectifs réalisés avec des jeunes lycéens des classes de seconde. Mais il ne s’agit pas d’une étude sur le processus de radicalisation. C’est très important de le souligner. Elle ne permet pas de repérer des jeunes radicalisés ou en voie de l’être, mais elle cherche à mesurer le degré d’adhésion à la radicalité au sein de la jeunesse. Cette mesure ne peut aboutir à une lecture binaire de la radicalité car elle fait apparaître toute une gamme d’attitudes allant du rejet de toute forme d’extrémisme, de déviance ou de violence à l’acceptabilité de la violence terroriste. Certains jeunes peuvent comprendre ce type d’action violente et radicale sans y adhérer, d’autres peuvent être séduits par des idées radicales sans jamais passer à l’acte, etc. Il est important d’analyser ces résultats en termes de degrés, et non de façon dichotomique.

Comment définissez-vous la radicalité ?
A. M.  : Pour nous, la radicalité suppose un ensemble d’attitudes ou d’actes marquant la volonté d’une rupture avec le système politique, social, économique, et plus largement avec les normes et les mœurs en vigueur dans la société. Elle atteint son point le plus extrême lorsqu’elle s’accompagne d’une justification de l’usage de la violence. Nos questions allaient donc de la simple tolérance à l’égard de la triche lors d’un examen jusqu’au fait de prendre les armes pour faire triompher ses idées. Encore une fois, il faut garder à l’esprit que c’est une approche en termes de degrés. Dans le domaine politique par exemple, nous interprétons comme radical le fait de voter pour des partis hors système ou extrémistes, de participer à des actions protestataires comme les grèves ou les manifestations, ou encore de vouloir changer radicalement la société par une action révolutionnaire. Cela ne signifie pas qu’un jeune soit prêt à passer à l’acte, à affronter lui-même directement les forces de l’ordre, à porter atteinte aux biens ou personnes, dans le cadre d’une contestation globale ou d’une stratégie politique de renversement du système.

O. G. : De la même façon, lorsque nous nous sommes intéressés à la question de la radicalité religieuse, nous avons défini celle-ci comme un ensemble d’options pouvant déboucher sur le fondamentalisme, soit une conception littérale et absolue de la religion, devant s’imposer à l’ensemble de la société et marquée notamment par un clair refus d’une séparation entre le religieux et le politique. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’un jeune pense plus ou moins cela qu’il recourt systématiquement à la violence. On peut être fondamentaliste ou avoir une conception absolutiste de la religion tout en refusant de partir en guerre contre les autres religions, ou toutes formes culturelles, sociales ou économiques s’opposant à l’instauration d’un régime politique fondé sur les préceptes religieux. Si l’on suit les travaux du sociologue Farhad Khosrokhavar cependant, le terrorisme islamiste témoigne d’une conjonction entre ces deux formes de radicalité : une conception fondamentaliste de la religion d’une part, une légitimation de l’usage de la violence d’autre part ; lorsque ces deux facteurs sont réunis, le risque de radicalisation serait élevé. Cela fait partie des hypothèses que nous avons voulu explorer même si nous n’avions pas les moyens de mesurer le fondamentalisme stricto sensu, puisque notre enquête porte sur l’ensemble de la jeunesse lycéenne. Nous avons néanmoins une mesure de l’absolutisme religieux et de la tolérance à la violence et à la déviance.

Quelles hypothèses avez-vous voulu vérifier pour expliquer l’entrée dans la radicalité ?
O. G. : Si l’on schématise, trois grandes théories sont présentes dans le champ sociologique. La première, centrée sur la radicalité religieuse, et plus précisément sur la lecture radicale de l’islam proposée par certains courants, cherche la genèse de la radicalité au cœur de l’interprétation religieuse elle-même : la dynamique « salafiste » dont parle Gilles Kepel. La seconde est une interprétation en termes de frustration et de victimisation. C’est l’idée que des individus victimes de formes d’exclusion et de discrimination, n’ayant pas les moyens de se réaliser socialement et de s’exprimer politiquement, seraient davantage tentés par des formes de radicalité politique ou religieuse. Farhad Khosrokhavar envisage en ce sens que la délinquance pourrait être une porte d’entrée vers le terrorisme. La troisième explication valorise la dimension identitaire et psychologique. Dans ce cas, les mécanismes économiques et sociaux seraient secondaires ; le principal facteur d’entrée serait un malaise identitaire rendant un individu propice aux identifications radicales ou manichéennes. Les travaux du politologue Olivier Roy ou du psychanalyste Fethi Benslama ont ainsi insisté sur l’identification des jeunes djihadistes à l’Oumma musulmane, pour résoudre des conflits liés à la fragilité de leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Ces trois types d’interprétation ne sont d’ailleurs pas exclusifs les uns des autres.

A. M.  : Les travaux sur les engagements politiques extrémistes, ainsi que plusieurs études sur l’attrait du Front national dans la jeunesse, ont établi des mécanismes psychologiques similaires. Disposant d’un large échantillon, nous pouvons travailler sur des segments spécifiques de la jeunesse. C’est le grand intérêt de cette étude. Nous pouvons mener des analyses fines au sein de notre population lycéenne permettant d’identifier les facteurs contextuels, sociaux, culturels, économiques, scolaires mais aussi personnels, qui peuvent être associés aux différents degrés d’adhésion à la radicalité. Par exemple, en explorant les effets du genre : les garçons sont-ils davantage séduits que les filles par la radicalité, ou l’inverse ? Notre échantillon nous permet également de comparer les jeunes qui éprouvent des conflits au sein de leur cercle familial et ceux qui n’en ont aucun, ceux qui se sentent exclus de la société et ceux qui s’y trouvent plutôt bien intégrés, etc. Ces informations sont d’autant plus intéressantes que l’hypothèse d’une rupture avec un environnement jugé anxiogène – familial, scolaire, social… – est régulièrement avancée pour expliquer l’adhésion d’un jeune à des idées ou des comportements radicaux. De la même façon, l’idée que le décrochage scolaire ou que l’angoisse face à l’avenir est un facteur explicatif peut être vérifiée, en comparant le degré d’adhésion des jeunes selon qu’ils sont ou non dans ce cas de figure.

Cette enquête est-elle représentative de la jeunesse française ?
A. M.  : Non, car pour répondre à l’objet de cette recherche, dans le cadre particulier de l’appel à projets du CNRS « Attentats-recherche », et pour répondre aux conditions d’une enquête nécessairement exploratoire à ce stade, nous avons choisi de surreprésenter certaines catégories dans notre échantillon en introduisant des critères de sélection des établissements scolaires : lycées situés en ZUS, où sont scolarisés une plus forte proportion de jeunes issus des catégories populaires ou issus de l’immigration, et où l’on compte en plus grand nombre des jeunes de confession musulmane. Il nous paraissait essentiel d’avoir une information plus riche sur ces segments de la population, dans la mesure où plusieurs interprétations – socio-économique, culturelle ou religieuse – s’opposent pour expliquer la radicalisation qui, lorsqu’elle est extrême, peut conduire au terrorisme que l’on a connu en 2015. Ces biais rendent notre panel très différent de la jeunesse française en général, mais sa diversité et sa taille permettent de vérifier à notre échelle si des variables économiques, culturelles, religieuses sont associées à une adhésion plus ou moins grande à des idées radicales.

O. G. : Nous avons pris des précautions pour conserver une certaine diversité de profil : lycées de centre-ville, de banlieues, et proches de zones rurales, filières générales et professionnelles, mixité de filles et de garçons, etc. Néanmoins, si nous avions enquêté sur l’ensemble de la jeunesse française, notre échantillon aurait comporté 6 à 7 % % de jeunes issus de zones urbaines sensibles et peut-être 3 % de musulmans, ce qui n’aurait pas permis de faire des traitements statistiques fins sur des segments spécifiques de la population jeune. Notre échantillon comporte environ 16 % de jeunes en ZUS et 25 % – soit 1 750 jeunes – de confession musulmane.

Avez-vous constaté des particularités de votre échantillon par rapport à l’ensemble de la jeunesse française ?
O. G. : C’est une jeunesse très particulière, et pas forcément là où on l’attend, lorsqu’on la compare à l’enquête-témoin réalisée par Opinion Way. Si l’on ne note pas de différences flagrantes en ce qui concerne leur perception de l’école, celle de leur avenir professionnel, leurs attitudes et leur proximité vis-à-vis de leurs familles, en revanche sur le plan de la tolérance à la déviance et à la violence, il existe des écarts significatifs. Les jeunes de notre échantillon font preuve d’une tolérance plus forte à l’égard des comportements déviants comme « conduire sans permis » par exemple, ou le fait de « dealer un peu de haschich ». D’autre part, ces élèves témoignent globalement d’une adhésion plus forte à la radicalité. Participer à des actions violentes pour ses idées ou même se sacrifier pour une cause est davantage admis, et une plus grande proportion d’entre eux déclare être éventuellement prête à affronter les forces de l’ordre ou d’autres manifestants. Enfin, et ça n’est pas négligeable, les principes de la laïcité sont en moyenne rejetés par deux fois plus d’élèves que dans l’ensemble de la jeunesse.

Quels principaux facteurs de radicalité avez-vous pu identifier ?
O. G. : Nous avons constaté dans notre étude un effet religieux qui est, on ne peut le nier, présent chez les jeunes musulmans de notre échantillon. D’une part, ils sont trois fois plus nombreux que les autres à défendre une vision absolutiste de la religion – en considérant à la fois qu’il y a « une seule vraie religion » et que la religion explique mieux la création du monde que la science. 11 % des jeunes de notre échantillon sont sur cette ligne, un chiffre qui triple pour ceux de confession musulmane. D’autre part, quand on combine le degré d’adhésion à cet absolutisme religieux et la tolérance à l’égard de la déviance ou de la violence, on retrouve le même facteur multiplicatif : 4 % des jeunes de toutes confessions défendent une vision absolutiste de la religion tout en adhérant à des idées radicales, alors que ce chiffre est de 12 % chez les jeunes musulmans de notre échantillon. On notera qu’il s’agit d’une très petite proportion en définitive, l’absolutisme radical est très loin d’être majoritaire chez les musulmans ! Néanmoins, cette tendance est de fait plus marquée dans ce segment de notre échantillon. Lorsque l’on fait varier d’autres facteurs, comme la situation socio-économique ou la filière d’étude, cela ne change quasiment pas le résultat. Notons cependant que les garçons sont plus concernés que les filles (deux fois plus environ).

A. M.  : Ce qui nous a également frappés, c’est l’importance de la socialisation religieuse dans le cercle familial parmi les jeunes musulmans. L’hypothèse d’une rupture avec un milieu athée ou mécréant, ou celle d’une religion qui serait un prétexte lorsqu’on se radicalise pour d’autres raisons, ne sont pas probantes. Ces jeunes ont au contraire bénéficié d’une éducation religieuse importante, occupant une place quotidienne dans leur vie et dans leur foyer. La phase qualitative qui est en cours nous permettra d’affiner les interprétations des liens possibles entre un fort engagement dans l’islam et le degré d’adhésion à des idées plus ou moins radicales. Notre enquête montre que ce lien existe, mais il reste à en produire une interprétation solide. Si l’on voulait être complet sur la question de la radicalité religieuse, l’idéal aurait été d’enquêter aussi dans des lycées privés juifs ou catholiques. Mais nous n’en avions pas les moyens. D’autre part, ces formes de radicalité, qui existent certainement, n’ont ni l’ampleur ni les conséquences de celle qui est liée à l’islam.

Quel est l’impact des facteurs économiques ou sociaux ?
O. G. : Une explication purement économique ne nous paraît pas validée. L’idée d’une « génération sacrifiée » qui serait du même coup tentée par la radicalité se heurte au sentiment de relative bonne intégration de ces populations. Lorsqu’on les compare avec l’enquête témoin réalisée par Opinion Way, ils ne paraissent ni plus ni moins confiants en l’avenir que l’ensemble de la jeunesse française, et croient tout autant en leurs capacités de poursuivre des études après le bac et de trouver un emploi satisfaisant. En revanche, le sentiment d’être discriminé est deux fois plus marqué dans notre échantillon, notamment chez les jeunes de confession musulmane ou d’origine étrangère. Nous devons envisager que les facteurs religieux se conjuguent avec des questions identitaires, mêlées à des sentiments de victimisation et de discrimination, pour expliquer l’adhésion à la radicalité. Notre constat est donc nuancé, et nous sommes loin d’avoir épuisé les leçons que nous pouvons tirer de cette enquête. Les entretiens individuels nous permettront de mieux discerner ce qui relève de la religion stricto sensu et ce qui relève d’un sentiment de victimisation ou d’un malaise identitaire.

A. M.  : Néanmoins, le fait est que la prise en compte des sentiments de discrimination ne diminue qu’à la marge l’effet religieux. Dans notre échantillon, les jeunes musulmans qui se sentent discriminés adhèrent certes plus souvent à des idées radicales que ceux qui ne se sentent pas discriminés. Or, qu’ils soient discriminés ou non, ils sont toujours plus nombreux que les autres jeunes à adhérer à ces idées. Mais ces constats restent effectivement à affiner et à nuancer, d’autant que nous nous heurtons à plusieurs paradoxes. Par exemple, le degré de pratique religieuse est certes plus marqué chez les jeunes musulmans, y compris ceux adhérant à des idées absolutistes ou radicales, mais plus de la moitié de ces derniers ont une pratique religieuse plutôt épisodique et peu structurée. Leur rapport aux normes sociales et au libéralisme culturel est également ambivalent. D’un côté, le rejet de la laïcité ou de l’homosexualité est beaucoup plus marqué chez les musulmans que dans les autres religions. En revanche, l’égalité homme-femme n’est pas loin de faire consensus pour les jeunes de toutes confessions. Les variables que nous avons ciblées grâce à cette enquête restent pour une large part à interpréter.

Quelle est leur perception de l’extrémisme politique et du terrorisme ?
O. G. : Nous avons tenté d’évaluer leur sensibilité aux attentats de Charlie Hebdo et à ceux du Bataclan, en leur demandant notamment s’ils comprenaient qu’on se livre à des tels actes et s’ils les condamnaient. Là encore, nous sommes obligés de constater de fortes disparités en fonction de la religion : les jeunes musulmans de notre échantillon sont moins enclins à condamner les auteurs et plus nombreux à se déclarer « peu sensibles » à ces événements. Par ailleurs, nous avons pu constater que cet état d’esprit était beaucoup plus marqué chez les jeunes témoignant d’un haut degré d’adhésion à l’absolutisme religieux, quelle que soit la confession, mais il est vrai que, dans notre échantillon, le degré d’absolutisme est nettement plus élevé chez les jeunes musulmans. Nos données ne nous permettent pas, néanmoins, de faire un lien direct entre le fondamentalisme musulman et le fait de comprendre les attentats ou d’y être indifférent, car cela nous aurait obligés à poser des questions plus spécifiques sur l’islamisme. Il était important que notre questionnaire reste perçu comme une enquête générale sur les valeurs, la religion et la citoyenneté, sans que nous ne fassions de différences évidentes entre les élèves selon leur confession. Sur tous ces points, nous attendons beaucoup de l’exploitation des entretiens qualitatifs et des « focus groups » menés avec les lycées pour avancer dans l’interprétation.

A. M.  : Notre échantillon est marqué par une plus forte radicalité politique que dans l’enquête-témoin d’Opinion Way : affronter les forces de l’ordre, d’autres manifestants ou dégrader des biens matériels est mieux accepté que dans l’ensemble de la jeunesse. En revanche, le degré de politisation des jeunes lycéens interrogés est assez similaire : la majorité des jeunes de cet âge témoigne d’un faible intérêt pour la politique, d’une posture de défiance généralisée vis-à-vis du « système », qui se traduit souvent par un positionnement « ni droite ni gauche ». À cet âge, on peut observer une réelle distance vis-à-vis de la politique institutionnelle. Mais on retrouve dans notre enquête des phénomènes bien connus qui caractérisent la socialisation politique des jeunes générations : une défiance politique qui se combine à une certaine propension à la protestation. En tant que tel, l’extrémisme politique ne concerne qu’une minorité de jeunes. Mais l’on repère bien dans cette génération un certain nombre de dispositions à la contestation de la société et de ses institutions. Celle-ci peut se porter dans les urnes comme dans des formes de mobilisation collective. La radicalité politique est une composante de la politisation actuelle des jeunes, mais elle ne débouche pas nécessairement sur une acceptation de la violence politique.

Quelle suite allez-vous donner à ces travaux ?
A. M.  : Nous envisageons certaines pistes d’analyse comme la pénétration des discours complotistes, la confiance dans les médias, les relations intrafamiliales, les relations avec les forces de police, ou encore la question des jeunes convertis. Le questionnaire de notre étude est riche et nous disposons d’un corpus de données nous permettant de mener des analyses fines sur plusieurs aspects de la vie des jeunes, de leurs attitudes comme de leurs comportements, en lien avec la question de la radicalité. L’ensemble des résultats sera publié dans un ouvrage collectif sur lequel nous sommes en train de travailler.

O. G. : Par ailleurs, comme nous l’avons dit à plusieurs reprises dans cet entretien, nous attendons beaucoup de l’exploitation de la phase qualitative de notre enquête. Mettre en lumière des relations entre variables est un pas important dans la compréhension de l’adhésion à la radicalité politique et religieuse – et cette exploration quantitative est un travail inédit dans le champ des sciences sociales en France aujourd’hui. C’est là un point fort de notre démarche. Mais ce n’est pas toujours suffisant, car les liens mis en évidence restent à interpréter au sein d’un ensemble d’hypothèses et de cadres explicatifs complexes et parfois concurrents. Les entretiens et les « focus groups » fourniront un matériau précieux pour les vérifier, les infirmer ou les départager.

Voir aussi:

Valeurs actuelles

22 mars 2017

Polémique. Dans le numéro 41 de sa revue de propagande Al Masra, Al-Qaïda dans la péninsule arabique évoque la prise de position d’Emmanuel Macron sur la colonisation, “crime contre l’humanité”. Selon Christophe Billan, le président de Sens commun, qui a vivement réagi à cette information dans un tweet, cette utilisation par les djihadistes des propos du leader d’En marche est la conséquence directe de son “irresponsabilité” et de ses “perpétuelles contorsions démagogiques”.

Valeurs actuelles. Vous avez affirmé cet après-midi sur Twitter, au sujet de la reprise des propos d’Emmanuel Macron par l’organe de propagande d’Al-Qaïda, que la démagogie d’Emmanuel Macron confine désormais à l’irresponsabilité politique”. Que vouliez-vous dire ?

Christophe Billan. Cet organe de propagande se contente de rapporter les faits évoquant le profil et les propos d’Emmanuel Macron ainsi que ceux de François Fillon du reste. Toutefois, cette évocation met en lumière deux points fondamentaux : l’irresponsabilité politique de Macron et ses véritables motivations. Irresponsabilité car l’outrance de ses propos entretient des fantasmes qui contribuent d’une part à fragiliser l’unité du pays d’autre part à mettre en danger nos ressortissants et nos intérêts. Irresponsabilité également car les perpétuelles contorsions démagogiques du leader « d’en marche » atteignent aujourd’hui un paroxysme en alimentant une propagande djihadiste qui menace la France mais aussi la stabilité des pays arabes. Irresponsabilité enfin parce que l’histoire est une discipline sérieuse. La colonisation est un processus complexe qui recouvre des réalités non homogènes. J’espère que les Français ouvriront les yeux avant le premier tour des élections présidentielles.

Que voulez-vous dire ?

J’observe que ses récentes déclarations sont très peu commentées alors même qu’elles mettent en lumière son véritable profil et les contours de son projet. Lors de son discours à Berlin, Emmanuel Macron a félicité Mme Merkel pour son courage. Il estimait en effet que l’accueil d’un million de migrants était une véritable « aubaine économique ». Ce déni de réalité au profit de considérations économiques étroites, parfaitement résumées par Christophe Guilluy, pose un vrai problème pour l’avenir. On voit apparaitre progressivement le libéralisme hors sol de Macron qui repose sur l’émergence d’un marché global toujours plus dérégulé. Cette vision considère les Etats, les peuples et la politique comme des vestiges encombrants.

Ceux qui sont fascinés par ses discours creux déchanteront très vite. Je les exhorte à ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Seul Francois Fillon est en capacité de redresser notre pays car son programme équilibre autorité de l’Etat et économie ouverte, prise en compte d’un héritage et volonté de modernisation, souveraineté nationale et relance d’une Europe à bout de souffle. Il ne s’agit pas de la jeter à terre mais de lui redonner un sens.

Vous évoquiez d’autres prises de position récentes susceptibles de fragiliser notre pays ?

Oui en effet sa tribune dans le Figaro met en lumières les contours d’une société qui fait froid dans le dos.

La nation parvient, au terme d’un processus historique de plusieurs siècles, à fédérer des singularités autour de principes assumés et d’une vision commune. Le multiculturalisme qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux est une déconstruction de notre héritage et un véritable danger pour l’avenir puisque l’unité dans la diversité devient impossible.

Le repli d’une communauté sur ses avantages la conduit inexorablement à considérer les autres groupes comme un concurrent voire comme un adversaire. L’Etat s’épuise alors à réguler des intérêts toujours plus contradictoires. Voilà à la fois la réalité et l’impasse du multiculturalisme vanté par certains. J’observe d’ailleurs que Thierry Tuot, le conseiller d’Etat à l’origine du rapport sur une nouvelle intégration, qui assume pleinement les contours d’une société bâtie sur le communautarisme, évolue dans le premier cercle d’Emmanuel Macron. En 2012, Terra Nova conseillait à la gauche de remplacer son socle électoral populaire par le vote communautaire. Son directeur est également un proche d’Emmanuel Macron. Nous sommes loin de la rupture annoncée mais bien dans une continuité délétère avec le quinquennat en cours.

Pourtant, le discours d’Emmanuel Macron semble séduire une large partie de l’opinion…

Nous devons sortir de cette torpeur. Une fois encore, les Français doivent prendre la mesure du danger posé par la vacuité et l’incohérence du programme d’Emmanuel Macron. Nous ne sommes pas dans le renouvellement mais l’accélération du hollandisme. Ces promesses vides et contradictoires rappellent la campagne de 2012. Elles produiront exactement le même effet : une immense déception et l’affaissement grandissant de notre pays. Seul le logiciel de communication a changé. Sens Commun, à la veille de cette échéance primordiale pour l’avenir, répète son message : nous pouvons encore faire obstacle à la tentation du chaos ou à celle du pourrissement en faisant le choix de voter Fillon. Nous ne nous déroberons pas.

Voir également:

Quand Macron confond peuple et civilisation
Claude Sicard
Le Figaro
22/03/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE- Emmanuel Macron avait publié dans Le Figaro une tribune en réponse aux critiques suite à ses déclarations sur la culture française. Pour Claude Sicard, le candidat souhaite que les Français cessent de défendre leur culture.


Consultant international, expert des problèmes de développement, Claude Sicard est l’auteur de Le face à face islam chrétienté: quel destin pour l’Europe? et L’islam au risque de la démocratie, aux éditions F.X de Guibert.


Dans le Figaro du 17 Mars, Emmanuel Macron a publié un article en réponse aux indignations qu’a soulevé sa déclaration dans un meeting à Lyon par laquelle d’une manière tout a fait surprenante il affirma: «Il n’y a pas de culture française». Quelque temps après, dans une réunion avec la colonie française de Londres, il aggrava son cas en formulant une nouvelle ineptie: «L’art français, je ne l’ai jamais vu». De telles affirmations sont quelque peu inattendues dans la bouche d’un candidat qui brigue l’accès à la plus haute fonction dans notre pays, et il faut tenter de comprendre la réelle signification de son message.

Emmanuel Macron veut nous convaincre que la notion d’identité française est archaïque, et qu’il n’y a pas lieu de s’y accrocher. Dans son article il explique que les cultures évoluent en intégrant sans cesse de nouveaux apports étrangers, et il cite un certain nombre d’exemples: Joseph Kessel, Marie N’Diaye, Leila Slimani… pour ce qui est de la littérature française. Et il en est de même dans les arts. La culture française, nous dit il, «n’a cessé de se réinventer». Il ne faut pas s’en étonner, d’après lui, puisque «le fondement de la culture française c’est de prétendre à l’universel».Toute sa démonstration a pour but de railler les tenants de l’invariance (de l’identité française) qu’il affuble de différents noms d’oiseaux: des «réactionnaires», des «aigris», des «rétrogrades». Bref des gens qui ne connaissent pas l’évolution du monde. Sa démonstration, extrêmement habile, comme toujours, peut en piéger plus d’un: elle a pour objectif de plaider pour un monde ouvert où les nations disparaîtraient en se dissolvant dans le mondialisme.

Le tour de passe-passe que nous joue Emanuel Macron dans cet article est monté comme tous les tours de prestidigitation où un habile manipulateur fait aux yeux de tous disparaître mystérieusement un objet pour en faire jaillir subitement un autre, au grand étonnement d’un public ébahi. Comment donc notre candidat à l’élection présidentielle procède-t-il dans son article? Il fait disparaître sous nos yeux sans que nous nous en apercevions la notion de «civilisation» pour lui substituer subrepticement celle de «peuple» .Et personne n’y voit rien: il s’agit tout simplement de mots, dont le public ne sait pas très bien d’ailleurs ce qu’ils signifient, et hop, le tour est joué. En avant donc pour cesser de défendre notre identité et nous fondre dans le magma d’une culture universelle..

Pour percevoir où se situe le piège, et le déjouer, il faut nous en référer à quelques notions simples d’anthropologie, cette branche passionnante des sciences humaines qui étudie comment l’homme vit en société. Le concept de civilisation est fondamental en anthropologie, alors que celui de «peuple» inventé par Emmanuel Macron, n’existe pas. Les anthropologues nous disent que l’histoire des hommes est celle des civilisations. Il faut donc bien comprendre ce qu’est une «civilisation.».L’anthropologue Rodolfo Stevenhagen nous dit: «C’est l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérise une société» Et Spengler, de son coté expliquait dans son fameux ouvrage sur le déclin de l’Occident: «Chaque civilisation est une expérience unique, un art, une science une façon de penser, qui sont incompréhensibles en dehors de l’esprit qui l’anime» . Il faut bien voir qu’à l’intérieur de chaque civilisation il existe des cultures différentes: par exemple la culture en Europe des pays latins n’est pas la même que celle des pays du Nord, car les uns sont catholiques et les autres protestants: mais tous sont des chrétiens, et ces peuples relèvent de la même civilisation. Il ne faut donc pas confondre, ce que l’on fait très souvent, les concepts de «civilisation» et de «culture».

Dans le monde actuel il existe sur notre planète plusieurs civilisations: cinq civilisations différentes, selon les uns, sept, selon d’autres, et notre civilisation, la civilisation occidentale, est l’une d’elles, et sans doute la plus importante. Elle existe depuis le début de l’ère chrétienne. Dans le passé, il y eut diverses autres civilisations qui ont eu chacune leur heure de gloire, puis, un jour, ont décliné puis disparu.

Chaque civilisation, nous disent unanimement les anthropologues, est fondée sur une religion: et ce constat est fondamental. Le christianisme, pour ce qui est de notre civilisation occidentale, l’islam, pour ce qui est de la civilisation musulmane, etc…. Notre civilisation, comme toutes les autres a, bien sûr, au cours du temps, évolué. Parmi les événements les plus marquants il y eut avec la Révolution française de 1789 ce que le philosophe Marcel Gauchet a appelé une «sortie de religion». Ce fut un virage très important, mais il n’a rien changé aux fondements de notre civilisation: les valeurs chrétiennes se sont simplement laïcisées, par réaction contre les pouvoirs abusifs que s’étaient arrogés sous l’ancien régime les membres du clergé catholique. Ces valeurs continuent à constituer la colonne vertébrale de notre civilisation. On a inscrit dans le marbre les trois valeurs fondamentales dans lesquelles se retrouvent tous les citoyens du pays: liberté, égalité, fraternité. Ce sont des valeurs chrétiennes, et la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 est fondée, elle aussi, sur les valeurs amenées au monde par le christianisme.

Ce qui explique que dans l’évolution de toute civilisation il existe un certain nombre d’invariants, c’est le fait que chaque civilisation est, par définition, fondée sur une religion. Chaque fois les croyances religieuses ont instillé des valeurs et des manières de voir le monde, ainsi que de vivre ensemble qui sont spécifiques. Si l’on change ces valeurs qui ont été créatrices, on change de civilisation. Avec le remplacement que fait Emmanuel Macron du concept de «civilisation» par celui de «peuple», l’auteur de l’article se dégage des enseignements que nous donnent les anthropologues sur les racines des civilisations et sur l’évolution de celles-ci. Emmanuel Macron nous plonge ainsi dans le doute, et cela lui permet de plaider pou un univers mouvant où rien ne se perpétue. L’auteur veut nous accoutumer à l’idée que l’on s’achemine inéluctablement vers une civilisation mondiale où les peuples perdront leur identité et seront indifférenciés.

Soyons donc prudents pour ne pas tomber dans le piège ainsi tendu. Le philosophe Guy Coq, fondateur de la revue Esprit a expliqué qu’une civilisation devait avant tout «veiller aux causes internes de sa propre destruction». La thèse défendue par Emmanuel Macron dans son article est pernicieuse: elle relève de ces courants qui conduisent à la destruction d’une civilisation. Souvenons nous de cet avertissement lancé au XVIIIème siècle par le philosophe italien Giambatista Vico: «L’adhésion aveugle à des convictions fausses présentées sous le couvert de vérités est la principale cause du déclin d’une civilisation».

Puisse cet avertissement être entendu par les princes qui, demain, nous gouverneront.

Voir encore:

Attentats de Bruxelles : un an après, la Belgique veut « oser la tendresse »

Il y a un an, le pays connaissait les pires attentats de son histoire. Des commémorations sont organisées toute la journée dans la capitale.

Le Point/AFP

22/03/2017

Terrorisme: Attention, un aveuglement peut en cacher un autre (Rhetorical tricks aside, the reality is that during Obama’s tenure scores of innocent Americans have been murdered on U.S. soil by jihadists, mostly inspired by or acting under the direction of foreign terror groups)

26 février, 2017
https://pibillwarner.files.wordpress.com/2016/12/26581-terrorthreatsnapshot_sept_website.png?w=450&h=428https://counterjihadnews.files.wordpress.com/2016/02/terrorthreatsnapshot_february_social-media-862x1024.png?w=450&h=535
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Daech dispose d’équipements militaires nombreux, rustiques mais aussi lourds et sophistiqués. Plus que d’une mouvance terroriste, nous sommes confrontés à une véritable armée encadrée par des militaires professionnels. Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les Etats-Unis. Général Vincent Desportes (17.12.2014)
We should take great pride in the progress that we’ve made over the last eight years. That’s the bottom line. No foreign terrorist organization has successfully planned and executed an attack on our homeland. (…) The most deadly attacks on the homeland over the last eight years have not been carried out by operatives with sophisticated networks or equipment directed from abroad. “They’ve been carried out by home-grown and largely isolated individuals who were radicalized online. Barack Hussein Obama (MacDill Air Force Base, Tampa, Fla., Dec. 6, 2016)
L’Amérique est un endroit meilleur et plus fort qu’il ne l’était quand nous avons commencé. (…) Si je vous avais dit il y a huit ans que l’Amérique renverserait une grande récession, redémarrerait notre industrie automobile et entammerait la plus longue période de création d’emplois de notre histoire … si je vous avais dit que nous ouvririons un nouveau chapitre avec le peuple cubain , que nous fermerions le programme d’armes nucléaires de l’Iran sans tirer un coup de feu, et tuer le cerveau des attentats du 9/11 … si je vous avais dit que nous gagnerions l’égalité au mariage et le droit à l’assurance maladie pour 20 millions de nos concitoyens – Vous auriez pu dire que nos objectifs étaient un peu trop élevés. (…) Les relations raciales sont meilleures qu’avant, croyez-moi, mais nous se sommes pas encore où nous devons être. (…) En raison de l’extraordinaire courage de nos hommes et de nos femmes en uniforme, des officiers du renseignement, des forces de l’ordre et des diplomates qui les soutiennent, aucune organisation terroriste étrangère n’a planifié et exécuté avec succès une attaque dans notre pays ces huit dernières années. Et bien que Boston et Orlando nous rappellent à quel point la radicalisation peut être dangereuse, nos forces de l’ordre sont plus efficaces et plus vigilantes que jamais. Barack Hussein Obama (Chicago, 10.01.2017)
Regardez ce qui se passe en Allemagne, regardez ce qui s’est passé hier soir en Suède. La Suède, qui l’aurait cru ? La Suède. Ils ont accueilli beaucoup de réfugiés, et maintenant ils ont des problèmes comme ils ne l’auraient jamais pensé. Donald Trump
La sécurité nationale commence par la sécurité aux frontières. Les terroristes étrangers ne pourront pas frapper l’Amérique s’ils ne peuvent entrer dans notre pays. Regardez ce qui se passe en Europe! Regardez ce qui passe en Europe! J’adore la Suède mais les gens là-bas comprennent que j’ai raison. J’ai un ami, c’est quelqu’un de très très important. Il adore la Ville lumière. Pendant des années, tous les étés, il allait à Paris, avec sa femme et sa famille. Je ne l’avais pas vu depuis longtemps et j’ai dit “Jim, comment va Paris?”; “Je n’y vais plus. Paris n’est plus Paris. Il n’aurait jamais raté une occasion. Aujourd’hui, il n’envisage même plus d’y aller. Donald Trump
Je ne ferai pas de comparaison, mais ici il n’y a pas de circulation d’armes, il n’y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule. François Hollande
Examinant mon passeport, il relève que j’ai bénéficié récemment d’un visa « J1 », accordé notamment aux universitaires. J’ai été, en effet, professeur invité à l’Université Columbia de New York, de septembre 2016 à janvier 2017. Il conclut que je suis donc revenu travailler « illégalement » avec un visa expiré. J’ai beau expliquer que ma situation n’a rien d’anormal, sinon l’université n’aurait pas pu m’inviter, rien n’y fait. N’étant pas en possession d’un document fédéral m’autorisant à travailler aux États-Unis, je suis en infraction. La décision sera confirmée plus tard par son supérieur hiérarchique – que je n’aurai pas la possibilité de rencontrer. (…) Vers 21h, il reste une demi-douzaine de personnes, somnolentes et inquiètes, un Africain ne parlant pas bien l’anglais, les autres sans doute d’origine latino-américaine. Je suis apparemment le seul Européen – le seul « blanc ». Arrivent alors deux officiers de police. Ils se dirigent vers le monsieur assis devant moi, peut-être un Mexicain, bien mis de sa personne. Ils lui montrent un billet d’avion et lui disent qu’ils vont l’emmener. Invité à se lever, il est alors menotté, enchaîné à la taille, et entravé aux chevilles. Je n’en crois pas mes yeux. Des images d’esclaves me traversent l’esprit: la policière qui lui met les fers aux pieds est une Africaine-Américaine, vaguement gênée. J’imagine le temps qu’il va mettre pour rejoindre la porte d’embarquement. Je me demande surtout si c’est le même sort qui nous attend. Je préfère croire que lui a commis un délit sérieux. J’apprendrai par la suite que « c’est la procédure ». Cette façon de faire – proprement indigne – serait exigée par les compagnies aériennes. Je ne suis pas sûr, au demeurant, que les conditions d’expulsion soient plus humaines chez nous.A 1h 30 du matin – cela fait plus de 26 heures que j’ai quitté mon domicile parisien – je vois une certaine agitation. Une policière vient vers moi et me demande quelle est ma destination finale aux États-Unis et si quelqu’un m’attend à l’aéroport. (…) Quelques minutes plus tard, un policier au ton cette fois amical me rend mon téléphone et mon passeport, dûment tamponné, et me déclare autorisé à entrer aux États-Unis. Les restrictions qui m’ont été imposées sont levées, ajoute-t-il, sans que je puisse savoir ce qui va rester dans leurs fichiers. Il m’explique que le fonctionnaire qui a examiné mon dossier était « inexpérimenté » et ne savait pas que certaines activités, dont celles liées à la recherche et à l’enseignement, bénéficiaient d’un régime d’exception et pouvaient parfaitement être menées avec un simple visa touristique. « Il ne savait pas ». Abasourdi, je lui demande, ou plutôt je déclare que c’était donc une erreur. Il ne me répond pas. Il me laisse simplement entendre qu’ayant, lui, une longue expérience, il a vu le problème en prenant son poste en début de nuit. Il aura l’amabilité de me raccompagner à la sortie d’un aéroport totalement désert, m’indiquant l’adresse d’un hôtel dans la zone portuaire. À aucun moment, ni lui, ni ses collègues ne se sont excusés. En réalité, ma libération n’a rien eu de fortuit. Elle est la conséquence de l’intervention de mon collègue auprès du président de l’université Texas A & M, d’une professeure de droit chargée des questions d’immigration, et de plusieurs avocats. Sans eux, j’aurais été conduit menotté, enchaîné, et entravé à l’embarquement pour Paris. Historien de métier, je me méfie des interprétations hâtives. Cet incident a occasionné pour moi un certain inconfort, difficile de le nier. Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser à tous ceux qui subissent ces humiliations et cette violence légale sans les protections dont j’ai pu bénéficier. J’y pense d’autant plus que j’ai connu l’expulsion et l’exil dans mon enfance. Pour expliquer ce qui s’est passé, j’en suis rendu aux conjectures. Pourquoi le contrôle aléatoire est-il tombé sur moi? Je ne le sais pas mais ce n’est pas le fruit du hasard. Mon « cas » présentait un problème avant même l’examen approfondi de mon visa. Peut-être est-ce mon lieu de naissance, l’Egypte, peut-être ma qualité d’universitaire, peut-être mon récent visa de travail expiré, pourtant sans objet ici, peut-être aussi ma nationalité française. Peut-être aussi le contexte. Quand bien même aurais-je commis une erreur, ce qui n’est pas le cas, cela méritait-il pareil traitement? Comment expliquer ce zèle, évident, de la part du policier qui m’a examiné et de son supérieur hiérarchique sinon par le souci de faire du chiffre et de justifier, au passage, ces contrôles accrus? J’étais d’autant plus « intéressant » que je ne tombais pas dans la catégorie habituelle des « déportables ». Telle est donc la situation aujourd’hui. Il faut désormais faire face outre-Atlantique à l’arbitraire et à l’incompétence la plus totale. Je ne sais ce qui est le pire. Ce que je sais, aimant ce pays depuis toujours, c’est que les États-Unis ne sont plus tout à fait les États-Unis. Henry Rousso
La chancelière allemande Angela Merkel et les Premiers ministres des 16 Landers allemands ont conclu jeudi un accord visant à faciliter les expulsions de réfugiés dont la demande d’asile a été rejetée. Les expulsions sont normalement du ressort des landers, mais Merkel souhaite coordonner un certain nombre de choses au niveau fédéral pour accélérer les procédures. Le gouvernement fédéral veut s’accaparer plus de pouvoirs pour refuser des permis de séjour et effectuer lui-même les expulsions. L’un des objectifs centraux du plan en 16 points est de construire un centre de rapatriement à Potsdam (Berlin) qui comptera un représentant pour chaque lander. En outre, il prévoit la création de centres d’expulsion à proximité des aéroports pour faciliter les expulsions collectives. Un autre objectif est de faciliter l’expulsion des immigrants qui présentent un danger pour la sécurité du pays et de favoriser les «retours volontaires» d’autres migrants par le biais d’incitations financières s’ils acceptent de quitter le pays avant qu’une décision ait été prise au regard de leur demande d’asile. Une somme de 40 millions d’euros est consacrée à ce projet. Selon le ministère allemand de l’Intérieur, 280.000 migrants ont sollicité l’asile en Allemagne en 2016. C’est trois fois moins que les 890.000 de l’année précédente, au plus fort de la crise des réfugiés en Europe. Près de 430 000 demandes d’asile sont encore en cours d’instruction. L’Express
When President Trump last week raised Sweden’s problematic experience with open door immigration, skeptics were quick to dismiss his claims. Two days later an immigrant suburb of Stockholm was racked by another riot. No one was seriously injured, though the crowd burned cars and hurled stones at police officers. Mr. Trump did not exaggerate Sweden’s current problems. If anything, he understated them. Sweden took in about 275,000 asylum-seekers from 2014-16—more per capita than any other European country. Eighty percent of those who came in 2015 lacked passports and identification, but a majority come from Muslim nations. Islam has become Sweden’s second-largest religion. In Malmö, our third-largest city, Mohamed is the most common name for baby boys. The effects are palpable, starting with national security. An estimated 300 Swedish citizens with immigrant backgrounds have traveled to the Middle East to fight for Islamic State. Many are now returning to Sweden and are being welcomed back with open arms by our socialist government. In December 2010 we had our first suicide attack on Swedish soil, when an Islamic terrorist tried to blow up hundreds of civilians in central Stockholm while they were shopping for Christmas presents. Thankfully the bomber killed only himself. Riots and social unrest have become a part of everyday life. Police officers, firefighters and ambulance personnel are regularly attacked. Serious riots in 2013, involving many suburbs with large immigrant populations, lasted for almost a week. Gang violence is booming. Despite very strict firearm laws, gun violence is five times as common in Sweden, in total, as in the capital cities of our three Nordic neighbors combined. Anti-Semitism has risen. Jews in Malmö are threatened, harassed and assaulted in the streets. Many have left the city, becoming internal refugees in their country of birth. The number of sex crimes nearly doubled from 2014-15, according to surveys by the Swedish government body for crime statistics. One-third of Swedish women report that they no longer feel secure in their own neighborhoods, and 12% say they don’t feel safe going out alone after dark. A 1996 report from the same government body found that immigrant men were far likelier to commit rape than Swedish men.  (…) Our nation’s culture hasn’t been spared either. Artists accused of insulting Islam live under death threats. Dance performances and art exhibitions have been called off for fear of angering Islamists. Schools have prohibited the singing of traditional Christian hymns because they don’t want to “insult” non-Christian immigrants. Yet reports made with hidden cameras by journalists from Swedish public media show mosques teaching fundamentalist interpretations of Islam. Sweden’s government now spends an incredible amount of money caring for newly arrived immigrants each year. The unemployment rate among immigrants is five times as high as that of native Swedes. Among some groups, such as Somalis, in places like Malmö unemployment reaches 80%. Jimmie Åkesson and Mattias Karlsson
Sweden has the highest rape rate in Europe, author Naomi Wolf said on the BBC’s Newsnight programme recently. (…) The Swedish police recorded the highest number of offences – about 63 per 100,000 inhabitants – of any force in Europe, in 2010. The second-highest in the world. This was three times higher than the number of cases in the same year in Sweden’s next-door neighbour, Norway, and twice the rate in the United States and the UK. It was more than 30 times the number in India, which recorded about two offences per 100,000 people. On the face of it, it would seem Sweden is a much more dangerous place than these other countries. But that is a misconception, according to Klara Selin, a sociologist at the National Council for Crime Prevention in Stockholm. She says you cannot compare countries’ records, because police procedures and legal definitions vary widely. « In Sweden there has been this ambition explicitly to record every case of sexual violence separately, to make it visible in the statistics, » she says. « So, for instance, when a woman comes to the police and she says my husband or my fiance raped me almost every day during the last year, the police have to record each of these events, which might be more than 300 events. In many other countries it would just be one record – one victim, one type of crime, one record. » The thing is, the number of reported rapes has been going up in Sweden – it’s almost trebled in just the last seven years. In 2003, about 2,200 offences were reported by the police, compared to nearly 6,000 in 2010. So something’s going on. But Klara Selin says the statistics don’t represent a major crime epidemic, rather a shift in attitudes. The public debate about this sort of crime in Sweden over the past two decades has had the effect of raising awareness, she says, and encouraging women to go to the police if they have been attacked. The police have also made efforts to improve their handling of cases, she suggests, though she doesn’t deny that there has been some real increase in the number of attacks taking place – a concern also outlined in an Amnesty International report in 2010. « There might also be some increase in actual crime because of societal changes. Due to the internet, for example, it’s much easier these days to meet somebody, just the same evening if you want to. Also, alcohol consumption has increased quite a lot during this period. « But the major explanation is partly that people go to the police more often, but also the fact that in 2005 there has been reform in the sex crime legislation, which made the legal definition of rape much wider than before. » The change in law meant that cases where the victim was asleep or intoxicated are now included in the figures. Previously they’d been recorded as another category of crime. BBC
Comment se fait-il, alors, qu’en 2008, le Danemark, voisin de la Suède, avait seulement 7,3 viols pour cent mille habitants par rapport à 53,2 en Suède ? La législation danoise n’est pas très différente de celle de la Suède et il n’y a aucune raison évidente pour laquelle les femmes danoises auraient moins tendance à signaler un viol que les femmes suédoises. En 2011, six mille cinq cent neuf viols ont été signalés à la police suédoise – mais seulement trois cent quatre vingt douze au Danemark. La population du Danemark est d’environ la moitié de celle de Suède et, même ajustée à ces chiffres, la différence est donc significative. En Suède, les autorités font ce qu’elles peuvent pour dissimuler l’origine des violeurs. Au Danemark, l’Office Statistique Officiel de l’État, Statistics Denmark, a révélé qu’en 2010, plus de la moitié des violeurs condamnés étaient issus de l’immigration. Depuis 2000, il n’y a eu qu’un seul rapport de recherche sur la criminalité des immigrants. Cela a été fait en 2006 par Ann-Christine Hjelm de l’Université Karlstads. Il est apparu que, en 2002, 85% des personnes condamnées à au moins deux ans de prison pour viol par Svea hovrätt, une cour d’appel, étaient nées à l’étranger ou étaient des immigrants de deuxième génération. Un rapport de 1996 du Conseil National Suédois pour la Prévention du Crime est arrivé à la conclusion que les immigrants en provenance d’Afrique du Nord (Algérie, Libye, Maroc et Tunisie) étaient vingt-trois fois plus susceptibles de commettre des viols que les Suédois. Les chiffres pour les hommes venus d’Irak, de Bulgarie et de Roumanie étaient, respectivement de vingt, dix-huit et dix-huit. Les hommes venant du reste de l’Afrique étaient seize fois plus susceptibles de commettre un viol ; et les hommes originaires d’Iran, du Pérou, de l’Équateur et de Bolivie, dix fois plus enclins à en commettre que les Suédois. Une nouvelle tendance a frappé la Suède de plein fouet au cours des dernières décennies : le viol collectif – pratiquement inconnu auparavant dans l’histoire criminelle suédoise. Le nombre de viols collectifs a augmenté de façon spectaculaire entre 1995 et 2006. Depuis lors, aucune étude n’a été faite à ce sujet. L’un des pires cas s’est produit en 2012, quand une femme de trente ans a été violée par huit hommes dans une cité pour demandeurs d’asile, dans la petite ville de Mariannelund. Cette femme était une connaissance d’un Afghan qui avait vécu en Suède pendant un certain nombre d’années. Il l’a invitée à sortir avec lui. Elle avait accepté. Cet Afghan l’avait emmenée dans une cité pour réfugiés et l’y avait laissée, sans défense. Pendant la nuit, elle a été violée à plusieurs reprises par des demandeurs d’asile et quand son « ami » est revenu, il l’a violée aussi. Le lendemain matin, elle a réussi à appeler la police. Le Procureur de la Suède a qualifié cet incident de « pire crime de viol de l’histoire criminelle suédoise. » Gatestone institute
Depuis les Attentats du 11 septembre 2001, la France doit faire face, comme d’autres pays, à une menace plus diffuse et qui n’émane plus d’États bien identifiés. Les attentats les plus récents sont généralement revendiqués par l’État islamique. Eric Denécé évalue à 102 morts le nombre de victimes françaises du terrorisme islamiste entre 2001 et le 5 mai 20156. Les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban font un total de 8 morts dont l’agresseur. Les attentats de janvier 2015 à Paris et dans sa région (au siège de Charlie Hebdo, à Montrouge, à Dammartin-en-Goële et la prise d’otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes) font un total de 20 morts dont les trois terroristes. Le 19 avril 2015 Sid Ahmed Ghlam assassine Aurélie Châtelain à Villejuif et se blesse avant de pouvoir attaquer plusieurs églises. Le 26 juin 2015, attentat de Saint-Quentin-Fallavier: Yassin Salhi décapite son patron et fait deux blessés. Il se suicide en prison 6 mois plus tard. Lors des attentats du 13 novembre 2015 en France, deux kamikazes font détoner leur ceinture d’explosifs au Stade de France, faisant une victime ; en même temps, diverses fusillades à la Kalachnikov visent des restaurants situés dans le 10e et 11e arrondissements de Paris, suivies d’une nouvelle fusillade puis d’une prise d’otages au Bataclan, qui se soldera après assaut des forces de l’ordre par la mort de 89 otages et des trois terroristes impliqués. Au total, le bilan s’élève à 130 morts et 415 blessés7. Les attentats seront revendiqués par l’État islamique8. Tous les terroristes sont abattus par les forces de l’ordre ou meurent dans ce qui sont les premiers attentats suicides en France, sauf Salah Abdeslam qui sera capturé 4 mois plus tard en Belgique Le 13 juin 2016, un terroriste, Larossi Abballa (Français d’origine marocaine), ayant fait allégeance à l’État islamique perpètre un double meurtre sur des fonctionnaires de police, un commandant et sa compagne, agent administratif, par arme blanche, à leur domicile9. Le bilan est de trois morts, dont l’assassin, abattu lors de l’assaut du RAID. Le couple laisse un jeune enfant. Lors de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, Mohamed Lahouaiej Bouhlel fonce délibérément sur la promenade des Anglais à Nice, au volant d’un poids lourd de 19 tonnes avec lequel il écrase de nombreux passants qui regardaient la fin du feu d’artifice lors de la fête nationale française. L’attentat fait 86 morts et 434 blessés, dont de nombreux enfants. Le terroriste est abattu par la police à bord de son véhicule. Le père Jacques Hamel est égorgé le mardi 26 juillet 2016 lors de l’attentat de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, ses deux assassins sont abattus par la police alors qu’il sortaient avec des otages. Le 3 février 2017 se déroule une attaque au Musée du Louvre à Paris. Des militaires sont agressés par un homme les attaquant avec deux machettes. L’un d’eux est légèrement blessé et ses camarades neutralisent l’assaillant en ouvrant le feu. Plusieurs projets d’attentats sont déjoués en 2015, notamment contre des églises et des bases militaires10. Le plus spectaculaire est l’attentat du train Thalys le 21 août 2015 où Ayoub El Khazzani est arrêté dans sa tentative par un français et des militaires américains en permission. Une tentative d’attentat de la cathédrale Notre-Dame de Paris par des femmes est déjoué en septembre 2016. En 2016, de nombreux projets sont également déjoués dans le pays11. En France, la région parisienne, la région Rhône-Alpes et l’agglomération Roubaix-Tourcoing sont considérées comme des « viviers du terrorisme islamique » selon Claude Moniquet, codirecteur de l’European strategic Intelligence and Security Center. En France, environ 5000 personnes font l’objet d’une fiche « S » (Sûreté de l’État) et la majorité des terroristes de la seconde vague d’attentats qui ont touché la France étaient fichés « S » eux aussi. Wikipedia
Les déclarations controversées de Donald Trump associant immigration et criminalité en Suède ont involontairement ravivé le débat dans le pays scandinave sur les réussites et les échecs de sa politique d’intégration. Deux jours après les propos du président américain samedi en Floride, des émeutes dans un quartier nord de Stockholm où vit une majorité de personnes issues de l’immigration ont semblé mettre en pièces l’argumentaire déployé pour lui répondre. (…) Lundi soir en effet, plusieurs dizaines de jeunes ont affronté les policiers venus procéder à l’arrestation d’un trafiquant de drogue, incendiant des voitures, pillant des commerces. Les forces de l’ordre ont effectué un tir à balles réelles pour se dégager, a indiqué à l’AFP Lars Byström, porte-parole de la police de la capitale. Les images ont fait le tour du monde, brouillant la réponse des autorités suédoises à Donald Trump et à la chaîne Fox News qui a diffusé un reportage sur l’insécurité en Suède dont le président républicain s’était inspiré. Pour Tove Lifvendahl, éditorialiste du quotidien Svenska Dagbladet, il existe bel et bien « une once de vérité dans ce qu’a dit Trump ». « Que cela nous plaise ou non, c’est l’occasion de se demander si la perception que l’étranger a de nous et la perception que nous avons de nous-mêmes coïncident », écrivait-elle mercredi. Les contradicteurs de M. Trump font valoir que la Suède n’a pas connu d’attentat depuis 2010, qu’elle n’enregistre pas d’inflation criminelle depuis l’accueil de 244.000 migrants en 2014 et 2015 –un record en Europe par habitant –, et qu’elle demeure au total un pays parmi les plus sûrs du monde. Parmi les plus riches aussi. Si la Suède n’est pas épargnée par les difficultés de l’intégration, elle est loin de connaître les tensions entre communautés, les inégalités, la pauvreté et la violence à l’oeuvre aux États-Unis, soulignent-ils. Une autre vision met en avant la surreprésentation des personnes d’origine étrangère dans les statistiques de la délinquance, leur sous-activité professionnelle, les règlements de compte, les quelque 300 jeunes partis faire le jihad en Syrie et en Irak, le repli religieux, l’existence présumée de zones de non-droit… (…) Benjamin Dousa, un élu local conservateur d’origine turque, dénonce lui dans une tribune « une émeute par mois, un incendie de voitures par jour et le plus fort taux d’homicides par balles au niveau national » par habitant. En tout état de cause, le président américain a tort de stigmatiser une population en raison de son origine ethnique ou religieuse, estiment les sociologues Susanne Urban et Oskar Adenfelt. La clé de l’intégration est sociale et passe par « l’accès à l’État-providence, aux services sociaux, à l’emploi, à une école de qualité, à la mixité et au droit de peser sur la vie locale », défendaient-ils mercredi dans le grand quotidien Dagens Nyheter. Le Point/AFP

Attention: un aveuglement peut en cacher un autre !

Alors qu’après ses récentes allusions aux problèmes soulevés par l’immigration et le terrorisme islamiques en Europe nos médias se sont dument gaussés de la prétendue ignorance du président Trump …

Inspiré certes pour la Suède d’un reportage quelque peu sensationaliste sur un pays qui, sans compter un attentat-suicide d’un immigré irakien heureusement sans victimes il y a sept ans, tout en ayant apparemment dramatiquement sa définition du viol se trouve avoir ces dernières années le record du nombre de viols comme de migrants par habitant …

Et que refusant toute « comparaison » après, sans parler il y a deux mois ou encore hier en une Allemagne en pleine révision de sa politique migratoire, la quarantaine d’attentats et projets d’attentats islamistes depuis 2012 pour quelque 240 morts et 800 blessés, un président français nous assure qu’ « ici (…) il n’y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule »

Pendant qu’apparemment victime du zèle d’un employé inexpérimenté et d’un contrôle de sécurité prolongé à un aéroport américain un mois à peine après un attentat à l’aéroport de Fort Lauderdale ayant fait cinq morts et six blessés, un universitaire français né en Egypte, porteur d’un ancien visa de travail et en route pour une conférence rémunérée se fend d’une tribune entière déplorant avec force « images d’esclaves » que « les États-Unis ne sont plus tout à fait les États-Unis » …

Comment ne pas repenser à un autre président américain

Qui au terme de deux mandats qui, suite à l’abandon d’un Irak alors sécurisé, ont vu pas moins de 124 attentats ou tentatives d’attentats islamiques

Dont une douzaine, entre Little Rock, Fort Hood, Boston, Moore (Oklahoma), Queens, Brooklyn, Garland, Chattanooga, San Bernardino, Orlando, St. Cloud (Minnesota), New York,  Columbus, d’attaques majeures …

Nous annonçait tranquillement il y a un mois qu’ « aucune organisation terroriste étrangère n’a planifié et exécuté avec succès une attaque dans notre pays ces huit dernières années » ?

A Complete List of Radical Islamic Terror Attacks on U.S. Soil Under Obama

James Barrett

Dailywire
December 7, 2016

In a speech at MacDill Air Force Base in Tampa, Florida on Tuesday, President Obama declared that « [n]o foreign terrorist organization has successfully planned and executed an attack on our homeland. » The claim earned perfunctory applause, but a closer look at the reaction of many of the servicemen and women there made clear what they really thought about the administration’s handling of national security.

The President’s claim — which he has repeated in some form or fashion over the last few years — is an obvious rhetorical attempt to gloss over the reality of the threat of radical Islamic terror on American soil. The attempt to disconnect « lone wolf » terrorists from the terror organizations who often inspire them does nothing to alleviate the pain of those who have suffered at the hands of jihadists and only hurts prevention efforts. Rhetorical tricks aside, the reality is that during Obama’s tenure scores of innocent Americans have been murdered on U.S. soil by jihadists, most of whom were inspired by or acting under the direction of foreign terror groups, particularly the Islamic state.

Below is a list of the major, verifiable radical Islamic terror attacks « successfully planned and executed » on U.S. soil since Obama first took office in 2009 (the first section provided by Daily Wire’s Aaron Bandler):

Little Rock, Arkansas, June 1, 2009. Abdulhakim Mujahid Muhammad shot and murdered one soldier, Army Pvt. William Andrew Long, and injured another, Pvt. Quinton Ezeagwula, at a military recruiting station in Little Rock. Muhammad reportedly converted to Islam in college and was on the FBI’s radar after being arrested in Yemen–a hotbed of radical Islamic terrorism–for using a Somali passport, even though he was a U.S. citizen. In a note to an Arkansas judge, Muhammad claimed to be a member of al-Qaeda in the Arab Peninsula, the terror group’s Yemen chapter.

Fort Hood, Texas, November 5, 2009. Major Nidal Malik Hasan shot up a military base in Fort Hood and murdered 14 people. Hasan was in contact with al-Qaeda terrorist Anwar al-Awlaki prior to the attack and shouted « Allahu Akbar! » as he fired upon the soldiers on the Fort Hood base. After being sentenced to death, Hasan requested to join ISIS while on death row. It took six years for Obama to acknowledge the shooting as a terror attack instead of « workplace violence. »

Boston, Massachusetts, April 15, 2013. Tamerlan and Dhozkar Tsarnaev set off two bombs at the 2013 Boston marathon, killing three and injuring over 260 people. The Tsarnaev brothers later shot and murdered Massachusetts Institute of Technology police officer Sean Collier. The Tsarnaev brothers were self-radicalized through online jihadist propaganda and through a mosque with ties to al-Qaeda.

Moore, Oklahoma, September 24, 2014. Alton Nolen beheaded a woman, Colleen Huff, at a Vaughan Foods plant and stabbed and injured another person. While Nolen’s motives are unclear, he appears to have been another radicalized Muslim who was obsessed with beheadings.

Queens, New York, October 23, 2014. Zale Thompson, another self-radicalized Muslim, injured two police officers with a hatchet before being shot dead by other cops. Thompson reportedly indoctrinated himself with ISIS, al-Qaeda and al-Shabab–a Somali jihadist terror group–websites and was a lone wolf attacker.

Brooklyn, New York, December 20, 2014. Ismaayil Brinsley shot and murdered two police officers execution-style and his Facebook page featured jihadist postings and had ties to a terror-linked mosque.

Garland, Texas, May 3, 2015. Two gunmen shot up the Curtis Culwell Center in Garland, where a Mohammed cartoon contest was taking place, and were killed by a police officer. ISIS claimed responsibility for the attack.

Chattanooga, Tennessee, July 16, 2015. Muhammad Youssef Abdulazeez shot and killed four Marines and a sailor at a military base in Chattanooga and was believed to have been inspired by ISIS.

San Bernardino, California, December 14, 2015. Two radical Islamists, Syed Farook and Tashfeen Malik, shot and murdered 14 people and injured 22 others at an office holiday party.

Orlando, Florida, June 12, 2016. Omar Mateen, 29, opened fire at a gay nightclub, killing 49 and injuring 53. The FBI investigated Mateen twice before his rampage, but did not take any substantive action. Officials believe Mateen was self-radicalized but he pledged fealty to ISIS leader Abu Bakr al-Baghdadi before his death. « The real muslims will never accept the filthy ways of the west, » Mateen posted on his Facebook page after committing his heinous act at Pulse nightclub. « I pledge my alliance to (ISIS leader) abu bakr al Baghdadi..may Allah accept me, » he wrote.

St. Cloud, Minnesota, September 17, 2016. Dahir Ahmed Adan, a 20-year-old Somali refugee, began hacking at people with a steak knife at a Minnesota mall, injuring nine people before he was shot dead by off-duty police officer Jason Falconer. The FBI said numerous witnesses heard Adan yelling « Allahu akbar! » and « Islam! Islam! » during the rampage. He also asked potential victims if they were Muslims before inflicting wounds in their heads, necks, and chests. The FBI believe he had recently become self-radicalized. (As the Daily Wire highlighted, the Minneapolis Star Tribune attempted to blame « anti-Muslim tensions » for his murderous actions.)

New York City/New Jersey, September 17, 2016. Ahmad Khan Rahami, a 28-year-old naturalized citizen from Afghanistan, set off multiple bombs in New York and New Jersey. In Chelsea, his bomb resulted in the injury of over 30 people. Rahami wrote in his journal that he was connected to « terrorist leaders, » and appears to have been heavily influenced by Sheikh Anwar, Anwar al-Awlaki, Nidal Hassan, and Osama bin Laden. « I pray to the beautiful wise ALLAH, [d]o not take JIHAD away from me, » Rahami wrote. « You [USA Government] continue your [unintelligible] slaught[er] » against the holy warriors, « be it Afghanistan, Iraq, Sham [Syria], Palestine … « 

Columbus, Ohio, November 28, 2016. Abdul Razak Ali Artan, an ISIS-inspired 20-year-old Somali refugee who had been granted permanent legal residence in 2014 after living in Pakistan for 7  years, attempted to run over his fellow Ohio State students on campus. After his car was stopped by a barrier, he got out of the vehicle and began hacking at people with a butcher knife before being shot dead by a campus police officer. He injured 11 people, one critically. ISIS took credit for the attack, describing Artan as their « soldier. » Just three minutes before his rampage, Artan posted a warning to America on Facebook that the « lone wolf attacks » will continue until America « give[s] peace to the Muslims. » He also praised deceased al-Qaeda cleric Anwar Al-Awlaki as a « hero. »

Voir aussi:

Les États-Unis sont-ils encore les États-Unis?
Il faut désormais faire face outre-Atlantique à l’arbitraire et à l’incompétence la plus totale.
Henry Rousso
Historien, directeur de recherches au CNRS (Institut d’histoire du temps présent)
Le Hugffington Post

26.02.2017

Le 22 février dernier, j’ai atterri vers 14h30 à l’aéroport de Houston, aux États-Unis, en provenance de Paris. Je devais me rendre à un colloque de la Texas A&M University (College Station), où j’ai été invité à plusieurs reprises ces dernières années. Au guichet de l’immigration, une fonctionnaire me refuse l’entrée et m’emmène dans une salle attenante pour contrôle, sans explications. Une trentaine de personnes y attendent que l’on statue sur leur sort. J’observe machinalement une certaine fréquence dans les entrées et sorties. Au bout de trois quarts d’heure, alors que la plupart de ceux qui attendent repartent sans problèmes, un jeune officier de police me demande de le suivre dans un bureau particulier. Commence alors un interrogatoire informel. Je lui demande ce qui me vaut d’être là. Il me répond : « contrôle aléatoire » (random check). Il me demande ce que je viens faire aux États-Unis. Je lui présente alors la lettre d’invitation de l’université. Cette intervention doit-elle être rémunérée ? Je confirme – c’est la règle dans beaucoup universités Nord-américaines. Il m’objecte alors que je n’ai qu’un visa touristique et non un visa spécifique de travail. Je lui réponds que je n’en ai pas besoin, que l’université s’est occupée comme d’habitude des formalités et, surtout, que je fais cela depuis plus de trente ans sans jamais avoir eu le moindre ennui. Son attitude se fait alors encore plus suspicieuse. Examinant mon passeport, il relève que j’ai bénéficié récemment d’un visa « J1 », accordé notamment aux universitaires. J’ai été, en effet, professeur invité à l’Université Columbia de New York, de septembre 2016 à janvier 2017. Il conclut que je suis donc revenu travailler « illégalement » avec un visa expiré. J’ai beau expliquer que ma situation n’a rien d’anormal, sinon l’université n’aurait pas pu m’inviter, rien n’y fait. N’étant pas en possession d’un document fédéral m’autorisant à travailler aux États-Unis, je suis en infraction. La décision sera confirmée plus tard par son supérieur hiérarchique – que je n’aurai pas la possibilité de rencontrer.

On bascule alors dans une autre dimension. Le policier me fait prêter serment et me soumet à un interrogatoire étendu : questions sur mon père, ma mère, ma situation familiale, me posant près d’une dizaine de fois les mêmes questions: qui m’emploie, où j’habite, etc. J’ai la copie du procès-verbal. Il relève toutes mes empreintes digitales, pourtant déjà enregistrées dans le système comme pour tous les visiteurs. Il opère une fouille au corps en règle, malgré mes protestations. « C’est la procédure », me rétorque-t-il. Il m’informe ensuite que je vais être refoulé (deported) et mis dans le prochain avion en partance pour Paris. Il ajoute que je ne pourrai plus jamais entrer dans le pays sans un visa particulier. Je suis stupéfait mais ne peux rien faire sinon prévenir mon collègue de l’université. Le policier me demande si je veux contacter le Consulat de France à Houston. Je réponds par l’affirmative mais c’est lui qui se charge de composer le numéro, plusieurs heures après, aux alentours de 19h, appelant le standard et non le numéro d’urgence, donc sans résultat. Il m’indique également qu’il n’arrive pas à contacter Air France pour mon billet. Cela fait déjà près de cinq heures que je suis détenu et je comprends alors que rien ne se passera avant le lendemain.

Je m’apprête donc à passer encore entre une dizaine ou une vingtaine d’heures installé sur une chaise, sans téléphone – l’usage en est interdit –, avant de pouvoir occuper un fauteuil un peu plus adapté à la situation de personnes ayant effectué un long voyage. Toutes les heures, un fonctionnaire vient nous proposer à boire ou à manger, et nous fait signer un registre comme quoi nous avons accepté ou refusé. Malgré la tension, j’observe ce qui se passe dans ce lieu insolite, à la fois salle d’attente anodine et zone de rétention. Si la plupart des policiers adoptent un ton réglementaire, non discourtois, quelques-uns ricanent discrètement en observant cette population hétéroclite sous leur contrôle. Une policière engueule une femme dont le garçon de trois ans court dans tous les sens. Un homme se lève pour demander ce qu’il en est de sa situation. Trois policiers lui hurlent de s’asseoir immédiatement.

Vers 21h, il reste une demi-douzaine de personnes, somnolentes et inquiètes, un Africain ne parlant pas bien l’anglais, les autres sans doute d’origine latino-américaine. Je suis apparemment le seul Européen – le seul « blanc ». Arrivent alors deux officiers de police. Ils se dirigent vers le monsieur assis devant moi, peut-être un Mexicain, bien mis de sa personne. Ils lui montrent un billet d’avion et lui disent qu’ils vont l’emmener. Invité à se lever, il est alors menotté, enchaîné à la taille, et entravé aux chevilles. Je n’en crois pas mes yeux. Des images d’esclaves me traversent l’esprit: la policière qui lui met les fers aux pieds est une Africaine-Américaine, vaguement gênée. J’imagine le temps qu’il va mettre pour rejoindre la porte d’embarquement. Je me demande surtout si c’est le même sort qui nous attend. Je préfère croire que lui a commis un délit sérieux. J’apprendrai par la suite que « c’est la procédure ». Cette façon de faire – proprement indigne – serait exigée par les compagnies aériennes. Je ne suis pas sûr, au demeurant, que les conditions d’expulsion soient plus humaines chez nous.

L’attente continue, cette fois avec une réelle angoisse. A 1h 30 du matin – cela fait plus de 26 heures que j’ai quitté mon domicile parisien – je vois une certaine agitation. Une policière vient vers moi et me demande quelle est ma destination finale aux États-Unis et si quelqu’un m’attend à l’aéroport. Je réponds avec un début d’énervement – à éviter absolument dans ce genre de situations – que le chauffeur de l’université, qui se trouve à deux heures de route, est sans doute reparti… Elle me prie alors de ne pas me rendormir car je vais être appelé. Quelques minutes plus tard, un policier au ton cette fois amical me rend mon téléphone et mon passeport, dûment tamponné, et me déclare autorisé à entrer aux États-Unis. Les restrictions qui m’ont été imposées sont levées, ajoute-t-il, sans que je puisse savoir ce qui va rester dans leurs fichiers. Il m’explique que le fonctionnaire qui a examiné mon dossier était « inexpérimenté » et ne savait pas que certaines activités, dont celles liées à la recherche et à l’enseignement, bénéficiaient d’un régime d’exception et pouvaient parfaitement être menées avec un simple visa touristique. « Il ne savait pas ». Abasourdi, je lui demande, ou plutôt je déclare que c’était donc une erreur. Il ne me répond pas. Il me laisse simplement entendre qu’ayant, lui, une longue expérience, il a vu le problème en prenant son poste en début de nuit. Il aura l’amabilité de me raccompagner à la sortie d’un aéroport totalement désert, m’indiquant l’adresse d’un hôtel dans la zone portuaire. À aucun moment, ni lui, ni ses collègues ne se sont excusés.

En réalité, ma libération n’a rien eu de fortuit. Elle est la conséquence de l’intervention de mon collègue auprès du président de l’université Texas A & M, d’une professeure de droit chargée des questions d’immigration, et de plusieurs avocats. Sans eux, j’aurais été conduit menotté, enchaîné, et entravé à l’embarquement pour Paris.

Historien de métier, je me méfie des interprétations hâtives. Cet incident a occasionné pour moi un certain inconfort, difficile de le nier. Je ne peux, cependant, m’empêcher de penser à tous ceux qui subissent ces humiliations et cette violence légale sans les protections dont j’ai pu bénéficier. J’y pense d’autant plus que j’ai connu l’expulsion et l’exil dans mon enfance. Pour expliquer ce qui s’est passé, j’en suis rendu aux conjectures. Pourquoi le contrôle aléatoire est-il tombé sur moi? Je ne le sais pas mais ce n’est pas le fruit du hasard. Mon « cas » présentait un problème avant même l’examen approfondi de mon visa. Peut-être est-ce mon lieu de naissance, l’Egypte, peut-être ma qualité d’universitaire, peut-être mon récent visa de travail expiré, pourtant sans objet ici, peut-être aussi ma nationalité française. Peut-être aussi le contexte. Quand bien même aurais-je commis une erreur, ce qui n’est pas le cas, cela méritait-il pareil traitement? Comment expliquer ce zèle, évident, de la part du policier qui m’a examiné et de son supérieur hiérarchique sinon par le souci de faire du chiffre et de justifier, au passage, ces contrôles accrus? J’étais d’autant plus « intéressant » que je ne tombais pas dans la catégorie habituelle des « déportables ». Telle est donc la situation aujourd’hui. Il faut désormais faire face outre-Atlantique à l’arbitraire et à l’incompétence la plus totale. Je ne sais ce qui est le pire. Ce que je sais, aimant ce pays depuis toujours, c’est que les États-Unis ne sont plus tout à fait les États-Unis.

 Voir aussi:
Valeurs actuelles

25 février 2017 

Irrespect. Suite à une nouvelle critique du président américain sur la situation sécuritaire de la France et de sa capitale, François Hollande a de nouveau dérapé. Une faute que la droite n’a pas manqué de souligner.

François Hollande a sans doute la mémoire courte. Alors que Donald Trump citait vendredi “un ami” effrayé par l’insécurité qui règne à Paris, le chef de l’État a tenté de répliquer, samedi 25 février, affirmant qu’en France il “n’y a pas de circulation d’armes, il n’y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule”.

“Comment François Hollande peut-il ainsi effacer les victimes ?”

Passablement remontée contre cette réponse fallacieuse, qui fait fi des dizaines de victimes récentes du terrorisme dans l’Hexagone, la droite a confronté le président socialiste à ses incohérences. François Fillon a par exemple rappelé les drames de “Toulouse, Charlie, Bataclan, Nice” et dénoncé un “effacement” des victimes.

Du côté du Front national, Florian Philippot s’est insurgé contre le “manque de respect pour les familles des victimes des attentats” et l’“indécence” du locataire de l’Élysée, quand Nicolas Bay a fustigé un “oubli [des victimes] du Bataclan et de Charlie Hebdo”.

Voir également:

L’effet Trump? La Suède s’interroge sur sa politique d’intégration

Le Point/ AFP

22/02/2017

Voir de même:

Trump Is Right: Sweden’s Embrace of Refugees Isn’t Working

The country has accepted 275,000 asylum-seekers, many without passports—leading to riots and crime.

Jimmie Åkesson and Mattias Karlsson
The Wall Street Journal
Feb. 22, 2017

When President Trump last week raised Sweden’s problematic experience with open door immigration, skeptics were quick to dismiss his claims. Two days later an immigrant suburb of Stockholm was racked by another riot. No one was seriously injured, though the crowd burned cars and hurled stones at police officers.

Mr. Trump did not exaggerate Sweden’s current problems. If anything, he understated them. Sweden took in about 275,000 asylum-seekers from 2014-16—more per capita than any other European country. Eighty percent of those who came in 2015 lacked passports and identification, but a majority come from Muslim nations. Islam has become Sweden’s second-largest religion. In Malmö, our third-largest city, Mohamed is the most common name for baby boys.

The effects are palpable, starting with national security. An estimated 300 Swedish citizens with immigrant backgrounds have traveled to the Middle East to fight for Islamic State. Many are now returning to Sweden and are being welcomed back with open arms by our socialist government. In December 2010 we had our first suicide attack on Swedish soil, when an Islamic terrorist tried to blow up hundreds of civilians in central Stockholm while they were shopping for Christmas presents. Thankfully the bomber killed only himself.

Riots and social unrest have become a part of everyday life. Police officers, firefighters and ambulance personnel are regularly attacked. Serious riots in 2013, involving many suburbs with large immigrant populations, lasted for almost a week. Gang violence is booming. Despite very strict firearm laws, gun violence is five times as common in Sweden, in total, as in the capital cities of our three Nordic neighbors combined.

Anti-Semitism has risen. Jews in Malmö are threatened, harassed and assaulted in the streets. Many have left the city, becoming internal refugees in their country of birth.

The number of sex crimes nearly doubled from 2014-15, according to surveys by the Swedish government body for crime statistics. One-third of Swedish women report that they no longer feel secure in their own neighborhoods, and 12% say they don’t feel safe going out alone after dark. A 1996 report from the same government body found that immigrant men were far likelier to commit rape than Swedish men. Last year our party asked the minister of justice to conduct a new report on crime and immigration, and he replied: “In light of previous studies, I do not see that a further report on recorded crime and individuals’ origins would add knowledge with the potential to improve the Swedish society.”

Our nation’s culture hasn’t been spared either. Artists accused of insulting Islam live under death threats. Dance performances and art exhibitions have been called off for fear of angering Islamists. Schools have prohibited the singing of traditional Christian hymns because they don’t want to “insult” non-Christian immigrants. Yet reports made with hidden cameras by journalists from Swedish public media show mosques teaching fundamentalist interpretations of Islam.

Sweden’s government now spends an incredible amount of money caring for newly arrived immigrants each year. The unemployment rate among immigrants is five times as high as that of native Swedes. Among some groups, such as Somalis, in places like Malmö unemployment reaches 80%.

Our party, the Sweden Democrats, wants to put the security and welfare of Swedish citizens first. We are surging in the opinion polls and seem to have a good chance of becoming the country’s largest party during the elections next year. We will not rest until we have made Sweden safe again.

For the sake of the American people, with whom we share so many strong historical and cultural ties, we can only hope that the leaders in Washington won’t make the same mistakes that our socialist and liberal politicians did.

Mr. Åkesson is party chairman of the Sweden Democrats. Mr. Karlsson is the party’s group leader in Parliament.

Voir par ailleurs:

Hommage national aux victimes du terrorisme: Trois décennies d’attentats en France

Laure Cometti

20 minutes

L’hommage national aux victimes du terrorisme, qui a lieu chaque année le 19 septembre, depuis 1998, prend ce lundi un écho particulier. Depuis janvier 2015, 236 personnes sont mortes dans des attentats en France, sur un total de 271 en trente ans. 20 Minutes revient sur les attaques terroristes perpétrées dans l’Hexagone au cours des trois dernières décennies.

1986

Cette année est marquée par neuf attaques terroristes, dont six sont meurtrières. Elles s’inscrivent dans une vague d’attentats, de décembre 1985 à septembre 1986, dont certains seront imputés au Hezbollah.

Le mois de septembre est particulièrement meurtrier. Le 8, une explosion fait un mort et dix-huit blessés dans le bureau de poste de l’Hôtel de Ville à Paris. Le 12, plus d’une cinquantaine de personnes sont blessées par une bombe placée dans un magasin Casino à la Défense. Le 14, une nouvelle explosion tue deux personnes dans le pub Renault des Champs-Elysées. Le lendemain, c’est la préfecture de police de Paris qui est visée : une bombe fait un mort et 51 blessés. Le 17, ce mois de septembre meurtrier s’achève par un attentat à la bombe devant le magasin Tati de la rue de Rennes, toujours à Paris. Le bilan est de sept morts et une cinquantaine de blessés.

1995

Entre juillet et novembre, l’Hexagone est le théâtre d’une série d’attaques à la bombe imputées à l’organisation terroriste algérienne du Groupe islamique armé (GIA). La seule attaque meurtrière est celle de la station de RER B Saint-Michel à Paris, le 25 juillet. Le bilan est de huit tués et plus d’une centaine de blessés.

Près de Lyon, une bombe est découverte le 26 août sur une ligne de TGV. Les empreintes digitales de Khaled Kelkal sont retrouvées sur l’engin explosif. Le jeune homme, impliqué dans l’attentat de la station Saint-Michel, est abattu par la police le 29 septembre. Arrêté deux jours auparavant, son complice Karim Koussa a été jugé et condamné à de la prison. Deux autres membres du GIA ont été arrêtés le 1er novembre dans le cadre de l’enquête sur cette vague d’attentats, Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem, tous deux jugés et incarcérés.

Le 3 septembre, une bombe blesse quatre personnes sur un marché du boulevard Richard Lenoir à Paris.

Les transports en commun de la capitale sont ciblés à deux autres reprises, sans faire de morts : le 6 octobre à Maison-Blanche (seize blessés) et le 17 octobre dans une rame du RER C, entre les stations Saint-Michel et Quai d’Orsay (une trentaine de blessés).

1996

Le 3 décembre, une explosion tue quatre personnes et en blesse plus de 90 à la station de RER B de Port-Royal. Les auteurs de l’attaque n’ont pas été identifiés.

2000

Le 19 avril, une bombe explose dans un restaurant de la chaîne McDonald’s à Quévert (ôtes-d’Armor), tuant une employée. L’enquête démontrera plus tard que la bombe devait exploser pendant la nuit. Trois hommes appartenant à la mouvance indépendantiste bretonne seront jugés puis acquittés dans cette affaire qui n’a pas été élucidée à ce jour.

2007

Le 6 décembre, un colis piégé explose dans un cabinet d’avocat au 52, boulevard Malesherbes à Paris. La secrétaire du cabinet est tuée sur le coup. L’affaire n’est pas élucidée à ce jour.

2012

En mars, Mohamed Merah tue sept personnes par balle à Toulouse et Montauban. Il s’agit de trois militaires et de  trois élèves et un professeur d’une école juive. Le terroriste islamiste est abattu le 22 mars après une intervention du Raid dans le quartier de Côte Pavée à Toulouse.

2015

Le début de l’année est marquée par la tuerie au siège de Charlie Hebdo. Les frères Saïd et Chérif Kouachi, qui affirment agir au nom de l’organisation Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), abattent le 7 janvier huit membres de la rédaction de l’hebdomadaire, un dessinateur invité à la conférence du journal, deux policiers et un agent de maintenance de l’entreprise Sodexo. Les terroristes sont tués deux jours plus tard à Dammartin-en-Goële.

Le lendemain, une policière municipale est tuée à Montrouge par Amédy Coulibaly qui mènera la prise d’otages du magasin Hypercacher de la Porte de Vincennes, le 9 janvier. Le terroriste, qui se revendique du groupe Etat islamique (EI) dans une vidéo, est abattu après avoir tué un employé et trois clients de la boutique vendant des produits casher.

Le 26 juin, Yassin Salhi décapite son patron sur le site de l’usine AirProducts. Fiché S pour ses liens avec l’islam radical, le présumé coupable s’est suicidé en prison le 23 décembre de la même année.

Le 13 novembre au soir, des attaques simultanées à Saint-Denis et Paris font 130 morts et plus de 400 blessés. Il s’agit des pires attaques terroristes de l’histoire de la France. Tous les auteurs de ces attentats, revendiqués par Daesh, sont morts en kamikazes. Salah Abdeslam, l’unique membre encore vivant des commandos, a été arrêté en le 18 mars 2016 en Belgique et remis à la France où il a été écroué.

2016

Le 13 juin, un policier de Magnanville et sa compagne employée au commissariat de Mantes-la-Jolie (Yvelines) sont assassinés chez eux par  Larossi Abballa, qui avait revendiqué son action sur Twitter et Facebook au nom de Daesh. Le terroriste est abattu par le Raid.

Le soir de la fête nationale, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, au volant d’un camion, fonce dans la foule quelques instants après le feu d’artifice du 14 juillet sur la Promenade des Anglais à Nice. Le bilan est de 86 morts et plus de 300 blessés. L’attaque est revendiquée par Daesh.

Le 26 juillet, un prêtre est tué lors d’une prise d’otages pendant la messe dans une église catholique à Saint-Etienne-du-Rouvray. Les auteurs, deux djihadistes sont abattus par les forces de l’ordre. Cette attaque est aussi revendiquée par Daesh..

Voir de même:

Nordactu.fr

19/07/2016

Alors que le bilan humain de l’attentat de Nice du 14 juillet n’est pas encore définitif, Nord Actu a dressé la liste chronologique des attentats terroristes islamistes qui ont touché la France depuis début 2012, ainsi que les tentatives déjouées par les services de sécurité dont nous avons eu connaissance. La liste des projets d’attentats est donc non-exhaustive, mais permet de se faire une idée sur la quantité d’actions islamistes entreprises depuis 4 ans en France. Le bilan humain provisoire de cette guerre fait état de 254 morts et 684 blessés.

(NDLR: les attentats ayant « abouti » apparaissent en gras)

Attentats de mars 2012 par Mohammed Merah : 8 morts et 6 blessés.

Attentat du 25 mai 2013, un individu tente d’égorger un militaire à la Défense : 1 blessé.

Attentat déjoué en octobre 2013 : Un homme arrêté à Lille après son retour de Syrie.

Attentat déjoué en février 2014 : Le carnaval de Nice.

Attentat déjoué en juillet 2014 : Des lieux chiites à Créteil.

Attentat déjoué en août 2014 : Des synagogues à Lyon.

Attentat déjoué en septembre 2014 : Une réunion du CRIF à Lyon.

Attentat du 20 décembre 2014 à Joué les Tours, un individu attaque le commissariat à l’arme blanche, il est abattu : 1 mort et 3 blessés.

Attentat du 21 décembre 2014 à Dijon, un individu fonce dans la foule avec son véhicule au cri d’ «Allah Ahkbar» : 13 blessés.

Attentat du 22 décembre 2014 à Nantes, modus operandi similaire à l’attaque de Dijon : 1 mort et 10 blessés.

Attentats de janvier 2015 (Charlie hebdo + Montrouge + Hyper Kasher) : 17 morts et 22 blessés.

Attentat du 3 février 2015 à Nice, Moussa Coulibaly attaque des militaires à l’arme blanche : 3 blessés.

Attentat du 19 avril 2015 : Meurtre d’Aurélie Châtelain à Villejuif par Sid Ahmed Ghlam lors du vol de son véhicule devant servir à des actions contre des églises (voir ci-dessous) : 1 mort.

Attentat déjoué en avril 2015 : Une ou plusieurs églises en région parisienne par Sid Ahmed Ghlam (le suspect avait effectué des repérages autour du Sacré Cœur  de Montmartre et de deux églises de Villejuif).

Attentat de Saint-Quentin-Fallavier 26 juin 2015 : 1 mort et 2 blessés.

Attentat déjoué en juillet 2015 : Une base militaire dans les Pyrénées-Orientales.

Attentat du 21 août 2015 (attaque d’un train Thalys entre Bruxelles et Paris) : 3 blessés.

Attentat déjoué en octobre 2015 : Hakim Marnissi voulait attaquer la base navale de Toulon.

Attentat déjoué en octobre 2015 : Arrestation à Fontenay-sous-Bois, Salim et Ahmed M., deux frères « velléitaires pour le jihad syrien » qui ont planifié de s’en prendre à « des militaires, des policiers et/ou des juifs ».

Attentats du 13 novembre 2015 (Bataclan + terrasses de cafés + Stade de France + St Denis) : 137 morts et 413 blessés.

Attentat déjoué en novembre 2015 : Le quartier de la Défense.

Attentat déjoué en décembre 2015 : « Des représentants de la force publique » dans la région d’Orléans. Les deux suspects voulaient s’en prendre notamment au préfet du Loiret et à une centrale nucléaire.

Attentat déjoué en décembre 2015 : Interpellation d’un couple à Montpellier, la femme aurait dû commettre un attentat suicide à l’aide d’un faux-ventre de femme enceinte rempli d’explosifs.

Attentat du 1er janvier 2016 à Valence : un individu fonce sur des militaires avec son véhicule. Il doit être neutralisé par des tirs, un passant est blessé : 3 blessés au total.

Attentat du 7 janvier 2016 au commissariat de la Goutte d’Or à Paris : 1 mort (l’assaillant).

Attentat du 11 janvier 2016 à Marseille, un kurde de 15 ans attaque un enseignant juif à la machette : 1 blessé. Des policiers étaient également visés.

Attentat déjoué en janvier 2016 : Fort Béar dans les Pyrénées orientales, un gradé devait être kidnappé puis décapité. 3 interpellés.

Attentat déjoué du 2 février 2016 : Arrestation à Lyon de 6 individus qui projetaient d’attaquer des « clubs échangistes en France ».

Attentat déjoué du 9 mars 2016 : Un individu radicalisé d’une trentaine d’années a embarqué à l’aéroport de Nantes en direction de Fès. Il a été arrêté au Maroc par les autorités marocaines. Il était en possession de plusieurs armes blanches et une bonbonne de gaz.

Attentat déjoué du 9 mars  2016 : Un franco-algérien a délibérément lancé sa voiture contre la façade d’un commissariat de police à Firminy. D’après Noëlle Deraime, directrice départementale de la sécurité publique, il ne s’agit pas d’un accident.

Attentat déjoué en mars 2016 : 4 jeunes femmes devaient attaquer une salle de concert, deux cafés et un centre commercial à Paris.

Attentat déjoué en mars 2016: Quatre personnes (3 hommes et 1 femme) ont été interpellées par la DGSI dans le XVIIIe arrondissement de Paris ainsi qu’en Seine-Saint-Denis. Elles sont suspectées de s’être préparées à commettre des attentats dans la capitale.

Attentat déjoué en mars 2016 : Arrestation de Rada Kriket à Boulogne Billancourt, d’Anis B. à Rotterdam et d’Abderahmane Ameuroud  à Bruxelles pour « risque imminent d’action terroriste ».

Attentat déjoué le 8 avril 2016: Arrestation de Mohamed Abrini, recherché depuis les attentats du 13 novembre, à Anderlecht. Il révèle que le commando des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles devait à nouveau frapper la France.

Attentat du 24 avril 2016: Un militaire de l’opération Sentinelle est agressé au cutter par un individu tenant des propos en arabe à Strasbourg. L’agresseur prend la fuite et est interpellé le 4 mai 2016. Bilan : 1 blessé.

Attentat contre un couple de policiers du 13 juin 2016 à Magnanville par Larossi Abballa : 3 morts.

Attentat du 14 juin 2016 à Rennes, une lycéenne âgée de 19 ans est agressée à coups de couteau par un homme de 32 ans connu des services de police qui voulait procéder à un « sacrifice » au cours du ramadan, selon ses propres termes. Bilan : 1 blessé.

Attentat déjoué le 16 juin 2016: Un jeune homme de 22 ans arrêté par la DGSI à la gare de Carcassonne en possession d’un couteau et d’une machette projetant un attentat en s’attaquant à des touristes américains et anglais ainsi qu’aux forces de l’ordres et « mourir en martyr ».

Attentat déjoué le 17 juin 2016: À Béziers, un détenu converti à l’islam et radicalisé voulait commettre un attentat contre un club naturiste au Cap d‘Agde car il n’aimait pas les « culs-nus ». L’individu s’est fait allonger sa peine de 6 mois supplémentaires.

Attentat du 14 juillet 2016 à Nice : 84 morts et 202 blessés

Le détail des attentats déjoués en France depuis un an

INFO LE FIGARO – Des projets d’assassinats et d’attentats, visant notamment un centre commercial, une salle de spectacle ou encore une centrale nucléaire, ont été révélés devant la commission d’enquête parlementaire.

«Nous avons tout eu»: le 18 mai, devant la commission d’enquête, le coordonnateur national du renseignement, Didier Le Bret, résume en une formule les multiples attaques, contrecarrées ou non, qui ont visé le pays. Pour la première fois, le rapport de Sébastien Pietrasanta fournit le détail d’une dizaine d’attentats déjoués en France en un an. Certains, comme celui ciblant la base militaire de Port Vendres où trois djihadistes voulaient filmer la décapitation d’un haut gradé ou celui en octobre contre des militaires de la base de Toulon, sont connus. D’autres sont restés plus confidentiels. Ainsi, le document révèle que, le 16 mars, «quatre jeunes femmes, dont trois mineures (…) ont été interpellées à Roubaix, Lyon et Brie-Comte-Robert» alors qu’«elles avaient formé le projet d’attaquer une salle de concert, deux cafés et un centre commercial à Paris».

Ce coup de filet a lieu huit jours avant que la DGSI interpelle Reda Kriket à Boulogne-Billancourt et découvre à Argenteuil une «cache» remplie d’armes de guerre et d’explosifs susceptible de perpétrer une attaque au nom de Daech. Les 15 et 16 décembre dernier, la DGSI arrêtait Rodrigue D. et Karim K., deux terroristes en puissance qui «projetaient de s’attaquer à des militaires et des policiers orléanais». Le rapport dévoile que «tout en minimisant son implication dans ce projet», Karim K. a «reconnu vouloir assassiner le préfet du Loiret et s’attaquer à une centrale nucléaire». Avant de préciser que «les deux mis en cause ont confirmé le rôle d’Anthony D., djihadiste français de l’EI évoluant en Syrie depuis fin 2014, comme soutien financier».

Communications cryptées

Au même moment, la DGSI, toujours elle, appréhendait, à Tours, Issa Khassiev, un Russe d’origine tchétchène «susceptible d’avoir rejoint la Syrie en 2013» et qui envisageait de «réaliser une action violente en France avant de regagner la zone syro-irakienne pour y mourir en martyr». Lors d’une perquisition, celui qui a prêté «allégeance à l’EI» avait «proféré des menaces à l’encontre des fonctionnaires de police présents». Outre le cas d’un radicalisé en prison projetant d’assassiner une députée parisienne interpellé en octobre «après s’être lui-même dénoncé (…)», le document évoque aussi l’arrestation, à Fontenay-sous-Bois, de Salim et Ahmed M., deux frères «velléitaires pour le djihad syrien» qui voulaient s’en prendre à des «militaires, des policiers et/ou des juifs». Ces réussites policières ne peuvent cependant obérer les échecs des attentats de janvier et de novembre qui enseignent que «les terroristes ne relèvent plus d’aucune logique nationale ni dans leur profil ou leur recrutement, ni dans leur mode opératoire et la conception de leurs attaques».

Rappelant que «les commandos ne se sont effectivement rendus sur le territoire français que la veille des attaques, un délai peut-être trop bref pour être repérés par les seuls services français», Sébastien Pietrasanta considère que «cette tactique a également si bien fonctionné parce que les terroristes ont encore accru leur mobilité par une bien plus grande furtivité que par le passé». Le directeur général de la sécurité extérieure, Bernard Bajolet, l’a concédé devant la commission Fenech: «La difficulté à laquelle nous nous heurtons est que ces terroristes sont rompus à la clandestinité et font une utilisation très prudente, très parcimonieuse, des moyens de communication: les téléphones ne sont utilisés qu’une seule fois, les communications sont cryptées et nous ne pouvons pas toujours les décoder.» «Pour connaître leurs projets, il faut avoir des sources humaines directement en contact avec ces terroristes, décrit le patron de la DGSE. Or ces réseaux sont très cloisonnés, ils peuvent recevoir des instructions de caractère général, mais avoir ensuite une certaine autonomie dans la mise en œuvre de la mission qui leur est confiée.» (…). Et le rapporteur Pietrasanta de conclure: «L’explosion des communications électroniques, le développement du darknet, la mise à portée de tous de moyens de communication bénéficiant de puissants chiffrements – telle que l’application de messagerie Telegram – rendent les terroristes plus furtifs aux yeux des services de renseignements et leur imposent d’opérer des sauts capacitaires réguliers.»

Voir de plus:

Sweden’s rape rate under the spotlight

  • 15 September 2012

The Julian Assange extradition case has put Sweden’s relatively high incidence of rape under the spotlight. But can such statistics be reliably compared from one country to another?

Which two countries are the kidnapping capitals of the world?

Australia and Canada.

Official figures from the United Nations show that there were 17 kidnaps per 100,000 people in Australia in 2010 and 12.7 in Canada.

That compares with only 0.6 in Colombia and 1.1 in Mexico.

So why haven’t we heard any of these horror stories? Are people being grabbed off the street in Sydney and Toronto, while the world turns a blind eye?

No, the high numbers of kidnapping cases in these two countries are explained by the fact that parental disputes over child custody are included in the figures.

If one parent takes a child for the weekend, and the other parent objects and calls the police, the incident will be recorded as a kidnapping, according to Enrico Bisogno, a statistician with the United Nations.

Comparing crime rates across countries is fraught with difficulties – this is well known among criminologists and statisticians, less so among journalists and commentators.

Sweden has the highest rape rate in Europe, author Naomi Wolf said on the BBC’s Newsnight programme recently. She was commenting on the case of Julian Assange, the Wikileaks founder who is fighting extradition from the UK to Sweden over rape and sexual assault allegations that he denies.

Is it true? Yes. The Swedish police recorded the highest number of offences – about 63 per 100,000 inhabitants – of any force in Europe, in 2010. The second-highest in the world.

This was three times higher than the number of cases in the same year in Sweden’s next-door neighbour, Norway, and twice the rate in the United States and the UK. It was more than 30 times the number in India, which recorded about two offences per 100,000 people.

On the face of it, it would seem Sweden is a much more dangerous place than these other countries.

But that is a misconception, according to Klara Selin, a sociologist at the National Council for Crime Prevention in Stockholm. She says you cannot compare countries’ records, because police procedures and legal definitions vary widely.

« In Sweden there has been this ambition explicitly to record every case of sexual violence separately, to make it visible in the statistics, » she says.

« So, for instance, when a woman comes to the police and she says my husband or my fiance raped me almost every day during the last year, the police have to record each of these events, which might be more than 300 events. In many other countries it would just be one record – one victim, one type of crime, one record. »

The thing is, the number of reported rapes has been going up in Sweden – it’s almost trebled in just the last seven years. In 2003, about 2,200 offences were reported by the police, compared to nearly 6,000 in 2010.

So something’s going on.

But Klara Selin says the statistics don’t represent a major crime epidemic, rather a shift in attitudes. The public debate about this sort of crime in Sweden over the past two decades has had the effect of raising awareness, she says, and encouraging women to go to the police if they have been attacked.

The police have also made efforts to improve their handling of cases, she suggests, though she doesn’t deny that there has been some real increase in the number of attacks taking place – a concern also outlined in an Amnesty International report in 2010.

« There might also be some increase in actual crime because of societal changes. Due to the internet, for example, it’s much easier these days to meet somebody, just the same evening if you want to. Also, alcohol consumption has increased quite a lot during this period.

« But the major explanation is partly that people go to the police more often, but also the fact that in 2005 there has been reform in the sex crime legislation, which made the legal definition of rape much wider than before. »

The change in law meant that cases where the victim was asleep or intoxicated are now included in the figures. Previously they’d been recorded as another category of crime.

So an on-the-face-of-it international comparison of rape statistics can be misleading.

Botswana has the highest rate of recorded attacks – 92.9 per 100,000 people – but a total of 63 countries don’t submit any statistics, including South Africa, where a survey three years ago showed that one in four men questioned admitted to rape.

In 2010, an Amnesty International report highlighted that sexual violence happens in every single country, and yet the official figures show that some countries like Hong Kong and Mongolia have zero cases reported.

Evidently, women in some countries are much less likely to report an attack than in others and are much less likely to have their complaint recorded.

UN statistician Enrico Bisogno says surveys suggest that as few as one in 10 cases are ever reported to the police, in many countries.

« We often present the situation as kind of an iceberg where really what we can see is just the tip while the rest is below the sea level. It remains below the radar of the law enforcement agencies, » he says.

Naomi Wolf has also written that Sweden has the lowest conviction rate in Europe.

She was relying on statistics from a nine-year-old report, which calculated percentage conviction rates based on the number of offences recorded by the police and the number of convictions. But this is a problematic way of analysing statistics, as several offences could be committed by one person.

The United Nations holds official statistics on the number of convictions for rape per 100,000 people and actually, by that measure, Sweden has the highest number of convictions per capita in Europe, bar Russia. In 2010, 3.7 convictions were achieved per 100,000 population.

Though it’s still the case, as Wolf pointed out to the BBC, that women in Sweden report a high number of offences – and only a small number of rapists are punished.

So there’s a lot that official statistics don’t tell us. They certainly don’t reveal the real number of rapes that happen in Sweden, or any other country. And they don’t give a clear view of which countries have worse crime rates than others.

Rape is particularly complex, but you’d think it would be straightforward to analyse murder rates across different countries – just count up the dead bodies, and compare and contrast.

If only, says Enrico Bisogno. « For example, if I punch somebody and the person eventually dies, some countries can consider that as an intentional murder, others as a manslaughter. Or in some countries, dowry killings are coded separately because there is separate legislation. »

What’s more, a comparison of murder rates between developed and less developed countries may tell you as much about health as crime levels, according to Professor Chris Lewis, a criminologist from Portsmouth University in the UK.

The statistics are to some unknown degree complicated by the fact that you’re more likely to survive an attack in a town where you’re found quickly and taken to a hospital that’s well-equipped.


Syrie: Attention, une vassalisation peut en cacher une autre (From lead-from-behind to retroactive retaliation threats: Putin has merely stepped into the vacuum left by the collapse of western power and resolve in the world)

18 décembre, 2016
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pallywoodeurope

La démocratie incline à méconnaître, voire à nier les menaces dont elle est l’objet, tant elle répugne à prendre les mesures propres à y répliquer. Elle ne se réveille que lorsque le danger devient mortel, imminent, évident. Mais alors soit le temps lui manque pour qu’elle puisse le conjurer, soit le prix à payer pour survivre devient accablant. (…) La civilisation démocratique est la première dans l’histoire qui se donne tort, face à la puissance qui travaille à la détruire. Jean-François Revel,  Comment les démocraties finissent, 1983)
C’est toujours la même chose. (…) La Russie se présente comme faible: il faut l’aider, se garder de l’humilier, consolider ses progrès. Elle se présente en même temps comme redoutable par son immensité, son armée, son arsenal atomique, son pétrole. Elle fait planer une vague menace. Elle pourrait être encore pire. Apaisons-la. Alain Besançon
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (2005)
I don’t think people want a lot of talk about change; I think they want someone with a real record, a doer not a talker. For legislators who don’t want to take a stand, there’s a third way to vote. Not yes, not no, but present, which is kind of like voting maybe. (…) A president can’t vote present; a president can’t pick or choose which challenges he or she will face. Hillary Clinton (Dec. 2007)
Sur la Russie, (…) il sera plus intelligent. Hubert Védrine
J’ai l’impression que nos positions se sont très fortement rapprochées. j’ai senti une convergence. (…) J’ai trouvé un homme qui réfléchit, qui pèse le pour et le contre. un homme direct, courageux, déterminé. Le portrait qu’on a fait de Poutine me semble réducteur par rapport à la personnalité que j’avais devant moi … Sarkozy (2007)
On a eu un bon échange avec les Russes. J’ai dit qu’il nous fallait relancer nos relations. Obama (2009)
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai plus de flexibilité. Obama (à Medvedev, 2012)
J’ai donc dit à la Russie d’arrêter et indiqué qu’autrement il y aurait des conséquences. Notre objectif reste d’envoyer un message clair à la Russie et aux autres, de ne pas nous faire ça car nous pouvons aussi vous faire des choses. (…) La responsabilité de cette brutalité repose en un seul endroit: le régime d’Assad et ses alliés, la Russie et l’Iran. Et le sang versé est sur leurs mains et ils sont responsables des atrocités commises. (…) Je ne peux pas affirmer qu’on a réussi en Syrie et c’est une chose, qui est également vraie avec d’autres problèmes de par le monde, avec laquelle je dois aller me coucher chaque soir. Mais je continue à croire que c’était la bonne approche étant donné ce qu’on pouvait faire de manière réaliste. Barack Hussein Obama
Ce soir, à 20h, la @LaTourEiffel s’éteindra pour rappeler symboliquement le soutien de la Ville de @Paris à #Alep et à tous ses habitants. Anne Hidalgo
Monsieur le président, vous êtes le premier dirigeant de l’histoire russe qui ait accumulé cette puissance et en même temps ait été désireux de la partager avec d’autres… Ceci prouve que vous êtes un démocrate… Thierry de Montbrial (à Poutine, Valdaï, 2007)
Il y a deux options possibles: ou bien on veut à tout prix recréer la guerre froide, on montre du doigt la Russie, on l’isole, on continue à la piétiner comme ça a été le cas depuis une dizaine d’années – ce n’est pas la voie qu’a choisie la France, ce n’est pas la voie qu’a choisie l’Europe –, ou on choisit l’option du dialogue. François Fillon (2008)
The president (…) has an overarching moral theory about American power, expressed in his 2009 contention in Prague that “moral leadership is more powerful than any weapon.” At the time, Mr. Obama was speaking about the end of the Cold War—which, he claimed, came about as a result of “peaceful protest”—and of his desire to see a world without nuclear weapons. It didn’t seem to occur to him that the possession of such weapons by the U.S. also had a hand in winning the Cold War. Nor did he seem to contemplate the idea that moral leadership can never safely be a substitute for weapons unless those leaders are willing to throw themselves at the mercy of their enemies’ capacity for shame. In late-era South Africa and the Soviet Union, where men like F.W. de Klerk and Mikhail Gorbachev had a sense of shame, the Obama theory had a chance to work. In Iran in 2009, or in Syria today, it doesn’t. (…) Mr. Obama believes history is going his way. “What? Me worry?” says the immortal Alfred E. Neuman, and that seems to be the president’s attitude toward Mr. Putin’s interventions in Syria (“doomed to fail”) and Ukraine (“not so smart”), to say nothing of his sang-froid when it comes to the rest of his foreign-policy debacles. In this cheapened Hegelian world view, the U.S. can relax because History is on our side, and the arc of history bends toward justice. Why waste your energies to fulfill a destiny that is already inevitable? And why get in the way of your adversary’s certain doom? It’s easy to accept this view of life if you owe your accelerated good fortune to a superficial charm and understanding of the way the world works. It’s also easier to lecture than to learn, to preach than to act. History will remember Barack Obama as the president who conducted foreign policy less as a principled exercise in the application of American power than as an extended attempt to justify the evasion of it. From Aleppo to Donetsk to Kunduz, people are living with the consequences of that evasion. Bret Stephens
Les dirigeants européens et américains espèrent que les tyrans et les autocrates du monde vont disparaître tout seuls. Mais les dinosaures comme Vladimir Poutine, Hugo Chávez et les ayatollahs iraniens ne vont pas s’effacer comme cela. Ils ne doivent leur survie qu’au manque de courage des chefs du Monde libre. Garry Kasparov
Si le retrait des troupes américaines d’Irak a été à la fois bien intentionné et populaire, et si la Maison Blanche a su présenter à son avantage les concessions octroyées à M. Assad en 2013, les résultats n’en ont pas moins été désastreux. Un simple regard sur la carte de l’Irak et de la Syrie montre que l’essor de l’Etat islamique était une réponse logique à l’abandon américain des Sunnites de la région. Un groupe comme l’Etat islamique ne peut se développer sans le soutien des populations locales, dans ce cas précis les Sunnites qui ne voient d’autre façon de se défendre contre les forces chiites de l’Iran et de la Syrie qui les massacrent par centaines de milliers. En géopolitique comme aux échecs, il faut jouer à partir de la position qui est la vôtre sur l’échiquier au moment où vous commencez à jouer. Reprocher à George W. Bush d’avoir lancé la guerre d’Irak en 2003 ne change rien au fait qu’en 2008 il n’y avait ni crise massive de réfugiés ni armée de l’Etat islamique en ordre de bataille. Les négociations avec les groupes sunnites de la province d’Anbar avaient sapé le soutien à Al Qaeda, une politique qui avait complètement changé la donne et autant contribué à la réduction de la violence que le renforcement des forces américaines. Le départ des troupes américaines et le refus de M. Obama de dissuader M. Assad ont mis fin à toute possibilité de sécurité. La population n’avait d’autre choix que de lutter, fuir ou mourir,  alors elle l’a fait, massivement, comme le confirment des chiffres horribles. (…) Aucun accord ne va changer cela. L’Iran et la Russie ont leurs propres ordres du jour dans la région et ceux-ci n’ont rien de pacifique ni pour l’un ni pour l’autre. L’Iran est le principal soutien mondial du terrorisme. La méthode Poutine pour mener la guerre contre le terrorisme en Tchétchénie était le tapis de bombes. Quand cela n’a pas réussi, il a « acheté » le seigneur de la guerre le plus brutal de la région, Ramzan Kadyrov. La poursuite du massacre de Sunnites dans la région y attirera un afflux sans cesse accru d’aides des Saoudiens et de combattants étrangers du Pakistan, d’Afghanistan et de Russie. La situation va se métastaser, ce qui convient parfaitement à M. Poutine. La guerre et le chaos lui fournissent toujours plus d’ennemis et ainsi plus d’occasions de jouer au dur à la télévison publique russe. Le régime iranien a besoin du conflit pour des raisons semblables et ne peut donc jamais renoncer à ses “Mort à l’Amérique ». Une aggravation du conflit fera aussi monter le prix du pétrole, un avantage qui n’échappe ni à Téhéran ni à Moscou. Ces conséquences peuvent être acceptables pour M. Obama, mais il ne peut faire semblant d’en ignorer sa part de responsabilité. Moi aussi, je voudrais vivre dans le monde de diplomatie et de droit où M. Obama pense vivre. Mais hélas ce n’est pas le cas. Le pouvoir et l’action comptent toujours et dans des endroits comme la Syrie et l’Irak, vous ne pouvez pas avoir le pouvoir sans l’action. M. Poutine n’a rien dit de nouveau à l’ONU, parce qu’il n’en avait pas besoin. Il sait qu’il a des atouts concrets autrement plus efficaces que de simples paroles. Il a des chars en Ukraine, des avions de chasse en Syrie et Barack Obama à la Maison Blanche. Garry Kasparov
Les opérations conjointes militaires et policières particulièrement meurtrières menées, depuis deux mois, contre les rebelles kurdes dans le bastion kurde de Cizre, au sud-est de la Turquie, ont pris fin, a annoncé hier le ministre turc de l’Intérieur, Efkan Ala. (…) Cizre, proche de la frontière syrienne et irakienne, qui a été vidée de la quasi-totalité de ses 120 000 habitants, poussés à l’exode, a été un emblème de la reprise des combats l’été dernier entre Ankara et le mouvement kurde armé, après une accalmie de deux ans. La ville a été bouclée et aucun journaliste ni observateur indépendant n’a été autorisé à y pénétrer. Selahattin Demirtas, le chef du parti prokurde HDP (Parti de la démocratie des peuples), troisième force politique au Parlement, a accusé en début de semaine le pouvoir turc d’avoir commis un « massacre » à Cizre, ce qui a été catégoriquement démenti par les autorités. Les combats dans la zone kurde ont fait de nombreux morts de part et d’autre (250 militaires et policiers et plus de 750 rebelles, selon l’armée), et quelque 200 civils auraient perdu la vie depuis l’instauration du couvre-feu, selon les ONG. L’Orient le jour
Même si la chute d’Alep-Est a été préparée par le lourd bombardement de l’aviation russe, ce sont bien les milices iraniennes et chiites qui ont fourni le gros des troupes sur le terrain ces dernières semaines. Impuissants face à ce déferlement de force, les rebelles ont d’ailleurs envoyé mercredi des salves de roquettes sur Foua et Kefraya, comme pour mieux enterrer tout espoir de résolution rapide. Le Temps
Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu’elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l’on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l’Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame – à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l’ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l’arrêt des combats et des bombardements sur l’est de la ville (dont elle feint de croire qu’il n’est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l’acheminement de l’aide humanitaire et la reprise du processus de négociation. (…) Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. «L’Occident» ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle: il le nourrit, le conseille, l’entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d’action sert d’épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste «respectable» l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’Etat islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme «légitimes» et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré. Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n’ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter «à la source» le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d’Asie centrale et du Caucase. Et l’a saisie. Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi – qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique… aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad…tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu? (…) L’impensé du discours français n’en reste pas moins le suivant: si Assad, «bourreau de son propre peuple» selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer? A qui sera livrée la Syrie, «utile» ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement «exfiltré» vers d’autres macabres «territoires de jeu», en Libye par exemple? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d’Etat? Quels individus veut-on mettre au pouvoir? Les pseudo «modérés» qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l’œil de Genève? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom – Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n’attendent qu’un «go» pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, «par erreur» naturellement? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de «l’Armée de la Conquête» qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles – apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps? Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux «patrons» du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences «démocratiques»? Ne comprend-on pas qu’ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu’entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel? (…) Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets: action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s’emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire: les Syriens. (…) La confusion permanente entre l’Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C’est l’Etat qu’il faut aider à survivre à l’offensive islamiste au lieu d’encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d’Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir? Caroline Galactéros
Très pudiquement, alors même que l’OSDH le mentionnait, les médias occidentaux se sont bien gardés de mentionner que l’immense majorité des civils qui ont fui (sans doute déjà plus de 500 00) l’ont fait vers les zones loyalistes de l’Ouest d’Alep ou vers le quartier kurde de Sheikh Maqsoud. Pour les milliers de civils encore bloqués à l’Est, les conditions sont en train de se dégrader, si bien qu’on peut penser qu’il y aura des flux massifs dans les jours qui viennent. De ce point de vue, la stratégie des rebelles qui ont tout fait pour empêcher la fuite des civils semble être un échec. Et c’est bien évidemment le calcul du gouvernement syrien qui fait tout pour leur rendre la vie impossible. (…) Alep aurait pu devenir dès 2012 la capitale de l’opposition islamiste à Bachar al-Assad. Mais la sociologie de la ville a empêché que l’assaut depuis l’extérieur mené par les rebelles puisse déboucher sur un contrôle total de la ville. L’immense majorité des Alépins a continué de vivre sous le contrôle de l’administration de Damas. Avec la reprise d’Alep Est, Damas montrerait sa capacité à tenir un territoire qui est viable économiquement et surtout sans problème de continuité territoriale le long d’un axe longitudinal qui va du Sud de la province de Sweida jusqu’à Alep. Un territoire où vivraient encore plus de 60% de la population totale de la Syrie. Politiquement, Moscou se pose en acteur incontournable de la crise syrienne, sur lequel d’ailleurs Damas s’appuie bien plus que sur Téhéran. Désormais, c’est par Moscou que devront passer les initiatives politiques, tout le monde s’y résout: même les opposants en exil n’écartent pas une triangulation russe pour négocier l’avenir politique de la Syrie. (…) La situation est confuse à Idleb car les groupes djihadistes présents ont la fâcheuse tendance à se déchirer ces dernières semaines. Sans soutien turc, la province d’Idleb n’est absolument pas viable. Lorsque les dernières ressources auront été prélevées par les seigneurs de la guerre, cela va tourner à l’anarchie. Mais ce qui est inquiétant, c’est que ce djihadistan est un problème pour nombre de pays, y compris le nôtre. Pour ne citer que la Chine, Pékin, à la suite de l’attentat qui a frappé son ambassade à Bichkek l’été dernier, a commencé à s’intéresser de plus près à ce territoire où se trouvent près de 2000 combattants du Parti Islamique du Turkestan, des Ouïghours, dotés d’armes performantes et qui tenteront à nouveau de frapper les Chinois depuis ce réduit. La Chine envisagerait ainsi de doter l’armée syrienne de drones armés, comme elle l’a déjà fait auprès de l’armée irakienne. Il faut noter que les Etats-Unis ont effectué plusieurs frappes dans cette province ces dernières semaines pour éliminer les cadres de Jabhat Fatah al Sham, ex Al Nosra. Avec l’aval bien évidemment de la chasse russe. Je crois que notre focalisation sur l’Etat Islamique nous fait perdre un peu de vue cette poche lourde de menaces. (…) La Turquie porte une responsabilité immense dans le chaos qui règne au Nord de la Syrie. Elle a aidé et encouragé les pires éléments islamistes depuis son territoire à seule fin d’empêcher la constitution d’une zone kurde à ses portes. L’objectif de renverser le «tyran Assad» apparaît de moins en moins sérieux avec le recul quand on constate les dérives mégalomaniaques du Président Erdogan. A présent, elle semble avoir reçu un message clair de Moscou et agit dans un cadre apparemment négocié par Poutine. On ne sait toujours pas quels sont les objectifs de la Turquie: constituer une zone tampon pour empêcher la constitution d’un Rojava (Kurdistan syrien autonome, ndlr.) auquels aspirent les Kurdes de Syrie? Eradiquer l’Etat Islamique (c’est plus douteux)? Dernièrement Erdogan a affirmé avoir comme objectif de renverser Assad. Ce n’est pas sérieux tant que les Russes seront là… Frédéric Pichon
Interventionists (…) should not learn the wrong lesson from Aleppo’s fall. There was never a good plan from the West. The Spectator’s Freddy Gray described the interventionists’ 2013 thinking, and it is not flattering: « Bomb first, think later seemed to be the strategy, just as it was in Libya — and look how well that turned out. » Intervention in Syria was fantastically unpopular in Britain and America. That’s why the House of Commons, and later the U.S. Congress, ended up voting against it. The Obama administration, although it backed away from its half-hearted push for larger intervention, still carried on covert support of the rebels. The CIA and Defense Department armed different groups (who sometimes shot at each other). The Free Syrian Army, the so-called « moderate » rebels on whom so many hopes were pinned, kept disintegrating. Even as the U.S. tried to rebrand it as the « New Syrian Force, » its fighters often defected to al Qaeda, or even ISIS. If they didn’t defect, they would sometimes just lose their new weapons to these more established radical Sunni brands. The United States was allied with the allies of al Qaeda in Syria, and carried out its covert missions under the 2001 AUMF that authorized the U.S. to fight al Qaeda. It’s dizzying. Along the way, the U.S.’s half-hearted intervention possibly created the worst of all worlds. It encouraged people to invest themselves in a doomed fight much longer than was necessary. It caused rebels to place their hopes in a more broad intervention that was never coming. And it lengthened one of the most disastrous civil wars of the modern era, one whose aftershocks and refugee flows have brought terror to Europe and helped empower a resurgent nationalism that is shaking the political and economic foundations of the European Union. Lastly, the U.S. having involved itself just enough to look like a loser, ceded initiative to its chief geopolitical rival, Russia. Not only did Obama help make Syria one of his own « losses, » he paved the way to make it look like a Russian win over the United States and radical Sunni Islam. It’s a disaster. But if the U.S. really wanted to overthrow Assad, the likeliest outcome was the disaster that has afflicted Syria and, to a lesser degree, Iraq: multiple groups claiming the right to govern, and the flourishing of ISIS in the midst of the disorder. That’s the choice Obama backed into, either giving Russia a geopolitical boost, or becoming an agent of chaos again. On top of the horrors in Aleppo’s fall is the dreadful reality that even this may not bring about the end of the war. Positions in Syria that had been recaptured by the government forces and Russia have been abandoned to the control of ISIS. That ISIS recaptured Palmyra was a particularly significant propaganda coup as the Russians had flown in a symphony orchestra to play in its picaresque ruins in celebration of its liberation last year. But taking Aleppo means that the Assad regime has control of the major cities of his nation again, if not the periphery. The horrors in Aleppo are all too real. Honoring the memory of the dead in Syria will require much more serious reflection by our leadership class than what we’ve seen this week. Turning the Eiffel Tower into a memorial for al Qaeda’s dead, and mourning our lost chance at a wider war that had no plausible happy ending, is just another grotesquerie in a long parade of disasters in this region. Michael Brendan Dougherty
The hand-wringing by western politicians and commentators over the appalling humanitarian catastrophe in Aleppo reveals something far worse even than the nauseating virtue-signalling of pointlessly blaming themselves for having decided not to bomb Syrian President Assad’s forces. It reveals they still don’t understand just how morally culpable they actually are. The current breast-beating is all about how the US and Britain made a terrible mistake in not bombing Assad’s forces years ago in this dreadful war. But the issue that made them back away was valid then and remains valid now: that those who might come to power if Assad were removed would be as bad, if not worse, for both the Syrian people and the rest of the world. People were, however, totally missing the point then just as they are doing now. Assad is the puppet of the Iranian regime whose infernal purposes, in gaining regional power in order to perpetrate genocide against Israel and jihadi terrorism against the west, he dutifully serves. Iran needs Assad in power. Without Iran, Assad would not be committing these atrocities. To stop him, the west needs to stop Iran. (…) The hand-wringing over the involvement by Russia’s President Putin, who is providing Assad with the military might to crush the Syrian people, also totally misses the point. Putin has merely stepped into the vacuum left by the collapse of western power and resolve in the world. The Obama administration ended America’s historic role in defending western interests in the developing world. Instead it empowered the west’s enemies, principally Iran, and infamously promoted a supposed “reset” with Russia – which Putin unsurprisingly took as a green light to stomp all over any territory useful to his imperial ambitions. It was the US, UK and EU which between them empowered Iran and turned Russia into the most powerful kid on the block. The slaughter in Syria is the result. Melanie Philips
En octobre de cette année, des manifestants en Europe ont facilement recréé virtuellement chaque scène de “sauvetage” montrée par les “casques blancs” simplement en se barbouillant de farine et de colorant rouge et en s’allongeant sur le sol de villes européennes. Partie prenante de la campagne “Sauver Alep”, les manifestants cherchèrent à amener la “réalité” du “travail” des “casques blancs” à une audience européenne. Mais ils l’ont peut-être fait de manière trop littérale, révélant par là-même que de nombreuses scènes filmées par les “casques blancs” en Syrie sont en fait arrangées et truquées et font partie d’un théâtre de propagande urbaine. Dans une vraie situation de guerre, des bombardements laissent derrière eux un carnage indescriptible, avec des corps calcinés au delà de toute possibilité de reconnaissance, des membres arrachés, pantelants, des plaies ouvertes et des tas de chair sanguinolente. Les vidéos de ces “casques blancs” (NdT: rappelons-le financés à hauteur de millions d’euros par les Etats-Unis et l’UE…) ne représentent bizarrement aucune de ces dures réalités et au lieu de cela mettent le plus souvent en scène de la farine et des colorants sur des figurants, comme vus dans les scènes de manifestations en Europe le mois dernier. Il est à noter que la seule chose qui manquait des manifestations inspirées des “casques blancs” en Europe, fut un décor de fond de ville en ruines et les piles de gravas pour y “enfouir” les acteurs. Réseau international
 Nous sommes bouleversés par cet acte et nous constatons que nos avertissements concernant la venue incontrôlée de centaines de milliers de jeunes hommes issus de cultures islamo-patriarcales sont qualifiés de populistes.  Jörg Meuthen (Alternative pour l’Allemagne)
 Cette victime et beaucoup d’autres auraient pu être évitées, si [leur] pays avait été préparé aux dangers qui vont de pair avec une immigration massive. Rainer Wendt (syndicat policier DPolG)
Nous devons éviter que ces faits épouvantables alimentent la haine. (…) De tels meurtres odieux existaient bien avant que le premier réfugié venu d’Afghanistan ou de Syrie n’arrive » en Allemagne. Sigmar Gabriel (ministre de l’économie, vice-chancelier et président du Parti social-démocrate)
De tels délits sont évidemment dramatiques et doivent faire l’objet de poursuites. (…) Mais, pour autant, il ne faut pas tirer des conclusions sur l’ensemble d’un groupe. Angela Merkel
The White House response to the Syrian crisis has been worse than inaction. With the nuclear deal—the altar on which Mr. Obama sacrificed Syria and America’s traditional Middle East alliances—Washington is actively lending power and prestige to the butchers of Aleppo. Take the Boeing sale. Under Mr. Obama’s nuclear deal, the U.S. authorized the “transfer to Iran of commercial passenger aircraft for exclusively civil aviation end-use.” Some Iranian airlines, such as Mahan Air, remain sanctioned by the U.S. Treasury even after the deal. But Iran Air was de-sanctioned, notwithstanding Treasury’s determination in 2011 that it provides “material support and services” to the Islamic Revolutionary Guards Corps, or IRGC. Boeing’s deal with the mullahs is perfectly legal, in other words, even though the line between civil aviation and military activity in Iran is blurry. Passenger airlines have for years played a central role in Tehran’s efforts to supply the embattled Assad regime and other terrorist proxies with men and materiel—what Foundation for Defense of Democracies expert Emanuele Ottolenghi calls the regime’s “Syrian airlift.” The typical route runs from various Iranian cities to a suspected IRGC hub in Abadan, Iran, and from there to Damascus. Usually, it has been Mahan that flies this route. But publicly available tracking information suggests that Iran Air aircraft have flown it as recently as October. In many of these cases, the actual routes Iran Air flies differ from those associated with the listed flight numbers. Even if Iran Air never uses its jets for the Syrian airlift, the fresh supply of planes would benefit the Assad regime and other Iranian proxies. New parts, services and seats would reduce the pressure on Iranian aviation and improve overall efficiency. (…) The nuclear deal does bar Iran Air from using the jets for noncivil aviation purposes or transferring them to Treasury-sanctioned entities such as Mahan. Under the relevant provision, Washington can withdraw or deny export licenses down the road if it concludes that the aircraft “have been used for purposes other than exclusively civil aviation end-use.” Text is one thing and real-world enforcement another. The U.S. Treasury last May sanctioned nine aircraft associated with Mahan Air, on the grounds that the airline helps the IRGC “ferry operatives, weapons, and funds in support of the Asad regime.” (…) Many of the jets are still airborne today. (…) Once Boeing transfers the purchased aircraft to Iran Air, there is very little the U.S. government can do to control the end-use. The incoming Trump administration has so far kept mum. In the coming weeks Boeing will appeal to Donald Trump’s commitment to boosting manufacturing employment to win support for the sale, pressure the president-elect will have to weigh against his oft-stated opposition to the nuclear deal. Sohari Ahmari
Obama will go down as the only president in history to spend eight years vociferously criticizing both his predecessor and his successor. According to Obama, nearly every problem facing the nation, even in the eighth year of his presidency, can be ascribed to George W. Bush. The remainder can be blamed on Donald Trump. That is quite the legacy… Liz Peek
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
L’une des causes de ce désarroi doit être cherchée dans la guerre psychologique que Moscou mène contre les Occidentaux depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. (…) Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. Aussi devons-nous avant tout nous débarrasser de cette culpabilité débilitante, à tous les sens du terme. Nous devons nous rappeler comment Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir, par la provocation et une guerre menée contre des citoyens russes. Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. (…) Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Tant que demeurera une Europe indépendante alliée aux Etats-Unis, la Russie se sentira encerclée. La réalisation des prétendus intérêts de sécurité russes passe par l’asservissement par cercles successifs de tous ses voisins occidentaux et méridionaux. Le plus tôt nous verrons clair dans cette logique paranoïaque de Moscou, le plus tôt nous pourrons imaginer des remèdes. Mais encourager le malade dans sa folie ne sert à rien. Et croire qu’il guérira sans une épreuve de réalité est illusoire. Françoise Thom
Ces derniers mois, les dominos tombent les uns après les autres : presque tous les scrutins tenus dans le monde occidental et l’espace postsoviétique donnent le résultat voulu par le Kremlin. Référendum néerlandais sur l’accord d’association avec l’Ukraine, Brexit, élection de Trump, victoire du parti du Centre prorusse en Estonie, élection du prorusse Dodon en Moldavie, du prorusse Rumen Radev en Bulgarie, victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite : la liste s’allonge quotidiennement. La patiente stratégie de prise de contrôle des élites et des opinions étrangères par le Kremlin, lancée depuis l’arrivée aux commandes en 2000 de l’équipe du KGB autour de Poutine, commence à porter ses fruits. Les méthodes sont simples et calquées sur celles qui ont fait leurs preuves en Russie pour obtenir la mise au pas du pays : compilation de dossiers compromettants sur les personnalités qui comptent, corruption, chantage, promesses d’avancement voire de propulsion au pouvoir, contrôle des médias (par les mêmes procédés), contrôle des thèmes de propagande. Les méthodes de mise sous influence de l’opinion ont été affinées à partir de 2014 avec une utilisation massive des réseaux sociaux, et là encore l’application des techniques éprouvées qui permettent au régime poutinien de manipuler l’opinion russe : excitation constante des émotions, à commencer par la haine et la peur ; bombardement radioactif de faits divers, souvent falsifiés ; développement de ce qu’on peut appeler une « conscience apocalyptique » autour du mythe de la « fin de l’Occident », qui conditionne les populations à consentir à l’abandon des libertés et leur fait souhaiter l’avènement d’une forte poigne. Tout cela débranche l’esprit critique et engendre l’indifférence à la vérité. La France est travaillée en profondeur par la propagande du Kremlin depuis des années. Au point que le danger que représente la Russie est totalement absent du débat électoral. Surtout pas de retour à la guerre froide, nous dit la Russie, nous faisant oublier que la guerre froide a commencé quand les Occidentaux ont cessé de céder à Staline et que nous lui devons notre liberté. (…) l’Etat russe, tout entier adonné à un projet de puissance (…) consacre l’essentiel de son budget à l’armée et aux services spéciaux, qui teste quotidiennement les défenses des pays de l’Alliance Atlantique (OTAN), qui entretient chez lui une psychose de guerre chronique, qui, à l’étranger, a déployé un prodigieux réseau d’agents, bien supérieur en nombre à celui existant pendant la guerre froide. Un Etat qui a déjà dépecé deux de ses voisins et qui ne dissimule même plus sa prétention à dicter l’issue des scrutins tenus sur le continent européen. Un Etat qui, à l’évidence, nourrit un projet de vassalisation du Vieux Continent : car le déclin continu de l’économie russe rend indispensable à Moscou la mainmise sur les ressources financières et technologiques de l’Europe. Un précédent gouvernement français de droite a déjà donné la preuve de son aveuglement en secondant l’entreprise de modernisation de l’armée russe à partir de 2009, au moment où le démembrement de l’Etat géorgien aurait dû lui ouvrir les yeux sur les ambitions du Kremlin. L’encouragement alors donné à Moscou est la cause directe de la guerre russo-ukrainienne, quand Poutine s’imagine que l’Occident ne réagira pas à l’annexion de la Crimée et des provinces orientales de l’Ukraine. (…) Nos souverainistes, si sourcilleux de notre indépendance quand il s’agit des Etats-Unis, s’alignent sans états d’âme sur les positions du Kremlin, même les plus scandaleuses, comme on l’a vu à droite et à gauche au moment de la guerre hybride contre l’Ukraine. (…) Alors qu’en Europe ils présentent la Russie comme le rempart de la chrétienté contre l’islam, les mêmes hommes tiennent à leurs interlocuteurs musulmans un discours opposé, les exhortant à une solidarité entre traditionalistes contre les « valeurs occidentales ». Si notre droite souhaite réellement revenir aux vertus qui ont fait le rayonnement de l’Occident, elle doit se souvenir que parmi elles on trouve en bonne place le respect de la vérité, la recherche du bien commun, le sentiment du droit et de l’honneur. La Russie poutinienne, avec son culte de la force brutale, sa passion du mensonge, travaille depuis des années à nous faire oublier ces vertus après les avoir effacées chez elle. Françoise Thom
Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS. En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur. Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français. Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues. De manière révélatrice, Dominique de Villepin a déclaré devant le parlement que la mission française était de mettre en échec « le libéralisme anglo-saxon ». Comme la plupart de leurs interlocuteurs arabes, les dirigeants français estiment plus urgent de se dresser contre les Etats-Unis, même quand ils ont raison, que de mettre en chantier les réformes qui permettraient de sauver leur Etat de la faillite. (…) Les observateurs étrangers s’interrogent sur les causes de la folie française. Au moment où la fragilité de l’Etat français devient perceptible pour tous, en l’absence de toute défense européenne crédible, est-il vraiment prudent de rompre avec notre allié américain, au point que celui-ci nous considère maintenant comme un ennemi ? (…) La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l’ »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation. On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. François Thom (2003)
La vérité qui dérange, (…) c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte. L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale. (…) Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits. (…) Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes. Arnaud Leparmentier (Le Monde)
L’étude de l’islam en France conduite par l’Institut Montaigne (…) devrait aussi conduire à une révision considérable des politiques publiques. Son résultat fracassant est que l’islam est utilisé pour une large fraction de la population musulmane jeune, 28% ou 12% selon ce qu’on compte, «comme l’outil de rébellion contre la société française et l’occident en général», conclut l’auteur Hakim El Karoui. Je souligne que 28% ou 12% ce n’est pas du tout pareil, il faudrait savoir! Mais dans les deux cas, c’est très grave pour les responsables de l’islam de voir leur religion utilisée comme un outil de révolte. C’est très grave pour les dirigeants politiques de voir que cette rébellion ne régresse pas, tout à l’inverse. Elle s’étend pour beaucoup de raisons fondamentales, économiques et géopolitiques (les conflits du Moyen-Orient), qui dépassent la France de loin. (…) Aujourd’hui, explique l’étude, «environ 60% des 1029 enquêtés considèrent que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile au collège et au lycée». On a lu: 60%. Et il y a pire pour les tolérants: «Contrairement à l’opinion dominante qui voudrait que les hommes soient plus conservateurs que les femmes, le port du voile est rejeté par 26% des hommes mais seulement par 18% des femmes (…) Ces résultats témoignent d’une adhésion idéologique d’une part importante de la population féminine musulmane au port du voile, allant jusqu’à l’acceptation du voile intégral (pour 28 % des femmes)». Le voile est un outil de révolte ou, plus pacifiquement, l’affichage d’une «fierté islamiste». Dans ce cadre, on comprend pourquoi l’interdire renforce la volonté de le porter. (…) Nous allons vers de plus en plus de difficultés d’intégration pas vers de moins en moins. «On peut le déplorer, s’en féliciter, vouloir le combattre ou le respecter, ce fait social est bien réel. Il faut le traiter, dans le contexte qui est le nôtre -celui d’une violence terroriste et sans limite perpétrée au nom de l’islam, qui rend angoissant pour une majorité de Français le mouvement d’affirmation identitaro-religieux voire théologico- politique qui est à l’œuvre». Eric Le Boucher
Alain Finkielkraut a défini un jour le politiquement correct comme le fait de ne pas voir ce qu’on montre. Le traitement de l’étude sur les musulmans de France réalisée par l’Institut Montaigne sous la direction de Hakim El Karoui et publiée hier par le JDD nous en a fourni un exemple éclatant. On dirait que les médias se sont concertés pour tenter de planquer la réalité sous des titres lénifiants. « Musulmans de France, l’enquête qui surprend », annonçait le JDD à sa « une ». « L’enquête qui terrifie » aurait été un titre plus adapté. C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un travail aussi sérieux tente d’établir un portrait idéologique et culturel des musulmans de France (trois quarts de Français, un quart d’étrangers). On se disait bien qu’une partie d’entre eux avait quitté le monde commun – ou n’y avait jamais résidé – mais on pouvait encore espérer qu’il s’agissait d’une infime minorité. Or, on apprend que 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République. Oui, vous avez bien lu : près d’un tiers des musulmans vivant dans notre pays vivent mentalement dans une tout autre contrée. Un tiers sur une population estimée (à la baisse) entre 3 et 4 millions, ça fait un million de personnes, souvent jeunes. Combien seront-ils, dans dix ans, à être passés de la charia au djihad ? Seulement 1 %, soit “seulement” 10 000 ? Voilà qui rassurera certainement les 70 à 80 % de Français que l’islam inquiète. (…) douze ans après le vote de la loi interdisant les signes religieux à l’école, 60 % des personnes interrogées estiment que les filles devraient pouvoir porter le voile à l’école ; 48 % pensent qu’on doit pouvoir affirmer son identité religieuse au travail ; 58 % des hommes et 70 % des femmes sont favorables au port du voile – hijab. Autrement dit, même au sein de la majorité que l’on dit intégrée, on n’entend pas renoncer à ce signe de rupture avec le modèle français qu’est la dissimulation du corps féminin. Les promoteurs de l’étude espéraient sans doute que la réalité scientifiquement établie permettrait de trancher le cou des fantasmes sur l’islam. Or, la réalité se révèle pire que les fantasmes. Comment « déradicalisera-t-on » les 20 % de musulmans et 28 % de musulmanes qui, dans notre pays,  approuvent le port de la burqa ? Combien de générations faudra-t-il pour les convaincre qu’une femme libre n’est pas souillée par le regard d’un homme ? Ces questions ne seront évidemment pas posées, comme le montre le titre hilarant du Monde sur le sujet : « Les musulmans de France, une population jeune et diverse ». Les perroquets du tout-info et tous les autres fossoyeurs du réel s’emploient déjà à expliquer qu’on a mal compris : l’intégration progresse. Quant à ceux pour qui elle ne progresse pas, ils sont révoltés plus que musulmans. Fort bien. Et qu’est-ce qu’on fait, avec tous ces révoltés ? Elisabeth Lévy

Après le leadership par l’arrière, les menaces de représailles rétroactives !

« Référendum néerlandais sur l’accord d’association avec l’Ukraine, Brexit, élection de Trump, victoire du parti du Centre prorusse en Estonie, élection du prorusse Dodon en Moldavie, du prorusse Rumen Radev en Bulgarie, victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite » …

A l’heure où après huit années de reculades, le plus rapide prix Nobel de l’histoire et prétendu leader du Monde libre nous fait le coup des menaces de représailles rétroactives …

Pendant qu’après lui avoir concédé contre l’avis de son propre Congrès le droit à l’arme nucléaire, ses entreprises comme les nôtres s’apprêtent à fournir à l’Etat voyou et terroriste isranien les avions pour soutenir ses divers affidés de par le monde Syrie comprise …

Qui écoute les avertissements depuis des années de l’historienne Françoise Thom …

Sur la véritable entreprise de vassalisation que mène contre l’Europe l’ex-kégébiste de Moscou depuis son arrivée au pouvoir il y a une quinzaine d’années ?

Mais aussi qui rappelle avec l’essayiste britannique Melanie Philips

Tant la passivité d’Obama qui, sans parler de la militarisation par la Chine d’ilôts entiers au large de ses côtes, a rendu possible la mise à feu et à sang du Moyen-Orient par Poutine et ses alliés iraniens et turcs

Qu’entre théâtre de propagande urbaine et appels au califat dans nos rues ou celles d’Alep …

Ou de déni de l’évidence ou désilluminations de Tour Eiffel

La chariarisation, qui avance, de nos esprits ?

« La France subit la propagande du Kremlin depuis des années »

La vassalisation de l’Europe est en cours, d’après la spécialiste de la Russie, Françoise Thom. Une entreprise menée de longue date depuis Moscou et qui commence à porter ses fruits scrutin après scrutin.

Françoise Thom (Historienne, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne)

Le Monde

23.11.2016 

Ces derniers mois, les dominos tombent les uns après les autres : presque tous les scrutins tenus dans le monde occidental et l’espace postsoviétique donnent le résultat voulu par le Kremlin. Référendum néerlandais sur l’accord d’association avec l’Ukraine, Brexit, élection de Trump, victoire du parti du Centre prorusse en Estonie, élection du prorusse Dodon en Moldavie, du prorusse Rumen Radev en Bulgarie, victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite : la liste s’allonge quotidiennement.

La patiente stratégie de prise de contrôle des élites et des opinions étrangères par le Kremlin, lancée depuis l’arrivée aux commandes en 2000 de l’équipe du KGB autour de Poutine, commence à porter ses fruits.

Les méthodes sont simples et calquées sur celles qui ont fait leurs preuves en Russie pour obtenir la mise au pas du pays : compilation de dossiers compromettants sur les personnalités qui comptent, corruption, chantage, promesses d’avancement voire de propulsion au pouvoir, contrôle des médias (par les mêmes procédés), contrôle des thèmes de propagande.

Les méthodes de mise sous influence de l’opinion ont été affinées à partir de 2014 avec une utilisation massive des réseaux sociaux, et là encore l’application des techniques éprouvées qui permettent au régime poutinien de manipuler l’opinion russe : excitation constante des émotions, à commencer par la haine et la peur ; bombardement radioactif de faits divers, souvent falsifiés ; développement de ce qu’on peut appeler une « conscience apocalyptique » autour du mythe de la « fin de l’Occident », qui conditionne les populations à consentir à l’abandon des libertés et leur fait souhaiter l’avènement d’une forte poigne. Tout cela débranche l’esprit critique et engendre l’indifférence à la vérité.

La dangerosité de la Russie, absente du débat électoral

La France est travaillée en profondeur par la propagande du Kremlin depuis des années. Au point que le danger que représente la Russie est totalement absent du débat électoral. Surtout pas de retour à la guerre froide, nous dit la Russie, nous faisant oublier que la guerre froide a commencé quand les Occidentaux ont cessé de céder à Staline et que nous lui devons notre liberté.

Le pouvoir de Poutine a considérablement appauvri la majorité des Russes, forcé des millions d’entre eux à choisir l’exil, imposé au reste une propagande abrutissante charriant la haine et le mensonge

Or qu’avons-nous aujourd’hui ? Une Europe désarmée, divisée et démoralisée. Une Amérique tentée par l’égoïsme national et l’isolationnisme. En face, l’Etat russe, tout entier adonné à un projet de puissance, qui consacre l’essentiel de son budget à l’armée et aux services spéciaux, qui teste quotidiennement les défenses des pays de l’Alliance Atlantique (OTAN), qui entretient chez lui une psychose de guerre chronique, qui, à l’étranger, a déployé un prodigieux réseau d’agents, bien supérieur en nombre à celui existant pendant la guerre froide.

Un Etat qui a déjà dépecé deux de ses voisins et qui ne dissimule même plus sa prétention à dicter l’issue des scrutins tenus sur le continent européen. Un Etat qui, à l’évidence, nourrit un projet de vassalisation du Vieux Continent : car le déclin continu de l’économie russe rend indispensable à Moscou la mainmise sur les ressources financières et technologiques de l’Europe.

Aveuglement

Un précédent gouvernement français de droite a déjà donné la preuve de son aveuglement en secondant l’entreprise de modernisation de l’armée russe à partir de 2009, au moment où le démembrement de l’Etat géorgien aurait dû lui ouvrir les yeux sur les ambitions du Kremlin.

L’encouragement alors donné à Moscou est la cause directe de la guerre russo-ukrainienne, quand Poutine s’imagine que l’Occident ne réagira pas à l’annexion de la Crimée et des provinces orientales de l’Ukraine. Une France gouvernée par le « parti russe » devra s’associer aux aventures militaires du Kremlin, devenir son instrument dans l’achèvement de la désagrégation de l’Europe et de l’OTAN.

Après la victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite, une publication russe titrait « Le Trump français fera éclater l’Europe ». Est-ce vraiment un ordre international où règne la loi du plus fort que nous souhaitons ? La Russie n’en reconnaît pas d’autre.

Nos souverainistes, si sourcilleux de notre indépendance quand il s’agit des Etats-Unis, s’alignent sans états d’âme sur les positions du Kremlin, même les plus scandaleuses, comme on l’a vu à droite et à gauche au moment de la guerre hybride contre l’Ukraine.

Culte de la force brutale

Et qu’obtiendrons-nous en échange de notre entrée dans l’orbite russe ? Le pouvoir de Poutine a considérablement appauvri la majorité des Russes, forcé des millions d’entre eux à choisir l’exil, imposé au reste une propagande abrutissante charriant la haine et le mensonge. Et c’est dans ce pays que notre droite cherche son inspiration ?

Aujourd’hui, elle croit se ressourcer dans les « valeurs traditionnelles » brandies par Moscou. Elle ne comprend pas le fondement de la propagande russe : les idées ne sont mises en avant que de manière instrumentale par les hommes du Kremlin, pour favoriser la réalisation de leurs objectifs de puissance.

Alors qu’en Europe ils présentent la Russie comme le rempart de la chrétienté contre l’islam, les mêmes hommes tiennent à leurs interlocuteurs musulmans un discours opposé, les exhortant à une solidarité entre traditionalistes contre les « valeurs occidentales ». Si notre droite souhaite réellement revenir aux vertus qui ont fait le rayonnement de l’Occident, elle doit se souvenir que parmi elles on trouve en bonne place le respect de la vérité, la recherche du bien commun, le sentiment du droit et de l’honneur.

La Russie poutinienne, avec son culte de la force brutale, sa passion du mensonge, travaille depuis des années à nous faire oublier ces vertus après les avoir effacées chez elle. Car, tant qu’elles subsistent, la fusion de l’Europe avec l’Union eurasienne de Poutine ne pourra s’accomplir.

Françoise Thom

Historienne, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne

Voir aussi:

Aleppo, virtue-signalling and myopia

The hand-wringing by western politicians and commentators over the appalling humanitarian catastrophe in Aleppo reveals something far worse even than the nauseating virtue-signalling of pointlessly blaming themselves for having decided not to bomb Syrian President Assad’s forces. It reveals they still don’t understand just how morally culpable they actually are.

The current breast-beating is all about how the US and Britain made a terrible mistake in not bombing Assad’s forces years ago in this dreadful war.

But the issue that made them back away was valid then and remains valid now: that those who might come to power if Assad were removed would be as bad, if not worse, for both the Syrian people and the rest of the world.

People were, however, totally missing the point then just as they are doing now. Assad is the puppet of the Iranian regime whose infernal purposes, in gaining regional power in order to perpetrate genocide against Israel and jihadi terrorism against the west, he dutifully serves. Iran needs Assad in power. Without Iran, Assad would not be committing these atrocities. To stop him, the west needs to stop Iran.

In July 2013, I said on BBC TV’s Question Time that to deal with Assad Iran needed to be neutralised. I didn’t specify the means; had I been given the opportunity, I would have said that whether by diplomatic isolation, effective sanctions, support for Iranian dissidents or in the last resort military force the threat from the Iranian regime had to be stopped. Look here, though, at the reaction I received from both the studio audience and one Boris Johnson, then Mayor of London and now Britain’s Foreign Secretary:

The hand-wringing over the involvement by Russia’s President Putin, who is providing Assad with the military might to crush the Syrian people, also totally misses the point. Putin has merely stepped into the vacuum left by the collapse of western power and resolve in the world. The Obama administration ended America’s historic role in defending western interests in the developing world. Instead it empowered the west’s enemies, principally Iran, and infamously promoted a supposed “reset” with Russia – which Putin unsurprisingly took as a green light to stomp all over any territory useful to his imperial ambitions.

It was the US, UK and EU which between them empowered Iran and turned Russia into the most powerful kid on the block. The slaughter in Syria is the result.

Voir également:

Musulmans de France, l’enquête qui fait peur
28% des sondés pour la charia
Elisabeth Lévy
Causeur.
19 septembre 2016

Alain Finkielkraut a défini un jour le politiquement correct comme le fait de ne pas voir ce qu’on montre. Le traitement de l’étude sur les musulmans de France réalisée par l’Institut Montaigne sous la direction de Hakim El Karoui et publiée hier par le JDD nous en a fourni un exemple éclatant. On dirait que les médias se sont concertés pour tenter de planquer la réalité sous des titres lénifiants. « Musulmans de France, l’enquête qui surprend », annonçait le JDD à sa « une ». « L’enquête qui terrifie » aurait été un titre plus adapté.

28% de fans de la charia
C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un travail aussi sérieux tente d’établir un portrait idéologique et culturel des musulmans de France (trois quarts de Français, un quart d’étrangers). On se disait bien qu’une partie d’entre eux avait quitté le monde commun – ou n’y avait jamais résidé – mais on pouvait encore espérer qu’il s’agissait d’une infime minorité. Or, on apprend que 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République. Oui, vous avez bien lu : près d’un tiers des musulmans vivant dans notre pays vivent mentalement dans une tout autre contrée. Un tiers sur une population estimée (à la baisse) entre 3 et 4 millions, ça fait un million de personnes, souvent jeunes. Combien seront-ils, dans dix ans, à être passés de la charia au djihad ? Seulement 1 %, soit “seulement” 10000 ? Voilà qui rassurera certainement les 70 à 80 % de Français que l’islam inquiète.

La réalité se révèle pire que les fantasmes
On pourrait se réjouir de ce que 70 % des musulmans vivant dans notre pays soient devenus des laïques comme les autres. « Deux tiers des musulmans pensent que la laïcité permet de vivre librement sa religion », affirme Hakim El Karoui. Alors, il doit y avoir maldonne sur le sens du mot laïcité.  En effet, douze ans après le vote de la loi interdisant les signes religieux à l’école, 60 % des personnes interrogées estiment que les filles devraient pouvoir porter le voile à l’école ; 48 % pensent qu’on doit pouvoir affirmer son identité religieuse au travail ; 58 % des hommes et 70 % des femmes sont favorables au port du voile – hijab. Autrement dit, même au sein de la majorité que l’on dit intégrée, on n’entend pas renoncer à ce signe de rupture avec le modèle français qu’est la dissimulation du corps féminin.

Les promoteurs de l’étude espéraient sans doute que la réalité scientifiquement établie permettrait de trancher le cou des fantasmes sur l’islam. Or, la réalité se révèle pire que les fantasmes. Comment « déradicalisera-t-on » les 20 % de musulmans et 28 % de musulmanes qui, dans notre pays,  approuvent le port de la burqa ? Combien de générations faudra-t-il pour les convaincre qu’une femme libre n’est pas souillée par le regard d’un homme ?

Ces questions ne seront évidemment pas posées, comme le montre le titre hilarant du Monde sur le sujet : « Les musulmans de France, une population jeune et diverse ». Les perroquets du tout-info et tous les autres fossoyeurs du réel s’emploient déjà à expliquer qu’on a mal compris : l’intégration progresse. Quant à ceux pour qui elle ne progresse pas, ils sont révoltés plus que musulmans. Fort bien. Et qu’est-ce qu’on fait, avec tous ces révoltés ?

Alain Finkielkraut a défini un jour le politiquement correct comme le fait de ne pas voir ce qu’on montre. Le traitement de l’étude sur les musulmans de France réalisée par l’Institut Montaigne sous la direction de Hakim El Karoui et publiée hier par le JDD nous en a fourni un exemple éclatant. On dirait que les médias se sont concertés pour tenter de planquer la réalité sous des titres lénifiants. « Musulmans de France, l’enquête qui surprend », annonçait le JDD à sa « une ». « L’enquête qui terrifie » aurait été un titre plus adapté.

28% de fans de la charia

C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un travail aussi sérieux tente d’établir un portrait idéologique et culturel des musulmans de France (trois quarts de Français, un quart d’étrangers). On se disait bien qu’une partie d’entre eux avait quitté le monde commun – ou n’y avait jamais résidé – mais on pouvait encore espérer qu’il s’agissait d’une infime minorité. Or, on apprend que 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République. Oui, vous avez bien lu : près d’un tiers des musulmans vivant dans notre pays vivent mentalement dans une tout autre contrée. Un tiers sur une population estimée (à la baisse) entre 3 et 4 millions, ça fait un million de personnes, souvent jeunes. Combien seront-ils, dans dix ans, à être passés de la charia au djihad ? Seulement 1 %, soit “seulement” 10000 ? Voilà qui rassurera certainement les 70 à 80 % de Français que l’islam inquiète.

La réalité se révèle pire que les fantasmes

On pourrait se réjouir de ce que 70 % des musulmans vivant dans notre pays soient devenus des laïques comme les autres. « Deux tiers des musulmans pensent que la laïcité permet de vivre librement sa religion », affirme Hakim El Karoui. Alors, il doit y avoir maldonne sur le sens du mot laïcité.  En effet, douze ans après le vote de la loi interdisant les signes religieux à l’école, 60 % des personnes interrogées estiment que les filles devraient pouvoir porter le voile à l’école ; 48 % pensent qu’on doit pouvoir affirmer son identité religieuse au travail ; 58 % des hommes et 70 % des femmes sont favorables au port du voile – hijab. Autrement dit, même au sein de la majorité que l’on dit intégrée, on n’entend pas renoncer à ce signe de rupture avec le modèle français qu’est la dissimulation du corps féminin.

Les promoteurs de l’étude espéraient sans doute que la réalité scientifiquement établie permettrait de trancher le cou des fantasmes sur l’islam. Or, la réalité se révèle pire que les fantasmes. Comment « déradicalisera-t-on » les 20 % de musulmans et 28 % de musulmanes qui, dans notre pays,  approuvent le port de la burqa ? Combien de générations faudra-t-il pour les convaincre qu’une femme libre n’est pas souillée par le regard d’un homme ?

Ces questions ne seront évidemment pas posées, comme le montre le titre hilarant du Monde sur le sujet : « Les musulmans de France, une population jeune et diverse ». Les perroquets du tout-info et tous les autres fossoyeurs du réel s’emploient déjà à expliquer qu’on a mal compris : l’intégration progresse. Quant à ceux pour qui elle ne progresse pas, ils sont révoltés plus que musulmans. Fort bien. Et qu’est-ce qu’on fait, avec tous ces révoltés ?

Voir de plus:

Frédéric Pichon : «Notre focalisation sur Daech nous fait oublier les autres djihadistes en Syrie»

  • Alexis Feertchak
  • Le Figaro
  • 30/11/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Alors que le régime de Bachar al-Assad semble gagner la bataille d’Alep et se renforcer politiquement, le spécialiste du Moyen-Orient met en garde contre la constitution en Syrie du «djihadistan» d’Idleb certes anarchique mais dominé par l’ex-Front al-Nosra.

Frédéric Pichon est un géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur d’une thèse de doctorat sur la Syrie et chercheur associé à l’Université de Tours, il a publié Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (co-aut., éd. PUF, 2012) et Syrie: Pourquoi l’Occident s’est trompé (éd. Éditions du Rocher, 2014).


FIGAROVOX. – La poche des rebelles à l’Est d’Alep se réduit chaque jour davantage face aux assauts de l’Armée syrienne appuyée notamment par l’aviation russe. Le sort de la bataille d’Alep est-il scellé?

Frédéric PICHON. – Pour le moment, l’assaut des forces loyalistes est parvenu à couper en deux la zone rebelle d’Alep, grâce essentiellement aux troupes d’élite de l’armée syrienne. Symboliquement c’est très important pour Damas, car cela atténue l’implication des alliés étrangers dans la bataille d’Alep, exception faite des Russes dont l’aviation a été décisive. Il reste plus au sud une zone étendue dans laquelle sont encore piégés des milliers de civils et les éléments armés qui contrôlent cet espace. Est ce la fin? L’offensive loyaliste à eu un impact majeur sur le moral des combattants. De plus en raison de l’encerclement complet des poches restantes et de la fin du soutien turc en armes et combattants, il est probable que le sort de la bataille d’Alep soit scellé, comme je l’avais annoncé il y a un mois. Les Russes se tiennent d’ailleurs en embuscade et sont en train de négocier des trêves avec les chefs rebelles. Selon un scenario déjà éprouvé à Homs, ils vont probablement leur proposer une sortie honorable en direction d’Idleb.

De nombreux civils d’Alep Est se sont réfugiés dans la zone de la ville contrôlée par le régime de Bachar al-Assad. Que dire de la situation humanitaire dans l’ancienne capitale économique de la Syrie?

Oui, très pudiquement, alors même que l’OSDH le mentionnait, les médias occidentaux se sont bien gardés de mentionner que l’immense majorité des civils qui ont fui (sans doute déjà plus de 50000) l’ont fait vers les zones loyalistes de l’Ouest d’Alep ou vers le quartier kurde de Sheikh Maqsoud. Pour les milliers de civils encore bloqués à l’Est, les conditions sont en train de se dégrader, si bien qu’on peut penser qu’il y aura des flux massifs dans les jours qui viennent. De ce point de vue, la stratégie des rebelles qui ont tout fait pour empêcher la fuite des civils semble être un échec. Et c’est bien évidemment le calcul du gouvernement syrien qui fait tout pour leur rendre la vie impossible. C’est le scenario prévisible que va connaître Mossoul dans les semaines à venir. La guerre urbaine est la pire des guerres, l’ «ultime champ de bataille» pour reprendre le titre d’un ouvrage récent.

Quelles conséquences politiques pour Damas, Moscou et Téhéran auraient une reprise d’Alep?

Alep aurait pu devenir dès 2012 la capitale de l’opposition islamiste à Bachar al-Assad. Mais la sociologie de la ville a empêché que l’assaut depuis l’extérieur mené par les rebelles puisse déboucher sur un contrôle total de la ville. L’immense majorité des Alépins a continué de vivre sous le contrôle de l’administration de Damas. Avec la reprise d’Alep Est, Damas montrerait sa capacité à tenir un territoire qui est viable économiquement et surtout sans problème de continuité territoriale le long d’un axe longitudinal qui va du Sud de la province de Sweida jusqu’à Alep. Un territoire où vivraient encore plus de 60% de la population totale de la Syrie. Politiquement, Moscou se pose en acteur incontournable de la crise syrienne, sur lequel d’ailleurs Damas s’appuie bien plus que sur Téhéran. Désormais, c’est par Moscou que devront passer les initiatives politiques, tout le monde s’y résout: même les opposants en exil n’écartent pas une triangulation russe pour négocier l’avenir politique de la Syrie.

Quel est l’avenir des rebelles d’Idleb, à l’Ouest d’Alep? Assiste-t-on dans ce territoire à l’éclosion d’un djihadistan sous l’influence de l’ex-Front al-Nosra donc d’al-Qaïda?

La situation est confuse à Idleb car les groupes djihadistes présents ont la fâcheuse tendance à se déchirer ces dernières semaines. Sans soutien turc, la province d’Idleb n’est absolument pas viable. Lorsque les dernières ressources auront été prélevées par les seigneurs de la guerre, cela va tourner à l’anarchie. Mais ce qui est inquiétant, c’est que ce djihadistan est un problème pour nombre de pays, y compris le nôtre. Pour ne citer que la Chine, Pékin, à la suite de l’attentat qui a frappé son ambassade à Bichkek l’été dernier, a commencé à s’intéresser de plus près à ce territoire où se trouvent près de 2000 combattants du Parti Islamique du Turkestan, des Ouïghours, dotés d’armes performantes et qui tenteront à nouveau de frapper les Chinois depuis ce réduit. La Chine envisagerait ainsi de doter l’armée syrienne de drones armés, comme elle l’a déjà fait auprès de l’armée irakienne. Il faut noter que les Etats-Unis ont effectué plusieurs frappes dans cette province ces dernières semaines pour éliminer les cadres de Jabhat Fatah al Sham, ex Al Nosra. Avec l’aval bien évidemment de la chasse russe. Je crois que notre focalisation sur l’Etat Islamique nous fait perdre un peu de vue cette poche lourde de menaces.

L’opération turque au Nord de la Syrie se poursuit, notamment pour reprendre la ville d’Al-Bab aux mains de l’Etat islamique. Dans cette région, la rivalité est forte avec les Kurdes et l’armée syrienne. Quel est le jeu d’Ankara? Dans quelle mesure est-il libre vis-à-vis de Moscou?

La Turquie porte une responsabilité immense dans le chaos qui règne au Nord de la Syrie. Elle a aidé et encouragé les pires éléments islamistes depuis son territoire à seule fin d’empêcher la constitution d’une zone kurde à ses portes. L’objectif de renverser le «tyran Assad» apparaît de moins en moins sérieux avec le recul quand on constate les dérives mégalomaniaques du Président Erdogan. A présent, elle semble avoir reçu un message clair de Moscou et agit dans un cadre apparemment négocié par Poutine. On ne sait toujours pas quels sont les objectifs de la Turquie: constituer une zone tampon pour empêcher la constitution d’un Rojava (Kurdistan syrien autonome, ndlr.) auquels aspirent les Kurdes de Syrie? Eradiquer l’Etat Islamique (c’est plus douteux)? Dernièrement Erdogan a affirmé avoir comme objectif de renverser Assad. Ce n’est pas sérieux tant que les Russes seront là…

L’Etat islamique est sur la défensive en Irak, mais aussi en Syrie. Pourrait-on envisager une reprise rapide de leur capitale régionale, Raqqa?

Le problème de Raqqa, pour toutes les raisons évoquées plus haut est très compliqué à résoudre. Non pas tant tactiquement mais politiquement: il faudra attendre encore plusieurs semaines avant qu’un consensus international se dégage, issu de la fin de la bataille d’Alep ou même de Mossoul. Après, ce sera la course. En attendant, tout le monde avance ses pions: forces spéciales françaises, troupes turques, kurdes syriens, milices irakiennes venues de l’est. Quant aux avions de la Coalition, ils devront aussi se coordonner avec les Russes ou les Syriens. Mais c’est encore trop tôt.

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En Syrie les “casques blancs” pris la main dans le sac de la mise en scène

La “Défense Civile Syrienne” financée par les Etats-Unis et l’Europe plus connue sous le vocable des “Casques Blancs”, est de plus en plus démontrée être un des plus gros et des plus élaborés mensonges et tromperies de la propagande de guerre moderne occidentale. Se présentant comme à la fois “sauveteurs” de civils coincés dans de soi-disant bombardements russes en Syrie et “observateurs” des soi-disant “atrocités” commises contre les militants combattant le gouvernement syrien, les preuves se sont accumulées pour démontrer que cette entité est en fait complice des groupes militants islamistes incluant des groupes terroristes reconnus et aussi une agence de propagande occidentale.

En octobre de cette année, des manifestants en Europe ont facilement recréé virtuellement chaque scène de “sauvetage” montrée par les “casques blancs” simplement en se barbouillant de farine et de colorant rouge et en s’allongeant sur le sol de villes européennes. Partie prenante de la campagne “Sauver Alep”, les manifestants cherchèrent à amener la “réalité” du “travail” des “casques blancs” à une audience européenne. Mais ils l’ont peut-être fait de manière trop littérale, révélant par là-même que de nombreuses scènes filmées par les “casques blancs” en Syrie sont en fait arrangées et truquées et font partie d’un théâtre de propagande urbaine.

Dans une vraie situation de guerre, des bombardements laissent derrière eux un carnage indescriptible, avec des corps calcinés au delà de toute possibilité de reconnaissance, des membres arrachés, pantelants, des plaies ouvertes et des tas de chair sanguinolente. Les vidéos de ces “casques blancs” (NdT: rappelons-le financés à hauteur de millions d’euros par les Etats-Unis et l’UE…) ne représentent bizarrement aucune de ces dures réalités et au lieu de cela mettent le plus souvent en scène de la farine et des colorants sur des figurants, comme vus dans les scènes de manifestations en Europe le mois dernier.

Il est à noter que la seule chose qui manquait des manifestations inspirées des “casques blancs” en Europe, fut un décor de fond de ville en ruines et les piles de gravas pour y “enfouir” les acteurs.

Une vidéo récente partagée sur facebook par l’activiste syrienne Mimi Al Laham expose grandement cette farce avec l’inclusion de cette dernière caractéristique.

Ce qui apparaît être une vidéo des “casques blancs” est filmé dans un style technique connu sous le nom de “mannequin challenge”. Sur ce type de plan, les acteurs sont figés tandis que la caméra bouge autour d’eux pour un effet similaire d’une technique employée à Hollywood pour augmenter l’effet dramatique. Ceci a fait surface sur Youtube.

La vidéo commence avec trois hommes tentant de demeurer parfaitement immobiles alors que la caméra bouge autour d’eux. Les hommes posent dans des gravas d’un bâtiment effondré. Deux des hommes sont habillés en “casques blancs” et le 3ème homme est allongé au sol avec ses jambes partiellement ensevelies sous les gravas. Un effet son est ajouté à la bande son de manière évidente, son similaire de celui que nous pouvons entendre dans les films de guerre lorsqu’un personnage est choqué et ses oreilles sifflent et bourdonnent, juste avant que les personnages ne commencent à bouger et à crier, les volontaires commencent alors à “dégager” l’homme coincé qui feint des cris de douleurs.

A part le style du “mannequin challenge”, la vidéo n’est pas différente de toute celles inclues dans la “filmographie” des “casques blancs”. Comme toutes les “victimes” que les “casques blancs” ont “sauvées”, l’homme dans cette vidéo n’est manifestement pas blessé et est simplement couvert de poussière tout comme les manifestants en Europe étaient couverts de farine et juste comme toutes les “victimes” que les “casques blancs” ont “sauvé” en Syrie, le furent après les soi-disant bombardements.

De sérieuses questions éthiques se posent

Dans cette vidéo, les trois hommes sont indubitablement des acteurs. La “victime” a été manifestement et sans aucun doute intentionnellement et précautionneusement enfouie dans les gravas et non pas coincée en résultat d’un bombardement. Le fait que les deux autres acteurs soient complètement habillés des uniformes des “casques blancs”, acquis par les dizaines de millions d’euros fournis à l’organisation par les gouvernements occidentaux, révèle une violation potentiellement sérieuse de l’éthique, similaire aux violations du code d’éthique commises par des sauveteurs et médecins, réels eux, et qui utilisent leurs ressources et leur statut protégé à des fins politiques et militaires plutôt que pour leurs missions humanitaires réelles. (NdT: suivez notre regard….)

Les “casques blancs” sont peut-être la parfaite personnalisation de cette “opposition” syrienne. Une façade, une supercherie totalement créée par des intérêts étrangers pour diviser et détruire une nation entière, voire une région entière, tout en posant comme des héros de la “liberté”, de la “démocratie” et de la “cause humanitaire”. Pour toutes les autres ONG du monde recevant le financement des Etats-Unis et de l’UE (NdT: directement ou par procuration… USAID, NED etc…), elles devraient sérieusement considérer en quelle compagnie elles se retrouvent: celles de menteurs et de terroristes, d’acteurs qui se repaissent des bonnes intentions des gens à faire le bien tout en exploitant la misère dont ils sont eux-mêmes le plus souvent directement impliqués à créer.

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The Mullahs’ Syrian Airlift Gets a Boost

Boeing sells 80 aircraft to an Iranian regime that uses passenger jets to supply Bashar Assad. Thank Obama’s nuclear deal.

News of the sale came as the Syrian regime closed in on the last rebel positions in Aleppo. The United Nations reports that Bashar Assad’s forces are executing civilians in their homes and on the streets. At the Security Council on Tuesday, Samantha Power, America’s U.N. ambassador, raged at Syria and its Russian and Iranian patrons. “Are you truly incapable of shame?” she asked. She went on to compare the killing fields of Aleppo with ethnic cleansing in Rwanda and Srebrenica.

Moving stuff. But since Ayatollah Khamenei and Vladimir Putin don’t bend to stirring American oratory, the speech only served to highlight the Obama administration’s capacity for self-serving moralism. Ms. Power, for one, apparently can’t see how she now resembles the diplomats she pilloried in her book “A Problem From Hell: America and the Age of Genocide.” She is still playing the idealist in the age of the disappearing red line.

The White House response to the Syrian crisis has been worse than inaction. With the nuclear deal—the altar on which Mr. Obama sacrificed Syria and America’s traditional Middle East alliances—Washington is actively lending power and prestige to the butchers of Aleppo.

Take the Boeing sale. Under Mr. Obama’s nuclear deal, the U.S. authorized the “transfer to Iran of commercial passenger aircraft for exclusively civil aviation end-use.” Some Iranian airlines, such as Mahan Air, remain sanctioned by the U.S. Treasury even after the deal. But Iran Air was de-sanctioned, notwithstanding Treasury’s determination in 2011 that it provides “material support and services” to the Islamic Revolutionary Guards Corps, or IRGC.

Boeing’s deal with the mullahs is perfectly legal, in other words, even though the line between civil aviation and military activity in Iran is blurry. Passenger airlines have for years played a central role in Tehran’s efforts to supply the embattled Assad regime and other terrorist proxies with men and materiel—what Foundation for Defense of Democracies expert Emanuele Ottolenghi calls the regime’s “Syrian airlift.”

The typical route runs from various Iranian cities to a suspected IRGC hub in Abadan, Iran, and from there to Damascus. Usually, it has been Mahan that flies this route. But publicly available tracking information suggests that Iran Air aircraft have flown it as recently as October. In many of these cases, the actual routes Iran Air flies differ from those associated with the listed flight numbers.

Even if Iran Air never uses its jets for the Syrian airlift, the fresh supply of planes would benefit the Assad regime and other Iranian proxies. New parts, services and seats would reduce the pressure on Iranian aviation and improve overall efficiency. “You can’t insulate the activities of civil aviation from the nefarious ones,” says Mr. Ottolenghi. Boeing didn’t respond to multiple requests for comment.

The nuclear deal does bar Iran Air from using the jets for noncivil aviation purposes or transferring them to Treasury-sanctioned entities such as Mahan. Under the relevant provision, Washington can withdraw or deny export licenses down the road if it concludes that the aircraft “have been used for purposes other than exclusively civil aviation end-use.”

Text is one thing and real-world enforcement another. The U.S. Treasury last May sanctioned nine aircraft associated with Mahan Air, on the grounds that the airline helps the IRGC “ferry operatives, weapons, and funds in support of the Asad regime.” Mahan had a “blockable” interest in the nine aircraft, Treasury said, and identifying them would make it “more difficult for Iran to use deceptive practices to try to evade sanctions.”

Many of the jets are still airborne today. At least one of them flew to such destinations as Paris, Kuala Lumpur and Milan as recently as this week, according to publicly available flight-tracking information. Once Boeing transfers the purchased aircraft to Iran Air, there is very little the U.S. government can do to control the end-use.

The incoming Trump administration has so far kept mum. In the coming weeks Boeing will appeal to Donald Trump’s commitment to boosting manufacturing employment to win support for the sale, pressure the president-elect will have to weigh against his oft-stated opposition to the nuclear deal.

U.S. Rep. Peter Roskam (R., Ill.), who spearheads congressional opposition to the Boeing sale, tells me in a phone interview: “Boeing has never answered this question: How are you going to prevent the Iranian regime from using these [aircraft] to support the Assad regime?” Then again, aircraft manufacturers exist to sell aircraft. It is Obama-administration alumni who will live with the consequences.

Mr. Ahmari is a Journal editorial writer based in London.

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Gros contrat entre l’Iran et Boeing, Airbus devrait suivre

La compagnie aérienne IranAir a annoncé dimanche l’achat de 80 avions commerciaux Boeing – cinquante 737 et trente 777 -, un contrat sans précédent entre les Etats-Unis et l’Iran depuis la révolution de 1979.

Un accord entre l’Iran et le rival européen de Boeing, Airbus, portant sur l’achat de plus d’une cinquantaine d’appareils devrait suivre dans les prochains jours, a déclaré parallèlement un responsable iranien à Reuters.

L’accord avec Boeing, annoncé d’abord par l’agence de presse Irna et confirmé par l’avionneur américain, représente un investissement de 16,6 milliards de dollars (15,7 milliards d’euros) étalé sur dix ans, précise Irna qui ajoute qu’il a été validé par les autorités fédérales américaines.

Le directeur régional de Boeing, Fletcher Barkdull, se trouve à Téhéran pour la signature de ce contrat, précise Irna.

L’accord annoncé dimanche fait suite à un accord préliminaire conclu en juin et portant sur plus de 100 appareils, a précisé Boeing.

Les appareils restants devraient faire l’objet d’une location longue durée, a ajouté l’avionneur, qui dit avoir travaillé en étroite coordination avec les autorités américaines pendant les négociations.

Les Etats-Unis ont recommencé à émettre des licences autorisant la vente d’avions de ligne à l’Iran suite à la levée des sanctions internationales imposées contre le régime de Téhéran pour son programme nucléaire.

Boeing et Airbus ont ainsi reçu le feu vert des autorités américaines pour vendre à l’Iran plus de 100 avions chacun.

AIRBUS DEVRAIT LIVRER LE PREMIER

Même si Airbus est un groupe européen, l’aval de Washington est indispensable pour vendre des avions à l’Iran car au moins 10% des composants des appareils concernés proviennent des Etats-Unis.

L’accord avec Airbus, qui porte dans un premier temps sur environ la moitié des 118 avions ayant fait l’objet d’une commande provisoire en janvier, devrait être finalisé dans les deux prochains jours, a précisé le responsable iranien.

Les premiers avions à arriver en Iran devraient être européens. Les Airbus et les appareils turbopropulsés fabriqués par ATR, dont Airbus détient la moitié du capital, devraient être livrés en 2017, les livraisons d’Airbus ne commençant qu’en 2018, selon le même responsable.

« Airbus en est à un stade plus avancé en ce qui concerne les livraisons », a-t-il dit, ajoutant que l’accord signé dimanche avec Boeing devait encore faire l’objet de discussions sur son financement.

(Bureau de Dubai, avec Tim Hepher à Paris; Henri-Pierre André et Patrick Vignal pour le service français)

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Les représentants US votent contre les ventes d’avions à l’Iran

L’Orient le jour
19/11/2016
La Chambre américaine des représentants a adopté jeudi un projet de loi visant à interdire les ventes d’avions de ligne à l’Iran, cherchant ainsi à empêcher que soient honorés des contrats conclus par Boeing et Airbus, qui ont d’ores et déjà été approuvés par l’administration Obama.

Le texte a été adopté par 243 voix contre 174. La mesure interdirait au département du Trésor d’accorder les licences dont les banques américaines ont besoin pour financer la vente d’avions commerciaux. C’est là la dernière tentative en date des élus républicains du Congrès pour contrer l’accord international conclu entre l’Iran, les États-Unis et les autres grandes puissances sur son programme nucléaire, qui a eu pour conséquence la levée des sanctions internationales.
Les contrats conclus par Airbus et Boeing sur la vente ou la location de plus de 200 appareils à IranAir doivent aider l’Iran à moderniser et agrandir sa flotte d’avions vieillissante, entretenue bon an mal an grâce à des pièces obtenues en contrebande ou fabriquées de façon artisanale.
Le projet de loi a toutefois peu de chances d’être adopté sous la mandature actuelle. Il lui faudra encore faire l’objet d’un vote au Sénat, où il se heurtera à une vive opposition des démocrates. Et s’il venait à franchir cet obstacle, la Maison-Blanche a laissé entendre que Barack Obama opposerait son veto.
(Source : AFP)

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How Obama made Syria’s civil war much, much worse
Michael Brendan Dougherty
The Week
December 15, 2016

Aleppo has fallen. And much of the West is awash in a considerable amount of guilt over the Syrian city’s fate.

The Eiffel Tower was dark yesterday in honor of the victims of Bashar al-Assad’s regime in Aleppo. In Britain’s House of Commons, ministers grandly accused themselves of their own inaction. George Osborne, a conservative MP, said that there was « some hope for what might come out from this terrible tragedy in Syria, which is that we are beginning to learn the price of not intervening. »

The horror in Aleppo is easy to mourn, because the West is now so thoroughly not in a position to do anything to halt it, or to end the regime that inflicts it. Watchers in the West no longer have to consider the fact that preventing the horrifying situation in Aleppo would have meant creating many more horrifying scenes in Damascus with our own bombs and artillery, as the West fought a hugely costly war with the Syrian regime.

Decrying Aleppo’s fall is a freebie. We don’t have to consider who would have inherited a Western victory over Assad. As of two weeks ago, perhaps 8,000 to 10,000 rebel fighters were holed up under the constant weeks-long shelling of Aleppo. The majority of them were affiliated with al Qaeda’s Syria branches. Aleppo has its share of civilians who are sympathetic to the rebels and mortally terrified and imperiled by Assad’s regime. But those who escaped Aleppo earlier this year say that many other civilians are kept there as human shields and propaganda for the al Qaeda fighters who held the city.

The final siege of Aleppo is almost a shocking replay of the 1982 Hama massacre, committed by Hafez al-Assad, in which the Syrian militarily routed the opposition led by the Syrian branch of the Muslim Brotherhood. Now, as then, Sunni Islamist forces were crushed to secure the long term survival of the Assad dynasty.

Osborne and interventionists in the U.S. should not learn the wrong lesson from Aleppo’s fall. There was never a good plan from the West. The Spectator’s Freddy Gray described the interventionists’ 2013 thinking, and it is not flattering: « Bomb first, think later seemed to be the strategy, just as it was in Libya — and look how well that turned out. » Intervention in Syria was fantastically unpopular in Britain and America. That’s why the House of Commons, and later the U.S. Congress, ended up voting against it.

The Obama administration, although it backed away from its half-hearted push for larger intervention, still carried on covert support of the rebels. The CIA and Defense Department armed different groups (who sometimes shot at each other). The Free Syrian Army, the so-called « moderate » rebels on whom so many hopes were pinned, kept disintegrating. Even as the U.S. tried to rebrand it as the « New Syrian Force, » its fighters often defected to al Qaeda, or even ISIS. If they didn’t defect, they would sometimes just lose their new weapons to these more established radical Sunni brands. The United States was allied with the allies of al Qaeda in Syria, and carried out its covert missions under the 2001 AUMF that authorized the U.S. to fight al Qaeda. It’s dizzying.

Along the way, the U.S.’s half-hearted intervention possibly created the worst of all worlds. It encouraged people to invest themselves in a doomed fight much longer than was necessary. It caused rebels to place their hopes in a more broad intervention that was never coming. And it lengthened one of the most disastrous civil wars of the modern era, one whose aftershocks and refugee flows have brought terror to Europe and helped empower a resurgent nationalism that is shaking the political and economic foundations of the European Union.

Lastly, the U.S. having involved itself just enough to look like a loser, ceded initiative to its chief geopolitical rival, Russia. Not only did Obama help make Syria one of his own « losses, » he paved the way to make it look like a Russian win over the United States and radical Sunni Islam. It’s a disaster.

But if the U.S. really wanted to overthrow Assad, the likeliest outcome was the disaster that has afflicted Syria and, to a lesser degree, Iraq: multiple groups claiming the right to govern, and the flourishing of ISIS in the midst of the disorder. That’s the choice Obama backed into, either giving Russia a geopolitical boost, or becoming an agent of chaos again.

On top of the horrors in Aleppo’s fall is the dreadful reality that even this may not bring about the end of the war. Positions in Syria that had been recaptured by the government forces and Russia have been abandoned to the control of ISIS. That ISIS recaptured Palmyra was a particularly significant propaganda coup as the Russians had flown in a symphony orchestra to play in its picaresque ruins in celebration of its liberation last year. But taking Aleppo means that the Assad regime has control of the major cities of his nation again, if not the periphery.

The horrors in Aleppo are all too real. Honoring the memory of the dead in Syria will require much more serious reflection by our leadership class than what we’ve seen this week. Turning the Eiffel Tower into a memorial for al Qaeda’s dead, and mourning our lost chance at a wider war that had no plausible happy ending, is just another grotesquerie in a long parade of disasters in this region.

Voir aussi:

L’Iran a fait capoter l’accord sur la reddition d’Alep

Même alliés, l’Iran et la Russie ne poursuivent pas les mêmes objectifs en Syrie. Et ce sont les habitants d’Alep-Est qui en font les frais

Luis Lema
Le Temps

14 décembre 2016

Le calvaire se poursuit. Toute la journée de mercredi, les bombes ont continué de s’abattre sur les derniers kilomètres carrés d’Alep-Est qui échappent encore au contrôle de l’armée syrienne. Quelque 50 000 personnes restent donc à la merci des canons. L’annonce, mardi soir, d’un accord de reddition des forces rebelles n’y a rien pu. Bien au contraire: alors que des centaines d’habitants de l’enclave bombardée se pressaient dans les rues dans l’espoir d’embarquer dans des autobus censés les sortir de l’enfer, les bus sont repartis vides. Les bombardements ne tardaient pas à redoubler, amenant les habitants à courir en tous sens pour essayer de sauver leur vie.

La Turquie médiatrice

Cette manière de susciter les espoirs de la population avant de les enterrer tout aussitôt a été qualifiée mercredi à Genève d’«outrageusement cruelle» par le commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Ra’ad al-Hussein.

L’ONU, en réalité, a été tenue à l’écart de cette tentative d’accord d’évacuation, tout comme les Etats-Unis. Malgré les dizaines d’heures passées à cela par l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, malgré les rencontres en série tenues par le chef de la diplomatie américaine John Kerry, c’est la Turquie qui avait négocié cette capitulation d’Alep, en se posant en médiateur entre les rebelles syriens et Moscou.

Ce rôle joué par la Turquie est le reflet de la marginalisation de l’actuelle administration américaine ainsi que d’une «communauté internationale» réduite à étaler son impuissance en poussant des hauts cris. Mais ces circonstances semblent aussi expliquer l’échec de l’application de la trêve. A la dernière minute, aussi bien Damas que l’Iran semblent en effet avoir ajouté de nouvelles conditions à l’accord russo-turc, faisant voler en éclats un dénouement conclu sans leur assentiment.

Deux villages alaouites assiégés

Selon des informations reprises au conditionnel par le Haut-commissariat aux droits de l’homme, ce sont en effet des milices iraniennes pro-Assad qui auraient arrêté le premier convoi d’autobus, alors même qu’il s’était déjà mis en route pour quitter la ville. A Genève, une source diplomatique qui suit de près le dossier se montre plus claire: «L’Iran veut exploiter au maximum la situation. Il veut qu’on reconnaisse le rôle central qu’il a joué dans la bataille d’Alep, quitte à froisser quelque peu son allié russe.»

Loin de se ranger derrière l’accord conclu par Moscou, Téhéran exigerait en effet que l’évacuation des milliers de personnes qui restent à Alep-Est soit conditionnée au départ d’une partie des habitants de Foua et de Kefraya. Ces deux villages chiites sont assiégés depuis des mois par les rebelles syriens. Distantes de quelques dizaines de kilomètres à peine d’Alep, les deux enclaves se trouvent dans la province voisine d’Idlib, encore aux mains de la rébellion syrienne. Encerclés de toute part, les habitants chiites ne doivent leur survie qu’aux forces du Hezbollah, le mouvement chiite libanais pro-iranien, qui assure leur défense. Bien plus: c’est précisément en mettant en avant le sort de cette population chiite que le Hezbollah avait notamment justifié son intervention en Syrie aux côtés du régime de Bachar el-Assad.

«En soulageant les conditions de vie de cette population chiite, Téhéran et le Hezbollah donneraient encore plus d’ampleur à leur «victoire» à Alep, note la même source. Aujourd’hui, ce sont eux qui tiennent le couteau par le manche, puisqu’ils ont le droit de vie ou de mort sur les habitants d’Alep-Est. Selon leur logique, il faudrait être fou pour se priver de ce moyen de pression.»
Même si la chute d’Alep-Est a été préparée par le lourd bombardement de l’aviation russe, ce sont bien les milices iraniennes et chiites qui ont fourni le gros des troupes sur le terrain ces dernières semaines. Impuissants face à ce déferlement de force, les rebelles ont d’ailleurs envoyé mercredi des salves de roquettes sur Foua et Kefraya, comme pour mieux enterrer tout espoir de résolution rapide.

Mercredi, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov s’est entretenu au téléphone avec son collègue iranien Javad Zarif sur la «nécessité de venir en aide à la population d’Alep». Les termes exacts de la capitulation d’Alep-Est dépendaient sans doute de cette conversation entre les deux alliés un peu en froid. Mais en attendant, les dizaines de milliers de civils piégés à Alep-Est s’apprêtaient à vivre une nouvelle nuit de cauchemar.

Voir de plus:

Liz Peek
The Fiscal Times
 November 23, 2016

Finally, we know President Obama’s true legacy – a sore loser who wants to prolong his successful eight-year run of dividing Americans.

Notwithstanding that voters just handed the president a convincing rebuke, The New York Times reports that Obama wants to join the many leftist organizations organizing to fight Donald Trump. He told a group of activists with Organizing for Action that he would join their efforts quite soon — once he again becomes a private citizen. In a recent interview with The New Yorker, he said he felt “some responsibility to at least offer my counsel” to Democrats working to resist Trump.

Do Democrats want Obama’s counsel? Given that he has presided over a disastrous eight years, it seems unlikely. But then the party of Hillary and Obama is not burdened with introspection. They have looked far and wide for the reasons that a political neophyte interrupted the coronation of Hillary Clinton and have settled on sexism, racism, “fake” news stories and the conservative media. It is the rare voice that timorously points out that maybe voters didn’t want any more of what Democrats had to offer.

To be fair, and despite the popular impression to the contrary, it is not unprecedented for a former president to criticize his successor. Carter lambasted Bush2, Eisenhower complained about JFK’s domestic policies and Teddy Roosevelt called Taft a “puzzlewit” and “fathead”, laying to rest the notion that name-calling, too, is new to our age.

But Obama will go down as the only president in history to spend eight years vociferously criticizing both his predecessor and his successor. According to Obama, nearly every problem facing the nation, even in the eighth year of his presidency, can be ascribed to George W. Bush. The remainder can be blamed on Donald Trump. That is quite the legacy.

You have to wonder: has Obama ever considered that his party’s resounding defeat in the 2016 election was a referendum on his policies? That, just as in 2010 and 2014, voters decided they didn’t like Obamacare, the Iran deal, the sluggish economy, the liberal social agenda, the sluggish response to ISIS, the IRS scandal and his Justice Department’s slip-shod investigation into Hillary Clinton’s use of a private server? That maybe he was wrong on some issues?

Whereas other presidents who have received a “shellacking” in midterm elections make adjustments or shake up their cabinets, Obama has never veered from the north star of his liberal righteousness. He never faltered in lauding Obamacare, skirting Congress, pushing amnesty for people who entered the country illegally, favoring Black Lives Matter, unilaterally imposing crushing environmental regulations and the numerous other unpopular policies that absorbed his attention.

When the people smacked him hard in the off-year elections, he and his acolytes attributed his shortcomings on a failure of messaging; if only people understood Obamacare better, the White House argued, they would come around to its wondrousness. As premiums rose and doctor choices shrank, he still did not admit its imperfections. When it turned out the Iran deal was foisted on a suspicious public through a series of lies, Obama maintained its virtues, even as many Americans knew better.

Obama has surrounded himself for eight years with people who tell him what he wants to hear – that his every idea is excellent. People who deviate from the script, like former Lt. General Michael Flynn who sounded unpleasant alarms about the threat of ISIS, find themselves out the door in quick order. Military leaders, in particular, have been culled by this president who, according to former Defense Secretaries Robert Gates and Leon Panetta, did not respect his armed forces’ chiefs and in fact rarely met with them.

Donald Trump has been criticized for saying he knows more than the Pentagon brass, and rightly so. But whereas that comment is typical Trump bravado, Obama apparently actually thinks he knows more than his generals and is not above telling them so. As Gates wrote in his memoir Duty, “The controlling nature of the Obama White House and the staff took micromanagement and operational meddling to a new level.”

Not only did Obama not take the advice of his military chiefs, he never even met with them. At a recent Congressional hearing, four top military figures testifying on national security were asked whether they had voiced concerns to Obama. Each one said no, they had never met the man. Flynn, recently appointed incoming National Security Advisor head by Trump, was fired in 2012 when he dared to disagree with Obama. Even though he headed the Defense Intelligence Agency, he never had an interview with the president.

The president is apparently unmoved by the gracious behavior of his predecessor George W. Bush, who rarely criticized President Obama despite the constant drubbing he received from his inexperienced successor. It is traditional that an outgoing president allows his successor some space; that apparently will not be Obama. He is so convinced that he is right, and that Trump is wrong – even before the latter gets rolling – that he will not disengage.

Shame on Obama. This country needs to heal after one of the most vicious elections in our history. Obama should take some responsibility for the divisions that have opened under his leadership. He should call off the demonstrators, and especially those breaking windows and torching cars, and explain how a democracy works. The country did not get to this place by itself; it is Obama’s policies that have angered voters and that lofted Trump to the Oval Office. It is time for Obama to leave the scene.

Voir encore:

Fin des opérations contre le PKK à Cizre

L’Orient le jour
12/02/2016

Les opérations conjointes militaires et policières particulièrement meurtrières menées, depuis deux mois, contre les rebelles kurdes dans le bastion kurde de Cizre, au sud-est de la Turquie, ont pris fin, a annoncé hier le ministre turc de l’Intérieur, Efkan Ala.

« Les opérations contre l’organisation terroriste (Parti des travailleurs du Kurdistan, PKK) ont pris fin ce jour avec grand succès », a-t-il dit, cité par la presse, indiquant cependant que le couvre-feu imposé depuis le début de l’offensive sera maintenu afin, selon lui, d’assurer le retour des habitants qui ont fui les combats. Le ministre a souligné que les forces de l’ordre avaient « entièrement pris le contrôle » de la ville où, comme dans d’autres localités du Sud-Est anatolien à majorité kurde, les rebelles kurdes avaient lancé une « insurrection », la guérilla urbaine armée ayant creusé des tranchées et érigé des barricades sur ces sites.

Cizre, proche de la frontière syrienne et irakienne, qui a été vidée de la quasi-totalité de ses 120 000 habitants, poussés à l’exode, a été un emblème de la reprise des combats l’été dernier entre Ankara et le mouvement kurde armé, après une accalmie de deux ans. La ville a été bouclée et aucun journaliste ni observateur indépendant n’a été autorisé à y pénétrer.
Selahattin Demirtas, le chef du parti prokurde HDP (Parti de la démocratie des peuples), troisième force politique au Parlement, a accusé en début de semaine le pouvoir turc d’avoir commis un « massacre » à Cizre, ce qui a été catégoriquement démenti par les autorités. Les combats dans la zone kurde ont fait de nombreux morts de part et d’autre (250 militaires et policiers et plus de 750 rebelles, selon l’armée), et quelque 200 civils auraient perdu la vie depuis l’instauration du couvre-feu, selon les ONG.

Parallèlement, tôt hier matin, les sièges de deux quotidiens proches du gouvernement ont été visés, à Istanbul, par des attaques attribuées par les autorités aux rebelles kurdes. Les deux attaques n’ont fait aucun blessé, uniquement des dégâts matériels mineurs.
(Source : AFP)

Voir également:

L’étude de l’islam de l’institut Montaigne est fracassante
Eric Le Boucher

Slate

20.09.2016

Ne va-t-on rien en tirer?

L’étude de l’islam en France conduite par l’Institut Montaigne n’aura-t-elle aucune suite? Les réactions ont été convenues, business as usual, les rassurés sont rassurés et les alarmés alarmés. Point final. Fermer ce rapport, classez-le dans un tiroir.

Cette étude inédite mérite beaucoup mieux. Ses résultats sont fracassants. Elle perce pour la première fois le brouillard. Comme les statistiques «ethniques» sont interdites en France, nous ne disposions d’aucune cartographie des musulmans. La science est évacuée, la connaissance nulle, on s’en remet à l’intuition et à l’idéologie. Ici, comme très souvent dans ces sujets polémiques, les carottes de la pensée sont précuites. Les optimistes pensent que l’intégration des musulmans est lente, certains admettent qu’elle est difficile, mais elle est en cours, soyez patients et tolérants. Les pessimistes pensent que c’est impossible, que le modèle français qui a intégré Bretons, Italiens et juifs, bute sur l’islam, une religion particulière. Soyez impatients et «identitaires».

Cette étude devrait au minimum conduire au lancement d’autres enquêtes du même type pour l’infirmer, la conforter, la préciser. Elle devrait aussi conduire à une révision considérable des politiques publiques.

Outil de rébellion
Son résultat fracassant est que l’islam est utilisé pour une large fraction de la population musulmane jeune, 28% ou 12% selon ce qu’on compte, «comme l’outil de rébellion contre la société française et l’occident en général», conclut l’auteur Hakim El Karoui.

Je souligne que 28% ou 12% ce n’est pas du tout pareil, il faudrait savoir! Mais dans les deux cas, c’est très grave pour les responsables de l’islam de voir leur religion utilisée comme un outil de révolte. C’est très grave pour les dirigeants politiques de voir que cette rébellion ne régresse pas, tout à l’inverse. Elle s’étend pour beaucoup de raisons fondamentales, économiques et géopolitiques (les conflits du Moyen-Orient), qui dépassent la France de loin.

Dire cela, est admettre la petitesse de la dispute des partis politiques français sur le nombre de flics, ou l’enfermement des fichés S. Est démontré que la seule réponse sécuritaire ne suffira pas et qu’elle est même peut être contre-productive puisque la répression provoque la radicalisation. L’interdiction du voile à l’école qui date d’il y a douze ans le montre. Aujourd’hui, explique l’étude, «environ 60% des 1029 enquêtés considèrent que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile au collège et au lycée». On a lu: 60%. Et il y a pire pour les tolérants: «Contrairement à l’opinion dominante qui voudrait que les hommes soient plus conservateurs que les femmes, le port du voile est rejeté par 26% des hommes mais seulement par 18% des femmes (…) Ces résultats témoignent d’une adhésion idéologique d’une part importante de la population féminine musulmane au port du voile, allant jusqu’à l’acceptation du voile intégral (pour 28 % des femmes)». Le voile est un outil de révolte ou, plus pacifiquement, l’affichage d’une «fierté islamiste». Dans ce cadre, on comprend pourquoi l’interdire renforce la volonté de le porter.

On va se rassurer. L’islam en France c’est, dit l’institut Montaigne «une majorité silencieuse, très souvent pratiquante mais sans conflit majeur avec les normes de la société française, d’une part; une minorité, attirée par le fondamentalisme, qui utilise l’islam pour dire sa révolte, d’autre part». La majorité des musulmans s’intègrent et respectent les valeurs de la République. Les jeunes des banlieues se révoltent? Mais ne le sait-on pas depuis le film La Haine de Kassovitz en 1995? Rien de neuf. Sauf que les comportements de radicalisation de ces jeunes musulmans démontrent que «ça ne va pas mieux» avec le temps. Les raisons extérieures, les pays arabes broyés par le jeu des grandes puissances occidentales, le conflit israélo-palestinien, comme les motifs intérieurs, les échecs scolaires, la faible qualification, les discriminations à l’embauche notamment, le chômage massif: tout agit dans le sens d’une aggravation.

Nous allons vers de plus en plus de difficultés d’intégration pas vers de moins en moins
L’étude ne dit que cela, mais c’est cela qui est fracassant. Nous allons vers de plus en plus de difficultés d’intégration pas vers de moins en moins. «On peut le déplorer, s’en féliciter, vouloir le combattre ou le respecter, ce fait social est bien réel. Il faut le traiter, dans le contexte qui est le nôtre -celui d’une violence terroriste et sans limite perpétrée au nom de l’islam, qui rend angoissant pour une majorité de Français le mouvement d’affirmation identitaro-religieux voire théologico- politique qui est à l’œuvre».

Que faire? D’abord prendre connaissance de ces comportements et de leurs explications. Il n’est que temps de rompre l’interdiction des statistiques ethniques. Ensuite, l’institut Montaigne fait des propositions pour que l’Etat aide les musulmans à se saisir enfin eux-mêmes de la lutte contre le fondamentalisme. Lever les ambiguïtés, assurer le financement, mettre fin à la tutelle des Etats étrangers, etc. Le gouvernement français a fait beaucoup de tentatives d’organisation de l’islam de France, aucune n’a réussi. Jean-Pierre Chevènement en est désormais la nouvelle cheville ouvrière. C’est, plus que la répression, le travail clé. Il en est un autre, autour des volets formation, travail, politique de la ville. L’échec est là plus que patent. Toutes les autorités, l’Ecole, le Medef, les ministères du travail, ont en vérité baissé les bras. L’institut Montaigne sonne l’urgence d’un réveil. Et on attend les propositions des candidats à la présidentielle.

Voir encore:

En Allemagne, un meurtre alimente le débat sur l’accueil des réfugiés

Le gouvernement dénonce les « amalgames » faits par le parti d’extrême droite AfD.

Thomas Wieder (Berlin, correspondant)

Le Monde

08.12.2016

Quand un fait divers a droit, le même jour, à la « une » de Bild, le plus célèbre tabloïd allemand, et à la page trois de la Süddeutsche Zeitung, un quotidien qui s’intéresse généralement assez peu à ce type d’événement, c’est qu’il est justement un peu plus qu’un simple fait divers. Il en est ainsi du meurtre de Maria L.

Mercredi 7 décembre, les deux journaux ont consacré une large place au destin tragique de cette étudiante en médecine de 19 ans, dont le cadavre a été repêché dans une rivière, le 16 octobre, à Fribourg-en-Brisgau (Bade-Wurtemberg), et dont le meurtrier présumé, un réfugié afghan de 17 ans, a été arrêté, vendredi 2 décembre, après que les enquêteurs ont retrouvé des traces de son ADN sur le corps de la victime, qui a été violée avant sa mort.

C’est au lendemain de l’arrestation du jeune homme, un demandeur d’asile arrivé en 2015, que l’affaire a pris un retentissement national. En cause : le choix de la télévision publique ARD de ne pas en parler, samedi, dans son journal de 20 heures. Une décision justifiée, selon les responsables de la chaîne, par la portée seulement « régionale » de l’événement. Un silence interprété par d’autres, au contraire, comme une volonté de la « presse mensongère » d’étouffer un crime qui, à leurs yeux, illustre le danger que représente l’arrivée massive de réfugiés en Allemagne au cours des derniers mois.

« Beaucoup de victimes auraient pu être évitées »

« Nous sommes bouleversés par cet acte et nous constatons que nos avertissements concernant la venue incontrôlée de centaines de milliers de jeunes hommes issus de cultures islamo-patriarcales sont qualifiés de populistes », a ainsi commenté Jörg Meuthen, l’un des dirigeants du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Il n’est pas le seul à avoir réagi dans ce sens. Rainer Wendt, patron du syndicat policier DPolG, a estimé, quant à lui, que « cette victime et beaucoup d’autres auraient pu être évitées, si [leur] pays avait été préparé aux dangers qui vont de pair avec une immigration massive ».

Contre ce qu’ils considèrent comme un « amalgame », les principaux responsables politiques du pays se sont exprimés sur l’affaire. « Nous devons éviter que ces faits épouvantables alimentent la haine. (…) De tels meurtres odieux existaient bien avant que le premier réfugié venu d’Afghanistan ou de Syrie n’arrive » en Allemagne, a déclaré Sigmar Gabriel, ministre de l’économie, vice-chancelier et président du Parti social-démocrate (SPD).

« De tels délits sont évidemment dramatiques et doivent faire l’objet de poursuites. (…) Mais, pour autant, il ne faut pas tirer des conclusions sur l’ensemble d’un groupe », a affirmé, quant à elle, la chancelière, Angela Merkel, lundi soir.

Crainte d’un basculement

Il est rare que M. Gabriel et Mme Merkel commentent ainsi un fait divers. De ce point de vue, leur choix d’intervenir en dit long sur leur crainte de voir l’opinion publique basculer dans le sens d’un rejet des immigrés. La chancelière a pu s’en rendre compte, mardi, lors du congrès de son parti, l’Union chrétienne démocrate (CDU), à Essen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie).

Lors de son discours, ce sont en effet les passages les plus durs sur les questions identitaires et migratoires qui ont été le plus applaudis. Quand elle a, par exemple, expliqué que « le droit allemand prévaut sur la charia » et affirmé vouloir « interdire » le voile intégral. Ou encore quand elle a assuré que le gouvernement était déterminé à expulser tous les demandeurs d’asile déboutés.

Il n’est pas certain, cependant, que de telles déclarations suffisent à apaiser le débat. En témoigne, justement, la question posée mercredi à la « une » de Bild : « Les réfugiés ont-ils un problème avec les femmes ? » Une question qui a suscité, sur les réseaux sociaux, des réponses d’une grande violence raciste. Avec, bien souvent, un lien établi entre le cas de Maria L. et les agressions commises contre plus de 500 femmes à Cologne, le 31 décembre 2015.

Presque un an plus tard jour pour jour, le gouvernement allemand sait qu’il a tout intérêt à empêcher qu’un tel lien se fasse dans les esprits. A dix mois des prochaines élections législatives, lors desquelles elle briguera un quatrième mandat de chancelière, c’est la seule chose que peut attendre Mme Merkel : que ce fait divers reste un simple fait divers.

Voir par ailleurs:

En mer de Chine, le tournant de la militarisation

Des îles dont la souveraineté est contestée ont été équipées de missiles et de radars par Pékin, marquant une escalade des tensions dans la région

Frédéric Lelièvre, Hongkong
25 février 2016

Des missiles, des radars et des avions de chasse sur une poignée d’îlots stratégiques. En quelques jours, Pékin a montré que les tensions diplomatiques en mer de Chine méridionale devenaient également militaires. Des tensions qui concernent des territoires à la souveraineté contestée au large du Vietnam, des Philippines et de la Malaisie. Selon certains calculs, Pékin revendique 90% des 3,5 millions de km2 de cette mer.

Mercredi matin, les Etats-Unis ont fait savoir que des chasseurs de l’armée chinoise avaient été envoyés sur une île, Woody (Yongxing en chinois), de l’archipel des Paracels. Or c’est sur ce même îlot que la semaine passée la présence d’une batterie de missiles sol-air a été révélée par des photographies. Mardi soir, des radars sur un autre archipel, plus au sud, celui des Spratleys, ont en outre été mis à jour. Mercredi, l’amiral américain en charge du Commandement pacifique a jugé que la Chine était «clairement en train de militariser» les îlots qu’elle a artificiellement développés ces dernières années.

«Une militarisation inévitable»

Pour John Kerry, cette militarisation est «regrettable» et source de «grande inquiétude pour qui navigue» dans ces eaux, par lesquelles transite un tiers du commerce mondial. Le secrétaire d’Etat américain recevait mardi son homologue chinois. Wang Yi a répliqué que ces installations sont «cohérentes avec le droit qu’a la Chine d’assurer sa protection» et a pointé les actions ou manœuvres militaires des autres pays de la région, et celles des Etats-Unis.

«Les constructions réalisées par la Chine laissaient penser qu’elles finiraient par servir des buts militaires, mais nous assistons à un tournant car la militarisation entre dans une phase concrète», réagit Sébastien Colin. Chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine, il organisait ces jours avec l’Université baptiste de Hongkong une série de séminaires consacrée à ce dossier. Il est en particulier question de la maîtrise des mers dont les Etats-Unis jouissent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

«La militarisation était inévitable, confirme Li Mingjiang, professeur à l’Université Nanyang de Singapour, et invité à Hongkong. La Chine ne fait que rattraper son retard concernant des espaces qu’elle considère sous sa souveraineté. D’autant qu’elle a investi des milliards pour développer ces îlots.»

En septembre dernier, lors de sa visite aux Etats-Unis, le président chinois Xi Jinping avait pourtant annoncé qu’il n’armerait pas ces îles. «Il y a un décalage entre la parole et les actes. Cela fait désordre», poursuit Sébastien Colin.

Des inquiétudes autour «de nouveaux incidents» entre la Chine et les Etats-Unis

A l’avenir, Li Mingjiang redoute des accrochages entre les deux grandes puissances rivales. Des bateaux de pêche chinois pourraient, imagine-t-il, être envoyés pour stopper la progression d’un croiseur américain patrouillant dans la région. «La Chine a jusqu’ici fait preuve de retenue, or la colère monte à Pékin.»

Tran Truong Thuy, de l’Académie diplomatique du Vietnam, un des pays qui revendique certains îlots, redoute lui aussi «de nouveaux incidents» entre Chinois et Américains. Hanoï a certes qualifié les installations de missiles sur l’île Woody de «grave violation» de sa souveraineté, mais reste proche de Pékin. «Les grands pays de la région ne souhaitent pas prendre parti entre les Etats-Unis et la Chine», observe Tran Truong Thuy, parce que les enjeux économiques avec leur grand voisin sont trop importants. Même si elle tourne au ralenti, l’économie chinoise joue un rôle majeur. Sans oublier que Pékin leur fait miroiter des milliards d’investissements en infrastructure grâce à la construction de la Nouvelle route de la soie.

Ces enjeux expliquent pourquoi nombre de spécialistes locaux minimisent l’importance de la militarisation. C’est le cas de Chin Yoon Chin, amiral à la retraite, et directeur de l’Institut maritime de Malaisie. «N’exagérons pas, assure-t-il. Jusqu’ici, aucun bâtiment n’a été empêché d’effectuer ses manœuvres. Il n’y a donc pas de conflit. En outre, il pourrait se passer encore cinq ans avant que les installations militaires chinoises soient réellement opérationnelles. Les médias, américains en tête, sous-estiment les difficultés techniques pour les mettre en service.»

Une décision de justice pourrait cependant «changer la donne», soutient Li Mingjiang. Il s’agit de l’arbitrage de la Cour permanente de la Haye entre les Philippines et la Chine au sujet de plusieurs territoires. La décision, qui ferait jurisprudence, est attendue d’ici l’été.

Voir enfin:

Mer de Chine: la Cour d’arbitrage de La Haye donne tort à Pékin

Le Temps

12 juillet 2016

Dans le conflit opposant la Chine aux Philippines, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye juge que Pékin a occupé des territoires sans base juridique (avec une carte)

La Cour permanente d’arbitrage de La Haye juge que Pékin occupe des territoires sans base juridique en mer de Chine méridionale. Elle a publié ce mardi un arrêt à ce sujet, très attendu, et rendu dans un climat international particulièrement tendu.

Selon l’arrêt, la prétention chinoise à contrôler une large portion de la mer de Chine méridionale, le long de la «ligne des neufs traits» (nine-dash line) n’a pas de validité juridique. Les îlots occupés aujourd’hui par la Chine n’ont jamais connu d’occupation humaine permanente et ne peuvent donner lieu à des revendications de souveraineté.

La Chine ne peut pas non plus réclamer une zone économique exclusive autour des îlots puisque ceux-ci ont été rehaussés artificiellement, mais ne sont pas des terres émergées à proprement parler.Très dur pour Pékin, l’arrêt estime enfin que ses revendications à l’encontre des Philippines en mer de Chine du Sud sont illégales et que la Chine a sévèrement endommagé l’écosystème marin par ses actions, violant ainsi ses obligations internationales.

Un dossier sous tension

En 2013, le gouvernement philippin avait appelé la Cour permanente d’arbitrage à juger illégale la souveraineté revendiquée par Pékin sur une série d’îlots situés sur une des voies maritimes les plus fréquentées. Le cas du récif de Scarborough est un des points de tension. Il est situé à 220 kilomètres des côtes philippines, mais à plus de 1000 kilomètres de la Chine.

Pour asseoir ses revendications, la Chine a agrandi des îlots ou récifs ailleurs en Mer de Chine et y a implanté pistes d’atterrissage, ports et autres installations dont, récemment, quatre phares sur des récifs, et un cinquième en cours de construction, a précisé lundi Chine nouvelle.

Pékin réagit en refusant l’arbitrage

Les autorités chinoises ont d’ores et déjà décidé de ne pas tenir compte de cet arrêt. La Chine «n’accepte ni ne reconnaît» l’arbitrage, ont-elles réagi mardi. Le verdict de La Haye n’est qu’un «bout de papier», tonnait ce lundi le Global Times, tandis que le Quotidien du Peuple, un autre média au service du pouvoir chinois, jugeait que la Chine était «victime» d’une cour acquise aux intérêts des Etats-Unis.

De leur côté, les Philippines saluent la décision, a déclaré mardi le ministre philippin des Affaires étrangères, tout appelant à la retenue. «Nos experts étudient (la décision) avec le soin et l’exhaustivité que cette décision arbitrale significative mérite. En attendant, j’appelle toutes les parties concernées à faire preuve de retenue et de sobriété», a ajouté le chef de la diplomatie de Manille Perfecto Yasay.

Les Etats-Unis aussi sont satisfaits. Le rejet par une Cour d’arbitrage de La Haye des prétentions territoriales de Pékin sur la mer de Chine méridionale est «une importante contribution à une solution» concernant les disputes de souveraineté dans la région, a estimé mardi le Département d’Etat américain.


Désinformation: Le Monde redécouvre l’enjuivement du monde (When in doubt, blame the Jews: 40 years after Entebbe, Le Monde rediscovers the good old blame-the-victim game)

6 décembre, 2016
Un soldat israélien, le 24 août, dans le village de Madama près de Naplouse.Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
D’abord ils sont venus (…) pour les Juifs, mais je n’ai rien dit parce que je n’étais pas juif … Martin Niemöller
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. Jacques Attali
Les pilotes français s’étaient liés d’amitié aux pilotes israéliens qui avaient appris en même temps qu’eux, dans les mêmes écoles, à piloter des Mirages. L’armée française a toujours éprouvé un sentiment d’hostilité envers les Arabes. Ce sentiment, qui survit encore aujourd’hui, est beaucoup plus ancien que la sanglante aventure de l’indépendance algérienne. Comme le souligne l’hebdomadaire parisien, le Nouvel Observateur : ‘L’armée française est unanimement et totalement pro-Israël, et il est évident que les souvenirs de Suez et d’Algérie ne sont pas étrangers à cet état de chose. Mais il y a plus que cela. Il y a une immense admiration pour la technologie avancée de ce pays, sa faculté d’adaptation, son efficacité et le niveau intellectuel de ses officiers. Il y a une grande admiration pour son courage et son esprit de sacrifice à la cause de la nation. L’armée française n’a jamais adhéré aux termes de l’embargo de 1967.’ « Le président de Gaulle sentit la vague d’hostilité qui se développait à tous les niveaux de ses forces armées. Il s’en plaignit amèrement lors du Conseil des ministres du 7 janvier 1969 : « Notre armée s’est enjuivée », déclara-t-il. Dennis Eisenberg, Uri Dan, Eli Landa (Mossad, Les services secrets israéliens, 1977)
Que feraient les Israéliens et Margaret Thatcher dans un pareil cas ? Jacques Chirac
[Comment saviez-vous que c’étaient les Israéliens qui venaient vous libérer ?] Et qui d’autre vouliez-vous que cela fût ?  Michel Bacos (commandant de l’Airbus d’Air France, Entebbe, 1976)
Championnat du terrorisme, Israël en tête  ! Libération
Israël attaque l’Ouganda L’Humanité
…Lorsque l’Occident développé applaudit, l’Afrique, elle, se réveille humiliée. Israël risque d’y perdre ses dernières amitiés africaines. Le « Blanc » a donné une gifle au tiers monde (…) Reste à savoir maintenant si l’action israélienne portera un coup d’arrêt aux prises d’otages internationales. Les optimistes le pensent. Les pessimistes craignent au contraire que, la prochaine fois, les pirates de l’air, instruits par l’expérience d’Entebbe, ne soient plus rapides et radicaux. Un journal du Koweït écrivait, dès mardi, que le commando de l’« Airbus » avait fait preuve d’une mollesse, qui lui avait retiré toute crédibilité. Les Israéliens, eux, estiment, comme les « chasseurs de pirates » du XIXe, qu’ils ont plus que jamais le droit de poursuite…Ils risquent de se retrouver plus seuls encore et d’être entraînés dans l’engrenage des « missions impossibles » – qu’ils réussiront jusqu’à quand ? » Hervé Chabalier (Le Nouvel Observateur, 12 juillet 1976)
…Les cris de joie, l’allégresse et l’hystérie collective des foules israéliennes ont peut-être permis provisoirement de colmater les profondes lézardes d’une classe dirigeante dont le désarroi était patent, mais ils sont, assurément, annonciateurs d’une violence accrue. Le recours désespéré aux détournements d’avion, condamné explicitement par l’O.L.P., ne saurait justifier, en dépit des problèmes politiques et humains angoissants qu’il pose, la légitimation pour les États, sous le couvert de la « lutte contre le terrorisme », d’un terrorisme « officiel » et de la politique du « coup de main ». En se plaçant sur le terrain même des détourneurs d’avions, mais avec des moyens incomparablement plus puissants, les « commandos » israéliens ont ainsi fait plusieurs dizaines de victimes qui auraient pu être épargnées mais ils ont surtout, ajouté un nouvel épisode à la liste des violations territoriales et des abus de puissance commis au nom de la « protection des ressortissants civils » et du « droit de suite ». Ces prétextes si souvent invoqués pour justifier les pires exactions coloniales. Afrique-Asie (France, 12 au 25 juillet 1976)
Mais pourquoi n’appelle-t-on pas ce mur, qui sépare les Gazaouites de leurs frères égyptiens « mur de la honte » ou « de l’apartheid »? Liliane Messika
After all, this barrier, although built by Mr. Sharon, was birthed by « shaheeds, » suicide bombers whom Palestinian leaders have glorified as martyrs. Qassam missiles can kill two or three people at a time. Suicide bombers lay waste to many more. Since the barrier went up, suicide attacks have plunged, which means innocent Arab lives have been spared along with Jewish ones. Does a concrete effort to save civilian lives justify the hardship posed by this structure? The humanitarian in me bristles, but ultimately answers yes. (…) I reflected on this question as I observed an Israeli Army jeep patrol the gap in Abu Dis. The vehicle was crammed with soldiers who, in turn, observed me filming the anti-Israel graffiti scrawled by Western activists — « Scotland hates the blood-sucking Zionists! » I turned my video camera on the soldiers. Nobody ordered me to shut it off or show the tape. My Arab taxi driver stood by, unprotected by a diplomatic license plate or press banner. Like all Muslims, I look forward to the day when neither the jeep nor the wall is in Abu Dis. So will we tell the self-appointed martyrs of Islam that the people — not just Arabs, but Arabs and Jews — « are one »? That before the barrier, there was the bomber? And that the barrier can be dismantled, but the bomber’s victims are gone forever? Irshad Manji
The leaders of Yemen and Saudi Arabia are due to meet today in an effort to settle a dispute over a security barrier the Saudis are building along their shared frontier. Saudi Arabia, which is battling against insurgents sympathetic to Osama bin Laden, says the barrier will stem the flow of militants and weapons from its southern neighbour. Yemeni opposition newspapers have likened it to the barrier that Israel is constructing in the West Bank – though in fact it is a simpler and even odder structure: a pipeline three metres (10ft) high, supported on posts and filled with concrete. The Guardian
What is being constructed inside our borders with Yemen is a sort of screen … which aims to prevent infiltration and smuggling, It does not resemble a wall in any way. Talal Anqawi (head of Saudi Arabia’s border guard)
Sauf que sans le « Judaïsme », le « Monde Occidental » n’aurait jamais existé ! J’explique : Le « Monde Occidental » avant l’arrivée du Christ, lui-même Juif, de sa mère Marie, mère juive par excellence, puisqu’elle a fait circoncire son fils dans la tradition. Elle lui a fait faire sa « Bar Mitzvah », … Ce « Monde » ne procédait d’aucune unité de cœur et de croyance. C’est l’avènement du Christianisme à Jérusalem, qui va produire le « Monde Occidental », celui dans lequel nous vivons actuellement, … Dans toute l’Europe, les deux Amériques, et sans oublier le continent Australien. Faire croire l’inverse, c’est-à-dire que le « Judaïsme » est venu se greffer sur et dans le « Monde Occidental » procède d’un formidable supercherie et d’un « Non sens historique ». Puisque le monothéisme date de 5777 ans, …Que le Christianisme n’a que 2016 ans. Il a même fallu attendre les années 1962, 1963, 1964 et 1965, … Avec la fin du Conseil oecuménique Vatican II, pour qu’enfin l’Eglise de Rome reconnaisse au Christianisme, le Judaïsme comme pilier principal de son essence. Il y a eu un AVANT et un APRES …. Vatican II Avant Vatican II, …. Existait un « Antisémitisme de religion » qu’entretenait l’Eglise à force de falsifications. Je passe sur la période qui a suivi la « Révolution Française » avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Puis sur la période Nazie avec l’antisémitisme de race. Pour en arriver au 8 Décembre 1965 (fin de Vatican II), à partir du quel on ne parle plus que de « Monde JUDÉO-CHRÉTIEN » pour désigner l’ensemble du monde Occidental. … En opposition au « Monde Arabo-Musulman » C. Hamon
« Attention, braves gens de l’Occident, ce n’est pas le terrorisme qui vous menace, c’est de devenir comme Israël. Se défendre comme le font les Israéliens quand on veut les tuer, c’est mal. Ils n’ont rien compris. Pensez donc: ils cherchent à prévenir les assassinats! Ils feraient mieux de changer de méthode. Bien entendu, le journaliste n’en propose aucune. » Jean-Claude Lafont
Il a grandi au Soudan, a vécu en Egypte, s’est passionné pour le sort des mineurs du Congo… Spécialiste du Moyen-Orient et arabophone , il connaît ces régions de l’intérieur et en fournit des analyses sans concession qui lui valent la reconnaissance de ses pairs et de ses lecteurs. Christophe Ayad aime les enquêtes au long cours, mais aussi les anecdotes: c’est ce goût pour les petites choses qui lui fait écrire un article sur le zoo de Gaza ou encore sur l’hypothétique gifle qui aurait déclenché la révolution égyptienne. Rencontre avec l’un des journalistes les plus brillants de sa génération. France Inter
Israël a subi la violence terroriste bien avant qu’elle ne frappe les pays occidentaux et c’est pour cela qu’il faut observer de près ce qui s’est passé dans ce pays ces deux dernières décennies (…) Tombant dans le piège tendu par Al-Qaida et l’organisation Etat islamique, comme naguère Israël est tombé dans celui du Hamas, l’Occident tout entier s’est mis à ressembler de plus en plus à l’Etat juif : une forteresse assiégée, cherchant des réponses sécuritaires à ses problèmes politiques. Mais il n’y a pas que dans le domaine de la sécurité qu’Israël a été précurseur : ce fut aussi le cas sur la question des migrants. Dès 2011, le pays a commencé à élever un mur électronique à sa frontière avec l’Egypte pour empêcher les « infiltrations » de candidats africains à l’asile. De fait, Israël est devenu « l’avant-poste » d’un monde occidental qui se voit comme cerné, faible et en décadence face à un monde devenu hostile. (…) Si la droitisation extrême de la vie politique et de l’opinion israélienne a pu donner l’illusion, ces dernières années, d’un isolement croissant de l’Etat juif par rapport au reste du monde occidental, fatigué de l’impossible règlement du conflit israélo-palestinien, c’est, en réalité, le contraire qui s’est passé : c’est l’Occident qui a rejoint Israël, devenu le symptôme avant-coureur de ce qui l’attend. Christophe Ayad
Tout le monde juge le dictateur ougandais Amin Dada grotesque. Alors que le détournement sur Entebbe est le commencement du déclin d’Amin Dada dont on savait à l’époque qu’il était le bourreau de son peuple. Près de 300.000 personnes ont été tuées sous son règne. Or, après le raid israélien, le Secrétaire général de l’ONU, l’ancien SA Kurt Waldheim, condamne Israël en l’accusant de violer la souveraineté ougandaise. Ce qui est pitoyable, mais pas étonnant de la part d’un ancien nazi. (…) Le Quai d’Orsay regrette qu’il y ait eu des dégâts. Le président Giscard d’Estaing se félicite de la libération des otages, mais ne dit jamais qui les a libérés. Il ne remercie même pas les autorités israéliennes d’avoir sauvé un avion Air France avec un équipage français et des passagers français. Lorsque les journalistes demandent au commandant Bacos comment il a su que le commando qui les sauvait était israélien, il a répondu « qui voulez-vous que ce fut d’autre ? ». Suite à cette déclaration, l’état-major français se fend d’un communiqué dans lequel il affirme que l’armée française aurait pu le faire. Toujours est-il qu’elle n’a rien fait. Il y avait tout simplement un véto politique. Il est clair que les forces françaises étaient capables d’agir, d’autant plus qu’elles ont des bases à Djibouti ou ailleurs en Afrique. La distance est moins longue qu’entre Tel-Aviv et l’Ouganda. (…) Il faut aussi y inclure les commentaires médiatiques et politiques de l’époque. Ainsi, le 5 juillet 1976, Libération titre de cette manière : « Championnat du terrorisme, Israël en tête », avec un éditorial de Serge July dont le titre est « Le temps des hypocrites ». Il condamne sans appel ce qu’il considère comme une euphorie occidentale néo-colonialiste où les Israéliens ont attaqué un pays africain. En revanche, il ne dit pas un mot sur le terrorisme. L’Humanité ne fait pas mieux en titrant « Israël attaque l’Ouganda ». La victime, c’est donc l’Ouganda, et non pas les passagers pris en otage. L’Humanité en rajoute une couche en sous-titrant que Tsahal emmène les otages en Israël, comme si c’était l’armée israélienne le preneur d’otages. On voit donc que toutes les dérives anti-israéliennes dont nous sommes les témoins aujourd’hui sont déjà présentes en 1976. Jacques Tarnero
Dans Le Monde, Christophe Ayad parle de l’enjuivement de la société, les nazis parlaient comme lui (…) vouloir dénoncer la soit-disant « israélisation de l’Occident » nous renvoie aux années noires lorsque les nazis dénonçaient l’ « enjuivement » de la culture. Revenons à l’article lui-même. L’idiotie partisane y atteint son paroxysme lorsque le signataire de celui-ci,  au lieu de vilipender ceux qui sèment la mort parmi leurs semblables, dénigre tout au long de son texte un pays où deux mille innocents ont déjà été sacrifiés sur l’autel du terrorisme. Et il est indigne de s’en prendre aux moyens de secours contre les risques terroristes qui foisonnent partout. Il n’est pas étonnant qu’un tel article voit le jour dans un pays qui est toujours en proie à ses anciens démons. Cette France qui se dépêche à appliquer la discrimination des produits provenant de Judée-Samarie rappelle l’empressement dont le régime collaborationniste français de Vichy, a fait preuve pour étiqueter la mort des juifs. David Frankel
La vague d’attentats qui a frappé la France et le monde depuis le 11 septembre 2001, et depuis le Bataclan à Paris, a fini par faire comprendre, avec retard, à de nombreux observateurs occidentaux, ce qu’Israël répète depuis de nombreuses années. Le destin de l’Etat juif, en proie au terrorisme islamiste depuis sa création, préfigure celui de l’ensemble du monde libre face aux organisations terroristes (et aux Etats qui les soutiennent et les financent), qu’elles soient motivées par l’idéologie du djihad global, comme l’Etat islamique et Al-Qaida ou par sa variante islamo-nationaliste, comme le Hamas et le Fatah. Ce constat simple et aujourd’hui banal, a même fini par gagner un journal comme Le Monde, qui publiait ainsi, vendredi 2 décembre, une chronique signée Christophe Ayad en dernière page, intitulée “L’israélisation du monde (occidental)”. Encore faut-il tirer de ce constat les bonnes conclusions… Ayad explique ainsi, en renvoyant à un autre article du Monde paru quelques jours auparavant, que “les services de sécurité israéliens ont déjoué, en avril 2016, le projet d’attaque au couteau d’une jeune fille palestinienne de Jénine, avant qu’elle ne tente de passer à l’acte. (…) En croisant des renseignements humains avec les données de ses connexions Internet, analysées par de puissants algorithmes qui surveillent en permanence la quasi-totalité de la population palestinienne (2 millions sur 2,9 millions) de Cisjordanie”. Cette information a de quoi impressionner et réjouir ceux qui se soucient de la sécurité d’Israël et de la France, face aux attentats menés par des “loups solitaires”, qui sont par définition imprévisibles et difficiles à contrer. Mais pour le chroniqueur du Monde, ce n’est pas une bonne nouvelle! Il déplore en effet “la cybersurveillance poussée à son point de sophistication le plus élevé et le refus de se poser la seule question qui vaille : pourquoi une jeune fille pas encore majeure en vient à projeter de poignarder des soldats ou des civils au lieu d’aller en classe?” Cette question est certes légitime, et on peut se demander quelle éducation les jeunes Palestiniens reçoivent de leurs enseignants et dans leurs manuels scolaires, et quelle incitation subissent-ils des réseaux sociaux, des programmes télévisés glorifiant les “martyrs” du djihad, et de l’environnement général où ils grandissent, pour en venir à de telles abominations? Mais la réponse de Christophe Ayad est tout autre : “Israël n’a cessé de sophistiquer son arsenal technologique et ses moyens militaires dans sa lutte sans fin “contre la terreur” [guillemets de C. Ayad], avec un succès réel mais en adoptant une approche essentialiste des Palestiniens, qui chercheraient par nature à tuer les juifs, et au détriment de toute possibilité de règlement politique”. S’il observait la réalité israélienne de manière objective et sans la regarder à travers le prisme de l’idéologie, le chroniqueur du Monde écrirait plutôt que ce sont les Arabes qui adoptent une “approche essentialiste” des Juifs, approche qui apparaît déjà dans le Coran, où les Juifs sont dépeints comme “maudits” et comme des “singes et des porcs”. Mais sa lecture biaisée des événements ne concerne pas seulement Israël : pour étayer sa thèse, Ayad écrit aussi que “l’Occident tout entier s’est mis à ressembler de plus en plus à l’Etat juif : une forteresse assiégée, cherchant des réponses sécuritaires à ses problèmes politiques”. (…) L’israélisation de l’Occident est ainsi, sous ses plumes, une marque d’infamie : en adoptant les techniques et le mode de pensée israéliens pour combattre le terrorisme, l’Occident deviendrait selon lui aussi criticable que l’Etat juif dans sa lutte contre le terrorisme! Cette description très tendancieuse de la réalité, tant israélienne que française, montre que certains observateurs n’ont rien appris des derniers attentats meurtriers qui ont frappé la France. Aux yeux du chroniqueur du Monde, de manière quasiment pathologique, c’est toujours la France, Israël et l’Occident qui sont coupables, même quand des terroristes islamistes tuent hommes, femmes et enfants dans les rues de Paris ou de Jérusalem… Mais il faut reconnaître que cette “culpabilité originelle” de l’Occident n’a pas été inventée par Christophe Ayad et par Le Monde. En réalité, comme je le montre dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, ce sont des intellectuels juifs qui ont, parmi les premiers, développé l’idée d’une faute consubstantielle à la naissance de l’Etat d’Israël (le “péché originel du sionisme”), en accusant systématiquement les Juifs et le sionisme d’être responsables de chaque vague de violence arabe en Eretz-Israël, depuis les années 1920 (avant la création de l’Etat et bien avant la soi-disant ‘occupation des territoires’…). Nous vivons aujourd’hui encore dans le paradigme trompeur de la culpabilité des Juifs et de l’Occident. Pierre Lurçat

Enjuivez, enjuivez, il en restera toujours quelque chose !

A l’heure où, Bataclan oblige, la France et l’Occident commencent à (re)découvrir …

Bien longtemps après le pasteur allemand Niemöller ou le psychologue américain Eric Hoffer…

Notre sort commun préfiguré dans celui d’Israël et des juifs

Devinez ce qu’en tire Le Monde …

Ou en tout cas l’un de ses « militants déguisés en journalistes » …

Qui oubliant commmodément et entre autres les murs marocain, koweitien, saoudien ou égyptien

Y dénonce une dangereuse « israélisation du monde occidental » !

Et alors qu’on vient justement d’en fêter le 40e anniversaire l’été dernier …

Qui fustigeait déjà à l’instar de Libération, l’Humanité ou l’ONU de Kurt Waldheim …

Un certain monde occidental suite au fameux raid israélien d’Entebbe qui devait libérer plus de 250 passagers et membres d’équipage d’un avion français …

 

L’israélisation du monde vue par Le Monde

Pierre Lurçat *

Vu de Jérusalem

02/12/2016

La vague d’attentats qui a frappé la France et le monde depuis le 11 septembre 2001, et depuis le Bataclan à Paris, a fini par faire comprendre, avec retard, à de nombreux observateurs occidentaux, ce qu’Israël répète depuis de nombreuses années. Le destin de l’Etat juif, en proie au terrorisme islamiste depuis sa création, préfigure celui de l’ensemble du monde libre face aux organisations terroristes (et aux Etats qui les soutiennent et les financent), qu’elles soient motivées par l’idéologie du djihad global, comme l’Etat islamique et Al-Qaida ou par sa variante islamo-nationaliste, comme le Hamas et le Fatah.

Ce constat simple et aujourd’hui banal, a même fini par gagner un journal comme Le Monde, qui publiait ainsi, vendredi 2 décembre, une chronique signée Christophe Ayad en dernière page, intitulée “L’israélisation du monde (occidental)”. Encore faut-il tirer de ce constat les bonnes conclusions… Ayad explique ainsi, en renvoyant à un autre article du Monde paru quelques jours auparavant, que “les services de sécurité israéliens ont déjoué, en avril 2016, le projet d’attaque au couteau d’une jeune fille palestinienne de Jénine, avant qu’elle ne tente de passer à l’acte. Une attaque fomentée dans le secret de sa chambre d’adolescente, sans prendre d’ordre ni avertir personne, un projet parfait de “loup solitaire”. Comment ? En croisant des renseignements humains avec les données de ses connexions Internet, analysées par de puissants algorithmes qui surveillent en permanence la quasi-totalité de la population palestinienne (2 millions sur 2,9 millions) de Cisjordanie”.

Cette information a de quoi impressionner et réjouir ceux qui se soucient de la sécurité d’Israël et de la France, face aux attentats menés par des “loups solitaires”, qui sont par définition imprévisibles et difficiles à contrer. Mais pour le chroniqueur du Monde, ce n’est pas une bonne nouvelle! Il déplore en effet “la cybersurveillance poussée à son point de sophistication le plus élevé et le refus de se poser la seule question qui vaille : pourquoi une jeune fille pas encore majeure en vient à projeter de poignarder des soldats ou des civils au lieu d’aller en classe?”

Cette question est certes légitime, et on peut se demander quelle éducation les jeunes Palestiniens reçoivent de leurs enseignants et dans leurs manuels scolaires, et quelle incitation subissent-ils des réseaux sociaux, des programmes télévisés glorifiant les “martyrs” du djihad, et de l’environnement général où ils grandissent, pour en venir à de telles abominations? Mais la réponse de Christophe Ayad est tout autre : “Israël n’a cessé de sophistiquer son arsenal technologique et ses moyens militaires dans sa lutte sans fin “contre la terreur” [guillemets de C. Ayad], avec un succès réel mais en adoptant une approche essentialiste des Palestiniens, qui chercheraient par nature à tuer les juifs, et au détriment de toute possibilité de règlement politique”.

S’il observait la réalité israélienne de manière objective et sans la regarder à travers le prisme de l’idéologie, le chroniqueur du Monde écrirait plutôt que ce sont les Arabes qui adoptent une “approche essentialiste” des Juifs, approche qui apparaît déjà dans le Coran, où les Juifs sont dépeints comme “maudits” et comme des “singes et des porcs”. Mais sa lecture biaisée des événements ne concerne pas seulement Israël : pour étayer sa thèse, Ayad écrit aussi que “l’Occident tout entier s’est mis à ressembler de plus en plus à l’Etat juif : une forteresse assiégée, cherchant des réponses sécuritaires à ses problèmes politiques”.

“Si la droitisation extrême de la vie politique et de l’opinion israéliennes a pu donner l’illusion d’un isolement croissant de l’Etat juif par rapport au reste du monde occidental… c’est en réalité le contraire qui s’est passé : c’est l’Occident qui a rejoint Israël, devenu le symptôme avant-coureur de ce qui l’attend”, conclut Christophe Ayad. L’israélisation de l’Occident est ainsi, sous ses plumes, une marque d’infamie : en adoptant les techniques et le mode de pensée israéliens pour combattre le terrorisme, l’Occident deviendrait selon lui aussi criticable que l’Etat juif dans sa lutte contre le terrorisme!

Cette description très tendancieuse de la réalité, tant israélienne que française, montre que certains observateurs n’ont rien appris des derniers attentats meurtriers qui ont frappé la France. Aux yeux du chroniqueur du Monde, de manière quasiment pathologique, c’est toujours la France, Israël et l’Occident qui sont coupables, même quand des terroristes islamistes tuent hommes, femmes et enfants dans les rues de Paris ou de Jérusalem… Mais il faut reconnaître que cette “culpabilité originelle” de l’Occident n’a pas été inventée par Christophe Ayad et par Le Monde.

En réalité, comme je le montre dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, ce sont des intellectuels juifs qui ont, parmi les premiers, développé l’idée d’une faute consubstantielle à la naissance de l’Etat d’Israël (le “péché originel du sionisme”), en accusant systématiquement les Juifs et le sionisme d’être responsables de chaque vague de violence arabe en Eretz-Israël, depuis les années 1920 (avant la création de l’Etat et bien avant la soi-disant ‘occupation des territoires’…). Nous vivons aujourd’hui encore dans le paradigme trompeur de la culpabilité des Juifs et de l’Occident.

* Avocat et écrivain, vient de publier La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition

Voir aussi:

Dans Le Monde, Christophe Ayad parle de l’enjuivement de la société, les nazis parlaient comme lui
Davvid Frankel

Dreuz Info

3 décembre 2016
Je fais de l’esclandre à Christophe Ayad pour son article intitulé « L’israélisation du monde (occidental) » qui a paru dans le journal Le Monde en date du 1er décembre 2016.
La langue française est suffisamment riche pour ne pas devoir user d’un néologisme lourd et de mauvais aloi.

« L’importation des méthodes israéliennes » aurait fort bien convenu pour titrer un propos empreint de partialité. En outre, vouloir dénoncer la soit-disant « israélisation de l’Occident » nous renvoie aux années noires lorsque les nazis dénonçaient l’ « enjuivement » de la culture.

Revenons à l’article lui-même.

L’idiotie partisane y atteint son paroxysme lorsque le signataire de celui-ci,  au lieu de vilipender ceux qui sèment la mort parmi leurs semblables, dénigre tout au long de son texte un pays où deux mille innocents ont déjà été sacrifiés sur l’autel du terrorisme. Et il est indigne de s’en prendre aux moyens de secours contre les risques terroristes qui foisonnent partout.

Il n’est pas étonnant qu’un tel article voit le jour dans un pays qui est toujours en proie à ses anciens démons. Cette France qui se dépêche à appliquer la discrimination des produits provenant de Judée-Samarie rappelle l’empressement dont le régime collaborationniste français de Vichy, a fait preuve pour étiqueter la mort des juifs.

Voir également:

L’israélisation du monde (occidental)

Chronique. Tombant dans le piège tendu par Al-Qaida et l’EI, l’Occident s’est mis à ressembler à Israël : une forteresse assiégée, cherchant des réponses sécuritaires à ses problèmes politiques.

Christophe Ayad

Le Monde

01.12.2016

C’est une information passée inaperçue dans le tumulte politique qui gagne l’Europe après avoir submergé les Etats-Unis. Une nouvelle recouverte par le fracas de la guerre qui traverse le Proche-Orient, d’Alep à Mossoul. Et pourtant, cette histoire aurait pu faire la « une » car elle augure de l’avenir de l’Occident, pour le meilleur comme pour le pire.

Comme le révélait Le Monde dans l’édition du 28 novembre, les services de sécurité israéliens ont déjoué, en avril 2016, le projet d’attaque au couteau d’une jeune fille palestinienne de Jénine, avant qu’elle ne tente de passer à l’acte. Une attaque fomentée dans le secret de sa chambre d’adolescente, sans prendre d’ordre ni avertir personne, un projet parfait de « loup solitaire ».

Comment ? En croisant des renseignements humains avec les données de ses connexions Internet, analysées par de puissants algorithmes qui surveillent en permanence la quasi-totalité de la population palestinienne (2 millions sur un total de 2,9 millions de personnes) de Cisjordanie.

C’est une nouvelle considérable et dérisoire à la fois. La cyber-surveillance poussée à son point de sophistication le plus élevé et le refus de se poser la seule question qui vaille : pourquoi une jeune fille pas encore majeure en vient à projeter de poignarder des soldats ou des civils au lieu d’aller en classe ?

Israël a subi la violence terroriste bien avant qu’elle ne frappe les pays occidentaux et c’est pour cela qu’il faut observer de près ce qui s’est passé dans ce pays ces deux dernières décennies – depuis la vague d’attentats-suicides du Hamas au milieu des années 1990, qui a fait dérailler le processus de paix d’Oslo, déjà moribond après l’assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin par un extrémiste juif.

Forteresse assiégée

Depuis, Israël n’a eu de cesse de sophistiquer son arsenal technologique et ses moyens militaires dans sa lutte sans fin « contre la terreur », avec un succès réel mais en adoptant une approche essentialiste des Palestiniens, qui chercheraient par nature à tuer les juifs, et au détriment de toute possibilité de règlement politique.

Cette logique a entraîné un cercle vicieux, où chaque nouvelle mesure antiterroriste (le mur de séparation, les checkpoints, les permis de travail, etc.) a suscité la naissance de nouvelles formes de violence. Jusqu’aux plus rudimentaires comme les attaques au couteau.

Dopée par une opinion toujours plus sensible aux questions sécuritaires, la classe politique israélienne a fini par assimiler toute forme de violence à du terrorisme, prônant son éradication totale, dans une quête sans fin du « zéro faille ». Et c’est comme cela que les services de renseignement se retrouvent à surveiller les ordinateurs des adolescentes palestiniennes sans que jamais les politiques réfléchissent à une solution durable.

Tombant dans le piège tendu par Al-Qaida et l’organisation Etat islamique, comme naguère Israël est tombé dans celui du Hamas, l’Occident tout entier s’est mis à ressembler de plus en plus à l’Etat juif : une forteresse assiégée, cherchant des réponses sécuritaires à ses problèmes politiques.

Mais il n’y a pas que dans le domaine de la sécurité qu’Israël a été précurseur : ce fut aussi le cas sur la question des migrants. Dès 2011, le pays a commencé à élever un mur électronique à sa frontière avec l’Egypte pour empêcher les « infiltrations » de candidats africains à l’asile. De fait, Israël est devenu « l’avant-poste » d’un monde occidental qui se voit comme cerné, faible et en décadence face à un monde devenu hostile.

L’éloge de la force plutôt que la force du droit

Le débat sur le « grand remplacement », en vogue dans les milieux de droite et d’extrême droite en Europe mais aussi aux Etats-Unis (où les Latinos tiennent le rôle des communautés arabo-musulmanes de ce côté-ci de l’Atlantique), fait écho à celui sur le caractère juif et/ou démocratique d’Israël : pour protéger la nature juive d’Israël, il faudrait renoncer à certains de ses aspects démocratiques, sous peine d’être englouti sous la masse des Palestiniens, qu’ils soient citoyens ou maintenus sous le joug de l’occupation.

Autrement traduit : pour préserver notre modèle, il faudrait renoncer à certains des aspects de l’Etat de droit, un débat qui a des échos en France depuis l’instauration de l’état d’urgence. L’éloge de la force plutôt que la force du droit. D’où les innombrables attaques contre la Cour suprême et les ONG accusées de « trahison » des intérêts nationaux.

C’est aussi au nom de cette prétendue menace démographique et culturelle, que le discours de la majorité « blanche » s’est tribalisé. La question identitaire a fini par se substituer à toutes les autres, pourtant bien réelles, à commencer par celle des inégalités sociales.

Se souvient-on du « printemps israélien », qui vit des centaines de milliers de manifestants se mobiliser pendant tout l’été 2011 contre la cherté des logements, et plus généralement contre l’érosion méthodique de l’Etat-providence depuis le milieu des années 1990 ? Pourtant, les élections de 2015 ont débouché sur le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.

Boucs émissaires

Ici comme là-bas, les pauvres votent non pas pour ceux qui défendent leurs intérêts mais pour ceux qui leur jettent en pâture des boucs émissaires. Outre les Palestiniens, les anciennes élites – essentiellement ashkénazes –, qui ont fondé le pays et ses valeurs, sont devenues l’objet d’un fort ressentiment des « dominés » de la société israélienne : les séfarades, les immigrants russes, etc.

Si la droitisation extrême de la vie politique et de l’opinion israélienne a pu donner l’illusion, ces dernières années, d’un isolement croissant de l’Etat juif par rapport au reste du monde occidental, fatigué de l’impossible règlement du conflit israélo-palestinien, c’est, en réalité, le contraire qui s’est passé : c’est l’Occident qui a rejoint Israël, devenu le symptôme avant-coureur de ce qui l’attend.

C’est pour cela, que malgré son caractère de « basse intensité » et son passage au second plan face au chaos régional, il est essentiel de régler le conflit israélo-palestinien d’une manière réaliste et rationnelle.

Voir encore:

Jacques Tarnero

28 Juin 2016

« La liberté a un prix » / « Freedom is not free »
Un film racontant cette fabuleuse histoire est en cours de réalisation. Il a besoin de votre aide tant rapporter un exploit d’Israël ayant sauvé les passagers français d’un avion français, un équipage français, est quelque chose qui ne peut pas être dit ni montré selon les canons du politiquement correct.
Pourquoi faut-il se souvenir d’Entebbe 1976 ?
Il y a quarante ans, le 27 juin 1976 le vol 139 de la compagnie Air France était détourné de son trajet initial Tel Aviv – Paris vers l’aérodrome d’Entebbe en Ouganda par un commando terroriste allemand et palestinien. Une semaine plus tard dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976, par un raid éclair, l’armée israélienne parvenait à libérer les otages et à les ramener libres en Israël.
Pourquoi faut-il se souvenir d’Entebbe ? Pourquoi faut il se souvenir de cette action terroriste en particulier et pourquoi faut-il se souvenir de l’opération menée par Israël ?
Parce que les germes du temps présent sont inscrits dans cette semaine de l’été 1976. Tout y est : la violence terroriste, l’alibi progressiste de cette violence, les gestes antisémites des terroristes, le courage de l’équipage, la solitude d’Israël, la couardise des nations, l’audace de l’attaque israélienne, les réactions à cette intervention, les masques de la bonne conscience .
Cette affaire d’Entebbe est exemplaire à plus d’un titre : bien sur il y a l’exploit militaire mais il y a surtout les autres parts réelles et symboliques de cette pièce : les terroristes : qui sont-ils, comment se sont-ils comportés ? Qui étaient les otages et en particulier l’équipage de l’Airbus et son commandant ? Qui composait la force israélienne ? Comment fut imaginée son action ? Quelle en était la part de risque ? Quelles furent les réactions du pouvoir en France ? Quels furent les discours des décideurs politiques, des diplomates ? Quels furent les réactions politiques et les commentaires médiatiques ?
Cette histoire représente à la fois une action politique, militaire et symbolique. Parce que ce fait d’armes mérite qu’on lui rende hommage d’une part pour son audace et sa performance et qu’il va rester comme l’une des actions les plus audacieuses de l’histoire militaire, d’autre part pour la leçon de choses qu’il donne. Cette action est emblématique d’un combat pour la liberté contre le fascisme contemporain fût-il grimé des oripeaux de la Révolution au service des déshérités.
Ceux qui ont la chance de vivre libres doivent rendre hommage à ceux qui ont permis cette liberté. L’hommage des vivants aux Résistants du Vercors, aux Justes des nations, à ceux qui sont venus de l’autre côté de l’Atlantique pour mourir à Omaha beach, au commando d’Entebbe qui est venu libérer des innocents retenus en otage. C’est une même histoire qui se raconte. Celle ci regroupe dans un temps réduit, limité, précis, tous les ingrédients des blessures, des impostures, des crimes du XXe siècle.
Quels sont les acteurs ?
Premier acteur: le commando terroriste 
Il est composé de deux palestiniens et  deux allemands de l’ex Fraction Armée Rouge. Que des palestiniens du FPLP détournent un avion civil, il n’y avait pas à l’époque matière à étonnement. Dès 1970, la piraterie aérienne et la prise d’otage révolutionnaire constituaient les moyens d’une fin mal définie. La cause palestinienne avait muté en mythe magnétique, attirant à elle tous les désirants planétaires de la radicalité anti impérialiste. Depuis le spectaculaire attentat aux jeux olympiques de Münich en 1972, la Palestine a envahi l’espace de l’imaginaire révolutionnaire. Après l’Algérie, Cuba et le Viet Nam, la cause des causes porte le keffieh. Arafat s’était substitué à Guevara pour une longue marche sanglante vers l’avenir radieux des masses opprimées. Peu importait si le massacre en 1974 d’écoliers israéliens à Maalot en était le prix : la fin justifiait des moyens auxquels les intellectuels gauchistes de l’époque trouvaient des vertus émancipatrices. Par la seule magie de son sigle, le FDPLP (qui avait donc ajouté le D de démocratique à ses initiales) trouvait grâce aux yeux de la LCR… C’est donc nourri de ces idéaux que ce commando transnational va opérer. La nouveauté réside dans le partage des tâches à l’intérieur même du groupe.
Ce sont les allemands et les palestiniens qui vont trier dans les passagers otages à Entebbe. Ils vont séparer ceux qui sont juifs ou israéliens de ceux qui ne le sont pas. Wilfried Boese et sa complice Brigitte Kuhlmann sont issus de la génération allemande née après guerre. Ils sont ou prétendent être anti fascistes, anti-impérialistes, anti nazis, mais ils vont symboliquement reconduire les gestes du nazisme, de la génération d’avant, de cette dont ils se veulent la rédemption. Pour de vieux otages juifs à l’avant bras tatoué, c’est un cauchemar déjà vécu qui refait surface.  La rédemption du geste nazi par son décalque révolutionnaire. C’est tout le rapport dévoyé à la mémoire du fascisme de la génération européenne de l’après guerre qui s’exprime dans ce geste. Les gauchismes nés de L’Allemagne post nazie, du Japon post impérial ou de l’Italie post fasciste prétendent se libérer de la faute de la génération d’avant, de leurs parents. Dans une dialectique folle, ils reconduisent symboliquement les mêmes gestes : ils vont tous avoir pour cible privilégiée les victimes du fascisme et du nazisme : à Lod, en 1972, à l’aérodrome de Tel Aviv, ce sont des japonais de l’Armée Rouge Japonaise qui ont massacré au nom de la Révolution mondiale. Ce sont groupes radicaux italiens qui vont prêter main forte à un attentat contre la grande synagogue de Rome. Le choix de l’Ouganda d’Amin Dada comme lieu refuge pour le commando palestino allemand ajoute à la confusion symbolique. Amin Dada est devenu un admirateur d’Hitler après avoir été un allié d’Israël. Sa brutalité inculte, son délire n’ont pas dégouté les gauchistes ni les commentateurs de l’époque déplorant qu’Israël soit intervenu comme un colonialiste humiliant un pauvre africain noir.
Ce renversement symbolique de la cible ne fait pas problème pur ces antifascistes. S’attaquer aux cibles juives labélisées « sionistes » est un geste progressiste dans les années 70, puisque les palestiniens sont considérés comme les nouveaux juifs et que le nouvel Hitler se nomme Israël. On pourra mesurer le succès ultérieur de cette mise en équivalence née dans les années rouges. Cette équation se déclinera avec le succès que l’on sait jusque dans les années 2000, de l’intifada  à la conférence de l’ONU de Durban (Aout 2001). C’est au nom des droits de l’homme et de l’antiracisme que s’exprime la haine des juifs. Elle trouve désormais sa légitimation au nom de l’émancipation du genre humain.
Deuxième acteur et élément de réflexion : les otages avec en particulier l’équipage de l’Airbus 
Le commandant Michel Bacos, ancien des Forces Françaises Libres fait le choix de rester avec ses passagers, avec les passagers juifs restants que le commando a gardés. Tout l’équipage partage la décision de son commandant qui veillera jusqu’au bout à ce que tous les otages soient bien embarqués dans les avions israéliens venus les secourir. Au cours de l’assaut israélien, Michel Bacos criera à ses passagers : « couchez vous, ce sont les israéliens … » Plus tard un journaliste lui posera cette question « comment aviez vous deviné que c’étaient des soldats israéliens ? » et Michel Bacos  eut cette réponse : « mais qui d’autre vouliez vous que ce soit ?» Cette parole lui sera reprochée. Cet équipage et son commandant sont des Justes au même titre que ces Justes qui ont protégé de leur vie des Juifs traqués sous Vichy ou le nazisme.
Tous les otages ne furent pas saufs. Trois furent tués pendant l’assaut et une otage âgée,  madame Dora Bloch, transportée à l’hopital de Kampala, fut assassinée par les sbires d’Amin Dada en vengeance de l’action israélienne.
Troisième acteur : la riposte israélienne
La décision de mener une action de force pour libérer les otages reste un choix politique d’une audace inouïe et d’une incroyable prise de risques. La complexité tactique de l’opération (la distance à parcourir, les risques sur place en Ouganda) donnait à sa réussite un pourcentage de chance réussite réduit. Cette action est exemplaire à plusieurs titres : celui du courage, celui de la solitude, celui de la solidarité d’un peuple qui ne compte que sur lui même. Loin d’être une action réduite à sa performance technique, l’opération est exemplaire pour les conditions psychologiques et culturelles qui lui ont permis de réussir. Elle est aussi humiliante pour ceux  qui ont fait la fine bouche sur son succès : la diplomatie française.
L’action militaire israélienne n’aura coûté qu’une seule vie aux soldats de Tsahal. Le chef opérationnel de la force d’intervention, le colonel Yonathan Netanyahu,  soldat d’élite et philosophe à la fois. La lecture de ses lettres met en valeur cette qualité particulière de ces hommes nourris d’un idéal spirituel éloigné de tout fanatisme. Cet intellectuel puise sa force dans autre chose que la force. On est bien loin des clichés militaristes. Jonathan Netanyahu est autant un soldat de l’An deux qu’un cadet de Saumur ou qu’un de ceux de l’Affiche rouge.
Mais qui peut entendre cela aujourd’hui ?
Quatrième acteur et élément : l’action diplomatique
Depuis novembre 1967, « la politique arabe de la France » constitue l’axiome de sa diplomatie proche orientale de la France. Même si les nostalgies de grandeur visant à damer le pion aux « anglo-saxons », même si les rêves d’un Levant chrétien inspiré par la France, se sont quelque peu estompés, une autre politique s’est bien mise en place : le temps du « Israël, notre ami, notre allié » (de De Gaulle à Ben Gourion) est bien révolu. Cette réorientation stratégique, apparaît désormais solidement établie au nom de ce qui est estimé correspondre à l’intérêt du pays : besoins en pétrole et des débouchés économiques de l’hexagone. Trois ans après le choc pétrolier de la guerre du Kippour (1973) il ne s’agit surtout pas d’alourdir la facture par des gestes inconsidérés. Ceci pourrait être éventuellement entendu au nom d’une politique à courte vue des intérêts supposés supérieurs du pays.
La diplomatie a besoin d’un supplément d’âme  qui va trouver chez Charles de Foucauld, Benoit Meschin ou Louis Massignon la source de son inspiration. Le Quai d’Orsay est en manque d’un Lawrence d’Arabie au petit pied. Des liens avec le futur « ami Saddam » se nouent. De Pompidou à Giscard  l’empathie pour Israël n’est pas de mise. Le Quai d’Orsay ne trouve rien à redire au boycott arabe et au mieux la France s’abstient pour le vote à nombre de résolutions d’organisations internationales de l’ONU, de l’UNESCO, de l’OMS accablant Israël, au pire elle y consent. Dans l’affaire d’Entebbe quelle va être l’attitude de la France ? Il s’agit d’un avion français, d’un équipage français, pour partie de passagers français. Le président de la République est Valery Giscard d’Estang, son Premier Ministre est Jacques Chirac, son Ministre des Affaires étrangères, Jean Sauvagnargues et son Ministre de l’Intérieur Michel Poniatovsky.
Si l’Elysée se réjouit de la libération des otages (sans nommer leur libérateur ni même le remercier) la seule réaction où le nom « Israël » est prononcé vient du Quai d’Orsay qui regrette que la souveraineté de l’Ouganda ait été malmenée par Israël. On ne peut que rétrospectivement prendre la mesure de ce passé diplomatique, de ces choix politiques hasardeux (équipement nucléaire de l’Irak de Saddam Hussein) et dans cette caution donnée à la part régressive du monde arabe sous couvert d’équilibre et de justice pour les faibles et les pauvres.
Le dernier élément de cette histoire réside dans son impact et les réactions qu’elle a provoquées
En Israël c’est l’euphorie d’un pays tout entier à la joie d’avoir vaincu l’adversité. Ce qui semblait impossible a été rendu possible grâce à l’audace et au courage. Israël est resté fidèle à sa formule matricielle : « ein brera », « il n’y a pas le choix ». En Occident, les réactions dépendent des inclinations idéologiques de chacun. Le 5 juillet Libération affiche ce titre : « championnat du terrorisme, Israël en tête » avec un éditorial de Serge July  dénonçant « le temps des hypocrites » et l’action néo coloniale contre un Ouganda souverain. L’Humanité n’est pas en reste et dénonce « l’attaque Israélienne contre l’Ouganda »…
L’histoire continue… mais la libération des otages à  Entebbe demeure comme un exemple d’énergie et de courage pour les nations, pour celles qui ne démissionnent pas devant le crime. Le 4 juillet 1976 le courage avait un nom : celui d’Israël. La liberté a un prix. Freedom is not free !
Un film racontant cette fabuleuse histoire est en cours de réalisation. Il a besoin de votre aide tant rapporter un exploit d’Israël ayant sauvé les passagers français d’un avion français, un équipage français, est quelque chose qui ne peut pas être dit ni montré selon les canons du politiquement correct.
 

Voir de même:

40 ans de l’Opération Yonathan
Jacques Tarnero : « A Entebbe, les salauds sont les terroristes, allemands et palestiniens »
Sandrine Szwarc

Actualité juive

30/06/2016

Si la liberté a un prix, l’exploit d’Israël à Entebbe en porte le témoignage. Pour le marteler, le sociologue, essayiste et documentariste Jacques Tarnero prépare un documentaire, “La liberté a un prix/Freedom is not free” dont la sortie est prévue au printemps 2017.

Actualité Juive : Vous travaillez actuellement sur un film documentaire concernant le raid d’Entebbe dont on célèbre ces jours-ci le quarantième anniversaire. Quelle en est l’origine ?
Jacques Tarnero : L’idée de faire un film sur Entebbe est née du souvenir que j’avais de cette affaire. Pour moi, il représente la plus parfaite illustration du code éthique de Tsahal à propos de la « pureté des armes ». Je ne connais pas beaucoup d’opérations militaires incarnant à ce point la lutte du Bien contre le Mal. Je pourrais intituler ce film : « Les salauds, les héros et les corniauds », tant chacun est dans un rôle exemplaire. Les salauds sont les terroristes, allemands et palestiniens. Ils vont trier entre les passagers, séparant les otages israéliens et juifs des autres otages non-juifs. Et ce sont des Allemands d’extrême gauche qui vont participer à ce tri ! Au nom de la libération des peuples et de la justice pour les Palestiniens ! Le salaud grotesque c’est Idi Amin Dada qui va héberger et protéger les terroristes. Les héros, ce sont les passagers otages, dignes jusqu’au bout. Ce sont les membres de l’équipage de l’Airbus d’Air France qui ont refusé d’abandonner leurs passagers. Ils méritent d’être nommés Justes parmi les Nations car ils ont protégé des Juifs au péril de leurs propres vies. Le commandant de l’Airbus d’Air France, Michel Bacos est un héros en Israël. Il a eu cette parole fabuleuse quand la télévision lui a demandé : « Comment saviez-vous que c’étaient les Israéliens qui venaient vous libérer ? ». Il a répondu : « Et qui d’autre vouliez-vous que cela fût ? ». Cette réponse a déplu à certains dans les hautes sphères françaises à l’époque. Les héros, ce sont enfin les soldats de ce commando de l’armée israélienne qui ont accompli cet invraisemblable exploit. Il faut nommer deux d’entre eux : Yoni Netanyahou qui commandait la force d’assaut et qui a été le seul soldat de Tsahal tué, et Sorin Hershko, qui est resté paralysé à vie après qu’une balle lui a sectionné la moelle épinière. Les pilotes des avions Hercule, sur qui reposait toute la réussite de cet exploit, sont aussi des personnages fabuleux de modestie. Ils ont réussi quelque chose d’invraisemblable. Les corniauds enfin ce sont tous ceux qui ont fait la fine bouche devant cet exploit : il s’agit d’un avion français, de passagers français, d’un équipage français et c’est Israël qui vient les libérer. La France de Giscard d’Estaing dit merci du bout des lèvres. La presse de gauche fait la grimace ou condamne : Libération titre « championnat du terrorisme, Israël en tête » !

A.J.: Le commando terroriste est-il une illustration du nazislamisme ?
J.T. : Le commando se définissait comme révolutionnaire d’extrême gauche. Il anticipe la conférence de l’ONU à Durban contre le racisme, en 2001 où l’on a crié des « mort aux Juifs » au nom de l’antiracisme. L’identité politique de ce commando est au contraire exemplaire du renversement du sens des mots. Il prétend agir pour la justice et il va trier entre les passagers, séparant juifs et non-juifs. Ainsi il va reconduire – au nom de la liberté – les gestes des bourreaux nazis de la génération d’avant. Personne n’a voulu comprendre à l’époque ce que symboliquement cela signifiait de la part de jeunes Allemands : la rédemption du crime nazi par le crime révolutionnaire. Joshka Fischer, gauchiste à l’époque (il deviendra ministre des Affaires étrangères du chancelier Shroeder) va dénoncer cette action. Elle constituera pour lui un révélateur et sa rupture avec l’extrême gauche. Ce n’est qu’au début des années 80, après la montée en puissance de l’islamisme que le gauchisme va virer à l’islamogauchisme.

« Le Quai d’Orsay est resté fidèle à lui-même »
A.J.: On ne le répète pas assez : en quoi l’action militaire israélienne pour libérer les otages a été exemplaire ?
J.T. : L’action militaire israélienne est exemplaire à plusieurs titres. D’abord la prise de décision. Celui qui décide est seul, et le Premier ministre Yitzhak Rabin a décidé. Tout repose sur lui, comme sur le pilote du premier avion Hercules qui va poser son appareil dans le noir. Cela aurait pu tourner à la catastrophe tant les risques étaient grands. Il a fallu une audace inouïe pour imaginer une telle opération. Il faut se remettre dans le contexte psychologique de l’époque. Il y a eu le traumatisme de la guerre de Kippour, celui de l’attentat des jeux olympiques de Munich, de Maalot, de Lod. Israël n’arrête pas de porter le deuil, et brusquement avec une énergie fabuleuse Israël renverse le cours de l’histoire et ceci grâce à une poignée d’hommes. Israël a utilisé la force armée pour combattre un terrorisme ignoble à tous points de vue qui avait pris des civils innocents en otage. Que l’Humanité et Libération à l’époque, aient condamné l’action d’Israël est aussi exemplaire de cette ignominie idéologique dont la gauche de la gauche est souvent friande.

A.J.: Et paradoxalement, le Quai d’Orsay a condamné les victimes. Entebbe serait-il une étape dans « la politique arabe de la France » ?
J.T. : Le Quai d’Orsay est resté fidèle à lui-même, c’est-à-dire un organe réactionnaire, perpétuant une vision absurde du rôle de la France au Proche-Orient, faisant les yeux doux à ses ennemis, alors qu’elle se prétend protectrice des Chrétiens d’Orient… Les locataires du Quai d’Orsay se rêvent en Lawrence d’Arabie illusoires. A l’époque le Quai qui est piloté par Jean Sauvagnargues, va déplorer l’action contre l’Ouganda tout en se félicitant de la libération des otages sans nommer leurs libérateurs. La « politique arabe » de Giscard d’Estaing a sans doute été la plus antipathique pour Israël, suivie de peu par celle de Chirac.

A.J.: En conclusion, quelles sont les leçons à retenir d’Entebbe que vous traiterez dans votre long-métrage ?
J.T. : Les leçons d’Entebbe se résument en une formule qui est celle gravée dans le monument à Washington, honorant les marines américains tombés à Omaha Beach : « freedom is not free ! », « la liberté n’est pas gratuite ». Elle a un prix, celui du courage, et Israël, cette nuit du 3 au 4 juillet 1976 était l’incarnation du courage, c’est-à-dire tout ce qui fait défaut à l’Europe aujourd’hui.

Voir enfin:
Raid sur EntebbeJacques Tarnero : « Un interdit de dire ou de montrer quelque chose de bien d’Israël »
Lundi 4 juillet 2016 par Nicolas ZomersztajnIl y a 40 ans, dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976, un commando de l’armée israélienne lance un raid sur Entebbe (Ouganda) pour libérer les 103 passagers juifs du vol Air France Tel-Aviv-Paris détourné par un groupe de terroristes allemand et palestinien.Le film La liberté a un prix* du documentariste français Jacques Tarnero raconte cette histoire. Rencontre avec Jacques Tarnero qui revient sur cette opération exceptionnelle de Tsahal, ainsi que sur les difficultés d’en parler aujourd’hui en France.L’opération Entebbe menée par Tsahal fut-elle une véritable prouesse ?Jacques Tarnero : Bien-sûr. Les risques pris pour mener cette opération de sauvetage étaient immenses. Tout reposait sur les épaules du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin et sur celles de l’officier pilote qui pose le premier Hercule C-130 à Entebbe dans le noir le plus total. Il aurait suffi qu’un pneu de l’avion éclate ou que les Ougandais ouvrent le feu pour que cela tourne au désastre. Il y a eu de la part des Israéliens une prise de risque d’une audace stupéfiante. Non seulement cette opération est une performance technique, mais il s’agit aussi d’une action éthique. Le chef du commando, Yoni Netanyahou, appartient à une classe de soldats israéliens pour qui la « pureté des armes » n’était pas un vain mot. J’ajoute qu’il faut aussi rendre hommage à l’équipage Air France du commandant Michel Bacos, pilote de l’Airbus A300 d’Air France reliant Tel-Aviv à Paris. L’attitude de cet équipage est digne de celui des Justes parmi les nations pendant la Guerre : ils ont protégé des Juifs menacés de mort au péril de leur propre vie, alors que les terroristes leur avaient proposé de partir.Qu’apporte votre film sur cet événement déjà largement documenté ? J.T. : Ce film va d’abord rappeler cette histoire aujourd’hui largement et délibérément occultée tant le politiquement correct ne peut admettre une image positive d’Israël. Les témoignages que j’ai recueillis posent des questions qui n’ont pas été traitées jusqu’à présent : que viennent faire deux terroristes allemands de l’extrême gauche, de l’ex-Fraction Armée Rouge (Brigitte Kuhlmann et Wilfried Böse), dans ce détournement d’avion ? On peut légitimement se poser la question. Bien qu’ils soient mercenarisés par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), ils pensent être du bon côté en combattant pour la cause palestinienne. Ils vont néanmoins participer à ce geste symbolique de la sélection en séparant les passagers juifs des non-juifs. Les preneurs d’otages ont ainsi libéré dans un premier temps les passagers non israéliens, ne gardant que les Juifs, qui étaient menacés de mort au cas où Israël n’accéderait pas à leur demande. Une otage juive parlant allemand a demandé à Wilfried Böse s’il avait conscience de ce qu’il était en train de faire. Il ne lui a pas répondu. C’est ce geste qui conduira Joschka Fischer (ministre allemand des Affaires étrangères de 1998 à 2005 et militant gauchiste dans les années 1970) à rompre brutalement avec le gauchisme. Au nom de la Révolution, il estime que ses camarades reproduisent les gestes que leurs parents ont accomplis au nom du nazisme.Après la libération des otages par le comando de Tsahal, c’est pourtant Israël qui est condamné par la Communauté internationale. Comment l’expliquez-vous ? J.T. : Tout le monde juge le dictateur ougandais Amin Dada grotesque. Alors que le détournement sur Entebbe est le commencement du déclin d’Amin Dada dont on savait à l’époque qu’il était le bourreau de son peuple. Près de 300.000 personnes ont été tuées sous son règne. Or, après le raid israélien, le Secrétaire général de l’ONU, l’ancien SA Kurt Waldheim, condamne Israël en l’accusant de violer la souveraineté ougandaise. Ce qui est pitoyable, mais pas étonnant de la part d’un ancien nazi.La diplomatie française n’est pas très brillante non plus… J.T. : Le Quai d’Orsay regrette qu’il y ait eu des dégâts. Le président Giscard d’Estaing se félicite de la libération des otages, mais ne dit jamais qui les a libérés. Il ne remercie même pas les autorités israéliennes d’avoir sauvé un avion Air France avec un équipage français et des passagers français. Lorsque les journalistes demandent au commandant Bacos comment il a su que le commando qui les sauvait était israélien, il a répondu « qui voulez-vous que ce fut d’autre ? ». Suite à cette déclaration, l’état-major français se fend d’un communiqué dans lequel il affirme que l’armée française aurait pu le faire. Toujours est-il qu’elle n’a rien fait. Il y avait tout simplement un véto politique. Il est clair que les forces françaises étaient capables d’agir, d’autant plus qu’elles ont des bases à Djibouti ou ailleurs en Afrique. La distance est moins longue qu’entre Tel-Aviv et l’Ouganda.N’avez-vous pas le sentiment qu’il y avait déjà un climat hostile à Israël qui préfigure ce que nous voyons aujourd’hui en termes d’antisionisme et d’antisémitisme ? J.T. : Il y a un début et une fin. Cela commence le 27 juin et cela finit quelques jours plus tard le 4 juillet 1976. Il y a une unité de temps et tous les acteurs sont dans leur rôle respectif. J’aurais pu intituler ce film Les salauds, les héros et les corniauds. Les terroristes sont les salauds, l’équipage du vol Air France et les soldats israéliens les héros, et les diplomates sont les corniauds. Mais pas les seuls parmi les corniauds. Il faut aussi y inclure les commentaires médiatiques et politiques de l’époque. Ainsi, le 5 juillet 1976, Libération titre de cette manière : « Championnat du terrorisme, Israël en tête », avec un éditorial de Serge July dont le titre est « Le temps des hypocrites ». Il condamne sans appel ce qu’il considère comme une euphorie occidentale néo-colonialiste où les Israéliens ont attaqué un pays africain. En revanche, il ne dit pas un mot sur le terrorisme. L’Humanité ne fait pas mieux en titrant « Israël attaque l’Ouganda ». La victime, c’est donc l’Ouganda, et non pas les passagers pris en otage. L’Humanité en rajoute une couche en sous-titrant que Tsahal emmène les otages en Israël, comme si c’était l’armée israélienne le preneur d’otages. On voit donc que toutes les dérives anti-israéliennes dont nous sommes les témoins aujourd’hui sont déjà présentes en 1976.Avez-vous déjà un distributeur ? J.T. : Non. J’ai stocké des images, fait des interviews, mais le film n’est pas terminé, car il faut le pré-achat d’une chaine pour disposer des moyens financiers. Faire un film qui n’a d’autre prétention que de rappeler qu’Israël est allé sauver des passagers français d’un avion français oblige à faire des contorsions devant des comités de sélection pour intéresser des chaines de télévision françaises. La production est en train de prospecter, mais c’est très compliqué. Sortir un film sur une action héroïque et positive d’Israël qui sauve un avion, des passagers et un équipage français, ça ne peut pas être dit en France. Je suis confronté à une sorte de non-dit lorsqu’il s’agit de m’expliquer pourquoi on ne veut pas de ce film. Ainsi, j’avais introduit une demande de subvention auprès d’une région française. Elle m’a été refusée. J’ai donc demandé pourquoi. Il m’a été répondu que mon documentaire est « manichéen », de « parti-pris » et « unilatéral ». On me reproche de ne pas donner la parole à l’autre ! Mais qui est l’autre ? C’est hallucinant. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le point de vue démocratique. Comme s’il fallait donner la parole aux SS lorsqu’on parle de la Shoah. Le rapporteur de la commission de sélection des films m’a reproché de ne pas replacer les choses dans leur contexte. Mais je parle de Lod, Kiryat Shmona et de Maalot… Voilà le contexte. Et je sens aussi que les télévisions ont peur de diffuser un documentaire qui risque, dans leur esprit, de paraître comme islamophobe. Comme s’il y avait un interdit intériorisé de dire ou de montrer quelque chose de bien d’Israël et de démonter l’imposture du gauchisme. Si j’avais parlé de la Shoah, de Vichy ou du Front national, on m’aurait accueilli avec un tapis rouge.*Cliquez sur La liberté a un prix pour consulter la bande annonce du film de Jacques Tarnero

Voir par ailleurs (par un conspirationniste patenté du Réseau Voltaire)

Le Monde trouve de nouveaux mensonges et en recycle d’anciens
Louis Denghien

Info Syrie

20 juin 2012

Christophe Ayad, une figure de la désinformation bobo-atlantiste (parmi un certain nombre d’autres)
Le quotidien français naguère de « référence« , Le Monde, publie dans la rubrique Idées de son site un article récapitulatif de la situation actuelle en Syrie. C’est intéressant bien que largement mensonger, ou d’ailleurs intéressant car largement mensonger. En effet, l’auteur, Christophe Ayad, du service international du quotidien, donne à peu près l’état de l’analyse désormais faite par nos élites franco-mondialisée, au terme de 16 mois d’échecs diplomatique de l’Occident atlantisé, sur la crise.

S’abritant derrière une toute récente déclaration d’Hervé Ladsous, en charge à l’ONU des opérations de maintien de la paix, Ayad officialise en quelque sorte la guerre civile syrienne. Plus exactement, précise l’homme du Monde, il y a trois guerres civiles en une.

– d’abord une « guerre (du pouvoir) contre les civils« , ayant débuté en mars 2011. C’est l’occasion pour Christophe Ayad de recycler un des clichés favoris de la propagande anti-Bachar, auquel les journalistes français ne renoncent pas volontiers : celui des « manifestants à mains nues« . Ce cliché a certes correspondu à un réalité dans les tous premiers temps de la révolte, à Deraa notamment. Mais très vite, les manifestants ont été doublés par des extrémistes armés qui ont enclenché le cycle provocation-répression. Ayad dit que cette « révolution pacifique » se poursuit aujourd’hui dans tout le pays, et que la persistance de ces manifestations infirme la thèse du pouvoir syrien selon laquelle il n’est confronté qu’à des bandes armées. Car, écrit Ayad, « les Syriens ne veulent pas renoncer à ce qui fait l’essence même de leur révolution ».

Tiens donc ! On touche là à  ce que nous avons déjà appelé le « stalinisme bobo » : des milliers, voire, dans le meilleur des cas, des dizaines de milliers de manifestants aux slogans fleurant bon le sectarisme religieux – dont un grand nombre d’enfants en bas âge – représentent donc LES Syriens dans leur ensemble, qui sont tout de même la bagatelle de 23 millions ! Et dont des centaines  milliers ont à plusieurs reprises manifesté dans plusieurs villes leur soutien au gouvernement, sans que Christophe Ayad leur accorde la plus fugitive allusion. Si l’on est indulgent, on dira que le plumitif du Monde est tellement auto-formaté dan sa bonne conscience « citoyenne »qu’il ne se rend plus compte de ce qu’il écrit, ni des réalités du rapport de forces politique en Syrie !

-la deuxième guerre civile, il fallait bien qu’Ayad y vienne assez vite, c’est le « conflit inégal mais meurtrier » qui oppose depuis la fin de l’été l’ASL  à l’armée régulière. Réactivant le mythe biblique du David rebelle contre le Goliath gouvernemental, Christophe Ayad explique que si l’ASL n’est pas de taille à battre l’armée de Bachar, sa tactique de guérilla, son implantation et les armes « qu’elle commence à recevoir » inquiètent de plus en plus le régime…

Non, M. Ayed, l’ASL inquiète surtout – pour reprendre votre rhétorique – LES Syriens, qui perçoivent dans leur grande majorité les bandes rebelles comme des terroristes qui multiplient les attentats contre les personnes et les destructions des biens et infrastructures, et prennent des populations entières en otage comme à Homs. Quant aux (ex)actions des bandes armées elles ont commencé plus tôt que vous ne le dites : c’est le 6 juin 2011 qu’une troupe d’islamistes armés, qui ne se recommandaient pas encore de l’ASL, ont pris d’assaut un QG de la police à Jisr al-Choughour, massacrant au moins cent membres des forces de l’ordre. Et si la lutte est inégale entre les bandes et les militaires, c’est aussi que les premiers recourent souvent à la tactique de l’assassinat ciblé ou de l’embuscade contre le seconds.

Propagande invérifiable encore (et pour cause) que l’affirmation, empruntée prudemment à un service de l’ONU, selon laquelle les rebelles contrôlent « 40% » du territoire syrien : c’est l »habitude de l’OSDH de déclarer qu »une ville ou une région est sous contrôle de l’ASl, dès lors qu’une bande y a fait une apparition ponctuelle, avant de devoir s’éparpiller au premier retour offensif de l’armée. Au début de l’année, les médias français, Monde en tête, nous ont fait le coup, rappelez-vous, de l’ASL contrôlant toute la périphérie est de Damas, au point pratiquement d’assiéger Bachar dans son palais. Cette légende urbaine a duré 48 heures, mais manifestement elle fait encre rêver un Christophe Ayad !

Ce qui serait cruel, à cet égard, ce serait de se repasser le fil d’un an de dépêches OSDH/AFP, et d »articles du Monde : car on y lirait une suite ininterrompue de succès militaires de l’insurrection, transformant presque toutes les villes de Syrie en bastions, recrutant un flot continu de soldats dissidents, à se demander comment il subsiste un État et une armée syro-bachariste à l »heure actuelle !

-troisième conflit en cours en Syrie selon l’analyse ayadienne, « la guerre de tous contre tous » : là, le collaborateur du Monde vise les massacres de civils, commis d’un communauté à l’autre. Et là, bien sûr, Ayad sort de son chapeau la tuerie de Houla, en mai dernier, l’attribuant avec une tranquille assurance aux chabihas alaouites. Sait-il, ou feint-il d’ignorer, ce bourreur de crânes bobos, que pratiquement toutes les victimes de ce massacre appartiennent justement à des famille alaouites, et que même une famille était celle d’un député bachariste ? Que la télévision russe (qu’un Ayad, formé à la rude école gaucho-atlantiste de Libération, évidemment méprise statutairement) mais aussi un grand reporter de la Frankfurter Allgemeine Zeitung ont recueilli assez de témoignages et d’indices pour conclure à la responsabilité des miliciens islamistes, ASL ou pas, puisque même notre Ayad reconnait, avec ses mots de Tartuffe, « une grande autonomie des groupes » censés constituer cette ASL, et aussi une possible « infiltration » de celle-ci « par une composante djihadiste » (Que galamment ces choses-là sont dites !)

Bien-pensance géostratégique, déni de réalité, franc mensonges, mythes propagandistes, Le Monde sera toujours le Monde, et ses collaborateurs des collabos de l’OTAN ! Quand bien même ils auraient reçu, comme Christophe Ayad, le prix Albert Londres (décerné par le gratin du journalisme français mainstream) Mais, au fond, c’est la réalité et l’avenir qui devraient fournir le meilleur démenti aux assertions de ces militants déguisés en journalistes.


Boucliers humains: A Alep comme à Gaza, la désinformation vaincra (After Beirut and Gaza, Aleppo: Will the West ever learn ?)

16 octobre, 2016
beyrouthhumanshields hamashumanshields

Men and civil defence members look for survivors from under the rubble after an airstrike on the rebel held village of Taftanaz eastern countryside of Idlib, Syria, August 13, 2016. REUTERS/Ammar Abdullah

pallywoodeuropeQuelle est l’alternative (en Syrie)? L’alternative est-elle d’ajouter encore des milliers de morts aux 450.000 personnes qui ont déjà été tuées. Qu’Alep soit complètement envahie? Que les Russes et Assad bombardent partout indistinctement dans les jours à venir pendant que nous regardons cela impuissant? L’alternative, c’est essayer d’obtenir tout de même quelque chose puisque l’Amérique ne veut pas intervenir avec ses troupes. Or, l’Amérique a pris la décision de ne pas intervenir militairement en Syrie. Le Président a pris cette décision. John Kerry
Bachar el Assad ne mériterait pas d’être sur la terre. Laurent Fabius
Al Nosra fait du bon boulot. Laurent Fabius
La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes. Jean-Marc Ayrault
La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision. Jean-Marc Ayrault
Si le choix est entre Bachar et DAECH, il n’y a pas de choix. Jean-Marc Ayrault
Le régime syrien a confirmé avec une brutalité inouïe son objectif. Objectif qui n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme, l’objectif c’est la capitulation d’Alep. Nous avons tous en mémoire Guernica, Srebrenica, Grozny. Ce qui se déroule à Alep est la répétition de cette tragédie. Jean-Marc Ayrault
A propos de la situation humanitaire autour d’Alep. Pensez-vous que nous avons oublié comment les forces aériennes des États-Unis ont bombardé un hôpital en Afghanistan, au cours duquel ont péri des collaborateurs de l’organisation Médecins sans frontières? Ou bombardé des fêtes de mariages où jusqu’à 100 personnes ont péri en Afghanistan, puis maintenant au Yémen ce qui vient de se passer, lorsque, avec une seule bombe, 170 personnes ont été tuées, 500 blessées lors d’une cérémonie funéraire. Quoi qu’il en soit, partout où se déroulent des conflits armés, bien malheureusement meurent et souffrent des gens qui n’y sont pour rien. Mais nous ne pouvons permettre aux terroristes de se protéger derrière des civils qu’ils utilisent comme des boucliers humains, et nous ne pouvons permettre qu’ils fassent chanter le monde entier lorsqu’ils ont pris quelqu’un en otage, le tuent et le décapitent. Si nous voulons mener cette guerre à son terme avec les terroristes, il faut alors se battre contre eux, mais ne pas aller vers eux en s’inclinant, et se retirer à reculons. (…) À Alep la situation est contrôlée par une autre organisation terroriste qui s’appelle Jabhat al Nusra. Elle a toujours été considérée comme une aile d’Al-Qaïda et figure dans la liste des organisations terroristes établie par l’ONU. (…) Ce qui choque et nous étonne c’est le fait que nos partenaires, et plus précisément américains, d’une façon ou d’une autre tentent sans cesse de sortir le dialogue sur le terrorisme de ses limites propres. Et je vais vous dire pourquoi. Il me semble que nos partenaires systématiquement et constamment reviennent sur les mêmes travers, ils veulent utiliser le potentiel militaire de ces organisations terroristes et radicales pour accomplir leurs buts politiques ; et dans ce cas pour combattre le président Assad et son gouvernement, ne comprenant pas que plus tard ils ne réussiront pas à mettre ces terroristes de côté, dans un coin, et les contraindre à vivre selon les lois et le droit civilisés, s’ils arrivaient à vaincre quelqu’un. Vladimir Poutine (TF1)
Obama handling of Syria continues to become more incoherent and more damaging to American interests. Putin has not only, thanks to White House dithering and irresolution, managed to reinsert Russia into Middle East politics in a spoiler role and his gains have not just included a deepening and commercially beneficial relationship with Iran and the weakening of the European Union and Merkel’s leadership in it over the refugee issue; he has also, thanks to the incoherence of American policy, managed to drive a thick wedge into NATO by further alienating Turkey from the West and, especially Washington. As for what a naive and vainglorious President Obama once (back in those days when he collected Nobel Peace Prizes and was hailed as the second coming of Abraham Licoln by a clueless and infatuated press corps) identified as a central goal of his foreign policy—the reconciliation of America with the Muslim world—his callous abandonment of the Syrian Sunnis to their increasingly genocidal foes has done as much, if not more, to tarnish America’s reputation among Sunni Arabs than anything any of his predecessors managed to do going back to Harry Truman. The issues in Syria are difficult and the alternatives are few, but President Obama’s Syria policy is one of the shabbiest and sorriest displays of serial ineptitude that has unfolded in world politics in all these many years. That his emissaries and representatives attempt to cover the nakedness of their policy with grandiose rhetorical denunciation of the crimes that Obama’s incompetence has enabled merely underscores the horrifying moral and political emptiness of the President’s approach to world politics. Walter Russell Mead
Le report sine die de la visite du président russe à Paris, pourtant prévue de longue date, est un nouvel épisode du burlesque qui guide notre diplomatie depuis presque cinq ans. L’inauguration de la cathédrale orthodoxe du quai Branly était l’occasion pour la France de se replacer dans le jeu diplomatique alors que les relations américano-russes sont au plus bas. Mais François Hollande n’a pas eu le courage de préserver l’indépendance de la France. Il a préféré rallier in extremis les bons élèves du camp occidental. Dans une séquence improvisée, François Hollande a benoitement livré au micro de TMC ses hésitations. (…) Il laisse la décision à Vladimir Poutine. Et Vladimir Poutine de lui répondre moqueur :  “je viendrai quand François Hollande sera prêt”. Comme si Hollande n’était pas vraiment dans son assiette. Pas vraiment maître de lui même. Après tout, la France doit parler à Moscou pour exister sur la scène internationale. Mais la Russie n’a pas besoin de Paris pour compter dans le monde. Désireux de se ressaisir et de dissiper ce perpétuel sentiment de flou, François Hollande a tenté devant l’Assemblée du Conseil de l’Europe de prouver qu’il avait un cap, qu’il avait la carrure de Vladimir Poutine. Il a ainsi prétendu avoir reporté l’entrevue suite à ”un désaccord majeur entre la Russie et la France ». Mais c’est trop tard, le mal est fait. La France s’est humiliée. Drapé dans une logique humanitaire à sens unique, Jean-Marc Ayrault semble, de son côté, avoir enfilé les bottes de Laurent Fabius. Après le départ de ce dernier au Conseil Constitutionnel, la diplomatie française semblait pouvoir prendre une tournure un poil plus réaliste. En particulier dans ces deux grandes crises ukrainienne et syrienne mais depuis c’est la rechute. Le retour des grandes déclarations, des coups de menton et des doigts levés; cette parodie d’Aristide Briand à la SDN. La Russie a du mettre son véto à la résolution française de cessez le feu à Alep. Une gifle que le quai d’Orsay n’a pas digérée. Car Poutine est déterminé à terminer le siège des quartiers Est et à reprendre le contrôle de la Syrie septentrionale. Il s’agit pour Moscou, Téhéran et Damas d’infliger une cuisante défaite aux rebelles djihadistes alliés à la branche syrienne d’Al-Qaïda (leur « divorce blanc » n’a trompé personne pour reprendre l’expression de Fabrice Balanche). Moscou entend accélérer les choses avant les élections américaines. Les deux candidats promettent de replacer les Etats-Unis au rang de leader du monde libre mais ils ne prêteront serment que fin janvier. En attendant, Barack Obama n’a pas caché son souhait de reprendre Mossoul avant son départ de la Maison-Blanche. Sa priorité est la chute de Daech et il sait qu’il doit compter malgré tout sur Moscou pour atteindre son but. La course contre-la-montre est engagée. Tout doit être terminé pour l’hiver. A l’initiative de Moscou et Damas, plusieurs cessez-le-feu ont déjà été négociés ou proposés à Alep, sous l’égide de l’ONU, afin que la population alépine puisse sortir de ce piège. Malheureusement, les groupes djihadistes ont interdit à la population d’en profiter. La population civile est le bouclier humain et la caution morale des djihadistes et de leur famille. Les hôpitaux abritent des QG, ils permettent aux grands chefs de la rébellion de se protéger mais aussi d’exposer les blessés aux bombardements de l’aviation russe (comme à Kunduz avec l’aviation américaine). Le but est de jouer sur la corde humanitaire occidentale et de provoquer une intervention sinon une pression occidentale sur Poutine. La France se fait le porte-voix  de ses clients du Golfe. Lesquels relayent les cris des groupes djihadistes enfermés dans Alep. La France surjoue son rôle de patrie des droits de l’homme et de soldat de la paix. Mais en réalité, elle n’est plus maîtresse de son propre jeu. La France est entrée dans une confrontation avec la Russie qui la marginalise un peu plus. Plutôt que de réactiver une guerre froide inutile avec Moscou, et de multiplier les rebuffades, Paris ferait mieux d’assumer le dialogue. Pour combattre notre seul et vrai ennemi commun, les djihadistes. Hadrien Desuin
Make no mistake, the carnage taking place in Aleppo right now is a disgrace to the international community. The Syrian government and Russian-backed forces are reportedly using chemical weapons, barrel bombs and increasingly powerful explosives to target innocent men, women and children. While rebel fighters have undoubtedly embedded themselves in the city in fortified positions, it appears that the civilian population is bearing the brunt of the conflict. While there has been some condemnation from the UN, where are the protests on the streets of European capitals and where is the media frenzy about this disgrace? Had Israel been involved, or had the IDF aimed one solitary munition at Aleppo, I think the response would be much different. The international community’s condemnation of the Assad regime and Putin’s Russia is nothing compared to the vitriol leveled against Israel for its far more restrained (and completely justified) 2014 operation against Hamas in Gaza. Unfortunately for the 250,000 residents of Aleppo, the city is not being attacked by the IDF. There are no leaflets being dropped warning civilians to evacuate areas in the line of fire. There is no “roof knocking” — where non-explosive devices are dropped on the roofs of targeted buildings to give civilians time to flee. And judging by the number of civilian casualties and the extent of the destruction in Syria, there is very little to no concern for the well-being of innocent civilians. Aleppo is a testament to the double standards at play when it comes to the treatment of Israel’s military operations. There is, however, a caveat. The IDF should be held to higher standards than the militaries of both Syria and Russia. And that is why The Sunday Times of London caught my eye recently. One story was headlined “Putin’s gigantic firebombs torch Aleppo.” Next to it was an article entitled, “RAF drone crew divert missile to save ‘civilian’ seconds from death.” The dissonance between the two stories is striking. On one side, we have the alleged deployment by Russia of a weapon “capable of blasting a massive ball of flame across wide areas of Aleppo.” On the other, the release of a video by Britain’s Royal Air Force showing a drone missile aimed at ISIS terrorists being diverted at the last minute to avoid killing a civilian. One side was indiscriminately firebombing, while the other was deliberately acting to prevent civilian casualties. The RAF evidently felt that its tale was a positive story, which showed that its drone squadrons act both ethically and in accordance with international law. Why is this news? Israel released many videos from incidents where missiles targeting Hamas terrorists were diverted due to the presence of Palestinian civilians. So why then were Israel’s identical efforts not deemed newsworthy? Simon Plosker
Tous ceux qui comparent la situation en Syrie avec la guerre d’Espagne et les jihadistes aux brigades internationales bénéficient de l’engouement d’une partie des médias où l’émotion domine plus que la réflexion. Mais les choses sont bien plus complexes: le désastre humanitaire en Syrie est aussi la conséquence de cette irealpolitik. Cela dit, il est évident que ce qui se déroule à Alep-Est est horrible pour les populations civiles qui sont sous les bombes. Ce que décrit l’ONU sur la situation humanitaire est exact: hôpitaux détruits, population terrée dans des abris, femmes et enfants prisonniers des décombres, etc. Mais tous les observateurs un peu réalistes avaient anticipé ce qui allait se passer si les rebelles ne quittaient pas Alep-Est, comme cela leur avait été proposé par la Russie. (…) Les rebelles «modérés» ont refusé de se désolidariser du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda. Au contraire, deux des principaux groupes rebelles d’Alep dit «modérés», la brigade al-Zinki et Suqour es-Sham, se sont même officiellement affiliés à la coalition (Jaysh al Naser) dirigée par le Front al-Nosra durant la dernière trêve. Cela indique que le Front al-Nosra domine davantage les différentes factions rebelles, y compris celles considérées comme «modérées». Le Front al Nosra n’est pas membre de Fatah Halep, la coalition des rebelles d’Alep, mais c’est lui qui sur le terrain dirige les opérations militaires. Son emprise sur Alep-Est n’a fait qu’augmenter depuis le printemps 2016, date à laquelle il a envoyé 700 combattants en renfort alors que des combattants des brigades modérées commençaient à quitter la zone avant que la dernière sortie ne soit coupée. L’ouverture provisoire d’une brèche dans le siège d’Alep, en août 2016 (bataille de Ramousseh), a encore augmenté son prestige et son emprise sur les rebelles. (…) L’Arabie Saoudite et autres bailleurs arabes de la rébellion syrienne n’ont aucun intérêt à voir se concrétiser l’accord entre les États-Unis et la Russie. Ils veulent que le combat continue car sinon cet accord russo-américain signifie la victoire du camp Assad en Syrie et notamment celle de l’Iran. Les Saoudiens n’ont que faire des civils syriens, ils bombardent quotidiennement depuis deux ans le Yémen sans aucune considération pour la population civile. Nous sommes dans une guerre régionale et les considérations humanitaires sont instrumentalisées sans scrupules. L’objectif pour l’Arabie Saoudite est précisément d’obliger les États-Unis à intervenir davantage en Syrie pour bloquer l’Iran et la Russie. Pour cela il faut influencer l’opinion publique, c’est-à-dire les électeurs des membres du Congrès, en vue d’infléchir la politique américaine. Cela fonctionne puisqu’Alep est devenu un mot-clé de l’élection présidentielle américaine et il faudra beaucoup de détermination au successeur de Barak Obama pour résister aux pressions interventionnistes. (…) Depuis le printemps 2012, date de la militarisation à outrance de l’opposition syrienne, le régime syrien utilise une stratégie classique de contre-insurrection. Il s’agit moins de gagner les cœurs que de faire plus peur que l’adversaire et de prouver qu’il est le seul capable de ramener la paix en Syrie. Après cinq années de guerre, tout ce qui compte pour l’immense majorité des Syriens c’est précisément de vivre en paix, peu leur importe qui dirige le pays. Sur le plan psychologique, Bachar el Assad a donc gagné puisqu’il apparaît, au pire, comme le moindre mal. Il lui reste à éliminer les rebelles. Pour cela il faut les séparer de la population civile dans laquelle ils se dissimulent. La technique de contre-insurrection utilisée à Alep-Est consiste donc, depuis l’hiver 2013-2014, à bombarder sporadiquement pour faire fuir les civils, puis d’encercler le territoire rebelle. Résultat auquel l’armée syrienne est parvenue début septembre. La population d’Alep-Est est ainsi passée de plus d’un million d’habitants en 2011 à 200,000 aujourd’hui selon l’ONU, mais sans doute beaucoup moins. À titre de comparaison la partie occidentale d’Alep, sous contrôle gouvernemental, compte 800,000 habitants. (…) Après trois années de bombardement, le camp de Bashar el Assad considère que ceux qui restent dans Alep-Est soutiennent les rebelles, car les autres ont eu tout le temps de fuir. C’est en partie vrai, car il s’agit pour l’essentiel des familles des combattants, qui sont donc payées pour rester. Désormais, la seule solution envisagée par les militaires pour les convaincre de quitter Alep-Est est de frapper aveuglément et massivement. Dans quelques jours, une trêve sera sans doute proclamée pour permettre à ceux qui le souhaitent d’être évacués. Mais encore faut-il qu’ils le puissent, car les groupes radicaux empêchent les civils de partir pour les utiliser comme boucliers humains, comme ce fut le cas à Homs. Puis les bombardements reprendront jusqu’à la reconquête totale des quartiers rebelles d’Alep.(…) En tout état de cause, le Président russe considère que les États-Unis sont incapables de convaincre leurs alliés de cesser le combat, il a donc décidé de les mettre devant le fait accompli. L’exécutif américain est paralysé au moins jusqu’à la prise de fonction de la nouvelle administration en janvier 2017. Il s’agit donc de l’emporter à Alep d’ici trois mois. Recep Teyep Erdogan, a lui, anticipé ce qui allait se passer et il a trouvé plus judicieux de négocier avec Vladimir Poutine. Il a obtenu du maître du Kremlin la création d’une zone sous influence turque au Nord-Est d’Alep pour accueillir les futurs réfugiés, tout en bloquant l’avancée des Kurdes vers l’Ouest. En échange, le Président turc a dû s’engager à réduire son soutien aux rebelles syriens. Ce qui augure mal de l’avenir de la rébellion syrienne car la Turquie est indispensable pour son soutien logistique. Alexis Feertchak
Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu’elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l’on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l’Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame – à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l’ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l’arrêt des combats et des bombardements sur l’est de la ville (dont elle feint de croire qu’il n’est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l’acheminement de l’aide humanitaire et la reprise du processus de négociation. Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d’Alep-Est, à un moment où la tension russo-américaine monte dangereusement et peut faire craindre un dérapage militaire sur le terrain que certains, à Washington et à l’OTAN, appellent ouvertement de leurs vœux? S’agit-il d’une nouvelle salve d’irénisme aveugle et de «pensée magique», funeste version 2016 de «Boucle d’or au Pays des trois ours» découvrant une intrusion dans sa maisonnette idyllique? Ou d’une gesticulation habile mais dangereuse qui n’a pour but, en prétendant débloquer la situation, que de jouer les utilités au profit de Washington en fossilisant un peu plus les positions des deux camps qui s’affrontent désormais ouvertement sur le corps exsangue de la nation syrienne? Difficile de démêler la part de négation du réel de celle de l’alignement sur ce que l’on présente comme «le camp du Bien» …et de nos intérêts nationaux, si mal évalués pourtant. Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. «L’Occident» ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle: il le nourrit, le conseille, l’entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d’action sert d’épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste «respectable» l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’Etat islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme «légitimes» et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré. Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n’ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter «à la source» le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d’Asie centrale et du Caucase. Et l’a saisie. Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi – qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique… aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad…tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu? (…) L’impensé du discours français n’en reste pas moins le suivant: si Assad, «bourreau de son propre peuple» selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer? A qui sera livrée la Syrie, «utile» ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement «exfiltré» vers d’autres macabres «territoires de jeu», en Libye par exemple? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d’Etat? Quels individus veut-on mettre au pouvoir? Les pseudo «modérés» qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l’œil de Genève? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom – Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n’attendent qu’un «go» pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, «par erreur» naturellement? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de «l’Armée de la Conquête» qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles – apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps? Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux «patrons» du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences «démocratiques»? Ne comprend-on pas qu’ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu’entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel? (…) Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets: action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s’emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire: les Syriens. (…) L’Etat Français a d’ailleurs été poursuivi – en vain à ce jour -pour ces déclarations ministérielles qui ont de facto encouragé le prosélytisme islamiste et le terrorisme en présentant le départ pour la Syrie à des apprentis djihadistes français comme une œuvre politique salutaire, avec les résultats que l’on connait sur le territoire national. (…) Mais le pire était à venir. Ce matin, nous avons franchi un nouveau seuil dans le ridicule et le suicide politique. Au moment où il est d’une extrême urgence de se parler enfin à cœur ouvert, de dire la vérité, d’abandonner les poses et les anathèmes, de ne plus se tromper d’ennemi, de faire front commun – comme l’ont proposé les Russes depuis des lustres -, contre l’islamisme qui a décidé notre perte et s’esclaffe de notre ahurissante naïveté et de notre faiblesse, le président de la République française s’interroge publiquement, de bon matin, dans une émission de divertissement, devant l’animateur Yann Barthes sur TMC, sur l’opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris le 19 octobre prochain! «P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non …» La réponse de Moscou à cette insulte ne s’est pas fait attendre: le Président russe ne viendra pas. Nous sommes au fond du fond du fond de l’impuissance politique et l’on se laisse couler, saisis par l’ivresse des profondeurs en croyant surnager. (…) La confusion permanente entre l’Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C’est l’Etat qu’il faut aider à survivre à l’offensive islamiste au lieu d’encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d’Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir? Caroline Galactéros

Cachez ces boucliers humains que je ne saurai voir !

Après la pantalonnade que l’on sait de la visite annulée du chef d’Etat français avec son homologue russe …

Pendant que sans la moindre mise en perspective et jusqu’à susciter les vocations les plus fourvoyées …

 Nos belles âmes nous matraquent avec les tragiques images des victimes civiles des bombardements syro-russes …

Comment ne pas repenser …

Sans compter l’évident deux poids deux mesures (imaginez les manifestations qu’aurait provoqué, venant des forces israéliennes, ne serait-ce que le centième des dégâts collatéraux des actuels bombardements d’Alep !) …

Aux tristement fameuses campagnes de désinformation qui, sur fond d’usage massif de boucliers humains achetés ou forcés, avaient marqué les guerres d’Israël contre les forces terroristes du Liban ou de Gaza ?

Et surtout ne pas voir avec la politologue Caroline Galactéros …

L’incroyable mélange d’aveuglement et d’hypocrisie qui sert actuellement de politique étrangère aux dirigeants occidentaux …

Qui après avoir précipité l’émergence des djihadistes de l’Etat islamique suite à l’abandon criminel de l’Irak et de la Syrie par l’Administaration Obama …

Les voit aujourd’hui soutenir …

Contre une Russie plus que jamais revanchiste et un Iran à qui l’on vient par ailleurs de reconnaitre le droit à l’arme ultime …

Et avec, entre deux bombardements de civils au Yemen ou ailleurs, les habituels fourriers saoudiens et qataris du djiadisme …

Rien de moins que la prochaine génération de djihadistes ?

Caroline Galactéros : « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française »
Caroline Galactéros
Le Figaro
11/10/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Vladimir Poutine a annoncé qu’il reportait sa visite à Paris où il devait rencontrer François Hollande. Pour Caroline Galactéros, cette décision n’est que la suite logique d’un amateurisme complet de la France en Syrie et ailleurs dans le monde.

Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).

Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu’elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l’on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l’Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame – à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l’ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l’arrêt des combats et des bombardements sur l’est de la ville (dont elle feint de croire qu’il n’est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l’acheminement de l’aide humanitaire et la reprise du processus de négociation.

Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d’Alep-Est, à un moment où la tension russo-américaine monte dangereusement et peut faire craindre un dérapage militaire sur le terrain que certains, à Washington et à l’OTAN, appellent ouvertement de leurs vœux? S’agit-il d’une nouvelle salve d’irénisme aveugle et de «pensée magique», funeste version 2016 de «Boucle d’or au Pays des trois ours» découvrant une intrusion dans sa maisonnette idyllique? Ou d’une gesticulation habile mais dangereuse qui n’a pour but, en prétendant débloquer la situation, que de jouer les utilités au profit de Washington en fossilisant un peu plus les positions des deux camps qui s’affrontent désormais ouvertement sur le corps exsangue de la nation syrienne? Difficile de démêler la part de négation du réel de celle de l’alignement sur ce que l’on présente comme «le camp du Bien» …et de nos intérêts nationaux, si mal évalués pourtant.

Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. «L’Occident» ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle: il le nourrit, le conseille, l’entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d’action sert d’épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste «respectable» l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’Etat islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme «légitimes» et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré.

Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n’ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter «à la source» le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d’Asie centrale et du Caucase. Et l’a saisie.

Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi – qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique… aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad…tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu? C’est de l’opportunisme à très courte vue, mais plus encore un hiatus stratégique béant et la manifestation d’une totale incompréhension du réel.

De telles contradictions ne peuvent s’expliquer que par notre entêtement à vouloir en finir avec le régime syrien actuel dont nul n’imaginait qu’il résisterait si longtemps aux feux croisés de l’Amérique et de ses alliés sunnites. L’exigence américaine – reprise à son compte par Paris – d’une cessation des bombardements aériens sur Alep-Est «pour raisons humanitaires» aurait permis en fait de laisser les islamistes de la ville (soit rien moins qu’Al Nosra et consorts) se refaire une santé militaire en se servant des civils comme de boucliers humains, de poursuivre leurs tirs d’obus sur la partie ouest de la ville et d’empêcher Damas et Moscou de faire basculer décisivement le rapport de force militaire en faveur de l’Etat syrien dans le cadre d’une négociation ultime. Qui a d’ailleurs fait échouer le cessez le feu signé le 9 septembre dernier à Genève? Les groupes terroristes qui n’en voulaient pas et les Etats-Unis qui ont bombardé les forces syriennes à Deir el Zor et ouvert la voie aux forces de l’Etat Islamique. Encore un accord de dupes.

Temps court versus temps long, individu versus groupe, froideur politique versus empathie médiatique (sélective): on se refuse à voir, dans nos démocraties molles, que la véritable action stratégique, pour être efficace, ne peut prendre en compte que des nombres, des masses, des ensembles, des mouvements, des processus, quand toute l’attention médiatique et la gestion politicienne des crises, elles, veulent faire croire que l’individu est central et se concentrent sur la souffrance et le sort des personnes, alors que celles-ci sont depuis toujours et sans doute pour encore longtemps sacrifiées à la confrontation globale et brutale entre Etats. Les images terrifiantes de la guerre au quotidien masquent la réalité d’un affrontement sans scrupules de part et d’autre, dont en l’espèce les malheureux Syriens ne sont même plus les enjeux mais de simples otages.

L’impensé du discours français n’en reste pas moins le suivant: si Assad, «bourreau de son propre peuple» selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer? A qui sera livrée la Syrie, «utile» ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement «exfiltré» vers d’autres macabres «territoires de jeu», en Libye par exemple? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d’Etat? Quels individus veut-on mettre au pouvoir? Les pseudo «modérés» qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l’œil de Genève? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom – Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n’attendent qu’un «go» pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, «par erreur» naturellement? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de «l’Armée de la Conquête» qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles – apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps?

Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux «patrons» du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences «démocratiques»? Ne comprend-on pas qu’ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu’entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel? … «Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir? je ne vois que l’herbe qui verdoie et la terre qui poudroie» … Quelle naïveté, quelle ignorance, quelle indifférence en fait!

L’interview accordée le 5 octobre dernier par notre ministre des Affaires étrangères à la veille de son départ pour Moscou à Yves Calvi sur LCI est à cet égard, un morceau de bravoure édifiant, qui escamote la réalité et brosse un paysage surréaliste du conflit et de ce qu’il faudrait y comprendre et en attendre.

Florilège et exégèse….

«La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes»

Est-ce à dire qu’il faut les laisser faire, leur donner les clefs du pays et prier peut-être, pour qu’ils ne massacrent pas les minorités qui y demeurent encore et instaurent la démocratie? Faut-il ne plus agir en espérant qu’ils vont s’arrêter? De qui se moque-t-on? Adieu Boucle d’Or. Nous sommes au Pays des rêves bleus de Oui-Oui…

Les Russes, qui se disent satisfaits de l’efficacité de leurs frappes contre les terroristes d’Alep-Est «sont cyniques» … Qui est cynique ici? Celui qui déforme la réalité d’un affrontement pour ne pas avouer qu’il est (avec d’autres) à la manœuvre d’une déstabilisation d’Etat par des groupuscules terroristes liés à Al-Qaïda (matrice de Daech) sous couvert d’aspiration à la démocratie? Ou ceux qui cherchent à réduire l’emprise djihadiste et à renforcer des structures d’Etat laïques avec ou sans Bachar?

«La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision

Ah?! Laquelle? Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets: action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s’emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire: les Syriens.

En dépit de l’excellence de nos forces armées, de la présence du Charles de Gaulle sur zone et de nos missions aériennes soutenues, Paris n’est diplomatiquement et stratégiquement plus nulle part en Syrie, et depuis longtemps. Par dogmatisme, par moralisme, par notre parti pris immodéré pour les puissances sunnites de la région, nous nous sommes engouffrés dans un alignement crédule sur la politique américaine qui s’est en plus retourné contre nous dès l’été 2013, lorsque Barack Obama a dû renoncer à frapper directement Damas au prétexte d’un usage d’armes chimiques qui n’a d’ailleurs jamais été confirmé. Un camouflet d’autant plus lourd à porter que notre ancien ministre des affaires étrangères avait jugé bon, dès août 2012, de dire que «Bachar el Assad ne méritait pas d’être sur terre» et, en décembre 2012, «qu’Al Nosra faisait du bon boulot». L’Etat Français a d’ailleurs été poursuivi – en vain à ce jour -pour ces déclarations ministérielles qui ont de facto encouragé le prosélytisme islamiste et le terrorisme en présentant le départ pour la Syrie à des apprentis djihadistes français comme une œuvre politique salutaire, avec les résultats que l’on connait sur le territoire national. N’en déplaise à Monsieur Ayrault, la France n’est ni écoutée, ni considérée, ni attendue sur le dossier syrien. Elle en est réduite à servir de go between entre Washington et Moscou lorsque ceux-ci ne peuvent plus se parler et qu’il faut faire semblant, une fois encore, de rechercher un compromis et d’amener Moscou à lever le pied d’une implication trop efficace à notre goût.

«Si le choix est entre Bachar et Daech, il n’y a pas de choix

Mais c’est pourtant le cas, ne nous en déplaise. Nous combattons l’Etat islamique pour la galerie, sans grande conviction ni détermination politique, de très haut, par des frappes qui sans présence terrestre demeurent symboliques. Pour Moscou, au contraire, il n’existe pas «d’islamistes modérés» ; combattre le terrorisme revient à combattre l’EI mais aussi ses avatars locaux innombrables à tout prix, y compris au prix de pertes civiles importantes. Et c’est aujourd’hui la Russie qui, dans les airs mais aussi au sol, avec l’Iran et le régime syrien, «fait la guerre», se bat contre le terrorisme islamiste qui menace tout l’Occident, gangrène nos vieilles sociétés repues et pacifiques et nous prend pour cible. Ils «font le job». Un horrible job. Dans l’immédiat, il faut choisir entre le soutien à l’Etat syrien – que le régime d’Assad incarne-, et DAECH et Cie.

Le sommet est atteint à la fin de l’intervention ministérielle, lorsque l’on apprend que «la Syrie future devra être unitaire, avoir des structures étatiques stables, être protectrice de toutes ses minorités, mettre en place des institutions solides, contrôler son armée et ses Services…» (sic)! Les bras nous en tombent. Voici décrite…la Syrie d’avant la guerre! Ce terrifiant carnage n’aurait-il donc été qu’un coup d’épée dans l’eau?

Mais le pire était à venir. Ce matin, nous avons franchi un nouveau seuil dans le ridicule et le suicide politique. Au moment où il est d’une extrême urgence de se parler enfin à cœur ouvert, de dire la vérité, d’abandonner les poses et les anathèmes, de ne plus se tromper d’ennemi, de faire front commun – comme l’ont proposé les Russes depuis des lustres -, contre l’islamisme qui a décidé notre perte et s’esclaffe de notre ahurissante naïveté et de notre faiblesse, le président de la République française s’interroge publiquement, de bon matin, dans une émission de divertissement, devant l’animateur Yann Barthes sur TMC, sur l’opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris le 19 octobre prochain! «P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non …» La réponse de Moscou à cette insulte ne s’est pas fait attendre: le Président russe ne viendra pas. Nous sommes au fond du fond du fond de l’impuissance politique et l’on se laisse couler, saisis par l’ivresse des profondeurs en croyant surnager.

Hauteur de vue et profondeur de champ, véritable souci pour la souffrance humaine: la realpolitik est la solution, pas le mal. La confusion permanente entre l’Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C’est l’Etat qu’il faut aider à survivre à l’offensive islamiste au lieu d’encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d’Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir?

Voir aussi:

Alep : pourquoi la tragédie humanitaire ne bouleverse pas la donne géopolitique
Alexis Feertchak
Le Figaro
29/09/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Alors que la crise humanitaire s’aggrave, le régime syrien soutenu par les Russes et les Iraniens reprend du terrain. Pour Fabrice Balanche, les rebelles sont plus que jamais liés à Al-Qaïda et Moscou ne saurait être le seul responsable du chaos.

Agrégé et docteur en Géographie, Fabrice Balanche est maître de conférences à l’Université Lyon-2 et chercheur invité au Washington Institute. Spécialiste du Moyen-Orient, il a publié notamment La région alaouite et le pouvoir syrien(éd. Karthala, 2006) et Atlas du Proche-Orient arabe (éd. RFI & PUPS, 2010).

FIGAROVOX. – À propos d’Alep, le politologue libanais Ziad Majed a déclaré au journal Le Monde: «Si on parle d’un point de vue de droit international, et de la convention de Genève, ce qui se passe commence même à dépasser le cadre des crimes de guerre, ce sont presque des crimes contre l’humanité». Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire dans l’ancienne capitale économique de la Syrie?

Tous ceux qui comparent la situation en Syrie avec la guerre d’Espagne et les jihadistes aux brigades internationales bénéficient de l’engouement d’une partie des médias où l’émotion domine plus que la réflexion. Mais les choses sont bien plus complexe: le désastre humanitaire en Syrie est aussi la conséquence de cette irealpolitik.

Cela dit, il est évident que ce qui se déroule à Alep-Est est horrible pour les populations civiles qui sont sous les bombes. Ce que décrit l’ONU sur la situation humanitaire est exact: hôpitaux détruits, population terrée dans des abris, femmes et enfants prisonniers des décombres, etc. Mais tous les observateurs un peu réalistes avaient anticipé ce qui allait se passer si les rebelles ne quittaient pas Alep-Est, comme cela leur avait été proposé par la Russie. Je citerais tout simplement John Kerry au micro de la NPR le 14 septembre dernier:

«Quelle est l’alternative (en Syrie)? L’alternative est-elle d’ajouter encore des milliers de morts aux 450.000 personnes qui ont déjà été tuées. Qu’Alep soit complètement envahie? Que les Russes et Assad bombardent partout indistinctement dans les jours à venir pendant que nous regardons cela impuissant? L’alternative c’est essayer d’obtenir tout de même quelque chose puisque l’Amérique ne veut pas intervenir avec ses troupes. Or, l’Amérique a pris la décision de ne pas intervenir militairement en Syrie. Le Président a pris cette décision».

L’Armée syrienne soutenue par l’aviation russe a repris un quartier de la zone d’Alep contrôlée par les rebelles. De quels rebelles s’agit-il?

Les rebelles «modérés» ont refusé de se désolidariser du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda. Au contraire, deux des principaux groupes rebelles d’Alep dit «modérés», la brigade al-Zinki et Suqour es-Sham, se sont même officiellement affiliés à la coalition (Jaysh al Naser) dirigée par le Front al-Nosra durant la dernière trêve. Cela indique que le Front al-Nosra domine davantage les différentes factions rebelles, y compris celles considérées comme «modérées». Le Front al Nosra n’est pas membre de Fatah Halep, la coalition des rebelles d’Alep, mais c’est lui qui sur le terrain dirige les opérations militaires. Son emprise sur Alep-Est n’a fait qu’augmenter depuis le printemps 2016, date à laquelle il a envoyé 700 combattants en renfort alors que des combattants des brigades modérées commençaient à quitter la zone avant que la dernière sortie ne soit coupée. L’ouverture provisoire d’une brèche dans le siège d’Alep, en août 2016 (bataille de Ramousseh), a encore augmenté son prestige et son emprise sur les rebelles.

L’accord de coopération militaire américano-russe, qui portait d’abord et avant tout sur Alep, semble avoir fait long feu. Comment expliquer cet échec?

L’Arabie Saoudite et autres bailleurs arabes de la rébellion syrienne n’ont aucun intérêt à voir se concrétiser l’accord entre les États-Unis et la Russie. Ils veulent que le combat continue car sinon cet accord russo-américain signifie la victoire du camp Assad en Syrie et notamment celle de l’Iran. Les Saoudiens n’ont que faire des civils syriens, ils bombardent quotidiennement depuis deux ans le Yémen sans aucune considération pour la population civile. Nous sommes dans une guerre régionale et les considérations humanitaires sont instrumentalisées sans scrupules. L’objectif pour l’Arabie Saoudite est précisément d’obliger les États-Unis à intervenir davantage en Syrie pour bloquer l’Iran et la Russie. Pour cela il faut influencer l’opinion publique, c’est-à-dire les électeurs des membres du Congrès, en vue d’infléchir la politique américaine. Cela fonctionne puisqu’Alep est devenu un mot-clé de l’élection présidentielle américaine et il faudra beaucoup de détermination au successeur de Barak Obama pour résister aux pressions interventionnistes.

Mais revenons aux faits. Depuis le printemps 2012, date de la militarisation à outrance de l’opposition syrienne, le régime syrien utilise une stratégie classique de contre-insurrection. Il s’agit moins de gagner les cœurs que de faire plus peur que l’adversaire et de prouver qu’il est le seul capable de ramener la paix en Syrie. Après cinq années de guerre, tout ce qui compte pour l’immense majorité des Syriens c’est précisément de vivre en paix, peu leur importe qui dirige le pays. Sur le plan psychologique, Bachar el Assad a donc gagné puisqu’il apparaît, au pire, comme le moindre mal. Il lui reste à éliminer les rebelles. Pour cela il faut les séparer de la population civile dans laquelle ils se dissimulent. La technique de contre-insurrection utilisée à Alep-Est consiste donc, depuis l’hiver 2013-2014, à bombarder sporadiquement pour faire fuir les civils, puis d’encercler le territoire rebelle. Résultat auquel l’armée syrienne est parvenue début septembre. La population d’Alep-Est est ainsi passée de plus d’un million d’habitants en 2011 à 200,000 aujourd’hui selon l’ONU, mais sans doute beaucoup moins. À titre de comparaison la partie occidentale d’Alep, sous contrôle gouvernemental, compte 800,000 habitants.

Quel semble être aujourd’hui l’objectif du Kremlin et de Damas?

Après trois années de bombardement, le camp de Bashar el Assad considère que ceux qui restent dans Alep-Est soutiennent les rebelles, car les autres ont eu tout le temps de fuir. C’est en partie vrai, car il s’agit pour l’essentiel des familles des combattants, qui sont donc payées pour rester. Désormais, la seule solution envisagée par les militaires pour les convaincre de quitter Alep-Est est de frapper aveuglément et massivement. Dans quelques jours, une trêve sera sans doute proclamée pour permettre à ceux qui le souhaitent d’être évacués. Mais encore faut-il qu’ils le puissent, car les groupes radicaux empêchent les civils de partir pour les utiliser comme boucliers humains, comme ce fut le cas à Homs. Puis les bombardements reprendront jusqu’à la reconquête totale des quartiers rebelles d’Alep. Il faut noter que c’est la première fois depuis l’été 2012, que l’infanterie est engagée pour reprendre du terrain comme le quartier de Farafirah au centre-ville, Sheikh Saïd au sud, ou l’ex camp palestinien de Handarat au nord.

Ce que j’ai décrit était annoncé. La seule façon de l’empêcher est d’entrer dans une confrontation militaire avec la Russie en abattant les avions russes et syriens. Je doute que l’Occident souhaite une escalade de ce type. Certains évoquent la distribution de missiles sol-air aux rebelles, au risque de les voir tomber dans les mains d’Al-Qaïda ou de Daesh. Par ailleurs, il n’est pas sûr que cela soit efficace, car les Russes bombarderaient de plus haut avec du plus lourd et feraient donc plus de dégâts. La Russie pourrait aussi frapper avec des missiles de croisière depuis la mer Caspienne.

Au-delà d’Alep, le rapport de force est-il en train de changer entre le régime et les rebelles? Que change sur ce point l’intervention turque qui se poursuit tout au Nord de la Syrie?

La Russie ne croit plus à la possibilité d’un accord de coopération militaire avec les États-Unis. Le bombardement de l’armée syrienne à Deir ez Zor par l’aviation de la coalition internationale, le 17 septembre dernier, fut le coup de grâce donné à ses longues et laborieuses négociations. S’agit-il d’une erreur comme le prétendent les États-Unis? Ou d’une mauvaise information donnée sciemment par un membre de la coalition qui aurait intérêt à voir échouer l’accord? Erreur ou non, cet épisode risquerait d’entamer la crédibilité de la Russie si Vladimir Poutine ne réagissait pas énergiquement. En tout état de cause, le Président russe considère que les États-Unis sont incapables de convaincre leurs alliés de cesser le combat, il a donc décidé de les mettre devant le fait accompli.

L’exécutif américain est paralysé au moins jusqu’à la prise de fonction de la nouvelle administration en janvier 2017. Il s’agit donc de l’emporter à Alep d’ici trois mois. Recep Teyep Erdogan, a lui, anticipé ce qui allait se passer et il a trouvé plus judicieux de négocier avec Vladimir Poutine. Il a obtenu du maître du Kremlin la création d’une zone sous influence turque au Nord-Est d’Alep pour accueillir les futurs réfugiés, tout en bloquant l’avancée des Kurdes vers l’Ouest. En échange, le Président turc a dû s’engager à réduire son soutien aux rebelles syriens. Ce qui augure mal de l’avenir de la rébellion syrienne car la Turquie est indispensable pour son soutien logistique.

Voir également:

Hollande déboussolé face à Poutine

La France plus isolée que jamais

Hadrien Desuin
Expert en géo-stratégie, sécurité et défense

Causeur

13 octobre 2016

Le report sine die de la visite du président russe à Paris, pourtant prévue de longue date, est un nouvel épisode du burlesque qui guide notre diplomatie depuis presque cinq ans. L’inauguration de la cathédrale orthodoxe du quai Branly était l’occasion pour la France de se replacer dans le jeu diplomatique alors que les relations américano-russes sont au plus bas. Mais François Hollande n’a pas eu le courage de préserver l’indépendance de la France. Il a préféré rallier in extremis les bons élèves du camp occidental.

Hollande improvise sur TMC

Dans une séquence improvisée, François Hollande a benoitement livré au micro de TMC ses hésitations. “Je me suis posé la question (…) Est-ce que c’est utile ? Est-ce que c’est nécessaire ? Est-ce que ça peut être une pression ?”  Il commence par confirmer au jeune journaliste qui se trouvait là qu’il va recevoir le président russe et il finit sa phrase en ânonnant “si je le reçois…” Il est tellement sincère, au fond, notre président. On le voit hésiter, trembler en direct. Comme une Léonarda diplomatique. Cet homme n’aime pas ce pour quoi il a été élu: décider et choisir. Il laisse la décision à Vladimir Poutine. Et Vladimir Poutine de lui répondre moqueur :  “je viendrai quand François Hollande sera prêt”. Comme si Hollande n’était pas vraiment dans son assiette. Pas vraiment maître de lui même. Après tout, la France doit parler à Moscou pour exister sur la scène internationale. Mais la Russie n’a pas besoin de Paris pour compter dans le monde.

Bluff présidentiel

Désireux de se ressaisir et de dissiper ce perpétuel sentiment de flou, François Hollande a tenté devant l’Assemblée du Conseil de l’Europe de prouver qu’il avait un cap, qu’il avait la carrure de Vladimir Poutine. Il a ainsi prétendu avoir reporté l’entrevue suite à ”un désaccord majeur entre la Russie et la France ». Mais c’est trop tard, le mal est fait. La France s’est humiliée.

Drapé dans une logique humanitaire à sens unique, Jean-Marc Ayrault semble, de son côté, avoir enfilé les bottes de Laurent Fabius. Après le départ de ce dernier au Conseil Constitutionnel, la diplomatie française semblait pouvoir prendre une tournure un poil plus réaliste. En particulier dans ces deux grandes crises ukrainienne et syrienne mais depuis c’est la rechute. Le retour des grandes déclarations, des coups de menton et des doigts levés; cette parodie d’Aristide Briand à la SDN.

La Russie a du mettre son véto à la résolution française de cessez le feu à Alep. Une gifle que le quai d’Orsay n’a pas digérée. Car Poutine est déterminé à terminer le siège des quartiers Est et à reprendre le contrôle de la Syrie septentrionale. Il s’agit pour Moscou, Téhéran et Damas d’infliger une cuisante défaite aux rebelles djihadistes alliés à la branche syrienne d’Al-Qaïda (leur « divorce blanc » n’a trompé personne pour reprendre l’expression de Fabrice Balanche).

Obama a besoin de Poutine

Moscou entend accélérer les choses avant les élections américaines. Les deux candidats promettent de replacer les Etats-Unis au rang de leader du monde libre mais ils ne prêteront serment que fin janvier. En attendant, Barack Obama n’a pas caché son souhait de reprendre Mossoul avant son départ de la Maison-Blanche. Sa priorité est la chute de Daech et il sait qu’il doit compter malgré tout sur Moscou pour atteindre son but. La course contre-la-montre est engagée. Tout doit être terminé pour l’hiver.

A l’initiative de Moscou et Damas, plusieurs cessez-le-feu ont déjà été négociés ou proposés à Alep, sous l’égide de l’ONU, afin que la population alépine puisse sortir de ce piège. Malheureusement, les groupes djihadistes ont interdit à la population d’en profiter. La population civile est le bouclier humain et la caution morale des djihadistes et de leur famille. Les hôpitaux abritent des QG, ils permettent aux grands chefs de la rébellion de se protéger mais aussi d’exposer les blessés aux bombardements de l’aviation russe (comme à Kunduz avec l’aviation américaine). Le but est de jouer sur la corde humanitaire occidentale et de provoquer une intervention sinon une pression occidentale sur Poutine.

La France se fait le porte-voix  de ses clients du Golfe. Lesquels relayent les cris des groupes djihadistes enfermés dans Alep. La France surjoue son rôle de patrie des droits de l’homme et de soldat de la paix. Mais en réalité, elle n’est plus maîtresse de son propre jeu. La France est entrée dans une confrontation avec la Russie qui la marginalise un peu plus. Plutôt que de réactiver une guerre froide inutile avec Moscou, et de multiplier les rebuffades, Paris ferait mieux d’assumer le dialogue. Pour combattre notre seul et vrai ennemi commun, les djihadistes.

Voir encore:

Interview intégrale du Président Poutine par TF1

Le 11 octobre, alors que le président Hollande, avec toute l’élégance de son rang et de son niveau, claironne alentour qu’il ne souhaite pas recevoir le Président Poutine, ce dernier accorde une interview à un journaliste de TF1. Cette interview bizarrement nous ne pouvons la trouver sur le site de la chaine française, ni à fortiori vérifier et préciser le nom de l’intervieweur. Il est vrai que ce n’est pas le moment pour les occidentaux de donner place aux points de vue russes…

Cette interview a évidemment eu une résonance minimale dans la presse française et plus largement européenne, alors que Poutine y précise des aspects très importants des évènements en cours. Et nous devons le souligner, avec un tact, une précision, et un vocabulaire extrêmement mesuré. Ceci alors que les hauts représentants du monde occidental ne renoncent ni aux excès de langage, ni à la grossièreté. Sans parler du non-respect des normes et convenances diplomatiques les plus élémentaires.

RI choisit ici de vous traduite le texte intégral de cette interview, sur base du texte officiel mis en ligne sur le site de la présidence russe http://www.kremlin.ru/events/president/news/53081

Mufasa

***

Interview du Président Poutine par la chaîne de télévision française TF1 le 11 octobre 2016.

Président Poutine: Mais comment êtes-vous arrivé ici [i]? Nous nous trouvons dans une toute petite ville de province. Maintenant partout où nous venons en Russie, dans n’importe quel village nous trouvons des Français. Mais c’est très bien comme ça, cela nous fait bien plaisir.

Question TF1 : Monsieur le Président pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous n’avez pas fait ce voyage à Paris ?

Président Poutine : C’est très simple,  il était supposé que nous allions solennellement inaugurer un centre récemment construit à Paris, un centre culturel et une cathédrale russes, mais nous avons pu observer que ce n’était pas le moment opportun pour un évènement de ce type.  D’autant moins si l’on considère notre incompréhension mutuelle sur ce qui se passe en Syrie et plus précisément autour de la ville d’Alep. Mais sinon nous sommes évidemment toujours ouverts  à ce que nous puissions nous consulter et dialoguer sur ce thème.

Question TF1: mais c’est exactement ce que voulaient les Français, utiliser le contexte de votre visite pour discuter de la situation en Syrie. Tandis que vous c’est pour cette même raison que vous renoncez à la visite.

Président Poutine: Mais sachez que nous n’avons pas réellement refusé, on nous a fait savoir que  la cause principale,  à savoir l’ouverture de ce centre culturel et religieux, n’est pas appropriée. Mais si la raison principale de mon déplacement à Paris n’est pas appropriée, alors nous trouverons certainement une autre possibilité qui soit plus appropriée pour discuter de la situation en Syrie.  Nous n’avons aucune limite à ce sujet nous sommes ouverts au dialogue.

Simplement on nous a fait savoir que ce n’est pas le moment le plus confortable pour de telles manifestations et puis c’est tout. Quant à nous, nous n’avons rien refusé.

Question TF1: De nombreux représentants officiels occidentaux parmi lesquels John Kerry, Jean-Marc Ayrault, même François Hollande, utilisent une rhétorique dure envers la Russie à propos des bombardements à Alep, sous lesquels tombent des cibles civiles, telles que des hôpitaux. Certains même recourent à l’expression « crimes de guerre ». Que pouvez-vous dire à ce sujet?

Président Poutine: Je dirais que c’est une rhétorique politique qui n’a pas grand sens ni ne tient compte de la réalité de ce qui se passe dans ce pays. Et je dirai maintenant pourquoi. Je suis intimement convaincu que dans la situation qui s’est instaurée dans la région dans son ensemble et en Syrie en particulier la responsabilité incombe à tous nos partenaires occidentaux, et en premier lieu évidemment les États-Unis d’Amérique et leurs alliés, dont évidemment les pays leaders de l’Europe.

Rappelons-nous avec quel engouement tous là-bas soutenaient la révolution arabe. Où est-il ce bel optimisme ? Par quoi cela s’est-il terminé ? Souvenons-nous ce que représentaient la Libye et l’Irak avant la destruction de leurs états, de leurs gouvernements. Qui ont été anéantis  par les diverses forces armées de nos partenaires occidentaux.

Ce n’étaient pas bien sûr des modèles de démocratie tels que cela se comprend aujourd’hui. Certainement on pouvait influer sur les structures de ces sociétés, les structures de ces gouvernements et de ces pouvoirs. Par les forces autochtones. Mais dans tous les cas il n’y avait précisément pas de signes avant-coureurs de terrorisme dans ces pays. De ces territoires ne partaient pas de menaces, ni pour Paris, ni pour la Côte-d’Azur en France, ni pour la Belgique, la Russie ou pour les États-Unis d’Amérique.

Actuellement ce sont des sources de terrorisme. Et notre but consiste exactement à éviter qu’en Syrie ne se développe une telle situation.

J’anticipe votre question à propos des réfugiés. Je suppose que vous voulez en parler ? Même si ce n’est pas le cas je vais aborder cette question. Souvenons-nous que les problèmes des réfugiés sont apparus bien avant que la Russie n’entreprenne ses actions pour la normalisation et la stabilisation de la situation en Syrie. L’exode massif de personnes de ces énormes territoires du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Afghanistan, a commencé bien avant notre intervention en Syrie. Aucun reproche à la Russie à propos de l’augmentation du problème des réfugiés n’est acceptable. Notre but justement est de restaurer les conditions pour le retour des réfugiés sur leur lieu d’existence antérieure.

Maintenant à propos de la situation humanitaire autour d’Alep. Pensez-vous que nous avons oublié comment les forces aériennes des États-Unis ont bombardé un hôpital en Afghanistan, au cours duquel ont péri des collaborateurs de l’organisation Médecins sans frontières? Ou bombardé des fêtes de mariages où jusqu’à 100 personnes ont péri en Afghanistan, puis maintenant au Yémen ce qui vient de se passer, lorsque, avec une seule bombe, 170 personnes ont été tuées, 500 blessées lors d’une cérémonie funéraire.

Quoi qu’il en soit, partout où se déroulent des conflits armés, bien malheureusement meurent et souffrent des gens qui n’y sont pour rien. Mais nous ne pouvons permettre aux terroristes de se protéger derrière des civils qu’ils utilisent comme des boucliers humains, et nous ne pouvons permettre qu’ils fassent chanter le monde entier lorsqu’ils ont pris quelqu’un en otage, le tuent et le décapitent. Si nous voulons mener cette guerre à son terme avec les terroristes, il faut alors se battre contre eux, mais ne pas aller vers eux en s’inclinant, et se retirer à reculons.

Question TF1 : Monsieur le Président le fait est que les Français ne comprennent pas pourquoi vous faites subir des bombardements à ceux que vous appelez des terroristes. Nous avons été attaqués par l’EI,  qui ne se trouve pas dans Alep. C’est cela que les Français ne comprennent pas.

Président Poutine: Je vais vous expliquer. À Alep la situation est contrôlée par une autre organisation terroriste qui s’appelle Jabhat al Nusra. Elle a toujours été considérée comme une aile d’Al-Qaïda et figure dans la liste des organisations terroristes établie par l’ONU.

Ce qui choque et nous étonne c’est le fait que nos partenaires, et plus précisément américains, d’une façon ou d’une autre tentent sans cesse de sortir le dialogue sur le terrorisme de ses limites propres. Et je vais vous dire pourquoi. Il me semble que nos partenaires systématiquement et constamment reviennent sur les mêmes travers, ils veulent utiliser le potentiel militaire de ces organisations terroristes et radicales pour accomplir leurs buts politiques ; et dans ce cas pour combattre le président Assad et son gouvernement, ne comprenant pas que plus tard ils ne réussiront pas à mettre ces terroristes de côté, dans un coin, et les contraindre à vivre selon les lois et le droit civilisés, s’ils arrivaient à vaincre quelqu’un.

Nous avons à de multiples reprises convenu avec les Américains qu’ils procéderont à la séparation de l’organisation Jabhat al Nosra et de ses semblables des autres organisations que l’on appelle modérées de l’opposition, dont celles qui sont à Alep. Et les Américains ont convenu avec nous  que cela doit être fait. Je dirais même plus, nous avons convenu  de certains délais, mais mois après mois, rien n’a été fait.

Nous avons tout récemment convenu de ce que nous annoncerions le jour du cessez-le-feu  – le jour J comme disent les Américains-.  J’avais insisté pour que, auparavant, ils résolvent le problème de la séparation de Jabhat al Nosra et des autres organisations terroristes de ce que l’on appelle l’opposition modérée. Et que, alors seulement, soit annoncé le cesser le feu.

Mais les Américains insistèrent au contraire pour que l’on annonce d’abord un cessez-le-feu et seulement ensuite soit accomplie cette séparation entre terroristes et non terroristes. Finalement nous avons été à leur rencontre et nous avons accepté cela. Et c’est ainsi que le 12 septembre fut  annoncé le cessez-le-feu  et la cessation des activités militaires.  Mais le 16 septembre l’aviation américaine a bombardé les forces syriennes[ii] occasionnant la mort de 80 militaires syriens.

Au même moment, immédiatement après les bombardements, l’État islamique -et ici on parle bien de l’État islamique-, a entrepris une attaque terrestre sur la zone qui venait d’être bombardée. Nos collègues américains nous ont dit que ce bombardement était une erreur. Mais cette erreur a conduit à la mort de 80 personnes. C’est la première chose. Et la deuxième chose, c’est que c’est peut-être aussi par hasard que Daech est passé à l’offensive tout de suite après ces frappes.

Alors, simultanément, à un niveau inférieur, opérationnel, un des responsables militaires américains annonce très directement qu’ils avaient préparé pendant plusieurs jours cette attaque aérienne. Comment pouvaient-ils se tromper s’ils ont consacré plusieurs jours à la préparation?

Ainsi furent rompus nos accord sur un cesser le feu. Qui les a rompus ? Nous ? Non.

Question TF1: on parle du retour possible à la guerre froide mais il y a d’autre part un américain auquel vous plaisez, c’est Donald Trump. Comment le considérer vous? Est-ce qu’il vous plaît ?

Président Poutine: Écoutez, tout le monde nous plaît, l’Amérique est un grand pays, les Américains un grand peuple, intéressant, sympathique et talentueux. C’est une grande nation. Qui ils vont élire nous verrons, et c’est avec celui-ci ou celle-là que nous travaillerons. Bien sûr il est plus commode de travailler avec ceux qui souhaitent travailler avec nous.  Si Trump veut travailler avec la Russie alors on peut  seulement le saluer, mais il faut seulement que cette collaboration soit sincèrement équitable et mutuelle.

Mais, voyez-vous,  revenons au problème de Alep. Nous parlons de ce qu’il est indispensable de mener des convois humanitaires.  Tout le monde tente de nous convaincre de la nécessité de le faire.  Mais il ne faut pas nous convaincre, nous sommes du même avis, nous pensons qu’il est nécessaire d’organiser des convois humanitaires. Mais comment le faire ? Il n’y a qu’une seule route, par laquelle doit passer le convoi, d’un côté de la route il y a les combattants  rebelles et de l’autre il y a des régiments de l’armée arabe syrienne.  Nous avons connaissance des provocations et de tirs sur l’une de ces colonnes, et nous savons  par quel groupe terroriste ces tirs ont été provoqués.

Nous disons: Convenons d’évacuer les troupes rebelles d’un côté de la route, et l’armée régulière syrienne de l’autre côté de la route. Et nous libérons ainsi le passage et sécurisons cette route pour les convois humanitaires.

Tout le monde est d’accord avec nous et même plus, cela est consigné dans certains documents. Et puis, plus rien ne se passe, personne n’agit du côté de nos partenaires. Soit ils ne veulent pas retirer les troupes rebelles soit ils ne peuvent pas le faire, je ne le sais pas.

Ensuite arrive une proposition exotique. Je vais maintenant vous étonner, vous et vos téléspectateurs. Il nous a été proposé de placer nos forces armées -de l’armée russe- de part et d’autre de cette route. Et d’en assurer la sécurité. Nos militaires, qui sont des gens courageux et déterminés, sont venus me voir et m’ont dit : bien, on peut le faire nous sommes prêts.

J’ai dit non. Si nous le faisons, nous ferons avec les Américains, proposez-le leur. Nous avons proposé et les Américains ont immédiatement refusé : monter au front, ils ne veulent pas. Retirer les troupes rebelles, ils ne veulent pas non plus. Que fait-on dans cette situation ?

Nous devons simplement relever le niveau de confiance mutuelle et comprendre que ces menaces nous sont communes Et ce n’est qu’en travaillant ensemble que l’on peut écarter et éloigner ces menaces.

Avec les services français nous avons d’excellentes relations, nous travaillons concrètement en phase. Ainsi en est-il pour nos spécialistes de lutte antiterroriste avec les spécialistes tant français qu’européens. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Par exemple nous communiquons à nos partenaires américains une information. Très souvent elle reste sans aucune réaction. Il y a quelques temps nous avions envoyé une information sur les frères Tsarnaev[iii]. Le premier document a été envoyé, résultat zéro. Puis un second document a été envoyé et nous recevons en réponse « ce n’est pas votre affaire car ils sont déjà citoyens américains nous nous débrouillerons seuls». Résultat il y a eu un acte terroriste aux États-Unis.

N’est-ce pas un exemple de ce qu’en négligeant la coopération dans cette sphère extrêmement sensible nous subissons des pertes ? Il faut s’occuper non de rhétorique politique mais chercher des issues à cette situation qui s’est installée entre autres en Syrie. Quelle issue et quelle solution ? Il n’y en a qu’une : il faut convaincre toutes les parties impliquées dans ce conflit de suivre la voie de solutions politiques.

Ainsi nous avons convenu avec le président Assad, et il l’a accepté, de privilégier la solution d’une nouvelle constitution, puis de mener des élections sur la base de cette constitution. Mais on ne parvient à convaincre absolument personne de cette solution. Si le peuple ne vote pas pour le président Assad, cela veut dire que démocratiquement il y aura un changement de pouvoir, non par le recours à la force depuis l’extérieur, mais par un strict contrôle international et un contrôle de l’ONU. Je ne comprends pas que l’on ne puisse pas s’accommoder avec cette forme démocratique de résolution d’un problème de pouvoir. Mais nous ne perdons pas notre optimisme, et espérons que d’une manière ou d’une autre nous réussirons à convaincre tous nos collègues et partenaires que c’est l’unique moyen de résoudre les problèmes.

Traduction MufasaRéseau International

Source : http://www.kremlin.ru/events/president/news/53081

—————————————————-

[i] Le contexte de cette interview est un forum dans la petit ville de KOVROV, dans l’oblast de Vladimir.

[ii] Le bombardement des troupes syriennes par l’aviation US à Deir el Zor, suivit immédiatement d’un assaut de Daesh, EI et autres mercenaires. Assaut victorieux qui permet à ces derniers d’emporter une position très favorable dans l’est de la Syrie

[iii] Selon les autorités US ils seraient les auteurs de l’attentat de Boston.

Voir encore:

Double Standards for Aleppo and Gaza

Simon Plosker

Algemeiner

September 29, 2016

Make no mistake, the carnage taking place in Aleppo right now is a disgrace to the international community.

The Syrian government and Russian-backed forces are reportedly using chemical weapons, barrel bombs and increasingly powerful explosives to target innocent men, women and children. While rebel fighters have undoubtedly embedded themselves in the city in fortified positions, it appears that the civilian population is bearing the brunt of the conflict.

While there has been some condemnation from the UN, where are the protests on the streets of European capitals and where is the media frenzy about this disgrace?

Had Israel been involved, or had the IDF aimed one solitary munition at Aleppo, I think the response would be much different.

The international community’s condemnation of the Assad regime and Putin’s Russia is nothing compared to the vitriol leveled against Israel for its far more restrained (and completely justified) 2014 operation against Hamas in Gaza.

Unfortunately for the 250,000 residents of Aleppo, the city is not being attacked by the IDF. There are no leaflets being dropped warning civilians to evacuate areas in the line of fire. There is no “roof knocking” — where non-explosive devices are dropped on the roofs of targeted buildings to give civilians time to flee. And judging by the number of civilian casualties and the extent of the destruction in Syria, there is very little to no concern for the well-being of innocent civilians.

Aleppo is a testament to the double standards at play when it comes to the treatment of Israel’s military operations. There is, however, a caveat. The IDF should be held to higher standards than the militaries of both Syria and Russia.

And that is why The Sunday Times of London caught my eye recently. One story was headlined “Putin’s gigantic firebombs torch Aleppo.” Next to it was an article entitled, “RAF drone crew divert missile to save ‘civilian’ seconds from death.”

The dissonance between the two stories is striking. On one side, we have the alleged deployment by Russia of a weapon “capable of blasting a massive ball of flame across wide areas of Aleppo.” On the other, the release of a video by Britain’s Royal Air Force showing a drone missile aimed at ISIS terrorists being diverted at the last minute to avoid killing a civilian.

One side was indiscriminately firebombing, while the other was deliberately acting to prevent civilian casualties.

The RAF evidently felt that its tale was a positive story, which showed that its drone squadrons act both ethically and in accordance with international law. Why is this news? Israel released many videos from incidents where missiles targeting Hamas terrorists were diverted due to the presence of Palestinian civilians. So why then were Israel’s identical efforts not deemed newsworthy?

Granted, the Sunday Times is a British newspaper covering the British military, but the UK press has never been shy about devoting many column inches to Israel and the Palestinians.

Israeli efforts to minimize civilian casualties go unreported or even ignored by the press, and Israel instead finds itself regularly judged in the court of public opinion, which is led by a lazy or hostile media.

So Israel is subjected not only to a different standard than the deplorable militaries of Syria and Russia, but even to a different standard than other Western militaries.

If and when the Syrian conflict comes to an end, will anyone be held to account for what certainly appear, at face value, to be genuine war crimes? Will there be a UN investigation and a Goldstone-style report? Will the International Criminal Court issue indictments? Given Russian involvement and the lack of American global power projection, it is unlikely that anyone will be held to account.

The next time open conflict between Israel and Hamas breaks out, will the parameters of judgment have changed as a result of the carnage in Aleppo and other parts of Syria? Or will Israel continue to be held to a standard of behavior unlike any other military in the world?

The likelihood is that nothing will have changed when it comes to how Israel is treated, and we will be left to conclude that, ultimately, the world will be outraged by Israel defending itself and its citizens irrespective of how ethically it behaves.

Simon Plosker is Managing Editor of HonestReporting

Voir de plus:

Syrie : des horreurs commises par des groupes armés

Amnesty international

[04/07/2016]

Les groupes armés implantés à Alep, Idlib et dans les environs, dans le nord de la Syrie, se livrent à des séries d’enlèvements, de tortures et d’exécutions sommaires.

Depuis cinq ans, nous avons recensé en détail les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis à grande échelle par les forces gouvernementales syriennes. Nous avons également rendu compte des graves violations, y compris des crimes de guerre, imputables à l’EI et à d’autres groupes armés.

Si certains civils dans les zones contrôlées par les groupes armés de l’opposition ont pu au départ saluer le fait d’échapper au joug du régime syrien, l’espoir que ces groupes respecteraient les droits s’estompe au fur et à mesure qu’ils s’emparent des lois et commettent de graves violations.

Notre rapport Torture was my punishment: Abductions, torture and summary killings under armed group rule in Aleppo and Idleb, Syria, (anglais) offre un rare aperçu de ce qu’est la vie dans les zones contrôlées par les groupes armés d’opposition.

Les groupes armés en cause

Nous avons recensé les violences commises par cinq groupes armés qui contrôlent des régions des gouvernorats d’Alep et d’Idlib depuis 2012 :

  • Le mouvement Nour al Dine Zinki, du Front al Shamia et de la brigade 16, qui ont rejoint la coalition de groupes armés Conquête d’Alep (Fatah Halab) en 2015
  • Le Front al Nosra et le Mouvement islamique Ahrar al Sham à Idlib, qui ont rejoint la coalition de l’Armée de la conquête, en 2015

Le rapport apporte aussi un éclairage sur les institutions administratives et quasi-judiciaires mises en place par les groupes armés pour gouverner ces régions.

Une dure réalité pour les civils

Beaucoup des civils sous contrôle des groupes armés d’opposition à Alep, à Idlib et dans les environs vivent dans la peur constante d’être enlevés s’ils critiquent le comportement des groupes armés en place ou ne respectent pas les règles strictes imposées par certains.

À Alep et Idlib aujourd’hui, les groupes armés ont les coudées franches pour commettre des crimes de guerre et bafouer le droit international humanitiare en toute impunité.

Un système judiciaire « sur mesure »

Des groupes armés non étatiques comme le Front al Nosra, le Front al Shamia et le Mouvement islamique Ahrar al Sham définissent leurs propres « systèmes judiciaires » fondés sur la charia (loi islamique) dans les zones qu’ils contrôlent.
Ils mettent sur pied des bureaux chargés des poursuites, des forces de police et des centres de détention non officiels.
Ils nomment également des juges, dont certains ne connaissent pas la charia.

Mauvais traitements et crimes de guerre

Le Front al Nosra et le Mouvement islamique Ahrar al Sham notamment appliquent une interprétation stricte de la charia et imposent des sanctions équivalant à des actes de torture ou à des mauvais traitements pour des infractions présumées.
Certains groupes bénéficieraient du soutien des gouvernements du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et des États-Unis notamment, alors que des éléments prouvent qu’ils violent le droit international humanitaire (les lois de la guerre).

Militants des droits humains, minorités et mineurs pris pour cibles

Nous avons recensé 24 cas d’enlèvements par des groupes armés dans les gouvernorats d’Alep et d’Idlib entre 2012 et 2016.

Parmi les victimes figurent des militants pacifiques et même des mineurs, ainsi que des membres de minorités pris pour cibles uniquement en raison de leur religion. Des membres de la minorité kurde à Sheikh Maqsoud, quartier à majorité kurde de la ville d’Alep, figurent parmi les personnes enlevées, ainsi que des prêtres chrétiens ciblés en raison de leur religion.

Plusieurs journalistes et militants utilisant les réseaux sociaux qui rendent compte des violations des droits humains ont déclaré à nos chercheurs avoir été enlevés parce qu’ils avaient critiqué le comportement des groupes armés au pouvoir.
Beaucoup ont ensuite été libérés, sous la pression exercée par la population sur le groupe armé qui les avait enlevés.

Issa, 24 ans, militant utilisant les médias, a déclaré qu’il avait cessé de publier sur Facebook toute information susceptible de lui faire courir des risques après avoir reçu des menaces du Front al Nosra :

Ils contrôlent ce que nous pouvons et ne pouvons pas dire. Soit vous êtes d’accord avec leurs règles sociales et leurs politiques, soit vous disparaissez. Au cours des deux dernières années, j’ai été menacé à trois reprises par le Front al Nosra pour avoir critiqué sur Facebook leur manière de diriger.»

Bassel, avocat installé à Idlib, a été enlevé chez lui, à Marat al Numan, en novembre 2015, pour avoir critiqué le Front al Nosra :

J’étais content d’être enfin libéré du joug inique du gouvernement syrien, mais c’est bien pire aujourd’hui. J’ai critiqué publiquement le Front al Nosra sur Facebook… Le lendemain matin, ils sont venus chez moi me kidnapper.»

Ses ravisseurs l’ont retenu captif dans une maison abandonnée pendant 10 jours, puis l’ont finalement libéré après l’avoir contraint à renoncer à sa profession, le menaçant de ne jamais revoir sa famille s’il n’obtempérait pas.

Exécutions sommaires

Les informations recueillies établissent que des exécutions sommaires sont imputables au Front al Nosra, au Front al Shamia et à leurs « tribunaux » affiliés, ainsi qu’au Conseil judiciaire suprême, entité dans le gouvernorat d’Alep reconnue par plusieurs groupes armés comme l’unique autorité judiciaire de la région.

Parmi les victimes figurent des civils, dont un adolescent de 17 ans accusé d’être homosexuel et une femme accusée d’adultère, ainsi que des soldats capturés des forces gouvernementales syriennes, des membres des milices chabiha pro-gouvernementales, du groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) et d’autres groupes rivaux.

Dans certains cas, les groupes armés ont procédé à des exécutions sommaires en place publique. Or, le droit international humanitaire interdit l’homicide délibéré de prisonniers, acte qui constitue un crime de guerre.

Lire aussi : Syrie: le gouvernement bombarde et affame ses citoyens« Saleh », capturé par le Front al Nosra en décembre 2014, a déclaré avoir vu cinq femmes qui, selon un gardien, étaient accusées d’adultère et ne seraient pardonnées « que dans la mort ». Par la suite, il a vu une vidéo montrant des combattants du Front al Nosra tuer l’une de ces femmes, en place publique, dans le cadre de ce qui s’apparentait à une exécution.

Faire pression sur les groupes armés


Les États-Unis, la France, le Qatar, la Turquie et l’Arabie saoudite
font partie des États membres du Groupe international de soutien à la Syrie, et participent à ce titre aux négociations sur la Syrie.
Ils doivent :
– faire pression sur les groupes armés pour qu’ils mettent fin aux violations et pour qu’ils respectent les lois de la guerre ;
– cesser tout transfert d’armes ou de soutien aux groupes qui se livrent à des crimes de guerre et à des violations flagrantes des droits fondamentaux.

La Russie et les États-Unis, ainsi que l’envoyé spécial des Nations unies en Syrie, doivent mettre l’accent, durant les pourparlers de paix de Genève, sur les détentions imputables aux forces gouvernementales et sur les enlèvements imputables aux groupes armés.

De son côté, le Conseil de sécurité de l’ONU doit imposer des sanctions ciblées aux dirigeants des groupes armés qui se livrent à des crimes de guerre.

Voir enfin:

Heckuva Job

What Erdogan’s Pivot to Putin Means


BDS ou la continuation de la Solution finale par d’autres moyens (Why do the heathen rage ? – From Judenrein to Zionistfrei, guess who holier-than-thou universities, unions, « human rights » groups and churches are targeting from among the 200 territorial disputes, from Tibet to Ukraine)

28 septembre, 2016
neonazisbdsPourquoi ce tumulte parmi les nations, ces vaines pensées parmi les peuples? Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils et les princes se liguent-ils avec eux contre l’Éternel et contre son oint? Psaumes 2: 1-2
L’antisionisme est le nouvel habit de l’antisémitisme. Demain, les universitaires qui boycottent Israël demanderont qu’on brûle les livres des Israéliens, puis les livres des sionistes, puis ceux des juifs. Roger Cukierman (président du CRIF, janvier 2003)
Boycotter Israël, c’est lutter pour une paix juste (…) Du Canada à l’Australie en passant par l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, l’Amérique latine et l’Europe, c’est un mouvement international, non-violent et populaire qui se développe. Syndicats, ONG, associations, Eglises, universités, municipalités, personnalités de renommée mondiale et simples citoyens se retrouvent pour défendre un même objectif : l’application du droit. (…)  Notre combat n’est pas fondé sur le rejet d’un peuple. Il s’agit d’exercer une réelle pression sur l’Etat d’Israël, en développant un boycott économique, diplomatique, et un boycott des institutions académiques, sportives et culturelles israéliennes. Ces institutions sont en effet trop souvent utilisées par Israël pour soigner son image et mieux masquer sa politique à l’égard des Palestiniens et son mépris des règles internationales. Michel Platini, président de l’Union européenne des associations de football (UEFA), l’a compris, menaçant d’exclure l’Etat d’Israël de l’UEFA s’il continuait d’entraver le développement du sport palestinien. Desmond Tutu, archevêque sud-africain récompensé par le prix Nobel de la paix en 1984 pour son combat contre l’apartheid, s’est de son côté élevé contre la visite prochainement prévue, en Israël, de la troupe de l’Opéra du Cap. En tant que soutien actif de la stratégie BDS, Desmond Tutu mérite-t-il aussi les titres de saboteur et de naufrageur d’espoir ? A ceux qui s’inquiètent de la dégradation de l’image d’Israël et qui accusent la campagne BDS d’en être responsable, nous disons qu’Israël est le seul auteur de cette dégradation. En violant chaque jour le droit international, en commettant des actes criminels comme les bombardements massifs sur Gaza en 2008-2009 ou l’assaut sanglant contre la Flottille de la liberté, en poursuivant le blocus de Gaza, la construction de colonies et l’arrachage des oliviers, Israël ne peut susciter qu’un rejet de plus en plus fort. (…) Nous savons, fort du précédent sud-africain et de la campagne victorieuse de boycott contre le régime d’apartheid, que cette arme, loin d’être indigne, peut être noble et efficace lorsque les circonstances l’exigent. C’est le cas aujourd’hui. Nicole Kiil-Nielsen (députée européenne, Les Verts)
Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf [patrimoine religieux] islamique consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres. Charte du Hamas
Il n’y a aucun doute qu’à l’intérieur des territoires occupés palestiniens nous avons affaire à un exemple effarant d’apartheid. Jimmy Carter
En tant que membres du monde de la culture, notamment du cinéma, nous sommes troublés par la décision du TIFF de réserver une place de choix à Tel Aviv et de s’être ainsi rendu complice, intentionnellement ou pas, de la machine de propagande israélienne. Nous ne visons pas les cinéastes israéliens dont les œuvres sont inscrites au programme du festival. Mais nous dénonçons l’instrumentalisation du festival, par une campagne de propagande au service d’un régime d’apartheid. Ken Loach
La présentation sélective de la façade moderne et sophistiquée de Tel-Aviv, sans égard au passé et aux réalités de l’occupation israélienne des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ce serait comme si on glorifiait la beauté et la vie élégante chez les communautés exclusivement blanches au Cap ou à Johannesburg pendant l’apartheid, sans reconnaître les cantons noirs de Khayelitsha et de Soweto. Ken Loach, Jane Fonda, Naomi Klein, David Byrne, Alice Walker, Danny Glover, Harry Belafonte, Noam Chomsky, etc.
Se peut-il que cette guerre soit le laboratoire des fabricants de mort ? Se peut-il qu’au XXIe siècle on puisse enfermer 1,5 million de personnes et en faire tout ce qu’on veut en les appelant terroristes ?Mads Gilbert
L’Etat d’Israël est en train de mener une guerre de purification ethnique dans les territoires palestiniens. Nous avons passé 48 heures dans les camps d’internement de l’armée israélienne, où des centaines de Palestiniens, raflés en pleine nuit, sont emprisonnées, les yeux bandés. José Bové (Ramallah, avril 2002)
Il faut se demander à qui profite le crime. Je dénonce tous les actes visant des lieux de culte. Mais je crois que le gouvernement israélien et ses services secrets ont intérêt à créer une certaine psychose, à faire croire qu’un climat antisémite s’est installé en France, pour mieux détourner les regards. José Bové (de retour de Ramalah, Libération, avril 2002)
Vive le Hamas, le Hamas vaincra! Patrick Farbiaz (conseiller politique de Noël Mamère, 2003)
L’université est censée être un lieu où l’on apprend à utiliser son cerveau, à penser rationnellement, à examiner les preuves, à tirer des conclusions à partir de faits avérés, à vérifier ses sources, à comparer les points de vue. Si celle d’Edimbourg ne peut former que des étudiants qui n’ont pas la moindre notion de toutes ces choses, alors l’avenir est sombre. Je n’ai aucune objection à la critique argumentée contre Israël. Mais je m’oppose à ce que des gens supposés intelligents stigmatisent l’Etat juif comme celui qui traiterait sa population de la pire façon. (…) S’il y avait eu un Etat juif dans les années 1930 (ce n’était malheureusement pas le cas), vous ne croyez pas qu’Hitler aurait décidé de le boycotter ? Dr. Denis MacEoin
En Allemagne nazie,  c’était très à la mode de rendre sa ville Judenfrei – débarrassée des juifs-. Maintenant une nouvelle mode balaie l’Europe : rendre sa ville ce que l’on pourrait appeler ‘Zionistfrei’ – débarrassée des produits et de la culture de l’État juif. À travers tout le continent des villes se déclarent ‘zones débarrassées d’Israël,’ isolant leurs citoyens de tout ce qui est produit ou culture israéliens. On y trouve de hideux échos de ce qui s’est passé il y a soixante-dix ans. Brendan O’Neill
The Zionistfrei movement isn’t really about effecting any change in the Middle East. As Leicester Councillor Mohammed Dawood admits, Israel is hardly going to be “trembling in its shoes” over the city’s boycott. Rather, the movement is about making the chattering classes in Europe feel pure and righteous, unsullied by the poisonousness of the state it’s now so fashionable to hate. Where yesteryear’s creators of Judenfrei zones saw the Jewish people as a corrupting presence, today’s lobbyists for Zionistfrei territories see the Jewish state as corrupting, as a toxic entity whose fruit and technology and books must be shunned. No, Jews aren’t being physically expelled from Europe, but they are being made to feel unwelcome. Given that most Jews feel affinity with the state of Israel, what must they think when they see parts of Europe being cleansed of all things Israeli? They must think: “My culture and my people are not wanted here.” And European Jews are voting with their feet. In the first eight months of this year, 4,566 Jews left France for Israel, more than the total number that left in 2013 (3,228). Last year a European Union survey found that 29% of Europe’s Jews had considered emigrating because they no longer feel safe. BDS is one of the ugliest political movements of our time. It is shot through with double standards, treating Israel as more wicked than any other state. It is shrill and censorious, too. Its members boo and jeer and seek to expel from apparently civilized Europe not only Israeli military leaders and politicians but even Israeli violinists and actors. Now, the demand for Zionistfrei zones is taking BDS to its terrifying conclusion, that Israel and everyone associated with it (you know who) should be shunned by respectable communities everywhere. Brendan O’Neill (Spiked)
Aujourd’hui ces campagnes de haine et ces politiques nazies sont en grande partie le fait d’universités, de syndicats, d’entreprises et de groupes hypocrites, soi-disant militant pour les « droits de l’homme », ainsi que d’autres ONG. Et, ce qui est honteux, le fait d’églises. (…) Ils prétendent tous, à tort, être « pacifiques », utiliser des « moyens économiques » pour corriger « les injustices » dans les Territoires palestiniens. Cependant, ils semblent ne jamais essayer de remédier aux torts des gouvernements corrompus et répressifs de l’Autorité palestinienne et du Hamas à Gaza, ni même d’y promouvoir une presse libre, l’état de droit ou l’élaboration d’une économie stable. Leurs véritables motivations sont démasquées. Ils se coordonnent tout simplement avec la stratégie violente des Palestiniens et des fondamentalistes musulmans en Occident, ceux qui ont refusé encore et encore de faire la paix avec Israël depuis sept décennies et, au lieu de cela, ont choisi le terrorisme. (…) L’Union européenne a signé un accord avec le Maroc, qui a une dispute territoriale avec l’Algérie, lui garantissant néanmoins le droit d’exploiter les ressources du Sahara occidental ; il n’y a eu aucune campagne de protestation. Et nous n’avons entendu aucune protestation contre la Turquie pour son occupation du nord de Chypre ou son emprisonnement de masse de dissidents, de journalistes ou d’universitaires. Non, la politique de boycott n’est pratiquée que contre l’État juif qui peut se targuer des plus hauts niveaux de liberté académique, de liberté de presse et d’égalité devant devant la loi de la planète. (…) Ils soumettent aussi les universitaires israéliens à une campagne néo-nazie « de silence » de la part d’universités sans scrupules : envoyer moins d’invitations, rejeter plus d’articles et utiliser les critères des lois de Nuremberg du Troisième Reich pour exclure les juifs de toute participation. (…) Ces néo-nazis répandent leur message dans les universités, les églises, les entreprises et les municipalités. Ils adoptent des mesures comme des pétitions d’enseignants, le harcèlement public, des menaces de poursuites légales (guerre par la loi), des manifestations devant des magasins et, souvent, juste des cris stridents, de l’intimidation, des menaces et des sit-ins. (…) Des syndicats académiques au Royaume-Uni et au Canada, allant de médecins à architectes, ont également soutenu les nouvelles Lois de Nuremberg contre Israël. Des dizaines d’artistes – notamment des musiciens et des cinéastes – ont refusé, comme les premiers nazis avant eux, de se produire en Israël ou ont annulé leurs représentations. Nombre de fonds de pension ont retiré leurs investissements d’Israël.  (…) Les lignes d’avant ou après1967 ne sont qu’un alibi pour ces nouveaux nazis. Nombre d’entre eux considèrent que l’intégralité d’Israël est illégale, immorale ou les deux à la fois – bien que des juifs vivent sur cette terre depuis trois mille ans, une partie s’appelant même la Judée. L’appétit qu’ils mettent à accuser les juifs d’avoir l’audace « d’occuper » leur propre terre historique, biblique, ne fait que révéler leur collusion avec les mensonges les plus sombres des extrémistes islamiques qui essaient de détruire les coptes chrétiens autochtones dans leur terre natale d’Égypte et les Assyriens chrétiens autochtones que l’on voit massacrer dans tout le Moyen Orient. Les Français devraient-ils être accusés « d’occuper » la Gaule ? Il suffit de voir n’importe quelle carte de « Palestine », qui recouvre l’État d’Israël tout entier : pour nombre de Palestiniens, la totalité d’Israël est une seule colonie énorme qui doit être démantelée. À la place d’Israël, ils faciliteraient la création d’un autre État arabo-islamique qui supprimera la liberté d’expression des artistes, des journalistes et des écrivains, qui chassera les chrétiens de chez eux, qui lapidera à mort les homosexuels, qui torturera les détenus en prison, qui mettra à mort des innocents voulant simplement se convertir au christianisme, qui condamnera à des coups de fouet, à la prison ou la mort ceux dont il sera allégué qu’ils ont dit quelque chose que quelqu’un pourrait considérer comme une offense faite à l’islam, qui obligera les femmes à porter le voile et à vivre à part, qui glorifiera les terroristes, qui interdira l’alcool, qui arrêtera ceux qui exprimeront des opinions impopulaires, qui encouragera une nouvelle catégorie de réfugiés musulmans : ceux qui fuiraient volontiers un régime oppressif et meurtrier. Ces néo-nazis, en guise d’arguments, avancent des slogans faux et trompeurs tels que « état d’apartheid », « occupation », « répressif », « violateur des lois internationales » (toutes choses qu’Israël n’est scrupuleusement pas). Leur but, comme celui des nazis d’origine, est de manipuler les gens et de leur instiller préjugés et haine contre Israël, et juste derrière ce subterfuge, contre tous les juifs. Giulio Meotti (Il Foglio)

De Judenrein à Zionistfrei …

Devinez quel pays

Parmi les 200 conflits territoriaux du monde allant du Tibet à l’Ukraine …

Ont choisi comme cible …

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11-septembre/15e: Les djihadistes confirment Girard (It’s mimetism, stupid !)

11 septembre, 2016

Montage photo des kamikazes du Stade de France, dont l'identité reste à déterminer.

Khalid (à gauche) et Ibrahim El Bakraoui. kouchaisbro attashbro indonesianbros tsarnaevs aseel-muthanabro Les frères Abdeslam - Brahim, 31 ans, et Salah (à gauche), 26 ans, de nationalité française. Ils ont grandi à Molenbeek, à Bruxelles. Le premier a participé à la tuerie des terrasses avant de se faire exploser boulevard Voltaire. Le second, décrit comme le logisticien des attentats, a été arrêté vendredi en Belgique. Les frères Clain - Fabien (à gauche), radicalisé depuis les années 1990 et pilier de la mouvance djihadiste de Toulouse, et son frère Jean-Michel sont partis s'installer en Syrie en 2014. Leurs voix ont été authentifiées dans un enregistrement de l'État islamique qui revendique les attentats du 13 novembre. Les frères Mohamed-Aggad - Originaires du quartier de la Meinau, à Strasbourg, Foued (à gauche), 23 ans, et Karim, 25 ans, partent en Syrie fin 2013. L'aîné finit par rentrer en France, avant d'être incarcéré à Fleury-Mérogis. Foued reste sur place avec femme et enfant avant de se faire exploser le 13 novembre, au Bataclan.akchaahmidan belhoucineQue chacun se tienne en garde contre son ami, Et qu’on ne se fie à aucun de ses frères; Car tout frère cherche à tromper, Et tout ami répand des calomnies. Jérémie 9: 4
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13-20)
Le petit garçon manifeste un grand intérêt pour son père ; il voudrait devenir et être ce qu’il est, le remplacer à tous égards. Disons-le tranquillement, il fait de son père son idéal. cette attitude à l’égard du père (ou de tout autre homme en général) n’a rien de passif ni de féminin : elle est essentiellement masculine. Elle se concilie très bien avec le complexe d’Oedipe qu’elle contribue à préparer. Sigmund Freud, (Psychologie collective et analyse du moi, chapitre VII)
L’Occident s’achève en bermuda […] Craignez le courroux de l’homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien,nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement.  Chers djihadistes, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c’est un magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue date ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s’y trouvait entassé. […] Vous êtes les premiers démolisseurs à s’attaquer à des destructeurs. Les premiers incendiaires en concurrence avec des pyromanes. […] À la différence des nôtres, vos démolitions s’effectuent en toute illégalité et s’attirent un blâme quasi unanime. Tandis que c’est dans l’enthousiasme général que nous mettons au point nos tortueuses innovations et que nous nous débarrassons des derniers fondements de notre ancienne civilisation.  Chers djihadistes, nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. Philippe Muray
 Seul l’adulte peut interpréter les mouvements de l’enfant comme un désir d’usurpation (le parricide et l’inceste) ; il les interprète au sein d’un système culturel qui n’est pas encore celui de l’enfant, à partir de significations culturelles dont l’enfant n’a pas la moindre idée (…) Le père prolonge en pointillés les mouvements à peine amorcés du fils et il constate sans peine que celui-ci se dirige droit vers le trône et vers la mère. Le désir du parricide et de l’inceste ne peut pas être une idée de l’enfant, c’est de toute évidence l’idée de l’adulte, l’idée du modèle. Dans le mythe, c’est l’idée que l’oracle souffle à Laïos, longtemps avant qu’Oedipe soit capable de désirer quoi que ce soit… […] L’élément mythique du freudisme, c’est la conscience du désir parricide et incestueux, conscience éclair assurément, entre la nuit des premières identifications et celle de l’inconscient, mais conscience réelle tout de même, conscience à laquelle Freud ne veut pas renoncer, ce qui l’oblige à trahir toute logique et toute vraisemblance, une première fois pour rendre possible cette conscience et une deuxième fois pour l’annuler, en imaginant l’inconscient réceptacle et le système de pompes aspirantes et refoulantes que l’on sait. Ce désir du parricide et de l’inceste, je le refoule parce que jadis, je l’ai vraiment voulu. Ergo sum. […] La rivalité mimétique présente sur le complexe freudien des avantages de tous ordres : elle élimine avec la conscience du désir parricide et incestueux, la nécessité encombrante du refoulement et de l’inconscient. Elle s’inscrit dans un système de lecture qui déchiffre le mythe oedipien ; elle assure à l’explication une cohérence dont le freudisme est incapable et ceci avec une économie de moyens que Freud ne soupçonne même pas. (…) Il y a une unité non seulement de toutes les mythologies et de tous les rituels, mais de la culture humaine dans sa totalité, religieuse et anti-religieuse, et cette unité des unités est toute entière suspendue à un unique mécanisme toujours opératoire parce que toujours méconnu, celui qui assure spontanément l’unumanité de la communauté contre la victime émissaire et autour d’elle. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Hitler sait que les êtres humains ne veulent pas seulement le confort, la sécurité, les heures de travail de courte durée, l’hygiène, le contrôle des naissances et, dans le bon sens commun. Ils ont également, au moins par intermittence, l’envie de lutte et de sacrifice de soi, pour ne pas mentionner les tambours, drapeaux et défilés. Peu importe comment sont leurs théories économiques, le fascisme et le nazisme sont plus sonores psychologiquement que toute conception hédoniste de la vie. Orwell
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Oui, ce jour-là, nous étions tous Américains. Mais avions-nous suffisamment mesuré et compris que nous étions tous concernés et que nous étions désormais confrontés à un terrorisme d’une autre nature que ce que jusque-là le monde avait connu ? Avions-nous saisi qu’au-delà d’Al quaïda et de ce groupe barbare qui s’était installé en Afghanistan, c’était une guerre qui nous était déclarée par le fondamentalisme ? Les réponses que l’administration américaine a apportées à ces attaques planifiées de l’intérieur et exécutées de façon méthodique, loin d’éradiquer la menace, l’ont élargie à un plus vaste espace. Et notamment en Irak. Et si la France, avec Jacques Chirac, a refusé légitimement de se joindre à l’intervention, et l’a même condamnée, elle n’en a pas moins été victime des conséquences du chaos qu’elle a engendré. François Hollande (11.09.2016)
Même aux pires moments de notre relation, quand le général De Gaulle a quitté l’OTAN, critiqué la guerre du Vietnam et voulu remplacer le dollar par l’étalon-or, il n’est jamais allé aussi loin. Il n’a jamais tenté, lui, de monter une coalition contre nous. Kissinger (Paris, automne 2003)
A senior U.S. official said France’s refusal to join in threatening force against Iraq doomed the united front assembled in November and convinced Iraqi President Saddam Hussein that he could split the international community and avert war without divulging his programs to develop weapons of mass destruction. (…) As the United States and Britain lobbied for a second U.N. resolution that would authorize the use of force, France played hardball, openly competing for Security Council votes and trying to intimidate supporters of the U.S. position among Eastern European countries. It wasn’t just France’s anti-war stance that Washington resented, but the « gleeful organizing against us, » a senior U.S. official said. This generated even more disfavor within the Bush administration than was reserved for Russia, which opposed the war less aggressively. (…) U.S.-French strains did not start with Iraq, and are unlikely to end anytime soon. Determined to act as a counterweight to American power in Europe and to preserve its influence among former colonies in Africa and the Middle East, France has long viewed the United States and its power with a mixture of gratitude, Old World disdain and sheer mischievousness. President Charles de Gaulle set the relationship on its rocky course in 1966 when he pulled France out of the military arm of the U.S.-led North Atlantic Treaty Organization while remaining part of its political umbrella, the North Atlantic Council, and providing troops and equipment for NATO missions. In the years since, France has refused to give unblinking support for U.S. actions, even blocking the use of its airspace when the United States, under President Ronald Reagan, bombed Libya in 1986. The Baltimore Sun (09.05.2003)
Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs américains et irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute. Amir Taheri
Yes, France has suffered terror attacks. There’s no question on that score. But what I didn’t understand in 2003 and what Hollande should most certainly understand by now is that they were going to be attacked anyway. The horror of 9/11 wasn’t the start of anything. It was just the most shocking, visible symbol of a disease which had already taken hold in the global bloodstream. To think that the terrorist urges of Islam weren’t going to hit France sooner or later (being a western power within easy reach of their strongholds) is foolish. Blaming it on us is counterproductive and ignores both history and reality … Hot air
Relire aujourd’hui les principaux textes consacrés à ces attentats par des philosophes de renom constitue une étrange expérience. De manière prévisible, on y rencontre élaborations sophistiquées, affirmations grandioses ou péremptoires, performances rhétoriques bluffantes. Malgré tout, avec le recul, on ne peut qu’être saisi par un décalage profond entre ces performances virtuoses et la réalité rampante du terrorisme mondialisé que nous vivons à présent quotidiennement. Au fil des ans, un écart frappant s’est creusé entre discours subtils et réalités grossières, propos éthérés et faits massifs. Le 11 septembre devait être nécessairement considéré comme une énigme. Le philosophe français Jacques Derrida affirmait qu’« on ne sait pas, on ne pense pas, on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre ce qui s’est passé à ce moment-là ». Il fallait d’abord récuser les évidences, considérées comme clichés idéologiques ou manipulations médiatiques. Ne parler donc ni de d’acte de guerre, ni de haine de l’Occident, ni de volonté de détruire les libertés fondamentales. Dialoguant à propos du 11 septembre avec Jürgen Habermas, qui centrait alors son analyse principalement sur la politique de l’Europe, Derrida, pour comprendre l’événement, s’attardait sur la notion d’Ereignis (« événement », ou « avenance ») dans l’histoire de l’être selon Heidegger et finissait par proposer une « hospitalité sans condition ». « C’est eux qui l’on fait, mais c’est nous qui l’avons voulu » soutenait pour sa part le sociologue Jean Baudrillard, attribuant aux rêves suicidaires de l’Occident l’effondrement des tours et la fascination des images des attentats. Pour celui voulait mettre en lumière « l’esprit du terrorisme », les « vrais » responsables étaient donc, au choix, les Etats-Unis, l’hégémonie occidentale ou chacun d’entre nous… D’autres se demandèrent aussitôt « à qui profite le crime » et conclurent que ce ne pouvait être qu’à la CIA, préparant ainsi les théories du complot qui firent florès. Ce ne sont que quelques exemples. Une histoire des lectures philosophiques du 11 septembre reste à écrire. Elle montrerait combien anti-américanisme et anti-capitalisme ont empêché tant d’esprits affutés de voir la nature religieuse du nouveau terrorisme comme les singularités de la nouvelle guerre. S’y ajoutaient la volonté de n’être pas dupe et la défiance envers les propagandes, transformées en déni systématique des informations de base. Les philosophes ont évidemment pour rôle indispensable d’être critiques, donc de démonter préjugés et fausses évidences, mais n’ont-ils pas pour devoir de ne jamais faire l’impasse sur les faits ? Au lieu de mettre en cause l’empire américain, l’arrogance des tours, le règne des images, il fallait scruter l’islamisme politique, les usages inédits de la violence, l’art terroriste de la communication. Quelques-uns l’ont fait, en parlant dans le désert. Aujourd’hui, il est urgent d’analyser ce qu’impliquent les changements intervenus depuis le 11 septembre. Car ce ne sont plus des symboles, comme les Twin Towers ou le Pentagone, qui sont ciblés, mais n’importe qui vivant chez les « impies » – dans la rue, aux terrasses, au concert, à l’école…. Les terroristes ne sont plus des commandos organisés d’ingénieurs formés au pilotage pour transformer des Boeing en bombes, mais de petits délinquants autogérés, s’emparant d’un couteau de cuisine ou d’un camion. Pour en venir à bout, il va falloir rattraper, au plus vite, le temps perdu à penser à côté de la plaque. Roger-Pol Droit
Le djihad est de toute évidence une affaire de famille. Il ne se fait pas contre la famille mais pour la famille. Dans sa logique, le jeune veut ramener la famille dans la tradition, vers un islam originel. Il se considère comme un sauveur. Il y a dans la fratrie un phénomène d’identification croisée entre frères ou sœurs. Un rapport de complémentarité se construit. Chacun développe des compétences qui s’amplifient. Dans une fratrie, l’aîné sert le plus souvent d’éclaireur. Il y a parfois une identification à l’aîné beaucoup plus forte qu’au père. (…) [Mais] J’ai l’exemple d’une famille française musulmane totalement insérée dont le fils s’est radicalisé. La sœur, elle, est totalement révulsée. (…) Les familles sont déchirées. S’installe alors un dialogue de sourds. Car chacun défend à sa façon une famille qui n’est pas la même. Serge Hefez (psychiatre et psychanalyste, Pitié-Salpêtrière, Paris).
C’est un phénomène tout à fait naturel. On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance. C’est ce que j’appelle l’activation de l’identité sociale. C’est une question de proximité. C’est pour ça qu’il y a dans les groupes jihadistes tant de frères, parfois de sœurs, de copains de quartier. Ils grandissent ensemble. Ils rouspètent, s’inventent une identité de défenseurs d’un islam agressé, de femmes et d’enfants tués dans des bombardements aériens. Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres. (…) Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. Marc Sageman (psychiatre et ancien agent de la CIA )
Le recrutement se fait essentiellement par des pairs. C’est la parenté et l’amitié qui pèsent, beaucoup plus que la religion ou le quartier. Il y a un gros phénomène de groupe. Dr Rik Coolsaet (expert belge)
« La seule chose vraiment évidente que nombre de ces jeunes ont en commun, c’est un dysfonctionnement familial. Il y a eu des divorces dramatiques, des trahisons, des abandons, des abus sexuels, des pères qui sont partis, des pères pervers qui ont agressé leurs enfants. Ces frères se créent un fort univers commun, ils font famille autrement. (…) Ils s’enferment rapidement dans une sorte de confusion psychique. Il y a quelque chose d’un peu fou, d’un peu irrationnel dans ces processus. Une prise de risque un peu adolescente, même s’ils ne sont pas toujours adolescents. Patrick Amoyel (psychanalyste et professeur de psychopathologie)
Pour ces possibles orphelins symboliques le sang est une façon de laisser une trace, de faire un trou dans la mémoire des autres, l’acte terrorisant devant être inoubliable: à ces dates, 7 janvier, 13 novembre, c’est de leur haine que l’on se souviendra, pas du nom du père. Paul-Laurent Assoun
La radicalisation est  en  effet avant tout un processus de socialisation dans lequel la dynamique de groupe (amis, famille) est  bien  plus  importante  que  l’idéologie.  Ces  études  nous  ont  fourni  une  compréhension  plus  détaillée  des étapes de ce processus de socialisation. Avant d’en arriver à la violence, certaines étapes sont en  effet franchies, plus ou moins progressivement, et généralement à travers une dynamique de groupe  (de  véritables  « loups  solitaires » comme  Anders  Breivik  étant  très  rares).  Au  départ,  il  y  a  des  sentiments de frustration, d’injustice, de mécontentement. Ces sentiments sont ensuite intériorisés,  ce  qui  conduit  à  une  séparation  mentale  de  la  société,  considérée  comme  seule  responsable.  Subséquemment, les individus recherchent confirmation auprès d’autres personnes, qui partagent  les mêmes sentiments. Ainsi se  crée un  “ in – group ” , où la loyauté envers l’ensemble solidifie les liens  internes. A l’intérieur d’un tel groupe, les sentiments personnels d’origine se  politisent (« qu’allons – nous  faire  pour  réagir  ? » ).  La  pensée de  groupe  ( “ groupthink ” ) écarte  graduellement  toutes  les  objections éventuelles à la pensée unique qui commence à se cristalliser. Si  cette dernière s’oriente  dans  une  voie  extrémiste,  voire  violente,  les  membres  ont  – en  principe  – le choix soit d’y adhérer,  soit  de  quitter  le  groupe.  Mais  la  dynamique  de  groupe, et surtout le besoin qu’éprouvent les  membres de maintenir les liens créés dans ce processus, rend ce choix généralement aléatoire. A ce  stade, l’idéologie  – qui n’est généralement pas à l’origine du processus  – commence à jouer un rôle  bien spécifique : contribuer à déshumaniser l’ out – group , c’est – à – dire le reste de la société et dès lors  à  transformer  des  innocents  (qui  ne  portent  aucune  responsabilité  personnelle  dans  les sentiments  de frustration et d’injustice à l’origine du processus) en complices coupables.  Dans ce processus de socialisation dans l’extrémisme, ce n’est donc pas le narratif (à savoir,  l’idéologie) qui pousse un individu dans le terrorisme, mais le contexte et la dynamique de groupe. Il  n’y a en effet  aucun  automatisme  entre  l’acquisition  d’idées  dites  radicales  et  le  choix  délibéré  de  recourir à des actes terroristes. Les premières ne sont pas l’antichambre des secondes. Et pourtant,  les stratégies de déradicalisation sont presque toujours basées sur cette thèse, comme en témoigne  le  point  de  vue du  premier  ministre  belge  Charles  Michel:  « On  se  trompe  en  cherchant  des  causes  sociales à ce qui n’est rien d’autre qu’une idéologie fanatique qui veut imposer par la violence  extrême sa vision  obscurantiste. » L’accord  du gouvernement  Mich el d’octobre 2014 mentionne que : « La protection de l’Etat de droit  démocratique et la sécurité de nos citoyens constituent une priorité absolue pour le gouvernement. Aujourd’hui, elle se trouve sous la pression de la menace croissante de la r adicalisation  et  du  terrorisme. » Mais  il  se  garde  bien  de  définir  sur  quelle  base  a  pu  être  déterminé  qu’il  y  accroissement de radicalisation  – sauf à se référer au nombre de Belges partis pour la Syrie.  Mais la   « radicalisation » explique – t – elle   vraiment   le  phénomène   des combattants étrangers d’aujourd’hui ? Qu’est – ce  qui  pousse  des  jeunes  Belges  vers  la  Syrie  et  vers  le  groupe  le  plus  brutal  et  violent,  Daesh ? L’actuelle  génération de  candidats  combattants  étrangers  se  compare  difficilement  à leurs  ainés, partis dès les années 80 vers l’Afghanistan, la Bosnie, l’Irak et d’autres théâtres de guerre.  Tout  d’abord, leur  âge  moyen  est  maintenant  nettement  inférieur .  Auparavant, l’âge  moyen  était  de  27  ans, tandis  qu’à présent l’âge caractéristique se situe entre 20 et 24 ans (même en tenant compte du  fait qu’un tiers des belges partis pour la Syrie ont 30 ans ou plus). Des jeunes  candidats au départ  de  15 – 18 ans sont malheureuse ment  loin d’être des exceptions en Europe . Ensuite,  comparé  aux générations  antérieures de  combattants  étrangers,  leur  bagage politique  et  religieux  est souvent  fort léger. Pour  Alain  Grignard,  islamologue, chargé de cours à l’université de  Liège, et  commissaire à la division antiterrorisme de la police fédérale belge, la différence avec leurs  prédécesseurs est patente : « Auparavant, nous avions surtout affaire à des  “ islamistes radicaux ” – des individus qui étaient  poussés vers la violence par une interprétation extrémiste de l’Islam  – mais maintenant nous sommes  de plus en plus face à ce que l’on pourrait décrire des  “ radicaux islamisés ” . »  U ne  fois  arrivés en  Syrie  et  en  Irak,  ils  se  montrent en  outre  très  égocentriques et  conscients de  l’image qu’ils veulent afficher. Leur désir de se placer au centre des événements (avec de nombreux  selfies et  tweets dans  un  langage – jeune  sur  des thèmes  d’adolescents)  et  d’attirer  l’attention  reflètent un degré de narcissisme qui était largement absent parmi leurs prédécesseurs. De plus, leur décision de partir  est souvent le résultat d’ un  empressement , plutôt qu e d ’une décision  mûrement réfléchie.  Des  dynamiques de groupe jouent un rôle crucial, car ces jeunes se connaissent  et s’influencent les uns les autres à l’école, dans les parcs publics,  des clubs de sports, bref, leurs lieux de  vie  quotidiens.  Mais  leur  décision  de  rejoindre  la  Syrie  n’est  plus  lié  à  ce processus  de  radicalisation  plus ou  moins  long,  comme  ce  fut  typiquement  le  cas  des générations  antérieures  de combattants étrangers et  fut tant  étudié depuis 2004 . Elle est par contre généralement une réponse  plus – ou – moins impulsive aux défis quotidiens du milieu et des quartiers où ils sont nés et ont grandi  et avec lequel ils  cherchent à rompre. Pour une parti e des  candidats  au départ,  rejoindre  Daesh est  en effet  le passage  à une  autre  forme  de comportement déviant , à c ôté d’une appartenance à des  gangs, des émeutes de rue, de trafic de  drogue, la délinquance juvénile ou d’autres comportements déviants 12 . Mais  rejoindre Daesh  ajoute  une  dimension  aguichante à  leur mode  de  vie  – en  fait  les  transformant  de  délinquants  sans  avenir  en moudjahidines avec une cause. Mais  les  candidats  au  départ  ne  sont  pas  tous  connus  de  la  police  pour  un  comportement  déviant.  Une partie des partants européens ne semblait en rien se distinguer.  C eux – ci font par contre souvent  référence  à  une  absence  d’ avenir,  à  des  difficultés  personnelles  auxquels  ils  sont  confrontés  dans  leur  vie  quotidienne,  à  des  sentiments  d’exclusion  et  d’ absence  d’appartenance,  comme  s’ils ne  disposaient  pas  d’un  enjeu  de  société.  Souvent aussi,  ils  sont  solitaires,  des adolescents  isolés,  en  désaccord avec la famille et les amis, à la recherche d’ une  appartenance et  d’ une cause à  rejoindre . À  un  certain  moment,  la  succession  de  ces  ruptures  se  transforme  en  colère  et  en quête d’ une  échappatoire à cette vie sans perspective. Bien  que  différents  dans  leurs  motivations,  les  deux  groupes  partagent  certaines  caractéristiques  communes qui,  prises  ensemble,  constituent  la  « culture  jeune » dans  laquelle  la  force  d’attraction  de Daesh trouve un terreau fertile. Tout d’abord, la religion n’y joue qu’un rôle mineur.  Europol a fini  par  souscrire  à  la  thèse que la religion n’est plus un élément – clé  dans  la  radicalisation et  va jusqu’à  préférer abandonner le  concept même de « radicalisation » : “ Compte tenu de la diminution de la composante religieuse dans  la radicalisation, en particulier parmi  les jeunes recrues, il peut être plus exact de parler d’une ‘tendance sociale de type extrémisme  violent’ plutôt que d’utiliser le terme ‘radicalisation’ .” Un second trait commun est le sentiment largement partagé parmi les candidats au départ, que leur  vie n’offre pas de perspe ctives.  Le  “ no future” apparait  comme  un  élément  crucial  de  cette  culture  jeune qui pousse au départ vers la Syrie. Le moteur principal est le vécu d’une partie de la jeunesse,  qui a le sentiment que leur avenir ne leur appartient pas, qu’ils ne sont ni souhaités, ni acceptés, ni  respectés. Fragilité, frustration, une perception d’iniquité et le sentiment qu’en partant pour la Syrie,  ils n’ont rien à perdre et tout à gagner,  animent l’ensemble des partants. Troisièmement, comme le chercheur français Olivier Roy  le  soutient également, cette culture jeune  est  aussi le résultat d’une révolte générationnelle, contre leurs parents, contre la société et  contre  les  autorités.  Jusqu’à  un  certain  point,  les  mêmes  mécanismes  étaient  en  jeu  lors  des  mouvements  de contestation dans les années 1960 et les années 1970. Mais la société d’aujourd’hui contraste nettement avec la société de l’époque.  Dr Rik Coolsaet (expert belge)
Ceux qui partent faire le jihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre,  pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10 %  seulement pour des convictions religieuses: l’islam radical. La religion n’est pas le moteur de ce  mouvement et c’est ce qui en fait sa force. C’est pour cette même raison que placer la déradicalisation  sous ce seul filtre ne pourra pas fonctionner. Marc  Trévidic
Le Prof. Coolsaet indique que des études sur le terrorisme ont en effet révélé qu’un cercle d’amis constitue un média élémentaire pour la radicalisation d’un individu – plus crucial même que l’idéologie ou la religion. (…) Le Prof. Rik Coolsaet stipule que ce cas est un bel exemple d’auto-radicalisation ou d’autorecrutement. Muriel, Issam et les jeunes de Saint-Josse-Ten-Noode radicalisent presque entièrement par leur cercle d’amis ou leur famille. Un recrutement actif n’aurait pratiquement pas ou pas du tout joué un rôle. Il indique que les jeunes se prennent l’un l’autre pour modèle. Via l’Internet, ils ont construit une communauté virtuelle de personnes partageant les mêmes opinions. Il s’agissait entièrement d’un processus bottom-up (de bas en haut). Rapport Polarisation en radicalisation
Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. On peut citer les al-Hamzi, pirates de l’air du 11 septembre 2001, les Oulad-Akcha, poseurs de bombes du 11 mars 2004 à Madrid, mais aussi la fratrie Merah, les frères Belhoucine, Karim et Foued Mohamed-Aggad ou encore les frères Clain. On se souvient aussi des frères Kouachi, qui ont préparé et perpétré les attentats de Charlies Hebdo. Du début à la fin, les deux hommes, dont la relation a été décrite comme «fusionnelle», ne se sont jamais quittés et sont morts ensemble à l’imprimerie de Dammartin-en-Goëlle, sous les balles du GIGN. Ces alliances fraternelles dans la radicalisation et dans le martyr se forgent plus facilement qu’entre amis. «Le sang ne ment pas. Quand on est frère, on ne peut pas se trahir», résume Farhad Khosrokhavar*, directeur d’études à l’EHESS, joint par Le Figaro. «Ils se connaissent très bien, peuvent se voir facilement et parfois communiquer d’un seul regard.» De quoi compliquer la tache des services de renseignement qui peinent à détecter ce genre de profils. «Deux frères qui se parlent, ça n’éveille pas forcément les soupçons», commente le spécialiste. «C’est une question de confiance», ajoute le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, interrogé par l’AFP. «Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. C’est le même phénomène avec les gangs de rue. Il n’y a pas besoin de lavage de cerveau, d’endoctrinement.» «Nous sommes très proches (avec mon frère Mohamed, ndlr). S’il a besoin de quelque chose, je lui apporte mon aide et inversement», avait dit aux enquêteurs Medhi Belhoucine, apparu plus tard avec Hayat Boumeddiene – la compagne du tueur Amedy Coulibaly – à l’aéroport d’Istanbul. Bien que très solides, ces relations sont rarement égalitaires et le frère aîné n’est pas toujours celui qui entraîne l’autre dans sa dérive. Cherif Kouachi, le frère cadet, semblait avoir l’ascendant sur son frère aîné Saïd. Même hypothèse chez les frères Abdeslam. «C’est Salah qui connaît depuis l’enfance Abaaoud», expliquait à l’Express leur frère aîné Mohamed. «Je pense que c’est ce dernier qui lui a parlé des combats en Syrie. Brahim le connaît peu. Peut-être qu’ensuite Salah l’a convaincu à son tour». «Généralement, il y en a un qui commande et l’autre qui suit, ce qui facilite les opérations», synthétise Farhad Khosrokhavar. Les rapports entre parents et enfants peuvent avoir une incidence sur la radicalisation des fratries. Dans les familles patriarcales, où le père est en retrait, le grand frère prend souvent le relais et exerce une autorité sur les autres, quitte à les entraîner dans le sillage de la radicalisation. «Pour certains, il s’agit d’être plus musulmans que les parents. On essaie de racheter la défaillance du père et de sauver l’identité musulmane de la famille», estime le psychanalyste Patrick Amoyel, contacté par Le Figaro. Ces pactes familiaux peuvent toucher un cadre plus large et concerner les femmes, les cousins, les amis. Ainsi Souad Merah, la soeur du tueur de Toulouse, «avait clairement favorisé la radicalisation de son frère et est même aller jusqu’à déclarer qu’elle était fière de lui», rappelle le chercheur franco-iranien. «Les terroristes doivent sans cesse innover pour garder une longueur d’avance sur les services de sécurité», pense Farhad Khosrokhavar. «Je ne serai pas surpris qu’à l’avenir les femmes soient de plus en plus mises à contribution dans les projets d’attentats.» On se souvient notamment d’Abdelhamid Abaaoud qui s’était servi de sa cousine Hasna Ait Boulahcen pour se trouver une planque, après les attentats de Paris. Pour les spécialistes, il est compliqué de ramener ces fratries radicalisées vers la société. Patrick Amoyel en sait quelque chose. Au sein de l’association Entr’Autres, il suit une quinzaine de fratries radicalisées depuis plusieurs mois. «Leur prise en charge est plus difficile», constate le thérapeute. «Lorsqu’on commence à atteindre l’un des deux et à le déstabiliser dans ses convictions, l’autre revient à la charge et le rattrape. Et on doit repartir à zéro.» Le Figaro
Les terroristes s’appellent souvent entre eux « frère » ou se réfèrent aux « frères » de Syrie, d’Afghanistan ou de France. Un moyen d’indiquer une solidarité, un sentiment d’identité commune. Un jargon qui est d’ailleurs utilisé par les jeunes du monde entier et qui n’est pas réservé aux seuls terroristes ou jihadistes. Il est néanmoins troublant de constater que dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents, fait remarquer le quotidien britannique The Guardian . Tout récemment, l’enquête sur les attentats de Paris , vendredi 13 novembre, a permis d’identifier deux frères, Brahim Abdeslam, 31 ans, le kamikaze qui s’est fait exploser boulevard Voltaire sans faire de victimes, et son frère Salah Abdeslam , toujours en fuite. Un troisième frère, Mohammed, a été arrêté lundi, a passé plusieurs heures en garde à vue, avant d’être finalement libéré. Abdelhamid Abaaoud , le cerveau présumé des attentats de Paris, avait, lui , fait la une des journaux belges dès 2014, après avoir enlevé son propre frère Younès, emmené en Syrie alors qu’il était âgé de 13 ans, et qui avait été surnommé « le plus jeune jihadiste du monde » par certains médias. Les frères Abdeslam et Abaaoud ne sont pas des cas isolés. Il existe de nombreux autres exemples identiques : les frères Kouachi , auteurs des attentats contre Charlie Hebdo en janvier dernier, ou bien les frères Tsarnaev, coupables des attentats de Boston en 2013. Il y a aussi le frère de Mohammed Merah, terroriste islamiste franco-algérien ayant perpétré les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, qui aujourd’hui est encore en détention provisoire pour complicité d’assassinat. Les liens fraternels sont aussi fréquents parmi ceux se rendant en Syrie, en Irak ou d’autres zones de guerre. En Grande-Bretagne, trois frères âgés de 17 à 21 ans originaires de Brighton sont partis pour la zone de combat syrienne en s’engageant pour un groupe lié à Al Qaïda. En France, les frères Bons sont partis combattre à Alep en 2013. Ils sont aujourd’hui décédés. Des exemples comme ceux-là il y en a à la pelle. Ils sont choquants mais pas surprenants. Il y a dix ans, des responsables américains du renseignement militaire en Irak avaient déjà noté qu’un homme impliqué dans l’extrémisme violent se révélait être un prédicateur très efficace face aux membres de sa famille. Cela peut être un frère ou un père. Abdel-Majed Abdel Bary, un britannique recruté par Daech est par exemple le fils d’Adel Abdel Bary, un militant égyptien venu au Royaume-Uni en 1991 qui a été reconnu coupable à New York dans les attentats des ambassades américaines en Afrique de 1998. Une étude récente, de l’Université de Pennsylvanie, a analysé les interactions de 120 supposés «loups solitaires» parmi les terroristes de tous horizons idéologiques et religieux. Elle a constaté que même s’ils ont effectivement combattu seul, dans 64% des cas, famille et amis étaient au courant de ses intentions. Tout cela apporte quelques éclaircissements sur la nature des recrutements des terroristes et sur la radicalisation. Les deux sont souvent compris comme un processus impliquant une personne « normale » subissant un « lavage de cerveau » venant de l’extérieur. Les faits, cependant, contredisent cette explication. Le terrorisme est d’abord une affaire sociale. Plutôt qu’une influence extérieure, ce sont les idées, les idéologies et les activités, même celles terriblement destructrices, véhiculées par des membres de la famille ou des amis proches, qui intéressent et fascinent. Les Echos
Militants often call each other “brother”, and refer collectively to the “brothers” in Syria, Afghanistan, Iraq or France. Why? Partly this is to indicate solidarity, attachment to a common cause, a sense of shared identity and endeavour. Partly it’s because that’s how young men speak, all over the world, but particularly in the kind of environments from which many contemporary militants come. But it is also because, remarkably often, the term is entirely accurate. Those speaking of being “brothers” are indeed blood relatives, children of the same parents, who often grew up together. The Paris attackers are reported to have included Ibrahim Abdeslam – a suicide bomber who blew himself up outside the Comptoir Voltaire restaurant – and Salah Abdeslam, who is on the run. (…) Abdelhamid Abaaoud, the suspected mastermind of the attacks, recruited his own 13-year-old brother, who travelled to Syria and then was seen in a video in a pickup truck dragging bodies of Syrian army soldiers. (…) There are many other examples, in different countries, on different continents: the two Kouachis who attacked the Charlie Hebdo offices in January. The Tsarnaev brothers, who bombed the 2013 Boston Marathon. The brother of Mohammed Merah, who killed seven in south-west France in 2012, remains jailed, although his role in the murders and the radicalisation of the perpetrator is not entirely clear. Fraternal ties are also common among those who travel to Syria, Iraq or other war zones, even if they do not turn to terrorism at home. Few travel alone: almost all make the journey with close friends or family members. Three brothers aged 17 to 21, from Brighton, left the UK to join al-Nusra Front, an al-Qaida affiliate, in Syria. There was Aseel Muthana, a 17-year-old schoolboy who travelled with his elder brother, a medical student, to join Isis. In October, a British court found that two brothers of Iftekhar Jaman, who spoke of “five-star jihad” on the BBC, had spent two years giving help and advice to people seeking to travel to Syria to establish an Islamic state. Both were convicted of terrorist offences.This vision of “jihad by family” may be shocking, but it should not be surprising. Ten years ago, US military intelligence officials in Iraqi identified having a close family member already involved as the greatest predictor of an individual becoming involved in violent militancy, Islamic or otherwis. This may be a brother, or it may be a father. Abdel-Majed Abdel Bary, a British aspiring rapper turned Isis recruit, is the son of Adel Abdel Bary, an Egyptian militant who came to the UK in 1991 and was later convicted in New York for his role in al–Qaida’s attack on US embassies in east Africa in 1998. In the UK more recently, along with siblings, parents of jihadis have been detained and some charged with Syria-related offences. Research by New America, a nonpartisan thinktank in the United States, showed that more than a quarter of western fighters have a familial connection to jihad, whether through relatives who are also fighting in Syria and Iraq, through marriage or through some link to other jihads or terrorist attacks. The research also found that of those western fighters with familial ties to jihad, three-fifths had a relative who has also left for Syria. Another recent study, at Pennsylvania State University, examined the interactions of 120 supposed “lone wolf” terrorists from all ideological and faith backgrounds, and found that, even though they launched their attacks alone, in a large majority of the cases others were aware of the individual’s commitment to a specific extremist ideology. In an astonishing 64% of cases, family and friends were aware of the individual’s intent to engage in a terrorism-related activity because the offender verbally told them. All this offers an important window into the nature of recruitment and radicalisation. Both are often understood to be processes which involve someone who is previously “normal” being “brainwashed” by some outside influence that turns them into someone who behaves abnormally. An alternative explanation for how people are drawn into militancy blames propaganda, via the internet. The facts, however, contradict this. Terrorism, like any activism, is highly social, only its consequences are exceptional. People become interested in ideas, ideologies and activities, even appallingly destructive ones, because other people are interested in them. (…) The psychological and social barriers to involvement in violence are certainly higher than in other less nefarious activities, but the mechanics of the process that draws people into them are the same. The Guardian
L’annonce a eu un air de déjà vécu. Deux frères ont été identifiés parmi les kamikazes des attentats de Bruxelles. Il s’agit de deux Bruxellois, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, connus des services de police belges. Encore une fois, l’horreur a donc été commise en famille. Quelques mois plus tôt, on apprenait que deux frères faisaient partie des commandos ayant perpétré les attentats du 13 novembre à Paris: Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser devant un bar du boulevard Voltaire et Salah Abdeslam, dont le rôle dans les attentats de Paris reste flou, arrêté à Bruxelles le 18 mars dernier. Les deux fratries, El Bakraoui et Abdeslam, étaient proches l’une de l’autre. Ce n’est pas la première fois que des frères de sang deviennent frères d’armes. Avant eux, les frères Kouachi se sont attaqués à Charlie Hebdo, les frères Tsarnaev ont été les auteurs des attentats de Boston en avril 2013, le frère de Mohammed Merah, responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012, est détenu pour complicité d’assassinat. Abdelhamid Abaaoud, « cerveau présumé » des attentats de Paris, est également connu pour avoir entraîné son plus jeune frère en Syrie alors qu’il n’avait que 13 ans. Selon une étude du think tank New America, plus d’un quart des jihadistes occidentaux ont un membre de leur famille ayant participé au jihad. Comment expliquer que tant de fratries se radicalisent ensemble et avancent main dans la main jusqu’au moment de passer à l’acte? Evidemment, le mode de recrutement dans les réseaux jihadistes « se fait essentiellement par des pairs », comme a pu le constater l’expert belge Rik Coolsaet. (…) Mais au-delà du fonctionnement presque « familial » du recrutement, le fait d’être du même sang, d’évoluer dans le même milieu, semble jouer un rôle important dans de nombreux cas de radicalisation. « C’est un phénomène tout à fait naturel », explique à l’AFP le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, l’un des premiers à avoir souligné le phénomène dans son livre Understanding Terror Networks. « On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance ». (…) Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres », dit-il. (…) Grandir ensemble, mais aussi et surtout avoir une confiance aveugle en quelqu’un, voici l’un des moteurs de ce phénomène. (…) De fil en aiguille, les frères s’influencent l’un et l’autre. (…) Jusqu’au moment fatidique, celui où ils décident de passer à l’acte ensemble, qui semble être pour eux un accomplissement. Huffington post
La confiance absolue qui existe entre deux frères est une garantie face aux services de renseignement. Même si un membre de la fratrie décide de ne pas participer, il ne va pas dénoncer son frère à la police. (…) Les frères s’unissent dans un pacte, recréent les liens familiaux sur une base de cohésion. Farhad Khosrokhavar
La diffusion d’un nouvel appel à témoins par la police Nationale, dimanche, a jeté le trouble sur l’identité de deux des trois kamikazes du Stade de France. Les similitudes physiques et le parcours quasi identique des deux terroristes interrogent quant aux liens qui les unissent. Dès lundi 16 novembre, dans un communiqué, le parquet affirmait avoir retrouvé un passeport syrien près d’un des corps des kamikazes. L’authenticité du document, au nom d’Ahmad Al Mohammad, 25 ans et né en Syrie, « reste à vérifier » mais « il existe une concordance entre les empreintes papillaires du kamikaze et celles relevées lors d’un contrôle en Grèce en octobre 2015 ». Si le nom d’Al Mohammad n’est pas certain, les enquêteurs ont une certitude : le jeune homme se serait enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Un premier appel à témoins est alors diffusé pour tenter d’obtenir la réelle identité du kamikaze. Ed Thomas, journaliste pour la BBC à Athènes, a enquêté sur le parcours emprunté par le supposé Al Mohammad. Le correspondant aurait découvert que le premier terroriste aurait voyagé avec un autre syrien nommé Al Mahmod. Les enquêteurs français de leur côté, ont précisé que le 3e kamikaze, dont la photo a été diffusée vendredi, a également été enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Si des traces de leur passage subsistent également aux camps de Presevo en Serbie puis d’Opatovac en Croatie, impossible de connaître la suite de leur itinéraire qui s’est achevé aux alentours de 21h20 ce vendredi 13 novembre, aux abords du Stade de France. En dehors de ces éléments, rien ne permet pour le moment d’affirmer un lien de parenté entre ces deux hommes. 20 minutes
Dans les enquêtes antiterroristes médiatisées, les fratries tiennent le haut du pavé. Les plus connus, les frères Merah, se sont radicalisés ensemble. Mais c’est le cadet qui est passé à l’acte. Bertrand Nzohabonayo, tué dans le commissariat de Joué-les-Tours alors qu’il s’apprêtait à porter des coups de couteau à des policiers, avait mis un drapeau de l’organisation de l’Etat islamique sur sa page Facebook. Deux jours après que son frère Brice eut posté le même drapeau… Saïd et Chérif Kouachi se sont formés et entraînés tantôt ensemble, tantôt chacun de leur côté, se rendant soit au Yémen, soit en Arabie saoudite. Mercredi 23 mars 2016, une nouvelle fois, ce sont des frères, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui ont été identifiés comme deux des trois kamikazes des attentats de Bruxelles, a indiqué le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw.  (…) Mimétisme, entraide, endoctrinement mutuel, surenchère… (…) La famille devient alors le premier cercle dans lequel le jeune radicalisé va exercer son argumentation et mettre à l’épreuve son prosélytisme. Ainsi, l’aîné des frères Merah, Abdelkhader, mis en examen pour complicité d’actes terroristes, semble avoir été à l’origine de l’endoctrinement de son cadet. Chez les frères Kouachi, Saïd, est le premier à être parti s’entraîner à manier les armes au Yémen. Pareil pour la fratrie Belhoucine, où l’aîné, Mohamed, est le premier à avoir été condamné dans le cadre d’une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. C’est son petit frère Mehdi, qui a accompagné dans sa fuite vers la Syrie Hayat Boumeddiene, la femme d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage à Vincennes et de la fusillade à Montrouge. Pour autant, toutes les fratries confrontées à la radicalisation d’un des leurs, ne basculent pas forcément dans l’endoctrinement. Le passage à l’acte n’est pas forcément toujours décidé de concert. Alors que Mohamed Merah a décidé, a priori seul, de tuer des militaires et des juifs, les frères Kouachi, eux, sont sortis du bois en même temps. Et sont morts, côte à côte, les armes à la main. 20 minutes

Ben Attash (New York), Al-Shehri (New York), Al Hazmi (Washington), Nurhasyim (Bali), Oulad-Akcha (Madrid), Tsarnaev (Boston), Merah (Toulouse), Belhoucine, Mohamed-Aggad, Clain (Syrie), Kouachi (Paris), El Bakraoui (Paris), Abdeslam (Paris), Abaaoud (Paris), Al Mohammad (Paris) …

Après Harry Potter, les terroristes confirment Girard !

En ce 15e anniversaire des attentats du 11/9

Où, ultime perversion du message évangélique et sans compter les avanies de certains de nos beaux esprits, il s’agissait de donner sa vie non pour ses amis mais pour tuer à l’aveugle les premiers civils venus …

Et une semaine après un nouvel attentat à Paris (Notre-Dame ?) évité apparemment in extremis et organisé cette fois par un réseau de femmes dont une mère et sa propre fille …

Alors que la chaine américaine d’informations continue CNN confirme que les attentats du 13 novembre devaient toucher d’autres sites en France et même plusieurs pays européens, révèlant également la détention d’un  probable complice d’Abaaoud actuellement en Autriche …

Pendant que le président d’un pays qui avait déjà il y a 30 ans interdit son espace aérien aux bombardiers américains partant punir Kaddafi pour son soutien au terrorisme aérien profite de l’hommage aux victimes du 11/9 pour blamer la victime et réécrire l’histoire

Comment ne pas voir …

Dans cette surreprésentation des fratries terroristes

Et contre le misérabilisme social ou médical (les fameux « déséquilibrés » qui bien sûr existent aussi), les histoires de « loups solitaires » ou d’ « auto-radicalisation » dont on nous rebat les oreilles …

La dimension essentiellement sociale du phénomène comme le rappelle l’expert belge Rik Coolsaet …

Et surtout au-delà du cas particulier du terrorisme ou même d’ailleurs des fratries …

La confirmation des fameuses analyses de l’anthropologue français René Girard …

Sur la dimension proprement mimétique – qui Dieu merci marche aussi pour le bien – de la plupart de nos conduites ?

Radicalisation,  entre contexte et responsabilité individuelle
Rik Coolsaet
L’Observatoire
mars 2016
Le concept de  « radicalisation » célèbre cette année ses douze ans. Apparu pour la première fois  dans  un  document de travail de l’Union européenne en  mai  2004,  il  est  devenu  le  Saint  Graal  du contreterrorisme.  Il fait référence  à la trajectoire qu’un individu entreprend  en  quittant son  état  dit  « normal » pour  s’orienter vers l’acte  terroriste.  Mais  ce  processus  est  bien  plus  complexe  qu’il n’y paraît à première vue.
Comme l’a fait remarquer Farhad Khosrokhavar,  avant  les  attentats  du  11  septembre  la  notion  de  radicalisation  était marginale, tant dans les sciences sociales que dans les travaux sur l’extrémisme et  le   terrorisme. Suite   à   ces   attentats,   une   divergence   de   vues  s’est  dessinée entre   les   alliés  transatlantiques.  Les  Etats – Unis  ont  déclaré la  « guerre » au  terrorisme  international  et  ses  leaders,  tenus  pour  responsables  et  dev en ant dès  lors l’objet d’une  chasse à l’homme sans relâche.  Les  Européens  ont  quant  à  eux davantage  insisté  sur  les  « caus es  profondes » , qu’il faudrait  neutraliser  afin d’ éviter qu’à chaque arrestation d’un  leader terroriste, un autre  ne  prenne tout  simplement sa  place.  Cependant,  le  concept  même  de  « causes  profondes » est longtemps resté  inexploré en  Europe, la priorité étant tout naturellement donnée aux mesures de prévention des  attentats.
Vers 2004 – 2005, suite à des attentats à Madrid, La Haye et Londres, les comités spécialisés de l’Union  européenne  ont  été forcés à développer  davantage  leur  réflexion. En effet, ces attentats n’étaient  pas le fruit d’individus venus  expressément  de l’étranger pour perpétrer  leur  acte,  mais  bien  de  personnes ayant grandi en Europe  et  qui  souvent  y  étaient  nés. Comment  en  étaient – elles venues à  recourir au terrorisme ? Qu’est – ce qui les  attiraient dans les idéologies extrémistes et  les propos des recruteurs ?  En  mai  2004,  les  comités  tentèrent pour  la  première  fois  d’énumérer  les  facteurs  pouvant  expliquer  le  recrutement  de  jeunes  musulmans  européens  par  des  groupes  extrémistes  étrangers.  C’est dans ce cadre que le mot « radicalisation » fait son apparition, avec comme contenu  tout simplement « colère ».  C’est la première fois  que ce concept  était mentionné dans un document  européen  – et en plus une première dans le contreterrorisme européen.
En effet, dans la longue  histoire du contreterrorisme européen,  on  prêtait jadis  peu d’attention aux  trajectoires  individuelles. L’accent  était  davantage  mis  sur  le  « pourquoi » de  l’émergence  de  terrorisme que sur le « comment » des individus en arrivaient à choisir cette voie.  A titre d’ exemple,  la  notion  de  « radicalisation » n’était  pas  ou  peu  évoquée  dans  le contreterrorisme  en  Irlande  du  Nord .  Cette faible attention accordée aux trajectoires individuelles était d’ailleurs observable pour  toutes les formes d’acti visme ,  à quelques  exceptions  près,  comme  l’étude du sociologue  français  Yvon Bourdet. L es  travaux classiques sur le terrorisme et les  efforts  antiterroristes  se  concentraient ainsi  quasi exclusivement sur l e contexte  qui  expliquait l’émergence de violences politiques,  puisqu’il  était considéré comme le facteur principal  motivant les  individus  à recourir à la violence.
La nouveauté du concept  de radicalisation  explique pourquoi, en 2006, la Commission européenne  a  créé un Groupe d’Experts,  auquel  il fut  demandé  de  fournir  un  état  des  lieux des  connaissances  académiques  sur  « la  radicalisation  violente ». Dans  leur  rapport  de  2008, les  experts  mentionnent  que  le  concept  manque d’ assises  scientifiques.  Ils  le qualifient  de plus d’intrinsèquement  ambigu,  à  plus d’un égard.  Le  groupe  propose dès  lors  de  le  remplacer  par des  notions  qui  sont,  elles,  enraciné es  dans  les  sciences  sociales.  « Socialisation dans l’extrémisme qui  se  manifeste  dans  le  terrorisme » a été la formule proposée.
En  indiquant  que,  définie  ainsi,  la  « radicalisation » est un  processus  connu  depuis  toujours  et  présent  dans  toutes  les  formes  antérieures  de  terrorisme,  le  groupe  a  également voulu mettre  en  garde  les  décideurs  contre  tout  emploi  abusif,  en  particulier  la  tentation  de  la  lier  exclusivement  à  l’islam. Mais la notion  est vite  devenue  incontournable,  acquiérant le  statut  de Saint  Graal  du  contreterrorisme,  en  raison  de son  apparente  simplicité ,  mais  aussi de  son  ambiguïté.  Elle  s’est  immiscée dans le discours ambiant  sur l’immigration qui  s’est développé depuis les années 1980,  et  dans le malaise autour  de l’islam ( et  les  musulmans ) stimulé par  les attaques  du  11  septembre.  La  « radicalisation » permettait en  effet de parler  de  ces questions  d’une  manière apparemment différente de la rhétorique des mouvements d ’ extrême – droite.
Le  succès  rencontré  par la  notion  de  « radicalisation » a cependant  eu  un  prix.  Elle  a  placé la  responsabilité essentiellement sur l’individu , ses amis et sa famille, ainsi que sur l’ idéologie, tout en  diminuant  significativement  l’importance du  contexte  général  qui,  auparavant,  était considéré comme  fondamental pour  appréhender et combattre  le terrorisme .
De plus, et comme l’avait craint  le Groupe d’Experts européen, elle  a (quasi) exclusivement  été  appliquée à l’islam et aux mus ulmans .  L’islam  a en effet été consid éré comme l’unique et la seule « cause profonde » de la radicalisation et  du   terrorisme.  Ce qui eut comme   effet   de   renforcer , dans   les   populations   européennes,  la  polarisation  sur la soi – disant incompatibilité entre  islam  et valeurs européennes.  Du coup, une partie  de  la  population  « s’est vue renvoyée à son origine, à son apparence, à sa culture, à sa religion,  comme si elle était à part, mise à l’écart, à distance et en défiance ».
Malgré tous les efforts , au sein du monde académique et des forces de police et de renseignement ,  on n’est jamais  parvenu à  développer un  instrument qui  pourrait  déterminer si  oui  ou  non la radicalisation au sein d’une société  s’acc roit ou  au contraire se tasse. 
La kyrielle d’études sur la radicalisation produites depuis 2004 a néanmoins donné quelques résultats  fort  utiles.  Nous  déchiffrons  maintenant  mieux  les  trajectoires  individuelles.  La radicalisation est  en  effet avant tout un processus de socialisation dan s lequel la dynamique de groupe (amis, famille) est  bien  plus  importante  que  l’idéologie.  Ces  études  nous  ont  fourni  une  compréhension  plus  détaillée  des étapes de ce processus de socialisation. Avant d’en arriver à la violence, certaines étapes sont en  ef fet franchies, plus ou moins progressivement, et généralement à travers une dynamique de groupe  (d e  véritables  « loups  solitaires » comme  Anders  Breivik  étant  très  rares).  Au  départ,  il  y  a  des  sentiments de frustration, d’injustice, de mécontentement. Ces sentiments sont ensuite intériorisés,  ce  qui  conduit  à  une  séparation  mentale  de  la  société,  considérée  comme  seule  responsable.  Subséquemment, les individus recherchent confirmation auprès d’autres personnes, qui partagent  les même s sentiments. Ainsi se  crée un  “ in – group ” , où la loyauté envers l’ensemble solidifie les liens  internes. A l’intérieur d’un tel groupe, les sentim ents personnels d’origine se  politisent (« qu’allons – nous  faire  pour  réagir  ? » ).  La  pensée de  groupe  ( “ groupthink ” ) 9 écarte  graduellement  toutes  les  objections éventuelles à la pensée unique qui commence à se cristalliser. Si  cette dernière s’oriente  dans  une  voie  extrémiste,  voire  violente,  les  membres  ont  – en  principe  – le choix soit d’y adhérer,  soit  de  quitter  le  g roupe.  Mais  la  dynamique  de  groupe , et surtout le besoin qu’éprouvent les  mem bres de maintenir les liens créé s dans ce processus, rend ce choix généralement aléatoire. A ce  stade, l’idéologie  – qui n’est généralement pas à l’origine du processus  – commence à jouer un rôle  bien spécifique : contribuer à déshumaniser l’ out – group , c’est – à – dire le reste de la société et dès lors  à  transformer  des  innocents  (qui  ne  portent  aucune  responsabilité  personnelle  dans  les sentiments  de frustration et d’injustice à l’or igine du processus) en complices coupables.  Dans ce processus de socialisation dans l’extrémisme, ce n’est donc pas le narratif (à savoir,  l’idéologie) qui pousse un individu dans le terrorisme, mais le contexte et la dynamique de groupe. Il  n’y a en effe t  aucun  automatisme  entre  l’acquisition  d’idées  dites  radicales  et  le  choix  délibéré  de  recourir à des actes terroristes. Les premières ne sont pas l’antichambre des secondes. Et pourtant,  les stratégies de déradicalisation sont presque toujours basées sur cette thèse, comme en témoigne  l e  point  de  vue du  premier  ministre  belge  Charles  Michel:  « On  se  trompe  en  cherchant  des  causes  sociales à ce qui n’est rien d’autre qu’une idéologie fanatique qui veut imposer par la violence  extrême sa vision  obscurantiste. » 
L’accord  du gouvernement  Michel d’octobre 2014 mentionne que : « La protection de l’Etat de droit  démocratique et la sécurité de nos citoyens constituent une priorité absolue pour le gouvernement. Aujourd’hui, elle se trouve sous la pression de la menace croissante de la r adicalisation  et  du  terrorisme. » Mais  il  se  garde  bien  de  définir  sur  quelle  base  a  pu  être  déterminé  qu’il  y  accroissement de radicalisation  – sauf à se référer au nombre de Bel ges partis pour la Syrie.  Mais la   « radicalisation » explique – t – elle   vraiment   le  phénomène   des combattants étrangers d’aujourd’hui ? Qu’est – ce  qui  pousse  des  jeunes  Belges  vers  la  Syrie  et  vers  le  groupe  le  plus  brutal  et  violent,  Daesh ? L’actuelle  géné ration de  candidats  combattants  étrangers  se  compare  difficilement  à leurs  ainés, partis dès les années 80 vers l’Afghanistan, la Bosnie, l’Irak et d’autres théâtres de guerre.  Tout  d’abord, leur  âge  moyen  est  maintenant  nettement  inférieur.  Auparavant, l’âge  moyen  était  de  27  ans, tandis  qu’à présent l’âge caractéristique se situe entre 20 et 24 ans (même en tenant compte du  fait qu’un tiers d es belges partis pour la Syrie ont 30 ans ou plus). Des jeunes  candidats au départ  de  15 – 18 ans sont malheureuse ment  loin d’être des exceptions en Europe . Ensuite,  c omparé  aux générations  antérieures de  combattants  étrangers ,  leur  bagage politique  et  religieux  est souvent  fort léger. Pour  Alain  Grignard,  islamologue, chargé de cours à l’université de  Liège, et  commissaire à la division antiterrorisme de la police fédérale belge , la différence avec leurs  prédécesseurs est patente : « Auparavant, nou s avions surtout affaire à des  “ islamistes radicaux ” – des individus qui étaient  poussés vers la violence par une interprétation extrémiste de l’Islam  – mais maintenant nous sommes  de plus en plus face à ce que l’on pourrait décrire des  “ radicaux islamisés ” . » U ne  fois  a rrivé s en  Syrie  et  en  Irak,  ils  s e  montrent en  outre  très  égocentrique s et  conscient s de  l’image qu’ils veulent afficher. Leur désir de se placer au centre des événements (avec de nombreux  selfies et  tweets dans  un  langage – je une  sur  des thèmes  d’adolescent s)  et  d’attirer  l’attention  reflète nt un degré de narcissisme qui était largement absent parmi leurs prédécesseurs. De plus, leur décision de partir  est souvent le résultat d’ un  empressement , plutôt qu e d ’une décision  mûrement réfléchie.  Des  dynamiques de groupe jouent un rôle crucial, car ces jeunes se connaissent  et s’influencent les uns les autres à l’école, dans les parcs publics,  des cl ubs de sports, bref, leurs lieux de   vie  quotidiens. 
Mais  leur  décision  de  rejoindre  la  Syrie  n’est  plus  lié  à  ce p rocessus  de  radicalisation  plus ou  moins  long,  comme  ce  fut  typiquement  le  cas  des générations  antérieur e s  de combattants étrangers et  fut tant  étudié depuis 2004 . Elle est par contre généralement une réponse  plus – ou – moins impulsive aux défis quotidiens du milieu et des quartiers où ils sont nés et ont grandi  et avec lequel ils  cherchent à rompre. Pour une p arti e des  candidats  au départ,  rejoindre  Daesh est  en effet  le passage  à une  autr e  forme  de comportement déviant , à c ôté d’une appartenance à des  gangs, des émeutes de rue, de trafic de  drogue, la délinquance juvénile ou d’autres comportements déviants 12 . Mais  rejoindre Daesh  ajoute  une  dimension  aguichante à  leur mode  de  vie  – en  fait  les  transformant  de  délinquants  sans  avenir  en moudjahidines avec une cause. Mais  les  candidats  au  départ  ne  sont  pas  tous  connus  de  la  police  pour  un  comportement  déviant.  Une partie des partants européens ne semblait en rien se distinguer.  C eux – ci font par contre souvent  référence  à  une  absence  d’ avenir,  à  des  difficultés  personnelles  auxquels  ils  sont  confrontés  dans  leur  vie  quotidienne,  à  d es  sentiments  d’exclusion  et  d’ absence  d’appartenance,  comme  s’ils ne  dispos ai ent  pas  d’un  enjeu  de  société.  Souvent aussi ,  i ls  sont  solitaires,  des adolescents  isolés,  en  désaccord avec la famille et les amis, à la recherche d’ une  appa rtenance et  d’ une cause à  re joindre . À  un  certain  moment,  la  succession  de  ces  ruptures  se  transforme  en  colère  et  en quête d’ une  échappatoire à cette vie sans perspective.
Bien  que  différents  dans  leurs  motivations,  les  deux  groupes  partagent  cert aines  caractéristiques  communes qui,  prises  ensemble,  constituent  la  « culture  jeune » dans  laquelle  la  force  d’attraction  de Daesh trouve un terreau fertile. Tout d’abord, la religion n’y joue qu’un rôle mineur.  Europol a fini  par  souscrire  à  la  thèse que la religion n’est plus un élément – clé  dans  la  radicalisation et  va jusqu’à  préférer abandonner le  concept même de « radicalisation » : “ Compte tenu de diminution de la composante religieuse dans  la radicalisation, en particulier parmi  les jeunes recrues, il peut être plus exact de parler d’une ‘tendance sociale de type extrémisme  violent’ plutôt que d’utiliser le terme ‘radicalisation’ .”
Un second trait commun est le sentiment largement partagé parmi les candidats au départ, que leur  vie n’offre pas de perspe ctives.  Le  “ no future” apparait  comme  un  élément  crucial  de  cette  culture  jeune qui pousse au départ vers la Syrie. Le moteur principal est le vécu d’une partie de la jeunesse,  qui a le sentiment que leur avenir ne leur appartient pas, qu’ils ne sont ni souhaités, ni acceptés, ni  respectés. Fragilité, frustration, une perception d’iniquité et le sentiment qu’en partant pour la Syrie,  ils n’ont rien à perdre et tout à gagner,  animent l’ensemble des partants. Troisièmement, comme le chercheur français Olivier Roy  le  soutient également 14 , cette culture jeune  est  aussi le résultat d’une révolte générationnelle, contre leurs parents, contre la société et  contre  les  autorités.  Jusqu’à  un  certain  point,  les  mêmes  mécanismes  étaient  en  jeu  lors  des  mouvements  de contestation dans les années 1960 et les années 1970. Mais la société d’aujourd’hui contraste nettement ave c la société de l’époque. Pour les jeunes partis  de  France,  Marc  Trévidic  a  fait  le même  constat pour  le  contingent  belge en  juin  2015,  lors  de  son  départ du  pôle antiterroriste après  quinze années de travail  dans le domaine  :  « Ceux qui partent faire le jihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre,  pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10 %  seulement pour des convictions religieuses: l’islam radical. La religion n’est pas le moteur de ce  mouvement et c’est ce qui en fait sa force. C’est pour cette même raison que placer la déradicalisation  sous ce seul filtre ne pourra pas fonctionner. » L ’écrivain français Erik Orsenna, juste après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de  Vincennes,  a  pointé le  véritable  enjeu  en  évoquant  « le  terreau  de  désespérance » .  C’était  exactement le même sentiment que  Latifa Ibn Ziaten, la mère d’un des  soldats  tués  par  Mohamed  Merah  en  2012,  avait  recueilli  dans  les  écoles  de  quartiers  difficiles:  « un sentiment d’abandon » .
Suite à l’assassinat de son fils, elle a commencé à plaider passionnément auprès des jeunes afin qu’ils  se  réconcilient « avec le pays qui  [les] a vu naître (et qui) est  [leur] patrie » . Mais, en même  temps,  elle s’ adresse également à la France : « La dignité : voilà la chose la plus importante que vous oubliez.

Voir aussi:

Pourquoi tant de fratries parmi les terroristes ?

Dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents.
Florence Renard-Gourdon
Les Echos
17/11/2015
Les terroristes s’appellent souvent entre eux « frère » ou se réfèrent aux « frères » de Syrie, d’Afghanistan ou de France. Un moyen d’indiquer une solidarité, un sentiment d’identité commune. Un jargon qui est d’ailleurs utilisé par les jeunes du monde entier et qui n’est pas réservé aux seuls terroristes ou jihadistes.

Il est néanmoins troublant de constater que dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents, fait remarquer le quotidien britannique The Guardian . Tout récemment, l’enquête sur les attentats de Paris , vendredi 13 novembre, a permis d’identifier deux frères, Brahim Abdeslam, 31 ans, le kamikaze qui s’est fait exploser boulevard Voltaire sans faire de victimes, et son frère Salah Abdeslam , toujours en fuite. Un troisième frère, Mohammed, a été arrêté lundi, a passé plusieurs heures en garde à vue, avant d’être finalement libéré.

Abdelhamid Abaaoud , le cerveau présumé des attentats de Paris, avait, lui , fait la une des journaux belges dès 2014, après avoir enlevé son propre frère Younès, emmené en Syrie alors qu’il était âgé de 13 ans, et qui avait été surnommé « le plus jeune jihadiste du monde » par certains médias.

Kouachi, Tsarnaev, Merah…

Les frères Abdeslam et Abaaoud ne sont pas des cas isolés. Il existe de nombreux autres exemples identiques : les frères Kouachi , auteurs des attentats contre Charlie Hebdo en janvier dernier, ou bien les frères Tsarnaev , coupables des attentats de Boston en 2013. Il y a aussi le frère de Mohammed Merah, terroriste islamiste franco-algérien ayant perpétré les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, qui aujourd’hui est encore en détention provisoire pour complicité d’assassinat.

Les liens fraternels sont aussi fréquents parmi ceux se rendant en Syrie, en Irak ou d’autres zones de guerre. En Grande-Bretagne, trois frères âgés de 17 à 21 ans originaires de Brighton sont partis pour la zone de combat syrienne en s’engageant pour un groupe lié à Al Qaïda. En France, les frères Bons sont partis combattre à Alep en 2013. Ils sont aujourd’hui décédés.

Des exemples comme ceux-là il y en a à la pelle. Ils sont choquants mais pas surprenants. Il y a dix ans, des responsables américains du renseignement militaire en Irak avaient déjà noté qu’un homme impliqué dans l’extrémisme violent se révélait être un prédicateur très efficace face aux membres de sa famille.

Cela peut être un frère ou un père. Abdel-Majed Abdel Bary, un britannique recruté par Daech est par exemple le fils d’Adel Abdel Bary, un militant égyptien venu au Royaume-Uni en 1991 qui a été reconnu coupable à New York dans les attentats des ambassades américaines en Afrique de 1998.

Des « loups solitaires » pas si solitaires

Une étude récente, de l’Université de Pennsylvanie, a analysé les interactions de 120 supposés «loups solitaires» parmi les terroristes de tous horizons idéologiques et religieux. Elle a constaté que même s’ils ont effectivement combattu seul, dans 64% des cas, famille et amis étaient au courant de ses intentions.

Tout cela apporte quelques éclaircissements sur la nature des recrutements des terroristes et sur la radicalisation. Les deux sont souvent compris comme un processus impliquant une personne « normale » subissant un « lavage de cerveau » venant de l’extérieur.

Les faits, cependant, contredisent cette explication. Le terrorisme est d’abord une affaire sociale. Plutôt qu’une influence extérieure, ce sont les idées, les idéologies et les activités, même celles terriblement destructrices, véhiculées par des membres de la famille ou des amis proches, qui intéressent et fascinent. « Le recrutement est d’abord une affaire de parenté ou d’amitié bien plus que de religion ou de nationalité », résume le Dr Rik Coolsaet, un expert belge, pour The Guardian.

Voir également:

Merah, Kouachi, Abdeslam… Le djihad est souvent une affaire de fratrie

Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. Plusieurs spécialistes analysent ce phénomène relativement ancien.

Au lendemain des attentats de Bruxelles, les enquêteurs ont réussi à identifier deux des kamikazes présumés, deux frères: Ibrahim et Khalid El Bakraoui, connus des services de police pour grand banditisme. Un nouveau cas qui montre que le terrorisme est souvent une affaire de fratrie. Leurs noms viennent s’ajouter à une longue liste de binômes. Avant eux, les frères Abdeslam avaient agi ensemble lors des attentats du 13 novembre dernier àParis et à Saint-Denis. L’aîné, Ibrahim, s’est fait exploser boulevard Voltaire tandis que Salah, présenté comme le logisticien de ces attaques, avait pris la fuite, renonçant à son projet de se faire exploser au stade de France.

Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. On peut citer les al-Hamzi, pirates de l’air du 11 septembre 2001, les Oulad-Akcha, poseurs de bombes du 11 mars 2004 à Madrid, mais aussi la fratrie Merah, les frères Belhoucine, Karim et Foued Mohamed-Aggad ou encore les frères Clain. On se souvient aussi des frères Kouachi, qui ont préparé et perpétré les attentats de Charlies Hebdo. Du début à la fin, les deux hommes, dont la relation a été décrite comme «fusionnelle», ne se sont jamais quittés et sont morts ensemble à l’imprimerie de Dammartin-en-Goëlle, sous les balles du GIGN.

«Le sang ne ment pas»

Ces alliances fraternelles dans la radicalisation et dans le martyr se forgent plus facilement qu’entre amis. «Le sang ne ment pas. Quand on est frère, on ne peut pas se trahir», résume Farhad Khosrokhavar*, directeur d’études à l’EHESS, joint par Le Figaro. «Ils se connaissent très bien, peuvent se voir facilement et parfois communiquer d’un seul regard.» De quoi compliquer la tache des services de renseignement qui peinent à détecter ce genre de profils. «Deux frères qui se parlent, ça n’éveille pas forcément les soupçons», commente le spécialiste. «C’est une question de confiance», ajoute le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, interrogé par l’AFP. «Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. C’est le même phénomène avec les gangs de rue. Il n’y a pas besoin de lavage de cerveau, d’endoctrinement.»

«Nous sommes très proches (avec mon frère Mohamed, ndlr). S’il a besoin de quelque chose, je lui apporte mon aide et inversement», avait dit aux enquêteurs Medhi Belhoucine, apparu plus tard avec Hayat Boumeddiene – la compagne du tueur Amedy Coulibaly – à l’aéroport d’Istanbul. Bien que très solides, ces relations sont rarement égalitaires et le frère aîné n’est pas toujours celui qui entraîne l’autre dans sa dérive. Cherif Kouachi, le frère cadet, semblait avoir l’ascendant sur son frère aîné Saïd. Même hypothèse chez les frères Abdeslam. «C’est Salah qui connaît depuis l’enfance Abaaoud», expliquait à l’Express leur frère aîné Mohamed. «Je pense que c’est ce dernier qui lui a parlé des combats en Syrie. Brahim le connaît peu. Peut-être qu’ensuite Salah l’a convaincu à son tour». «Généralement, il y en a un qui commande et l’autre qui suit, ce qui facilite les opérations», synthétise Farhad Khosrokhavar.

Des fratries difficiles à ramener vers la société

Les rapports entre parents et enfants peuvent avoir une incidence sur la radicalisation des fratries. Dans les familles patriarcales, où le père est en retrait, le grand frère prend souvent le relais et exerce une autorité sur les autres, quitte à les entraîner dans le sillage de la radicalisation. «Pour certains, il s’agit d’être plus musulmans que les parents. On essaie de racheter la défaillance du père et de sauver l’identité musulmane de la famille», estime le psychanalyste Patrick Amoyel, contacté par Le Figaro.

Ces pactes familiaux peuvent toucher un cadre plus large et concerner les femmes, les cousins, les amis. Ainsi Souad Merah, la soeur du tueur de Toulouse, «avait clairement favorisé la radicalisation de son frère et est même aller jusqu’à déclarer qu’elle était fière de lui», rappelle le chercheur franco-iranien. «Les terroristes doivent sans cesse innover pour garder une longueur d’avance sur les services de sécurité», pense Farhad Khosrokhavar. «Je ne serai pas surpris qu’à l’avenir les femmes soient de plus en plus mises à contribution dans les projets d’attentats.» On se souvient notamment d’Abdelhamid Abaaoud qui s’était servi de sa cousine Hasna Ait Boulahcen pour se trouver une planque, après les attentats de Paris.

Pour les spécialistes, il est compliqué de ramener ces fratries radicalisées vers la société. Patrick Amoyel en sait quelque chose. Au sein de l’association Entr’Autres, il suit une quinzaine de fratries radicalisées depuis plusieurs mois. «Leur prise en charge est plus difficile», constate le thérapeute. «Lorsqu’on commence à atteindre l’un des deux et à le déstabiliser dans ses convictions, l’autre revient à la charge et le rattrape. Et on doit repartir à zéro.»

» La fratrie Merah: Mohamed, le tueur, et son aîné Abdelkader, dont le parquet a requis son renvoi devant une cour d’assises spéciales pour complicité d’assassinats et association de malfaiteurs terroriste criminelle. L’aîné de la fratrie Merah, Abdelghani, est également convaincu qu’Abdelkader a joué un rôle crucial dans la radicalisation de Mohamed et son passage à l’acte. Mais pour son avocat, Eric Dupond-Moretti, aucun élément ne le relie aux crimes et rien ne justifie sa mise en examen pour complicité d’assassinats terroristes. Leur sœur Souad s’est dite «fière» de son frère avant de quitter la France pour la Syrie ou l’Algérie.

» Les frères Kouachi : les deux hommes, qui se sont radicalisés au début des années 2000, ont préparé et perpétré les attentats de Charlie Hebdo. Chérif a basculé en rencontrant Farid Benyettou, le leader du groupe dit des «Buttes Chaumont». Il a été arrêté en 2005 alors qu’il s’apprêtait à rallier la Syrie. Plus discret, son frère Saïd était parti au Yémen en 2011 dans un camp d’entraînement. Un temps placés sur écoutes, ils ont échappés aux services de renseignement.

» Les fères Abdeslam : Brahim, 31 ans et Salah, 26 ans. Le premier a participé à la tuerie des terrasses en novembre dernier avant de se faire exploser boulevard Voltaire, dans l’est parisien. Le second, décrit comme le logisticien des attentats, devait se faire exploser au Stade de France, avant de «faire machine arrière», comme l’a déclaré le procureur de la République de Paris, Fançois Molins.

» Les frères Abaaoud : Cerveau présumé des attentats de novembre et mort dans l’assaut mené par le Raid quelques jours plus tard, Abdelhamid Abaaoud avait recruté son petit frère, Younès, alors qu’il n’avait que 13 ans. Les médias l’avaient surnommé «le plus jeune djihadiste du monde».

» Les frères Clain : Fabien, radicalisé depuis les années 1990, et son frère Jean-Michel sont partis s’installer en Syrie en 2014. Leurs voix ont été toutes les deux authentifiées dans un enregistrement de l’État islamique qui revendique les attentats.

» Les frères Belhoucine : Ils ont aidé Hayat Boumedienne, l’ex-compagne d’Amedy Coulibaly, à fuir la France peu avant les attentats de Charlie Hebdo. L’aîné, Mohamed, 27 ans, a été condamné en 2014 pour avoir participé à une filière d’acheminement de combattants vers la zone pakistano-afghane. Medhi, son petit frère de 23 ans, l’avait aidé à intercepter des messages en provenance d’Afghanistan.

» Les frères Mohamed-Aggad : En décembre 2013, Foued, 23 ans, et Karim, 25 ans, sont partis ensemble en Syrie. L’aîné ne supportant plus la situation sur place a fini par rentrer en France, avant d’être incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. Foued est en revanche resté sur place avec femme et enfant avant de participer au commando du Bataclan et de se faire exploser le 13 novembre.

* Auteur de Radicalisation, aux éditions de la maison des sciences de l’homme.

Voir aussi:

Attentats à Bruxelles: El Bakraoui, Merah, Kouachi… Le terrorisme islamiste, une affaire de frères?

SECURITE La famille et le premier cercle sont souvent impliqués dans le passage à l’acte…

William Molinié

20 minutes

23.03.2016

Mise à jour le 23/03/2016 : Alors que la Belgique a été frappée, le 22 mars 2016, par des attentats terroristes à Bruxelles, les premiers éléments de l’enquête impliquent de nouveau des frères : Khalid et Ibrahim El Bakraoui. 20 Minutes vous propose de relire cet article, paru après les attentats de janvier 2015 à Paris.

Dans les enquêtes antiterroristes médiatisées, les fratries tiennent le haut du pavé. Les plus connus, les frères Merah, se sont radicalisés ensemble. Mais c’est le cadet qui est passé à l’acte. Bertrand Nzohabonayo, tué dans le commissariat de Joué-les-Tours alors qu’il s’apprêtait à porter des coups de couteau à des policiers, avait mis un drapeau de l’organisation de l’Etat islamique sur sa page Facebook. Deux jours après que son frère Brice eut posté le même drapeau… Saïd et Chérif Kouachi se sont formés et entraînés tantôt ensemble, tantôt chacun de leur côté, se rendant soit au Yémen, soit en Arabie saoudite.

Mercredi 23 mars 2016, une nouvelle fois, ce sont des frères, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui ont été identifiés comme deux des trois kamikazes des attentats de Bruxelles, a indiqué le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw. Les deux hommes étaient connus des services de police pour grand banditisme.

Mimétisme, entraide, endoctrinement mutuel, surenchère… « Le djihad est de toute évidence une affaire de famille », explique Serge Hefez, psychiatre, psychanalyste et responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Habitué à travailler avec des parents confrontés à la radicalisation d’un de leur enfant, il explique auprès de 20 Minutes que ce phénomène, contrairement à ce qu’on pourrait penser, « ne se fait pas contre la famille mais pour la famille ». « Dans sa logique, le jeune veut ramener la famille dans la tradition, vers un islam originel. Il se considère comme un sauveur », poursuit-il.

« L’aîné sert le plus souvent d’éclaireur »

La famille devient alors le premier cercle dans lequel le jeune radicalisé va exercer son argumentation et mettre à l’épreuve son prosélytisme. « Il y a dans la fratrie un phénomène d’identification croisée entre frères ou sœurs », ajoute le docteur. « Un rapport de complémentarité se construit. Chacun développe des compétences qui s’amplifient. Dans une fratrie, l’aîné sert le plus souvent d’éclaireur », poursuit-il.

Ainsi, l’aîné des frères Merah, Abdelkhader, mis en examen pour complicité d’actes terroristes, semble avoir été à l’origine de l’endoctrinement de son cadet. Chez les frères Kouachi, Saïd, est le premier à être parti s’entraîner à manier les armes au Yémen. Pareil pour la fratrie Belhoucine, où l’aîné, Mohamed, est le premier à avoir été condamné dans le cadre d’une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. C’est son petit frère Mehdi, qui a accompagné dans sa fuite vers la Syrie Hayat Boumeddiene, la femme d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage à Vincennes et de la fusillade à Montrouge. « Il y a parfois une identification à l’aîné beaucoup plus forte qu’au père », complète Serge Hefez.

« Les familles sont déchirées »

Pour autant, toutes les fratries confrontées à la radicalisation d’un des leurs, ne basculent pas forcément dans l’endoctrinement. « J’ai l’exemple d’une famille française musulmane totalement insérée dont le fils s’est radicalisé. La sœur, elle, est totalement révulsée. » Autre exemple, au sein même de la fratrie Merah, des scissions peuvent exister. Ainsi, le plus âgé, Abdelghani, ne partageait pas les convictions radicales de ses frères, Mohamed et Abdelkader, rejoints par leur sœur, Souad. « Les familles sont déchirées. S’installe alors un dialogue de sourds. Car chacun défend à sa façon une famille qui n’est pas la même », ajoute le psychiatre.

Le passage à l’acte n’est pas forcément toujours décidé de concert. Alors que Mohamed Merah a décidé, a priori seul, de tuer des militaires et des juifs, les frères Kouachi, eux, sont sortis du bois en même temps. Et sont morts, côte à côte, les armes à la main

Voir également:

Ibrahim et Karim El Bakraoui: pourquoi des frères deviennent-ils des terroristes ensemble?

 
23/03/2016

PSYCHOLOGIE – L’annonce a eu un air de déjà vécu. Deux frères ont été identifiés parmi les kamikazes des attentats de Bruxelles. Il s’agit de deux Bruxellois, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, connus des services de police belges.

Encore une fois, l’horreur a donc été commise en famille. Quelques mois plus tôt, on apprenait que deux frères faisaient partie des commandos ayant perpétré les attentats du 13 novembre à Paris: Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser devant un bar du boulevard Voltaire et Salah Abdeslam, dont le rôle dans les attentats de Paris reste flou, arrêté à Bruxelles le 18 mars dernier. Les deux fratries, El Bakraoui et Abdeslam, étaient proches l’une de l’autre.

Ce n’est pas la première fois que des frères de sang deviennent frères d’armes. Avant eux, les frères Kouachi se sont attaqués à Charlie Hebdo, les frères Tsarnaev ont été les auteurs des attentats de Boston en avril 2013, le frère de Mohammed Merah, responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012, est détenu pour complicité d’assassinat. Abdelhamid Abaaoud, « cerveau présumé » des attentats de Paris, est également connu pour avoir entraîné son plus jeune frère en Syrie alors qu’il n’avait que 13 ans.

Selon une étude du think tank New America, plus d’un quart des jihadistes occidentaux ont un membre de leur famille ayant participé au jihad. Comment expliquer que tant de fratries se radicalisent ensemble et avancent main dans la main jusqu’au moment de passer à l’acte?

Confiance fraternelle aveugle

Evidemment, le mode de recrutement dans les réseaux jihadistes « se fait essentiellement par des pairs », comme a pu le constater l’expert belge Rik Coolsaet. « C’est la parenté et l’amitié qui pèsent, beaucoup plus que la religion ou le quartier. Il y a un gros phénomène de groupe », souligne-t-il au Guardian.

Mais au-delà du fonctionnement presque « familial » du recrutement, le fait d’être du même sang, d’évoluer dans le même milieu, semble jouer un rôle important dans de nombreux cas de radicalisation.

« C’est un phénomène tout à fait naturel », explique à l’AFP le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, l’un des premiers à avoir souligné le phénomène dans son livre Understanding Terror Networks. « On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance ».

« C’est ce que j’appelle l’activation de l’identité sociale. C’est une question de proximité. C’est pour ça qu’il y a dans les groupes jihadistes tant de frères, parfois de sœurs, de copains de quartier. Ils grandissent ensemble. Ils rouspètent, s’inventent une identité de défenseurs d’un islam agressé, de femmes et d’enfants tués dans des bombardements aériens. Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres », dit-il.

Grandir ensemble, mais aussi et surtout avoir une confiance aveugle en quelqu’un, voici l’un des moteurs de ce phénomène. « Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère », précise Marc Sageman. « La confiance absolue qui existe entre deux frères est une garantie face aux services de renseignement », explique au Parisien Magazine le sociologue Farhad Khosrokhavar, auteur du livre Radicalisation. « Même si un membre de la fratrie décide de ne pas participer, il ne va pas dénoncer son frère à la police », ajoute-t-il.

Contexte familial difficile

Certains psychiatres ou psychologues travaillant sur le sujet ont également pu constater qu’au-delà de la proximité et de la confiance, le contexte familial parfois chaotique était l’un des points communs de ces fratries, même s’il est difficile de dessiner un profil type des terroristes, qui viennent de tous les milieux.

« La seule chose vraiment évidente que nombre de ces jeunes ont en commun, c’est un dysfonctionnement familial. Il y a eu des divorces dramatiques, des trahisons, des abandons, des abus sexuels, des pères qui sont partis, des pères pervers qui ont agressé leurs enfants », analyse pour Le Point le psychanalyste et professeur de psychopathologie Patrick Amoyel, travaillant également pour l’association de déradicalisation des jeunes séduits par le jihad, Entr’autres. « Ces frères se créent un fort univers commun, ils font famille autrement », ajoute-t-il.

Le père de Mohamed Merah, par exemple, est un ex-trafiquant de cannabis. Les frères Kouachi étaient tous deux orphelins. Difficile d’établir un lien de cause à effet, mais pour Farhad Khosrokhavar, « les frères s’unissent dans un pacte, recréent les liens familiaux sur une base de cohésion ».

Laisser une trace

De fil en aiguille, les frères s’influencent l’un et l’autre. « Ils s’enferment rapidement dans une sorte de confusion psychique. Il y a quelque chose d’un peu fou, d’un peu irrationnel dans ces processus. Une prise de risque un peu adolescente, même s’ils ne sont pas toujours adolescents », explique Patrick Amoye à l’AFP.

Jusqu’au moment fatidique, celui où ils décident de passer à l’acte ensemble, qui semble être pour eux un accomplissement. « Pour ces possibles orphelins symboliques le sang est une façon de laisser une trace, de faire un trou dans la mémoire des autres, l’acte terrorisant devant être inoubliable: à ces dates, 7 janvier, 13 novembre, c’est de leur haine que l’on se souviendra, pas du nom du père », affirme au Point le psychanalyste Paul-Laurent Assoun.

Pour l’instant, on sait seulement des frères El Bakraoui qu’ils ont un passé criminel. Ibrahim a été condamné en 2010 pour avoir tiré à la kalachnikov sur la police, selon Libération. Son frère, Khalid, a été condamné à 5 ans de prison pour une affaire de car-jackings.

Attentats à Paris: Deux des kamikazes du Stade de France étaient-ils frères?

ENQUÊTE Les deux hommes ont été enregistrés le même jour sur l’île de Leros en Grèce…

20 minutes

23.11.2015

La diffusion d’un nouvel appel à témoins par la police Nationale, dimanche, a jeté le trouble sur l’identité de deux des trois kamikazes du Stade de France. Les similitudes physiques et le parcours quasi identique des deux terroristes interrogent quant aux liens qui les unissent.

Faux passeports mais vrais enregistrements

Dès lundi 16 novembre, dans un communiqué, le parquet affirmait avoir retrouvé un passeport syrien près d’un des corps des kamikazes. L’authenticité du document, au nom d’Ahmad Al Mohammad, 25 ans et né en Syrie, « reste à vérifier » mais « il existe une concordance entre les empreintes papillaires du kamikaze et celles relevées lors d’un contrôle en Grèce en octobre 2015 ».

Si le nom d’Al Mohammad n’est pas certain, les enquêteurs ont une certitude : le jeune homme se serait enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Un premier appel à témoins est alors diffusé pour tenter d’obtenir la réelle identité du kamikaze.

Ed Thomas, journaliste pour la BBC à Athènes, a enquêté sur le parcours emprunté par le supposé Al Mohammad. Le correspondant aurait découvert que le premier terroriste aurait voyagé avec un autre syrien nommé Al Mahmod. Les enquêteurs français de leur côté, ont précisé que le 3e kamikaze, dont la photo a été diffusée vendredi, a également été enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce.

Si des traces de leur passage subsistent également aux camps de Presevo en Serbie puis d’Opatovac en Croatie, impossible de connaître la suite de leur itinéraire qui s’est achevé aux alentours de 21h20 ce vendredi 13 novembre, aux abords du Stade de France. En dehors de ces éléments, rien ne permet pour le moment d’affirmer un lien de parenté entre ces deux hommes.

Voir

Voir également:

‘Jihad by family’: Why are terrorist cells often made up of brothers?
Use of the term ‘brother’ among extremists is frequently quite literal: terrorist recruitment is highly social, with parents and siblings often joining forces
Jason Burke
The Guardian
17 November 2015

Militants often call each other “brother”, and refer collectively to the “brothers” in Syria, Afghanistan, Iraq or France. Why?

Partly this is to indicate solidarity, attachment to a common cause, a sense of shared identity and endeavour. Partly it’s because that’s how young men speak, all over the world, but particularly in the kind of environments from which many contemporary militants come.

But it is also because, remarkably often, the term is entirely accurate. Those speaking of being “brothers” are indeed blood relatives, children of the same parents, who often grew up together.

The Paris attackers are reported to have included Ibrahim Abdeslam – a suicide bomber who blew himself up outside the Comptoir Voltaire restaurant – and Salah Abdeslam, who is on the run.

A third brother, Mohammed, was arrested in Brussels on Monday and spent several hours in custody before being released without charge. Speaking after his release, he denied any link to his brothers’ actions: “I was accused of committing an act of terrorism … but I have not in the slightest way been connected to the operation in Paris.

“My parents are completely shocked by the tragedy. My two brothers are normal and I have never noticed anything strange.”

Abdelhamid Abaaoud, the suspected mastermind of the attacks, recruited his own 13-year-old brother, who travelled to Syria and then was seen in a video in a pickup truck dragging bodies of Syrian army soldiers. And this is all within one – albeit complex – plot.

There are many other examples, in different countries, on different continents: the two Kouachis who attacked the Charlie Hebdo offices in January. The Tsarnaev brothers, who bombed the 2013 Boston Marathon. The brother of Mohammed Merah, who killed seven in south-west France in 2012, remains jailed, although his role in the murders and the radicalisation of the perpetrator is not entirely clear.

Fraternal ties are also common among those who travel to Syria, Iraq or other war zones, even if they do not turn to terrorism at home. Few travel alone: almost all make the journey with close friends or family members. Three brothers aged 17 to 21, from Brighton, left the UK to join al-Nusra Front, an al-Qaida affiliate, in Syria. There was Aseel Muthana, a 17-year-old schoolboy who travelled with his elder brother, a medical student, to join Isis. In October, a British court found that two brothers of Iftekhar Jaman, who spoke of “five-star jihad” on the BBC, had spent two years giving help and advice to people seeking to travel to Syria to establish an Islamic state. Both were convicted of terrorist offences.

This vision of “jihad by family” may be shocking, but it should not be surprising. Ten years ago, US military intelligence officials in Iraqi identified having a close family member already involved as the greatest predictor of an individual becoming involved in violent militancy, Islamic or otherwise.

This may be a brother, or it may be a father. Abdel-Majed Abdel Bary, a British aspiring rapper turned Isis recruit, is the son of Adel Abdel Bary, an Egyptian militant who came to the UK in 1991 and was later convicted in New York for his role in al–Qaida’s attack on US embassies in east Africa in 1998. In the UK more recently, along with siblings, parents of jihadis have been detained and some charged with Syria-related offences.

Research by New America, a nonpartisan thinktank in the United States, showed that more than a quarter of western fighters have a familial connection to jihad, whether through relatives who are also fighting in Syria and Iraq, through marriage or through some link to other jihads or terrorist attacks.

The research also found that of those western fighters with familial ties to jihad, three-fifths had a relative who has also left for Syria.

Another recent study, at Pennsylvania State University, examined the interactions of 120 supposed “lone wolf” terrorists from all ideological and faith backgrounds, and found that, even though they launched their attacks alone, in a large majority of the cases others were aware of the individual’s commitment to a specific extremist ideology. In an astonishing 64% of cases, family and friends were aware of the individual’s intent to engage in a terrorism-related activity because the offender verbally told them.

All this offers an important window into the nature of recruitment and radicalisation. Both are often understood to be processes which involve someone who is previously “normal” being “brainwashed” by some outside influence that turns them into someone who behaves abnormally. An alternative explanation for how people are drawn into militancy blames propaganda, via the internet.

The facts, however, contradict this. Terrorism, like any activism, is highly social, only its consequences are exceptional. People become interested in ideas, ideologies and activities, even appallingly destructive ones, because other people are interested in them.

“Recruitment is basically by peers. It is kinship and friendship which really matter, much more than religion or locality or whatever else. There is a strong group phenomenon,” said Dr Rik Coolsaet, a Belgian expert who has studied local militant networks in the country.

The psychological and social barriers to involvement in violence are certainly higher than in other less nefarious activities, but the mechanics of the process that draws people into them are the same.

The Outsize Role of Brothers in Terrorist Plots

In terrorist attacks around the world, brothers keep turning up as suspects. Sometimes one radicalizes the other; other times, they seem to join up in tandem.
The NYT

March 23, 2016

– Khalid and Ibrahim el-Bakraoui

Little is known about Khalid and Ibrahim el-Bakraoui, whom the authorities named on Wednesday as having been involved in the Brussels attacks the morning before. Ibrahim blew himself up at the city’s main airport, they said, and Khalid at a subway station.

Both had criminal records involving theft and firearms.

Khalid, 27, was sentenced to five years in prison in 2011 for his involvement in a carjacking ring and was caught with a Kalashnikov. Ibrahim, 29, was sentenced to nine years in prison in 2010 for attempted murder after he and two other men robbed a currency exchange and shot at the police. It was not clear when or how they were released.

– Salah and Ibrahim Abdeslam

Salah and Ibrahim Abdeslam, both involved in the Paris attacks of Nov. 13, 2015, seem to have become radicalized together. It happened over the last couple of years while they were running a bar in their hometown, Molenbeek, a district of Brussels.

Ibrahim, the older of the two, died when he detonated a suicide vest in Le Comptoir Voltaire, a cafe in the 11th arrondissement of Paris. Salah appears to have been principally a logistician and organizer, and the authorities say he was the sole surviving Paris attacker. He was captured on March 18 in Brussels after evading investigators for 125 days, and charged with terrorist murder.

– Chérif and Said Kouachi

Chérif and Said Kouachi entered the offices of the French satirical newspaper Charlie Hebdo in January 2015 and gunned down 12 people in and around its offices, including eight of its journalists and cartoonists. Charlie Hebdo had published cartoons lampooning the Prophet Muhammad. Chérif appears to have been the more hard-line of the two, and to have influenced his brother. They became radicalized gradually, over a 10-year period. Both died in a police shootout shortly after the attacks.

– Mohammed and Abdelkader Merah

Mohammed and Abdelkader Merah were raised in a tough neighborhood in Toulouse, France. Mohammed was the gunman in the 2011 attacks that killed seven people in three locations, two of them in Toulouse and one in Montauban.

Mohammed Merah had traveled to Egypt to learn Arabic and went to Afghanistan afterward. Before the attacks, he was a petty criminal, not a killer. He shot three children and a teacher at a Jewish school, as well as three members of the military.

Less is known about his brother, who prosecutors said had a hand in planning the attacks and who is now in prison in France.

– Tamerlan and Dzhokhar Tsarnaev

Tamerlan and Dzhokhar Tsarnaev carried out the 2013 bombings at the Boston Marathon, killed three people and injured more than 260. Dzhokhar, the younger brother, was a college student. Both were self-radicalized and had not traveled to wage jihad in the Middle East or elsewhere.

Tamerlan was killed in a shootout with the police, and Dzhokar was sentenced to death. He is in prison while his lawyers work on his appeal.

– Hassan and Walid bin Attash

Hassan and Walid bin Attash have been held at Guantánamo Bay, Cuba, for years. They also served time in C.I.A. prisons. They were once described as something like Qaeda royalty.

Walid, a former bodyguard for Osama bin Laden, faces a possible death sentence as a coordinator of the attacks of Sept. 11, 2001. He is accused of selecting and training attackers, but his case has been delayed in litigation, as have the cases of other detainees.
Hassan has been accused of planning attacks on American naval targets.

– Waleed and Wail al-Shehri

Waleed and Wail al-Shehri sat side by side on American Airlines Flight 11, which struck the World Trade Center’s North Tower on Sept. 11, 2001. Wail, the older brother, had suffered from psychological problems. The brothers are believed to have stabbed two unarmed flight attendants as the hijacking began.

After the attacks, it took time for the authorities to identify them as brothers. Their last name is common, and siblings don’t always use the same surname.

– Nawaf and Salem al Hazmi

Nawaf and Salem al Hazmi were among the hijackers who flew American Airlines Flight 77 into the Pentagon. The brothers were selected for extra scrutiny when they checked in for their flight at Dulles International Airport. But “the only consequence of their selection was that their checked bags were held off the plane until it was confirmed that they had boarded the aircraft,” the report by the 9/11 Commission found.

– Ali Imron, Amrozi and Mukhlas

These three brothers were involved in the 2002 bombings in Bali, Indonesia, that killed 202 people. Mukhlas – also known as Ali Ghufron – was the operational chief of Jemaah Islamiyah, a militant Islamist group in Southeast Asia. Ali Ghufron recruited his two younger brothers, Ali Imron and Amrozi. In 2003, Ali Imron was sentenced to life in jail. Amrozi and Ghufron were executed by firing squad in 2008.

Voir par ailleurs:

Paris n’était pas la seule cible le 13 novembre 2015, selon CNN
Raphaël Moury
Le Figaro
05/09/2016

VIDÉO – Les attentats du 13 novembre devaient toucher plusieurs pays européens et d’autres sites en France, selon la chaîne américaine. Les milliers de documents auxquels elle a eu accès évoquent également un probable complice d’Abaaoud actuellement détenu en Autriche.

Plusieurs pays européens auraient dû connaître un 13 novembre 2015 aussi tragique que celui de la France. C’est ce que révèle l’enquête de la chaîne américaine CNN qui a eu accès à des centaines de documents (comptes-rendus d’interrogatoires, photos, notes) auprès de sources proches de l’enquête sur les attentats de Paris. Selon ces documents, le groupe Etat islamique (EI) planifiait une opération bien plus vaste ce jour-là, devant toucher d’autres lieux en France et d’autres pays en Europe. Selon les interrogatoires menés par les enquêteurs européens, l’EI ciblait également les Pays-Bas et le Royaume-Uni. En France, un supermarché et une zone commerciale étaient visés.

Les 90.000 pages de l’enquête révèlent aussi des éléments de la communication au sein de Daech. Parmi eux, l’utilisation importante des réseaux sociaux ou d’applications comme Viber, WhatsApp ou encore Telegram. Le langage crypté sur cette dernière reste la principale frustration pour les services de sécurité européens, selon un agent anti-terroriste cité par CNN. Il permet aux responsables de l’EI de garder un certain avantage en Europe. CNN explique que les djihadistes reçoivent des pseudonymes lors de leurs «missions», et juste assez d’informations et d’argent pour leur permettre de passer chaque étape de leur voyage. Autre point révélé par la chaîne américaine, les terroristes échangent constamment entre eux des conseils logistiques comme la questions de donner ou non leurs vrais noms aux frontières ou encore les meilleurs moyens de les passer illégalement.

«Pour faire quelque chose de bien pour Dieu»

Le contenu des documents dévoilés par CNN révèle aussi des informations concernant le rôle d’un «quatrième commando» qui n’aurait pas réussi à atteindre la France. Retardés en Grèce en prenant la route des réfugiés, un Algérien identifié comme Adel Haddadi et son complice pakistanais Muhammad Usman sont arrivés en Autriche le lendemain des attaques de Paris, le 14 novembre. Les documents montrent comment l’EI a soutenu le voyage de ces deux hommes depuis la Syrie jusqu’en Europe.

Six semaines avant, ils avaient quitté Raqqa en compagnie de Ahmad al-Mohammad et Mohamad al-Mahmod, deux des kamikazes du Stade de France. L’équipe a traversé la frontière syrienne vers la Turquie début octobre et pris la direction des côtes turques. D’après CNN, les quatre hommes ne connaissaient pas leurs véritables noms et le but précis de leurs missions. Adel Haddadi savait tout juste qu’il devait se rendre en France «pour faire quelque chose de bien pour Dieu» précisent les documents.

L’opération était coordonnée depuis la Syrie par un homme, Abu Ahmad. C’est lui qui aurait recruté, financé et entraîné l’équipe. Les documents racontent que les quatre terroristes se sont fait passer pour des réfugiés pour atteindre la Grèce. Selon CNN, c’est à ce moment-là que Haddadi et Usman sont arrêtés par les autorités grecques qui découvrent leur faux passeport syrien. Le 14 novembre, le duo arrive à Salzbourg en Autriche. Selon les documents de CNN, ils attendaient l’arrivée d’un troisième homme pour prendre le train pour Paris. Ce troisième homme, c’est Abid Tabaouni, un djihadiste arrêté en juillet dernier à Bruxelles. Inconnu, il serait selon les enquêteurs lié à la cellule de l’attaque du 13 novembre. La preuve? Le numéro d’Abdelhamid Abaaoud, l’un des responsables de l’attentat de Paris, était enregistré dans son téléphone ainsi qu’une photo de combattants devant un drapeau de l’Etat islamique. Abid Tabaouni est, depuis, empriconné en Autriche.

Voir encore:

Atten­tat à la bonbonne de gaz : qui sont les suspectes ?

Qui sont les 4 suspectes inter­pel­lées et soupçon­nées d’avoir voulu commettre un atten­tat à la bonbonne de gaz jeudi à Paris, à proxi­mité de la cathé­drale Notre-Dame et leurs 3 complices ? Eléments de répon­se…

Il s’agit d’« un commando de femmes télé­com­man­dées depuis la Syrie par l’Etat isla­mique », a déclaré le procu­reur de Paris François Molins, lors de sa confé­rence de presse vendredi soir, à propos de celles qui ont voulu commettre un atten­tat à Paris, près de la cathé­drale Notre-Dame.

Samedi 10 septembre au matin, ce sont 7 suspects qui étaient en garde à vue, parmi lesquelles les 3 membres du commando. C’est à Boussy Saint-Antoine, Essonne, que trois des suspectes, Inès M., Amel S. et Sarah H., ont été arrê­tées, non sans résis­tance.

Inès M., 19 ans, la meneuse

L’enquête en cours, depuis la décou­verte de la Peugeot 607 remplie de bonbonnes de gaz près de la cathé­drale pari­sienne, a d’abord permis de remon­ter jusqu’à Inès M. 19 ans. Fichée S, décrite comme « très radi­ca­li­sée », la jeune fille n’était pas rentrée au domi­cile fami­lial depuis plusieurs jours. C’est elle qui était en posses­sion des clés du véhi­cule piégé, appar­te­nant à son père.

Dans son sac à main, se trou­vait un docu­ment manus­crit, serment d’al­lé­geance à l’Etat isla­mique et à son calife, Abu Bakr al-Bagh­dadi. Selon la police belge, elle entre­te­nait des contacts avec plusieurs personnes mis en cause dans les atten­tats de Paris et Bruxelles.

Amel.S., mère de famille « discrète » mais déter­mi­née

Inès M. a été arrê­tée en compa­gnie de Amel H., mère de famille de 39 ans. C’est à son domi­cile qu’I­nès se rendait en compagne de la 3ème. Mère de 4 enfants dont une fille de 15 ans, égale­ment arrê­tée à Clichy-sous-bois, Amel S déte­nait, à son domi­cile, situé dans un quar­tier calme de cette petite commune de l’Es­sonne, trois couteaux et un shocker, 7 bouteilles de verre vides, du papier pouvant servir de mèche. Dans sa voiture, deux bidons de 5 litres vides, mais portant des traces de gasoil.

Mère de famille décrite comme discrète, quoique peu souriante, elle aurait glissé dans le radi­ca­lisme il y a 2 ou 3 ans, troquant ses tenues coquettes contre des vête­ments bien plus couvrants.

Sarah H. conver­tie, promise ultra­vio­lente

Quant à Sarah H., 23 ans, elle est la troi­sième membre du commando. Fana­ti­sée, « très forte­ment liée à la mouvance djiha­diste, cette femme née dans une famille catho­lique à Lisieux s’est conver­tie très jeune à l’is­lam sala­fiste. Son nom appa­raît dans tous les dossiers d’at­ten­tats menés ces derniers mois, notam­ment via des projets de mariage. Promise à Larossi Abdal­lah, assas­sin du couple de poli­ciers de Magnan­ville, en juin, Sarah H. aurait égale­ment été promise à Adel Kermiche, l’un des assas­sins du père Hamel, dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Norman­die, et à Moha­med Lamine A., jeune radi­ca­lisé de 22 ans et frère d’un complice de Larossi Abdal­lah. Le fiancé a égale­ment été arrêté, aux Mureaux, en Yvelines. Lors de son inter­pel­la­tion, Sarah. a violem­ment blessé un poli­cier à l’épaule à l’aide d’un couteau en hurlant, avant d’être neutra­li­sée par un autre poli­cier.

Ornella G. candi­date au djihad

Les quatre autres personnes gardées à vue ce samedi, avec les 3 femmes du commando sont la fille d’Amel S,  ainsi qu’Or­nella G., 29 ans. Arrê­tée dans le Vaucluse en compa­gnie de son conjoint, la jeune femme aurait aidé à prépa­rer l’at­ten­tat avorté de Notre-Dame, ses empreintes ayant été retrou­vées dans le véhi­cule piégé. Domi­ci­liée dans une petite commune près de Montar­gis, dans le Loiret, Ornella G. aurait été en rela­tion avec des proches d’Hayat Boumed­diene, compagne du tueur de l’Hyper Cacher, Amedy Couli­baly. Hayat Boumed­diene aurait, depuis la mort de son mari, réussi à quit­ter la France pour rejoindre la Syrie.

Gardées à vue et enten­dues par les enquê­teurs à Leval­lois-Perret, les 6 femmes et leur complice, compa­gnon d’Or­nella G., sont donc en lien avec tous les auteurs d’at­ten­tat ou suspects tris­te­ment célèbres dont le nom appa­raît dans les affaires terro­ristes. Leur soudaine média­ti­sa­tion met surtout en lumière le rôle de plus en plus impor­tant des femmes dans la mouvance terro­riste et djiha­diste. Plus rigo­ristes dans la pratique reli­gieuse, elles sont souvent celles par qui la radi­ca­li­sa­tion arrive dans un foyer, selon les experts, et n’at­tendent, sous leur voile inté­gral, que l’oc­ca­sion de prou­ver leur déter­mi­na­tion…

Voir de même:

Société
Affaire Merah: Le frère de Mohamed Merah mis en examen et incarcéré
Alors que sa compagne a été libérée..
20 minutes avec Reuters

25.03.2012

Le frère aîné de Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Montauban et Toulouse, a été mis en examen dimanche pour «complicité d’assassinats», notamment, et placé en détention. Abdelkader Merah, âgé d’une trentaine d’années, est visé par les chefs de «complicité d’assassinats», «association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme» et «vol en réunion» pour le vol du scooter qui a servi à Mohamed Merah pour l’exécution de ses crimes.

Le parquet de Paris avait ouvert dimanche matin une information judiciaire pour ces trois chefs, déclarant dans un communiqué disposer d’«indices graves ou concordants» à l’encontre d’Abdelkader Merah. Quatre juges antiterroristes ont été saisis de l’affaire. Le lieu d’incarcération d’Abdelkader Merah n’a pas été précisé. Son avocate Me Anne-Sophie Laguens, commise d’office, a déclaré à la presse qu’il condamnait les actes de son frère cadet, abattu par les policiers du Raid jeudi dernier à Toulouse, et qu’il espérait ne pas devenir le bouc émissaire de cette affaire sans précédent en France.

Fiché comme intégriste religieux
«Il y a eu des fuites dans la presse qui étaient fausses, à savoir qu’il aurait dit qu’il était « fier » des actes de son frère. Il tient aujourd’hui à bien exprimer le fait que c’est faux», a-t-elle rapporté. «Il les condamne fermement. Il a un peu l’impression que comme on n’a pas pu faire le procès de son frère qui n’est plus là aujourd’hui, peut-être qu’on se reporte sur la seule personne qu’on a». Fiché en France comme un intégriste religieux, il avait été inquiété pour sa participation présumée à une filière d’acheminement de djihadistes en Irak il y a quelques années, sans être mis en examen.

Abdelkader Merah avait été interpellé mercredi avec sa compagne à leur domicile d’Auterive, à 40 km de Toulouse, et transféré samedi matin à la sous-direction antiterroriste (SDAT) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), près de Paris. Il avait été transféré au palais de justice de Paris dimanche matin après une garde à vue de 96 heures, durée maximale autorisée en matière d’affaires de terrorisme. Sa compagne a pour sa part été libérée vers 4h30, a-t-on appris auprès de son avocat toulousain, Me Guy Debuisson, qui assure que la jeune femme ignorait tout de la double vie présumée d’Abdelkader Merah.

A ce stade de l’enquête, aucune charge ne peut être retenue à l’encontre de Zoulikha Aziri, la mère des frères Merah dont la garde à vue avait été levée vendredi soir à Toulouse, et de la compagne d’Abdelkader Merah, a indiqué le parquet. Il a reconnu sa complicité dans le vol du scooter Yamaha T-Max tout en niant être au courant des projets meurtriers de son frère cadet, a-t-on ajouté de même source.

D’autres complicités?
Les enquêteurs cherchent à déterminer si Mohamed Merah a bénéficié d’autres complicités. La justice a la conviction que Merah était seul lors des tueries mais l’enquête doit déterminer s’il a agi pour le compte d’une organisation et s’il a bénéficié d’un soutien logistique. Sans emploi, Mohamed Merah disposait de nombreuses armes, avait effectué plusieurs voyages à l’étranger et loué deux voitures fin février en vue de perpétrer d’autres attentats, selon une source policière citée par Le Journal du Dimanche.

Selon un compte rendu publié dans le JDD, des échanges via talkie-walkie que Mohamed Merah a eus avec les policiers du Raid, le jeune homme affirmait avoir agi seul après avoir été entraîné par un instructeur unique au Waziristan, région pakistanaise limitrophe de l’Afghanistan. Il disait ne pas avoir confiance en son frère. Le directeur de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), Bernard Squarcini, a déclaré qu’Abdelkader Merah avait effectué plusieurs séjours au Caire pour suivre des cours dans une école coranique.

Les taliban pakistanais (TTP) ont affirmé dimanche à Reuters par la voix d’un porte-parole que Mohamed Merah avait subi un entraînement dans un camp du groupe islamiste au Waziristan. Selon une source policière, la mère du tueur a épousé le père d’un homme qui appartenait à un groupe de l’Ariège dont les membres ont été condamnés pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» en 2009. Les services de police auraient mis en évidence à partir de 2008 les liens entre les frères Merah et ce groupe, hébergé par un chef religieux autoproclamé, un Français né en Syrie surnommé «l’émir blanc».

Voir de plus:

Ce que l’on sait des trois femmes qui voulaient commettre des attentats en région parisienne
RT
9 sept. 2016

Après leur arrestation à Boussy-Saint-Antoine dans l’Essonne, le profil des trois femmes qui projetaient des attentats en plein Paris commence à se dessiner et leurs revendications à être découvertes.

Elles voulaient venger le ministre des attentats de Daesh

En commettant un attentat en plein Paris, les trois femmes voulaient venger la mort d’Abou Mohamed Al Adnani, désigné comme le «ministre des attentats» de Daesh. Ce dernier a été tué en Syrie par une frappe russe fin août. Son décès a été confirmé au début du mois de septembre.

Le procureur de la République de Paris, François Molins a d’ailleurs indiqué en conférence de presse le 9 septembre que le commando avait été «téléguidé» par des djihadistes de Daesh depuis la Syrie.

Elles étaient sur le point de commettre un attentat, avorté de justesse

Agées de 39, 23 et 19 ans, les trois femmes «radicalisées, fanatisées […] préparaient vraisemblablement de nouvelles actions violentes et de surcroît imminentes», a déclaré le 8 septembre le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Le projet d’attentat des trois femmes a échoué durant le week-end du 3-4 septembre mais leur détermination était certaine. Si la voiture remplie de bonbonnes de gaz n’a pas été utilisée comme prévu initialement, ce serait, selon les enquêteurs, uniquement dû à une dispute survenue entre les trois jeunes femmes juste avant de passer à l’acte.

Elles auraient en effet garé le véhicule qu’elles auraient finalement abandonné avant de prendre la fuite. Cependant, cette hypothèse n’étant pas confirmée, rien pour le moment ne permet d’affirmer clairement les raisons de leur renoncement ni de connaître les causes de leur possible dispute qui a finalement contribué à éviter un véritable carnage dans ce quartier particulièrement fréquenté de la capitale.

Par ailleurs, selon une information publiée par Le Figaro, un torchon brûlé a été retrouvé à bord – un dispositif de mise à feu artisanal qui n’aurait pas réussi à faire exploser les bouteilles de gaz. Le parquet antiterroriste et la DGSI avaient, dans la foulée, été saisis.

Elles avaient prêté allégeance à L’Etat islamique

Au moment de leur interpellation, l’une des femmes, Inès Madani, a sorti un couteau avant de blesser légèrement un policier. Celle-ci a finalement été maîtrisée grâce à une intervention armée du RAID.

Plus tôt, la jeune-femme avait pris le temps d’écrire une lettre d’adieu à sa mère qu’elle a laissée sur place. Elle avait également, comme tous les terroristes de Daesh, pris le soin de garder sur elle une autre lettre, dans laquelle elle prêtait allégeance à l’Etat islamique.

Des gares parisiennes dans leur viseur

Les trois femmes étaient arrivées à un tel niveau de fanatisme qu’elles voulaient frapper à l’aveugle et à tout prix. Selon les policiers qui les surveillaient, elles voulaient s’en prendre à des gares, en l’occurrence la Gare de Lyon à Paris, ainsi que celle de Boussy Saint-Antoine – la ville de leur arrestation.

Elles connaissaient Hayat Boumeddiene

Certaines des femmes arrêtées connaissaient Hayat Boumeddiene, la compagne d’Amedy Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Cacher, annonce RTL. Pour le moment, la nature des liens qu’elles entretenaient n’est pas connue.

Le père de l’une d’elle connu pour prosélytisme

Le propriétaire de la voiture, père de Inès Madani, connu pour des faits anciens de prosélytisme islamiste, a été relâché le 6 septembre au soir à l’issue de sa garde à vue, les policiers s’étant focalisés sur la recherche de deux de ses filles.

Inès Madani déjà connue des autorités belges

Le nom d’Inès Madani, 19 ans, interpellée jeudi soir dans des conditions mouvementées dans le cadre de l’enquête sur les bonbonnes de gaz découvertes à proximité de Notre-Dame de Paris, «apparaît dans un dossier du Parquet fédéral» belge, spécialisé dans les affaires de terrorisme, a affirmé vendredi la télévision belge RTBF.

«Selon nos informations, Inès Madani entretenait des contacts avec des Belges radicalisés issus de la région de Charleroi (sud), des Belges dont le nom se trouvait sur la liste de l’Ocam (l’Organe belge de coordination de l’analyse de la menace) comme des candidats potentiels au départ en Syrie. Certains ont depuis été arrêtés», a expliqué la chaîne publique francophone, sans citer de source

«Pas question ici chez nous (en Belgique) de projet d’attentat, mais Inès Madani semblait remplir un rôle de recruteuse et de facilitatrice pour ces départs. Elle aurait pu faire profiter les Belges de ses compétences», a assuré la RTBF, en estimant que «les connexions entre les deux pays ne sont, une nouvelle fois, pas étonnantes».

Voir par ailleurs:

First on CNN: ISIS planned for more operatives, targets during Paris attacks

Scott Bronstein, Nicole Gaouette, Laura Koran and Clarissa Ward, CNN Investigations

September 5, 2016

ISIS planned for more operatives during Paris attacks

The sophisticated ISIS network that plots foreign strikes had planned for the carnage in the November 2015 Paris attacks to be far worse, to occur in other European countries as well and, investigators believe, had planned to follow them up with strikes in several locations, CNN has learned.

CNN has obtained thousands of pages of documents and photos from internal European investigations and gathered information from sources close to the Paris investigation that together provide new details about the highly organized terror group intent on attacking overseas targets.

These documents reveal new information about two captured operatives who investigators believe intended to attack France. They also point, chillingly, to the existence of another suspected terrorist — never before named publicly — who authorities claim is linked to the Paris terror cell and was on the loose in Europe for months after that attack. That man, identified by authorities as Abid Tabaouni, was only arrested in July.
And the documents shed new light on the highly organized branch of ISIS devoted to plotting attacks inside Europe where, even now, sources told CNN, operatives await instructions from senior handlers in Syria.
« ISIS is increasing its international attack planning, » said Paul Cruickshank, a CNN terrorism analyst who contributed to CNN’s investigation and editor of CTC Sentinel, a publication issued by the Combating Terrorism Center at West Point. « It’s increasingly sophisticated in the way it does this. It’s set up an intricate, logistical support system for these terrorists … to launch these terrorist attacks. »
A CNN team spent months going through 90,000 pages of documents, most of them in French, that included a trove of interrogations, investigative findings and data pulled from cell phones offering insight into the external operations wing of ISIS known as the Amn al-Kharji.
The documents show:
  • a fuller portrait of the suspected terrorists’ extensive use of social media platforms such as Viber, Telegram and WhatsApp, many encrypted for secure communication. One app let them pick their own phone number, allowing them to disguise who was calling them and from where.
  • how ISIS handlers protect their missions by: giving operatives only as much information and money as they need to reach the next phase; contacting them on each leg of their journey; and insisting on pseudonyms, even within teams.
  • how the suspected terrorists constantly exchanged logistical advice with others in their network, including whether or not to use real names at border crossings and how to sneak across those borders illegally. One tip was to hide in train restrooms.
A senior European counter-terrorism official who spoke to CNN said that according to investigations into the network that carried out the Paris attacks, they were a slimmed-down version of an even more ambitious plan to hit Europe.
After interrogating suspects and gathering intelligence, European investigators now believe that ISIS initially planned for the operatives it sent last year to also attack the Netherlands, as well as other targets in France including shopping areas and possibly a supermarket in Paris, the official said.
In addition, recently obtained intelligence indicates that ISIS has stepped up efforts to infiltrate operatives into the UK to launch attacks there, an official told CNN.
The senior European counter-terrorism official told CNN that security services were « uncovering more and more ISIS operatives » on continental European soil. ISIS operatives dispatched back to Europe have taken advantage of encryption, especially the Telegram messenger app, to communicate securely, the official told CNN, frustrating European security services.
« Encrypted messaging groups have the potential to revolutionize terror plot planning by allowing entire cells to coordinate in real time without compromising themselves, » said CNN terrorism analyst Paul Cruickshank.
Europe’s security agencies have had important successes, though. One major breakthrough was the capture of two men who authorities believe intended to travel to France alongside the two suicide bombers who eventually blew themselves up outside a Paris stadium.

Investigators: Two ISIS attackers who never reached France

 Those two suspected ISIS operatives are identified in the documents as Algerian-born Adel Haddadi and his Pakistani travel partner, Muhammad Usman.
Documents that detail their capture and extensive interrogations, particularly with Haddadi, show how ISIS supported the attackers throughout their journey from Syria through Europe — and how future attacks might be organized. The following account of their journey to Europe is based on those documents, which include evidence gathered by investigators, and their conclusions.
Haddadi and Usman, who was identified by investigators as a suspected bombmaker for the Pakistani terror group Lashkar-e-Taiba, set out from the capital of the self-declared ISIS caliphate in Raqqa, Syria, six weeks before the Paris attacks.
They were part of a team, investigators concluded. The two others, Ahmad al-Mohammad and Mohamad al-Mahmod, would later blow themselves up outside the national stadium in Paris. The team crossed the border from Syria into Turkey in early October and headed for the Turkish coast.
The four men didn’t seem to know each other’s real names, or what their final mission would be. All Haddadi knew, he later told interrogators, was that they were being sent to France to do « something for the good of God. »
The documents show that their journey was directed by a shadowy ISIS leader in Syria, known only as Abu Ahmad. Operating like a puppet-master from afar, Abu Ahmad handled their logistics: connecting them with smugglers and cars for transport, providing pre-programmed cell phones and getting them fake Syrian passports.
He wired them money as they moved, using intermediaries who couldn’t be traced, and communicated using encrypted apps.
« Abu Ahmad … is key in sending those individuals, at least the foreigners, into the Paris attacks, » said Jean-Charles Brisard, president and chairman of the French Center for the Analysis of Terrorism, who reviewed the documents for CNN.
« He is the one who recruited them, who funds them, who trained them, » said Brisard. « He was always in contact with them. »
Throughout their journey, Abu Ahmad gave the men only enough money and information to get to the next stop, rarely if ever telling them what would happen next, the documents show.

Posing as Syrian refugees

The documents reveal fresh details about their journey and the way they posed as Syrian refugees, blending in with thousands fleeing the war-torn country.
They made the treacherous crossing from Izmir, Turkey, into Greece in a boat filled with dozens of refugees. But they were then intercepted by the Greek Navy.
The two who would go on to strike the Paris stadium passed through Greece and started moving across Europe toward their target in France. Greek officials declined to explain how the two got through.
But Greek authorities discovered Haddadi and Usman’s fake Syrian passports. The pair were arrested, their money was taken, and they were held for nearly a month.
Sources told CNN that investigators believe that delay was significant; as a result, they would not have a chance to become part of the Paris attacks.
The Greeks released Haddadi and Usman in late October. They immediately contacted their ISIS handler, Abu Ahmad, who arranged for someone to wire them 2,000 euros. Flush with cash, the pair continued along the refugee route.
It was likely a quiet journey.
The documents show that Usman spoke only Urdu, while Haddadi spoke mostly Arabic. And as they travelled north, Usman was preoccupied with a strikingly un-Islamic hobby — using his phone to peruse almost two dozen X-rated sites, including « sexxx lahur » and « Pakistani Lahore college girls … ImakeSex. »
Both men’s phones have given European officials rich investigative veins to mine, revealing dozens of contacts across Europe and the Middle East.
One of the people Haddadi reached out to for help was a technician at one of the most important nuclear research centers in Europe. That man was placed under immediate observation by French authorities, the documents show.
Data pulled from the phones also revealed how the operatives functioned both with extreme care and sometimes, seemingly, by the seat of their pants. In one exchange, Haddadi asks a contact for advice about what to do at a border crossing and whether a friend should use his real name. The friend is so worried about this, Haddadi gripes that he’s « driving me crazy. »
Other online conversations, notably with Abu Ahmad, are clearly in code. One message investigators pulled from Haddadi’s phone shows the ISIS handler counseling patience, though the exact meaning of his message isn’t clear. « Yes, but not yet, » it reads, « the drugs are not good. »
On November 14, the day after the Paris attacks, Haddadi and Usman arrived in Salzburg, Austria, applied for asylum and settled into one of the city’s refugee centers, where they waited for weeks.

Investigators: Planning for another strike

They were waiting with a purpose, according to the documents.
European investigators concluded that Haddadi and Usman were part of the same terror cell as the Paris bombers and, having failed to participate in that bloody day, were planning another strike.
Investigators found that in the days before their arrest, Haddadi and Usman were researching trains to Paris and making a flurry of phone calls overseas, including to contacts in Belgium and France.
The documents also reveal that investigators believe that Haddadi and Usman were waiting for a third man to join them — Abid Tabaouni.
Tabaouni’s name and his alleged role have never before been made public.
As investigators grilled Haddadi and pored through data they collected from cell phones, they asked European police to issue a continent-wide warrant for Tabaouni’s arrest.
Like Usman and Haddadi, Tabaouni traveled from Syria along the refugee route, arriving in Salzburg on December 10. He headed to the refugee center where Haddadi and Usman were staying.
The documents outline what happened next: The very day that Tabaouni arrived, Austrian security officials thundered into the center, arresting Haddadi, Usman and a few others suspected of being connected to the Paris attackers.
Tabaouni was nowhere to be seen. But investigators found his cell phone charging right beside Haddadi’s bed.
The documents show that Tabaouni had programmed into his phone a number linked to the terror cell of the ringleader of the Paris attacks, Abdelhamid Abaaoud. He had also saved a photo of ISIS fighters standing before their black-and-white flag.
Haddadi denied knowing Tabaouni, but investigators found Tabaouni had saved Haddadi’s phone number in his contacts. The phone also contained a photo taken just 30 minutes before security officials stormed the refugee center. It shows Tabaouni sitting on a bed in between where Haddadi and Usman slept.
The investigators lay out in the documents their belief that Tabaouni was coming to join Haddadi and Usman and that the three men were working on ISIS operations and planning possible attacks.
CNN sources and analysts agree about Tabaouni’s likely role.
« We can assume that Tabaouni was also part of the same plot, » said Brisard, the French terror expert. « And (that he) was instructed to carry out an attack. »
From the moment he slipped away in December, Tabaouni was a wanted man, according to several CNN sources.
An arrest is made
 The Belgian prosecutor’s office told CNN that Tabaouni, who is Moroccan, was only arrested in Brussels in July. He was taken into custody as soon as he was located, according to a senior European terrorism official. Following the publication of an earlier version of this story, Austrian media, citing prosecutors, have reported that Tabaouni has been extradited to Austria.
Haddadi and Usman were extradited to France, where they face terrorism charges, according to senior European counterterrorism sources, who also say they will be trying to tie Tabaouni to Haddadi and Usman and the Paris attackers.
While he was on the loose, Tabaouni was openly using a Facebook account that is identified in the documents by its unique ID number and was publicly posting updates from Belgium, where he was arrested. None of his postings indicate any apparent terrorist leanings or affiliations.
Investigators are now analyzing more than 1,600 pages of data from Tabaouni’s phone in hopes of learning more about his movements and contacts.
Several sources told CNN there are probably more sleeper cells and ISIS operatives coming into Europe using the same crowded, chaotic refugee route exploited by Haddadi, Usman and Tabaouni.
« We’ve seen that in the recent weeks, several of them, individuals who carry out individual attacks, inspired attacks, were coming back from Syria using the same route, » Brisard said.
« In addition to that, several jihadists have been arrested all around in France … in Belgium and Germany using the same route, for the same purpose, » Brisard said.
The treasure trove of information that investigators gained from the interrogations and the data extracted from the phones may help authorities better identify future plotters. Even after the arrests in Austria, Haddadi’s phone was still active.
On December 15, five days after the refugee center raid, the documents show that the team’s ISIS handler, Abu Ahmad, reached out to his operatives. He messaged Haddadi, perhaps wondering about their silence.
« How are you, » he wrote. « What has become of you? »
There was no reply.

Le 11 septembre et l’aveuglement des intellectuels

Les Echos
08/09/2016

Quinze ans après les attentats de New York, il est frappant de relire les commentaires des grands penseurs de l’époque. La nature religieuse du terrorisme était alors presqu’entièrement occultée

Ce week end, à New York, seront commémorés les attentats du 11 septembre 2001. Dans le monde entier, une kyrielle de dossiers, d’émissions et d’articles reviennent sur ces événements et dressent le bilan de ce qui a changé depuis quinze ans, dans leur sillage. Tout le monde, ou presque, s’accorde sur un constat : un pli de l’histoire mondiale s’est constitué ce jour-là, dont nous vivons encore, et pour longtemps, les prolongements. Toutefois, décrypter ce qu’on voit dans le rétroviseur est moins simple. Sur les causes profondes des attentats, les analyses divergent. Et plus encore les interprétations des répliques politiques et militaires, notamment celles de George W. Bush. Dans ce flot de discussions, un point demeure rarement aperçu : la cécité des philosophes. Elle mérite qu’on s’y arrête, et l’interroge.

Relire aujourd’hui les principaux textes consacrés à ces attentats par des philosophes de renom constitue une étrange expérience. De manière prévisible, on y rencontre élaborations sophistiquées, affirmations grandioses ou péremptoires, performances rhétoriques bluffantes. Malgré tout, avec le recul, on ne peut qu’être saisi par un décalage profond entre ces performances virtuoses et la réalité rampante du terrorisme mondialisé que nous vivons à présent quotidiennement. Au fil des ans, un écart frappant s’est creusé entre discours subtils et réalités grossières, propos éthérés et faits massifs.

Le 11 septembre devait être nécessairement considéré comme une énigme. Le philosophe français Jacques Derrida affirmait qu’« on ne sait pas, on ne pense pas, on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre ce qui s’est passé à ce moment-là ». Il fallait d’abord récuser les évidences, considérées comme clichés idéologiques ou manipulations médiatiques. Ne parler donc ni de d’acte de guerre, ni de haine de l’Occident, ni de volonté de détruire les libertés fondamentales. Dialoguant à propos du 11 septembre avec Jürgen Habermas, qui centrait alors son analyse principalement sur la politique de l’Europe, Derrida, pour comprendre l’événement, s’attardait sur la notion d’Ereignis (« événement », ou « avenance ») dans l’histoire de l’être selon Heidegger et finissait par proposer une « hospitalité sans condition » (1).

« C’est eux qui l’on fait, mais c’est nous qui l’avons voulu » soutenait pour sa part le sociologue Jean Baudrillard, attribuant aux rêves suicidaires de l’Occident l’effondrement des tours et la fascination des images des attentats. Pour celui voulait mettre en lumière « l’esprit du terrorisme » (2), les « vrais » responsables étaient donc, au choix, les Etats-Unis, l’hégémonie occidentale ou chacun d’entre nous… D’autres se demandèrent aussitôt « à qui profite le crime » et conclurent que ce ne pouvait être qu’à la CIA, préparant ainsi les théories du complot qui firent florès.

Ce ne sont que quelques exemples. Une histoire des lectures philosophiques du 11 septembre reste à écrire. Elle montrerait combien anti-américanisme et anti-capitalisme ont empêché tant d’esprits affutés de voir la nature religieuse du nouveau terrorisme comme les singularités de la nouvelle guerre. S’y ajoutaient la volonté de n’être pas dupe et la défiance envers les propagandes, transformées en déni systématique des informations de base. Les philosophes ont évidemment pour rôle indispensable d’être critiques, donc de démonter préjugés et fausses évidences, mais n’ont-ils pas pour devoir de ne jamais faire l’impasse sur les faits ?

Au lieu de mettre en cause l’empire américain, l’arrogance des tours, le règne des images, il fallait scruter l’islamisme politique, les usages inédits de la violence, l’art terroriste de la communication. Quelques-uns l’ont fait, en parlant dans le désert. Aujourd’hui, il est urgent d’analyser ce qu’impliquent les changements intervenus depuis le 11 septembre. Car ce ne sont plus des symboles, comme les Twin Towers ou le Pentagone, qui sont ciblés, mais n’importe qui vivant chez les « impies » – dans la rue, aux terrasses, au concert, à l’école…. Les terroristes ne sont plus des commandos organisés d’ingénieurs formés au pilotage pour transformer des Boeing en bombes, mais de petits délinquants autogérés, s’emparant d’un couteau de cuisine ou d’un camion. Pour en venir à bout, il va falloir rattraper, au plus vite, le temps perdu à penser à côté de la plaque.

(1)Le « concept » du 11 septembre. Dialogue à New-York (octobre-décembre 2001) de Jacques Derrida et Jürgen Habermas avec Giovanna Borradori .(Galilée, 2004).

(2)Galilée, 2002.

Voir par ailleurs:

Les fratries dans l’histoire

Didier Lett

Historien

Peu étudiées, les fratries sont pourtant bien présentes dans les sources historiques du?roman familial. L’Occident chrétien voit même dans la fraternité la forme idéale du lien social. Plus diversifiées que celles d’aujourd’hui, les fratries d’hier révèlent parfois des similitudes?; les familles recomposées sont ainsi de toutes les époques. La relation entre un frère et une sœur, aussi proches que différents soient-ils, est la forme du lien fraternel qui fascine entre toutes.

1

Dans les mythologies antiques et chrétiennes, la tradition orale, les proverbes ou les contes, on rencontre de très nombreuses histoires et adages dans lesquels le lien entre frères et sœurs joue un rôle central. Ces mises en scène sont souvent l’occasion d’une réflexion sur le thème de l’identité, de l’autre et du semblable, mais aussi sur celui de sentiments exacerbés (de la haine farouche à l’amour excessif). Pourtant, malgré la forte présence de ce lien dans les sources historiques de la pratique comme de la fiction, force est de constater que l’histoire des frères et sœurs est encore balbutiante [1]. Elle s’inscrit dans une histoire de la famille et de la parenté, laquelle est pourtant un champ d’étude très fécond depuis une trentaine d’années. Dans une optique d’anthropologie structurale, les historiens de la parenté ont surtout centré leur attention sur la filiation et l’alliance, et les frères et les sœurs apparaissent comme les «?parents pauvres?» du roman familial. Or, on ne peut expliquer le silence des historiens sur le sujet par la pauvreté des sources. Il suffit d’observer les trajectoires des legs testamentaires, les principaux acteurs impliqués lors des transferts patrimoniaux ou auprès des miraculés dans la documentation hagiographique, les sentiments mis en scène dans la littérature, les journaux intimes, les correspondances, etc., pour se convaincre que les fratries sont bien présentes dans l’histoire.

2

Nous rappellerons d’abord que, dans les sociétés anciennes qui connaissent une très faible espérance de vie, la coexistence entre frères et sœurs se révèle plus fréquente que celle entre parents de générations différentes. Dans ces contextes de forte mortalité, la disparition précoce du père et de la mère ou du conjoint tend à renforcer les liens fraternels. Cette situation s’observe au moins jusqu’à la «?révolution démographique?», c’est-à-dire avant que l’Europe ne connaisse une baisse de la mortalité, puis de la fécondité, un phénomène qui en France s’amorce dès le début du XIXe siècle. Par ailleurs, la société occidentale chrétienne valorise à l’extrême le lien fraternel. Par son incarnation, le Christ se présente comme le frère aîné des chrétiens. Il est, comme l’écrit saint Paul, «?le premier né d’une multitude de frères?» (Épître aux Romains 8, 29). Dans l’Occident chrétien, la fraternité représente la forme idéale du lien social : les chevaliers se lient par une fraternité d’armes et les moines se vivent tous comme des frères, dans un rapport d’égalité à l’égard de l’abbé, père du monastère. À partir du XIIIe siècle, ce courant de fraternité religieuse s’accentue encore avec le mouvement des ordres mendiants, dont les membres sont des «?frères?», et l’essor des confréries. Le vocabulaire de la fraternité se retrouve plus tard chez les francs-maçons (les «?frères trois points?»), les Poilus de 1914-1918 qui, au sortir de la Grande Guerre, évoqueront la «?fraternité des tranchées?». Il occupe aujourd’hui les frontons de nos mairies. Le langage de la germanité déborde donc largement son champ d’application initiale pour s’étendre à d’autres formes de liens, toujours très positifs. C’est la raison pour laquelle l’emploi par le chercheur des termes «?fraternel?» ou «?fraternité?» pose problème, le même que nous rencontrons lorsque nous qualifions de «?puérile?» l’activité d’un enfant. C’est pourquoi nous lui préférons le terme plus neutre d’«?adelphique?»?: adelphos signifiant né de la même matrice. Nous pensons par ailleurs que le lexique utilisé par l’historien doit également tenir compte du sexe de la fratrie (mixte ou unisexuée). Il convient en effet de remettre en cause la très forte masculinisation des termes usités, sous couvert de neutralité?; il nous paraît ainsi particulièrement délicat d’utiliser «?fratrie?» pour désigner un ensemble de sœurs [2]. Nous lui préférons, quant à nous, le terme de «?sororie?».

3

Dans cette contribution, je me contenterai d’évoquer quatre points qui me paraissent essentiels : la taille des fratries, le rang dans la fratrie, l’importance très grande des fratries recomposées et la relation entre un frère et une sœur.

Fratries larges ou fratries étroites?

4

Nous imaginons volontiers les groupes de germains d’autrefois comme des fratries très nombreuses. La réalité est-elle vraiment en conformité avec cette image?? Avant la révolution démographique (au début du XIXe siècle), parce que c’est la finalité du mariage et qu’il existe peu de moyens contraceptifs efficaces, le nombre de naissances par famille est très élevé. On sait par exemple qu’au XIIIe siècle, Blanche de Castille, épouse du roi de France Louis VIII et mère du futur Saint Louis, a accouché de douze enfants. Dans les deux derniers siècles médiévaux, les Florentines, mariées entre 15 et 19 ans et vivant au moins jusqu’à la fin de leur période de fécondité, ont onze enfants en moyenne (Klapisch-Zuber, 1988, p. 46). Les intervalles intergénésiques sont donc très courts. Mais, parallèlement à toutes ces naissances, beaucoup de nouveau-nés meurent?: on considère que le taux de mortalité infantile est de l’ordre de deux cents à quatre cents pour mille. Devant ces très forts taux de natalité et de mortalité, les historiens démographes s’accordent aujourd’hui pour dire que les fratries d’Ancien Régime, en moyenne, ne comportent pas beaucoup de membres. Les fratries occidentales «?traditionnelles?» se composent donc de deux à quatre enfants, en moyenne. Cela n’empêche pas qu’il existe des fratries beaucoup plus nombreuses lorsqu’elles sont épargnées par la mort. Avant le XIXe siècle, les fratries se différencient donc de celles d’aujourd’hui, surtout par leur plus grande diversité plus que par leurs effectifs. Si, lors d’une épidémie, la mort emporte plusieurs frères et sœurs à des âges très voisins, la fratrie peut apparaître comme «?coupée en plusieurs morceaux?». Le démographe Hervé Le Bras en arrive à se demander si, à cause de cette très forte mortalité, on peut parler de fratrie pour les époques anciennes. «?Il y a des liens entre frères et sœurs, écrit-il, mais il n’y a pas vraiment de constellation d’ensemble qui soit assez stable?» (Le Bras, 1981, p. 28).

5

Il faut attendre l’extrême fin du XVIIIe siècle, et surtout le XIXe siècle, pour assister à un recul généralisé de la mortalité en Occident. Dans la mesure où, pendant quelques temps encore, et surtout dans les familles populaires et catholiques n’utilisant pas ou peu de moyens contraceptifs, la natalité est restée élevée, le nombre d’enfants vivant au sein d’une même famille s’accroît considérablement. C’est sans aucun doute à cette époque que l’Europe a connu les fratries les plus nombreuses, pour assister ensuite, on le sait, à une nouvelle et forte diminution au cours du XXe siècle.

La place dans la fratrie?: aînés, cadets, benjamins

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Au moins jusqu’aux IXe-Xe siècles, prévaut une relative égalité des enfants mâles face aux règles de transmission des biens (l’héritage) et des fonctions (la succession). Dans l’ensemble des lois barbares (code d’Euric, loi Gombette, loi salique, édit de Rothari, loi des Alamans, loi des Bavarois, etc.), l’habitude est de diviser l’héritage paternel en autant de parts qu’il existe d’enfants mâles. Certaines législations permettent aux filles de la fratrie d’obtenir une part du patrimoine familial à la seule condition qu’il n’y ait plus de mâles vivants en position d’hériter.

7

Puis se met en place, entre les Xe et XVIIIe siècles (avec quelques nuances car les systèmes égalitaires persistent encore dans certaines régions), le système de la primogéniture?: les parents octroient à un seul héritier la majeure partie du patrimoine foncier et mobilier pour éviter que celui-ci ne se disperse et ne s’émiette de génération en génération. Le droit d’aînesse se retrouve dans la transmission des biens symboliques. À partir du Xe siècle, dans les milieux aristocratiques (ceux qu’éclaire majoritairement la documentation), l’aîné reçoit un prénom puisé dans la branche patrilinéaire, marqueur onomastique fortement porteur de mémoire familiale et lignagère. Ce choix explique pourquoi un prénom se répète sur plusieurs générations pour désigner le chef du lignage.

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Ainsi, la famille des Lusignan, de moyenne noblesse, a été dirigée par des Hugues pendant huit ou neuf générations successives entre 960 et 1200. Les ducs d’Aquitaine ont tous été des Guillaume entre 935 et 1136, et les comtes d’Anjou, des Foulques ou des Geoffroy, comme si le prénom était porteur d’autorité, générateur d’un charisme permettant d’occuper une fonction. Le triomphe de l’aîné mâle s’accompagne souvent de l’exclusion des cadets et des filles dotées. Attesté dès le Xe siècle dans les milieux aristocratiques, le principe de «?l’exclusion pour cause de dot?» (exclusio propter dotem) gagne rapidement les habitudes roturières. Durant les derniers siècles médiévaux et l’époque moderne, les pères rappellent souvent dans leur testament que leurs filles ont déjà reçu leur part en dot et qu’elles ne peuvent plus prétendre à une partie de l’héritage.

9

Dans la fameuse nuit du 4 août 1789 est proclamée l’abolition de tous les privilèges. Il fallait donc que les révolutionnaires appliquent ces principes à la famille et suppriment le droit d’aînesse et l’exclusion des filles. La structure familiale doit être, à l’échelle de chaque individu, comme un microcosme de la nation tout entière et doit aussi, par conséquent, refléter l’égalité. Lors d’une réunion à la Constituante, Mirabeau s’écrie : «?Il n’y a plus d’aînés, plus de privilégiés dans la grande famille nationale?». Mais les lois nationales sont une chose, la réalité juridique en est une autre. La nouveauté d’une loi ne doit pas masquer la permanence des comportements, d’autant moins que le Code civil (1804) vient nuancer quelque peu l’égalité révolutionnaire. Au moins jusqu’au milieu du XXe siècle, cette unique législation égalitaire nationale n’a pas empêché la diversité des systèmes d’héritage dans les sociétés rurales. Les parents et les familles ont inventé des stratégies pour détourner la relative égalité du Code civil, de façon particulièrement nette en France du Sud et du Centre où le droit d’aînesse séculaire n’a pas vraiment été mis à mal (Collomp, 1994, p. 157-167). Désormais, en France, ni le sexe ni le rang dans la fratrie n’ont, en droit, d’incidence sur le montant de l’héritage.

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Cependant, n’allons pas trop rapidement conclure à une stricte égalité des frères et des sœurs car, en pratique, on se rend compte qu’en milieu rural l’attribution de l’exploitation va prioritairement aux garçons. Celui qui a pris en charge les vieux parents se voit aussi souvent avantagé, prérogative parfois reconnue et acceptée par les autres membres de la fratrie.

Fratries recomposées

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Les sociologues contemporains ont attiré notre attention sur le phénomène des familles recomposées. La fréquence des séparations et des divorces, dans l’Europe de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle, multiplie en effet le nombre de «?demi-frères?» et de «?demi-sœurs?». Ce phénomène n’a rien de nouveau. Malgré les difficultés et les réticences et interdictions ecclésiastiques, il arrivait également autrefois que des couples se séparent. Les Coutumes de Beauvaisis de Philippe de Beaumanoir, rédigées vers 1283, consacrent ainsi un chapitre entier aux différentes formes d’animosité qui peuvent exister au sein de la cellule conjugale et aux raisons qui mettent parfois fin à cette union. Quelques articles examinent le sort des enfants en cas de séparation et stipulent que si les époux ont plusieurs enfants de plus de 7 ans, ils s’en partagent la garde par moitié. Par contre, si leur union n’a donné naissance qu’à un seul enfant de plus de 7 ans, le père en aura la garde s’il le souhaite, auquel cas la mère doit participer à sa «?nourriture?» par moitié. Si les frères et sœurs n’ont pas atteint l’âge de 7 ans, la garde doit en être confiée à la mère et c’est au père de «?payer la moitié de leur raisonnable subsistance?» (Philippe de Beaumanoir, 1899-1900, chap. LVII, article 1639). On voit ainsi qu’au Moyen-Âge, l’âge de raison (aetas discretionnis) et la taille de la fratrie sont deux éléments déterminants pour orienter la trajectoire d’un enfant à la suite de la séparation de ses parents?: il vivra, selon les cas, avec son père ou avec sa mère, séparés ou non de ses frères et sœurs. Les parents désunis, parfois encore jeunes, pourront procréer à nouveau (même si ces nouvelles naissances ne sont pas légitimées) et offrir ainsi, aux enfants du premier lit dont ils ont la garde, des «?demi-frères?» ou des «?demi-sœurs?».

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Toutefois, la recomposition des fratries d’autrefois tient essentiellement à la fréquence de la mort d’un des deux parents et du remariage de celui ou celle qui survit. Dès l’Antiquité, aux côtés du divorce et de l’adoption, la mortalité joue un très grand rôle dans l’origine de la recomposition des familles, et beaucoup d’enfants sont élevés par des personnes autres que leurs géniteurs. Au Moyen Âge, on sait que de très nombreux mariages ne dépassent pas une durée de dix à quinze ans à cause du décès d’un des deux conjoints. Au XVIIIe siècle, dans la région parisienne, 30 à 40?% des mariages célébrés sont des unions dans lesquelles l’un des deux conjoints au moins est veuf (Baulant, 1972, p.?968). Dans ce contexte démographique, rares sont les «?familles achevées?» (considérées comme telles par les démographes lorsqu’il ne peut plus y naître d’enfants, soit parce que l’un des deux conjoints est mort, soit parce que la femme a dépassé l’âge de 50 ans). Au hasard des morts, des naissances et des remariages, la cellule familiale d’autrefois apparaît donc très mouvante : de très nombreux enfants ont vécu avec des garçons et des filles issus d’un autre lit que le leur. Il peut arriver qu’un scripteur différencie les «?frères germains?» (nés de mêmes parents) des «?frères consanguins?» (nés du même père) et des «?frères utérins?» (nés de la même mère), mais cela est rare. On trouve également parfois, dans la documentation, les termes latins désignant les germains, soror et frater, flanqués de germanus ou de carnalis. Lorsque ces adjectifs n’apparaissent pas, il faut sans doute considérer les termes de «?frère?» et de «?sœur?» dans une large acception?: l’ensemble des enfants nés d’un même père et d’une même mère (siblings en anglais), mais aussi, à cause de la très forte mortalité parentale évoquée plus haut, ceux qui ne partagent qu’un parent biologique et qu’aujourd’hui nous appellerions «?demi-frères?» ou «?demi-sœurs?» (half-siblings). Ces derniers termes sont récents. Ils n’apparaissent sans doute pas avant le XIXe siècle, à un moment où, pour la première fois dans l’histoire, la conjonction d’un taux de mortalité et d’un taux de divorce et de remariage très bas rend nécessaire un vocabulaire nouveau pour désigner un phénomène devenu rare et qui était pourtant très répandu dans les siècles passés. Il est fort probable encore que les termes génériques de soror ou de frater désignent également ceux qui ne sont que des frères et sœurs sociaux, c’est-à-dire qui vivent ensemble comme des frères et sœurs. À cause de la fréquence de la mort des parents, ils se retrouvent sous le même toit sans aucun lien de sang. Cette distance par le sang ne crée pas nécessairement une distance affective entre des enfants amenés à vivre ensemble.

Le lien entre un frère et une sœur

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Au sein de la fratrie ancienne, il existe une relation très spécifique, fascinante, fusionnelle, parfois ambiguë et productrice de nombreux mythes et récits (comme celle des jumeaux) : celle qui unit un frère et une sœur. Il s’agit d’une relation centrale dans les systèmes de parenté, toujours très positive car, l’un et l’autre devant suivre une trajectoire sociale différente, ils entrent rarement en concurrence. Le lien entre un frère et une sœur possède «?cette caractéristique majeure au niveau de la parenté d’être à la fois une relation de l’identité et une relation de la différence absolue, alors que la relation entre germains de même sexe n’a que la première caractéristique et celle entre mari et femme la seconde?» (Jamous, 1991, p. 225).

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Voici, par exemple, au XVe siècle, le portrait qu’un Florentin, Giovanni Morelli, dresse dans son Journal de sa sœur aînée, Méa, morte prématurément à l’âge de 23 ans?: «?De taille normale, un teint admirable, fraîche et blonde, très bien faite de sa personne, elle n’était que charme. Entre autres perfections, elle avait ses mains, des mains d’ivoire, si bien faites qu’on les eût dites peintes par Giotto, mains longues, douces, aux doigts allongés, fuselés comme des cierges et terminés par de larges ongles galbés, brillants et vermeils?» (Giovanni di Pagolo Morelli, 1956, p. 178). Au cours de la période médiévale et moderne, il est fréquent qu’un moine, entré au couvent, cherche à préserver la relation entretenue avec sa sœur en lui offrant une règle ou en lui donnant des conseils de vie, qu’elle soit elle aussi devenue nonne ou qu’elle soit restée dans la vie laïque. Césaire d’Arles (vers 470-542) fonde devant les murs de la ville un monastère de religieuses (Saint-Jean d’Arles) qu’il confie à sa sœur pour laquelle il compose la plus ancienne règle féminine d’Occident. Saint Benoît, rédacteur de la règle bénédictine (entre 530 et 560), entretient lui aussi une relation très forte avec sa sœur Scolastique. Un récit rapporte qu’un jour, celle-ci reçoit la visite de son frère. Alors qu’il s’apprête à partir, elle lui demande avec insistance de demeurer la nuit auprès d’elle. Comme il refuse, elle implore le Ciel et se déclenche alors un orage si violent que Benoît est obligé de rester. Jacques de Voragine, un des nombreux hagiographes qui raconte l’événement, écrit : «?Et il en advint ainsi pour qu’ils puissent passer la nuit tout entière en s’édifiant mutuellement dans de saints entretiens?» (1967, p. 244). Ce sont les amants ou les maîtresses qui, en règle générale, prient pour passer une nuit avec l’être aimé. Quant au moine cistercien anglais Aelred de Rievaulx (vers 1109-1166), il rédige pour sa sœur un traité, De institutione inclusarum (De l’institution des recluses), qui a connu un relatif succès au Moyen Âge, dans lequel il n’hésite pas à s’adresser directement à sa sœur, à lui exprimer sa profonde affection et à rappeler des souvenirs d’enfance. Le traité commence ainsi?: «?Voilà déjà bien des années, ma sœur, que tu me réclames une formule de vie. (…) Je suis ton frère, tant par la chair que par l’esprit : comment refuser ? Je réponds donc à tes désirs?» (1961, p. 43). C’est donc bien au nom de leur «?fraternité?» qu’il accepte de rédiger cet opuscule. On sent dans cet écrit d’Aelred une forte jalousie et une volonté notamment de protéger sa sœur des visites intempestives, la réclusion lui apparaissant comme le mode le plus sûr de préservation de l’idéal adelphique. Il l’implore?: «?Je voudrais d’ailleurs que personne ne vînt te rendre visite trop souvent, et que tu ne te livres pas à des confidences avec un hôte trop assidu. En effet, à de trop fréquentes rencontres avec la même personne, la réputation d’une vierge (fama virginis) ne peut que perdre, et sa conscience de même?» (ibidem, p. 59-81).

15

Les correspondances des XIXe et XXe siècles entre un frère et une sœur livrent également de très beaux exemples d’affections adelphiques (Lett, 2009, p.?185-189).

16

* * *

17

Le taux de fécondité n’a cessé de baisser dans les pays européens. En 2010, il se situe en moyenne à 1,53 enfant par femme. Certains auteurs alarmistes vont jusqu’à se demander si les fratries survivront au XXIe siècle. Même en France, où la fécondité est aujourd’hui parmi les plus élevées d’Europe (2,02 en 2011), le taux de renouvellement des générations est à peine assuré et, aujourd’hui, près de la moitié des individus n’ont pas de frère ou de sœur. C’est sans doute en partie cette réduction de la taille moyenne de la fratrie qui explique l’intérêt récent manifesté par les sciences humaines pour l’étude des frères et sœurs. En outre, dans cette période de mutation sociale (avec l’érosion de l’autorité parentale) et de difficultés économiques des dernières décennies, l’entraide horizontale joue un rôle de plus en plus fort, et ce phénomène peut également nous aider à comprendre cette nouvelle valorisation de la fratrie.

Sources

18

? Aelred de Rievaulx, 1961, La Vie de recluse, la prière pastorale, traduit et présenté par Charles Dumont, Paris, Cerf.

19

? Giovanni di Pagolo Morelli, 1956, Ricordi, a cura di Vittore Branca, Florence, éd. Le Monnier.

20

? Jacques de Voragine, 1967, La Légende dorée, Paris, Flammarion, tome?1.

21

? Philippe de Beaumanoir, 1899-1900, Coutumes de Beauvaisis, publié par Amédée Salmon, Paris, éd. A. Picard.


  • ? Bannour W. et Berthier P. (dir.), 1992, Éros philadelphe, frère et sœur, passion secrète, Paris, éd. du Félin, coll. «?Le temps et les mots. Colloque de Cerisy?».
  • ? Baulant M., 1972, «?La “famille en miettes”?: sur un aspect de la démographie du XVIIe siècle?», Annales ESC, juillet-octobre, p.?959-968.
  • ? Buisson M., 2003, La fratrie, creuset de paradoxes, Paris, L’Harmattan, coll. «?Logiques sociales?».
  • ? Collomp A., 1994, «?Le statut des cadets en Haute-Provence avant et après le Code civil?», in Segalen M. et Ravis-Giordani G. (dir.), Les Cadets, Paris, CNRS Éditions, p. 157-167.
  • ? Godeau F. et Troubetzkoy W., 2003, Fratries. Frères et sœurs dans la littérature et les arts de l’Antiquité à nos jours, Paris, éd. Kimé, coll. «?Détours littéraires?».
  • ? Jamous R., 1991, La relation frère-sœur. Parenté et rites chez les Méo de l’Inde du Nord, Paris, École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
  • ? Klapisch-Zuber C., 1988, «?La fécondité des Florentines (XIVe-XVIe siècles)?», Annales de démographie historique, p. 41-57.
  • ? Le Bras H., 1981, «?La démographie des frères et sœurs?», in Soulé M. (dir.), Frères et sœurs, Paris, éd. ESF, p. 16-29.
  • ? Lett D., 2005, «?Brothers and Sisters. New perspectives on Medieval Family History?», in Mustakallio K., Hanska J., Sainio H.-L. et Vuolanto V. (dir.), Hoping for Continuity. Childhood, Education and Death in Antiquity and the Middle Ages (Acta Instituti Romani Finlandiae, 33), Rome, p.?13-23 ; 2008, «?Les frères et sœurs, “parents pauvres” de la parenté?» (introduction), in Lett D. (dir.), Frères et sœurs. Ethnographie d’un lien de parenté, Médiévales, n° 54, p. 5-12?; 2009, Frères et sœurs. Histoire d’un lien, Paris, Payot, coll. «?Petite bibliothèque?».
  • ? Poitevin A., 2006, Enfants de familles recomposées. Sociologie des nouveaux liens fraternels, Rennes, Presses universitaires de Rennes (Pur).
  • ? Segalen M. et Ravis-Giordani G. (dir.), 1994, Les Cadets, Paris, CNRS Éditions.
  • ? Vernier B., 1991, La genèse sociale des sentiments. Aînés et cadets dans l’île grecque de Karpathos, Paris, École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

[1]

L’histoire n’a pas été la seule science sociale à négliger l’étude de cette relation. Voir Lett, 2008.

[2]

Certaines langues (l’italien par exemple) ne possèdent pas l’équivalent du mot «?fratrie?», un terme qui en français est très récent?: il apparaît dans Le Petit Robert vers 1970.

Français

Les liens adelphiques sont très présents dans l’histoire et dans la mythologie car, dans les sociétés anciennes, qui connaissent une très faible espérance de vie, la coexistence entre frères et sœurs se révèle plus fréquente que celle entre parents de générations différentes. De plus, la société occidentale chrétienne valorise à l’extrême le lien fraternel. L’article se propose de montrer que la taille de la fratrie n’a pas toujours été large au cours de l’histoire, que le droit d’aînesse s’est imposé tardivement et de manière relative, que les fratries recomposées, en particulier à cause des remariages, ont été très nombreuses et que la relation entre un frère et une sœur est une relation particulièrement valorisée.

Voir enfin:

L’histoire des frères et des sœurs

The history of brothers and sisters

Didier Lett
Clio
p. 182-202

Comme en témoigne la multiplication récente des colloques et des ouvrages collectifs depuis cinq ou six ans, l’histoire des frères et sœurs connaît un très fort développement. Cette partie de l’actualité de la recherche retrace la genèse de ce mouvement et propose un inventaire raisonné des principaux thèmes traités en insistant sur l’articulation entre genre et relations adelphiques. Grâce à l’essor très tardif de cette histoire, la dimension du genre y est relativement présente.

  • 39 « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours », colloque organisé par le CERHIO et le FRAMESPA, http: (…)
  • 40 Certaines langues (l’italien par exemple) ne possède pas le mot « fratrie », terme qui, en français (…)
  • 41 À ma connaissance, le premier à avoir utilisé et défendu ce terme est Jacques Maître dans ses étude (…)

1En décembre 2011 à Rennes et en mars 2012 à Toulouse se tiendra un double colloque international ayant pour titre « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours »39. La cinquantaine de contributions retenues a été classée en différents thèmes : la démographie de la fratrie, la fratrie comme ressource, fratries et trajectoires individuelles, solidarités et conflits, fratries et transmission, sentiments et affection, genre et fratrie, fraternité (lien rêvé). Cette manifestation révèle qu’au sein des études portant sur l’histoire de la famille et de la parenté, les relations adelphiques sont devenues aujourd’hui un thème à part entière du paysage historiographique. Même si, comme on le soulignera au cours de ce rapide bilan, l’intérêt des historiens pour les sœurs a été moins fort que celui porté aux frères et que rares sont encore les démarches de genre pour appréhender les liens adelphiques, on assiste à l’adoption d’un vocabulaire qui permet de remettre en cause la très forte masculinisation des termes usités, sous couvert de neutralité et, par conséquent, de tenir compte du féminin autant que du masculin. Ainsi, on a pris acte du fait que l’emploi des termes de « fratrie », « fraternel » ou « fraternité », formés sur la racine latine frater, posaient problème pour désigner ce qui est relatif aux frères et sœurs. C’est pourquoi, les historiens adoptent de plus en plus le mot plus neutre d’« adelphique » (adelphos, signifiant né de la même matrice). De même, lorsqu’ils cherchent à distinguer le sexe de la fratrie (mixte ou unisexuée), ils évitent, pour désigner un ensemble de sœurs, d’utiliser « fratrie »40et lui préfèrent le terme de « sororie »41.

2Dans cette actualité de la recherche, j’aimerais revenir sur la très récente et lente genèse du développement des travaux portant sur l’histoire des frères et sœurs avant de proposer, sans nullement prétendre à l’exhaustivité, un inventaire raisonné des principaux thèmes traités en insistant sur l’articulation entre genre et relations adelphiques.

Un intérêt très récent

  • 42 Pour un bilan historiographique récent sur les travaux des médiévistes, je me permets de renvoyer à (…)
  • 43 Ariès 1973 [1960].

3Comme de très nombreux chercheurs en sciences sociales, les historiens ayant travaillé sur la famille et la parenté, ont été, dans un premier temps, profondément influencés par l’anthropologie structurale des années 1960-1970 et se sont prioritairement intéressés aux relations verticales entre parents et enfants (la filiation) ou à celles, horizontales, entre deux parentés dans le cadre de l’alliance ou entre deux acteurs au sein du couple (relations conjugales). Le lien de germanité est donc resté le parent pauvre de l’histoire de la famille, toutes périodes confondues42. Les raisons de ce silence ne tiennent pas à la pauvreté des sources. Il suffit par exemple d’observer les trajectoires des legs testamentaires, les principaux acteurs présents au moment des transferts patrimoniaux ou auprès des miraculés dans la documentation hagiographique, les sentiments mis en scène dans la littérature ou dans les correspondances pour s’en convaincre. Il convient donc de chercher ailleurs les explications à ce manque d’intérêt. De nombreux historiens du début du xxie siècle, les médiévistes plus que les modernistes davantage tournés vers la démographie historique et l’étude des structures des ménages et de la résidence, inscrivent majoritairement leurs travaux dans le champ de l’anthropologie de la parenté qui, comme le montre ici Agnès Fine, a privilégié l’alliance et la filiation aux dépens de la germanité. Les nombreux travaux sur la grossesse, l’accouchement, la relation mère-enfants (auxquels l’histoire des femmes n’est pas étrangère) ou sur l’éducation ont mis l’accent sur les fonctions et l’affection paternelles et maternelles bien plus que sur les autres rôles ou statuts au sein de la cellule familiale. Pour les spécialistes des périodes antérieures aux xviie-xviiie siècles, il était aussi prioritaire durant les années 1970-1990, pour répondre à la thèse de Philippe Ariès sur l’absence d’un « sentiment de l’enfance » et d’un souci éducatif au Moyen Âge43, de privilégier l’étude des relations entre parents et enfants (affection, éducation).

  • 44 Cette situation s’observe au moins jusqu’à la « révolution démographique », c’est-à-dire avant que (…)
  • 45 Gouesse 1982.
  • 46 Pour la Hollande du début du xxe siècle, voir Bras & Van Tilburg 2007.

4Forts des acquis de la démographie historique (reconstitution des familles à partir des registres paroissiaux dans la longue durée) et de l’utilisation des travaux juridiques (règles d’héritage) au cours des années 1980-1990, les principales monographies régionales des modernistes ont apporté de précieux renseignements sur les intervalles intergénésiques, la taille et le sexe des fratries, la forte présence des frères et sœurs au moment du mariage ou du décès, la fréquence des liens entre frères et sœurs ou entre neveux-nièces et oncles-tantes, et le choix des frères et sœurs comme parrains et marraines. Ils ont attiré l’attention sur le fait que dans les sociétés anciennes où l’espérance de vie est faible, la coexistence entre frères et sœurs s’avère plus fréquente que celle entre parents de générations différentes44. Dans un contexte de forte mortalité, la disparition prématurée du père et de la mère ou du conjoint tend à renforcer les liens fraternels. Par ailleurs, la durée relativement longue du temps potentiel de fécondité d’une femme (vingt à vingt-cinq ans) et la fréquence des remariages entre conjoints d’âge très différent, produisent de forts écarts intergénésiques et de fréquentes recompositions des fratries. Dès 1982, Jean-Marie Gouesse étudiait les remariages des veufs et des veuves avec la sœur ou le frère du conjoint décédé à la fin du xviiie siècle en France. Il montrait que 15 à 20 % des frères ou des sœurs choisis comme nouveau conjoint avaient été sollicités comme parrains ou marraines d’un enfant du couple45. D’autres travaux ont souligné le lien entre taille de la fratrie et capacité des frères et sœurs à l’ascension sociale46.

  • 47 Bannour & Berthier 1992.
  • 48 Arru & Boesch Gajano 1993.
  • 49 Lett 1997 : chapitre IX ; Réal 2001 : 476-504.
  • 50 Lett 2001, 2003, 2004, 2006, 2008, 2009a, 2009b et 2008 (dir.).
  • 51 Godeau & Troubetzkoy 2003.

5Il faut attendre le début des années 1990 pour voir les deux premiers ouvrages collectifs sur les frères et sœurs. Le premier, Eros Philadelphe, organisé par des littéraires et publié en 1992, est centré spécifiquement sur les passions entre le frère et la sœur sur une large période, de l’Égypte romaine au xxe siècle47. Le second est un numéro de la revue Quaderni Storici de 1993, dirigé par Angiolina Arru et Sofia Boesch, intitulé Fratello/Sorella, couvrant les périodes du xiie au xixe siècle48. Les thèses d’histoire qui paraissent alors sur l’enfance et la famille consacrent quelques paragraphes, parfois un chapitre spécifique à ce thème49. Au cours de la première décennie du xxie siècle, j’ai moi-même publié quelques articles en histoire médiévale sur le rang dans la fratrie, la diversité des statuts et des rôles des sœurs au sein de la parenté et sur les solidarités adelphiques, avant de diriger un numéro de la revue Médiévales et de réaliser une synthèse sur l’ensemble des périodes de l’histoire50. Les spécialistes de la littérature n’ont pas été en reste dans ce domaine. Ainsi s’est tenu en 2002 à l’Université de Saint-Quentin-en-Yvelines un colloque sur les fratries publié en 2003 (auquel quelques historiens ont participé) qui couvre une période très large, de l’Antiquité à nos jours, et dont l’un des grands intérêts est de faire une très bonne place aux sorories et à la sororité51.

  • 52 Trévisi 2008.
  • 53 Cassagnes-Brouquet & Yvernault 2007.
  • 54 Miller & Yavneh 2006.
  • 55 Sibling relations… 2010.
  • 56 Bernard, Massol & Roulin 2010.

6Aujourd’hui, les historiens démographes continuent à exploiter leurs sources et leurs données. Sauf oubli ou erreur de ma part, ils n’ont pas encore livré une thèse ou un livre directement sur le sujet : ainsi, l’étude de Marion Trévisi, parue en 2008, sur les oncles et les tantes aborde le sujet indirectement52 car la force des liens avunculaires s’explique en partie par la puissance des relations entre les frères et les sœurs. Deux colloques récents organisés par des historiens, celui de Limoges (en septembre 2006, publié en 2007) qui couvre les périodes antique et médiévale53 et celui (à venir) de Rennes-Toulouse mentionné plus haut, embrassant une période plus vaste, montrent à l’évidence que le thème est en pleine expansion. En témoignent encore le numéro spécial de la Revue Renaissance Quarterly paru en 200654, celui de la Revue européenne d’histoire, paru en 2010, consacré à la solidarité, aux conflits et au genre dans les relations adelphiques entre xvie et xixe siècles55 et l’ouvrage collectif, Adelphiques, issu d’un colloque qui a eu lieu en février et octobre 2009 aux États-Unis et à Lyon, paru lui aussi en 2010 : ce dernier s’interroge sur la manière dont la littérature du xixe siècle représente les relations adelphiques, effectives ou fantasmées, littérales ou figurées et dont une partie entière est consacrée à la manière dont la relation adelphique met en jeu les catégories du masculin et du féminin56.

7Quels sont les thèmes qui ont retenu le plus l’attention des historiens et quelle est la part du genre dans ces études ?

La fraternité

  • 57 Pour la confusion et la hiérarchie entre fraternité biologique et fraternité spirituelle, voir le c (…)
  • 58 Fine 1994 : 126 ; voir, plus généralement, sur la « fraternité » entre compères le chapitre iv, « L (…)
  • 59 Vincent 1994.
  • 60 Hunt 1995, chapitre 2 « La bande des frères » : 69-104.
  • 61 David 1987.
  • 62 Hunt 1995 : 96.

8Quelques spécialistes en histoire politique ou culturelle ont abordé le thème par le biais de la fraternité, concept clé pour comprendre, en Occident, le lien social idéal, que ce soit dans les sociétés anciennes christianisées ou dans les sociétés modernes et contemporaines. La société chrétienne a en effet fortement valorisé le lien fraternel. Par son incarnation, le Christ se présente comme le frère aîné des chrétiens. Il est « le premier né d’une multitude de frères » (Épître aux Romains, 8, 29). Dès lors, la fraternité représente la forme idéale du lien social : les chevaliers se lient par une fraternité d’armes et les moines se vivent tous comme des frères, dans un rapport d’égalité à l’égard de l’abbé, père du monastère57. Dans les échanges verbaux, se donner du « Mon frère » ou du « Ma sœur » apparaît toujours comme le signe d’une profonde amitié. Au moment du baptême, le lien de compérage qui se noue entre le père et le parrain de l’enfant se décline sur le mode de la germanité. Il met les deux compères dans une position de stricte égalité l’un vis-à-vis de l’autre, créant entre eux un lien de parenté spirituelle perçu comme l’équivalent d’une relation fraternelle consanguine. Comme le fait remarquer Agnès Fine, « Si le parrainage incarne le bon amour parental, le compérage incarne le bon amour fraternel »58. À partir du xiiie siècle, ce courant de fraternité religieuse s’accentue avec le mouvement des Ordres mendiants dans lesquels les membres sont des « frères » et avec l’essor des confréries (confraternitas ou confratria) dont les statuts insistent sur l’égalité entre les membres et rappellent souvent la fraternité scripturaire : « Que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous » (Épître aux Romains, 12, 9)59. À l’époque moderne, le compagnonnage continue d’utiliser le vocabulaire de la fraternité. À la fin de l’Ancien Régime et surtout pendant la Révolution française, c’est l’ensemble du corps social qui est pensé comme une fratrie. Les deux ordres de la société, trop longtemps privilégiés, sont les aînés. Le Tiers-État, le laissé-pour-compte, c’est l’ensemble des cadets. Dès lors, le roi, père de la patrie, devient le symbole de la monarchie absolue et de l’Ancien Régime. Lorsqu’il est décapité, un rêve de société fraternelle, dont les membres seraient unis seulement par des liens horizontaux, souffle sur la France et bientôt sur toute l’Europe. Dans l’imagerie politique de la Révolution, les représentations des corps humains ou des figures insistent sur ces nouveaux rapports de famille fondés sur la fraternité, offrant un contre-modèle à la famille patriarcale traditionnelle que les Révolutionnaires ont symboliquement tuée en détruisant les corps du roi et de la reine60. Ainsi, Hercule jeune, mis en avant comme symbole du peuple, s’apparente davantage à un grand frère protecteur qu’à un père. La fraternité incarne un sentiment, une vertu, un devoir et un principe politique. Elle entretient des relations très étroites avec la liberté et l’égalité61. Reconnaissons cependant que dans le discours révolutionnaire qui vise à inventer un nouveau monde utopique, où les hommes, tous égaux comme des frères, ont remplacé le père, les sœurs n’ont guère leur place. Comme le constate Lynn Hunt, « les sœurs occupèrent une position équivoque dans le nouveau roman familial de la fraternité »62.

9Ce vent de fraternité se perpétue au cours des siècles suivants. Les francs-maçons s’appellent les « frères trois points » et les Poilus de 1914-1918, au sortir de la Grande Guerre, dans les associations d’anciens combattants, nostalgiques et meurtris, évoquent la « fraternité des tranchées ». Le langage de la germanité déborde donc largement son champ d’application initial, jusqu’à occuper aujourd’hui les frontons de nos mairies. Lien idéal et idyllique, il s’étend à d’autres formes de liens, toujours très positifs.

Solidarités, sentiments, affections

  • 63 Bannon 1997.
  • 64 Morin 2007.
  • 65 Réal 2001 ; Surget 2010.
  • 66 Blandeau 2007.
  • 67 Certin 2008 ; Bellavitis 2008 : 150-153.
  • 68 Hidalgo 2010 ; Bras & Neven 2007b ; Kesztenbaum 2008 ; Rosental 1995.
  • 69 Rares pour l’époque médiévale. Voir cependant Ledwige 1984.
  • 70 Broomhall & Van Gent 2009.
  • 71 Barbagli 2000 [1984] : 273-324, chapitre VI : Deferenza, distacco e intimità nelle relazioni famili (…)
  • 72 Voir article B. Borello, ce volume.
  • 73 Borello 2008, 2009 et 2010.

10La valorisation du lien fraternel et sa forte présence démographique dans les sociétés anciennes expliquent en partie la grande solidarité entre frères et sœurs et l’intérêt que les historiens ont porté à ce thème. De nombreux mythes fondateurs, le droit et la littérature antiques valorisent la pietas fraternelle63. Les tragédies grecques leur font toujours une grande place64. L’étude des textes hagiographiques médiévaux (récits de miracles ou vitae) permet de montrer les connivences fraternelles en enfance ou à l’âge adulte. Les chroniques médiévales sont également fréquemment le lieu de mises en scènes de fortes entraides et de solidarités, surtout entre frères65. Dans les textes anglais médiévaux, les mots brother et sister sont souvent utilisés pour exprimer l’amitié, la proximité et la connivence66. L’entraide fraternelle dans l’histoire se mesure encore à la fréquence des frérèches, communautés de biens et parfois de vie commune, entre des frères, souvent mariés, et, plus rarement, des sœurs, qui, après la mort de leur père, prolongent l’indivision du domaine et exploitent ensemble la terre. Dans le monde du commerce à la fin du Moyen Âge, les fratries (de frères) jouent également toujours un rôle essentiel, même si parfois les cadets acceptent mal d’être dirigés par leur aîné67. Les solidarités fraternelles ont également été beaucoup étudiées en contexte de migrations pour les époques moderne et contemporaine68. Au cours de ces périodes, la force des solidarités adelphiques se manifeste dans les correspondances69 ou les journaux intimes. Des études récentes ont été menées sur le langage des émotions au xvie siècle70. En étudiant les termes d’adresse au sein des correspondances familiales, en particulier des frères Leopardi au début du xixe siècle, Marzio Barbagli a le premier, dès 1984, mis à jour les degrés d’intimité entre frères et sœurs71. Benedetta Borello a insisté pour sa part, dans ce dossier de Clio72 et ailleurs73, sur la richesse des sources épistolaires de l’aristocratie romaine et siennoise des xviiie et xixe siècles pour l’étude des relations adelphiques, en particulier pour étudier les sentiments (mais aussi les rancœurs) qui peuvent naître des écarts entre les attentes liées à la force de la notion de fraternité et la réalité.

La relation entre un frère et une sœur

11S’il est un lien de solidarité et d’affection rarement démenti, c’est bien celui qui se noue entre un frère et une sœur. Comme le rappelle Raymond Jamous, ce lien possède

  • 74 Jamous 1991 : 225.

cette caractéristique majeure au niveau de la parenté d’être à la fois une relation de l’identité et une relation de la différence absolue, alors que la relation entre germains de même sexe n’a que la première caractéristique et celle entre mari et femme la seconde74.

  • 75 Barbichon 1994.
  • 76 Hamm 1992.

12Dans les systèmes de parenté, il s’agit d’une relation centrale, toujours très positive. Devant assumer une fonction sociale distincte, le frère et la sœur entrent rarement en concurrence. Ce lien, souvent passionnel, traverse l’histoire et se décline sous des formes différentes en fonction des époques et du type de documentation. Dans les tragédies antiques, Antigone se sacrifie pour donner une sépulture à son frère. Dans les contes et la littérature orale75 (Hänsel et Gretel par exemple) la sœur est très souvent une figure salvatrice, occupant le rôle le plus actif de l’histoire, subissant maintes épreuves pour sauver son ou ses frères. Durant l’époque médiévale et moderne, on retrouve souvent le thème de la sœur du moine : un moine cherche à préserver la relation entretenue avec sa sœur, en lui offrant une règle ou en lui donnant des conseils de vie, qu’elle soit elle aussi entrée en religion ou qu’elle soit restée dans la vie laïque. Mais c’est surtout dans la littérature et les correspondances du xixe siècle que ce lien est très visible (car les femmes aussi tiennent désormais souvent la plume)76. Dès 1987, dans l’Histoire de la vie privée, Michelle Perrot constate :

  • 77 Perrot 1987 : 168.

Entre frères et sœurs, la différence de sexe crée un rapport complexe, quelque peu initiatique : la première forme des rapports à l’autre sexe. Profondément refoulés par les interdits religieux ou sociaux, ces rapports sont rarement sexuels, mais possiblement amoureux77.

  • 78 Berchet 1992 ; Houbre 1993.

13Les échanges épistolaires à l’époque romantique permettent en effet d’exprimer l’amour, la tendresse, des confidences, des choses qu’on ne dit nulle part ailleurs. Ils débutent à l’adolescence, étape décisive souvent marquée dans les milieux bourgeois du xixe siècle par une douloureuse séparation entre le frère et la sœur qui vient rompre la fusion adelphique de l’enfance : le garçon va au collège et la fille est placée au pensionnat et chacun poursuivra désormais séparément dans un monde non mixte sa propre trajectoire sociale. Dans leur correspondance ou leurs journaux intimes, le frère et la sœur se composent chacun un monde imaginaire qui prolonge les paradis adelphiques de l’enfance et de l’adolescence en empruntant un langage amoureux. Les « couples » frère-sœur romantiques sont célèbres : François-René et Lucile de Chateaubriand, Henri et Pauline Beyle, Honoré et Laure de Balzac, Edgar et Blanche Quinet, Maurice et Marie de Flavigny, Maurice et Eugénie de Guérin, Ernest et Henriette Renan, Gustave et Caroline Flaubert78. Cette expression exceptionnelle des sentiments fraternels est à penser dans le contexte littéraire du romantisme qui valorise les amours transgressives.

  • 79 Lavocat 2003.
  • 80 Hamm 1992 ; Bannour & Berthier 1992 ; Bouchenafa 2004 ; Malinowski 2006 ; Houbre 1997 : 138-146.
  • 81 Gille 2006.

14Le thème de l’inceste adelphique, fantasmé ou réel, a été un sujet très souvent abordé. On le trouve ainsi mis en scène dans le théâtre des xvie et xviie siècles79 et surtout dans la littérature du xixe80 et du XXe siècle (qu’on pense aux Enfants terribles de Cocteau81, à L’Homme sans qualités, roman inachevé de Robert Musil (1932), ou à l’œuvre de Marguerite Duras).

Gémellité masculine et féminine

  • 82 Dasen 2003.

15Le beau livre de Véronique Dasen étudie la gémellité en Grèce et à Rome à partir d’un corpus de documents très vastes (écrits, iconographie, archéologie) en n’oubliant jamais de faire une place aux jumelles82. Dans la mythologie antique, la relation entre deux frères jumeaux est à l’origine de nombreuses fondations. Elle est parfois maléfique mais s’avère bien plus souvent bénéfique : les jumeaux guérissent, protègent les hommes ou fondent des villes (Rémus et Romulus). C’est d’ailleurs souvent la nature (bonne ou mauvaise) du lien qu’ils entretiennent qui détermine la protection ou la malédiction des hommes. Les jumelles, en revanche, sont beaucoup moins présentes et leurs relations proposent rarement des récits élaborés.

  • 83 Bohler 1995.

16Dans la littérature médiévale, là encore, ce sont surtout les couples de frères qui dominent. Leur mise en scène (Valentin et Orson, Lovel et Marin dans Guillaume d’Angleterre, Brac et Lyon dans La Belle Hélaine de Constantinople, Florent et Octavien dans Octavien ou encore Jehan et Gérard dans Gillion de Trazegnies), comme l’a montré Danielle Bohler, est l’occasion pour les auteurs de réfléchir sur les thèmes de l’altérité et de l’identité83.

  • 84 Gutierrez & Houdaille 1983 ; Brunet, Bideau & Foroni 2004 ; Bideau & Brunet 2007.
  • 85 Gélis 1984 : 371-377.
  • 86 On remarque une tendance à la baisse des naissances multiples entre la fin du xviie siècle et la pr (…)

17Les spécialistes de démographie historique se sont également penchés sur l’évolution de la fréquence des naissances multiples, sans hélas poser des problématiques de genre84. Dans les époques anciennes, avoir « plusieurs enfants d’une même ventrée » entre souvent dans la catégorie du merveilleux ou du monstrueux car ce type de naissance rapproche l’être humain de l’animal85. À partir du xvie siècle, les registres paroissiaux permettent de mieux connaître la part et l’évolution86 des accouchements multiples : 1 pour 50 à 60 naissances environ. Mais on a constaté un sous-enregistrement des naissances gémellaires car lorsqu’un des deux jumeaux mourait avant le baptême, on ne déclarait bien souvent qu’une naissance. Il serait intéressant de savoir si ces phénomènes de sous-enregistrement sont différents selon le sexe du jumeau décédé.

  • 87 Voir, entre autres, les articles de la partie IV, « Du Romantisme à la modernité » de Godeau & Trou (…)

18Les jumeaux (bien plus que les jumelles) ont été eux aussi mis en scène dans la littérature des xixe et xxe siècles, comme en témoigne le célèbre couple, Jean et Paul (que seule leur mère parvient vraiment à distinguer et qu’on appelle Jean-Paul), des Météores de Michel Tournier (1975)87.

Rivalités et conflits entre aînés et cadets, entre aînées et cadettes

  • 88 Voir par exemple les articles de la partie I, « Fratries mythologiques » de Godeau & Troubetzkoy 20 (…)
  • 89 Leleu 2008.
  • 90 Voir désormais la synthèse de Zwilling 2010.
  • 91 Barc 1994 : 51.
  • 92 Une riche iconographie étudiée par Voyer 2010.

19Les grands mythes, parfois les mêmes qui mettent en scène de fortes affections et solidarités entre frères peuvent aussi donner à voir des conflits très violents comme en témoigne l’histoire de Rémus et Romulus. Les historiens antiquisants attirent l’attention sur les fortes tensions à l’œuvre dans les tragédies grecques, entre raison d’État et liens de sang, et en particulier liens fraternels. Dans la mythologie, comme dans la littérature orale, les contes ou les sources de la pratique, les inimitiés les plus fréquentes sont celles qui éclatent entre deux membres de la fratrie du même sexe. Entre les frères, elles prennent parfois des proportions démesurées pouvant se terminer par un fratricide88. Les chroniques médiévales abondent en querelles fraternelles qui débouchent sur des faides souvent très violentes, conflits qui peuvent avoir des répercussions sur l’ensemble de la parenté et dans le champ politique89. Les études historiques portant sur la Bible90 ont montré que, dans l’Ancien Testament, l’aîné est largement avantagé par rapport aux autres enfants : il reçoit une part double sur l’héritage paternel (Deutéronome, xxi, 15-17). Cependant, dans les histoires vétérotestamentaires, cet avantage est sans cesse bafoué et on assiste à un « acharnement suspect de l’histoire à contredire la loi »91 car Abel est préféré à Caïn92, Isaac à Ismaël, Jacob à Esaü, Moïse à Aaron. Dans la Bible, les sœurs sont certes bien moins nombreuses mais le phénomène d’inversion est également présent. Des deux filles de Laban, Jacob préfère Rachel la cadette à Léa l’aînée.

  • 93 Lett 2011, à paraître.
  • 94 Lett 2006.
  • 95 Voir, à titre d’exemple, Macé 2007 ; Janneau 2007 ; Bastress-Dukehart 2008.

20Dans les exempla et l’iconographie de la fin du Moyen Âge, qui reposent souvent sur un fondement scripturaire, les rivalités à l’intérieur des fratries provoquent aussi souvent une inversion, soit entre les frères, soit entre les sœurs. La fratrie et la sororie (unisexuées) sont le lieu par excellence de cette inversion car elles permettent de comparer de l’identique. Mais l’inversion n’affecte pas les mêmes domaines et n’intervient pas au même moment dans le cycle de vie. Ce qui dévalorise le premier-né des garçons est sa perfidie et son ingratitude à l’égard de son père au moment de recevoir l’héritage, comme en témoigne par exemple le succès du thème du pseudo-jugement de Salomon93. Chez les filles, l’aînée se discrédite par son imprudence et son orgueil au moment de contracter une union matrimoniale. En position idéale pour se marier, elle se fait dérober son droit d’aînesse, perd l’avantage de contracter une union matrimoniale avant sa sœur cadette94. Dans l’un et l’autre cas, c’est bien au moment où se joue leur avenir qu’aîné(e) et cadet(te) entrent en concurrence et s’affrontent, mais il faut bien admettre une différence radicale : pour les sœurs tout se joue au moment de leur mariage ou de la fin de leur union (comment récupérer la dot ?) ; pour les frères, au moment de la mort du père. En d’autres termes c’est l’alliance qui est centre des préoccupations des sœurs et la filiation au centre de celle des frères. Agnès Fine a montré plus haut (inutile donc d’y revenir) que la place des frères et sœurs à l’égard de la transmission et du patrimoine matériel et symbolique des parents est un des thèmes les plus étudiés en sciences sociales (particulièrement en histoire) et que le temps de l’héritage ou de l’attribution de la dot étaient des moments cruciaux pour saisir le lien fraternel, étudier les conflits au sein des fratries, très variables en fonction des systèmes d’héritage95.

21Les études historiques sur les liens entre frères et sœurs sont donc bien en plein développement. La place qu’occupe le genre peut paraître encore insuffisante mais il me semble qu’il s’agit d’une dimension qui s’est invitée dans ces études très tôt (début des années 1990 pour les specialists, surtout anglo-saxons, de la littérature et début des années 2000 pour les historiens), presque dès l’origine donc de ces travaux. C’est sans doute une des chances de l’historiographie des frères et sœurs que de connaître un développement tardif, à un moment où historiens et littéraires, s’interrogeant sur les liens adelphiques, ont intégré, pour beaucoup, les bons réflexes qui consistent à ne pas oublier le féminin et à réfléchir sur les régimes de genre.

Bibliographie

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Notes

39 « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours », colloque organisé par le CERHIO et le FRAMESPA, http://calenda.revues.org/nouvelle18312.html. L’appel à communications, lancé en novembre 2010, a rencontré un grand succès : 75 propositions ont été reçues, ce qui témoigne de l’intérêt des historiens aujourd’hui pour la question.

40 Certaines langues (l’italien par exemple) ne possède pas le mot « fratrie », terme qui, en français, est très récent : il apparaît dans le Petit Robert vers 1970.

41 À ma connaissance, le premier à avoir utilisé et défendu ce terme est Jacques Maître dans ses études sur Thérèse de Lisieux, Maître 1995 et 1999.

42 Pour un bilan historiographique récent sur les travaux des médiévistes, je me permets de renvoyer à Lett 2005. À ma connaissance, il n’en existe pas encore pour les autres périodes.

43 Ariès 1973 [1960].

44 Cette situation s’observe au moins jusqu’à la « révolution démographique », c’est-à-dire avant que l’Europe ne connaisse à la fois une baisse de la mortalité puis de la fécondité, phénomène qui, en France, s’amorce dès la fin du XVIIIe siècle.

45 Gouesse 1982.

46 Pour la Hollande du début du xxe siècle, voir Bras & Van Tilburg 2007.

47 Bannour & Berthier 1992.

48 Arru & Boesch Gajano 1993.

49 Lett 1997 : chapitre IX ; Réal 2001 : 476-504.

50 Lett 2001, 2003, 2004, 2006, 2008, 2009a, 2009b et 2008 (dir.).

51 Godeau & Troubetzkoy 2003.

52 Trévisi 2008.

53 Cassagnes-Brouquet & Yvernault 2007.

54 Miller & Yavneh 2006.

55 Sibling relations… 2010.

56 Bernard, Massol & Roulin 2010.

57 Pour la confusion et la hiérarchie entre fraternité biologique et fraternité spirituelle, voir le cas de Bernard de Clairvaux étudié par Maillet 2008.

58 Fine 1994 : 126 ; voir, plus généralement, sur la « fraternité » entre compères le chapitre iv, « L’amitié entre compères : la fraternité pour modèle » : 127-163.

59 Vincent 1994.

60 Hunt 1995, chapitre 2 « La bande des frères » : 69-104.

61 David 1987.

62 Hunt 1995 : 96.

63 Bannon 1997.

64 Morin 2007.

65 Réal 2001 ; Surget 2010.

66 Blandeau 2007.

67 Certin 2008 ; Bellavitis 2008 : 150-153.

68 Hidalgo 2010 ; Bras & Neven 2007b ; Kesztenbaum 2008 ; Rosental 1995.

69 Rares pour l’époque médiévale. Voir cependant Ledwige 1984.

70 Broomhall & Van Gent 2009.

71 Barbagli 2000 [1984] : 273-324, chapitre VI : Deferenza, distacco e intimità nelle relazioni familiari.

72 Voir article B. Borello, ce volume.

73 Borello 2008, 2009 et 2010.

74 Jamous 1991 : 225.

75 Barbichon 1994.

76 Hamm 1992.

77 Perrot 1987 : 168.

78 Berchet 1992 ; Houbre 1993.

79 Lavocat 2003.

80 Hamm 1992 ; Bannour & Berthier 1992 ; Bouchenafa 2004 ; Malinowski 2006 ; Houbre 1997 : 138-146.

81 Gille 2006.

82 Dasen 2003.

83 Bohler 1995.

84 Gutierrez & Houdaille 1983 ; Brunet, Bideau & Foroni 2004 ; Bideau & Brunet 2007.

85 Gélis 1984 : 371-377.

86 On remarque une tendance à la baisse des naissances multiples entre la fin du xviie siècle et la première moitié du xixe en corrélation avec la diminution de la fécondité des femmes et des naissances après 37 ans. Puis il semble que les années 1860-1960 connaissent une certaine stabilité de la fréquence des naissances gémellaires (Bideau & Brunet 2007) avant, on le sait, sous l’effet de la multiplication des FIV, de se multiplier après 1980. En France, le nombre d’enfants nés de grossesses multiples étaient de 21 000 en 1995. En 2001, il était de 33 000, ce qui représente une augmentation de 57%.

87 Voir, entre autres, les articles de la partie IV, « Du Romantisme à la modernité » de Godeau & Troubetzkoy 2003 : 200-260.

88 Voir par exemple les articles de la partie I, « Fratries mythologiques » de Godeau & Troubetzkoy 2003 : 19-65.

89 Leleu 2008.

90 Voir désormais la synthèse de Zwilling 2010.

91 Barc 1994 : 51.

92 Une riche iconographie étudiée par Voyer 2010.

93 Lett 2011, à paraître.

94 Lett 2006.

95 Voir, à titre d’exemple, Macé 2007 ; Janneau 2007 ; Bastress-Dukehart 2008

Voir par ailleurs:

11 Septembre: François Hollande rend hommage aux victimes
Le Figaro.fr avec AFP
11/09/2016

Le président français François Hollande, dont le pays est confronté à des menaces djihadistes, a rendu hommage aux victimes du 11 Septembre, tout en estimant que la réponse américaine à l’époque, avec l’intervention en Irak, n’avait fait qu’élargir la menace terroriste.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Ffrancoishollande.fr%2Fposts%2F10154565298572502&width=500
« Oui, ce jour-là, nous étions tous Américains », affirme M. Hollande dans un message paru dimanche sur Facebook. « Mais avions-nous suffisamment mesuré et compris que nous étions tous concernés et que nous étions désormais confrontés à un terrorisme d’une autre nature que ce que jusque-là le monde avait connu? », ajoute le président français. »Les réponses que l’administration américaine a apportées à ces attaques planifiées de l’intérieur et exécutées de façon méthodique, loin d’éradiquer la menace, l’ont élargie à un plus vaste espace. Et notamment en Irak. », poursuit M. Hollande, en faisant allusion à l’intervention dans ce pays menée par les Etats-Unis qui a conduit à la chute de Saddam Hussein. « Et, si la France, avec (le président français de l’époque) Jacques Chirac, a refusé légitimement de se joindre à l’intervention (en Irak), et l’a même condamnée, elle n’en a pas moins été victime des conséquences du chaos qu’elle a engendré », ajoute François Hollande. »Il est des dates et des actes dans l’histoire qui marquent un changement de monde autant qu’un changement de siècle », souligne le président français. Ainsi, « le 11 septembre 2001, ce jour funeste où près de 3000 personnes ont été tuées à New York, Washington et Shanksville, dans des attaques destinées par leur ampleur et par leurs cibles à jeter l’effroi sur l’Amérique ». « Le 11 Septembre, avec ses vies ensevelies, ses destins brisés et ses familles endeuillées, revient chaque fois qu’un attentat sanglant se produit dans le monde. Comme une répétition du malheur. Comme une reproduction de l’horreur. Comme une réplique de la terreur », souligne également M. Hollande.