Caricature antisémite du New York Times: chronique d’une catastrophe annoncée (Between normalization of deviance and creeping normality, how the NYT ended up joining a long-established European post-WWII tradition of antisemitism)

1 mai, 2019

https://twitter.com/Harry1T6/status/1122140959968350209?ref_src=twsrc^tfw

https://www.cartooningforpeace.org/wp-content/uploads/2015/08/ANTONIO-021.jpg
https://pbs.twimg.com/media/D5PgCTHXoAAlivA.jpghttps://i0.wp.com/www.whale.to/b/cartoo-10Dave-Brown_68351d.jpg
Blurred Charlie hebdo cover
https://a57.foxnews.com/static.foxnews.com/foxnews.com/content/uploads/2018/09/1862/1048/brancopic.jpg?ve=1&tl=1https://i.pinimg.com/originals/52/22/1a/52221a18227659157e3d130da2f552e8.jpghttps://i0.wp.com/editorialcartoonists.com/cartoons/BrancA/2017/BrancA20170124_low.jpg
Related image
Image result for Ilhan Omar Branco cartoons
No photo description available.No photo description available.Image result for Overton window Ilhan Omar Branco cartoon

Image result for Halima Aden Burkini hijab Sports illustrated swimsuit cartoons

L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
La décision de célébrer désormais le 1er mai comme un jour de lutte sociale de par le monde installe au centre de la mémoire ouvrière un crime commis par l’Amérique. Philippe Roger
Il sera organisé une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès. Attendu qu’une semblable manifestation a été déjà décidée pour le 1er mai 1890 par l’AFL, dans son congrès de décembre 1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée pour la manifestation. Raymond Lavigne (Congrès de la IIe Internationale, Paris, le 20 juin 1889)
La NASA, c’est nous : la même chose se passe chez nous ! Lecteurs de Diane Vaughan
Diane Vaughan est une sociologue américaine à l’Université Columbia. Elle est principalement connue pour son travail sur les problèmes organisationnels ayant conduit au crash de la navette Challenger en 1986. Plus généralement, elle s’intéresse aux « manières dont les choses tournent mal » dans des situations très diverses : les séparations de couple, les échecs industriels etc. (…) Vaughan a travaillé sur des thèmes éclectiques, qui trouvent leur point commun dans l’étude de l’évolution des relations et des situations. Dans Uncoupling, elle montre que les séparations amoureuses ne sont pas des évènements soudains mais un détachement graduel accompagné de signaux. Elle a proposé l’expression « normalisation de la déviance, » faisant le lien entre sociologie des organisations et sociologie de la déviance, pour expliquer comment la tolérance aux dysfonctionnements augmente. De mauvaises pratiques n’ayant pas de résultats négatifs immédiats deviennent de plus en plus acceptés, menant parfois à la catastrophe (comme celle de Challenger). Wikipedia
La normalité rampante est un terme souvent utilisé pour désigner la façon dont un changement important ne peut être accepté comme normal s’il se produit lentement, par incréments inaperçus, quand il serait considéré comme inacceptable s’il a eu lieu en une seule étape ou sur une courte période. Wikipedia
Les hommes politiques parlent de « normalité rampante » pour désigner ce type de tendances lentes œuvrant sous des fluctuations bruyantes. Si l’économie, l’école, les embouteillages ou toute autre chose ne se détériorent que lentement, il est difficile d’admettre que chaque année de plus est en moyenne légèrement pire que la précédente ; les repères fondamentaux quant à ce qui constitue la « normalité » évoluent donc graduellement et imperceptiblement. Il faut parfois plusieurs décennies au cours d’une séquence de ce type de petits changements annuels avant qu’on saisisse, d’un coup, que la situation était meilleure il y a plusieurs décennies et que ce qui est considéré comme normal a de fait atteint un niveau inférieur. Une autre dimension liée à la normalité rampante est l’ « amnésie du paysage » : on oublie à quel point le paysage alentour était différent il y a cinquante ans, parce que les changements d’année en année ont été eux aussi graduels. La fonte des glaciers et des neiges du Montana causée par le réchauffement global en est un exemple (chapitre 1). Adolescent, j’ai passé les étés 1953 et 1956 à Big Hole Basin dans le Montana et je n’y suis retourné que quarante-deux plus tard en 1998, avant de décider d’y revenir chaque année. Parmi mes plus vifs souvenirs du Big Hole, la neige qui recouvrait les sommets à l’horizon même en plein été, mon sentiment qu’une bande blanche bas dans le ciel entourait le bassin. N’ayant pas connu les fluctuations et la disparition graduelle des neiges éternelles pendant l’intervalle de quarante-deux ans, j’ai été choqué et attristé lors de mon retour à Big Hole en 1998 de ne plus retrouver qu’une bande blanche en pointillés, voire plus de bande blanche du tout en 2001 et en 2003. Interrogés sur ce changement, mes amis du Montana s’en montrent moins conscients : sans chercher plus loin, ils comparaient chaque année à son état antérieur de l’année d’avant. La normalité rampante ou l’amnésie du paysage les empêchaient, plus que moi, de se souvenir de la situation dans les années 1950. Un exemple parmi d’autres qui montre qu’on découvre souvent un problème lorsqu’il est déjà trop tard. L’amnésie du paysage répond en partie à la question de mes étudiants : qu’a pensé l’habitant de l’île de Pâques qui a coupé le dernier palmier ? Nous imaginons inconsciemment un changement sou­dain : une année, l’île était encore recouverte d’une forêt de palmiers parce qu’on y produisait du vin, des fruits et du bois d’œuvre pour transporter et ériger les statues ; puis voilà que, l’année suivante, il ne restait plus qu’un arbre, qu’un habitant a abattu, incroyable geste de stupidité autodestructrice. Il est cependant plus probable que les modifications dans la couverture forestière d’année en année ont été presque indétectables : une année quelques arbres ont été coupés ici ou là, mais de jeunes arbres commençaient à repousser sur le site de ce jardin abandonné. Seuls les plus vieux habitants de l’île, s’ils repensaient à leur enfance des décennies plus tôt, pouvaient voir la différence. Leurs enfants ne pouvaient pas plus comprendre les contes de leurs parents, où il était question d’une grande forêt, que mes fils de dix-sept ans ne peuvent comprendre aujourd’hui les contes de mon épouse et de moi-même, décrivant ce qu’était Los Angeles il y a quarante ans. Petit à petit, les arbres de l’île de Pâques sont devenus plus rares, plus petits et moins importants. À l’époque où le dernier palmier portant des fruits a été coupé, cette espèce avait depuis longtemps cessé d’avoir une signification économique. Il ne restait à couper chaque année que de jeunes palmiers de plus en plus petits, ainsi que d’autres buissons et pousses. Personne n’aurait remarqué la chute du dernier petit palmier. Le souvenir de la forêt de palmiers des siècles antérieurs avait succombé à l’amnésie du paysage. À l’opposé, la vitesse avec laquelle la déforestation s’est répandue dans le Japon des débuts de l’ère Tokugawa a aidé les shoguns à identifier les changements dans le paysage et la nécessité d’actions correctives. Jared Diamond
N’oublions pas que les programmes spatiaux impliquent de multiples collaborations. La NASA en particulier sous-traite la majeure partie des composants de ses missions. Que des problèmes surgissent quand un grand nombre d’organisations différentes travaillent ensemble n’a rien d’exceptionnel, surtout quand il s’agit d’innovations techniques. Des erreurs sont faites en permanence dans toute organisation complexe, mais contrairement au cas de la NASA sur qui les projecteurs médiatiques sont braqués, leurs conséquences, souvent moins spectaculaires, restent généralement ignorées du grand public. (…) Je venais à l’époque de finir un livre, je n’avais rien de précis en tête, si ce n’est d’écrire un court article que l’on m’avait commandé sur la notion d’inconduite, c’est-à-dire de comportement individuel fautif. Le cas Challenger avait alors, selon l’explication officielle, toutes les apparences du parfait exemple, avec cependant la particularité de s’être produit dans une organisation gouvernementale à caractère non lucratif plutôt qu’au sein d’une entreprise. (…) Plutôt que de limiter son attention au niveau individuel, il est en effet indispensable d’examiner comment la culture d’une organisation façonne la manière dont les individus prennent des décisions en son sein. Mon analyse a montré que, pendant les années qui ont précédé l’accident, les ingénieurs et managers de la NASA ont progressivement instauré une situation qui les autorisait à considérer que tout allait bien, alors qu’ils disposaient d’éléments montrant au contraire que quelque chose allait mal. C’est ce que j’ai appelé une normalisation de la déviance : il s’agit d’un processus par lequel des individus sont amenés au sein d’une organisation à accomplir certaines choses qu’ils ne feraient pas dans un autre contexte. Mais leurs actions ne sont pas délibérément déviantes. Elles sont au contraire rendues normales et acceptables par la culture de l’organisation. (…) les erreurs sont inévitables, ne serait ce que parce que dans un système complexe, surtout lorsqu’il est innovant, il est impossible de prédire ou contrôler tous les paramètres d’une situation. Mais il est capital qu’une organisation prenne acte de la dimension sociale des erreurs produites en son sein et agisse en conséquence. Un pas dans ce sens a été accompli par exemple par certains hôpitaux américains. Ici à Boston, de nombreuses études ont abordé le problème des erreurs médicales en se penchant sur la complexité du système hospitalier. Ce qui auparavant était perçu comme l’erreur d’un individu devient une erreur dont la cause est aussi à chercher du côté du système lui-même, en particulier dans la division du travail au sein de l’hôpital. Ce n’est plus seulement la responsabilité du chirurgien ou de l’anesthésiste, mais aussi celle du système qui lui impose un planning chargé. (…) Si vous voulez vraiment comprendre comment une erreur est générée au sein d’un système complexe et résoudre le problème, il ne faut pas se contenter d’analyser la situation au niveau individuel, c’est l’organisation dans son ensemble qu’il faut considérer et, au-delà de l’organisation elle-même, son contexte politique et économique. ‘une politique de blâme individuel n’est pas suffisante car elle sort de leur contexte les « mauvaises décisions » en négligeant les facteurs organisationnels qui ont pesé sur ces décisions. Dès lors, les instances de contrôle, tout comme le public, croient à tort que, pour résoudre le problème, il suffit de se débarrasser des « mauvais décideurs ». Or, on a vu avec le cas de Challenger qu’il n’en était rien. Une stratégie punitive doit s’accompagner d’un souci de réforme des structures et de la culture de l’organisation. Diane Vaughan
Durant mes études de master puis de thèse, je me suis d’abord intéressée aux phénomènes de déviance et de contrôle social, puis j’ai découvert la littérature sur les organisations. Combinant l’un et l’autre de ces aspects, j’ai choisi d’étudier la criminalité en col blanc en tant que phénomène organisationnel. (…) Je me suis appuyée sur une étude de cas. Deux organisations sont impliquées : la première, une chaîne de pharmacies discount de l’Ohio, Revco, s’était rendue coupable de fraudes contre l’autre organisation, l’administration publique en charge de l’assurance santé (Medicaid), à qui une double facturation était transmise par voie informatique par les pharmaciens. (…) Mais, et c’est ce qui rend le cas intéressant en soi, les deux employés ont dit avoir mis en place le système des fausses prescriptions parce que les services de Medicaid rejetaient en masse les prescriptions à rembourser. C’était donc une façon détournée de recouvrer les fonds non perçus et de rééquilibrer les comptes de Revco. (…) J’ai compris combien la théorie de l’anomie de Robert K. Merton – une source d’inspiration essentielle pour moi – peut s’appliquer ici. Selon le schéma mertonien, les deux employés ont « innové » en adaptant les moyens et les règlements aux fins légitimes de l’organisation, qui étaient contrariées par le système Medicaid et donc menaçaient sa survie. Le dysfonctionnement dans le système de transaction entre les deux organisations crée une opportunité de comportement illicite ou de viol des règles pour réaliser les objectifs. (…)  Alors que j’étais étudiante, j’ai rédigé un article sur la séparation conjugale, que j’ai appelée « découplage » (uncoupling) (…) J’ai approfondi le sujet lorsque j’étais à Yale, puis à Boston après mon recrutement au Wellesley College Center for Research on Women. (…) J’observais un couple, à la façon d’une organisation minuscule, au moment critique où la relation rompait ou après la séparation.(…) Des références traversent ces recherches, par exemple la théorie du signal de l’économiste « nobélisé » Michael Spence, qui peut s’appliquer autant aux entreprises qu’aux relations intimes dans le couple. Comment les organisations fondent-elles leurs choix lorsqu’elles recrutent et que les candidats sont nombreux ? La réponse est économique : il est trop coûteux de connaître à fond chaque candidat, si bien que les organisations émettent des jugements sur la base de signaux. Ces derniers sont de deux sortes : d’une part, des indicateurs qui ne peuvent pas être changés, comme l’âge ou le sexe (à l’époque, il n’était pas possible de le changer). D’autre part, des signaux d’ordre social : où avez-vous obtenu votre diplôme ? Qui vous recommande ? Quelle est votre expérience professionnelle ? Ces seconds signaux peuvent être manipulés, truqués, ce qui rapproche de la problématique de la fraude. La théorie du signal s’applique aussi dans Uncoupling : malgré l’expérience d’une rupture relationnelle soudaine, souvent vécue comme traumatique ou chaotique dans nos vies, l’hypothèse que j’ai faite était de dire par contraste que la transition est graduelle : le découplage est une suite de transitions. Je n’ai pas tardé à le vérifier durant les interviews, lors desquelles je demandais aux personnes séparées de retracer la chronologie de leur relation. Une même logique était à l’œuvre : une des deux personnes, initiatrice, commence à quitter la relation, socialement et psychologiquement, avant que l’autre ne réalise que quelque chose ne fonctionne plus. Le temps qu’elle le comprenne, qu’elle en perçoive le signal, il est trop tard pour sauver la relation. (…) Il est frappant de voir que dans ces petites organisations les gens peuvent tomber en morceaux sans même le remarquer ni agir contre. Une longue période d’incubation précède la rupture, les initiateurs envoient des signaux, les partenaires les interprètent (ou pas), mais quoi qu’il arrive, selon les buts ordinaires de l’organisation (le couple) la rupture ne fait pas partie du plan initial. Je commençais à y voir plus clair dans ces processus, analogues malgré les échelles d’analyse, mais il me manquait encore des données sur des structures bien plus grandes. J’ai envoyé le manuscrit d’Uncoupling à mon éditeur en décembre 1985. Un mois plus tard, le 28 janvier 1986, Challenger explosa. La presse a ramené l’explosion à un exemple d’inconduite organisationnelle. Cela se rapprochait de mes premiers cas d’étude – à ceci près que cela concernait une organisation à but non lucratif, la Nasa – et j’ai commencé à enquêter. (…) [Avec Columbia] Le même pattern que j’avais identifié sur le cas Challenger se reproduisait. J’étais stupéfaite par les prises de parole du responsable de la navette spatiale à la télévision : en substance, les équipes impliquées dans le programme s’étaient retrouvées dans la même situation de normalisation de la déviance. (…) J’ai pu vérifier auprès de mes collègues que le modèle causal que j’avais défini sur la catastrophe Challenger fonctionnait encore dans ce nouveau cas. Diane Vaughan
While Ken Livingstone was forcing startled historians to explain that Adolf Hitler was not a Zionist, I was in Naz Shah’s Bradford. A politician who wants to win there cannot afford to be reasonable, I discovered. He or she cannot deplore the Israeli occupation of the West Bank and say that the Israelis and Palestinians should have their own states. They have to engage in extremist rhetoric of the “sweep all the Jews out” variety or risk their opponents denouncing them as “Zionists”. George Galloway, who, never forget, was a demagogue from the race-card playing left rather than the far right, made the private prejudices of conservative Muslim voters respectable. Aisha Ali-Khan, who worked as Galloway’s assistant until his behaviour came to disgust her, realised how deep prejudice had sunk when she made a silly quip about David Miliband being more “fanciable” than Ed. Respect members accused her of being a “Jew lover” and, all of a sudden in Bradford politics, that did not seem an outrageous, or even an unusual, insult. Where Galloway led, others followed. David Ward, a now mercifully forgotten Liberal Democrat MP, tried and failed to save his seat by proclaiming his Jew obsession. Nothing, not even the murder of Jews, could restrain him. At one point, he told his constituents that the sight of the Israeli prime minister honouring the Parisian Jews whom Islamists had murdered made him “sick”. (He appeared to find the massacre itself easier to stomach.)Naz Shah’s picture of Israel superimposed on to a map of the US to show her “solution” for the Israeli-Palestinian conflict was not a one-off but part of a race to the bottom. But Shah’s wider behaviour as an MP – a “progressive” MP, mark you – gives you a better idea of how deep the rot has sunk. She ignored a Bradford imam who declared that the terrorist who murdered a liberal Pakistani politician was a “great hero of Islam” and concentrated her energies on expressing her “loathing” of liberal and feminist British Muslims instead. (…) Liberal Muslims make many profoundly uncomfortable. Writers in the left-wing press treat them as Uncle Toms, as Shah did, because they are willing to work with the government to stop young men and women joining Islamic State. While they are criticised, politically correct criticism rarely extends to clerics who celebrate religious assassins. As for the antisemitism that allows Labour MPs to fantasise about “transporting” Jews, consider how jeering and dishonest the debate around that has become. When feminists talk about rape, they are not told as a matter of course “but women are always making false rape accusations”. If they were, they would suspect that their opponents wanted to deny the existence of sexual violence. Yet it is standard in polite society to hear that accusations of antisemitism are always made in bad faith to delegitimise justifiable criticism of Israel. I accept that there are Jews who say that all criticism of Israel is antisemitic. For her part, a feminist must accept that there are women who make false accusations of rape. But that does not mean that antisemitism does not exist, any more than it means that rape never happens. Challenging prejudices on the left wing is going to be all the more difficult because, incredibly, the British left in the second decade of the 21st century is led by men steeped in the worst traditions of the 20th. When historians had to explain last week that if Montgomery had not defeated Rommel at El Alamein in Egypt then the German armies would have killed every Jew they could find in Palestine, they were dealing with the conspiracy theory that Hitler was a Zionist, developed by a half-educated American Trotskyist called Lenni Brenner in the 1980s. When Jeremy Corbyn defended the Islamist likes of Raed Salah, who say that Jews dine on the blood of Christian children, he was continuing a tradition of communist accommodation with antisemitism that goes back to Stalin’s purges of Soviet Jews in the late 1940s. It is astonishing that you have to, but you must learn the worst of leftwing history now. For Labour is not just led by dirty men but by dirty old men, with roots in the contaminated soil of Marxist totalitarianism. If it is to change, its leaders will either have to change their minds or be thrown out of office. Put like this, the tasks facing Labour moderates seem impossible. They have to be attempted, however, for moral as much as electoral reasons. (…) Not just in Paris, but in Marseille, Copenhagen and Brussels, fascistic reactionaries are murdering Jews – once again. Go to any British synagogue or Jewish school and you will see police officers and volunteers guarding them. I do not want to tempt fate, but if British Jews were murdered, the leader of the Labour party would not be welcome at their memorial. The mourners would point to the exit and ask him to leave. If it is incredible that we have reached this pass, it is also intolerable. However hard the effort to overthrow it, the status quo cannot stand. Nick Cohen
The UK Labour Party, which dates back to 1900, was long seen as the party of the working classes. Throughout most of its history, Labour has stood for social justice, equality, and anti-racism. Labour’s controversy over anti-Semitism is fairly recent. It’s often traced back to 2015, when Jeremy Corbyn became the party leader. Corbyn, seen as on Labour’s left wing, has long defended the rights of Palestinians and often been more critical than the party mainstream of Israel’s government. But during the Labour leadership contest in 2015, a then-senior Jewish Labour MP said that Corbyn had in the past showed “poor judgment” on the issue of anti-Semitism — after Corbyn unexpectedly became the frontrunner in the contest, a Jewish newspaper reported on his past meetings with individuals and organizations who had expressed anti-Semitic views. Concerns over anti-Semitism only really began to turn into a crisis, however, the year after Corbyn became leader. In April 2016, a well-known right-wing blog revealed that Labour MP Naz Shah had posted anti-Semitic messages to Facebook a couple of years before being elected. One post showed a photo of Israel superimposed onto a map of the US, suggesting the country’s relocation would resolve the Israeli-Palestinian conflict. Above the photo, Shah wrote, “Problem solved.” Shah apologized, but former Mayor of London Ken Livingstone, a long-time Labour member who was close to party leader Jeremy Corbyn, made things worse by rushing to Shah’s defense — and added an inflammatory claim that Hitler initially supported Zionism, before “he went mad and ended up killing six million Jews.” The party suspended Shah and Livingstone and launched an inquiry into anti-Semitism. But Corbyn was criticized for not acting quickly or decisively enough to deal with the problem. Afterward, claims of anti-Semitism kept resurfacing as individual examples were dug up across Labour’s wide membership. By now a narrative was building that anti-Semitism was rife within the party — and that the election of Corbyn as leader was the cause. Throughout his political career, Corbyn has protested against racism and backed left-wing campaigns such as nuclear disarmament, and was considered the long shot in the party’s leadership contest — bookmakers initially put the chance of him winning at 200 to 1. Corbyn’s victory confirmed that the New Labour project was dead. (…) Corbyn’s campaign drummed up a big grassroots following as his anti-austerity, socialist message gained traction, in a way that would later be echoed by Bernie Sanders’s 2016 campaign in the US. (…) But after Corbyn’s unexpected win, everything changed. Corbyn steered the party to the left on many issues, including proposals to nationalize the railways and possibly the energy companies, end the era of slashing state spending, and tax the rich. He also moved the party leftward on Israel and Palestine. Labour’s previously moribund membership boomed to half a million, making it one of the biggest political parties in Europe. The many newcomers were attracted by the chance to support a truly left-wing Labour Party. Claims of anti-Semitism also increased: Labour’s general secretary revealed that between April 2018 and January 2019, the party received 673 accusations of anti-Semitism among members, which had led to 96 members being suspended and 12 expelled. Part of the reason anti-Semitism claims have grown under Corbyn is that his wing of the party — the socialist left — tends to be passionately pro-Palestine. There is nothing inherently anti-Semitic about defending Palestinians, but such a position can lead to tensions between left-wing anti-Zionists and mainstream Jewish communities. This tension has at times led to a tendency on the left to indulge in anti-Semitic conspiracy theories and tropes — like blaming a Jewish conspiracy for Western governments’ support of Israel or equating Jews who support Israel with Nazi collaborators. (…) At first glance, Corbyn hardly seems like someone who would be an enabler of anti-Semitism. He has a long history of campaigning against racism — for instance, in the 1980s, he participated in anti-apartheid protests against South Africa, at the same time that former Conservative Prime Minister Margaret Thatcher was calling Nelson Mandela’s African National Congress opposition movement a “typical terrorist organization.” And he has long campaigned for Palestinian rights, while being critical of the government of Israel — including comparing Israel’s treatment of Palestinians to apartheid. But Corbyn’s anti-imperialist, anti-racist stance over the years has also led some to label him a terrorist sympathizer. Corbyn in the past advocated for negotiations with militant Irish republicans. As he did with Irish republicans, Corbyn encouraged talks with the Islamist militant groups Hamas and Hezbollah. He has also been heavily criticized for having previously referred to these groups as “friends,” which caused outrage when publicized during 2015’s Labour leadership contest. Corbyn explained that he had only used “friends” in the context of trying to promote peace talks, but later said he regretted using the word. Last March, Corbyn was also criticized for a 2012 comment on Facebook, in which he had expressed solidarity with an artist who had used anti-Semitic tropes in a London mural that was going to be torn down. After Luciana Berger tweeted about the post and demanded an explanation from the Labour Party leadership, Corbyn said that he “sincerely regretted” having not looked at the “deeply disturbing” image more closely, and condemned anti-Semitism. (…) In August 2018, the right-wing British newspaper the Daily Mail accused Corbyn of having laid a wreath at the graves of the Palestinian terrorists while in Tunisia in 2014. Corbyn acknowledges that he participated in a wreath-laying ceremony at a Tunisian cemetery in 2014, but says he was commemorating the victims of a 1985 Israeli airstrike on the headquarters of the Palestinian Liberation Organization (PLO), who were living in exile in Tunis at the time. The airstrike killed almost 50 people, including civilians, and wounded dozens more. However, the Daily Mail published photos showing Corbyn holding a wreath not far from the graves of four Palestinians believed to be involved with the 1972 Munich massacre, in which members of the Black September terrorist organization killed 11 Israeli athletes and a German police officer at the Munich Olympics. Corbyn denies he was commemorating the latter individuals, but his muddled explanations in the wake of the controversy left some unsatisfied with his response. Today, on social media, it is common to see Corbyn denounced for enabling anti-Semitism — author J.K. Rowling has even criticized him for it — while some brand him outright as an anti-Semite. When US Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY) recently tweeted that she’d had “a lovely and wide-reaching conversation” with Corbyn by phone, hundreds of commenters criticized her for speaking to Labour’s “anti-Semitic” leader. (…) Indeed, urgency is needed for Labour’s leadership to effectually tackle the party’s anti-Semitism crisis and convince other MPs not to quit. The nine MPs who’ve left have formed the Independent Group, an informal assemblage that plans to launch as an official political party before the end of the year. Several other Labour MPs are rumored to be thinking of joining them. Unless Labour moves fast, the emerging centrist party could prove an existential threat. Vox.com
Omar didn’t know that the language in which she expressed her malignant delusions was in the lineage of Jew-hatred in its Christian and European forms. Until she entered the national stage, she’d had no need to know. Omar’s malignant delusions are commonplace in the Arab and Muslim world from which she comes. They are commonplace among the leadership of the Council on American-Islamic Relations (CAIR), the Hamas-friendly front organization for the Muslim Brotherhood which supported her Congressional campaign. And they have become commonplace on the left of the Democratic party. Democrats now protest that the whites and the right have their racists too. In other words, they’re saying that two wrongs make a right. This is playground logic, and it ignores the imbalance between the two kinds of anti-Jewish racism. Firstly, no Republican leader ever posed for the cover of any other national outlet with Steve King, or Omar’s new Twitter chum David Duke. Secondly, the Republican leadership, no doubt hypnotized by the Benjamins tucked in Ivanka Trump’s suspender belt, is hostile to the white racist fringe, and the white racist fringe detests the Republican leadership. Thirdly, the white racists are nothing if not candid about their beliefs and their intentions towards the Jewish people. Ilhan Omar isn’t even honest. Omar said she was against BDS when running for the House and then revised her position as soon as she won her set. She denounces Israel and Saudi Arabia, who oppose the Muslim Brotherhood, but not Turkey or Qatar, the Muslim Brotherhood’s sponsors. She may be ignorant, but she knows exactly what she is doing. She is furtive and duplicitous, and she is successfully importing the language and ideas of racism into a susceptible Democratic party. The buffoons who lead the Democrats are allowing Omar to mainstream anti-Jewish racism. The Democratic leadership tried to co-opt the energy of the post-2008 grassroots, to give its exhausted rainbow coalition an infusion of 21st-century identity politics. The failure to issue the promised condemnation of Omar shows that a European-style ‘red-green’ alliance of hard leftists and Islamists is co-opting the party. This, like the pro-Democratic media’s extended PR work for Rashida Tlaib and that other left-Islamist pinup Linda Sarsour, reflects a turning point in American history. The metaphysical, conspiratorial hatred of Jews is a symptom of civilization in decline. So the inability of the Democratic leadership to call Omar a racist reflects more than the moral and ideological decay of a political party. Americans like to believe in their exceptionalism, and American Jews like to say America is different. We’re about see if those ideas are true. Dominic Green
Il est fini le temps de la cathédrale, si ça pouvait signifier, aussi la fin des curés. Frédéric Fromet (France inter)
Sur France Inter, radio du service public, une « chanson » abjecte sur l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a été diffusée le 19 avril dernier. Et n’a suscité aucune réaction majeure depuis. Les catholiques ont-ils beaucoup d’humour ou sont-ils tout simplement inaudibles ? Toujours est-il qu’une prestation de (très) mauvais goût sur la radio France Inter le 19 avril dernier a totalement échappé aux radars de la polémique. Qu’en aurait-il été avec une pareille satire sur d’autres religions présentes dans l’Hexagone ? Lors de l’émission Par Jupiter !, présentée par Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, « La chanson de Frédéric Fromet » portait sur l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Depuis, l’Observatoire de la Christianophobie a notamment relevé la chose, au milieu d’un silence médiatique total. Rappelons que France Inter, appartenant au groupe Radio France, est une radio du service public détenue à 100 % par l’État français et financée en grande partie par la redevance audiovisuelle. (…) À noter que dans cette séquence, la carte de « l’humour » cathophobe est jouée au maximum puisque Frédéric Fromet présente son « œuvre » du jour en ces termes : « L’incendie de Notre-Dame de Paris, c’est quand même du pain bénit. » De quoi susciter les ricanements de l’assistance, une voix féminine ironisant ensuite : « Oh, un Vendredi saint, mon Dieu ! » Délits d’images
This feature is proving that a fully covered hijab wearing model can confidently stand alongside a beautiful woman in a revealing bikini and together they can celebrate one another, cheer each other on, and champion each other’s successes. Young Muslim women need to know that there is a modest swimsuit option available to them so they can join the swim team, participate in swim class at school, and go with their friends to the beach. Muslim girls should feel confident taking that step and doing so comfortably while wearing a burkini. SI Swimsuit has been at the forefront of changing the narrative and conversation on social issues and preconceived notions. I’m hoping this specific feature will open doors up for my Somali community, Muslim community, refugee community, and any other community that can relate to being different. Halima Aden
La mannequin et activiste musulmane entre dans l’histoire avec ses débuts pour le magazine Sports Illustrated Swimsuit. Sports Illustrated Swimsuit continue de prôner la différence dans l’industrie de la mode. Et le nouveau numéro de 2019 est le plus diversifié de tous les temps. La mannequin et activiste américano-somalienne Halima Aden fait ses débuts pour le magazine. Il s’agit de la première fois qu’un mannequin pose avec un hijab et un burkini pour les pages de SI qui sont, habituellement très sexy et où les mannequins sont très dénudés. Halima Aden est née dans un camp de réfugiés au Kenya, où elle a vécu jusqu’à l’âge de sept ans avant de déménager aux États-Unis, elle est retournée dans son pays de naissance pour le shooting de Sport Illustrated pris par le photographe Yu Tsai. « Je n’arrête pas de penser à moi, âgé de six ans, qui vivait dans un camp de réfugiés dans ce même pays », a déclaré Halima Aden, 21 ans, à SI lors de son interview. « Donc, grandir pour vivre le rêve américain et revenir au Kenya pour un magazine de mode dans les plus belles régions du pays, je ne pense pas que ce soit une histoire que quiconque puisse inventer » a-t-elle déclaré émue. Halima a été la première femme à porter un hijab au concours de Miss Minnesota, aux États-Unis, où elle s’est classée demi-finaliste et la première à porter un burkini pour la compétition de maillot de bain… Ce qui lui a valu un contrat avec IMG Models. Peu de temps après, Halima Aden a fait ses débuts sur le podium lors de la Fashion Week de New York à l’automne 2017 en tant que modèle pour le show de la saison 5 de la marque de Kanye West. Public
In a controversial move, Sports Illustrated has unveiled photos of its first ever Baptist swimsuit model, pictured in a floor-length denim skirt, modest collared blouse, and no makeup or jewelry whatsoever, other than her purity ring. The « hot » photoshoot includes pictures of the woman lying on the beach, rolling around in the water, and reading Passion and Purity on the beach in sexy poses, all while completely covered up. Christians quickly praised the decision. « We are glad SI finally sees the value of modesty, » one leading evangelical said. « A woman mostly covered from head to toe is a great precedent to set, and we hope more models going forward will be dressed this modestly. » The woman, Becky Grace-Charity-Faith Benson, said she’s proud to represent her Baptist religious heritage. « It’s important for young Christian girls to see that beauty isn’t just being skinny or wearing b*kinis—it’s wearing a comfy pair of sneaks, a long, denim skirt you made at home, or a modest one-piece bathing suit under a swim shirt and long, flowy swim skirt. » Babylon bee
We are all cartoonists now. Antonio Branco
It’s time for the west to wake up to this kind of thing and stop appeasing radical Islam. Antonio Branco
I’m a fan of Twitter, I’m a fan of a president that talks directly to the people. Antonio Branco
Out of respect to our readers we have avoided those we felt were offensive. Many Muslims consider publishing images of their prophet innately offensive and we have refrained from doing so. Dean Baquet (NYT)
Selon les standards du Times, nous ne publions pas d’images ou d’autres matériaux offensant délibérément les sensibilités religieuses. Après concertation, les journalistes du Times ont décidé que décrire les caricatures en question donnerait suffisamment d’informations pour comprendre l’histoire. NYT
The Times published an appalling political cartoon in the opinion pages of its international print edition late last week. It portrayed Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel as a dog wearing a Star of David on a collar. He was leading President Trump, drawn as a blind man wearing a skullcap. The cartoon was chosen from a syndication service by a production editor who did not recognize its anti-Semitism. Yet however it came to be published, the appearance of such an obviously bigoted cartoon in a mainstream publication is evidence of a profound danger — not only of anti-Semitism but of numbness to its creep, to the insidious way this ancient, enduring prejudice is once again working itself into public view and common conversation. Anti-Semitic imagery is particularly dangerous now. The number of assaults against American Jews more than doubled from 2017 to 2018, rising to 39, according to a report released Tuesday by the Anti-Defamation League. On Saturday, a gunman opened fire during Passover services at a synagogue in San Diego County, killing one person and injuring three, allegedly after he posted in an online manifesto that he wanted to murder Jews. For decades, most American Jews felt safe to practice their religion, but now they pass through metal detectors to enter synagogues and schools. Jews face even greater hostility and danger in Europe, where the cartoon was created. In Britain, one of several members of Parliament who resigned from the Labour Party in February said that the party had become “institutionally anti-Semitic.” In France and Belgium, Jews have been the targets of terrorist attacks by Muslim extremists. Across Europe, right-wing parties with long histories of anti-Semitic rhetoric are gaining political strength. This is also a period of rising criticism of Israel, much of it directed at the rightward drift of its own government and some of it even questioning Israel’s very foundation as a Jewish state. We have been and remain stalwart supporters of Israel, and believe that good-faith criticism should work to strengthen it over the long term by helping it stay true to its democratic values. But anti-Zionism can clearly serve as a cover for anti-Semitism — and some criticism of Israel, as the cartoon demonstrated, is couched openly in anti-Semitic terms. The responsibility for acts of hatred rests on the shoulders of the proponents and perpetrators. But history teaches that the rise of extremism requires the acquiescence of broader society. As anti-Semitism has surged from the internet into the streets, President Trump has done too little to rouse the national conscience against it. Though he condemned the cartoon in The Times, he has failed to speak out against anti-Semitic groups like the white nationalists who marched in Charlottesville, Va., in 2017 chanting, “Jews will not replace us.” He has practiced a politics of intolerance for diversity, and attacks on some minority groups threaten the safety of every minority group. (…) A particularly frightening, and also historically resonant, aspect of the rise of anti-Semitism in recent years is that it has come from both the right and left sides of the political spectrum. Both right-wing and left-wing politicians have traded in incendiary tropes, like the ideas that Jews secretly control the financial system or politicians. (…) In the 1930s and the 1940s, The Times was largely silent as anti-Semitism rose up and bathed the world in blood. That failure still haunts this newspaper. Now, rightly, The Times has declared itself “deeply sorry” for the cartoon and called it “unacceptable.” Apologies are important, but the deeper obligation of The Times is to focus on leading through unblinking journalism and the clear editorial expression of its values. Society in recent years has shown healthy signs of increased sensitivity to other forms of bigotry, yet somehow anti-Semitism can often still be dismissed as a disease gnawing only at the fringes of society. That is a dangerous mistake. As recent events have shown, it is a very mainstream problem. The NYT Editorial Board
During the 2016 campaign, Donald J. Trump’s second campaign chairman, Paul Manafort, had regular communications with his longtime associate — a former Russian military translator in Kiev who has been investigated in Ukraine on suspicion of being a Russian intelligence agent. At the Republican National Convention in July, J. D. Gordon, a former Pentagon official on Mr. Trump’s national security team, met with the Russian ambassador, Sergey Kislyak, at a time when Mr. Gordon was helping keep hawkish language on Russia’s conflict with Ukraine out of the party’s platform. And Jason Greenblatt, a former Trump Organization lawyer and now a special representative for international negotiations at the White House, met last summer with Rabbi Berel Lazar, the chief rabbi of Russia and an ally of Russia’s president, Vladimir V. Putin. In a Washington atmosphere supercharged by the finding of the intelligence agencies that Mr. Putin tried to steer the election to Mr. Trump, as well as continuing F.B.I. and congressional investigations, a growing list of Russian contacts with Mr. Trump’s associates is getting intense and skeptical scrutiny. (…) In fact, vigorous reporting by multiple news media organizations is turning up multiple contacts between Trump associates and Russians who serve in or are close to Mr. Putin’s government. There have been courtesy calls, policy discussions and business contacts, though nothing has emerged publicly indicating anything more sinister. A dossier of allegations on Trump-Russia contacts, compiled by a former British intelligence agent for Mr. Trump’s political opponents, includes unproven claims that his aides collaborated in Russia’s hacking of Democratic targets. Current and former American officials have said that phone records and intercepted calls show that members of Mr. Trump’s 2016 presidential campaign and other Trump associates had repeated contacts with senior Russian intelligence officials in the year before the election. (…) Rabbi Lazar, who has condemned critics of Mr. Putin’s actions in Ukraine, is the leader of the Hasidic Chabad-Lubavitch group in Russia, where it is a powerful organization running dozens of schools and offering social services across the country, while maintaining links to a lucrative financial donor network. Mr. Greenblatt, who handled outreach to Jews for the campaign, said that Rabbi Lazar was one of several Chabad leaders he had met during the campaign. He said the two men did not discuss broader United States-Russia relations and called the meeting “probably less than useful.” Rabbi Lazar said they had spoken about anti-Semitism in Russia, Russian Jews in Israel and Russian society in general. While he meets with Mr. Putin once or twice a year, he said, he never discussed his meeting with Mr. Greenblatt with Kremlin officials. The NYT
Starting in 1999, Putin enlisted two of his closest confidants, the oligarchs Lev Leviev and Roman Abramovich, who would go on to become Chabad’s biggest patrons worldwide, to create the Federation of Jewish Communities of Russia under the leadership of Chabad rabbi Berel Lazar, who would come to be known as “Putin’s rabbi.” A few years later, Trump would seek out Russian projects and capital by joining forces with a partnership called Bayrock-Sapir, led by Soviet emigres Tevfik Arif, Felix Sater and Tamir Sapir—who maintain close ties to Chabad. The company’s ventures would lead to multiple lawsuits alleging fraud and a criminal investigation of a condo project in Manhattan. Meanwhile, the links between Trump and Chabad kept piling up. (…) With the help of this trans-Atlantic diaspora and some globetrotting real estate moguls, Trump Tower and Moscow’s Red Square can feel at times like part of the same tight-knit neighborhood. Now, with Trump in the Oval Office having proclaimed his desire to reorient the global order around improved U.S. relations with Putin’s government—and as the FBI probes the possibility of improper coordination between Trump associates and the Kremlin—that small world has suddenly taken on outsize importance. Founded in Lithuania in 1775, the Chabad-Lubavitch movement today has adherents numbering in the five, or perhaps six, figures. What the movement lacks in numbers it makes up for in enthusiasm, as it is known for practicing a particularly joyous form of Judaism. (…) Despite its small size, Chabad has grown to become the most sprawling Jewish institution in the world, with a presence in over 1,000 far-flung cities, including locales like Kathmandu and Hanoi with few full-time Jewish residents. (…) Chabad followers are also, according to Klein, “remarkable” fundraisers.(…) The Putin-Chabad alliance has reaped benefits for both sides. (…) With Washington abuzz about the FBI’s counterintelligence investigation of Trump world’s relationship with Putin’s Kremlin, their overlapping networks remain the object of much scrutiny and fascination. (…) To those unfamiliar with Russian politics, Trump’s world and Hasidic Judaism, all these Chabad links can appear confounding. Others simply greet them with a shrug. “The interconnectedness of the Jewish world through Chabad is not surprising insofar as it’s one of the main Jewish players,” said Boteach. “I would assume that the world of New York real estate isn’t that huge either.”Politico
The past several days have left many Jews in the United States feeling shell-shocked. Attacks against them seem to be coming from all quarters. First, on Thursday, the New York Times’ International Edition published a stunningly antisemitic cartoon on its op-ed page. It portrayed a blind President Donald Trump wearing the garb of an ultra-Orthodox Jew, replete with a black suit and a black yarmulke, with the blackened sunglasses of a blind man being led by a seeing-eye dog with Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s face. If the message – that Jewish dogs are leading the blind American by the nose — wasn’t clear enough, the Netanyahu dog was wearing a collar with a Star of David medallion, just to make the point unmistakable. Under a torrent of criticism, after first refusing to apologize for the cartoon, which it removed from its online edition, the Times issued an acknowledment on Sunday, but has taken no action against the editors responsible. Two days after the Times published its hateful cartoon, Jews at the Chabad House synagogue in Poway, outside San Diego, were attacked by a rifle-bearing white supremacist as they prayed. (…) On the face of things, there is no meaningful connection between the Times’ cartoon and the Poway attack. In his online manifesto, Earnest presented himself as a Nazi in the mold of Robert Bowers, the white supremacist who massacred 11 Jews at the Tree of Life Synagogue last October. The New York Times, on the other hand, is outspoken in its hatred of white supremacists whom it associates with President Donald Trump, the paper’s archenemy. On the surface, the two schools of Jew hatred share no common ground. But a serious consideration of the Times’ anti-Jewish propaganda leads to the opposite conclusion. The New York Times — as an institution that propagates anti-Jewish messages, narratives, and demonizations — is deeply tied to the rise in white supremacist violence against Jews. This is the case for several reasons. First, as Seth Franzman of the Jerusalem Post pointed out, Bowers and Earnest share two hatreds – for Jews and for Trump. Both men hate Trump, whom they view as a friend of the Jews. Earnest referred to Trump as “That Zionist, Jew-loving, anti-White, traitorous c**ks****er.” Bowers wrote that he opposed Trump because he is supposedly surrounded by Jews, whom Bowers called an “infestation” in the White House. The New York Times also hates Trump. And like Bowers and Earnest, it promotes the notion in both news stories and editorials that Trump’s support for Israel harms U.S. interests to benefit avaricious Jews. In 2017, just as the Russia collusion narrative was taking hold, Politico spun an antisemitic conspiracy theory that placed Chabad at the center of the nefarious scheme in which Russian President Vladimir Putin connived with Trump to steal the election from Democratic nominee Hillary Clinton. (…) The story, titled “The Happy-Go-Lucky Jewish Group that Connects Trump and Putin,” claimed that Russia’s Chief Rabbi Berel Lazar, who is Chabad’s senior representative there, served as an intermediary between Putin and Trum-p. He did this, Politico alleged, through his close ties to Chabad rabbis in the United States who have longstanding ties to Trump. (…) In other words, the antisemitic Chabad conspiracy theory laid out by Politico, which slanderously placed Chabad at the center of a nefarious plot to steal the U.S. presidency for Trump, was first proposed by the New York Times. The Times is well known for its hostility towards Israel. But that hostility is never limited to Israel itself. It also encompasses Jewish Americans who support Israel. For instance, in a 11,000 word “analysis” of the antisemitic “boycott, divestment, sanctions” (BDS) movement published in late March, the Times effectively delegitimized all Jewish support for Israel. (…) Last week the Times erroneously claimed that Jesus was a Palestinian. The falsehood was picked up by antisemitic Rep. Ilhan Omar (D-MN). The Times waited a week to issue a correction. (…) In an op-ed following the cartoon’s publication, the Times’ in-house NeverTrump pro-Israel columnist Bret Stephens at once condemned the cartoon and the paper’s easy-breezy relationship with antisemitism, and minimized the role that antisemitism plays at the New York Times. Stephens attributed the decision to publish the cartoon in the New York Times international edition to the small staff in the paper’s Paris office and insisted that “the charge that the institution [i.e., the Times] is in any way antisemitic is a calumny.” (…) Stephens tried to minimize the Times’ power to influence the public discourse in the U.S. by placing its antisemitic reporting in the context of a larger phenomenon. But the fact is that while the New York Times has long since ceased serving as the “paper of record” for anyone not on the political left in America, it is still the most powerful news organization in the United States, and arguably in the world. The Times has the power to set the terms of the discourse on every subject it touches. Politico felt it was reasonable to allege a Jewish world conspiracy run by Chabad that linked Putin with Trump because, as Haberman suggested, the Times had invented the preposterous, bigoted theory three weeks earlier. New York University felt comfortable giving a prestigious award to the Hamas-linked antisemitic group Students for Justice in Palestine last week because the Times promotes its harassment campaign against Jewish students. (…) It has co-opted of the discourse on antisemitism in a manner that sanitizes the paper and its followers from allegations of being part of the problem. It has led the charge in reducing the acceptable discourse on antisemitism to a discussion of right wing antisemitism. Led by reporter Jonathan Weisman, with able assists from Weiss and Stephens, the Times has pushed the view that the most dangerous antisemites in America are Trump supporters. The basis of this slander is the false claim that Trump referred to the neo-Nazis who protested in Charlottesville in August 2017 as “very fine people.” As Breitbart’s Joel Pollak noted, Trump specifically singled out the neo-Nazis for condemnation and said merely that the protesters at the scene who simply wanted the statue of Robert E. Lee preserved (and those who peacefully opposed them) were decent people. The Times has used this falsehood as a means to project the view that hatred of Jews begins with Trump – arguably the most pro-Jewish president in U.S. history, goes through the Republican Party, which has actively defended Jews in the face of Democratic bigotry, and ends with his supporters. By attributing an imaginary hostility against Jews to Trump, Republicans, and Trump supporters, the Times has effectively given carte blanche to itself, the Democrats, and its fellow Trump-hating antisemites to promote Jew-hatred. John Earnest and Robert Bowers were not ordered to enter synagogues and massacre Jews by the editors of the New York Times. But their decisions to do so was made in an environment of hatred for Jews that the Times promotes every day. Following the Bowers massacre of Jewish worshippers at the Tree of Life Synagogue in Pittsburgh, the New York Times and its Trump-hating columnists blamed Trump for Bowers’s action. Not only was this a slander. It was also pure projection. Caroline Glick
À la suite d’un torrent de protestations, la direction du grand quotidien libéral a reconnu que sa caricature reprenait les clichés antisémites d’usage et a présenté ses regrets. Mais il est difficile pour autant, pour un observateur qui scrute depuis longtemps les relations judéo-américaines, de passer cet incident en pures pertes et profits. Pour différentes raisons qui se conjuguent dangereusement. Mais un mot tout d’abord sur la caricature. En dépit de l’amende honorable versée sans barguigner par le journal lui-même, certains esprits forts discutent l’aspect antisémite du dessin incriminé. J’ai cru remarquer qu’il s’agissait souvent d’antiracistes de gauche vétilleux qui sourcillent dès lors que, par exemple, on ne partage pas avec eux extatiquement le même enthousiasme pour le phénomène migratoire massif et souvent illégal. Au demeurant, le New York Times lui-même n’est pas le dernier à se proposer pour donner à autrui des leçons d’antiracisme qu’il n’a pas réclamées. Nous mettrons bien évidemment leurs contestations sur le compte de leur ignorance de l’histoire de l’antisémitisme plutôt que sur celui d’une improbable mauvaise foi. Tout d’abord, l’animalisation du Juif est un grand classique. Mais au-delà même de cet antisémitisme de facture assez classique, ce méchant dessin s’insère dans un contexte contemporain anglo-saxon de gauche fort dégradé. Il convient de comprendre que parallèlement à un conflit interne au parti travailliste britannique qui reproche, preuves à l’appui, à Jeremy Corbyn un antisémitisme caricatural (lui-même ayant reconnu un problème au sein du Labour), le parti Démocrate américain est déchiré. En cause, de nouvelles représentantes d’origine islamique ou immigrée qui multiplient les dérapages. La plus emblématique étant pour l’heure ilhan Omar, d’origine somalienne, qui enchaînent en spirales les provocations suivies d’excuses. L’un de ses griefs consistant notamment à reprocher aux politiciens juifs une double et déloyale allégeance en faveur de l’état Juif. Les réactions de l’appareil démocrate ordinairement antiraciste, se caractérisant ici par une manière de déploration paternaliste. C’est donc bien dans ce cadre général et particulier qu’il convenait d’analyser pourquoi cette caricature tombait mal, pour le journal libéral comme pour la gauche américaine en proie à ses nouveaux vieux démons, comme pour les juifs américains traditionnellement et majoritairement démocrates. Gilles-William Goldnadel
You thought that Congresswoman Ilhan Omar’s comments about foreign loyalty or “Benjamins” were problematic. The International Edition of the Times just said: “Let me show you what we can do,” with a cartoon of a yarmulke-wearing, blind US President Donald Trump being led by a dog with a Star of David collar and Prime Minister Benjamin Netanyahu’s face for a head. (…) It used to be that we were told that Trump was fostering “Trump antisemitism” and driving a new wave of antisemitism in the US. But the cartoon depicts him as a Jew. Well, which is it? Is he fostering antisemitism, or is he now a closet Jew being led by Israel, depicted as a Jewish dog? We used to say that images “conjured up memories” of 1930s antisemitism. This didn’t conjure it up; this showed us exactly what it looked like. The Nazis also depicted us as animals. They also put Stars of David on us. Antisemites have compared us to dogs, pigs and monkeys before. It used to be that it was on the far-Right that Jews were depicted as controlling the world, like an octopus or a spider. But now we see how mainstream it has become to blame the Jews and Israel for the world’s problems. There isn’t just one problem with this cartoon. There are numerous problems. Problem one is putting a yarmulke on the US president in a negative way. What is being said there? That he is secretly a Jew. Then making him blind, and having him led by Israel. That implies Israel controls US policy or controls America. Problem two: they put a dog leash with a Star of David, which is antisemitic in multiple ways. Problems three and four. You’d think that after the Holocaust, any use of the Star of David would automatically raise questions in a newsroom. But no. Then they put the Israeli prime minister’s face on a dog. On a dog. Problem number five. So this cartoon wasn’t just mildly antisemitic. It wasn’t like “whoops.” It was deeply antisemitic. The New York Times acknowledged this in a kind of pathetic way. They admitted that the cartoon “included antisemitic tropes.” It then noted, “The image was offensive and it was an error of judgement to publish it.” This should be a defining moment. It is a defining moment because one of America’s most prestigious newspapers did this, not some small town newspaper somewhere. That it was in the International Edition doesn’t make it any less harmful. In fact, it shows America’s face to the world and gives a quiet signal to other antisemites. How can we demand that there be zero tolerance for antisemitism and antisemitic tropes when this happens? Jerusalem Post
A dog with a Jewish star around its neck and the face of a Jewish leader, leading a blind, yarmulke-wearing U.S. President would be standard fare for the notorious Nazi newspaper Der Sturmer, and for its modern descendants. Unfortunately the New York Times must now be counted among those descendants. Just days after the Times published an op-ed falsely claiming Jesus was a Palestinian, the New York Times International Edition placed this cartoon on their op-ed page, depicting Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu as a dog leading a blind U.S. President Donald Trump: The cartoon is by the award-winning (aren’t they all) Portuguese cartoonist Antonio Antunes Moreira, and was distributed by the New York Times News Service and Syndicate. After a wave of criticism – perhaps among the earliest was a tweet from the left wing site Jewish Worker – the Times removed the image and tweeted this statement: A political cartoon in the international print edition of The New York Times on Thursday, included anti-Semitic tropes, depicting the Prime Minister of Israel as a guide dog with a Star of David collar leading the President of the United States, shown wearing a skullcap. The image was offensive, and it was an error of judgement to publish it. It was provided by the New York Times News Service and Syndicate, which has since deleted it. Some have termed this an apology – it is not, it is cold-blooded and at best descriptive. Neither the word apology nor any synonym for apology is employed, and there is nothing about accountability or further steps the Times will take to make sure nothing like this ever happens again. This did not happen in a vacuum, but there is nothing about the responsible editor or editors being fired, or even disciplined. There is nothing about no longer accepting or distributing cartoons from the cartoonist Antonio, who has previously used religious symbols in an offensive way. For example, in the cartoon below the Jewish Star of David is represented as controlling the United States, and a crescent moon often associated with Islam is linked with dynamite. Both the Jewish Star and the crescent are seemingly bloody. Camera
Imagine if the New York Times cartoon that depicted Israel’s Prime Minister as a dog had, instead, depicted the leader of another ethnic or gender group in a similar manner? If you think that is hard to imagine that you are absolutely right. It would be inconceivable for a Times editor to have allowed the portrayal of a Muslim leader as a dog; or the leader of any other ethnic or gender group in so dehumanizing a manner. What is it then about Jews that allowed such a degrading cartoon about one of its leaders? One would think that in light of the history of the Holocaust, which is being commemorated this week, the last group that a main stream newspaper would demonize by employing a caricature right out of the Nazi playbook, would be the Jews. But, no. Only three quarters of a century after Der Stürmer incentivized the mass murder of Jews by dehumanizing them we see a revival of such bigoted caricatures. The New York Times should be especially sensitive to this issue, because they were on the wrong side of history when it came to reporting the Holocaust. They deliberately buried the story because their Jewish owners wanted to distance themselves from Jewish concerns. They were also on the wrong side of history when it came to the establishment of the nation state of the Jewish people, following the holocaust. When it comes to Jews and Israel, the New York Times is still on the wrong side of history. I am a strong believer in freedom of speech and the New York Times has a right to continue its biased reporting and editorializing. But despite my support for freedom of speech, I am attending a protest in front of the New York Times this afternoon to express my freedom of speech against how the New York Times has chosen to exercise its. There is no inconsistency in defending the right to express bigotry and at the same time protesting that bigotry. When I defended the rights of Communists and Nazis to express their venomous philosophies, I also insisted on expressing my contempt for their philosophy. I did the same when I defended the rights of Palestinian students to fly the Palestinian flag in commemoration of the death of Arafat. I went out of my way to defend the right of students to express their support of this mass murder. But I also went out of my way to condemn Arafat and those who support him and praise his memory. I do not believe in free speech for me, but not for thee. But I do believe in condemning those who hide behind the First Amendment to express anti-Semitic, anti-Muslim, homophobic, sexist or racist views. Nor is the publication of this anti-Semitic cartoon a one-off. For years now, the New York Times op-ed pages have been one-sidedly anti-Israel. Its reporting has often been provably false, and all the errors tend to favor Israel’s enemies. Most recently, the New York Times published an op-ed declaring, on Easter Sunday, that the crucified Jesus was probably a Palestinian. How absurd. How preposterous. How predictable. In recent years, it has become more and more difficult to distinguish between the reporting of the New York Times and their editorializing. Sometimes its editors hide behind the euphemism « news analysis, » when allowing personal opinions to be published on the front page. More recently, they haven’t even bothered to offer any cover. The reporting itself, as repeatedly demonstrated by the Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America (CAMERA), has been filled with anti-Israel errors. The publishers of the New York Times owe its readers a responsibility to probe deeply into this bias and to assume responsibility for making the Times earn its title as the newspaper of record. Any comparison between the reporting of the New York Times and that of the Wall Street Journal when it comes to the Middle East would give the New York Times a failing grade. Having said this, I do not support a boycott of the New York Times. Let readers decide for themselves whether they want to read its biased reporting. I, for one, will continue to read the New York Times with a critical eye, because it is important to know what disinformation readers are getting and how to challenge that disinformation in the marketplace of ideas. So I am off to stand in protest of the New York Times, while defending its right to be wrong. That is what the First Amendment is all about. Finally, there is some good news. One traditional anti-Semitic trope is that « the Jews control the media. » People who peddle this nonsense, often point to the New York Times, which is, in fact, published by a prominent Jewish family, the Sulzbergers. Anyone who reads the New York Times will immediately see the lie in this bigoted claim: Yes, the New York Times has long been controlled by a Jewish family. But this Jewish family is far from being supportive of Jewish values, the nation state of the Jewish people or Jewish sensibilities. If anything, it has used its Jewishness as an excuse to say about Jews and do to Jews what no mainstream newspaper, not owned by Jews, would ever do. Alan M. Dershowitz
As prejudices go, anti-Semitism can sometimes be hard to pin down, but on Thursday the opinion pages of The New York Times international edition provided a textbook illustration of it. Except that The Times wasn’t explaining anti-Semitism. It was purveying it. It did so in the form of a cartoon, provided to the newspaper by a wire service and published directly above an unrelated column by Tom Friedman, in which a guide dog with a prideful countenance and the face of Benjamin Netanyahu leads a blind, fat Donald Trump wearing dark glasses and a black yarmulke. Lest there be any doubt as to the identity of the dog-man, it wears a collar from which hangs a Star of David. Here was an image that, in another age, might have been published in the pages of Der Stürmer. The Jew in the form of a dog. The small but wily Jew leading the dumb and trusting American. The hated Trump being Judaized with a skullcap. The nominal servant acting as the true master. The cartoon checked so many anti-Semitic boxes that the only thing missing was a dollar sign. The problem with the cartoon isn’t that its publication was a willful act of anti-Semitism. It wasn’t. The problem is that its publication was an astonishing act of ignorance of anti-Semitism — and that, at a publication that is otherwise hyper-alert to nearly every conceivable expression of prejudice, from mansplaining to racial microaggressions to transphobia. Imagine, for instance, if the dog on a leash in the image hadn’t been the Israeli prime minister but instead a prominent woman such as Nancy Pelosi, a person of color such as John Lewis, or a Muslim such as Ilhan Omar. Would that have gone unnoticed by either the wire service that provides the Times with images or the editor who, even if he were working in haste, selected it? The question answers itself. And it raises a follow-on: How have even the most blatant expressions of anti-Semitism become almost undetectable to editors who think it’s part of their job to stand up to bigotry? The reason is the almost torrential criticism of Israel and the mainstreaming of anti-Zionism, including by this paper, which has become so common that people have been desensitized to its inherent bigotry. So long as anti-Semitic arguments or images are framed, however speciously, as commentary about Israel, there will be a tendency to view them as a form of political opinion, not ethnic prejudice. But as I noted in a Sunday Review essay in February, anti-Zionism is all but indistinguishable from anti-Semitism in practice and often in intent, however much progressives try to deny this. Add to the mix the media’s routine demonization of Netanyahu, and it is easy to see how the cartoon came to be drawn and published: Already depicted as a malevolent Jewish leader, it’s just a short step to depict him as a malevolent Jew. The paper (…) owes itself some serious reflection as to how its publication came, to many longtime readers, as a shock but not a surprise. Bret L. Stephens
António Antunes a publié ses premiers dessins animés dans le quotidien de Lisbonne« République » en mars 1974. Plus tard cette année, il a rejoint l’hebdomadaire « Expresso » où il continue de publier ses œuvres. Il a reçu différents prix dont le Grand Prix du 20e Salon of Cartoons (Montréal, Canada, 1983), Le 1er prix pour Cartoon Editorial du 23ème International Salon of Cartoons (Montréal, Canada, 1986), Grand Prix D’honneur 15e Festival du Dessin Humoristique (Anglet, France, 1993), Prix ​​d’excellence – Best Newspaper Design, SND – Stockholm, Suède (1995) Premio Internazionale Satira Politica (ex-aequo, Forte Dei Marmi, Italie, 2002), Grand Prix Stuart Carvalhais (Lisbonne, Portugal, 2005) et le Prix International Presse (Saint-Just-le-Martel, France, 2010). Il a organisé des expositions individuelles au Portugal, en France, en Espagne, au Brésil, en Allemagne et au Luxembourg. Il a été membre du jury à différents Salons de Dessin d’Humour au Portugal, au Brésil, en Grèce, en Italie, en Serbie et en Turquie. António est se dédie aussi au design graphique, à la sculpture, aux médailles et il est l’auteur de l’animation plastique de la station de métro Airport de Lisbonne, ouverte en 2012, mettant en vedette des caricatures de personnalités de premier plan dans la ville, réalisées en pierre inserée. Il est président du jury de World Press Cartoon, le Salon dont il est le directeur depuis sa fondation en 2005. Festival International de la caricature, du dessin de presse et d’humour
When the international version of the NY Times decided to publish an anti-Semitic cartoon by the Portuguese cartoonist Antonio Moreira Antunes, it was just following a long-established European post-WWII tradition. Antunes has been in the anti-Semitic image business for decades, and won an award in 1983 for his appropriation of a Warsaw ghetto photo, changing the victim of Nazis into a Palestinian victim of Israeli Jews. For this, Antunes received the top prize at the 20th International Salon of Cartoons in Montreal. So that’s the identity and history of the cartoonist who drew the more recent cartoon with Trump as a blind Jew being led by the dachshund Jew Netanyahu. So far, though, the Times hasn’t seen fit to name the person or persons who decided to publish the Trump/Netanyahu cartoon in their paper. But my guess is that this person or people who made the call is/are European as well—or, if American, has/have lived a long time abroad. To Europeans, that cartoon would likely be considered ho-hum, just business as usual—or maybe even worthy of a prize or two. They have lost the ability to see what the cartoon looks like to others because they are so used to what’s being expressed here that it’s become mainstream. It’s not as though any of this is new in Europe, although it may be somewhat new for the NY Times (even the international version) to publish this sort of thing. Prior to doing the research for this post, I had never heard of Antunes’ reworking of the Warsaw ghetto image. But for me, that blind-Trump/dachshund-Netanyahu cartoon had already conjured up the memory of another cartoon, one that had appeared in the British newspaper The Independent and was drawn by the British political cartoonist Dave Brown. (…) Ariel Sharon is naked, except for that little Likud rosette instead of a fig leaf. Not a kippah or a Jewish star in sight. So that makes the blood libel perfectly okay, apparently. In fact, the cartoon was so highly thought of that it was awarded the 2003 first prize by the British Political Cartoon Society. (…) If you think about it, it’s a wonder that the international NY Times took so long to get with the program. Legal insurrection

Attention: une normalisation de la déviance peut en cacher une autre !

En cette nouvelle Fête du travail ….

Véritable institutionnalisation, de la première bombe anarchiste de Haymarket square aux actuelles déprédations des black blocs, de la violence politique …

Pendant qu’après l’élection au Congrès de la première députée voilée explicitement antisémite, nos médias nous présentent comme nouvelle avancée historique la burkinisation d’un des modèles du numéro spécial maillots du magazine sportif américain Sports illustrated

Comment ne pas voir …

La publication, dans les pages internationales (et parisiennes) d’un quotidien qui avait refusé la moindre caricature de Mahomet ou de Charlie hebdo …

Et entre une descente en règle de la politique israélienne, la dénonciation de la prétendue collusion de Trump avec la Russie via « son rabbin » et la palestinisation de Jésus lui-même …

D’une caricature antisémite, deux jours avant une nouvelle fusillade dans une synagogue, digne des plus beaux jours de der Sturmer ou de Je suis partout …

Comme un nouveau cas, excuses ou pas, à l’instar de ce qui arrive actuellement tant aux travaillistes britanniques qu’aux démocrates américains …

De la « normalisation de la déviance » ou de la « normalité rampante » si bien décrits par les sociologue et historien des catastrophes spatiales (Diane Vaughan) ou écologiques (Jared Diamond) …

rejoignant entre le détournement de la photo du ghetto de Varsovie ou un Sharon dévoreur d’enfants …

Une désormais longue et dûment primée, sauf très rares exceptions, tradition européenne

La tolérance croissante à toute une série de petites entorses à la déontologie génère imperceptiblement une véritable culture d’entreprise de l’antisionisme

Et derrière la banalisation de l’antisémitisme qui s’ensuit …

Sans parler bien sûr de l’antichristianisme de rigueur

Aboutit presque inévitablement au type de  fiasco actuel ?

The New York Times and the European vogue for anti-Semitic cartoons
For decades European anti-Semitic cartoons have won international prizes
New Neo
Legal insurrection
April 30, 2019

When the international version of the NY Times decided to publish an anti-Semitic cartoon by the Portuguese cartoonist Antonio Moreira Antunes, it was just following a long-established European post-WWII tradition. Antunes has been in the anti-Semitic image business for decades, and won an award in 1983 for his appropriation of a Warsaw ghetto photo, changing the victim of Nazis into a Palestinian victim of Israeli Jews. For this, Antunes received the top prize at the 20th International Salon of Cartoons in Montreal.

So that’s the identity and history of the cartoonist who drew the more recent cartoon with Trump as a blind Jew being led by the dachshund Jew Netanyahu. So far, though, the Times hasn’t seen fit to name the person or persons who decided to publish the Trump/Netanyahu cartoon in their paper. But my guess is that this person or people who made the call is/are European as well—or, if American, has/have lived a long time abroad.

To Europeans, that cartoon would likely be considered ho-hum, just business as usual—or maybe even worthy of a prize or two. They have lost the ability to see what the cartoon looks like to others because they are so used to what’s being expressed here that it’s become mainstream.

It’s not as though any of this is new in Europe, although it may be somewhat new for the NY Times (even the international version) to publish this sort of thing. Prior to doing the research for this post, I had never heard of Antunes’ reworking of the Warsaw ghetto image. But for me, that blind-Trump/dachshund-Netanyahu cartoon had already conjured up the memory of another cartoon, one that had appeared in the British newspaper The Independent and was drawn by the British political cartoonist Dave Brown.

It was early in 2003, during the Second Intifada, when Palestinians had been deliberately targeting and blowing up Israelis civilians (including Israeli children) at a rapid clip for three years. The wall had been started but was far from completion at the time the cartoon was published (January of 2003). One would think that if anyone was going to be depicted as deliberate and ghoulish child killers it would be the Palestinians, who not only supported suicide bombers who murdered children but who purposely used their own children as sacrifices, putting them in harm’s way (see also this) to make it more likely that defensive retaliatory measures by the Israelis would result in the inadvertent death of Palestinian children.

But ghoulish Palestinians wasn’t the image Brown was after (and here the reference is to the famous Goya painting “Saturn Devouring His Son“):

See? Ariel Sharon is naked, except for that little Likud rosette instead of a fig leaf. Not a kippah or a Jewish star in sight. So that makes the blood libel perfectly okay, apparently. In fact, the cartoon was so highly thought of that it was awarded the 2003 first prize by the British Political Cartoon Society. In his acceptance speech, “Brown thanked the Israeli Embassy for its angry reaction to the cartoon, which he said had contributed greatly to its publicity.”

If you think about it, it’s a wonder that the international NY Times took so long to get with the program.

Voir aussi:

A Despicable Cartoon in The Times
The paper of record needs to reflect deeply on how it came to publish anti-Semitic propaganda.
NYT
April 28, 2019

As prejudices go, anti-Semitism can sometimes be hard to pin down, but on Thursday the opinion pages of The New York Times international edition provided a textbook illustration of it.

Except that The Times wasn’t explaining anti-Semitism. It was purveying it.

It did so in the form of a cartoon, provided to the newspaper by a wire service and published directly above an unrelated column by Tom Friedman, in which a guide dog with a prideful countenance and the face of Benjamin Netanyahu leads a blind, fat Donald Trump wearing dark glasses and a black yarmulke. Lest there be any doubt as to the identity of the dog-man, it wears a collar from which hangs a Star of David.

Here was an image that, in another age, might have been published in the pages of Der Stürmer. The Jew in the form of a dog. The small but wily Jew leading the dumb and trusting American. The hated Trump being Judaized with a skullcap. The nominal servant acting as the true master. The cartoon checked so many anti-Semitic boxes that the only thing missing was a dollar sign.

The image also had an obvious political message: Namely, that in the current administration, the United States follows wherever Israel wants to go. This is false — consider Israel’s horrified reaction to Trump’s announcement last year that he intended to withdraw U.S. forces from Syria — but it’s beside the point. There are legitimate ways to criticize Trump’s approach to Israel, in pictures as well as words. But there was nothing legitimate about this cartoon.

So what was it doing in The Times?

For some Times readers — or, as often, former readers — the answer is clear: The Times has a longstanding Jewish problem, dating back to World War II, when it mostly buried news about the Holocaust, and continuing into the present day in the form of intensely adversarial coverage of Israel. The criticism goes double when it comes to the editorial pages, whose overall approach toward the Jewish state tends to range, with some notable exceptions, from tut-tutting disappointment to thunderous condemnation.

For these readers, the cartoon would have come like the slip of the tongue that reveals the deeper institutional prejudice. What was long suspected is, at last, revealed.

The real story is a bit different, though not in ways that acquit The Times. The cartoon appeared in the print version of the international edition, which has a limited overseas circulation, a much smaller staff, and far less oversight than the regular edition. Incredibly, the cartoon itself was selected and seen by just one midlevel editor right before the paper went to press.

An initial editor’s note acknowledged that the cartoon “included anti-Semitic tropes,” “was offensive,” and that “it was an error of judgment to publish it.” On Sunday, The Times issued an additional statement saying it was “deeply sorry” for the cartoon and that “significant changes” would be made in terms of internal processes and training.

In other words, the paper’s position is that it is guilty of a serious screw-up but not a cardinal sin. Not quite.

The problem with the cartoon isn’t that its publication was a willful act of anti-Semitism. It wasn’t. The problem is that its publication was an astonishing act of ignorance of anti-Semitism — and that, at a publication that is otherwise hyper-alert to nearly every conceivable expression of prejudice, from mansplaining to racial microaggressions to transphobia.

Imagine, for instance, if the dog on a leash in the image hadn’t been the Israeli prime minister but instead a prominent woman such as Nancy Pelosi, a person of color such as John Lewis, or a Muslim such as Ilhan Omar. Would that have gone unnoticed by either the wire service that provides the Times with images or the editor who, even if he were working in haste, selected it?

The question answers itself. And it raises a follow-on: How have even the most blatant expressions of anti-Semitism become almost undetectable to editors who think it’s part of their job to stand up to bigotry?

The reason is the almost torrential criticism of Israel and the mainstreaming of anti-Zionism, including by this paper, which has become so common that people have been desensitized to its inherent bigotry. So long as anti-Semitic arguments or images are framed, however speciously, as commentary about Israel, there will be a tendency to view them as a form of political opinion, not ethnic prejudice. But as I noted in a Sunday Review essay in February, anti-Zionism is all but indistinguishable from anti-Semitism in practice and often in intent, however much progressives try to deny this.

Add to the mix the media’s routine demonization of Netanyahu, and it is easy to see how the cartoon came to be drawn and published: Already depicted as a malevolent Jewish leader, it’s just a short step to depict him as a malevolent Jew.

I’m writing this column conscious of the fact that it is unusually critical of the newspaper in which it appears, and it is a credit to the paper that it is publishing it. I have now been with The Times for two years and I’m certain that the charge that the institution is in any way anti-Semitic is a calumny.

But the publication of the cartoon isn’t just an “error of judgment,” either. The paper owes the Israeli prime minister an apology. It owes itself some serious reflection as to how it came to publish that cartoon — and how its publication came, to many longtime readers, as a shock but not a surprise.

Bret L. Stephens has been an Opinion columnist with The Times since April 2017. He won a Pulitzer Prize for commentary at The Wall Street Journal in 2013 and was previously editor in chief of The Jerusalem Post.

 Voir également:

New York Times pathetic excuse for printing antisemitic cartoon – opinion
You thought that Congresswoman Ilhan Omar’s comments about foreign loyalty or “Benjamins” were problematic. The International Edition of the New York Times just said “let me show you what we can do.”
Seth J. Frantzman
Jerusalem Post
April 28, 2019

At a time of rising antisemitism, when we have become increasingly exposed to the notion of dog whistles and tropes that are antisemitic, when there is a lively and active debate about this issue in the US, The New York Times International Edition did the equivalent of saying “hold my beer.”

You thought that Congresswoman Ilhan Omar’s comments about foreign loyalty or “Benjamins” were problematic. The International Edition of the Times just said: “Let me show you what we can do,” with a cartoon of a yarmulke-wearing, blind US President Donald Trump being led by a dog with a Star of David collar and Prime Minister Benjamin Netanyahu’s face for a head.
I didn’t believe the cartoon was real when I first saw it. Many of my colleagues didn’t believe it either. I spent all day Saturday trying to track down a hard copy. I phoned friends, I got a PDF of the edition, and even then I didn’t believe it.

I had to see for myself. So I drove to a 24-hour supermarket. There on the newsstand was the April 25 edition. I flipped gingerly through, fearing to see Page 16.

And then I found it. It stared back at me: That horrid image of a blind US President Donald Trump with a yarmulke being led by a dog with the face of Prime Minister Benjamin Netanyahu. Worse, the dog was wearing a Star of David as a collar.

This is what The New York Times thinks of us Israelis. Even if they subsequently said it was an error, they thought it was okay to print a cartoon showing the US president being blindly led by the “Jewish dog”?

And not only that, those who watched as it went to print thought it was fine to put a Jewish skullcap on the US president. Dual loyalty? No need to even wrestle with that question.

It used to be that we were told that Trump was fostering “Trump antisemitism” and driving a new wave of antisemitism in the US. But the cartoon depicts him as a Jew. Well, which is it? Is he fostering antisemitism, or is he now a closet Jew being led by Israel, depicted as a Jewish dog? We used to say that images “conjured up memories” of 1930s antisemitism. This didn’t conjure it up; this showed us exactly what it looked like.

The Nazis also depicted us as animals. They also put Stars of David on us. Antisemites have compared us to dogs, pigs and monkeys before. It used to be that it was on the far-Right that Jews were depicted as controlling the world, like an octopus or a spider.

But now we see how mainstream it has become to blame the Jews and Israel for the world’s problems.

The cartoon comes in the context of numerous similar antisemitic statements and “dog whistles.” In this case it isn’t only “the Jews” but also Israel “leading” the US president. The cartoon is clear as day. It presents the Jews, as symbolized by that Star of David collar, secretly controlling the US president. Trump is being led by Israel, by the Jewish state.

No other country or minority group is subjected to such unrelenting and systematic hatred by mainstream US newspapers. No one would dare to put an Islamic leader’s face on a dog, with Islamic symbols, leading the US president.

Of course not. The editor would stop that.

They’d be sensitive to this issue. They would err on the side of not being offensive. The night editor, the assistant editor or someone would say: “This doesn’t look right.”

Imagine the days when racists tried to depict US president Barack Obama as a closet Muslim. We know the tropes. So why put a yarmulke on Trump’s head? When it comes to Jews and Israel, there is no depth to which they will not sink.

And an apology after the fact isn’t enough.

I know. I’m an Op-ed Editor. When I used to run cartoons in my section, no fewer than four people would see it before it went to print. At the International Edition of The New York Times, it should have been more than four. And they all thought it was fine? What that tells me is that there is a culture of antisemitism somewhere in the newsroom.

THERE ISN’T just one problem with this cartoon. There are numerous problems.

Problem one is putting a yarmulke on the US president in a negative way. What is being said there? That he is secretly a Jew. Then making him blind, and having him led by Israel. That implies Israel controls US policy or controls America.

That is problem two. Then they put a dog leash with a Star of David, which is antisemitic in multiple ways.

Problems three and four. You’d think that after the Holocaust, any use of the Star of David would automatically raise questions in a newsroom.

But no. Then they put the Israeli prime minister’s face on a dog. On a dog. Problem number five.

So this cartoon wasn’t just mildly antisemitic. It wasn’t like “whoops.” It was deeply antisemitic.

The New York Times acknowledged this in a kind of pathetic way. They admitted that the cartoon “included antisemitic tropes.” It then noted, “The image was offensive and it was an error of judgement to publish it.”

That’s not enough. An error of judgment would imply that it was just a kind of mistake. “Tropes” would imply that to some people it is antisemitic, but that it’s not clear as day.

But this is clear as day.

This isn’t like some story of unclear antisemitism. This isn’t a dog whistle. This is a dog. This is antisemitic on numerous levels. It’s time to say no more. It’s time to say “They shall not pass.”

This should be a defining moment. It is a defining moment because one of America’s most prestigious newspapers did this, not some small town newspaper somewhere.

That it was in the International Edition doesn’t make it any less harmful. In fact, it shows America’s face to the world and gives a quiet signal to other antisemites. How can we demand that there be zero tolerance for antisemitism and antisemitic tropes when this happens?

People must speak up against the cartoon fiasco and demand a real accounting. And a real conversation. Not another set of excuses where we all pretend it’s not clearly antisemitism, and it’s not clearly an attack on Jews and “dual loyalty.”

We need to hear contrition and explanations. The public should be included, and The New York Times should listen to how harmful and offensive this was.

Voir encore:

Une caricature antisémite publiée dans le “New York Times” : “un dessin abject”
Le grand quotidien américain s’est excusé pour un dessin représentant Donald Trump et Benyamin Nétanyahou, paru dans son édition internationale. Plus qu’une simple erreur de jugement, dénonce un de ses propres chroniqueurs.
Courrier international
29/04/2019

“Un dessin abject dans le New York Times” : c’est le titre d’une chronique publiée le 28 avril par le New York Times lui-même. Le chroniqueur conservateur Bret Stephens n’hésite pas à critiquer l’institution qui l’emploie pour avoir publié dans son édition internationale une caricature jugée antisémite par de nombreux lecteurs

Ce dessin représente le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, sous l’apparence d’un chien tirant au bout de sa laisse le président américain, Donald Trump. Nétanyahou est affublé d’un collier avec une étoile de David, tandis que Trump porte une kippa et des lunettes noires. “Le Juif sous la forme d’un chien. Le Juif petit mais rusé menant l’Américain naïf et idiot. Trump, cet homme détesté, judaïsé avec une kippa. […] Le dessin était tellement rempli de traits antisémites que tout ce qui manquait, c’était le symbole du dollar”, dénonce le chroniqueur.

La caricature, œuvre du dessinateur portugais António Moreira Antunes, a d’abord été publiée par le journal de Lisbonne Expresso, a précisé le New York Times. D’après le quotidien israélien Jerusalem Post, ce dessinateur aurait déjà été accusé d’antisémitisme dans le passé.

Des excuses sont venues du New York Times à deux reprises. “Nous sommes sincèrement désolés de la publication d’un dessin antisémite jeudi dernier”, a notamment fait savoir, dimanche 28 avril, la rubrique Opinions du journal. En mettant en cause une décision prise dans la précipitation par un seul éditeur.

Pour le chroniqueur Bret Stephens, il ne s’agit pourtant pas d’une simple erreur de jugement. Si la rédaction du New York Times n’est pas coupable d’antisémitisme, elle aurait manqué de vigilance face à une image antisémite. Et cela, selon ce chroniqueur qui prend régulièrement la défense d’Israël, du fait du “flot de critiques à l’encontre d’Israël et [de] la banalisation de l’antisionisme, y compris dans ce journal. Un antisionisme devenu si courant que les gens ne perçoivent plus qu’il est intrinsèquement sectaire.”

Voir aussi:

New York Times, Central Clearinghouse of Antisemitism in America

Caroline Glick

The past several days have left many Jews in the United States feeling shell-shocked. Attacks against them seem to be coming from all quarters.

First, on Thursday, the New York Times’ International Edition published a stunningly antisemitic cartoon on its op-ed page. It portrayed a blind President Donald Trump wearing the garb of an ultra-Orthodox Jew, replete with a black suit and a black yarmulke, with the blackened sunglasses of a blind man being led by a seeing-eye dog with Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s face.

If the message – that Jewish dogs are leading the blind American by the nose — wasn’t clear enough, the Netanyahu dog was wearing a collar with a Star of David medallion, just to make the point unmistakable.

Under a torrent of criticism, after first refusing to apologize for the cartoon, which it removed from its online edition, the Times issued an acknowledment on Sunday, but has taken no action against the editors responsible.

Two days after the Times published its hateful cartoon, Jews at the Chabad House synagogue in Poway, outside San Diego, were attacked by a rifle-bearing white supremacist as they prayed.

John Earnest, the gunman, murdered 60-year-old Lori Glibert Kaye and wounded Rabbi Yisroel Goldstein; nine-year-old Noya Dahan; and her uncle, Almog Peretz.

On the face of things, there is no meaningful connection between the Times’ cartoon and the Poway attack. In his online manifesto, Earnest presented himself as a Nazi in the mold of Robert Bowers, the white supremacist who massacred 11 Jews at the Tree of Life Synagogue last October.

The New York Times, on the other hand, is outspoken in its hatred of white supremacists whom it associates with President Donald Trump, the paper’s archenemy.

On the surface, the two schools of Jew hatred share no common ground.

But a serious consideration of the Times’ anti-Jewish propaganda leads to the opposite conclusion.

The New York Times — as an institution that propagates anti-Jewish messages, narratives, and demonizations — is deeply tied to the rise in white supremacist violence against Jews. This is the case for several reasons.

First, as Seth Franzman of the Jerusalem Post pointed out, Bowers and Earnest share two hatreds – for Jews and for Trump.

Both men hate Trump, whom they view as a friend of the Jews. Earnest referred to Trump as “That Zionist, Jew-loving, anti-White, traitorous c**ks****er.” Bowers wrote that he opposed Trump because he is supposedly surrounded by Jews, whom Bowers called an “infestation” in the White House.

The New York Times also hates Trump. And like Bowers and Earnest, it promotes the notion in both news stories and editorials that Trump’s support for Israel harms U.S. interests to benefit avaricious Jews.

In 2017, just as the Russia collusion narrative was taking hold, Politico spun an antisemitic conspiracy theory that placed Chabad at the center of the nefarious scheme in which Russian President Vladimir Putin connived with Trump to steal the election from Democratic nominee Hillary Clinton. The obscene story referred to Chabad as “an international Hasidic movement most people have never heard of.” In truth, Chabad is one of the largest Jewish religious movements in the world and the fastest-growing Jewish religious movement in the United States.

The story, titled “The Happy-Go-Lucky Jewish Group that Connects Trump and Putin,” claimed that Russia’s Chief Rabbi Berel Lazar, who is Chabad’s senior representative there, served as an intermediary between Putin and Trum-p. He did this, Politico alleged, through his close ties to Chabad rabbis in the United States who have longstanding ties to Trump.

Following the article’s publication, the New York Times‘ star reporter Maggie Haberman tweeted,  “We wrote a few weeks ago about “Putin’s Rabbi” Berel Lazar reaching out to a Trump aide.”

The Times’ story alleged that there were across-the-board ties between senior Trump campaign aides and Russian officials. Among the many ties discussed was a meeting that Trump’s advisor Jason Greenblatt held with Lazar. In other words, the antisemitic Chabad conspiracy theory laid out by Politico, which slanderously placed Chabad at the center of a nefarious plot to steal the U.S. presidency for Trump, was first proposed by the New York Times.

The Times is well known for its hostility towards Israel. But that hostility is never limited to Israel itself. It also encompasses Jewish Americans who support Israel. For instance, in a 11,000 word “analysis” of the antisemitic “boycott, divestment, sanctions” (BDS) movement published in late March, the Times effectively delegitimized all Jewish support for Israel.

The article, by Nathan Thrush. purported to be an objective analysis of BDS, which calls for Israel to be destroyed and uses forms of social, economic and political warfare against Jews who support Israel to render continued support for Israel beyond the Pale.

Rather than objectively analyzing BDS, Thrall’s article promoted it — and, through it, the rticle delegitimized American Jewish support for Israel.

The article began with a description of the discussions on Israel conducted by the Democratic Party’s platform committee ahead of the 2016 Democratic National Convention. The committee was comprised of representatives of Senator Bernie Sanders (I-VT) and representatives of former Secretary of State Hillary Clinton.

Thrall wrote:

The representatives chosen by Sanders…were all minorities, including James Zogby, the head of the Arab American Institute and a former senior official on Jesse Jackson’s 1984 and 1988 presidential campaigns; the Native American activist Deborah Parker; and Cornel West, the African-American professor and author then teaching at Union Theological Seminary.

The representatives selected by Clinton and the D.N.C. who spoke on the issue were all Jewish and included the retired congressman Howard Berman, who is now a lobbyist; Wendy Sherman, a former under secretary of state for political affairs; and Bonnie Schaefer, a Florida philanthropist and Democratic donor, who had made contributions to Clinton.

In other words, the anti-Israel representatives were all civil rights activists and members of legitimate victim groups. The pro-Israel representatives were all there because of their money.

And of course, because they are all-powerful, the Jews won.

The New York Times’ promotion of anti-Jewish libels in relation to Israel and more generally is all-encompassing. The Times reacted, for example, to Trump’s designation of the Iranian Revolutionary Guard Corps (IRGC) as a terrorist organization by suggesting that he move could lead the U.S. to designate Israeli intelligence agencies as terrorist organizations.

Why? Well, because they are Israeli. And Israelis are terrorists.

The Times used the recent death of an Israeli spymaster to regurgitate a long discredited accusation that Israel stole enriched uranium from the United States. As is its wont, the Times libeled Israel in bold and then published a correction in fine print.

In addition, as part of its longstanding war against Israel’s Orthodox religious authorities, Times columnist Bari Weiss alleged falsely that Israel’s rabbinate controls circumcision, suggesting that the voluntary practice is compulsory.

Last week the Times erroneously claimed that Jesus was a Palestinian. The falsehood was picked up by antisemitic Rep. Ilhan Omar (D-MN). The Times waited a week to issue a correction.

As to Ilhan Omar, the Times falsely claimed that the only congressional Democrats who condemned her anti-Semitic tweets were Jews — when in fact the Democratic Congressional leadership, which is not comprised of Jews, condemned her anti-Jewish posts.

The paper’s hostility towards Jews is so intense and pervasive that despite the increased public attention to the paper’s hostility to Jews that its anti-Jewish cartoon of blind Trump and dog Netanyahu generated, on Sunday the Times published a feature on bat mitzvahs that portrayed the religious rite of passage for 12 year old girls as a materialist party geared entirely toward social climbing. That is, the Judaism the Times portrayed was denuded of all intrinsic meaning. Bat mitzvahs were presented as a flashy way that materialistic, vapid Jews promote their equally vapid, materialistic daughters.

All this, then, brings us to the synagogue shooting on Saturday and the larger phenomenon of growing antisemitism in America, which while relegated to the margins of the political right is now becoming a dominant force in the Democratic Party specifically and the political left more generally.

In an op-ed following the cartoon’s publication, the Times’ in-house NeverTrump pro-Israel columnist Bret Stephens at once condemned the cartoon and the paper’s easy-breezy relationship with antisemitism, and minimized the role that antisemitism plays at the New York Times. Stephens attributed the decision to publish the cartoon in the New York Times international edition to the small staff in the paper’s Paris office and insisted that “the charge that the institution [i.e., the Times] is in any way antisemitic is a calumny.”

But of course, it is not a calumny. It is a statement of fact, laid bare by the paper’s decision to publish a cartoon that could easily have been published in a Nazi publication.

And this brings us back to the issue of the Times’ responsibility for rising antisemitism in the United States.

Stephens tried to minimize the Times’ power to influence the public discourse in the U.S. by placing its antisemitic reporting in the context of a larger phenomenon. But the fact is that while the New York Times has long since ceased serving as the “paper of record” for anyone not on the political left in America, it is still the most powerful news organization in the United States, and arguably in the world.

The Times has the power to set the terms of the discourse on every subject it touches. Politico felt it was reasonable to allege a Jewish world conspiracy run by Chabad that linked Putin with Trump because, as Haberman suggested, the Times had invented the preposterous, bigoted theory three weeks earlier. New York University felt comfortable giving a prestigious award to the Hamas-linked antisemitic group Students for Justice in Palestine last week because the Times promotes its harassment campaign against Jewish students.

The Times’ active propagation of anti-Jewish sentiment is not the only way the paper promotes Jew-hatred. It has co-opted of the discourse on antisemitism in a manner that sanitizes the paper and its followers from allegations of being part of the problem. It has led the charge in reducing the acceptable discourse on antisemitism to a discussion of right wing antisemitism. Led by reporter Jonathan Weisman, with able assists from Weiss and Stephens, the Times has pushed the view that the most dangerous antisemites in America are Trump supporters. The basis of this slander is the false claim that Trump referred to the neo-Nazis who protested in Charlottesville in August 2017 as “very fine people.” As Breitbart’s Joel Pollak noted, Trump specifically singled out the neo-Nazis for condemnation and said merely that the protesters at the scene who simply wanted the statue of Robert E. Lee preserved (and those who peacefully opposed them) were decent people.

The Times has used this falsehood as a means to project the view that hatred of Jews begins with Trump – arguably the most pro-Jewish president in U.S. history, goes through the Republican Party, which has actively defended Jews in the face of Democratic bigotry, and ends with his supporters.

By attributing an imaginary hostility against Jews to Trump, Republicans, and Trump supporters, the Times has effectively given carte blanche to itself, the Democrats, and its fellow Trump-hating antisemites to promote Jew-hatred.

John Earnest and Robert Bowers were not ordered to enter synagogues and massacre Jews by the editors of the New York Times. But their decisions to do so was made in an environment of hatred for Jews that the Times promotes every day.

Following the Bowers massacre of Jewish worshippers at the Tree of Life Synagogue in Pittsburgh, the New York Times and its Trump-hating columnists blamed Trump for Bowers’s action. Not only was this a slander. It was also pure projection.

Voir aussi:

I saw the darkness of antisemitism, but I never thought it would get this dark

The party faces a huge problem that must be surmounted, if only for moral reasons

Nick Cohen
The Guardian
30 Apr 2016

Racism is not a specific illness but a general sickness. Display one symptom and you display them all. If you show me an anti-Muslim bigot, I will be able to guess his or her views on the European Union, welfare state, crime and “political correctness”. Show me a leftwing or Islamist antisemite and, once again, he will carry a suitcase full of prejudices, which have nothing to do with Jews, but somehow have everything to do with Jews.

The Labour party does not have a “problem with antisemitism” it can isolate and treat, like a patient asking a doctor for a course of antibiotics. The party and much of the wider liberal-left have a chronic condition.

As I have written about the darkness on the left before, I am not going to crow now that it has turned darker than even I predicted. (There is not much to crow about, after all.) I have nothing but respect for the Labour MPs who are trying to stop their party becoming a playpen for fanatics and cranks. It just appears to me that they face interlocking difficulties that are close to insoluble.

They must first pay the political price of confronting supporters from immigrant communities, which Labour MPs from all wings of the party have failed to do for decades. It may be high. While Ken Livingstone was forcing startled historians to explain that Adolf Hitler was not a Zionist, I was in Naz Shah’s Bradford. A politician who wants to win there cannot afford to be reasonable, I discovered. He or she cannot deplore the Israeli occupation of the West Bank and say that the Israelis and Palestinians should have their own states. They have to engage in extremist rhetoric of the “sweep all the Jews out” variety or risk their opponents denouncing them as “Zionists”.

George Galloway, who, never forget, was a demagogue from the race-card playing left rather than the far right, made the private prejudices of conservative Muslim voters respectable. Aisha Ali-Khan, who worked as Galloway’s assistant until his behaviour came to disgust her, realised how deep prejudice had sunk when she made a silly quip about David Miliband being more “fanciable” than Ed. Respect members accused her of being a “Jew lover” and, all of a sudden in Bradford politics, that did not seem an outrageous, or even an unusual, insult. Where Galloway led, others followed. David Ward, a now mercifully forgotten Liberal Democrat MP, tried and failed to save his seat by proclaiming his Jew obsession. Nothing, not even the murder of Jews, could restrain him. At one point, he told his constituents that the sight of the Israeli prime minister honouring the Parisian Jews whom Islamists had murdered made him “sick”. (He appeared to find the massacre itself easier to stomach.)

Naz Shah’s picture of Israel superimposed on to a map of the US to show her “solution” for the Israeli-Palestinian conflict was not a one-off but part of a race to the bottom. But Shah’s wider behaviour as an MP – a “progressive” MP, mark you – gives you a better idea of how deep the rot has sunk. She ignored a Bradford imam who declared that the terrorist who murdered a liberal Pakistani politician was a “great hero of Islam” and concentrated her energies on expressing her “loathing” of liberal and feminist British Muslims instead.

Shah is not alone, which is why I talk of a general sickness. Liberal Muslims make many profoundly uncomfortable. Writers in the left-wing press treat them as Uncle Toms, as Shah did, because they are willing to work with the government to stop young men and women joining Islamic State. While they are criticised, politically correct criticism rarely extends to clerics who celebrate religious assassins. As for the antisemitism that allows Labour MPs to fantasise about “transporting” Jews, consider how jeering and dishonest the debate around that has become.

When feminists talk about rape, they are not told as a matter of course “but women are always making false rape accusations”. If they were, they would suspect that their opponents wanted to deny the existence of sexual violence. Yet it is standard in polite society to hear that accusations of antisemitism are always made in bad faith to delegitimise justifiable criticism of Israel. I accept that there are Jews who say that all criticism of Israel is antisemitic. For her part, a feminist must accept that there are women who make false accusations of rape. But that does not mean that antisemitism does not exist, any more than it means that rape never happens.

Challenging prejudices on the left wing is going to be all the more difficult because, incredibly, the British left in the second decade of the 21st century is led by men steeped in the worst traditions of the 20th. When historians had to explain last week that if Montgomery had not defeated Rommel at El Alamein in Egypt then the German armies would have killed every Jew they could find in Palestine, they were dealing with the conspiracy theory that Hitler was a Zionist, developed by a half-educated American Trotskyist called Lenni Brenner in the 1980s.

When Jeremy Corbyn defended the Islamist likes of Raed Salah, who say that Jews dine on the blood of Christian children, he was continuing a tradition of communist accommodation with antisemitism that goes back to Stalin’s purges of Soviet Jews in the late 1940s.

It is astonishing that you have to, but you must learn the worst of leftwing history now. For Labour is not just led by dirty men but by dirty old men, with roots in the contaminated soil of Marxist totalitarianism. If it is to change, its leaders will either have to change their minds or be thrown out of office.

Put like this, the tasks facing Labour moderates seem impossible. They have to be attempted, however, for moral as much as electoral reasons.

Allow me to state the moral argument as baldly as I can. Not just in Paris, but in Marseille, Copenhagen and Brussels, fascistic reactionaries are murdering Jews – once again. Go to any British synagogue or Jewish school and you will see police officers and volunteers guarding them. I do not want to tempt fate, but if British Jews were murdered, the leader of the Labour party would not be welcome at their memorial. The mourners would point to the exit and ask him to leave.

If it is incredible that we have reached this pass, it is also intolerable. However hard the effort to overthrow it, the status quo cannot stand.

Voir également:

A Rising Tide of Anti-Semitism
By publishing a bigoted cartoon, The Times ignored the lessons of history, including its own.
The Editorial Board
The New York Times
April 30, 2019

The Times published an appalling political cartoon in the opinion pages of its international print edition late last week. It portrayed Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel as a dog wearing a Star of David on a collar. He was leading President Trump, drawn as a blind man wearing a skullcap.

The cartoon was chosen from a syndication service by a production editor who did not recognize its anti-Semitism. Yet however it came to be published, the appearance of such an obviously bigoted cartoon in a mainstream publication is evidence of a profound danger — not only of anti-Semitism but of numbness to its creep, to the insidious way this ancient, enduring prejudice is once again working itself into public view and common conversation.

Anti-Semitic imagery is particularly dangerous now. The number of assaults against American Jews more than doubled from 2017 to 2018, rising to 39, according to a report released Tuesday by the Anti-Defamation League. On Saturday, a gunman opened fire during Passover services at a synagogue in San Diego County, killing one person and injuring three, allegedly after he posted in an online manifesto that he wanted to murder Jews. For decades, most American Jews felt safe to practice their religion, but now they pass through metal detectors to enter synagogues and schools.

Jews face even greater hostility and danger in Europe, where the cartoon was created. In Britain, one of several members of Parliament who resigned from the Labour Party in February said that the party had become “institutionally anti-Semitic.” In France and Belgium, Jews have been the targets of terrorist attacks by Muslim extremists. Across Europe, right-wing parties with long histories of anti-Semitic rhetoric are gaining political strength.

This is also a period of rising criticism of Israel, much of it directed at the rightward drift of its own government and some of it even questioning Israel’s very foundation as a Jewish state. We have been and remain stalwart supporters of Israel, and believe that good-faith criticism should work to strengthen it over the long term by helping it stay true to its democratic values. But anti-Zionism can clearly serve as a cover for anti-Semitism — and some criticism of Israel, as the cartoon demonstrated, is couched openly in anti-Semitic terms.

The responsibility for acts of hatred rests on the shoulders of the proponents and perpetrators. But history teaches that the rise of extremism requires the acquiescence of broader society.

As anti-Semitism has surged from the internet into the streets, President Trump has done too little to rouse the national conscience against it. Though he condemned the cartoon in The Times, he has failed to speak out against anti-Semitic groups like the white nationalists who marched in Charlottesville, Va., in 2017 chanting, “Jews will not replace us.” He has practiced a politics of intolerance for diversity, and attacks on some minority groups threaten the safety of every minority group. The gunman who attacked the synagogue in San Diego claimed responsibility for setting a fire at a nearby mosque, and wrote that he was inspired by the deadly attack on mosques in New Zealand last month.

A particularly frightening, and also historically resonant, aspect of the rise of anti-Semitism in recent years is that it has come from both the right and left sides of the political spectrum. Both right-wing and left-wing politicians have traded in incendiary tropes, like the ideas that Jews secretly control the financial system or politicians.

The recent attacks on Jews in the United States have been carried out by men who identify as white supremacists, including the killing of 11 people in a Pittsburgh synagogue last year. But the A.D.L. reports that most anti-Semitic assaults, and incidents of harassment and the vandalism of Jewish community buildings and cemeteries, are not carried out by the members of extremist groups. Instead, the perpetrators are hate-filled individuals.

In the 1930s and the 1940s, The Times was largely silent as anti-Semitism rose up and bathed the world in blood. That failure still haunts this newspaper. Now, rightly, The Times has declared itself “deeply sorry” for the cartoon and called it “unacceptable.” Apologies are important, but the deeper obligation of The Times is to focus on leading through unblinking journalism and the clear editorial expression of its values. Society in recent years has shown healthy signs of increased sensitivity to other forms of bigotry, yet somehow anti-Semitism can often still be dismissed as a disease gnawing only at the fringes of society. That is a dangerous mistake. As recent events have shown, it is a very mainstream problem.

As the world once again contends with this age-old enemy, it is not enough to refrain from empowering it. It is necessary to stand in opposition.

Voir de :

The anti-Semitism crisis tearing the UK Labour Party apart, explained
Labour leader Jeremy Corbyn is being accused of mishandling claims of anti-Semitism in the party.
Darren Loucaides
Vox.com
Mar 8, 2019

LONDON — The UK’s Labour Party is in the midst of a full-blown anti-Semitism crisis.

Recently, nine members of Parliament (MPs) quit the center-left party in protest of the current leadership, citing their handling of allegations of anti-Semitism as well as dissatisfaction over the party’s stance on Brexit.

“I cannot remain in a party that I have today come to the sickening conclusion is institutionally anti-Semitic,” Labour MP Luciana Berger said at a February 18 press conference explaining her decision to leave. Berger, who is Jewish, has received a torrent of anti-Semitic abuse online over the past few years.

While rumors have circulated for months about a possible Labour split due to the UK’s upcoming, chaotic divorce from the European Union, the resignations — particularly Berger’s — sent shock waves through the party, and many felt that the party leadership should have done more to protect Berger from the abuse she’d been receiving.

If you’re wondering how the situation has escalated to this point, don’t worry. We’ve got you covered.

The anti-Semitism controversy in the Labour Party is fairly recent

The UK Labour Party, which dates back to 1900, was long seen as the party of the working classes. Throughout most of its history, Labour has stood for social justice, equality, and anti-racism.

Labour’s controversy over anti-Semitism is fairly recent. It’s often traced back to 2015, when Jeremy Corbyn became the party leader. Corbyn, seen as on Labour’s left wing, has long defended the rights of Palestinians and often been more critical than the party mainstream of Israel’s government.

But during the Labour leadership contest in 2015, a then-senior Jewish Labour MP said that Corbyn had in the past showed “poor judgment” on the issue of anti-Semitism — after Corbyn unexpectedly became the frontrunner in the contest, a Jewish newspaper reported on his past meetings with individuals and organizations who had expressed anti-Semitic views.

Concerns over anti-Semitism only really began to turn into a crisis, however, the year after Corbyn became leader. In April 2016, a well-known right-wing blog revealed that Labour MP Naz Shah had posted anti-Semitic messages to Facebook a couple of years before being elected.

One post showed a photo of Israel superimposed onto a map of the US, suggesting the country’s relocation would resolve the Israeli-Palestinian conflict. Above the photo, Shah wrote, “Problem solved.”

Shah apologized, but former Mayor of London Ken Livingstone, a long-time Labour member who was close to party leader Jeremy Corbyn, made things worse by rushing to Shah’s defense — and added an inflammatory claim that Hitler initially supported Zionism, before “he went mad and ended up killing six million Jews.”

The party suspended Shah and Livingstone and launched an inquiry into anti-Semitism. But Corbyn was criticized for not acting quickly or decisively enough to deal with the problem. Afterward, claims of anti-Semitism kept resurfacing as individual examples were dug up across Labour’s wide membership.

By now a narrative was building that anti-Semitism was rife within the party — and that the election of Corbyn as leader was the cause.

The unlikely rise of Jeremy Corbyn

Jeremy Corbyn became Labour’s leader in 2015, to pretty much everyone’s surprise.

The 69-year-old became politically active in his 20s and had been a so-called “backbencher” — an MP without an official position in the government or the opposition parties — since 1983.

Throughout his political career, Corbyn has protested against racism and backed left-wing campaigns such as nuclear disarmament, and was considered the long shot in the party’s leadership contest — bookmakers initially put the chance of him winning at 200 to 1.

The three other candidates were considered centrist or center-left. Two had served in government during the New Labour era, when Tony Blair swung the party to the center ground. Corbyn’s victory confirmed that the New Labour project was dead.

Some MPs later admitted they only backed him as one of the leadership candidates so that a representative of the party’s left-wing would be on the ballot; they never thought he would win.

Corbyn’s campaign drummed up a big grassroots following as his anti-austerity, socialist message gained traction, in a way that would later be echoed by Bernie Sanders’s 2016 campaign in the US.

Shocking the establishment and against all odds, Corbyn went on to decisively win the leadership contest. When, the following year, MPs on the right of the party revolted and forced a leadership contest, Corbyn yet again won convincingly.

Ever since Tony Blair helmed the party from 1994 to 2007, Labour had been dominated by more centrist than left-leaning MPs. Under Blair, Labour embraced neoliberal economics alongside more traditionally liberal social policies, such as a minimum wage.

But after Corbyn’s unexpected win, everything changed. Corbyn steered the party to the left on many issues, including proposals to nationalize the railways and possibly the energy companies, end the era of slashing state spending, and tax the rich.

He also moved the party leftward on Israel and Palestine.

Labour’s previously moribund membership boomed to half a million, making it one of the biggest political parties in Europe. The many newcomers were attracted by the chance to support a truly left-wing Labour Party.

Claims of anti-Semitism also increased: Labour’s general secretary revealed that between April 2018 and January 2019, the party received 673 accusations of anti-Semitism among members, which had led to 96 members being suspended and 12 expelled.

Part of the reason anti-Semitism claims have grown under Corbyn is that his wing of the party — the socialist left — tends to be passionately pro-Palestine. There is nothing inherently anti-Semitic about defending Palestinians, but such a position can lead to tensions between left-wing anti-Zionists and mainstream Jewish communities.

This tension has at times led to a tendency on the left to indulge in anti-Semitic conspiracy theories and tropes — like blaming a Jewish conspiracy for Western governments’ support of Israel or equating Jews who support Israel with Nazi collaborators.

Corbyn’s defenders point out that the media has inordinately focused on Labour while giving less attention to cases of racism and Islamophobia among the Conservatives and other parties. But if it wasn’t clear already, recent events have confirmed that anti-Semitism is a crisis for Labour.

Many of the MPs who resigned from Labour two weeks ago had long been threatening to go, and have deeply held political differences with Labour’s more radically progressive leadership. But Luciana Berger resigned because of anti-Semitism, and Labour’s failure to prevent her from leaving on this count is impossible to ignore.

Is Corbyn to blame for Labour’s current crisis?

At first glance, Corbyn hardly seems like someone who would be an enabler of anti-Semitism.

He has a long history of campaigning against racism — for instance, in the 1980s, he participated in anti-apartheid protests against South Africa, at the same time that former Conservative Prime Minister Margaret Thatcher was calling Nelson Mandela’s African National Congress opposition movement a “typical terrorist organization.”

And he has long campaigned for Palestinian rights, while being critical of the government of Israel — including comparing Israel’s treatment of Palestinians to apartheid.

But Corbyn’s anti-imperialist, anti-racist stance over the years has also led some to label him a terrorist sympathizer. Corbyn in the past advocated for negotiations with militant Irish republicans. As he did with Irish republicans, Corbyn encouraged talks with the Islamist militant groups Hamas and Hezbollah.

He has also been heavily criticized for having previously referred to these groups as “friends,” which caused outrage when publicized during 2015’s Labour leadership contest. Corbyn explained that he had only used “friends” in the context of trying to promote peace talks, but later said he regretted using the word.

Last March, Corbyn was also criticized for a 2012 comment on Facebook, in which he had expressed solidarity with an artist who had used anti-Semitic tropes in a London mural that was going to be torn down.

After Luciana Berger tweeted about the post and demanded an explanation from the Labour Party leadership, Corbyn said that he “sincerely regretted” having not looked at the “deeply disturbing” image more closely, and condemned anti-Semitism.

A few days later, Jewish groups gathered outside the UK Parliament to demonstrate against anti-Semitism. The Jewish Leadership Council, an umbrella organization for several Jewish groups and institutions in the UK, said that there was “no safe space” in the Labour Party for Jewish people.

“Rightly or wrong, Jeremy Corbyn is now the figurehead for an anti-Semitic political culture, based upon an obsessive hatred of Israel, conspiracy theories and fake news,” the chair of the Jewish Leadership Council, Jonathan Goldstein, said at the time.

The crisis didn’t end there. In August 2018, the right-wing British newspaper the Daily Mail accused Corbyn of having laid a wreath at the graves of the Palestinian terrorists while in Tunisia in 2014.

Corbyn acknowledges that he participated in a wreath-laying ceremony at a Tunisian cemetery in 2014, but says he was commemorating the victims of a 1985 Israeli airstrike on the headquarters of the Palestinian Liberation Organization (PLO), who were living in exile in Tunis at the time. The airstrike killed almost 50 people, including civilians, and wounded dozens more.

However, the Daily Mail published photos showing Corbyn holding a wreath not far from the graves of four Palestinians believed to be involved with the 1972 Munich massacre, in which members of the Black September terrorist organization killed 11 Israeli athletes and a German police officer at the Munich Olympics.

Corbyn denies he was commemorating the latter individuals, but his muddled explanations in the wake of the controversy left some unsatisfied with his response.

Today, on social media, it is common to see Corbyn denounced for enabling anti-Semitism — author J.K. Rowling has even criticized him for it — while some brand him outright as an anti-Semite. When US Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY) recently tweeted that she’d had “a lovely and wide-reaching conversation” with Corbyn by phone, hundreds of commenters criticized her for speaking to Labour’s “anti-Semitic” leader.

Corbyn’s defenders argue that there is no clear evidence that he — a lifelong campaigner against racism — is anti-Semitic.

“My mother was a refugee on the Kindertransport, and a massive friend of Corbyn — they worked terribly closely together, doing all sorts of political things to support communities in North London,” Annabelle Sreberny, emeritus professor at SOAS University of London and member of Jewish Voice for Labour — a small organization that tends to deny Labour has a problem with anti-Semitism — told me. “So the idea that he himself is an anti-Semite is just a pathetic smear.”

Sreberny told me she largely sees the portrayal of Corbyn’s Labour Party as “institutionally anti-Semitic” — which is how Berger put it when she resigned — as part of a calculated political campaign against Corbyn and his left-wing agenda.

And indeed, this perception may have actually contributed to the current crisis.

Michael Segalov, a journalist who has written and spoken extensively on this issue, told me he thinks that part of the reason Corbyn and the Labour leadership were initially slow to react to anti-Semitism was that the claims were wrongly interpreted as part of a sustained, wider campaign of personal and political attacks against Corbyn.

But like Segalov, there are many in the Labour Party who strongly disagree with the idea that the accusations of anti-Semitism are merely a political smear campaign. A poll carried out by the Jewish Chronicle newspaper in the summer of 2018 found more than 85 percent of British Jews believe Corbyn himself is anti-Semitic, and a similar number believe the level of anti-Semitism in the Labour Party is “high” or “very high.”

Jon Lansman, founder of the pro-Corbyn campaign group Momentum and now a member of Labour’s national executive committee, recently told the BBC’s Radio 4 that there were many more Labour members who held “hardcore, anti-Semitic opinions” than previously thought. Lansman, who is Jewish, also said that he felt “regret, sadness and some shame” about Berger’s resignation from the party.

Where does Labour go from here?

There seems to have been a major shift in the perspectives of party leaders since the resignation of the nine Labour MPs.

Labour’s deputy leader Tom Watson, who is seen as a centrist, recently told the BBC that he thought if Corbyn took “a personal lead” in examining accusations of anti-Semitism, it could make a big difference. Watson said that just last week, he had received a dossier from parliamentary colleagues of 50 complaints on anti-Semitism that he felt had not been dealt with adequately, and had passed them on to Corbyn.

Corbyn, perhaps heeding Watson’s advice, is in talks to appoint former Lord Chancellor Charlie Falconer to be an independent reviewer tasked with ensuring that anti-Semitism claims within the party are handled more effectively. Falconer held high office from 2003 to 2007 under Blair’s government and is respected across the party.

The recent split could prove a turning point for Labour in terms of addressing anti-Semitism as well as wider divisions within the party. “I think [Corbyn] understands now that if he is ever to be prime minister, he needs to rebuild that trust [with the British Jewish community],” said Watson, who urged the quick expulsion of members who’d made anti-Semitic comments. But as Watson added: “Time is against us.”

Indeed, urgency is needed for Labour’s leadership to effectually tackle the party’s anti-Semitism crisis and convince other MPs not to quit. The nine MPs who’ve left have formed the Independent Group, an informal assemblage that plans to launch as an official political party before the end of the year. Several other Labour MPs are rumored to be thinking of joining them.

Unless Labour moves fast, the emerging centrist party could prove an existential threat.

Darren Loucaides is a British writer who covers politics, populism, and identity.

Voir encore:

The Democrats are becoming the party of the Jew-haters

A party and a civilization in moral decline

Dominic Green
The Spectator
March 7, 2019

When Ilhan Omar says that there’s too much money in American politics, she’s stating the obvious. That’s why I support her brave campaign against the US Chamber of Commerce, the National Association of Realtors, the American Medical Association, the American Hospital Association, the Pharmaceutical Research & Manufacturers of America, General Electric, Blue Cross Blue Shield, Business Roundtable, the AARP, and Boeing.

These are America’s top 10 lobby groups, ranked by total spending over the last 20 years. In 2018, the US Chamber of Commerce spent $94.8 million on lobbying. Alphabet, Google’s parent company, spent $21.7 million and surged to Number Eight on the charts. The America-Israel Public Affairs Committee (AIPAC) ranked Number 157, and spent $3.5 million. Who knew you could buy America so cheaply?

Ilhan, that’s who. In 2012, only Ilhan was wise enough to see that ‘Israel has hypnotized the world’. Now, only Ilhan is bold enough to say that American support for Israel is ‘all about the Benjamins’, rather than a mass of reasons religious, strategic, cultural, and sentimental. And only Ilhan has the integrity to double down, and say, ‘I want to talk about the political influence in this country that says it is OK to push for allegiance to a foreign country.’

The 19th-century British prime minister Viscount Palmerston said that great powers have interests, not friends. Omar’s notion that the greatest power in history is somehow beholden to a faraway state the size of New Jersey is a delusion. So is her notion that Israel, a state which has taken to best part of seven decades to set up a railroad network, possesses diabolical powers to ‘hypnotize’ the world. So is her idea that Israel’s supporters, Jewish and not, operate by making congressmen and senators ‘pledge allegiance’, like a militia in a failed state. This last might be Omar’s biggest delusion of all. She actually believes that promises mean something in politics.

Omar’s private thoughts are nobody else’s business. It’s not as if the doctors, Jewish ones probably, have ever dissected a brain and noted hypertrophy of the Jew-hating lobe. Words and deeds are what matters, especially in public life. In which case, anyone who claims that Omar isn’t, to use Nancy Pelosi’s formulation, an ‘intentional’ Jew-hater isn’t listening. Omar has herself apologized for what she admitted was the ‘ugly sentiment’ of her ‘hypnotized’ imagery. It took seven years, but shortly after entering Congress, she disavowed that ‘anti-Semitic trope’ as ‘unfortunate and offensive’. She also apologized ‘unequivocally’ in February after the ‘Benjamins’ episode. Her defense was that she was ignorant of the ‘painful history of anti-Semitic tropes’. She intended it; she just didn’t know what it meant.

Omar didn’t know that the language in which she expressed her malignant delusions was in the lineage of Jew-hatred in its Christian and European forms. Until she entered the national stage, she’d had no need to know. Omar’s malignant delusions are commonplace in the Arab and Muslim world from which she comes. They are commonplace among the leadership of the Council on American-Islamic Relations (CAIR), the Hamas-friendly front organization for the Muslim Brotherhood which supported her Congressional campaign. And they have become commonplace on the left of the Democratic party.

Democrats now protest that the whites and the right have their racists too. In other words, they’re saying that two wrongs make a right. This is playground logic, and it ignores the imbalance between the two kinds of anti-Jewish racism. Firstly, no Republican leader ever posed for the cover of any other national outlet with Steve King, or Omar’s new Twitter chum David Duke. Secondly, the Republican leadership, no doubt hypnotized by the Benjamins tucked in Ivanka Trump’s suspender belt, is hostile to the white racist fringe, and the white racist fringe detests the Republican leadership. Thirdly, the white racists are nothing if not candid about their beliefs and their intentions towards the Jewish people. Ilhan Omar isn’t even honest.

Omar said she was against BDS when running for the House and then revised her position as soon as she won her set. She denounces Israel and Saudi Arabia, who oppose the Muslim Brotherhood, but not Turkey or Qatar, the Muslim Brotherhood’s sponsors. She may be ignorant, but she knows exactly what she is doing. She is furtive and duplicitous, and she is successfully importing the language and ideas of racism into a susceptible Democratic party.

The buffoons who lead the Democrats are allowing Omar to mainstream anti-Jewish racism. The Democratic leadership tried to co-opt the energy of the post-2008 grassroots, to give its exhausted rainbow coalition an infusion of 21st-century identity politics. The failure to issue the promised condemnation of Omar shows that a European-style ‘red-green’ alliance of hard leftists and Islamists is co-opting the party. This, like the pro-Democratic media’s extended PR work for Rashida Tlaib and that other left-Islamist pinup Linda Sarsour, reflects a turning point in American history.

The metaphysical, conspiratorial hatred of Jews is a symptom of civilization in decline. So the inability of the Democratic leadership to call Omar a racist reflects more than the moral and ideological decay of a political party. Americans like to believe in their exceptionalism, and American Jews like to say America is different. We’re about see if those ideas are true.

Dominic Green is Life & Arts Editor of Spectator USA.

Voir par ailleurs:

Diane Vaughan : les leçons d’une explosion
Diane Vaughan
La Recherche
mars 2000

Si la NASA enchaîne aujourd’hui les contre-performances sur Mars, elle avait connu en 1986 une catastrophe : l’explosion de la navette « Challenger ». Quels sont les processus qui, au sein de la culture d’une telle organisation, engendrent une déviance progressivement institutionnalisée ?

La Recherche : La NASA vient de perdre coup sur coup deux sondes martiennes. Comment réagissez-vous à ces récents déboires ?

Diane Vaughan : Ils ne me surprennent guère ! N’oublions pas que les programmes spatiaux impliquent de multiples collaborations. La NASA en particulier sous-traite la majeure partie des composants de ses missions. Que des problèmes surgissent quand un grand nombre d’organisations différentes travaillent ensemble n’a rien d’exceptionnel, surtout quand il s’agit d’innovations techniques. Des erreurs sont faites en permanence dans toute organisation complexe, mais contrairement au cas de la NASA sur qui les projecteurs médiatiques sont braqués, leurs conséquences, souvent moins spectaculaires, restent généralement ignorées du grand public.

Quelle était votre motivation pour vous pencher sur les causes de l’explosion de la navette spatiale Challenger en 1986 ?

Je venais à l’époque de finir un livre, je n’avais rien de précis en tête, si ce n’est d’écrire un court article que l’on m’avait commandé sur la notion d’inconduite, c’est-à-dire de comportement individuel fautif. Le cas Challenger avait alors, selon l’explication officielle, toutes les apparences du parfait exemple, avec cependant la particularité de s’être produit dans une organisation gouvernementale à caractère non lucratif plutôt qu’au sein d’une entreprise. Je ne m’attendais alors pas du tout à ce que mon travail remette complètement en question les conclusions obtenues par la Commission présidentielle qui avait été chargée de l’enquête après la catastrophe.

Quelles étaient les conclusions de cette Commission présidentielle ? Des responsables avaient-ils été identifiés ?

L’enquête de la Commission révéla le fait suivant : la veille du lancement de Challenger , lors d’une téléconférence tenue depuis le Marshall Space Flight Center, le centre de tir de la NASA, des ingénieurs de Morton Thiokol, l’entreprise qui fabriquait le joint annulaire d’un des boosters à l’origine de l’accident, avaient fait part aux managers de la NASA de leur opposition au lancement en invoquant les très faibles températures prévues le lendemain. Cependant, ces managers ne transmirent pas l’information à leurs supérieurs hiérarchiques et, soucieux de respecter la date du lancement, décidèrent de maintenir celui-ci au lendemain. Selon l’explication officiellement admise, une telle décision résultait de la forte pression interne qui régnait alors à la NASA : faute d’un financement suffisant du Congrès, le programme de la navette reposait en effet en partie sur les revenus procurés par les lancements de satellites commerciaux privés.

La conclusion suivante s’imposa alors à la Commission : soumis à cette pression de production, les managers du Marshall Space Flight Center ont ignoré les recommandations des ingénieurs et ont enfreint les règles de sécurité et de transmission de l’information au sein de la hiérarchie, dans le but de maintenir la date de lancement. Selon cette interprétation, il ne s’agissait donc pas d’un simple accident technique, mais d’un cas classique d’inconduite au sein d’une organisation : dans le souci de respecter les objectifs de l’organisation, certains de ses membres sont amenés à violer ses règles de fonctionnement.

Pensez-vous que la Commission présidentielle, en plaçant ainsi la responsabilité sur certains individus, ignora délibérément d’autres facteurs ?

La réponse à une telle question est très complexe. Je crois d’abord que la Commission ne s’attendait pas à trouver autre chose à l’origine de l’accident qu’un simple problème technique. Or, soudainement, cette téléconférence révélait l’existence d’un dysfonctionnement d’une tout autre nature. Cette découverte conditionna la manière même dont l’enquête se poursuivit : par exemple, ne furent appelés à témoigner que cinq ingénieurs, qui s’étaient tous opposés au lancement lors de la téléconférence. L’un des techniciens de la NASA, qui était certainement la personne la mieux avertie quant à l’histoire de ce joint annulaire, ne fut même pas interrogé. La Commission ne procéda pas aux interviews d’une manière aussi exhaustive que l’aurait fait un sociologue : elle interrogea seulement les personnes susceptibles de détenir des informations pertinentes au regard de ce qui, d’emblée, avait eu toutes les apparences d’une mauvaise décision de la part de certains managers. Pour autant, je ne crois pas qu’il faille cher- cher derrière cela une volonté délibérée de masquer d’autres facteurs ou de protéger certaines personnes plus haut placées dans la hiérarchie. Il faut plutôt se rappeler que la Commission était soumise à de fortes contraintes d’ordre pratique. Elle ne disposait que de trois mois pour rendre son rapport, alors que la quantité d’informations à analyser était phénoménale : les documents relatifs à l’accident de Challenger remplissent deux étages complets d’un immense entrepôt ! Ajoutez à cela que les membres de la Commission n’ont pas conduit eux-mêmes les interviews, pas plus qu’ils n’ont lu les comptes rendus : ils étaient seulement « briefés » par les équipes d’interviewers à qui l’on avait sous-traité les entretiens. Difficile dans ces conditions de s’imprégner de la culture d’une organisation.

Quel rôle attribuez-vous donc à la culture de la NASA dans l’accident de Challenger ?

Plutôt que de limiter son attention au niveau individuel, il est en effet indispensable d’examiner comment la culture d’une organisation façonne la manière dont les individus prennent des décisions en son sein. Mon analyse a montré que, pendant les années qui ont précédé l’accident, les ingénieurs et managers de la NASA ont progressivement instauré une situation qui les autorisait à considérer que tout allait bien, alors qu’ils disposaient d’éléments montrant au contraire que quelque chose allait mal. C’est ce que j’ai appelé une normalisation de la déviance : il s’agit d’un processus par lequel des individus sont amenés au sein d’une organisation à accomplir certaines choses qu’ils ne feraient pas dans un autre contexte. Mais leurs actions ne sont pas délibérément déviantes. Elles sont au contraire rendues normales et acceptables par la culture de l’organisation.

Quelle déviance s’est normalisée dans l’histoire de la navette, et pourquoi ?

Lorsque pour la première fois une anomalie fut constatée sur l’un des boosters au retour d’une mission, cette anomalie ne constitua pas un signal d’alarme, car la culture du programme spatial était celle d’un programme technologique de nature extrêmement innovante. Et dans ce contexte, le fait que certains des composants des boosters subissent des dommages lors d’un vol n’était pas considéré comme inacceptable, même si cela n’était pas prévu par ses concepteurs. Avoir des problèmes avec un système aussi complexe que la navette était même quelque chose d’attendu !

Pour saisir les causes de l’accident de Challenger, ne faut-il donc pas remonter seulement à la veille du lancement, mais dix ans avant ?

Absolument. Pendant près de dix ans, les boosters ont subi des dommages pratiquement lors de chaque mission. Après chacun de ces incidents, les analyses des ingénieurs conduisaient à considérer le risque comme acceptable et à recommander la poursuite du programme sans que des tests et des études supplémentaires soient nécessaires. En soi, chacune de ces décisions peut sembler logique et rationnelle. Mais leur accumulation a progressivement conduit à ce que le fait de voler avec de sérieuses anomalies devienne quelque chose de routinier, d’officiellement toléré.

Comment est fixé ce seuil d’acceptabilité du risque ?

C’est là un aspect de la culture d’une organisation qui, vu de l’extérieur, peut paraître très étrange. Au début du programme, la NASA produisit un document intitulé « The acceptable risk process », dans lequel était énoncé un ensemble de procédures à suivre. Celles-ci garantissaient que le maximum soit fait pour la sécurité d’un vol, tant au niveau des processus de prise de décision qu’au niveau purement technique. Ce qui bien sûr n’assurait pas pour autant l’élimination de tout risque. Mais, petit à petit, s’est instaurée une sorte de foi dans ces méthodes : les appliquer rigoureusement n’était plus seulement le mieux que l’on puisse faire, cela suffisait aussi à garantir la sûreté du vol. Or, l’opposition au lancement formulée par les ingénieurs de Thiokol était principalement fondée sur des intuitions. Il n’est dès lors pas étonnant qu’une telle opposition ait été jugée irrecevable par les managers de la NASA, étant donné ce contexte de croyance institutionnalisée dans les méthodes employées.

Selon vous, il n’y a donc pas eu à proprement parler inconduite de la part des responsables du Marshall Space Flight Center ?

Non, en effet, puisque aucune des règles habituelles de décision n’a été transgressée lors de cette fameuse téléconférence. Il faudrait en fait plutôt parler d’erreur : les ingénieurs de Thiokol n’ont pas été en mesure de présenter aux managers les arguments techniques nécessaires pour les convaincre du caractère exceptionnel de la température de lancement et des risques supplémentaires qui en découlaient. La décision de procéder au lancement n’a donc rien eu d’anormal dans le contexte culturel de l’époque.

Pourriez-vous décrire ce contexte culturel ? En quoi, par exemple, diffère- t-il du contexte culturel du programme Apollo , le précédent grand programme de vols habités de la NASA ?

L’ère Apollo se caractérisait par une culture d’ingénieurs purement technique. Cette culture est encore bien sûr présente à l’époque de Challenger, mais la multiplication des contrats de sous-traitance a largement transformé le travail des ingénieurs de la NASA qui assurent dorénavant surtout des tâches de coordination. Cette institutionnalisation de la sous-traitance a comme conséquence de fortement accentuer le poids de la bureaucratie, notamment dans les processus de prises de décision que nous venons d’évoquer et derrière lesquels se sont inconsciemment retranchés ingénieurs et managers.

Un autre changement culturel, peut-être encore plus décisif, résulta des difficultés budgétaires du programme : elles se traduisirent à tous les niveaux de l’organisation par une pression de production très forte, dont les conséquences ont été à juste titre soulignées par la Commission présidentielle. Apollo avait bénéficié d’un large consensus dans l’opinion, allant de pair avec un soutien financier sans faille de la part du Congrès. Ce n’était plus du tout le cas à l’époque de la navette spatiale, l’implication des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam ayant entre-temps remis en cause les engagements du pays en matière d’exploration spatiale. Il y eut alors cette volonté politique des hauts dirigeants de la NASA de présenter à l’opinion publique le programme de la navette comme un programme opérationnel : ce n’était plus un programme expérimental comme Apollo, mais un programme suffisamment sûr pour que la NASA puisse s’engager auprès d’entreprises commerciales.

Et suffisamment sûr pour qu’on fasse voler des civils ?

Exactement. Et c’est là une troisième altération de la culture de la NASA qui découla de décisions politiques prises à la fois par les hauts dirigeants de l’agence spatiale et par la Maison Blanche. Le désastre de Challenger n’aurait sans doute pas été aussi traumatisant pour le pays s’il ne s’était trouvé à bord de la navette deux civils, dont une enseignante. Souvenez-vous que la NASA avait déjà perdu plusieurs astronautes lors d’un accident survenu sur le pas de tir d’une des missions Apollo. L’enquête qui a suivi avait été réalisée en interne par l’agence spatiale. Etant donné la nouvelle culture de la NASA, ce ne pouvait plus être le cas pour Challenger , dont la disparition prit d’emblée une dimension publique, politique.

Iriez-vous jusqu’à dire que le président de l’époque, Ronald Reagan, le Congrès et les élites dirigeantes de la NASA ont leur part de responsabilité dans l’accident de Challenger ?

Leurs décisions – celle par exemple de réduire le financement fédéral du programme – étaient bien évidemment dénuées de toute intention délibérée de rendre un pareil désastre possible. Elles n’ont de plus enfreint aucune règle, aucun impératif éthique. Mais il est certain que ces mêmes décisions ont contribué à façonner une nouvelle culture de l’organisation qui a rendu possible la normalisation de déviances techniques, et acceptable de faire voler une enseignante. Pour cette raison, les élites politiques du pays ont certainement des comptes à rendre. Et l’on peut s’étonner que ni les médias, ni l’opinion publique, ni bien sûr la Commission présidentielle ne leur en aient demandé !

Pensez-vous que la NASA ait tiré toutes les leçons de l’accident ?

Beaucoup de choses ont été changées au niveau interne après Challenger, notamment les procédures de prise de décision et de conduite de projet. Par exemple, la NASA s’assure désormais que l’avis de ses astronautes soit davantage pris en compte. Mais rien n’a changé fondamentalement en ce qui concerne la culture même du programme. Le problème du financement privé et son corollaire, la pression de production, demeurent et la NASA a même récemment recommencé à faire voler des civils !

La devise de Dan Goldin, l’actuel dirigeant de l’agence spatiale, « Better, faster and cheaper » Mieux, plus vite et moins cher ne vous paraît-elle pas être un oxymoron ?

C’est le mot en effet ! Les contraintes accrues de calendrier et de budget qui se cachent derrière le Faster et le Cheaper me semblent à l’évidence bien peu conciliables avec le Better de la devise. Mais ne m’étant pas penchée sur les nouveaux programmes, je ne peux guère vous en dire plus. A part cette observation : les gens ayant décidé des réductions de personnels et de moyens ne se sont pas davantage préoccupés qu’à l’époque de Challenger d’étudier leurs effets sur la structure et la culture de l’organisation. Or, de telles études me semblent indispensables. Le problème n’est pas tant l’absence de motivations politiques pour les mener que la nécessité de disposer des compétences de sociologues, anthropologues et autres acteurs traditionnellement absents des sphères dirigeantes d’une organisation comme la NASA.

Avez-vous eu des réactions officielles des dirigeants de la NASA après la publication de votre livre ?

Absolument aucune ! J’ai eu par contre beaucoup de réactions – d’ailleurs souvent très favorables – de personnes qui ont travaillé pour la NASA, ou de diverses organisations dont certaines m’ont dit : « La NASA, c’est nous : la même chose se passe chez nous ! »

Le cas Challenger illustre votre thèse plus générale selon laquelle les erreurs sont socialement construites et systématiquement produites par toute structure sociale. Cela implique-t-il que les erreurs soient inévitables et qu’un certain fatalisme soit dès lors de mise ?

Oui, les erreurs sont inévitables, ne serait ce que parce que dans un système complexe, surtout lorsqu’il est innovant, il est impossible de prédire ou contrôler tous les paramètres d’une situation. Mais il est capital qu’une organisation prenne acte de la dimension sociale des erreurs produites en son sein et agisse en conséquence. Un pas dans ce sens a été accompli par exemple par certains hôpitaux américains. Ici à Boston, de nombreuses études ont abordé le problème des erreurs médicales en se penchant sur la complexité du système hospitalier. Ce qui auparavant était perçu comme l’erreur d’un individu devient une erreur dont la cause est aussi à chercher du côté du système lui-même, en particulier dans la division du travail au sein de l’hôpital. Ce n’est plus seulement la responsabilité du chirurgien ou de l’anesthésiste, mais aussi celle du système qui lui impose un planning chargé.

Faut-il donc chaque fois élargir le champ de l’analyse ?

En effet. Si vous voulez vraiment comprendre comment une erreur est générée au sein d’un système complexe et résoudre le problème, il ne faut pas se contenter d’analyser la situation au niveau individuel, c’est l’organisation dans son ensemble qu’il faut considérer et, au-delà de l’organisation elle-même, son contexte politique et économique. On a vu dans le cas de Challenger que les conclusions auxquelles on aboutit alors sont bien différentes de celles délivrées par une analyse des actions individuelles.

Mais les situations ne sont-elles pas parfois trop complexes pour que cette approche soit réalisable en pratique ?

Je ne le crois pas. On peut cependant considérer, comme le fait notamment Charles Perrow dans son livre Normal Accidents1 , qu’étant donné le caractère inévitable des erreurs générées par certains systèmes en raison de leur complexité, mieux vaudrait se passer complètement de ces systèmes « trop complexes ». Les centrales nucléaires seraient un exemple de tels systèmes. Mais bien évidemment, cette position est indéfendable pour d’autres systèmes complexes comme les hôpitaux.

Quelle leçon peut-on tirer de cette approche en matière de contrôle social d’une organisation ?

Elle suggère qu’une politique de blâme individuel n’est pas suffisante car elle sort de leur contexte les « mauvaises décisions » en négligeant les facteurs organisationnels qui ont pesé sur ces décisions. Dès lors, les instances de contrôle, tout comme le public, croient à tort que, pour résoudre le problème, il suffit de se débarrasser des « mauvais décideurs ». Or, on a vu avec le cas de Chal- lenger qu’il n’en était rien. Une stratégie punitive doit s’accom-pagner d’un souci de réforme des structures et de la culture de l’organisation. Ce qui supposerait par exemple de pouvoir légalement mandater des intrusions dans ce qui est traditionnelle-ment considéré comme son domaine privé.

Vous travaillez actuellement sur le contrôle aérien. Qu’attendez-vous de cette étude ?

Les contrôleurs aériens sont connus pour être capables de détecter des anomalies avant que celles-ci ne génèrent des erreurs irrattrapables. L’histoire de Challenger montre qu’il y a eu de nombreux signaux de danger avant l’accident, qui n’ont pas été pris en compte comme tels. Il me semblait donc logique de m’intéresser à une situation où les gens peuvent expliquer comment ils identifient des signaux d’alarme et prennent les « bonnes » décisions. J’espère alors en tirer des leçons utiles aux organisations soucieuses de minimiser la gravité des erreurs qu’elles produisent systématiquement.

Propos recueillis et traduits de l’américain par Stéphanie Ruphy.

1 C. Perrow, Normal Accidents : Living with High-Risk Technologies , Princeton University Press, 1999

Voir aussi:

En théorie, tout est une question de timing
Entretien avec Diane Vaughan
Réalisé et traduit par Arnaud Saint-Martin
Zilsel/Cairn
2017/2 (N° 2), pages 185 à 222

Diane Vaughan est bien connue pour la recherche classique qu’elle a consacrée à l’accident tragique de la navette spatiale Challenger, survenu en 1986. Dans un livre important paru exactement dix ans après le crash, la sociologue étasunienne proposait une analyse très documentée de la banalisation du risque à la Nasa, qui avait conduit les ingénieurs à prendre des décisions mortelles. Cela a été lu comme largement contre-intuitif dans la presse et parmi les professionnels de la gestion des risques et des désastres, car l’interprétation qui dominait jusqu’alors consistait à individualiser la faute dans un registre très moraliste. L’explication par les structures et la culture d’une organisation aussi complexe que la Nasa montre à l’inverse comment une déviance s’est normalisée au gré des missions du programme de la navette, à travers des décisions qui ont précipité une catastrophe que personne n’avait évidemment désirée. Diane Vaughan révèle ici la force explicative d’un modèle théorique sociologique général, qu’elle s’est efforcée d’affiner et d’appliquer à plusieurs objets empiriques tout au long de sa carrière, amorcée dans les années 1970.

Dans cet entretien réalisé à New York au printemps 2014 puis complété durant l’été 2017, on suivra les itinéraires intellectuels de l’auteure, professeur à l’université Columbia depuis 2005. On y découvrira ses premières recherches sur la criminalité en col blanc et la séparation conjugale, puis les tâtonnements et révélations sur le terrain de Challenger. On ne tardera pas à repérer un pattern intellectuel très particulier en même temps qu’il vise la montée en généralité : sans se disperser, Diane Vaughan approfondit des thèmes théoriques qui lui sont chers, tout en se laissant surprendre sur le(s) terrain(s). Ses explications peuvent intéresser des publics en dehors du champ académique. C’est le cas, surtout, de son travail sur Challenger, qui l’a installée dans les médias aux États-Unis comme experte des échecs organisationnels, surtout après l’accident de l’autre navette Columbia en 2003. Cet exercice non prémédité et « par accident » [1][1]Diane Vaughan, « Public Sociologist by Accident », Social… de public sociology aura été aussi formateur qu’engageant pour une chercheuse qui se percevait au départ comme « académique ». C’était l’occasion d’enseigner la sociologie hors les murs et le confort du département universitaire. Outre les précisions apportées sur ses recherches, la conversation qui suit illustre par l’exemple les vertus de la recherche patiente et obstinée, à distance des standards du « publish or perish » ou du « demo or die ». Diane Vaughan est de ces sociologues qui ne transigent pas avec les nécessités de l’enquête et qui publient lorsqu’elles ou ils estiment que la recherche est suffisamment mûre pour l’être, et pas avant. Quitte à passer des années dans l’invisibilité, pour cause de prospection, de vérifications et de « revisites » sur le terrain. L’ouvrage sur l’accident de Challenger est un modèle en la matière, comme le sera sans doute son nouveau livre sur le contrôle du trafic aérien, dont elle avait amorcé la préparation… à la fin des années 1990. Dernier aspect remarquable qui ressort de l’entretien : au fil des enquêtes et des prises de position publiques, Diane Vaughan s’est efforcée de combiner toutes les dimensions d’une activité intellectuelle qui alterne entre les phases de recherche, d’enseignement, de conseil ou l’intervention publique, sans rien renier de l’exigence théorique élevée qui continue d’être la sienne. Chacun de ces pôles enrichit les autres sans se confondre pour autant. C’est une équation toute personnelle mais, à voir ce qu’elle promet de découvertes et d’heureuses surprises dans cette vie de recherche, il est sans doute bon de s’en inspirer.
Une certaine fascination pour le côté obscur des organisations

Zilsel — Vous avez longtemps travaillé sur les dysfonctionnements, les échecs organisationnels et ce que vous avez appelé la « normalisation de la déviance ». Votre enquête sur le crash de Challenger est votre contribution la plus connue dans ce segment des sciences sociales. Une problématique a peu à peu émergé, que vous n’avez pas cessé d’enrichir au moyen d’un modèle théorique général, celle qui concerne la relation entre les facteurs structurels et les comportements déviants ou illicites. Pour commencer, pourriez-vous revenir sur l’itinéraire qui vous a amenée à aborder ces thèmes classiques de la sociologie des organisations et de la déviance ?

Diane Vaughan — Durant mes études de master puis de thèse, je me suis d’abord intéressée aux phénomènes de déviance et de contrôle social, puis j’ai découvert la littérature sur les organisations. Combinant l’un et l’autre de ces aspects, j’ai choisi d’étudier la criminalité en col blanc en tant que phénomène organisationnel. C’est le sujet de ma thèse, que j’ai soutenue à l’université d’État de l’Ohio en 1979. Je me suis appuyée sur une étude de cas. Deux organisations sont impliquées : la première, une chaîne de pharmacies discount de l’Ohio, Revco, s’était rendue coupable de fraudes contre l’autre organisation, l’administration publique en charge de l’assurance santé (Medicaid), à qui une double facturation était transmise par voie informatique par les pharmaciens. 500 000 dollars ont ainsi été collectés de façon illégale, jusqu’à ce que les deux cadres responsables de l’opération soient pincés en 1977 suite à une enquête des autorités judiciaires. L’affaire a été aussitôt réglée : Revco a plaidé coupable, a restitué 50 000 dollars, tandis que les deux fautifs ont payé une amende de 2000 dollars chacun. Mais, et c’est ce qui rend le cas intéressant en soi, les deux employés ont dit avoir mis en place le système des fausses prescriptions parce que les services de Medicaid rejetaient en masse les prescriptions à rembourser. C’était donc une façon détournée de recouvrer les fonds non perçus et de rééquilibrer les comptes de Revco. Au-delà des agissements individuels, les organisations se trouvaient mises en cause et il n’était pas évident de savoir qui était la victime et qui était le coupable. À partir de la chronologie des événements, des données recueillies sur le cas par divers services d’investigation officiels ou de Revco, mais aussi des interviews que j’ai réalisées, je me suis efforcée d’expliquer d’une part comment et pourquoi cette fraude a été rendue possible et, d’autre part, quels moyens réglementaires et de contrôle ont été mis en place pour y faire face. En plus de l’aspect monographique, j’ai développé un modèle théorique causal. J’ai analysé notamment les effets de la pression de l’environnement concurrentiel sur les organisations et la façon dont elles y répondent, au risque d’altérer leur fonctionnement, toujours plus complexifié par la multiplication des règles et des procédures. J’ai aussi intégré le fait qu’elles offrent et reconnaissent les moyens légitimes d’accéder à des objectifs (s’agissant de Revco, tirer des revenus de la vente de médicaments), tout en créant les conditions structurelles des écarts de conduite pour les atteindre. J’ai compris combien la théorie de l’anomie de Robert K. Merton – une source d’inspiration essentielle pour moi – peut s’appliquer ici. Selon le schéma mertonien, les deux employés ont « innové » en adaptant les moyens et les règlements aux fins légitimes de l’organisation, qui étaient contrariées par le système Medicaid et donc menaçaient sa survie. Le dysfonctionnement dans le système de transaction entre les deux organisations crée une opportunité de comportement illicite ou de viol des règles pour réaliser les objectifs. Avec cette première recherche académique qui s’est transformée en un livre [2][2]Diane Vaughan, Controlling Unlawful Organizational Behavior :…, j’ai dégagé un modèle théorique général, qui permet de comprendre comment les organisations répondent aux pressions d’un environnement externe, dans la structure sociale de la société américaine. À terme, je souhaitais appliquer cette idée d’une pression structurelle sur d’autres types d’organisation, à but non lucratif en particulier.

Après la thèse, j’ai bénéficié d’une bourse postdoctorale de trois ans à l’université de Yale. En même temps que je finissais de rédiger mon premier livre, mes recherches m’ont portée vers d’autres réalités que la fraude en entreprise. Alors que j’étais étudiante, j’ai rédigé un article sur la séparation conjugale, que j’ai appelée « découplage » (uncoupling) [3][3]Diane Vaughan, « Uncoupling : The Process of Moving from One…. J’ai approfondi le sujet lorsque j’étais à Yale, puis à Boston après mon recrutement au Wellesley College Center for Research on Women. J’ai réalisé une centaine d’interviews pour cette enquête. Les gens avec qui je me suis entretenue étaient en union libre ou mariés, gays ou hétérosexuels. J’observais un couple, à la façon d’une organisation minuscule, au moment critique où la relation rompait ou après la séparation. J’ai fini par en faire un livre, Uncoupling [4][4]Diane Vaughan, Uncoupling : Turning Points in Intimate…. Des références traversent ces recherches, par exemple la théorie du signal de l’économiste « nobélisé » Michael Spence, qui peut s’appliquer autant aux entreprises qu’aux relations intimes dans le couple. Comment les organisations fondent-elles leurs choix lorsqu’elles recrutent et que les candidats sont nombreux ? La réponse est économique : il est trop coûteux de connaître à fond chaque candidat, si bien que les organisations émettent des jugements sur la base de signaux. Ces derniers sont de deux sortes : d’une part, des indicateurs qui ne peuvent pas être changés, comme l’âge ou le sexe (à l’époque, il n’était pas possible de le changer). D’autre part, des signaux d’ordre social : où avez-vous obtenu votre diplôme ? Qui vous recommande ? Quelle est votre expérience professionnelle ? Ces seconds signaux peuvent être manipulés, truqués, ce qui rapproche de la problématique de la fraude. La théorie du signal s’applique aussi dans Uncoupling : malgré l’expérience d’une rupture relationnelle soudaine, souvent vécue comme traumatique ou chaotique dans nos vies, l’hypothèse que j’ai faite était de dire par contraste que la transition est graduelle : le découplage est une suite de transitions. Je n’ai pas tardé à le vérifier durant les interviews, lors desquelles je demandais aux personnes séparées de retracer la chronologie de leur relation. Une même logique était à l’œuvre : une des deux personnes, initiatrice, commence à quitter la relation, socialement et psychologiquement, avant que l’autre ne réalise que quelque chose ne fonctionne plus. Le temps qu’elle le comprenne, qu’elle en perçoive le signal, il est trop tard pour sauver la relation. Certes pas toujours, puisque quelquefois les personnes parviennent à inverser le processus, parce qu’ils savent comment traiter l’information ; mais en général, c’est cette trame qui organise le découplage. Il est frappant de voir que dans ces petites organisations les gens peuvent tomber en morceaux sans même le remarquer ni agir contre. Une longue période d’incubation précède la rupture, les initiateurs envoient des signaux, les partenaires les interprètent (ou pas), mais quoi qu’il arrive, selon les buts ordinaires de l’organisation (le couple) la rupture ne fait pas partie du plan initial.

Je commençais à y voir plus clair dans ces processus, analogues malgré les échelles d’analyse, mais il me manquait encore des données sur des structures bien plus grandes. J’ai envoyé le manuscrit d’Uncoupling à mon éditeur en décembre 1985. Un mois plus tard, le 28 janvier 1986, Challenger explosa. La presse a ramené l’explosion à un exemple d’inconduite organisationnelle. Cela se rapprochait de mes premiers cas d’étude – à ceci près que cela concernait une organisation à but non lucratif, la Nasa – et j’ai commencé à enquêter.

Zilsel — Au moment où vous constatez les analogies avec vos premiers objets et que vous débutez le travail sur l’accident de Challenger, quel est votre niveau de familiarité avec l’astronautique et ce que pouvaient éventuellement en dire les sciences sociales ?

Diane Vaughan — J’en ignorais tout ! Je ne connaissais pas non plus les Science & Technology Studies (STS) qui m’aideront à analyser les aspects technologiques. J’ai commencé à travailler à partir de mon modèle théorique. Je n’étais pas complètement dépaysée parce que j’avais étudié le crime organisationnel au moyen de l’informatique dans mon premier livre. Lorsque j’ai amorcé le projet en 1986, je bénéficiais d’une résidence d’un an au Center for Socio-Legal Studies, à l’université d’Oxford. Deux choses importantes me sont arrivées sur place. La première : à l’issue d’un de mes exposés au Centre, un auditeur m’a suggéré de lire l’article « Unruly Technology » de Brian Wynne [5][5]Brian Wynne, « Unruly Technology : Practical Rules, Impractical…, que je ne connaissais pas. Je l’ai dévoré aussitôt et cela m’a ouvert des perspectives fantastiques, notamment la découverte des STS.

Une recherche sérendipienne et pleine d’effets inattendus
À propos de Diane Vaughan, The Challenger Launch Decision : Risky Technology, Culture, and Deviance at NASA, Chicago, University of Chicago Press, 1996.
Ce n’était certes pas prémédité, mais l’accident a bel et bien eu lieu : le 28 janvier 1986, la navette spatiale Challenger se désintégrait en plein ciel 73 secondes après son lancement. Cette tragédie nationale suivie en direct par la Nation tout entière a aussitôt remis en question l’aura d’infaillibilité de la Nasa. Le public s’était peu à peu habitué à l’idée d’une « démocratisation » prochaine de l’accès à l’espace, au moyen d’un véhicule expérimental et high tech, qui embarquait des civils dans cette vingt-cinquième mission STS-51-L, en particulier une institutrice médiatisée pour l’occasion, mais voilà que la confiance dans la sûreté de la technologie s’est aussitôt dégradée. La Commission présidentielle diligentée pour faire la lumière sur les causes de l’accident a rapidement identifié le problème : fragilisé par le froid glacial, un joint d’étanchéité du propulseur d’appoint à poudre s’éroda puis céda dès après le lancement et précipita l’explosion du segment puis la désintégration de la navette. Les directeurs de vol au centre spatial Kennedy de Cap Canaveral en étaient pourtant informés et, durant une téléconférence la veille, ils ont été de nouveau mis en garde par des ingénieurs de la compagnie Thiokol qui fabriquait les fusées d’appoint pour la Nasa. Néanmoins, ils ont finalement décidé de programmer le lancement après sept reports. Pourquoi cette décision a-t-elle été prise malgré les alertes sur la possible rupture des joints dans ces conditions ? Diane Vaughan y répond en dévoilant les mécanismes par lesquels les risques techniques ont été normalisés les années avant le désastre. Elle montre comment la culture organisationnelle des centres techniques de la Nasa, fondée sur l’exploit et l’idéologie de la frontière à dépasser (« Can do ! », p. 209), installe les déviations techniques comme autant de réalités normales.
« Immergée » dans cette culture, Diane Vaughan ne perd jamais le lecteur, ce qui est une prouesse parce que ce gros livre de 575 pages fourmille de détails techniques, de savoirs experts et d’acronymes pour ingénieurs. L’usage d’une trame chronologique s’avère ici précieux pour comprendre comment le risque a été « culturellement » construit, après que des décisions ont été prises de lancer la navette malgré la connaissance des anomalies, en fait très nombreuses et constitutives de la technologie. Les anomalies étaient la norme, notamment celles sur les joints des boosters qui avaient été décelées dans des lancements antérieurs, le risque devenait « acceptable » et n’était plus référé à la hiérarchie. La sociologue navigue entre les échelles micro des conduites et des perceptions individuelles et interindividuelles, méso des organisations (de leur structure sociale et culturelle, de leur accès aux ressources rares, en particulier les budgets), et macro de l’environnement socio-politique et de la culture étasunienne. Les facteurs extérieurs (agenda et contraintes de la politique intérieure, géopolitique, compétition internationale sur le marché de l’industrie spatiale, etc.) pèsent lourd dans la prise de décision et, plus largement, sur l’évolution des activités du secteur aérospatial, tout comme les rapports de force et les conflits « culturels » entre les acteurs, singulièrement entre les ingénieurs de la Nasa et les entreprises sous-traitantes comme Thiokol, chargée de fabriquer les fusées d’appoint. La pression sur les ingénieurs de la Nasa et des entreprises sous-traitantes était immense tout au long du programme, et tout particulièrement la veille du lancement fatal, mais ce n’est pas le seul facteur qui explique la décision malheureuse d’autoriser le lancement ; cette pression faisait partie de l’environnement de travail ordinaire des ingénieurs, qui en réalité ne faisaient que suivre un protocole normal sous contraintes organisationnelles fortes : aucune règle n’a été violée alors qu’on sait maintenant que les ingénieurs ont commis une lourde erreur (p. 68).

Diane Vaughan reconstitue cette histoire contre-intuitive dans un récit « révisionniste » extrêmement précis, qui contredit le récit qui avait cours. Ce récit mettait en scène l’évidence d’un calcul amoral (amoral calculation) de responsables, coupables d’avoir « joué à la roulette russe » pour de grosses poignées de dollars (chaque report de lancement est infiniment coûteux et menace la survie budgétaire du programme). Les chapitres qui suivent sont autant d’explorations des trois grands facteurs qui expliquent la « normalisation de la déviance » dans le processus de décision : (1) la production d’une « culture » propre à un groupe de travail (autour des fusées d’appoint) au filtre de laquelle le risque est normalisé et le processus de décision configuré (patterned), durant les premières missions où les signaux de danger potentiel avaient été distingués (chapitres 3 à 5) ; (2) la « culture de la production » avec ses normes et croyances, caractéristique des mondes de l’aérospatial (qui incluent la Nasa, les industriels, etc.), culture qui engendre une construction « indigène » de l’acceptabilité du risque (chapitre 6) ; (3) le « secret structurel » autour de la circulation contrainte et parfois même empêchée de l’information au sein de l’organisation, qui altère la perception des signaux de danger potentiel (chapitre 7). Informant cette théorie de la normalisation de la déviance, la trame chronologique coupe court avec les explications rétrospectives qui concluent à l’inévitabilité de l’explosion de la navette sans la rapporter au processus par lequel, à force de dérogations, celle-ci a été rendue possible. Abrégée en 50 pages dans le chapitre 9 faute de place ( !), la « description ethnographique dense » de la nuit qui a précédé le lancement achève de restituer l’événement, à la façon d’un scénario de film catastrophe. Le chapitre 10 propose enfin de monter en généralité : la théorie de la normalisation de la déviance est testée sur d’autres organisations, et l’auteure d’esquisser par ces comparaisons structurelles une analyse sociologique de l’organisation sociale de l’erreur (p. 394-399).

The Challenger Launch Decision est une exploration vertigineuse du « côté obscur » de l’organisation Nasa [6], de la « boîte noire » du processus de décision (p. 196). Ce livre est remarquable pour de nombreuses raisons. D’abord, c’est un modèle d’investigation empirique et théorique, la preuve en actes que l’enquête documentaire n’est pas significative sans théorie, et vice versa. Diane Vaughan a recueilli des masses de données durant plusieurs années. Il aura fallu trier dans les 200 000 documents publiés après-coup par la Nasa et les 9 000 pages de retranscription des audiences de la Commission d’enquête. « Tout au long de ce projet, écrit-elle dans l’ouverture du livre, j’avais l’impression d’être une détective, mais ce travail de détective n’avait pas l’infaillible clarté linéaire d’une enquête de Sherlock Holmes » (p. 39). Elle a procédé de façon inductive, par l’ancrage de la théorie sur le terrain, et a invité le lecteur à la suivre dans ses cheminements. Ses interprétations tirent parti de cadres théoriques formulés ailleurs. Elle prône l’usage intensif de la « théorisation analogique », qui consiste à appliquer des concepts et des schèmes théoriques sur des objets qui possèdent des caractéristiques plus ou moins communes. Ainsi l’auteure propose-t-elle un modèle théorique à la fois très indexé à un cas (très) particulier et assez souple et générique pour autoriser des applications sur d’autres objets structurellement comparables. En plus de son apport évident aux disaster studies et à la sociologie des organisations, l’ouvrage est aussi une contribution majeure à la connaissance du fonctionnement, des arcanes et de la structure sociale et culturelle d’une méga-organisation gouvernementale, légendaire par ses accomplissements depuis Apollo mais en fait assez méconnue.

La seconde chose qui m’est arrivée est que je cherchais des précédents historiques de viol des règles au moment des décisions de lancement de la navette, mais je n’en trouvais pas. L’hypothèse initiale qui était la mienne, en phase avec la compréhension traditionnelle des accidents, est que la décision résulte d’un « calcul amoral », de type coûts/bénéfices : sous la pression, les directeurs de vol connaissent les risques mais, escomptant une issue favorable, ils décident malgré tout et sciemment du lancement. Le viol des règles de sûreté est dès lors intégré dans le processus de décision qui précède l’explosion. En fait, cela contredisait mon hypothèse de départ qu’ils se conformaient à toutes les règles. J’ai commencé à examiner les documents d’ingénierie. Brian Wynne souligne que les ingénieurs qui travaillent avec des technologies peu sûres inventent des règles pour « fonctionner » avec ces données, au gré d’une pratique qui se transforme, et cela normalise le processus de façon ad hoc. Mon dieu, ce fut une révélation ! J’ai tout jeté et j’ai recommencé à zéro. Ma question était simple : pourquoi décidèrent-ils de lancer Challenger ?

Zilsel — L’enquête n’est pas facilitée par le fait que, comme vous l’avez souligné dans un article [7][7]Diane Vaughan, « The Dark Side of Organizations : Mistake,…, la Nasa est un exemple parmi d’autres de ces gigantesques bureaucraties techno-scientifiques qui génèrent des quantités littéralement astronomiques de documents. Lorsqu’on lit la monographie sur Challenger, on est frappé par la masse d’archives et de sources de statut divers – rendue accessible par les autorités – que vous avez utilisée pour documenter les processus ayant mené à l’accident. Comment avez-vous procédé pour gérer l’abondance de ces données, dont la maîtrise technique est essentielle pour bien cerner les enjeux ?

Diane Vaughan — Je n’ai pas tout lu ! Il a fallu que je m’organise pour comprendre complètement la logique des événements. Il le fallait avant de réaliser les interviews. J’ai procédé de façon chronologique, à partir des sources historiques publiquement accessibles. J’ai commencé par éplucher les cinq volumes de la commission, les uns après les autres. Le premier rassemble des synthèses, d’autres contiennent des séries de témoignages devant la commission d’enquête. Au fur et à mesure, j’ai repéré les indices d’un pattern régulier, en particulier les problèmes que la commission éprouvait pour comprendre le langage bureaucratique de la Nasa, illustrés par exemple dans le débat ésotérique au sujet des dérogations de lancement (Launch Constraint waivers) : malgré la présence d’anomalies sur les fusées d’appoint à poudre qui a causé l’accident, les ingénieurs de la Nasa et du sous-traitant Thiokol ont jugé le risque « acceptable ». J’ai commencé à saisir le langage technique, ce qui est crucial, mais aussi les différentes positions occupées par les acteurs impliqués dans le programme, le problème lié aux propulseurs d’appoint, en bref comment le système fonctionne. J’ai vite remarqué que les interprétations étaient loin de converger, parce que les gens occupaient des positions différentes dans la structure de l’organisation. Rien d’étonnant : lorsqu’on enquête sur des organisations complexes, on obtient des discours parfois très contradictoires au sujet d’un même phénomène. Cela ne signifie pas que certains mentent tandis que d’autres livrent la vérité la plus absolue ; cela signifie bien plutôt que la position de chacun dans la structure de l’organisation détermine ce qu’il sait et comment il interprète la situation.

En plus des premières lectures, je me suis rendue aux Archives nationales, à Washington DC. J’y ai visionné l’ensemble des vidéos enregistrées aux audiences. J’ai observé les dépositions des témoins, la façon dont ils exprimaient leurs sentiments, le son de leur voix, etc. Ce n’est pas vraiment lisible dans le livre, mais cela m’a été très utile. J’ai appris à les connaître. J’ai passé également trois semaines aux Archives à photocopier des transcriptions réalisées par des avocats chevronnés que la Commission Rogers avait recrutés pour l’investigation. Ils ont interviewé diverses personnes, pour documenter la veille du lancement et l’histoire de la prise de décision sur les fusées d’appoint à poudre. J’ai aussi obtenu la permission de consulter des copies de documents d’ingénierie sur les décisions de lancement. Je disposais d’un immense stock d’informations ! C’est pourquoi j’ai vite compris qu’il était plus simple de traiter ces données de manière chronologique. J’ai commencé par le premier lancement, puis je me suis intéressée aux documents sur les lancements ultérieurs et je n’ai pas cessé de répéter ce processus d’enquête itératif.

Zilsel — Vous définissez votre démarche comme relevant de l’« ethnographie historique ». Cela consiste à suivre les traces, les textes, en les situant dans des environnements pratiques particuliers. Pourriez-vous resituer la façon dont vous est venue cette idée et comment vous l’avez mise en œuvre sur le terrain ?

Diane Vaughan — J’entends par « ethnographie historique » une analyse historique de séquences d’événements basée sur les documents disponibles. Cela s’est imposé à moi parce qu’il m’était indispensable de retourner dans le passé. L’ethnographie renvoie ici à la compréhension de la signification que revêt une situation pour les personnes qui vivent dans un monde différent du vôtre. Le but est de reconstruire les croyances culturelles et une vision du monde, d’interpréter les informations dont les acteurs disposent et auxquels ils ont accès, mais aussi ce qu’ils en font. Cela peut concerner, par exemple, toute la documentation des ingénieurs sur la revue d’aptitude au vol, qui implique un vocabulaire précis, un protocole, une manière de définir la situation. Je disposais des transcriptions des témoignages et les données empiriques sur chaque revue d’aptitude au vol, ce qui me permettait de comprendre comment les acteurs décrivaient la chaîne de décisions, à comparer ensuite avec les protocoles.

J’ai étudié cela des années durant, de 1987 à 1992, et dans l’intervalle j’ai écrit les trois premiers chapitres sur la normalisation de la déviance. Puis, je suis revenue en arrière, j’ai trouvé de nouveaux éléments, j’ai sans cesse révisé mes premières interprétations du processus, qui n’étaient pas complètement correctes. C’est ainsi que j’ai repéré que cela se répétait à chaque décision de lancement, après que les responsables de vol ont décidé d’ignorer les anomalies. J’ai également compris pourquoi à tel moment au contraire, ils avaient tenu compte des anomalies. Des signaux d’alerte précoces et des signaux mêlés leur étaient parvenus. Ils ont identifié une anomalie à l’occasion d’un vol, mais trois lancements furent décidés à la suite sans accrocs. Chaque décision s’accompagne d’un degré élevé d’incertitude.

Après avoir approfondi au maximum la documentation que j’avais rassemblée, je me suis rendue en 1992 au Marshall Space Center de la Nasa, à Huntsville (Alabama), pour réaliser des interviews avec les personnes clés. J’y ai rencontré Roger Boisjoly, j’ai fini par bien le connaître. J’ai interviewé de même Leon Ray, la personne qui en savait le plus, qui n’était pas présent la nuit du lancement ; il était en charge des affaires techniques, il avait travaillé à fond sur le vol. J’ai rencontré aussi Larry Mulloy, Larry Wear – qui était l’ingénieur en chef – d’autres personnes encore, dont j’oublie les noms. J’ai réalisé des interviews téléphoniques en plus, pour compléter l’information. Toutes ces personnes sont restées en contact avec moi. Je pouvais revenir vers eux quand j’avais des questions. Il fallait à chaque instant que je maîtrise l’histoire pour que les échanges soient consistants, parce qu’ils ont compris ce que j’étais en train de faire, et saisi que je n’étais pas d’accord avec les résultats de la commission. Mais suffisamment de temps était passé depuis le crash, si bien qu’ils ont tous accepté de me parler.

Cette expérience de recherche fut incroyablement riche. D’autant plus que, pour les acteurs rencontrés, l’événement a été traumatique. J’aurais dû écrire un appendice méthodologique pour en analyser les enjeux, mais le livre était tellement long déjà… Les récits que les gens font des accidents traumatiques rappellent les ruptures dans les relations intimes, ils sont typiques parce qu’ils commencent par exprimer une confusion vis-à-vis de ce qui est arrivé. Les témoins ont besoin de revenir en arrière et de reconstruire l’histoire d’une façon ordonnée, afin de la comprendre. Mais j’étais convaincue, sur la base de tous ces enregistrements écrits et oraux du passé, que cela coïncidait avec ce qu’il s’était passé. L’histoire que je reconstituais devait être la plus détaillée possible, parce que personne ne savait tout ce que je savais après tant d’années de recherche. Tant de personnes ont publié sur l’accident, le matériau était immense… Donc, il y avait toutes ces sources sur un événement qui était devenu « historique », ce qui justifiait encore l’idée d’« ethnographie historique ».

Zilsel — Et des « descriptions denses » et parfois très techniques de l’ethnographie historique jusqu’à la modélisation sociologique, comment s’est opérée la transition ?

Diane Vaughan — L’analyse s’est peu à peu consolidée. Je combinais le niveau micro de la prise de décision et de la normalisation de la déviance et l’idée d’un pattern régulier dans l’organisation. J’ai mis en lumière l’effet de l’environnement concurrentiel sur la production de la « culture Nasa ». La pression externe sur l’agence provoquait périodiquement des changements dans l’organisation, cela affectait ce que les gens disaient et faisaient. Jusqu’à des situations-limite, où l’on impose des cadences impératives à des ingénieurs qui travaillent H24, semaine après semaine… J’enrichis ensuite par le concept de « secret structurel », à partir de l’intervention des acteurs réglementaires (regulators) externes et l’activité de ceux qui, dans l’organisation, disposent d’un statut réglementaire officiel. L’information sur les anomalies devenait toujours plus mince et réservée aux strates supérieures de la hiérarchie. Ce sont autant de pièces du puzzle. Mon modèle théorique permettait ainsi de comprendre que la décision ne relevait pas de l’inconduite intentionnelle, mais il aura fallu le démontrer, ce dont je n’étais pas sûre à 100 % au départ. C’est en étudiant à fond tous les lancements de la navette que j’y suis parvenue. J’ai compris qu’il y avait un problème lorsque le lancement était prévu un jour de froid. Quand j’ai tout mis bout à bout, je me suis rendue compte que c’était la première fois que l’on disposait d’un récit complet du processus de lancement de Challenger. Mais il me restait encore à expliquer que ce processus ne résultait pas d’une forme d’inconduite, mais plutôt d’une erreur structurellement liée à l’organisation. Des signaux ont été manqués, des pressions ont été exercées dans la production, qui ont affecté l’interprétation des données. Personne ne voulait faire exploser la navette. Personne, absolument personne. Larry Mulloy m’a confié lors d’une interview que le problème des joints sur la fusée à poudre d’appoint était l’un des moins sérieux sur la navette, les problèmes étaient nombreux et normaux parce qu’il s’agissait d’une technologie expérimentale ; ils s’attendaient à avoir des problèmes, celui-là était celui qui préoccupait le moins. Des anneaux en caoutchouc qui scellaient des joints sur les fusées et risquaient de lâcher, cela n’était rien par rapport au système de parachutes utilisé pour récupérer des fusées coûtant des milliards de dollars.

Zilsel — C’est donc une très longue histoire : entre l’accident de Challenger et la publication de votre livre, dix ans se sont écoulés…

Diane Vaughan — L’un des privilèges d’être professeure titulaire (tenure) est que vous pouvez travailler sans hâter les choses. Si j’avais été sous la pression de publier après un an seulement, le résultat aurait été dévastateur puisque je sais maintenant que je me serais trompée complètement dans l’analyse, ce que j’explique dans un des chapitres du livre… Mais comme cela prenait toujours plus de temps et que l’on s’éloignait du crash, je me suis dit que personne ne s’y intéresserait. J’ai écrit les derniers chapitres l’année avant le dixième anniversaire de l’accident de Challenger. Au moment où j’ai envoyé mon manuscrit, en juin 1995, j’ai demandé à mon éditeur s’il pouvait sortir le livre dans les six mois, ce à quoi il m’a répondu qu’en principe cela prenait plutôt une année. Qu’à cela ne tienne, j’ai accéléré la rédaction et j’y suis arrivée ! En novembre 1995, une centaine d’exemplaires a été envoyée aux médias. La publication était envisagée le 28 janvier 1996, date d’anniversaire de l’accident. Tous les journalistes chargés de couvrir l’événement se sont jetés dessus. Ce fut sportif. J’ai été occupée de novembre jusqu’à l’anniversaire, et encore des années après par d’incessantes sollicitations académiques et de conseil. En point d’orgue de cette médiatisation, Malcom Gladwell, journaliste du New Yorker qui s’intéressait au processus de décision sans me connaître, a publié le 22 janvier un long article intitulé « Blowup » [8][8]Malcolm Gladwell, « Blowup », The New Yorker, 22 janvier 1996.. Mon livre y occupait une bonne place. Il a ensuite été chroniqué des dizaines de fois dans les plus grands journaux américains, à la une du New York Times, et jusqu’en Angleterre, dans le Times et l’Independant. C’était impressionnant et inattendu que dix ans après, ce livre épais puisse attirer autant l’attention. Tous les comptes rendus étaient favorables, y compris dans les revues académiques. Quand l’accident de Columbia est survenu en 2003, tout le monde savait que j’étais la personne la plus qualifiée pour livrer mon analyse « à chaud ». Et mon livre a encore été commenté.

Les Science and Technology Studies : une rencontre fortuite

Zilsel — C’est à l’occasion de vos recherches sur Challenger que vous avez découvert les STS, et en particulier le travail de Brian Wynne qui a influé sur votre analyse des pratiques des ingénieurs. Pourriez-vous revenir sur ce moment ? Quel a été l’effet sur la suite de votre carrière ?

Diane Vaughan — Je ne suis pas devenue une « chercheuse STS », j’ai plutôt utilisé la littérature qui relève de ce domaine et j’ai rencontré des chercheurs. C’est la même chose avec les organization studies ou la sociologie de la déviance. Dans ces domaines, surtout dans les STS, c’est l’aspect totalement éclectique qui m’a séduite et qui convenait à la façon dont je travaille. Mais pour autant, ma démarche était très éloignée de ce que faisaient les autres en STS. Je me rappelle la première fois que j’ai rencontré Harry Collins, à Bristol de mémoire. Nous nous sommes installés dans son bureau et il m’a lancé, enthousiaste : « Diane vous tombez du ciel ! Comment en êtes-vous venue à travailler là-dessus ? ! » Alors que le domaine commençait à devenir visible dans le monde académique, j’apparaissais ainsi, sans prévenir ! En fait, je travaillais seule depuis une dizaine d’années, sans lien avec ces domaines. Je tirais les éléments qui m’étaient utiles de diverses littératures, dans le seul objectif de m’aider à structurer mon cadre d’analyse théorique. J’avançais de la sorte, en agrégeant ces sources et en rencontrant de nouveaux collègues, qui m’apportaient en retour de nouveaux éléments. Ce fut le cas avec l’article déclencheur de Brian Wynne.

Zilsel — Vous qualifiez les STS d’éclectiques. Le mot est sans doute bien choisi pour décrire l’état d’effervescence des premières années. Pour autant, nombreux sont les chercheurs dans le domaine qui s’efforcent de le transformer en discipline autonome, donc pas si éclectique et interdisciplinaire que cela. Comment considérez-vous cette tension entre la constitution interdisciplinaire originelle (celle qui était mise en avant au début des années 1970) et l’ambition d’institutionnaliser un segment disciplinaire relativement indépendant des disciplines canoniques (histoire, philosophie et sociologie des sciences), que l’on peut voir à l’œuvre dans les Handbooks et les Readers ?

Diane Vaughan — Je ne pense pas qu’il y ait de tension. Il me semble logique que les STS souhaitent être plus fortes dans le but de se développer. Elles sont déjà en elles-mêmes interdisciplinaires. Et puis, cela se diffuse quoi qu’il advienne, cela fonctionne. Je ne me suis pas rendue à un congrès de STS ou de la Society for Social Studies of Science (4S) depuis bien longtemps. Je suis allée à San Diego en 2013 et j’étais impressionnée par le programme. Il tenait dans un petit livret, comme une petite Bible, et vous pouviez très rapidement constater la diversité des thèmes. Des gens qui travaillent sur tout ce que vous pouvez imaginer y présentaient leurs recherches, par exemple le big data. C’est très actuel, très important. Vous savez, je ne pense pas qu’il y ait encore beaucoup d’études de laboratoire. Ce n’est plus le cœur des STS. Si vous regardez seulement les fondateurs et la façon dont leur travail a évolué à travers le temps, par exemple comment Donald McKenzie est passé des statistiques aux marchés financiers, tout en écrivant pour des publics hors des STS, via le Times Higher Education, vous constatez sans peine une certaine évolution dans les thèmes autant que dans les approches. C’est le cas également de Karin Knorr-Cetina, qui a commencé sa carrière d’ethnométhodologue dans les laboratoires et qui aujourd’hui travaille à démontrer que les marchés sont des choses matérielles ; elle n’intervient pas en dehors du monde académique, mais ses résultats se propagent au-delà de ce qui est connu en STS. On peut encore mentionner la carrière de Harry Collins, depuis les études de laboratoire jusqu’à l’expertise, et maintenant il travaille sur l’expertise profane [9][9]Voir Harry Collins, Martin Weinel et Robert Evans, « The…. Je peux voir chez certains étudiants que j’encadre les effets féconds que peut provoquer la découverte du noyau théorique des STS. Ce noyau d’idées n’a pas été oublié, les études de laboratoire sont prolongées et enrichies par de nouvelles méthodes sur des objets différents ou émergents. En même temps, ce noyau théorique est renouvelé par l’ajout d’idées et d’auteurs qui avaient disparu, comme Ludwik Fleck, ressuscité par Robert K. Merton plus de quarante ans après qu’il a publié son important ouvrage The Genesis and Development of a Scientific Fact (1935).

Zilsel — Votre livre sur l’accident de Challenger est une référence classique dans les disaster studies. Que pensez-vous de ce domaine aujourd’hui de plus en plus visible à l’heure des catastrophes et de la banalisation des risques ?

Diane Vaughan — Je n’ai pas contribué de façon explicite à ce domaine, je me suis surtout focalisé sur mes études de cas Challenger et le contrôle du trafic aérien. Au début, les disaster studies n’étaient pas perçues comme mainstream. Le sociologue des organisations Charles Perrow a publié son livre Normal Accidents bien avant le mien [10][10]Charles Perrow, Normal Accidents : Living with High-Risk…, du reste ce n’était pas classé dans les disaster studies pas plus que dans les organization studies. Puis les disaster studies ont émergé. Il aura fallu attendre la crise financière pour se rendre compte de ce que l’étude des technologies à risque pouvait apporter à l’explication. Je pense notamment au travail de Donald McKenzie, bien qu’il ne soit pas un spécialiste des organisations, mais on peut aussi mentionner les recherches de Karin Knorr-Cetina sur les marchés financiers. Les STS ont beaucoup apporté à l’analyse des désastres de l’économie financière. Mais pour revenir à ma contribution, elle a été plutôt d’ordre théorique, à travers des communications programmatiques faites dans des congrès, à la 4S ou à l’American Sociological Association, ou encore via mon enseignement, puisque j’organise un séminaire sur les échecs organisationnels et un autre sur la connaissance scientifique et la technologie, qui aborde aussi ces questions. J’ai aussi publié un article dans Social Studies of Science [11][11]Diane Vaughan, « The Role of Organization in the Production of…, qui proposait précisément d’appliquer une analyse de type organisationnel sur un sujet classique de la sociologie de la connaissance scientifique. Mais en réalité, cela existait au moins de façon latente. Harry Collins a par exemple comparé deux laboratoires travaillant sur les ondes gravitationnelles, l’un situé en Italie, l’autre aux États-Unis. Son interprétation est culturelle – au sens où il essaie de rendre compte de cultures scientifiques in situ – et l’organisation est l’unité d’analyse [12][12]Harry Collins, Gravity’s Shadow : The Search for Gravitational…. Karin Knorr-Cetina ne procède pas autrement dans Epistemic Cultures, cependant qu’elle ne fait pas usage explicitement des théories sur les organisations [13][13]Karin Knorr-Cetina, Epistemic Cultures : How the Sciences Make…. Même Donald McKenzie s’est orienté dans cette direction. Je pense en particulier à un article qu’il a consacré à la crise financière de 2008 [14][14]Donald MacKenzie, « The Credit Crisis as a Problem in the…. Il montre bien comment les marchés financiers sont couplés à des technologies, et réglés par des organisations, et il est significatif qu’il discute au passage mon analyse sur Challenger. Mais cela n’a pas été approfondi plus que cela dans ces écrits. Ce qui ne veut pas dire que ça ne le sera pas plus tard, car ces idées se diffusent, elles circulent. D’autres pourraient emboîter le pas, de la même façon que je me suis appuyée sur les STS pour les adapter à mes centres d’intérêt théoriques. Quand je m’y suis retrouvée, c’était un microcosme, très interdisciplinaire et ouvert. S’y côtoyaient géographes, philosophes, politologues, sociologues, ingénieurs, etc. Il me semble que c’est toujours le cas et c’est ce qu’il y a de plus précieux. Néanmoins, force est de constater que si les STS se diffusent dans la sociologie mainstream, l’inverse n’est pas avéré. L’engouement reste limité. Peu de sociologues travaillant sur les organisations utilisent le noyau dur des méthodes et théories des STS, à quelques rares exceptions près. Me vient en tête le nom de Wanda Orlikowskio, de la Business School de New York University, longtemps directrice de publication de la revue Organization Science. C’est la même chose dans les disaster studies.

Zilsel — J’ai l’impression que dans les STS il y a une tendance à surinvestir les problèmes philosophiques, qui a donné des controverses parfois très intenses, notamment dans le cas de la construction sociale des savoirs au début des années 1990. Comme si « théoriser », ça voulait dire « faire de la philosophie » – et alors du même coup, reléguer au second plan le travail monographique qui était stratégique dans les années 1970.

Diane Vaughan — Il y a sans doute un certain intérêt pour la théorie et la théorisation, mais les efforts restent hélas trop souvent isolés, cela ne communique pas assez. La palette des concepts utiles est certes étendue. Mon concept de « normalisation de la déviance », comme d’autres – les « conséquences inattendues de l’action » de Robert K. Merton, la « flexibilité interprétative » d’Harry Collins et Trevor Pinch –, peuvent être appliqués pour rendre compte de situations et d’objets présentant des similarités de structure, mais l’intégration des concepts est insuffisante. La « flexibilité interprétative » se diffuse entre les frontières disciplinaires alors que dans les STS ce n’est presque plus cité du tout… Tout cela me conforte dans l’impression que la perspective d’une intégration et de mise en relation de ces recherches n’est pas à l’ordre du jour. C’est très individuel, ce n’est pas cumulatif. Quand vous pensez à la formation des chercheurs des STS, leur inclination à l’interdisciplinarité, cela devrait marcher dans ce sens : les géographes s’intéressent à la diffusion des idées et sont outillés conceptuellement pour l’étudier, les sociologues de la connaissance mettent l’accent sur la production de la connaissance, cela devrait communiquer en liant ces bouts. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Si bien que les interprétations individuelles continuent de prévaloir.

Zilsel — Pourtant au tout début des années 1970, il y avait des tentatives de développer une sociologie des organisations scientifiques, avec des visées intégratrices. Un peu plus tard, des propositions se sont consolidées, je pense par exemple à l’importante contribution de Richard Whitley, TheIntellectual and Social Organization of the Sciences [15][15]Richard Whitley, The Intellectual and Social Organization of…, qui propose d’utiles définitions, typologies et modélisations des types d’organisations scientifiques, applicables dans différentes disciplines à travers l’histoire des sciences. Cette démarche est tout à fait en phase avec le projet que vous mettez en avant. S’il n’est pas cité suffisamment, le livre n’en reste pas moins une source indispensable…

Diane Vaughan — Je ne connais pas ce livre… (Cherchant)

Zilsel — Ah ! C’est intéressant parce que dans mon esprit, c’est un classique des études organisationnelles appliquées aux STS. Richard Whitley a été actif dès le début des années 1970, puis s’est un peu éloigné du « mouvement STS » en se concentrant sur les transformations du capitalisme. Sans vouloir surinterpréter, que vous n’ayez pas connaissance de son ouvrage – dont la première édition n’était plus vraiment citée au début des années 1990, quand vous faites le lien avec les STS – me semble révélateur des circulations intellectuelles contrariées au sein des STS.

Diane Vaughan — C’est assez inquiétant que je sois passée à côté ! (Rires) J’ai travaillé et construit mon cadre théorique en m’inspirant des idées développées par d’autres, j’ai bricolé, c’est assez caractéristique de mes recherches. Et quand cela fonctionne sur les phénomènes que vous essayez d’expliquer, vous allez jusqu’au bout de l’explication sans nécessairement faire l’inventaire de toute la littérature, à tel point qu’il peut y avoir un angle mort et quelques oublis. Mais le plus important à la fin, c’est que votre explication tienne la route. Cela dit, j’ai passé un temps considérable à lire les revues de STS après que j’ai découvert l’article de Brian Wynne. J’ai beaucoup apprécié les débats dans certains numéros de Social Studies of Science. Ces lectures ont été formatrices.

Voyages et aventures des théorisations sociologiques

Zilsel — Il est frappant de constater combien il est crucial dans vos recherches d’entretenir une forme de continuité, depuis le premier ouvrage jusqu’au dernier à paraître. Au fur et à mesure, votre approche théorique se consolide, les lignes directrices sont toujours plus affirmées, tout en ménageant assez de souplesse dans les applications à de nouveaux objets. Est-ce un biais de présentation induit par le cadre même de notre entretien, qui mêle biographie et enquêtes, qui suppose donc de revenir en arrière avec linéarité et effet de reconstruction a posteriori, ou bien s’agit-il d’une sorte de trame épistémologique présente tout au long de votre carrière ?

Diane Vaughan — Il y a une forme de continuité, c’est indéniable. Elle s’enrichit de différents procédés, dont le plus essentiel est la comparaison analogique. C’est une idée dominante : les études de cas que j’ai réalisées partagent des données et des processus, mais qui varient en taille autant qu’en complexité. Cette question de l’analogie et surtout son usage dans la théorisation dans les sciences sociales m’intéressent beaucoup. Comme je l’ai soutenu dans une contribution à un livre sur la théorisation [16][16]Diane Vaughan, « Analogy, Cases, and Comparative Social…, nous y avons recours très souvent sans pour autant en avoir une pleine conscience. C’est pourquoi il me paraît nécessaire de rendre explicites ces usages, afin d’exploiter au mieux les potentialités du raisonnement analogique [17][17]Voir aussi Diane Vaughan, « Theorizing disaster : Analogy,…. Lorsque l’on achève un article ou un livre et que l’on essaie de généraliser à partir des résultats, on généralise nos résultats à des situations qui sont analogues sous certains aspects et critères.

C’est une partie de la réponse, mais je ne suis pas sûre que cela réponde à toute la question. Il faut également prendre en considération d’autres éléments, par exemple les processus d’induction et de déduction. Ils sont rituellement distingués. Les chercheurs peuvent reconnaître qu’ils usent soit de l’un, soit de l’autre, et de façon exclusive, mais en réalité je pense que dans le mouvement de la recherche les deux interviennent de concert. Dans The Discovery of Grounded Theory, qui est très lu ici à Columbia, Barney Glaser et Anselm Strauss soutenaient que vous devez vous engager dans un cadre de recherche sans rien savoir, en contrôlant rigoureusement l’induction, en « ancrant la théorie », mais on ne procède jamais ainsi lorsque l’on travaille sur les objets [18][18]Barney Glaser et Anselm Strauss, The Discovery of Grounded…. On a toujours une raison de choisir d’étudier tel ou tel objet. C’est pourquoi il importe de reconnaître l’existence d’une sorte de théorie de départ qui est vôtre lorsque vous amorcez une enquête, qui peut s’avérer juste ou erronée, mais qui, une fois ramenée au premier plan, explicitée donc, n’en permet pas moins d’établir des comparaisons analogiques ou de théoriser analogiquement. En d’autres termes, il y a cette théorie initiale, née d’autres expériences de recherche notamment, mais le processus de découverte demeure aussi inductif parce que nous importons des idées en même temps que nous avançons et découvrons de nouvelles choses. Par exemple, dans le cas de Challenger, j’étais en train de travailler sur mes données et je me rendais compte que j’employais toujours l’expression « moyens légitimes » pour les interpréter. Puis j’ai cherché à en trouver l’origine. Je me suis vite rendue compte en allant vérifier que cela venait de Merton, ce qui m’a amenée à renforcer un raisonnement qui n’était qu’intuitif au départ. Importer sciemment ce schème d’analyse lié à la théorie mertonienne de l’anomie a ainsi modifié ma perspective.

Cela arrive en permanence dans les dynamiques de recherche, et pourtant il est rare que l’on accorde à ces aspects l’importance qu’ils méritent. Nous devrions être bien plus attentifs à nos propres processus de théorisation. Cela peut être d’ordre analogique ou bien basé sur des différences par rapport à des choses que nous connaissons, mais je pense que c’est une façon de faire prendre conscience aux chercheurs qu’ils adoptent une démarche, qu’ils sont inspirés par des concepts et des ressources théoriques. C’est une dimension du travail intellectuel que je mets en avant dans mon enseignement, c’est extrêmement important. Cela aiderait à saisir de façon plus immédiate les intérêts théoriques sous-jacents, qui ne sont pas toujours manifestes, comme s’ils allaient de soi. Il arrive souvent de lire l’ultime version d’un article ou d’un projet de recherche sans savoir vraiment comment ni pourquoi son auteur en est venu à développer les idées qu’il défend. C’est en soi un problème de sociologie de la connaissance très intéressant.

Zilsel — Donc il y a des déplacements analogiques dans votre recherche ainsi que des références par moments appuyées sur le travail de divers auteurs, qui sont autant de sources d’inspiration. C’est le cas par exemple de Bourdieu [19][19]Diane Vaughan, « Bourdieu and Organizations : The Empirical…, dont vous montrez qu’il peut aider à l’analyse empirique des organisations comme champs ou dans des champs – ce qui ne manquera pas de surprendre en France, où la référence à Crozier est plus immédiate. On peut aussi trouver des références répétées à Merton, à Bruno Latour, à Harry Collins, etc. À première vue, cela donne l’impression d’un patchwork référentiel, mais l’on comprend que l’objectif prioritaire pour vous est de chercher des outils utiles pour votre recherche. Et peu importe que ces outils puissent paraître incompatibles, si la recherche avance.

Diane Vaughan — Là encore, je dirais que ces usages relèvent de l’analogie. J’ai été très influencée par l’article de Paul DiMaggio et Walter Powell, « La cage d’acier revisitée » [20][20]Paul J. DiMaggio et Walter W. Powell, « The Iron Cage…, et plus largement le développement de la théorie néo-institutionnaliste durant les années 1980. DiMaggio et Powell étaient enseignants à Yale lors de mon séjour postdoctoral là-bas. J’ai assisté à l’élaboration de leur cadre d’analyse. Quand ils ont fini par en tirer un livre collectif fondateur en 1991 [21][21]Walter W. Powell et Paul DiMaggio (eds.), The New…, j’étais absorbée par l’enquête sur Challenger, en particulier par l’analyse du processus de prise de décision. J’ai lu l’introduction du livre. Ils y reconnaissent que l’agency était trop peu intégrée au schéma théorique de « La cage d’acier revisitée ». Pour y pallier, ils suggèrent des pistes pour leur « nouvel » institutionnalisme : outre les références du moment en théorie des organisations, ils s’appuient sur l’approche bourdieusienne du niveau micro de l’action en termes de dispositions et de prédispositions pour consolider leur « théorie de l’action pratique » [22][22]Ibid., p. 25-26.. Cela m’a inspirée alors que j’étais en train de travailler sur le façonnement des comportements individuels par la culture organisationnelle de la Nasa. Je n’en oubliais pas moins d’utiliser cette théorie néo-institutionnaliste à un niveau plus macro pour comprendre les logiques institutionnelles qui influent sur les organisations et, par extension, les individus. J’ai essayé de connecter théoriquement toutes ces dimensions qui, dans le cadre de ma recherche, étaient objectivement liées. Si mon usage des cadres d’analyse dispositionnalistes de Bourdieu n’est pas si visible dans le livre sur Challenger, j’ai approfondi après-coup la discussion dans l’article que vous mentionnez, sans les relier explicitement à mes terrains d’enquête. Le principal problème, comme je l’ai signalé dans cet article, est que la notion d’habitus et la théorisation qui la sous-tend sont très pertinentes pour rendre compte des pratiques à l’échelle micro, mais à mon sens elle n’est pas assez approfondie sur le domaine institutionnel, alors même que c’était une des ambitions de Bourdieu, qui référait à des phénomènes de niveau macro. Une piste consisterait par exemple à mettre en évidence des « habitus organisationnels ».

Zilsel — Vous n’échapperez pas à une question rituelle des entretiens biographiques : pourriez-vous citer quelques auteurs qui vous ont influencée durant votre carrière ?

Diane Vaughan — Je peux sans doute en citer quelques-uns. J’ai déjà évoqué Merton, Spence, Wynne… Arthur Stinchcombe me vient également à l’esprit. De Merton et Stinchcombe, outre leurs contributions majeures aux domaines qui m’ont intéressée, en particulier les organisations et la théorie sociologique, j’ai retenu l’importance du concept et de sa définition la plus claire possible. C’est un souci constant chez Merton, tout comme dans les ouvrages les plus théoriques de Stinchcombe [23][23]Voir notamment Arthur Stinchcombe, Constructing Social…. Pour lier l’un et l’autre, je renverrai à l’article que Stinchcombe a publié dans le livre d’hommages à Merton que Lewis Coser, son ancien étudiant à Columbia, a fait paraître en 1975 [24][24]Lewis Coser, The Functions of Social Conflict, New York, The…. Dès la première page, vous savez où vous allez. Les marqueurs théoriques sont clairs, vous lisez une démonstration rigoureuse. Il écrit des choses comme « par structure sociale, je veux dire… ». Il propose des définitions claires des processus et des mécanismes, qui lui permettent, dans cet article, de reconstruire l’ensemble de la théorie sociale de Merton – ce qui est un tour de force théorique, que son auteur avait d’ailleurs salué. C’est pour moi un modèle que j’essaie de mettre en œuvre dans mes publications.

Zilsel — Définir les concepts, les intégrer théoriquement, se soucier de leur adéquation aux données empiriques, etc. Ce n’est pas une pratique si courante en sociologie !

Diane Vaughan — Non, mais ça le devrait ! Mais revenons de nouveau sur la diffusion des idées. La comparaison analogique en est un aspect essentiel puisqu’elle suppose de définir les concepts qui vous permettent de trouver des correspondances entre différentes choses. Un concept est analogique à la structure d’un problème et, sous certaines conditions, de comparabilité notamment, il peut être « transporté » vers un autre problème structuré de façon similaire. Or pour que ce transport soit réussi un minimum, pour que cela circule, il faut une définition à peu près stable et précise du concept en amont. Cela concerne les terminologies scientifiques amenées à circuler entre les disciplines scientifiques – leur circulation en dehors de cet espace académique est un autre aspect, sur lequel nous pourrons revenir. La normalisation de la déviance, par exemple, est un des concepts pivots du livre sur Challenger. Il a énormément circulé, plus que je ne l’aurais imaginé d’ailleurs. Si vous cherchez via Google, vous pourrez constater qu’il s’est diffusé très largement. Vous pouvez procéder de la même façon avec n’importe quel concept et voir ce qu’il est devenu en première analyse. Et aller plus loin en reconstituant l’histoire fine des circulations. Prenons la théorie de la signalisation, qui présente l’intérêt de décrire des processus à l’œuvre dans une variété de configurations sociales. Il est instructif d’en remonter la source, dans la mesure du possible.

Par exemple, dans le premier chapitre de Market signaling, Michael Spence pose sa théorie. Je l’ai interviewé afin de savoir comment l’idée lui en est venue. Il m’a raconté cette histoire passionnante. Alors qu’il travaillait sur sa thèse de doctorat, à Harvard après avoir bourlingué, il a fait la connaissance de Robert Jervis sur le campus. Sa thèse portait sur la logique des images et des perceptions dans les relations internationales [25][25]Robert Jervis, The Logic of Images in International Relations,…. Il s’intéressait aux négociations entre les États-nations, pour ce qui concerne en particulier la dissuasion nucléaire. Jervis avait suivi les cours d’Erving Goffman à l’université de Berkeley, et l’on retrouve les analyses du sociologue dans son approche des relations internationales. Et ces analyses d’influencer par la suite Michael Spence. J’ai voulu en savoir plus. Je suis allé à la rencontre de Robert Jervis, qui enseignait alors à l’université Columbia. Il m’a confirmé qu’au moment de sa thèse, il était incollable sur les livres de Goffman, comme Strategic Interaction, dans lequel on trouve une analyse des stratégies de signalisation… que Goffman développe en s’appuyant sur la thèse de Jervis [26][26]Erving Goffman, Strategic Interaction, Philadelphia, University…. Donc d’une certaine manière, ce dernier a utilisé Goffman qui l’a utilisé. Après le départ de Jervis pour Columbia, Spence est resté en contact avec lui via l’économiste et spécialiste de politique étrangère Thomas Schelling, une autre personne importante de cette histoire, avec qui Goffman a également collaboré lors d’un séjour à Harvard. Quand j’ai demandé à Michael Spence s’il s’imaginait recevoir un jour un « prix Nobel » pour cette contribution, il m’a répondu aussitôt par la négative. Et j’en suis venue à lui poser l’idée qui me taraudait le plus et qui justifiait l’entretien, à savoir l’explication du succès et de la diffusion large de son idée. Ce à quoi il a répondu qu’à l’époque où il l’a travaillée, les économistes étaient concentrés sur des problèmes structurellement similaires.

Ainsi, les théories voyagent de façon parallèle et plus ou moins en simultané… Tous les auteurs que je viens d’évoquer, Goffman, Jervis, Spence, Schelling, sont des penseurs « analogiques ». Tout comme l’était Robert K. Merton, qui est une autre source d’inspiration de Jervis, comme l’atteste l’application du paradigme mertonien des conséquences inattendues de l’action à son analyse des effets de système dans les relations internationales [27][27]Diane Vaughan, Compte rendu de Robert Jervis, System Effects,….

La sociologie publique « par accident »

Zilsel — Évoquons à présent ce qu’il est convenu d’appeler, notamment à la suite de la campagne persévérante de Michael Burawoy [28][28]Michael Burawoy, « Pour la sociologie publique », Actes de la… aux États-Unis, la « sociologie publique » (public sociology). Votre ouvrage sur Challenger vous a propulsée sur des scènes autres qu’académiques, où les questions relatives au processus de décision et au fonctionnement des organisations aussi bureaucratiques et gigantesques que la Nasa ont été posées de façon aiguë. Il vous aura fallu publiciser votre diagnostic sur la normalisation de la déviance en échangeant avec une multiplicité d’audiences. Pourriez-vous revenir sur les « voyages » de théorisation de l’échec organisationnel de Challenger, dont les conclusions ont été réactualisées lors de l’explosion d’une seconde navette Columbia en 2003 ?

Diane Vaughan — Il m’est arrivé d’intervenir hors du monde académique, en diverses occasions et de différentes manières. Mon travail sur le crash de Challenger a à voir avec la question du pouvoir, qui ne laisse pas indifférent. Il est possible de l’envisager « à froid » sous l’angle d’un système ou d’effets de système au sein d’une organisation. Y interviennent des facteurs externes, le lien avec le champ politique, le financement des programmes, mais aussi la façon dont les leaders y répondent. Les ingénieurs de la Nasa ont lu le livre sur Challenger, cela résonnait avec leur propre environnement de travail. J’ai été en contact avec le milieu des ingénieurs, par courrier électronique ou à d’autres occasions ; ils continuent à m’écrire, pas aussi régulièrement qu’avant, mais tout de même encore. Cela les a frappés parce qu’ils ont perçu comment leur monde est configuré. Surtout, ils ont été confrontés à une analyse qui ne part pas des individus pris isolément, mais les situe dans une position au sein de l’organisation. Le registre de l’analyse organisationnelle les place dans une position d’extériorité et d’explication structurelle. Le cadre théorique et les concepts sont à un niveau de généralité assez élevé pour être appropriés par quiconque est placé dans une configuration similairement structurée. Et cela permet de contredire le réflexe qui consiste à individualiser l’échec ou la faute, de surinvestir les traits de personnalité des coupables ou leur éventuel manque de compétence. L’idée de mettre en œuvre un raisonnement en termes de système et d’effets de système est ma contribution, dont les acteurs peuvent se saisir pour comprendre et transformer leur monde. Même les responsables politiques, parce qu’ils étaient impliqués, ont été forcés de reconnaître cette réalité et de l’affronter.

J’ai été surprise par l’attention très large que le livre a suscitée, bien après les premiers comptes rendus dans la presse. Je ne cessais d’être sollicitée par des grandes organisations pour donner des conférences, par exemple dans une convention IBM devant 5 000 personnes, aux services de l’US Air Force, à l’US Nuclear Operation, aux services de l’US Submarine, etc. Quelles que soient l’organisation et sa façon de considérer le risque, qu’il s’agisse d’IBM ou de l’armée de l’air, à chaque fois il était question d’échec organisationnel et des moyens à mettre en œuvre pour tenter d’y échapper. Certaines organisations ont sauté le pas et ont intégré ce paramètre dans leur fonctionnement. C’est le cas de l’US Submarine, qui a introduit des formations sur l’échec organisationnel et la normalisation de la déviance. Il était possible de tirer des leçons partout où des systèmes techniques complexes et de grande envergure posent des problèmes organisationnels. Cela inclut les hôpitaux. Je me rappelle avoir été invitée à donner une conférence inaugurale à un congrès sur les erreurs médicales à Palm Springs. C’est un secteur d’activité spécifique, mais sur lequel mes analyses peuvent parfaitement s’appliquer. Les personnes que j’y ai rencontrées me décrivaient diverses sortes d’erreurs, en les rapportant à l’organisation hospitalière. J’ai assisté à une intéressante communication, qui portait sur une erreur lourde de conséquences qui s’est produite dans un hôpital en Floride : les chirurgiens procédaient à une intervention mineure sur un enfant de 10 ans, mais ils ont injecté un produit dans ses veines qui n’était pas le bon, ce qui a provoqué sa mort. Après cette tragédie, une enquête a été menée. Elle s’est focalisée sur la division du travail, la manière dont les opérations étaient organisées et catégorisées. On comprend alors mieux pourquoi la personne qui a chargé la seringue a confondu les traitements. C’est l’ensemble du système organisationnel que constitue la salle d’opération qu’il fallait questionner et repenser ; par exemple, modifier la division du travail, les signalisations et les procédures de telle sorte que l’on puisse se rendre attentif aux signaux appropriés. Comme à l’US Submarine, des hôpitaux ont donc intégré ces changements pour faire face au risque.

Zilsel — Tout se passe comme si votre théorie agissait à la façon d’une sorte d’électrochoc ou de révélation existentielle chez les acteurs qui, de façon soudaine, comprennent pourquoi cela dysfonctionne.

Diane Vaughan — Un des effets les plus perceptibles de l’analyse organisationnelle est le décentrement de soi. Au départ, tout le monde pense en termes d’erreur individuelle et de formation défaillante ; mais d’un coup, ils sont invités à changer de perspective et se mettent à penser de façon systémique. C’est une conversion du regard. Je pense que c’est une bonne chose. Cela m’amène à l’autre question que vous souleviez, celle des raisons de l’adhésion des scientifiques, des ingénieurs ou des techniciens à la théorie de la normalisation de la déviance. Cela renvoie de nouveau au processus de diffusion des idées. J’ai cherché récemment des références faites à la normalisation de la déviance sur Google Scholar. C’est utilisé dans la vaste littérature sur les organisations bien sûr, mais ça l’est également dans des domaines aussi divers – et éloignés de la sociologie – que l’éthique du commerce, la santé publique, le travail social, les disaster studies, l’adoption et les familles d’accueil (foster care). Cela se diffuse partout où des gens considèrent qu’il faut changer un système défectueux. C’est un concept générique et transposable, ouvert à une multiplicité de réappropriations en même temps qu’il conserve une définition de base.

Zilsel — Ce processus par lequel un concept est extrait de son contexte initial de découverte et finit par circuler ailleurs rappelle – sans que l’on réfère à la source, à force d’utilisation – l’idée d’« oblitération par incorporation » proposée par Robert K. Merton. C’est une piste pour analyser la « vernacularisation » des terminologies scientifiques, laquelle peut emprunter des chemins inattendus, voire étonnants.

Diane Vaughan — Il faut tenir compte de tous les canaux de diffusion. Par exemple, on trouve des vidéos sur YouTube, dans lesquelles telle ou telle personne présente l’étude de cas sur Challenger ou introduit l’idée de normalisation de la déviance. L’une d’entre elles met en scène Mike Mullane, ancien astronaute. À l’occasion d’une conférence donnée devant l’International Association of Fire Fighters en 2013, il revient sur la façon dont les manageurs de la Nasa ont finalement accepté de prendre des risques connus sans pour autant attendre un désastre, normalisant ainsi une forme de déviance. À aucun instant il ne cite mon ouvrage. Il présente l’explication avec une telle conviction qu’il a l’air de penser que c’est son idée ! (Rires) Cela arrive, ce n’est pas une mauvaise chose si vous partez du principe que les gens doivent utiliser l’idée, et peu importe à la rigueur qu’elle soit remaniée à la marge [29][29]Mike Mullane l’utilise non sans la réviser : dans la conférence…. Dire qu’au moment où je l’ai achevé, je pensais que personne n’allait le lire… Ce fut le contraire. Et l’expérience m’a été très bénéfique. Et d’autres se sont ajoutées. Avec Uncoupling par exemple. En 2014, alors que j’étais passée à autre chose près de trente ans après la parution du livre, la notion-clé qu’il porte réapparaît dans les médias à la faveur d’une rupture retentissante : un jour donc, Gwyneth Paltrow annonce qu’elle est en train de se séparer de son mari Chris Martin, le chanteur de Coldplay. Un communiqué officiel en fait état. Il devient aussitôt viral sur Internet. Le texte précise qu’elle et lui sont entrés dans une phase de « découplage conscient » (conscious uncoupling) [30][30]John Koblin, « A Third Party Names Their Split », The New York…, ce qui a intrigué nombre de fans et de commentateurs qui ont cherché à savoir à quoi cela renvoyait. De même que des « programmes » peuvent être mis en place pour combattre la normalisation de la déviance, on peut trouver des thérapeutes impliqués dans cette explication du « découplage conscient », qui proposent des traitements et des stages en cinq semaines pour accompagner les couples qui prennent la décision de se séparer. Ici encore, un de mes livres a été repéré puis réutilisé. Si cela n’a pas pris les proportions du débat autour de Challenger et des organisations à risque, « uncoupling » est devenu un terme vernaculaire.

Zilsel — Et ainsi l’idiome sociologique en vient à enrichir le vocabulaire ordinaire.

Diane Vaughan — Je suis une grande avocate de la sociologie vernaculaire ! (Rires) Les interprétations que j’ai pu proposer étaient basées sur les données dont je disposais. J’ai discerné un pattern qui n’était pas référé à un mot ni n’était l’objet d’une quelconque théorisation. Je lui ai donné un nom, qui décrit donc une expérience particulière. Mais ce n’est pas comme si j’inventais tout ex nihilo. Ce qui se passe dans telle situation, par exemple quand l’accident ou la déviance deviennent acceptables dans une organisation, la normalisation de la déviance pour résumer, ce processus donc est sorti du travail de conceptualisation, de l’écriture. Et dans des circonstances que l’on ne contrôle pas toujours, ces néologismes sont finalement appropriés. C’est une des voies de la sociologie publique. Difficile, d’ailleurs, d’être plus « public » que Gwyneth Paltrow !

Zilsel — C’est certain ! Évoquons donc de nouveau la sociologie publique. Vous avez été sollicitée par la Nasa après le crash de Columbia, en 2003. Vous l’évoquez longuement dans un article, « Nasa revisited » [31][31]Diane Vaughan, « NASA Revisited : Theory, Analogy, and Public…, qui vous amène à réfléchir sur les « voyages » de la théorie sociologique au-delà des frontières de son contexte d’élaboration académique. Vous soulignez que votre implication dans la recherche des causes de ce nouvel accident fut l’occasion de diffuser un « message sociologique » dans les discours publics et politiques sur l’organisation de la Nasa. Que vos analyses théoriques s’appuient sur une ethnographie rigoureusement documentée a, dites-vous, nettement favorisé l’appropriation et l’influence de ce message. Ainsi êtes-vous devenue une avocate de la sociologie publique [32][32]Diane Vaughan, « How Theory Travels : A Most Public Public…. Cette orientation était-elle implicite jusqu’alors, malgré les conférences données devant les professionnels exposés à la normalisation de la déviance que vous évoquiez plus tôt ? Le crash de Columbia et les « revisites » qu’il a suscitées ont-ils été une sorte de révélateur de votre positionnement disciplinaire ?

Diane Vaughan — C’est après Columbia que j’en ai eu vraiment conscience.. Le même pattern que j’avais identifié sur le cas Challenger se reproduisait. J’étais stupéfaite par les prises de parole du responsable de la navette spatiale à la télévision : en substance, les équipes impliquées dans le programme s’étaient retrouvées dans la même situation de normalisation de la déviance. Cela m’a surprise. Et je me suis de nouveau laissée happer, puisque j’ai accepté de faire partie de la commission d’enquête sur l’accident de Columbia. Cela a différé la réalisation de l’enquête sur le contrôle du trafic aérien, qui entrait dans sa phase d’écriture après deux ans de travail, mais cette expérience a été très intéressante parce que j’ai observé et participé à l’enquête, de l’intérieur – à la différence de l’enquête sur le crash de Challenger, où j’avais accédé aux données de la commission d’enquête après-coup. J’ai eu la chance d’être conviée dans les installations de la Nasa. J’ai par exemple visité l’énorme centre d’entraînement des astronautes à Houston. C’est un endroit extraordinaire. On y trouve la plus grande piscine du monde, une navette grandeur réelle plongée dans l’eau afin d’entraîner les astronautes à des activités extravéhiculaires. J’ai adoré travailler dans cette équipe interdisciplinaire. J’ai pu vérifier auprès de mes collègues que le modèle causal que j’avais défini sur la catastrophe Challenger fonctionnait encore dans ce nouveau cas. Si bien que le livre a eu une deuxième vie. Je dirais donc que dans ce contexte, j’ai été amenée à m’engager une nouvelle fois dans une forme de sociologie publique, sans pour autant utiliser le terme de moi-même. C’est venu après.

Zilsel — Pourriez-vous rappeler les circonstances de cette prise de conscience que vos interventions pouvaient être rangées sous cette rubrique ?

Diane Vaughan — Vous avez mentionné tout à l’heure la définition qu’en donne Michael Burawoy. Eh bien, il s’est appuyé entre autres sur mes interventions après les crashs de Challenger et Columbia pour définir ce qu’il entend par « sociologie publique ». Tout s’est déroulé au sein de l’American Sociological Association (ASA), alors qu’il en était le président. D’une façon très offensive, en bon marxiste qu’il est, il a proposé de réévaluer le potentiel de transformation sociale de la sociologie publique à l’occasion de son allocution de président (presidential address) au congrès de 2004, qui s’est tenu à l’université de Berkeley [33][33]« Michael Burawoy, For Public Sociology, Part 1 :…. Ce fut un grand moment. C’est l’un des meilleurs conférenciers qui soient ! À Berkeley, il enseigne la théorie sociologique en premier cycle (undergraduate) devant un amphithéâtre d’environ 400 étudiants. Ils s’entretueraient pour pouvoir y assister ! Non seulement il dit des choses importantes de manière accessible, mais en plus il est vraiment amusant. Lors de cette fameuse conférence de 2004, il a plaidé pour la sociologie publique. L’ambiance était survoltée, une bonne partie de la profession était présente ainsi qu’une foule d’étudiants (les siens), certains portant des tee-shirts à l’effigie de Marx. Je me souviens du début de son discours. Burawoy a commencé par évoquer sa carrière, ses débuts dans les mines de Zambie, puis son travail dans une usine à Chicago, ensuite la Sibérie et d’autres expériences encore. Il liait ces moments à des événements politiques qui avaient lieu à l’époque, il dramatisait les enjeux en rappelant que partout où il se trouvait, le chaos était toujours au rendez-vous. Pour conclure, pince-sans-rire : « après je suis devenu… le président de l’ASA ». C’était d’un comique ! (Rires) Après cette introduction, il a repris le fil de sa démonstration et, au détour d’une « thèse » sur la sociologie publique telle qu’il l’entend, il a mentionné mon enquête sur Challenger. Ce n’était pas tout à fait un hasard. Il est venu à Boston College juste au moment où l’accident de Columbia était en cours d’investigation. Je m’occupais de l’organisation des conférences de professeurs éminents invités à l’université. Alors que nous préparions la sienne, mon téléphone n’arrêtait pas de sonner. Les médias me sollicitaient sans interruption et je venais tout juste d’être réquisitionnée pour témoigner à Houston. Cela a fait « tilt » lorsqu’il a découvert combien j’étais impliquée dans cette affaire. Il cherchait à illustrer la sociologie publique. Il avait déjà lu mon livre sur Challenger, il l’a relié à cette nouvelle catastrophe et mes activités dans le cadre de la commission d’enquête. Et donc, à un moment de sa conférence, il parle de moi [34][34]« Michael Burawoy For Public Sociology, Part 3 : Thesis 2 &…. Il se rappelle les moments passés ensemble à Boston, fait rire la salle en disant qu’il a fait « une ethnographie de moi » (Rires), cela pour étayer l’idée que non seulement mon livre sur Challenger était une sorte de sociologie publique parce qu’il avait retenu une large attention en dehors du monde académique, mais qu’en plus je suis intervenue dans la foulée de l’accident de Columbia – qui était annoncé dans le livre, faute d’une prise de conscience à la Nasa. Burawoy tenait donc un exemple idéal : le cas d’une sociologie académique qui devient publique et finit par « convertir » les acteurs à la sociologie. Il rappelle que le rapport de la commission est imprégné de mon vocabulaire et en conclut que « c’est du pur Diane Vaughan ». (Sourires)

Après le congrès de l’ASA, il a continué de défendre sa conception de la sociologie publique. Il a donné d’innombrables conférences dans des community colleges américains. Les personnes qui y enseignent ne se retrouvent pas vraiment dans la sociologie académique de l’ASA. Ils travaillent sur des projets spécifiques dans les quartiers en qualité d’« animateurs communautaires » (community organizers). Ces personnes sont souvent engagées dans des causes ou sont des activistes politiques. Néanmoins, ces sociologues sont perçus comme des chercheurs de second plan, à l’ombre des sociologues rattachés à des départements de sociologie académique. Burawoy refuse ces hiérarchies et souligne au contraire que ces figures sont interdépendantes, que l’on peut aussi passer de l’une à l’autre – ce que je fais sans cesse. Quoique les enjeux fussent éloignés au premier abord, Burawoy a toujours mentionné l’explosion de Columbia dans ses interventions auprès des publics de sociologues des community colleges. Il l’a fait de nouveau dans d’autres circonstances, par exemple l’été suivant en Afrique du Sud. Puis il a continué ailleurs son travail de légitimation de la sociologie publique, notamment au sein de l’Association internationale de sociologie qu’il a présidée de 2010 à 2014. Ce travail a payé. La sociologie publique est devenue un peu plus légitime, et mon livre sur Challenger de même que mes aventures de sociologue publique y ont contribué. Ce qu’a reconnu l’ASA, qui m’a décerné en 2006 un prix « public understanding of sociology » [35][35]Voir « Diane Vaughan Award Statement », 2006,…. C’était un honneur immense, d’autant plus que nous étions deux du département de Columbia à recevoir un prix lors de cette cérémonie (Herbert Gans, récipiendaire du prix W.E.B. Du Bois career of distinguished scholarship) [36][36]ASA Awards Ceremony and Presidential Address, 2006,…. L’aspect qu’a le plus combattu Burawoy est le caractère très hiérarchique de la sociologie américaine. Il voulait transformer cet état de fait, notamment en rééquilibrant les diverses manières de la faire progresser – qu’il s’agisse des sociologies académique, critique, experte et publique. Certes, cette conception n’a pas fait consensus et a suscité d’énormes discussions, mais elle a permis de faire avancer la réflexion sur la sociologie publique. Dans mon discours de réception du prix à l’ASA en 2006, j’ai dit en substance que je n’avais pas anticipé que mon livre « universitaire » écrit dix ans plus tôt puisse être converti en exemple de manuel pour sociologue public [37][37]Voir également Diane Vaughan, « Public Sociologist by…. Mais il l’est devenu. Ces choses-là sont imprévisibles et je ne suis pas la seule à qui cela est arrivé. Je pense à l’expérience de Lewis Coser, que j’ai bien connu à Boston College. Un jour il était revenu sur le succès tardif du livre tiré de sa thèse, The Social Functions of Conflict, qu’il avait publié en 1956. « Ce livre, m’avait-il confié, est passé inaperçu jusque dans les années 1970, et soudain c’est devenu une source d’inspiration. Tout est une question de timing ». Voilà : une question de timing. C’est absolument vrai quand je repense à mon livre sur Challenger.

Notes
[1] Diane Vaughan, « Public Sociologist by Accident », Social Problems, vol. 51, n° 1, 2004, p. 103-130.

[2] Diane Vaughan, Controlling Unlawful Organizational Behavior : Social Structure and Corporate Misconduct, Chicago, University of Chicago Press, 1983.
[3] Diane Vaughan, « Uncoupling : The Process of Moving from One Lifestyle to Another », Alternative Lifestyle : Changing Patterns in Marriage, Family and Intimacy, vol. 2, Sage, 1979, p. 415-442.
[4] Diane Vaughan, Uncoupling : Turning Points in Intimate Relationships, Oxford, Oxford University Press, 1986.
[5] Brian Wynne, « Unruly Technology : Practical Rules, Impractical Discourses and Public Understanding », Social Studies of Science, vol. 18, n° 1, 1988, p. 147-167.

[6] Diane Vaughan, « The Role of the Organization in the Production of Techno-Scientific Knowledge », Social Studies of Science, vol. 29, n° 6, 1999, p. 913-943.

[7] Diane Vaughan, « The Dark Side of Organizations : Mistake, Misconduct, and Disaster », Annual Review of Sociology, vol. 25, 1999, p. 271-305.
[8] Malcolm Gladwell, « Blowup », The New Yorker, 22 janvier 1996.
[9] Voir Harry Collins, Martin Weinel et Robert Evans, « The politics and policy of the Third Wave : new technologies and society », Critical Policy Studies, vol. 4, n° 2, 2010, p. 185-201.
[10] Charles Perrow, Normal Accidents : Living with High-Risk Technologies, New York, Basic Books, 1984.
[11] Diane Vaughan, « The Role of Organization in the Production of Techno-Scientific Knowledge », Social Studies of Science, vol. 29, n° 6, 1999, p. 913-943.

[12] Harry Collins, Gravity’s Shadow : The Search for Gravitational Waves, Chicago, University of Chicago Press, 2004.
[13] Karin Knorr-Cetina, Epistemic Cultures : How the Sciences Make Knowledge, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1999.
[14] Donald MacKenzie, « The Credit Crisis as a Problem in the Sociology of Knowledge », American Journal of Sociology, vol. 116, n° 6, 2011, p. 1778-1841.

[15] Richard Whitley, The Intellectual and Social Organization of the Sciences, Oxford, Oxford University Press, 2000 [1984].
[16] Diane Vaughan, « Analogy, Cases, and Comparative Social Organization », in Richard Swedberg (ed.), Theorizing in Social Science, Stanford, Stanford University Press, 2014, p. 61-84.
[17] Voir aussi Diane Vaughan, « Theorizing disaster : Analogy, historical ethnography, and the Challenger accident », Ethnography, vol. 5, n° 3, 2004, p. 315-347.
[18] Barney Glaser et Anselm Strauss, The Discovery of Grounded Theory : Strategies for Qualitative Research, New Brunswick, Transaction Publishers, 1967.
[19] Diane Vaughan, « Bourdieu and Organizations : The Empirical Challenge », Theory and Society, vol. 37, n° 1, 2008, p. 65-81.

[20] Paul J. DiMaggio et Walter W. Powell, « The Iron Cage Revisited : Institutional Isomorphism and Collective Rationality in Organizational Fields », American Sociological Review, vol. 48, n° 2, 1983, p. 147-160.
[21] Walter W. Powell et Paul DiMaggio (eds.), The New Institutionalism in Organizational Analysis, Chicago, University of Chicago Press, 1991.
[22] Ibid., p. 25-26.
[23] Voir notamment Arthur Stinchcombe, Constructing Social Theories, Chicago, University of Chicago Press, 1968.
[24] Lewis Coser, The Functions of Social Conflict, New York, The Free Press, 1956.
[25] Robert Jervis, The Logic of Images in International Relations, New York, Columbia University Press, 1969.
[26] Erving Goffman, Strategic Interaction, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1969.
[27] Diane Vaughan, Compte rendu de Robert Jervis, System Effects, Princeton University Press, 1998, Contemporary Sociology, vol. 29, n° 2, 2000, 425-427.
[28] Michael Burawoy, « Pour la sociologie publique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 176-177, 2009, p. 121-144. Pour une mise en perspective, voir Étienne Ollion, « Que faire de la sociologie publique ? », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 176-177, 2009, p. 114-120.

[29] Mike Mullane l’utilise non sans la réviser : dans la conférence précédemment citée, il en fait une « tendance humaine naturelle » – « très humaine » – qui survient dans certaines circonstances et qui consiste à « accepter de baisser les standards de performance », des techniques comme des individus qui les exploitent, en ayant recours à des « raccourcis » pouvant compromettre la sûreté. C’est « très naturel », donc n’importe quel domaine d’activité exposé à des risques aigus est susceptible de « rationaliser » cette situation de telle sorte que la catastrophe ne manquera pas de survenir. Sur le site professionnel de Mike Mullane, chacun pourra se procurer le DVD de près d’une heure « Stopping Normalization of Deviance » (sous copyright) pour la somme de 750 dollars (http://mikemullane.com/product/stopping-normalization-of-deviance/, consulté le 23 mai 2017). (Note du traducteur)
[30] John Koblin, « A Third Party Names Their Split », The New York Times, 28 mars 2014. Plus tard, Gwyneth Paltrow niera avoir utilisé d’elle-même l’expression. La référence aurait été faite par des thérapeutes pour qualifier la séparation du couple. Il est piquant de noter que, en Angleterre, l’expression « customisée » de « conscious uncoupling » – qui s’inspire du processus décrit par Diane Vaughan – a suscité la dérision : le néologisme exprimerait la « psychophilie américaine » (Kunal Dutta, « Gwyneth Paltrow denies using phrase “conscious uncoupling” to describe split from Chris Martin », Independant, 3 août 2015). (Note du traducteur)
[31] Diane Vaughan, « NASA Revisited : Theory, Analogy, and Public Sociology », American Journal of Sociology, vol. 112, n° 2, 2006, p. 353-393.

[32] Diane Vaughan, « How Theory Travels : A Most Public Public Sociology », dossier « Public Sociology in Action », Footnotes, novembre-décembre 2003, http://www.asanet.org/sites/default/files/savvy/footnotes/nov03/fn7.html. Voir aussi Diane Vaughan, « How Theory Travels : Analogy, Models, and the Diffusion of Ideas », conférence donnée au congrès annuel de l’American Sociological Association, San Francisco, août 1998.
[33] « Michael Burawoy, For Public Sociology, Part 1 : Introduction », YouTube, https://www.youtube.com/watch?v=8NxvPKGtkUQ. Voir également la version publiée de la conférence : Michael Burawoy, « For Public Sociology », American Sociological Review, vol. 70, n° 1, p. 4-28.
[34] « Michael Burawoy For Public Sociology, Part 3 : Thesis 2 & 3 », YouTube, en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=Fdbix7b-iyQ, à partir de la huitième minute.
[35] Voir « Diane Vaughan Award Statement », 2006, http://www.asanet.org/news-and-events/member-awards/public-understanding-sociology-asa-award/diane-vaughan-award-statement.
[36] ASA Awards Ceremony and Presidential Address, 2006, https://vimeo.com/203499881.
[37] Voir également Diane Vaughan, « Public Sociologist by Accident », Social Problems, vol. 51, n° 1, 2004, p. 103-130.

Voir enfin:

Pourquoi certaines sociétés prennent-elles des décisions catastrophiques ?
LieuxCommuns

8 juin 2016

Chapitre éponyme (14) du livre de Jared Diamond, « Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » (2005, Gallimard 2006).
L’éducation est un processus qui implique deux groupes de participants supposés jouer des rôles différents : les enseignants, qui transmettent un savoir aux élèves, et les élèves, qui absorbent la connaissance qu’ils leur apportent. En réalité, comme chaque enseignant le découvre, l’éducation consiste aussi pour les élèves à transmettre des connaissances à leurs enseignants, à mettre au défi leurs présuppositions et à poser des questions auxquelles ils n’avaient pas pensé auparavant. J’en fis moi-même l’expérience à mon séminaire à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), où je testais la matière de ce livre auprès de mes étudiants. Lors des échanges, l’un d’entre eux me posa une question qui me laissa sans voix : que se dit à lui-même le Pascuan [habitant de l’île de Pâques] qui abattit le dernier arbre ? Les dommages infligés à l’environnement se font-ils en toute connaissance de cause ? Les étudiants se demandaient si – à supposer qu’il y ait encore des Terriens vivants dans cent ans – les hommes du XXIIe siècle seront aussi stupéfaits de notre aveuglement que nous le sommes de celui des habitants de l’île de Pâques.

Historiens et archéologues professionnels ne laissent pas d’être étonnés par les décisions catastrophiques qu’ont prises nombre de sociétés. Le livre peut-être le plus cité sur les effondrements de sociétés est dû à la plume de l’archéologue Joseph Tainter, The Collapse of Complex Societies ( 1990). Examinant les diverses interprétations possibles des effondrements anciens, Tainter se montre sceptique quant à l’hypothèse selon laquelle la cause en fut la diminution des ressources environnementales : « Cette conception présuppose que ces sociétés contemplent les risques sans mener d’actions correctrices. Les sociétés complexes se caractérisent par une prise de décision centralisée, des flux d’informations importants, une forte coordination de leurs différentes parties, des canaux de commandement formels et la mise en commun de leurs ressources. Cette structure semble avoir la capacité, voire le but délibéré, d’équilibrer les fluctuations et les déficiences de la productivité. Fortes de leur structure administrative et de la capacité à encadrer l’allocation du travail et des ressources, la gestion de l’adversité environnementale est sans doute l’une des choses que les sociétés complexes font le mieux. Il est curieux qu’elles se soient effondrées alors qu’elles étaient confrontées précisément à ces situations qu’elles étaient équipées pour circonvenir [ … ]. Lorsqu’il devient évident pour les membres ou les fonctionnaires d’une société complexe qu’une base de ressources se détériore, il semble plus raisonnable de supposer que des pas rationnels sont franchis pour trouver une solution. L’autre présupposé — l’idiotie en face du désastre — exige un acte de foi devant lequel on peut légitime­ ment hésiter. »

Tainter estimait donc qu’il est peu probable que les sociétés complexes puissent s’effondrer en vertu de l’échec de leur gestion des ressources environnementales. Et pourtant, il est clair, au vu de tous les cas analysés dans ce livre, que c’est précisément un tel échec qui s’est produit de façon répétée. Comment autant de sociétés ont-elles pu commettre d’aussi funestes erreurs ?

La question renvoie à un phénomène déconcertant : à savoir, des échecs dans la prise de décision en groupe de la part de sociétés tout entières ou d’autres groupes. Un problème lié assurément à celui des échecs intervenant dans la prise de décision individuelle, mais qui ne s’y résume pas. Des facteurs supplémentaires entrent en ligne de compte dans les échecs de la prise de décision en groupe – tels les conflits d’intérêts entre membres du groupe ou la dynamique de groupe, par exemple. Sujet complexe pour lequel il n’existe pas une seule et unique réponse adaptée à toutes les situations.

J’entends plutôt proposer, à partir des exemples plus amplement développés dans les chapitres précédents, un guide des facteurs qui contribuent à la prise de décision en groupe. Je regrouperai ces facteurs en quatre catégories souples. En premier, un groupe peut échouer à anticiper un problème avant qu’il ne survienne vraiment. Deuxièmement, lorsque le problème arrive, le groupe peut échouer à le percevoir. Ensuite, une fois qu’il l’a perçu, il peut échouer dans sa tentative pour le résoudre. Enfin, il peut essayer de le résoudre, mais échouer. Les analyses des raisons expliquant les échecs et les effondrements ne sont pas seulement déprimantes, elles ont aussi un revers : les décisions qui réussissent. Comprendre les raisons pour lesquelles les groupes prennent souvent de mauvaises décisions, c’est s’armer de connaissances pour mieux orienter les groupes à prendre de judicieuses décisions.

Premier chapitre de mon guide : les groupes peuvent causer des catastrophes parce qu’ils ne parviennent pas à anticiper un problème avant qu’il sur­ienne, et ce pour plusieurs raisons. L’une est qu’ils peuvent ne pas avoir d’expérience antérieure de problèmes similaires et ne sont donc pas sensibilisés à la possibilité qu’ils adviennent.

Un exemple de choix est le désordre que les colons britanniques ont créé en introduisant les lapins et les renards en Australie dans les années 1800. Aujourd’hui, ce sont deux des exemples les plus désastreux de l’impact d’animaux sur un environnement où ils n’étaient pas présents à l’origine (voir chapitre 13). Ces introductions sont des plus tragiques parce qu’elles ont été menées à bien intentionnellement et moyennant beaucoup d’efforts ; elles ne résultent pas de minuscules semences transportées par inadvertance, comme dans beaucoup de cas de mauvaises herbes nocives. Les renards sont devenus les prédateurs de nombreuses espèces de mammifères primitifs australiens qu’ils ont exterminés parce que ceux-ci ne possédaient pas l’ expérience évolutionniste des renards, tandis que les lapins consomment une grande partie du fourrage destiné aux moutons et au bétail, concurrencent les mammifères herbivores autochtones et minent le terrain avec leurs terriers.

Rétrospectivement, nous considérons comme incroyablement stupide que les colons aient intentionnellement lâché en Australie deux espèces étrangères de mammifères dont la maîtrise, et non pas l’éradication, a exigé des milliards de dollars, après qu’elles ont causé des milliards de dollars de dégâts. Nous admettons aujourd’hui, en nous appuyant sur maints autres exemples de ce type, que ces introductions se révèlent souvent désastreuses pour des raisons inattendues. C’est pourquoi, lorsqu’on entre en Australie ou aux États-Unis comme visiteur ou comme résident rentrant chez lui, l’une des premières questions posées par les agents de l’immigration est de savoir si l’on transporte des plantes, des semences ou des animaux – afin de réduire le risque qu’ils s’échappent et s’établissent dans ces pays. Cette expérience antérieure nous a appris (souvent, mais pas toujours) à anticiper les périls potentiels que représente l’introduction de nouvelles espèces. Mais il est toujours difficile, même pour des écologues professionnels, de prédire quelles introductions réussiront, lesquelles se révéleront désastreuses et pourquoi la même espèce s’introduit en certains sites et pas en d’autres. Par conséquent, nous ne devrions pas être surpris par le fait que les Australiens du XIXe siècle, qui n’avaient pas notre expérience, n’ont pas réussi à anticiper les effets des lapins et des renards.

Dans nos enquêtes, nous avons rencontré d’autres exemples de sociétés n’ayant pas réussi à anticiper un problème faute d’en avoir l’expérience. Lorsqu’ils ont investi massivement dans la chasse au morse afin d’exporter de l’ivoire en Europe, les Norvégiens du Groenland ne pouvaient se douter que les croisades élimineraient à terme l’ivoire de morse en rouvrant aux Européens l’accès à l’ivoire d’éléphant d’Asie et d’Afrique ni que les glaces gêneraient les transports vers l’Europe. Sans scientifiques spécialistes des sols, les Mayas de Copàn ne pouvaient prévoir que la déforestation des pentes des collines déclencherait une érosion au détriment du fond des vallées.

Une expérience antérieure ne garantit pas nécessairement qu’une société anticipera un problème, pour peu que cette expérience ait été faite longtemps auparavant et qu’elle soit oubliée. C’est en particulier un problème pour les sociétés sans écriture, qui ont moins que les sociétés avec écriture la capacité à conserver les annales d’événements lointains : la transmission orale des informations est plus limitée que la transmission écrite. Nous avons vu au chapitre 4 que la société anasazi du Chaco Canyon a survécu à plusieurs sécheresses avant de succomber à la grande sécheresse du XIIe siècle après J.-C. Mais, faute de disposer de l’écriture et d’archives, les Anasazis du XIIe siècle n’avaient pas les acquis des mêmes épisodes climatiques antérieurs de plusieurs siècles. De même, les basses terres mayas de l’époque classique ont succombé à une sécheresse au IXe siècle, alors que cette même région avait été touchée par la sécheresse des siècles plus tôt (chapitre 5). Bien que les Mayas disposassent d’une écriture, celle-ci rapportait les hauts faits des rois et les événements astronomiques plutôt que la météorologie, de sorte que la sécheresse du IIIe siècle n’a été d’aucune aide pour anticiper celle du IXe.

Dans les sociétés modernes et contemporaines dont les écrits abordent d’autres questions que celles des rois et des planètes, cela n’implique pas nécessairement que les sociétés s’appuient sur leur expérience passée. Elles ont une tendance à l’oubli. Pendant les deux années qui suivirent les pénuries d’essence liées à la crise du pétrole du Golfe en 1973, les Américains se sont détournés des automobiles à forte consommation, puis ils ont oublié et font aujourd’hui bon accueil aux 4 x 4, malgré tout ce qui a été et est imprimé sur les événements de 1973. Lorsque la ville de Tucson, en Arizona, a connu une grave sécheresse dans les années 1950, ses citoyens en émoi ont juré leurs grands dieux qu’ils géreraient mieux leur eau, mais ils ont vite repris le gaspillage lié à la construction de parcours de golf et à l’arro­sage des jardins.

Une autre raison expliquant l’échec d’une société à anticiper un problème tient au raisonnement par mauvaise analogie. Le raisonnement par analogie est pertinent si les situations ancienne et nouvelle sont vraiment de même type. Mais les similitudes peuvent n’être que de surface. Les Vikings qui ont émigré en Islande à partir de 870 après J.-C. venaient de Norvège et de Grande-Bretagne, pays dotés de sols lourds déposés par les glaciers et qui, même privés de leur couvert végétal, ne peuvent être emportés par l’érosion. Lorsque les colons vikings ont rencontré en Islande beaucoup d’espèces d’arbres qu’ils connaissaient déjà en Norvège et en Grande-Bretagne, ils ont été trompés par la similitude apparente du paysage (chapitre 6). Malheureusement, les sols islandais ne sont pas nés de l’usure glaciaire, mais de vents apportant des cendres légères soufflées par des éruptions volcaniques. Une fois que les Vikings ont défriché les forêts islandaises pour créer des pâturages pour leur cheptel, les sols légers ont été exposés au vent et une bonne partie des sols islandais de surface a été érodée.

La préparation de l’armée française à la Seconde Guerre mondiale est un célèbre exemple contemporain de raisonnement par mauvaise analogie. Après l’horrible bain de sang de la Première, la France a admis qu’il était vital pour elle de se protéger contre la possibilité d’une autre invasion allemande. Malheureusement, le haut commandement de l’armée a présupposé qu’une nouvelle guerre se livrerait de la même façon que la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle le front Est entre la France et l’Allemagne s’est stabilisé par la guerre de tranchées. Les forces défensives d’infanterie avaient bâti des tranchées fortifiées sophistiquées et elles étaient parvenues à repousser les attaques d’infanterie, alors que les forces d’offensive n’avaient déployé les chars tout juste inventés que de façon individuelle et uniquement en soutien aux attaques de fantassins. Dès lors, la France a construit la ligne Maginot, un système encore plus sophistiqué et coûteux de fortifications. Le haut commandement allemand, vaincu lors de la Première Guerre mondiale, avait admis, lui, qu’une nouvelle stratégie s’imposait. Il utilisa des chars regroupés en divisions distinctes pour lancer des attaques éclairs, contourna la ligne Maginot en empruntant des forêts auparavant jugées impénétrables aux chars et occupa Paris en six semaines seulement. Raisonnant faussement par analogie avec la Première Guerre mondiale, l’état-major français commit une erreur très répandue : faire des plans pour la guerre à venir comme si c’était la répétition de la précédente, d’autant que cette dernière avait été remportée.

Deuxième chapitre de mon guide, après l’anticipation, le fait qu’une société peut percevoir ou non qu’un problème se pose vraiment. Il existe au moins trois raisons expliquant de tels échecs, toutes communes au monde des affaires et à l’Université.

Premièrement, les origines de certains problèmes ne peuvent littéralement pas être perçus. Par exemple, les nutriments responsables de la fertilité des sols sont invisibles à l’œil nu et on ne les mesure par des analyses chimiques que depuis l’époque contemporaine. En Australie, à Mangareva, dans certaines parties du Sud-Ouest américain et en bien d’autres lieux, la plus grande partie des nutriments avait déjà été lessivée et détachée des sols par suite des pluies avant que les hommes ne viennent s’établir. Quand les colons ont entrepris de faire pousser des cultures, celles-ci ont rapidement épuisé les nutriments qui restaient, de sorte que l’agriculture a été un échec. Et pourtant, ces sols pauvres en éléments nutritifs portaient souvent une végétation luxuriante en apparence, pour la raison que la plupart des nutriments de l’écosystème sont contenus dans la végétation plutôt que dans les sols. Les premiers colons d’Australie et de Mangareva n’avaient aucun moyen de percevoir ce problème d’ épuisement nutritif des sols par défrichement – non plus que les agriculteurs des régions salées en profondeur (comme l’est du Montana et certaines parties de l’Australie et de la Mésopotamie) ne pouvaient percevoir la salinisation en cours, non plus que certains mineurs·ne pouvaient percevoir que les eaux rejetées par les mines regorgeaient de cuivre et d’acide toxique dissous.

Une autre raison qui explique l’absence de perception d’un problème une fois qu’il se pose, c’est la distance des gestionnaires, le problème est potentiel dans toute société ou entreprise importante. Par exemple, la plus grande firme propriétaire terrienne et d’exploitation forestière au Montana aujourd’hui n’est pas basée dans l’État, mais à quatre cents kilomètres, à Seattle, dans l’État de Washington. Faute de proximité géographique, les cadres de l’entreprise peuvent ignorer un problème à ses commencements sur leurs propriétés forestières. Les entreprises bien gérées évitent de telles surprises en envoyant périodiquement des responsables « sur le terrain » pour observer ce qui s’y passe réellement. De même, si les Tikopiens vivant sur leur île minuscule et les montagnards de Nouvelle-Guinée dans leurs vallées ont réussi à gérer leurs ressources pendant plus de mille ans, c’est grâce à une connaissance exacte du territoire dans son entier dont dépend leur société.

La circonstance la plus répandue d’un échec de perception est celle d’une tendance lourde marquée par des fluctuations. Le réchauffement global en est l’exemple de choix à l’époque contemporaine. Nous comprenons désormais que les températures de par le monde ont monté au cours des décennies récentes, en grande partie du fait des changements atmosphériques causés par les hommes. Cependant, le climat n’a pas exactement augmenté de 0,01 degré par an. Il fluctue de façon erratique d’une année sur l’autre : trois degrés de plus un été que le précédent, deux degrés de plus l’été suivant, quatre degrés de moins le suivant, un degré de moins encore le suivant, puis cinq degrés de plus, etc. Compte tenu de ces fluctuations importantes et imprévisibles, il a fallu longtemps pour discerner la tendance moyenne à la hausse de 0,01 degré. C’est pourquoi la plupart des climatologues professionnels, auparavant sceptiques quant à la réalité du réchauffement global, ne sont convaincus que depuis quelques années. À l’époque où j’écris ces lignes, le président George W. Bush n’était toujours pas convaincu de sa réalité et il estime qu’il faut poursuivre les recherches. À l’époque médiévale, les habitants du Groenland éprouvaient de semblables difficultés à admettre que leur climat se refroidissait progressivement, et les Mayas et les Anasazis à discerner que le leur devenait plus sec.

Les hommes politiques parlent de « normalité rampante » pour désigner ce type de tendances lentes œuvrant sous des fluctuations bruyantes. Si l’économie, l’école, les embouteillages ou toute autre chose ne se détériorent que lentement, il est difficile d’admettre que chaque année de plus est en moyenne légèrement pire que la précédente ; les repères fondamentaux quant à ce qui constitue la « normalité » évoluent donc graduellement et imperceptiblement. Il faut parfois plusieurs décennies au cours d’une séquence de ce type de petits changements annuels avant qu’on saisisse, d’un coup, que la situation était meilleure il y a plusieurs décennies et que ce qui est considéré comme normal a de fait atteint un niveau inférieur.

Une autre dimension liée à la normalité rampante est l’ « amnésie du paysage » : on oublie à quel point le paysage alentour était différent il y a cinquante ans, parce que les changements d’année en année ont été eux aussi graduels. La fonte des glaciers et des neiges du Montana causée par le réchauffement global en est un exemple (chapitre 1). Adolescent, j’ai passé les étés 1953 et 1956 à Big Hole Basin dans le Montana et je n’y suis retourné que quarante-deux plus tard en 1998, avant de décider d’y revenir chaque année. Parmi mes plus vifs souvenirs du Big Hole, la neige qui recouvrait les sommets à l’horizon même en plein été, mon sentiment qu’une bande blanche bas dans le ciel entourait le bassin. N’ayant pas connu les fluctuations et la disparition graduelle des neiges éternelles pendant l’intervalle de quarante-deux ans, j’ai été choqué et attristé lors de mon retour à Big Hole en 1998 de ne plus retrouver qu’une bande blanche en pointillés, voire plus de bande blanche du tout en 2001 et en 2003. Interrogés sur ce changement, mes amis du Montana s’en montrent moins conscients : sans chercher plus loin, ils comparaient chaque année à son état antérieur de l’année d’avant. La normalité rampante ou l’amnésie du paysage les empêchaient, plus que moi, de se souvenir de la situation dans les années 1950. Un exemple parmi d’autres qui montre qu’on découvre souvent un problème lorsqu’il est déjà trop tard.

L’amnésie du paysage répond en partie à la question de mes étudiants : qu’a pensé l’habitant de l’île de Pâques qui a coupé le dernier palmier ? Nous imaginons inconsciemment un changement sou­dain : une année, l’île était encore recouverte d’une forêt de palmiers parce qu’on y produisait du vin, des fruits et du bois d’œuvre pour transporter et ériger les statues ; puis voilà que, l’année suivante, il ne restait plus qu’un arbre, qu’un habitant a abattu, incroyable geste de stupidité autodestructrice. Il est cependant plus probable que les modifications dans la couverture forestière d’année en année ont été presque indétectables : une année quelques arbres ont été coupés ici ou là, mais de jeunes arbres commençaient à repousser sur le site de ce jardin abandonné. Seuls les plus vieux habitants de l’île, s’ils repensaient à leur enfance des décennies plus tôt, pouvaient voir la différence. Leurs enfants ne pouvaient pas plus comprendre les contes de leurs parents, où il était question d’une grande forêt, que mes fils de dix-sept ans ne peuvent comprendre aujourd’hui les contes de mon épouse et de moi-même, décrivant ce qu’était Los Angeles il y a quarante ans. Petit à petit, les arbres de l’île de Pâques sont devenus plus rares, plus petits et moins importants. À l’époque où le dernier palmier portant des fruits a été coupé, cette espèce avait depuis longtemps cessé d’avoir une signification économique. Il ne restait à couper chaque année que de jeunes palmiers de plus en plus petits, ainsi que d’autres buissons et pousses. Personne n’aurait remarqué la chute du dernier petit palmier. Le souvenir de la forêt de palmiers des siècles antérieurs avait succombé à l’amnésie du paysage. À l’opposé, la vitesse avec laquelle la déforestation s’est répandue dans le Japon des débuts de l’ère Tokugawa a aidé les shoguns à identifier les changements dans le paysage et la nécessité d’actions correctives.

Le troisième chapitre de mon guide des échecs est le plus nourri, car traitant d’une situation la plus courante : souvent les sociétés échouent même à résoudre un problème qu’elles ont perçu.

Beaucoup des raisons tiennent à ce que les écono­mistes et d’autres spécialistes de sciences sociales appellent le « comportement rationnel », fruit de conflits d’intérêts. Certains individus, par raisonnement, concluent qu’elles peuvent favoriser leurs intérêts en adoptant un comportement qui est, en réalité, dommageable à d’autres mais que la loi autorise de fait ou par non-application. Ils se sentent en sécurité parce qu’ils sont concentrés (peu nombreux) et très motivés par la perspective de réaliser des profits importants, certains et immédiats, alors que les pertes se distribuent sur un grand nombre d’individus. Cela donne aux perdants peu de motivation pour se défendre, parce que chaque perdant perd peu et n’obtiendrait que des profits réduits, incertains et lointains, quand bien même réussissait-il à défaire ce que la minorité a accompli. C’est le cas, par exemple, des subventions à effets pervers : ces budgets que les gouvernements dépensent pour soutenir des activités qui ne seraient pas rentables sans ces aides, comme la pêche, la production de sucre aux États-Unis et celle du coton en Australie (subventionnées indirectement par le gouvernement qui supporte les coûts liés à l’irrigation). Les pêcheurs et les cultivateurs peu nombreux font pression avec ténacité pour obtenir les subventions qui représentent une bonne part de leurs revenus, tandis que les perdants – tous les contribuables – se font moins entendre parce que la subvention concernée n’est financée que par une petite fraction des impôts acquittée par les contribuables. Les mesures bénéficiant à une petite minorité aux dépens d’une large majorité sont en particulier susceptibles d’être prises dans certains types de démocraties où le pouvoir de faire pencher la balance repose sur certains petits groupes : par exemple, les sénateurs des petits États au Sénat américain ou les petits partis religieux en Israël, à un degré par ailleurs inenvisageable dans le système parlementaire hollandais.

Un type fréquent de comportement rationnel pervers est de l’ordre de l’égoïsme. Prenons un exemple simple. La plupart des pêcheurs du Montana pêchent la truite. Quelques-uns préfèrent pêcher le brochet, gros poisson carnivore qui n’existe pas naturellement dans l’ouest du Montana, mais a été introduit subrepticement et illégalement dans certains lacs et rivières de cette contrée. Il y a ruiné la pêche à la truite, suite à la disparition des truites. Or les pêcheurs de brochets sont moins nombreux que ne l’étaient les pêcheurs de truites.

Nous avons un autre exemple engendrant plus de perdants et des pertes financières plus importantes : jusqu’en 1971, les compagnies minières du Montana, lorsqu’elles fermaient une mine, laissaient son cuivre, son arsenic et son acide s’écouler dans les rivières, faute de législation de l’État pour les contraindre à nettoyer les sites. En 1971, une telle loi a été promulguée. Les entreprises ont·alors découvert qu’elles pouvaient extraire le minerai de valeur, puis se déclarer en faillite avant d’avoir à assumer les coûts d’un nettoyage. Résultat : les citoyens du Montana ont dû acquitter cinq cents millions de dollars de frais de nettoyage, alors que les sociétés minières n’ont eu qu’à engranger leurs profits. D’innombrables autres exemples de comportements de ce type dans le monde des affaires pourraient être cités, mais il n’est pas aussi universel que certains· cyniques le soupçonnent. Au chapitre suivant, nous verrons dans quelle mesure ces comportements résultent de l’impératif, pour les entreprises, de gagner de l’argent dans le cadre autorisé par les règlements de l’État, le droit et la demande du public.

Une forme particulière de conflit d’intérêts est connue sous le nom de « tragédie des communs », laquelle est intimement liée aux conflits appelés « dilemme du prisonnier » et « logique de l’action collective ». Prenez une situation dans laquelle beaucoup de consommateurs récoltent une ressource qu’ils possèdent en commun, tels des pêcheurs qui prennent du poisson dans une zone de l’océan ou des bergers qui font paître leurs moutons sur un pâturage commun. Si chacun surexploite la ressource concernée, elle diminuera par surpêche ou surpâturage et finira par disparaître. Tous les consommateurs en souffriront. Il serait donc dans l’intérêt commun de tous les consommateurs d’exercer une contrainte et de ne pas surexploiter cette ressource. Mais tant qu’il n’existe pas de régulation efficace fixant la quantité de la ressource que chaque consommateur pourra récolter, chaque consommateur a raison de se dire : « Si je n’attrape pas ce poisson ou si je ne laisse pas mes moutons brouter cette herbe, un autre pêcheur ou un autre berger le fera ; je n’ai donc pas de raison de me retenir de surpêcher ou de surrécolter. » Le comporte­ ment rationnel correct consiste ici à récolter avant que l’autre consommateur puisse le faire, même si cela peut avoir pour résultat la destruction des biens communs, et donc nuire à tous les consommateurs.

En réalité, alors que cette logique a conduit nombre de biens communs à être surexploités et détruits, d’autres ont été préservés pendant des centaines, voire des milliers d’années. Parmi les conséquences malheureuses, on trouve la surexploitation et la disparition de la plupart des grandes zones de pêche et l’extermination de la grande faune (gros mammifères, oiseaux et reptiles) sur chaque île océanique ou continent colonisé par les humains pour la première fois au cours des cinquante mille dernières années. Les conséquences heureuses comprennent la préservation de nombreuses zones de pêche locales, de forêts, de sources d’eau, comme les zones de pêche à la truite et les systèmes d’irrigation du Montana que j’ai décrits au chapitre 1. La chose est aisément explicable par trois types différents de dispositions qui ont évolué pour préserver une ressource commune tout en permettant une récolte durable.

Une solution évidente consiste pour le gouvernement ou une autre force extérieure à intervenir, avec ou sans l’invitation des consommateurs, et à imposer des quotas, comme le shoghun et le daimyo dans le Japon des Tokugawas, les empereurs incas dans les Andes et les princes et les propriétaires terriens de l’Allemagne du XVIe siècle l’ont fait pour la coupe de bois. Cependant, la chose n’est pas possible dans certaines situations (par exemple, une île en plein océan) et cela implique des coûts d’administration et de police excessifs dans d’autres situations. Une deuxième solution consiste à privatiser la ressource, c’est-à-dire à la diviser en lots individuels que chaque propriétaire sera motivé à gérer avec prudence dans son propre intérêt. Cette pratique a été appliquée dans certaines forêts possédées par des villages dans le Japon des Tokugawas. Cependant, là encore, certaines ressources (comme les animaux et le poisson migrateur) sont impossibles à subdiviser et les propriétaires individuels peuvent éprouver encore plus de difficultés que les gardes-côtes ou la police publique à refouler les intrus.

Face à la tragédie des communs , la solution qui demeure consiste pour les consommateurs à reconnaître leurs intérêts communs et à imaginer, suivre et imposer eux-mêmes des quotas de récolte prudents. Cela n’est possible que si toute une série de conditions sont satisfaites : les consommateurs forment un groupe homogène ; ils ont appris à se faire confiance et à communiquer entre eux ; ils comptent avoir un avenir commun et transmettre la ressource concernée aux jeunes générations ; ils ont la capacité, ou la permission, de s’organiser et de se surveiller eux-mêmes, et on le leur permet ; les frontières de la ressource et de son ensemble de consommateurs sont bien définies. Le cas des droits s l’eau pour l’irrigation au Montana, analysé au chapitre 1, en est un bon exemple. Alors que l’attribution de ces droits a force de loi écrite, les ranchers obéissent surtout au délégué à l’eau qu’ils ont élu et ils ne tranchent plus leurs litiges devant les tribunaux. Parmi les autres exemples de groupes homogènes gérant avec prudence les ressources qu’ils veulent transmettre à leurs enfants, on trouve les habitants de l’île de Tikopia, les montagnards de Nouvelle-Guinée, les membres de castes indiennes et d’autres groupes analysés au chapitre 9. Ces petits groupes, avec les Islandais (chapitre 6) et les Japonais de l’ère Tokugawa, qui forment des groupes plus importants, ont de plus été motivés à parvenir à un accord par leur isolement de fait : il était évident pour tout le groupe qu’il ne survivrait que grâce à ses ressources dans un avenir proche. De tels groupes savaient qu’ils ne pouvaient invoquer l’excuse classique ( « ce n’est pas mon problème ») pour justifier leur mauvaise gestion.

Des conflits d’intérêts impliquant un comportement rationnel peuvent advenir lorsque, au contraire de la société dans son ensemble, le principal consommateur n’a pas intérêt à long terme à préserver la ressource concernée. Par exemple, une bonne part de l’exploitation commerciale de la forêt tropicale humide est aujourd’hui assurée par des compagnies forestières internationales, lesquelles en général signent des baux à court terme dans un pays, coupent la forêt sur tout le terrain qu’elles ont loué, puis vont dans un autre pays. Les bûcherons ont bien vu qu’une fois qu’ils ont payé le loyer de leur location, il est de leur intérêt de couper les forêts aussi vite que possible, de ne pas tenir leur promesse de reforestation et de s’en aller. C’est ainsi qu’ils ont détruit la plus grande partie des forêts des basses terres de la péninsule de Malaisie, puis de Bornéo, puis des îles Salomon et de Sumatra, maintenant des Philippines, et bientôt de la Nouvelle-Guinée, de l’Amazonie et du bassin du Congo. Ce qui est bon pour les bûcherons est mauvais pour la population locale, qui perd sa source de produits forestiers et doit subir les conséquences de l’érosion des sols et de la sédimentation. C’est mauvais aussi pour le pays d’accueil dans son ensemble, qui perd ainsi une part de sa biodiversité ·et de la possibilité de se doter d’une activité forestière durable. Ce conflit d’intérêts résultant de la location de terres à court terme contraste avec les résultats fréquem­ment obtenus lorsque les sociétés forestières possèdent la terre, car alors elles anticipent des récoltes répétées et -tout comme la population locale et le pays ont intérêt à adopter une perspective à long terme. Dans les années 1920, les paysans chinois ont noté un contraste similaire quand ils ont évalué les avantages comparés de l’exploitation par deux types différents de seigneurs de la guerre. Il était dur d’être exploité par un « bandit à demeure », un seigneur de la guerre implanté localement, mais il laissait au moins aux paysans assez de ressources pour qu’ils lui procurent plus de butin dans les années à venir. Le pire était d’être exploité par un « bandit errant », un seigneur de la guerre qui, telle une compagnie forestière louant des terres à court terme, ne laissait rien aux paysans d’une région et s’en allait seulement piller ceux d’une autre.

Le comportement rationnel peut également dicter à des élites repliées dans leur sphère des décisions nuisibles au reste de la société à l’écart de laquelle elles se maintiennent.

On en a vu, au cours de notre enquête, des exemples divers – la dictature Trujillo en République dominicaine, ou les élites possédantes en Haïti, ou bien encore la politique foncière des zones de résidences huppées sous haute protection sécuritaire aux États-Unis. Il n’y a guère, Barbara Tuchman dressait dans The March of Folly [1] la longue liste des décisions politiques qui, de la guerre de Troie à la guerre du Viêt Nam, furent causes de catastrophes. Il ne faisait, à ses yeux, aucun doute que « la plus importante des forces qui affectent la sottise politique, c’est la soif du pouvoir que Tacite a appelée ’la plus flagrante de toutes les passions’ ». C’est ce même désir que nous avons vu à l’ œuvre chez les chefs de l’île de Pâques ou les rois mayas : elle les poussa, par la rivalité mimétique, à ériger des statues et des monuments toujours plus élevés. Tout chef ou roi qui aurait construit des statues ou des monuments de moindre dimension afin d’épargner les forêts aurait perdu son prestige, donc son rang, et par conséquent sa fonction. La compétition pour le prestige fait rarement bon ménage avec la vision à long terme.

A l’inverse, l’immersion de l’élite dans la société oblige les dirigeants à être conscients des effets de leurs actions. Nous verrons au dernier chapitre que la forte conscience environnementale des Hollandais – y compris celle de leurs hommes politiques – tient au fait qu’une bonne partie de la population, dirigeants et dirigés, vit sur des terres situées en dessous du niveau de la mer, et que tous partagent les mêmes risques en cas de mauvaise gestion des digues. De même, les grands hommes de Nouvelle-Guinée en zone montagnarde vivent dans le même type de huttes que les hommes sans qualité, vont avec ces derniers piocher du bois à brûler et du bois d’œuvre dans les mêmes endroits et sont ainsi très motivés pour élaborer une activité forestière durable (chapitre 9).

D’autres échecs s’expliquent par le « comportement irrationnel », c’est-à-dire le comportement dommageable non plus à certains ni à la majorité, mais. à tous. Un tel comportement irrationnel survient souvent quand chacun, individuellement, est travaillé par un conflit de valeurs : on veut ignorer un mauvais statu quo parce qu’il résulte de l’application des valeurs auxquelles on tient profondément. « La persistance dans l’erreur », « le raidissement », « le refus de tirer les conclusions qui s’imposent à partir de signes négatifs », « l’immobilisme, la stagnation mentale » sont les causes que Barbara Tuch man recense. Les psychologues, eux, parlent d’ « effet de ruine » pour désigner un trait voisin : l’hésitation à abandonner une politique – ou à vendre une action – dans laquelle il a été déjà beaucoup investi.

Certaines motivations irrationnelles courantes tiennent au fait que l’opinion peut ne pas apprécier ceux qui perçoivent un problème les premiers et le dénoncent – comme le parti vert de Tasmanie qui a le premier protesté contre l’introduction de renards en Tasmanie. Ou bien, les avertissements peuvent ou non être entendus du fait de mises en garde antérieures qui se sont révélées de fausses alertes. Ou bien encore, l’opinion peut décider de n’avoir tout simplement pas d’avis sur la question.

Mais il est un facteur clé : les valeurs religieuses. Profondément implantées, elles sont donc de fréquentes causes de comportement désastreux. Par exemple, une bonne partie de la déforestation dans l’île de Pâques résultait d’une motivation religieuse : il fallait disposer de troncs d’arbres pour transporter et ériger les statues géantes de pierre qui étaient des objets de vénération. Au même moment, mais à six mille kilomètres de là et dans l’autre hémisphère, les Norvégiens du Groenland suivaient simplement leurs valeurs chrétiennes. Ces mêmes valeurs qui leur permirent de survivre pendant des siècles les empêchèrent d’opérer des changements drastiques dans leur style de vie et d’adopter certaines technologies inuits qui les auraient aidés à survivre plus long­ temps.

Le monde moderne et contemporain nous offre de nombreux exemples d’admirables valeurs profanes auxquelles nous tenons par-dessus tout alors qu’elles n’ont plus de sens. Les Australiens ont apporté de Grande-Bretagne la tradition d’élever des moutons pour la laine, des valeurs rurales fortes et une identi­ication à la Grande-Bretagne ; ils ont ainsi réalisé l’exploit de bâtir une démocratie digne du Premier Monde loin de toute autre (à l’exception de la Nouvelle-Zélande) ; aujourd’hui, ils commencent cependant à découvrir que ces valeurs ont aussi un revers. Si les habitants du Montana ont tant répugné à résoudre leurs problèmes causés par les mines, l’exploitation forestière et les ranches, c’est parce que ces trois activités, piliers de l’économie du Montana, étaient liées à l’esprit pionnier et à l’identité de cet État. L’attachement des pionniers à la liberté individuelle et à l’autosuffisance les ont empêchés longtemps d’admettre que désormais ils avaient besoin de planification publique et de contrepoids aux droits individuels. La détermination de la Chine communiste à ne pas répéter les erreurs du capitalisme l’a conduite à mépriser le souci de l’environnement : on sait où cela l’a conduite. L’idéal rwandais des grandes familles était adapté à l’époque traditionnelle où la mortalité infantile était élevée, mais il a conduit aujourd’hui à une désastreuse explosion démographique. Il me semble qu’une bonne part de l’opposition rigide que rencontre le souci pour l’environnement dans le Premier Monde s’explique par des valeurs acquises il y a longtemps et jamais réexaminées. Ce qu’en d’autres termes Barbara Tuchman décrit comme la préservation par « des dirigeants ou responsables politiques [des] idées avec lesquelles ils ont commencé leur carrière ».

Concernant ses valeurs fondamentales, jusqu’à quel point un individu préfère-t-il mourir plutôt que de faire des compromis et vivre ? Des millions de gens, à l’époque contemporaine, ont été confrontés à la décision de savoir si, pour sauver leur vie, ils seraient ou non disposés à trahir leurs amis ou leurs proches, à complaire à un dictateur, à vivre en esclavage ou à préférer l’exil. Les nations et les sociétés ont parfois à prendre collectivement des décisions similaires.

Toutes ces décisions impliquent ·des paris sur l’avenir, faute de la certitude que la perpétuation de certaines valeurs conduise à l’échec et leur préservation au succès. En tentant de continuer à être des agriculteurs chrétiens, les Norvégiens du Groenland ont préféré mourir en tant que tels plutôt que de vivre comme des Inuits ; ils ont perdu leur pari. Parmi les cinq petits pays d’Europe de l’Est confrontés à la puissance irrésistible des armées russes, les Estoniens, les Lettons et les Lituaniens ont renoncé à leur indépendance en 1939 sans combattre, alors que les Finlandais se sont battus en 1939-1940 et ont sauvegardé leur indépendance ; les Hongrois, eux, se sont battus en 1956 et ils ont été défaits. Qui d’entre nous peut dire quel pays a été plus sage ? Qui d’entre nous aurait pu prévoir que seuls les Finlandais gagneraient leur pari ?

Peut-être une clé du succès ou de l’échec pour une société est-elle de savoir à quelles valeurs fondamentales se tenir et lesquelles écarter, voire remplacer par de nouvelles. Au cours des soixante dernières années, des pays parmi les plus puissants ont renoncé à certaines valeurs qui paraissaient centrales dans leur image nationale : la Grande-Bretagne et la France ont renoncé à leur rôle centenaire de puissances mondiales agissant de façon indépendante ; le Japon a renoncé à sa tradition militaire et à ses forces armées ; et la Russie a abandonné sa longue expérience du communisme. Les États-Unis ont abandonné en substance – mais pas complètement – leurs anciennes valeurs de discrimination raciale légale, d’homophobie légale, de subordination des femmes et de répression sexuelle. L ’Australie révise aujourd’hui son statut de société. rurale agricole structurée par une identité britannique. Se pourrait-il que les sociétés qui réussissent soient celles qui ont le courage de prendre ces décisions difficiles et ont la chance de gagner leurs paris ?

Beaucoup d’échecs en partie irrationnels s’expliquent par le conflit entre des motivations à court terme et à long terme chez le même individu. Les paysans rwandais et haïtiens, ainsi que des milliards d’autres gens dans le monde aujourd’hui, sont désespérément pauvres et ne pensent qu’à la façon dont ils vont se nourrir le lendemain. Les pêcheurs pauvres des récifs tropicaux se servent de dynamite et de cyanure pour tuer les poissons du récif (et incidemment détruire les récifs eux-mêmes) afin de nourrir leurs enfants aujourd’hui, tout en sachant que, ce faisant, ils ravagent leur cadre de vie futur. Des économistes justifient rationnellement ce souci exclusif des profits à court terme en arguant qu’il peut être de meilleur aloi de récolter une ressource aujourd’hui que demain, dès lors que les profits d’aujourd’hui peuvent être investis et que les intérêts de cet investissement entre aujourd’hui et demain tendent à rendre la récolte d’aujourd’hui plus valable que celle de demain. Quitte à ce que les conséquences néfastes soient supportées par la génération à venir, qui, par définition, n’est pas encore ici pour faire droit à une prospective à long terme.

D’autres facteurs interviennent dans les prises de décision irrationnelles. Irving Janis étudie la « pensée de groupe », forme moins prégnante et à petite échelle de la psychologie des foules, et qui peut apparaître dans un groupe de décideurs. En particulier lorsqu’un petit groupe soudé (comme les conseillers du président Kennedy pendant la crise de la baie des Cochons ou ceux du président Johnson lors de l’escalade de la guerre du Viêt Nam) essaie de parvenir à une décision dans des circonstances de stress où le besoin de soutien et d’approbation mutuels peuvent conduire à annihiler les doutes et la pensée critique, à partager des illusions, à parvenir à un consensus prématuré et finalement à prendre une décision catastrophique. La pensée de groupe – et la psychologie des foules – peut opérer sur des périodes qui ne sont pas seulement de quelques heures, mais parfois de quelques années ; toutefois, on ignore encore quelle est leur part dans des décisions catastrophiques concernant des problèmes d’environnement de longue durée (décennies ou siècles).

La dernière raison spéculative que je mentionne­ rai pour expliquer l’échec irrationnel dans les tentatives menées pour résoudre un problème que l’on perçoit est le déni d’origine psychologique. Si une chose perçue suscite en vous une émotion douloureuse, elle sera inconsciemment supprimée ou niée afin d’éviter cette douleur, angoisse ou peur, quitte à ce que le déni conduise à des décisions désastreuses.

Dans le domaine qui nous concerne, prenons l’exemple d’une étroite vallée sinistrée juste derrière un grand barrage. Que le barrage vienne à se rompre, l’eau emportera les habitants sur une distance considérable en aval. Quand on sonde l’opinion qui vit en aval du barrage sur sa crainte d’une éventuelle rupture, cette peur est moindre en aval, elle augmente au fur et à mesure qu’on s’approche, atteint son paroxysme à quelques kilomètres du barrage, puis décroît brutalement et tend vers zéro parmi les habitants les plus proches du barrage ! Autrement dit, ces derniers, qui sont les plus certains d’être inondés en cas de rupture, disent d’une certaine manière ne pas être concernés. Ce déni d’origine psychologique est leur seule façon de vivre dans une normalité quotidienne. Le déni d’origine psychologique est un phénomène bien attesté dans la psychologie individuelle, mais il semble s’appliquer aussi à la psychologie des groupes.

Enfin, dernier chapitre de mon catalogue, le cas où une société échoue à résoudre un problème perçu, voire anticipé : le problème peut être au-delà de nos capacités présentes de résolution, une solution peut exister, mais être trop coûteuse, ou bien encore nos ·efforts peuvent être trop minimes ou trop tardifs. Certaines solutions tentées ont un effet de retour qui fait empirer le problème, telle l’introduction de crapauds en Australie pour contrôler les insectes nuisibles ou la suppression des feux de forêts dans l’Ouest américain. Maintes sociétés du passé (comme l’Islande médiévale) n’avaient pas les connaissances écologiques détaillées qui nous permettent désormais de mieux faire face aux problèmes auxquels elles étaient confrontées. Mais certains de ces problèmes continuent aujourd’hui à résister à toute solution.

Au chapitre 8, nous avons vu qu’au Groenland, ces cinq derniers mille ans, le climat froid et les ressources limitées et variables ont conduit à l’échec quatre vagues successives de chasseurs-cueilleurs américains puis des Norvégiens. Les Inuits sont parvenus à vivre en autosuffisance au Groenland pendant sept cents ans, mais leur vie était dure et ils mouraient souvent de faim. Les Inuits contemporains ne sont plus prêts à subsister de façon traditionnelle avec des outils de pierre, des traîneaux et la pêche à la baleine au harpon : ils importent des technologies et de la nourriture. Le gouvernement du Groenland n’a pas encore développé une économie qui soit indépendante de l’aide étrangère malgré le choix de l’élevage du bétail et les subventions aux éleveurs de moutons. On comprend mieux dès lors l’échec final des Norvégiens. De même, l’échec final des Anasazis ·dans le sud-ouest des États-Unis doit être considéré à la lumière de beaucoup d’autres tentatives qui ont finalement échoué pour établir des sociétés rurales durables dans un environnement hostile à l’agriculture.

Parmi les problèmes les plus récurrents aujourd’hui, on trouve ceux que posent les espèces nuisibles, qui se révélèrent souvent impossibles à éradiquer ou à contrôler une fois introduites. Par exemple, l’État du Montana continue à dépenser plus de cent millions de dollars par an pour combattre des mauvaises herbes qui ont été introduites. Non pas parce que le Montana n’a rien fait pour les éradiquer, mais tout simplement parce que ces mauvaises herbes sont impossibles à éradiquer à l’heure actuelle. Certaines. ont des racines trop profondes pour qu’on les arrache à la main et les désherbants chimiques spécifiques coûtent cher. L’Australie a tenté les haies, les renards, la chasse, les bulldozers et le virus de la myxomatose ou le virus Calici pour maîtriser les lapins, lesquels ont pour l’instant résisté à toutes ces offensives.

Le problème catastrophique des incendies de forêts dans les parties sèches de l’Ouest montagneux des États-Unis pourrait sans doute être maîtrisé grâce à des techniques de gestion, comme l’élagage mécanique des sous-bois et l’enlèvement du bois mort, visant à réduire ce qui peut brûler. Malheureusement, la mise en œuvre de cette solution sur une grande échelle est considérée comme prohibitive. Le destin du moineau de Floride illustre également l’échec dû aux coûts estimés et à la procrastination qui s’ensuit : trop peu, trop tard. L’habitat de ce moineau se réduisant, toute action a été repoussée le temps que l’on établisse si vraiment il diminuait à un point critique. Lorsque l’Office américain du poisson et de la faune sauvage a décidé à la fin des années 1980 d’acheter l’habitat restant pour le coût élevé de cinq millions de dollars, il était si dégradé que les moineaux moururent. Une polémique fit alors rage pour savoir si l’on devait accoupler les derniers spécimens en captivité avec d’autres, assez proches, puis en obtenir de plus purs en croisant les hybrides ainsi obtenus. Lorsque l’autorisation fut finalement accordée, les derniers moineaux captifs étaient devenus infertiles du fait de leur âge avancé. L’effort pour préserver l’habitat et pour accoupler les oiseaux captifs aurait été moins coûteux et davantage couronné de succès s’il avait été entrepris plus tôt.

En ouverture à ce chapitre, il y avait l’étonnement de mes étudiants et le refus de Joseph Tainter de croire qu’une société pouvait choisir l’échec. Au moment de conclure, il nous apparaît que nous sommes à l’extrême inverse : il y a quantité de raisons qui expliquent l’échec des sociétés. Mais le fait que nous soyons, moi, en train de rédiger et, vous, de lire cet ouvrage prouve que l’échec n’est pas notre destinée inéluctable. Au chapitre 9, nous avons analysé nombre de succès.

Si certaines sociétés réussissent tandis que d’autres échouent, la raison en est évidemment dans les différences entre les environnements plutôt qu’entre les sociétés. Certains environnements posent des problèmes plus difficiles que d’autres. Par exemple, le Groenland froid et isolé posait un plus grand défi que le sud de la Norvège, dont provenaient beaucoup de colons du Groenland. De même, l’île de Pâques, qui est sèche, isolée, de latitude élevée et plate, représentait pour ses colons un plus grand défi que Tahiti, humide, moins isolée, équatoriale et élevée, d’où étaient originaires des ancêtres des habitants de l’île de Pâques. Mais ce n’est que la moitié de l’histoire. Si j’affirmais que ces différences environnementales représentent la seule raison de l’échec ou de la réussite des sociétés, il serait juste de m’accuser de « déterminisme environnemental »,conception peu à l’honneur chez les spécialistes des sciences sociales. En réalité, si les conditions environnementales rendent sans doute plus difficile le maintien des sociétés humaines dans certains milieux plutôt que dans d’autres, les raisons de la réussite ou de l’échec tiennent aussi aux choix qu’opère une société.

Par exemple, pourquoi l’Empire inca a-t-il réussi à reboiser son environnement sec et froid, mais pas les habitants de l’île de Pâques ni les Norvégiens du Groenland ? La réponse dépend en partie des idiosyncrasies des individus et met au défi toute prédiction. Je crois cependant qu’une meilleure intelligence des causes potentielles d’échec recensées dans cette enquête peut aider les décideurs à en prendre conscience et à les éviter.

Un exemple frappant de l’usage d’une bonne compréhension d’une crise antérieure nous est donné par les crises consécutives mais contrastées impliquant Cuba et les États-Unis. Chaque crise donne lieu à des discussions entre le président Kennedy et ses conseillers. Début 1961, ils versent dans la pensée de groupe, et prennent donc la décision catastrophique de lancer l’invasion de la baie des Cochons, qui est un échec humiliant, et conduit à la crise bien plus dangereuse des missiles cubains. Irving Janis, dans Groupthink : Psychological Studies of Policy Decisions and Fiascoes, montre que les délibérations sur l’ expédition dans la baie des Cochons présentent toutes les caractéristiques, ou presque, de la prise de mauvaises décisions : sentiment prématuré d’unanimité, annihilation des doutes personnels et empêchement de l’expression de visions opposées, meneur – Kennedy – dirigeant la discussion de façon à minimiser les désaccords. En 1962, les délibérations sur la crise des missiles impliquent Kennedy et nombre des mêmes conseillers, mais elles suivent un processus inverse et débouchent sur des décisions fructueuses : Kennedy ordonne aux participants de penser avec scepticisme, il autorise la libre discussion, il rencontre séparément les sous-groupes et quitte parfois la salle pour éviter de trop influencer lui-même la discussion.

Au cours de ces deux crises cubaines, la prise de décision est différente en grande partie parce que Kennedy lui-même, après le fiasco de la baie des Cochons, a réfléchi aux dysfonctionnements dans le mode de décision et invité ses conseillers à faire de même.

__ Il faut qu’un dirigeant se fasse parfois visionnaire, ce qui implique du courage politique, puisqu’il doit résoudre un problème environnemental. Nous en avons rencontré quelques cas : les premiers shoguns tokugawas, qui ont réduit la déforestation du Japon longtemps avant que celle-ci n’atteigne le stade de l’île de Pâques ; Joaquin Balaguer, le dictateur qui, quelles que fussent ses motivations, soutint fortement les défenseurs de l’environnement dans la partie dominicaine d’Hispaniola, alors que ses homologues du côté haïtien ne firent rien de tel ; les chefs de Tikopia qui décidèrent d’éliminer les porcs nocifs pour leur île, malgré le statut prestigieux de cet animal en Mélanésie ; les dirigeants de la Chine communiste qui ont promulgué un planning familial longtemps avant que la surpopulation de leur pays atteigne le niveau du Rwanda aujourd’hui. Autant d’exemples qui sont des raisons d’espérer et font de mon enquête un ouvrage optimiste.

[1] Traduction française : La marche folle de l’Histoire, Paris, Robert Laffont, 1985. Citations respectivement aux pages 374 et 376 (N.d.É.).


Mode: Les sionistes ont même inventé le look WASP ! (50 years of Ralph Lauren: How a Brooklyn-born son of Russian-Jewish immigrants almost single-handedly sold America and the world the old money New England look)

17 mars, 2019
Cheveux blancs, peau bronzée, sourire conquérant. Le petit Ralph Lifschitz - Lauren est un pseudo - s'est constitué un personnage taillé pour la publicité. Une image idéalisée de l'Amérique qui tapisse son bureau comme ses boutiques. https://scontent-cdt1-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/10407816_10152590664390071_4019207009613686867_n.jpg?_nc_cat=107&_nc_ht=scontent-cdt1-1.xx&oh=dde54470b8d9ecba6716cdd408368e75&oe=5D0BB99F
https://i.pinimg.com/originals/59/b7/6e/59b76ec056faf8a0816d30ef1b00e1c7.jpgImage result for RALPH LAUREN PREPPY LOOKhttps://i.pinimg.com/originals/43/58/30/43583079d810c463669af4caa33bd32e.jpghttps://i2.wp.com/comm396-s16.ascjclass.org/wp-content/uploads/sites/20/2017/10/Royalty-Lauren-Ad-2.jpghttps://i0.wp.com/www.ivy-style.com/wp-content/uploads/2014/10/wallpaper.jpg https://timedotcom.files.wordpress.com/2015/09/lauren.jpeghttps://i.etsystatic.com/14608849/r/il/019bbc/1608803273/il_fullxfull.1608803273_gcnp.jpg
https://scontent-cdt1-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/53800891_10205836926759399_8735189174769942528_n.jpg?_nc_cat=102&_nc_ht=scontent-cdt1-1.xx&oh=c37a4e6722113f4bbe9fa2ad18dd2c9a&oe=5D0C3BD6

Au début, on me disait : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? » Ralph Lauren
There were also people who thought that because I was Jewish, I had no right to create these preppy clothes. Harvard, Yale, Princeton. Ralph Lauren
Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? Mayo Methot
The novels of F. Scott Fitzgerald, for example are peopled with earnest heroes who hailed from the Midwest but who came to play in the racy world of New York via Princeton or Yale. Cooke
Not only will I not say that again, but I’ll be more thoughtful going forward in the way that I talk about our marriage, and also the way in which I acknowledge the truth of the criticism that I have enjoyed white privilege. So yes, I think the criticism is right on. My ham-handed attempt to try to highlight the fact that Amy has the lion’s share of the burden in our family — that she actually works but is the primary parent in our family, especially when I served in Congress, especially when I was on the campaign trail — should have also been a moment for me to acknowledge that that is far too often the case, not just in politics, but just in life in general. I hope as I have been in some instances part of the problem, I can also be part of the solution. Beto O’Rourke
It was the second apology O’Rourke made during the podcast. The first was for his writings as a teenager when he was a member of a group of activist hackers. Those writings, which came under the pseudonym « Psychedelic Warlord » and included a piece of fiction from a killer’s point of view, were revealed in a Reuters report. He said he was « mortified to read it now, incredibly embarrassed … whatever my intention was as a teenager doesn’t matter. » « I have to look long and hard at my actions, at the language I have used, and I have to constantly try to do better, » he said. The comments came as O’Rourke responded to a question about how he would combat white supremacy. O’Rourke criticized President Donald Trump, saying that Mexican and Muslim children « internalize it » when the President attacks them with a broad brush. He also criticized Trump’s response to the violence at a white supremacists’ rally in Charlottesville, Virginia, in 2017. « We also have to confront this racism, this xenophobia, this nativism and this hatred, or else I’m confident it will consume us. And so calling it out is part of it, and then setting an example of how we want to treat each other, » he said. CNN
The Vanity Fair cover photo of Beto O’Rourke, taken by Annie Leibovitz, is an apparent homage to the famous Time magazine portrait of Ronald Reagan when he was chosen as Man of the Year in 1980. (…) Reagan was shown in a blue shirt and jeans with a brown leather belt and his hands on his hips. (…) O’Rourke, a former Democratic Texas congressman, was photographed with a light-blue shirt, tucked into a pair of jeans and a leather belt. He is standing next to his truck on a dirt road and has his hands on his hips. (…) O’Rourke is entering a crowded field of candidates for the Democratic nomination. The latest Real Clear Politics average puts O’Rourke a distant 6th place with 5.3 percent. Former Vice President Joe Biden, who has not yet announced a bid, leads the pack in the high-20’s with Sen. Bernie Sanders, I-Vt., sitting in second place. O’Rourke exemplifies a new normal. None of the other major white progressive candidates—Bernie Sanders, Elizabeth Warren, or Kirsten Gillibrand—invoked God in their presidential announcements either. (Amy Klobuchar, who is running as a comparative moderate, did.) Today’s white liberals don’t only talk about faith less than their predecessors did. They talk about it in a strikingly different way. Earlier Democrats invoked religion as a source of national unity. (…) The implication was that religious observance was something Americans of both parties shared. Today, by contrast, progressive white candidates more often cite religion as a source of division. In his announcement video, O’Rourke boasted that during his Senate campaign in Texas, “people allowed no difference, however great or however small, to stand between them and divide us. Whether it was religion or gender or geography or income, we put our labels and our differences aside.” The only reference to faith in Warren’s announcement speech was an acknowledgment that “we come from different backgrounds. Different religions.” The lone reference in Sanders’s was a call for “ending religious bigotry.” While white progressives once described religion as something that brought Americans together, they’re now more likely to describe it as something that drives them apart. It’s not hard to understand why. For starters, the percentage of white Democrats who express no religious affiliation has skyrocketed. According to unpublished data tabulated for me last year by the Public Religion Research Institute (PRRI), 8 percent of white Democrats expressed no religious affiliation in 1990. By 2016, the figure was 33 percent. In 1990, white self-described liberals were 39 points more likely to describe themselves as Protestant than as religiously unaffiliated. By 2016, religiously unaffiliated beat Protestant by nine points. Secular Democrats haven’t only grown more numerous. They’ve also become some of the party’s most motivated activists. As The Atlantic’s Emma Green has noted, a PRRI poll taken last August and September found that Democrats who shun organized religion were more than twice as likely to have attended a political rally in the previous year than Democrats who identify with a religious group. The other reason liberal candidates more often describe religion as a source of division is the rise of Islamophobia and anti-Semitism. Before Donald Trump, Republican religious discourse was more ecumenical. The 2000 Republican convention featured a Muslim prayer, and George W. Bush regularly spoke about Americans who attended a “church, synagogue, or mosque.” In such an environment, it was easier for Democrats to depict an America divided by race, class, and gender but unified by religious faith, even if different Americans expressed that faith in different ways. Today, by contrast, since more Americans don’t practice a religion, and the president demonizes some of those who do, it’s more natural to describe religion as a rift to be overcome. But while there are legitimate reasons to talk about religion less (America has become a less religious country) and to describe it more negatively (religious bigotry has risen sharply), doing so could hurt Democrats such as O’Rourke in their efforts to defeat Trump. According to a 2016 Pew Research Center poll, while a small plurality of Democrats thinks politicians talk about religion too much, Republicans overwhelmingly think politicians talk about it too little. Among those Republicans are devout Christians who agree with Trump on abortion but consider him a detestable human being, and might be lured into voting against him by a Democrat who both spoke compellingly about a guiding faith and appeared to live by it. Democratic candidates might be tempted to pursue an opposite strategy: employing secular rhetoric to rouse their secular base. But the Democratic base isn’t overwhelmingly secular; it’s partly secular and partly religious. Republicans, by contrast, are overwhelmingly religious. Which may explain why, according to a 2017 study in the Journal for the Scientific Study of Religion, candidates who were perceived as secular experienced a “drop in Republican support that … was not balanced by an increase in Democratic support.” That’s partly because of African Americans. While many white Democrats want politicians to speak about religion less, black Democrats overwhelmingly want them to speak about it more. When asked in 2016 whether political leaders were talking about “their faith and prayer” too much or too little, black Protestants said “too little” by a larger margin than even Republicans. While only 41 percent of Democrats said it was very or somewhat important that a president shared their religious views, among black Protestants, the figure was 72 percent, again even higher than among Republicans. (…) For Harris and Booker, whose path to the Democratic nomination requires winning the black vote, religious language is a necessity. And the same religious language that helps them win over African Americans in the primary may help them win over Republicans in the general election. In their appetite for public professions of faith, black Democrats and white Republicans are similar. It’s white liberals who stand out. White progressives such as O’Rourke, Sanders, and Warren tacitly recognize that religion is no longer the force for national unity it once was. For Harris and Booker, the intriguing possibility is that it’s still unifying enough to propel them to the White House. The Atlantic
Let us count the ways in which college admissions are corrupt. They are corrupted by the reserving of spots for ‘legacy’ applicants. To qualify for one of these highly selective non-competitive places, you need to be born with forebears who attended your choice of college, and to be able to sit straight without drooling out of either corner of your mouth. Legacy places are essentially affirmative action for the wealthier sort of white people. They should not be confused with a more recent form of corruption, affirmative action for the wealthier sort of non-white people. Reserving a certain number of spots on the basis of race was originally intended to assist the upward mobility of black people, many of whose ancestors having been owned by the ancestors of the people who still monopolize legacy admissions. But these days, affirmative action effectively preserves the class advantages of any non-white applicant with good-enough SAT scores, and at the expense of a poorer non-white applicant. The exceptions to this rule are American applicants of East Asian and Indian background. These hard-working children of hard-working immigrants are penalized for their hard work and family values, and have to get higher SAT scores than other racial groups, especially African Americans. It is an inarguable fact that if America’s top colleges admitted students solely by academic merit and potential, their entire intake would be of Chinese and Indian extraction, with a sprinkling of Jews to make the jokes. All colleges rig the racial profile of their intake by explicitly racist measures. The Ivy League adds an extra layer of racial screening by insisting on ‘character’, which means impersonating the manners of white people. This is an elaborately cruel form of corruption which has grown out of the corruption of affirmative action, itself a corrective to the earlier corruption of college admissions by race and class. As William ‘Rick’ Singer is alleged to know, college admissions are openly corrupted by sporting ability. I’ve taught in what are laughably sold as top liberal arts colleges. Almost all the students on sports scholarships are semi-literate. They sleep through their lectures, which is understandable, given their rigorous training schedules. They pay their less athletic fellow students to write their papers for them, which is also understandable, given their selfless donation of their sporting talent to the community. They just sit there like sleepy bears, giving off a faint whiff of locker rooms and vanilla protein shake as they twiddle with their cellphones. College admissions are also corrupted by admitting foreign students who can’t speak or write English, but whose parents are willing to pay top dollar. It’s an open secret that many mainland Chinese and South Korean applicants to ‘top liberal arts colleges’ don’t write their application essays; either that, or their English goes into reverse after sending off the essays. But, just as you can’t fire an athlete, you can’t send the foreign students home. Finally, colleges are begging to be corrupted by donations. The more colleges replace merit with profiling on the basis of racial background, family connections, economic origin, or sporting ability, the greater the squeeze on the remaining places. This creates an incentive for bribery by ‘donation’. When colleges claim that they’re not swayed by donations, they’re lying. If they were serious about reducing the scope for bribery, they’d refuse to accept donations from families with applications active or imminent. William Deresiewicz, one of the few people to have taught at an American university and spoken honestly about the hollowing of the system, wrote a book in 2014 called Excellent Sheep. Deresiewicz believes that the risk-averse selection strategies of elite colleges have created a narrow and risk-averse elite. It now turns out that elite colleges do admit a wide and risk-embracing pool of applicants with low SAT scores — providing their parents pay a bit extra, or a lot. Everything is for sale in the American university except a decent liberal education. Money talks, and merit comes last. Huffman, Loughlin and the other parents are in court not just because they seem to have been blessed with children of inordinate stupidity, but because they grasped the rules of college corruption perfectly, and played the game the wrong way, and perhaps too well. William ‘Rick’ Singer knew the system so well that he created a simulacrum of the admissions process. He invented a fake charity, which is what most private colleges are. He paid competent students to sit entry exams, which happens all the time. He cut deals with sports coaches, rather than the coaches and the scouts cutting deals with the family. He obtained sports scholarships for students who didn’t lift a finger or a bat once they were in. And, like the elite schools, he extracted a fortune from suckers. When he gets out of prison, a brilliant career awaits, possibly as dean of a liberal arts college in Vermont. Dominic Green
Ralph Lifschitz, dit Ralph Lauren (né le 14 octobre 1939 à New York), est un entrepreneur et un styliste américain, fondateur de la marque homonyme ; il est également un symbole du style preppy et du prêt-à-porter américain. Ralph Lauren est né dans le Bronx à New York, de parents immigrés juifs de Russie : Frank et Frida Lifschitz. Son père était peintre en bâtiment. Il habite dans le même quartier que Calvin Klein, de deux ans son cadet. Les deux enfants se connaissent alors simplement de vue. Ils se soutiendront par la suite dans leur carrière respective. Dès son plus jeune âge, Ralph commença à travailler après l’école pour s’acheter d’élégants et onéreux costumes. (…) À l’âge de seize ans, Ralph et son frère aîné Jerry changent leur nom de famille Lifschitz en Lauren, à cause de moqueries de leurs camarades de classe sur ce patronyme. Le choix de « Lauren » viendrait de l’actrice Lauren Bacall, une incarnation du « rêve américain ». Certains considèrent pourtant ce changement comme un déni de leur héritage juif mais Ralph jugeait cela nécessaire pour le succès. Il étudie la gestion au City College de New York, qu’il quitta après deux ans, sans diplôme. De 1962 à 1964, il sert dans l’Armée américaine, affecté dans un centre d’entrainement, Fort Dix dans le New Jersey. (…) Passionné de mode et sans avoir étudié dans une école de stylisme, il devient vendeur dans différentes boutiques. Il se fait embaucher chez Brooks Brothers en tant que vendeur, dans leur boutique de Madison Avenue. Ses idées de nouvelles formes et couleurs n’étant pas retenues, il décide de créer une collection de cravates, très larges et à rayures, en expliquant que c’est à travers des cravates que les hommes de l’époque pouvaient s’exprimer. Ces cravates sont fabriquées à son compte et il démarche lui-même des magasins. Après un premier refus, Bloomingdale’s accepte de les vendre. (…) souhaitant créer sa propre marque, fasciné par le style chic des WASP (sans pour autant rêver de faire partie de ce monde) ainsi que du « rêve américain » (…) Il (…) emprunte 50 000 dollars (…), ce qui lui permet d’ouvrir une boutique de cravates où il vend notamment sa propre marque nommée Polo. Un an plus tard, il élargit à la vente de chemises et autres vêtements pour homme. (…) il crée, à la demande de sa femme, une ligne pour les femmes taillée dans un style masculin. Cette ligne voit pour la première fois l’emblème de la marque : le cavalier joueur de polo. En 1972, il diffuse ses fameux polos à manches courtes sortis dans plus de 24 coloris. Les polos deviennent bientôt un classique. Ralph Lauren gagne la reconnaissance du public en fournissant la garde-robe du film Gatsby le Magnifique. En 1984, il transforme la « Rhinelander Mansion », l’ancienne maison des photographes Edgar de Evia et Robert Denning, en vitrine pour Polo Ralph Lauren. Au cours des années 1980, il se lance dans la production d’accessoires pour la maison, afin de diversifier la gamme de produits de sa compagnie. C’est plus tard dans les années 1990, qu’il lance la ligne Polo Sport avec laquelle il connaît un grand succès. De cette marque Polo, il y a aussi des incontournables comme la chemise Oxford Col pointe boutonne, les pantalons Chinos, les deux très preppy, les vestes en tweed, les chemises en denim et en chambray. Le 11 juin 1997, la marque Ralph Lauren entre en bourse, au New York Stock Exchange, avec pour symbole RL. En 2007, Ralph Lauren a 35 boutiques aux États-Unis et 23 villes distribuent Ralph Lauren Purple Label. (…) En 2014, l’entreprise compte plus de 300 boutiques dans 80 pays, pèse 13 milliards de dollars en bourse et génère 6,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Ralph et sa femme Ricky, personnalité des Hamptons, ont deux fils et une fille (…) En 2012, sa fortune est estimée 7,5 milliards de dollars, ce qui la classe comme la 122e personne la plus riche au monde. (…) Il possède une villa à la Jamaïque, un manoir dans le Connecticut, une maison dans les Hamptons, un ranch dans le Colorado et un appartement dans l’Upper East Side, à Manhattan. (…) Ralph Lauren est aussi connu pour être un collectionneur automobile de sport et de luxe. Il est d’ailleurs fasciné par leur esthétique et l’histoire des concepteurs comme Enzo Ferrari ou Ettore Bugatti. Il possède, en 2011, 70 voitures de collection, qui sont stockées à Katonah, dans l’État de New York. (…) 17 des voitures de sa collection ont été exposées deux fois à Paris au Musée des arts décoratifs. Ces voitures, dont certaines ont plus de 80 ans, retracent l’histoire de l’automobile sportive de 1929 à 1996. (…) La Polo Ralph Lauren Foundation soutient des initiatives de traitement du cancer, d’assistance et d’éducation dans les communautés défavorisées. Wikipedia
Betty Joan Perske naît le 16 septembre 1924 dans le quartier du Bronx à New York. Elle est la fille unique de Natalie (née Weinstein-Bacal), une secrétaire, et de William Perske, un vendeur. Ses deux parents sont issus de l’immigration juive de l’Europe centrale. Lauren Bacall rapporte dans ses mémoires que sa mère, née à Ellis Island, a ses racines en Roumanie et son père est né dans le New Jersey de parents immigrés originaires de la région de Valojyn en Biélorussie. Elle confie également qu’elle aurait fait de ses origines sa force intérieure. Betty n’a que cinq ans quand ses parents divorcent. Elle est alors élevée par sa mère, qui la pousse à apprendre la danse et la comédie. Elle ne voit plus beaucoup son père et est très proche de sa mère. Elle décide de prendre le deuxième nom roumain de sa mère, Bacall. À l’adolescence, pendant ses études secondaires à la Julia Richman High School (en) à New York, Lauren Bacall entame une carrière de mannequin au Garment Center. Parallèlement, elle fait de petites apparitions sur scène à Broadway. En 1941, elle quitte l’école et commence des études à l’American Academy of Dramatic Arts, où elle côtoie Kirk Douglas, alors qu’elle cumule un emploi d’ouvreuse de cinéma et de mannequin. Engagée par le magazine Harper’s Bazaar en 1942 comme mannequin, elle en fait la couverture en mars 1943. Elle apparaît aussi dans Vogue. Elle se fait remarquer pour « sa grâce féline, ses cheveux blond épais et ses yeux bleu-verts ». Elle fait ses débuts sur les planches à Broadway en 1942, à l’âge de 17 ans dans Johnny 2 X 4. (…) Durant la période où elle continue à être mannequin, la femme d’Howard Hawks, Nancy, tombe sur la couverture du Harper’s Bazaar Magazine et presse son mari de lui faire passer une audition pour Le Port de l’angoisse. Cette dernière voit en elle la possibilité de réaliser l’ambition de son mari qui consiste à « créer » un nouveau profil de star de cinéma. (…) Hawks lui fait changer son prénom pour Lauren et Perske adopte définitivement le deuxième nom de sa mère, Bacall ; Lauren Bacall devient son nom de scène définitif (il y ajoute un « l », le nom de jeune fille de sa mère étant « Bacal »). Nancy Hawks la prend sous son aile. Nancy lui apprend à s’habiller de manière sophistiquée, la guide en matière d’élégance, dans ses goûts et manières. Howard Hawks demande à Bacall de s’entraîner à avoir une voix plus basse, profonde et sexy. Lorsqu’il l’emmène à Hollywood, il lui fait prendre des cours auprès d’un moniteur vocal pour abaisser la tonalité de sa voix et en faire l’archétype de la femme fatale. Lorsqu’Howard Hawks lui annonce qu’elle aura pour partenaire Humphrey Bogart, Lauren Bacall ne se montre guère enthousiaste, indiquant qu’elle aurait préféré jouer avec Cary Grant12. Le tournage est marqué par deux événements importants pour Bacall. Premièrement, elle est terrifiée par la caméra et garde la tête baissée contre sa poitrine, levant seulement les yeux pour regarder son partenaire. C’est de là que lui vient son surnom « The Look ». Ceci reste comme sa marque de fabrique. Deuxièmement, sa relation avec Bogart quitte le registre professionnel et les deux acteurs entament une relation amoureuse, au grand dam de Hawks. L’alchimie entre les deux acteurs est visible à l’écran et la réplique de Bacall à Bogart « Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve ? Vous rapprochez vos lèvres comme ça et vous soufflez ! » est classée à la 34e place dans le « Top 100 » des répliques les plus mémorables de l’American Film Institute. Le film est un succès et, à seulement dix-neuf ans, avec sa voix rauque si particulière, sa carrière est lancée. Elle va désormais « incarner la femme fatale du film noir et de la comédie sophistiquée, personnifiant un idéal de beauté à la fois androgyne et féminin ». (…) Lauren Bacall épouse Humphrey Bogart le 21 mai 1945 à Mansfield, dans l’Ohio. Pour elle, il quitte sa femme Mayo Methot, qui lança à Lauren Bacall : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » (…)  Lauren a 20 ans et Bogart 45 ans. (…) Lauren Bacall était la cousine germaine de Shimon Peres, né Szymon Perski, ancien président de l’État d’Israël et Lauréat du prix Nobel de la paix. Wikipedia
Preppy ou preppie, souvent utilisé sous le diminutif prep, est un style vestimentaire à tendance sportswear, un courant de mode, ayant pour origine les milieux de l’upper class (en) WASP de la Côte Est des États-Unis aux environs des années 1950, puis répandu entre autres dans les Hamptons plus au sud. Ce style, au départ élitiste par ses origines, est l’héritier de l’Ivy League apparu dans le groupe éponyme des grandes universités américaines ainsi que du Bobby-soxer. Son étymologie vient de « preparatory » (élève de classe préparatoire à l’université ; le terme est inventé par Erich Segal dans les années 1970, où ce style devient un classique après la sortie du film Love Story et le lancement peu de temps après d’une collection du styliste Ralph Lauren parmi ses premières. Ses représentants, pour la plupart de grandes entreprises américaines de prêt-à-porter, sont principalement l’historique J. Press (en) symbole du style Ivy League à l’origine, Brooks Brothers1, Paul Stuart (en), le mondialement connu Tommy Hilfiger, Ralph Lauren, également Fred Perry, marque immortalisée par Kennedy, J.Crew et Kate Spade dans une moindre mesure, ou plus récemment Vineyard Vines ainsi que le styliste Marc Jacobs. Pour les marques d’origine européenne, Lacoste, qui a rencontré un grand succès aux États-unis, ou plus tard Daniel Crémieux, sont des entreprises emblématiques de ce style. Le look preppy se caractérise symboliquement pour les hommes par des mocassins type « penny loafer » ou des chaussures-bateau (tels que ceux de la marque Sebago), un pantalon Chino ou type Nantucket Reds, un polo ou une chemise Oxford, une cravate reprenant les couleurs de l’université. Par extension, une sweat-shirt également aux couleurs de l’université et à larges écritures, ou une veste anglaise Barbour peuvent être un élément classique de la tenue définie comme « preppie ». Pour les femmes, des sandales en cuir aux pieds, le short ou la robe (notamment celles de Lilly Pulitzer), ou une jupe le plus souvent à motifs tartan. Les vêtements ont parfois un rapport avec les sports, dont le tennis ou le bateau ; Tommy Hilfiger précise que « l’esprit marin est la base même du preppy américain, ce style sportswear que l’on adopte chez nous, même pour aller travailler. » Le preppy, bien que très différent par ses symboles vestimentaires, est parfois comparé au « Bon chic bon genre ». Wikipedia
New England is home to four colleges that comprise the Ivy League athletic conference: Harvard, Yale, Brown and Dartmouth. The other colleges – Princeton, Cornell, University of Pennsylvania and Columbia – are also in the Northeast. In the conformist 1950s, students at these colleges popularized the Ivy League look, which had its roots in the conservative styles of New England. For men, the Ivy League look consisted of a suit with a narrow-shouldered unfitted jacket, worn with a button-down shirt, skinny tie, and penny loafers (preferably Bass Weejuns). Charcoal gray and olive were the preferred colors. Chinos and tweed blazers offered a casual alternative. The look spread beyond campuses to young men in all parts of suburban America where details such as buckle straps from Ivy trousers were transplanted to caps, shirts, and shoes. High school students wore a more extreme four-button jacket bearing the name « Jivey Ivy. » By 1960, most men sported modified Ivy models that incorporated unpadded shoulders, narrow lapels, and tapered trousers. Brooks Brothers, a citadel of conservatism, came to the forefront as the Ivy League style became popular. When the young John Fitzgerald Kennedy, a senator from Massachusetts, became the president of the United States, the Ivy League look reached the White House. Ivy League women wore cashmere twin sets, Shetland sweaters, or blazers with kilts or tweed skirts. In the summer, blouses with peter pan collars were worn with Bermuda shorts. A pearl necklace set off any outfit. The Ivy look is well bred, understated, but not fussy. Many New England men and women held to the conservative, classic styles that compromised the Ivy League look during the sartorial upheavals of the 1960s and 1970s. In the late 1970s, conservative styles once again seemed right for the times, and the Ivy League look resurfaced as the preppy look. The essential ingredients for the male preppy wardrobe included a conservative gray flannel suit, preferably made by Brooks Brothers, a long-time favorite label of New Englanders. For less formal wear, button-down oxford shirts or Lacoste polo shirts worn with khakis or corduroys sufficed. Other favorites included Harris Tweed jackets, down vests, Burberry tench coasts, L.L. Bean field coats, and camel hair Polo coats. Preppy women wore female versions of masculine styles: khaki, flannel, or corduroy slacks; a kilt or plaid skirt, a blazer or tweed jacket; and a Shetland or Fair-Isle sweater over a ruffle-necked white blouse or cotton turtleneck. Preppy styles for women were rather androgynous: female versions of the men’s styles produced by the same companies. Both genders wore clothes of Indian madras, a cotton plaid fabric that had first become popular in the early 1960s. Shoes common to both men and women were loafers or Sperry Top-Siders (boat shoes). Socks were optional. Men donned wing tips for dressy affairs while women wore simple pumps.vLike the Ivy League look before it, the preppy look emphasized the wearing of classic fabrics from natural fibers. The only departure from conservative dressing was the bright pink and green color combinations seen in preppy ensembles. Preppy clothes were well made, with attention to detail. Brand names were important. The American designer Ralph Lauren has built a financial empire on fashions inspired by this old money New England look. Michael Sletcher
The clothes look good in magazines, but look older in stores. I would never buy Polo at full price. Christina
Sometimes, I hear designers from older generations saying, ‘Oh, fashion needs to make women dream. I feel that this is really difficult today. I think it’s dated. Fashion shouldn’t make you dream in 2016. It should just be there, for us to wear. Gvasalia
Lauren built a career by brazenly positioning himself as the quintessential interpreter of the American zeitgeist. More than any designer, he has used America’s mythology — our secular religion — for profit. In doing so, he has displayed a keen understanding of our cultural symbols. He can parse the difference between a pair of blue jeans worn with cowboy boots and those worn with a black leather jacket. He sees the romance in a prairie skirt or a well-worn Native American blanket. He knows what it means in our racially conflicted society to photograph a dark-skinned, athletic black man in his preppiest, old-money brand. And he knows how a bright-eyed blonde feeds our vision of Mayflower blue bloods. And as consumers, we have bought into those symbols and made Lauren an extremely wealthy man. The Washington Post
Entering the Rhinelander Mansion on New York’s Upper East Side is like quietly opening a window into Ralph Lauren’s mind. Many describe Lauren’s superpower as his ability to turn his wildest dreams into reality, and inside that mansion, Ralph Lauren’s original flagship location, his dreams are made real in every nook and cranny of the place. Each room presents one lavish scene after the next, and it’s not hard to imagine Lauren himself toiling at the displays to make sure everything sits just right. Spaces are small and illuminated with candles and the softest of lighting, beckoning shoppers to linger. A glass of water arrives on a small silver platter, garnished with a single slice of lemon, just for you. It’s stunningly clear here, walking slowly up a staircase lined with oil paintings from the company’s collection, that Ralph Lauren is a lifestyle. No detail is left to chance: Ralph Lauren ties are fanned out on a table in front of a bar stacked high with Ralph Lauren shirts, next to a case of monogrammed Ralph Lauren cufflinks. Ralph Lauren briefcases are placed next to Ralph Lauren paperweights on a Ralph Lauren desk topped with Ralph Lauren stationery, positioned underneath a giant, glittering chandelier that can’t possibly — but maybe? — be branded Ralph Lauren. Everything, right down to the 82,000 square feet of mahogany hauled in for the mansion’s renovation in the 1980s, reeks of style and status and money. Old money. [but] Once you leave the giant department stores of New York City and head to the malls of suburbia, Ralph Lauren becomes a few racks of Oxfords, polos, and pleated pants. Reliably found in your local Dillard’s, and just as reliably found on sale. (…) Most shoppers haven’t encountered the totality of Ralph Lauren’s world. How could they? Since the early 2000s, Ralph Lauren Corporation has owned and operated at least 25 different brands. It’s a staggering list: Polo Ralph Lauren, Polo Jeans, Polo Golf, Pink Pony, Purple Label, Blue Label, Black Label, Ralph by Ralph Lauren, Lauren Ralph Lauren, Lauren for Men, Women’s Collection, RRL, RLX, Rugby, Denim & Supply, Club Monaco, Chaps, Ralph Lauren Childrenswear, Ralph Lauren Watches, Ralph Lauren Fine Jewelry, American Living, Ralph Lauren Home, Lauren Home, Ralph Lauren Paint, and Lauren Spa. Not all are still in operation. For the shoppers who actually are familiar with the company’s multitude of lines, it’s still exhausting. « The identity of the brand gets lost, » laments Efney Hall, who has been shopping Ralph Lauren for over a decade. Lauren has stepped aside to make way for a new CEO, Stefan Larsson — the first person besides Lauren to ever hold that title in the company’s 50-year history. The company has been in the process of whittling down the brand list and there are plans to refocus on just three main lines: Ralph Lauren (the new umbrella label for Women’s Collection and Purple Label), Polo Ralph Lauren, and Lauren Ralph Lauren. At the same time that Ralph Lauren is reevaluating its structure and bringing in fresh leadership, it also has to contend with the fact that the specific style of Americana that’s so deeply embedded in every inch of the brand isn’t something shoppers are clamoring to align themselves with now. If the privileged, preppy aesthetic that Lauren built his company around is no longer the height of aspiration, what will the future of Ralph Lauren look like? Ralph Lauren did not grow up living the lifestyle that would later make him a billionaire. No, Ralph Lauren was born Ralph Lifshitz, a shy Jewish kid who lived in a small, two-bedroom apartment in the Bronx with his parents and three siblings. In Genuine Authentic: The Real Life of Ralph Lauren, writer Michael Gross paints a picture of young Ralph as a dreamer, never one to run with the crowd. « If white bucks were in fashion, he wore saddle shoes, » a former classmate told Gross. « When we wore crew necks, he wore V-necks. He was always a step ahead. » lLauren’s perception of taste and class was constructed by what he saw around him, according to Gross. His richer friends’ parents drove convertibles, went on European vacations, and had country club memberships. In films, he watched Gary Cooper, Cary Grant, and Fred Astaire glide across the screen, wearing beautiful suits and getting the girls every time. (…) However, Lauren’s mother had set a strict path for Ralph: he was to be a rabbi. (…) At 19, he and his brother Jerry changed their last name from Lifshitz to Lauren. (As Gross reports it, Ralph polled friends on two alternatives, London or Lauren; he was personally partial to London.) In the official document filed for the name change, the reason listed was confusion over people, both at school and at work, who shared the same last name. In reality, Lifshitz had the word « shit » in it and Ralph’s plans for himself did not include dealing with that for the rest of his life. (…) Lauren had no professional training in design, but he believed so deeply in his wild ties that other people did too. He caught the attention of Norman Hilton, one of the biggest names in the menswear industry at the time, who eventually became the first investor in Lauren’s business. Polo Fashions, Inc., named after the posh sport (not the shirts Lauren would later become famous for), launched in 1968 and, as Hilton’s son Nick remembers it, his father poured $75,000 into the startup. By the end of his first year running Polo Fashions, Lauren had expanded from ties into full suits that the Daily News Record (a menswear trade publication that was later folded into WWD) featured alongside heavyweights like Bill Blass and Oleg Cassini. (…) It was then that he decided to change the name on his labels from Polo Fashions to Polo by Ralph Lauren, in part to imitate how other designers were using their own names on their womenswear labels. And then, for the launch of women’s button-down shirts, the company added a new design element: a small embroidered polo player. It was an overnight success. (…) As Lauren’s business grew, buoyed in large part by the ‘80s prep revival, the polo player became an integral part of the women’s and men’s lines, including on the polo shirts that became a signature of the Ralph Lauren look. Chaps was the first of many extensions that Ralph Lauren would experiment with. Chaps was Lauren’s answer to Polo knockoffs that were flooding the market. He couldn’t stop the knockoffs from being produced, so he created a cheaper line to compete with them. The company also expanded quickly through a number of licensing partnerships, a relatively easy way to put the Ralph Lauren name on a variety of products without having to deal with manufacturing any of it. (…) Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd. (…) Ralph Lauren went public in 1997 and continued to thrive throughout the early 2000s, opening new lines seemingly on a whim. (…) By 2012, Ralph Lauren stock was trading at more than $170 per share, having shot up by $100 in five years. There was so much faith in the success of the company. (…) The company employed approximately 25,000 people in 2012, and was reporting $6.8 billion in sales and net profits of $681 million. Then came the slide and Ralph Lauren’s literal and metaphorical stock began to tumble. Shares fell nearly 50 percent from a high point of $192 in May 2013 to $82 in February 2016. Sales were still holding steady, but profits slid drastically. (…) Ralph Lauren is going through operational struggles during not only a tumultuous period in the retail industry, but also a time that’s seeing a cultural shift away from what the brand stands for. The prep aesthetic has always smacked of privilege, something accessible primarily to white people with trust funds and monogrammed shirtsleeves. Now, the WASP lifestyle that completely captivated Lauren as a young entrepreneur is considered out of touch at best, offensive and oppressive at worst. Take, for instance, the media’s reaction to the company’s Olympic uniform designs this year. Headlines announcing the kits included: « Ralph Lauren’s Olympic Uniforms Are Straight Out of Prep School Hell »; « USA’s Olympic Uniforms Are WASPy Bullshit »; « Team USA’s Official Olympic Uniforms are Peak Vanilla »; and Racked’s own contribution, « I Need More From Team USA’s Olympic Uniforms ». The Daily Mail rounded up the best tweets from the debacle. (…) Today’s shoppers are interested in more democratic clothing options — options that are casual, practical, and mass. Athleisure is a $97 billion business in the US, accounting for nearly one-third of the entire apparel, footwear, and accessories market. Vetements, the French design collective led by Demna Gvasalia that no one can stop talking about, is making a killing off of what can best be described as incredibly ordinary clothing. (…) The counterculture revolution of the late ‘60s and ‘70s ushered in an era of long hair and bell bottoms as a response to the conservative style of the ‘50s. Then, in the ‘80s, Lauren led a massive preppy revival that other traditional menswear retailers like Brooks Brothers and J.Press also felt the effects of. This aligned with the Reagan era, a time when conservative politics replaced the freewheeling ideals of the previous two decades. When Lisa Birnbaum published The Preppy Handbook in 1980, it was meant to satirize the prep scene that was reemerging, but ended up being regarded as a literal handbook. The Financial Times described Ralph Lauren as the greatest fashion beneficiary of the book, saying he « cashed in as the preppy wannabe’s clothier. » Then the pendulum swung back away from prepsters in the ‘90s, when grunge became the go-to cool kid look. But in the early aughts, prep was popular yet again. Birnbaum published a sequel to the Handbook called True Prep. Lauren’s business was on an upswing. Abercrombie & Fitch had infiltrated every high school in America. (…) And now, here we are again, back at a place where anti-establishment sentiment runs deep. How does a company like Ralph Lauren react to these cultural ebbs and flows? By giving its take on whatever the look of the moment is. (…) Patricia Mears, the deputy director of the museum at the Fashion Institute of Technology, remembers observing how Lauren’s merchandise morphed to speak to different generations when she was conducting research for a book and exhibition on Ivy style at FIT in 2012. Racked
L’empire Ralph Lauren était à l’origine une ligne de cravates! Près de 40 ans après sa création, la marque est devenue un symbole américain, au même titre que Coca-Cola ou Ford. Ce qui l’inspire: les symboles américains, le cinéma, l’univers des cow-boys, des personnalités comme Ernest Hemingway et F. Scott Fitzgerald… (…) Jamais provocant, toujours propret, le style Ralph Lauren a séduit par son alliage de praticité et d’élégance discrète. Refusant de jouer le jeu de la mode périssable, Ralph Lauren a préféré produire des pièces indémodables, comme son célèbre polo. Dans les années 70, lorsqu’il se lance dans le prêt-à-porter féminin, il crée des pièces élégantes et simples. Ses tailleurs sont soignés, ses chemisiers impeccables et ses jupes toujours bien taillées. Résultat, la marque preppy a fini par représenter la bonne société américaine, prospère et distinguée. Utilisant à foison le bleu, le blanc et le rouge (les couleurs du drapeau américain), Ralph Lauren cultivera avec soin cette image très américaine, puisant notamment ses références dans l’univers du western (le jean, le cuir et les imprimés Navajos…). Homme d’affaire redoutable, il diversifiera ses activités dans les années 80, produisant également des accessoires pour la maison. Dans les années 90, sentant que les Américains se préoccupent de plus en plus de leur santé et de leur forme physique, Ralph Lauren lancera sa ligne Polo Sport qui connaît un important succès populaire depuis. Elle (Québec)
Qui ne se souvient pas des sweats estampillés Harvard et des pulls nonchalamment posés sur les épaules d’Ali MacGraw et de Ryan O’Neal dans Love Story? En 1970, Erich Segal inventait le terme « preppy ». Abréviation de « preparatory » (élève de classe préparatoire ), ce mot décrivait les jeunes Wasp (White Anglo-Saxon protestants) acceptés dans l’une des huit prestigieuses universités de l’Ivy League, sur la côte Est. Selon Segal, « l’une des caractéristiques du preppy est qu’il s’habille parfaitement au naturel »: chemises de polo, manteaux Barbour et chaussures de voile étaient les icônes d’un style populaire depuis 1933, lorsque les chemises brodées d’un crocodile créées par René Lacoste devinrent le dernier cri aux Etats-Unis. Prenant la relève pendant les années 1950 et 1960, des marques comme Brooks Brothers, J. Press et Fred Perry s’installent dans les campus et habillent les Kennedy. Le look est déjà devenu un classique quand, deux ans après la publication de Love Story, le jeune Ralph Lauren dévoile sa première collection complète pour femme: une allure 100% East Coast. Le créateur inspirera Perry Ellis ou Tommy Hilfiger, et même l’écrivain Lisa Birnbach (Ivy Leaguer invétérée elle-même), qui en 1980 publie Official Preppy Handbook, un guide satirique pour aspirants au prepdom aussitôt devenu un best-seller. « Ce style bostonien est facile à porter tout en étant très élégant », commente Gildas Loaëc, directeur artistique de Kitsuné, lui-même vêtu d’un sweat « I was in college Kitsuné ». « On parle beaucoup de son retour, ces dernières saisons, mais le preppy est un style intemporel. Il est simplement devenu plus médiatisé, donc moins associé à un certain statut social. » L’Express
Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d’immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l’ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper’s Bazaar et quelques photos de mode à l’intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d’ouvreuse et cours d’art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d’auditionner la jeune beauté pour son prochain film, Le Port de l’angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu’elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l’insolence, du défi et de la distance. La future star dispose encore d’un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s’appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l’écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d’or. Un autre Pygmalion l’attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l’actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d’intrigue au Port de l’angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d’insolence du patron de bateau et de l’aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l’avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée. (…) Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d’elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d’emploi qu’elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994). (…) Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même (éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d’émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu’elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l’a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J’ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu’une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l’indépendance et les volutes de fumée comme personne. Le Figaro
Avec Bogart, elle formait le couple le plus mythique de Hollywood. Pendant plus de cinquante ans, elle a continué sa route sans lui, avant de s’éteindre à 89 ans. Elle a tout d’une princesse, mais elle est née d’un représentant de commerce et d’une émigrée juive roumaine du Bronx. Il a l’air d’un dur mais il est fils de bourgeois, cousin d’aristocrates anglais. Dès leur premier film, elle est la lumière et lui, l’ombre. Entre Lauren Bacall et Humphrey Bogart, tout commence par une réplique culte, « Vous n’aurez qu’à me siffler », lancée en 1943 sur le plateau du « Port de l’angoisse », d’une voix rauque, travaillée à la cigarette pendant trois semaines. Ce n’était que le signe extérieur d’un aplomb qui annonçait une ère nouvelle. Mais face au héros tragique, bagarreur de 44 ans qui savait si bien encaisser les vacheries du destin, elle avait, en la prononçant, le menton qui tremblait. Tant pis, elle le regarderait par en dessous pour assurer son équilibre. Une panthère qui surveille sa proie. Ainsi naquit son surnom, « The Look ». Du fond de son désespoir tranquille, Bogie a deviné la bluffeuse hors pair, qui joue comme si elle avait un brelan d’as… En réalité, elle en est encore à courir après l’ombre de papa, disparu dans la jungle où se perdent les hommes infidèles. Lauren adule sa mère. Elle survit de petits boulots : ouvreuse, mannequin dans les grands magasins, c’est-à-dire portemanteau. Il lui a fallu renoncer à l’école de théâtre, car on n’y donnait pas de bourse aux filles. Un garçon lui a déjà fait du gringue : Kirk Douglas. Mais elle a gardé ses distances. Peut-être a-t-elle deviné que, au fond, elle n’était pas son genre : pas de seins, pas de fesses, trop grands pieds. C’est l’époque où Marilyn se fait refaire le nez, la poitrine, et teindre en blonde. Une gueule de fantasme. Lauren Bacall mise sur la différence. Une jeune vierge au visage de femme fatale qui s’impose dans le style de la copine insolente et affranchie, elle qui connaît si mal les hommes. (…) La troisième Mme Bogart est, comme les autres, une actrice (…) Mayo Methot (…) A Lauren, elle lancera : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » (…) L’alcool est alors un attribut essentiel de la virilité.  (…) Elle avait 33 ans quand Bogie est mort. Pendant plus d’un demi-siècle, elle a porté vaillamment le fantôme écrasant, ça ne l’a pas empêchée d’épouser un autre acteur, Jason Robards, qui disparaissait pendant des nuits entières de beuverie. Elle a eu un troisième enfant, des amants, elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure. (…) La solitude, Lauren Bacall l’a apprivoisée, elle qui disait : « J’ai passé bien plus d’années sans Bogart qu’avec lui. Mais après sa mort, je me suis mise à penser et agir comme lui. Je suis un peu devenue lui. » Paris Match
J’adorais les vieux vêtements de l’armée, j’allais en acheter dans les surplus. J’avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n’y en avait pas dans les magasins mais c’est ce que je voulais. Comme j’étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J’allais beaucoup au cinéma, j’étais un fan de westerns. J’aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m’en rendre compte. Peut-être parce que j’ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers… J’étais comme « romancé » par différentes vies. Au début, on me disait souvent : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ? » Je répondais : « L’Amérique s’est faite avec des rêves. » (…) Je suis passé entre les gouttes de ces époques. A ce moment-là, je formais mon style. Je retrouvais mes copains, on fumait, j’étais bohème, je portais la barbe et des baskets, mais je n’étais pas contestataire, pas hippie. J’avais les cheveux courts. Je n’ai pas fui l’armée, j’ai fait mon service militaire. Les hippies sont venus après moi, quand j’étais trop vieux pour l’être. J’aimais profondément l’Amérique comme je continue à l’aimer. (…) Il ne faut pas non plus exagérer. J’ai eu une enfance très heureuse, avec beaucoup d’amis. On n’était pas riches, je me rappelle avoir eu très envie d’un vélo et que mes parents n’avaient pas de quoi me l’offrir, mais je ne me sentais pas pauvre. J’étais juste comme tout le monde, attiré par ce que l’on n’a pas. Les pauvres rêvent de ce qu’ils pourraient s’acheter avec de l’argent. Les Chinois rêvent de s’habiller en Gucci. Et moi, je rêvais d’une veste à franges qui n’existait que dans les films ! (…) J’aime le sport, je voulais ce symbole. J’étais fan de baseball mais ça n’aurait pas collé. Je voulais un sport plus stylé. Avec le polo, je pensais au play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, collectionneur de femmes illustres, qui nous faisait envie. Je n’avais jamais joué au polo mais l’image de ce sport correspondait à ce qui me faisait rêver. Les chevaux, le côté play-boy, athlétique, esthétique, romantique. (…) Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. (…) Je fais de l’antimode. J’ai mélangé le goût de l’Amérique pour la nouveauté au goût de l’Europe pour ce qui ne se démode pas. La veste en jean simple et bien coupée est un symbole de mon style. Mes vêtements correspondent à ce que je rêvais d’être, or je me rêve en différents personnages. En cow-boy, en athlète, en gentleman-farmer de la campagne anglaise, chacun n’étant pas conforme à la réalité mais à l’idée que je m’en fais. Je vois un gentleman farmer en boots et blouson de moto, il est comme ça dans mon rêve. Le style, c’est un rôle d’acteur, la représentation que vous vous faites de vous-même. Je me vends dans mes rôles, je me vends dans mes rêves. Je vends un idéal. Ralph Lauren
Mon père est moins un styliste qu’un écrivain ou un cinéaste qui utilise les vêtements pour raconter des histoires. David Lauren
On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. Bruce WeberL’aventure a commencé là, 3220 Steuben Avenue, en plein cœur du Bronx, dans ce petit immeuble de cinq étages de brique rouge, avec ses escaliers métalliques dégringolant en biais sur la façade. C’est là que Ralph Lifschitz grandit avec sa soeur et ses deux frères après que ses parents, des juifs russes originaires de Pinsk, en Biélorussie, eurent choisi de tout quitter pour débarquer à New York. America ! America ! Le pays de la liberté et de tous les possibles, ils en avaient rêvé comme tant d’autres au point de s’entasser sur un bateau et de se jeter, affamés, dans la cacophonie des immigrés d’Ellis Island. Le père est peintre en bâtiment, artiste peintre à ses heures, le quartier du Bronx est alors ce qu’ils trouvent de mieux pour leurs moyens, avec ses rues calmes et ses grands parcs boisés. Une ambiance tranquille de la middle class américaine, aujourd’hui cernée, quelques pâtés de maison plus loin, par des zones délabrées et des repaires de dealers. Près d’un siècle plus tard, à 73 ans, Ralph le New-Yorkais est un pur produit de l’Amérique. De l’épopée de ses parents, il se rend compte qu’il ne sait au fond pas grand-chose. Sont-ils partis avant ou après la révolution de 1917 ? Qu’ont-ils fui ? Il l’ignore. Ils n’étaient pas du genre à s’attarder sur le passé. On ne parlait pas yiddish à la maison mais sa mère, pratiquante, veillait au maintien des fêtes juives. (…) Même son propre nom ne le retient pas. A l’école qu’il fréquentait, juste à côté de l’appartement de Steuben Avenue, ce patronyme suscitait les moqueries. A la récré, haut-lieu des cruautés collectives, « Lifschitz » se transformait en gros mot, « Lif-shit », à coups de gros rires gras. Ralph Lifschitz a 16 ans quand il décide d’abandonner cette consonance encombrante. Le choix du pseudo lui vient sans peine. Le jeune homme juge plus commode de conserver ses initiales et il admire Lauren Bacall, l’une des incarnations de son rêve américain. Deux bonnes raisons pour décider du sort de sa métamorphose. En un tour de main, Ralph Lifschitz devient Ralph Lauren. (…) Il y avait certes de l’ambition chez ce gamin du Bronx qui s’obstinait comme un fou à jouer au baseball et au basket-ball, malgré son 1,68 m. Il adorait le basket. Il courait comme un mille-pattes et compensait son handicap de taille par l’adresse et la stratégie. Il rêvait aussi d’être Joe DiMaggio, le champion de baseball qui avait épousé Marilyn. Ou une star de cinéma comme Cary Grant, son autre idole. (…) Qui aurait pu deviner que ce nom deviendrait celui de l’une des marques de vêtements les plus célèbres et les plus vendues dans le monde ? Que Ralph Lifschitz serait un jour le créateur de Polo Ralph Lauren, une multinationale cotée en Bourse, employant plus de 26 000 personnes et dont le chiffre d’affaires, 6,7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros) en 2013, dépasse celui des autres entreprises de vêtements de luxe, loin devant Giorgio Armani, son premier concurrent ? Que le petit cavalier de polo serait le logo universel des élites et des classes moyennes aisées de toute la planète, jusqu’aux Libanais qui avaient fui la guerre civile et arboraient leurs chemises « RL » en s’autobaptisant « Réfugiés de Luxe » ? S’il y a un mythe Ralph Lauren, il est dans ce chic populaire qui fonde son épopée de self made man. Une histoire si américaine. (…) La 122e fortune mondiale selon le magazine Forbes (classement 2012), avec une fortune évaluée à 7,5 milliards de dollars, est un homme doux et courtois, cool et raffiné, comme son immense bureau empli d’objets beaux et insolites. Une immense photographie de rodéo prise d’en haut, une bicyclette en chrome et cuir, des fauteuils design conçus par lui, des livres, des avions, tout un monde. (…) un immense patio tout en boiseries vernies et à la lumière tamisée, tel un vieil hôtel anglais, avec fauteuils clubs, canapés en cuir, lustres, peintures anciennes, sculptures d’animaux en bronze, pieds de lampe cuivrés, livres et magazines d’art sur les tables, coupelles de Smarties et autres bonbons colorés. Et des photos de Ralph Lauren, bien sûr. (…) C’est le péché mignon et le paradoxe de ce petit homme, pourtant curieux des autres et apparemment modeste : rares sont les murs de ses bureaux ou de ses boutiques, ou les pages de ses catalogues, où l’on ne retrouve pas plusieurs portraits géants de lui aux côtés de photos de cow-boys, de légendes d’Hollywood ou de voitures de collection. Ralph Lauren à cheval, Ralph Lauren sur la plage avec sa femme et ses enfants, Ralph Lauren jouant avec son chien, Ralph Lauren en blouson d’aviateur sur fond de villa atlantique, Ralph Lauren habillé en cow-boy dans son ranch du Colorado, Ralph Lauren en blazer et col roulé dans un intérieur cosy, Ralph Lauren au volant d’un roadster… Ralph Lauren himself, paisible, abouti, comme un emblème de sa réussite et de ses rêves. Un visage taillé pour le cinéma et les publicités des magazines : cheveux très blancs, peau très bronzée, yeux très clairs, paupières lourdes, sourire décontracté… Dans le Bronx déjà, il s’était concocté un style. Un de ses voisins d’alors s’en souvient bien : un dénommé Calvin Klein, né Richer Klein. Il a grandi dans les mêmes rues, à quelques pâtés de maison de la famille Lifschitz. (…) Il ne sait pas dessiner. Mais il a ses rêves en tête. Une certaine idée de l’Amérique, un brassage confus de ses grands mythes, les mêmes qui avaient donné à ses parents la force de s’exiler. Il rêve de la conquête de l’Ouest. Il rêve du chic vestimentaire de la haute société WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) – nom américain donné aux premiers arrivés, blancs et protestants -, de ce que raconte le cinéma sur le look des étudiants des campus et l’ambiance des country clubs. Il rêve de ce que lui, l’enfant de la classe moyenne juive du Bronx, ne pouvait espérer posséder. (…) A force d’acheter en série des chemises de chez Brooks Brothers, son magasin préféré, il se fait embaucher dans une boutique de la marque sur Madison Avenue. Il fourmille d’idées, suggère de nouvelles formes, d’autres couleurs. Personne ne l’écoute. Pourquoi prêter attention à ce petit vendeur qui n’y connaît rien et n’a même pas fait d’école de dessin ? Lui voit ses idées sortir chez les autres. Et rumine son obsession : faire des cravates très larges. Il les a bien en tête, entrevues dans de vieux films et de vieilles photos de magazines. Il aime le style des années 1930, 1940, 1950, les vêtements des étudiants de la Ivy League (le peloton des meilleures universités), ce look Preppy de la Nouvelle-Angleterre, la manière dont la jeunesse aisée s’habillait sur les campus. (…) Il en fait fabriquer pour son compte, très larges avec des rayures, et démarche lui-même les grands magasins vêtu d’une veste en jean, ses cravates dans des sacs. Chez Bloomingdale’s, on regarde ça d’un air circonspect. OK pour les diffuser, à condition qu’elles soient plus étroites, et estampillées de leur label à eux. (…) Six mois plus tard, Bloomingdale’s le rappelle et lui prend ses cravates larges à rayures. (…) Ralph Lauren (…) emprunte 50 000 dollars et ouvre une ligne de cravates sous son propre label, Polo. Un succès. Il a 26 ans. Au bout d’un an, il élargit sa collection aux chemises et autres vêtements pour hommes, pas encore aux modèles pour femmes et enfants. Le petit joueur de polo fait son apparition. (…) Il fallait sans doute cela, être né juif dans le Bronx, pour avoir envie du contraire, les tenues décontractées arborées le week-end par les riches WASP, devenues les symboles de l’élite privilégiée, cultivée et raffinée de la Côte est. Il fallait peut-être naître pauvre dans le Bronx pour prendre conscience que les vêtements de sport représentaient une esthétique. Pour admirer ce style au point d’avoir été choisi par le réalisateur Jack Clayton pour habiller Robert Redford et Mia Farrow dans son Gatsby le Magnifique (1974), ou par Woody Allen pour Annie Hall (1977). Mais ce ne sont pas les WASP qui fascinent Ralph Lauren. Ce qu’il cherche depuis ses débuts à Steuben Avenue, c’est un style. « Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, explique-t-il, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. » Le photographe Bruce Weber, chargé des campagnes publicitaires Ralph Lauren depuis plus de quarante ans, renchérit : « On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. » Ralph Lauren vient d’annoncer qu’il serait le mécène unique de la restauration de l’Ecole des beaux-arts à Paris pendant deux ans. Une manière de s’ancrer davantage dans la capitale de la mode pour cet Américain pur jus déjà décoré en 2010 de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, un fan notoire de ses chemises. Le style Ralph Lauren est à l’image de l’homme : sans artifice, cool et fondamentalement heureux. Quand les créateurs de mode dessinent des vêtements, lui dessine sa vie rêvée, un style de vie inspiré du bonheur. De son enfance à son immense succès, rien n’a jamais semblé compliqué à l’enfant du Bronx. Il n’est pas un artiste, pas un créateur, ne prétend pas l’être : il observe, il détourne, il reproduit. Cela donne des vêtements élégants mais pas compliqués et pour tous publics, du sportswear aux habits de soirée, du décontracté à l’ultra-chic. Sophistiqués mais sans effet de coupes ou de motifs. Du western aux universités de la Ivy League, cela raconte l’histoire d’une Amérique fantasmée, se donne à tout le monde, jamais à la mode. (…) Celui qui ne sait toujours pas dessiner un croquis a sa façon bien à lui de faire du stylisme : en racontant à ses équipes les histoires qu’il imagine. (…) La 122e fortune mondiale sort peu, ne s’échappe de son travail qu’avec sa famille, ses chevaux et ses voitures de collection, dans l’une de ses cinq propriétés : sa villa à la Jamaïque, son manoir dans le Connecticut, sa maison dans les Hamptons, son ranch dans le Colorado, son logement principal du Upper East Side à Manhattan. Il est fier de sa famille : de son fils producteur, de sa fille qui a fondé une boutique de bonbons à Manhattan, de son autre fils, David, son possible successeur à la tête de l’empire. De sa femme Ricky, qu’il avait rencontrée chez son ophtalmologiste en 1964 et qui est « toujours la plus belle », comme il le constate fièrement à voix haute à l’occasion des cérémonies. De ses boeufs dont il exporte les steaks pour son restaurant français, Ralph’s, attenant à la boutique du boulevard Saint-Germain. Les plus chers de Paris. Il y a un mystère Ralph Lauren. Sa vie, à l’exception d’une tumeur au cerveau dont il a réchappé, ressemble à un conte de fées. Son empire, il l’a bâti sans effort apparent. (…)On laisse le Gatsby de la Côte est sur le seuil de son patio aux boiseries vernies. Demain, il sera un autre de ses personnages, avec jeans, bottes et chapeau de cow-boy, dans son ranch du Colorado. Le Monde

Après l’école, Supermanl’humourla fête nationale, Thanksgiving, les droits civiques, les Harlem globetrotters et le panier à trois points, le soft power, l’Amérique, le génocide et même eux-mêmes  et sans parler des chansons de Noël et de la musique pop ou d’Hollywood, la littérature, les poupées Barbie… le look WASP  !

A l’heure où face à la double menace du rouleau compresseur Trump et de la corbynisation de leur propre aile gauche …

Les Démocrates nous refont le coup du Reagan de gauche

Mais en plus jeune et, air du temps politiquement correct oblige, avec juste ce qu’il faut de culpabilité à la fois blanche et chrétienne

Et où, avec le nouveau scandale, nos médias font mine de découvrir le secret de polichinelle …

Du contournement systématique, face à la concurrence des nouveaux juifs d’Asie et derrière les dérives et le dévoiement de l’affirmative action et du système de « legacy », de la méritocracie universitaire par nos élites donneuses de leçon …

Devinez qui …

De ses racines judéo-russes de fils de violoniste devenu peintre en bâtiment …

Et de sa fréquentation assidue du cinéma et des terrains de polo …

A réussi presque à lui tout seul et, même au risque de la saturation, pendant si longtemps …

A incarner à l’instar de son ainée de Hollywood et coreligionnaire du Bronx à qui il empruntera le nom lui aussi emprunté

Ce fameux rêve américain repris en fait du look WASP …

Tant du côté BCBG universitaire dit « preppy » …

Que du côté cowboy avec la version américaine du gentleman-farmer ?

Ralph Lauren, pur produit de l’Amérique

Il aurait voulu être Cary Grant mais a bâti son empire dans la mode. Ce fils d’immigrés juifs russes élevé dans le Bronx a réussi à vendre au monde entier l’image d’une Amérique fantasmée.

Marion Van Renterghem

Le Monde

23 août 2013

L’aventure a commencé là, 3220 Steuben Avenue, en plein cœur du Bronx, dans ce petit immeuble de cinq étages de brique rouge, avec ses escaliers métalliques dégringolant en biais sur la façade. C’est là que Ralph Lifschitz grandit avec sa soeur et ses deux frères après que ses parents, des juifs russes originaires de Pinsk, en Biélorussie, eurent choisi de tout quitter pour débarquer à New York. America ! America ! Le pays de la liberté et de tous les possibles, ils en avaient rêvé comme tant d’autres au point de s’entasser sur un bateau et de se jeter, affamés, dans la cacophonie des immigrés d’Ellis Island. Le père est peintre en bâtiment, artiste peintre à ses heures, le quartier du Bronx est alors ce qu’ils trouvent de mieux pour leurs moyens, avec ses rues calmes et ses grands parcs boisés. Une ambiance tranquille de la middle class américaine, aujourd’hui cernée, quelques pâtés de maison plus loin, par des zones délabrées et des repaires de dealers.

Près d’un siècle plus tard, à 73 ans, Ralph le New-Yorkais est un pur produit de l’Amérique. De l’épopée de ses parents, il se rend compte qu’il ne sait au fond pas grand-chose. Sont-ils partis avant ou après la révolution de 1917 ? Qu’ont-ils fui ? Il l’ignore. Ils n’étaient pas du genre à s’attarder sur le passé. On ne parlait pas yiddish à la maison mais sa mère, pratiquante, veillait au maintien des fêtes juives. « L’Amérique incite à regarder devant soi, pas derrière, constate leur fils. Il y a trop à faire quand on arrive ici. Les gens ne vous demandent jamais d’où vous venez. Mes parents étaient très gentils, peu éduqués, autodidactes, et ils se sont battus pour aller de l’avant. Je suis comme eux : je vis dans le présent, je pense à ce que j’ai à faire ici et maintenant, je ne me retourne pas. »

Même son propre nom ne le retient pas. A l’école qu’il fréquentait, juste à côté de l’appartement de Steuben Avenue, ce patronyme suscitait les moqueries. A la récré, haut-lieu des cruautés collectives, « Lifschitz » se transformait en gros mot, « Lif-shit », à coups de gros rires gras. Ralph Lifschitz a 16 ans quand il décide d’abandonner cette consonance encombrante. Le choix du pseudo lui vient sans peine. Le jeune homme juge plus commode de conserver ses initiales et il admire Lauren Bacall, l’une des incarnations de son rêve américain. Deux bonnes raisons pour décider du sort de sa métamorphose. En un tour de main, Ralph Lifschitz devient Ralph Lauren.

COW-BOY

Il y avait certes de l’ambition chez ce gamin du Bronx qui s’obstinait comme un fou à jouer au baseball et au basket-ball, malgré son 1,68 m. Il adorait le basket. Il courait comme un mille-pattes et compensait son handicap de taille par l’adresse et la stratégie. Il rêvait aussi d’être Joe DiMaggio, le champion de baseball qui avait épousé Marilyn. Ou une star de cinéma comme Cary Grant, son autre idole. « Mais je n’étais pas assez beau », dit-il avec coquetterie en attendant d’être contredit. Bref : sa carrière de sportif n’était pas convaincante, il ne prenait pas la voie d’Hollywood, il n’était pas particulièrement bon à l’école, n’avait rien à voir avec le stylisme, ne savait pas dessiner…

Qui aurait pu deviner que ce nom deviendrait celui de l’une des marques de vêtements les plus célèbres et les plus vendues dans le monde ? Que Ralph Lifschitz serait un jour le créateur de Polo Ralph Lauren, une multinationale cotée en Bourse, employant plus de 26 000 personnes et dont le chiffre d’affaires, 6,7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros) en 2013, dépasse celui des autres entreprises de vêtements de luxe, loin devant Giorgio Armani, son premier concurrent ? Que le petit cavalier de polo serait le logo universel des élites et des classes moyennes aisées de toute la planète, jusqu’aux Libanais qui avaient fui la guerre civile et arboraient leurs chemises « RL » en s’autobaptisant « Réfugiés de Luxe » ? S’il y a un mythe Ralph Lauren, il est dans ce chic populaire qui fonde son épopée de self made man. Une histoire si américaine.

Le mythe, en ce jour caniculaire du mois de juillet, porte un costume crème et une cravate noire, des chaussures noires, une chevalière en argent à l’annulaire. « Je suis plus souvent en jeans et en boots, mais il fait si chaud aujourd’hui… », dit-il comme pour s’excuser. La 122e fortune mondiale selon le magazine Forbes (classement 2012), avec une fortune évaluée à 7,5 milliards de dollars, est un homme doux et courtois, cool et raffiné, comme son immense bureau empli d’objets beaux et insolites. Une immense photographie de rodéo prise d’en haut, une bicyclette en chrome et cuir, des fauteuils design conçus par lui, des livres, des avions, tout un monde.

Il nous a conviée au 650 Madison Avenue, plus au sud que le pâté de maisons où sont réunies quelques-unes de ses somptueuses boutiques sur la même avenue de Manhattan. L’entrée est celle d’un banal gratte-ciel new-yorkais jusqu’à ce que l’ascenseur s’ouvre sur une autre planète : un immense patio tout en boiseries vernies et à la lumière tamisée, tel un vieil hôtel anglais, avec fauteuils clubs, canapés en cuir, lustres, peintures anciennes, sculptures d’animaux en bronze, pieds de lampe cuivrés, livres et magazines d’art sur les tables, coupelles de Smarties et autres bonbons colorés. Et des photos de Ralph Lauren, bien sûr.

C’est le péché mignon et le paradoxe de ce petit homme, pourtant curieux des autres et apparemment modeste : rares sont les murs de ses bureaux ou de ses boutiques, ou les pages de ses catalogues, où l’on ne retrouve pas plusieurs portraits géants de lui aux côtés de photos de cow-boys, de légendes d’Hollywood ou de voitures de collection. Ralph Lauren à cheval, Ralph Lauren sur la plage avec sa femme et ses enfants, Ralph Lauren jouant avec son chien, Ralph Lauren en blouson d’aviateur sur fond de villa atlantique, Ralph Lauren habillé en cow-boy dans son ranch du Colorado, Ralph Lauren en blazer et col roulé dans un intérieur cosy, Ralph Lauren au volant d’un roadster… Ralph Lauren himself, paisible, abouti, comme un emblème de sa réussite et de ses rêves. Un visage taillé pour le cinéma et les publicités des magazines : cheveux très blancs, peau très bronzée, yeux très clairs, paupières lourdes, sourire décontracté…

Dans le Bronx déjà, il s’était concocté un style. Un de ses voisins d’alors s’en souvient bien : un dénommé Calvin Klein, né Richer Klein. Il a grandi dans les mêmes rues, à quelques pâtés de maison de la famille Lifschitz. « On n’était pas amis, il avait deux ans de moins que moi, on se disait bonjour mais ce n’est qu’une fois devenus célèbres que nous nous sommes souvenus l’un de l’autre. On s’est toujours soutenus », raconte Ralph Lauren. « Il était plus âgé que moi mais je me souviens très précisément de lui, a rapporté de son côté Calvin Klein à l’occasion d’une conférence en 2011. Il s’habillait toujours de manière originale. Moi, j’étais plus marginal, plus provoc. Je voulais ressembler à un dur, comme James Dean. Ralph, lui, avait l’air de venir d’ailleurs. »

ÊTRE INDÉPENDANT

Ralph Lauren, en effet, ne s’habillait pas comme les autres. Toujours soigné, une façon d’être élégant sans luxe apparent, détournant des uniformes de leur usage premier : les vestes militaires, les polos des équipes locales de baseball et de basket-ball auxquelles il appartenait. « J’adorais les vieux vêtements de l’armée, explique-t-il, j’allais en acheter dans les surplus. J’avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n’y en avait pas dans les magasins mais c’est ce que je voulais. Comme j’étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J’allais beaucoup au cinéma, j’étais un fan de westerns. J’aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m’en rendre compte. Peut-être parce que j’ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers… J’étais comme « romancé » par différentes vies. Au début, on me disait souvent : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ? » Je répondais : « L’Amérique s’est faite avec des rêves. » »

Ralph Lauren a 20 ans quand commence l’explosion des Sixties, il a une trentaine d’années quand se généralise le mouvement hippie. Il a vécu une enfance heureuse dans le Bronx, il traîne désormais à Manhattan sur fond d’explosion des libertés individuelles, d’émancipation des femmes, de reconnaissance des droits civiques, de contestation de la guerre du Vietnam, de l’ordre établi, des élites, de la rigidité morale. Il s’amuse et profite de la vie sans prendre part à l’agitation politique. Au rock d’Elvis et de Jerry Lee Lewis il préfère les mélodies de Frank Sinatra et de Bob Dylan, et les paroles révoltées des Protest Songs ne sont pas sa préoccupation première. Ralph Lauren est déjà ailleurs, dans son monde à lui. « Je suis passé entre les gouttes de ces époques, explique-t-il. A ce moment-là, je formais mon style. Je retrouvais mes copains, on fumait, j’étais bohème, je portais la barbe et des baskets, mais je n’étais pas contestataire, pas hippie. J’avais les cheveux courts. Je n’ai pas fui l’armée, j’ai fait mon service militaire. Les hippies sont venus après moi, quand j’étais trop vieux pour l’être. J’aimais profondément l’Amérique comme je continue à l’aimer. »

Il ne sait pas dessiner. Mais il a ses rêves en tête. Une certaine idée de l’Amérique, un brassage confus de ses grands mythes, les mêmes qui avaient donné à ses parents la force de s’exiler. Il rêve de la conquête de l’Ouest. Il rêve du chic vestimentaire de la haute société WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) – nom américain donné aux premiers arrivés, blancs et protestants -, de ce que raconte le cinéma sur le look des étudiants des campus et l’ambiance des country clubs. Il rêve de ce que lui, l’enfant de la classe moyenne juive du Bronx, ne pouvait espérer posséder. « Il ne faut pas non plus exagérer, nuance-t-il. J’ai eu une enfance très heureuse, avec beaucoup d’amis. On n’était pas riches, je me rappelle avoir eu très envie d’un vélo et que mes parents n’avaient pas de quoi me l’offrir, mais je ne me sentais pas pauvre. J’étais juste comme tout le monde, attiré par ce que l’on n’a pas. Les pauvres rêvent de ce qu’ils pourraient s’acheter avec de l’argent. Les Chinois rêvent de s’habiller en Gucci. Et moi, je rêvais d’une veste à franges qui n’existait que dans les films ! »

Il est pressé de travailler, d’être indépendant, de gagner sa vie, de s’acheter une voiture de sport et de porter des vestes en tweed comme au cinéma. Il commence des études de gestion qu’il ne termine pas, fait son service dans un camp d’entraînement de l’armée à Fort Dix (New Jersey) puis, sans aucun diplôme, cumule les petits boulots. Il est animateur pour enfants, vendeur dans des magasins de mode. « J’étais bon vendeur, raconte-t-il. J’étais facilement convaincant car je ne travaillais que dans les magasins que j’aimais, pour vendre les vêtements que j’aimais. Cela a toujours été mon principe dans la vie : ne vendre aux autres que ce que je voulais pour moi-même. »

A force d’acheter en série des chemises de chez Brooks Brothers, son magasin préféré, il se fait embaucher dans une boutique de la marque sur Madison Avenue. Il fourmille d’idées, suggère de nouvelles formes, d’autres couleurs. Personne ne l’écoute. Pourquoi prêter attention à ce petit vendeur qui n’y connaît rien et n’a même pas fait d’école de dessin ? Lui voit ses idées sortir chez les autres. Et rumine son obsession : faire des cravates très larges. Il les a bien en tête, entrevues dans de vieux films et de vieilles photos de magazines. Il aime le style des années 1930, 1940, 1950, les vêtements des étudiants de la Ivy League (le peloton des meilleures universités), ce look Preppy de la Nouvelle-Angleterre, la manière dont la jeunesse aisée s’habillait sur les campus.

SANS ARTIFICE

Les cravates larges. Il est le seul à les vouloir. Il en fait fabriquer pour son compte, très larges avec des rayures, et démarche lui-même les grands magasins vêtu d’une veste en jean, ses cravates dans des sacs. Chez Bloomingdale’s, on regarde ça d’un air circonspect. OK pour les diffuser, à condition qu’elles soient plus étroites, et estampillées de leur label à eux. « J’ai refusé, raconte Ralph Lauren, j’ai refermé mon sac et je suis parti. J’étais content de moi. » Six mois plus tard, Bloomingdale’s le rappelle et lui prend ses cravates larges à rayures.

En 1967, un entrepreneur de mode, Norman Hilton, remarque ses cravates. Il lui fait une offre : « Accepteriez-vous de travailler pour moi ? – Non, lui répond le jeune homme, je veux créer ma propre maison. » Ralph Lauren lui emprunte 50 000 dollars et ouvre une ligne de cravates sous son propre label, Polo. Un succès. Il a 26 ans. Au bout d’un an, il élargit sa collection aux chemises et autres vêtements pour hommes, pas encore aux modèles pour femmes et enfants. Le petit joueur de polo fait son apparition. « J’aime le sport, je voulais ce symbole. J’étais fan de baseball mais ça n’aurait pas collé. Je voulais un sport plus stylé. Avec le polo, je pensais au play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, collectionneur de femmes illustres, qui nous faisait envie. Je n’avais jamais joué au polo mais l’image de ce sport correspondait à ce qui me faisait rêver. Les chevaux, le côté play-boy, athlétique, esthétique, romantique… »Il fallait sans doute cela, être né juif dans le Bronx, pour avoir envie du contraire, les tenues décontractées arborées le week-end par les riches WASP, devenues les symboles de l’élite privilégiée, cultivée et raffinée de la Côte est. Il fallait peut-être naître pauvre dans le Bronx pour prendre conscience que les vêtements de sport représentaient une esthétique. Pour admirer ce style au point d’avoir été choisi par le réalisateur Jack Clayton pour habiller Robert Redford et Mia Farrow dans son Gatsby le Magnifique (1974), ou par Woody Allen pour Annie Hall (1977).

Mais ce ne sont pas les WASP qui fascinent Ralph Lauren. Ce qu’il cherche depuis ses débuts à Steuben Avenue, c’est un style. « Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, explique-t-il, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. » Le photographe Bruce Weber, chargé des campagnes publicitaires Ralph Lauren depuis plus de quarante ans, renchérit : « On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. » Ralph Lauren vient d’annoncer qu’il serait le mécène unique de la restauration de l’Ecole des beaux-arts à Paris pendant deux ans. Une manière de s’ancrer davantage dans la capitale de la mode pour cet Américain pur jus déjà décoré en 2010 de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, un fan notoire de ses chemises.

Le style Ralph Lauren est à l’image de l’homme : sans artifice, cool et fondamentalement heureux. Quand les créateurs de mode dessinent des vêtements, lui dessine sa vie rêvée, un style de vie inspiré du bonheur. De son enfance à son immense succès, rien n’a jamais semblé compliqué à l’enfant du Bronx. Il n’est pas un artiste, pas un créateur, ne prétend pas l’être : il observe, il détourne, il reproduit. Cela donne des vêtements élégants mais pas compliqués et pour tous publics, du sportswear aux habits de soirée, du décontracté à l’ultra-chic. Sophistiqués mais sans effet de coupes ou de motifs. Du western aux universités de la Ivy League, cela raconte l’histoire d’une Amérique fantasmée, se donne à tout le monde, jamais à la mode.

« Je fais de l’antimode, explique l’entrepreneur. J’ai mélangé le goût de l’Amérique pour la nouveauté au goût de l’Europe pour ce qui ne se démode pas. La veste en jean simple et bien coupée est un symbole de mon style. Mes vêtements correspondent à ce que je rêvais d’être, or je me rêve en différents personnages. En cow-boy, en athlète, en gentleman-farmer de la campagne anglaise, chacun n’étant pas conforme à la réalité mais à l’idée que je m’en fais. Je vois un gentleman farmer en boots et blouson de moto, il est comme ça dans mon rêve. Le style, c’est un rôle d’acteur, la représentation que vous vous faites de vous-même. Je me vends dans mes rôles, je me vends dans mes rêves. Je vends un idéal. » Selon son fils David, directeur de la communication et du marketing de l’empire, Ralph Lauren était même « très déçu, la première fois qu’il est allé en Angleterre, de constater que les gentlemen-farmers n’étaient pas habillés comme il l’avait imaginé. Mon père, analyse-t-il, est moins un styliste qu’un écrivain ou un cinéaste qui utilise les vêtements pour raconter des histoires ».

Celui qui ne sait toujours pas dessiner un croquis a sa façon bien à lui de faire du stylisme : en racontant à ses équipes les histoires qu’il imagine. « Généralement, je décris un film, un monde, un truc très romanesque. Par exemple, je pense à une fille et je me dis : « elle était riche, elle a perdu son argent. Elle est très séduisante mais n’a plus les moyens de s’habiller. Elle est cool. Elle trouve des fripes et elle les arrange elle-même. » J’explique ça à mon équipe. Ils prennent des notes et ils créent les habits pour cette fille-là. »

122e FORTUNE MONDIALE

Ralph Lauren est content de lui. « Voilà quarante-sept ans que je fais ce métier avec succès. Je me demande comment j’ai été capable de faire tout ça. » La 122e fortune mondiale sort peu, ne s’échappe de son travail qu’avec sa famille, ses chevaux et ses voitures de collection, dans l’une de ses cinq propriétés : sa villa à la Jamaïque, son manoir dans le Connecticut, sa maison dans les Hamptons, son ranch dans le Colorado, son logement principal du Upper East Side à Manhattan. Il est fier de sa famille : de son fils producteur, de sa fille qui a fondé une boutique de bonbons à Manhattan, de son autre fils, David, son possible successeur à la tête de l’empire. De sa femme Ricky, qu’il avait rencontrée chez son ophtalmologiste en 1964 et qui est « toujours la plus belle », comme il le constate fièrement à voix haute à l’occasion des cérémonies. De ses boeufs dont il exporte les steaks pour son restaurant français, Ralph’s, attenant à la boutique du boulevard Saint-Germain. Les plus chers de Paris.

Il y a un mystère Ralph Lauren. Sa vie, à l’exception d’une tumeur au cerveau dont il a réchappé, ressemble à un conte de fées. Son empire, il l’a bâti sans effort apparent. « On dit que le business est un monde de durs, moi je pense qu’on peut réussir sans être une brute », confie-t-il. Tout a l’air facile. Il y a chez lui la fluidité du geste des grands sportifs qu’il rêvait d’être : l’aboutissement d’un travail acharné dont on ne voit pas l’effort. « J’ai eu beaucoup de chance dans la vie. » Que deviendra sa société après lui ? « Je ne sais pas. Je n’ai jamais rien planifié. J’ai pu me construire une carrière sans argent, à partir d’un rêve, en vendant des cravates. ça m’a toujours réussi. » On laisse le Gatsby de la Côte est sur le seuil de son patio aux boiseries vernies. Demain, il sera un autre de ses personnages, avec jeans, bottes et chapeau de cow-boy, dans son ranch du Colorado.

Ces marques emblématiques milieu de gamme du style américain sont aujourd’hui dessinées par des femmes. Une nouvelle vie?
Fabrice Paineau
L’Express styles
05/06/2014

Ils étaient beiges, ils étaient brillants. Les Américains et leur paradoxe. A la fin des années 1970, la mode américaine peut se résumer à ces deux nuances. D’un côté, cette envie WASP qui définit tout un mode de vie propre et distingué -un esprit vain dans un corps sain? De l’autre, la débauche disco et paillettes du Studio 54, avec l’émergence folle de nouveaux créateurs américains. Puis Gap. Le meilleur d’une entreprise d’uniformisation où le jean, le chino et la chemise blanche dessinent une ligne de goût de New York à San Francisco.

C’est dans cette ville de Californie du Nord que naît ce titan du denim pour tous, en 1969, parce que son créateur, Daniel Fisher, ne trouve pas le bon jean adapté à sa morphologie -et à sa taille. Gap comme fossé ou fossé des générations et la réponse la plus juvénile à une Amérique qui s’émancipe dans ses moeurs. De ce géant du textile naîtront d’autres modèles du retailing, qui inspireront les voisins d’en face comme Club Monaco, filiale de Ralph Lauren, ou encore J.Crew.

La mode américaine s’émancipe

Mais il aura fallu plus de soixante-dix ans d’une toujours jeune histoire du textile américain pour que Gap et consorts émergent. Car tout commence avec ce Portrait de Madame X du peintre John Singer Sargent (1856-1925). Elle est belle, son profil est altier, ses épaules sont dénudées et sa silhouette est mince. Voilà peut-être le premier acte d’une mode américaine qui privilégie les courbes, le corps et le confort d’une nation tout entière vouée à l’effort, donc au sport. La mode américaine naît de cette ambition.

L’émergence des titans de l’édition mode apparaît à cette même période: Harper’s Bazaar est créé en 1863 et Condé Nast rachète un petit magazine, en 1908, Vogue, pour en faire la publication de référence de la haute société. Laquelle commence à voyager et converse sur la nouvelle éthique du goût. Edna Woodman Chase devient la rédactrice en chef de Vogue et le photographe Edward Steichen remplace la luxuriance embuée des images de mode du baron de Meyer. La photographie de Steichen rehausse la simplicité graphique de l’Art déco, dans ses décors mais aussi dans le choix des tenues présentées. Si la mode européenne est toujours maîtresse, la crise économique de 1929 incite à un protectionnisme de taille. Les matières premières sont désormais américaines, comme le cuir ou le coton, qui va bientôt dominer le monde.

Les couturiers américains apparaissent. Ils se nomment Mainbocher ou Charles James, d’origine anglaise. A l’ouest, la machine à rêves s’emballe. Hollywood devient le puits sans fond de toutes les images iconiques, et l’empire cinéma impressionne déjà les pages des magazines de mode, embellies par la photographie de Cecil Beaton. Les stars commencent à diffuser leur aura médiatique, et, si « glamour » est un terme anglophone, des figures comme celles de Katharine Hepburn -son indépendance de style très boyish: un pantalon, des chaussures plates- vont condenser en images cette simplicité. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la plupart des maisons françaises stoppent leur activité. L’Amérique en profite pour proposer une garde-robe plus fonctionnelle et adéquate aux femmes impliquées dans l’effort de guerre. Des créatrices comme Claire McCardell ou Claire Potter ne tarderont pas à anticiper cette nouvelle soif de conquête féminine. Un corps sain dans des formes simples.

En 1961, Jackie Bouvier-Kennedy devient la première dame des Etats-Unis et porte les créations de jeune designers comme Arnold Scaasi, Pauline Trigère, Oleg Cassini… Suivront des noms comme ceux de Bill Blass, Oscar de la Renta, Geoffrey Beene. En 1971, Grace Mirabella a remplacé Diana Vreeland à la tête de Vogue. Elle conçoit une mode plus simple, plus dynamique, pleine de conseils pratiques pour répondre à cette attente qui lie le monde domestique à une ère plus technologique. Et la mode s’adapte, plus naturelle, plus casual dans ses propositions. Un certain sens du minimalisme s’impose, et des créateurs comme Calvin Klein ou encore Perry Ellis se chargent de radicaliser la silhouette. Un vêtement pur pour une allure simple.

Le succès de Gap, J.Crew, Club Monaco

La marque Gap arrive à bon port en 1969 pour exprimer toute cette volonté d’exalter les basiques: le charme propre et authentique du jean ou du tee-shirt hérité du vestiaire de James Dean, déjà piqué aux ancêtres les cow-boys. Gap garde dans un premier temps le parfum de l’émancipation hippie des étudiants de Berkeley et des événements bruyants de Woodstock. Plus pour longtemps. L’as du marketing Millard Drexler relooke toute la chaîne des magasins en 1983 et modifie l’attitude Gap. Sharon Stone s’affiche en jupe Vera Wang et chemisier blanc Gap à la cérémonie des Oscars de 1998. Gapinc., le groupe, est avant tout l’empire fondateur d’une mode « low high fashion » qui combine petits prix à une qualité de vêtements construits sur le rêve américain. Elle ouvrira la voie à d’autres modèles du fast retailing comme Club Monaco ou J.Crew, deux sociétés dirigées par des femmes inspirantes et qui s’implanteront bientôt en France.

Rebekka Bay et Gap

Elle est blonde, Rebekka Bay. Elle présente tous les signes d’une Nordique qui privilégie le port de vêtements simples à l’architecture douce comme sa liquette blanche. En 2006, elle est à l’origine du concept COS, pensé par le groupe H&M, où le minimalisme de créateurs peut se concevoir à petits prix. Les innovations techniques sont aussi au rendez-vous. Elle conçoit un style fonctionnel, ultracitadin et des matières nouvelles qui s’adaptent au classicisme de coupes radicales très épurées. Peu d’imprimés chez COS, mais du bleu marine, du noir, du gris. Après des études à la Designskolen Kolding, au Danemark, Rebekka devient conseillère auprès de marques comme Dunhill ou COS. Son leitmotiv depuis son arrivée chez Gap, en 2012: retrouver la force des authentiques et souligner l’intérêt contemporain de tels produits à travers une vision reboostée de l’americana. Rebekka Bay contrôle toutes les lignes, jusqu’au label 1969, implanté à Los Angeles.Et son pari semble réussi pour le printemps-été 2014, avec un grand retour du denim aux coupes plus ajustées. Le traitement des matières joue sur un délavé serein, avec cet esprit eighties aux couleurs tendres. Il y a autant de Céline que de Helmut Lang dans cette nouvelle proposition qui cherche la pièce iconique, pour femme comme pour homme.

Jenna Lyons et J.Crew

Elle est presque une star, Jenna. De par son allure identifiable entre toutes, celle d’une grande fille avec de grandes lunettes à monture noire. Médiatique, Jenna Lyons apparaît lors des Fashion Weeks ou en guest-star dans la série Girls, de Lena Dunham. En 2013, elle figure dans le classement des 100 personnalités les plus influentes du monde du magazine Time. Son parcours est limpide: cette fille de Palos Verdes, en Californie, diplômée de la Parsons School de New York, est entrée directement chez J.Crew en 1990 puis a gravi tous les échelons de l’assistante ultramotivée. Après avoir été nommée directrice de la création en 2007, elle devient présidente en 2010. Deux ans plus tard, le chiffre d’affaires de J.Crew dépasse les 2,2 milliards de dollars.

Son succès? Michelle Obama déclare, en avril 2008, « trouver de jolies choses sur le site de la marque » lors de son apparition à l’émission de télévision The Tonight Show.Le lendemain, le site explose dès dix heures du matin. En outre, J.Crew privilégie et soutient les créateurs maison, proposant des lignes développées en interne, comme celle du responsable du prêt-à-porter homme, Todd Snyder. Pour enrichir cette démarche, J.Crew s’est mis en quête de pièces fortes et intemporelles, de la Stan Smith d’Adidas à d’authentiques chaussures patinées en provenance du Kentucky, qu’elle vend dans son réseau de boutiques. Jenna Lyons est de toutes les attentions car, sous son influence, J.Crew développe une mode différente. Les imprimés comme les basiques se complètent et composent un vestiaire contemporain très new-yorkais. Acheter une pièce J.Crew est aujourd’hui devenu aussi crédible que porter du Proenza Schouler, le tout étant adoubé par des blogueurs reconnus comme Tommy Ton.

Caroline Belhumeur et Club Monaco

Club Monaco est à l’origine une marque canadienne créée par Joe Mimran et Alfred Sung en 1985. Son expansion commence par les Etats-Unis, avec une première implantation sur la côte Ouest, à Los Angeles. En 1999, le groupe Polo Ralph Lauren en fait l’acquisition, mais le label garde son indépendance de ton. Caroline Belhumeur est à la tête du prêt-à-porter féminin depuis 1999. Pour cette Anglaise née à Bristol, la formation s’est faite sur les bancs de la Kensington University, puis elle atterrit chez Calvin Klein et Theory. Les collections de Club Monaco émanent de choix personnels qu’elle désire faire partager à tous: une mode au classicisme évident avec un « twist » créateur et européen. Fan de musique punk mais aussi d’architecture new-yorkaise, Caroline Belhumeur donne une touche unique à des vêtements fonctionnels qui évoquent le charme d’une échappée dans les Hamptons. Pièces clefs: un trench, un pull d’homme en cachemire et une veste en cuir.

Voir encore:

Ralph Lauren’s American Dream

The iconic brand is struggling. How did we get here, and what happens next?

Entering the Rhinelander Mansion on New York’s Upper East Side is like quietly opening a window into Ralph Lauren’s mind. Many describe Lauren’s superpower as his ability to turn his wildest dreams into reality, and inside that mansion, Ralph Lauren’s original flagship location, his dreams are made real in every nook and cranny of the place.


 

Each room presents one lavish scene after the next, and it’s not hard to imagine Lauren himself toiling at the displays to make sure everything sits just right. Spaces are small and illuminated with candles and the softest of lighting, beckoning shoppers to linger. A glass of water arrives on a small silver platter, garnished with a single slice of lemon, just for you.

It’s stunningly clear here, walking slowly up a staircase lined with oil paintings from the company’s collection, that Ralph Lauren is a lifestyle. No detail is left to chance: Ralph Lauren ties are fanned out on a table in front of a bar stacked high with Ralph Lauren shirts, next to a case of monogrammed Ralph Lauren cufflinks. Ralph Lauren briefcases are placed next to Ralph Lauren paperweights on a Ralph Lauren desk topped with Ralph Lauren stationery, positioned underneath a giant, glittering chandelier that can’t possibly — but maybe? — be branded Ralph Lauren. Everything, right down to the 82,000 square feet of mahogany hauled in for the mansion’s renovation in the 1980s, reeks of style and status and money. Old money.

Twenty blocks away, inside the Lord & Taylor on Fifth Avenue, the dream gets a little murkier. Lauren Ralph Lauren dominates one of the women’s floors, and while the gold-plated signage is shiny and the tan leather couches comfy, the endless sea of khaki dresses belted at the waist are not so much impressive as they are predictable. There are no nooks nor crannies filled with odds and ends from Ralph’s archives; nothing begs a pause. Jammed up in between racks of floral fit ‘n’ flare dresses and rows of athleisure, it’s harder to see Ralph Lauren’s appeal. A similar scene unfolds on the sales floor at the Herald Square Macy’s, a short 10-minute walk away.

Once you leave the giant department stores of New York City and head to the malls of suburbia, Ralph Lauren becomes a few racks of Oxfords, polos, and pleated pants. Reliably found in your local Dillard’s, and just as reliably found on sale.

« The clothes look good in magazines, but look older in stores, » says Christina, a 31-year-old from Long Island, flipping through a rack of button-down shirts at Macy’s. She likens the brand to Michael Kors — oversaturated and devalued. « I would never buy Polo at full price. »

Jan Freemantle, a tourist visiting New York from Sydney, Australia, recalled how her husband used to bring her back Polo shirts picked up on business trips to California before she could find the brand in Sydney. Polo was all she knew about Ralph Lauren until recently, when on a trip to Aspen, she came across a Ralph Lauren store that carried the Purple Label and Collection lines. « It was so nice, but so expensive, » she says.

Most shoppers haven’t encountered the totality of Ralph Lauren’s world. How could they? Since the early 2000s, Ralph Lauren Corporation has owned and operated at least 25 different brands. It’s a staggering list: Polo Ralph Lauren, Polo Jeans, Polo Golf, Pink Pony, Purple Label, Blue Label, Black Label, Ralph by Ralph Lauren, Lauren Ralph Lauren, Lauren for Men, Women’s Collection, RRL, RLX, Rugby, Denim & Supply, Club Monaco, Chaps, Ralph Lauren Childrenswear, Ralph Lauren Watches, Ralph Lauren Fine Jewelry, American Living, Ralph Lauren Home, Lauren Home, Ralph Lauren Paint, and Lauren Spa. Not all are still in operation.

Ralph Lauren is clearly a man who knows how to build an empire, but right now, the empire is in turmoil.

For the shoppers who actually are familiar with the company’s multitude of lines, it’s still exhausting. « The identity of the brand gets lost, » laments Efney Hall, who has been shopping Ralph Lauren for over a decade. She likes it for its classic, elegant appeal, but she’s noticed that lately, the fit of the pants has changed. She finds herself skimming over the brand’s Lauren Ralph Lauren racks. She’s over it.

Ralph Lauren is clearly a man who knows how to build an empire, but right now, the empire is in turmoil. Layoffs have struck the company two years in a row, eliminating 750 jobs in 2015 and another 1,000 this summer. (One former Ralph Lauren designer commented to a colleague on Instagram in June: « Glad you survived the RL Hunger Games this week! »)

Lauren has stepped aside to make way for a new CEO, Stefan Larsson — the first person besides Lauren to ever hold that title in the company’s 50-year history. The company has been in the process of whittling down the brand list and there are plans to refocus on just three main lines: Ralph Lauren (the new umbrella label for Women’s Collection and Purple Label), Polo Ralph Lauren, and Lauren Ralph Lauren.

At the same time that Ralph Lauren is reevaluating its structure and bringing in fresh leadership, it also has to contend with the fact that the specific style of Americana that’s so deeply embedded in every inch of the brand isn’t something shoppers are clamoring to align themselves with now. If the privileged, preppy aesthetic that Lauren built his company around is no longer the height of aspiration, what will the future of Ralph Lauren look like?


Ralph Lauren did not grow up living the lifestyle that would later make him a billionaire. No, Ralph Lauren was born Ralph Lifshitz, a shy Jewish kid who lived in a small, two-bedroom apartment in the Bronx with his parents and three siblings. In Genuine Authentic: The Real Life of Ralph Lauren, writer Michael Gross paints a picture of young Ralph as a dreamer, never one to run with the crowd. « If white bucks were in fashion, he wore saddle shoes, » a former classmate told Gross. « When we wore crew necks, he wore V-necks. He was always a step ahead. »

Lauren’s perception of taste and class was constructed by what he saw around him, according to Gross. His richer friends’ parents drove convertibles, went on European vacations, and had country club memberships. In films, he watched Gary Cooper, Cary Grant, and Fred Astaire glide across the screen, wearing beautiful suits and getting the girls every time.

« I grew up playing a lot of basketball, reading, and living at the movies, » Lauren said in an old interview that Gross unearthed for the book. « I guess they influenced my taste level. I liked the good things and the good life. I did not want to be a phony. I just wanted more than I had. »

However, Lauren’s mother had set a strict path for Ralph: he was to be a rabbi. He shuttled between secular public schools and Jewish yeshivas during his youth, eventually convincing his mother to allow him to transfer from Manhattan Talmudical Academy, where he was on the Hebrew teacher-in-training track, to DeWitt Clinton High School, an all-boys public school. In his senior yearbook, listed right below his extra-curricular participation in « Lunch Room Squad » and « Health Ed. Squad, » Lauren declared what he wanted to be when he grew up: a millionaire.

At 19, he and his brother Jerry changed their last name from Lifshitz to Lauren. (As Gross reports it, Ralph polled friends on two alternatives, London or Lauren; he was personally partial to London.) In the official document filed for the name change, the reason listed was confusion over people, both at school and at work, who shared the same last name. In reality, Lifshitz had the word « shit » in it and Ralph’s plans for himself did not include dealing with that for the rest of his life.

College was never a big draw for Lauren, who dropped out of the City College of New York school system after three years. He was drafted into the Army and served for two years, but the military, with all its rules and regulations, wasn’t a good fit either. After the Army, he kicked off his career as a salesman, first for glove companies. Then he got into ties.

« I liked the good things and the good life. I did not want to be a phony. I just wanted more than I had. »

Lauren got his first shot at professional tie design at Rivetz & Co., a high-end neckwear company. It didn’t go over well. « Rivetz was a traditional firm, » David Price, whose father used to own the Rivetz & Co. business, explains. « They were doing all sorts of crazy pinks and oranges and all the Ralph colors, and the industry and the customer base at Rivetz thought it was just atrocious. »

But instead of backing down, Lauren went from Rivetz to Beau Brummell Cravats, where his boss, Ned Brower, let him sell his own ties — colorful, wide, and expensive — out of a drawer in the showroom. Lauren had no professional training in design, but he believed so deeply in his wild ties that other people did too. He caught the attention of Norman Hilton, one of the biggest names in the menswear industry at the time, who eventually became the first investor in Lauren’s business. Polo Fashions, Inc., named after the posh sport (not the shirts Lauren would later become famous for), launched in 1968 and, as Hilton’s son Nick remembers it, his father poured $75,000 into the startup. By the end of his first year running Polo Fashions, Lauren had expanded from ties into full suits that the Daily News Record (a menswear trade publication that was later folded into WWD) featured alongside heavyweights like Bill Blass and Oleg Cassini.

The company was a critical success from the beginning, although according to Nick Hilton, it was always almost bankrupt in its first few years. In 1970, Lauren won his first Coty Award (the predecessor to the CFDA Awards) for menswear, and he launched womenswear after that. In Ralph Lauren: The Man Behind the Mystique, author Jeffrey Trachtenberg describes how the move into womenswear transformed Lauren’s business. It was then that he decided to change the name on his labels from Polo Fashions to Polo by Ralph Lauren, in part to imitate how other designers were using their own names on their womenswear labels. And then, for the launch of women’s button-down shirts, the company added a new design element: a small embroidered polo player. It was an overnight success.

« The polo player became the new status symbol for women, » Raleigh Glassberg, the buyer who purchased Ralph’s first women’s shirts for Bloomingdale’s, told Trachtenberg. The shirts were as pricey as Lauren’s ties, but it didn’t matter. Everybody wanted one. As Lauren’s business grew, buoyed in large part by the ‘80s prep revival, the polo player became an integral part of the women’s and men’s lines, including on the polo shirts that became a signature of the Ralph Lauren look.

Chaps was the first of many extensions that Ralph Lauren would experiment with. Chaps was Lauren’s answer to Polo knockoffs that were flooding the market. He couldn’t stop the knockoffs from being produced, so he created a cheaper line to compete with them.

The company also expanded quickly through a number of licensing partnerships, a relatively easy way to put the Ralph Lauren name on a variety of products without having to deal with manufacturing any of it.

« The bulk of the company’s profits come from royalties on its extremely lucrative licensing agreements, which lend the Ralph Lauren name to manufacturers of eyewear, fragrance, furniture, and a range of apparel, » the New York Times‘ Stephanie Strom reported in the mid-’90s. « Polo Ralph Lauren only manufactures its men’s sportswear, coats, and furnishing lines; all other Ralph Lauren products, ranging from towels and sheets to shoes and sunglasses, are manufactured by others under license. »

The article also noted the voracity with which Lauren launched new lines, started new partnerships, and continually built upon his vision. « The sheer number of new ideas coming out of Mr. Lauren’s head at a time when the fashion industry seems to be satisfied with endlessly regurgitating old looks gives him an edge, » Strom writes. « In the last year alone, he has started RRL, Polo Sport, a line of Polo Sport skin treatments, and the Ralph label. »

As Lauren’s empire grew, the accolades kept coming. According to the CFDA, Lauren is the first and only designer to win four of the CFDA’s top honors: the CFDA Lifetime Achievement Award (1991), the CFDA Womenswear Designer of the Year Award (1995), the Menswear Designer of the Year Award (1996), and the CFDA Award for Humanitarian Leadership (1998).

Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd.

« Insecurity can sometimes make a man do bold things, » Cathy Horyn wrote in a profile of Ralph Lauren for the Washington Post. « It can make him create not one world but many worlds. And it can make him think that what he has done is not only good but better. The upshot has been rather intriguing: a quarter-century of glorious ephemera from a designer who can’t draw so much as a sleeve. Never could. »

In that profile, Lauren couldn’t help but describe his legacy in broad, sweeping strokes. « Did I lift America up a little bit? Did I give it a little bit of quality? Because we were known for polyester. People don’t remember that. You couldn’t buy good things here. America is mass, » he told Horyn.

« And so, as I traveled around and got more sophisticated, I started to see what wasn’t there, and I became more nationalistic. Every year of my life. And I’d think, ‘Why is this country so insecure about what it is?’ So, my thing became more than clothes. It became bigger. It became — America. »

Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd.

The Lo Lifes, a Brooklyn gang officially founded in 1988, used to make a show out of shoplifting Ralph Lauren from department stores around New York City back when they first formed; now, it’s more about appreciating the Lifshitz to Lauren, self-made billionaire element of the designer’s story, as well as showing off vast collections of archival pieces. (Vice interviewed a Lo Life member who at one point had over 1,000 items.) However, the Lo Lifes’ influence on Lauren’s brand, specifically its place in hip-hop, isn’t officially recognized by the company.

« All together, it makes for a potent folk history of capitalist sedition, » Jon Caramanica wrote of the group. « In a time when Polo was being made for and marketed to the aspirational white middle class, some of the most rigorously sourced collections were sitting in closets in the Brooklyn housing projects. »

That’s not to say the company totally eschewed diversity. Ralph Lauren is credited with catapulting Tyson Beckford to supermodel status, making him the first black male model to hold that title. Beckford’s Polo ads were lauded when they first appeared, and the Times ran a story on his breakout success. « I believe I’m setting a good example, » Beckford told the paper. « The Polo ad says that I’m not a basketball star or a rap star, but an all-American type. It separates me from those stereotypes, which is good. »

« Lauren built a career by brazenly positioning himself as the quintessential interpreter of the American zeitgeist, » Robin Givhan later wrote in The Washington Post. « More than any designer, he has used America’s mythology — our secular religion — for profit. In doing so, he has displayed a keen understanding of our cultural symbols. He can parse the difference between a pair of blue jeans worn with cowboy boots and those worn with a black leather jacket. He sees the romance in a prairie skirt or a well-worn Native American blanket. He knows what it means in our racially conflicted society to photograph a dark-skinned, athletic black man in his preppiest, old-money brand. And he knows how a bright-eyed blonde feeds our vision of Mayflower blue bloods. And as consumers, we have bought into those symbols and made Lauren an extremely wealthy man. »


Ralph Lauren went public in 1997 and continued to thrive throughout the early 2000s, opening new lines seemingly on a whim. « At Ralph Lauren, there wasn’t that outside perspective, » says a former designer who requested anonymity since he still works in the industry. « We all, including myself, had our heads up our own asses. It was just so great to be there that even if we were doing something that we couldn’t validate based off of the competitive landscape it was like, ‘Well, this is Ralph Lauren. We can do what we want.’ We set the tone. »

By 2012, Ralph Lauren stock was trading at more than $170 per share, having shot up by $100 in five years. There was so much faith in the success of the company. « Everybody was just feeling the effects of the money that was rolling in, and that it was on a steady incline, » says the former designer. The company employed approximately 25,000 people in 2012, and was reporting $6.8 billion in sales and net profits of $681 million.

Then came the slide and Ralph Lauren’s literal and metaphorical stock began to tumble. Shares fell nearly 50 percent from a high point of $192 in May 2013 to $82 in February 2016. Sales were still holding steady, but profits slid drastically.

« I used to feel really good about working for that company, but there was so much uncertainty for so long and the lack of communication from the top down was almost absurd. »

Underlying problems with the company’s organizational structure became more pronounced as the good times gave way to struggling years. « People were just so unhappy, » says the former designer. « I used to feel really good about working for that company, but there was so much uncertainty for so long and the lack of communication from the top down was almost absurd. You didn’t even know what your job was, you didn’t know what your role was. You didn’t know if you were going to have a brand the next day. »

Several former employees pointed to that lack of communication as a real point of frustration within their departments. « It was like nowhere I had ever worked before, » says an employee who worked in materials sourcing for the company’s volume brands. « Everyone worked in silos. Manufacturers had one job that they were specific to and the designers only had to report to other designers and we really were kind of bumping into each other trying to do our own jobs. It was really inefficient. »

Compared to other retail companies where she had worked, the former employee was surprised by how many managers were assigned to each department. « Ralph is a very, very top heavy company, » she explains. « It was a lot of management and not a lot of doers, which is a huge problem. »

The organizational problems had long bled into the company’s dealings with its wholesale accounts. Michael Schumann, the owner of furniture retailer Traditions, eventually cut ties with Ralph Lauren after years of headaches associated with selling Ralph Lauren Home products in his stores.

« It was no longer worth it to put up with the bullshit in order to have the name, which was too bad, » says Schumann. He recalled how Ralph Lauren Home would issue beautiful, hardbound catalogs to stores and then not refresh them for two years since it was too costly to produce the books every six months when new collections would come out.

The rules around where and how to advertise the product were extra strenuous; Ralph Lauren’s logo had to be twice the size of the retailer’s logo, and ads could only be placed in premium locations. Schumann found success selling Lauren Home, a less expensive line, but then Ralph Lauren implemented a rule that Lauren Home and Ralph Lauren Home couldn’t be sold in the same store. « It was just impossible to work with these people, » Schumann says.

Ralph Lauren’s managerial structure was broken, relationships were being severed, the quarterly financial reports got more and more alarming, and Ralph Lauren himself wasn’t the same radical young guy wooing customers to buy into his dream lifestyle. Change was needed.

For years, David Lauren, Ralph’s only child who works at the company, was assumed to be the heir apparent. In 2006, The New York Observer wrote that it was « clear » Lauren would run the company at some point. Fast Company mentioned « industry-wide speculation » that he would take the throne in a 2011 profile. In 2014, Business of Fashion noted that many in the industry pegged the son as the father’s successor.

But when the time came for Ralph Lauren to relinquish his CEO title, David Lauren’s name wasn’t called. Instead, it was Stefan Larsson, a young retail industry darling who built his career at H&M and wowed the industry with a successful three-year stint as the brand president of Old Navy, who would inherit the crown.

When Lauren and Larsson tell the story of how they met, it often includes the tale of a magical first dinner together. Both walked in wondering what the hell they were doing there, both came out knowing that this partnership needed to happen. Larsson is a young star just as Lauren was back in the day, and Larsson has entrepreneurial roots as well — he started his own company to put himself through business school, according to the Financial Times.

Larsson also passed the most crucial test, in Lauren’s eyes. « He understands what dreams are, » Lauren told the Associated Press when Larsson’s new role was announced. (Ralph Lauren declined to make Lauren, Larsson, or any other executives available for comment for this story.)

« In terms of where Stefan is, I saw that he had the background and the excitement and the energy and the knowledge that I don’t have. »

David Lauren still retains his position as a company executive and a member of the board of directors, and if the new dynamic is awkward, it only comes through a little bit. At the company’s inaugural Investor Day presentation in early June, where Larsson laid out his plan for the future of the company, Lauren took the stage for about 20 minutes to talk about the brand history and endorse Larsson.

« I’ve had great people in my company over the years, wonderful people, » Lauren told analysts in the meeting. « But whether someone’s going to carry the CEO flag was a different thing because I’m entrusting my baby to him. And that baby has to grow up. And that baby is in the front row, David on the one hand and uh, Stefan on the other. But in terms of where Stefan is, I saw that he had the background and the excitement and the energy and the knowledge that I don’t have. »

Larsson spent nine months from the point of the initial CEO announcement last September to the Investor Day this summer to take stock of the business and figure out what needed to change.

For those watching the turnaround, there’s a lot of optimism about the possibilities under Larsson’s leadership. « When you look at Stefan and some of his core competences and what he brings to the table, it’s his ability to truly understand and diagnose a weakness within a company and go forth and make the necessary changes, » says Jerry Sheldon, an analyst for IHL Consulting Group.

« He really seems to have an understanding of consumers and is able to articulate that understanding, turn it into a business strategy, and execute on that strategy in a very effective way, » notes Sheldon.

First up, Larsson is assembling a new executive team filled with people from companies like H&M and Amazon. New blood will likely be just what Ralph Lauren needs. In recent years, employees witnessed how the old guard, which had been in their roles for years and years, weren’t cultivating an innovative environment anymore. There was also a sense that Lauren could not be questioned.

« When Ralph has an idea and starts something, nobody ever stands up and says, ‘Hey, this is not right. This is not the way to go,' » notes the former designer. « Everybody just kind of kneels to every word that comes out of his mouth. And when he personally would ask for opinions and direction, people had it and they didn’t voice it until he was out of the room, and that was just the way that it went for years and years. »

« If anything, I see the old management team as being beholden to Ralph and that was probably part of the problem, » says Paul Swinand, a retail analyst for Morningstar. « It wasn’t that he had lost his touch or that he was too old — you might have thought that — but it also might have been that the old management team was not trying to go out and create anything new, they were just trying to get along and finish out their last few years. »

Larsson’s public diagnosis of the company’s problems was unveiled via the aptly-named Way Forward plan. The main points include a new, more hands-off employee structure (eliminating three levels of management), cutting down the time from initial development of a product to getting it on the sales floor to nine months (down from 15), improving communication between departments, and focusing on three core brands while maintaining a smaller stable of secondary ones. The Way Forward also detailed 1,000 job cuts and 50 retail store closures.

« From a nostalgic, brand-loving perspective, I feel sad about the layoffs, and I’m very fearful that this will be like the JCPenney situation from a few years back, » says a former employee in Ralph Lauren’s digital operations, who requested anonymity. « But from the business side, it makes a lot of sense to me. Our department did not need three managers. »

Larsson is also pulling back from outlet stores, a market where Ralph Lauren had previously been expanding, and cutting down on promotional activity to try and retrain customers not to associate discounts with the brand.

« If anything, I see the old management team as being beholden to Ralph and that was probably part of the problem. »

In addition, Ralph Lauren has a huge wholesale business which accounts for nearly half of the company’s overall revenue. Macy’s in particular is a significant Ralph Lauren buyer; that account alone accounts for about 25 percent of the company’s wholesale revenue. But Macy’s reported a terrible financial quarter in May, and it doesn’t look like it will be making a comeback anytime soon.

« The department store channel is losing market share in general, » says John Kernan, an analyst with Cowen & Company, « and Ralph Lauren, the brand, needs to find new channels of distribution like Amazon and other areas where they can grow. »


Ralph Lauren is going through operational struggles during not only a tumultuous period in the retail industry, but also a time that’s seeing a cultural shift away from what the brand stands for. The prep aesthetic has always smacked of privilege, something accessible primarily to white people with trust funds and monogrammed shirtsleeves. Now, the WASP lifestyle that completely captivated Lauren as a young entrepreneur is considered out of touch at best, offensive and oppressive at worst.

Take, for instance, the media’s reaction to the company’s Olympic uniform designs this year. Headlines announcing the kits included: « Ralph Lauren’s Olympic Uniforms Are Straight Out of Prep School Hell« ; « USA’s Olympic Uniforms Are WASPy Bullshit« ; « Team USA’s Official Olympic Uniforms are Peak Vanilla« ; and Racked’s own contribution, « I Need More From Team USA’s Olympic Uniforms« . The Daily Mail rounded up the best tweets from the debacle. The comments on Ralph Lauren’s own Instagram post of the outfits were littered with prep jokes of varying degrees of wit.

« The uniforms couldn’t play more into the world’s most unflattering stereotypes of Americans unless they added cigars dangling out of the athletes’ mouths, Bibles tucked under their arms, and $100 bills falling out of their pockets, » Christina Cauterucci wrote for Slate.

Christian Chensvold, founder of the website Ivy Style and a regular contributor to Ralph Lauren’s RL Magazine, broached the subject in a series of posts last fall that questioned whether the Ivy League look was still politically correct. This included a satirical post that imagined a social justice warrior responding to different aspects of Ivy style (example: « Dinner jacket: Offensive to the underfed »); some readers were not amused.

The spring 2016 Polo Ralph Lauren presentation during New York Fashion Week. Photo: Fernanda Calfat/Getty Images

« I would imagine that some of your readers would certainly find ‘club ties’ exclusive and elitist, » one commenter wrote, referring to a line joking that club ties should be banned for their exclusionary symbolism. Club ties, identified by their repeating motifs, actually did historically denote membership to elite clubs. « I know clothing itself is not elitist; it is the choice behind what we wear that speaks volumes about who were [sic] are. »

Later on, when Chensvold published an April Fools’ post detailing how preppy style had been banned from college campuses due to the classism and racism that it signified, plenty of readers thought it was real news.

Today’s shoppers are interested in more democratic clothing options — options that are casual, practical, and mass. Athleisure is a $97 billion business in the US, accounting for nearly one-third of the entire apparel, footwear, and accessories market. Vetements, the French design collective led by Demna Gvasalia that no one can stop talking about, is making a killing off of what can best be described as incredibly ordinary clothing. Its spring 2017 show, held during haute couture week in Paris, featured collaborations with 18 different brands including Juicy Couture and Carhartt.

« Sometimes, I hear designers from older generations saying, ‘Oh, fashion needs to make women dream,' » Gvasalia told W in an interview earlier this year. « I feel that this is really difficult today. I think it’s dated. Fashion shouldn’t make you dream in 2016. It should just be there, for us to wear. » It’s not hard to imagine Lauren burying his head in his hands over that one.

« It could become a social liability to look really old money and traditional, to wear this kind of stuff. »

« Ten years from now, when fashion is coming back around in its cycle and these young people are now well into their careers — assuming they have careers with the economy and their crippling student loan debt — when they become 35 years old, are they going to be wearing navy blazers and Alden tasseled loafers and striped ties because that epitomizes success and so forth? I don’t know, » says Chensvold.

« Theoretically, it could be a version of what we had in the late 1960s with the counterculture revolution, » he continues. « This is an election year; the country is more polarized than ever. It could become a social liability to look really old money and traditional, to wear this kind of stuff. »

Rebecca Tuite, the author of Seven Sisters Style, a book chronicling the history of the women’s equivalent to Ivy League style before many of the actual Ivies were co-ed, sees what’s happening now as a less vitriolic version of the backlash to ‘80s prep.

The counterculture revolution of the late ‘60s and ‘70s ushered in an era of long hair and bell bottoms as a response to the conservative style of the ‘50s. Then, in the ‘80s, Lauren led a massive preppy revival that other traditional menswear retailers like Brooks Brothers and J.Press also felt the effects of. This aligned with the Reagan era, a time when conservative politics replaced the freewheeling ideals of the previous two decades. When Lisa Birnbaum published The Preppy Handbook in 1980, it was meant to satirize the prep scene that was reemerging, but ended up being regarded as a literal handbook. The Financial Times described Ralph Lauren as the greatest fashion beneficiary of the book, saying he « cashed in as the preppy wannabe’s clothier. »

Then the pendulum swung back away from prepsters in the ‘90s, when grunge became the go-to cool kid look. But in the early aughts, prep was popular yet again. Birnbaum published a sequel to the Handbook called True Prep. Lauren’s business was on an upswing. Abercrombie & Fitch had infiltrated every high school in America.

« For some, the Lauren prep has become cliché, but actually I think that there is so much genius involved in his reinvention of preppy traditions and that is why whenever the preppy trend circles back to the top, it’s Ralph Lauren who is right there, front and center, leading the pack, » Tuite explains in an email. « He offers a closet full of preppy staples that perennially sell well, but can still bring a fresh take on a well-trod fashion path. »

And now, here we are again, back at a place where anti-establishment sentiment runs deep. How does a company like Ralph Lauren react to these cultural ebbs and flows? By giving its take on whatever the look of the moment is. In a roundup of old Ralph Lauren advertisements, Vanity Fair captioned a ‘90s ad featuring a cropped long sleeve top and a denim maxi skirt as: « Ralph Lauren did grunge?! »

Patricia Mears, the deputy director of the museum at the Fashion Institute of Technology, remembers observing how Lauren’s merchandise morphed to speak to different generations when she was conducting research for a book and exhibition on Ivy style at FIT in 2012.

« When we were looking at images for the book, one of the things that we saw was a more recent photo shoot with young men, handsome, Ralph Lauren-esque. They were wearing certain things like beautiful crested navy blue blazers, but then they also had knitted caps like what you’d see on surfers or skaters, » says Mears. « Ralph was very smart about incorporating things like skate culture into a look that is still going to include the cornerstones of the Ralph Lauren vocabulary. It will still have chino pants or a navy blazer, but the T-shirt and the hat and some of the other accessories are going to be much more cutting-edge and something that a twentysomething today can relate to. »

Recently, some of Ralph Lauren’s lines have a boho feel in accordance with current trends. Carly Heitlinger, the blogger behind The College Prepster, says she doesn’t consider Ralph Lauren a traditional prep brand based on the current women’s merchandise, because it is so fashion-forward.

« A lot of their designs are a little bit trendier, a lot of crochet and knit, » says Heitlinger. « I’m sure you could find a piece or two within each collection that fit into more classic, traditional outfits like the button-downs, but there’s a lot of trendier stuff in there too. I think they really embraced this bohemian look. » She isn’t buying much from the brand these days, but says she would shop it more if it moved back towards its traditional prep roots.

No matter how the brand may change under its new CEO, Lauren’s own effect on fashion will always be far-reaching. So many designers have come up under his tutelage, from Vera Wang to Thom Browne to Tory Burch. His reputation in the industry precedes him.

« I asked Marc Jacobs one day, ‘Who’s your favorite designer?,' » says Mears. « At first when he said Ralph Lauren, I thought that was an interesting choice, but then he elaborated that there’s no person in the world who has done a better job of galvanizing that classical American look and turning it into an empire. When you see a Ralph Lauren piece you really know you’re looking at Ralph Lauren. He said that he’s probably the best designer in the world at that. »

And as the company looks forward, Lauren is adamant that Ralph Lauren will continue to be « a part of life, » as he told analysts at that Investor Day meeting. « This is about creativity, about life, » he said. « It’s not did we make a new shirt, look at us, we made a shirt with three buttons. It’s about living. It’s about dreams. And everyone has a dream. »

Erika Adams is a Racked contributor.

Editor: Julia Rubin


Voir par ailleurs:

Lauren Bacall, légende d’Hollywood, est morte

VIDÉOS – L’héroïne mythique du film noir, qui a formé avec Humphrey Bogart un couple légendaire, est décédée à 89 ans.

Une légende d’Hollywood s’en est allée. Lauren Bacall est décédée mardi à New York à 89 ans. «C’est avec un profond chagrin mais avec beaucoup de gratitude pour sa vie incroyable que nous confirmons le décès de Lauren Bacall», a indiqué mardi soir sa famille. Le site TMZ, spécialisé dans la vie des célébrités, a précisé que l’actrice était décédée chez elle à New York «d’un accident cardio-vasculaire massif». Elle habitait le Dakota, un célèbre immeuble en bordure de Central Park.

Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d’immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l’ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper’s Bazaar et quelques photos de mode à l’intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d’ouvreuse et cours d’art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d’auditionner la jeune beauté pour son prochain film,Le Port de l’angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu’elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l’insolence, du défi et de la distance.

Coup de foudre

La future star dispose encore d’un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s’appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l’écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d’or. Comme Vénus sortant de l’onde, Bacall sort de l’ombre.

Un autre Pygmalion l’attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l’actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d’intrigue au Port de l’angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d’insolence du patron de bateau et de l’aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l’avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée.

Bogart divorce pour épouser Bacall en 1945. L’année suivante, Howard Hawks les réunit de nouveau à l’écran dans Le Grand Sommeil. Une histoire de chantage très embrouillée où l’inspecteur Marlowe s’éprend de la superbe Vivian. Ils tourneront encore deux beaux films noirs ensemble, Les Passagers de la nuit de Delmer Daves (1947) et Key Largo de John Huston (1948). Ils auront deux enfants, Stephen, né en 1949, et Leslie, en 1952. Leur amour conjugal fera rêver l’Amérique, jusqu’à la mort d’Humphrey Bogart, emporté par un cancer en 1957. «Avant de le rencontrer, je pensais tomber sur un type plutôt grossier», a raconté Lauren Bacall, qui aurait préféré tourner avec Cary Grant. «J’ignorais qu’il avait une excellente éducation, lisait beaucoup, parlait bien. C’est une chance extraordinaire d’avoir été formée par un homme de son âge, et les amis de sa génération, comme Gregory Peck, David Niven ou Noel Coward, qui avait un esprit fou».

Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d’elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d’emploi qu’elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994).

Une personnalité

Après la mort d’Humphrey Bogart, elle revient vivre à New York, et on la retrouve sur scène à Broadway dans Goodbye Charlie, Fleur de cactus, La Femme de l’annéeou Applause, comédie musicale d’après Eve de Mankiewicz, qui lui vaudra un Tony Award en 1970. L’œuvre est diffusée à la télévision où Lauren Bacall fait aussi carrière, jusqu’à la série des Soprano: elle y tient son propre rôle. Elle ne cessera jamais de travailler au cinéma. Mais duCrime de l’Orient-Express, àDogville etManderlay de Lars von Trier, le cinéma ne lui offrira plus de très grands rôles. Elle restera la star auréolée de son passé légendaire, qui donne de l’éclat à un générique. Et qui continue à faire son métier, sans vaine nostalgie. Sa bravoure et sa franchise la font couper court: «Les jours anciens étaient merveilleux, mais ils sont passés. Occupons-nous d’aujourd’hui.»

Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même(éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d’émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu’elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l’a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J’ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu’une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l’indépendance et les volutes de fumée comme personne.


Ses principaux films:

-»To Have and Have not» (Le port de l’angoisse, 1944), Howard Hawks

-»Confidential Agent» (1945), Herman Shumlin

-»The Big Sleep» (Le grand sommeil, 1946), Howard Hawks

-»Dark Passage (Les passagers de la nuit, 1947), Delmer Daves

-»Key Largo» (1948), John Huston

-»Young Man with a Horn» (La femme aux chimères, 1950), Michael Curtiz

-»Bright Leaf» (le roi du tabac, 1950), Michael Curtiz

-»How to marry a millionaire» (1953), Jean Negulesco

-»Woman’s world» (Les femmes mènent le monde, 1954), Jean Negulesco

-»The cobweb» (La toile d’araignée, 1955), Vincente Minnelli

-»Blood Alley» (L’allée sanglante, 1955), William Wellman

-»Written on the wind» (Ecrit sur du vent, 1956), Douglas Sirk

-»Designing woman» (La femme modèle, 1957), Vincente Minnelli

-»The gift of love» (La femme que j’aimais, 1958), Jean Negulesco

-»Shock Treatment» (1964), Denis Sanders

-»Sex and the single girl» (Une vierge sur canapé, 1964), Anthony Quinn

-»Harper» (Détective privé, 1966), Jack Smight

-»Murder on the Orient Express» (Le crime de l’Orient Express, 1974), Sydney Lumet

-»The shootist» (Le dernier des géants, 1976), Don Siegel

-»The fan» (Fanatique, 1981), Edward Bianchi

-»Misery» (1990), Rob Reiner

-»Prêt-à-porter» (1994), Robert Altman

-»Le jour et la nuit» (1997), Bernard-Henri Lévy

-»Dogville» (2003), Lars von Trier

-»Manderlay» (2005), Lars von Trier

-»The Forger» (2012), Lawrence Roeck, son dernier film en tant qu’actrice

Voir de plus:

« The Look »Lauren Bacall: un certain regard Danièle Georget
Paris Match

Avec Bogart, elle formait le couple le plus mythique de Hollywood. Pendant plus de cinquante ans, elle a continué sa route sans lui, avant de s’éteindre à 89 ans.

Elle a tout d’une princesse, mais elle est née d’un représentant de commerce et d’une émigrée juive roumaine du Bronx. Il a l’air d’un dur mais il est fils de bourgeois, cousin d’aristocrates anglais. Dès leur premier film, elle est la lumière et lui, l’ombre. Entre Lauren Bacall et Humphrey Bogart, tout commence par une réplique culte, « Vous n’aurez qu’à me siffler », lancée en 1943 sur le plateau du « Port de l’angoisse », d’une voix rauque, travaillée à la cigarette pendant trois semaines. Ce n’était que le signe extérieur d’un aplomb qui annonçait une ère nouvelle. Mais face au héros tragique, bagarreur de 44 ans qui savait si bien encaisser les vacheries du destin, elle avait, en la prononçant, le menton qui tremblait. Tant pis, elle le regarderait par en dessous pour assurer son équilibre. Une panthère qui surveille sa proie. Ainsi naquit son surnom, « The Look ».

Du fond de son désespoir tranquille, Bogie a deviné la bluffeuse hors pair, qui joue comme si elle avait un brelan d’as… En réalité, elle en est encore à courir après l’ombre de papa, disparu dans la jungle où se perdent les hommes infidèles. Lauren adule sa mère. Elle survit de petits boulots : ouvreuse, mannequin dans les grands magasins, c’est-à-dire portemanteau. Il lui a fallu renoncer à l’école de théâtre, car on n’y donnait pas de bourse aux filles. Un garçon lui a déjà fait du gringue : Kirk Douglas. Mais elle a gardé ses distances. Peut-être a-t-elle deviné que, au fond, elle n’était pas son genre : pas de seins, pas de fesses, trop grands pieds. C’est l’époque où Marilyn se fait refaire le nez, la poitrine, et teindre en blonde. Une gueule de fantasme. Lauren Bacall mise sur la différence. Une jeune vierge au visage de femme fatale qui s’impose dans le style de la copine insolente et affranchie, elle qui connaît si mal les hommes.

Timide, Bogart l’a embrassée sans prévenir

Comme il est timide, Bogart l’a embrassée sans prévenir, après trois semaines de tournage et d’innombrables plaisanteries. Dans sa loge, il lui a pris le menton puis lui a tendu une pochette d’allumettes pour qu’elle y inscrive son numéro de téléphone. Il n’y avait pas de caméra pour filmer la scène. C’est Lauren qui l’a racontée dans ses Mémoires, « Par moi-même » (éd. Stock, 1979).Ce n’était pourtant pas dans les habitudes de Bogie, ces amours de tournage. Lui, quand il aime, il épouse. Souvent. La troisième Mme Bogart est, comme les autres, une actrice. Qu’est-ce qui lui a plu en Mayo Methot ? Ses joues d’écureuil ou sa détermination à ne jamais le laisser boire tout seul ? C’est un vrai pilier de bar, mauvaise comme les habitués des saloons dans les westerns. Mme Bogart a l’habitude de balancer cendrier et bouteille à la tête du gentleman de « Casablanca ». Elle hurle comme un ivrogne. A Lauren, elle lancera : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » Bref, elle donne à Bogie toutes les raisons de boire. Ce dont il lui est reconnaissant. L’alcool est alors un attribut essentiel de la virilité. Ça ne dérange pas Lauren. Et même, elle suit… A Paris Match, en 2005, elle déclare : « J’ai d’abord tenté l’orange blossom, gin-jus d’orange. Pas terrible. Ensuite, l’aquavit on the rocks, qui me rendait malade. Je ne détestais pas le brandy, qui faisait anglais. Je me suis mise au Martini sur glace, très dilué. Puis le Jack Daniel’s… Aujourd’hui, je suis plutôt vodka. Mais, franchement, l’alcool ne me convient pas. » Elle ira jusqu’à l’accompagner sur son bateau où elle a le mal de mer…

Il l’appelle « Slim » (Mince) ou « Baby ». Elle lui dit « Steve », comme dans le film, et reste à son côté quand il joue aux échecs, ou fait des grimaces pour le faire rire. A la sortie des studios, il la rejoint dans sa voiture, comme un lycéen. Et, parfois, quand il est soûl, il l’appelle au milieu de la nuit pour lui donner rendez-vous sur la Route 101 où elle le découvre à 4 heures du matin, un énorme tournesol à la boutonnière. Il la traite en amante autant qu’en copain, et elle, en homme de sa vie. Ce qui n’échappe pas à Howard Hawks, le réalisateur qui lui a donné sa chance après avoir vu sa photo à la une de « Harper’s Bazaar ». Jaloux, il lui fait la morale, critique son jeu, lui affirme qu’elle est en train de tout gâcher pour un type qui, le film terminé, ne se souviendra même plus d’elle… et elle répond d’une voix de petite fille que personne ne lui connaît : « Mais Howard, qu’est-ce qu’on fait quand on a un type dans la peau ? » Howard Hawks n’avait que la mauvaise foi du mauvais perdant. En réalité, il faudra à peine un an pour que Bogart quitte sa femme. Il épouse Lauren en mai 1945. Cela aurait pu être la plus belle noce de Hollywood. Mais il choisit pour la cérémonie une ferme, dans une petite ville de l’Ohio. Devant le juge, ils se tiennent par la main, avec les genoux qui flageolent. Un bonheur de midinette pour des héros de film noir.

Leurs deux enfants passeront toujours après Bogie qui ne supporte pas d’être sans elle

Leur première vraie dispute résonne quand elle lui apprend qu’elle est enceinte : « Il vociféra qu’il ne m’avait pas épousée pour me perdre au profit d’un enfant. Qu’aucun enfant n’allait se mettre entre lui et moi. » Ils en auront deux, Stephen, en 1949, et Leslie, en 1952. Et Lauren respectera sa promesse. Ils passeront toujours après Bogie qui ne supporte pas d’être seul, sans elle : à l’époque de « The African Queen », l’aîné se retrouve près de sa nurse morte, victime d’une crise cardiaque, sur le tarmac de l’aéroport où ils viennent de s’envoler pour New York. Et alors… on lui enverra sa grand-mère. « Il avait longtemps dit : “Je n’ai pas d’enfants parce qu’ils ne boivent pas”, confie Stephen dans un documentaire de Bertrand Tessier (pour OCS). Nous avions juste commencé à être plus proches quand il est tombé malade. »

Bogart a toujours su que le bonheur ne durait pas. Sa grandeur, c’était de montrer que ça ne l’empêchait pas de vivre, qu’il avait les tripes pour affronter le destin. Son destin à lui, ce sera juste avant le tournage de « Plus dure sera la chute », en 1956, un cancer de l’œsophage. L’alcool, le tabac. Entre sa première opération et sa mort, à 57 ans, onze mois vont s’écouler, à souffrir, à ne plus manger, à ne plus pouvoir marcher. Ensemble, ils ne voudront rien savoir de la tumeur, de la bombe au cobalt, de la moutarde à l’azote, ce dérivé du gaz moutarde avec lequel on tente encore l’impossible… Jusqu’à la fin, Bogart ferraille avec les chroniqueurs qui balancent qu’il est incurable : « Comme on dit, je ne me suis jamais si bien porté… Il ne me manque qu’une douzaine de kilos que certains d’entre vous, à coup sûr, pourraient avantageusement me céder. » Quand elle l’emmène à l’hôpital, maintenant c’est elle qui porte la valise, avec, à l’intérieur, la bouteille de scotch et le jeu d’échecs, et elle qui lui dit : « J’aime beaucoup que tu t’appuies sur moi, c’est la première fois en douze ans. » Il est passé aux cigarettes à bout filtre. Et du whisky au Martini, mais, à Noël, elle lui offre un pyjama et une veste d’intérieur. Bogie ne sera plus jamais un homme debout.

Elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure

Leur dernière nuit, ils vont la passer ensemble le 12 janvier 1957. Elle a pris l’habitude de dormir dans une alcôve pour ne pas le déranger mais, ce soir-là, il lui demande de rester, il a peur. C’est une nuit sans répit, à lui tenir la main pendant qu’il suffoque. Bogie tombe dans le coma le lendemain pendant qu’elle emmène les enfants « à l’école du dimanche », le catéchisme des protestants. Il lui avait pourtant dit de ne pas s’éloigner… On s’étonnera que, le jour de l’enterrement, elle n’ait pas versé une larme. Elle était pourtant méconnaissable avec ses paupières gonflées sous son petit béret noir. Sans voilette, sans lunettes, toute droite. Qui connaissait Lauren Bacall ? Pour Hollywood, elle est devenue la veuve, celle qui rappelle l’absent et, pire encore, qui montre combien la vie est cruelle, bien plus que l’imaginent les scénaristes. Elle restera néanmoins une star à qui l’on demanda toute sa vie pourquoi elle tenait tant à travailler, ce qu’elle fit jusqu’à 87 ans. « Pour payer mon loyer », répondait-elle en souriant.

Elle avait 33 ans quand Bogie est mort. Pendant plus d’un demi-siècle, elle a porté vaillamment le fantôme écrasant, ça ne l’a pas empêchée d’épouser un autre acteur, Jason Robards, qui disparaissait pendant des nuits entières de beuverie. Elle a eu un troisième enfant, des amants, elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure. Elle avait pourtant tourné la page, retrouvé New York, le très chic immeuble Dakota devant lequel John Lennon fut assassiné. Le temps des studios était mort depuis longtemps, il fallait s’habituer à voir Lauren Bacall dans des seconds rôles ou des séries télé. Heureusement, restait le théâtre. Et son plus grand succès, « Applause », à New York et Londres. C’était l’adaptation du film de Mankiewicz « Eve » (1950), avec Bette Davis, la star qu’elle avait tant admirée, enfant, et qui lui confiait, à 15 ans : « Il faut que vous soyez bien sûre de votre vocation… car, voyez-vous, j’ai deux Oscars sur ma cheminée, mais ils ne me tiennent pas chaud par les froides soirées d’hiver. » La solitude, Lauren Bacall l’a apprivoisée, elle qui disait : « J’ai passé bien plus d’années sans Bogart qu’avec lui. Mais après sa mort, je me suis mise à penser et agir comme lui. Je suis un peu devenue lui. »

Voir encore:

Book Reviews
The Very Jewish Love Story Behind Erich Segal’s ‘Love Story’
How the famed writer’s unrequited passion for Janet Sussman led to the era-defining best-seller, and how Segal, who died six years ago this week, never got over her
Paula Young Lee
Tablet

January 14, 2016

“What can you say about a 25-year-old girl who died?” reads the opening line of Erich Segal’s 1970 best-seller Love Story. Well, for starters, Jenny—or the real-life model for Segal’s fictional tragic heroine—didn’t die. Her name is Janet, she’s Jewish, and she’s alive and well and living in New York City.

In 1998, a series of misreported conversations made it sound as if Al Gore had claimed that he and then-wife Tipper had inspired the young couple at the center of Love Story: the preppy Oliver Barrett IV, and working-class ingénue, Jennifer Cavilleri. A woman named Janet Sussman stepped forward as the “real” Jenny, which was a revelation of such proportions that Maureen Dowd wrote about it in her column for the New York Times, People Magazine ran a feature story, Inside Edition interviewed her, and Oprah later followed up with a taped special segment. But these quick takes only scratched the surface of what turns out to be a more revealing—and very Jewish—story, involving a youthful love triangle in Midwood and an author who would transform unrequited love into a book that made him rich and famous.

Janet Sussman grew up in Flatbush, the younger daughter of intellectual Russian-Polish immigrants who came to the United States with the help of Zionist organizations. The family was part of what her older sister Deborah called “the Tribe,” a close-knit social circle dedicated to raising money to help establish a Jewish homeland. That circle included the Gartners, the parents of a boy named Gideon, with whom Janet shared the same piano teacher, Roberta Berlin. From the time they were “eight, nine, ten years old, we were performing together in recitals playing four-hand piano duets,” Janet recalled, when I spoke with her recently.

Around the same time, she started attending Camp Kinderwelt (Yiddish for “children’s world”), a sleep-away summer camp for boys and girls aged six to fifteen located in Highland Mills, New York. It operated in tandem with Unser Camp (“our camp”), a resort that attracted Yiddish intellectuals and artists—theater actors, directors, poets, and teachers. Established in the late 1920s, Kinderwelt accommodated about 500 campers and counselors at its height. All that remains of Kinderwelt today is a website run by Suzanne Pulier, who was a camper in the late 1940 and ’50s at the same time as Janet. Suzanne recalls that Janet’s nickname was “Machine-Gun.” Suzanne explains: “Apparently she had a laugh that sounded like that and was very contagious. I know many a boy had a big crush on her!”

Suzanne’s memories concur with those of Marty “Smitty” Smith, who remembers Janet as being “very pretty, part of the ‘with-it’ group,” who sang for Saturday services and Friday night Shabbat. Suzanne clarifies: “We sometimes performed in Yiddish for the Unser Camp adults, we walked through their camp on Shabbat showing off our white clothes for the evening’s religious services and we sang for the adults when they had events in the Literashe Vinkel (the little amphitheater).” Janet also played the piano to accompany the singing.

In 1952, while at camp, 15-year-old Janet received an unexpected love letter from a 17-year-old schoolmate in Brooklyn. It was a seven-page confession that he loved her with all the force a love-struck teenager could muster. He felt compelled to write because he was about to leave for college, and feared he’d lost his chance to go on a date with her. He dreamed they would get married in ten years. He dreamed that she would just write back. He worried that he was foolish to confess, because so many other guys were also in love with her.

***

In the early 1950s, Janet Sussman attended Midwood High School along with Gideon Gartner and Erich Segal. (Allan Konigsberg, class of ’53, was at Midwood with them too. He would later become known as Woody Allen.) Erich was the same age as Janet but a grade ahead of her, and Gideon, who wrote her the seven-page love letter, was two years older but three grades ahead. Inside the social ecology of Midwood High, there was very little overlap between Erich and Gideon, and no points of intersection between Janet and Erich.

Now an undergraduate at M.I.T., Gideon was always calling her, trying to get her to go out with him. When that failed, he began writing her letters. But Janet was not interested in him. “I had work to do!” Janet exclaims in tones of mild indignation. She was too busy with friends, singing, and her studies to bother with a boyfriend. With lifelong best friend Helen Mones, Janet would play guitars once a week; they also sang together in the All-City Chorus, which brought together students from all five boroughs.

So, when Janet began receiving more anonymous valentines, she didn’t think anything of it. “In those days,” she explains, “life was what happened. You didn’t question things. I got letters. I figured that everybody got letters.” The letters started in 1954, when she was 17 years old, and a junior in high school. “And then he started to sign his letters to me,” Janet says. The new letter-writer, Erich Segal, would keep writing her letters for the next 16 years.

Janet knew who Erich was, of course. Everybody knew him as the Mayor of Midwood, the equivalent of the student body president. But she had no idea how she came to his attention. He didn’t hang out by her locker or participate in chorus. She didn’t see him at all during her normal daily routines.

Unbeknownst to Janet at the time, Erich had asked Dick Kolbert to find out about her. Dick was class of ’55, a junior, and into basketball. Erich was class of ’54, a senior, a star of track and field. Dick sat next to Janet in English class and had played Algernon to her Cecily in the student production of Oscar Wilde’s play The Importance of Being Earnest. Dick’s secret assignment was to “ask her questions, find out if she had a boyfriend, what she said about him, that sort of thing,” and to report back to Erich what he’d learned. “It became clear that Erich was stuck on Janet,” Dick says crisply, “and Janet did not reciprocate.”

The following year, “Old Kolbert” succeeded Erich as Mayor of Midwood. A dignified man who speaks carefully, Dick doesn’t doubt that Erich based “Jenny” on Janet. There were too many similarities between them. And he believes that Erich’s feelings were sincere. “Teenagers really do experience genuine love,” he muses. “Even if it’s love at a distance. He may have been a little self-dramatizing, but he was genuinely smitten.” Though he wouldn’t reveal any details, Dick confirmed that Erich subsequently wrote “a long letter to him, pouring out his heart” regarding the depths of his feelings for Janet and asked him to burn it after reading. And so he did.

***

Dick Kolbert remembers that Janet was very pretty, but that it was Marge Cama who was voted “Prettiest Girl” in their graduating class at Midwood. The difference was that Janet had, “well … something,” he offered vaguely. “If there was a Geiger counter, she would be towards the top.”

Teenage boys may have been drawn to Janet’s artless good looks, but it was that ineffable quality of being your own person that made them fall in love with her. When Janet’s sister Deborah was 14, she wrote a strangely revealing essay about her then 8-year-old sibling. “Her tiny pug nose and tinkling laugh are two of the factors which gave her the titles, ‘Mis-Chief’ and ‘Machine-Gun,’ ” Deborah wrote of her sister in third grade. “I often wonder how she acts with male friends of her own age, and why they are so attached to her.”

Deborah titled the English-class essay “A Female Casanova” on account of the fact that Janet had a “boyfriend”–another third-grader named Ronald, who briefly became sick and stayed at home, leaving room for “Richard” to move in. Yet Deborah was perplexed. What qualities did Janet possess that made boys become infatuated with her? Nobody I spoke to about Janet’s years at Camp Kinderwelt or Midwood High School described her as a flirt, “boy crazy,” or any variation thereof. Rather, her response to male attention seems consistently to have been amused bafflement, followed by indifference.

In high school, Janet shared Erich’s letters with her other life-long best friend, Diana Stone. Diana lived across the street from the Sussmans’ home in Brooklyn, and she and Janet were as close as sisters. With a note of incredulity in her voice, Janet exclaims: “I think Diana even tried to persuade me to relent, just a little!” To no avail. She wasn’t rude to Erich, Janet stresses. But she never went out with him. Yet Erich’s letters kept coming.

At Barnard, Janet double-majored in music and French. An accomplished pianist, she composed the entrance music to Barnard’s “Greek Games” as well as a second piece for the dance portion, choreographed by Tobi Bernstein (today the distinguished dance critic Tobi Tobias). “This piece became the soundtrack to our childhood,” Janet’s youngest child, Aleba, states, “as it was the one piece she would turn to again and again when playing the piano for pleasure and not for work. We loved it so much—it totally captures her passion. It has very intricate syncopation amid gorgeous melodies.” A serious student, Janet took a composition class with Otto Luening across the street at Columbia University. This very small class included two future winners of the Pulitzer Prize for music composition: John Corigliano, who was also in Janet’s class at Midwood High School; and Charles Wuorinen, who “sat in the back row alone all the time,” Janet elaborates. “We all knew he was the genius of geniuses.”

By fall of 1959, she had graduated from college and finished up a summer at the Cummington School of the Arts in Massachusetts. She then found a job working as an administrative assistant for Columbia Records in New York City. Meanwhile, her older sister Deborah, a protégée of Ray and Charles Eames, had been on a Fulbright year in Ulm, Germany, and had moved on to Paris, where she settled into her new job as a graphic designer for chic department store Galeries Lafayette. Deborah wanted her baby sister to come visit.

It was time for Janet to make a choice. She had a good entry-level job at a business where she might have a future if she stayed—but Paris beckoned. After hemming and hawing, she finally gave notice to her bosses at Columbia Records and joined her sibling for a stint of seven months in Europe. On June 8, 1960, Deborah wrote to their parents:

after five weeks, i cannot imagine being without her. i was amazed and impressed, and so are others, at her insights and awarenesses of people. she has developed very highly intellectually, equaled (need one say?) by her beauty. yet i think that being far from home and her usual routines is the best thing she could do right now, in order to learn a certain independence.
Deborah’s letter made no mention of the man from Midwood High who was planning on delivering himself to their doorstep in the 18th arondissement the very next day, flowers in hand, with plans to take her baby sister out for her birthday, which happened to be close enough to his birthday, too. Erich Segal and Janet were Geminis, the sign of the Twins, born one week apart: June 9 for her, and June 16 for him. Erich had written Janet to let her know of his plans, but he’d not heard from her in two weeks since his last letter, he complained, and had no idea if she would be there when he arrived.

He had reason to fret. If Janet wasn’t exactly avoiding him, she wasn’t waiting breathlessly either. The sisters had driven to South of France, to the French Riviera, taking the routes favored by truck drivers because the food along the way was cheap and good. As for Erich, she says, he was “on his own.” It didn’t help his case that her sister “didn’t think he was important,” Janet relates with a rueful laugh. Ever decisive, Deborah summed Erich up and cut him down in three words: “He’s so short!” Janet concurs that he was short of stature, but with a “magnificent face.” When the three of them eventually ended up having dinner in Paris at the home of Erich’s aunt and uncle, “I was on good behavior,” Janet says lightly. “Deborah—ahem—wasn’t.” The formal meal turned into a scene from Hannah and Her Sisters à la française, with Janet being her charming and effervescent self, and Deborah blurting out caustic remarks in impeccable French.

Deborah, Erich, and Janet on the French Riviera, 1960.
That Janet agreed to dine with Erich’s relatives did not turn her into his girlfriend. “I wasn’t rude,” she exclaimed indignantly. “But he made every effort to see me, and I made none to see him.” Erich flew back to the United States, his love unrequited. And he kept sending her letters. From Cambridge, Massachusetts: a postcard mailed to her in Paris. From New York City: a telegram to her in Paris. From Barrow, Alaska: a letter addressed to her in Brooklyn. From somewhere over the friendly skies: a letter on American Airlines’ stationary, scrawled on a return flight from a Passover visit with his mother and family. From his office at Harvard University, where he’d obtained his undergraduate, Master’s, and doctoral degrees and then joined the faculty: a letter to her in Brooklyn, written in a ruled blue book used for exams. And so on.

Janet still has dozens of letters in her possession. They are full of chatty details of the non-events of the quotidian, using charming terms of endearment, little doodles, and clever puns in Latin, Greek, French, and Hebrew. During Janet’s sojourn in Paris, he visited her parents in Brooklyn. “Erich spoke Russian with my father, Polish to my mother, and Yiddish to my grandmother,” Janet recalls about that visit. Her parents approved of him, and they were thrilled when he told them he would be visiting her. From Paris, Erich sent a letter to Irving and Ruth Sussman to update them on the status of his visit with their daughters, including a description of that interesting supper with his relatives.

Following Erich’s departure from Paris, Janet had remained in France. She was nearing the end of her funds, so she began to look for a job. She found one close by in the 19th arondissement, working with a record company called Etablissements Atlas. Her job was to translate the French information on record labels into English. After two months, her bosses offered her a permanent position in London, where the company was opening a new office. But Janet didn’t take the London job, and she didn’t stay in Paris. Instead, both she and her sister decided to return permanently to the United States, sailing home on a ship called La Liberté. The voyage lasted a week. Upon their arrival, both sisters came back to the family home in Brooklyn, but Deborah immediately began readying to depart for California, where she would resume working for Ray and Charles Eames.

As it turned out, Erich Segal wasn’t the only suitor writing Janet earnest letters. Gideon was sending them too, and he had the home field advantage. “He was one of our own, part of the Rambam club,” Janet explained: “This was one of the arms of the Labor Zionist Federation, with the goal of establishing a nascent Israel. I inherited that fervor from my father.” And if, in high school, Gideon was a typical skinny teenager, Janet recalled, “he came back from college to Brooklyn, transformed.”

***

By October 1960, Janet had started a new job working as the assistant to Geraldine Souvaine, producer of the Metropolitan Opera’s Saturday Afternoon radio broadcasts. When Gideon called and asked her out again, her heart didn’t leap with giddy anticipation. Still, she accepted his invitation—in her mind, a kind of pro forma social ritual, the sort of meetup owed to someone whose parents knew your parents and participated in the same groups. “We’d never before been on a date. When he showed up, he was like a stranger,” Janet says in lingering tones of wonderment. “He was my piano partner but he’d been a boy, then. I came back from Europe and he was a man. I was suddenly romantically attracted to him. I admired his broad shoulders,” Janet laughed, a 78-year-old grandmother suddenly girlish again, “and that was it!” A few months after their first date, he and Janet married.

They’d planned a traditional big wedding in a synagogue, but Janet’s father Irving was hospitalized at Maimonides Hospital with a hip injury and suffering from what would later be diagnosed as the early stages of Parkinson’s. Janet related: “In the Jewish tradition, you don’t postpone the wedding, so we brought the wedding to him. The rabbi came, and the ceremony was held in the hospital. It was very small, just family and close friends. We left the next day for our honeymoon in Puerto Rico.”

It was a marriage between families, joined together inside a community that had supported them since they were small. They’d known each other nearly their entire lives yet had fallen in love as adults. By the time they wed, Janet’s childhood piano partner had pursued her for eight years, and it was the third time she’d resigned her job and walked away from a potential career. She was almost 24 years old.

Erich saw the wedding announcement in the paper and wrote Janet a letter to congratulate her. Still, his letters kept coming.

***

The newlyweds moved to Tel Aviv and lived there for four years. Janet remembered this as a wonderful, emotionally fulfilling period in their lives. Gideon’s extended family in Tel Aviv had embraced her. She learned to speak Hebrew fluently and was thrilled to be having healthy babies—first Perry, then Sabrina—born 16 months apart. For a period of eight months, Gideon was transferred to Paris; then the family returned to Tel Aviv. Perry was too young then to remember specifics, but he recalled that his father was “incredibly ambitious,” displaying the drive that would lead him to found the Gartner Group (now Gartner, Inc.), the first of several successful companies that would establish him as one of the pioneers in the new industry of information technology. Returning to the United States, they eventually settled in Mamaroneck, New York, where their third child, Aleba, was born.

And Janet and Gideon wrote each other love letters. Throughout their marriage, they communicated through music, and regularly exchanged letters—sometimes mailed, often left on each other’s pillows—that paint a complex, profound, private portrait of a marriage. But if one wonders what set Gideon apart from Janet’s other suitors, this simple line may explain it: “To you,” she wrote to Gideon in a letter of 1961, “I’m real.”

Now a married woman with three children, Janet started receiving notes and letters again. She knew who was sending them. Erich had become a professor of Greek and Latin literature at Yale and had also met with success as a Hollywood screenwriter. She figured Erich for a prolific writer who’d simply gotten in the habit of writing down and mailing his thoughts to her. Every once in a while, she responded with a brief note and didn’t ponder the matter any further. Meanwhile, in 1968, her sister Deborah co-founded the pioneering environmental design/graphic arts firm Sussman/Prejza, which became one of the most influential design companies in the country.

In 1969, Janet’s entire young family was sound asleep when the phone rang at 3 a.m. It was Erich Segal. “He was soused,” Janet recalled. “He told me that he’d just written his final love letter to me and that it was over a hundred pages long.” That last, very long letter was Love Story. A shortish novel, it became the best-selling book of 1970 and made Erich an instant millionaire. When the film exploded the following year, Erich invited Janet to accompany him to the Plaza Hotel in New York City, where she dined with him and the film’s stars, Ryan O’Neal and Ali MacGraw, as well as the producer, Robert Evans. Janet recalled: “Gideon said I could go—however, he stipulated that I couldn’t be identified to the press as ‘Jenny’.” She attended the fête as the “mystery woman.”

In the silence, the mystery surrounding Janet’s identity merely thickened, until that fateful conversation in 1998 which transformed Tipper from Tennessee into Jenny from Rhode Island. As result of that story, Erich stated publicly that Oliver Barrett IV had been partly inspired by fellow Harvard student Al Gore, the son of a senator and a WASP product of prep schooling, but he’d given Oliver the personality of Gore’s roommate, Tommy Lee Jones, the poet-cowboy actor from Texas. But what about Jenny?

Though Erich never came out and declared in so many words, “Janet Sussman is Jenny Cavilleri,” he admitted as much in an extensive interview for the May 1971 edition of the Italian magazine Oggi. In addition to describing his changed romantic prospects in the wake of sudden wealth and fame, he confessed his feelings for “Jenny” at length. “When you lose the woman you love,” he said, “it is over for you, whether she leaves you for another man, or she dies. You are still alone. It was at this point that I started thinking about Love Story. That’s why in the book, Jennifer dies, because for me she had died.”

The interview included a photograph of Erich and Janet on the Promenade des Anglais on that trip to France in 1960. The caption, in Italian, identifies Janet as “Jennifer, the muse,” and states plainly that the woman in the photo, Janet, is the inspiration for Love Story. Like “Jenny” as described in Love Story, Janet was: “beautiful. And brilliant … loved Mozart, and Bach. And the Beatles.” Was affectionately called “Four-Eyes,” hated her glasses and removed them at every opportunity. Was a music major, though Janet went to Barnard and also majored in French, whereas “Jenny” attended Radcliffe. Jenny/Janet was an accomplished pianist, an intellectual in the habit of biting her nails, quick with sarcastic retorts, especially with men, and she often used the word “stupid” to express her impatience.

It’s fun to re-read Love Story in light of the history shared by Janet and Erich, as it turns his prose into something far more confessional and intimate. “Either way I don’t come first,” Oliver complains on the very first page, “which for some stupid reason bothers the hell out of me.” “I would like to say a word about our physical relationship,” Oliver begins chapter 5. “For a strangely long while there wasn’t any.” But Jenny is working-class Italian American, and Oliver is a wealthy WASP. Or, as Jenny says, “Ollie, you’re a preppie millionaire, and I’m a social zero.” There is nothing of Jewishness in the novel, which instead celebrates Anglo-American culture and values to the point of pandering. Jewish identity comes up only twice in the book, first when Oliver remarks that the editor of the Harvard Law Review, Joel Fleishman, wasn’t very articulate; and second, when Oliver graduates from law school and is job hunting in New York City. He declares:

I enjoyed one inestimable advantage in competing for the best legal spots. I was the only guy in the top ten who wasn’t Jewish. (And anyone who says it doesn’t matter is full of it). Christ, there are dozens of firms who will kiss the ass of a WASP who can merely pass the bar.

Given that Erich’s father and grandfather were rabbis, this is a curious statement that suggests he envied structural whiteness even as he prided himself on succeeding on his own intellectual merits. In his mind, nonetheless, WASP status seems to have been tied up with better success with women. In the Oggi interview, Erich described one of his final in-person conversations with the “real” Jenny, i.e., Janet, which took place at a restaurant following the book’s release. In it, he not only confirmed to her that she’d inspired the character, but believed that if he’d only been an Oliver in real life, “we would have gotten married”—an assumption that has no basis in Janet Sussman’s subsequent life.

Janet still seems amazed that she had such an impact on Segal and even more confounded that this story would have resonated so strongly with the public. “It was only many years later,” Aleba remarked, “that I realized how difficult it must have been for my mom to be the invisible muse, the real-life healthy living inspiration for this dead heroine in this impossibly huge best-seller and film. She never ever expressed this, but how could she not feel the frustration? They must have had a silent agreement not to make a big deal out of it, in part out of respect to my dad and us three kids.” (After 17 years of marriage, Janet and Gideon divorced, the way couples do once the children are out of the house. Though there have been suitors over the decades since that split, she has not gotten remarried.) Her middle child, Sabrina, clarified: “She had—has, really—no idea how surprising it was that she resisted Erich without thinking much of it. She has a way of doing that, living her life on her own terms, even as others seek to be part of it.”

Voir également:

Maybe Jenny Cavilleri didn’t die of a mysterious disease.

Maybe she got divorced and moved to Greenwich, where she is alive and well and playing the piano in a chamber music trio.

Janet Sussman Gartner loves Beethoven, Bach and the Beatles. She bites her nails. And, at 60, this mother of three still enjoys putting Harvard preppies in their place.

In this case, the preppie is the Vice President. Mrs. Gartner has come forward to say that she, not Tipper Gore, is the model for the saucy but doomed heroine in  »Love Story. »

 »They used to call me the girl with sparkle, » said Mrs. Gartner, who offered as proof pictures of herself with Erich Segal, a copy of the Italian magazine, Oggi, in which Mr. Segal is quoted saying Janet is Jenny, and a bunch of old  »Sweet Suss » love letters signed  »Erich, »  »Segal » and  »the Kosher Liberace. »

 »The whole world kept saying to me, ‘You didn’t die,’  » she says.  »Well, I didn’t marry him, either. »

It may seem odd that people are so eager to associate themselves with the most treacly book and movie in modern times. It may seem odd that I keep writing about the most treacly book and movie in modern times. But then, I live in a city that has gone gaga over a puppy.

First the Vice President, to warm up his image, planted the notion that he and Tipper were the models for Oliver Barrett IV and Jenny Cavilleri. But Mr. Segal reined him in, making it clear that Tommy Lee Jones was the model for the sensitive, studly part of the character, while Al got the neurotic father-fixated part, and Tipper got zip.

That raised the question: Why not Tommy Lee Jones for President? Doesn’t America deserve the cool roommate? (And Will Smith for Vice President!)

Now Mrs. Gartner is laying claim to Jenny. What’s next? Are we getting into Anastasia territory? Will a line of Italian men step forward to say they inspired Phil Cavilleri, Jenny’s saintly dad?

In a 1970 interview with The Times, Mr. Segal said he had used the story of a Yale student whose wife had died, but had based Jenny’s personality on a flame from his Harvard days who did not go to Radcliffe.

Mrs. Gartner says she was good friends with Mr. Segal when they were both at Midwood High School in Brooklyn (along with Woody Allen) and later, when she was at Barnard and he was at Harvard. She said they once traveled through the south of France with her sister, but she did not reciprocate the infatuation of her  »brilliant suitor. »  »I was an idiotic young woman, a pretty girl, I had a million boyfriends and I threw them out like the garbage at the end of every day. »

One night, several years into her marriage to a computer executive, she said, an excited Erich called her at 3 A.M.  »My husband was disturbed. Erich said, ‘I just wrote you a 250-page love letter.’ When the movie opened, it was a heady time. He re-entered my life, and invited me to go out to dinner at Trader Vic’s in New York. We were at a large circular table with Ali MacGraw and Ryan O’Neal sipping out of a common huge drink with long straws. I thought, ‘Life can’t get any better than this. Janet Gartner from Mamaroneck is Jenny.’ Now everyone has forgotten. »

Mr. Segal would not confirm or deny Mrs. Gartner’s claim. He sent a fax from London saying:  »I would be very happy if you did not write this piece. And extremely grateful. » When my assistant reached him by phone and asked if Janet was Jenny, he again avoided a yes or no:  »Can’t you just say that I’d already left the office? »

Mrs. Gartner said Mr. Segal had made her a lower-class Italian to spice up the story with class and religious conflict.  »We both had Jewish immigrant families. He was brought up as an Orthodox Jew, I a Conservative Jew. »

She still cherishes the  »dazzling » love letters with the English-French puns, and a poem about a Passover and a satyr.

She says Mr. Segal never told her who inspired Oliver. But she’s ready to get on my  »Tommy Lee Jones for President » bandwagon.  »He’s the most irresistible man on the earth, » she says.

Voir encore:

IT WAS A DARK AND STORMY NIGHT—well, it was dark anyway—when Janet Sussman Gartner learned she was the inspiration for high school classmate Erich Segal’s first novel. Gartner, her husband and three children were sound asleep in their Ma-maroneck, N.Y., home in 1969, when the telephone practically exploded at 3 a.m. “Hey, Sussy” crooned a seductive voice. “I just wrote you a 258-page love letter.” It was Segal, then a Yale professor, freshly stoked on completing the manuscript the world would soon know as Love Story. He had taken the essence of Gartner, her razor-sharp wit, playful sexiness and love of music, and created Radcliffe student Jenny Cavilleri, the leukemia-stricken heroine of his bittersweet weeper about an Ivy League romance that ends in Jenny’s death. The novel became the best-selling book of 1970 and a 1970 box office smash starring Ali MacGraw and Ryan O’Neal. “I remember feeling like a jolt of electricity went through me,” recalls Gartner. “I didn’t sleep the rest of the night. I was too overcome with what I realized I meant to him.”

Gartner, 60, kept mum about being Segal’s inspiration, but, she says, Al Gore’s clumsy assertion last month that he and wife Tipper were the models for the book’s couple proved too much to bear in silence. (Gore has since declared it all a misunderstanding.) The idea that Tipper Gore was Jenny, Gartner says, “is the most preposterous thing I ever heard.”

Segal, 60, now married and living in England, isn’t talking. But in a 1971 article on the author, the Italian magazine Oggi identified Gartner in a photo (with Segal in France in 1960) as the woman who had inspired Jenny—without naming her. And, Gartner says, Segal took her to dinner with actress MacGraw in New York City just after the film’s release. Segal recently said that he never met Tipper but that the character of Oliver Barrett was based both on Gore and actor Tommy Lee Jones, Gore’s Harvard roommate.

All these years, Gartner shared her secret only with family and friends. “I grew up knowing that my mother was Jenny,” says daughter Aleba, 31, a publicist. “It was kind of legend in our house.” But Gartner says that she and her husband, Gideon, 62 and CEO of Giga Information Group in Cambridge, Mass., kept quiet because “it seemed a little bit awkward to have my identity known” while she was married and Segal was single.

Though they never dated, Gartner and Segal were close friends from their days at Brooklyn’s Midwood High School in the 1950s. Raised by intellectual immigrants from Poland and Russia, Janet Sussman was quick-witted and outspoken. Like the fictional Jenny, she played piano and, like her own mother, spoke three languages. “I’m not a shrinking violet,” she says. “Someone once coined me ‘the girl with the sparkle’.”

In 1954 the smitten Segal enrolled at Harvard, from whence he filled Gartner’s Brooklyn mailbox with dozens of letters, which she still treasures. “Darling Suss, sweeter than halvah,” he wrote. But Gartner did not return his affection. “He was a very great friend, and my admiration for him was boundless, but I did not share his emotions,” Gartner recalls.

She entered Barnard College in 1955, and in 1960, a year after graduating, she joined her older sister Deborah in Paris for a seven-month sojourn. Segal followed, Gartner says, with intentions of winning her over. The romance never blossomed, and in 1961 she married Gideon Gartner, another high school pal. Though Segal continued corresponding—and he never had to say he was sorry—his tone changed from lovelorn to friendly. Eventually the two fell out of touch. End of story?

Not quite. Gartner, now divorced and living in a Greenwich, Conn., apartment, supports herself as a pianist and music coach. She believes Jenny’s death was a metaphor for Segal’s failing to win her in real life. Indeed, Segal told Oggi that losing the woman you love is the same “whether she’s left you for another or whether she’s died.” Gartner admits she sometimes wonders what might have been had she married Segal. For one thing, he might not have created the greatest hankie wringer in modern literature. “If I had dated him and everything had been fine, I’m not going to say he never would have written Love Story,” muses the muse. “But the need to write it may have been less.”

SOPHFRONIA SCOTT GREGORY

JENNIFER LONGLEY in Connecticut

Voir enfin:

The Rise And Fall Of The Ivy League Look

On October 1st something began bubbling in my subconscious. Ivy Style had reached its four-year anniversary, the MFIT exhibit had recently opened, and the accompanying book had been published.

I found that after four years of trying to look at this topic as objectively as possible, and talking to the men who were actually there during the heyday — Richard Press, Bruce Boyer, Charlie Davidson and Paul Winston — something unanswered remained.

I started thinking about Brooks Brothers and the college campus, which was chosen as the focal point of the MFIT exhibit, wondering about the connection between these two things. I soon found myself asking the most fundamental question: How do we explain how the Ivy League Look came about?

It’s easy to make generalizations, but hard to precisely articulate.

I next began thinking about the interplay between clothiers and their customers, focusing on the why as much as the what. Buttondown oxfords, plain-front trousers with cuffs, rep and knit ties — these are the whats, but what are the whys behind them? The answer couldn’t be simply “because that’s what Brooks Brothers sold,” when Brooks Brothers sold so much more that never became part of the Ivy League Look.

I telephoned Charlie Davidson and told him I was working on a piece though wasn’t sure where it was going. I started by asking him, “What portion of the Ivy League Look comes from Brooks Brothers, and what comes from the culture of young men on campus?” When Charlie, who’s been selling these clothes since 1948, responded, “That’s a good question,” I knew I was on to something.

The following essay is the result of my investigation. What began as an attempt to articulate Ivy’s origins grew into an overview about the whole broad arc of Ivy, how it codified and how it shattered into the complex “post-Ivy” era we’re in today.

In it I will argue:

• The Ivy League Look was as much about styling as the ingredients. And while the ingredients were relatively fixed and admitted new items slowly, the styling came from the campus and was always in a state of flux.

• It was the casual nature of the college environment and the importance of dressing down that led men in the 1930s to prefer rougher, casual fabrics — oxford cloth shirts, brushed Shetland sweaters, Harris Tweed jackets, flannel trousers — that has been the standard of good, understated taste for men on the East Coast ever since.

• The Ivy League Look included clothes for every occasion, from resort to formalwear, from city to country. However, the country element influenced the city far more than the other way around, and remains the most lasting influence of the genre.

• The Ivy League Look can be said to go through the stages of birth, maturity and decline, corresponding to specific points on a timeline.

• Once the look in its original, purist form ceased to be fashionable on campus, it ceased to be fashionable in society as a whole.

This lengthy piece will be presented throughout the week in five parts. New installments will be added at the bottom to preserve one cohesive post and comment thread.  — CC

• • •

The Rise And Fall Of The Ivy League Look
Christian Chensvold

Part One: The Rise

In the late 1930s a new shoe became an instant hit on the Yale campus. First seen in Palm Beach in 1936, the “Weejun” penny loafer by GH Bass & Co. was immediately embraced by the students of New Haven. By 1940, the shoe store Barrie Limited was advertising its Horween penny loafers in the Yale Daily News, saying the shoe had “taken the university by storm.”

From the moment it appeared the penny loafer was an “instant classic” for wearers of the Ivy League Look, according to Charlie Davidson, 86-year-old proprietor of The Andover Shop in Harvard Square. Yet how do we explain the shoe’s overnight success, when so many shoes had come before and so many more would come later? For a genre of clothing that was slow to develop, that is characterized by its conservatism and supposed resistance to fads, this love-at-first-sight seems odd. Stranger still, the penny loafer was no temporary trend like the raccoon coat of the ’20s or the buckle-back chino of the mid-‘50s. Its place in the genre of clothing called the Ivy League Look remains to this day. It literally was an instant classic, embraced wholeheartedly and never relinquished.

Those Yalies who first donned the penny loafer in the late ’30s must have seen something special in the shoe, an inherent attractiveness and a harmony with the clothes they got next door at J. Press. “Casual slip-on shoes of the moccasin type are by far the most popular with students,” syndicated fashion columnist Bert Bacharach would later write in his 1955 book “Right Dress,” suggesting it was the penny loafer’s casualness of design — moccasin-style with no brogueing, laces, tassels, wings, nor anything else associated with a business shoe — that accounted for its instant appeal.

One thing’s for certain, however: No manufacturer could have anticipated or dictated the Weejun’s instant success. Something more mysterious and elusive was at work, the process of taste-driven natural selection by the closed culture of Eastern Establishment students of the 1930s. Young men and their peers, not clothing brands or magazine editors, decided what was fashionable.

Though it later achieved and lost mainstream popularity, the penny loafer remains available today at a wide range of prices, supported by both lifelong wearers and a steady supply of new converts. Typically paired with argyle socks in the 1930s, penny loafers were worn with white athletic socks in the ’50s and then sockless in the ’60s, the same item worn differently with each new decade.

The Ivy League Look is not simply a tailoring style accompanied by a specific group of furnishings and accessories. It consists of much more than just sack jackets, buttondown oxfords and penny loafers. It also consists of the taste-driven ethos that led some items to be accepted into the genre while others were rejected, and of a certain way of wearing the items that developed in the various upper-middle-class communities of the East Coast in the first half of the 20th century, chief among them the college campus.

“People made things a classic, not manufacturers,” says Davidson. “It’s people who made some things accepted and not others, otherwise how do we account for all the things that failed?”

Brooks Brothers And Ivy’s Big Bang

The Ivy League Look did not appear suddenly, but developed over time. “It was 30 or 40 years in the making without anyone knowing it would one day be called the Ivy League Look,” says Davidson. Although the clothing genre codified gradually, and while the lines that form the genre’s perimeters are debatable, there was something akin to an Ivy Big Bang, an instigating act that gave birth to this style of dress. And that is the introduction in 1895 of Brooks Brothers’ No. 1 Sack Suit.

Just as the jacket is the foundation of tailored clothing, this single item — natural shoulders, three button (after 1918, according to the Brooks Brothers book “Generations of Style,” by John William Cooke), dartless, with no waist suppression and paired with straight unpleated trousers — formed the blueprint for what would eventually become the Ivy League Look. And throughout the first half of the 20th century Brooks Brothers would continue to introduce a host of English items  — the buttondown oxford, Shetland sweater, polo coat, rep ties, argyle socks — that became staples of the Ivy genre.

But Brooks Brothers also offered countless other items — yachting and hunting regalia, double-breasted tapered suits, and other overtly English items less easily Americanized — that were never embraced into the Ivy League Look. Why? For the simple reason that they would have been out of place in a campus environment, the fertile ground where the style would codify and flourish, and where, as we’ll see, an air of casualness and nonchalance was paramount.

So while Brooks Brothers offered everything within the genre, it also offered much more. The Ivy League Look is narrower than the Brooks Brothers catalog (catalog here referring to what the company offered from roughly 1920-1970), and for this reason one could argue that Brooks Brothers’ smaller rival J. Press was a purer Ivy retailer, in that it offered a broader selection (such as in campus-oriented tweeds) within narrower perimeters. Brooks Brothers was Ivy and much more; J. Press was strictly Ivy.

England provided Brooks Brothers with many overcoats to sell to the gentlemen of America. But starting around 1910, one came to dominate the Ivy League Look above all others: the polo coat, another example of taste-driven natural selection at work.

According to Esquire’s Encyclopedia of Men’s Fashion, which draws heavily on historic articles from Apparel Arts and Men’s Wear, camel hair coats were noted for their dominance at the Yale-Princeton football game of 1929, having usurped the powerful but short-lived raccoon coat trend. Cooke writes, “This sporty camel hair garment… becomes the rage on college campuses during the Roaring Twenties.” Decades later, Bacharach would note, “Camel’s-hair polo coats are still the favorite type of outer wear among college men.”

The collegiate popularity of the raccoon coat in the 1920s, which fashion historian Deirdre Clemente has traced to Princeton, is a perfect example of a huge trend that was nevertheless selected for extinction, while the polo coat survived, indeed still available from retailers such as Brooks Brothers, J. Press, Ralph Lauren and O’Connell’s. The coat’s longevity is surely due to its sporting associations and easy ability to style informally — all things that would resonate with young men. It certainly looks more at home on the sidelines of a football field, as coach Vince Lombardi demonstrated throughout his career, and as dramatized in the movie “School Ties,” where polo coats are worn at a tailgate party for a prep school football game. Somehow a Chesterfield just wouldn’t look the same.

With the pink oxford, which rose to prominence in 1955 (the “year for pink” according to LIFE Magazine), Brooks Brothers once again introduced a new item into the Ivy genre. But it could never have anticipated the pairing a pink oxford with evening dress, as Chipp’s Paul Winston has recounted wearing, and which is, for lack of a better expression, a very Ivy thing to do (Charlie Davidson also recalls wearing a buttondown oxford with black tie, albeit a white one, which illustrates Chipp’s penchant for the “go-to-hell” look). Winston’s gesture serves as a perfect example of the styling side of things: Brooks provided the item, and the people found innovative ways of wearing it.

In summary, we can say that Brooks Brothers was the primary provider of the Ivy League Look’s raw ingredients, while the culture — meaning the world of young men competing and conforming sartorially in their WASPy East Coast environment — provided the styling. With each new decade Brooks Brothers showed what to wear, while young men, who drive fashion, showed how the items could be worn. As a wholly arbitrary fractional breakdown, we could say that 2/3 of the Ivy League Look was raw materials, which were relatively fixed and admitted new items slowly, while 1/3 was styling, which was in a constant state of flux.

Town And Country, Or Wall Street And Campus

As the Ivy League Look developed, references to Brooks Brothers increasingly focused on two specific realms: the college campus and the world of finance. In his essay on Brooks Brothers collected in the book “Elegance,” G. Bruce Boyer succinctly notes, “The Brooks Brothers suit seemed to peg a man somewhere between Wall Street and his country house, by way of the Ivy League.”

In a 1932 article, the New Yorker mentions the same two worlds: “Of course, Brooks still have their tables piled with the good old soft-roll, high-lapel sack coats that have been the accepted college and bond-salesman uniform for so long.” Presumably those bond salesmen, like Yalie Nick Carraway in “The Great Gatsby,” picked up the taste for Ivy while at school. “The novels of F. Scott Fitzgerald, for example,” writes Cooke, “are peopled with earnest heroes who hailed from the Midwest but who came to play in the racy world of New York via Princeton or Yale.”

This 1929 ad for Wallach Brothers also mentions the connection between the world of finance and the style-setting universities of Princeton and Yale:

As young men graduated from school to take their place in the world, including the financial industry, their clothing would change from country to town. Writing on Ivy League students in her 1939 book “Men Can Take It,” Elizabeth Hawes notes:

The conventional costume for all the right people is a pair of flannel or tweed trousers and a coat that does not match. When I asked them whether they were going to dress in their quite comfortable tweed for work when they left college, they responded firmly “no.” They were absolutely clear on that issue. They said they were training themselves — or being trained — to take their places in the world, and the required costume would be a neat business suit.

Although it was based in New York, Brooks Brothers specifically merchandised for the college man and sold to him via an army of traveling salesmen who frequented the prep schools and colleges of the Northeast. An 1898 Princeton football program includes an advertisement from Brooks Brothers, with copy reading, “Our stock for the present season continues, we believe, to show improvement, and will be found complete in all the little particulars that go to make the well-dressed man.”

This Brooks Brothers ad appeared in the University of Pennsylvania’s 1926 yearbook:

Brooks Brothers continuously revamped its youth-targeted line throughout the 20th century, adding its University Shop in 1957 and replacing that with Brooksgate in 1974. It’s current Flatiron shop is merely the latest incarnation of a century-long catering to young men as well as their fathers.

The Ivy League Look was for both town and country, Wall Street and campus, but, as we’ll learn, the campus element proved to be the more lasting influence of the two.

The New Guard

Although Charlie Davidson is the oldest-living, still-working purveyor of the genre, he doesn’t consider himself old guard. The Ivy League Look was in full bloom in the 1930s, he notes, well before his founding of The Andover Shop in 1948. At the time Davidson considered himself to be offering clothing within an already established genre, yet targeted at the local geography. This sentiment is echoed by Richard Press, who says that J. Press’ locations outside of New York were meant to provide Brooks Brothers items in areas with an Ivy League campus (Cambridge, Princeton), but no Brooks; only Columbia had that.

As George Frazier put it in 1960, “Around the turn of the century, Arthur Rosenberg, then the foremost tailor in New Haven, began to exploit this [Brooks Brothers] style among Yale undergraduates, and, not long afterwards, J. Press, also of New Haven, fell into line.”

These smaller retailers outside New York took the Brooks Brothers template and focused more on the country side of the genre rather than town. And yet all these other players who used the ingredients that Brooks Brothers had provided felt that taste and small differences distinguished them. “We all thought our taste was better than our competitors,” says Davidson. “Norman Hilton, for example, had exquisite taste, and when you get to the commercialization of the Ivy League Look, he’s at the forefront.”

The most important and lasting clothier providing Brooks-based style for college towns was J. Press. Press’ difference from Brooks is summed up by Episcopal Archbishop of New York Paul Moore, Jr., who writes that Jacobi Press’ “tweeds were a little softer and flashier than Brooks Brothers tweed, his ties a little brighter.”

Richard Press, former J. Press president and grandson of the founder, has also stressed Press’ emphasis on country rather than town. “I think that one of the major differences between Brooks Brothers and J. Press,” he states in his 2011 Q&A with Ivy-Style.com, “beyond the obvious size, was that we were known as a campus store, whereas Brooks Brothers was much more urban.” Indeed, the merchandise for J. Press’ New York store was less purist than its campus shops. “If you look at our brochures,” says Press, “you’ll see that the two-button darted suit was sold only in the New York store, and it probably represented 40 percent of our suit sales there.”

While Brooks Brothers, originator of the Ivy League Look’s ingredients, was based in New York, New Haven is the top candidate for Ivy’s spiritual home. In a 2004 article entitled “The Yale Man,” the New York Times writes, “‘Natural shoulder’ was what men’s magazines called the Yale look, and for decades the clothing stores near campus at Elm and York Streets in New Haven were the natural-shoulder capital of the universe.”

Style setting also thrived in New Haven. “Students and their professors enunciated a new style,” says Press, “with their dirty white bucks, horn rimmed glasses, Owl Shop pipes, raccoon coats, J. Press snap brim hats, stuff that was too informal and sporty for Brooks. Big difference between city and campus wear and Brooks pushed the former, the rest the latter.”

Finally there was the issue of price: “Perhaps most important issue for the proliferation of Ivy,” says Press, “Brooks was too expensive. J. Press and competitors adapted to the more restricted allowances of the campus population and worked below Brooks price points.”

Although these new-guard clothiers used the template created by Brooks Brothers, they did so in the cultural environment where the Ivy League Look’s styling was at its most fertile: the campus. And because these clothiers and the student body were part of the same community, they had a close, symbiotic relationship. Students needed the clothiers to get what they wanted (and to want things they’d never seen before), and clothiers needed to find out what was popular. As a result, Ivy clothiers never left their eye off college men. In 1962, Sports Illustrated notes, “Representatives of the New Haven tailoring establishments—J. Press, Fenn-Feinstein, Chipp, Arthur Rosenberg, et al.—entrain for Cambridge to render biennial obeisance and to see what the young gentlemen are wearing.”

Earlier, in a 1938 article entitled “Princeton Boys Dress In Uniform,” LIFE Magazine writes, “The fact of the matter is that tailors and haberdashers watch Princeton students closely [and] admit they are style leaders.”

Clothiers also made sure college men knew they cared deeply about student tastes. This ad by Irv Lewis, a clothier serving Cornell, explicitly elucidates the relationship:

“The key element of successful campus shops,” Richard Press summarizes, “was their ability to establish personal relationships with students, faculty, coaches and administration. Brooks Brothers in New York and Boston was too diffused, and while each top customer had his clothing man, it changed from floor to floor, from furnishings to shoe department.”

College Students, “The Best-Dressed Men To Be Found Anywhere”

Bert Bachrach states that before World War II many clothing experts considered college students “the best-dressed men to be found anywhere.” The following passage, from a 1933 Apparel Arts article entitled “Clothes For College,” is a prewar reference to this very thing:

Today the college man is looked upon as a leader of fashion, a man who dresses inconspicuously and correctly for all occasions, thanks to the leadership of smart Eastern Universities, which have a metropolitan feeling, or at least are near enough to metropolitan areas for the students to feel all the influences of sophisticated living. We can thank the present-day “collegiate” element for the return to popularity of the tail coat, for the white buckskin shoes, for the gray flannel slacks with odd jackets, and for various other smart fashions which are typical of university men today.

For on-campus wear there is a general acceptance of country clothes in the typical British manner, such as odd slacks and tweed jackets, country brogues and felt hats. This is the way the undergraduates at smart Universities and prep schools dress today during classes.

Another Apparel Arts article from the same year shows that the Eastern Establishment virtues of being dressed down from a formal perspective and dressed up from a casual one most likely have their origin in the collegiate approach to dress that reached fruition in the ’30s. The article includes the quote “a perfect example of the studied negligence that is taken as the standard of good taste among college men,” and goes on to say:

The American University man is justly famed for representing, as a class, a high standard of excellence in personal appearance. Much of the secret of this distinction lies in the fact that the first thing the freshman learns is the importance of never looking “dressed up,” while always looking well dressed. Recently the tendency toward an effect of “careful carelessness” has been emphasized through the trend toward rough, almost shaggy, fabrics for town and campus wear.

The Ivy League Look’s emphasis on rough, hearty fabrics comes from students’ penchant for rustic, country clothes over more starched and pressed town clothes:

There’s a trend toward rougher suitings on all the eastern campuses. Early last fall fashion observers reported the growing popularity, particularly at Princeton and Yale, of rough tweedy type fabrics for all general knock-about campus wear — in fact for all except strictly town purposes. Worn smartly with either flannel, gabardine or other type of slacks, these rough fabrics of the Shetland or Harris variety showed a considerably increased acceptance on the part of the fashion leaders during the Palm Beach season.

Writing in the Saturday Evening Post in the 1930s, Arthur van Vlissingen states that trends aren’t dictated by manufacturers, who couldn’t afford to gamble on a fad that may fail, and that men only embraced a new item once they saw other men wearing it. These style setters were often found “at the places where the country’s leisured and socially prominent loaf, such places as Palm Beach and Newport” (coincidentally Brooks Brothers’ first two locations outside New York), and the college campus. “The fashions in clothing worn by our male population, between the ages of 14 and perhaps 25,” he writes, “usually get their start at Princeton.”

Vlissingen proceeds with the following sartorial breakdown of the Ivy League’s Big Three:

Harvard is a very large university, in a great city which influences the students’ styles heavily. [But] it holds to a tradition of careless dress—well-made clothes seldom dry-cleaned and never pressed. Yale is more compact and more finicky, but New Haven is also a large city. Princeton is in a smaller town, off by itself where it can incubate a style effectively. Practically every Princeton student is well dressed, whereas only one-third or so of the Yale men can qualify by our standards.

As these passages illustrate, if college men of the 1930s — the fortunate few able to afford school in the midst of the Great Depression — were among the nation’s best dressed, they achieved this status despite an insistence on never looking too dressed up by the standards of their time. Elements of the Ivy League Look, such as the penny loafer and polo coat, were embraced into the genre because compared to other footwear and outerwear options they were relatively casual. This certainly holds true for the buttondown shirt, which Bachrach calls the shirt of choice for college men because “the construction of the shirt, which allows the collar to roll rather than lie flat, provides the casual touch which young men like.”

In regards to tailored clothing, Bachrach suggests that the prized Ivy color of charcoal was embraced for its ability to take a beating without looking dirty:

The most important style set by the colleges in recent years has been suits and slacks in charcoal, a gray so dark in tone that it approaches black. This color has become almost a uniform at Harvard, Yale and Princeton. It is practical for a suit since it rarely shows dirt or signs of wear.

If men at Ivy’s Big Three were style setters for the whole nation, that can hardly be said of Columbia, the most interesting sartorial case among the Ancient Eight. For despite its location in the city of Brooks Brothers, Columbia is seldom if ever mentioned for style reasons. As a commuter school, Columbia’s student body differed from the other schools, but one can also conclude that a certain amount of distance from the metropolis was necessary for the styling side of the Ivy League Look to flourish.

This passage from Tobias Wolff’s novel “Old School,” set at a prep school in 1960, serves as a dramatization of how Columbia was viewed compared to the other Ivies:

I wanted out. That was partly why I’d chosen Columbia. I liked how the city seethed up against the school, mocking its theoretical seclusion with hustle and noise, the din of people going and getting and making. Things that mattered at Princeton or Yale couldn’t possibly withstand this battering of raw, unironic life. You didn’t go to eating clubs at Columbia, you went to jazz clubs. You had a girlfriend — no, a lover — with psychiatric problems, and friends with foreign accents. You read newspapers on the subway and looked at tourists with a cool, anthropological gaze. You said cross town express. You said the Village. You ate weird food. No other boy in my class would be going there.

In contrast, “Princeton was especially isolated and characterized by a particularly fervent and insular culture,” writes Patricia Mears in “Ivy Style: Radical Conformists.” Princeton also had the most affluent student body, with 80 percent coming from private schools during the inter-war years. “Although it lay part way between New York City and Philadelphia, Princeton was more geographically isolated than its rivals Harvard and Yale. Its campus was situated in a rural environment, surrounded by acres of bucolic farmland. As such, Princeton relied more intensely on its internally crafted society. The blend of wealth, manners, and aristocratic social construct proved to be the breeding ground for the creation of the elegant Ivy style.”

The Way You Wear Your Hat

The popular term employed during its heyday, the Ivy League Look, is interesting for its inclusion of the word “look.” While there are references to “an Ivy League suit” from the period, the popular term was “look,” not “tailoring” or “clothes.” This broader term suggests that there is more than just clothing involved, but also a proper haircut, and if not a particular social context, then at least all-American good looks. In the 1964 film “Ride The Wild Surf,” Barbara Eden’s character refers to her love interest as “Mr. Ivy League” for his handsomeness, poise and “scrubbed” appearance as much as his conservative clothing.

“Look” is also broad enough to encapsulate how the items are worn, since that is as much a part of dressing in a certain style as the components themselves. This illustration from a 1926 Vanity Fair article on collegiate dress includes a caption stating that Harvard men had their own way of pushing their hats “into a shape never conceived by hat manufacturers”:

Hawes includes several passages attesting to Harvard men’s predilection for an affected Old Money look:

At Harvard they have something called “white-shoe boys.” I gather it is okay to be one if you feel that way. It appears to be the Harvard idea carried to its furthest extreme. These are the sloppiest and worst-dressed of all the Harvard men, I was told. They wear dirty black and white shoes which turn up at the toes, black or white socks and gray flannels, very unpressed, tweed coats — and collars and ties, of course… The thing that distinguishes a “white-shoe boy” is his shoes — and the fact he has the guts to wear them and still feel okay socially.

In 1869 Harvard challenged Oxford to the first of its boat races, and it’s possible that the English influence on Harvard goes back to these sporting competitions. Hawes continues:

The coat should have leather pads on the elbows. These are often put right onto new coats. This is because the country gentlemen of old England have a habit of preserving their tweed coats for generations, mending them from time to time with leather pads and what not. The Harvard boys, not to be outdone by old English exponents of the finer things in life, are going them one better.

After noting that Yale students are much better dressed, Hawes adds, “I think the superiority complex of Harvard probably led them originally into the oldest clothes as a form of snobbishness.” Nevertheless, “I might add that the [men’s wear] trade does not consider Harvard as any source of style ideas at all.”

Russell Lynes’ 1953 Esquire article on the “shoe hierarchy” at Yale further emphasizes how much of the Ivy League Look came down to the elusive qualities of attitude:

… the social smoothies — butterflies in button-down collars — short haired, unbespectacled and with unextinguishable but slightly bored smiles. They wear the current college uniform, Ivy League version, but they wear it with an air of studied casualness, as though they would be at home and socially acceptable anywhere in whatever they had on. The uniform, of course, is the familiar khaki pants, white bucks, or possibly dirty white sneakers, a slightly frayed blue or white button-down Oxford shirt, no necktie, and a grey sweater which the wearer expects you to assume was knitted for him by a girl. On occasions that demand a gesture of formality, dark grey flannels without pleats supplant the khaki pants, a necktie (either regimental stripes or club tie) is worn, and so is a tweed jacket with vent, pocket flaps, ticket pocket, and three buttons. For bucks substitute well-shined cordovan in season. For city wear the uniform is a dark grey flannel suit; the haberdashery stays much the same.

Charlie Davidson also stresses what he calls the “attitude” long associated with wearers of the Ivy League Look, which he describes as a nonchalant approach to dress combined with poise and an air of self-assurance. Whether this poise is real or feigned is up for debate. “The Ivy League Look was a way of life more than anyone has been able to put a finger on,” he says. “In the beginning it was a very closed kind of thing, and so much of it was the attitude of not caring too much and being very assured of their station — and of having the right clothes.”

From the codifying period of the ’30s to the heyday of the ’50s and ’60s, the styling component of the Ivy League Look was constantly changing with each new group of classmen. For a young man to be considered well dressed by his peers in the ’30s or cool in the ’50s, it wasn’t enough just to choose the right items. They also had to be worn in the way that was then fashionable. And what was fashionable was always shifting, and emanated from campus culture.

For example, on page 59 of the 1965 book “Take Ivy,” a student strolls the Princeton campus wearing olive-colored shorts, penny loafers with no socks, and a buttondown oxford with the sleeves down, all topped by the neat haircut that epitomizes the era. He has used the ingredients the genre but put them together in a way that expresses both his personal whims as well as the style of his era, and nothing in the image suggests that a retailer, manufacturer or fashion editor told him to put together his outfit this way.

For a cinematic dramatization, the 1956 film “Tea And Sympathy” shows students styled uniformly in a combination of buckle-back khakis, white canvas sneakers, blue oxford shirts and gray crewneck sweatshirts. For that group of students in that particular location at that particular time, the juxtaposition of a dress shirt with a piece of athletic wear was evidently a style imperative.

This leads us to yet one more inexplicable preference in the Ivy clothing genre worth mentioning: The crewneck sweater. While V-necks and cardigans were always offered by Ivy clothiers, somehow the crewneck became the standard cut, even when worn with a necktie, as the Yale student below demonstrates:

It was something the youngsters picked up early; this outfit is also notable for how the components are put together as much as the items themselves:

It should come as no surprise that the preference for the crewneck can also be traced to style setting at Princeton, where a freshman orientation guide, for reasons unexplained, admonished the younglings not to wear V-neck sweaters. Much later, in his 1983 book “Class,” Paul Fussell would wryly explain why the crewneck is upper middle and the V-neck merely middle.

The Ivy League Look should not be thought of as merely a collection of ingredients. Equally important are the cultural forces that led certain ingredients to be embraced into the genre over others, even though this importance is difficult to trace, clouded as it is in the mists of fashion. Then there’s the element of how the items were worn, an equally vital element of the Ivy League Look. All the elements are a reflection of the tastes and cultural values of the Eastern Establishment, and the tastes and values, specifically, of college men during the interwar years.

The Legacy Of The Heyday

The 1959 movie “The Young Philadelphians” provides a helpful dramatic illustration of one character’s transition from country to town, or from campus to law firm, while still dressing within the confines of the Ivy League Look.

In campus scenes the protagonist, played by Paul Newman, wears a boxy corduroy sack jacket, slim flood-length khakis, white socks and penny loafers. Once he becomes a practicing lawyer, he dons a conservative gray suit, rep tie, pinned-collar shirt and lace-up shoes. While both jackets are undarted and natural shoulder, and all his clothes could have come from the same place, stylistically — in the simplest terms — he’s gone from the campus side of the genre to the Brooks Brothers side, or more from the styling-driven side to the product-driven side, or from an emphasis on how to wear the items correctly to how to select them correctly.

The book “Generations Of Style” includes a Brooks Brothers timeline, and while the listing for 1961 is oversimplified, it nevertheless makes the point that the campus-oriented side of the genre is the more lasting and influential: “A new style of casual, conservative dress defines the country: khakis, Shetland crewnecks, and button-down shirts set the tone… Campus style predominates, with the corporate ‘Man in the Gray Flannel Suit’ now being replaced by the more casual dress: penny loafers, Argyle socks, and tartan plaid sportcoats and shirts.”

Today, when a man passes you today on Madison Avenue and you notice how “Ivy/preppy/trad/whatever” he looks, he’s probably wearing loafers, flannels, a three-button sportcoat, buttondown oxford, and conservative necktie. You’re far more likely to see a man dressed this way than in the far more anachronistic business ensemble of worsted gray sack suit, white pinned club collar and longwings, and if you did, you’d be more likely to say “how IBM” or “how ‘Mad Men’” than “how Ivy League.”

The association of the Ivy League Look with the campus is so strong that even in the downfall year of 1967 an arch-sybarite like Hugh Hefner would remind his biographer of a dapper undergrad:

Black-haired, intense, slightly under six feet, he looks, in his often-photographed costume of white button-down shirt, orange cardigan sweater, slacks, loafers and pipe, like a college senior on his way to class.

Men who wear this genre of clothing today — by whatever name they call it — owe an equal debt to the illustrious firm of Brooks Brothers for introducing so many of the raw elements, and to the countless anonymous college men from the first half of the 20th century who codified the components of the Ivy League Look for future generations.

Part Two: The Fall

From Young Men’s Clothes To Old Men’s

In “Decline of the West,” Oswald Spengler argues that all cultural expressions go through the organic stages of birth, maturity and decadence. The Ivy League Look is certainly an expression of culture, and for it I’d suggest a birth of 1895, a golden age in the 1930s when the style was limited and aristocratic, a democratic silver age during the ‘50s and ‘60s when it was popular, and an end to the silver age in 1967, followed by a gradual decline into our present postmodern era.

This decline was expressed in a variety of ways, and the legacy of the genre is characterized by a range of conflicting manifestations, from the irrelevance of contemporary J. Press and the sack suit, to the generic “timelessness” of blazers, khakis, buttondowns and striped ties available from retailers as mundane as Lands’ End, and to fashion industry pastiche exemplified by some of the more outré items by Thom Browne, Ralph Lauren Rugby, and various neo-prep brands.

If the Ivy League Look didn’t die, then certainly a kind of descent into decadence occurred, which is attested by the mere fact that Brooks Brothers, instigators of Ivy’s big bang with its No. 1 Sack Suit, no longer offers the very item that gave birth to the entire genre, but instead sells a fashion novelty version called the Cambridge.

Furthermore, Brooks Brothers and J. Press long ago changed owners and merchandising strategies and can no longer be counted on to reliably provide what were once genre-distinguishing traits such as natural shoulder and collar roll.

But the death of Ivy can’t be blamed entirely on manufacturers, who simply cater to the needs of the culture as expressed in the marketplace. The Ivy League Look was once a vibrant, dynamic style that was an expression of the values of the Eastern Establishment. Later it was good, smart, current taste for a larger portion of the population. If Ivy is no longer available today in its original form, it is because fashion, which reflects society, has changed. The inversion of values that took place during the cultural revolution of the late ’60s, a topic that has been explored exhaustively by cultural historians and which is too big to discuss here, created a new cultural engine that drove fashion from the bottom up rather than top down.

While in the ’50s and early ’60s many actors and pop singers wore the Ivy League Look as a smart and current style, this was no longer the case after the upheaval of the late ’60s. When pop singers did take up a version of the look, as Dexys Midnight Runners did in 1985, it was the preppier version of the look then current. It was also the temporary costume of entertainers who had radically different looks before and after. In the 1950s and ’60s, pop icons could wear white bucks, buttondowns, neckties and soft-shouldered jackets and come across as sharp and with it. But with contemporary music groups such as Vampire Weekend, or in the films of Wes Anderson, Ivy staples come across as irony.

A glance through “Take 8 Ivy,” the sequel to “Take Ivy,” shows Ivy League students of the 1970s wearing the same plebeian sneakers, jeans and t-shirts worn by every other young person in America.

In assigning an arbitrary date for the end of Ivy, I suggest the year 1967. The change that occurred that year — the year of the infamous “Summer of Love” — is summed up tersely and dramatically in the following passage from “The Final Club” by Geoffrey Wolff (Princeton, ’59). The year 1967 witnessed a sartorial dismantling that was complete by 1968, when a new era was in full flower-child bloom:

Lining the second-floor hall were group portraits of Ivy members, and Nathaniel paused to examine them. Till 1967 the club sections were photographed indoors, in the billiard room; dress was uniform — dark suits, white shirts, Ivy ties. In 1967 a white suit was added here, an open collar there. In 1968 the insolent, smirking group moved outside, and was tricked out in zippered paramilitary kit, paratroop boots, tie-dye shirts, shoulder-length locks, and not a necktie in view.

Although the broader culture was changing rapidly and the hippie movement was spreading, the new open admissions standards at elite universities were changing the student body. Style-setting schools such as Princeton and Yale were no longer populated predominantly by kids who had gone to prep school, where they were forced to wear a jacket and tie every day and maintain a neat haircut. Schools were also dropping their jacket-and-tie dining hall dress codes. It’s impossible to underestimate the pace of social change in the late ’60s; the Ivy League Look, in its original guise, was slated for extinction, and the name attached to it during its popular silver age would fall into almost immediate archaism.

But what’s most important here is that once the Ivy League Look ceased to be fashionable on campus, it ceased to be fashionable period. More specifically, one could argue that once guys at Princeton stopped wearing it, it was over. The campus had always been the stronghold of the look, the place where it flourished for six decades, and was necessary for the look’s broader cultural relevance. Smart young men from the middle class and above had wanted to dress this way for 50 years. Originally it was a small number; later it was larger. Now suddenly no young people wanted to dress this way.

Other symbolically interesting things also occurred in 1967. Brooks Brothers’ president left the company after serving 21 years, all throughout the Ivy heyday, and Ralph Lauren goes into business. These two events are like two sides of the same coin. The man who helmed Brooks Brothers throughout its glorious postwar heyday retires, while Ralph Lauren launches his career. It’s an eerie foreshadowing of the role reversal that would happen over the ensuing decades, during which so much of Lauren’s merchandise would be closer in spirit, style and quality to classic Brooks Brothers than Brooks Brothers’ contemporary merchandise.

Within a few years of 1967 the UPI was calling the look dead, as in this story from 1971:

The Ivy League look as it used to be called died in the recent fashion revolution and the slope-shouldered, three-button jacket is almost a thing of the past. The suits and sports jackets being worn are strictly for special occasions.

Once it was no longer fashionable, the Ivy League Look, to return to the big bang metaphor, experienced a kind of supernova that shattered it into parts, which varied depending on wearer and context.

J. Press and Brooks Brothers continued, yet their clientele would gradually grow older as the look ossified from being young and current to being old and stodgy. J. Press stayed truer to the look, but as society changed rapidly around it, J. Press experienced a complete inversion in its relation to the broader culture, becoming what most would consider a provider of old men’s clothes, when from its founding in 1902 until 1967 it catered largely to young men.

The Twilight Of Ivy And Dawn Of Preppy

Some young people did continue to shop at the same clothiers and wear much of the genre’s items, but fashion was changing rapidly and the new version of youthful, Eastern Establishment style came to be known as preppy. The new generation had a much more casual approach to dress, reflecting changes in society as a whole. This passage from Alison Lurie’s “The Language Of Clothes” from 1979 shows how many of the Ivy League Look’s sportier items were being worn with a new attitude:

What distinguished the Preppie Look from the country-club styles of the 1950s was the range of its wearers. These casual garments were now being worn not only by adolescents in boarding schools and Ivy League colleges, but by people in their thirties and forties, many of whom would have considered such styles dreary rather than chic a few years earlier. Moreover, the Preppie Look was now visible in places and on occasions that in the 1950s would have demanded more formal clothing. Preppies of both sexes in madras check shirts and chino pants and Shetland sweaters could be seen eating lunch in elegant restaurants, in the offices of large corporations and at evening parties-as well as in class and on the tennis courts.

During the preppy ’70s, just as it had been previously, styling and the items themselves were equally important. Lurie notes that the preppy look was distinguished as much by its items as by their combinations, which included novel layering tricks such as jersey turtlenecks or polo shirts worn under oxford buttondowns, accented by a sweater draped around the neck.

As WASPs were gradually losing their stranglehold on power and influence, becoming shameful reminders of the old boys’ club elitism, their taste and lifestyle was beginning to be fetishized and marketed. In 1980 Lisa Birnbach released her detailed look into the culture of the preppy Northeastern upper-middle class, “The Official Preppy Handbook,” and the book so fascinated the nation it became a best-seller. At the same time the rise continued for Ralph Lauren, the doppelganger figure who can be seen as both saving the Ivy League Look from extinction by keeping alive the taste for it, albeit repackaged as fashion, and as commodifying totems of what were once expressions of culture. In “Taste: The Secret Meaning Of Things,” Stephen Bayley suggests that some kind of cultural line had been crossed following the fall of the Ivy League Look and the advent of postmodern, post-Ivy consumerism:

Ralph Lauren was after what Brooks Brothers once had, but packaged it more effectively so as to anticipate, appeal to and satisfy hitherto unrecognized longings among consumers. Interestingly, his critics (easily outnumbered by his happy customers) invoke arguments against him which echo the sumptuary laws of Renaissance Florence and England: “How does a working-class Jew from Mosholu Parkway dare pass off the tribal costumes of the Ivy League as if he owned them?”

Each fall season Ralph Lauren continues to pay tribute to the Ivy heyday with a few retro replicas. These typically tweed sportcoats come with such distinguishing Ivy details as natural shoulders, 3/2 rolls, patch pockets, swelled edges and lapped seams. However, they differ considerably from the kind of quotidian mufti once available at the Yale Co-op in that they have darted chests and carry a $1,300 price tag.

The other fragments that resulted from Ivy’s supernova are the category of vintage clothing anachronism, in which guys with hip sensibilities seek out heyday specimens prized for their authenticity, and the postmodern parody category, in which fashion designers (not haberdashers or merchandisers, the previous creators of the products) take the classic grey sack suit and turn it into a cartoonish gimmick, as in the case of Thom Browne.

Ivy-Style.com’s readership reflects this broad range of motivations for wearing the style, from the J. Press-clad fuddy duddy to the updated traditionalist in Ralph Lauren tweeds and flannels, and from the prep-with-a-twist fashion guy in Gant to the midcentury retro-eccentric dressed head to toe in vintage. It’s a perfectly postmodern incohesive mishmash of taste, temperament and social background all able to find in this genre of clothing something that resonates.

A Rose By Any Other Name

As the Ivy League Look fell into its death throes of cultural relevance, its name became immediately old fashioned. Originally it doesn’t seem to have had a name. “Natural shoulder” seems to have been the closest actually used by clothiers and their customers. The assiduous reporting by the media in the 1930s of what guys at Princeton were wearing is noteworthy for the detailed descriptions of the clothing combined with the complete lack of any attempt to give the style a name. “University fashions” was a typical headline for Apparel Arts, or “campus wear.”

The term “Ivy League Look” came into popularity in the ’50s, perhaps entering the popular lexicon as the result of LIFE Magazine’s 1954 story “The Ivy Look Heads Across US.” After 1967, once the clothes ceased to be fashionable, the term certainly became archaic. Fortunately a new word — for the broader culture — arrived at at just the right time to describe the latest version of the youthful Northeastern upper-middle-class look. “Preppy,” which entered the popular vocabulary in 1970 via the hit film “Love Story,” had a fresh ring to it.

Since its fashion moment in the ’80s, the term “preppy” has become gradually watered down to the point of meaninglessness, with almost no connection to the style and values of the people it described in 1970. Yet despite the efforts of the MFIT’s “Ivy Style” book and exhibit, not to mention Ivy-Style.com, preppy remains closer to the tongue, however bitter it tastes, than “Ivy League” when describing this genre of clothing. If you see someone walking down the street dressed head to toe in J. Press, says Charlie Davidson, “you wouldn’t even say he looks very Ivy, you’d say he looks very preppy, or something like that.”

The struggle for just what to call the post-Ivy remnants of the genre in a way that doesn’t sound girly, as preppy does today, or archaic and elitist, as does the Ivy League Look, accounts for the adoption in certain quarters of the term “trad.” On the surface trad sounds like a snappy and contemporary replacement, but with no historical tradition behind the term, trad quickly became a futile exercise on Internet message boards with endless debates about what qualified as trad and what didn’t, and with each opinion more subjective than the last.

It’s worth noting that in Japan and England, where the clothes were not an expression of their own dynamic and changing cultures, the clothes continued to be called “Ivy,” and much of the styling remained frozen in its heyday form.

With the Ivy League Look reaching full fruition in the 1930s and ending as a current and relevant fashion in 1967, its full flowering spans just three decades. Indeed, there are more years that have passed since the end of the heyday than the years from codification to heyday’s end.

The golden age was the 1930s, when the look was only available from a small number of clothiers and worn by a relatively small number of men. By 1957, in the middle of the silver age of widespread popularity, the look was already considered to be in decline by the old guard. In the April 7, 1957 edition of Town Topics, Princeton’s community newspaper, Princeton-based clothiers lamented a slide in formality among the student body. “You’ve got more of a cross section now,” concluded Joseph Cox of Douglas MacDaid, “not so many rich kids.”

The mass popularity of Ivy during heyday, with all of the department store knock-offs that Richard Press likes to dismiss as “Main Street Ivy,” actually holds within it the seeds of the look’s demise. For fashion is fickle, and Ivy fell from mainstream popularity into irrelevance practically overnight. While it’s true that the establishment was abandoning the look, at least among the younger members, it’s also the case that the middle class no longer had the desire to ape the establishment, at least not overtly. Brooks Brothers and J. Press stuck to their guns as much as possible and for as long as possible, watching their clientele slowly ossify, and Main Street clothiers quickly changed with the winds of fashion.

However, the silver age also cemented Ivy’s legacy in the “classic” and “timeless” sense. It continues — by whatever name and in iterations that conform with contemporary style — to be worn by anyone with the taste for it. And good taste should be available to anyone with the sensibility to appreciate it.
 Natural-shouldered tweed jackets, grey flannel trousers, oxford-cloth buttondowns, rep and knit ties, argyle socks, tassel and penny loafers, polo coats, Shetland sweaters, side-parted haircuts and horn-rimmed glasses still carry all the baggage, good and bad, that this Northeastern, upper-middle-class, “Ivy/preppy/trad/whatever” look will always have.

The farther you go into postmodern parody, of course, the less baggage the look carries, because in this case it’s just fashion, which is another way of saying it doesn’t mean much. But the straight-up wearer of the Ivy League Look, who projects his natural shoulder and rolled collar with utmost

Voir enfin:

Thirty years ago, The Official Preppy Handbook cracked the Wasp code-and went on to become a huge best-seller. In an excerpt from the update, True Prep, the author, along with designer Chip Kidd, covers the inevitable changes that are piercing blissful bubbles from Deer Isle to Jackson Hole.

We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events.
PREPPY FASHION RULE NO. 1 We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events.

Wake up, Muffy, we’re back.

O.K., now where were we?

Oh yes. It was 1980, and Ronald Reagan was heading to his improbable victory over Jimmy Carter. We wondered whether joining a club before your 30th birthday made you into a young fuddy-duddy, we considered the importance of owning a dress watch—one thing led to another, and before the year was over, our project became … The Official Preppy Handbook. Yes. That was us. We enjoyed every minute that we still remember, but we seemed to have misplaced a number of brain cells in the process.

Though we maintained that this world has changed little since 1635, when the Boston Latin School was founded, you knew we were exaggerating slightly. And as our world spins faster and faster and we use up more natural resources, and scientists keep finding more sugar substitutes, we have to think about how life in the 21st century affects our safe and lovely bubble.

The New Preppy: Let these 22 style icons teach you the new rules.

Muffy van Winkle, you’ve napped long enough. It’s been 30 years! It doesn’t seem possible, does it? Despite changes and crises, the maid quitting, running out of vodka, your NetJets account being yanked, and the Internet, it’s still nice to be prep.

And as we have gotten a bit older and a teensy bit wiser, the world has become much smaller. We are all interconnected, intermarried, inter-everything’d. The great-looking couple in the matching tweed blazers and wide-wale orange corduroy trousers are speaking … Italian. On Melrose Avenue! Whereas once upon a time it was unlikely Europeans would be attracted to our aesthetic, now they’ve adapted it and made it their own. (They’re the women with no hips, in case you were wondering.)

Let’s begin at the beginning of the year. Here are our resolutions. You’ll catch on.

No drinking at lunch.

Call Grandmother once a week.

Get Belgian shoes re-soled (thinnest Cat’s Paw rubber).

Sign up for tennis team at the club.

Actually go to team practices.

Have gravy boat re-engraved.

Find Animal House and return to Netflix.

Send in donation for class gift this year.

And send in write-up for class notes.

Finally use Scully & Scully credit—maybe Pierpont’s next wedding?

Drive mother to cemetery at least once this year.

Order new stationery before supply runs out. (Find die!)

Luggage tags!

Download phone numbers into the thingy.

New Facebook picture?

Work on goals.

Work on topspin.

Get Katharine to do community service somehow.

Clean gutters or get someone to do them.

Repair hinge on broken shutter. Or else!

Finally hire portrait artist for Whimsy. (She’s 84 in dog years; not much time left.)

Who We Are Now

Formerly Wasp. Failing that, white and heterosexual. One day we became curious or bored and wanted to branch out, and before you knew it, we were all mixed up.

Well, that’s the way we like it, even if Grandmother did disapprove and didn’t go to the wedding ceremony. (Did she ever stop talking about the “barefoot and pregnant bride”? Ever?) And now one of our nieces, MacKenzie, is a researcher at the C.D.C. in Atlanta and is engaged to marry the loveliest man … Rajeem, a pediatrician who went to Duke. And Kelly is at Smith, and you know what that means. And our son Cal is married to Rachel, and her father the cantor married them in a lovely ceremony. Katie, our daughter, is a decorative artist living in Philadelphia with Otis, who is a professor of African-American studies at Swarthmore. And then there’s Bailey, our handsome little nephew. Somehow, all he wants to do is ski, meet girls, and drink bee

Well, there’s one out of five.

Fashion Rules

We know that many of you understand the principles of preppy style. But just to be sure, let’s review them again.

We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events (not that there is much difference) without changing.

We generally underdress. We prefer it to overdressing.

Your underwear must not show. Wear a nude-colored strapless bra. Pull up your pants. Wear a belt. Do something. Use a tie!

We do not display our wit through T-shirt slogans.

Every single one of us—no matter the age or gender or sexual preference—owns a blue blazer.

We take care of our clothes, but we’re not obsessive. A tiny hole in a sweater, a teensy stain on the knee of our trousers, doesn’t throw us. (We are the people who brought you duct-taped Blucher moccasins.)

We do, however, wear a lot of white in the summer, and it must be spotless.

Don’t knock seersucker till you’ve tried it. (Between Memorial Day and Labor Day, unless you live in Palm Beach or Southern California, or the southern Mediterranean, please.)

Bags and shoes need not match.

Jewelry should not match, though metals should.

On the other hand, your watch doesn’t have to be the same metal as your jewelry.

And you can wear gold with a platinum wedding band and/or engagement ring.

Men’s jewelry should be restricted to a handsome watch, a wedding band if he is American and married, and nothing else. If he has a family-crest ring, it may be worn as well. For black-tie, of course, shirt studs and matching cuff links are de rigueur.

Nose rings are never preppy.

Neither (shudder) are belly-button piercings.

Nor are (two shudders) tongue studs.

And that goes for ankle bracelets.

Tattoos: Men who have been in a war have them, and that’s one thing. (Gang wars don’t count.) Anyone else looks like she is trying hard to be cool. Since the body ages, if you must tattoo, find a spot that won’t stretch too much. One day you will want to wear a halter-necked backless gown. Will you want everyone at the party to know you once loved John Krasinski?

Sneakers (a.k.a. tennis shoes, running shoes, trainers) are not worn with skirts.

Men may wear sneakers with linen or cotton trousers to casual summer parties.

Women over the age of 15 may wear a simple black dress. Women over the age of 21 must have several in rotation.

High-heel rule: You must be able to run in them—on cobblestones, on a dock, in case of a spontaneous foot race.

Clothes can cost any amount, but they must fit. Many a preppy has an item from a vintage shop or a lost-and-found bin at the club that was tailored and looks incredibly chic.

Do not fret if cashmere is too pricey. Preppies love cotton and merino-wool sweaters.

We do not wear our cell phones or BlackBerrys suspended from our belts. (That includes you, President Obama.)

Real suspenders are attached with buttons. We do not wear the clip versions.

Learn how to tie your bow tie. Do not invest in clip-ons.

Preppies are considerate about dressing our age. It is for you, not for us.

Men, if you made the mistake of buying Tevas or leather sandals, please give them to Goodwill.

You may, however, wear flip-flops to the beach if your toes are presentable. Be vigilant!

Pareos (sarongs) are for the beach, not for the mall. (Even if it’s near the beach.)

Riding boots may be worn by non-riders; cowboy boots may be worn by those who have never been on a horse. However, cowboy hats may not be worn by anyone who isn’t technically a cowboy or a cowgirl.

You may wear a Harvard sweatshirt if: you attended Harvard, your spouse attended Harvard, or your children attend Harvard. Otherwise, you are inviting an uncomfortable question.

If your best friend is a designer (clothes, accessories, jewelry), you should wear a piece from his or her collection. If his or her taste and yours don’t coincide, buy a piece or two to show your loyal support—but don’t wear them.

Every preppy woman has a friend who is a jewelry designer.

No man bags.

Preppies don’t perm their hair.

Preppy men do not believe that comb-overs disguise anything.

You can never go wrong with a trench coat.

Sweat suits are for sweating. You can try to get away with wearing sweats to carpool, to pick up the newspaper, or to drive to the dump, but last time you were at the dump, the drop-dead-attractive widower from Maple Lane was there, too.

And finally:

The best fashion statement is no fashion statement.

Logology

Sometime in the 1980s the cart began leading the horse. Don’t look at us; preppies were certainly not to blame. Fashion followers mistakenly thought the logo was the point. (This is the place at which we would write “LOL,” except we loathe “LOL.”)

But wearing a logo-laden outfit or accessory points to the wearer’s painful insecurity. If you think you are being ironic, think again.

Here’s the rule of thumb: The first logo that preppies loved was the Lacoste crocodile. It belonged to the French tennis star René Lacoste, whose nickname was Le Crocodile. It was an authentic, since he himself wore la chemise in 1927, after having been the top tennis player in the world in 1926 and 1927. (He won seven grand-slam singles titles in France, Britain, and the U.S. In 1961 he also invented the first metal tennis racket, which was sold in this country as the Wilson T2000.)

The shirts, made by La Société Chemise Lacoste, became an international sensation in 1933. Initially they had long tails, crocodiles of 2.8 centimeters in width, and embroidered labels with the size in French: Patron, Grand Patron, etc. There was no need (not then nor now) to change the size of the beast.

Fred Perry, the British tennis champion of the 1930s, put his laurel-wreath logo in blue on white polo shirts in 1952 (a few years after inventing the sweatband). Fred Perry shirts were successful immediately.

Brooks Brothers introduced its golden-fleece logo as the company symbol in 1850, but, for casual sport shirts, they sold the Chemise Lacoste until the 1960s. Then they stopped selling Lacostes and segued into men’s polo-style shirts with the golden fleece embroidered. Until 1969, the sheep suspended by golden ribbons was made only in men’s sizes.

Ralph Lauren was already making men’s wear when, in 1971, he embroidered a little man astride a polo pony on the cuff of some women’s shirts. The ponies, 1 1/4 inches high, moved onto his many colored cotton polo shirts in 1972. The logo, now one of the world’s best known, somehow grows up to five inches high (“BIG PONY”) though sometimes stays small.

Vineyard Vines’ little pink whale appeared in 1998, and so far the whale has shown admirable restraint in staying 1.05 inches wide by 0.43 inches high (as per the universal style guide).

When labels began to understand the strong appeal their logos offered, they went wild. Gone were the subtle stripes, woven ribbons, tiny metal trademarks, and interior decoration that had been prized. Now the logos took growth hormones, and there seemed nothing too big or too crass to sell. Today’s customer is more discerning and somewhat disgusted. Removing logos has become something of a hobby for purists.

When Juicy Couture arrived, emblazoning bottoms with the word “juicy” on its pricey sweatpants, we were dismayed when our daughters thought they wanted them. We steered them back to sanity. We believe that the Juicy Couture tracksuit phenomenon signals the end of civilization as we know it. Nothing less.

The Biggest Change in 30 Years

If, in 1980, you had whispered to friends that within the next few decades America would elect a thin, black, preppy, basketball-playing lawyer to be president, they would have laughed at you and exhaled in your face, inside the restaurant or club where you were sitting. And, if you predicted that one day all our children would have little portable phones stuck in their pockets so that they could not answer us when we called them from our little phones, we would have again exhaled in your face—indoors—and said you were talking science fiction.

Still, to our minds nothing is more sci-fi than the fact that preppies in the 21st century all wear the unnatural fibers we collectively refer to as “fleece.” We always thought our reliance on natural “guaranteed to wrinkle” fibers was our right and our trademark. If it’s hot or humid, we’d just roll up our all-cotton long-sleeved shirts. But now we wear polyester fleece, and its offspring, recycled water bottles.

The revolution began in 1981, at a company then called Malden Mills in Lawrence, Massachusetts, manufacturers of textiles including the wool for uniforms in World War II. A place like Malden Mills is populated by textile engineers who spitball, “mess around with fabrics,” and then refine, according to spokesman Nate Simmons. They work collaboratively with clothing manufacturers, as they did in this case with Patagonia. What came off the looms in the early 80s was pure synthetic, soft, quick-wicking, quick-drying, and machine-washable. It did not fade, and changed the wardrobes of athletes forever. Its Malden name was Polarfleece; its Patagonia name was Synchilla.

Frugal Dos and Frugal Don’ts

Do keep repairing old appliances to try to extend their lives. Don’t store them on your front porch or driveway. Invest in great-fitting, well-made shoes. (Italian-made shoes are nice.) Your feet will thank you. Keep re-soling them. Subscribe to a concert, opera, or ballet series. Buy season tickets to basketball. Pairs of tickets you can’t use make great no-occasion gifts. Some nonprofit institutions accept them as tax-deductible donations. Buy very cheap plane tickets to Europe on discount Web sites. Stay at your friend’s grand villa for three weeks. Oh, make it four. Buy him a house gift and pay for dinner a couple of times. Let him win one tennis match every now and then. Complain about the heat.

Have your trustee dump an allowance in your checking account every month. Walk seven blocks out of your way (or drive, if necessary) to the A.T.M. of your bank, so you are not charged that extra $1.95–$3.00 withdrawal fee. Leave the office a little early to take the off-peak commuter train. (Even though you live in one of the 10 most affluent Zip Codes in the United States.)

Travel

We travel, and we’re rather good at it. Some of us have traveled from a very early age, even if it’s been just back and forth from Princeton and Newport. We may travel to see relatives, to take a semester away, or to go to rehab. We go to Europe because it’s there, and there is so very much to learn from Europeans.

In Europe, we learn how to kiss people on both cheeks, how to do math when we convert the dollar into the euro, and how to make ourselves understood in adverse conditions. We get to practice the little bits of foreign languages we’ve retained from school, and to see that Italian men can carry off the sweater-around-their-shoulders look easily

  • Thou shalt not fly first-class.
  • Thou shalt use thy frequent-flier miles whenever possible.
  • Thou mayest fly business class if thy destination is more than five hours away.
  • On board, the wine will not be fine; therefore drinkest beer or spirits.
  • Naturellement, thou never wearest shorts, sweatpants, or flip-flops on an airplane, and thou shalt attempt not to sit next to a miscreant in such garments.
  • If thou takest a sleeping pill, thou must try not to snore, Pookie.
  • Thou must not complain about jet lag.
  • Thou must take loads of photographs.
  • Thou art encouraged to rent cars in strange places and get into colorful misunderstandings with local drivers.
  • If there is a Harry’s Bar at thy destination, thou shalt eat there. (Try the carpaccio and the cannelloni.)
  • Exotic locations are to be encouraged.
  • Thou must not try to lose thy passport, but, indeed, it could happen, and will provide dinner-table fodder for many happy years to come.
  • Although thou art traveling in order to “broaden thy horizons” and meet different kinds of people, thou will prefer looking up friends of friends who are also traveling.
  • Thou shalt tryest the tonic water in other lands, as it tastes different from thy domestic tonic water.
  • Thou will always have (had) a wonderful time.

Our private economic code is useful when on the road. As stated before, we do not waste money on first-class travel. Unless McKinsey or Aunt Toot is footing the bill, we fly coach. (On the other hand, it would be rude to turn down a no-expense upgrade.) It is consistent with everything we’ve been talking about. First class lasts several hours but costs a fortune. On the other hand, we have been known to splurge on luxury hotels. Wouldn’t it be better to apply those savings to a wonderful room in a wonderful hotel? (Or, at the very least, a small room facing a wall in a wonderful hotel?)

If you cannot stay at the wonderful hotel with the famous bar, you must at least drink at the famous bar. Lunch is also lovely there. During holiday, we always drink at lunch, and, of course, we “walk it off.” Lunchtime drinking is not an obligation, but, well, yes it is. You’re on vacation, the ultimate in prep experiences!

Prep Careers for the New Millennium

Preppies realize society’s need for enterprise. They go to college with the idea of a career—or, should we say, their parents’ idea of a career—planted firmly in their minds. This is why so many of them attend law school. They also understand their need for income. One gets a bad reputation if one is derelict with one’s club dues. As the 21st century unfurls, herewith a vital list of jobs that help preppies maintain their rightful positions in their world:

Alumni director. For the good of your school.

Development officer. Ditto.

Dog-walker entrepreneur. Accommodates Lake Forest, Rollins, and dropouts.

Party planner/publicist. The perfect job for girls who won’t be working after they get engaged.

Nursery-school assistant teacher. But not over the age of 30.

Contributing editor, Vogue. Consuela’s mother works for Anna.

Senator. For policy wonks.

Entrepreneur (Serial. One day one of your ideas will take off.)

Ne’er-do-well. Uncle Tony.

Caterer. Use Mummy’s recipe for chicken potpies as your signature.

Decorator. Who doesn’t love chintz?

Residential-real-estate broker. Sell Bradford a lovely house; marry Bradford, and decorate your new house.

Golf pro. Self-evident.

Art restorer. Very good for part-time artists.

Divorcée. ‘Nuff said.

Anchorman or -woman. Remember to remove your makeup when you meet friends after work for drinks.

Curator. Requires many trips to EuropeAu pair. How Princess Diana got her start.

President. Good perks, bad hours.

Vineyard owner. Ultimate career move.

Tennis pro. Will keep you fit through your 30s and 40s.

C.I.A. operative. Yalies in particular.

Decorative painter. Learn how to make anything faux bois.

Ski bum. Self-evident.

Former Careers We Won’t Be Seeing Again Soon

Assistant editor. It’s called the recession, Greer.

Media escort. No more book tours; there-fore, no more escorts.

Fund-raising. Should rebound by 2015.

Investment-banker trainee. Might rebound by 2020.

Travel agent. Expedia.

Preps Need Not Apply

Doctor. Presumes caring about strangers. Exception: Orthopedic surgeon.

Research doctor. Atrophies your God-given social skills.

Computer scientist. No.

C.P.A. Really no.

Missionary. See “Doctor.”

Sex worker. See “When pigs fly.”

Any job requiring the question “Fries with that?” Only at the club during the summer before junior year—of high school.

Governor. Possibility of a sex scandal too great.

Engineer. Choo-choo or the other kind.

Fact-checker. Facts, shmacts.

Manny. N.O.K.D.

Meteorologist. Too science-y.

Excerpted fromTrue Prep,by Lisa Birnbach with Chip Kidd, to be published this month by Knopf; © 2010 by Island of Mommy Inc. and Charles Kidd.


Barbie/60e: Les sionistes ont même inventé les poupées Barbie ! (From high-end German call girl to America’s iconic Barbie doll, sexist and anorexic scourge of the feminists or shameful Jewish symbol of decadence of the perverted West)

9 mars, 2019
lilivsbarbie
Ruth and Elliot Handler, both raised in Colorado, pose with an early version of Barbie. Photo courtesy of Mattel
barbie-museum-prague
lilliebarbie1
lillibarbie2
lilibarbie4
bbLilli
Image result for A Barbie for Every Body
A création 1959, poupée Barbie coûtait 3$. Aujourd’hui faut débourser, moyenne, dollars.
Image result for A Barbie for Every Body
Barbie (Andy Warhol, 1985)
https://file1.bibamagazine.fr/var/bibamagazine/storage/images/culture/evenements/une-exposition-sur-les-poupees-barbie-a-paris-53395/405188-1-fre-FR/Une-exposition-sur-les-poupees-Barbie-a-Paris_width1024.png

Checking out the barbies in Prague (Aug. 2013)Les poupées Barbie juives, avec leurs vêtements révélateurs, leurs postures, accessoires et outils honteux sont un symbole de la décadence de l’Occident perverti. Prenons garde à ces dangers et faisons très attention. Comité saoudien pour la promotion de la vertu et la prévention du vice
It is no problem that little girls play with dolls. But these dolls should not have the developed body of a woman and wear revealing clothes. These revealing clothes will be imprinted in their minds and they will refuse to wear the clothes we are used to as Muslims. Sheik Abdulla al-Merdas (Riyadh mosque preacher)
Saudi Arabia’s religious police have declared Barbie dolls a threat to morality, complaining that the revealing clothes of the « Jewish » toy — already banned in the kingdom — are offensive to Islam. The Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice, as the religious police are officially known, lists the dolls on a section of its Web site devoted to items deemed offensive to the conservative Saudi interpretation of Islam. « Jewish Barbie dolls, with their revealing clothes and shameful postures, accessories and tools are a symbol of decadence to the perverted West. Let us beware of her dangers and be careful, » said a message posted on the site. A spokesman for the Committee said the campaign against Barbie — banned for more than 10 years — coincides with the start of the school year to remind children and their parents of the doll’s negative qualities. Speaking to The Associated Press by telephone from the holy city of Medina, he claimed that Barbie was modeled after a real-life Jewish woman. Although illegal, Barbies are found on the black market, where a contraband doll could cost $27 or more. Sheik Abdulla al-Merdas, a preacher in a Riyadh mosque, said the muttawa, the committee’s enforcers, take their anti-Barbie campaign to the shops, confiscating dolls from sellers and imposing a fine. Fox news
Born a busty, bathing suit-clad  »teen-age fashion model » in the 1959 Mattel catalogue, Barbie in the book is shown dressed for success as  »Campus Belle, »  »Career Girl » and  »Student Teacher » in the mid-1960’s; as a nurse and a doctor by 1973, and, most recently, as a silver-gilded astronaut and glitter rock star. (…) While her critics may say she is no more than a mannequin, Billy Boy refers to Barbie as a  »life style. »  »Every woman has a Barbie quality about her, » he said. Marilyn Motz, a professor of popular culture at Bowling Green State, has a different view.  »The whole point of the Barbie doll is that she owns things and buys things, » said Professor Motz, who published a study of Barbie in 1983. She said that the doll, if copied to scale as a life-size woman, would have a torso measuring 33 inches at the bust, 18 inches at the waist and 28 inches at the hips – a feminine ideal that, she pointed out, is  »almost not possible anatomically. » NYT (1987)
Barbie, the fashion doll famous around the world, celebrates her 60th anniversary on Saturday with new collections honoring real-life role models and careers in which women remain under-represented. It is part of Barbie’s evolution over the decades since her debut at the New York Toy Fair on March 9, 1959. To mark the milestone, manufacturer Mattel Inc created Barbie versions of 20 inspirational women from Japanese tennis star Naomi Osaka to British model and activist Adwoa Aboah. The company also released six dolls representing the careers of astronaut, pilot, athlete, journalist, politician and firefighter, all fields in which Mattel said women are still under-represented. Barbie is a cultural icon celebrated by the likes of Andy Warhol, the Paris Louvre museum and the 1997 satirical song “Barbie Girl” by Scandinavian pop group Aqua. She was named after the daughter of creator Ruth Handler. Barbie has taken on more than 200 careers from surgeon to video game developer since her debut, when she wore a black-and-white striped swimsuit. After criticism that Barbie’s curvy body promoted an unrealistic image for young girls, Mattel added a wider variety of skin tones, body shapes, hijab-wearing dolls and science kits to make Barbie more educational. Barbie is also going glamorous for her six-decade milestone. A diamond-anniversary doll wears a sparkly silver ball gown. Reuters
Barbie Millicent Roberts, from Wisconsin US, is celebrating her 60th birthday. She is a toy. A doll. Yet she has grown into a phenomenon. An iconic figure, recognised by millions of children and adults worldwide, she has remained a popular choice for more than six decades – a somewhat unprecedented feat for a doll in the toy industry. She is also, arguably, the original “influencer” of young girls, pushing an image and lifestyle that can shape what they aspire to be like. (…) When Barbie was born many toys for young girls were of the baby doll variety; encouraging nurturing and motherhood and perpetuating the idea that a girl’s future role would be one of homemaker and mother. Thus Barbie was born out of a desire to give girls something more. Barbie was a fashion model with her own career. The idea that girls could play with her and imagine their future selves, whatever that may be, was central to the Barbie brand. However, the “something more” that was given fell short of empowering girls, by today’s standards. And Barbie has been described as “an agent of female oppression”. The focus on play that imagined being grown up, with perfect hair, a perfect body, a plethora of outfits, a sexualised physique, and a perfect first love (in the equally perfect Ken) has been criticised over the years for perpetuating a different kind of ideal – one centred around body image, with dangerous consequences for girls’ mental and physical health. (…) Exposure to unhealthy, unrealistic and unattainable body images is associated with eating disorder risk. Indeed, the increasing prevalence of eating disorder symptoms in non-Western cultures has been linked to exposure to Western ideals of beauty. Barbie’s original proportions gave her a body mass index (BMI) so low that she would be unlikely to menstruate and the probability of this body shape is less than one in 100,000 women. (…) With growing awareness of body image disturbances and cultural pressures on young girls, many parents have begun to look for more empowering toys for their daughters. Barbie’s manufacturer, Mattel, has been listening, possibly prompted by falling sales, and in 2016 a new range of Barbies was launched that celebrated different body shapes, sizes, hair types and skin tones. (…) If Barbie was about empowering girls to be anything that they want to be, then the Barbie brand has tried to move with the times by providing powerful role playing tools for girls. (…) Such changes can have a remarkable impact on how young girls imagine their career possibilities, potential futures, and the roles that they are expected to take. Mattel’s move to honour 20 women role models including Japanese Haitian tennis player Naomi Osaka – currently the world number one – with her own doll is a positive step in bringing empowering role models into the consciousness of young girls. Gemma Witcomb
Ruth Moskowicz was born into a family of Russian Jewish immigrants in Denver, Colorado in 1916. She married her high school boyfriend, an artistic young man named Elliot Handler, and they moved to Los Angeles in 1938. After her husband decided to make their furniture out of two new plastics, Lucite and Plexiglas, Ruth ambitiously suggested that he turn furniture making into a business. (…) During World War II, the Handlers started a company, Mattel, combining Elliot’s name with the last name of their partner, Harold Matson. On weekends home from wartime duties at Camp Robert, California, Elliot made toy furniture for Ruth to sell. (…) The Handlers took their two teenagers — Barbara and Ken — on a trip to Europe in 1956. There, they saw a doll that looked like an adult woman, vastly different from the baby dolls most little girls owned. Ruth was inspired. Three years later, Mattel’s version, Barbie, would debut, with a wardrobe of outfits that could be purchased separately. In 1960, the Handlers took Mattel public, with a valuation of $10 million ($60.3 million in 2003 dollars). It was on its way to the Fortune 500, and Barbie quickly became an icon, with ever-changing wardrobe and career options that mirrored women’s changing aspirations. PBS
Ruth Mosko (…) was born November 4, 1916, to Jacob Joseph Mosko (née Moskowicz), a blacksmith, and Ida Rubinstein, a housewife. Ruth was the youngest of 10 children. Her father arrived at Ellis Island in 1907. After telling immigration officials that he was a blacksmith, he was sent to Denver, the center of the railroad industry. In 1908, his wife, Ida, arrived in America with their six children and joined her husband in Colorado. (…) In 1941 Ruth left her secretarial job at Paramount to work with her husband, who was designing and making furniture and household accessories out of the new acrylic materials, Lucite and Plexiglas. Her husband produced the pieces and she did the selling. (…) In 1945, they (…) and Harold “Matt” Matson started Mattel Creations, joining elements of Matt’s and Elliot’s names. Under the Mattel moniker, the two partners began fabricating dollhouse furniture. Ruth continued to run the marketing department. Due to his poor health, Matt soon sold his share to Elliot. The company had its first hit toy in 1947 with a ukulele called Uke-A-Doodle. That proved such a success that Mattel switched to making nothing but toys. Ruth drove Mattel’s business decisions, while her husband nurtured new toys. (…) After watching her daughter, Barbara, ignore her baby dolls to play make-believe with paper dolls representing adult women, Ruth realized there may be a niche for a three-dimensional doll that encouraged girls to imagine the future. When visiting Germany in 1956, Ruth saw a doll that looked like a teenager, and this doll inspired her to follow her dream. Mattel’s designers spent several years creating Ruth’s doll using the German doll as an inspiration. Barbie Millicent Roberts debuted at the American Toy Fair in New York City in 1959. Ruth named the blond 11-and-a-half-inch doll for her daughter, who was a 17-year-old attending a local Los Angeles high school. Dressed in a black and white striped swimsuit with the necessary accessories of sunglasses, high-heeled shoes and gold-colored hoop earrings, Barbie’s body was not only shapely but also had a movable head, arms and legs. Barbie had a chic wardrobe that had to be purchased separately and updated regularly. Barbie was a marketing sensation. Within a year of her introduction in 1959, Barbie became the biggest selling fashion doll of all time. Sales increased with the introduction of different Barbie dolls and accessories. Barbie became a staple in the toy chests of little girls everywhere. It was Ruth’s marketing genius that changed toy marketing when she acquired the rights to produce the popular “Mickey Mouse Club” products in 1955. The cross-marketing promotion became common practice for future companies. Barbie made her first television appearance on the “The Mickey Mouse Club.” This marketing technique helped sell 351,000 Barbie dolls in the first year at $3 each. Barbie quickly became an icon, with her ever-changing wardrobe and career options that mirrored women’s changing aspirations. (…) Over the years, Barbie changed jobs more than 75 times, becoming a dentist, a paleontologist, an Air Force fighter pilot, a World Cup soccer competitor, a firefighter and a candidate for president. Even in demanding positions, though, Barbie retained her fashion sense. She was joined by friends and family over the years, including Ken, Midge, Skipper and Christie. Barbie kept up with current trends in hairstyles, makeup and clothing. (…) Barbie’s world is more than a doll and accessories. Kids today can use their high-tech gadgets and interactive smartphones and apps to personalize their Barbie doll experience. Other licensed products include books, apparel, home furnishings and home electronics. She even has a YouTube site and a Facebook page. But Barbie’s popularity doesn’t stop there. The Musée des Arts Décoratifs, which is affiliated with the Louvre in Paris, held a Barbie exhibit in 2016. The exhibit featured 700 Barbie dolls displayed on two floors, as well as works by contemporary artists and documents (newspapers, photos, video) representing Barbie. Barbie has become a popular collectible among adults. Collectors prize early numbered Barbie dolls from 1969 and the 1990’s, as well as a range of rare and special editions of the iconic toy. Over the past few years, Mattel transformed Barbie, and she now may look a bit more like those who play with her, curves and all. The new 2016 Barbie Fashionistas doll line includes four body types (the original and three new bodies), seven skin tones, 22 eye colors, 24 hairstyles and countless on-trend fashions and accessories. With these changes, Barbie added diversity and more variety in styles, fashions, shoes and accessories. Mattel claims girls everywhere will now have infinitely more ways to spark their imagination and play out their stories. Cyndy Thomas Klepinger
When Ruth Handler (formerly Moskowitz) traveled to Switzerland in 1956 with her family, her husband Elliot and their children Barbara and Kenneth, they came across a small figurine, blonde, thin, and tall at 11 inches (28 cm), whose name was Lilli. The Lilli doll was a novelty item for adults. The all-American Barbie doll, named for little Barbara Handler of course, which debuted in 1959 would become a mass-produced doll for young girls (and also boys, we don’t judge, and neither should you) and end up being the most popular doll in the history of toys. The Ken doll, which debuted a few years later, was named for Ruth Handler’s son Kenneth, of course. Ruth Handler’s story, and Barbie’s, is part and parcel of the American story. The daughter of Polish-Jewish immigrants, Ruth Moskowitz was born the youngest of 10 children in Denver, Colorado. As a teenager she was sent to be a shop-girl in her aunt’s store, where she not only learned the basics of running a business, but to love it. During her marriage to Elliot Handler, the two formed a business in plastic and wood, making props and toys for Hollywood studios and toy shops nationwide. Along with another business partner, the Handlers formed “Mattel”. In 1959, after three years of development, Barbie sprang fully formed into the world, bathing suit and all. Barbie was a child’s toy with adult outfits, accessories, and most importantly – a job. (…) The Barbie doll was the first doll aimed at girls that was an adult, not a doll in the shape of a baby or a doll that was a child, but a doll with which the young girl could play at being a grown up and dress up with her most loyal doll companion. The Barbie doll doesn’t “look” Jewish. But her heritage is Jewish and full of chutzpah. Ruth Handler was ambitious and held her own in the so-called man’s world of business. She thought of young girls not merely as consumers, but as the future generation of women in America and all around the world. Well, almost all. Back in 2003 Saudi officials declared the “Jewish Barbie Dolls” a threat to morality. Though Barbie’s Jewish roots are bleached blonde, Ruth Handler and consequently Barbie is particularly Jewish-American. Just by immigrating from Europe, changing her name and weaving herself into the very fabric of American life, the Barbie doll became international and a part of culture that is both inspired and inspirational. Melodie Barron
Ruth Handler (née le 4 novembre 1916, décédée le 27 avril 2002) est une femme d’affaires américaine qui a révolutionné l’industrie du jouet en 1959 en créant la poupée Barbie, du nom de sa fille Barbara, et la poupée Ken du nom de son fils Kenneth. La poitrine opulente, la taille fine et les longues jambes de Barbie allaient totalement à l’encontre du style rond et asexué des poupées de l’époque et firent date, par leur audace et leur réalisme, dans l’histoire du jouet pour petites filles. Née Ruth Mosko, Ruth Handler était la plus jeune des dix enfants d’une famille d’immigrants judéo-polonais. Avec son époux Elliot Handler et le designer Harold Mattson, elle avait créé Mattel en 1945, un nom formé du Matt de Mattson et du El d’Elliot. (…) Ruth Handler avait constaté que sa fille Barbara, une préado de 10 ans, préférait jouer avec ses poupées de papier qu’avec ses poupées de petite fille et qu’elle leur octroyait des rôles d’adultes. Forte de cette observation Ruth voulut produire une poupée en plastique d’apparence adulte, mais son mari et M. Matson ont pensé que le jouet serait invendable. Lors d’un voyage en Europe du couple, Ruth découvre la poupée allemande Bild Lilli (qui était en fait un jouet gag pour adultes créé d’après le personnage de BD Lilli qui paraissait dans le journal Bill Zeitung) dans un magasin suisse et la ramène à la maison. Une fois rentrée donc, Ruth Handler retravaille le design de la poupée et la baptise Barbie en référence à sa fille Barbara. Barbie fait ses débuts à la foire de jouet de New York, le 9 mars 1959. La poupée est vite devenue un immense succès, lançant les Handlers et leur société de jouets vers la gloire et la fortune. Par la suite ils ajouteraient un petit ami pour Barbie nommé Ken, en référence à Kenneth, leur fils. D’autres personnages viendront enrichir la gamme « des amis et de la famille ». Le monde de Barbie prenait forme. Ruth Handler a plus tard affirmé que, lorsqu’elle a acheté « Bild Lilli », elle ignorait que c’était un jouet pour adulte. Ruth Handler a expliqué qu’elle a pensé que cela « était important pour l’estime d’une fille qu’elle joue avec une poupée avec une poitrine adulte » et Barbie a été créée pour jouer ce rôle. Si la poupée commercialisée à l’origine était transposée à taille humaine, ses mensurations auraient été assez irréalistes et de nombreux critiques ont prétendu que les mesures ont été basées sur la fantaisie masculine plutôt que la métrique humaine réelle. Au fil des années les mensurations peu réalistes de Barbie ont continué à être controversées, avec beaucoup de théories qui expliquent que de jouer avec une poupée Barbie diminue l’estime de soi et complexe les petites filles. En réponse à ces critiques, à la fin des années 1990, Mattel a ajusté le tour de poitrine en le diminuant et a augmenté le tour de taille, même si ces nouvelles mensurations sont encore loin des femmes réelles. Wikipedia
Barbie est une poupée de 29 cm commercialisée depuis 1959 par Mattel, une société américaine de jouets et jeux. Elle reprenait la forme adulte, les cheveux blonds et le principe de Bild Lilli, première poupée mannequin lancée en Allemagne un peu plus tôt. Si la Barbie caractéristique est blonde aux cheveux longs et aux traits européens, sa couleur de cheveux varie en fait considérablement et son type ethnique s’est diversifié dès 1967 et plus systématiquement à partir de 1980, si bien qu’à ce jour il existe une Barbie pour à peu près tous les groupes ethniques du monde. Elle exerce de multiples métiers et professions tels que : docteur, enseignante, jockey, vétérinaire, hôtesse de l’air, Chevalier du Roi, Première-Dame (CNN) etc. En 1997, Mattel a vendu sa milliardième poupée Barbie. En 2009, et malgré une forte baisse des ventes due à la concurrence, la poupée a généré plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. En fin d’année 2015, un petit garçon apparait pour la 1re fois dans une des publicités de la marque, vantant les qualités de la Barbie habillée par l’entreprise de mode italienne Moschino3. Cette publicité qui a créé l’événement au niveau mondial, est alors acclamée par la critique, tandis que la Barbie Moschino, elle, se retrouve très vite en rupture de stock. En 2016, face à l’accélération de la chute des ventes de Barbie, Mattel va beaucoup plus loin dans sa démarche de diversification, en lançant trois nouvelles silhouettes de Barbie aux côtés de la Barbie traditionnelle ; l’une de ces nouvelles silhouettes, baptisée en anglais « Curvy » (« arrondie »), propose une Barbie bien en chair, presque dodue, assez éloignée de la Barbie d’origine. (…) Mattel est une société américaine de jouets et jeux fondée en 1945 par Harold Matson et Elliot Handler, d’où le nom de l’entreprise : Mat+Ell = Mattel. C’est la femme d’Elliot Handler, Ruth Handler, qui créa Barbie (diminutif de leur fille Barbara) en 1959 en reprenant les caractéristiques de Bild Lilli, une poupée allemande avec un corps d’adulte, des cheveux blonds et une garde-robe contemporaine, prototype de la poupée mannequin. La première poupée Barbie a été présentée à l’American International Toy Fair de New York le 9 mars 1959 par sa créatrice Ruth Handler. Le succès presque immédiat de ce nouveau genre de poupée poussa son époux et un associé à créer la société Mattel Creations. La poupée Barbie avec sa poitrine opulente, sa taille fine et ses longues jambes allaient, en effet, totalement à l’encontre du style rond et asexué des poupées de l’époque. En cela, elle fut la seconde poupée au corps adulte après la Bild Lilli. En effet, en 1951, le dessinateur Reinhard Beuthin crée pour une bande-dessinée dans le magazine allemand Bild Zeitung une poupée : la Bild Lilli. Quatre ans plus tard, l’entreprise Hauser commercialise la poupée. Lors d’un voyage en famille à Lucerne en Suisse en 1956, Barbara, la fille de Elliot et Ruth Handler, réclama à ses parents un jouet peu commun pour l’époque : une poupée mannequin du nom de Lilli. Ce jouet au regard taquin et à forte poitrine intrigua Ruth Handler, mais, ce n’est seulement qu’en observant sa fille jouer des heures durant avec la poupée Lilli que la directrice de Mattel décida de produire ce même jouet aux États-Unis. Ainsi, la famille Handler ramena Lilli dans ses valises sur le continent américain et trois ans plus tard, Mattel lança son nouveau jouet : la poupée Barbie, qui, excepté quelques modifications au niveau du maquillage, était la parfaite réplique de la poupée allemande Lilli. Le succès de Barbie se répand dans tous les États-Unis comme une trainée de poudre, et très vite, la nouvelle poupée de Mattel envahit les magasins de jouets européens. En 1963, Rolf Hausser, directeur de l’entreprise de jouets O&M Hausser et créateur de Lilli, découvre avec surprise sa poupée dans une vitrine de magasin de jouets à Nuremberg la copie parfaite de sa Lilli rebaptisée Barbie. Rolf, décida dans un premier temps de poursuivre le géant Mattel en justice, mais raisonné par son frère et compte tenu du peu de ressources financières de la petite entreprise allemande, les poursuites furent abandonnées. En 1964, Rolf Hausser vendit les droits de la poupée Lilli à Mattel pour sauver l’entreprise familiale qui fit faillite malgré tout quelques années plus tard. Barbie est le diminutif de Barbara, le prénom de la fille de Ruth Handler20. Ses mensurations, initialement hypertrophiées, sont ramenées à des proportions plus habituelles au fil des années. (…) En (…) 1986 (…) Des Barbie représentant le monde entier sont également commercialisées : la Barbie japonaise, la Barbie indienne, la Barbie hispanique (qui sera connue comme Theresa, une des amies de Barbie) la Barbie allemande, la Barbie irlandaise… (…) En 2016, la Barbie traditionnelle aux longues jambes, à la poitrine imposante et à la taille ultra-fine se voit concurrencée par trois Barbie nouvelles : « Tall » (grande et longiligne), « Petite » (toute menue), et « Curvy » (« bien en chair », avec moins de poitrine, mais un petit ventre rond, des hanches plus larges, ainsi que des fesses et des cuisses arrondies). Ces évolutions, qui constituent en fait une révolution de l’approche marketing de la marque au point que Barbie « Curvy » fait la couverture de Time Magazine, résultent d’une remise en cause rendue indispensable par la perte de part de marché des poupées Barbie (ventes en baisse de 16 % en 2014, après une chute de 6 % l’année précédente), accentuée encore par la perte de la licence Disney pour commercialiser la poupée Elsa tirée de La Reine des neiges, et récupérée par Hasbro ; cette perte représente pour Mattel une perte de chiffre d’affaires évaluée à 500 millions de dollars. Cependant, cet abandon de la silhouette traditionnelle de Barbie présente d’intéressantes possibilités de développement, dans la mesure où il entraînera un renouvellement accéléré de la garde-robe : Barbie « Curvy » ne peut en effet pas enfiler les vêtements de la Barbie traditionnelle. La nouvelle démarche de la marque vise à se rapprocher de la réalité de la population féminine américaine en abandonnant une partie des stéréotypes véhiculés par Barbie, au profit de nouveaux canons de beauté popularisés par des personnalités telles que Mariah Carey, Kim Kardashian, Beyoncé, Christina Hendricks31, Meghan Trainor, voire Melissa McCarthy et sa ligne de vêtements en « taille plus ».Développé dans le plus grand secret sous le nom de code de « Project Dawn »31, ce virage radical n’est pas sans risque : les clientes habituelles peuvent se sentir trahies, et les mères des petites filles à qui on offre une Barbie « Curvy » peuvent y voir une critique voilée de l’embonpoint de leur progéniture33. De plus, ce changement de stratégie va constituer un cauchemar logistique pour gérer dans la pratique ces nouvelles variantes, sans même parler des problèmes qu’il a fallu résoudre pour traduire les trois nouvelles appellations dans des douzaines de langues différentes. Face à la chute des ventes, cependant, Mattel n’avait plus le choix. Et les difficultés à affronter ne font que refléter le statut d’icône américaine qu’a atteint Barbie depuis bien des années, puisque 92 % des Américaines ont possédé une Barbie entre l’âge de 3 ans et l’âge de 12 ans. Toujours est-il que, selon Le Journal de Montréal qui publie les images de ces nouvelles « Barbie Fashionistas », « la nouvelle Barbie « Curvy » pourrait changer la façon dont les femmes se perçoivent ». Parallèlement aux poupées Barbie disponibles dans les grandes surfaces et à destination des enfants, la société Mattel commercialise depuis les années 1990 des poupées Barbie de collection. La marque s’inspire principalement de la culture populaire de masse telle que : le cinéma, la musique et la télévision, afin de créer une gamme exclusivement basée autour de ces disciplines. Ces poupées Barbie à tirage limité sont vendues dans des magasins spécialisés à un prix beaucoup plus élevé. (…) D’autres poupées Barbie sont habillées par de grands couturiers110, avec, entre autres, pour les cinquante ans de Barbie en 2009, cinquante créateurs qui ont participé au relooking de celle-ci. : Givenchy, Oscar de la Renta (1998), Karl Lagerfeld111 (2009), Calvin Klein, Versace, Vera Wang, Christian Dior (1995 et 1997), Louis Vuitton112 (2011), Yves Saint Laurent, Christian Louboutin, Jean Paul Gaultier (2 poupées), Robert Mackie, Chantal Thomass et plus récemment en 2014 : une « barbie » Karl Lagerfeld, etc. (…) Barbie est fréquemment associée au monde de la joaillerie, pour l’édition de poupées en éditions limitées. Ainsi, la poupée Barbie neuve la plus chère est celle créée par Stefano Canturi130 présentée en Australie en 2010, avec un tarif de 500 000 dollars. Le précédent record pour le prix unitaire datait de 2008 avec une poupée à 94 800 dollars présentée au Mexique. (…) En Arabie saoudite, pour justifier l’interdiction des poupées Barbie dans le royaume, le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (organisme chargé de la police religieuse) déclara : « Les poupées Barbie juives, avec leurs vêtements révélateurs, leurs postures, accessoires et outils honteux sont un symbole de la décadence de l’Occident perverti. Prenons garde à ces dangers et faisons très attention. » Pour les psychiatres, Barbie est un fantasme d’adulte mais pas de petites filles. Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer présente le designer de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. Des parents l’accusent de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. La pédopsychiatre Gisèle George et la psychanalyste Claude Halmos rejettent l’idée que Barbie ait un quelconque pouvoir, cette dernière va plus loin en disant que la construction psychique d’un enfant dépend des adultes et non pas des objets qui l’entourent. Cette polémique persiste, et des chercheurs en médecine montrent que les mensurations de Barbie ne sont pas compatibles avec une vie normale, et qu’elle conduit à adopter des conduites alimentaires anorexiques. Fin 2013, une campagne est lancée en vue de promouvoir l’image d’une Barbie plus « ronde ». En 1992, Mattel commercialise la Teen Talk Barbie : elle peut émettre quelques phrases « comme les ados » à propos de shopping, vêtements, pizzas etc. La phrase : « Math class is tough! » (« Les maths, c’est dur ! ») attire la réprobation de l’Association américaine des femmes diplômées des universités (AAUW). Mattel retire rapidement la phrase du « répertoire » de Barbie. Par contre la phrase : « Allons faire les courses après l’école » ne fut jamais retirée de l’exemplaire français de la Teen Talk Barbie malgré les réticences de l’AAUW. Hugo Chávez, le président vénézuélien, a proposé de fabriquer des « poupées avec des visages d’Indiens » pour remplacer « la Barbie, qui n’a rien à voir avec notre culture »141. En 2010, la sortie de Barbie Vidéo Girl suscite l’inquiétude du FBI. Cette poupée équipée d’une caméra et d’un écran LCD pourrait être utilisée selon l’agence comme un moyen détourné de produire du contenu pédopornographique. Durant le premier semestre 2012, Barbie fait de la politique, mais sans prendre parti, avec la commercialisation de la poupée Yes She Can. La même année, Valeria Lukyanova se fait remarquer par les médias du monde entier en se faisant surnommer la « Barbie vivante ». À la suite de la publication d’un rapport en octobre 2013144, les associations Peuples Solidaires et China Labor Watch ont lancé une campagne pour dénoncer les conditions de travail des ouvrières et ouvriers chinois qui fabriquent les poupées Barbie. La campagne « Barbie ouvrière » a été lancée peu avant Noël 2013 afin de sensibiliser les consommateurs et de faire pression sur l’entreprise Mattel. Wikipedia
Lilli est une poupée mannequin produite de 1955 à 1961 par la société allemande O. & M. Hausser. Elle apparaît pour la première fois en 1952 dans une bande dessinée publiée dans le journal allemand Bild Zeitung. Sa morphologie adulte, ses cheveux implantés et sa fabrication en matière plastique avec plusieurs trousseaux de vêtements contemporains en tissus, ont été repris aux États-Unis pour devenir la poupée Barbie. À l’origine, Lilli est un personnage de bande dessinée créé par Reinhard Beuthien. Elle fait sa première apparition le 24 juin 1952 dans le journal Bild Zeitung. Devant le succès remporté par ce personnage, Bild décide d’en faire une poupée pour la commercialiser en tant que mascotte. Le journal fait alors appel à la société allemande O. & M. Hausser, un fabricant de jouets établi à Neustadt et dirigé par les frères Rolf et Kurt Hausser. Créée par Max Weissbrodt, la poupée Lilli est lancée le 12 août 1955. O. & M. Hausser lui adjoint des meubles ainsi qu’une garde-robe conséquente inspirée de la mode des années 50, dessinée par Martha Maar et confectionnée par la société 3M Puppenfabrik. Avec son corps de jeune femme sexy, sa bouche sensuelle, son maquillage et ses yeux « en coulisse », Lilli tranche avec les poupées-fillettes et les poupons joufflus. Elle promeut un nouveau modèle : la poupée mannequin. Des poupées-femmes existaient déjà avant l’apparition de Lilli mais dans la plupart des cas elles n’étaient pas considérées comme des jouets et n’étaient pas destinées aux enfants.L’arrivée de Barbie sur le marché du jouet va lui être fatale. Lors d’un séjour en Europe, Ruth Handler, co-fondatrice de la société Mattel avec son mari Elliot, découvre la poupée Lilli dans une boutique suisse. De retour aux États-Unis, Ruth Handler décide de s’en inspirer pour créer la poupée Barbie. Wikipedia
On s’en doutait, les mensurations de la poupée Barbie de Mattel sont inapplicables à un humain. Le site anglais rehabs.co a décidé de se pencher sur la question en comparant le corps de Barbie à celui d’une Américaine moyenne. Cette étude fait partie d’un rapport sur les désordres alimentaires et les problèmes des jeunes filles avec leur image. Le verdict est sans appel : si Barbie était en chair et en os, elle serait en très mauvaise santé. Son cou est beaucoup trop long et 15 cm plus fin que celui d’une femme normale. Sans ce soutien, sa tête tombe donc sur le côté. Avec une taille de 40 cm, impossible de loger tous les organes. Adieu l’estomac et une bonne partie de l’intestin. Sa taille est également trop fine puisqu’elle ne représenterait que 56% des hanches. Ses jambes, elles, sont anormalement longues et beaucoup trop maigres. Résultat, avec des chevilles de 15 cm, soit la même taille du pied d’un enfant de trois ans, elle ne tiendrait pas debout. Impossible de marcher donc, ni même de se soutenir avec les mains, car des poignets de 7,6 cm ne sont pas suffisants pour porter son corps. Si Barbie était vivante, elle serait donc constamment allongée, et ne pourrait pas survivre longtemps à cause de ses problèmes d’organes. Top santé
Mais vous ne vous rendez pas compte à quoi on s’est heurtés quand on a introduit Barbie en France il y a vingt-cinq ans. Aux mêmes comportements de refus que ceux qui avaient accueilli Barbie dix ans plus tôt aux Etats-Unis. Cette première poupée sexuée, en pleine Amérique puritaine, elle ne passait pas du tout. Nous avons mis dix ans à remonter la pente. Robert Gerson (Mattel France)
Certes, celui qui a conçu la Barbie n’avait pas une once de féminisme : il a projeté l’image d’un objet sexuel, d’après un prototype américain à la Jane Mansfield. En revanche, on ne peut pas donner à Barbie un pouvoir qu’elle n’a pas : une poupée ne peut pas influer sur l’orientation sexuelle, professionnelle, ou quoi que ce soit d’autre… Gisèle George (pédopsychiatre)
Il est devenu courant d’accuser les objets : la violence serait de la faute de la télé, l’anorexie, celle de Barbie… mais on oublie l’essentiel : la construction psychique d’un enfant dépend des adultes qui l’entourent. Une petite fille conçoit la féminité à travers ce que sa mère ressent et vit pour elle-même, et à travers la façon dont son père ou un compagnon masculin considère sa mère. Claude Halmos (psychanalyste)
Si Playmobil fait l’unanimité auprès des parents, ce n’est pas le cas de Barbie, la plus célèbre des poupées, qui a fêté ses 50 ans en 2009 et s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël. Avec ses mensurations improbables – soit 95-45-82 à l’échelle humaine -, Barbie est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. Dans l’Hexagone, de plus en plus de mamans répugnent à l’offrir à leurs filles. Avec 3 millions de poupées vendues par an en France sur une cible de… 3 millions de petites filles âgées de 2 à 9 ans, le fabricant Mattel n’est pourtant pas encore aux abois. « 80 % de l’offre Barbie et ses accessoires, château, voiture, chevaux… est renouvelé chaque année », explique Arnaud Roland-Gosselin, directeur marketing de Mattel France. De quoi entretenir l’intérêt des petites consommatrices, qui possèdent, chacune, une moyenne de douze poupées. Dernière excentricité marketing en date, la sortie, pour les fêtes de fin d’année, d’une Barbie chaussée par le créateur Christian Louboutin : 115 euros le modèle avec ses escarpins à semelle rouge. En 2009, Barbie aura été à l’honneur : les plus grands créateurs lui ont consacré un défilé en février lors de la semaine de la mode à New York, un livre-coffret luxueux retraçant sa saga a été édité chez Assouline et les studios Universal ont annoncé qu’elle allait bientôt être l’héroïne d’une superproduction hollywoodienne. Pour autant, la poupée n’a pas fêté son cinquantième anniversaire en toute sérénité. Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel (« Jouet-Monstre : le grand méchant monde de Mattel ») et publié aux Etats-Unis chez Wiley-Blackwell, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer écorne sérieusement le mythe. Auteur de la biographie non autorisée de Bill et Hillary Clinton, Jerry Oppenheimer présente dans son ouvrage le père de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. De quoi effrayer encore davantage les mamans ? (…) Les enfants ne voient pas le jouet au premier degré, comme les adultes, assure pour sa part Patrice Huerre, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital d’Antony (Hauts-de-Seine) et auteur de Place au jeu : jouer pour apprendre à vivre (Nathan, 144 pages, 14,95 euros). « Les enfants ne sont pas empêchés de rêver par la forme d’un objet, la preuve : d’un caillou, ils font un bolide », précise Patrice Huerre. En revanche, certains jouets, en rupture avec leur époque, peuvent, selon le psychiatre, avoir un pouvoir d’anticipation, comme la littérature de fiction. « Barbie, ce fantasme d’adulte, anticipe sur la révolution sexuelle, Mai 68, la contraception, et l’émancipation des femmes…, estime-t-il. Elle est entrée en résonance avec une attente implicite des enfants, qui sont ensuite devenus les adolescents des années 1968 ». Le médecin a coorganisé cette année au Musée des arts décoratifs de Paris une exposition intitulée « Quand je serai grand, je serai… » Dans ce cadre, il avait été demandé à 600 enfants de dire ce qu’ils aimeraient faire plus tard, et de désigner les jouets symbolisant le mieux leurs aspirations. On y trouvait en bonne place la fameuse Barbie. Le Monde
La milliardième Barbie va être vendue cette année. La maison Mattel, qui fabrique la poupée mannequin, a annoncé cette nouvelle de poids la semaine dernière, en la lestant d’autres chiffres considérables: six millions de Barbie vendues chaque année en France, une progression de 20% entre 1995 et 1996, six poupées en moyenne entre les mains de chaque fillette de ce pays. Une affaire qui marche, en somme. Et pourtant, comme à chaque fois qu’elle convoque la presse pour parler de Barbie, la firme s’est armée d’une escouade de spécialistes de l’enfance: psychologue, sociologue, pédiatre, professeur » Pour dire quoi? Que Barbie est «un jeu de rêve pour une meilleure adaptation à la réalité» (Armelle Le Bigot, chargée d’études), qu’elle est un «facteur de structuration de la personnalité chez la petite fille» (Dominique Charton, psychothérapeute), que «l’intérêt de Barbie est d’être liée aux évolutions sociales de la deuxième moitié du XXe siècle» (Gilles Brougère, professeur de sciences de l’éducation à Paris-Nord). En résumé, parents, «ne vous inquiétez pas »» (Edwige Antier, pédiatre). S’inquiéter? Bigre » Il y aurait donc lieu de se faire du souci quand une gamine joue aux Barbie. C’est en tout cas ce que Mattel semble indiquer en s’évertuant ainsi à se justifier. (…) Dans le dossier de presse, Gilles Brougère rappelle qu’«à cette époque, Barbie, plus qu’aujourd’hui, sentait le soufre.» De son côté, Armelle Le Bigot, qui écoute depuis des années des mères pour le compte de Mattel, se souvient que «les premières réactions des mamans étaient plutôt musclées. Elles nous parlaient de « cette bonne femme, « cette Américaine, « cette pute» » Par bonheur pour Mattel, les premières utilisatrices de Barbie ont grandi, sont devenues parfois mères à leur tour et c’est cette génération-là qui cause aujourd’hui dans les panels d’Armelle Le Bigot. Désormais, c’est du tout-cuit. «Barbie est dédiabolisée», diagnostique la chargée d’études. Les mères seraient même rassurées de voir que leurs filles, même en caleçon et baskets, «rêvent de belles robes et de paillettes, comme elles au même âge». Ces changements n’ont pas bousculé l’approche prudente des dirigeants de Mattel France. Interrogé sur cette stratégie défensive, le PDG finit par admettre que «non, Barbie ne dérange plus». Et ajoute: «Je me demande si ce n’est pas moi qui me fais un peu de cinéma de temps en temps. » Sibylle Vincendon
Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé. Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité. Robert Best (designer en chef chez Mattel)
Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société. L’engouement pour Barbie s’est appuyé sur l’univers très vite créé par Mattel autour du personnage, avec sa famille, ses amis, ses activités, une savante alchimie qui permet aux enfants de projeter leur imagination dans toutes les situations. Anne Monier (Musée des Arts Décoratifs)
C’est la poupée la plus célèbre du monde, et sans doute aussi la plus critiquée, pour ses mensurations improbables et son inatteignable perfection. Barbie se dévoile dans une exposition inédite à Paris qui raconte l’histoire de cette icône de beauté de 29 centimètres. « Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société », explique à l’AFP Anne Monier, commissaire de l’exposition (jusqu’au 18 septembre au Musée des Arts Décoratifs), la première de cette ampleur dans un musée français. Quelque 700 poupées y sont présentées avec autant de tenues. Avec ses cheveux blond platine, ses jambes interminables et sa poitrine généreuse, Barbie s’est distinguée dès sa naissance, il y a 57 ans, par sa ressemblance avec une jeune femme adulte, une révolution dans le monde des poupons qui régnaient jusqu’alors en maîtres dans les coffres à jouets. Oeuvre de l’Américaine Ruth Handler, épouse du cofondateur de la société Mattel, qui lui donna le prénom de sa fille Barbara, elle fit sa première apparition publique le 9 mars 1959, à la foire du jouet de New York, avant de connaître un immense succès commercial, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. Le cap du milliard de Barbie vendues dans le monde a été franchi dans le monde en 1997. Au fil des années, la reine des poupées a élargi la palette de ses compétences, des plus classiques aux plus insolites: infirmière, top modèle, danseuse, gymnaste mais aussi astronaute (elle a posé le pied sur la Lune avant Neil Armstrong) ou encore présidente des Etats-Unis. Cette gloire planétaire va apporter à Barbie son lot de controverses, ses détracteurs lui reprochant de renvoyer une image trop stéréotypée de la femme, celle d’une européenne, active, blonde et mince. Des psychiatres ont affirmé qu’elle était un fantasme d’adulte avant d’être un jouet de petites filles. Des parents l’ont accusée d’encourager l’anorexie chez les adolescentes. Des scientifiques sont allés jusqu’à démontrer que si Barbie était une vraie femme, elle pèserait 49 kilos et mesurerait 175 cm, son tour de taille ferait 45 cm et ses pieds 21 cm. Ils en ont conclu que la pauvre créature serait alors obligée de marcher à quatre pattes car ses pieds et ses jambes ne pourraient pas la porter. En 2009, le journaliste américain Jerry Oppenheimer écorne sévèrement l’image de la belle – qui célébrait cette année-là son cinquantième anniversaire – en la décrivant comme l’incarnation du fantasme ultime de son designer: une call-girl de luxe, à la taille ultra fine, aux seins en obus et au visage enfantin. « La Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé », assure à l’AFP Robert Best, designer en chef chez Mattel. « Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité », poursuit-il. Témoin de cette volonté, les trois nouvelles versions lancées par Mattel en début d’année: la grande, la petite, et surtout la ronde, une Barbie potelée, tout en courbes, qui s’éloigne de la poupée d’origine pour s’approcher de Madame Tout Le Monde. Une stratégie visant aussi à endiguer l’érosion des ventes. L’enseigne américaine a déjà fait plusieurs tentatives pour ouvrir Barbie à la différence, sans pour autant faire évoluer ses mensurations. En 1980, elle avait commercialisé Black Barbie, une Barbie noire. L’arrivée des trois nouvelles silhouettes a été célébrée par l’hebdomadaire américain Time qui a mis Barbie en couverture en janvier avec cette question, posée par la poupée elle-même: « A présent, peut-on arrêter de parler de mon corps ? » Le Parisien
La poupée traverse les générations. Depuis sa création, 1 milliard de modèles ont été vendus dans le monde et chaque année, environ 58 millions de poupées sont achetées. En 1959, la poupée californienne, produite par Mattel, débarque dans les foyers comme un pavé dans la marre. Pour la première fois, une poupée type adulte et sexualisée vient casser les modèles traditionnels des poupées enfantines. Emerge alors un jouet aux allures de femme irréaliste : des jambes interminables, une poitrine pulpeuse et une taille de guêpe. Barbie a alors des proportions inhumaines. Face aux critiques récurrentes, et surtout à la chute des ventes, Mattel opère une petite révolution en 2015 : les premières poupées à corpulences dites “normales” sont commercialisées. Aujourd’hui, Barbie n’est plus seulement cette mannequin blonde californienne au teint hâlé. Moins stéréotypée, elle est blonde, brune, rousse, à la peau noire, blanche, métisse… Elle met des pantalons et des jupes, travaille au McDo, danse ou dirige une entreprise. Selon la marque, 55% des poupées vendues dans le monde n’auraient ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus. La marque s’efforce de déconstruire les clichés sexistes de sa poupée, parfois non sans mal. En novembre 2014, Mattel sort Barbie, je peux être une ingénieure informatique, un livre qui dépeint une jeune femme nulle en informatique et incapable de faire quoique ce soit sans l’aide de ses amis masculins… Face à la polémique, Mattel présente ses excuses et retire le livre de la vente. Les Echos
Puisant dans les collections des Arts Décoratifs et dans les archives inédites de la maison Mattel®, l’exposition s’efforce d’offrir deux lectures possibles, pour les enfants en évoquant la pure jubilation d’un jouet universellement connu, et pour les adultes, en replaçant cette figure phare depuis 1959 dans une perspective historique et sociologique. 700 Barbies sont ainsi déployées sur 1500m2, aux côtés d’œuvres issues des collections du musée (poupées, tenues), mais également d’œuvres d’artistes contemporains, de documents (journaux, photographies, vidéo) qui contribuent à contextualiser les « vies de Barbie ». Au-delà d’être un jouet, Barbie est le reflet d’une culture et de son évolution. On l’a d’abord associée à l’American way of life avant d’incarner une dimension plus universelle, épousant les changements sociaux, politiques, culturels. Elle évolue dans le confort moderne tout en épousant de nouvelles causes, questionnant les stéréotypes, haïe pour ce qu’elle représenterait d’une femme idéalisée, et pourtant autonome et indépendante, adoptant toutes ambitions de l’époque contemporaine. Ses silhouettes, ses coiffures, ses costumes, sont le fruit de quelques secrets de fabrication dont certains sont révélés pour l’occasion à travers maquettes ou témoignages de ceux qui font le succès de Barbie. Un succès qui tient à la capacité de la poupée à suivre l’évolution de son époque pour se renouveler tout en restant la même. Un succès qui imprègne la culture populaire depuis sa création jusqu’à nos jours, mais qui inspire aussi les artistes. Certains, comme Andy Warhol, en ont fait le portrait quand d’autres l’ont largement détourné. Nombreux sont les créateurs qui ont croisé son chemin de passionnée de mode, pour laquelle chacun a déjà imaginé les tenues les plus extravagantes ou les plus élégantes. Quelques-unes de ses robes de collections sont ainsi signées par des couturiers, parmi lesquels Thierry Mugler, Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier, Agnès B, Cacharel ou encore Christian Louboutin. Sa garde-robe déployée pour l’occasion sur plusieurs mètres de cimaises n’est autre que le reflet de la mode dont le musée sortira en contrepoint quelques-unes des pièces les plus parlantes. Musée des Arts décoratifs
When I set out to write about the fascinating behind-the-scenes story of the “doll wars”, at the centre of it was the doll that has dominated the pink toy shelves for three generations — Barbie. I wanted to uncover her secret history and how she has battled to keep her image and her near-monopoly market power for over five decades. The story of Barbie begins with Ruth Handler, born Ruth Moskowicz, the youngest of ten children, born in 1916 to a Jewish-Polish family in Colorado. Her father, a blacksmith, emigrated from Poland, finding work in Denver and sending for his wife and children two years later. The Moskowiczs were extremely poor and, when Ruth’s mother became ill, Ruth’s sister turned surrogate mother, which some people misinterpreted: “It has been suggested to me once or twice that this supposed ‘rejection’ by my mother may have been what spurred me to become the kind of person who always has to prove herself. This seems like utter nonsense.” Nonsense or not, the doll she claims to have invented would never become a mother. Rather, Barbie was destined to live the early dreams of Hertopia: a self-realised woman on her own. Ruth founded Mattel with her husband Elliot Handler, whom she had met at a Jewish youth dance in 1929. They married and had a daughter and a son, Barbara and Kenneth — the dolls Barbie and Ken were born later. In 1956, during a family trip to Switzerland, Handler came across a German doll called Bild Lilli. Lilli was a popular doll in post-war Germany but she was not a child’s plaything, she was an adult toy based on a cartoon. Bluntly, Lilli dolls were designed for sex-hungry German men who bought her for girlfriends and mistresses in lieu of flowers, or as a suggestive gift. Her promotional brochures had such phrases as “Gentlemen prefer Lilli. Whether more or less naked, Lilli is always discreet.” In Switzerland, Handler tucked Lilli in her suitcase, brought her back to the Mattel headquarters in California and launched Barbie based on her image. The story of Barbie’s success is inextricably tied to her secret past. A multimillion-dollar campaign began, led by another controversial Jewish immigrant, Ernst Ditcher, an Austrian psychologist turned American marketing guru. Dr Dichter used Freudian psychology to convince mothers to bring a hyper-sexualised adult doll into the hearts and minds of little girls. The Barbie campaign, along with many other consumer marketing campaigns he led, made him the nemesis of mid-century feminists. Dichter’s notorious reputation was based on his manipulation of human desire. He applied psychoanalysis to selling, forever shaping America’s consumption fetishism: a desire to own stuff — which has yet to subside. As Barbie’s sales soared, Lilli’s owners sued unsuccessfully for patent infringement. Until the early 2000s, Barbie reigned supreme. The challenge, when it came, was from a different doll, and another Jewish entrepreneur. In 1995, Islamic fundamentalists in Kuwait issued a fatwa against Barbie, a ruling under Islamic law prohibiting the buying or selling of this she-devil. In 2003, when Saudi Arabia outlawed the sale of Barbie dolls, the Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice announced that the “Jewish Barbie” is the symbol of decadence to the perverted West. Orly Lobel
So it turns out Barbie’s original design was based on a German adult gag-gift escort doll named Lilli. That’s right, she wasn’t a dentist or a surgeon, an Olympian gymnast, a pet stylist or an ambassador for world peace. And she certainly wasn’t a toy for little girls… Unbeknownst to most, Barbie actually started out life in the late 1940s as a German cartoon character created by artist Reinhard Beuthien for the Hamburg-based tabloid, Bild-Zeitung. The comic strip character was known as “Bild Lilli”, a post-war gold-digging buxom broad who got by in life seducing wealthy male suitors. She was famously quick-witted and known to talk back when it came to male authority. In one cartoon, Lilli is warned by a policeman for illegally wearing a bikini out on the sidewalk. Lilli responds, “Oh, and in your opinion, what part should I take off?” She became so popular that in 1953, the newspaper decided to market a three-dimensional version which was sold as an adult novelty toy, available to buy from bars, tobacco kiosks and adult toy stores. They were often given out as bachelor party gag gifts and dangled from a car’s rearview mirror. Parents considered the doll inappropriate for children and a German brochure from the 1950s described Lilli as “always discreet,” and with her impressive wardrobe, she was “the star of every bar”. She did indeed have such a wide range of outfits and accessories you could buy for her, that eventually little girls began wanting her as a playdoll too. While toy factories tried to cash in on her popularity with children, Lilli still remained a successful adult novelty, especially outside of Germany. A journalist for The New Yorker magazine, Ariel Levy, later referred to Lilli as a “sex doll”. In the 1950s, one of the founders of Mattel, Ruth Handler (pictured above), was travelling to Europe and bought a few Lilli dolls to take home. She re-worked the design of the doll and later debuted Barbie at the New York toy fair on March 9, 1959. Mattel acquired the rights to Bild Lilli in 1964, and production of the German doll ceased. (Funny how Barbie’s lighter skin tone was just about the only noticeable change in the early days). (…) So which version would you prefer? Barbie’s ballsy European precursor or Mattel’s squeaky clean lookalike? MessyNessy

Après l’école, Supermanl’humourla fête nationale, Thanksgiving, les droits civiques, les Harlem globetrotters et le panier à trois points, le soft power, l’Amérique, le génocide et même eux-mêmes  et sans parler des chansons de Noël et de la musique pop ou d’Hollywood, la littérature… les poupées Barbie  !

Corps de jeune femme sexy, bouche sensuelle, maquillage, yeux « en coulisse », silhouette élancée, poitrine pulpeuse, taille de guêpe, jambes interminables, pute, call-girl de luxe, seins en obus, visage enfantin, objet sexuel,  prototype américain à la Jane Mansfield, fantasme d’adulte, qui fausse l’image de la femme, encourage l’anorexie, mensurations improbables, proportions inhumaines, inatteignable perfection, icône de beauté, image trop stéréotypée de la femme, européenne, active, blonde et mince, vêtements révélateurs, postures, accessoires et outils honteux, menace morale, symbole de la décadence de l’Occident perverti, Américaine, juive …

Au lendemain de la fête des droits de la femme …

Et en ce 60e anniversaire de la poupée Barbie

Devinez par qui a été (re)créée …

A partir de la sulfureuse mascotte pour hommes tirée d’une bande dessinée du tabloid allemand Bild …

Et avant sa renaissance, politiquement correct et diversité obligent il y a trois ans, en modèle aux multiples professions, formes et tailles de la femme moderne aux 27 teints de peau, 22 couleurs d’yeux et 24 coiffures …

Comme, avant elle l’ultime repoussoir Disney, sa muséification française …

Cette ultime icône de la beauté américaine…

Devenue épouvantail préféré des féministes et des psys …

Et symbole juif, pour les diverses polices religieuses des Etats musulmans, de la « décadence de l’Occident perverti » ?

Saudi Religious Police Say Barbie Is a Moral Threat
Fox News
September 10, 2003

DUBAI, United Arab Emirates —  Saudi Arabia’s religious police have declared Barbie dolls a threat to morality, complaining that the revealing clothes of the « Jewish » toy — already banned in the kingdom — are offensive to Islam.

The Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice, as the religious police are officially known, lists the dolls on a section of its Web site devoted to items deemed offensive to the conservative Saudi interpretation of Islam.

« Jewish Barbie dolls, with their revealing clothes and shameful postures, accessories and tools are a symbol of decadence to the perverted West. Let us beware of her dangers and be careful, » said a message posted on the site.

A spokesman for the Committee said the campaign against Barbie — banned for more than 10 years — coincides with the start of the school year to remind children and their parents of the doll’s negative qualities.

Speaking to The Associated Press by telephone from the holy city of Medina (search), he claimed that Barbie was modeled after a real-life Jewish woman.

Although illegal, Barbies are found on the black market, where a contraband doll could cost $27 or more.

Sheik Abdulla al-Merdas, a preacher in a Riyadh mosque, said the muttawa, the committee’s enforcers, take their anti-Barbie campaign to the shops, confiscating dolls from sellers and imposing a fine.

« It is no problem that little girls play with dolls. But these dolls should not have the developed body of a woman and wear revealing clothes, » al-Merdas said.

« These revealing clothes will be imprinted in their minds and they will refuse to wear the clothes we are used to as Muslims. »

U.S.-based Mattel Inc. (search), which has been making the doll since 1959, did not immediately return a phone call seeking comment.

Women in Saudi Arabia must cover themselves from head to toe with a black cloak in public. They are not allowed to drive and cannot go out in public unaccompanied by a male family member.

Other items listed as violations on the site included Valentine’s Day gifts, perfume bottles in the shape of women’s bodies, clothing with logos that include a cross, and decorative copies of religious items or text — offensive because they could be damaged and thus insult Islam.

An exhibition of all the offensive items is found in Medina, and mobile tours go around to schools and other public areas in the kingdom.

The Committee acts as a monitoring and punishing agency, propagating conservative Islamic beliefs according to the teachings of the puritan Wahhabi (search) sect, adhered to the kingdom since the 18th century, and enforcing strict moral code.

Voir aussi:

Meet Lilli, the High-end German Call Girl Who Became America’s Iconic Barbie Doll

MessyNessy
January 29, 2016

So it turns out Barbie’s original design was based on a German adult gag-gift escort doll named Lilli. That’s right, she wasn’t a dentist or a surgeon, an Olympian gymnast, a pet stylist or an ambassador for world peace. And she certainly wasn’t a toy for little girls…

Unbeknownst to most, Barbie actually started out life in the late 1940s as a German cartoon character created by artist Reinhard Beuthien for the Hamburg-based tabloid, Bild-Zeitung. The comic strip character was known as “Bild Lilli”, a post-war gold-digging buxom broad who got by in life seducing wealthy male suitors.

She was famously quick-witted and known to talk back when it came to male authority. In one cartoon, Lilli is warned by a policeman for illegally wearing a bikini out on the sidewalk. Lilli responds, “Oh, and in your opinion, what part should I take off?”

She became so popular that in 1953, the newspaper decided to market a three-dimensional version which was sold as an adult novelty toy, available to buy from bars, tobacco kiosks and adult toy stores. They were often given out as bachelor party gag gifts and dangled from a car’s rearview mirror.

Parents considered the doll inappropriate for children and a German brochure from the 1950s described Lilli as “always discreet,” and with her impressive wardrobe, she was “the star of every bar”. She did indeed have such a wide range of outfits and accessories you could buy for her, that eventually little girls began wanting her as a playdoll too. While toy factories tried to cash in on her popularity with children, Lilli still remained a successful adult novelty, especially outside of Germany. A journalist for The New Yorker magazine, Ariel Levy, later referred to Lilli as a “sex doll”.

In the 1950s, one of the founders of Mattel, Ruth Handler (pictured above), was travelling to Europe and bought a few Lilli dolls to take home. She re-worked the design of the doll and later debuted Barbie at the New York toy fair on March 9, 1959.

Mattel acquired the rights to Bild Lilli in 1964, and production of the German doll ceased. (Funny how Barbie’s lighter skin tone was just about the only noticeable change in the early days).

And the rest is a history you’re a little more familiar with, and no doubt one Mattel is a little more comfortable with…

So which version would you prefer? Barbie’s ballsy European precursor or Mattel’s squeaky clean lookalike?

Voir également:

Barbie Millicent Roberts, from Wisconsin US, is celebrating her 60th birthday. She is a toy. A doll. Yet she has grown into a phenomenon. An iconic figure, recognised by millions of children and adults worldwide, she has remained a popular choice for more than six decades – a somewhat unprecedented feat for a doll in the toy industry.

She is also, arguably, the original “influencer” of young girls, pushing an image and lifestyle that can shape what they aspire to be like. So, at 60, how is the iconic Barbie stepping up to support her fellow women and girls?

When Barbie was born many toys for young girls were of the baby doll variety; encouraging nurturing and motherhood and perpetuating the idea that a girl’s future role would be one of homemaker and mother. Thus Barbie was born out of a desire to give girls something more. Barbie was a fashion model with her own career. The idea that girls could play with her and imagine their future selves, whatever that may be, was central to the Barbie brand.

However, the “something more” that was given fell short of empowering girls, by today’s standards. And Barbie has been described as “an agent of female oppression”. The focus on play that imagined being grown up, with perfect hair, a perfect body, a plethora of outfits, a sexualised physique, and a perfect first love (in the equally perfect Ken) has been criticised over the years for perpetuating a different kind of ideal – one centred around body image, with dangerous consequences for girls’ mental and physical health.

Body image

Toys have a significant influence on the development of children, far beyond innocent play. Through play, children mimic social norms and subtle messages regarding gender roles, and stereotypes can be transmitted by seemingly ubiquitous toys. Early studies in the 1930s by Kenneth and Mamie Clark showed how young black girls would more often choose to play with a white doll rather than a black doll, as the white doll was considered more beautiful – a reflection of internalised feelings as a result of racism.

The same supposition – that girls playing with Barbie may internalise the unrealistic body that she innocently promotes – has been the subject of research and what is clear is that parents are often unaware of the potential effects on body image when approving toys for their children.

A group of UK researchers in 2006 found that young girls aged between five-and-a-half and seven-and-a-half years old who were exposed to a story book with Barbie doll images had greater body dissatisfaction and lower body esteem at the end of the study compared to young girls who were shown the same story with an Emme doll (a fashion doll with a more average body shape) or a story with no images.

More worrying, there were no differences between groups of girls aged five-and-a half and eight-and-a-half years of age, with all girls showing heightened body dissatisfaction. Another study ten years later found that exposure to Barbie dolls led to a higher thin-ideal internalisation, supporting findings that girls exposed to thin dolls eat less in subsequent tests.

Exposure to unhealthy, unrealistic and unattainable body images is associated with eating disorder risk. Indeed, the increasing prevalence of eating disorder symptoms in non-Western cultures has been linked to exposure to Western ideals of beauty. Barbie’s original proportions gave her a body mass index (BMI) so low that she would be unlikely to menstruate and the probability of this body shape is less than one in 100,000 women.

Changing shape

With growing awareness of body image disturbances and cultural pressures on young girls, many parents have begun to look for more empowering toys for their daughters. Barbie’s manufacturer, Mattel, has been listening, possibly prompted by falling sales, and in 2016 a new range of Barbies was launched that celebrated different body shapes, sizes, hair types and skin tones.

These have not been without criticism; the naming of the dolls based on their significant body part (curvy, tall, petite) is questionable and again draws attention to the body, while “curvy” Barbie, with her wider hips and larger thighs, remains very thin. Despite this, these additions are a welcome step in the right direction in allowing girls to play with Barbie dolls that provide more diversity.

More than a body

If Barbie was about empowering girls to be anything that they want to be, then the Barbie brand has tried to move with the times by providing powerful role playing tools for girls. No longer is Barbie portrayed in roles such as the air hostess – or, when promoted to pilot, still dressed in a feminine and pink version of the uniform. Modern pilot Barbie is more appropriately dressed, with a male air steward as a sidekick.

Such changes can have a remarkable impact on how young girls imagine their career possibilities, potential futures, and the roles that they are expected to take. Mattel’s move to honour 20 women role models including Japanese Haitian tennis player Naomi Osaka – currently the world number one – with her own doll is a positive step in bringing empowering role models into the consciousness of young girls.

Children who are less stereotyped in their gender and play are less likely to be stereotyped in their occupations and are more creative. But of course, society needs to mirror this. In the week when Virgin Atlantic abolished the requirement to wear make up for female cabin crew, the arduous journey away from constraining female body and beauty ideals could slowly be taking off. But in a culture where female ageing is now an aesthetic pressure felt by many, perhaps Mattel will show us diversity in age and womanhood? Happy 60th birthday to the still 20-year-old looking Barbie.

Voir de même:

(Reuters) – Barbie, the fashion doll famous around the world, celebrates her 60th anniversary on Saturday with new collections honoring real-life role models and careers in which women remain under-represented.

It is part of Barbie’s evolution over the decades since her debut at the New York Toy Fair on March 9, 1959.

To mark the milestone, manufacturer Mattel Inc created Barbie versions of 20 inspirational women from Japanese tennis star Naomi Osaka to British model and activist Adwoa Aboah.

The company also released six dolls representing the careers of astronaut, pilot, athlete, journalist, politician and firefighter, all fields in which Mattel said women are still under-represented.

Barbie is a cultural icon celebrated by the likes of Andy Warhol, the Paris Louvre museum and the 1997 satirical song “Barbie Girl” by Scandinavian pop group Aqua. She was named after the daughter of creator Ruth Handler.

Barbie has taken on more than 200 careers from surgeon to video game developer since her debut, when she wore a black-and-white striped swimsuit. After criticism that Barbie’s curvy body promoted an unrealistic image for young girls, Mattel added a wider variety of skin tones, body shapes, hijab-wearing dolls and science kits to make Barbie more educational.

Barbie is also going glamorous for her six-decade milestone. A diamond-anniversary doll wears a sparkly silver ball gown.

Voir de plus:

Un milliard de Barbie adoptées. Mal acceptée il y a vingt-cinq ans, la poupée ne fait plus peur aux mères.
Sibylle Vincendon
Libération
28 juin 1997

La milliardième Barbie va être vendue cette année. La maison Mattel, qui fabrique la poupée mannequin, a annoncé cette nouvelle de poids la semaine dernière, en la lestant d’autres chiffres considérables: six millions de Barbie vendues chaque année en France, une progression de 20% entre 1995 et 1996, six poupées en moyenne entre les mains de chaque fillette de ce pays. Une affaire qui marche, en somme. Et pourtant, comme à chaque fois qu’elle convoque la presse pour parler de Barbie, la firme s’est armée d’une escouade de spécialistes de l’enfance: psychologue, sociologue, pédiatre, professeur » Pour dire quoi? Que Barbie est «un jeu de rêve pour une meilleure adaptation à la réalité» (Armelle Le Bigot, chargée d’études), qu’elle est un «facteur de structuration de la personnalité chez la petite fille» (Dominique Charton, psychothérapeute), que «l’intérêt de Barbie est d’être liée aux évolutions sociales de la deuxième moitié du XXe siècle» (Gilles Brougère, professeur de sciences de l’éducation à Paris-Nord). En résumé, parents, «ne vous inquiétez pas »» (Edwige Antier, pédiatre).

S’inquiéter?

Bigre » Il y aurait donc lieu de se faire du souci quand une gamine joue aux Barbie. C’est en tout cas ce que Mattel semble indiquer en s’évertuant ainsi à se justifier. «Mais vous ne vous rendez pas compte à quoi on s’est heurtés quand on a introduit Barbie en France il y a vingt-cinq ans», s’exclame Robert Gerson, le PDG de Mattel France. «Aux mêmes comportements de refus que ceux qui avaient accueilli Barbie dix ans plus tôt aux Etats-Unis. Cette première poupée sexuée, en pleine Amérique puritaine, elle ne passait pas du tout » Nous avons mis dix ans à remonter la pente.» Dans le dossier de presse, Gilles Brougère rappelle qu’«à cette époque, Barbie, plus qu’aujourd’hui, sentait le soufre.» De son côté, Armelle Le Bigot, qui écoute depuis des années des mères pour le compte de Mattel, se souvient que «les premières réactions des mamans étaient plutôt musclées. Elles nous parlaient de « cette bonne femme, « cette Américaine, « cette pute» » Par bonheur pour Mattel, les premières utilisatrices de Barbie ont grandi, sont devenues parfois mères à leur tour et c’est cette génération-là qui cause aujourd’hui dans les panels d’Armelle Le Bigot. Désormais, c’est du tout-cuit. «Barbie est dédiabolisée», diagnostique la chargée d’études. Les mères seraient même rassurées de voir que leurs filles, même en caleçon et baskets, «rêvent de belles robes et de paillettes, comme elles au même âge». Ces changements n’ont pas bousculé l’approche prudente des dirigeants de Mattel France. Interrogé sur cette stratégie défensive, le PDG finit par admettre que «non, Barbie ne dérange plus». Et ajoute: «Je me demande si ce n’est pas moi qui me fais un peu de cinéma de temps en temps»;

Voir de même:

Pour les psychiatres, Barbie est un fantasme d’adulte mais pas de petites filles
Si Barbie s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël, elle est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie.
Véronique Lorelle
Le Monde
29 décembre 2009

Si Playmobil fait l’unanimité auprès des parents, ce n’est pas le cas de Barbie, la plus célèbre des poupées, qui a fêté ses 50 ans en 2009 et s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël. Avec ses mensurations improbables – soit 95-45-82 à l’échelle humaine -, Barbie est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. Dans l’Hexagone, de plus en plus de mamans répugnent à l’offrir à leurs filles.
Avec 3 millions de poupées vendues par an en France sur une cible de… 3 millions de petites filles âgées de 2 à 9 ans, le fabricant Mattel n’est pourtant pas encore aux abois. « 80 % de l’offre Barbie et ses accessoires, château, voiture, chevaux… est renouvelé chaque année », explique Arnaud Roland-Gosselin, directeur marketing de Mattel France.
De quoi entretenir l’intérêt des petites consommatrices, qui possèdent, chacune, une moyenne de douze poupées. Dernière excentricité marketing en date, la sortie, pour les fêtes de fin d’année, d’une Barbie chaussée par le créateur Christian Louboutin : 115 euros le modèle avec ses escarpins à semelle rouge.
En 2009, Barbie aura été à l’honneur : les plus grands créateurs lui ont consacré un défilé en février lors de la semaine de la mode à New York, un livre-coffret luxueux retraçant sa saga a été édité chez Assouline et les studios Universal ont annoncé qu’elle allait bientôt être l’héroïne d’une superproduction hollywoodienne. Pour autant, la poupée n’a pas fêté son cinquantième anniversaire en toute sérénité.
Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel (« Jouet-Monstre : le grand méchant monde de Mattel ») et publié aux Etats-Unis chez Wiley-Blackwell, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer écorne sérieusement le mythe. Auteur de la biographie non autorisée de Bill et Hillary Clinton, Jerry Oppenheimer présente dans son ouvrage le père de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. De quoi effrayer encore davantage les mamans ?
« Certes, celui qui a conçu la Barbie n’avait pas une once de féminisme : il a projeté l’image d’un objet sexuel, d’après un prototype américain à la Jane Mansfield, estime Gisèle George, pédopsychiatre, auteur de La Confiance en soi de votre enfant (Odile Jacob, 2008, 227 p., 7,50 euros). En revanche, on ne peut pas donner à Barbie un pouvoir qu’elle n’a pas : une poupée ne peut pas influer sur l’orientation sexuelle, professionnelle, ou quoi que ce soit d’autre… »
Pouvoir d’anticipation
Un point de vue que partage Claude Halmos, psychanalyste et écrivain. « Il est devenu courant d’accuser les objets : la violence serait de la faute de la télé, l’anorexie, celle de Barbie… mais on oublie l’essentiel : la construction psychique d’un enfant dépend des adultes qui l’entourent. » Selon la psychanalyste, « une petite fille conçoit la féminité à travers ce que sa mère ressent et vit pour elle-même, et à travers la façon dont son père ou un compagnon masculin considère sa mère ».Les enfants ne voient pas le jouet au premier degré, comme les adultes, assure pour sa part Patrice Huerre, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital d’Antony (Hauts-de-Seine) et auteur de Place au jeu : jouer pour apprendre à vivre (Nathan, 144 pages, 14,95 euros).
« Les enfants ne sont pas empêchés de rêver par la forme d’un objet, la preuve : d’un caillou, ils font un bolide », précise Patrice Huerre.
En revanche, certains jouets, en rupture avec leur époque, peuvent, selon le psychiatre, avoir un pouvoir d’anticipation, comme la littérature de fiction. « Barbie, ce fantasme d’adulte, anticipe sur la révolution sexuelle, Mai 68, la contraception, et l’émancipation des femmes…, estime-t-il. Elle est entrée en résonance avec une attente implicite des enfants, qui sont ensuite devenus les adolescents des années 1968″.
Le médecin a coorganisé cette année au Musée des arts décoratifs de Paris une exposition intitulée « Quand je serai grand, je serai… » Dans ce cadre, il avait été demandé à 600 enfants de dire ce qu’ils aimeraient faire plus tard, et de désigner les jouets symbolisant le mieux leurs aspirations. On y trouvait en bonne place la fameuse Barbie.
Voir de plus:

On s’en doutait, les mensurations de la poupée Barbie de Mattel sont inapplicables à un humain. Le site anglais rehabs.co a décidé de se pencher sur la question en comparant le corps de Barbie à celui d’une Américaine moyenne. Cette étude fait partie d’un rapport sur les désordres alimentaires et les problèmes des jeunes filles avec leur image. Le verdict est sans appel : si Barbie était en chair et en os, elle serait en très mauvaise santé.

Son cou est beaucoup trop long et 15 cm plus fin que celui d’une femme normale. Sans ce soutient, sa tête tombe donc sur le côté. Avec une taille de 40 cm, impossible de loger tous les organes. Adieu l’estomac et une bonne partie de l’intestin. Sa taille est également trop fine puisqu’elle ne représenterait que 56% des hanches. Ses jambes, elles, sont anormalement longues et beaucoup trop maigres.

Résultat, avec des chevilles de 15 cm, soit la même taille du pied d’un enfant de trois ans, elle ne tiendrait pas debout. Impossible de marcher donc, ni même de se soutenir avec les mains, car des poignets de 7,6 cm ne sont pas suffisants pour porter son corps.

Si Barbie était vivante, elle serait donc constamment allongée, et ne pourrait pas survivre longtemps à cause de ses problèmes d’organes.

Voir encore:

Blonde et icône à la fois, la poupée Barbie entre au musée à Paris

Le Parisien
10 mars 2016

C’est la poupée la plus célèbre du monde, et sans doute aussi la plus critiquée, pour ses mensurations improbables et son inatteignable perfection. Barbie se dévoile dans une exposition inédite à Paris qui raconte l’histoire de cette icône de beauté de 29 centimètres.
« Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société », explique à l’AFP Anne Monier, commissaire de l’exposition (jusqu’au 18 septembre au Musée des Arts Décoratifs), la première de cette ampleur dans un musée français. Quelque 700 poupées y sont présentées avec autant de tenues.
Avec ses cheveux blond platine, ses jambes interminables et sa poitrine généreuse, Barbie s’est distinguée dès sa naissance, il y a 57 ans, par sa ressemblance avec une jeune femme adulte, une révolution dans le monde des poupons qui régnaient jusqu’alors en maîtres dans les coffres à jouets.
Oeuvre de l’Américaine Ruth Handler, épouse du cofondateur de la société Mattel, qui lui donna le prénom de sa fille Barbara, elle fit sa première apparition publique le 9 mars 1959, à la foire du jouet de New York, avant de connaître un immense succès commercial, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. Le cap du milliard de Barbie vendues dans le monde a été franchi dans le monde en 1997.
« L’engouement pour Barbie s’est appuyé sur l’univers très vite créé par Mattel autour du personnage, avec sa famille, ses amis, ses activités, une savante alchimie qui permet aux enfants de projeter leur imagination dans toutes les situations », explique Anne Monier.
Au fil des années, la reine des poupées a élargi la palette de ses compétences, des plus classiques aux plus insolites: infirmière, top modèle, danseuse, gymnaste mais aussi astronaute (elle a posé le pied sur la Lune avant Neil Armstrong) ou encore présidente des Etats-Unis.
Cette gloire planétaire va apporter à Barbie son lot de controverses, ses détracteurs lui reprochant de renvoyer une image trop stéréotypée de la femme, celle d’une européenne, active, blonde et mince.
– Call-girl de luxe… –
Des psychiatres ont affirmé qu’elle était un fantasme d’adulte avant d’être un jouet de petites filles. Des parents l’ont accusée d’encourager l’anorexie chez les adolescentes.
Des scientifiques sont allés jusqu’à démontrer que si Barbie était une vraie femme, elle pèserait 49 kilos et mesurerait 175 cm, son tour de taille ferait 45 cm et ses pieds 21 cm.
Ils en ont conclu que la pauvre créature serait alors obligée de marcher à quatre pattes car ses pieds et ses jambes ne pourraient pas la porter.
En 2009, le journaliste américain Jerry Oppenheimer écorne sévèrement l’image de la belle – qui célébrait cette année-là son cinquantième anniversaire – en la décrivant comme l?incarnation du fantasme ultime de son designer: une call-girl de luxe, à la taille ultra fine, aux seins en obus et au visage enfantin.
« La Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé », assure à l’AFP Robert Best, designer en chef chez Mattel.
« Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité », poursuit-il.
Témoin de cette volonté, les trois nouvelles versions lancées par Mattel en début d’année: la grande, la petite, et surtout la ronde, une Barbie potelée, tout en courbes, qui s’éloigne de la poupée d’origine pour s’approcher de Madame Tout Le Monde. Une stratégie visant aussi à endiguer l’érosion des ventes.
Les nouvelles Barbie disposeront de 27 teints de peau, 22 couleurs d’yeux et 24 coiffures.
L’enseigne américaine a déjà fait plusieurs tentatives pour ouvrir Barbie à la différence, sans pour autant faire évoluer ses mensurations. En 1980, elle avait commercialisé Black Barbie, une Barbie noire.
L’arrivée des trois nouvelles silhouettes a été célébrée par l’hebdomadaire américain Time qui a mis Barbie en couverture en janvier avec cette question, posée par la poupée elle-même: « A présent, peut-on arrêter de parler de mon corps ? »

Voir aussi:

60 ans après, Barbie a bien changé

TIMELINE // Barbie célèbre ses 60 ans cette année. Si la poupée américaine n’a pas pris de ride, elle a néanmoins subi quelques modifications.

Camille Wong
Les Echos
03/01/2019

La poupée traverse les générations. Depuis sa création, 1 milliard de modèles ont été vendus dans le monde et chaque année, environ 58 millions de poupées sont achetées. En 1959, la poupée californienne, produite par Mattel, débarque dans les foyers comme un pavé dans la marre. Pour la première fois, une poupée type adulte et sexualisée vient casser les modèles traditionnels des poupées enfantines.

Emerge alors un jouet aux allures de femme irréaliste : des jambes interminables, une poitrine pulpeuse et une taille de guêpe. Barbie a alors des proportions inhumaines. Face aux critiques récurrentes, et surtout à la chute des ventes, Mattel opère une petite révolution en 2015 : les premières poupées à corpulences dites “normales” sont commercialisées.

Aujourd’hui, Barbie n’est plus seulement cette mannequin blonde californienne au teint hâlé. Moins stéréotypée, elle est blonde, brune, rousse, à la peau noire, blanche, métisse… Elle met des pantalons et des jupes, travaille au McDo, danse ou dirige une entreprise. Selon la marque, 55% des poupées vendues dans le monde n’auraient ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus.

La marque s’efforce de déconstruire les clichés sexistes de sa poupée, parfois non sans mal. En novembre 2014, Mattel sort Barbie, je peux être une ingénieure informatique, un livre qui dépeint une jeune femme nulle en informatique et incapable de faire quoique ce soit sans l’aide de ses amis masculins… Face à la polémique, Mattel présente ses excuses et retire le livre de la vente.

Voir également:

How Jewish is Barbie?

Orly Lobel’s new book examines the doll’s history – and the many broiguses she’s been caught up in

April 5, 2018

When I was a little girl, my mother videotaped me playing with Barbie dolls and other toys. It was my short-lived acting career but it was a prelude to my real career: it was research.

My mother is a psychology professor at Tel-Aviv University and she ran studies all over the world showing me having fun with girl toys and boy toys. She then asked participants questions about my intellect, popularity, abilities and found that without exception whether she ran the study in Israel or Europe or Asia or North America, the result was the same. When I was shown playing with the boy toys I was perceived as more intelligent and more likely to be a leader in my social group. When I was playing with Barbies and other girly toys the subjects of her studies thought less of me.

Needless to say, a side-effect of her research was inadvertently turning her daughter into a critic of the toy industry and our gendered culture from a very early age. Years passed and I became a military commander in the IDF, a lawyer, a law professor, an author and a mother, and the insights I learned from those early psychology experiments persisted: how we play matters. Toys are a serious business.

When I set out to write about the fascinating behind-the-scenes story of the “doll wars”, at the centre of it was the doll that has dominated the pink toy shelves for three generations — Barbie. I wanted to uncover her secret history and how she has battled to keep her image and her near-monopoly market power for over five decades. The story of Barbie begins with Ruth Handler, born Ruth Moskowicz, the youngest of ten children, born in 1916 to a Jewish-Polish family in Colorado.

Her father, a blacksmith, emigrated from Poland, finding work in Denver and sending for his wife and children two years later. The Moskowiczs were extremely poor and, when Ruth’s mother became ill, Ruth’s sister turned surrogate mother, which some people misinterpreted: “It has been suggested to me once or twice that this supposed ‘rejection’ by my mother may have been what spurred me to become the kind of person who always has to prove herself. This seems like utter nonsense.” Nonsense or not, the doll she claims to have invented would never become a mother. Rather, Barbie was destined to live the early dreams of Hertopia: a self-realised woman on her own. Ruth founded Mattel with her husband Elliot Handler, whom she had met at a Jewish youth dance in 1929. They married and had a daughter and a son, Barbara and Kenneth the dolls Barbie and Ken were born later. In 1956, during a family trip to Switzerland, Handler came across a German doll called Bild Lilli. Lilli was a popular doll in post-war Germany but she was not a child’s plaything, she was an adult toy based on a cartoon. Bluntly, Lilli dolls were designed for sex-hungry German men who bought her for girlfriends and mistresses in lieu of flowers, or as a suggestive gift. Her promotional brochures had such phrases as “Gentlemen prefer Lilli. Whether more or less naked, Lilli is always discreet.”

In Switzerland, Handler tucked Lilli in her suitcase, brought her back to the Mattel headquarters in California and launched Barbie based on her image. The story of Barbie’s success is inextricably tied to her secret past. A multimillion-dollar campaign began, led by another controversial Jewish immigrant, Ernst Ditcher, an Austrian psychologist turned American marketing guru. Dr Dichter used Freudian psychology to convince mothers to bring a hyper-sexualised adult doll into the hearts and minds of little girls.

The Barbie campaign, along with many other consumer marketing campaigns he led, made him the nemesis of mid-century feminists. Dichter’s notorious reputation was based on his manipulation of human desire. He applied psychoanalysis to selling, forever shaping America’s consumption fetishism: a desire to own stuff — which has yet to subside.

As Barbie’s sales soared, Lilli’s owners sued unsuccessfully for patent infringement. Until the early 2000s, Barbie reigned supreme. The challenge, when it came, was from a different doll, and another Jewish entrepreneur.

When I first tried to interview Isaac Larian, the man who introduced Bratz to the world, I hit a wall. His company, MGA’s communications department told me that it had no obligation to talk about its affairs.

I continued trying to contact him when, one day, out of the blue, I received the following e-mail: “Dear Orly, I understand that you are writing a book about [Mattel/MGA] and have talked to some of the lawyers and jurors in this case. Mattel’s stated goal (since they aren’t able to compete and innovate) was to ‘litigate MGA to death.’ Mattel has a history of using litigation to stifle innovation. . . . This time they faced a persistent Iranian Jewish immigrant who stood up to them and prevailed. I would be happy to discuss further detail as I was personally involved from day 1 in this case. Thanks & Best Regards, Isaac Larian CEO MGA Entertainment”.

Larian was positioning himself in the battle against Mattel, now the largest toy-maker in the world, and in his correspondence with me, as the underdog Jewish immigrant entrepreneur.

His email signature ended with the mantra “Fortune Favors the Bold”. This is his favourite maxim, which he has also placed in strategic spots on MGA’s walls, such as the corporate boardroom where I interviewed him.

Boldness is at the heart of Larian’s personality. Nevertheless, along with his loudly defiant nature, Larian has a soft side, which he is confident enough to display. He weeps in public, writes poetry, enjoys fashion and, well, loves his dolls. Mattel’s early days parallel MGA’s — Ruth Handler’s immigrant rags-to-riches story and her statements about being bold shows that she had far more in common with Isaac Larian than with Robert Eckert, the CEO of Mattel during the Barbie-Bratz battles, which ended, after eight years, in a bitter and costly stalemate.

In 1995, Islamic fundamentalists in Kuwait issued a fatwa against Barbie, a ruling under Islamic law prohibiting the buying or selling of this she-devil.

In 2003, when Saudi Arabia outlawed the sale of Barbie dolls, the Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice announced that the “Jewish Barbie” is the symbol of decadence to the perverted West.

Voir de même:


Green Book: Comment torpiller la chance de cinq oscars (Behind its African-American art of coded communication, the Green Book subversively promoted an image of affluent African-Americans that white Americans rarely saw and which eventually had a democratizing effect on the country)

26 janvier, 2019

Image result for The Green book Victor hugo Green cover"Colored waiting room" à Durham, Caroline du Nord, en mai 1940.Le pianiste et compositeur Don Shirley à New York, en 1960.

Image result for Green Book film posterOn April 4, 1967, exactly one year before his assassination, the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. stepped up to the lectern at the Riverside Church in Manhattan. The United States had been in active combat in Vietnam for two years and tens of thousands of people had been killed, including some 10,000 American troops. The political establishment — from left to right — backed the war, and more than 400,000 American service members were in Vietnam, their lives on the line. Many of King’s strongest allies urged him to remain silent about the war or at least to soft-pedal any criticism. They knew that if he told the whole truth about the unjust and disastrous war he would be falsely labeled a Communist, suffer retaliation and severe backlash, alienate supporters and threaten the fragile progress of the civil rights movement. King rejected all the well-meaning advice and said, “I come to this magnificent house of worship tonight because my conscience leaves me no other choice.” Quoting a statement by the Clergy and Laymen Concerned About Vietnam, he said, “A time comes when silence is betrayal” and added, “that time has come for us in relation to Vietnam.” It was a lonely, moral stance. And it cost him. But it set an example of what is required of us if we are to honor our deepest values in times of crisis, even when silence would better serve our personal interests or the communities and causes we hold most dear. It’s what I think about when I go over the excuses and rationalizations that have kept me largely silent on one of the great moral challenges of our time: the crisis in Israel-Palestine. I have not been alone. Until very recently, the entire Congress has remained mostly silent on the human rights nightmare that has unfolded in the occupied territories. Our elected representatives, who operate in a political environment where Israel’s political lobby holds well-documented power, have consistently minimized and deflected criticism of the State of Israel, even as it has grown more emboldened in its occupation of Palestinian territory and adopted some practices reminiscent of apartheid in South Africa and Jim Crow segregation in the United States. Many civil rights activists and organizations have remained silent as well, not because they lack concern or sympathy for the Palestinian people, but because they fear loss of funding from foundations, and false charges of anti-Semitism. They worry, as I once did, that their important social justice work will be compromised or discredited by smear campaigns. Similarly, many students are fearful of expressing support for Palestinian rights because of the McCarthyite tactics of secret organizations like Canary Mission, which blacklists those who publicly dare to support boycotts against Israel, jeopardizing their employment prospects and future careers. Reading King’s speech at Riverside more than 50 years later, I am left with little doubt that his teachings and message require us to speak out passionately against the human rights crisis in Israel-Palestine, despite the risks and despite the complexity of the issues. King argued, when speaking of Vietnam, that even “when the issues at hand seem as perplexing as they often do in the case of this dreadful conflict,” we must not be mesmerized by uncertainty. “We must speak with all the humility that is appropriate to our limited vision, but we must speak.” And so, if we are to honor King’s message and not merely the man, we must condemn Israel’s actions: unrelenting violations of international law, continued occupation of the West Bank, East Jerusalem, and Gaza, home demolitions and land confiscations. We must cry out at the treatment of Palestinians at checkpoints, the routine searches of their homes and restrictions on their movements, and the severely limited access to decent housing, schools, food, hospitals and water that many of them face. We must not tolerate Israel’s refusal even to discuss the right of Palestinian refugees to return to their homes, as prescribed by United Nations resolutions, and we ought to question the U.S. government funds that have supported multiple hostilities and thousands of civilian casualties in Gaza, as well as the $38 billion the U.S. government has pledged in military support to Israel. And finally, we must, with as much courage and conviction as we can muster, speak out against the system of legal discrimination that exists inside Israel, a system complete with, according to Adalah, the Legal Center for Arab Minority Rights in Israel, more than 50 laws that discriminate against Palestinians — such as the new nation-state law that says explicitly that only Jewish Israelis have the right of self-determination in Israel, ignoring the rights of the Arab minority that makes up 21 percent of the population. Of course, there will be those who say that we can’t know for sure what King would do or think regarding Israel-Palestine today. That is true. The evidence regarding King’s views on Israel is complicated and contradictory. Although the Student Nonviolent Coordinating Committee denounced Israel’s actions against Palestinians, King found himself conflicted. Like many black leaders of the time, he recognized European Jewry as a persecuted, oppressed and homeless people striving to build a nation of their own, and he wanted to show solidarity with the Jewish community, which had been a critically important ally in the civil rights movement. Ultimately, King canceled a pilgrimage to Israel in 1967 after Israel captured the West Bank. During a phone call about the visit with his advisers, he said, “I just think that if I go, the Arab world, and of course Africa and Asia for that matter, would interpret this as endorsing everything that Israel has done, and I do have questions of doubt.” He continued to support Israel’s right to exist but also said on national television that it would be necessary for Israel to return parts of its conquered territory to achieve true peace and security and to avoid exacerbating the conflict. There was no way King could publicly reconcile his commitment to nonviolence and justice for all people, everywhere, with what had transpired after the 1967 war. Today, we can only speculate about where King would stand. Yet I find myself in agreement with the historian Robin D.G. Kelley, who concluded that, if King had the opportunity to study the current situation in the same way he had studied Vietnam, “his unequivocal opposition to violence, colonialism, racism and militarism would have made him an incisive critic of Israel’s current policies.” Indeed, King’s views may have evolved alongside many other spiritually grounded thinkers, like Rabbi Brian Walt, who has spoken publicly about the reasons that he abandoned his faith in what he viewed as political Zionism. (…) During more than 20 visits to the West Bank and Gaza, he saw horrific human rights abuses, including Palestinian homes being bulldozed while people cried — children’s toys strewn over one demolished site — and saw Palestinian lands being confiscated to make way for new illegal settlements subsidized by the Israeli government. He was forced to reckon with the reality that these demolitions, settlements and acts of violent dispossession were not rogue moves, but fully supported and enabled by the Israeli military. For him, the turning point was witnessing legalized discrimination against Palestinians — including streets for Jews only — which, he said, was worse in some ways than what he had witnessed as a boy in South Africa. (…) Jewish Voice for Peace, for example, aims to educate the American public about “the forced displacement of approximately 750,000 Palestinians that began with Israel’s establishment and that continues to this day.” (…) In view of these developments, it seems the days when critiques of Zionism and the actions of the State of Israel can be written off as anti-Semitism are coming to an end. There seems to be increased understanding that criticism of the policies and practices of the Israeli government is not, in itself, anti-Semitic. (…) the Rev. Dr. William J. Barber II (…) declared in a riveting speech last year that we cannot talk about justice without addressing the displacement of native peoples, the systemic racism of colonialism and the injustice of government repression. In the same breath he said: “I want to say, as clearly as I know how, that the humanity and the dignity of any person or people cannot in any way diminish the humanity and dignity of another person or another people. To hold fast to the image of God in every person is to insist that the Palestinian child is as precious as the Jewish child.” Guided by this kind of moral clarity, faith groups are taking action. In 2016, the pension board of the United Methodist Church excluded from its multibillion-dollar pension fund Israeli banks whose loans for settlement construction violate international law. Similarly, the United Church of Christ the year before passed a resolution calling for divestments and boycotts of companies that profit from Israel’s occupation of Palestinian territories. Even in Congress, change is on the horizon. For the first time, two sitting members, Representatives Ilhan Omar, Democrat of Minnesota, and Rashida Tlaib, Democrat of Michigan, publicly support the Boycott, Divestment and Sanctions movement. In 2017, Representative Betty McCollum, Democrat of Minnesota, introduced a resolution to ensure that no U.S. military aid went to support Israel’s juvenile military detention system. Israel regularly prosecutes Palestinian children detainees in the occupied territories in military court. None of this is to say that the tide has turned entirely or that retaliation has ceased against those who express strong support for Palestinian rights. To the contrary, just as King received fierce, overwhelming criticism for his speech condemning the Vietnam War — 168 major newspapers, including The Times, denounced the address the following day — those who speak publicly in support of the liberation of the Palestinian people still risk condemnation and backlash. Bahia Amawi, an American speech pathologist of Palestinian descent, was recently terminated for refusing to sign a contract that contains an anti-boycott pledge stating that she does not, and will not, participate in boycotting the State of Israel. In November, Marc Lamont Hill was fired from CNN for giving a speech in support of Palestinian rights that was grossly misinterpreted as expressing support for violence. Canary Mission continues to pose a serious threat to student activists. And just over a week ago, the Birmingham Civil Rights Institute in Alabama, apparently under pressure mainly from segments of the Jewish community and others, rescinded an honor it bestowed upon the civil rights icon Angela Davis, who has been a vocal critic of Israel’s treatment of Palestinians and supports B.D.S. But that attack backfired. Within 48 hours, academics and activists had mobilized in response. The mayor of Birmingham, Randall Woodfin, as well as the Birmingham School Board and the City Council, expressed outrage at the institute’s decision. The council unanimously passed a resolution in Davis’ honor, and an alternative event is being organized to celebrate her decades-long commitment to liberation for all. I cannot say for certain that King would applaud Birmingham for its zealous defense of Angela Davis’s solidarity with Palestinian people. But I do. In this new year, I aim to speak with greater courage and conviction about injustices beyond our borders, particularly those that are funded by our government, and stand in solidarity with struggles for democracy and freedom. My conscience leaves me no other choice. Michelle Alexander
“I think it’s a trope that has certainly been seen in Hollywood films for decades. Think about the white teacher in the inner city school. The Michelle Pfeiffer one [in Dangerous Minds]. The Principal. Music of the Heart, where Meryl Streep was a music teacher. Wildcats. I think these stories probably read well in a pitch meeting: ‘Goldie Hawn coaching an inner city football team.’“They make it look like Japan would not have made it out of the feudal period without Tom Cruise.” And the west wouldn’t have been tamed and we’d have no civilization if Kevin Costner didn’t ride into town. Laurence Lerman
Belle becomes empowered to challenge the white characters that view themselves as her savior on their veiled racism, which marks a welcome departure from one of Hollywood’s most enduring cinematic tropes: the white savior. When it comes to race-relations dramas—and slavery narratives, in particular—the white savior has become one of Hollywood’s most reliably offensive clichés. The black servants of The Help needed a perky, progressive Emma Stone to shed light on their plight; the football bruiser in The Blind Side couldn’t have done it without fiery Sandra Bullock; the black athletes in Cool Runnings and The Air Up There needed the guidance of their white coach; and in 12 Years A Slave, Solomon Northup, played by Chiwetel Ejiofor, is liberated at the eleventh hour by a Jesus-looking Brad Pitt (in a classic Deus Ex Machina). The issue, according to Lerman, is more complex given the nature of Hollywood and the various power structures at play. While there are plenty of important stories to tell featuring people of color, there are only a small number of people of color in Hollywood with the clout to get a film green-lit—especially since we’re living in an age where international box office trumps domestic. This troubling disparity often results in a white star needing to be featured in a film with a predominantly minority cast to secure the necessary financing—as was the case with Pitt’s appearance in 12 Years A Slave, a film produced by his company, Plan B. And who can forget the controversy over the outrageous Italian movie posters for 12 Years A Slave, which prominently featured the film’s white movie stars—Pitt and Michael Fassbender—in favor of the movie’s real star, Chiwetel Ejiofor. Without ruining the film for you, part of what makes Belle so refreshing is that its portrayal of black characters, namely Belle, is one of dignity. They aren’t the typical uneducated blacks you see in films that need to be shown the light by a white knight, for they’re blessed with more intellect and class than many of their white subjugators, who soon come to realize that Belle, through her grace and wisdom, is their savior. “Her family thought they were giving her great love, but until she’s able to take that freedom for herself and find self-love and feel comfortable in her own skin, that’s when she’s ready to challenge them,” says Mbatha-Raw. “It just felt like a story that needed to be told.” The Daily Beast
“Driving Miss Daisy” (…) “The Upside” (…)  “Green Book” (…) symbolize a style of American storytelling in which the wheels of interracial friendship are greased by employment, in which prolonged exposure to the black half of the duo enhances the humanity of his white, frequently racist counterpart. All the optimism of racial progress — from desegregation to integration to equality to something like true companionship — is stipulated by terms of service. Thirty years separate “Driving Miss Daisy” from these two new films, but how much time has passed, really? The bond in all three is conditionally transactional, possible only if it’s mediated by money. “The Upside” has the rich, quadriplegic author Phillip Lacasse (Cranston) hire an ex-con named Dell Scott (Hart) to be his “life auxiliary.” “Green Book” reverses the races so that some white muscle (Mortensen) drives the black pianist Don Shirley (Ali) to gigs throughout the Deep South in the 1960s. It’s “The Upside Down.” These pay-for-playmate transactions are a modern pastime, different from an entire history of popular culture that simply required black actors to serve white stars without even the illusion of friendship. It was really only possible in a post-integration America, possible after Sidney Poitier made black stardom loosely feasible for the white studios, possible after the moral and legal adjustments won during the civil rights movements, possible after the political recriminations of the black power and blaxploitation eras let black people regularly frolic among themselves for the first time since the invention of the Hollywood movie. Possible, basically, only in the 1980s, after the movements had more or less subsided and capitalism and jokey white paternalism ran wild. On television in this era, rich white sitcom families vacuumed up little black boys, on “Diff’rent Strokes,” on “Webster.” On “Diff’rent Strokes,” the adopted boys are the orphaned Harlem sons of Phillip Drummond’s maid. Not only was money supposed to lubricate racial integration; it was perhaps supposed to mitigate a history of keeping black people apart and oppressed. (…) The sitcoms weren’t officially social experiments, but they were light advertisements for the civilizing (and alienating) benefits of white wealth on black life. (…) Any time a white person comes anywhere close to the rescue of a black person the academy is primed to say, “Good for you!,” whether it’s “To Kill a Mockingbird,” “Mississippi Burning,” “The Blind Side,” or “The Help.” The year “Driving Miss Daisy” won those Oscars, Morgan Freeman also had a supporting role in a drama (“Glory”) that placed a white Union colonel at its center and was very much in the mix that night. (…) And Spike Lee lost the original screenplay award for “Do the Right Thing,” his masterpiece about a boiled-over pot of racial animus in Brooklyn. (…) Lee’s movie dramatized a starker truth — we couldn’t all just get along. For what it’s worth, Lee is now up for more Oscars. His film “BlacKkKlansman” has six nominations. Given the five for “Green Book,” basically so is “Driving Miss Daisy.” Which is to say that 2019 might just be 1990 all over again. (…) One headache with these movies, even one as well done as “Driving Miss Daisy,” is that they romanticize their workplaces and treat their black characters as the ideal crowbar for closed white minds and insulated lives. Who knows why, in “The Upside,” Phillip picks the uncouth, underqualified Dell to drive him around, change his catheter and share his palatial apartment. But by the time the movie’s over, they’re paragliding together to Aretha Franklin. We’re told that this is based on a true story. It’s not. It’s a remake of a far more nauseating French megahit — “Les Intouchables” — and that claimed to be based on a true story. “The Upside” seems based on one of those paternalistic ’80s movies, “Disorderlies,” the one where the Fat Boys wheel an ailing Ralph Bellamy around his mansion. (…) Most of these black-white-friendship adventures were foretold by Mark Twain. Somebody is white Huck and somebody else is his amusingly dim black sidekick, Jim. This movie is just a little more flagrant about it. There’s a way of looking at the role reversal in “Green Book” as an upgrade. Through his record company, Don hires a white nightclub bouncer named Tony Vallelonga. (Most people call him Tony Lip.) We don’t meet Don for about 15 minutes, because the movie needs us to know that Tony is a sweet, Eye-talian tough guy who also throws out perfectly good glassware because his wife let black repairmen drink from it. By this point, you might have heard about the fried chicken scene in “Green Book.” It comes early in their road trip. Tony is shocked to discover that Don has never had fried chicken. He also appears never to have seen anybody eat fried chicken, either. (“What do we do about the bones?”) So, with all the greasy alacrity and exuberant crassness that Mortensen can conjure, Tony demonstrates how to eat it while driving. As comedy, it’s masterful — there’s tension, irony and, when the car stops and reverses to retrieve some litter, a punch line that brings down the house. But the comedy works only if the black, classical-pop fusion pianist is from outer space (and not in a Sun Ra sort of way). You’re meant to laugh because how could this racist be better at being black than this black man who’s supposed to be better than him? (…) The movie’s tagline is “based on a true friendship.” But the transactional nature of it makes the friendship seem less true than sponsored. So what does the money do, exactly? The white characters — the biological ones and somebody supposedly not black enough, like fictional Don — are lonely people in these pay-a-pal movies. The money is ostensibly for legitimate assistance, but it also seems to paper over all that’s potentially fraught about race. The relationship is entirely conscripted as service and bound by capitalism and the fantastically presumptive leap is, The money doesn’t matter because I like working for you. And if you’re the racist in the relationship: I can’t be horrible because we’re friends now. That’s why the hug Sandra Bullock gives Yomi Perry, the actor playing her maid, Maria, at the end of “Crash,” remains the single most disturbing gesture of its kind. It’s not friendship. Friendship is mutual. That hug is cannibalism. Money buys Don a chauffeur and, apparently, an education in black folkways and culture. (Little Richard? He’s never heard him play.) Shirley’s real-life family has objected to the portrait. Their complaints include that he was estranged from neither black people nor blackness. Even without that thumbs-down, you can sense what a particularly perverse fantasy this is: that absolution resides in a neutered black man needing a white guy not only to protect and serve him, but to love him, too. Even if that guy and his Italian-American family and mob associates refer to Don and other black people as eggplant and coal. In the movie’s estimation, their racism is preferable to its nasty, blunter southern cousin because their racism is often spoken in Italian. And, hey, at least Tony never asks Don to eat his fancy dinner in a supply closet. Mahershala Ali is acting Shirley’s isolation and glumness, but the movie determines that dining with racists is better than dining alone. The money buys Don relative safety, friendship, transportation and a walking-talking black college. What the money can’t buy him is more of the plot in his own movie. It can’t allow him to bask in his own unique, uniquely dreamy artistry. It can’t free him from a movie that sits him where Miss Daisy sat, yet treats him worse than Hoke. He’s a literal passenger on this white man’s trip. Tony learns he really likes black people. And thanks to Tony, now so does Don. Wesley Morris (NYT)
Today, our thousands of travelers, if they be thoughtful enough to arm themselves with a Green Book, may free themselves of a lot of worry and inconvenience as they plan a trip. Victor Hugo Green
Victor Hugo Green remains a mysterious figure about whom we know very little. He rarely spoke directly to Green Book readers, instead publishing testimonial letters in what the historian Cotten Seiler describes as an act of promotional “ventriloquism.” The debut edition did not exhort black travelers to boycotts or include demands for equal rights. Instead, Green represented the guide as a benign compilation of “facts and information connected with motoring, which the Negro Motorist can use and depend upon.” The coolly reasoned language put white readers at ease and allowed the Green Book to attract generous corporate and government sponsorship. Green nevertheless practiced the African-American art of coded communication, addressing black readers in messages that went over white peoples’ heads. Consider the passage: “Today, our thousands of travelers, if they be thoughtful enough to arm themselves with a Green Book, may free themselves of a lot of worry and inconvenience as they plan a trip.” White readers viewed this as a common-sense statement about vacation planning. For African-Americans who read in black newspapers about the fates that befell people like Ms. Derricotte, the notion of “arming” oneself with the guide referred to taking precautions against racism on the road. The Green Book was subversive in another way as well. It promoted an image of African-Americans that white Americans rarely saw — and that Hollywood deliberately avoided in films for fear of offending racist Southerners. The guide’s signature image, shown on the cover of the 1948 edition — and used as stationery logo for Victor Green, Inc. — consisted of a smiling, well-dressed couple striding toward their car carrying expensive suitcases. Green believed exposing white Americans to the black elite might persuade white business owners that black consumer spending was significant enough to make racial discrimination imprudent. Like the black elite itself, he subscribed to the view that affluent travelers of color could change white minds about racism simply by venturing to places where black people had been unseen. As it turned out, black travelers had a democratizing effect on the country. Like many African-American institutions that thrived during the age of extreme segregation, the Green Book faded in influence as racial barriers began to fall. It ceased publication not long after the Supreme Court ruled that the Civil Rights Act of 1964 outlawed racial discrimination in public accommodations. Nevertheless, the guide’s three decades of listings offer an important vantage point on black business ownership and travel mobility in the age of Jim Crow. In other words, the Green Book has a lot more to say about the time when it was the Negro traveler’s bible. Grant Staples
Green Book, Sur les routes du Sud, c’est l’histoire (vraie) de la relation entre le pianiste de jazz afro-américain Don Shirley et le videur italo-américain Tony Lip – de son vrai nom Frank Anthony Vallelonga. Les deux hommes se retrouvent ensemble sur les routes de l’Amérique profonde : celle, ségrégationniste, du sud du pays, dans les années 60, à l’occasion d’une tournée de concerts. Le sophistiqué Don Shirley a besoin d’un chauffeur garde du corps alors que le bourru Tony Lip a besoin d’argent. Les deux hommes, respectivement incarnés par Mahershala Ali et Viggo Mortensen, tous deux impériaux, vont apprendre à s’apprivoiser malgré leurs préjugés respectifs (l’un, tendance raciste, sur les Noirs ; l’autre, tendance snob, sur les prolos.) (…) Le Negro Motorist Green Book était un guide indispensable quand on était un voyageur noir dans l’Amérique ségrégationniste. L’ouvrage, du nom de son auteur, le postier noir Victor H. Green, est publié tous les ans entre 1936 et 1966, et recense les motels, hôtels, bars, restaurants et stations-service où la clientèle de couleur est admise. Dans le film, Tony est contraint d’en faire usage pour trouver des endroits acceptant Don Shirley. (…) Green Book, qui vient de remporter trois Golden Globes (meilleur film, meilleur scénario et meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali), se rendra aux Oscars, le 24 février prochain, fort de cinq nominations. Si la concurrence risque d’être rude face à Roma pour le meilleur film, ou à Christian Bale pour la statuette du meilleur acteur (il est époustouflant dans le rôle de Dick Cheney dans le film Vice, d’Adam McKay, en salle le 13 février), le film peut permettre à Mahershala Ali de rafler son deuxième oscar du meilleur second rôle, deux ans après celui qu’il a déjà obtenu pour Moonlight, de Barry Jenkins. (…) La famille de Don Shirley reproche aux scénariste d’avoir enjolivé, voire inventé la réalité, parlant d’une « symphonie de mensonges » : selon elle, les deux hommes ne sont pas devenus aussi amis que le film le laisse entendre, et Don Shirley n’était pas brouillé avec son frère. Les auteurs se défendent en affirmant avoir travaillé l’histoire avec Don Shirley lui-même. Certains critiques américains reprochent aussi au film de ne pas être « suffisamment noir » et de positionner le film depuis un point de vue blanc, comme Hollywood a tendance à le faire, sur le mode du white savior (« sauveur blanc »). Autre polémique, celle causée par diverses frasques de l’équipe : l’exhumation d’un tweet de Nick Vallelonga dans lequel il affirmait avoir vu des musulmans célébrer la chute des Twin Towers le 11 septembre 2001, confirmant ainsi des propos de Donald Trump, alors candidat à la présidence des Etats-Unis ; l’usage du « N word » (nigger) par Viggo Mortensen lors d’une interview, ou les excuse de Peter Farrelly qui a, dans le passé, montré son pénis « dans une tentative d’être drôle », notamment devant l’actrice Cameron Diaz. Autant de taches dans la cour aux Oscars… Télérama

Attention: une subversion peut en cacher une autre !

Au lendemain d’un Martin Luther King Day …

Où plus de 50 ans après sa mort l’on utilise son anniversaire pour appeler au boycott d’un Etat dont il avait défendu l’existence …

Et où sous prétexte de droits d’auteur et de protection de la vie privée, ses quatre enfants continuent à bloquer non seulement la libre circulation de ses discours historiques …

Mais, contraignant l’unique long-métrage Selma à la paraphrase et à la dissimulation des différends familiaux du Dr. King, la production de tout film sur l’ensemble de sa vie

Et à la veille d’un triomphe annoncé (trois Golden Globes, cinq nominations aux Oscars, dont un 2e pour l’acteur principal) d’un film célébrant la mémoire d’un véritable génie de la musique noir …

Qui à l’instar du fameux petit Michelin noir de l’époque (le Green book du titre et du nom de son auteur, un certain Victor Hugo Green) et de sa petite élite noire d’utilsateurs …

Avait tant fait, via un courageux périple de 18 mois à travers un sud alors livré aux affres de la discrimination, pour en subvertir les bases …

Devinez qui, sous prétexte d’une amitié jugée exagérément présentée avec son chauffeur-garde du corps blanc et d’un climat historique jugé pas assez noir, est en train de torpiller la possibilité de pas moins de cinq oscars …

Pour une communauté afro-américaine qui par ailleurs ne manque pas de rappeler sa sous-représentation dans le cinéma américain ?

“Green Book” à livre ouvert : tout ce qu’il faut savoir sur ce favori des Oscars
Caroline Besse
Télérama
25/01/2019

Après avoir remporté trois Golden Globes, le film de Peter Farrelly est nominé cinq fois aux Oscars. Si vous avez aimé le duo formé par Viggo Mortensen et Mahershala Ali, voici l’occasion d’approfondir le sujet…

De quoi parle le film ?

Green Book, Sur les routes du Sud, c’est l’histoire (vraie) de la relation entre le pianiste de jazz afro-américain Don Shirley et le videur italo-américain Tony Lip – de son vrai nom Frank Anthony Vallelonga. Les deux hommes se retrouvent ensemble sur les routes de l’Amérique profonde : celle, ségrégationniste, du sud du pays, dans les années 60, à l’occasion d’une tournée de concerts.

Le sophistiqué Don Shirley a besoin d’un chauffeur garde du corps alors que le bourru Tony Lip a besoin d’argent. Les deux hommes, respectivement incarnés par Mahershala Ali et Viggo Mortensen, tous deux impériaux, vont apprendre à s’apprivoiser malgré leurs préjugés respectifs (l’un, tendance raciste, sur les Noirs ; l’autre, tendance snob, sur les prolos.)

Qui le réalise ?

Le réalisateur, Peter Farrelly, commet ici son premier film sans son frère Bobby. Après la série, dans les années 90, de comédies foutraques tendance scato et aujourd’hui cultes, Dumb et Dumber, Fous d’Irène ou Mary à tout prix, le cadet de la fratrie se lance dans la réalisation en solitaire de cette « dramédie » tendance buddy movie, en adaptant un scénario coécrit par Nick Vallelonga, le fils de Tony.

Qui est le vrai Tony Lip ?

C’est le genre d’homme qui a connu mille vies grâce à un bagout et à une tchatche hors du commun, qui lui ont d’ailleurs valu le surnom de « Lip » (« la lèvre » – de là où naît son talent de persuasion.) Son travail de videur dans le célèbre club new-yorkais The Copacabana, dans les années 60, lui a permis de rencontrer tout un tas de célébrités, dont Frank Sinatra ou Francis Ford Coppola. Ce dernier lui offre un rôle dans Le Parrain, en tant qu’invité du mariage. On le voit aussi dans Donnie Brasco, mais surtout dans la série Les Soprano, dans le rôle du mafieux à lunettes Carmine Lupertazzi. Il est mort en janvier 2013, trois mois avant Don Shirley.

Qu’est-ce qu’un « Green Book » ?

Le Negro Motorist Green Book était un guide indispensable quand on était un voyageur noir dans l’Amérique ségrégationniste. L’ouvrage, du nom de son auteur, le postier noir Victor H. Green, est publié tous les ans entre 1936 et 1966, et recense les motels, hôtels, bars, restaurants et stations-service où la clientèle de couleur est admise. Dans le film, Tony est contraint d’en faire usage pour trouver des endroits acceptant Don Shirley.

Quelles sont les chances du film aux Oscars ?

Green Book, qui vient de remporter trois Golden Globes (meilleur film, meilleur scénario et meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali), se rendra aux Oscars, le 24 février prochain, fort de cinq nominations. Si la concurrence risque d’être rude face à Roma pour le meilleur film, ou à Christian Bale pour la statuette du meilleur acteur (il est époustouflant dans le rôle de Dick Cheney dans le film Vice, d’Adam McKay, en salle le 13 février), le film peut permettre à Mahershala Ali de rafler son deuxième oscar du meilleur second rôle, deux ans après celui qu’il a déjà obtenu pour Moonlight, de Barry Jenkins.

Quelle(s) polémiqu(e)s  entourent le film ?

La famille de Don Shirley reproche aux scénariste d’avoir enjolivé, voire inventé la réalité, parlant d’une « symphonie de mensonges » : selon elle, les deux hommes ne sont pas devenus aussi amis que le film le laisse entendre, et Don Shirley n’était pas brouillé avec son frère. Les auteurs se défendent en affirmant avoir travaillé l’histoire avec Don Shirley lui-même.

Certains critiques américains reprochent aussi au film de ne pas être « suffisamment noir » et de positionner le film depuis un point de vue blanc, comme Hollywood a tendance à le faire, sur le mode du white savior (« sauveur blanc »).

Autre polémique, celle causée par diverses frasques de l’équipe : l’exhumation d’un tweet de Nick Vallelonga dans lequel il affirmait avoir vu des musulmans célébrer la chute des Twin Towers le 11 septembre 2001, confirmant ainsi des propos de Donald Trump, alors candidat à la présidence des Etats-Unis ; l’usage du « N word » (nigger) par Viggo Mortensen lors d’une interview, ou les excuse de Peter Farrelly qui a, dans le passé, montré son pénis « dans une tentative d’être drôle », notamment devant l’actrice Cameron Diaz. Autant de taches dans la cour aux Oscars…

Voir aussi:

The Green Book’s Black History
Lessons from the Jim Crow-era travel guide for African-American elites.
Brent Staples
NYT
Jan. 25, 2019

[The New York Times and Oculus are presenting a virtual-reality film, “Traveling While Black,” related to this Opinion essay. To view it, you can watch on the Oculus platform or download the NYT VR app on your mobile device.]

Imagine trudging into a hotel with your family at midnight — after a long, grueling drive — and being turned away by a clerk who “loses” your reservation when he sees your black face.

This was a common hazard for members of the African-American elite in 1932, the year Dr. B. Price Hurst of Washington, D.C., was shut out of New York City’s Prince George Hotel despite having confirmed his reservation by telegraph.

Hurst would have planned his trip differently had he been headed to the South, where “whites only” signs were ubiquitous and well-to-do black travelers lodged in homes owned by others in the black elite. Hurst was a member of Washington’s “Colored Four Hundred” — as the capital’s black upper crust once was known — and was familiar with having to plan his life around hotels, restaurants and theaters in the city, and throughout the Jim Crow South, that screened out people of color.

Hurst expected better of New York City. He did not let the matter rest after the Prince George turned his travel-weary family into the streets. He wrote an anguished letter to Walter White, then executive secretary of the N.A.A.C.P., explaining how he had been rejected by four hotels before shifting his search to the black district of Harlem. He then sued the Prince George for violating New York State’s civil rights laws, winning a settlement that put the city’s hotels on notice that discrimination could carry a financial cost.

African-Americans who embraced automobile travel to escape filthy, “colored-only” train cars learned quickly that the geography of Jim Crow was far more extensive than they had imagined. The motels and rest stops that deprived them of places to sleep were just the beginning.

While driving, these families were often forced to relieve themselves in roadside ditches because the filling stations that sold them gas barred them from using “whites only” bathrooms.

White motorists who drove clunkers deliberately damaged expensive cars driven by black people — to put Negroes “in their places.”

“Sundown Towns” across the country banned African-Americans from the streets after dark, a constant reminder that the reach of white supremacy was vast indeed.

As still happens today, police officers who pulled over motorists of color for “driving while black” raised the threat that black passengers would be arrested, battered or even killed during the encounter.

The Negro Traveler’s Bible

The Hurst case was a cause célèbre in 1936 when a Harlem resident and postal worker named Victor Hugo Green began soliciting material for a national travel guide that would steer black motorists around the humiliations of the not-so-open road and point them to businesses that were more than happy to accept colored dollars. As the historian Gretchen Sullivan Sorin writes in her revelatory study of “The Negro Motorist Green Book,” the guide became “the bible of every Negro highway traveler in the 1950s and early 1960s.”

Green, who died in 1960, is experiencing a renaissance thanks to heightened interest from filmmakers: The 2018 feature film “Green Book” won three Golden Globes earlier this month, and the documentary “Driving While Black” is scheduled for broadcast by PBS next year.

Then there is The New York Times opinion section’s Op-Doc film “Traveling While Black,” which debuts this Friday at the Sundance Film Festival. The brief film offers a revealing view of the Green Book era as told through Ben’s Chili Bowl, a black-owned restaurant in Washington, and reminds us that the humiliations heaped upon African-Americans during that time period extended well beyond the one Hurst suffered in New York City.

Sandra Butler-Truesdale, born in the capital in the 1930s, references an often-forgotten trauma — and one of the conceptual underpinnings of the Jim Crow era — when she recalls that Negroes who shopped in major stores were not allowed to try on clothing before they bought it. Store owners at the time offered a variety of racist rationales, including that Negroes were insufficiently clean. At bottom, the practice reflected the irrational belief that anything coming in contact with African-American skin — including clothing, silverware or bed linens — was contaminated by blackness, rendering it unfit for use by whites.

This had deadly implications in places where emergency medical services were assigned on the basis of race. Of all the afflictions devised in the Jim Crow era, medical racism was the most lethal. African-American accident victims could easily be left to die because no “black” ambulance was available. Black patients taken to segregated hospitals, where they sometimes languished in basements or even boiler rooms, suffered inferior treatment.

In a particularly telling case in 1931, the light-skinned father of Mr. White, the N.A.A.C.P. leader, was struck by a car and mistakenly admitted to the beautifully equipped “white” wing of Grady Memorial Hospital in Atlanta. When relatives who were recognizably black came looking for him, hospital employees dragged the victim from the examination table to the decrepit Negro ward across the street, where he later died.

That same year, Juliette Derricotte, the celebrated African-American educator and dean of women at Fisk University, succumbed to injuries suffered in a car accident near Dalton, Ga., after a white hospital refused her treatment.

Advertising to the Black Elite

Victor Hugo Green remains a mysterious figure about whom we know very little. He rarely spoke directly to Green Book readers, instead publishing testimonial letters in what the historian Cotten Seiler describes as an act of promotional “ventriloquism.” The debut edition did not exhort black travelers to boycotts or include demands for equal rights. Instead, Green represented the guide as a benign compilation of “facts and information connected with motoring, which the Negro Motorist can use and depend upon.”

The coolly reasoned language put white readers at ease and allowed the Green Book to attract generous corporate and government sponsorship. Green nevertheless practiced the African-American art of coded communication, addressing black readers in messages that went over white peoples’ heads. Consider the passage: “Today, our thousands of travelers, if they be thoughtful enough to arm themselves with a Green Book, may free themselves of a lot of worry and inconvenience as they plan a trip.”

White readers viewed this as a common-sense statement about vacation planning. For African-Americans who read in black newspapers about the fates that befell people like Ms. Derricotte, the notion of “arming” oneself with the guide referred to taking precautions against racism on the road.

The Green Book was subversive in another way as well. It promoted an image of African-Americans that white Americans rarely saw — and that Hollywood deliberately avoided in films for fear of offending racist Southerners. The guide’s signature image, shown on the cover of the 1948 edition — and used as stationery logo for Victor Green, Inc. — consisted of a smiling, well-dressed couple striding toward their car carrying expensive suitcases.

Green believed exposing white Americans to the black elite might persuade white business owners that black consumer spending was significant enough to make racial discrimination imprudent. Like the black elite itself, he subscribed to the view that affluent travelers of color could change white minds about racism simply by venturing to places where black people had been unseen. As it turned out, black travelers had a democratizing effect on the country.

Like many African-American institutions that thrived during the age of extreme segregation, the Green Book faded in influence as racial barriers began to fall. It ceased publication not long after the Supreme Court ruled that the Civil Rights Act of 1964 outlawed racial discrimination in public accommodations. Nevertheless, the guide’s three decades of listings offer an important vantage point on black business ownership and travel mobility in the age of Jim Crow.

In other words, the Green Book has a lot more to say about the time when it was the Negro traveler’s bible.

Voir enfin:

In many Oscar bait movies, interracial friendships come with a paycheck, and follow the white character’s journey to enlightenment.

CreditCreditPhoto illustration by Delphine Diallo for The New York Times; Universal Pictures, STX Films, Warner Bros. DreamWorks Pictures (Film stills)

Wesley Morris

NYT

 

“Driving Miss Daisy” is the sort of movie you know before you see it. The whole thing is right there in the poster. White Jessica Tandy is giving black Morgan Freeman a stern look, and he looks amused by her sternness. They’re framed in a rearview mirror, which occupies only about 20 percent of the space. You can make out his chauffeur’s cap and that she’s in the back seat. The rest is three actors’ names, a tag line, a title, tiny credits, and white space.

That rearview-mirror image isn’t a still from the movie but a warmly painted rendering of one, this vague nuzzling of Norman Rockwell Americana. And its warmth evokes a very particular past. If you’ve ever seen the packaging for Cream of Wheat or a certain brand of rice, if you’ve even seen some Shirley Temple movies, you knew how Miss Daisy would be driven: gladly.

As movie posters go, it’s ingeniously concise. But whoever designed it knew the concision was possible because we’d know the shorthand of an eternal racial dynamic. I got off the subway last month and saw a billboard of black Kevin Hart riding on the back of white Bryan Cranston’s motorized wheelchair. They’re both ecstatic. And maybe they’re obligated to be. Their movie is called “The Upside.” A few months before that, I was out getting a coffee when I saw a long, sexy billboard of white Viggo Mortensen driving black Mahershala Ali in a minty blue car for a movie called “Green Book.”

Not knowing what these movies were “about” didn’t mean it wasn’t clear what they were about. They symbolize a style of American storytelling in which the wheels of interracial friendship are greased by employment, in which prolonged exposure to the black half of the duo enhances the humanity of his white, frequently racist counterpart. All the optimism of racial progress — from desegregation to integration to equality to something like true companionship — is stipulated by terms of service. Thirty years separate “Driving Miss Daisy” from these two new films, but how much time has passed, really? The bond in all three is conditionally transactional, possible only if it’s mediated by money. “The Upside” has the rich, quadriplegic author Phillip Lacasse (Cranston) hire an ex-con named Dell Scott (Hart) to be his “life auxiliary.” “Green Book” reverses the races so that some white muscle (Mortensen) drives the black pianist Don Shirley (Ali) to gigs throughout the Deep South in the 1960s. It’s “The Upside Down.”

These pay-for-playmate transactions are a modern pastime, different from an entire history of popular culture that simply required black actors to serve white stars without even the illusion of friendship. It was really only possible in a post-integration America, possible after Sidney Poitier made black stardom loosely feasible for the white studios, possible after the moral and legal adjustments won during the civil rights movements, possible after the political recriminations of the black power and blaxploitation eras let black people regularly frolic among themselves for the first time since the invention of the Hollywood movie. Possible, basically, only in the 1980s, after the movements had more or less subsided and capitalism and jokey white paternalism ran wild.

On television in this era, rich white sitcom families vacuumed up little black boys, on “Diff’rent Strokes,” on “Webster.” On “Diff’rent Strokes,” the adopted boys are the orphaned Harlem sons of Phillip Drummond’s maid. Not only was money supposed to lubricate racial integration; it was perhaps supposed to mitigate a history of keeping black people apart and oppressed.

The sitcoms weren’t officially social experiments, but they were light advertisements for the civilizing (and alienating) benefits of white wealth on black life. The plot of “Trading Places,” from 1983, actually was an experiment, a pungent, complicated one, in which conniving white moneybags install a broke and hustling Eddie Murphy in disgraced Dan Aykroyd’s banking job. The scheme creates an accidental friendship between the duped pair and they both wind up rich.

But that Daddy Warbucks paternalism was how, in 1982, the owner of the country’s most ferocious comedic imagination — Richard Pryor — went from desperate janitor to live-in amusement for the bratty son of a rotten businessman (Jackie Gleason). You have to respect the bluntness of that one. The movie was called “The Toy,” and it’s simultaneously dumb, wild and appalling. I was younger than its little white protagonist (he’s “Master” Eric Bates) when I saw it, but I can still remember the look of embarrassed panic on Pryor’s face while he’s trapped in something called the Wonder Wheel. It’s a look that never quite goes away as he’s made to dress in drag, navigate the Ku Klux Klan and make Gleason feel good about his racism and terrible parenting.

These were relationships that continued the rules of the past, one in which Poitier was frequently hired to turn bigots into buddies. The rules didn’t need to be disguised by yesterday. These arrangements could flourish in the present. So maybe that was the alarming appeal of “Driving Miss Daisy.” It went there. It went back there. And people went for it. The movie came out at the end of 1989, won four Oscars (best picture, actress, adapted screenplay, makeup), got besotted reviews and made a pile of money. Why wasn’t a mystery.

Any time a white person comes anywhere close to the rescue of a black person the academy is primed to say, “Good for you!,” whether it’s “To Kill a Mockingbird,” “Mississippi Burning,” “The Blind Side,” or “The Help.” The year “Driving Miss Daisy” won those Oscars, Morgan Freeman also had a supporting role in a drama (“Glory”) that placed a white Union colonel at its center and was very much in the mix that night. (Denzel Washington won his first Oscar for playing a slave-turned-Union soldier in that movie.) And Spike Lee lost the original screenplay award for “Do the Right Thing,” his masterpiece about a boiled-over pot of racial animus in Brooklyn. I was 14 then, and the political incongruity that night was impossible not to feel. “Driving Miss Daisy” and “Glory” were set in the past and the people who loved them seemed stuck there. The giddy reception for “Miss Daisy” seemed earnest. But Lee’s movie dramatized a starker truth — we couldn’t all just get along.

For what it’s worth, Lee is now up for more Oscars. His film “BlacKkKlansman” has six nominations. Given the five for “Green Book,” basically so is “Driving Miss Daisy.” Which is to say that 2019 might just be 1990 all over again. And yet viewed separately from the cold shower of “Do the Right Thing,” “Driving Miss Daisy” does operate with more finesse, elegance and awareness than my teenage self wanted to see. It’s still not the best movie of 1989. But it does know the southern caste system and the premium that system placed on propriety.

The movie turns the 25-year relationship between Daisy, an elderly Jewish white widow from Atlanta, and Hoke, her elderly, widowed black driver, into both this delicate, modest, tasteful thing — a love letter, a corsage — and something amusingly perverse. Proud old prejudiced Daisy says she doesn’t want to be driven anywhere. But doesn’t she? Hoke treats her pride like a costume. He stalks her with her own new car until she succumbs and lets him drive her to the market. What passes between them feels weirdly kinky: southern-etiquette S&M.

Bruce Beresford directed the movie and Alfred Uhry based it on his Pulitzer Prize-winning play, which he said was inspired by his grandmother and her chauffeur, and it does powder over the era’s upheavals, uprisings and blowups. But it doesn’t sugarcoat the history fueling the regional and national climes, either. Daisy’s fortune comes from cotton, and Hoke, with ruthless affability, keeps reminding her that she’s rich. When she says things are a-changing, he tells her not that much.

Platonic love blossoms, obviously. But the movie’s one emotional gaffe would seem to come near the end when Daisy grabs Hoke’s hand and tells him so. “You’re my best friend,” she creaks. But her admission arises not from one of their little S&M drives but after a bout of dementia. And in a wide shot, he stands above her, a little stooped, halfway in, halfway out, moved yet confused. And in his posture resides an entire history of national racial awkwardness: He has to mind his composure even as she’s losing her mind.

One headache with these movies, even one as well done as “Driving Miss Daisy,” is that they romanticize their workplaces and treat their black characters as the ideal crowbar for closed white minds and insulated lives.

Who knows why, in “The Upside,” Phillip picks the uncouth, underqualified Dell to drive him around, change his catheter and share his palatial apartment. But by the time the movie’s over, they’re paragliding together to Aretha Franklin. We’re told that this is based on a true story. It’s not. It’s a remake of a far more nauseating French megahit — “Les Intouchables” — and that claimed to be based on a true story. “The Upside” seems based on one of those paternalistic ’80s movies, “Disorderlies,” the one where the Fat Boys wheel an ailing Ralph Bellamy around his mansion.

Phillip’s largess and tolerance take Dell from opera-phobic to opera-curious to opera queen, leading to Dell’s being able to afford to transport his ex and their son out of the projects, and permitting Dell to take his boss’s luxury cars for a spin whether or not he’s riding shotgun. And Dell provides entertainment (and drugs) that ease Phillip’s sense of isolation and self-consciousness. But this is also a movie that needs Dell to steal one of Phillip’s antique first-editions as a surprise gift to his estranged son, and not a copy of some Judith Krantz or Sidney Sheldon novel, either. He swipes “Adventures of Huckleberry Finn” (and to reach it, his hand has to skip past a few Horatio Alger books, too). Most of these black-white-friendship adventures were foretold by Mark Twain. Somebody is white Huck and somebody else is his amusingly dim black sidekick, Jim. This movie is just a little more flagrant about it.

There’s a way of looking at the role reversal in “Green Book” as an upgrade. Through his record company, Don hires a white nightclub bouncer named Tony Vallelonga. (Most people call him Tony Lip.) We don’t meet Don for about 15 minutes, because the movie needs us to know that Tony is a sweet, Eye-talian tough guy who also throws out perfectly good glassware because his wife let black repairmen drink from it.

By this point, you might have heard about the fried chicken scene in “Green Book.” It comes early in their road trip. Tony is shocked to discover that Don has never had fried chicken. He also appears never to have seen anybody eat fried chicken, either. (“What do we do about the bones?”) So, with all the greasy alacrity and exuberant crassness that Mortensen can conjure, Tony demonstrates how to eat it while driving. As comedy, it’s masterful — there’s tension, irony and, when the car stops and reverses to retrieve some litter, a punch line that brings down the house. But the comedy works only if the black, classical-pop fusion pianist is from outer space (and not in a Sun Ra sort of way). You’re meant to laugh because how could this racist be better at being black than this black man who’s supposed to be better than him?

The movie Peter Farrelly directed and wrote, with Brian Currie and Tony’s son Nick, is suspiciously like “Driving Miss Daisy,” but same-sex, with Don as Daisy and Tony as Hoke. Indeed, “Miss Daisy” features a fried chicken scene, too, a delicate one, in which Hoke tells her the flame is too high on the skillet and she waves him off. Once he’s left the kitchen, she furtively, begrudgingly adjusts the burner. It’s like Farrelly watched that scene and thought it needed a stick of cartoon dynamite.

Before they head out, a white character from Don’s record company gives Tony a listing of black-friendly places to house Don: The Green Book. The idea for “The Negro Motorist Green Book” belongs to Victor Hugo Green, a postal worker, who introduced it in 1936. It guided black road trippers to stress-free gas, food and lodging in the segregated South. The story of its invention, distribution and updating is an amusing, invigorating, poignant and suspenseful story of an astonishing social network, and warrants a movie in itself. In the meantime, what does Tony need a Green Book for? He is the Green Book.

The movie’s tagline is “based on a true friendship.” But the transactional nature of it makes the friendship seem less true than sponsored. So what does the money do, exactly? The white characters — the biological ones and somebody supposedly not black enough, like fictional Don — are lonely people in these pay-a-pal movies. The money is ostensibly for legitimate assistance, but it also seems to paper over all that’s potentially fraught about race. The relationship is entirely conscripted as service and bound by capitalism and the fantastically presumptive leap is, The money doesn’t matter because I like working for you. And if you’re the racist in the relationship: I can’t be horrible because we’re friends now. That’s why the hug Sandra Bullock gives Yomi Perry, the actor playing her maid, Maria, at the end of “Crash,” remains the single most disturbing gesture of its kind. It’s not friendship. Friendship is mutual. That hug is cannibalism.

Money buys Don a chauffeur and, apparently, an education in black folkways and culture. (Little Richard? He’s never heard him play.) Shirley’s real-life family has objected to the portrait. Their complaints include that he was estranged from neither black people nor blackness. Even without that thumbs-down, you can sense what a particularly perverse fantasy this is: that absolution resides in a neutered black man needing a white guy not only to protect and serve him, but to love him, too. Even if that guy and his Italian-American family and mob associates refer to Don and other black people as eggplant and coal. In the movie’s estimation, their racism is preferable to its nasty, blunter southern cousin because their racism is often spoken in Italian. And, hey, at least Tony never asks Don to eat his fancy dinner in a supply closet.

Mahershala Ali is acting Shirley’s isolation and glumness, but the movie determines that dining with racists is better than dining alone. The money buys Don relative safety, friendship, transportation and a walking-talking black college. What the money can’t buy him is more of the plot in his own movie. It can’t allow him to bask in his own unique, uniquely dreamy artistry. It can’t free him from a movie that sits him where Miss Daisy sat, yet treats him worse than Hoke. He’s a literal passenger on this white man’s trip. Tony learns he really likes black people. And thanks to Tony, now so does Don.

Lately, the black version of these interracial relationships tends to head in the opposite direction. In the black version, for one thing, they’re not about money or a job but about the actual emotional, psychological work of being black among white people. Here, the proximity to whiteness is toxic, a danger, a threat. That’s the thrust of Jeremy O. Harris’s stage drama “Slave Play,” in which the traumatic legacy of plantation life pollutes the black half of the show’s interracial relationships. That’s a particularly explicit, ingenious example. But scarcely any of the work I’ve seen in the last year by black artists — not Jackie Sibblies Drury’s equally audacious play “Fairview,” not Boots Riley’s “Sorry to Bother You,” not “Blindspotting,” which Daveed Diggs co-wrote and stars in, not Barry Jenkins’s “If Beale Street Could Talk” or Ryan Coogler’s “Black Panther” — emphasizes the smoothness and joys of interracial friendship and certainly not through employment. The health of these connections is iffy, at best.

In 1989, Lee was pretty much on his own as a voice of black racial reality. His rankled pragmatism now has company and, at the Academy Awards, it’s also got stiff competition. He helped plant the seeds for an environment in which black artists can look askance at race. But a lot of us still need the sense of fantastical racial contentment that movies like “The Upside” and “Green Book” are slinging. I’ve seen “Green Book” with paying audiences, and it cracks people up the way any of Farrelly’s comedies do. The kind of closure it offers is like a drug that Lee’s never dealt. The Charlottesville-riot footage that he includes as an epilogue in “BlacKkKlansman” might bury the loose, essentially comedic movie it’s attached to in furious lava. Lee knows the past too well to ever let the present off the hook. The volcanoes in this country have never been dormant.

The academy’s embrace of Lee at this stage of his career (this is his first best director nomination) suggests that it’s come around to what rankles him. Of course, “BlacKkKlansman” is taking on the unmistakable villainy of the KKK in the 1970s. But what put Lee on the map 30 years ago was his fearlessness about calling out the universal casual bigotry of the moment, like Daisy’s and Tony’s. It’s hot as hell in “Do the Right Thing,” and in the heat, almost everybody has a problem with who somebody is. The pizzeria owned by Sal (Danny Aiello) comes to resemble a house of hate. Eventually Sal’s delivery guy, Mookie (played by Lee), incites a melee by hurling a trash can through the store window. He’d already endured a conversation with Pino (John Turturro), Sal’s racist son, in which he tells Mookie that famous black people are “more than black.”

Closure is impossible because the blood is too bad, too historically American. Lee had conjured a social environment that’s the opposite of what “The Upside,” “Green Book,” and “Driving Miss Daisy” believe. In one of the very last scenes, after Sal’s place is destroyed, Mookie still demands to be paid. To this day, Sal’s tossing balled-up bills at Mookie, one by one, shocks me. He’s mortally offended. Mookie’s unmoved. They’re at a harsh, anti-romantic impasse. We’d all been reared on racial-reconciliation fantasies. Why can’t Mookie and Sal be friends? The answer’s too long and too raw. Sal can pay Mookie to deliver pizzas ‘til kingdom come. But he could never pay him enough to be his friend.

A version of this article appears in print on , on Page AR1 of the New York edition with the headline: Friendship Or Fantasy ?
Voir par ailleurs:

A New Hope

Can ‘Belle’ End Hollywood’s Obsession with the White Savior?

The black characters in films like ‘The Help’ and ’12 Years A Slave’ always seem to need a white knight. But the black protagonist in ‘Belle,’ a new film about racism and slavery in England, takes matters into her own hands.

The film Belle, which opens this weekend in limited release stateside, is inspired by a true story, deals with the horrors of the African slave trade, and its director is black and British. For these reasons, comparisons to the recent recipient of the Best Picture Oscar, 12 Years a Slave, are inevitable.

But there are some notable differences.

Among them, Belle is set in England, while 12 Years a Slave is set in America. 12 Years a Slave depicts—in unflinching detail—the brutalities of slavery, while Belle merely hints at its physical and psychological toll. But the most significant deviation is this: whereas 12 Years a Slave faced criticism for being yet another film to perpetuate the “white savior” cliché in cinema, in Belle, the beleaguered black protagonist does something novel: she saves herself.

Belle marks the first film I’ve seen in which a black woman with agency stands at the center of the plot as a full, eloquent human being who is neither adoring foil nor moral touchstone for her better spoken white counterparts,” the novelist and TV producer Susan Fales-Hill told The Daily Beast.

Directed by the Amma Asante, the film is inspired by the 1779 painting of Dido Elizabeth Belle, a mixed race woman in a turban hauling fruit, and her white cousin, Lady Elizabeth Murray. The artwork was commissioned by William Murray, acting Lord Chief Justice of England, and depicts the two nieces smiling with Murray’s hand resting on Belle’s waist—a gesture suggesting equality, not subservience. While its artist is unknown, the portrait hung in England’s Kenwood House, alongside works by Vermeer and Rembrandt, until 1922.

The painting’s mysterious subject, Belle, was the daughter of an African slave known as Maria Belle and Admiral Sir John Lindsay, an English aristocrat. She was ultimately raised by Lindsay’s uncle, William Murray, the aforementioned Lord Chief Justice and 1st Earl of Mansfield, with many of the privileges befitting a woman of her family’s high standing. Since not much is known of Belle’s life inside the Mansfield estate, Asante and screenwriter Misan Sagay took some artistic license in dramatizing the dehumanizing racial prejudice their protagonist endured that even her social standing and wealth could not erase.

For instance, while not permitted to dine with the servants of her home since they were considered beneath her, she was also not permitted to dine with her family when guests were present since she was considered beneath them. This racial balancing act makes Belle one of the most genteel yet uncomfortable depictions of racism ever to grace the screen. Here, the racism isn’t as black-and-white—those providing Belle with her luxury attire, emotional affection, and protection from the racial brutality of the outside world also see her as a lesser being.

“For me, this point of view is so refreshing,” Gugu Mbatha-Raw, who plays Belle, told The Daily Beast. “I’d never seen a period drama like this with a woman of color as the lead who wasn’t being brutalized, wasn’t being raped, was going through this personal evolution but was also in a privileged world and articulate and educated. I just hadn’t seen that on film before.”

Indeed, Belle becomes empowered to challenge the white characters that view themselves as her savior on their veiled racism, which marks a welcome departure from one of Hollywood’s most enduring cinematic tropes: the white savior.

When it comes to race-relations dramas—and slavery narratives, in particular—the white savior has become one of Hollywood’s most reliably offensive clichés. The black servants of The Help needed a perky, progressive Emma Stone to shed light on their plight; the football bruiser in The Blind Side couldn’t have done it without fiery Sandra Bullock; the black athletes in Cool Runnings and The Air Up There needed the guidance of their white coach; and in 12 Years A Slave, Solomon Northup, played by Chiwetel Ejiofor, is liberated at the eleventh hour by a Jesus-looking Brad Pitt (in a classic Deus Ex Machina).

“I think it’s a trope that has certainly been seen in Hollywood films for decades,” longtime film critic Laurence Lerman, formerly of Variety, says. “Think about the white teacher in the inner city school. The Michelle Pfeiffer one [in Dangerous Minds]. The Principal. Music of the Heart, where Meryl Streep was a music teacher. Wildcats. I think these stories probably read well in a pitch meeting: ‘Goldie Hawn coaching an inner city football team.’”

But, as he went on to explain, the execution often leaves something to be desired and doesn’t always reflect well on the communities it depicts—ones rooted in chaos that need a white savior to restore order. Lerman further noted that this cinematic trope is not limited to the depiction of inner cities or black people. Of the Last Samurai he said, “They make it look like Japan would not have made it out of the feudal period without Tom Cruise.” And the worst offender, in his opinion, is Dances with Wolves. “The west wouldn’t have been tamed and we’d have no civilization if Kevin Costner didn’t ride into town,” he says sarcastically.

The issue, according to Lerman, is more complex given the nature of Hollywood and the various power structures at play. While there are plenty of important stories to tell featuring people of color, there are only a small number of people of color in Hollywood with the clout to get a film green-lit—especially since we’re living in an age where international box office trumps domestic. This troubling disparity often results in a white star needing to be featured in a film with a predominantly minority cast to secure the necessary financing—as was the case with Pitt’s appearance in 12 Years A Slave, a film produced by his company, Plan B. And who can forget the controversy over the outrageous Italian movie posters for 12 Years A Slave, which prominently featured the film’s white movie stars—Pitt and Michael Fassbender—in favor of the movie’s real star, Chiwetel Ejiofor.

Without ruining the film for you, part of what makes Belle so refreshing is that its portrayal of black characters, namely Belle, is one of dignity. They aren’t the typical uneducated blacks you see in films that need to be shown the light by a white knight, for they’re blessed with more intellect and class than many of their white subjugators, who soon come to realize that Belle, through her grace and wisdom, is their savior.

“Her family thought they were giving her great love, but until she’s able to take that freedom for herself and find self-love and feel comfortable in her own skin, that’s when she’s ready to challenge them,” says Mbatha-Raw. “It just felt like a story that needed to be told.”

Voir enfin:

Historian at the Movies: Belle reviewed

As part of our Historian at the Movies series, James Walvin OBE, professor emeritus of the University of York, reviews Belle, a true story film about Dido Elizabeth Belle, the illegitimate mixed-race daughter of Admiral Sir John Lindsay (Matthew Goode) and an African slave woman.

**Please be aware that this review contains spoilers**

 

 

Q: Did you enjoy the film?

A: I ought to have enjoyed this film, but watched it, twice, with mounting dissatisfaction.

Belle hit the screens in the UK on 13 June amid a massive publicity campaign. The main star’s face (Gugu Mbatha-Raw) adorned the London underground, ads festooned the newspapers, and the media in general fell over themselves to provide free, and largely adulatory publicity.

Here, it seemed, is a film for our times. It is the story of slavery and the law, of beauty and the beast, and of Britain at a late 18th-century major turning point. It also speaks one of my special interests: the history of black people in Britain, and slavery.

It tells the dramatic true story of the daughter of an African slave woman and an English sailor, raised in the company of the Lord Chief Justice Mansfield (at the time when he was adjudicating major slave cases – Somerset and the Zong. [In the 1783 Zong case, the owners of the Zong slave ship made a claim to their insurers for the loss of the hundreds of slaves thrown overboard by the crew as disease and malnutrition ravaged the ship. Insurers refused to pay, but the case was taken to court and they lost. Lord Mansfield, the Lord Chief Justice for the case, compared the loss of the ‘slave cargo’ to the loss of horses, viewing the enslaved as property.]

The film is also the story of a beautiful woman celebrated in a major portrait. It is sumptuous, eye-watering and glossy: think Downton Abbey meets the slave trade. Yet for all the hype, for all the overblown praise and self-promotion of those involved, I disliked it.

There are some fine performances by a number of prominent actors, but even their skills and efforts can’t deflect the film’s basic flaws.

Q: Is the film historically accurate?

A: It is always hard for an historian to assess a film that is based on real events. After all, the makers need to weave a compelling story and a visual treat from evidence that is often sparse and unyielding.

In this case, much of the historical evidence is there – though festooned in the film with imaginary relishes and fictional tricks. Partly accurate, the whole thing reminded me of the classic Morecombe and Wise sketch with Andre Previn (Eric bashing away on the piano): all the right notes – but not necessarily in the right order.

Q: What did the film get right?

A: The film was a bold statement about the black presence in British history, and was good at revealing the social and racial tensions of Belle’s presence in the wider world of Mansfield’s Kenwood House. Here was a world, thousands of miles away from slavery, but enmeshed in its consequences.

The message, however, was delivered with thunderous and didactic simplicity: Belle is often given lines that sound as if they’ve been nicked from an abolitionist’s sermon. Her suitor (later her husband), Mr Davinier, offers a wincing portrayal of outraged humanity.

Q: What did it miss?

A: The real difficulty is that we know very little about Belle. To overcome that problem, the filmmakers had available a major event to bulk out a fading story: they hitch the fragments known about Belle onto the story of the massacre on the Zong slave ship.

The second half of the film is the story of Belle’s fictional involvement in that case. It portrays her growing outrage (following the simpering lead of her would-be suitor), and her activity as abolitionist mole in the Mansfield house. The aim is to illustrate Belle wooing Mansfield over to the abolitionist cause. To do this, the filmmakers make free with recently published material on the Zong. In truth, Belle is nowhere to be found in the Zong affair – except that is, in the film.

Tom Wilkinson’s Mansfield finds his cold legal commercial heart softened, and edged towards abolition by the eyelash-fluttering efforts of his stunning great niece. And lo! It works! In an expectant crowded courtroom scene (which could have been called 112 Angry Men), Mansfield’s adjudication becomes, not a point of law, but the first bold assertion towards the end of slavery. In reality, he merely stated that there should be another hearing of the Zong case – this time with evidence not known at the earlier hearing.

With freedom (for three quarters of a million slaves) beckoning over the horizon, Belle and her suitor step outside, find love, and Mansfield’s blessing – in the form of a knowing smile from Tom Wilkinson.

The film has all the ingredients for success. Lachrymose sentimentality, delivered to the screen by bucket-loads of opulent abundance. It has beauty at every turn (the brute ugliness of slavery remains a mere noise off-stage). Humanity and justice finally win out – all aided and propelled forward by female beauty.

I left the cinema asking myself: who would be spinning faster in their respective graves: Lord Mansfield or Dido Elizabeth Belle?

How many stars (out of 5) would you award the film?

For enjoyment: *
For historical accuracy: **


Martin Luther King Day: Attention, un faux peut en cacher un autre ! (Fraud fit for a King: Israel, anti-zionism and the misuse of MLK)

21 janvier, 2019
Jews-and-Civil-RightsLe rabbin Abraham Joshua Heschel (deuxième à droite), lors de la marche à Selma avec le Révérend Martin Luther King, Jr., Ralph Bunche, le républicain John Lewis, le révérend Fred Shuttlesworth et le révérend CT Vivian. (Crédit : Autorisation de Susannah Heschel)
https://i.ytimg.com/vi/IWCYJpSJaQY/hqdefault.jpg

Image result for LETJUSTICE ROLLS DOWN LIKE WATERS AND RIGHTEOUSNESS LIKE A MIGHTY STREAM aMOS 5

Ne parlez pas comme ça. Quand des gens critiquent les sionistes ils veulent parler des Juifs. Ce que vous dites là, c’est de l’antisémitisme ! Martin Luther King
Je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m’importe ce qui va m’arriver, car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne. Je ne m’inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. La longévité a son prix. Mais je ne m’en soucie guère. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite. Et il m’a permis d’atteindre le sommet de la montagne. J’ai regardé autour de moi. Et j’ai vu la Terre promise. Il se peut que je n’y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise. Je suis heureux, ce soir. Je ne m’inquiète de rien. Je ne crains aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur. Martin Luther King
Whenever I return to the New England states, I never feel like a stranger because I’ve spent some three or four years in this area attending Boston University and Harvard University, so I feel like I’m coming home when I come back this way. (..) Now tonight I would like to use as a subject the question of progress in the area of race relations for indeed that is a desperate question on the lips of  hundreds and thousands of people all over our nation, indeed, people all over the world. They’re asking from time to time whether there has been any real progress in the area of race relations in the United States. There are three possible answers to the question of progress in the area of race relations. First, that is the attitude of extreme optimism. The extreme optimist would contend that we have made marvelous strides in the area of race relations. He would point proudly to the gains that have been made in the area of civil rights over the last few decades. And from this, the extreme optimist would conclude that the problem is just about solved now and that we can sit down comfortably by the wayside and wait on the coming of the inevitable. The second attitude that can be taken is that of extreme pessimism. The extreme pessimist would contend that we have made only minor strides in the area of race relations. He would argue that the deep rumblings of discontent from the South, the resurgence of the Ku Klux Klan and the birth of white citizens councils and the presence of Federal troops in Little Rock, Arkansas are all indicative of the fact that we have retrogressed rather than progressed, that we have created many more problems than we have solved. At times, he would get a little intellectual in his analysis and in his pessimistic conclusions. He may for instance turn to the realms of theology and seek to argue that hovering over every man is the tragic taint of original sin and he would misuse this doctrine to argue that at bottom human nature cannot be changed. He may even move to the realms of psychology and seek to show the determinative effects of certain habit structures and attitudes once they have been molded. And from all of this he would conclude that there can be no progress in the area of race relations. Now what is interesting to notice is that the extreme optimist and the extreme pessimist agree on at least one point. They would both argue that we must sit down and do nothing in the area of race relations. The extreme optimist would say: ‘do nothing because integration is inevitable’. The extreme pessimist would say: ‘do nothing because integration is impossible’. But there is a third position that can be taken, namely the realistic position. The realist in this area seeks to combine the truths of two opposites while avoiding the extremes of both. So he would agree with the optimist that we have come a long, long way. But he would seek to balance that by agreeing with the pessimist that we have a long, long way to go. And it is this realistic position that I would like to use as a basis for our thinking together this evening. We have come a long, long way but realism impels us to admit that we have a long, long way to go. Martin Luther King
I think that the situation with the Negro people in this country is analogous to what happened with the Israelites in Egypt. They too had to wait for a leader, and I think all of us will agree that they have found this leader in Dr. Martin Luther King. Rabbi Klein (Temple Emanuel)
President Nasser of Egypt has initiated a blockade of an international waterway, the Straits of Tiran, Israel’s sea lane to Africa and Asia. This blockade may lead to a major conflagration. The Middle East has been an area of tension due to the threat of continuing terrorist attacks, as well as the recent Arab military mobilization along Israel’s borders. Let us recall that Israel is a new nation whose people are still recovering from the horror and decimation of the European holocaust. (…) We call on our fellow Americans of all persuasions and groupings and on the administration to support the independence, integrity, and freedom of Israel. Men of conscience all over the world bear a moral responsibility to support Israel’s right of passage through the Straits of Tiran. Pétition signée par Martin Luther King (The Moral Responsibility in the Middle East, NYT, 28.05.1967)
What is saddening is that respected public leaders like Martin Luther King who have courageously opposed American actions in Vietnam should now associate themselves with vague calls for American intervention on behalf of Israel. Letter to NYT (June 2, 1967)
Did you see the ad in the New York Times Sunday ? Th is was the ad they got me to sign with Bennett, etc. I really hadn’t seen the statement. I felt after seeing it, it was a little unbalanced and it is pro-Israel. It put us in the position almost of setting the turning-hawks on the Middle East while being doves in Vietnam and I wouldn’t have given a statement like that at all. Martin Luther King
The statement I signed in the N.Y. Times as you know was agree d with by a lot of people in the Jewish community. But there was those in the negro community [who] have been disappointed. SNCC for one has been very critical. The problem was that the N.Y. Times played it up as a total endorsement of Israel. What they printed up wasn’t the complete text, even the introduction wasn’t the text. I can’t back up on the statement now, my problem is whether I should make another statement, or maybe I could just avoid making a statement. I don’t want to make a statement that backs up on me; that wouldn’t be good. Well, what do you think? Martin Luther King
Well, I think these guarantees should all be worked out by the United Nations. I would hope that all of the nations, and particularly the Soviet Union and the United States, and I would say France and Great Britain, these four powers can really determine how that situation is going. I think the Israelis will have to have access to the Gulf of Aqaba. I mean the very survival of Israel may well depend on access to not only the Suez Canal, but the Gulf and the Strait of Tiran. These things are very important. But I think for the ultimate peace and security of the situation it will probably be necessary for Israel to give up this conquered territory because to hold on to it will only exacerbate the tensions and deepen the bitterness of the Arabs. Martin Luther King
I’d run into the situation where I’m damned if I say this and I’m damned if I say that no matter what I’d say, and I’ve already faced enough criticism including pro-Arab.(…) I just think that if I go, the Arab world, and of course Africa and Asia for that matter, would interpret this as endorsing everything that Israel has done, and I do have questions of doubt. (…) most of it [the pilgrimage] would be Jerusalem and they [the Israelis] have annexed Jerusalem, and any way you say it they don’t plan to give it up. (…) I frankly have to admit that my instincts, and when I follow my instincts so to speak I’m usually right. . . . I just think that this would be a great mistake. I don’t think I could come out unscathed. Martin Luther King
It is with the deepest regret that I cancel my proposed pilgrimage to the Holy Land for this year, but the constant turmoil in the Middle East makes it extremely difficult to conduct a religious pilgrimage free of both political overtones and the fear of danger to the participants. Actually, I am aware that the danger is almost non-existent, but to the ordinary citizen who seldom goes abroad, the daily headlines of border clashes and propaganda statements produces a fear of danger which is insurmountable on the American scene. Martin Luther King (Letter to Mordechai Ben-Ami, the president of the Israeli airline El Al)
That a man like Martin Luther King could stand so openly with Israel, despite his own private qualms and criticism by younger, more radical, black Americans who had discovered the plight of the Palestinians, indicated the degree to which Zionism was embraced by the American mainstream. . . . One of the ways [King] reciprocated Jewish American support for desegregation in the United States was by turning a blind eye to the plight of the Palestinians. Ussama Makdisi (2010)
Israel does many bad things but it does not get reprimanded. (…) Israel is very strong, [Malaysians] cannot do much against it, but they do not have to demonstrate affection to it. The world is talking about freedom of speech, but whenever we say anything against Israel and the Jews, it is considered antisemitism. It is my right to criticize Israel for its policy regarding the Palestinians and say they do many bad things. Mahathir Bin Mohamad
Every January, with the Martin Luther King Jr. holiday just around the corner, I have come to expect someone to misuse the good doctor’s words so as to push an agenda he would not likely have supported. (…) And yet (…) the one thing I never expected anyone to do would be to just make up a quote from King; a quote that he simply never said, and claim that it came from a letter that he never wrote, and was published in a collection of his essays that never existed. Frankly, this level of deception is something special. The hoax of which I speak is one currently making the rounds on the Internet, which claims to prove King’s steadfast support for Zionism. Indeed, it does more than that. In the item, entitled “Letter to an Anti-Zionist Friend,” King proclaims that criticism of Zionism is tantamount to anti-Semitism, and likens those who criticize Jewish nationalism as manifested in Israel, to those who would seek to trample the rights of blacks. Heady stuff indeed, and 100% bullshit, as any amateur fact checker could ascertain were they so inclined. But of course, the kinds of folks who push an ideology that required the expulsion of three-quarters-of-a-million Palestinians from their lands, and then lied about it, claiming there had been no such persons to begin with (as with Golda Meir’s infamous quip), can’t be expected to place a very high premium on truth. I learned this the hard way recently, when the Des Moines Jewish Federation succeeded in getting me yanked from the city’s MLK day events: two speeches I had been scheduled to give on behalf of the National Conference of Community and Justice (NCCJ). Because of my criticisms of Israel—and because I as a Jew am on record opposing Zionism philosophically—the Des Moines shtetl decided I was unfit to speak at an MLK event. After sending the supposed King quote around, and threatening to pull out all monies from the Jewish community for future NCCJ events, I was dropped. The attack of course was based on a distortion of my own beliefs as well. Federation principal Mark Finkelstein claimed I had shown a disregard for the well-being of Jews, despite the fact that my argument has long been that Zionism in practice has made world Jewry less safe than ever. But it was his duplicity on King’s views that was most disturbing. Though Finkelstein only recited one line from King’s supposed “letter” on Zionism, he lifted it from the larger letter, which appears to have originated with Rabbi Marc Schneier, who quotes from it in his 1999 book, “Shared Dreams: Martin Luther King Jr. and the Jewish Community.” Therein, one finds such over-the-top rhetoric as this: “I say, let the truth ring forth from the high mountain tops, let it echo through the valleys of God’s green earth: When people criticize Zionism, they mean Jews—this is God’s own truth.” The letter also was filled with grammatical errors that any halfway literate reader of King’s work should have known disqualified him from being its author, to wit: “Anti-Zionist is inherently anti Semitic, and ever will be so.” The treatise, it is claimed, was published on page 76 of the August, 1967 edition of Saturday Review, and supposedly can also be read in the collection of King’s work entitled, This I Believe: Selections from the Writings of Dr. Martin Luther King Jr. That the claimants never mention the publisher of this collection should have been a clear tip-off that it might not be genuine, and indeed it isn’t. The book doesn’t exist. As for Saturday Review, there were four issues in August of 1967. Two of the four editions contained a page 76. One of the pages 76 contains classified ads and the other contained a review of the Beatles’ Sgt. Pepper’s album. No King letter anywhere. Yet its lack of authenticity hasn’t prevented it from having a long shelf-life. Not only does it pop up in the Schneier book, but sections of it were read by the Anti-Defamation League’s Michael Salberg in testimony before a House Subcommittee in July of 2001, and all manner of pro-Israel groups (from traditional Zionists to right-wing Likudites, to Christians who support ingathering Jews to Israel so as to prompt Jesus’ return), have used the piece on their websites. In truth, King appears never to have made any public comment about Zionism per se; and the only known statement he ever made on the topic, made privately to a handful of people, is a far cry from what he is purported to have said in the so-called “Letter to an Anti-Zionist friend.” In 1968, according to Seymour Martin Lipset, King was in Boston and attended a dinner in Cambridge along with Lipset himself and a number of black students. After the dinner, a young man apparently made a fairly harsh remark attacking Zionists as people, to which King responded: “Don’t talk like that. When people criticize Zionists, they mean Jews. You’re talking Anti-Semitism.” Assuming this quote to be genuine, it is still far from the ideological endorsement of Zionism as theory or practice that was evidenced in the phony letter. After all, to respond to a harsh statement about individuals who are Zionists with the warning that such language is usually a cover for anti-Jewish bias is understandable. More than that, the comment was no doubt true for most, especially in 1968. It is a statement of opinion as to what people are thinking when they say a certain thing. It is not a statement as to the inherent validity or perfidy of a worldview or its effects. (…) So yes, King was quick to admonish one person who expressed hostility to Zionists as people. But he did not claim that opposition to Zionism was inherently anti-Semitic. And for those who criticize Zionism today and who like me are Jewish, to believe that we mean to attack Jews, as Jews, when we speak out against Israel and Zionism is absurd. As for King’s public position on Israel, it was quite limited and hardly formed a cornerstone of his worldview. In a meeting with Jewish leaders a few weeks before his death, King noted that peace for Israelis and Arabs were both important concerns. According to King, “peace for Israel means security, and we must stand with all our might to protect its right to exist, its territorial integrity.” But such a statement says nothing about how Israel should be constituted, nor addresses the Palestinians at all, whose lives and challenges were hardly on the world’s radar screen in 1968. At the time, Israel’s concern was hostility from Egypt; and of course all would agree that any nation has the right not to be attacked by a neighbor. The U.S. had a right not to be attacked by the Soviet Union too—as King would have no doubt agreed, thereby affirming the United States’ right to exist. But would anyone claim that such a sentiment would have implied the right of the U.S. to exist as it did, say in 1957 or 1961, under segregation? Of course not. So too Israel. Its right to exist in the sense of not being violently destroyed by hostile forces does not mean the right to exist as a Jewish state per se, as opposed to the state of all its citizens. It does not mean the right to laws granting special privileges to Jews from around the world, over indigenous Arabs. It should also be noted that in the same paragraph where King reiterated his support for Israel’s right to exist, he also proclaimed the importance of massive public assistance to Middle Eastern Arabs, in the form of a Marshall Plan, so as to counter the poverty and desperation that often leads to hostility and violence towards Israeli Jews. This part of King’s position is typically ignored by the organized Jewish community, of course, even though it was just as important to King as Israel’s territorial integrity. As for what King would say today about Israel, Zionism, and the Palestinian struggle, one can only speculate. (…) But one thing is for sure. While King would no doubt roundly condemn Palestinian violence against innocent civilians, he would also condemn the state violence of Israel. He would condemn launching missile attacks against entire neighborhoods in order to flush out a handful of wanted terrorists. He would oppose the handing out of machine guns to religious fanatics from Brooklyn who move to the territories and proclaim their God-given right to the land, and the right to run Arabs out of their neighborhoods, or fence them off, or discriminate against them in a multitude of ways. He would oppose the unequal rationing of water resources between Jews and Arabs that is Israeli policy. He would oppose the degrading checkpoints through which Palestinian workers must pass to get to their jobs, or back to their homes after a long day of work. He would oppose the policy which allows IDF officers to shoot children throwing rocks, as young as age twelve. In other words, he would likely criticize the working out of Zionism on the ground, as it has actually developed in the real world, as opposed to the world of theory and speculation. These things seem imminently clear from any honest reading of his work or examination of his life. He would be a broker for peace. And it is a tragedy that instead of King himself, we are burdened with charlatans like those at the ADL, or the Des Moines Jewish Federation, or Rabbis like Marc Schneier who think nothing of speaking for the genuine article, in a voice not his own. Tim Wise
Ils ont oublié quel pays ils représentent. Nous sommes aux Etats-Unis où le boycott est un droit et fait partie de notre combat historique pour la liberté et l’égalité. Rashida Tlaib
On April 4, 1967, exactly one year before his assassination, the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. stepped up to the lectern at the Riverside Church in Manhattan. The United States had been in active combat in Vietnam for two years and tens of thousands of people had been killed, including some 10,000 American troops. The political establishment — from left to right — backed the war, and more than 400,000 American service members were in Vietnam, their lives on the line. Many of King’s strongest allies urged him to remain silent about the war or at least to soft-pedal any criticism. They knew that if he told the whole truth about the unjust and disastrous war he would be falsely labeled a Communist, suffer retaliation and severe backlash, alienate supporters and threaten the fragile progress of the civil rights movement. King rejected all the well-meaning advice and said, “I come to this magnificent house of worship tonight because my conscience leaves me no other choice.” Quoting a statement by the Clergy and Laymen Concerned About Vietnam, he said, “A time comes when silence is betrayal” and added, “that time has come for us in relation to Vietnam.” It was a lonely, moral stance. And it cost him. But it set an example of what is required of us if we are to honor our deepest values in times of crisis, even when silence would better serve our personal interests or the communities and causes we hold most dear. It’s what I think about when I go over the excuses and rationalizations that have kept me largely silent on one of the great moral challenges of our time: the crisis in Israel-Palestine. I have not been alone. Until very recently, the entire Congress has remained mostly silent on the human rights nightmare that has unfolded in the occupied territories. Our elected representatives, who operate in a political environment where Israel’s political lobby holds well-documented power, have consistently minimized and deflected criticism of the State of Israel, even as it has grown more emboldened in its occupation of Palestinian territory and adopted some practices reminiscent of apartheid in South Africa and Jim Crow segregation in the United States. Many civil rights activists and organizations have remained silent as well, not because they lack concern or sympathy for the Palestinian people, but because they fear loss of funding from foundations, and false charges of anti-Semitism. They worry, as I once did, that their important social justice work will be compromised or discredited by smear campaigns. Similarly, many students are fearful of expressing support for Palestinian rights because of the McCarthyite tactics of secret organizations like Canary Mission, which blacklists those who publicly dare to support boycotts against Israel, jeopardizing their employment prospects and future careers. Reading King’s speech at Riverside more than 50 years later, I am left with little doubt that his teachings and message require us to speak out passionately against the human rights crisis in Israel-Palestine, despite the risks and despite the complexity of the issues. King argued, when speaking of Vietnam, that even “when the issues at hand seem as perplexing as they often do in the case of this dreadful conflict,” we must not be mesmerized by uncertainty. “We must speak with all the humility that is appropriate to our limited vision, but we must speak.” And so, if we are to honor King’s message and not merely the man, we must condemn Israel’s actions: unrelenting violations of international law, continued occupation of the West Bank, East Jerusalem, and Gaza, home demolitions and land confiscations. We must cry out at the treatment of Palestinians at checkpoints, the routine searches of their homes and restrictions on their movements, and the severely limited access to decent housing, schools, food, hospitals and water that many of them face. We must not tolerate Israel’s refusal even to discuss the right of Palestinian refugees to return to their homes, as prescribed by United Nations resolutions, and we ought to question the U.S. government funds that have supported multiple hostilities and thousands of civilian casualties in Gaza, as well as the $38 billion the U.S. government has pledged in military support to Israel. And finally, we must, with as much courage and conviction as we can muster, speak out against the system of legal discrimination that exists inside Israel, a system complete with, according to Adalah, the Legal Center for Arab Minority Rights in Israel, more than 50 laws that discriminate against Palestinians — such as the new nation-state law that says explicitly that only Jewish Israelis have the right of self-determination in Israel, ignoring the rights of the Arab minority that makes up 21 percent of the population. Of course, there will be those who say that we can’t know for sure what King would do or think regarding Israel-Palestine today. That is true. The evidence regarding King’s views on Israel is complicated and contradictory. Although the Student Nonviolent Coordinating Committee denounced Israel’s actions against Palestinians, King found himself conflicted. Like many black leaders of the time, he recognized European Jewry as a persecuted, oppressed and homeless people striving to build a nation of their own, and he wanted to show solidarity with the Jewish community, which had been a critically important ally in the civil rights movement. Ultimately, King canceled a pilgrimage to Israel in 1967 after Israel captured the West Bank. During a phone call about the visit with his advisers, he said, “I just think that if I go, the Arab world, and of course Africa and Asia for that matter, would interpret this as endorsing everything that Israel has done, and I do have questions of doubt.” He continued to support Israel’s right to exist but also said on national television that it would be necessary for Israel to return parts of its conquered territory to achieve true peace and security and to avoid exacerbating the conflict. There was no way King could publicly reconcile his commitment to nonviolence and justice for all people, everywhere, with what had transpired after the 1967 war. Today, we can only speculate about where King would stand. Yet I find myself in agreement with the historian Robin D.G. Kelley, who concluded that, if King had the opportunity to study the current situation in the same way he had studied Vietnam, “his unequivocal opposition to violence, colonialism, racism and militarism would have made him an incisive critic of Israel’s current policies.” Indeed, King’s views may have evolved alongside many other spiritually grounded thinkers, like Rabbi Brian Walt, who has spoken publicly about the reasons that he abandoned his faith in what he viewed as political Zionism. (…) During more than 20 visits to the West Bank and Gaza, he saw horrific human rights abuses, including Palestinian homes being bulldozed while people cried — children’s toys strewn over one demolished site — and saw Palestinian lands being confiscated to make way for new illegal settlements subsidized by the Israeli government. He was forced to reckon with the reality that these demolitions, settlements and acts of violent dispossession were not rogue moves, but fully supported and enabled by the Israeli military. For him, the turning point was witnessing legalized discrimination against Palestinians — including streets for Jews only — which, he said, was worse in some ways than what he had witnessed as a boy in South Africa. (…) Jewish Voice for Peace, for example, aims to educate the American public about “the forced displacement of approximately 750,000 Palestinians that began with Israel’s establishment and that continues to this day.” (…) In view of these developments, it seems the days when critiques of Zionism and the actions of the State of Israel can be written off as anti-Semitism are coming to an end. There seems to be increased understanding that criticism of the policies and practices of the Israeli government is not, in itself, anti-Semitic. (…) the Rev. Dr. William J. Barber II (…) declared in a riveting speech last year that we cannot talk about justice without addressing the displacement of native peoples, the systemic racism of colonialism and the injustice of government repression. In the same breath he said: “I want to say, as clearly as I know how, that the humanity and the dignity of any person or people cannot in any way diminish the humanity and dignity of another person or another people. To hold fast to the image of God in every person is to insist that the Palestinian child is as precious as the Jewish child.” Guided by this kind of moral clarity, faith groups are taking action. In 2016, the pension board of the United Methodist Church excluded from its multibillion-dollar pension fund Israeli banks whose loans for settlement construction violate international law. Similarly, the United Church of Christ the year before passed a resolution calling for divestments and boycotts of companies that profit from Israel’s occupation of Palestinian territories. Even in Congress, change is on the horizon. For the first time, two sitting members, Representatives Ilhan Omar, Democrat of Minnesota, and Rashida Tlaib, Democrat of Michigan, publicly support the Boycott, Divestment and Sanctions movement. In 2017, Representative Betty McCollum, Democrat of Minnesota, introduced a resolution to ensure that no U.S. military aid went to support Israel’s juvenile military detention system. Israel regularly prosecutes Palestinian children detainees in the occupied territories in military court. None of this is to say that the tide has turned entirely or that retaliation has ceased against those who express strong support for Palestinian rights. To the contrary, just as King received fierce, overwhelming criticism for his speech condemning the Vietnam War — 168 major newspapers, including The Times, denounced the address the following day — those who speak publicly in support of the liberation of the Palestinian people still risk condemnation and backlash. Bahia Amawi, an American speech pathologist of Palestinian descent, was recently terminated for refusing to sign a contract that contains an anti-boycott pledge stating that she does not, and will not, participate in boycotting the State of Israel. In November, Marc Lamont Hill was fired from CNN for giving a speech in support of Palestinian rights that was grossly misinterpreted as expressing support for violence. Canary Mission continues to pose a serious threat to student activists. And just over a week ago, the Birmingham Civil Rights Institute in Alabama, apparently under pressure mainly from segments of the Jewish community and others, rescinded an honor it bestowed upon the civil rights icon Angela Davis, who has been a vocal critic of Israel’s treatment of Palestinians and supports B.D.S. But that attack backfired. Within 48 hours, academics and activists had mobilized in response. The mayor of Birmingham, Randall Woodfin, as well as the Birmingham School Board and the City Council, expressed outrage at the institute’s decision. The council unanimously passed a resolution in Davis’ honor, and an alternative event is being organized to celebrate her decades-long commitment to liberation for all. I cannot say for certain that King would applaud Birmingham for its zealous defense of Angela Davis’s solidarity with Palestinian people. But I do. In this new year, I aim to speak with greater courage and conviction about injustices beyond our borders, particularly those that are funded by our government, and stand in solidarity with struggles for democracy and freedom. My conscience leaves me no other choice. Michelle Alexander
In the Israeli view, no peacemaker can bring the two sides together because there aren’t just two sides. There are many, many sides. Most of Israel’s wars haven’t been fought against Palestinians. Since the invasion of five Arab armies at the declaration of the State of Israel in May 1948, the Palestinians have made up a small number of the combatants facing the country. To someone here, zooming in to frame our problem as an Israeli-Palestinian conflict makes as much sense as describing the “America-Italy conflict” of 1944. American G.I.s were indeed dying in Italy that year, but an American instinctively knows that this can be understood only by seeing it as one small part of World War II. The actions of Americans in Italy can’t be explained without Japan, or without Germany, Russia, Britain and the numerous actors and sub-conflicts making up the larger war. Over the decades when Arab nationalism was the region’s dominant ideology, Israeli soldiers faced Egyptians, Syrians, Jordanians, Lebanese and Iraqis. Today Israel’s most potent enemy is the Shiite theocracy in Iran, which is more than 1,000 miles away and isn’t Palestinian (or Arab). The gravest threat to Israel at close range is Hezbollah on our northern border, an army of Lebanese Shiites founded and funded by the IraniansThe antiaircraft batteries of the Russians, Iran’s patrons, already cover much of our airspace from their new Syrian positions. A threat of a lesser order is posed by Hamas, which is Palestinian — but was founded as the local incarnation of Egypt’s Muslim Brotherhood, affiliated with the regional wave of Sunni radicalism, kept afloat with . Qatari cash and backed by Iran. If you see only an “Israeli-Palestinian” conflict, then nothing that Israelis do makes sense. (That’s why Israel’s enemies prefer this framing.) In this tightly cropped frame, Israelis are stronger, more prosperous and more numerous. The fears affecting big decisions, like what to do about the military occupation in the West Bank, seem unwarranted if Israel is indeed the far more powerful party. That’s not the way Israelis see it. Many here believe that an agreement signed by a Western-backed Palestinian leader in the West Bank won’t end the conflict, because it will wind up creating not a state but a power vacuum destined to be filled by intra-Muslim chaos, or Iranian proxies, or some combination of both. That’s exactly what has happened around us in Gaza, Lebanon, Syria and Iraq. One of Israel’s nightmares is that the fragile monarchy in Jordan could follow its neighbors, Syria and Iraq, into dissolution and into Iran’s orbit, which would mean that if Israel doesn’t hold the West Bank, an Iranian tank will be able to drive directly from Tehran to the outskirts of Tel Aviv. When I look at the West Bank as an Israeli, I see 2.5 million Palestinian civilians living under military rule, with all the misery that entails. I’m seeing the many grave errors our governments have made in handling the territory and its residents, the construction of civilian settlements chief among them. But because I’m zoomed out, I’m also seeing Hezbollah (not Palestinian), and the Russians and Iranians (not Palestinian), and the Islamic State-affiliated insurgents (not Palestinian) on our border with Egypt’s Sinai Peninsula. I’m considering the disastrous result of the power vacuum in Syria, which is a 90-minute drive from the West Bank. In the “Israeli-Palestinian” framing, with all other regional components obscured, an Israeli withdrawal in the West Bank seems like a good idea — “like a real-estate deal,” in President Trump’s formulation — if not a moral imperative. And if the regional context were peace, as it was in Northern Ireland, for example, a power vacuum could indeed be filled by calm. But anyone using a wider lens sees that the actual context here is a complex, multifaceted war, or a set of linked wars, devastating this part of the world. The scope of this conflict is hard to grasp in fragmented news reports but easy to see if you pull out a map and look at Israel’s surroundings, from Libya through Syria and Iraq to Yemen. The fault lines have little to do with Israel. They run between dictators and the people they’ve been oppressing for generations; between progressives and medievalists; between Sunni and Shiite; between majority populations and minorities. If our small sub-war were somehow resolved, or even if Israel vanished tonight, the Middle East would remain the same volatile place it is now. Misunderstanding the predicament of Israelis and Palestinians as a problem that can be solved by an agreement between them means missing modest steps that might help people here. Could Israel, as some centrist strategists here recently suggested, freeze and shrink most civilian settlements while leaving the military in place for now? How can the greatest number of Palestinians be freed from friction with Israelis without creating a power vacuum that will bring the regional war to our doorstep? These questions can be addressed only if it’s clear what we’re talking about. Abandoning the pleasures of the simple story for the confusing realities of the bigger picture is emotionally unsatisfying. An observer is denied a clear villain or an ideal solution. But it does make events here comprehensible, and it will encourage Western policymakers to abandon fantastic visions in favor of a more reasonable grasp of what’s possible. And that, in turn, might lead to some tangible improvements in a world that could use fewer illusions and wiser leaders. Matti Friedman
In the past ten years, (…) we have seen an emerging new, new anti-Semitism. It is likely to become far more pernicious than both the old-right and new-left versions, because it is not just an insidiously progressive phenomenon. It has also become deeply embedded in popular culture and is now rebranded with acceptable cool among America’s historically ignorant youth. In particular, the new, new bigotry is “intersectional.” It serves as a unifying progressive bond among “marginalized” groups such as young Middle Easterners, Muslims, feminists, blacks, woke celebrities and entertainers, socialists, the “undocumented,” and student activists. Abroad, the new, new bigotry is fueled by British Labourites and anti-Israel EU grandees. Of course, the new, new anti-Semitism’s overt messages derive from both the old and the new. There is the same conspiratorial idea that the Jews covertly and underhandedly exert inordinate control over Americans (perhaps now as grasping sports-franchise owners or greedy hip-hop record executives). But the new, new anti-Semitism has added a number of subtler twists, namely that Jews are part of the old guard whose anachronistic standards of privilege block the emerging new constituency of woke Muslims, blacks, Latinos, and feminists. Within the Democratic party, such animus is manifested by young woke politicians facing an old white hierarchy. Progressive activist Linda Sarsour oddly singled out for censure Senate majority leader Charles Schumer, saying, “I’m talking to Chuck Schumer. I’m tired of white men negotiating on the backs of people of color and communities like ours.” In attacking Schumer, ostensibly a fellow progressive, Sarsour is claiming an intersectional bond forged in mutual victimization by whites — and thus older liberal Jews apparently either cannot conceive of such victimization or in fact are party to it. With a brief tweet, Alexandra Ocasio-Cortez dismissed former Democratic senator Joe Lieberman’s worry over the current leftward drift of the new Democratic party. “New party, who dis?” she mocked, apparently suggesting that the 76-year-old former Democratic vice-presidential candidate was irrelevant to the point of nonexistence for the new progressive generation. Likewise, the generic invective against Trump — perhaps the most pro-Israel and pro-Jewish president of the modern era — as an anti-Semite and racist provides additional cover. Hating the supposedly Jew-hating Trump implies that you are not a Jew-hater yourself. Rap and hip-hop music now routinely incorporate anti-Semitic lyrics and themes of Jews as oppressors — note the lyrics of rappers such as Malice, Pusha T, The Clipse, Ghostface Killah, Gunplay, Ice Cube, Jay-Z, Mos Def, and Scarface. More recently, LeBron James, the Los Angeles Lakers basketball legend, tweeted out the anti-Semitic lyrics of rapper 21 Savage: “We been getting that Jewish money, everything is Kosher.” LeBron was puzzled about why anyone would take offense, much less question him, a deified figure. He has a point, given that singling out Jews as money-grubbers, cheats, and conspirators has become a sort of rap brand, integral to the notion of the rapper as Everyman’s pushback against the universal oppressor. The music executive and franchise owner is the new Pawnbroker, and his demonization is often cast as no big deal at best and at worst as a sort of legitimate cry of the heart from the oppressed. Note that marquee black leaders — from Keith Ellison to Barack Obama to the grandees of the Congressional Black Caucus — have all had smiling photo-ops with the anti-Semite Louis Farrakhan, a contemporary black version of Richard Spencer or the 1980s David Duke. Appearing with Farrakhan, however, never became toxic, even after he once publicly warned Jews, “And don’t you forget, when it’s God who puts you in the ovens, it’s forever!” Temple professor, former CNN analyst, and self-described path-breaking intellectual Marc Lamont Hill recently parroted the Hamas slogan of “a free Palestine from the river to the sea” — boilerplate generally taken to mean that the goal is the destruction of the current nation of Israel. And here, too, it’s understandable that Hill was shocked at the ensuing outrage — talk of eliminating Israel is hardly controversial in hip left-wing culture. The Democratic party’s fresh crop of representatives likewise reflects the new, new and mainlined biases, camouflaged in virulent anti-Israeli sentiment. Or, as Princeton scholar Robert George recently put it: The Left calls the tune, and just as the Left settled in on abortion in the early 1970s and marriage redefinition in the ’90s, it has now settled in on opposition to Israel – not merely the policies of its government, but its very existence as a Jewish state and homeland of the Jewish people. In that vein, Michigan’s new congresswoman, Rashida Tlaib, assumed she’d face little pushback from her party when she tweeted out the old slur that Jewish supporters of Israel have dual loyalties: Opponents of the Boycott, Divest, and Sanctions movement, which targets Israel, “forgot what country they represent,” she said. Ironically, Tlaib is not shy about her own spirited support of the Palestinians: She earlier had won some attention for an eliminationist map in her office that had the label “Palestine” pasted onto the Middle East, with an arrow pointing to Israel. Similarly, Ilhan Omar (D., Minn.) — like Tlaib, a new female Muslim representative in the House — used to be candid in her views of Israel as an “apartheid regime”: “Israel has hypnotized the world, may Allah awaken the people and help them see the evil doings of Israel.” On matters of apartheid, one wonders whether Omar would prefer to be an Arab citizen inside “evil” Israel or an Israeli currently living in Saudi Arabia or Egypt. Sarsour defended Omar with the usual anti-Israel talking points, in her now obsessive fashion. Predictably, her targets were old-style Jewish Democrats. This criticism of Omar, Sarsour said, “is not only coming from the right-wing but [from] some folks who masquerade as progressives but always choose their allegiance to Israel over their commitment to democracy and free speech.” Again, note the anti-Semitic idea that support for the only functioning democracy in the Middle East is proof of lackluster support for democracy and free speech. Out on the barricades, some Democrats, feminists, and Muslim activists, such as the co-founders of the “Women’s March,” Tamika Mallory and the now familiar Sarsour, have been staunch supporters of Louis Farrakhan (Mallory, for example, called him “the greatest of all time”). The New York Times recently ran a story of rivalries within the Women’s March, reporting that Mallory and Carmen Perez, a Latina activist, lectured another would-be co-leader, Vanessa Wruble, about her Jewish burdens. Wruble later noted: “What I remember — and what I was taken aback by — was the idea that Jews were specifically involved, and predominantly involved, in the slave trade, and that Jews make a lot of money off of black and brown bodies.” Progressive icon Alice Walker was recently asked by the New York Times to cite her favorite bedtime reading. She enjoyed And the Truth Will Set You Free, by anti-Semite crackpot David Icke, she said, because the book was “brave enough to ask the questions others fear to ask” and was “a curious person’s dream come true.” One wonders which “questions” needed asking, and what exactly was Walker’s “dream” that had come “true.” When called out on Walker’s preference for Icke (who in the past has relied on the 19th-century Russian forgery The Protocols of the Elders of Zion, in part to construct an unhinged conspiracy about ruling “lizard people”), the Times demurred, with a shrug: It did not censor its respondents’ comments, it said, or editorialize about them. These examples from contemporary popular culture, sports, politics, music, and progressive activism could be easily multiplied. The new, new anti-Semites do not see themselves as giving new life to an ancient pathological hatred; they’re only voicing claims of the victims themselves against their supposed oppressors. The new, new anti-Semites’ venom is contextualized as an “intersectional” defense from the hip, the young, and the woke against a Jewish component of privileged white establishmentarians — which explains why the bigoted are so surprised that anyone would be offended by their slurs. In our illiterate and historically ignorant era, the new, new hip anti-Semitism becomes a more challenging menace than that posed by prior buffoons in bedsheets or the clownish demagogues of the 1980s such as the once-rotund Al Sharpton in sweatpants. And how weird that a growing trademark of the new path-breaking identity politics is the old stereotypical dislike of Jews and hatred of Israel. Victor Davis Hanson
Nous tenons à vous informer que la « Lettre à un Ami Antisioniste »… prétendument écrite par le Dr Martin Luther King Jr, est, selon toute vraisemblance, un faux, bien que le message qui est à la base de la lettre ait été indéniablement exprimé par Martin Luther King Jr, lors d’une intervention de 1968, à Harvard, au cours de laquelle il a dit: « Quand les gens critiquent les Sionistes, ils parlent des juifs. Votre propos est antisémite ». (…) A l’origine, nous avions de forts doutes concernant l’authenticité de la « Lettre à un Ami Antisioniste », parce que le style du premier paragraphe semblait presque un pastiche de celui du discours du Dr King, « J’ai fait un rêve… ». En outre, nous n’avons trouvé aucune référence à la lettre avant 1999, ce qui était bizarre, car ce texte est une dénonciation si sensationnelle de l’antisionisme, qu’il aurait dû être largement cité. Mais, ensuite, nous avons trouvé la « lettre » dans le livre respectable de Rabbi Marc Schneier, publié en 1999 (« Shared Dreams » [Rêves partagés]), dont la préface était écrite par Martin Luther III. Etant donné que la famille King a la réputation d’être extrêmement attentive à l’héritage du Dr King, nous supposions qu’elle avait vérifié la fiabilité du livre avant de l’approuver. En outre, nous avions découvert que des citations de la « lettre » avaient été faites, le 31 juillet 2001, par Michael Salberg, de l’Anti-Defamation League, lors d’un témoignage devant le sous-Comité des Opérations Internationales et des Droits de l’Homme de la Commission pour les Relations internationales de la Chambre des Représentants des Etats-Unis. La même « source » où il était question de cette « lettre » (Saturday Review, août 1967), mentionnée dans le livre de Schneier, était également citée dans le témoignage. Comme beaucoup de membres de l’Anti-Defamation League avaient effectivement collaboré avec Martin Luther King Jr dans la lutte pour les droits civils, nous avons à nouveau supposé qu’ils étaient très bien informés de l’ouvrage concernant King et qu’ils avaient vérifié de manière approfondie tout ce qu’ils avaient choisi d’exposer devant le Congrès. Néanmoins, comme nous ne nous fions pas, en règle générale, aux recherches effectuées par quelqu’un d’autre, nous avons décidé de procéder à une contre-vérification, en examinant les anciens numéros de Saturday Review (le livre de Rabbi Schneier indiquait que la « lettre » avait été publiée dans l’édition d’août 1967 de la revue). Mais voilà, cette lettre ne figure pas dans les numéros d’août, outre que la page et le numéro de volume cités ne correspondent pas à ceux qu’utilise cette publication. CAMERA a également effectué une vérification auprès de l’Université de Boston, qui conserve les archives de l’œuvre du Dr King. Les archivistes ne sont pas davantage parvenus à localiser cette lettre. Force nous est de conclure que la lettre en question n’a pas été écrite par le Dr King. (Veuillez noter que nous ne suggérons pas que la « lettre » contrefaite soit l’œuvre de Rabbi Schneier.) Du fait que le message de la lettre (l’antisionisme est de l’antisémitisme) était bien celui qu’avait exprimé Martin Luther King Jr, nous pouvons comprendre que la famille de King et l’anti-Defamation League, n’aient pas éprouvé le besoin de vérifier la « Lettre à un ami antisioniste ». Cet épisode nous rappelle qu’il est important de vérifier l’authenticité et l’exactitude des sources, même quand elles semblent solides. Ci-après, une libre opinion, en date du 21 janvier 2002, du député républicain John Lewis, qui a travaillé en contact étroit avec le Dr King. Dans son article, il partage le point de vue du Dr King sur Israël, insistant sur la nature démocratique d’Israël et son besoin de sécurité. Il rapporte également que le Dr King a dit : « Quand les gens critiquent les Sionistes, ils veulent dire les Juifs, votre propos est antisémite. » Lee Green
Shortly before he was assassinated, Martin Luther King, Jr. was in Boston on a fund-raising mission, and I had the good fortune to attend a dinner which was given for him in Cambridge. This was an experience which was at once fascinating and moving: one witnessed Dr. King in action in a way one never got to see in public. He wanted to find what the Negro students at Harvard and other parts of the Boston area were thinking about various issues, and he very subtly cross-examined them for well over an hour and a half. He asked questions, and said very little himself. One of the young men present happened to make some remark against the Zionists. Dr. King snapped at him and said, “Don’t talk like that! When people criticize Zionists, they mean Jews. You’re talking anti-Semitism!” Seymour Martin Lipset
In 1966, King entered an agreement to lead a Holy Land pilgrimage, in partnership with Sandy Ray, pastor of a Baptist church in Brooklyn, who took up the promotion of the trip. King’s assistant, Andrew Young, visited Israel and Jordan in late 1966 to do advance planning with Jordanian and Israeli authorities. The pilgrimage was rumored to be in the works from that time, and King received letters of encouragement and invitations from the prime ministers of Israel and Jordan, and from the Israeli and Jordanian mayors of divided Jerusalem. On May 16, 1967, King publicly announced the plan at a news conference, reported by the New York Times the following day. The pilgrimage would take place in November, and King insisted that it would have no political significance whatsoever. The organizers hoped to attract five thousand participants, with the aim of generating revenue for King’s Southern Christian Leadership Council (SCLC). King was slated to preach on the Mount of Olives in Jordanian East Jerusalem (November 14), and at a specially constructed amphitheater near Capernaum on the Sea of Galilee in Israel (November 16). The pilgrims would pass from Jordan to Israel through the Man – delbaum Gate in Jerusalem. King, who knew the situation on the ground, thought he could strike just the right balance between Israel and Jordan. The Six-Day War threw a wrench into the plan. (…) King’s careful maneuvering before, during, and after the Six-Day War demonstrated a much deeper understanding of the Arab-Israeli conflict than critics credit him with possessing. The two Palestinian-Americans who sought to dismiss the Cambridge quote suggested that the conflict “was probably not a subject he was well-versed on,” and that his public statements in praise of Israel “surely do not sound like the words of someone familiar with both sides of the story.” Not so. King had been to the Arab world, had a full grasp of the positions of the sides, and was wary of the possible pitfalls of favoring one over the other. He struck a delicate balance, speaking out or staying silent after careful assessments made in consultation with advisers who had their ears to the ground—Levison and Wachtel (both non-Zionists) in the Jewish community, and Andrew Young, whom King dispatched to the Middle East as his emissary. For this reason, it is an offense to history, if not to King’s memory, whenever someone today summons King’s ghost to offer unqualified support to Israel or the Palestinians. King understood moral complexity, he knew that millions waited upon his words, and he sought to resolve conflict, not accentuate it. The pursuit of an elusive balance marked his approach to the Arab-Israeli conflict while he lived. There is no obvious reason to presume he would have acted differently, had he lived longer. Martin Kramer
Aptly quoting Martin Luther King, Jr. is a common way to make a point or win an argument, and it’s no surprise that his new memorial in Washington includes an “Inscription Wall” of quotes carved in stone. It’s also no surprise that the quote about critics of Zionists didn’t make the cut for inclusion in the memorial. Still, it’s been put to use on many an occasion, most recently by Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu last year, in his address to the Knesset on International Holocaust Remembrance Day. A few years back it even cropped up in a State Department report on antisemitism. So I was perplexed to see it categorized as “disputed” on the extensive page of King quotes at Wikiquote—for better or worse, the go-to place to verify quotes. Indeed, as of this writing, it’s the only King quote so listed. The attempt to discredit the quote has been driven by politics. In particular, it’s the work of Palestinians and their sympathizers, who resent the stigmatizing of anti-Zionism as a form of antisemitism. (…) King’s words were first reported by Seymour Martin Lipset, at that time the George D. Markham Professor of Government and Sociology at Harvard, in an article he published in the magazine Encounter in December 1969—that is, in the year following King’s assassination. (…) For the next three-plus decades, no one challenged the credibility of this account. No wonder: Lipset, author of the classic Political Man (1960), was an eminent authority on American politics and society, who later became the only scholar ever to preside over both the American Sociological Association and the American Political Science Association. Who if not Lipset could be counted upon to report an event accurately? Nor was he quoting something said in confidence only to him or far back in time. Others were present at the same dinner, and Lipset wrote about it not long after the fact. He also told the anecdote in a magazine that must have had many subscribers in Cambridge, some of whom might have shared his “fascinating and moving” experience. The idea that he would have fabricated or falsified any aspect of this account would have seemed preposterous. That is, until almost four decades later, when two Palestinian-American activists suggested just that. Lipset’s account, they wrote, “seems on its face… credible.” There are still, however, a few reasons for casting doubt on the authenticity of this statement. According to the Harvard Crimson, “The Rev. Martin Luther King was last in Cambridge almost exactly a year ago—April 23, 1967” (“While You Were Away” 4/8/68). If this is true, Dr. King could not have been in Cambridge in 1968. Lipset stated he was in the area for a “fund-raising mission,” which would seem to imply a high profile visit. Also, an intensive inventory of publications by Stanford University’s Martin Luther King Jr. Papers Project accounts for numerous speeches in 1968. None of them are for talks in Cambridge or Boston. The timing of this doubt-casting, in 2004, was opportune: Lipset was probably unaware of it and certainly unable to respond to it. He had suffered a debilitating stroke in 2001, which left him immobile and speech-impaired. (He died of another stroke in 2006, at the age of 84.) Since then, others have reinforced the doubt, noting that Lipset gave “what seemed to be a lot of information on the background to the King quote, but without providing a single concrete, verifiable detail.” For just these reasons, the quote reported by Lipset was demoted to “disputed” status on King’s entry at Wikiquote. (…) Bear in mind Lipset’s precise testimony: King rebuked the student at a dinner in Cambridge “shortly before” King’s assassination, during a fundraising mission to Boston. It’s important to note that Lipset didn’t place the dinner in 1968. King was assassinated on April 4, 1968, so “shortly before” could just as well have referred to the last months of 1967. In fact, King did come to Boston for the purposes of fundraising in late 1967—specifically, on Friday, October 27. Boston was the last stop in a week-long series of benefit concerts given by Harry Belafonte for King’s Southern Christian Leadership Conference (SCLC). Here’s an advertisement for that tour, from the magazine Jet. In the archives of NBC, there is a clip of King greeting the audience at the Boston concert. The Boston Globe also reported King’s remarks and the benefit concert on its front page the next morning. Greetings by Martin Luther King, Jr., sandwiched between an introduction by Sidney Poitier and an act by Harry Belafonte, before 9,000 people in Boston Garden—it’s difficult to imagine any appearance more “high profile” than that. And the dinner in Cambridge? When King was assassinated, the Crimson, Harvard’s student newspaper, did write that he “was last in Cambridge almost exactly a year ago—April 23, 1967.” That had been a very public visit, during which King and Dr. Benjamin Spock held a press conference to announce plans for a “Vietnam Summer.” War supporters picketed King. But in actual fact, that wasn’t King’s last visit to Cambridge. In early October 1967, when news spread that King would be coming to Boston for the Belafonte concert, a junior member of Harvard’s faculty wrote to King from Cambridge, to extend an invitation from the instructor and his wife (…) Two days later, King’s secretary, Dora McDonald, sent a reply accepting the invitation on King’s behalf: “Dr. King asked me to say that he would be happy to have dinner with you.” King would be arriving in Boston at 2:43 in the afternoon. “Accompanying Dr. King will be Rev. Andrew Young, Rev. Bernard Lee and I.” Who was this member of the Harvard faculty? Martin Peretz. (…) But as Peretz noted in his invitation, “much has happened in recent months,” necessitating “some honest and tough and friendly dialogue.” Peretz was then (as he is today) an ardent supporter of Israel. The Six-Day War, only four months earlier, threatened to drive a wedge between those Jews and African-Americans, allied in common causes, who differed profoundly over the Middle East. The culmination came in August, when the radical Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) issued a newsletter claiming that “Zionist terror gangs” had “deliberately slaughtered and mutilated women, children and men, thereby causing the unarmed Arabs to panic, flee and leave their homes in the hands of the Zionist-Israeli forces.” The newsletter also denounced “the Rothschilds, who have long controlled the wealth of many European nations, [who] were involved in the original conspiracy with the British to create the ‘State of Israel’ and [who] are still among Israel’s chief supporters.” Peretz, who a few years earlier had been a supporter of SNCC, condemned the newsletter as vicious antisemitism, and Jewish supporters of the civil rights movement looked to King and the SCLC to do the same. It was against this background that King came to dinner at the Peretz home at 20 Larchwood Drive, Cambridge, in the early evening of October 27, 1967. A few days later, King’s aide, Andrew Young, thanked the couple for the delightful evening last Friday. (…) In fact, the evening’s significance would only become evident later, after King’s death. For the dinner was attended by Peretz’s senior Harvard colleague, Seymour Martin Lipset, and it was then and there that Lipset heard King rebuke a student who echoed the SNCC line on “Zionists”: “When people criticize Zionists, they mean Jews. You’re talking anti-Semitism!” Peretz would later assert that King “grasped the identity between anti-Israel politics and anti-semitic ranting.” But it was Lipset who preserved King’s words to that effect, by publishing them soon after they were spoken. (And just to run the contemporary record against memory, I wrote to Peretz, to ask whether the much-quoted exchange did take place at his Cambridge home on that evening almost 45 years ago. His answer: “Absolutely.” I’ve written twice to Andrew Young to ask whether he has any recollection of the episode. I haven’t yet received a response.) Little more than five months after the Cambridge dinner, King lay dead, felled by an assassin in Memphis. (Peretz delivered a eulogy at the remembrance service in Harvard’s Memorial Church.) There’s plenty of room to debate the meaning of King’s words at the Cambridge dinner, and I’ve only hinted at their context. But the suggestion that King couldn’t possibly have spoken them, because he wasn’t in or near Cambridge when he was supposed to have said them, is now shown to be baseless. Lipset: “Shortly before he was assassinated, Martin Luther King, Jr. was in Boston on a fund-raising mission, and I had the good fortune to attend a dinner which was given for him in Cambridge.” Every particular of this statement is now corroborated by a wealth of detail. We now have a date, an approximate time of day, and a street address for the Cambridge dinner, all attested by contemporary documents. So will the guardians of Wikiquote redeem this quote from the purgatory of “disputed”? Let’s see if they have the decency to clear an eminent scholar of the suspicion of falsification, suggested by persons whose own sloppy inferences have been exposed as false. Martin Kramer

Attention: un faux peut en cacher un autre !

En ce nouveau Martin Luther King Day …

Qui aurait été son 90e anniversaire …

Et qui face à son lot habituel de reprises plus ou moins apocryphes de ses paroles …

Dont des citations bibliques sur des monuments publics mais aussi une prétendue Lettre à un ami antisioniste

Et entre une condamnation d’un chef d’Etat musulman et celle d’une membre musulmane du Congrès américain

Ne devrait pas manquer à l’instar de cette tribune du NYT il y a deux jours …

D’attribuer au vénéré pasteur de putatitves condamnations des prétendues exactions de l’Etat juif …

Qui se souvient …

Que suite à une tribune qu’il avait un peu rapidement signée avec ses nombreux soutiens juifs dans le NYT à la veille de la Guerre des Six jours il y a 50 ans …

Celui-ci se voyait accuser, comme le rappelait un historien palestino-américain il y a quelques années, de « soutenir si ouvertement Israël » ?

Mais surtout qui rappelle …

Avec l’historien américain Martin Kramer

Que jusqu’à annuler au dernier moment une visite en Terre sainte prévue de longue date …

Celui-ci avait en fait une position beaucoup plus équilibrée de la question ?

In the words of Martin Luther King…

Martin Kramer

Sandbox

March 12, 2012

“When people criticize Zionists, they mean Jews. You’re talking anti-Semitism!” —Martin Luther King, Jr.

Aptly quoting Martin Luther King, Jr. is a common way to make a point or win an argument, and it’s no surprise that his new memorial in Washington includes an “Inscription Wall” of quotes carved in stone. It’s also no surprise that the quote about critics of Zionists didn’t make the cut for inclusion in the memorial. Still, it’s been put to use on many an occasion, most recently by Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu last year, in his address to the Knesset on International Holocaust Remembrance Day. A few years back it even cropped up in a State Department report on antisemitism. So I was perplexed to see it categorized as “disputed” on the extensive page of King quotes at Wikiquote—for better or worse, the go-to place to verify quotes. Indeed, as of this writing, it’s the only King quote so listed.

The attempt to discredit the quote has been driven by politics. In particular, it’s the work of Palestinians and their sympathizers, who resent the stigmatizing of anti-Zionism as a form of antisemitism. Just what sort of anti-Zionism crosses that fine line is a question beyond my scope here. But what of the quote itself? How was it first circulated? What is the evidence against it? And might some additional evidence resolve the question of its authenticity?

A repugnant suggestion

King’s words were first reported by Seymour Martin Lipset, at that time the George D. Markham Professor of Government and Sociology at Harvard, in an article he published in the magazine Encounter in December 1969—that is, in the year following King’s assassination. Lipset:

Shortly before he was assassinated, Martin Luther King, Jr. was in Boston on a fund-raising mission, and I had the good fortune to attend a dinner which was given for him in Cambridge. This was an experience which was at once fascinating and moving: one witnessed Dr. King in action in a way one never got to see in public. He wanted to find what the Negro students at Harvard and other parts of the Boston area were thinking about various issues, and he very subtly cross-examined them for well over an hour and a half. He asked questions, and said very little himself. One of the young men present happened to make some remark against the Zionists. Dr. King snapped at him and said, “Don’t talk like that! When people criticize Zionists, they mean Jews. You’re talking anti-Semitism!”

For the next three-plus decades, no one challenged the credibility of this account. No wonder: Lipset, author of the classic Political Man (1960), was an eminent authority on American politics and society, who later became the only scholar ever to preside over both the American Sociological Association and the American Political Science Association. Who if not Lipset could be counted upon to report an event accurately? Nor was he quoting something said in confidence only to him or far back in time. Others were present at the same dinner, and Lipset wrote about it not long after the fact. He also told the anecdote in a magazine that must have had many subscribers in Cambridge, some of whom might have shared his “fascinating and moving” experience. The idea that he would have fabricated or falsified any aspect of this account would have seemed preposterous.

That is, until almost four decades later, when two Palestinian-American activists suggested just that. Lipset’s account, they wrote, “seems on its face… credible.”

There are still, however, a few reasons for casting doubt on the authenticity of this statement. According to the Harvard Crimson, “The Rev. Martin Luther King was last in Cambridge almost exactly a year ago—April 23, 1967” (“While You Were Away” 4/8/68). If this is true, Dr. King could not have been in Cambridge in 1968. Lipset stated he was in the area for a “fund-raising mission,” which would seem to imply a high profile visit. Also, an intensive inventory of publications by Stanford University’s Martin Luther King Jr. Papers Project accounts for numerous speeches in 1968. None of them are for talks in Cambridge or Boston.

The timing of this doubt-casting, in 2004, was opportune: Lipset was probably unaware of it and certainly unable to respond to it. He had suffered a debilitating stroke in 2001, which left him immobile and speech-impaired. (He died of another stroke in 2006, at the age of 84.) Since then, others have reinforced the doubt, noting that Lipset gave “what seemed to be a lot of information on the background to the King quote, but without providing a single concrete, verifiable detail.” For just these reasons, the quote reported by Lipset was demoted to “disputed” status on King’s entry at Wikiquote.

To all intents and purposes, this constitutes an assertion that Lipset might have fabricated both the occasion and the quote. To Lipset’s many students and colleagues, the mere suggestion is undoubtedly repugnant and perhaps unworthy of a response. But I’m not a student or colleague, nor did I know Lipset personally, so it seemed to me a worthy challenge to see whether I could verify Lipset’s account. Here are the results.

One Friday evening

Bear in mind Lipset’s precise testimony: King rebuked the student at a dinner in Cambridge “shortly before” King’s assassination, during a fundraising mission to Boston. It’s important to note that Lipset didn’t place the dinner in 1968. King was assassinated on April 4, 1968, so “shortly before” could just as well have referred to the last months of 1967.

In fact, King did come to Boston for the purposes of fundraising in late 1967—specifically, on Friday, October 27. Boston was the last stop in a week-long series of benefit concerts given by Harry Belafonte for King’s Southern Christian Leadership Conference (SCLC). Here’s an advertisement for that tour, from the magazine Jet.

In the archives of NBC, there is a clip of King greeting the audience at the Boston concert. The Boston Globe also reported King’s remarks and the benefit concert on its front page the next morning. Greetings by Martin Luther King, Jr., sandwiched between an introduction by Sidney Poitier and an act by Harry Belafonte, before 9,000 people in Boston Garden—it’s difficult to imagine any appearance more “high profile” than that.

And the dinner in Cambridge? When King was assassinated, the Crimson, Harvard’s student newspaper, did write that he “was last in Cambridge almost exactly a year ago—April 23, 1967.” That had been a very public visit, during which King and Dr. Benjamin Spock held a press conference to announce plans for a “Vietnam Summer.” War supporters picketed King.

But in actual fact, that wasn’t King’s last visit to Cambridge. In early October 1967, when news spread that King would be coming to Boston for the Belafonte concert, a junior member of Harvard’s faculty wrote to King from Cambridge, to extend an invitation from the instructor and his wife:

We would be anxious to be able to sit down and have a somewhat leisured meal with you, and perhaps with some other few people from this area whom you might like to meet. So much has happened in recent months that we are both quite without bearings, and are in need of some honest and tough and friendly dialogue…. So if you can find some time for dinner on Friday or lunch on Saturday, we are delighted to extend an invitation. If, however, your schedules do not permit, we of course will understand that. In any case, we look forward to seeing you at the Belafonte Concert and the party afterwards.

Two days later, King’s secretary, Dora McDonald, sent a reply accepting the invitation on King’s behalf: “Dr. King asked me to say that he would be happy to have dinner with you.” King would be arriving in Boston at 2:43 in the afternoon. “Accompanying Dr. King will be Rev. Andrew Young, Rev. Bernard Lee and I.”

Who was this member of the Harvard faculty? Martin Peretz.

This requires a bit of a digression. In October 1967, Peretz was a 29-year-old instructor of Social Studies at Harvard and an antiwar New Leftist. Four months earlier, he had married Anne Farnsworth, heiress to a sewing machine fortune. (Here are the Peretzes in Harvard Yard, just a few years later.) Even before their marriage, the couple had made the civil rights movement one of their causes, and Farnsworth had become a top-tier donor to the SCLC. A year earlier, Peretz had informed King that a luncheon with him was “one of the high points of my life”—and that “arrangements for the transfer of securities are now being made.” As Peretz later wrote, “I knew Martin Luther King Jr. decently well, at least as much as one can know a person who had already become both prophet and hero. I fundraised for his Southern Christian Leadership Conference.” Much of that charity began in the Peretz home.

But as Peretz noted in his invitation, “much has happened in recent months,” necessitating “some honest and tough and friendly dialogue.” Peretz was then (as he is today) an ardent supporter of Israel. The Six-Day War, only four months earlier, threatened to drive a wedge between those Jews and African-Americans, allied in common causes, who differed profoundly over the Middle East. The culmination came in August, when the radical Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) issued a newsletter claiming that “Zionist terror gangs” had “deliberately slaughtered and mutilated women, children and men, thereby causing the unarmed Arabs to panic, flee and leave their homes in the hands of the Zionist-Israeli forces.” The newsletter also denounced “the Rothschilds, who have long controlled the wealth of many European nations, [who] were involved in the original conspiracy with the British to create the ‘State of Israel’ and [who] are still among Israel’s chief supporters.” Peretz, who a few years earlier had been a supporter of SNCC, condemned the newsletter as vicious antisemitism, and Jewish supporters of the civil rights movement looked to King and the SCLC to do the same.

It was against this background that King came to dinner at the Peretz home at 20 Larchwood Drive, Cambridge, in the early evening of October 27, 1967. A few days later, King’s aide, Andrew Young, thanked the couple

for the delightful evening last Friday. It is almost too bad we had to go to the concert, but I think you will agree that the concert, too, proved enjoyable but I am also sure a couple of hours conversing with the group gathered in your home would have been more productive.

In fact, the evening’s significance would only become evident later, after King’s death. For the dinner was attended by Peretz’s senior Harvard colleague, Seymour Martin Lipset, and it was then and there that Lipset heard King rebuke a student who echoed the SNCC line on “Zionists”: “When people criticize Zionists, they mean Jews. You’re talking anti-Semitism!” Peretz would later assert that King “grasped the identity between anti-Israel politics and anti-semitic ranting.” But it was Lipset who preserved King’s words to that effect, by publishing them soon after they were spoken. (And just to run the contemporary record against memory, I wrote to Peretz, to ask whether the much-quoted exchange did take place at his Cambridge home on that evening almost 45 years ago. His answer: “Absolutely.” I’ve written twice to Andrew Young to ask whether he has any recollection of the episode. I haven’t yet received a response.)

Corroborated

Little more than five months after the Cambridge dinner, King lay dead, felled by an assassin in Memphis. (Peretz delivered a eulogy at the remembrance service in Harvard’s Memorial Church.) There’s plenty of room to debate the meaning of King’s words at the Cambridge dinner, and I’ve only hinted at their context. But the suggestion that King couldn’t possibly have spoken them, because he wasn’t in or near Cambridge when he was supposed to have said them, is now shown to be baseless. Lipset: “Shortly before he was assassinated, Martin Luther King, Jr. was in Boston on a fund-raising mission, and I had the good fortune to attend a dinner which was given for him in Cambridge.” Every particular of this statement is now corroborated by a wealth of detail. We now have a date, an approximate time of day, and a street address for the Cambridge dinner, all attested by contemporary documents.

So will the guardians of Wikiquote redeem this quote from the purgatory of “disputed”? Let’s see if they have the decency to clear an eminent scholar of the suspicion of falsification, suggested by persons whose own sloppy inferences have been exposed as false.