Cherchez l’erreur: Des imams ont organisé un rassemblement en hommage aux familles des victimes et… personne n’est venu !(In France, the most radical voice of social cohesion may very well be the ‘imam of the Jews’ who refuses to shut up and pray)

12 octobre, 2019
L’imam français Hassen Chalghoumi et Reuven Rivlin, président de l’Etat d’Israël. (Crédit photo : Facebook / Hassen Chalghoumi)

La majorité silencieuse, (…) on ne [la] voit jamais à la télévision. On ne montre que les barbus, les fanatiques, ceux qui affirment que je suis isolé et font régner un climat de peur. Hassam Chalghoumi
Ce rassemblement a pour but de montrer que nous sommes tous ensemble. Soutiens aux victimes et à leurs familles. Nous sommes tous contre l’islamisme, qui est une maladie de l’Islam malheureusement. Un assassin tue au nom de ma religion, il prend en otage les musulmans. C’est nous les musulmans les premières victimes. J’invite les fidèles à sortir pour dénoncer l’islamisme, dire : ‘ma vision de l’Islam n’a rien à voir avec ces criminels et ces assassins, cette minorité qui gangrène nos jeunesses, qui manipule. L’islamisme c’est la parole de la haine, c’est des fachos. Nous on ne veut pas ça’. Quelqu’un qui n’a pas une vision républicaine, qui n’aime pas la France, qu’est-ce qu’il fait ici ? Il peut partir ailleurs, il nous laisse en paix. Hassam Chalghoumi (conférence des imams sans mosquée de France)
J’accuse la chaîne Al Jazeera, avec sa propagande de haine et celle du Hamas, celle de tous les sites islamistes… Al Jazeera m’a qualifié de traître, de vendu et j’ai été obligé de déposer une plainte pour menace de mort. (…) parce que nous avons dénoncé la mascarade des islamistes et leurs manipulations. Nous voulons montrer le côté positif de l’islam. Il y a trop de sites qui expriment leur haine notamment contre Israël, mais cette jeunesse ne va pas s’arrêter là, parce nous allons faire une tournée à travers la France pour poursuivre notre mission et transmettre ce que nous avons vu en Israël. A ceux qui me menacent de mort, je veux leur dire qu’ils ne me font pas peur, et je ne baisserai jamais les bras, j’avance vers le dialogue, je suis un homme de paix, et telle est ma vision de l’islam. Hassen Chalghoumi
Il faut faire attention aux amalgames et aux surenchères: la société américaine surtout celle de Manhattan est ouverte et tolérante… Il y a des racistes et des fascistes évangélistes… Ce n’est pas une raison pour jouer avec le feu, à la provocation… On peut construire une mosquée n’importe où, mais pas à coté d’un charnier, d’un mémorial de la barbarie terroriste des islamistes d’Al-Qaïda. (…) Aucun texte coranique ne parle de la burqa. Il faut faire la différence entre la religion musulmane et les traditions de certains musulmans. Dans l’islam sunnite, il y quatre écoles théologiques: les quatre disent que la burqa n’est pas une obligation. Tous les savants musulmans disent que le visage de la femme n’est pas une partie intime… Alors, il y a plus important et plus sacré dans notre religion qu’un bout de tissu. (…) Si vous dites le contraire, citez le verset coranique qui parle de la burqa! Il n’y en a aucun. La burqa est un phénomène étranger au coran, étranger à l’islam du Maghreb, étranger à l’islam qui n’a rien à cacher, étranger à l’islam des Lumières. [un islam de France] C’est un Islam libre des ingérences étrangères et des ingérences policières ; Libéré des manipulations des politiques et des gesticulations des fanatiques ; Libéré du paternalisme post-colonialistes des indigènes-nihilistes et des idiots-arrivistes ; Libéré des intégristes et des affairistes ; Libéré des surenchères gauloises et des compromissions munichoises ; l’Islam de France est Contre les racistes musulmans et les extrémistes islamistes. (…) Il y a beaucoup d’imams qui pensent comme moi, malheureusement ils ont peur. Certains ont pris position comme moi, ils ont été « chassés » de leurs mosquées, ou insultés, ou menacés… Et puis ils ont vu un mauvais exemple dans la mosquée de Drancy: assiégée, agressée pendant plusieurs mois sous le regard impuissant des pouvoirs publics… Et puis il y a des imams fonctionnaires, salariés des gouvernements étrangers… Et surtout certains représentants de notre Etat et certains représentants de notre nation préfère fricoter avec les intégristes et les affairistes de l’UOIF. (…) j’ai condamné les « BRUITS ET LES ODEURS » de certains politiciens français, j’ai condamné les surenchères irresponsables et les dérapages intolérables des Estrosi et des Lefevre… Malheureusement, nous les musulmans de France, nous n’avons pas un média digne qui fait entendre notre voix. [l’influence des Frères Musulmans en France] elle est dangereuse, elle est grandissante, elle est lâche, elle est usurpatrice… La majorité des musulmans de France n’appartiennent pas à cette secte intégriste et populiste qui a fait 200 000 morts en Algérie par exemple, mais la cécité et la lâcheté des pouvoirs publiques ont laisser s’épanouir et grandir ce monstre qui mange ses enfants. (…) Nous sommes des Français… Et il faut imposer au gouvernement français nos vrais problèmes et surtout le racisme. Par exemple, SOS Racisme doit commencer à s’intéresser réellement au racisme que subissent plusieurs catégories de Français au lieu de jouer aux apparatchiks idéologiques de la morale sélective. SOS Racisme doit comprendre que le racisme que subissent les musulmans n’est pas celui que subissent des assassins menacés par la perte de leurs papiers de nationalités, ni les regards choqués ou mêmes haineux que subissent certaines femmes dont le regard et le visage sont cachés par une insupportable burqa, ni la discrimination réelle à l’entrée des discothèques. Le vrai racisme, c’est ce que subissent nos enfants à l’école, nos familles au logement, nos salariés au travail, nos diplômés à la promotion sociale… (…) Le président actuel a sauvé la Tunisie de la guerre civile algérienne. Les mêmes intégristes tunisiens voulaient instaurer la même barbarie talibane et provoquer la même guerre civile algérienne… La Tunisie est un pays libre et moderne… Il y a même des Français qui vont se soigner la bas… L’islam de la Tunisie est l’islam modèle, celui de la modération et de la modernité….. Je suis imam français et je suis fier de mon pays d’origine la Tunisie qu’Allah protège. (..) Je déteste l’expression « les quartiers », ce que vous appelez ainsi, sont une partie de la France, que plusieurs gouvernement de notre France ont négligé, et que les Frères Musulmans soutenus par des gouvernements étrangers sont en train de gangrener. (…) Ce n’est pas le combat d’un seul homme, ni de la seule communauté musulmane, ni seulement du gouvernement… Tout le monde doit concourir à combattre les extrémistes, surtout en luttant d’abord contre le racisme. Le département du 93 est le symbole de la diversité, il est le thermomètre de l’intégration: Les représentants de l’Etat et de la nation doivent réussir à faire de ce département un modèle économique, social et républicain, un modèle du vivre ensemble. Dans le 93, il y a le siège de tous les mouvements, sectes et organisations musulmanes ou islamistes. Je demande que les intégristes islamistes ne restent pas les interlocuteurs exclusifs des représentants de la Nation. Il y a parmi nous, les musulmans français, des cadres républicains, des hauts fonctionnaires, des patrons, des professeurs de médecine, des professeurs émérites d’université, des créateurs de richesses et des vecteurs de sagesse, des personnes méritantes qui aiment la France et qui respectent l’islam. Il n’y a pas que des intégristes qui font du business avec l’islam. (…) Regardez les vidéos postées par les intégristes du collectif Cheikh Yassin et vous écouterez les messages de haine contre les juifs. il faut être courageux pour admettre que les intégristes islamistes détestent les juifs comme ils détestent les femmes d’ailleurs. (…) Le terme charia est très manipulé et galvaudé… Pour des imbéciles, la charia c’est le mariage du libertinage et la lapidation des femmes adultères… La charia est le chemin de la religion. Alors il faut réformer notre façon de voir les choses… Il faut réformer nos visions… Il faut nous réformer nous musulmans, parfois indignes d’une belle et grande religion qu’est l’islam. (…) Vous me parlez de Tariq Ramadan qui est un intégriste suisse et non pas un musulman français.. Lui et sa secte dangereuse, les Frères Musulmans, ont perverti la religion au point de pousser les Suisses à devenir racistes et à interdire les minarets. Est-il normal que ce Tariq Ramadan aille soutenir le voyou polygame de Nantes qui a insulté notre religion en déclarant que l’islam autorise les maitresses ? J’ai honte. (…) il n’y a pas de dirigeant de l’islam de France… le CFCM est une catastrophe honteuse, une coquille vide gangrenée par l’UOIF. Le Président de notre République a bien fait de créer cette institution, mais ce n’est pas à lui de remplacer les intégristes ou les fonctionnaires étrangers qui la dirigent pas des musulmans français compétents… C’est un vrai problème. (…) J’aimerais remercier particulièrement le maire de Drancy, l’un des hommes politiques français les plus courageux et les plus républicains… Il a résisté avec moi aux racistes et aux islamistes. Il mérite de remplacer la catastrophe qu’est devenue Fadela Amara, car la Politique de la Ville mérite des hommes ou des femmes compétents et non des guignols, sinon le racisme et l’islamisme vont s’accroitre, se nourrir mutuellement et nous mettre TOUS en danger. Hassen Chalghoumi
As right-wing rabble rousers throughout Europe make themselves known to media, it’s time to tell the more surprising stories. Here’s one: in France, the most radical voice of social cohesion may very well be an imam. Yup, a Muslim cleric. Hassen Chalghoumi deserves to become a household name in America. Chalghoumi is the imam of Drancy, a suburban Parisian town that deported Jews to their death during World War II. Imam Chalgoumi seeks to preserve this history so that it’s never forgotten. In fact, we met him at the Holocaust Memorial in Drancy, where he recited the opening verses of the Qur’an. The imam later told us that the Holocaust isn’t only a Jewish issue; it’s a human one that Muslims must honestly grapple with if they want credibility when complaining about Islamophobia. Coming from an imam, such a statement is more than rare. It’s refreshing. But Chalghoumi’s platform doesn’t end in Drancy. He founded the French Conference of Imams, has written several books in French and Arabic, and intends to speak with American audiences as his English improves. We can only hope that he’ll be welcomed, since he seeks to unite Muslims, Christians and Jews to conquer what he calls the real enemy: fanaticism, including the Islamist kind. His message of peace has its detractors. Opponents sarcastically describe Chalghoumi as the “Imam of the Jews.” He frequently faces death threats via voicemail. His house was trashed soon after he led a 2006 Holocaust remembrance. Later, vandals doused his car with gasoline. More polite pushback comes in the form of counsel to stop appearing publicly and to end interfaith dialogue. Translation: shut up and pray. Chalghoumi follows half that advice. The other half, Chalghoumi flouts: He brought 20 French imams to Jerusalem’s Yad Vashem Holocaust memorial, where they proclaimed that life is more important than doctrine. The intensity of his moral courage doesn’t really reveal itself in Chalghoumi’s background. Born in Tunisia, he served as a conflict mediator for France’s national rail system. Then he opened a pizzeria, which became a neighborhood hotspot. In a gesture of sweetness but not necessarily backbone, Chalghoumi reached out to the local cops bearing gifts of pastry. On further reflection, though, we detect a pattern. The imam’s adult life is suffused with his intention to open lines of communication between seeming rivals. It’s a pattern rooted firmly in faith: in Islam, proper intention (known as “niyyah”) is at least as significant as action. But Chalghoumi also walks the talk, embodying the bold declaration that human dignity trumps religious identity. Irshad Manji and Antonio Marrero
Militants et intellectuels, une quinzaine de personnalités lancent un appel à la démission de Hassen Chalghoumi du poste de Président de l’association culturelle des musulmans de Drancy. Dans la ville de Drancy, le député-maire en place Jean-Christophe Lagarde, centriste de droite, maintient depuis 2008 le très controversé Hassen Chalghoumi à ses côtés en tant que Président de l’association culturelle des musulmans de Drancy. Ce faisant, il expérimente ce que Nicolas Sarkozy préconisait au niveau national : subventionner le culte musulman pour mieux le domestiquer. Le tout dans le mépris de la loi de 1905. Pari réussi, M. Chalghoumi n’a eu de cesse de servir le pouvoir en place contre les intérêts légitimes de la communauté musulmane à exercer son culte de manière indépendante et paisible. En janvier 2010, dans un contexte d’islamophobie porté par le pouvoir en place, il se prononce en faveur de la loi liberticide interdisant le port du voile intégral en France. Il avait par ailleurs activement soutenu le dictateur Ben Ali, alors que le régime réprimait dans le sang les manifestations pacifiques de la révolution tunisienne. En novembre 2011, alors que les Tunisiens élisent démocratiquement leurs représentants politiques, il agite l’épouvantail de l’islamisme et met en garde l’Occident contre la volonté d’Ennahda d’imposer la charia en Tunisie. Pendant les élections présidentielles de 2012, il milite avec M. Lagarde pour la candidature de Nicolas Sarkozy, par sa présence ostensible aux meetings du président sorti. Dernièrement en collaboration avec le CRIF, il va parader en Israël où il apparaît notamment aux côtés de Caroline Fourest, d’Elisabeth Levy et d’Alain Finkielkraut, personnalités dont les prises de position à caractère islamophobes ne sont plus à démontrer. Les actes de M. Chalghoumi dénotent une compromission avec un pouvoir dévoyé. Ils sont totalement incompatibles avec l’exercice de responsabilités au sein de l’association culturelle des musulmans de Drancy qui a vocation à permettre l’affirmation d’un islam empreint des valeurs de dignité, d’éthique, de justice et de liberté. L’instrumentalisation de M. Chalghoumi dans le déni de la laïcité, la gestion coloniale et l’ingérence politique de Jean-Christophe Lagarde à l’égard du culte musulman sont contraires à notre vision de la morale, de l’éthique politique et trahissent les valeurs de la République. Pour toutes ces raisons, nous exigeons la démission de Hassen Chalghoumi du poste de Président de l’association culturelle des musulmans de Drancy et la désignation consensuelle à cette fonction d’une personne intègre et légitime choisie par la communauté musulmane. Nous appelons les élus à ne pas instrumentaliser plus longtemps les institutions de culte dans le respect des valeurs de la République. Collectif pour la dignité des musulmans
Farid Hannache balance sec. L’ancien conseiller de Hassen Chalghoumi, sans qui son premier livre « Pour l’islam de France » sorti en 2010 n’aurait pas été possible, a décidé de sortir de l’ombre et de faire des révélations, sur le ton de la dénonciation, quant au passé du président de l’association gestionnaire de la mosquée de Drancy. Invité au micro de Beur FM mardi 26 février, Farid Hannache a ainsi fermement attesté que Hassen Chalghoumi a mené campagne pour Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale de 2012. Une information qui ne surprend guère puisqu’il est un des soutiens du maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, engagé en 2012 pour la réélection de l’ancien chef de l’Etat. « C’est l’une des personnes qui a envoyé un bus de la mosquée de Drancy au meeting de Villepinte » en mars 2012 où « il était assis au premier rang avec les ministres et Sarkozy lui-même est venu le saluer », affirme-t-il, révélant que M. Chalghoumi est un de ceux qui auraient véhiculé le « fameux sms » dans lequel il était mentionné « les 10 raisons de ne pas voter PS ». « Dans l’immédiat, il critique Sarkozy car il roule pour Valls. Parce que ce que cherchent les politiques, ce sont des béni-oui-oui. » Sur son passé, Farid Hannache en dit long. Il affirme qu’à l’époque où il fut un prédicateur du mouvement des Tablighs, « il était tellement fiché intégriste que le ministère de l’Intérieur avait décidé de l’expulser » mais « ce sont les bons offices de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France, aujourd’hui décrié par M. Chalghoumi, ndlr), par l’intermédiaire de l’ancien président Lhaj Thami Breze, qui ont convaincu le ministère de ne pas l’expulser ». Toutefois, « il est interdit de séjour aux Etats-Unis malgré qu’il ait été reçu à Tel Aviv sur tapis rouge », selon M. Hannache qui raconte que l’ancien imam du foyer Sonacotra de Bobigny, employé en 2002 pour la société Fedex, s’était même vu retirer son permis de travail à l’aéroport Charles De Gaulle « parce qu’il était fiché dans la liste rouge des RG ». M. Chalghoumi fut bien manutentionnaire. Pourquoi se manifester que maintenant ? Celui qui fut la plume de Hassen Chalghoumi a déclaré vouloir « faire pénitence » auprès de tous ceux qui l’ont écouté du temps où il soutenait le président de la mosquée de Drancy. Il entend ainsi dénoncer « la gestion policière de l’islam de France et sa gestion néocolonialiste avec la prédominance des lobbies sionistes qui sont en train d’imposer qui doit parler ou non au nom des musulmans ». Sa sortie médiatique lui permet également, à bien des égards, de ne plus voir son nom associé à l’impopulaire Hassen Chalghoumi. Ce dernier, si décrié des musulmans, est adulé des médias à l’heure où le livre d’entretien « Agissez avant qu’il ne soit trop tard » signé David Pujadas jouit d’une belle promotion. Les failles dans sa communication font jour. Les révélations de Farid Hannache ne manqueront pas d’éclabousser « l’imam de Drancy ». Saphir news
L’imam Hassen Chalghoumi est particulièrement choyé par les médias et de nombreux responsables politiques. Il est censé représenter un islam modéré, sans interférence de l’étranger. Il veut également promouvoir le dialogue judéo-musulman, apaiser les tensions communautaires qui traversent notre pays et contribuer à combattre la mauvaise image de l’islam en France. Un récent sondage montrait que 74% des Français expriment un sentiment de défiance à l’égard de cette religion. Ces intentions sont louables. Mais son action et sa mise en scène vont à l’encontre des buts recherchés. L’imam Chalghoumi est largement ignoré, voire violemment rejeté par ses coreligionnaires. Début décembre 2012, j’avais pointé l’écart entre son exposition médiatique forte et son enracinement pathétique sur les réseaux sociaux (à l’époque 37 followers pour Twitter et 105 mentions « j’aime » sur Facebook). Pas vraiment un leader populaire. Il n’est en rien représentatif des musulmans. Ce sont les médias et quelques responsables politiques qui le désignent comme tel. D’où un grand malaise provoquant un rejet, les musulmans refusant de se voir assigner par des non-musulmans un représentant qu’ils n’acceptent pas. Si Chalghoumi est rejeté, ce n’est pas parce qu’il est modéré, comme certains veulent le faire croire, mais parce qu’il est illégitime. Il est désigné représentant d’une communauté par ceux qui n’y appartiennent pas. Chalghoumi est ce que la sociologie américaine appelle un « native informant », ces figures qui occupent la parole d’une communauté dont ils n’ont pas le soutien, mais qui tirent leur légitimité des médias et des milieux politiques dominants. Il dit ce que la majorité a envie d’entendre de la part d’une minorité, mais pas ce qu’elle pense réellement. Les « informateurs indigènes » valident les stéréotypes que la majorité véhicule sur leur communauté. On parle également des « rented negroes », ces noirs américains qui monopolisent le paysage médiatique pour donner « un visage de noir pour une opinion de blanc ». Chalgoumi est loué dans les deux sens du terme et l’un parce que l’autre ! Si la communauté concernée commence à être informée, comme le sont aujourd’hui les musulmans français, la manœuvre ne marche plus. Cette manipulation de l’information devient un défi démocratique. De surcroit, elle conforte les stéréotypes que l’on dit vouloir combattre. Le message qui est envoyé au public c’est qu’un imam modéré est rejeté par ses coreligionnaires qui sont donc, dans leur majorité, extrémistes. La mise en scène de Chalghoumi, loin de combattre le préjugé d’un islam radical et intolérant, le conforte puissamment. Développer le dialogue judéo-musulman est une bonne chose. Le faire comme Chalghoumi ne créé pas un pont, mais creuse le fossé. Cela accrédite l’idée que le conflit du Proche-Orient est d’essence religieuse. Le problème de ce conflit n’est pas l’islam. C’est l’occupation israélienne des Territoires palestiniens. Chalghoumi renforce l’idée que si les musulmans étaient plus modérés, le conflit pourrait être résolu, et la France préservée de son importation. Il est considéré comme une vedette par les représentants institutionnels de la communauté juive, où il a plus de soutien que parmi les musulmans. Cela n’est pas sans poser un problème de légitimité de représentation. Il ne s’est jamais élevé contre l’occupation israélienne. Il est muet sur les appels à une solidarité inconditionnelle avec le gouvernement israélien lancés régulièrement par les responsables institutionnels de la communauté juive. Son partenariat avec les institutions juives n’est en rien équilibré ou réciproque. Il fait allégeance et obtient en retour une reconnaissance politique et médiatique nationale personnelle, mais rien pour sa communauté ou pour la cause palestinienne. Il accrédite l’idée qu’un musulman « modéré » ne critique pas le gouvernement israélien, et que ceux qui le font sont des extrémistes. L’immense majorité des musulmans, tout en étant critiques à l’égard de la politique israélienne, condamnent l’antisémitisme et les actes antisémites. Ils ne peuvent donc se considérer comme représentés par Chalghoumi. En favorisant Chalghoumi, le CRIF privilégie le soutien à Israël sur la lutte contre l’antisémitisme. Chalghoumi, faisant une mission de paix en plein bombardement israélien sur Gaza en novembre dernier, n’a pas condamné ces derniers. Richard Prasquier, président du CRIF, se félicite de l’avoir connu au moment de l’époque de « Plomb durci ». Il dit qu’il fallait « avoir beaucoup de courage pour afficher ses relations avec la communauté juive » – mais donc aussi beaucoup d’opportunisme pour ne pas dire un mot sur (ou contre) les bombardements israéliens sur Gaza par l’armée israélienne. Il est au dialogue judéo-musulman ce que les bourgeois de Calais étaient au dialogue franco-britannique. Encore que ces derniers n’avaient guère le choix. Pascal Boniface
Votre livre est aussi intéressant par les sujets qu’il évite. On y chercherait en vain quoi que ce soit sur plusieurs sujets qui rendent l’islam inacceptable au sein de nos démocraties : L’absence de liberté de conscience. L’absence de liberté religieuse : l’interdiction faite à un musulman de renoncer à l’islam. Tout ce qui dans le Coran – ne parlons même pas de la sunna – est crime contre les droits de l’homme, les très nombreux versets qui appellent à la guerre pour discrimination religieuse, l’autorisation donnée aux maris de battre leurs épouses, le droit de flageller la femme adultère… tout cela disparaît dans votre islam tronqué, truqué, inventé seulement pour servir de leurre dans une guerre subversive. Il faudrait un volume aussi épais que le vôtre pour relever vos filouteries. J’espère que les quelques perles que j’ai relevées permettront de se faire une idée de l’ignominie de votre attitude à l’égard d’un pays où vous vivez, que vous avez le front de dire aimer, que vous trahissez au profit d’un totalitarisme, dont les Français ne veulent pas et qu’ils n’accepteront jamais. Une remarque encore : l’actualité nous a appris que certains musulmans de Drancy s’étaient dressés contre vous et vos prêches. Je ne veux pas croire qu’il s’agit là d’un coup monté par vos soins, pour mieux vous distinguer, vous « le modéré, le moderniste, le républicain, le laïque », des « islamistes » que, hors l’Islam, le monde entier exècre. Je pense sincèrement que vos agresseurs étaient des musulmans ordinaires, sincèrement soucieux du bon renom de leur religion et de leur civilisation : ils se sont sentis insultés par vos propos, qui présentent l’islam et son prophète sous des traits outrageants par leur fausseté ; ils ne savaient pas que vous jouiez un double jeu à l’intention des infidèles. Ce sont là les risques de la taqiyya. On peut supposer que vous les connaissiez quand, il y a une vingtaine d’années, vous avez décidé de partir en mission pour la France afin d’y accomplir un devoir, sacré en votre âme et conscience, ordonné précisément dans votre Livre saint : œuvrer à l’asservissement, puis à l’anéantissement de toute communauté autre que l’umma, la communauté totalitaire islamique. Riposte laïque
Hassen Chalghoumi, l’imam solitaire, le prêcheur de Drancy (…) incarne aujourd’hui un islam modéré et se bat depuis des années pour favoriser le dialogue entre jeunes des banlieues, musulmans et juifs. (…) à Drancy (…) En 2002, à la recherche d’un lieu de prière pour ses fidèles qui se comptent en milliers, il reçoit l’aide du maire de l’époque, Jean-Christophe Lagarde. (…) Chaque vendredi, son prêche attire quelque 4 000 Musulmans : 2 000 dans l’édifice, et autant dans les jardins de ce qu’il appelle la “mosquée de la paix”. Chalghoumi parle d’amour, entre les hommes et envers Dieu. Ses fidèles ? “La majorité silencieuse, celle qu’on ne voit jamais à la télévision. On ne montre que les barbus”, déplore-t-il, “les fanatiques, ceux qui affirment que je suis isolé et font régner un climat de peur”. En 2010, alors qu’il cristallise les passions par ses prises de position en faveur de l’interdiction du niqab, les caméras accourent à Drancy. Et ne montrent à l’écran que cette minorité visible que Chalghoumi dénonce pourtant. Les fils de Ouma.com, qu’il rebaptise “Haine.com”. Ou ceux du Collectif Cheikh Yassine. L’imam en colère pointe du doigt cinq ou six sites fanatiques, connus de tous, financés par les Frères musulmans ou d’autres mouvances salafistes. Des vecteurs d’intégrisme dont Merah serait le produit direct pour s’y être gavé de vidéos, affirme-t-il. “Pourquoi, pour l’amour du Ciel, le gouvernement ne ferme-t-il pas une fois pour toutes ces plates-formes web ? Par manque de courage politique ?”. La France doit balayer devant sa porte, insiste-t-il. “Il faut arrêter de chercher les coupables en Afghanistan, ils sont chez nous, dans nos prisons”. Les cellules constituent les terres de chasse des Frères musulmans, estime Chalghoumi. Et là encore, il en appelle au gouvernement : “Nous devons protéger notre avenir pour que la France reste la France de Voltaire”. Sa solution : créer un islam de France. Former des imams français. Car, explique-t-il, “on ne veut pas d’ingérence étrangère dans nos villes”. Celle de pays arabes, “comme l’Algérie, qui gère la Grande mosquée de Paris”. Ou celle, surtout, des Frères musulmans, ramifiés, infiltrés, omniprésents dans la capitale et ses zones satellites, mais aussi en province. Et de partir en croisade contre ceux qui se revendiquent de l’islam, “mais ont vendu leur âme à la haine, à l’antisémitisme”. Il faut prendre exemple sur la communauté juive, revendique Chalghoumi. Selon lui, “la communauté musulmane est à la traîne”. Des propos chocs, encensés par les uns, conspués par les siens. Peu importe, l’imam se bat pour ses idées : ôter toute stigmatisation sur les Juifs de la part des jeunes Arabes de banlieue qui exportent le conflit moyen-oriental, une fois encore, en toute méconnaissance du sujet. La Shoah, cela fait près de dix ans qu’il essaie d’en parler auprès des Musulmans de Drancy. Une évidence, selon lui. Par respect, pour contrer l’oubli. Et celui que d’aucuns taxent “d’islamo-guignol”, de “Sioniste”, “d’imam des Juifs”, a même fait la démarche de venir en Israël, en juin dernier. Invité par l’Institut français, à l’occasion du Forum de la Démocratie, Chalghoumi savait que son déplacement attiserait les foudres de ses détracteurs. Aux Israéliens venus le saluer et le remercier de ses prises de position courageuses, il répondait, la main sur le coeur, “souhaitez-moi bonne chance pour le retour”. Et de fait, il était attendu par des articles incendiaires dans la presse tunisienne et des insultes de certains groupes propalestiniens français. (…) A ceux qui lui attribuent une période intégriste dans sa jeunesse, il rétorque : “Il ne faut pas croire tout ce que vous pouvez lire sur Internet. Je suis obligé de payer une société pour remettre à jour régulièrement ma fiche Wikipédia, hackée par les Frères musulmans”. Certes, il a roulé sa bosse dans les madrasas de Syrie, Turquie, Inde, Iran ou Pakistan. Mais ce Tunisien sunnite d’origine, né dans une famille modeste traditionaliste, inscrit dans un lycée alaouite jusqu’au bac, présente cela comme un parcours initiatique. A la recherche de sa foi. A Damas, il s’immerge pendant deux ans au coeur du nationalisme arabe, évolue de mouvances en mouvements, se familiarise avec les différents courants. Avant de séjourner quelques mois en Turquie, où il sera “très touché par l’islam turc, assez proche de l’islam tunisien”. Puis l’Iran, en 1993. Un passage “terrible” pour celui qui se déclare être en désaccord avec le Régime des Mollahs et leurs manipulations de pouvoir, surtout depuis l’avènement de Khomeiny. Il déplore le voile et le sort réservé aux femmes, les barbus et leur “Islam de l’apparence, fait de provocations”. Pour Chalghoumi, la religion se porte dans le coeur et s’exprime par les actes. Aujourd’hui, cet imam de 40 ans est régulièrement la cible des intégristes français dont il est devenu l’ennemi numéro 1. Sa vie est périodiquement menacée. Sa femme a par deux fois été agressée, victime de crachats au marché. Ses cinq enfants sont inscrits dans une école catholique privée, “par mesure de sécurité”. Et lui-même évolue sous protection policière. Dans le camp extrémiste musulman, les appels à sa démission sont légion. En vain, clame-t-il : “rien ne saura me faire taire”. Chalghoumi refuse de céder à l’intimidation. Bien décidé à parler, jusqu’au bout. Pour distiller son message de paix, d’amour et de tolérance, et contrer les déviances de l’islam. “Il faut avoir le courage de dire la vérité”, ponctue l’imam, “peut-être que le courage a manqué en France, en 1940, pour dénoncer ce qui était en train de se passer. Aujourd’hui, je suis prêt à parler envers et contre tout, pour que de telles horreurs, comme la Shoah ou la tragédie de Toulouse ne se reproduisent pas”. Jerusalem Post
Cherchez l’erreur !
Des imams ont organisé comme l’annoncent TF1 ou RTL
Un rassemblement en hommage aux familles des victimes de la récente attaque de la préfecture de police de Paris ….
Et nos médias nous parlent…
De l‘appel à manifester en soutien à l’égorgeur !
Mais mis à part les médias sulfureux de la fachosphère ou de la néoPravda poutiniste RT ou Sputnik news
Qui prendra la peine de rendre compte …
Non seulement de la ridicule, mais ô combien significative, faiblesse de la mobilisation ….
Mais du statut, tout aussi significatif malgré son passé effectivement radical, d’ « imam sans mosquée » opposé au port du voile intégral et contraint de vivre sous protection policière du principal organisateur
Pour avoir commis l’irréparable péché …
D’avoir poussé la volonté de dialogue avec les sionistes …
Jusqu’à en fréquenter, entre Elisabeth Levy et Alain Finkielkraut, les personnalités les plus islamophobes
Et, comme le rappelle notre Pacal Boniface national, de s’être non seulement rendu en Israël …
Mais d’avoir, injure suprême, refusé de condamner l’abjecte occupation des Territoires palestiniens ?

Des imams rendent un hommage aux familles des victimes de l’attaque de la Préfecture de police

Des imams ont organisé sur la place Saint-Michel de Paris, un rassemblement aux familles des victimes de la récente attaque de la préfecture de police de Paris. L’un de ces imams, Hassen Chalghoumi, s’est dit déçu par la faiblesse de la mobilisation.

Pour exprimer leur solidarité aux familles des victimes de l’attaque de la préfecture de police de Paris, des imams ont organisé une mobilisation le 10 octobre 2019, sur la place Saint-Michel de Paris.

L’un de ces organisateurs, Hassen Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France, s’est dit lui-même déçu par le faible nombre de personnes ayant répondu à l’appel. Et pour cause : ils n’étaient qu’une poignée – dont l’écrivain Marek Halter – sur la place parisienne, en fin d’après-midi, déployant une banderole indiquant : «Citoyens musulmans contre la radicalisation» et «Soutiens aux victimes et leurs familles».

L’ancien imam de la mosquée de Drancy Hassen Chalghoumi, dont la légitimé au sein de la communauté musulmane française ne fait pas l’unanimité, a déclaré que la mobilisation constituait «un appel à joindre le discours du président de la République de s’engager».

Les imams à l’origine du rassemblement ont réalisé une prière en hommage aux victimes de la tuerie de la préfecture.

Le 3 octobre, Mickaël Harpon, qui travaillait depuis 2003 à la préfecture, a tué quatre de ses collègues avec un couteau (en métal et non en céramique, comme indiqué pendant un temps dans les médias), avant d’être abattu. Cet informaticien de 45 ans s’était converti à l’islam depuis une dizaine d’années et fréquentait des membres de la mouvance «islamiste salafiste», selon les enquêteurs. L’enquête menée conjointement par la brigade criminelle et la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) sur l’attentat aurait révélé, selon le Parisien, que Mickaël Harpon avait en sa possession à son domicile une clé USB contenant des vidéos de propagande de l’organisation terroriste djihadiste Daesh.

Voir aussi:

Chalghoumi, l’imam qui dérange l’islam de France

Les organisations musulmanes représentatives dénoncent l’activisme et « l’autoflagellation » du responsable de la mosquée de Drancy, Hassen Chalghoumi.

Aziz Zemouri

Le Point

Prêcher l’exemple

Alors que l’antisémitisme reprend du galon dans une France qui peine à gérer ses extrêmes, Hassen Chalghoumi, l’imam qui dérange, confirme son discours pacifié

Nathalie Blau
Jerusalem Post
August 1, 2012
Agression dans un train, plaque médicale taguée, ces derniers temps, la France enregistre une recrudescence des actes antisémites. Plus 46 % entre janvier et avril 2012 par rapport à 2011. Si elle n’est pas nouvelle, cette haine du Juif semble trouver sa source dans un racisme primaire, essentiellement confessionnel. Le 12 juillet dernier, le Grand Rabbin de France faisait ainsi part de son inquiétude au nouveau président de la République. Certes, “la très grande majorité de la communauté musulmane vit en bonne entente avec la communauté juive”, déclarait le leader cultuel, qui avait toutefois tenu à dénoncer “certains propos qui tentent de mythifier la personne de Merah”. Mohammed Merah. L’assassin de Jonathan Sandler et ses deux garçonnets, de la jeune Myriam Montenegro et de trois gendarmes. Merah, la brute meurtrière, née sur le sol français, qui semble bien faire des émules. Suite à ses actes barbares de mars dernier, le ministère de l’Intérieur a relevé “un pic” des agressions antisémites.
Récemment, à l’occasion des 70 ans de la Rafle du Vel’ d’Hiv, François Hollande prononçait un discours symbolique et largement salué, hormis quelques voix discordantes. Mais la demande du Grand Rabbin de France reste plus actuelle que jamais : il appelle la communauté musulmane à témoigner haut et fort “sa prise de distance, sa récusation pleine et entière de tout ce qui peut de près ou de loin rappeler l’intégrisme, le fondamentalisme et la violence que portent certains courants de l’islam”.
S’il est un homme qui remplit précisément cette mission, c’est bien Hassen Chalghoumi, l’imam solitaire, le prêcheur de Drancy. Celui qui incarne aujourd’hui un islam modéré et se bat depuis des années pour favoriser le dialogue entre jeunes des banlieues, musulmans et juifs.
“On n’est pas français” 
En 1997, quand il pose ses valises en France, à Bobigny où son frère réside, il sonde sa communauté : “connaissezvous d’autres religions ?” La réponse est non. Chalghoumi n’aura alors de cesse que de créer des ponts inter-confessionnels. Aller à la rencontre des hommes d’Eglises et de synagogues. Trois ans plus tard, il fait l’acquisition d’un petit pavillon de banlieue et s’installe à Drancy. En 2002, à la recherche d’un lieu de prière pour ses fidèles qui se comptent en milliers, il reçoit l’aide du maire de l’époque, Jean- Christophe Lagarde. Objectif : créer un foyer musulman pour les jeunes du quartier à la dérive. Leur proposer une alternative aux sirènes du fanatisme et qu’ils évitent d’aller gonfler les rangs de l’islamisme radical. Avant tout, martèle Chalghoumi, leur donner envie d’être français. Très vite, ce Tunisien d’origine qui a embrassé une nationalité française revendiquée, constate un malaise dans sa banlieue. Un blocage identitaire et social qui fait le lit, selon lui, des recruteurs d’Al-Qaïda.
Au sein de cette communauté maghrébine, d’origine algérienne pour une bonne part, l’allégeance à la patrie de Voltaire n’est pas systématique. “On n’est pas français”, disent-ils. Beaucoup ont un père, un frère moudjahidin, assassiné par soldats de l’armée française. Comment alors, pour eux, honorer ce pays d’adoption sans avoir le sentiment de trahir leur famille ? Chalghoumi parle aussi de ces Maliens, ou autres Sénégalais qui ne se retrouvent pas dans la culture française. Des immigrés sans repères, en manque de reconnaissance. “Il faut les valoriser”, pointe l’imam, “leur rappeler que le chiffre zéro a été inventé par les Arabes”.
Et cette jeunesse à l’identité multiple et complexe se caractérise aussi par une méconnaissance totale de l’islam, note Chalghoumi. Elle constitue alors une proie facile pour les rabatteurs des mouvances radicales, qui viennent recruter leurs combattants de Dieu dans les zones urbaines sensibles. En France, mais aussi en Europe. “C’est plus simple qu’avec les jeunes des pays arabes, et ce sont eux qui sont ensuite les auteurs de la majorité des attentats commis”. Chalghoumi s’échine, lui, à leur rappeler que la religion n’a rien à voir avec le pays d’adoption. “Aimez votre patrie”, clame l’imam au discours républicain qui se déclare en faveur de l’éducation dans les écoles publiques, “on peut s’intégrer en gardant ses valeurs”.
Fermez ces sites, pour l’amour du Ciel ! 
Chaque vendredi, son prêche attire quelque 4 000 Musulmans : 2 000 dans l’édifice, et autant dans les jardins de ce qu’il appelle la “mosquée de la paix”. Chalghoumi parle d’amour, entre les hommes et envers Dieu. Ses fidèles ? “La majorité silencieuse, celle qu’on ne voit jamais à la télévision. On ne montre que les barbus”, déplore-t-il, “les fanatiques, ceux qui affirment que je suis isolé et font régner un climat de peur”. En 2010, alors qu’il cristallise les passions par ses prises de position en faveur de l’interdiction du niqab, les caméras accourent à Drancy. Et ne montrent à l’écran que cette minorité visible que Chalghoumi dénonce pourtant. Les fils de Ouma.com, qu’il rebaptise “Haine.com”. Ou ceux du Collectif Cheikh Yassine.
L’imam en colère pointe du doigt cinq ou six sites fanatiques, connus de tous, financés par les Frères musulmans ou d’autres mouvances salafistes. Des vecteurs d’intégrisme dont Merah serait le produit direct pour s’y être gavé de vidéos, affirme-t-il. “Pourquoi, pour l’amour du Ciel, le gouvernement ne ferme-t-il pas une fois pour toutes ces plates-formes web ? Par manque de courage politique ?”. La France doit balayer devant sa porte, insiste-t-il. “Il faut arrêter de chercher les coupables en Afghanistan, ils sont chez nous, dans nos prisons”. Les cellules constituent les terres de chasse des Frères musulmans, estime Chalghoumi. Et là encore, il en appelle au gouvernement : “Nous devons protéger notre avenir pour que la France reste la France de Voltaire”. Sa solution : créer un islam de France. Former des imams français. Car, explique-t-il, “on ne veut pas d’ingérence étrangère dans nos villes”. Celle de pays arabes, “comme l’Algérie, qui gère la Grande mosquée de Paris”.
Ou celle, surtout, des Frères musulmans, ramifiés, infiltrés, omniprésents dans la capitale et ses zones satellites, mais aussi en province. Et de partir en croisade contre ceux qui se revendiquent de l’islam, “mais ont vendu leur âme à la haine, à l’antisémitisme”. Il faut prendre exemple sur la communauté juive, revendique Chalghoumi. Selon lui, “la communauté musulmane est à la traîne”. Des propos chocs, encensés par les uns, conspués par les siens. Peu importe, l’imam se bat pour ses idées : ôter toute stigmatisation sur les Juifs de la part des jeunes Arabes de banlieue qui exportent le conflit moyen-oriental, une fois encore, en toute méconnaissance du sujet. La Shoah, cela fait près de dix ans qu’il essaie d’en parler auprès des Musulmans de Drancy. Une évidence, selon lui. Par respect, pour contrer l’oubli.
Et celui que d’aucuns taxent “d’islamo-guignol”, de “Sioniste”, “d’imam des Juifs”, a même fait la démarche de venir en Israël, en juin dernier. Invité par l’Institut français, à l’occasion du Forum de la Démocratie, Chalghoumi savait que son déplacement attiserait les foudres de ses détracteurs. Aux Israéliens venus le saluer et le remercier de ses prises de position courageuses, il répondait, la main sur le coeur, “souhaitez-moi bonne chance pour le retour”. Et de fait, il était attendu par des articles incendiaires dans la presse tunisienne et des insultes de certains groupes propalestiniens français. Celle qui lui fait le plus mal ? “Traître”, répond-il. “Un traître, c’est un homme politique qui a trahi son parti. Je suis un homme de religion qui n’a jamais trahi sa foi. Le Coran, c’est la paix. Certains le transforment en haine”.
L’ennemi numéro 1 
A ceux qui lui attribuent une période intégriste dans sa jeunesse, il rétorque : “Il ne faut pas croire tout ce que vous pouvez lire sur Internet. Je suis obligé de payer une société pour remettre à jour régulièrement ma fiche Wikipédia, hackée par les Frères musulmans”. Certes, il a roulé sa bosse dans les madrasas de Syrie, Turquie, Inde, Iran ou Pakistan. Mais ce Tunisien sunnite d’origine, né dans une famille modeste traditionaliste, inscrit dans un lycée alaouite jusqu’au bac, présente cela comme un parcours initiatique. A la recherche de sa foi.
A Damas, il s’immerge pendant deux ans au coeur du nationalisme arabe, évolue de mouvances en mouvements, se familiarise avec les différents courants. Avant de séjourner quelques mois en Turquie, où il sera “très touché par l’islam turc, assez proche de l’islam tunisien”. Puis l’Iran, en 1993. Un passage “terrible” pour celui qui se déclare être en désaccord avec le Régime des Mollahs et leurs manipulations de pouvoir, surtout depuis l’avènement de Khomeiny. Il déplore le voile et le sort réservé aux femmes, les barbus et leur “Islam de l’apparence, fait de provocations”. Pour Chalghoumi, la religion se porte dans le coeur et s’exprime par les actes. Aujourd’hui, cet imam de 40 ans est régulièrement la cible des intégristes français dont il est devenu l’ennemi numéro 1. Sa vie est périodiquement menacée.
Sa femme a par deux fois été agressée, victime de crachats au marché. Ses cinq enfants sont inscrits dans une école catholique privée, “par mesure de sécurité”. Et lui-même évolue sous protection policière. Dans le camp extrémiste musulman, les appels à sa démission sont légion. En vain, clame-t-il : “rien ne saura me faire taire”. Chalghoumi refuse de céder à l’intimidation. Bien décidé à parler, jusqu’au bout. Pour distiller son message de paix, d’amour et de tolérance, et contrer les déviances de l’islam. “Il faut avoir le courage de dire la vérité”, ponctue l’imam, “peutêtre que le courage a manqué en France, en 1940, pour dénoncer ce qui était en train de se passer. Aujourd’hui, je suis prêt à parler envers et contre tout, pour que de telles horreurs, comme la Shoah ou la tragédie de Toulouse ne se reproduisent pas”.
Voir de même:

L’imam français Hassen Chalghoumi menacé de mort après sa visite en Israël

Le responsable a dénoncé un « tsunami de haine » suite à son séjour la semaine dernière – durant lequel il a visité une implantation et rencontré Reuven Rivlin

Dans une interview à la chaine I24News, l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, a dénoncé un « tsunami de haine » suite à sa visite en Israël la semaine dernière, durant laquelle il était accompagné d’une délégation de responsables musulmans et de jeunes belges et français.

« J’accuse la chaîne Al Jazeera, avec sa propagande de haine et celle du Hamas, celle de tous les sites islamistes… Al Jazeera m’a qualifié de traître, de vendu et j’ai été obligé de déposer une plainte pour menace de mort », a-t-il expliqué.

Il a également salué le courage des participants au voyage « parce que nous avons dénoncé la mascarade des islamistes et leurs manipulations ».

« Il y a trop de sites qui expriment leur haine notamment contre Israël, mais cette jeunesse ne va pas s’arrêter là, parce que nous allons faire une tournée à travers la France pour poursuivre notre mission et transmettre ce que nous avons vu en Israël, a-t-il ajouté. A ceux qui me menacent de mort, je veux leur dire qu’ils ne me font pas peur, et je ne baisserai jamais les bras, j’avance vers le dialogue, je suis un homme de paix, et telle est ma vision de l’islam. »

Durant son voyage en Israël et dans les Territoires palestiniens, Hassen Chalghoumi s’est notamment rendu dans le nord de la Cisjordanie suite à l’invitation d’un responsable d’implantations. L’imam a expliqué que le soutien au boycott anti-Israël était contraire à la loi coranique.

Le voyage avait été organisé par ELNET (European Leadership Network), une organisation qui cherche à renforcer les liens entre Israéliens et Européens. Il s’est conclu par une rencontre avec Reuven Rivlin, président de l’Etat d’Israël.

« Nous devons travailler ensemble. Nous devons lutter contre l’antisémitisme. Le judaïsme n’a jamais été en guerre avec l’islam. Le judaïsme et l’islam sont des religions sœurs, et nous devrions nous comprendre de cette façon », a notamment déclaré le dirigeant israélien.

Connu en France pour son implication dans des forums et dans des initiatives interconfessionnelles, Hassen Chalghoumi a reçu un grand nombre de menaces de mort pour les liens amicaux qu’il entretient avec le CRIF, l’organisation-cadre qui représente les communautés juives françaises, et pour s’être rendu en Israël à plusieurs occasions.

Chalghoumi a expliqué durant ce récent séjour qu’il espérait encourager le dialogue entre Israéliens et Palestiniens de manière à ce que plus jamais « aucune mère – qu’elle soit Israélienne ou Palestinienne – ne verse de larmes » à l’avenir.

Chers amis,La fin de notre voyage en Israël et en Palestine, avec les 40 jeunes belges et français s’est conclue par…

פורסם על ידי ‏‎Imam Hassen Chalghoumi‎‏ ב- יום שני, 17 ביוני 2019

Il a également critiqué le rejet par les Palestiniens de la conférence sur la paix au Bahreïn. « Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Il faut toujours aller discuter, s’asseoir autour de la table. Même si vous n’êtes pas d’accord – le dialogue pourra nous sauver », a-t-il clamé.

Chalghoumi est quelque peu un cas particulier dans le discours religieux musulman, et il a été remarqué pour avoir soutenu l’interdiction de la burka en France, qui recouvre entièrement le visage.

Voir de plus:

L’Imam de Drancy: « La burqa est un phénomène étranger à l’islam des Lumières »

Hassen Chalghoumi, Imam de Drancy et président de la Conférence des imams de France a discuté de « L’islam de France » avec les metronautes.

Métronews

15-09-2010

Halima77 : Bonjour. Ca consiste en quoi le travail d’imam?
L’imam explique l’islam et aide les musulmans à pratiquer la religion surtout les cultes collectifs.

Mad : Le projet de construction d’une mosquée près de Ground Zéro et le pasteur qui voulait brûler le Coran ont crée une vive polémique, au delà des frontières américaines. Derrière ces affaires, de hauts responsables religieux se sont inquiétés d’une récente montée « du sentiment anti-musulman » aux USA. Que pensez-vous de ces deux affaires et comment expliquez-vous ce sentiment ? Ce climat est-il aussi palpable en France ?
Il faut faire attention aux amalgames et aux surenchères: la société américaine surtout celle de Manhattan est ouverte et tolérante… Il y a des racistes et des fascistes évangélistes… Ce n’est pas une raison pour jouer avec le feu, à la provocation… On peut construire une mosquée n’importe où, mais pas à coté d’un charnier, d’un mémorial de la barbarie terroriste des islamistes d’Al-Qaïda.

Niche : Quelles sont vos arguments pour une loi contre le burqa?
Aucun texte coranique ne parle de la burqa. Il faut faire la différence entre la religion musulmane et les traditions de certains musulmans. Dans l’islam sunnite, il y 4 écoles théologiques: les 4 disent que la burqa n’est pas une obligation. Tous les savants musulmans disent que le visage de la femme n’est pas une partie intime… Alors, il y a plus important et plus sacré dans notre religion qu’un bout de tissu.

Barbu : Dire que le niqab n’est pas une obligation en islam, cela relève d’une interprétation juridique. Mais comment osez-vous affirmer qu’il soit étranger aux textes de référence, à savoir le Coran et la Sounnah ?
Si vous dites le contraire, citez le verset coranique qui parle de la burqa! Il n’y en a aucun. La burqa est un phénomène étranger au coran, étranger à l’islam du Maghreb, étranger à l’islam qui n’a rien à cacher, étranger à l’islam des Lumières.

Lila : C’est quoi pour vous un islam de France?
C’est un Islam libre des ingérences étrangères et des ingérences policières ; Libéré des manipulations des politiques et des gesticulations des fanatiques ; Libéré du paternalisme post-colonialistes des indigènes-nihilistes et des idiots-arrivistes ; Libéré des intégristes et des affairistes ; Libéré des surenchères gauloises et des compromissions munichoises ; l’Islam de France est Contre les racistes musulmans et les extrémistes islamistes.

Kjaiber : L’islam est-il divisé en islam de chaque pays?
L’islam est universel, intemporel, mais il s’adapte. L’islam algérien n’est pas l’islam saoudien, l’islam marocain n’est pas l’islam taliban, l’islam tunisien n’est pas l’islam iranien.

Popof : Est-ce que la polygamie est autorisée par le coran?
Elle est est EXCEPTIONNELLEMENT autorisée, et elle est autorisée CONDITIONNELEMENT… de telle façon qu’elle est presque dure à accepter… surtout si des gens utilisent la polygamie pour se faire un harem, pour faire du mal aux femmes, aux enfants et à la société.

Barbu : Sourate Al Ahzab Verset 59. Lorsque ce verset a été révélé, les femmes du Prophète ont rabattu un voile noir sur leur visage. Que doit-on en déduire ?
Vous parlez des Femmes du Prophète, Prière sur lui.. dans le même verset, AlLLAH s’adresse aux femmes du Prophète leur disant que vous n’êtes pas comme les autres femmes… J’espère que vous pensez comme notre Dieu que les femmes du Prophète ne sont pas comme les autres femmes ; alors ce qui s’applique à elles ne peut pas s’appliquer à toutes les femmes.

Hanniy : Bonjour Mr l’Imam. Etes-vous seul à penser ça ou y’a t’il d’autres imams qui partagent votre opinion mais qui n’osent prendre la parole ? Et qu’en pensent vos supérieurs religieux ? Je voulais saluer votre courage, l’image que vous donnez : juifs et arabes n’ont aucune raison d’être ennemis. Bravo !
Merci. Il y a beaucoup d’imams qui pensent comme moi, malheureusement ils ont peur. Certains ont pris position comme moi, ils ont été « chassés » de leurs mosquées, ou insultés, ou menacés… Et puis ils ont vu un mauvais exemple dans la mosquée de Drancy: assiégée, agressée pendant plusieurs mois sous le regard impuissant des pouvoirs publiques… Et puis il y a des imams fonctionnaires, salariés des gouvernements étrangers… Et surtout certains représentants de notre Etat et certains représentants de notre nation préfère fricoter avec les intégristes et les affairistes de l’UOIF.

Bachir : L’islam est une religion qui condamne les actes blâmables, pourquoi ne vous entendons donc pas sur la vindicte politique dont les Roms et les gens du voyage sont victimes?
Si, j’ai condamné les « BRUITS ET LES ODEURS » de certains politiciens français, j’ai condamné les surenchères irresponsables et les dérapages intolérables des Estrosi et des Lefevre… Malheureusement, nous les musulmans de France, nous n’avons pas un média digne qui fait entendre notre voix.

Sony : Quelle est l’influence des Frères Musulmans en France ?
Elle est dangereuse, elle est grandissante, elle est lâche, elle est usurpatrice… La majorité des musulmans de France n’appartiennent pas à cette secte intégriste et populiste qui a fait 200 000 morts en Algérie par exemple, mais la cécité et la lâcheté des pouvoirs publiques ont laisser s’épanouir et grandir ce monstre qui mange ses enfants.

Oula : C’est bien gentil tous ces discours mais au quotidien comment faire quand on est toujours considéré comme des étrangers qui volent le pain des « vrais » français?
Nous sommes des Français… Et il faut imposer au gouvernement français nos vrais problèmes et surtout le racisme. Par exemple, SOS Racisme doit commencer à s’intéresser réellement au racisme que subissent plusieurs catégories de Français au lieu de jouer aux apparatchiks idéologiques de la morale sélective. SOS Racisme doit comprendre que le racisme que subissent les musulmans n’est pas celui que subissent des assassins menacés par la perte de leurs papiers de nationalités, ni les regards choqués ou mêmes haineux que subissent certaines femmes dont le regard et le visage sont cachés par une insupportable burqa, ni la discrimination réelle à l’entrée des discothèques. Le vrai racisme, c’est ce que subissent nos enfants à l’école, nos familles au logement, nos salariés au travail, nos diplômés à la promotion sociale…

Bachir : Vous êtes Tunisien, que pensez-vous du despotisme exercé par le président en place, et des pressions et répressions exercées sur les musulmans en Tunisie?
Le président actuel a sauvé la Tunisie de la guerre civile algérienne. Les mêmes intégristes tunisiens voulaient instaurer la même barbarie talibane et provoquer la même guerre civile algérienne… La Tunisie est un pays libre et moderne… Il y a même des Français qui vont se soigner la bas… L’islam de la Tunisie est l’islam modèle, celui de la modération et de la modernité….. Je suis imam français et je suis fière de mon pays d’origine la Tunisie qu’Allah protège.

Alison : Que pensez-vous de l’ouverture de restaurant uniquement halal ?
Ce n’est pas du communautarisme, c’est une affaire de business. Plusieurs restaurants ont été sauvés du dépôt de bilan en s’adressant directement à une certaine clientèle. Il ne faut donc pas en faire un fromage et laisser les musulmans manger tranquillement.

Niche : Les quartiers ne sont-ils pas en train de se radicaliser? Comment expliquez-vous cette « extrémisation »?
Je déteste l’expression « les quartiers », ce que vous appelez ainsi, sont une partie de la France, que plusieurs gouvernement de notre France ont négligé, et que les Frères Musulmans soutenus par des gouvernements étrangers sont en train de gangrener.

Chian : Comment entendez -vous lutter contre les extrémismes?
Ce n’est pas le combat d’un seul homme, ni de la seule communauté musulmane, ni seulement du gouvernement… Tout le monde doit concourir à combattre les extrémistes, surtout en luttant d’abord contre le racisme. Le département du 93 est le symbole de la diversité, il est le thermomètre de l’intégration: Les représentants de l’Etat et de la nation doivent réussir à faire de ce département un modèle économique, social et républicain, un modèle du vivre ensemble. Dans le 93, il y a le siège de tous les mouvements, sectes et organisations musulmanes ou islamistes. Je demande que les intégristes islamistes ne restent pas les interlocuteurs exclusifs des représentants de la Nation. Il y a parmi nous, les musulmans français, des cadres républicains, des hauts fonctionnaires, des patrons, des professeurs de médecine, des professeurs émérites d’université, des créateurs de richesses et des vecteurs de sagesse, des personnes méritantes qui aiment la France et qui respectent l’islam. Il n’y a pas que des intégristes qui font du business avec l’islam.

Barbu : Ce qui vous est reproché, ce sont vos liens avec le CRIF, sous marin de la droite israélienne en France, pas vos relations avec la communauté juive. pourquoi entretenez-vous cet amalgame ?
regardez les vidéos postés par les intégristes du collectif Cheikh Yassin et vous écouterez les messages de haine contre les juifs. il faut être courageux pour admettre que les intégristes islamistes détestent les juifs comme ils détestent les femmes d’ailleurs.

Amina : Y-a-t’il plus de fidèle dans votre mosquée depuis tout ces évènements ?
Pendant l’Aid, il y avait plus de 6 000 fidèles. Chaque vendredi, il y a plus de 3 000 fidèles. La mosquée de Drancy est celle d’ALLAH et ceux qui aiment ALLAH ne vont pas suivre le diable pour fermer ou détruire cette mosquée comme ont voulu faire les islamistes ou des naïfs manipulés par les Frères Musulmans.

Amina : Pourquoi avez-vous dit que dans la mosquée de Drancy, il n’y avait aucune femme qui porte ni la burqa ni le niqab, alors que j’ai pu m’y rendre et voir le contraire ?
Avant la tentative de putsch et l’explosion de la fitna dans la mosquée de Drancy, il n’y avait pas de femmes en burqa, pendant les émeutes, certaines sont venues en provocation… Je dis certaines, peut-être que c’était des hommes déguisés en burqa, qui sait?

Pitou002 : Ne faudrait-il pas que des intellectuels musulmans réforment la charia qui n’est pas d’origine divine pour la mettre en conformité au 21ème siècle et en conformité avec les lois de la République?
Le terme charia est très manipulé et galvaudé… Pour des imbéciles, la charia c’est le mariage du libertinage et la lapidation des femmes adultères… La charia est le chemin de la religion. Alors il faut réformer notre façon de voir les choses… Il faut réformer nos visions… Il faut nous réformer nous musulmans, parfois indignes d’une belle et grande religion qu’est l’islam.

Bachir : Economiquement et socialement, vous êtes de quel clivage politique?
je suis du Juste milieu, pas le Nouveau Centre que je respecte, mais LE JUSTE MILIEU qui est l’expression que notre Dieu a utilisé dans le Coran pour qualifier les musulmans.

Amina : Certains tel que Tariq Ramadan ont été contre la burqa et le niqab, et pourtant il n’ont pas été critiqués…
Vous me parlez de Tariq Ramadan qui est un intégriste suisse et non pas un musulman français.. Lui et sa secte dangereuse, les Frères Musulmans, ont perverti la religion au point de pousser les suisses à devenir racistes et à interdire les minarets. Est-il normal que ce Tariq Ramadan aille soutenir le voyou polygame de Nantes qui a insulté notre religion en déclarant que l’islam autorise les maitresses ? J’ai honte.

Bachir : Hassen Chelgoumi, ne pensez-vous pas que le fait de vous montrer véhément à l’encontre d’autres musulmans qui ne demandent qu’à pratiquer leur religion dans la bienséance islamique constitue un acte de niffaq (Hypocrisie)?
Le Nifaq, c’est le double discours…

Pseudo modéré : Pourquoi ,lorsque des abus liés à la charia ont lieu dans des républiques islamiques, tant à l’encontre des musulmans eux-mêmes que des chrétiens qui y vivent, n’entend t-on jamais les protestations des dirigeants de l’Islam de France ?
Malheureusement vous avez raison, mais il n’y a pas de dirigeant de l’islam de France… le CFCM est une catastrophe honteuse, une coquille vide gangrenée par l’UOIF. Le Président de notre République a bien fait de créer cette institution, mais ce n’est pas à lui de remplacer les intégristes ou les fonctionnaires étrangers qui la dirigent pas des musulmans français compétents… C’est un vrai problème.

Rez : L’extrémisme religieux en France a disparu en même temps que la foi, pensez-vous que les musulmans peuvent devenir plus modérés en continuant à peupler les mosquées ?
Oui car l’islam est religion pas une idéologie… La mosquée doit être un carrefour musulman et non un maquis islamiste.

Un dernier mot Hassen Chelgoumi?
J’aimerai remercier particulièrement le maire de Drancy, l’un des hommes politiques français les plus courageux et les plus républicains… Il a résisté avec moi aux racistes et aux islamistes. Il mérite de remplacer la catastrophe qu’est devenue Fadela Amara, car la Politique de la Ville mérite des hommes ou des femmes compétents et non des guignols, sinon le racisme et l’islamisme vont s’accroitre, se nourrir mutuellement et nous mettre TOUS en danger.

Hassen Chalghoumi, avec la collaboration de Farid Hannache, « Pour un islam de France ». Ed. Le cherche midi, 412p; 18 euros.

Voir encore:

Collectif pour la dignité des musulmans
Saphir news
9 Juin 2012


Militants et intellectuels, une quinzaine de personnalités lancent un appel à la démission de Hassen Chalghoumi du poste de Président de l’association culturelle des musulmans de Drancy.

Voir encore:

Hassen Chalghoumi a perdu un de ses valeureux soutiens en la personne de Farid Hannache, son ex-plume qui dit aujourd’hui s’être repenti d’avoir suivi les pas du « faux imam de Drancy ». Ce dernier, qui s’est distingué mardi 26 février sur les ondes de Beur FM [l’enregistrement plus bas], ne cache rien de son amertume à l’encontre de l’actuel chouchou des médias dont la côté d’impopularité auprès des musulmans est au plus haut.

Hanan Ben Rhouma

Saphir news
27 Février 2013

Farid Hannache balance sec. L’ancien conseiller de Hassen Chalghoumi, sans qui son premier livre « Pour l’islam de France » sorti en 2010 n’aurait pas été possible, a décidé de sortir de l’ombre et de faire des révélations, sur le ton de la dénonciation, quant au passé du président de l’association gestionnaire de la mosquée de Drancy.

Invité au micro de Beur FM mardi 26 février, Farid Hannache a ainsi fermement attesté que Hassen Chalghoumi a mené campagne pour Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale de 2012. Une information qui ne surprend guère puisqu’il est un des soutiens du maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, engagé en 2012 pour la réélection de l’ancien chef de l’Etat.

« C’est l’une des personnes qui a envoyé un bus de la mosquée de Drancy au meeting de Villepinte » en mars 2012 où « il était assis au premier rang avec les ministres et Sarkozy lui-même est venu le saluer », affirme-t-il, révélant que M. Chalghoumi est un de ceux qui auraient véhiculé le « fameux sms » dans lequel il était mentionné « les 10 raisons de ne pas voter PS ». « Dans l’immédiat, il critique Sarkozy car il roule pour Valls. Parce que ce que cherche les politiques, ce sont des béni-oui-oui. »

Un homme au passé sulfureux

Sur son passé, Farid Hannache en dit long. Il affirme qu’à l’époque où il fut un prédicateur du mouvement des Tablighs, « il était tellement fiché intégriste que le ministère de l’Intérieur avait décidé de l’expulser » mais « ce sont les bons offices de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France, aujourd’hui décrié par M. Chalghoumi, ndlr), par l’intermédiaire de l’ancien président Lhaj Thami Breze, qui ont convaincu le ministère de ne pas l’expulser ».

Toutefois, « il est interdit de séjour aux Etats-Unis malgré qu’il ait été reçu à Tel Aviv sur tapis rouge », selon M. Hannache qui raconte que l’ancien imam du foyer Sonacotra de Bobigny, employé en 2002 pour la société Fedex, s’était même vu retirer son permis de travail à l’aéroport Charles De Gaulle « parce qu’il était fiché dans la liste rouge des RG ». M. Chalghoumi fut bien manutentionnaire

Pourquoi se manifester que maintenant ? Celui qui fut la plume de Hassen Chalghoumi a déclaré vouloir « faire pénitence » auprès de tous ceux qui l’ont écouté du temps où il soutenait le président de la mosquée de Drancy. Il entend ainsi dénoncer « la gestion policière de l’islam de France et sa gestion néocolonialiste avec la prédominance des lobbies sionistes qui sont en train d’imposer qui doit parler ou non au nom des musulmans ». Sa sortie médiatique lui permet également, à bien des égards, de ne plus voir son nom associé à l’impopulaire Hassen Chalghoumi.

Ce dernier, si décrié des musulmans, est adulé des médias à l’heure où le livre d’entretien « Agissez avant qu’il ne soit trop tard » signé David Pujadas jouit d’une belle promotion. Les failles dans sa communication font jour. Les révélations de Farid Hannache ne manqueront pas d’éclabousser « l’imam de Drancy ».

Voir aussi:

Comment l’imam Chalghoumi renforce malgré lui les préjugés sur les musulmans
LE PLUS. Hassen Chalghoumi est un des imams les plus connus de France, notamment grâce à une importante médiatisation de ses positions. Mais cela sert-il vraiment la communauté dont il se fait le représentant ? Non, répond Pascal Boniface, directeur de l’Iris, jugeant au contraire son action contre-productive.

Pascal Boniface
Directeur de l’IRIS

L’Obs

14-02-2013

L’imam Hassen Chalghoumi est particulièrement choyé par les médias et de nombreux responsables politiques. Il est censé représenter un islam modéré, sans interférence de l’étranger. Il veut également promouvoir le dialogue judéo-musulman, apaiser les tensions communautaires qui traversent notre pays et contribuer à combattre la mauvaise image de l’islam en France. Un récent sondage montrait que 74% des Français expriment un sentiment de défiance à l’égard de cette religion.

Ces intentions sont louables. Mais son action et sa mise en scène vont à l’encontre des buts recherchés.

Chalghoumi, un « native informant »

L’imam Chalghoumi est largement ignoré, voire violemment rejeté par ses coreligionnaires. Début décembre 2012, j’avais pointé l’écart entre son exposition médiatique forte et son enracinement pathétique sur les réseaux sociaux (à l’époque 37 followers pour Twitter et 105 mentions « j’aime » sur Facebook). Pas vraiment un leader populaire.

Il n’est en rien représentatif des musulmans. Ce sont les médias et quelques responsables politiques qui le désignent comme tel. D’où un grand malaise provoquant un rejet, les musulmans refusant de se voir assigner par des non-musulmans un représentant qu’ils n’acceptent pas. Si Chalghoumi est rejeté, ce n’est pas parce qu’il est modéré, comme certains veulent le faire croire, mais parce qu’il est illégitime. Il est désigné représentant d’une communauté par ceux qui n’y appartiennent pas.

Chalghoumi est ce que la sociologie américaine appelle un « native informant », ces figures qui occupent la parole d’une communauté dont ils n’ont pas le soutien, mais qui tirent leur légitimité des médias et des milieux politiques dominants. Il dit ce que la majorité a envie d’entendre de la part d’une minorité, mais pas ce qu’elle pense réellement. Les « informateurs indigènes » valident les stéréotypes que la majorité véhicule sur leur communauté.

On parle également des « rented negroes », ces noirs américains qui monopolisent le paysage médiatique pour donner « un visage de noir pour une opinion de blanc ». Chalgoumi est loué dans les deux sens du terme et l’un parce que l’autre !

La position de Chalghoumi conforte les préjugés contre l’islam

Si la communauté concernée commence à être informée, comme le sont aujourd’hui les musulmans français, la manœuvre ne marche plus. Cette manipulation de l’information devient un défi démocratique. De surcroit, elle conforte les stéréotypes que l’on dit vouloir combattre.

Le message qui est envoyé au public c’est qu’un imam modéré est rejeté par ses coreligionnaires qui sont donc, dans leur majorité, extrémistes. La mise en scène de Chalghoumi, loin de combattre le préjugé d’un islam radical et intolérant, le conforte puissamment.

Développer le dialogue judéo-musulman est une bonne chose. Le faire comme Chalghoumi ne créé pas un pont, mais creuse le fossé. Cela accrédite l’idée que le conflit du Proche-Orient est d’essence religieuse. Le problème de ce conflit n’est pas l’islam. C’est l’occupation israélienne des Territoires palestiniens. Chalghoumi renforce l’idée que si les musulmans étaient plus modérés, le conflit pourrait être résolu, et la France préservée de son importation.

Il est considéré comme une vedette par les représentants institutionnels de la communauté juive, où il a plus de soutien que parmi les musulmans. Cela n’est pas sans poser un problème de légitimité de représentation. Il ne s’est jamais élevé contre l’occupation israélienne. Il est muet sur les appels à une solidarité inconditionnelle avec le gouvernement israélien lancés régulièrement par les responsables institutionnels de la communauté juive. Son partenariat avec les institutions juives n’est en rien équilibré ou réciproque. Il fait allégeance et obtient en retour une reconnaissance politique et médiatique nationale personnelle, mais rien pour sa communauté ou pour la cause palestinienne. Il accrédite l’idée qu’un musulman « modéré » ne critique pas le gouvernement israélien, et que ceux qui le font sont des extrémistes.

L’immense majorité des musulmans, tout en étant critiques à l’égard de la politique israélienne, condamnent l’antisémitisme et les actes antisémites. Ils ne peuvent donc se considérer comme représentés par Chalghoumi. En favorisant Chalghoumi, le CRIF privilégie le soutien à Israël sur la lutte contre l’antisémitisme.

Chalghoumi, faisant une mission de paix en plein bombardement israélien sur Gaza en novembre dernier, n’a pas condamné ces derniers. Richard Prasquier, président du CRIF, se félicite de l’avoir connu au moment de l’époque de « Plomb durci ». Il dit qu’il fallait « avoir beaucoup de courage pour afficher ses relations avec la communauté juive » – mais donc aussi beaucoup d’opportunisme pour ne pas dire un mot sur (ou contre) les bombardements israéliens sur Gaza par l’armée israélienne.

Il est au dialogue judéo-musulman ce que les bourgeois de Calais étaient au dialogue franco-britannique. Encore que ces derniers n’avaient guère le choix.

Voir enfin:

Quand une taupe nous dévoile sans le vouloir la stratégie de conquête de la France par la taqiyya

Lettre ouverte à Hassen Chalghoumi,
imam à Drancy, président de la Conférence des imams de France

Monsieur l’imam,

Merci, mille fois merci !
Une taupe comme vous, j’en rêvais.
Musulman, d’origine étrangère, formé à l’étranger (Tunisie, Syrie, Pakistan…), installé chez nous depuis peu, parlant mal notre langue, ne pouvant l’écrire qu’avec l’aide d’un nègre, vous prétendez donner des leçons de patriotisme et de légalité républicaine aux Français. Ne connaissant ni les Français ni la France, croyant que notre civilisation se réduit à l’image qu’en donnent les quelques élus frileux, idiots utiles, benêts divers qui vous témoignent leur allégeance, vous dévoilez au grand public, sans le vouloir, par vos maladresses, vos patauderies, vos insistances, votre manque de précautions dans l’expression…, la stratégie de l’islam en guerre par la taqiyya.
Monsieur l’imam, les 424 pages de votre livre Pour l’islam de France m’ont comblé.

L’action psychologique contre la France : une mécanique simple

En fait, l’action psychologique des djihadistes à destination des Français, au stade actuel du conflit, est simple dans sa conception et d’application facile pour les taupes. Elle s’articule en quatre axes de communication, toujours les mêmes, qui s’entrecroisent pour, d’une part déstabiliser les Français, entamer leur volonté d’agir contre l’invasion dont ils sont l’objet, d’autre part les convaincre d’accorder toujours plus à l’islam chez eux. Ces axes (ils seront exposés ci-après) sont étayés et alimentés par des séries d’affirmations non prouvées, de mensonges et de dissimulations. Le ton doit être assuré (celui qui osera douter ou contredire sera forcément un « raciste », un « islamophobe »…). Mais chaque interprète a loisir de mâtiner la partition comme il le souhaite par des appels aux grands sentiments, de l’érudition, des témoignages…

Vous, vous avez choisi, pour la tonalité générale de votre texte, l’hyperbole, le lyrisme, les oriflammes et les cuivres. Du coup, tout ce que vous avancez est écrit au crayon gras et les rouages de votre mécanique de propagande en deviennent si voyants que n’importe qui est en mesure de les démonter. (D’autres taupes sont plus habiles, laissez-moi vous le dire, et vos chefs pourraient être mécontents d’une balourdise qui compromet leur stratégie de sape.)

Premier axe de communication : les Français doivent accepter la « religion » islamique chez eux

Les taupes – toutes les taupes – affirment toujours la même fausseté pour nous piéger : l’islam est une « religion » et, toutes les taupes, toujours, invitent aussitôt les Français à prendre acte d’un fait : l’islam est désormais bien implanté chez nous.
Ce que vous, monsieur l’imam, résumez ainsi : « L’islam n’est plus la religion des immigrés ou des colonisés.
L’islam est la religion de millions de citoyens français.
L’islam en France est l’affaire de la France. »

Selon vous, les Musulmans sont, sur notre sol, « peut-être dix millions ».

L’islam serait simplement une « religion » ? Aussitôt, nous voici désarmés devant les prétentions des musulmans à prendre toutes leurs aises dans notre patrie. Une religion, c’est pour nous quelque chose qui ressortit à l’intime, à la liberté de conscience, au droit privé. Donc, pour nous, interdiction de regarder la chose d’un peu près et, surtout, de légiférer à son endroit. Or, vous le savez parfaitement, l’islam n’est pas une religion au sens où nous l’entendons. C’est une idéologie et un système de gouvernement des communautés et des hommes qui mêlent, de manière insécable, identité, religion, droit, politique, mœurs, morale ; c’est un «totalitarisme ». Le piège « islam-religion » a beaucoup servi aux musulmans en guerre contre nous pour dissimuler leur volonté colonisatrice et leurs manoeuvres. Il commence à être quelque peu usé. Mais, vous, vous pensez qu’il peut encore servir et vous allez en jouer tout au long de votre plaidoyer en faveur de votre totalitarisme.

Quant à l’incitation à tenir compte du fait accompli, elle revient à nous dire :

– Vous, Français, certes vos dirigeants ne vous ont jamais consultés sur votre sentiment à l’égard de cette présence étrangère à votre culture, certes vous pouvez pensez qu’elle est inopportune, qu’elle menace l’unité de votre nation, la paix intérieure… mais les faits sont là : vous devez en prendre acte et vous soumettre au réel, vous incliner devant la réalité que nous représentons.

Une objurgation qui comporte en filigrane une menace, c’est évident. Sinon, pourquoi gonfler les chiffres au-delà de la vraisemblance ? (A moins que… Et si les organismes officiels français chargés d’évaluer le nombre des Musulmans présents dans l’hexagone nous trompaient sciemment ?)

Ces préalables étant posés sans être aucunement discutés ou seulement mis en doute, arrive une autre affirmation : les effets positifs de l’immigration musulmane ? Vous soulignez « les richesses qu’ils [les Musulmans] apportent à notre nation », ajoutant avec une emphase qui est votre marque et qui aurait réjoui Molière : « La liaison entre nos concitoyens musulmans et la France n’est plus les flux migratoires, mais l’adhésion patriotique et la pratique méritoire des valeurs et des talents de la République. »

Suit, après cela, comme une explication du phénomène : par les origines religieuses communes – toujours l’antienne de l’islam-religion – : « Les trois Dieux ne sont en réalité qu’un Seul. Les trois Prophètes, Moïse, Jésus et Mohamed, ne sont que les arrière petits frères d’Abraham. La fraternité qui existe entre ces prophètes doit exister entre leurs disciples. » « N’avons-nous pas le même Dieu ? » (sauf que, nuance parmi d’autres, Allah n’a pas fait « l’homme à son image »). « Ne partageons-nous pas les mêmes prophètes ? » (sauf que Mahomet, « le sceau de la Prophétie », les corrige tous selon vous), « le même monothéisme » (sauf que, pour les Musulmans, les chrétiens sont associateurs, mushrikûn, polythéistes). »

Incidemment, posez-vous la question, monsieur l’imam : Quel Français se définirait aujourd’hui prioritairement comme « enfant d’Abraham » ? Et oseriez vous affirmer en toute honnêteté que le ‘Isâ de votre Coran (simple homme, jamais crucifié ni ressuscité) est le Jésus, le Yasû‘, des chrétiens ? Et placez-vous hors de la nation les athées, les agnostiques, les indifférents en matière religieuse ? Et n’avez-vous jamais entendu parler de nos héritages grec, celte, latin ? des Lumières ?

Force vous est de prendre acte que des Français demeurent rétifs à la présence de l’islam chez eux, « qu’il y aura toujours des imbéciles qui envisageront les musulmans français comme une immigration de colonisation ou comme un cheval de Troie de l’islamisme ». Ceux-là sont, purement et simplement, des « racistes » (le mot est sans fondement : l’islam n’est pas une race, que l’on sache ; il est cependant répété souvent). Honte donc aux Français qui « stigmatisent, clouent au pilori, bannissent en banlieue une communauté, presque entièrement suspecte ; certains vomissent des inepties parfois abjectes. » Par leur refus de l’immigration musulmane, ce sont même des assassins : « La Méditerranée est remplie de cadavres d’immigrés clandestins. »

Axe 2 : les Musulmans aiment la France et la république

Autre maillon dans la chaîne des affirmations assénées : les Musulmans présents en France, non seulement aiment le pays qui les accueille, mais, même, ils adhèrent à la République. Vous êtes vous-même un républicain exemplaire.

Avec quelle violence vous rejetez le communautarisme, « le clanisme » – alors que vous prêchez pour la reconnaissance d’une communauté musulmane de plein droit !
Et vous rendez hommage à… la laïcité, à la loi de 1905, que les Musulmans « doivent respecter ».
(Cependant, ajoutez-vous, «ceux qui se réfèrent à la loi de 1905 ou le Bleu-Blanc-Rouge « pour prétendre sauver l’identité et la Patrie » sont des racistes. »)

Inutile d’insister : par qui ferez-vous admettre que l’islam, qui place toute vie humaine sous tous ses aspects dans le devoir d’obéissance à une Révélation d’origine divine, est compatible avec la République, avec la laïcité ? Bien sûr, vous mentez. Vous mentez effrontément, appliquant le principe d’un des grands maîtres de la propagande politique, Joseph Goebbels, qui affirmait : « Plus gros est un mensonge, plus facilement il est accepté » ?

Axe 3 : condamnation de l’islam tel que nous le constatons

Dans leurs opérations d’enfumage, les taupes de l’islam se trouvent, à un moment ou à un autre, dans la nécessité de prendre leur distance avec l’image, très négative, que les autres civilisations se font de l’islam à la lumière de l’actualité et de l’histoire. Vous ne manquez pas à cette tâche de désaveu, de reniement.

Vous avez des mots extrêmement durs pour condamner l’islam à l’étranger. Quelle variété d’islam, quel grand pays musulman échappe à votre vitriol ? Un Occidental qui s’exprimerait avec votre fureur serait immédiatement traîné en justice pour incitation à la haine raciale.
Khomeiny ne songeait qu’à « domestiquer son peuple ». (Il est vrai qu’il était shiite, un hérétique pour le sunnite que vous êtes.)
L’islam pakistanais est « gangrené par la radicalisation »
La pratique religieuse des talibans est « inhumaine, antimusulmane ».
Vous énumérez les « crimes » commis par les radicaux en Algérie.
La Ligue islamique mondiale est « la voix et le bras de la propagande wahhabite, mélangeant le caritatif et le politique ».
Al-Karadâwi, président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, est un « propagandiste de la haine », (certainement, mais vous ne dites pas qu’il est aussi président de l’Union internationale des Savants musulmans – les oulémas –, ce qui en fait une des plus grandes références pour les dogmes, la Loi et les pratiques de l’islam).
Le salafisme : « l’intégrisme religieux ».
Les Frères musulmans : « à la fois une secte religieuse et un groupuscule politique », « qui pratique le double langage ».
Etc.

Vous êtes aussi sévère pour l’islam en France.
Le Conseil français du Culte musulman, dirigé « par un musulman d’une nationalité étrangère », est « une usine à gaz, organe schizophrène, infantile, liberticide », « estropié ou embourbé ».
L’UOIF, qui y domine, c’est « l’islamisme politique ».
La main et l’argent de l’étranger sont partout : « La gestion financière des mosquées, ou des lieux de culte, même les plus petits, provoque et entretient un climat délétère dans plusieurs villes. »
(Mais la faute à qui ? « Depuis l’arrivée massive et précaire de l’islam combattant pour libérer la France ou exécutant tous les métiers pénibles pour construire la France, l’État français a préféré abandonner la gestion de l’islam aux chancelleries. »)
Vous ne niez pas les turbulences et les incivilités de la « communauté musulmane » : Les dérapages des pro-palestiniens « risquent de compromettre la paix civile ici ». (Vos « frères juifs » ont droit à une cinquantaine de pages d’affilée : « L’antijudaïsme, l’antisémitisme, l’antisionisme et le négationnisme s’abreuvent habituellement dans le même marécage. »)
Les « jeunes » de banlieue doivent savoir que le vandalisme est un délit « et surtout, un acte illicite, harâm, puni par Allâh ».

Vous paraissez presque prêt à désapprouver les prières publiques de la rue Myrrha : « Le Prophète a interdit les assemblées sur les routes, qui peuvent aussi être des rassemblements dans les halls d’immeuble, des attroupements dans les cages d’escalier, car l’esprit de l’islam est d’interdire la nuisance, physique u sonore, matérielle ou même visuelle. »
Vous déplorez la « victimisation » où se complaisent tant d’immigrés : « Nous sommes les premiers coupables de nos malheurs.
Etc.

Voilà pour le constat. Mais, foin de tout cela ; l’islam a été défiguré pour des raisons politiciennes ou matérielles. L’islam authentique est bien différent.

Axe 4 : l’islam authentique qui sera celui de la France

Comment définissez-vous cette merveille ?
« Une religion de la paix et de la justice », car « le cœur de l’islam est la paix ».
Une affirmation que vous seriez bien en peine de justifier. Décidément, vous semblez tenir l’aphorisme de Goebbels pour une vérité opérationnelle !

Une religion de paix ? Vous évacuez le Coran et ses appels à la guerre contre les juifs, les chrétiens, les polythéistes…, ainsi que la sunna du prophète, « le beau modèle » (Coran : XXXIII. 21), qui, à Médine, ne cessa de conduire le jihâd, et avec quel acharnement !

Et seulement une religion ? Votre culot va jusqu’à « refuser catégoriquement » dans l’islam « la confusion entre le sacré et le profane, entre le religieux et le politique », « cette dérive abyssale et souvent sanglante », alors que votre système, comme le Coran d’où il est issu, place toute la vie humaine sous la Loi d’Allah. Vous écrivez : « La vraie religion musulmane, celle qui n’est pas travestie par la politique et celle qui ne pervertit pas la politique ; celle qui n’est pas instrumentalisée par l’Etat et celle qui ne cherche pas à manipuler l’Etat ».
En conséquence de l’islam réduit à la religion, l’imam ne doit s’occuper que « du culte ». Mais comment définirez-vous ce mot, qui n’a aucun sens dans un système qui régente autant le port de la barbe ou le maillot de bain des femmes que la prière ou le jeûne ?
Et, je le répète, vous approuvez la laïcité, la loi de 1905, puisque l’islam n’est qu’une religion qui ne se mêle pas de politique

Vos mensonges et dissimulations sont particulièrement éhontés en ce qui concerne votre Prophète : « Le Messager Mohammed a amené avec lui l’amour et la paix » quand le hadîth et la sîra, jamais discutés en Terre d’islam, lui imputent à gloire batailles, massacre et assassinats ciblés.
Il est un exemple « d’amour et de tolérance ».

Et son attitude à l’égard des femmes ?
Une affirmation incroyable : « L’islam a révolutionné le statut des femmes en instituant pour elle (sic) les droits de propriété, de succession, d’éducation, de divorce », alors que, avant l’islam, à La Mekke, la première épouse de Mahomet, Khadîja, dirigeait une entreprise et gérait seule sa fortune, ce qui sera interdit aux musulmanes. « L’islam a apporté aux Arabes du VIIe siècle l’humanité et la modernité. »

Le Prophète, qui aurait eu, selon la sîra, une vingtaine d’épouses et de concubines, s’est marié uniquement « pour des raisons politiques, sociologiques ou familiales ». Autrement dit, il était opposé à la polygamie et, en multipliant les partenaires sexuels, il n’aurait fait que se sacrifier dans l’intérêt de sa communauté. Mais alors, quid de ses unions, à Médine, en 627, avec la juive Râhina et, à Khaybar, l’année suivante, avec une autre juive, Safiyya, deux femmes dont les bourreaux de l’islam avaient exécuté le mari le jour même ?

Et son mariage, avec Aicha ? Vous désapprouvez un moufti marocain qui, en 2008, a autorisé le mariage des filles à partir de neuf ans. (De « la pédophilie », dites vous justement.). Mais vous négligez de préciser que ce saint homme se référait à l’exemple de son Prophète qui a défloré Aicha à cet âge.

Sur ce chapitre, sensible aux yeux des Occidentaux, du statut des femmes, vous poussez la tartufferie jusqu’à affirmer : « Les femmes et les hommes sont égaux dans la pratique de l’islam ». Et ceci, écrit sans une démonstration (impossible) : « Les versets [du Coran] concernant l’égalité entre les femmes et les hommes sont nombreux et clairs ».
Vous-même êtes contre la burqa, mais vous êtes pour le voile, dont le symbolisme est le même : l’inégalité homme-femme, l’interdiction pour une musulmane d’épouser un non-musulman. Par une très brève allusion, nous apprenons que votre épouse est voilée.

Sur l’histoire de l’islam après Mahomet, sur le statut des dhimmis, vos triches sont innombrables. Jadis, « les juifs et les Arabes vivaient en bonne intelligence, dans le partage de la science et de la paix ». Le deuxième calife du Prophète, Omar Ibn Al-Khattab, « a établi un pacte garantissant aux juifs et aux chrétiens la liberté du culte et le respect de leur statut ». Une insulte au martyre des dhimmis.

Rien sur les questions de fond

Votre livre est aussi intéressant par les sujets qu’il évite. On y chercherait en vain quoi que ce soit sur plusieurs sujets qui rendent l’islam inacceptable au sein de nos démocraties :
L’absence de liberté de conscience.
L’absence de liberté religieuse : l’interdiction faite à un musulman de renoncer à l’islam.

Tout ce qui dans le Coran – ne parlons même pas de la sunna – est crime contre les droits de l’homme, les très nombreux versets qui appellent à la guerre pour discrimination religieuse, l’autorisation donnée aux maris de battre leurs épouses, le droit de flageller la femme adultère… tout cela disparaît dans votre islam tronqué, truqué, inventé seulement pour servir de leurre dans une guerre subversive.

Il faudrait un volume aussi épais que le vôtre pour relever vos filouteries. J’espère que les quelques perles que j’ai relevées permettront de se faire une idée de l’ignominie de votre attitude à l’égard d’un pays où vous vivez, que vous avez le front de dire aimer, que vous trahissez au profit d’un totalitarisme, dont les Français ne veulent pas et qu’ils n’accepteront jamais.

Les risques de la taqiyya

Une remarque encore : l’actualité nous a appris que certains musulmans de Drancy s’étaient dressés contre vous et vos prêches. Je ne veux pas croire qu’il s’agit là d’un coup monté par vos soins, pour mieux vous distinguer, vous « le modéré, le moderniste, le républicain, le laïque », des « islamistes » que, hors l’Islam, le monde entier exècre. Je pense sincèrement que vos agresseurs étaient des musulmans ordinaires, sincèrement soucieux du bon renom de leur religion et de leur civilisation : ils se sont sentis insultés par vos propos, qui présentent l’islam et son prophète sous des traits outrageants par leur fausseté ; ils ne savaient pas que vous jouiez un double jeu à l’intention des infidèles.
Ce sont là les risques de la taqiyya. On peut supposer que vous les connaissiez quand, il y a une vingtaine d’années, vous avez décidé de partir en mission pour la France afin d’y accomplir un devoir, sacré en votre âme et conscience, ordonné précisément dans votre Livre saint : œuvrer à l’asservissement, puis à l’anéantissement de toute communauté autre que l’umma, la communauté totalitaire islamique.

Jérôme Capistran

Voir par ailleurs:

Moral Courage: Imam for Peace

A Muslim cleric from France hopes to unite Muslims, Christians and Jews in the fight against fanaticism.

 

As right-wing rabble rousers throughout Europe make themselves known to media, it’s time to tell the more surprising stories. Here’s one: in France, the most radical voice of social cohesion may very well be an imam. Yup, a Muslim cleric. Hassen Chalghoumi deserves to become a household name in America.

Chalghoumi is the imam of Drancy, a suburban Parisian town that deported Jews to their death during World War II. Imam Chalgoumi seeks to preserve this history so that it’s never forgotten. In fact, we met him at the Holocaust Memorial in Drancy, where he recited the opening verses of the Qur’an. The imam later told us that the Holocaust isn’t only a Jewish issue; it’s a human one that Muslims must honestly grapple with if they want credibility when complaining about Islamophobia. Coming from an imam, such a statement is more than rare. It’s refreshing.

But Chalghoumi’s platform doesn’t end in Drancy. He founded the French Conference of Imams, has written several books in French and Arabic, and intends to speak with American audiences as his English improves. We can only hope that he’ll be welcomed, since he seeks to unite Muslims, Christians and Jews to conquer what he calls the real enemy: fanaticism, including the Islamist kind.

His message of peace has its detractors. Opponents sarcastically describe Chalghoumi as the “Imam of the Jews.” He frequently faces death threats via voicemail. His house was trashed soon after he led a 2006 Holocaust remembrance. Later, vandals doused his car with gasoline. More polite pushback comes in the form of counsel to stop appearing publicly and to end interfaith dialogue. Translation: shut up and pray.

Chalghoumi follows half that advice. The other half, Chalghoumi flouts: He brought 20 French imams to Jerusalem’s Yad Vashem Holocaust memorial, where they proclaimed that life is more important than doctrine.

The intensity of his moral courage doesn’t really reveal itself in Chalghoumi’s background. Born in Tunisia, he served as a conflict mediator for France’s national rail system. Then he opened a pizzeria, which became a neighborhood hotspot. In a gesture of sweetness but not necessarily backbone, Chalghoumi reached out to the local cops bearing gifts of pastry.

On further reflection, though, we detect a pattern. The imam’s adult life is suffused with his intention to open lines of communication between seeming rivals. It’s a pattern rooted firmly in faith: in Islam, proper intention (known as “niyyah”) is at least as significant as action. But Chalghoumi also walks the talk, embodying the bold declaration that human dignity trumps religious identity.

Think we’re exaggerating? Watch this video clip from Moral Courage TV. For English subtitles, click “cc” at the bottom of the video:


11 septembre/18e: Des gens avaient fait quelque chose (While the Ilhan Omars of this world never miss an opportunity to spit on their adopted countries, thank God for Mitchell Zuckoff’s attempt to ‘delay the descent of 9/11 into the well of history’)

11 septembre, 2019

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Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. (…) Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. (…) S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Jésus (Jean 15: 13-20)
Let’s roll ! Todd Beamer
You’ve got to turn on evil,when it’s coming after you, you’ve gotta face it down … Neil Young (« Let’s roll, 2001)
[Beamer’s wife Lisa] was talking about how he always used to say that (« let’s roll ») with the kids when they’d go out and do something, that it’s what he said a lot when he had a job to do. And it’s just so poignant, and there’s no more of a legendary, heroic act than what those people did. With no promise of martyrdom, no promise of any reward anywhere for this, other than just knowing that you did the right thing. And not even having a chance to think about it or plan it or do anything — just a gut reaction that was heroic and ultimately cost them all their lives. What more can you say? It was just so obvious that somebody had to write something or do something. Neil Young
In the normal course of events, Presidents come to this chamber to report on the state of the Union. Tonight, no such report is needed. It has already been delivered by the American people. We have seen it in the courage of passengers, who rushed terrorists to save others on the ground — passengers like an exceptional man named Todd Beamer. And would you please help me to welcome his wife, Lisa Beamer, here tonight. George W. Bush
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
La révolte contre l’ethnocentrisme est une invention de l’Occident, introuvable en dehors. (…) À la différence de toutes les autres cultures, qui ont toujours été ethnocentriques tout de go et sans complexe, nous autres occidentaux sommes toujours simultanément nous-mêmes et notre propre ennemi. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
J’ai l’impression que beaucoup de gens ont oublié le 11 Septembre – pas complètement, mais ils l’ont réduit à une espèce de norme tacite. Quand j’ai donné cet entretien au Monde, l’opinion générale pensait qu’il s’agissait d’un événement inhabituel, nouveau, et incomparable. Aujourd’hui, je pense que beaucoup de gens seraient en désaccord avec cette remarque. Malheureusement, l’attitude des Américains face au 11 Septembre a été influencée par l’idéologie politique, à cause de la guerre en Irak. Le fait d’insister sur le 11 Septembre est devenu « « conservateur » et « alarmiste ». Ceux qui aimeraient mettre une fin immédiate à la guerre en Irak tendent donc à le minimiser. Cela dit, je ne veux pas dire qu’ils ont tort de vouloir terminer la guerre en Irak, mais avant de minimiser le 11 Septembre, ils devraient faire très attention et considérer la situation dans sa globalité. Aujourd’hui, cette tendance est très répandue, car les événements dont vous parlez – qui ont eu lieu après le 11 Septembre et qui en sont, en quelque sorte, de vagues réminiscences – sont incomparablement moins puissants et ont beaucoup moins de visibilité. Par conséquent, il y a tout le problème de l’interprétation : qu’est-ce que le 11 Septembre ? (…) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…)  [la guerre froide et le terrorisme islamiste] sont similaires dans la mesure où elles représentent une menace révolutionnaire, une menace globale. Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. Il faudrait beaucoup y travailler, car il n’y a pas de vraie réflexion sur la coexistence des autres religions, et en particulier du christianisme avec l’islam. Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner. En deçà de ces visions idéologiques, nos réflexions sur le 11 Septembre resteront superficielles. Nous devons réfléchir dans le contexte plus large de la dimension apocalyptique du christianisme. Celle-ci est une menace, car la survie même de la planète est en jeu. Notre planète est menacée par trois choses qui émanent de l’homme : la menace nucléaire, la menace écologique et la manipulation biologique de l’espèce humaine. L’idée que l’homme ne puisse pas maîtriser ses propres pouvoirs est aussi vraie dans le domaine biologique que dans le domaine militaire. C’est cette triple menace mondiale qui domine aujourd’hui. (…) Le terrorisme est une forme de guerre, et la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. En ce sens, le terrorisme est politique. Mais le terrorisme est la seule forme possible de guerre face à la technologie. Les événements actuels en Irak le confirment. La supériorité de l’Occident, c’est sa technologie, et elle s’est révélée inutile en Irak. L’Occident s’est mis dans la pire des situations en déclarant qu’il transformerait l’Irak en une démocratie jeffersonienne ! C’est précisément ce qu’il ne peut pas faire. Il est impuissant face à l’islam car la division entre les sunnites et les chiites est infiniment plus importante. Alors même qu’ils combattent l’Occident, ils parviennent encore à lutter l’un contre l’autre. Pourquoi l’Occident devrait-il s’investir dans ce conflit interne à l’islam alors que nous ne parvenons même pas à en concevoir l’immense puissance au sein du monde islamique lui-même ? (…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. L’Amérique devrait y réfléchir, car elle offre au monde ce que l’on considère de plus attrayant. Pourquoi cela ne fonctionne- t-il pas vraiment chez les musulmans ? Est-ce par ressentiment ou ont-ils, contre cela, un système de défense bien organisé ? Ou bien, leur perspective religieuse est-elle plus authentique et plus puissante ? Le vrai problème est là. (…) Je suis bien moins affirmatif que je ne l’étais au moment du 11 Septembre sur l’idée d’un ressentiment total. Je me souviens m’être emporté lors d’une rencontre à l’École Polytechnique lorsque je me suis mis d’accord avec Jean-Pierre Dupuy sur l’interprétation du ressentiment du monde musulman. Maintenant, je ne pense pas que cela suffise. Le ressentiment seul peut-il motiver cette capacité de mourir ainsi ? Le monde musulman pourrait-il vraiment être indifférent à la culture de consommation de masse ? Peut-être qu’il l’est. Je ne sais pas. Il serait sans doute excessif de leur attribuer une telle envie. Si les islamistes ont vraiment pour objectif la domination du monde, alors ils l’ont déjà dépassée. Nous ne savons pas si l’industrialisation rapide apparaîtra dans le monde musulman, ou s’ils tenteront de gagner sur la croissance démographique et la fascination qu’ils exercent. Il y a de plus en plus de conversions en Occident. La fascination de la violence y joue certainement un rôle. (…) Il y a là du ressentiment, évidemment. Et c’est ce qui a dû émouvoir ceux qui ont applaudi les terroristes, comme s’ils étaient dans un stade. C’est cela le ressentiment. C’est évident et indéniable. Mais est-ce qu’il représente l’unique force ? La force majeure ? Peut-il être l’unique cause des attentats suicides ? Je n’en suis pas sûr. La richesse accumulée en Occident, comparée au reste du monde, est un scandale, et le 11 Septembre n’est pas sans rapport avec ce fait. Si je ne veux donc pas complètement supprimer l’idée du ressentiment, il ne peut pas être l’unique explication. (…)  L’autre force serait religieuse. Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ». C’est ce qu’ils pensent et ils n’ont peut-être pas complètement tort. Il me semble qu’il y a quelque chose de juste dans ce propos. Finalement, je crois que la perspective chrétienne sur la violence surmontera tout, mais ce sera une épreuve importante. (…) Il faut faire attention à ne pas justifier le 11 Septembre en le qualifiant de sacrificiel. Je pense que Jean-Pierre Dupuy ne le dit pas. Il maintient une sorte de neutralité. Mais ce qu’il dit sur la nature sacrée de Ground Zero au World Trade Center est, je pense, parfaitement justifié. (…) Je pense que James Alison a raison de parler de la katharsis dans le contexte du 11 Septembre. La notion de katharsis est extrêmement importante. C’est un mot religieux. En réalité, cela veut dire « la purge » au sens de purification. Dans l’Église orthodoxe, par exemple, katharos veut dire purification. C’est le mot qui exprime l’effet positif de la religion. La purge est ce qui nous rend purs. C’est ce que la religion est censée faire, et ce qu’elle fait avec le sacrifice. Je considère l’utilisation du mot katharsis par Aristote comme parfaitement juste. Quand les gens condamnent la théorie mimétique, ils ne voient pas l’apport d’Aristote. Il ne semble parler que de tragédie, mais pourtant, le théâtre tragique traite du sacrifice comme un drame. On l’appelle d’ailleurs ‘l’ode de la chèvre’. Aristote est toujours conventionnel dans ses explications – conventionnel au sens positif. Un Grec très intelligent cherchant à justifier sa religion, utiliserait, je pense, le mot katharsis. Ainsi, ma réponse mettrait l’accent sur la katharsis au sens aristotélicien du terme. (…) pour le 11 Septembre, il y avait la télévision qui nous rendait présents à l’événement, et intensifiait ainsi l’expérience. L’événement était en direct, comme nous le disons en français. On ne savait pas ce qui allait advenir par la suite. Moi-même, j’ai vu le deuxième avion frapper le gratte-ciel, en direct. C’était comme un spectacle tragique, mais réel en même temps. Si nous ne l’avions pas vécu dans le sens le plus littéral, il n’aurait pas eu le même impact. Je pense que si j’avais écrit La Violence et le Sacré après le 11 Septembre, j’y aurais très probablement inclus cet événement. C’est l’événement qui rend possible une compréhension des événements contemporains, car il rend l’archaïque plus intelligible. Le 11 Septembre représente un étrange retour à l’archaïque à l’intérieur du sécularisme de notre temps. Il n’y a pas si longtemps, les gens auraient eu une réaction chrétienne vis-à-vis du 11 Septembre. Aujourd’hui, ils ont une réaction archaïque, qui augure mal de l’avenir. (…) L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. (…) mais (…) à la fin, la force religieuse est du côté du Christ. Cependant, il semblerait que la vraie force religieuse soit du côté de la violence. (…) Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. Comment le monde peut-il finir alors qu’il est tenu si fortement par les forces de l’ordre ? (…)  [La religion chrétienne], fondamentalement, c’est la religion qui annonce le monde à venir ; il n’est pas question de se battre pour ce monde. C’est le christianisme moderne qui oublie ses origines et sa vraie direction. L’apocalypse au début du christianisme était une promesse, pas une menace, car ils croyaient vraiment en un monde prochain. (…) Je suis pessimiste au sens actuel du terme. Mais en fait, je suis optimiste si l’on regarde le monde actuel qui confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. (…) Par exemple, nous avons moins de violence privée. Comparé à aujourd’hui, si vous regardez les statistiques du XVIIIe siècle, c’est impressionnant de voir la violence qu’il y avait. (…) le mouvement pacifiste est totalement chrétien, qu’il l’avoue ou non. Mais en même temps, il y a un déferlement d’inventions technologiques qui ne sont plus retenues par aucune force culturelle. Jacques Maritain disait qu’il y a à la fois plus de bien et plus de mal dans le monde. Je suis d’accord avec lui. Au fond, le monde est en permanence plus chrétien et moins chrétien. Mais le monde est fondamentalement désorganisé par le christianisme. (…) la pensée de Marcel Gauchet résulte de toute l’interprétation moderne du christianisme. Nous disons que nous sommes les héritiers du christianisme, et que l’héritage du christianisme est l’humanisme. Cela est en partie vrai. Mais en même temps, Marcel Gauchet ne considère pas le monde dans sa globalité. On peut tout expliquer avec la théorie mimétique. Dans un monde qui paraît plus menaçant, il est certain que la religion reviendra. Le 11 Septembre est le début de cela, car lors de cette attaque, la technologie n’était pas utilisée à des fins humanistes mais à des fins radicales, métaphysico-religieuses non chrétiennes. Je trouve cela incroyable, car j’ai l’habitude d’observer les forces religieuses et humanistes ensemble, et non pas en opposition. Mais suite au 11 Septembre, j’ai eu l’impression que la religion archaïque revenait, avec l’islam, d’une manière extrêmement rigoureuse. L’islam a beaucoup d’aspects propres aux religions bibliques à l’exception de la compréhension de la violence comme un mal non pas divin mais humain. Il considère la violence comme totalement divine. C’est pour cela que l’opposition est plus significative qu’avec le communisme, qui est un humanisme même s’il est factice et erroné, et qu’il tourne à la terreur. Mais c’est toujours un humanisme. Et tout à coup, on revient à la religion, la religion archaïque – mais avec des armes modernes. Ce que le monde attend est le moment où les musulmans radicaux pourront d’une certaine manière se servir d’armes nucléaires. Il faut regarder le Pakistan, qui est une nation musulmane possédant des armes nucléaires et l’Iran qui tente de les développer. (…) [la Guerre Froide est] complètement dépassée (…) Et la rapidité avec laquelle elle a été dépassée est incroyable. L’Union Soviétique a montré qu’elle devenait plus humaine lorsqu’elle n’a pas tenté de forcer le blocus de Kennedy, et à partir de cet instant, elle n’a plus fait peur. Après Khrouchtchev on a eu rapidement besoin de Gorbatchev. Quand Gorbatchev est arrivé au pouvoir, les oppositions ne se trouvaient plus à l’intérieur de l’humanisme. Les communistes voulaient organiser le monde pour qu’il n’y ait plus de pauvres. Les capitalistes ont constaté que les pauvres n’avaient pas de poids. Les capitalistes l’ont emporté. [Et ce conflit sera plus dangereux parce qu’il ne s’agit plus d’une lutte au sein de l’humanisme] bien qu’ils n’aient pas les mêmes armes que l’Union Soviétique – du moins pas encore. Le monde change si rapidement. Cela dit, de plus en plus de gens en Occident verront la faiblesse de notre humanisme ; nous n’allons pas redevenir chrétiens, mais on fera plus attention au fait que la lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. (…) Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. Nous acceptons de vivre sous la protection d’armes nucléaires. Cela a probablement été la plus grande erreur de l’Occident. Imaginez-vous les implications. (…) la dissuasion nucléaire. Mais il s’agit de faibles excuses. Nous croyons que la violence est garante de la paix. Mais cette hypothèse ne me paraît pas valable. Nous ne voulons pas aujourd’hui réfléchir à ce que signifie cette confiance dans la violence. [Après autre événement tel que le 11 Septembre] Je pense que les personnes deviendraient plus conscientes. Mais cela serait probablement comme la première attaque. Il y aurait une période de grande tension spirituelle et intellectuelle, suivie d’un lent relâchement. Quand les gens ne veulent pas voir, ils y arrivent. Je pense qu’il y aura des révolutions spirituelles et intellectuelles dans un avenir proche. Ce que je dis aujourd’hui semble complètement invraisemblable, et pourtant je pense que le 11 Septembre va devenir de plus en plus significatif.  (…) Il faut distinguer entre le sacrifice des autres et le sacrifice de soi. Le Christ dit au Père : « Vous ne vouliez ni holocauste, ni sacrifice ; moi je dis : “Me voici” » (cf. He 10, 6-7). Autrement dit, je préfère me sacrifier plutôt que de sacrifier l’autre. Mais cela doit toujours être nommé sacrifice. Lorsque nous utilisons le mot « sacrifice » dans nos langues modernes, c’est dans le sens chrétien. Dieu dit : « Si personne d’autre n’est assez bon pour se sacrifier lui plutôt que son frère, je le ferai. » Ainsi, je satisfais à la demande de Dieu envers l’homme. Je préfère mourir plutôt que tuer. Mais tous les autres hommes préfèrent tuer plutôt que mourir. (…)  Dans le christianisme, on ne se martyrise pas soi-même. On n’est pas volontaire pour se faire tuer. On se met dans une situation où le respect des préceptes de Dieu (tendre l’autre joue, etc.) peut nous faire tuer. Cela dit, on se fera tuer parce que les hommes veulent nous tuer, non pas parce qu’on s’est porté volontaire. Ce n’est pas comme la notion japonaise de kamikaze. La notion chrétienne signifie que l’on est prêt à mourir plutôt qu’à tuer. C’est bien l’attitude de la bonne prostituée face au jugement de Salomon. Elle dit : « Donnez l’enfant à mon ennemi plutôt que de le tuer. » Sacrifier son enfant serait comme se sacrifier elle-même, car en acceptant une sorte de mort, elle se sacrifie elle-même. Et lorsque Salomon dit qu’elle est la vraie mère, cela ne signifie pas qu’elle est la mère biologique, mais la mère selon l’esprit. Cette histoire se trouve dans le Premier Livre des Rois (3, 16-28), qui est, à certains égards, un livre assez violent. Mais il me semble qu’il n’y a pas de meilleur symbole préchrétien du sacrifice de soi par le Christ. (…) Je vois en cela le contraste du christianisme avec toutes les religions archaïques du sacrifice. Cela dit, la religion musulmane a beaucoup copié le christianisme et elle n’est donc pas ouvertement sacrificielle. Mais la religion musulmane n’a pas détruit le sacrifice de la religion archaïque comme l’a fait le christianisme. Bien des parties du monde musulman ont conservé le sacrifice prémusulman. (…) bien entendu. Il faut lire les romans de William Faulkner. Bien des gens croient que le sud des États-Unis est une incarnation du christianisme. Je dirais que le sud est sans doute la partie la moins chrétienne des États-Unis en termes d’esprit, bien qu’il en soit la plus chrétienne en termes de rituel. Il n’y a pas de doute que le christianisme médiéval était beaucoup plus proche du fondamentalisme actuel. Mais il y a beaucoup de manières de trahir une religion. En ce qui concerne le sud, cela est évident, car il y a un grand retour aux formes les plus archaïques de la religion. Il faut interpréter ces lynchages comme une forme d’acte religieux archaïque. (…) Le terme de « violence religieuse » est souvent employé d’une manière qui ne m’aide pas à résoudre les problèmes que je me pose, à savoir ceux d’un rapport à la violence en mouvement constant et également historique. (…) Je dirais que toute violence religieuse implique un degré d’archaïsme. Mais certains points sont très compliqués. Par exemple, lors de la première guerre mondiale, est-ce que les soldats qui acceptaient d’être mobilisés pour mourir pour leur pays, et beaucoup au nom du christianisme, avaient une attitude vraiment chrétienne ? Il y a là quelque chose qui est contraire au christianisme. Mais il y a aussi quelque chose de vrai. Cela ne supprime pas, à mon avis, le fait qu’il y a une histoire de la violence religieuse, et que les religions, surtout le christianisme, au fond, sont continuellement influencées par cette histoire, bien que son influence soit, le plus souvent, pervertie. René Girard
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
Relire aujourd’hui les principaux textes consacrés à ces attentats par des philosophes de renom constitue une étrange expérience. De manière prévisible, on y rencontre élaborations sophistiquées, affirmations grandioses ou péremptoires, performances rhétoriques bluffantes. Malgré tout, avec le recul, on ne peut qu’être saisi par un décalage profond entre ces performances virtuoses et la réalité rampante du terrorisme mondialisé que nous vivons à présent quotidiennement. Au fil des ans, un écart frappant s’est creusé entre discours subtils et réalités grossières, propos éthérés et faits massifs. Le 11 septembre devait être nécessairement considéré comme une énigme. Le philosophe français Jacques Derrida affirmait qu’« on ne sait pas, on ne pense pas, on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre ce qui s’est passé à ce moment-là ». Il fallait d’abord récuser les évidences, considérées comme clichés idéologiques ou manipulations médiatiques. Ne parler donc ni de d’acte de guerre, ni de haine de l’Occident, ni de volonté de détruire les libertés fondamentales. Dialoguant à propos du 11 septembre avec Jürgen Habermas, qui centrait alors son analyse principalement sur la politique de l’Europe, Derrida, pour comprendre l’événement, s’attardait sur la notion d’Ereignis (« événement », ou « avenance ») dans l’histoire de l’être selon Heidegger et finissait par proposer une « hospitalité sans condition ». « C’est eux qui l’on fait, mais c’est nous qui l’avons voulu » soutenait pour sa part le sociologue Jean Baudrillard, attribuant aux rêves suicidaires de l’Occident l’effondrement des tours et la fascination des images des attentats. Pour celui voulait mettre en lumière « l’esprit du terrorisme », les « vrais » responsables étaient donc, au choix, les Etats-Unis, l’hégémonie occidentale ou chacun d’entre nous… D’autres se demandèrent aussitôt « à qui profite le crime » et conclurent que ce ne pouvait être qu’à la CIA, préparant ainsi les théories du complot qui firent florès. Ce ne sont que quelques exemples. Une histoire des lectures philosophiques du 11 septembre reste à écrire. Elle montrerait combien anti-américanisme et anti-capitalisme ont empêché tant d’esprits affutés de voir la nature religieuse du nouveau terrorisme comme les singularités de la nouvelle guerre. S’y ajoutaient la volonté de n’être pas dupe et la défiance envers les propagandes, transformées en déni systématique des informations de base. Les philosophes ont évidemment pour rôle indispensable d’être critiques, donc de démonter préjugés et fausses évidences, mais n’ont-ils pas pour devoir de ne jamais faire l’impasse sur les faits ? Au lieu de mettre en cause l’empire américain, l’arrogance des tours, le règne des images, il fallait scruter l’islamisme politique, les usages inédits de la violence, l’art terroriste de la communication. Quelques-uns l’ont fait, en parlant dans le désert. Aujourd’hui, il est urgent d’analyser ce qu’impliquent les changements intervenus depuis le 11 septembre. Car ce ne sont plus des symboles, comme les Twin Towers ou le Pentagone, qui sont ciblés, mais n’importe qui vivant chez les « impies » – dans la rue, aux terrasses, au concert, à l’école…. Les terroristes ne sont plus des commandos organisés d’ingénieurs formés au pilotage pour transformer des Boeing en bombes, mais de petits délinquants autogérés, s’emparant d’un couteau de cuisine ou d’un camion. Pour en venir à bout, il va falloir rattraper, au plus vite, le temps perdu à penser à côté de la plaque. Roger-Pol Droit
Le Cair a été fondé après le 11 Septembre parce qu’ils ont pris acte du fait que des gens avaient fait quelque chose et que nous tous allions commencer à perdre accès à nos libertés civiles. Ilhan Omar
Je pense que c’est un produit des médias sensationnalistes. Vous avez ces extraits sonores, et ces mots, et tout le monde les prononce avec une telle intensité, car ça doit avoir une signification plus grande. Je me souviens quand j’étais à la fac, j’ai suivi un cours sur l’idéologie du terrorisme. A chaque fois que le professeur disait « Al-Qaeda », ses épaules se soulevaient. Ilhan Omar
I was 18 years old when that happened. I was in a classroom in college and I remember rushing home after being dismissed and getting home and seeing my father in complete horror as he sat in front of that TV. And I remember just feeling, like the world was ending. The events of 9/11 were life-changing, life-altering for all of us. My feeling around it is one of complete horror. None of us are ever going to forget that day and the trauma that we will always have to live with. Ilhan Omar
9/11 was an attack on all Americans. It was an attack on all of us. And I certainly could not understand the weight of the pain that the victims of the families of 9/11 must feel. But I think it is really important for us to make sure that we are not forgetting, right, the aftermath of what happened after 9/11. Many Americans found themselves now having their civil rights stripped from them. And so what I was speaking to was the fact that as a Muslim, not only was I suffering as an American who was attacked on that day, but the next day I woke up as my fellow Americans were now treating me a suspect. Ilhan Omar
This book is painful to read. Even with the passage of nearly 18 years, reliving modern America’s most terrible day hits an exposed nerve that you thought had been fully numbed, only to discover that the ache was merely in remission. In “Fall and Rise: The Story of 9/11,” Mitchell Zuckoff relives each minute of that morning in 2001 through the perspectives of those who endured the worst: passengers and crew members on the four planes turned into missiles by Islamist hijackers; innocents trapped in the burning twin towers and the Pentagon; rescue workers who struggled valiantly but futilely and, in many cases, fatally; people in Shanksville, Pa., on whom death rained from a clear sky. As much as anything, “Fall and Rise” is a quilt work of futures unrealized, from the woman about to tell her parents she was pregnant to the doctor hoping to build a kidney dialysis center, from the retired bookkeeper set to move in with her daughter to the college student with dreams of becoming a child psychologist. Zuckoff, a professor of narrative studies at Boston University and the author of several nonfiction books, relies on his own interviews with survivors, but also leans heavily on government studies, trial transcripts, books and documentaries long in the public realm. And so the overall picture that he shapes is not really new. But freshness of detail seems less his objective than preservation of memory — an attempt, as he says, “to delay the descent of 9/11 into the well of history.” By design, this narrative of close to 500 pages is not encyclopedic. Big Picture grandiosity — how Sept. 11 changed America and the world — has been left to others. The terrorism puppet master Osama bin Laden gets scant attention. Actions (and inactions) of President George W. Bush and his team merit only a few pages. Rudolph Giuliani, who made a lucrative life for himself after 9/11, earns glancing mention. Flawed communications systems that doomed hundreds of New York’s emergency responders are not explored with the kind of detail that can be found in, say, “102 Minutes,” a 2005 work by the New York Times journalists Jim Dwyer and Kevin Flynn. Rather, this book derives its power from its focus on individuals in the main unknown to the larger world, who managed to survive the ordeal or who lost their lives simply because they were unlucky. With journalistic rigor, Zuckoff acknowledges what he doesn’t know, for example how exactly each group of hijackers seized control of its plane. His language is largely unadorned; then again, embellishment is neither needed nor wanted. Many details are hard to take: the melted flesh, the pulverized bodies, the scorched lungs and, for sure, the revived memory of scores of desperate victims leaping from on high to escape the World Trade Center inferno. But there are also inspiring moments, like the grit shown by those aboard United Airlines Flight 93. It was the plane that never reached its target, crashing in Shanksville after passengers revolted against the hijackers. Phone messages that they left “formed a spoken tapestry of grace, warning, bravery, resolve and love.” Heroes abound, though not in the way that word is routinely used and abused. Heroism, as we see here, is often a product of necessity. Some may ask if this book, covering territory already well traveled, needed to be written. For those who lived through the horror, perhaps not. But a full generation has come of age with no memory of that day. It needs to hear anew what happened, and maybe learn that time, in fact, does not heal all wounds. Clyde Haberman
I teach really engaged journalism students. I’m not sure how the generation as a whole reacts to it. My students approach it with curiosity and a little bit of uncertainty because they didn’t experience it. They are well-read and aware of things, but for them it is a little like Pearl Harbor. They know who was involved and can cite numbers. They can say 3,000 dead, 9/11, four hijacked planes, 19 hijackers. They got the test questions down very well. They don’t have the human connection or that feeling for it that I wish they did. I hope that’s what my book can do. Mitchell Zuckoff
There is this entire generation who didn’t live through this, who don’t have any independent memories of what happened those days. Some members of that generation are going off to war to fight in Afghanistan — a war that started after this — and they don’t have any direct connection to it. Right now, other than Osama bin Laden, is there a single name that’s a household name associated with 9/11?. Names are news, and we connect to them, and that is what’s so important about this: before the time passes, before the people who I could talk to were gone, dead or just not available, to capture this as one story. (…) People do I think know to some extent what happened on Flight 93, the 40 heroes of 93, who rose up and fought back to try to save themselves and ultimately ended up saving untold numbers of people, either at the Capitol or the White House, was the destination. But there in Shanksville — and I tell the story largely through Terry Shaffer, who was the volunteer fire chief there, who had been planning for something his whole life, and he thought it might be a pile-up on the Pennsylvania Turnpike. And he races toward the scene expecting to find casualties, expecting to find people he can help. The story of the people in Shanksville and how they came together, and sort of embraced the families of the Flight 93 victims, is I think one of the most beautiful stories I’ve ever heard. (…) One of the advantages of a book almost 18 years after the event is so much of the material has become public, that all the FAA records of the flight altitudes almost on a second-by-second basis, as we’re approaching Shanksville, Pennsylvania, the transcript of the cockpit recorder — which was enormously valuable, where we have the terrorist pilots discussing what they’re doing with each other, ‘Should we put it into the ground?’ All of those different things, because that and the the trial of Zacarias Moussaoui in 2006 [the so-called 20th hijacker,] certainly a conspirator even though he didn’t get on one of the planes. All of that material became available, and it was a mountain of material. But for me, it was priceless. (…) It was too important not to. It becomes a responsibility when you realize that there are so many people who don’t have a human connection to this story — the way I think of it is sometimes, 9/11 is becoming a story reduced to numbers: 9 and 11, four planes, 19 hijackers, 3,000 people killed. But you don’t connect names to it. And I felt if I could do that, if I could give people the story as it unfolded through the people that they could connect to, then I would have done something worthwhile. Mitchell Zuckoff

A ceux pour qui à chaque fois qu’il est prononcé, le nom « Al-Qaeda » soulève les épaules …

En cette 18e commémoration de l’abomination islamiste du 11 septembre 2001 …

Où, après l’avoir minimisé drapée dans son hijab, une membre du Congrès américain nous joue [avant comme à son habitude de se rétracter quatre jours plus tard – mise à jour du 15.09.2019] les sanglots longs de l’automne

Comment ne pas saluer les efforts ô combien méritoires de l’auteur d’un récent livre réunissant l’ensemble des témoignages possibles de l’évènement …

Contre les ravages du temps et les faiblesses et dérives de la psychologie et de la mémoire humaines …

Où à l’instar de ce journaliste de la radio publique américaine NPR qui n’avait en tête comme noms liés au 11/9 hormis Ben Laden, que le nom honni de Mohamed Atta …

Un peuple américain qui au lendemain de la tragédie avait plébiscité leur président jusqu’au score de popularité proprement soviétique ou africain de 99% le traine à présent dans la boue …

Et où, le même peuple qui avait, entre mémoriaux, noms d’écoles ou de bâtiments publics, films, livres, chansons ou tee-shirts, fait un véritable triomphe aux véritables héros du jour et aux dernières paroles de leur leader Todd Beamer (« Let’s roll !« ) …

En est à présent, via l’antisémite de service du Congrès américain Ilhan Omar et heureusement sauf exceptions, à minimiser l’attentat le plus proprement diabolique de leur histoire ?

‘Fall And Rise’ Seeks To Capture 9/11 As ‘One Story’ — And Keep It From Fading
Jeremy Hobson
WBUR
April 29, 2019

« There is this entire generation who didn’t live through this, who don’t have any independent memories of what happened those days, » Zuckoff (@mitchellzuckoff) tells Here & Now‘s Jeremy Hobson. « Some members of that generation are going off to war to fight in Afghanistan — a war that started after this — and they don’t have any direct connection to it. »

One of the driving forces behind the book was an effort to tie 9/11 into a single narrative before it was too late, Zuckoff says — and to ensure the attacks don’t fade too far from the public consciousness.

« Right now, other than Osama bin Laden, is there a single name that’s a household name associated with 9/11? » he says. « Names are news, and we connect to them, and that is what’s so important about this: before the time passes, before the people who I could talk to were gone, dead or just not available, to capture this as one story. »

Interview Highlights

On starting the book with what happened in the days leading up to Sept. 11

« That was very much by design, to start the book actually on September 10th, because what Mohamed Atta, what Ziad Jarrah, what the other terrorists were doing, all these machinations: training to fly planes coming here, living in this country and coming closer and closer — the circle is tightening — to get them in a position doing trial runs and making this plan which took very little money, a lot of planning but very little money, very little overhead, if you will, and to position themselves where they could be here in Boston, they could go up to Portland, Maine, and be ready to do these events.

« It’s not entirely clear [why they started their journey from Portland.] One strong suspicion we have is that the trip to Portland would allow them to avoid some suspicion. If you had eight Arab men all arriving at Boston’s Logan Airport at the same exact time for the same flights, they thought this might avoid some of that. But that is one of those unanswerable questions. »

« The idea of turning [a plane] into a guided missile wasn’t, quite literally, on the radar for anyone. And that’s unfortunately so sadly why it was so effective. »

Mitchell Zuckoff

On whether all of the hijackers knew the full extent of what they were doing

« I think it’s clear that all 19 knew exactly what was being planned, because it was a very coordinated attack. What happened on each one of the four planes was quite similar, where at a trigger moment, the muscle hijackers — the guys who were not flying the plane — went into attack mode. All of them had discussed … the preparations for purifying themselves for what they understood would be their last day. »

On the hijackers’ use of Mace in the cabin so that it would be more difficult for passengers to thwart the attack

« The Mace is an open question. There was some discussion they had it. A lot of it was just the element of surprise, was the greatest thing, and they committed an act of violence almost on every plane. They immediately cut someone’s throat to make it clear that they meant business. They said they had a bomb, they herded — these were very lightly attended planes, it was a random Tuesday morning to most people — they herded everyone into the back. And they also understood that the flight attendants and the crews would know that there was a standard protocol: You negotiate with terrorists. You expect that they’re going to want to land somewhere and exchange passengers and money for their freedom, or for their political aims. This was not part of anyone’s script except the terrorists.

« The idea of turning [a plane] into a guided missile wasn’t, quite literally, on the radar for anyone. And that’s unfortunately so sadly why it was so effective. »

On how communication failures shaped the way Sept. 11 unfolded

« Communication failures were rampant that day on every level, and that’s where really, that’s the sort of ground zero, if you will, of the communications failures — that people were calling saying what was going on. The airlines knew about it. And then even when it did finally reach the FAA, they weren’t alerting the military. So planes are still taking off. Things are still happening that [are] allowing one after another of these hijackings. The communication failures, they’re rampant, they’re across everything in terms of the communication failures at the towers, communication failures even before it happened.

« A fact that always stayed with me was on 9/11, the FAA had a list, a no-fly list, of a dozen people on it. The State Department had a list, its tip-off terrorists list of 60,000 people it was watching. The director of airline security for the FAA didn’t even know that State Department list existed. »

« Communication failures were rampant that day on every level. »

Mitchell Zuckoff

On stories about passengers on the planes that have stuck with him

« There are so many. One is from … United Flight 175, the second plane that [crashed into the World Trade Center,] took off from from Boston’s Logan Airport. And on that plane was a fellow named Peter Hanson and his wife Sue Kim and their daughter Christine. Christine was 2 years old and she was the youngest person directly affected by 9/11.

« While they were approaching the South Tower and it was clear something terrible was happening, they knew it, Peter called his father Lee in Connecticut, and the two phone calls between Peter and Lee are so poignant. And I spent time with Lee and Eunice Hanson in their home, in Peter’s boyhood bedroom, talking about those. Peter was actually first telling his father, ‘Please call someone, let them know what’s happening.’ And then Peter is actually comforting his father on the phone, when his wife and daughter are there huddled next to him in the back of this plane that they understand is flying too low, is heading toward the Statue of Liberty and toward the World Trade Center. »

On people in the first tower to be hit thinking they didn’t need to evacuate

« They were being told not to evacuate in both the towers. Some people were being told, ‘It’s over in the other tower.’ People didn’t know what was happening. And when the plane cut through, it knocked out the telecommunication system within the building that would have allowed people down in the basement and in the first floor to communicate to them. So the confusion began immediately, and people — some of them stayed in place for well over an hour. They didn’t know there was a ticking clock for the survival of the building.

« I spoke to a number of the Port Authority police officers who were the dispatchers that day who took those calls. They haunted by them still. And they are recorded calls, so I can hear them, I can see the transcripts. They’re remarkable in that they’re trying to keep these people calm, they’re trying to hope for the best. But there is no way up, and there’s no way out. »

On « the miracle of Stairwell B »

« One group of firefighters was Ladder 6, it was a unit in New York led by a remarkable guy named Jay Jonas, and Jay Jonas was a fire captain and he had this team of guys, a half dozen guys, and they’re sent into the North Tower, and they’re going up and they’re walking stair by stair. And when the South Tower collapses, Jay realizes, ‘I gotta get my guys out of here, quick.’

« On the way down, they pause to help a woman, Josephine Harris, who has been injured, who was exhausted, who can’t go any farther. But they slow their exit to help Josephine, and as they’re going farther and farther down through the building to get to the lobby, the North Tower starts to collapse. They’re inside this center stairwell, and they just huddled together, hold on for dear life, and the building literally peels away around them, just keeping a few floors of Stairwell B — which is exactly where they are. And Jay realizes that having slowed to help Josephine ended up saving all of them, because had they been in the lobby, the lobby was completely destroyed. Had they been just outside, they would have been wiped out as well. So it truly was a miracle. »

On what unfolded in Shanksville, Pennsylvania, on 9/11

« People do I think know to some extent what happened on Flight 93, the 40 heroes of 93, who rose up and fought back to try to save themselves and ultimately ended up saving untold numbers of people, either at the Capitol or the White House, was the destination. But there in Shanksville — and I tell the story largely through Terry Shaffer, who was the volunteer fire chief there, who had been planning for something his whole life, and he thought it might be a pile-up on the Pennsylvania Turnpike. And he races toward the scene expecting to find casualties, expecting to find people he can help. The story of the people in Shanksville and how they came together, and sort of embraced the families of the Flight 93 victims, is I think one of the most beautiful stories I’ve ever heard. »

On the difficulties of determining what exactly was happening on the planes

« One of the advantages of a book almost 18 years after the event is so much of the material has become public, that all the FAA records of the flight altitudes almost on a second-by-second basis, as we’re approaching Shanksville, Pennsylvania, the transcript of the cockpit recorder — which was enormously valuable, where we have the terrorist pilots discussing what they’re doing with each other, ‘Should we put it into the ground?’ All of those different things, because that and the the trial of Zacarias Moussaoui in 2006 [the so-called 20th hijacker,] certainly a conspirator even though he didn’t get on one of the planes. All of that material became available, and it was a mountain of material. But for me, it was priceless. »

On why he wrote this book

« It was too important not to. It becomes a responsibility when you realize that there are so many people who don’t have a human connection to this story — the way I think of it is sometimes, 9/11 is becoming a story reduced to numbers: 9 and 11, four planes, 19 hijackers, 3,000 people killed. But you don’t connect names to it. And I felt if I could do that, if I could give people the story as it unfolded through the people that they could connect to, then I would have done something worthwhile. »

Book Excerpt: ‘Fall And Rise’

by Mitchell Zuckoff

Just after 9 a.m., inside her hilltop house in rural Stoystown, Pennsylvania, homemaker Linda Shepley watched her television in shock. The screen showed smoke billowing from a gash in the North Tower as Today show anchor Katie Couric interviewed an NBC producer who witnessed the crash of American Flight 11.

“You say that emergency vehicles are there?” Couric asked Elliott Walker by phone.

“Oh, my goodness!” Walker cried at 9:03 a.m. “Ah! Another one just hit!”

Linda watched the terror in her living room beside her husband, Jim, a Pennsylvania Department of Transportation manager, who’d taken the day off to trade in their old car. The Shepleys saw a grim-faced President Bush speak to the nation from Booker Elementary School in Sarasota, Florida. Then Couric interviewed a terrorism expert but interrupted him for a phone call with NBC military correspondent Jim Miklaszewski, who declared at 9:39 a.m., “Katie, I don’t want to alarm anybody right now, but apparently, it felt just a few moments ago like there was an explosion of some kind here at the Pentagon.”

From the home where they’d lived for nearly three decades, the Shepleys could have driven to Washington in time for lunch or to New York City for an afternoon movie. Yet as the political and financial capitals reeled, those big cities felt almost as far away as the caves of Afghanistan. Jim went to the garage, to clean out the car he still planned to trade in that day. Linda hurried to finish the laundry before she accompanied Jim to the dealership.

Forty-seven years old, with kind eyes and three grown sons, Linda loved the smell of clothes freshly dried by the crisp Allegheny mountain air. As ten o’clock approached, she filled a basket with wet laundry and carried it to the clothesline in her backyard, two grassy acres with unbroken views over rolling hills that stretched southeast toward the neighboring borough of Shanksville. As Linda lifted a wet T-shirt toward the line, she heard a loud thump-thump sound behind her, like a truck rumbling over a bridge. Startled, she glanced over her left shoulder and saw a large commercial passenger plane, its wings wobbling, rocking left and right, flying much too low in the bright blue sky.

As the plane passed overhead at high speed, Linda saw the jet was intact, with neither smoke nor flame coming from either engine. Linda made no connection between the plane’s strange behavior and the news she’d watched minutes earlier about hijacked airliners crashing into the World Trade Center and the Pentagon. Instead, she suspected that a mechanical problem had forced the plane low and wobbly, on a flight path over her house that she’d never before witnessed. Maybe, Linda thought, the pilot was signaling distress and searching for someplace to make an emergency landing. Linda worried that their local airstrip, Somerset County Airport, was far too small to handle such a big plane. And if that was the pilot’s destination, she thought, he or she was heading the wrong way.

Linda didn’t know the plane was United Flight 93, and she couldn’t imagine that minutes earlier the passengers and crew had taken a vote to fight back. Or that CeeCee Lyles, Jeremy Glick, Todd Beamer, Sandy Bradshaw, and others on board had shared that decision during emotional phone calls, or that the revolt was reaching its peak, or that the four hijackers had resolved to crash the plane short of their target to prevent the hostages from retaking control.

Linda tracked the jet as sunlight glinted off its metal skin. Its erratic flight pattern continued. The right wing dipped farther and farther. The left wing rose higher, until the plane was almost perpendicular with the earth, like a catamaran in high winds. Linda saw it start to turn and roll, flipping nearly upside down. Then the plane plunged, nosediving beyond a stand of hemlocks two miles from where Linda stood. As quickly as the jet disappeared, an orange fireball blossomed, accompanied by a thick mushroom cloud of dark smoke.

“Jim!” Linda screamed. “Call 9-1-1!”

Her husband burst outside, fearing that their neighbor’s Rottweiler mix had broken loose from its chain and attacked her.

“A big plane just crashed!” Linda yelled.

“A small plane,” Jim said skeptically, as he regained his bearings. “No, no, no, no. It was a big one. It was a big one! I saw the engines on the wings.”

Jim rushed inside and grabbed a phone.

Heartsick, still clutching the wet T-shirt, Linda stared toward the rising smoke. Soon she’d wonder whether, in the last seconds before the crash, any of the men and women on board saw her hanging laundry on this glorious late-summer day.


Excerpted from the book FALL AND RISE by Mitchell Zuckoff. Copyright © 2019 by Mitchell Zuckoff. Republished with permission of HarperCollins Publishers.

Voir aussi:

The Many Tragedies of 9/11
Clyde Haberman
The NYT
May 3, 2019

FALL AND RISE
The Story of 9/11
By Mitchell Zuckoff

This book is painful to read. Even with the passage of nearly 18 years, reliving modern America’s most terrible day hits an exposed nerve that you thought had been fully numbed, only to discover that the ache was merely in remission.

In “Fall and Rise: The Story of 9/11,” Mitchell Zuckoff relives each minute of that morning in 2001 through the perspectives of those who endured the worst: passengers and crew members on the four planes turned into missiles by Islamist hijackers; innocents trapped in the burning twin towers and the Pentagon; rescue workers who struggled valiantly but futilely and, in many cases, fatally; people in Shanksville, Pa., on whom death rained from a clear sky. As much as anything, “Fall and Rise” is a quilt work of futures unrealized, from the woman about to tell her parents she was pregnant to the doctor hoping to build a kidney dialysis center, from the retired bookkeeper set to move in with her daughter to the college student with dreams of becoming a child psychologist.

Zuckoff, a professor of narrative studies at Boston University and the author of several nonfiction books, relies on his own interviews with survivors, but also leans heavily on government studies, trial transcripts, books and documentaries long in the public realm. And so the overall picture that he shapes is not really new. But freshness of detail seems less his objective than preservation of memory — an attempt, as he says, “to delay the descent of 9/11 into the well of history.”

By design, this narrative of close to 500 pages is not encyclopedic. Big Picture grandiosity — how Sept. 11 changed America and the world — has been left to others. The terrorism puppet master Osama bin Laden gets scant attention. Actions (and inactions) of President George W. Bush and his team merit only a few pages. Rudolph Giuliani, who made a lucrative life for himself after 9/11, earns glancing mention. Flawed communications systems that doomed hundreds of New York’s emergency responders are not explored with the kind of detail that can be found in, say, “102 Minutes,” a 2005 work by the New York Times journalists Jim Dwyer and Kevin Flynn.

Rather, this book derives its power from its focus on individuals in the main unknown to the larger world, who managed to survive the ordeal or who lost their lives simply because they were unlucky. With journalistic rigor, Zuckoff acknowledges what he doesn’t know, for example how exactly each group of hijackers seized control of its plane. His language is largely unadorned; then again, embellishment is neither needed nor wanted.

Many details are hard to take: the melted flesh, the pulverized bodies, the scorched lungs and, for sure, the revived memory of scores of desperate victims leaping from on high to escape the World Trade Center inferno. But there are also inspiring moments, like the grit shown by those aboard United Airlines Flight 93. It was the plane that never reached its target, crashing in Shanksville after passengers revolted against the hijackers. Phone messages that they left “formed a spoken tapestry of grace, warning, bravery, resolve and love.”

Heroes abound, though not in the way that word is routinely used and abused. Heroism, as we see here, is often a product of necessity.

Some may ask if this book, covering territory already well traveled, needed to be written. For those who lived through the horror, perhaps not. But a full generation has come of age with no memory of that day. It needs to hear anew what happened, and maybe learn that time, in fact, does not heal all wounds.

Clyde Haberman, the former NYC columnist for The Times, is a contributing writer for the newspaper.

FALL AND RISE
The Story of 9/11
By Mitchell Zuckoff
589 pp. Harper/HarperCollins Publishers. $29.99.

Voir également:

 

When the first of the World Trade Center towers collapsed on September 11 2001, paramedic Moussa Diaz was among thousands of people engulfed in the cloud of smoke and debris that surged from the wreckage.

Asphyxiating in the toxic swirl around him, he fought the urge to give up, staggering on until he saw a spotlight wielded by a man with a white beard and long hair.

“Are you Jesus Christ?” Diaz asked, convinced he must already be dead. “No,” came the reply. “I’m a cameraman.”

Those who have been close to death often talk of how the experience played tricks on their mind, including the fleeting belief that they could not possibly have survived and must already be in the afterlife.

Yet as Mitchell Zuckoff notes in his new book about 9/11, little of the extraordinary individual testimony from that awful day has worked its way into the public memory.

The average person may recall what they were doing on 9/11, and perhaps the names of hijackers such as Mohamed Atta, but would likely struggle to name a single one of the 2,977 people who died.

“Of the nearly three thousand men, women, and children killed on 9/11, arguably none can be considered a household name,” Zuckoff writes. “The best ‘known’ victim might be the so-called Falling Man, photographed plummeting from the North Tower.”

This is not because the world sought to forget: merely that in the avalanche of events triggered by the atrocity – Afghanistan was invaded less than a month later – the voices of the day itself got buried in the sheer weight of news coverage.

With that in mind, Zuckoff, who covered the attacks for the Boston Globe, has produced this doorstopper of a reconstruction, aimed partly at younger generations who feel no “personal connection” to what happened. He notes that for some of his students at Boston University, where he now teaches journalism, it seems “as distant as World War I”.

Rather like the investigators who searched the mountains of rubble for victims’ personal effects, it is a mammoth undertaking. As well as interviews with Diaz and others, Zuckoff sifts through official archives, trials of terror suspects, and countless news reports. The stories of rescuers and survivors are interwoven with the poignant last words of victims, many of whom left only desperate voice messages as their planes hit the towers.

This, however, is not a print version of United 93, the Hollywood take on the “Let’s roll” passenger rebellion, which brought down one hijacked plane before it could hit the White House. Reluctant to use journalistic licence for a topic of such gravitas, Zuckoff sticks strictly to the known facts.

As a result, his account of the “Let’s roll” incident favours accuracy over drama, relying partly on the more fragmentary version of events preserved by the cockpit voice recorder. The sounds of a struggle, followed by the hijacker-turned-pilot screaming “Hey, hey, give it to me!” suggests passengers may have got as far as wrestling the joystick from his control. But Zuckoff leaves us to fill in many of the gaps for ourselves.

Far more vivid are the scenes inside the burning towers, where witnesses are still alive to recreate what they saw. A dead lobby guard sits melted to his desk by the fireball from the planes’ fuel. Women have hair clips melted into their skulls by the heat. One paramedic, reminded of his own daughter by the sight of a girl’s severed foot inside a pink trainer, looks skywards to clear his mind, only to see people jumping from the towers.

In all, about 200 people ended their lives that way, one killing a firefighter as they landed. Ernest Armstead, a fire department medic, recalls a harrowing conversation with one female jumper who was somehow still alive, despite being little more than a head on a crumpled torso. When she saw him place a black triage tag around her neck, indicating she was beyond help, she shouted: “I am not dead!”

For many rescuers, it was clear early on that the entire crash scene was beyond help. As they contemplate the 1,000ft climb to the blazing North Tower impact zone – the lifts are out of action – firefighter-farmer Gerry Nevins speaks for all his colleagues when he says: “We may not live through today.” They shake hands, then start climbing nonetheless. Father-of-two Nevins was among the 420 emergency workers to perish.

For all the heroism, it was also a day of failures, not least in imagining that terrorists might use planes as bombs in the first place. Air safety chiefs considered hijackings a thing of the past, leading to lax security procedures that allowed the hijackers to carry knives on board.

A plan to stage an exercise where terrorists flew a cargo plane into the UN’s New York HQ had been ruled out as too fanciful. Boasts that the Twin Towers could withstand airline crashes failed to consider the thousands of gallons of burning jet fuel, which weakened their steel cores and caused them to collapse.

This book is not an easy read: heartwarming in parts, horrific in others and studiously cautious in those areas where only the dead really know what happened.

But as a definitive “lest we forget” account, it will take some beating. For those too young to remember where they were on 9/11, and for all future generations too, it should be required reading.

Voir encore:

Mitchell Zuckoff on Writing His 9/11 Magnum Opus

Adam Vitcavage
The Millions
July 10, 2019

The seniors graduating from high school this year know what 9/11 is. They know four planes, two towers, 3,000-plus victims, 19 terrorists, Osama bin Laden. They know all of that because they were taught it in history classes. Because, to them, that’s all it is: history.

With each passing year, the terrorist attacks that happened on the bright blue morning of September 11, 2001 become more of a history lesson than a lived experience. This year, most high school seniors were born in 2001. Eighteen years later, they have the facts memorized, but often fail to understand the emotional and lived experience of that day.

Fall and Rise: The Story of 9/11, a new book by former Boston Globe reporter and current Boston University professor Mitchell Zuckoff, aims to fix that. Fall and Rise reports the facts, but Zuckoff also weaves the lives of people affected by 9/11 to create a narrative not frequently seen on cable news channels or in documentaries.

Fall and Rise shares stories about pilots, passengers, and aviation professionals linked to American Airlines Flights 11 and 77, and United Airlines Flights 93 and 175. He reveals stories about Mohammed Atta and other terrorists. Zuckoff also dives into the stories of New Yorkers and other Americans who experienced that day in different ways. The result is a woven story that puts the humanity back into a day the history books won’t forget.

I spoke with Zuckoff about what he was doing the day of the attacks, what followed, and how a Boston Globe feature published five days after the attacks turned into an essential book more than 6,000 days later.

The Millions: What was the day of September 11, 2001 like for you?

Mitchell Zuckoff: I was on book leave from the Boston Globe trying to write my first book. When the first plane went in, I didn’t think much of it. It could have been an accident. When the second plane went in, I ran to the phone and it was ringing as I got there. Globe editor Mark Morrow was on the other line and said my book leave was over.

He told me to come to the paper and it became apparent that I was going to be in what we call the control chair to write the lead story for that day. It became a matter of trying to figure out what was going on by taking feeds from several of my colleagues, working closely with the aviation reporter, Matthew Brelis, who took the byline with me. It was an intense and confusing day.

This was personal, on top of everything, because two of the planes took off about a mile from the Globe office at Logan International Airport.

TM: You mention the confusion. When did it become clear to you that it was a coordinated terrorist attack?

MZ: I think when the second plane went in. I was still home. When the first plane went in, we didn’t know what size it was. There was speculation that it was some sightseeing plane that got confused. Then there was no way, 17 minutes apart, that two planes were going to hit two towers accidentally. When I got in my car, we didn’t know about the flight heading to the Pentagon or United 93.

TM: What exactly were you looking for in real time during an event like this?

MZ: Really, what we do on any story. We were trying to answer the who, what, when, where, why, and how of it in as much detail as possible. I was just trying to process it all. My desk is an explosion of papers and printers and notes from reporters. We want it to come out so our readers can digest it in a meaningful way.

TM: I was in seventh grade and in Arizona at the time, so I had no clue what was going on. I was hours back—

MZ: That’s significant. Really significant. Folks on the West Coast, by the time they woke up, it was essentially over. People on the East Coast were watching the Today Show or running to CNN to watch it unfold. It’s a different experience.

TM: I remember it as my mother waking me up for school. She said something, and to this day I remember it as being “They’re attacking us.” I always second-guessed myself, but as you said it was something being reported.

MZ: That would have been a good thing to say.

TM: As the day continued to unfold, how much of a rush was it to finish the initial report out there?

MZ: The adrenaline is flying. We had a rolling deadline because we knew we had as many editions as we needed. The first probably left my hands at 6:00 p.m. I continued to write through the story as it continued to unfold. There were little details—little edits like finding better verbs—that continued to be changed until about 1:00 a.m. or 2:00 a.m.

You can’t unwind after that. You walk around the newsroom waiting until it comes off the presses. I needed to let the adrenaline leave because I knew I wouldn’t be able to sleep.

TM: Then that first week, and this may be a dumb question, but how much did the events consume your writing life?

MZ: Completely. I wrote the lead story again the next day. I came back in and it was understood I would do it again. The next day, on Thursday the 13th, I approached the editors with the idea that I could keep doing the leads, but I had an idea for a narrative I could have done for Sunday’s paper. I needed to dispatch some reporters to help me, but I pitched them to weave a narrative. I wanted to weave together six lives: three people on the first plane and three people from New York: one who got out, one who we didn’t know, and a first responder.

That consumed me all day Thursday and Friday reporting it with those reporters. Then writing it Friday into Saturday for the lead feature in the Sunday paper.

TM: That’s what became the backbone of Fall and Rise. But, at the time, you were already reporting the facts. What was it like going into the humanity of those affected less than a week after the attacks?

MZ: Satisfying in a really deep way. I felt, as much as I valued writing the news, I felt we could do something distinctive and lasting with this narrative. I think all of us—not just reporting the news, but consuming the news—all of us were so inundated with information.

I felt we needed to reflect on the emotion of the moment. By talking about the pilot John Oganowsky and the other folks I focused in on, I felt it could be a bit cathartic. We were all numb and in shock. But this could help.

TM: Did you talk to the people in the narrative or was it strictly the other reporters?

MZ: It was the reporters. I was focused on telling the story of Mohammad Atta. I gave myself that assignment. I was guiding my four teammates to some extent. If someone came up with an important detail or timestamp, I would ask the other reporters to follow up with questions about that particular moment to build around it. I didn’t talk to the families until much later.

TM: When was the first time you talked to survivors or the families of victims?

MZ: I talked to some back then. I was teamed up two weeks after the attacks with Michael Rezendes, who was on the Spotlight team, to write about the terrorists. So, at that point, I wasn’t talking a lot with the families—I did some in 2001 and 2002—but really my deep dive into the families didn’t start until five years ago when I really began working on this book.

TM: What did focusing on the terrorists do to you mentally and emotionally?

MZ: It took a lot out of me. We were really trying to instill the journalistic impartiality to it. But you can’t be objective about this sort of thing. We could be impartial. We couldn’t be exactly sure of who these guys were. We had their identities, but we were aware people use false identities or other’s identities. We had to enforce this impartiality to it. We had to be detached in our work even as we were grieving in our hearts.

TM: With the toll it takes, why continue to write about 9/11 after all these years?

MZ: Exactly that reason: because it does take a toll. The way I process things is to write about them. I didn’t really have a let down for months. I was focused on the work before letting the emotion in. It never really left me. I was still talking about this story to my students. I was still talking about this to my family. There are certain stories that will never leave, but I have to instill something of value into it. I wanted to write something that outlasts me.

TM: You’ve had books come out over the years that weren’t related to 9/11—most notably 13 Hours: The Inside Account of What Really Happened in Benghazi. This comes out nearly 18 years later. What was the process like throughout all these years?

MZ: I was not writing directly on Fall and Rise during those years. I was working on those other books and projects. It was on a back processor in my mind. The lede story from 9/11 hangs in my office at Boston University. It’s in the corner of my eye. I think it was always playing in the back of my mind.

Once I dove into it in 2014, it was all consuming. It was the deepest dive I have ever taken on a story. As much as I care about all of the work I’ve done, I kind of knew I would never tell a more important story than this. I had to respect the stories of the people telling me about the worst day of their lives. That responsibility was with me day and night for these past five years.

TM: What were the families’ responses to a reporter coming to ask about the worst day of their lives after all this time?

MZ: It amazed me because overwhelmingly people said yes. There were some who understood what I was doing, but told me they couldn’t go there again. They couldn’t revisit that day. The ones who said yes were amazing. I know I was tearing open a wound. A lot of the interviews go for hours and hours. There were moments of weeping and I have no problem acknowledging I did so along with them.

TM: These stories aren’t necessarily widely known and now they’re preserved in this book. It’s so important because now 9/11 may just seem like an event students study in textbooks. Eighteen years…your college freshmen were born the year it happened or the year after, I suppose. How does this generation react to it?

MZ: I teach really engaged journalism students. I’m not sure how the generation as a whole reacts to it. My students approach it with curiosity and a little bit of uncertainty because they didn’t experience it. They are well-read and aware of things, but for them it is a little like Pearl Harbor. They know who was involved and can cite numbers. They can say 3,000 dead, 9/11, four hijacked planes, 19 hijackers. They got the test questions down very well. They don’t have the human connection or that feeling for it that I wish they did. I hope that’s what my book can do.

Voir enfin:

Tweets racistes de Trump : qu’a vraiment dit Ilhan Omar sur Al-Qaeda et le 11 Septembre ?

Pauline Moullot
Libération
17 juillet 2019

Le président américain a accusé une élue démocrate d’origine somalienne de «bomber le torse» en pensant à l’organisation terroriste.

Question posée par Annie le 16/07/2019

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question, qui était : «Quels ont été les propos d’Ilhan Omar sur Al-Qaeda et sur le 11 Septembre, que Trump a cités par sous-entendu dans sa conférence de presse ?»

Dans une nouvelle saillie raciste lundi 15 juillet, Donald Trump a accusé la députée démocrate Ilhan Omar, née en Somalie, d’encenser Al-Qaeda. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut rembobiner au dimanche 14 juillet. Ce jour-là, le président américain s’en prend, sans les nommer, à quatre élues démocrates, toutes issues de minorités, à la Chambre des représentants : Ilhan Omar, Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley. Il les appelle notamment à «retourner dans leur pays». La première, réfugiée somalienne, est devenue avec Rashida Tlaib l’une des deux premières femmes musulmanes élues au Congrès en novembre. Alexandria Ocasio-Cortez est la plus jeune représentante démocrate de l’histoire, et Ayanna Pressley, première élue afro-américaine au conseil municipal de Boston en 2009. Surnommées «The Squad» par la presse américaine, ces femmes non-blanches se sont démarquées par leur progressisme et leurs prises de position régulières contre la politique de Donald Trump sur l’immigration.

Le lendemain, le Président réitère ses injures racistes en conférence de presse, les appelant de nouveau à quitter les Etats-Unis. A ce moment-là, il assure qu’Ilhan Omar aurait défendu Al-Qaeda et les attentats du 11 Septembre.

A la question «que répondez-vous à ceux qui disent que vos tweets sont racistes ?», Trump rétorque ainsi : «Et bien, elles sont très malheureuses. Elles ne font que se plaindre à longueur de temps. Tout ce que je dis, c’est que si elles veulent partir, qu’elles partent. Elles peuvent partir. Je veux dire, je pense à Omar. Je ne sais pas, je ne l’ai jamais rencontrée. Je l’écoute parler d’Al-Qaeda. Al-Qaeda a tué beaucoup d’Américains. Et elle dit : « Vous pouvez bomber le torse, quand je pense à Al-Qaeda, je peux bomber le torse. » Quand elle parle des attentats du World Trade Center, elle dit « des gens ». Vous vous souvenez de ce fameux « des gens ». Ces personnes, à mon avis, détestent l’Amérique. Donc quand je les entends dire à quel point Al-Qaeda est merveilleux, quand je les entends parler de « ces gens » à propos du World Trade Center…»

Ses propos sur Al-Qaeda

Vous nous demandez ce qu’a vraiment dit Ilhan Omar à propos d’Al-Qaeda et du 11 septembre. L’équipe de Trump a indiqué à nos confrères américains de Politifact que le président faisait référence à deux déclarations d’Omar, largement reprises par les pro-Trump pour la décrédibiliser ces derniers mois.

La première remonte à 2013. Invitée sur une chaîne locale de Minneapolis, TwinCities PBS, Ilhan Omar commente les répercussions sur la communauté somalienne d’un attentat commis par les shebab somaliens au Kenya, affiliés à Al-Qaeda. Plusieurs extraits de cette interview de vingt-huit minutes ont été repris par ses opposants ces derniers mois. Elle ne parle pourtant pas une seule fois de bomber le torse en pensant à Al-Qaeda. Elle discute avec le présentateur du fait que l’on demande à la communauté somalienne aux Etats-Unis de condamner ces actes, et plus largement aux musulmans de condamner tous les actes terroristes. Elle parle alors de «cette supposition qui fait croire que nous sommes tous connectés à ces actes. […] La population générale doit comprendre qu’il y a une différence entre les personnes qui commettent ces actes diaboliques, car c’est un acte diabolique, et nous avons des gens diaboliques dans le monde. Et des gens normaux qui essaient de continuer à mener leur vie.» Elle parle ensuite du fait que les Somaliens sont les premières victimes des shebab et insiste : «Ces personnes exercent la terreur. Et toute leur idéologie est basée sur le fait de terroriser les communautés.»

La partie la plus détournée de l’interview intervient quand le présentateur l’interroge ensuite sur le fait que l’on conserve les noms arabes, sans les traduire, pour désigner les groupes terroristes. Ces noms, qui ont pourtant d’autres significations en arabe, «polluent notre langage quotidien», ajoute le présentateur. Là, Ilhan Omar acquiesce et répond : «Je pense que c’est un produit des médias sensationnalistes. Vous avez ces extraits sonores, et ces mots, et tout le monde les prononce avec une telle intensité, car ça doit avoir une signification plus grande. Je me souviens quand j’étais à la fac, j’ai suivi un cours sur l’idéologie du terrorisme. A chaque fois que le professeur disait « Al-Qaeda », ses épaules se soulevaient.» Ilhan Omar parle donc de la façon dont les médias évoquent les groupes terroristes, et explique comment cela se voit dans le langage corporel. Mais ne parle pas du tout de bomber le torse.

Ses propos sur le 11 Septembre

Enfin, les propos de Trump sur de supposées déclarations d’Ilhan Omar sur l’attentat du World Trade Center visent un discours prononcé par l’élue au Conseil des relations américano-islamiques (Cair) de Los Angeles, en mars. Le président américain avait alors publié sur Twitter une vidéo montrant les tours jumelles s’effondrer, avec une citation d’Ilhan Omar en arrière-plan. Que disait-elle exactement ? Expliquant que les musulmans étaient fatigués d’être considérés comme «des citoyens de seconde zone», elle ajoute : «Le Cair a été fondé après le 11 Septembre parce qu’ils ont pris acte du fait que des gens avaient fait quelque chose et que nous tous allions commencer à perdre accès à nos libertés civiles.» C’est ce terme «gens» qui lui a été reproché. Mais à aucun moment elle ne loue l’organisation terroriste.

Le Washington Post et Ilhan Omar ont fait remarquer que George W. Bush avait utilisé la même expression après les attentats de 2001. «Je vous entends, je vous entends. Et le reste du monde vous entend. Et les gens, ces gens qui ont fait tomber les tours, vont nous entendre bientôt».

Selon le New York Times, Ilhan Omar a qualifié les accusations de Trump de «ridicules». Toutes les élues démocrates ont répliqué lundi 15 juillet, en organisant une conférence de presse commune pour dénoncer le racisme du président américain. Mercredi, celui-ci s’est de nouveau emparé de son clavier pour assurer qu’il n’était pas raciste, en leur demandant de nouveau de quitter le pays.


Populisme: Les sionistes ont même inventé le nationalisme ! (From the Tower of Babel to the latest anti-Israeli UN resolution, the independent national state, as an alternative to empire and tribalism, begins with the Hebrew Bible, but is again threatened by transnational elites, says Israeli political philosopher Yoram Hazony)

28 juillet, 2019

 

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Toi qui as fixé les frontières, dressé les bornes de la terre, tu as créé l’été, l’hiver !  Psaumes 74: 17
Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. Ruth (Ruth 1: 16)
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
L’arbre de la liberté doit être revivifié de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. Jefferson
Condamner le nationalisme parce qu’il peut mener à la guerre, c’est comme condamner l’amour parce qu’il peut conduire au meurtre. C.K. Chesterton
Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme. Le nationalisme est l’exact contraire du patriotisme, il en est sa trahison. Emmanuel Macron
Les démocrates radicaux veulent remonter le temps, rendre de nouveau le pouvoir aux mondialistes corrompus et avides de pouvoir. Vous savez qui sont les mondialistes? Le mondialiste est un homme qui veut qu’il soit bon de vivre dans le monde entier sans, pour dire le vrai, se soucier de notre pays. Cela ne nous convient pas. (…) Vous savez, il y a un terme devenu démodé dans un certain sens, ce terme est « nationaliste ». Mais vous savez qui je suis? Je suis un nationaliste. OK? Je suis nationaliste. Saisissez-vous de ce terme! Donald Trump
We have a very clear policy. We want to preserve Hungary as a Hungarian country. We have a right for that. It’s a sovereign right of Hungary to decide whom we would like to allow to enter the territory of the country, and with whom we would like to live together. That must be a national decision … a matter of national sovereignty, and we don’t want to give that up. And we do not accept either Brussels, New York or Geneva taking these kinds of decisions instead of us. (…) We think that the illegal migration is a threat to the European future, a threat to the European culture and to the European civilization. We are a country which sticks strictly to national identity, which would like to preserve religious heritage, historic heritage and cultural heritage. We do not want to lose them. Péter Szijjártó (Hungary’s foreign minister)
So apparently Donald Trump wants to make this an election about what it means to be American. He’s got his vision of what it means to be American, and he’s challenging the rest of us to come up with a better one. In Trump’s version, “American” is defined by three propositions. First, to be American is to be xenophobic. The basic narrative he tells is that the good people of the heartland are under assault from aliens, elitists and outsiders. Second, to be American is to be nostalgic. America’s values were better during some golden past. Third, a true American is white. White Protestants created this country; everybody else is here on their sufferance. When you look at Trump’s American idea you realize that it contradicts the traditional American idea in every particular. In fact, Trump’s national story is much closer to the Russian national story than it is toward our own. It’s an alien ideology he’s trying to plant on our soil. ​ Trump’s vision is radically anti-American.​ The real American idea is not xenophobic, nostalgic or racist; it is pluralistic, future-oriented and universal. America is exceptional precisely because it is the only nation on earth that defines itself by its future, not its past. America is exceptional because from the first its citizens saw themselves in a project that would have implications for all humankind. America is exceptional because it was launched with a dream to take the diverse many and make them one — e pluribus unum.​ (…) Trump’s campaign is an attack on that dream. The right response is to double down on that ideal. The task before us is to create the most diverse mass democracy in the history of the planet — a true universal nation. It is precisely to weave the social fissures that Trump is inclined to tear. David Brooks
In the matter of immigration, mark this conservative columnist down as strongly pro-deportation. The United States has too many people who don’t work hard, don’t believe in God, don’t contribute much to society and don’t appreciate the greatness of the American system. They need to return whence they came. I speak of Americans whose families have been in this country for a few generations. Complacent, entitled and often shockingly ignorant on basic points of American law and history, they are the stagnant pool in which our national prospects risk drowning.​ (…) Bottom line: So-called real Americans are screwing up America. Maybe they should leave, so that we can replace them with new and better ones: newcomers who are more appreciative of what the United States has to offer, more ambitious for themselves and their children, and more willing to sacrifice for the future. In other words, just the kind of people we used to be — when “we” had just come off the boat.​ O.K., so I’m jesting about deporting “real Americans” en masse. (Who would take them in, anyway?) But then the threat of mass deportations has been no joke with this administration.​ On Thursday, the Department of Homeland Security seemed prepared to extend an Obama administration program known as Deferred Action for Childhood Arrivals, or DACA, which allows the children of illegal immigrants — some 800,000 people in all — to continue to study and work in the United States. The decision would have reversed one of Donald Trump’s ugly campaign threats to deport these kids, whose only crime was to have been brought to the United States by their parents. Yet the administration is still committed to deporting their parents, and on Friday the D.H.S. announced that even DACA remains under review — another cruel twist for young immigrants wondering if they’ll be sent back to “home” countries they hardly ever knew, and whose language they might barely even speak.​ Beyond the inhumanity of toying with people’s lives this way, there’s also the shortsightedness of it. We do not usually find happiness by driving away those who would love us. Businesses do not often prosper by firing their better employees and discouraging job applications. So how does America become great again by berating and evicting its most energetic, enterprising, law-abiding, job-creating, idea-generating, self-multiplying and God-fearing people?​ Because I’m the child of immigrants and grew up abroad, I have always thought of the United States as a country that belongs first to its newcomers — the people who strain hardest to become a part of it because they realize that it’s precious; and who do the most to remake it so that our ideas, and our appeal, may stay fresh.​ That used to be a cliché, but in the Age of Trump it needs to be explained all over again. We’re a country of immigrants — by and for them, too. Americans who don’t get it should get out.​ Bret Stephens
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
We want our country back ! Marion Maréchal
La jeune génération n’est pas encouragée à aimer notre héritage. On leur lave le cerveau en leur faisant honte de leur pays. (…) Nous, Français, devons nous battre pour notre indépendance. Nous ne pouvons plus choisir notre politique économique ou notre politique d’immigration et même notre diplomatie. Notre liberté est entre les mains de l’Union européenne. (…) Notre liberté est maintenant entre les mains de cette institution qui est en train de tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80%, vous m’avez bien entendu, 80% des lois sont imposées par l’Union européenne. Après 40 ans d’immigration massive, de lobbyisme islamique et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Eglise à petite nièce de l’islam. On entend maintenant dans le débat public qu’on a le droit de commander un enfant sur catalogue, qu’on a le droit de louer le ventre d’une femme, qu’on a le droit de priver un enfant d’une mère ou d’un père. (…) Aujourd’hui, même les enfants sont devenus des marchandises (…) Un enfant n’est pas un droit (…) Nous ne voulons pas de ce monde atomisé, individualiste, sans sexe, sans père, sans mère et sans nation. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) La Tradition n’est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu. (…)Je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Donald Trump dire ‘l’Amérique d’abord’. En fait, je veux l’Amérique d’abord pour le peuple américain, je veux la Grande-Bretagne d’abord pour le peuple britannique et je veux la France d’abord pour le peuple français. Comme vous, nous voulons reprendre le contrôle de notre pays. Vous avez été l’étincelle, il nous appartient désormais de nourrir la flamme conservatrice. Marion Maréchal
En Europe comme aux Etats-Unis, la contestation émerge sur les territoires les plus éloignés des métropoles mondialisées. La « France périphérique » est celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. En Grande-Bretagne, c’est aussi la « Grande-Bretagne périphérique » qui a voté pour le Brexit. Attention : il ne s’agit pas d’un rapport entre « urbains » et « ruraux ». La question est avant tout sociale, économique et culturelle. Ces territoires illustrent la sortie de la classe moyenne des catégories qui en constituaient hier le socle : ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants. Ces catégories ont joué le jeu de la mondialisation, elles ont même au départ soutenu le projet européen. Cependant, après plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie-monde, elles font le constat d’une baisse ou d’une stagnation de leur niveau de vie, de la précarisation des conditions de travail, du chômage de masse et, in fine, du blocage de l’ascenseur social. Sans régulation d’un libre-échange qui défavorise prioritairement ces catégories et ces territoires, le processus va se poursuivre. C’est pourquoi la priorité est de favoriser le développement d’un modèle économique complémentaire (et non alternatif) sur ces territoires qui cumulent fragilités socio-économiques et sédentarisation des populations. Cela suppose de donner du pouvoir et des compétences aux élus et collectivités de ces territoires. En adoptant le système économique mondialisé, les pays développés ont accouché de son modèle sociétal : le multiculturalisme. En la matière, la France n’a pas fait mieux (ni pire) que les autres pays développés. Elle est devenue une société américaine comme les autres, avec ses tensions et ses paranoïas identitaires. Il faut insister sur le fait que sur ces sujets, il n’y a pas d’un côté ceux qui seraient dans l’ouverture et de l’autre ceux qui seraient dans le rejet. Si les catégories supérieures et éduquées ne basculent pas dans le populisme, c’est parce qu’elles ont les moyens de la frontière invisible avec l’Autre. Ce sont d’ailleurs elles qui pratiquent le plus l’évitement scolaire et résidentiel. La question du rapport à l’autre n’est donc pas seulement posée pour les catégories populaires. Poser cette question comme universelle – et qui touche toutes les catégories sociales – est un préalable si l’on souhaite faire baisser les tensions. Cela implique de sortir de la posture de supériorité morale que les gens ne supportent plus. J’avais justement conçu la notion d’insécurité culturelle pour montrer que, notamment en milieu populaire, ce n’est pas tant le rapport à l’autre qui pose problème qu’une instabilité démographique qui induit la peur de devenir minoritaire et de perdre un capital social et culturel très important. Une peur qui concerne tous les milieux populaires, quelles que soient leurs origines. C’est en partant de cette réalité qu’il convient de penser la question du multiculturalisme. Christophe Guilluy
Pour la première fois, le modèle mondialisé des classes dominantes, dont Hillary Clinton était le parangon, a été rejeté dans le pays qui l’a vu naître. Fidèles à leurs habitudes, les élites dirigeantes déprécient l’expression de la volonté populaire quand elles en perdent le contrôle. Ainsi, les médias, à travers le cas de la Pennsylvanie – l’un des swing states qui ont fait le succès de Trump -, ont mis l’accent sur le refus de mobilité de la working class blanche, les fameux « petits Blancs », comme cause principale de la précarité et du déclassement. Le « bougisme », qui est la maladie de Parkinson de la mondialisation, confond les causes et les conséquences. Il est incapable de comprendre que, selon la formule de Christopher Lasch, « le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines ». L’élection de Trump, c’est le cri de révolte des enracinés du local contre les agités du global. (…) La gauche progressiste n’a eu de cesse, depuis les années 1980, que d’évacuer la question sociale en posant comme postulat que ce n’est pas la pauvreté qui interdit d’accéder à la réussite ou à l’emploi, mais uniquement l’origine ethnique. Pourtant, l’actuelle dynamique des populismes ne se réduit pas à la seule révolte identitaire. En contrepoint de la protestation du peuple-ethnos, il y a la revendication du peuple-démos, qui aspire à être rétabli dans ses prérogatives de sujet politique et d’acteur souverain de son destin. Le populisme est aussi et peut-être d’abord un hyperdémocratisme, selon le mot de Taguieff, une demande de démocratie par quoi le peuple manifeste sa volonté d’être représenté et gouverné selon ses propres intérêts. Or notre postdémocratie oscille entre le déni et le détournement de la volonté populaire. (…) Au XIXe siècle, la bourgeoisie a eu recours à la loi pour imposer le suffrage censitaire. Aujourd’hui, les classes dominantes n’en éprouvent plus la nécessité, elles l’obtiennent de facto : il leur suffit de neutraliser le vote populiste en l’excluant de toute représentation par le mode de scrutin et de provoquer l’abstention massive de l’électorat populaire, qui, convaincu de l’inutilité du vote, se met volontairement hors jeu. Ne vont voter lors des élections intermédiaires que les inclus, des fonctionnaires aux cadres supérieurs, et surtout les plus de 60 ans, qui, dans ce type de scrutin, représentent autour de 35 % des suffrages exprimés, alors qu’ils ne sont que 22 % de la population. Ainsi, l’écosystème de la génération de 68 s’est peu à peu transformé en un egosystème imposé à l’ensemble de la société. Dans notre postdémocratie, c’est le cens qui fait sens et se traduit par une surreprésentation des classes favorisées aux dépens de la France périphérique, de la France des invisibles. (…) On est arrivé à une situation où la majorité n’est plus une réalité arithmétique, mais un concept politique résultant d’une application tronquée du principe majoritaire. Dans l’Assemblée élue en 2012 avec une participation de 55 %, la majorité parlementaire socialiste ne représente qu’un peu plus de 16 % des inscrits. La majorité qui fait et défait les lois agit au nom d’à peine plus de 1 Français sur 6 ! Nous vivons sous le régime de ce qu’André Tardieu appelait déjà avant-guerre le « despotisme d’une minorité légale ». On assiste, avec le système de l’alternance unique entre les deux partis de gouvernement, à une privatisation du pouvoir au bénéfice d’une partitocratie dont la légitimité ne cesse de s’éroder. (…) Plus les partis ont perdu en légitimité, plus s’est imposée à eux l’obligation de verrouiller le système de crainte que la sélection des candidats à l’élection présidentielle ne leur échappe. Avec la crise de la représentation, le système partisan n’a plus ni l’autorité ni la légitimité suffisante pour imposer ses choix sans un simulacre de démocratie. Les primaires n’ont pas d’autre fonction que de produire une nouvelle forme procédurale de légitimation. En pratique, cela revient à remettre à une minorité partisane le pouvoir de construire l’offre politique soumise à l’ensemble du corps électoral. Entre 3 et 4 millions de citoyens vont préorienter le choix des 46 millions de Français en âge de voter. Or la sociologie des électeurs des primaires à droite comme à gauche ne fait guère de doute : il s’agit des catégories supérieures ou moyennes, qui entretiennent avec la classe politique un rapport de proximité. Les primaires auront donc pour effet d’aggraver la crise de représentation en renforçant le poids politique des inclus au moment même où il faudrait rouvrir le jeu démocratique. (…) D’un tel processus de sélection ne peuvent sortir que des produits de l’endogamie partisane, des candidats façonnés par le conformisme de la doxa et gouvernés par l’économisme. Des candidats inaccessibles à la dimension symbolique du pouvoir et imperméables aux legs de la tradition et de l’Histoire nationale. Sarkozy et Hollande ont illustré l’inaptitude profonde des candidats sélectionnés par le système à se hisser à la hauteur de la fonction. Dans ces conditions, il est à craindre que, quel que soit l’élu, l’élection de 2017 ne soit un coup à blanc, un coup pour rien. D’autant que les hommes de la classe dirigeante n’ont ni les repères historiques ni les bases culturelles pour défendre les sociabilités protectrices face aux ravages de la mondialisation. En somme, ils ne savent pas ce qu’ils font parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils défont. Quant au FN, privé de toute espérance du pouvoir, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, il offre un repoussoir utile à la classe dirigeante, qui lui permet de se survivre à bon compte. Il est à ce jour encore la meilleure assurance-vie du système. Patrick Buisson
Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard  va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner. Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire. Il faut bien avouer que nos élites du PS comme des Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. (…) Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
With their politicization of their victory, their expletive-filled speech, and their publicly expressed contempt for half their fellow citizens, the women of the U.S. women’s soccer team succeeded in endearing themselves to America’s left. But they earned the rest of the country’s disdain, which is sad. We really wanted to love the team. What we have here is yet another example of perhaps the most important fact in the contemporary world: Everything the left touches, it ruins. Dennis Prager
The San Francisco Board of Education recently voted to paint over, and thus destroy, a 1,600-square-foot mural of George Washington’s life in San Francisco’s George Washington High School. Victor Arnautoff, a communist Russian-American artist and Stanford University art professor, had painted “Life of Washington” in 1936, commissioned by the New Deal’s Works Progress Administration. A community task force appointed by the school district had recommended that the board address student and parent objections to the 83-year-old mural, which some viewed as racist for its depiction of black slaves and Native Americans. Nike pitchman and former NFL quarterback Colin Kaepernick recently objected to the company’s release of a special Fourth of July sneaker emblazoned with a 13-star Betsy Ross flag. The terrified Nike immediately pulled the shoe off the market. The New York Times opinion team issued a Fourth of July video about “the myth of America as the greatest nation on earth.” The Times’ journalists conceded that the United States is “just OK.” During a recent speech to students at a Minnesota high school, Rep. Ilhan Omar (D-Minn.) offered a scathing appraisal of her adopted country, which she depicted as a disappointment whose racism and inequality did not meet her expectations as an idealistic refugee. Omar’s family had fled worn-torn Somalia and spent four-years in a Kenyan refugee camp before reaching Minnesota, where Omar received a subsidized education and ended up a congresswoman. The U.S. Women’s National Soccer Team won the World Cup earlier this month. Team stalwart Megan Rapinoe refused to put her hand over heart during the playing of the national anthem, boasted that she would never visit the “f—ing White House” and, with others, nonchalantly let the American flag fall to the ground during the victory celebration. The city council in St. Louis Park, a suburb of Minneapolis, voted to stop reciting the Pledge of Allegiance before its meeting on the rationale that it wished not to offend a “diverse community.” The list of these public pushbacks at traditional American patriotic customs and rituals could be multiplied. They follow the recent frequent toppling of statues of 19th-century American figures, many of them from the South, and the renaming of streets and buildings to blot out mention of famous men and women from the past now deemed illiberal enemies of the people. Such theater is the street version of what candidates in the Democratic presidential primary have been saying for months. They want to disband border enforcement, issue blanket amnesties, demand reparations for descendants of slaves, issue formal apologies to groups perceived to be the subjects of discrimination, and rail against American unfairness, inequality, and a racist and sexist past. In their radical progressive view — shared by billionaires from Silicon Valley, recent immigrants and the new Democratic Party — America was flawed, perhaps fatally, at its origins. Things have not gotten much better in the country’s subsequent 243 years, nor will they get any better — at least not until America as we know it is dismantled and replaced by a new nation predicated on race, class and gender identity-politics agendas. In this view, an “OK” America is no better than other countries. As Barack Obama once bluntly put it, America is only exceptional in relative terms, given that citizens of Greece and the United Kingdom believe their own countries are just as exceptional. In other words, there is no absolute standard to judge a nation’s excellence. About half the country disagrees. It insists that America’s sins, past and present, are those of mankind. But only in America were human failings constantly critiqued and addressed. (…) The traditionalists see American history as a unique effort to overcome human weakness, bias and sin. That effort is unmatched by other cultures and nations, and explains why millions of foreign nationals swarm into the United States, both legally and illegally. (…) If progressives and socialists can at last convince the American public that their country was always hopelessly flawed, they can gain power to remake it based on their own interests. These elites see Americans not as unique individuals but as race, class and gender collectives, with shared grievances from the past that must be paid out in the present and the future. Victor Davis Hanson
America is changing. By 2043, we’ll be a nation [that’s] majority people of color, and that’s — that is the game here — that’s what folks don’t want to understand what’s happening in this country. Roland Martin (African-American journalist)
How’d we lose the working class? Ask yourself, what did we do for them? You called them stupid. You marginalized them, took them for granted and you didn’t talk to them. For 20 years, the right wing has invested tremendous amounts of money in talk radio, in television, in every possible platform to be in their ears, before their eyes, and on their minds. And they don’t call them stupid. Rick Smith (talk-show host)
On several polarizing issues, Democrats are refusing to offer the reassurances to moderate opinion that they once did. They’re not saying: We will secure the border and insist on an orderly asylum process, but do it in a humane way; we will protect the right to abortion while working to make it less common; we will protect gun rights while setting sensible limits on them. The old rhetorical guardrails — trust us, there’s a hard stop on how far left we’ll go — are gone. Ramesh Ponnuru
Trump also highlighted a basic fact about the nature of leftist ideology. Just as the Iranian regime views the United States and Israel as two sides of the same coin, with the ayatollahs dubbing the U.S. “the Great Satan” and Israel, “the Little Satan,” so the radical left views the U.S. and Israel – the most powerful democracy in the world and the only democracy in the Middle East – as states with no moral foundation for existing. Although other presidents have spoken out against hatred of Jews and Israel on the one hand and hatred of America on the other, it is hard to think of another example of a U.S. leader making the case that the two hatreds are linked as Trump did this week. This is important, because they are linked. The haters see both America and the Jews as all-powerful forces who use their power to bend the world to their nefarious, avaricious, greedy aims. They stereotype both Americans and pro-Israel and traditional Jews as vulgar and fascist. Pew Research Center studies of European perspectives on Jews and Americans show a massive overlap between anti-Semitic attitudes and anti-American ones. As the American left has become more radical, it has also become more aligned with those toxic European attitudes towards both the United States and Israel. One example is evident at the U.S.-Mexico border. The left’s opposition to enforcing American immigration laws goes hand-in-hand with the view that the Jewish people have no right to national self-determination in their homeland and that the Jewish state has no right to exist. As political philosopher Yoram Hazony argued in his book, The Virtue of Nationalism, nationalism — and, indeed, the concept of a nation itself — is a biblical concept. The nation of Israel is the first nation. And the American Founding Fathers’ conception of the United States and the American nation was rooted in the biblical concept of nationhood and nationalism of the Jews. Hazony contends that anti-nationalism is both inherently antisemitic and anti-American. And it is also imperialist. Anti-nationalists support international and transnational legal constructs and institutions that deny distinct nations large and small the ability to determine their own unique course in the world. As repositories of the concept of distinct nations, nation-states are, in Hazony’s view, inherently freer and more cohesive societies than imperialist societies that insist that one-size-fits-all and that there are people better equipped than the people themselves to decide what is good for them. As Trump tweeted, the four sirens of the socialist revolution are a dire threat to the Democratic Party. By embracing the likes of Reps. Omar and Tlaib with their repeated statements against the United States, Jews and Israel and their tolerance for terrorist groups and terrorists, and by embracing Ocasio-Cortez who likens America to Nazi Germany, replete with “concentration camps,” the Democratic Party is indeed embracing anti-Americanism and anti-Semitism. And, as Trump tweeted, it is the Democrats, not the Republicans — and certainly not the president — who are making Israel a partisan issue. They are doing so by abandoning Israel and embracing antisemitic conceptions of nationalism and of the Jewish and American nations. Trump’s tweet storm, however controversial, showed that he is personally committed to fighting hatred of Jews and Israel. As he was being targeted as a racist by Democrats, the Department of Justice was holding a conference on combatting antisemitism. The conference, which placed a spotlight on campus antisemitism, did not shy away from discussing and condemning antisemitism on the left as well as on the right, and Islamic antisemitism. In his remarks before the conference, Attorney General Willian Barr discussed the galloping hostility Jewish students face in U.S. universities today. In his words, “On college campuses today, Jewish students who support Israel are frequently targeted for harassment, Jewish student organizations are marginalized, and progressive Jewish students are told they must denounce their beliefs and their heritage in order to be part of ‘intersectional’ causes.” (…) It is a testament to the left’s increasing embrace of anti-Jewish bigotry, and its rejection of America’s right to borders, — and through them, to self-government and self-determination — that Trump is being branded a racist for standing up to these distressing trends. And it is a testament to Trump’s moral courage that he is willing to speak the truth about antisemitism and anti-Americanism even at the cost of wall-to-wall calumny by Democrats and the media. Caroline Glick
This month, Netroots Nation met in Philadelphia. The choice was no accident. Pennsylvania will probably be the key swing state in 2020. Donald Trump won it by only 44,000 votes or seven-tenths of a percentage point. He lost the prosperous Philadelphia suburbs by more than Mitt Romney did in 2012 but more than made up for it with new support in “left behind” blue-collar areas such as Erie and Wilkes-Barre. You’d think that this history would inform activists at Netroots Nation about the best strategy to follow in 2020. Not really. Instead, Netroots events seemed to alternate between pandering presentations by presidential candidates and a bewildering array of “intersectionality” and identity-politics seminars. Senator Elizabeth Warren pledged that, if elected, she would immediately investigate crimes committed by border-control agents. Julian Castro, a former Obama-administration cabinet member, called for decriminalizing illegal border crossings. But everyone was topped by Washington governor Jay Inslee. “My first act will be to ask Megan Rapinoe to be my secretary of State,” he promised. Naming the woke, purple-haired star of the championship U.S. Women’s Soccer team, he said, would return “love rather than hate” to the center of America’s foreign policy. It is true that a couple of panels tried to address how the Left could appeal to voters who cast their ballots for Barack Obama in 2012 but switched to Trump in 2016. (…)  But that kind of introspection was rare at Netroots Nation. Elizabeth Warren explicitly rejected calls to keep Democrats from moving too far to the left in the next campaign (…) Warren and her supporters point to polls showing that an increasing number of Americans are worried about income inequality, climate change, and America’s image around the world. But are those the issues that actually motivate people to vote, or are they peripheral issues that aren’t central to the decision most voters make? Consider a Pew Research poll taken last year that asked respondents to rank 23 “policy priorities” from terrorism to global trade in order of importance. Climate change came in 22nd out of 23. There is a stronger argument that Democrats will have trouble winning over independent voters if they sprinting so far to the left that they go over a political cliff. (…) Many leftists acknowledge that Democrats are less interested than they used to be in trimming their sails to appeal to moderates. Such trimming is no longer necessary, as they see it, because the changing demographics of the country give them a built-in advantage. Almost everyone I encountered at Netroots Nation was convinced that President Trump would lose in 2020. (…) It’s a common mistake on both the right and the left to assume that minority voters will a) always vote in large numbers and b) will vote automatically for Democrats. Hillary Clinton lost in 2016 in part because black turnout fell below what Barack Obama was able to generate. There is no assurance that black turnout can be restored in 2020. As for other ethnic groups, a new poll by Politico/Morning Consult this month found that Trump’s approval among Hispanics is at 42 percent. An Economist/YouGov poll showed Trump at 32 percent among Hispanics; another poll from The Hill newspaper and HarrisX has it at 35 percent. In 2016, Trump won only 29 to 32 percent of the Hispanic vote. Netroots Nation convinced me that progressive activists are self-confident, optimistic about the chances for a progressive triumph, and assured that a Trump victory was a freakish “black swan” event. But they are also deaf to any suggestion that their PC excesses had anything to do with Trump’s being in the White House. That is apt to be the progressive blind spot going into the 2020 election. John Fund
The immigrant is the pawn of Latin American governments who view him as inanimate capital, someone who represents thousands of dollars in future foreign-exchange remittances, as well as one less mouth to feed at home — if he crosses the border, legality be damned. If that sounds a cruel or cynical appraisal, then why would the Mexican government in 2005 print a comic booklet (“Guide for the Mexican Migrant”) with instructions to its citizens on how best to cross into the United States — urging them to break American law and assuming that they could not read? Yet for all the savagery dealt out to the immigrant — the callousness of his government, the shakedowns of the coyotes and cartels, the exploitation of his labor by new American employers — the immigrant himself is not entirely innocent. He knows — or does not care to know — that by entering the U.S., he has taken a slot from a would-be legal immigrant, one, unlike himself, who played by the rules and waited years in line for his chance to become an American. He knowingly violates U.S. immigration law. And when the first act of an immigrant is to enter the U.S. illegally, the second to reside there unlawfully, and the third so often to adopt false identities, he undermines American law on the expectation that he will receive exemptions not accorded to U.S. citizens, much less to other legal immigrants. In terms of violations of federal law, and crimes such as hit-and-run accidents and identity theft, the illegal immigrant is overrepresented in the criminal-justice system, and indeed in federal penitentiaries. Certainly, no Latin American government would allow foreigners to enter, reside, and work in their own country in the manner that they expect their own citizens to do so in America. Historically, the Mexican constitution, to take one example, discriminates in racial terms against both the legal and illegal immigrants, in medieval terms of ethnic essence. Some $30 billion in remittances are sent back by mostly illegal aliens to Central American governments and roughly another $30 billion to Mexico. But the full implications of that exploitation are rarely appreciated. Most impoverished illegal aliens who send such staggering sums back not only entered the United States illegally and live here illegally, but they often enjoy some sort of local, state, or federal subsidy. They work at entry-level jobs with the understanding that they are to scrimp and save, with the assistance of the American taxpayer, whose laws they have shredded, so that they can send cash to their relatives and friends back home. In other words, the remitters are like modern indentured servants, helots in hock to their governments that either will not or cannot help their families and are excused from doing so thanks to such massive remittances. In sum, they promote illegal immigration to earn such foreign exchange, to create an expatriate community in the United States that will romanticize a Guatemala or Oaxaca — all the more so,  the longer and farther they are away from it. Few of the impoverished in Mexico paste a Mexican-flag sticker on their window shield; many do so upon arrival in the United States. Illegal immigration is a safety valve, by which dissidents are thanked for marching north rather than on their own nations’ capitals. Latin American governments really do not care that much that their poor are raped while crossing the Mexican desert, or sold off by the drug cartels, or that they drown in the Rio Grande, but they suddenly weep when they reach American detention centers — a cynicism that literally cost hundreds their lives. America is increasingly becoming not so much a nonwhite nation as an assimilated, integrated, and intermarried country. Race, skin color, and appearance, if you will, are becoming irrelevant. The construct of “Latino” — Mexican-American? Portuguese? Spanish? Brazilian? — is becoming immaterial as diverse immigrants soon cannot speak Spanish, lose all knowledge of Latin America, and become indistinguishable in America from the descendants of southern Europeans, Armenians, or any other Mediterranean immigrant group. In other words, a Lopez or Martinez was rapidly becoming as relevant or irrelevant in terms of grievance politics, or perceived class, as a Pelosi, Scalise, De Niro, or Pacino. If Pelosi was named “Ocasio-Cortez” and AOC “Pelosi,” then no one would know, or much care, from their respective superficial appearance, who was of Puerto Rican background and who of Italian ancestry. Such a melting-pot future terrifies the ethnic activists in politics, academia, and the media who count on replenishing the numbers of unassimilated “Latinos,” in order to announce themselves the champions of collective grievance and disparity and thereby find careerist advantage. When 1 million of some of the most impoverished people on the planet arrive without legality, a high-school diploma, capital, or English, then they are likely to remain poor for a generation. And their poverty then offers supposed proof that America is a nativist or racist society for allowing such asymmetry to occur — a social-justice crime remedied best the by Latino caucus, the Chicano-studies department, the La Raza lawyers association, or the former National Council of La Raza. Yet, curb illegal immigration, and the entire Latino race industry goes the way of the Greek-, Armenian-, or Portuguese-American communities that have all found parity once massive immigration of their impoverished countrymen ceased and the formidable powers of the melting pot were uninterrupted. Democrats once were exclusionists — largely because they feared that illegal immigration eroded unionization and overtaxed the social-service resources of their poor citizen constituents. Cesar Chavez, for example, sent his thugs to the border to club illegal aliens and drive them back into Mexico, as if they were future strike breakers. Until recently, Barack Obama and Hillary Clinton called for strict border enforcement, worried that the wages of illegal workers were driving down those of inner-city or barrio American youth. What changed? Numbers. Once the pool of illegal aliens reached a likely 20 million, and once their second-generation citizen offspring won anchor-baby legality and registered to vote, a huge new progressive constituency rose in the American Southwest — one that was targeted by Democrats, who alternately promised permanent government subsidies and sowed fears with constant charges that right-wing Republicans were abject racists, nativists, and xenophobes. Due to massive influxes of immigrants, and the flight of middle-class citizens, the California of Ronald Reagan, George Deukmejian, and Pete Wilson long ago ceased to exist. Indeed, there are currently no statewide Republican office-holders in California, which has liberal supermajorities in both state legislatures and a mere seven Republicans out of 53 congressional representatives. Nevada, New Mexico, and Colorado are becoming Californized. Soon open borders will do the same to Arizona and Texas. No wonder that the Democratic party has been willing to do almost anything to become the enabler of open borders, whether that is setting up over 500 sanctuary-city jurisdictions, suing to block border enforcement in the courts, or extending in-state tuition, free medical care, and driver’s licenses to those who entered and reside in America illegally. If most immigrants were right-wing, middle-class, Latino anti-Communists fleeing Venezuela or Cuba, or Eastern European rightists sick of the EU, or angry French and Germans who were tired of their failed socialist governments, the Democratic party would be the party of closed borders and the enemy of legal, meritocratic, diverse, and measured immigration. Employers over the past 50 years learned fundamental truths about illegal immigrants. The impoverished young male immigrant, arriving without English, money, education, and legality, will take almost any job to survive, and so he will work all the harder once he’s employed. For 20 years or so, young immigrant workers remain relatively healthy. But once physical labor takes its toll on the middle-aged immigrant worker, the state always was expected to step in to assume the health care, housing, and sustenance cost of the injured, ill, and aging worker — thereby empowering the employer’s revolving-door use of a new generation of young workers. Illegality — at least until recently, with the advent of sanctuary jurisdictions — was seen as convenient, ensuring asymmetry between the employee and the employer, who could always exercise the threat of deportation for any perceived shortcoming in his alien work force. Note that those who hire illegal aliens claim that no Americans will do such work, at least at the wages they are willing to, or can, pay. That is the mea culpa that employers voice when accused of lacking empathy for out-of-work Americans. If employers were fined for hiring illegal aliens, or held financially responsible for their immigrant workers’ health care and retirements, or if they found that such workers were not very industrious and made poor entry-level laborers, then both the Wall Street Journal and the Chamber of Commerce would be apt to favor strict enforcement of immigration laws.  Wealthy progressives favor open borders and illegal immigration for a variety of reasons. The more immigrants, the cheaper, more available, and more industrious are nannies, housekeepers, caregivers, and gardeners — the silent army that fuels the contemporary, two-high-income, powerhouse household. Championing the immigrant poor, without living among them and without schooling one’s children with them or socializing among them, is the affluent progressive’s brand. And to the degree that the paradox causes any guilt, the progressive virtue-signals his loud outrage at border detentions, at separations between parents in court and children in custody, and at the contrast between the burly ICE officers and vulnerable border crossers. In medieval fashion, the farther the liberal advocate of open borders is from the objects of his moral concern, the louder and more empathetic he becomes. Most progressives also enjoy a twofer: inexpensive immigrant “help” and thereby enough brief exposure to the Other to authenticate their 8-to-5 caring. If border crossers were temporarily housed in vacant summer dorms at Stanford, Harvard, or Yale, or were accorded affordable-housing tracts for immigrant communities in the vast open spaces of Portola Valley and the Boulder suburbs, or if immigrant children were sent en masse to language-immersion programs at St. Paul’s, Sidwell Friends, or the Menlo School, then the progressive social-justice warrior would probably go mute. Victor Davis Hanson
À bien des égards, ce que l’on pourrait appeler la classe intellectuelle conservatrice s’est trouvée à la traîne et même parfois à contre-courant de la dernière campagne. Le Weekly Standard, hebdomadaire néoconservateur fondé par Bill Kristol — l’une des voix de droite les plus violemment critiques de l’administration —, en a payé le prix en cessant il y a peu de paraître. Une fois Trump élu, le pragmatisme a toutefois dominé l’attitude de cette galaxie d’institutions vis-à-vis de la Maison Blanche. Ne leur devant pas sa victoire ni son programme, le président a, quant à lui, su utiliser leurs ressources et leurs compétences quand elles lui étaient utiles. L’illustration la plus frappante de cette relation fut la place centrale qu’il donna aux recommandations de la Heritage Foundation (le plus grand think tank conservateur à Washington) et de la Federalist Society (une association influente rassemblant plus de 40 000 juristes conservateurs) pour la nomination des juges à la Cour Suprême (Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh) et dans les degrés inférieurs du système judiciaire. Malgré un style de gouvernement indéniablement nouveau, Trump ne semblait donc pas avoir profondément affecté l’infrastructure institutionnelle d’où s’élaborent la majorité des politiques publiques aux États-Unis. Envisagé comme un phénomène personnel qui disparaîtrait avec lui, certains pouvaient encore penser qu’il ne laisserait avec son départ pas d’héritage profond sur les plans institutionnels et intellectuels. Une conférence comme il s’en organise pourtant des dizaines chaque année à Washington DC vient peut-être de changer la donne. Et si, de manière pour le moins inattendue, Trump s’avérait être depuis Reagan le président ayant eu le plus d’impact sur la fabrique des idées et des élites dans son pays? Le chercheur israélien à l’origine de l’événement, Yoram Hazony, s’est fait connaître à l’automne dernier en publiant The Virtue of Nationalism [La vertu du nationalisme], un livre où il s’emploie à critiquer l’idéal post-national qui a dominé l’éducation politique des élites ces dernières décennies. En organisant ce rassemblement d’intellectuels, de journalistes et d’hommes politiques, il entend désormais jeter les bases d’un mouvement intellectuel, le «conservatisme national», dont il propagera les idées au travers de la Edmund Burke Foundation — créée en janvier en vue de préparer l’événement. Le programme mélange des invités prestigieux (l’entrepreneur Peter Thiel, le présentateur de Fox News Tucker Carlson), des étoiles montantes (le jeune sénateur Josh Hawley et J. D. Vance, l’auteur du best-seller Hillbilly Elegy) et des figures établies (Rusty Reno de la revue First Things ou encore Christopher DeMuth, l’ancien responsable du think tank AEI). S’il est évident que de nombreuses divergences existent entre ces invités, notamment sur les questions de politique étrangère, ils s’accordent assez largement autour de certains points fondamentaux qui constituent à des degrés divers des changements d’orientation profonds par rapport au consensus conservateur antérieur. Ce consensus, aussi connu sous le nom de «fusionnisme», reposait sur la compatibilité de la défense du marché et du libre-échange avec celle des valeurs familiales et religieuses. Libertariens et conservateurs pouvaient ainsi agir côte à côte afin de laisser d’un côté l’État hors de l’entreprise et de l’autre, hors de la famille — attitude résumée par la formule lapidaire de Reagan: «Le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes. Le gouvernement est le problème.» Pour les tenants du «conservatisme national» le danger vient non plus principalement de l’État mais du secteur privé, et plus particulièrement des GAFA et de Wall Street. C’est également à l’État qu’ils s’en remettent pour préserver l’existence nationale de l’ingérence croissante des institutions supranationales. Étonnante dans le paysage politique américain, cette défense de l’État réaffirme la primauté du politique et avec lui du vecteur d’action collective qu’est la nation. La question n’est plus de savoir si l’intervention de l’État est intrinsèquement mauvaise et la liberté du marché intrinsèquement bonne, mais de déterminer dans chaque cas laquelle des deux correspond à l’intérêt et à la volonté de la nation. Le critère permettant de juger une mesure politique n’est plus sa conformité à l’intérêt économique ou aux droits de l’homme mais sa capacité à protéger et renforcer la citoyenneté. Car les normes au fondement de l’État de droit, les principes économiques du capitalisme, n’ont de validité pratique qu’en raison des sentiments communs et des qualités partagées qui constituent les modes de vie des populations qui les adoptent. En déconnectant l’individu de ses solidarités concrètes, une pratique aveugle du libéralisme a selon eux dépossédé les citoyens de ce mode de vie et de leur capacité d’action sur les plans individuels et collectifs. L’objectif du «conservatisme national» est de leur restituer ces deux choses. Or, des hommes que ne relie rien d’autre que le fait d’être porteurs des mêmes droits ne suffisent pas à faire une nation. Et c’est parce que l’existence de cette dernière ne peut plus être prise pour acquis que le danger qui pèse sur elle nécessite une action politique spécifique en rupture avec le consensus des libéraux et conservateurs traditionnels. Les réflexions sur le devenir des nations ne sont pas nouvelles, surtout en France, où des auteurs comme Pierre Manent ont depuis les années 90 mené une critique écoutée des conservateurs américains à l’égard du projet post-national. Ce qui est inédit, c’est qu’une action aussi structurée émerge en vue de former une nouvelle classe dirigeante sur le fondement de ces constats. Adversaires ou alliés de l’actuel président feraient bien de surveiller cette initiative. Si elle réalise son ambition la Edmund Burke Foundation pourrait parvenir à associer au changement immédiat impulsé par Donald Trump une éducation politique susceptible d’affecter sur le long terme la formation des élites américaines, ce à quoi son style de gouvernement et les techniques de communication qui le caractérisent ne sauraient parvenir à eux seuls. Le sénateur Josh Hawley, âgé de 39 ans (ancien procureur général de l’état du Missouri), fait figure de symbole de cette classe politique en devenir: «Une nation républicaine requiert une économie républicaine […] Une économie fondée sur les échanges monétaires à Wall Street ne bénéficie en dernier ressort qu’à ceux qui possèdent déjà de l’argent. Une telle économie ne saurait soutenir une grande nation.» Hostile à l’inflation des diplômes universitaires et aux multinationales, favorable aux droits de douane, défenseur de «l’Amérique moyenne», il représente peut-être ce que pourrait devenir le «trumpisme» sans Trump. Alexis Carré
President Trump is often accused of creating a needless rift with America’s European allies. The secretary-general of the North Atlantic Treaty Organization, Jens Stoltenberg, expressed a different view recently when he told a joint session of Congress: “Allies must spend more on defense—this has been the clear message from President Trump, and this message is having a real impact.” Mr. Stoltenberg’s remarks reflect a growing recognition that strategic and economic realities demand a drastic change in the way the U.S. conducts foreign policy. The unwanted cracks in the Atlantic alliance are primarily a consequence of European leaders, especially in Germany and France, wishing to continue living in a world that no longer exists. The U.S. cannot serve as the enforcer for the Europeans’ beloved “rules-based international order” any more. Even in the 1990s, it was doubtful the U.S. could indefinitely guarantee the security of all nations, paying for George H.W. Bush’s “new world order” principally with American soldiers’ lives and American taxpayers’ dollars. Today a $22 trillion national debt and the voting public’s indifference to the dreams of world-wide liberal empire have depleted Washington’s ability to wage pricey foreign wars. At a time of escalating troubles at home, America’s estimated 800 overseas bases in 80 countries are coming to look like a bizarre misallocation of resources. And the U.S. is politically fragmented to an extent unseen in living memory, with uncertain implications in the event of a major war. This explains why the U.S. has not sent massive, Iraq-style expeditionary forces to defend Ukraine’s integrity or impose order in Syria. If there’s trouble on Estonia’s border with Russia, would the U.S. have the will to deploy tens of thousands of soldiers on an indefinite mission 85 miles from St. Petersburg? Although Estonia joined NATO in 2004, the certainties of 15 years ago have broken down. On paper, America has defense alliances with dozens of countries. But these are the ghosts of a rivalry with the Soviet Union that ended three decades ago, or the result of often reckless policies adopted after 9/11. These so-called allies include Turkey and Pakistan, which share neither America’s values nor its interests, and cooperate with the U.S. only when it serves their purposes. Other “allies” refuse to develop a significant capacity for self-defense, and are thus more accurately regarded as American dependencies or protectorates. Liberal internationalists are right about one thing, however: America cannot simply turn its back on the world. Pearl Harbor and 9/11 demonstrated that the U.S. can and will be targeted on its own soil. An American strategic posture aimed at minimizing the danger from rival powers needs to focus on deterring Russia and China from wars of expansion; weakening China relative to the U.S. and thereby preventing it from attaining dominance over the world economy; and keeping smaller hostile powers such as North Korea and Iran from obtaining the capacity to attack America or other democracies. To attain these goals, the U.S. will need a new strategy that is far less costly than anything previous administrations contemplated. Mr. Trump has taken a step in the right direction by insisting that NATO allies “pay their fair share” of the budget for defending Europe, increasing defense spending to 2% of gross domestic product in accordance with NATO treaty obligations. But this framing of the issue doesn’t convey the problem’s true nature or its severity. The real issue is that the U.S. can no longer afford to assume responsibility for defending entire regions if the people living in them aren’t willing and able to build up their own credible military deterrent. The U.S. has a genuine interest, for example, in preventing the democratic nations of Eastern Europe from being absorbed into an aggressive Russian imperial state. But the principal interested parties aren’t Americans. The members of the Visegrád Group—the Czech Republic, Hungary, Poland and Slovakia—have a combined population of 64 million and a 2017 GDP of $2 trillion (about 50% of Russia’s, according to CIA estimates). The principal strategic question is therefore whether these countries are willing to do what is necessary to maintain their own national independence. If they are—at a cost that could well exceed the 2% figure devised by NATO planners—then they could eventually shed their dependent status and come to the table as allies of the kind the U.S. could actually use: strong frontline partners in deterring Russian expansion. The same is true in other regions. Rather than carelessly accumulate dependencies, the U.S. must ask where it can develop real allies—countries that share its commitment to a world of independent nations, pursue democratic self-determination (although not necessarily liberalism) at home, and are willing to pay the price for freedom by taking primary responsibility for their own defense and shouldering the human and economic costs involved. Nations that demonstrate a commitment to these shared values and a willingness to fight when necessary should benefit from relations that may include the supply of advanced armaments and technologies, diplomatic cover in dealing with shared enemies, preferred partnership in trade, scientific and academic cooperation, and the joint development of new technologies. Fair-weather friends and free-riding dependencies should not. Perhaps the most important candidate for such a strategic alliance is India. Long a dormant power afflicted by poverty, socialism and an ideology of “nonalignment,” India has become one of the world’s largest and fastest-expanding economies. In contrast to the political oppression of the Chinese communist model, India has succeeded in retaining much of its religious conservatism while becoming an open and diverse country—by far the world’s most populous democracy—with a solid parliamentary system at both the federal and state levels. India is threatened by Islamist terrorism, aided by neighboring Pakistan; as well as by rapidly increasing Chinese influence, emanating from the South China Sea, the Pakistani port of Gwadar, and Djibouti, in the Horn of Africa, where the Chinese navy has established its first overseas base. India’s values, interests and growing wealth could establish an Indo-American alliance as the central pillar of a new alignment of democratic national states in Asia, including a strengthened Japan and Australia. But New Delhi remains suspicious of American intentions, and with good reason: Rather than unequivocally bet on an Indian partnership, the U.S. continues to play all sides, haphazardly switching from confrontation to cooperation with China, and competing with Beijing for influence in fanaticism-ridden Pakistan. The rationalizations for these counterproductive policies tend to focus on Pakistan’s supposed logistical contributions to the U.S. war in Afghanistan—an example of how tactical considerations and the demands of bogus allies can stand in the way of meeting even the most pressing strategic needs. A similar confusion characterizes America’s relationship with Turkey. A U.S. ally during the Cold War, Turkey is now an expansionist Islamist power that has assisted the Muslim Brotherhood, Hamas, al Qaeda and even ISIS; threatened Greece and Cyprus; sought Russian weapons; and recently expressed its willingness to attack U.S. forces in Syria. In reality, Turkey is no more an ally than Russia or China. Yet its formal status as the second-largest military in NATO guarantees that the alliance will continue to be preoccupied with pretense and make-believe, rather than the interests of democratic nations. Meanwhile, America’s most reliable Muslim allies, the Kurds, live under constant threat of Turkish invasion and massacre. The Middle East is a difficult region, in which few players share American values and interests, although all of them—including Turkey, Iraq, Egypt, Saudi Arabia and even Iran—are willing to benefit from U.S. arms, protection or cash. Here too Washington should seek alliances with national states that share at least some key values and are willing to shoulder most of the burden of defending themselves while fighting to contain Islamist radicalism. Such natural regional allies include Greece, Israel, Ethiopia and the Kurds. A central question for a revitalized alliance of democratic nations is which way the winds will blow in Western Europe. For a generation after the Berlin Wall’s fall in 1989, U.S. administrations seemed willing to take responsibility for Europe’s security indefinitely. European elites grew accustomed to the idea that perpetual peace was at hand, devoting themselves to turning the EU into a borderless utopia with generous benefits for all. But Europe has been corrupted by its dependence on the U.S. Germany, the world’s fifth-largest economic power (with a GDP larger than Russia’s), cannot field more than a handful of operational combat aircraft, tanks or submarines. Yet German leaders steadfastly resist American pressure for substantial increases in their country’s defense capabilities, telling interlocutors that the U.S. is ruining a beautiful friendship. None of this is in America’s interest—and not only because the U.S. is stuck with the bill. When people live detached from reality, they develop all sorts of fanciful theories about how the world works. For decades, Europeans have been devising “transnationalist” fantasies to explain how their own supposed moral virtues, such as their rejection of borders, have brought them peace and prosperity. These ideas are then exported to the U.S. and the rest of the democratic world via international bodies, universities, nongovernmental organizations, multinational corporations and other channels. Having subsidized the creation of a dependent socialist paradise in Europe, the U.S. now has to watch as the EU’s influence washes over America and other nations. For the moment, it is hard to see Germany or Spain becoming American allies in the new, more realistic sense of the term we have proposed. France is a different case, maintaining significant military capabilities and a willingness to deploy them at times. But the governments of these and other Western European countries remain ideologically committed to transferring ever-greater powers to international bodies and to the concomitant degradation of national independence. That doesn’t make them America’s enemies, but neither are they partners in defending values such as national self-determination. It is difficult to foresee circumstances under which they would be willing or able to arm themselves in keeping with the actual security needs of an emerging alliance of independent democratic nations. The prospects are better with respect to Britain, whose defense spending is already significantly higher, and whose public asserted a desire to regain independence in the Brexit referendum of 2016. With a population of more than 65 million and a GDP of $3 trillion (75% of Russia’s), the U.K. may yet become a principal partner in a leaner but more effective security architecture for the democratic world. Isolationists are also right about one thing: The U.S. cannot be, and should not try to be, the world’s policeman. Yet it does have a role to play in awakening democratic nations from their dependence-induced torpor, and assisting those that are willing to make the transition to a new security architecture based on self-determination and self-reliance. An alliance including the U.S., the U.K. and the frontline Eastern European nations, as well as India, Israel, Japan and Australia, among others, would be strong enough to exert sustained pressure on China, Russia and hostile Islamist groups. Helping these democratic nations become self-reliant regional actors would reduce America’s security burden, permitting it to close far-flung military installations and making American military intervention the exception rather than the rule. At the same time, it would free American resources for the long struggle to deny China technological superiority, as well as for unforeseen emergencies that are certain to arise. Yoram Hazony and Ofir Haivry
In a universal political order . . . in which a single standard of right is held to be in force everywhere, tolerance for diverse political and religious standpoints must necessarily decline. (…) We should not let a hairbreadth of our freedom be given over to foreign bodies under any name whatsoever, or to foreign systems of law that are not determined by our own nations. (…) “the European Union has caused severe damage to the principle that originally granted legitimacy to Israel as an independent national state: the principle of national freedom and self-determination. Yoram Hazony
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler n’était pas le moins du monde nationaliste. Il était même tout le contraire: Hitler méprisait la vision nationaliste, et il appelle dans Mein Kampf à détruire les autres Etats-nations européens pour que les Allemands soient les maîtres du monde. Dès son origine, le nazisme est une entreprise impérialiste, pas nationaliste. Quant à la Première Guerre mondiale, le nationalisme est loin de l’avoir déclenchée à lui seul! Le nationalisme serbe a fourni un prétexte, mais en réalité c’est la visée impérialiste des grandes puissances européennes (l’Allemagne, la France, l’Angleterre) qui a transformé ce conflit régional en une guerre planétaire. Ainsi, le principal moteur des deux guerres mondiales était l’impérialisme, pas le nationalisme. (…) Le nationalisme est en effet en vogue en ce moment: c’est du jamais-vu depuis 1990, date à laquelle Margaret Thatcher a été renversée par son propre camp à cause de son hostilité à l’Union européenne. Depuis plusieurs décennies, les principaux partis politiques aux Etats-Unis et en Europe, de droite comme de gauche, ont souscrit à ce que l’on pourrait appeler «l’impérialisme libéral», c’est-à-dire l’idée selon laquelle le monde entier devrait être régi par une seule et même législation, imposée si besoin par la contrainte. Mais aujourd’hui, une génération plus tard, une demande de souveraineté nationale émerge et s’est exprimée avec force aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Italie, en Europe de l’Est et ailleurs encore. Avec un peu de chance et beaucoup d’efforts, cet élan nationaliste peut aboutir à un nouvel ordre politique, fondé sur la cohabitation de nations indépendantes et souveraines. Mais nous devons aussi être lucides: les élites «impérialistes libérales» n’ont pas disparu, elles sont seulement affaiblies. Si, en face d’eux, le camp nationaliste ne parvient pas à faire ses preuves, elles ne tarderont pas à revenir dans le jeu. (…) Historiquement, le «nationalisme» décrit une vision du monde où le meilleur système de gouvernement serait la coexistence de nations indépendantes, et libres de tracer leur propre route comme elles l’entendent. On l’oppose à «l’impérialisme», qui cherche à apporter au monde la paix et la prospérité en unifiant l’humanité, autant que possible, sous un seul et même régime politique. Les dirigeants de l’Union européenne, de même que la plupart des élites américaines, croient dur comme fer en l’impérialisme. Ils pensent que la démocratie libérale est la seule forme admissible de gouvernement, et qu’il faut l’imposer progressivement au monde entier. C’est ce que l’on appelle souvent le «mondialisme», et c’est précisément ce que j’entends par «nouvel empire libéral». (…) En Europe, on se désolidarise du militarisme américain: les impérialistes allemands ou bruxellois préfèrent d’autres formes de coercition… mais leur objectif est le même. Regardez comment l’Allemagne cherche à imposer son programme économique à la Grèce ou à l’Italie, ou sa vision immigrationniste à la République tchèque, la Hongrie ou la Pologne. En Italie, le budget a même été rejeté par la Commission européenne! (…) Le conflit entre nationalisme et impérialisme est aussi vieux que l’Occident lui-même. La vision nationaliste est l’un des enseignements politiques fondamentaux de la Bible hébraïque: le Dieu d’Israël fut le premier qui donna à son peuple des frontières, et Moïse avertit les Hébreux qu’ils seraient punis s’ils tentaient de conquérir les terres de leurs voisins, car Yahvé a donné aussi aux autres nations leur territoire et leur liberté. Ainsi, la Bible propose le nationalisme comme alternative aux visées impérialistes des pharaons, mais aussi des Assyriens, des Perses ou, bien sûr, des Babyloniens. Et l’histoire du Moyen Âge ou de l’époque moderne montre que la plupart des grandes nations européennes – la France, l’Angleterre, les Pays-Bas… – se sont inspirées de l’exemple d’Israël. Mais le nationalisme de l’Ancien Testament ne fut pas tout de suite imité par l’Occident. La majeure partie de l’histoire occidentale est dominée par un modèle politique inverse: celui de l’impérialisme romain. C’est de là qu’est né le Saint Empire romain germanique, qui a toujours cherché à étendre sa domination, tout comme le califat musulman. Les Français aussi ont par moments été tentés par l’impérialisme et ont cherché à conquérir le monde: Napoléon, par exemple, était un fervent admirateur de l’Empire romain et n’avait pour seul but que d’imposer son modèle de gouvernement «éclairé» à tous les pays qu’il avait conquis. Ainsi a-t-il rédigé de nouvelles constitutions pour nombre d’entre eux: les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne… Son projet, en somme, était le même que celui de l’Union européenne aujourd’hui : réunir tous les peuples sous une seule et même législation. (…) [le modèle nationaliste] permet à chaque nation de décider ses propres lois en vertu de ses traditions particulières. Un tel modèle assure une vraie diversité politique, et permet à tous les pays de déployer leur génie à montrer que leurs institutions et leurs valeurs sont les meilleures. Un tel équilibre international ressemblerait à celui qui s’est établi en Europe après les traités de Westphalie signés en 1648, et qui ont permis l’existence d’une grande diversité de points de vue politiques, institutionnels et religieux. Ces traités ont donné aux nations européennes un dynamisme nouveau: grâce à cette diversité, les nations sont devenues autant de laboratoires d’idées dans lesquels ont été expérimentés, développés et éprouvés les théories philosophiques et les systèmes politiques que l’on associe aujourd’hui au monde occidental. À l’évidence, toutes ces expériences ne se valent pas et certaines n’ont bien sûr pas été de grands succès. Mais la réussite de l’une seule d’entre elles – la France, par exemple – suffit pour que les autres l’imitent et apprennent grâce à son exemple. Tandis que, par contraste, un gouvernement impérialiste comme celui de l’Union européenne tue toute forme de diversité dans l’œuf. Les élites bruxelloises sont persuadées de savoir déjà avec exactitude la façon dont le monde entier doit vivre. Il est pourtant manifeste que ce n’est pas le cas… (…) La diversité des points de vue, et, partant, chacun de ces désaccords, sont une conséquence nécessaire de la liberté humaine, qui fait que chaque nation a ses propres valeurs et ses propres intérêts. La seule manière d’éviter ces désaccords est de faire régner une absolue tyrannie – et c’est du reste ce dont l’Union européenne se rend peu à peu compte: seules les mesures coercitives permettent d’instaurer une relative uniformité entre les États membres. (…) Mais nous devons alors reconnaître, tout aussi humblement, que les mouvements universalistes ne sont pas exempts non plus d’une certaine inclination à la haine ou au sectarisme. Chacun des grands courants universels de l’histoire en a fait montre, qu’il s’agisse du christianisme, de l’islam ou du marxisme. En bâtissant leur empire, les universalistes ont souvent rejeté les particularismes nationaux qui se sont mis en travers de leur chemin et ont refusé d’accepter leur prétention à apporter à l’humanité entière la paix et la prospérité. Cette détestation du particulier, qui est une constante dans tous les grands universalismes, est flagrante aujourd’hui dès lors qu’un pays sort du rang: regardez le torrent de mépris et d’insultes qui s’est répandu contre les Britanniques qui ont opté pour le Brexit, contre Trump, contre Salvini, contre la Hongrie, l’Autriche et la Pologne, contre Israël… Les nouveaux universalistes vouent aux gémonies l’indépendance nationale. (…) un nationaliste ne prétend pas savoir ce qui est bon pour n’importe qui, n’importe où dans le monde. Il fait preuve d’une grande humilité, lui, au moins. N’est-ce pas incroyable de vouloir dicter à tous les pays qui ils doivent choisir pour ministre, quel budget ils doivent voter, et qui sera en droit de traverser leurs frontières? Face à cette arrogance vicieuse, je considère en effet le nationalisme comme une vertu. (…) le nationaliste est vertueux, car il limite sa propre arrogance et laisse les autres conduire leur vie à leur guise. (…) Si les différents gouvernements nationalistes aujourd’hui au pouvoir dans le monde parviennent à prouver leur capacité à diriger un pays de manière responsable, et sans engendrer de haine ou de tensions, alors ils viendront peut-être à bout de l’impérialisme libéral. Ils ont une chance de restaurer un ordre du monde fondé sur la liberté des nations. Il ne tient désormais qu’à eux de la saisir, et je ne peux prédire s’ils y parviendront: j’espère seulement qu’ils auront assez de sagesse et de talent pour cela. Yoram Hazony
Custom quite often wears the mask of nature, and we are taken in [by this] to the point that the practices adopted by nations, based solely on custom, frequently come to seem like natural and universal laws of mankind. John Selden
Selden, and the other profoundly learned men, who drew this petition of right, were as well acquainted, at least, with all the general theories concerning the “rights of men” [as any defenders of the revolution in France]. . . . But, for reasons worthy of that practical wisdom which superseded their theoretic science, they preferred this positive, recorded, hereditary title to all which can be dear to the man and the citizen, to that vague speculative right, which exposed their sure inheritance to be scrambled for and torn to pieces by every wild, litigious spirit. Edmund Burke
I believe the British government forms the best model the world ever produced. Hamilton
Experience must be our only guide. Reason may mislead us. It was not reason that discovered the singular and admirable mechanism of the English constitution…. Accidents probably produced these discoveries, and experience has given a sanction to them. John Dickinson
It yet remains a problem to be solved in human affairs, whether any free government can be permanent, where the public worship of God, and the support of religion, constitute no part of the policy or duty of the state in any assignable shape. John Story
The liberty of the whole earth was depending on the issue of the contest. . . . Rather than it should have failed, I would have seen half the earth desolated. Thomas Jefferson
The year 2016 marked a dramatic change of political course for the English-speaking world, with Britain voting for independence from Europe and the United States electing a president promising a revived American nationalism. Critics see both events as representing a dangerous turn toward “illiberalism” and deplore the apparent departure from “liberal principles” or “liberal democracy,” themes that surfaced repeatedly in conservative publications over the past year. Perhaps the most eloquent among the many spokesmen for this view has been William Kristol, who, in a series of essays in the Weekly Standard, has called for a new movement to arise “in defense of liberal democracy.” In his eyes, the historic task of American conservatism is “to preserve and strengthen American liberal democracy,” and what is needed now is “a new conservatism based on old conservative—and liberal—principles.” Meanwhile, the conservative flagship Commentary published a cover story by the Wall Street Journal’s Sohrab Ahmari entitled “Illiberalism: The Worldwide Crisis,” seeking to raise the alarm about the dangers to liberalism posed by Brexit, Trump, and other phenomena. (…) But we see this confusion of conservatism with liberalism as historically and philosophically misguided. Anglo-American conservatism is a distinct political tradition—one that predates Locke by centuries. Its advocates fought for and successfully established most of the freedoms that are now exclusively associated with Lockean liberalism, although they did so on the basis of tenets very different from Locke’s. Indeed, when Locke published his Two Treatises of Government in 1689, offering the public a sweeping new rationale for the traditional freedoms already known to Englishmen, most defenders of these freedoms were justly appalled. They saw in this new doctrine not a friend to liberty but a product of intellectual folly that would ultimately bring down the entire edifice of freedom. Thus, liberalism and conservatism have been opposed political positions in political theory since the day liberal theorizing first set foot in England. Today’s confusion of conservative political thought with liberalism is in a way understandable, however. In the great twentieth-century battles against totalitarianism, conservatives and liberals were allies: They fought together, along with the Communists, against Nazism. After 1945, conservatives and liberals remained allies in the war against Communism. Over these many decades of joint struggle, what had for centuries been a distinction of vital importance was treated as if it were not terribly important, and in fact, it was largely forgotten. But since the fall of the Berlin Wall in 1989, these circumstances have changed. The challenges facing the Anglo-American tradition are now coming from other directions entirely. Radical Islam, to name one such challenge, is a menace that liberals, for reasons internal to their own view of the political world, find difficult to regard as a threat and especially difficult to oppose in an effective manner. But even more important is the challenge arising from liberalism itself. It is now evident that liberal principles contribute little or nothing to those institutions that were for centuries the bedrock of the Anglo-American political order: nationalism, religious tradition, the Bible as a source of political principles and wisdom, and the family. Indeed, as liberalism has emerged victorious from the battles of the last century, the logic of its doctrines has increasingly turned liberals against all of these conservative institutions. On both of these fronts, the conservative and liberal principles of the Anglo-American tradition are now painfully at cross-purposes. The twentieth-century alliance between conservatism and liberalism is proving increasingly difficult to maintain. Among the effects of the long alliance between conservatism and liberalism has been a tendency of political figures, journalists, and academics to slip back and forth between conservative terms and ideas and liberal ones as if they were interchangeable. And until recently, there seemed to be no great harm in this. Now, however, it is becoming obvious that this lack of clarity is crippling our ability to think about a host of issues, from immigration and foreign wars to the content of the Constitution and the place of religion in education and public life. (…) Living in very different periods, these individuals nevertheless shared common ideas and principles and saw themselves as part of a common tradition of English, and later Anglo-American, constitutionalism. A politically traditionalist outlook of this kind was regarded as the mainstream in both England and America up until the French Revolution and only came to be called “conservative” during the nineteenth century, as it lost ground and became one of two rival camps. Because the name conservative dates from this time of decline, it is often wrongly asserted that those who continued defending the Anglo-American tradition after the revolution—men such as Burke and Hamilton—were the “first conservatives.” (…) The emergence of the Anglo-American conservative tradition can be identified with the words and deeds of a series of towering political and intellectual figures, among whom we can include individuals such as Sir John Fortescue, Richard Hooker, Sir Edward Coke, John Selden, Sir Matthew Hale, Sir William Temple, Jonathan Swift, Josiah Tucker, Edmund Burke, John Dickinson, and Alexander Hamilton. Men such as George Washington, John Adams, and John Marshall, often hastily included among the liberals, would also have placed themselves in this conservative tradition rather than with its opponents, whom they knew all too well.According to Fortescue, the English constitution provides for what he calls “political and royal government,” by which he means that English kings do not rule by their own authority alone (i.e., “royal government”), but together with the representatives of the nation in Parliament and in the courts (i.e., “political government”). In other words, the powers of the English king are limited by the traditional laws of the English nation, in the same way—as Fortescue emphasizes—that the powers of the Jewish king in the Mosaic constitution in Deuteronomy are limited by the traditional laws of the Israelite nation. This is in contrast with the Holy Roman Empire of Fortescue’s day, which was supposedly governed by Roman law, and therefore by the maxim that “what pleases the prince has the force of law,” and in contrast with the kings of France, who governed absolutely. Among other things, the English law is described as providing for the people’s representatives, rather than the king, to determine the laws of the realm and to approve requests from the king for taxes. In addition to this discussion of what later tradition would call the separation of powers and the system of checks and balances, Fortescue also devotes extended discussion to the guarantee of due process under law, which he explores in his discussion of the superior protections afforded to the individual under the English system of trial by jury. Crucially, Fortescue consistently connects the character of a nation’s laws and their protection of private property to economic prosperity, arguing that limited government bolsters such prosperity, while an absolute government leads the people to destitution and ruin. In another of his writings, The Difference between an Absolute and a Limited Monarchy (also known as The Governance of England, c. 1471), he starkly contrasts the well-fed and healthy English population living under their limited government with the French, whose government was constantly confiscating their property and quartering armies in their towns—at the residents’ expense—by unilateral order of the king. (…) Like later conservative tradition, Fortescue does not believe that either scripture or human reason can provide a universal law suitable for all nations. We do find him drawing frequently on the Mosaic constitution and the biblical “Four Books of Kings” (1–2 Samuel and 1–2 Kings) to assist in understanding the political order and the English constitution. Nevertheless, Fortescue emphasizes that the laws of each realm reflect the historic experience and character of each nation, just as the English common law is in accord with England’s historic experience. Thus, for example, Fortescue argues that a nation that is self-disciplined and accustomed to obeying the laws voluntarily rather than by coercion is one that can productively participate in the way it is governed. This, Fortescue proposes, was true of the people of England, while the French, who were of undisciplined character, could be governed only by the harsh and arbitrary rule of absolute royal government. On the other hand, Fortescue also insisted, again in keeping with biblical precedent and later conservative tradition, that this kind of national character was not set in stone, and that such traits could be gradually improved or worsened over time. (…) Fortescue wrote in the decades before the Reformation, and as a firm Catholic. But every page of his work breathes the spirit of English nationalism—the belief that through long centuries of experience, and thanks to a powerful ongoing identification with Hebrew Scripture, the English had succeeded in creating a form of government more conducive to human freedom and flourishing than any other known to man. First printed around 1545, Fortescue’s Praise of the Laws of England spoke in a resounding voice to that period of heightened nationalist sentiment in which English traditions, now inextricably identified with Protestantism, were pitted against the threat of invasion by Spanish-Catholic forces aligned with the Holy Roman Emperor. This environment quickly established Fortescue as England’s first great political theorist, paving the way for him to be read by centuries of law students in both England and America and by educated persons wherever the broader Anglo-American conservative tradition struck root. (…) the decisive chapter in the formation of modern Anglo-American conservatism: the great seventeenth-century battle between defenders of the traditional English constitution against political absolutism on one side, and against the first advocates of a Lockean universalist rationalism on the other (…) is dominated by the figure of John Selden (1584–1654), probably the greatest theorist of Anglo-American conservatism. (…) In 1628, Selden played a leading role in drafting and passing an act of Parliament called the Petition of Right, which sought to restore and safeguard “the divers rights and liberties of the subjects” that had been known under the traditional English constitution. Among other things, it asserted that “your subjects have inherited this freedom, that they should not be compelled to contribute to any tax . . . not set by common consent in Parliament”; that “no freeman may be taken or imprisoned or be disseized of his freehold or liberties, or his free customs . . . but by the lawful judgment of his peers, or by the law of the land”; and that no man “should be put out of his land or tenements, nor taken, nor imprisoned, nor disinherited nor put to death without being brought to answer by due process of law.” In the Petition of Right, then, we find the famous principle of “no taxation without representation,” as well as versions of the rights enumerated in the Third, Fourth, Fifth, Sixth, and Seventh Amendments of the American Bill of Rights—all declared to be ancient constitutional English freedoms and unanimously approved by Parliament, before Locke was even born. Although not mentioned in the Petition explicitly, freedom of speech had likewise been reaffirmed by Coke as “an ancient custom of Parliament” in the 1590s and was the subject of the so-called Protestation of 1621 that landed Coke, then seventy years old, in the Tower of London for nine months. In other words, Coke, Eliot, and Selden risked everything to defend the same liberties that we ourselves hold dear in the face of an increasingly authoritarian regime. (…) But they did not do so in the name of liberal doctrines of universal reason, natural rights, or “self-evident” truths. These they explicitly rejected because they were conservatives, not liberals. (…) Selden sought to defend conservative traditions, including the English one, not only against the absolutist doctrines of the Stuarts but also against the claims of a universalist rationalism, according to which men could simply consult their own reason, which was the same for everyone, to determine the best constitution for mankind. This rationalist view had begun to collect adherents in England among followers of the great Dutch political theorist Hugo Grotius, whose On the Law of War and Peace (1625) suggested that it might be possible to do away with the traditional constitutions of nations by relying only on the rationality of the individual. (…) Selden responds to the claims of universal reason by arguing for a position that can be called historical empiricism. On this view, our reasoning in political and legal matters should be based upon inherited national tradition. This permits the statesman or jurist to overcome the small stock of observation and experience that individuals are able to accumulate during their own lifetimes (“that kind of ignorant infancy, which our short lives alone allow us”) and to take advantage of “the many ages of former experience and observation,” which permit us to “accumulate years to us, as if we had lived even from the beginning of time.” In other words, by consulting the accumulated experience of the past, we overcome the inherent weakness of individual judgement, bringing to bear the many lifetimes of observation by our forebears, who wrestled with similar questions under diverse conditions. (…)  Recalling the biblical Jeremiah’s insistence on an empirical study of the paths of old (Jer. 6:16), Selden argues that the correct method is that “all roads must be carefully examined. We must ask about the ancient paths, and only what is truly the best may be chosen.”  (…) Selden recognizes that, in making these selections from the traditions of the past, we tacitly rely upon a higher criterion for selection, a natural law established by God, which prescribes “what is truly best” for mankind in the most elementary terms. In his Natural and National Law, Selden explains that this natural law has been discovered over long generations since the biblical times and has come down to us in various versions. Of these, the most reliable is that of the Talmud, which describes the seven laws of the children of Noah prohibiting murder, theft, sexual perversity, cruelty to beasts, idolatry and defaming God, and requiring courts of law to enforce justice. The experience of thousands of years has taught us that these laws frame the peace and prosperity that is the end of all nations, and that they are the unseen root from which the diverse laws of all the nations ultimately derive. (…) In doing so, he seeks to gradually approach, by trial and error, the best that is possible for each nation. (…)  But (…) Stuart absolutism eventually pressed England toward civil war and, finally, to a Puritan military dictatorship that not only executed the king but destroyed Parliament and the constitution as well. Selden did not live to see the constitution restored. The regicide regime subsequently offered England several brand-new constitutions, none of which proved workable, and within eleven years it had collapsed. In 1660, two eminent disciples of Selden, Edward Hyde (afterward Earl of Clarendon) and Sir Matthew Hale, played a leading role in restoring the constitution and the line of Stuart kings. When the Catholic James II succeeded to the throne in 1685, fear of a relapse into papism and even of a renewed attempt to establish absolutism moved the rival political factions of the country to unite in inviting the next Protestants in line to the throne. The king’s daughter Mary and her husband, Prince William of Orange, the Stadtholder of the Dutch Republic, crossed the channel to save Protestant England and its constitution. Parliament, having confirmed the willingness of the new joint monarchs to protect the English from “all other attempts upon their religion, rights and liberties,” in 1689 established the new king and queen on the throne and ratified England’s famous Bill of Rights. This new document reasserted the ancient rights invoked in the earlier Petition of Right, among other things affirming the right of Protestant subjects to “have arms for their defense” and the right of “freedom of speech and debates” in Parliament, and that “excessive bail ought not to be required, nor excessive fines imposed, nor cruel and unusual punishments inflicted”—the basis for the First, Second, and Eighth Amendments of the American Bill of Rights. Freedom of speech was quickly extended to the wider public, with the termination of English press licensing laws a few years later. The restoration of a Protestant monarch and the adoption of the Bill of Rights were undertaken by a Parliament united around Seldenian principles. What came to be called the “Glorious Revolution” was glorious precisely because it reaffirmed the traditional English constitution and protected the English nation from renewed attacks on “their religion, rights and liberties.” Such attacks came from absolutists like Sir Robert Filmer on the one hand, whose Patriarcha (published posthumously, 1680) advocated authoritarian government as the only legitimate one, and by radicals like John Locke on the other. Locke’s Two Treatises of Government (1689) responded to the crisis by arguing for the right of the people to dissolve the traditional constitution and reestablish it according to universal reason. Over the course of the seventeenth century, English conservatism was formed into a coherent and unmistakable political philosophy utterly opposed both to the absolutism of the Stuarts, Hobbes, and Filmer (what would later be called “the Right”), as well as to liberal theories of universal reason advanced first by Grotius and then by Locke (“the Left”). The centrist conservative view was to remain the mainstream understanding of the English constitution for a century and a half, defended by leading Whig intellectuals in works from William Atwood’s Fundamental Constitution of the English Government (1690) to Josiah Tucker’s A Treatise of Civil Government (1781), which strongly opposed both absolutism and Lockean theories of universal rights. This is the view upon which men like Blackstone, Burke, Washington, and Hamilton were educated. Not only in England but in British America, lawyers were trained in the common law by studying Coke’s Institutes of the Lawes of England (1628–44) and Hale’s History of the Common Law of England (1713). In both, the law of the land was understood to be the traditional English constitution and common law, amended as needed for local purposes. (…)  We have described the Anglo-American conservative tradition as subscribing to a historical empiricism, which proposes that political knowledge is gained by examining the long history of the customary laws of a given nation and the consequences when these laws have been altered in one direction or another. Conservatives understand that a jurist must exercise reason and judgment, of course. But this reasoning is about how best to adapt traditional law to present circumstances, making such changes as are needed for the betterment of the state and of the public, while preserving as much as possible the overall frame of the law. To this we have opposed a standpoint that can be called rationalist. Rationalists have a different view of the role of reason in political thought, and in fact a different understanding of what reason itself is. Rather than arguing from the historical experience of nations, they set out by asserting general axioms that they believe to be true of all human beings, and that they suppose will be accepted by all human beings examining them with their native rational abilities. From these they deduce the appropriate constitution or laws for all men. (…) Locke is known philosophically as an empiricist. But his reputation in this regard is based largely on his Essay concerning Human Understanding (1689), which is an influential exercise in empirical psychology. His Second Treatise of Government is not, however, a similar effort to bring an empirical standpoint to the theory of the state. Instead, it begins with a series of axioms that are without any evident connection to what can be known from the historical and empirical study of the state. Among other things, Locke asserts that, (1) prior to the establishment of government, men exist in a “state of nature,” in which (2) “all men are naturally in a state of perfect freedom,” as well as in (3) a “state of perfect equality, where naturally there is no superiority or jurisdiction of one over another.” Moreover, (4) this state of nature “has a law of nature to govern it”; and (5) this law of nature is, as it happens, nothing other than human “reason” itself, which “teaches all mankind, who will but consult it.” It is this universal reason, the same among all mankind, that leads them to (6) terminate the state of nature, “agreeing together mutually to enter into . . . one body politic” by an act of free consent. From these six axioms, Locke then proceeds to deduce the proper character of the political order for all nations on earth. (…)  Faced with this mass of unverifiable assertions, empiricist political theorists such as Hume, Smith, and Burke rejected all of Locke’s axioms and sought to rebuild political philosophy on the basis of things that can be known from history and from an examination of actual human societies and governments. (…) While Locke’s rationalist theories made limited headway in England, they were all the rage in France. Rousseau’s On the Social Contract (1762) went where others had feared to tread, embracing Locke’s system of axioms for correct political thought and calling upon mankind to consent only to the one legitimate constitution dictated by reason. Within thirty years, Rousseau, Voltaire, and the other French imitators of Locke’s rationalist politics received what they had demanded in the form of the French Revolution. The 1789 Declaration of the Rights of Man and of the Citizen was followed by the Reign of Terror for those who would not listen to reason. Napoleon’s imperialist liberalism rapidly followed, bringing universal reason and the “rights of man” to the whole of continental Europe by force of arms, at a cost of millions of lives. In 1790, a year after the beginning of the French Revolution, the Anglo-Irish thinker and Whig parliamentarian Edmund Burke composed his famous defense of the English constitutional tradition against the liberal doctrines of universal reason and universal rights, entitled Reflections on the Revolution in France. Burke’s argument is frequently quoted today by conservatives who assume that his target was Rousseau and his followers in France. But Burke’s attack was not primarily aimed at Rousseau, who had few enthusiasts in Britain or America at the time. The actual target of his attack was contemporary followers of Grotius and Locke—individuals such as Richard Price, Joseph Priestley, Charles James Fox, Charles Grey, Thomas Paine, and Thomas Jefferson. Price, who was the explicit subject of Burke’s attack in the first pages of Reflections on the Revolution in France, had opened his Observations on the Nature of Civil Liberty (1776) with the assertion that “the principles on which I have argued form the foundation of every state as far as it is free; and are the same with those taught by Mr. Locke.” And much the same could be said of the others, all of whom followed Locke in claiming that the only true foundation for political and constitutional thought was precisely in those “general theories concerning the rights of men” that Burke believed would bring turmoil and death to one country after another. The carnage taking place in France triggered a furious debate in England. It pitted supporters of the conservatism of Coke and Selden (both Whigs and Tories) against admirers of Locke’s universal rights theories (the so-called New Whigs). The conservatives insisted that these theories would uproot every traditional political and religious institution in England, just as they were doing in France. (…) Burke’s conservative defense of the traditional English constitution enjoyed a large measure of success in Britain, where it was continued after his death by figures such as Canning, Wellington, and Disraeli. That this is so is obvious from the fact that institutions such as the monarchy, the House of Lords, and the established Church of England, not to mention the common law itself, were able to withstand the gale winds of universal reason and universal rights, and to this day have their staunch supporters. But what of America? Was the American revolution an upheaval based on Lockean universal reason and universal rights? To hear many conservatives talk today, one would think this were so, and that there never were any conservatives in the American mainstream, only liberals of different shades. The reality, however, was rather different. When the American English, as Burke called them, rebelled against the British monarch, there were already two distinct political theories expressed among the rebels, and the opposition between these two camps only grew with time. First, there were those who admired the English constitution that they had inherited and studied. Believing they had been deprived of their rights under the English constitution, their aim was to regain these rights. Identifying themselves with the tradition of Coke and Selden, they hoped to achieve a victory against royal absolutism comparable to what their English forefathers had achieved in the Petition of Right and Bill of Rights. To individuals of this type, the word revolution still had its older meaning, invoking something that “revolves” and would, through their efforts, return to its rightful place—in effect, a restoration. Alexander Hamilton was probably the best-known exponent of this kind of conservative politics (…) And it is evident that they were quietly supported behind the scenes by other adherents of this view, among them the president of the convention, General George Washington. Second, there were true revolutionaries, liberal followers of Locke such as Jefferson, who detested England and believed—just as the French followers of Rousseau believed—that the dictates of universal reason made the true rights of man evident to all. For them, the traditional English constitution was not the source of their freedoms but rather something to be swept away before the rights dictated by universal reason. And indeed, during the French Revolution, Jefferson and his supporters embraced it as a purer version of what the Americans had started. (…) The tension between these conservative and liberal camps finds rather dramatic expression in America’s founding documents: The Declaration of Independence, drafted by Jefferson in 1776, is famous for resorting, in its preamble, to the Lockean doctrine of universal rights as “self-evident” before the light of reason. Similarly, the Articles of Confederation, negotiated the following year as the constitution of the new United States of America, embody a radical break with the traditional English constitution. These Articles asserted the existence of thirteen independent states, at the same time establishing a weak representative assembly over them without even the power of taxation, and requiring assent by nine of thirteen states to enact policy. The Articles likewise made no attempt at all to balance the powers of this assembly, effectively an executive, with separate legislative or judicial branches of government. The Articles of Confederation came close to destroying the United States. After a decade of disorder in both foreign and economic affairs, the Articles were replaced by the Constitution, drafted at a convention initiated by Hamilton and James Madison, and presided over by a watchful Washington, while Jefferson was away in France. Anyone comparing the Constitution that emerged with the earlier Articles of Confederation immediately recognizes that what took place at this convention was a reprise of the Glorious Revolution of 1689. Despite being adapted to the American context, the document that the convention produced proposed a restoration of the fundamental forms of the English constitution: a strong president, designated by an electoral college (in place of the hereditary monarchy); the president balanced in strikingly English fashion by a powerful bicameral legislature with the power of taxation and legislation; the division of the legislature between a quasi-aristocratic, appointed Senate and a popularly elected House; and an independent judiciary. Even the American Bill of Rights of 1789 is modeled upon the Petition of Right and the English Bill of Rights, largely elaborating the same rights that had been described by Coke and Selden and their followers, and breathing not a word anywhere about universal reason or universal rights. The American Constitution did depart from the traditional English constitution, however, adapting it to local conditions on certain key points. The Americans, who had no nobility and no tradition of hereditary office, declined to institute these now. Moreover, the Constitution of 1787 allowed slavery, which was forbidden in England—a wretched innovation for which America would pay a price the framers could not have imagined in their wildest nightmares. Another departure—or apparent departure—was the lack of a provision for a national church, enshrined in the First Amendment in the form of a prohibition on congressional legislation “respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof.” The English constitutional tradition, of course, gave a central role to the Protestant religion, which was held to be indispensable and inextricably tied to English identity (although not incompatible with a broad measure of toleration). But the British state, in certain respects federative, permitted separate, officially established national churches in Scotland and Ireland. This British acceptance of a diversity of established churches is partially echoed in the American Constitution, which permitted the respective states to support their own established churches, or to require that public offices in the state be held by Protestants or by Christians, well into the nineteenth century. When these facts are taken into account, the First Amendment appears less an attempt to put an end to established religion than a provision for keeping the peace among the states by delegating forms of religious establishment to the state level. As early as 1802, however, Jefferson, now president, announced  that the First Amendment’s rejection of a national church in fact should be interpreted as an “act of the whole American people . . . building a wall of separation between church and state.” This characterization of the American Constitution as endorsing a “separation of church and state” was surely overwrought, and more compatible with French liberalism—which regarded public religion as abhorrent to reason—than with the actual place of state religion among “the whole American people” at the time. Yet on this point, Jefferson has emerged victorious. In the years that followed, his “wall of separation between church and state” interpretation was increasingly considered to be an integral part of the American Constitution, even if one that had not been included in the actual text. Lockean liberalism grew increasingly dominant in America after Jefferson’s election. Hamilton’s death in a duel in 1804, at the age of 47, was an especially heavy blow that left American conservatism without its most able spokesman. Nevertheless, the tradition of Selden and Burke was taken up by Americans of the next generation, including two of the country’s most prominent jurists, New York chancellor James Kent (1763–1847) and Supreme Court justice Joseph Story (1779–1845). Story’s influence was especially significant. Although appointed to the Supreme Court by Jefferson in the hope of undermining Chief Justice John Marshall, Story’s opinions almost immediately displayed the opposite inclination, and continued to do so throughout his thirty-four-year tenure on the court. Perhaps Story’s greatest contribution to the American conservative tradition is his famous Commentaries on the Constitution (3 vols., 1833), which were dedicated to Marshall and went on to be the most important and influential interpretation of the American constitutional tradition in the nineteenth century. These were overtly conservative in spirit, citing Burke with approval and repeatedly criticizing not only Locke’s theories but Jefferson himself. Among other things, Story forcefully rejected Jefferson’s claim that the American founding had been based on universal rights determined by reason, emphasizing that it was the rights of the English traditional law that Americans had always recognized and continued to recognize. (…) With Selden, we believe that, in their campaign for universal “liberal democracy,” liberals have confused certain historical-empirical principles of the traditional Anglo-American constitution, painstakingly developed and inculcated over centuries (Principle 1), for universal truths that are equally accessible to all human beings, regardless of historical or cultural circumstances. This means that, like all rationalists, they are engaged in applying local truths, which may hold good under certain conditions, to quite different situations and circumstances, where they often go badly wrong. For conservatives, these failures—for example, the repeated collapse of liberal constitutions in places such as Mexico, France, Germany, Italy, Nigeria, Russia, and Iraq, among many others—suggest that the principles in question have been overextended and should be regarded as true only within a narrower range of conditions. Liberals, on the other hand, explain such failures as a result of “poor implementation,” leaving liberal democracy as a universal truth that remains untouched by experience and unassailable, no matter what the circumstances. (…) Burke and Hamilton belonged to a generation that was still educated in the significance of the Anglo-American tradition as a whole. Only a few decades later, this had begun to change, and by the end of the nineteenth century, conservative views were increasingly in the minority and defensive both in Britain and America. But conservatism was really only broken in a decisive way by Franklin Roosevelt in America in 1932, and by Labour in Britain in 1945. At this point, socialism displaced liberalism as the worldview of the parties of the “Left,” driving some liberals to join with the last vestiges of the conservative tradition in the parties of the “Right.” In this environment, new leaders and movements did arise and succeed from time to time in raising the banner of Anglo-American conservatism once more. But these conservatives were living on a shattered political and philosophical landscape, having lost much of the chain of transmission that had connected earlier conservatives to their forefathers. Thus their roots remained shallow, and their victories, however impressive, brought about no long-term conservative restoration. The most significant of these conservative revivals was, of course, the one that reached its peak in the 1980s under Prime Minister Margaret Thatcher and President Ronald Reagan. Thatcher and Reagan were genuine and instinctive conservatives, displaying traditional Anglo-American conservative attachments to nation and religion, as well as to limited government and individual freedom. They also recognized and gave voice to the profound “special relationship” that binds Britain and America together. Coming to power at a time of deep crisis in the struggle against Communism, their renewed conservatism succeeded in winning the Cold War and freeing foreign nations from oppression, in addition to liberating their own economies, which had long been shackled by socialism. In both countries, these triumphs shifted political discourse rightward for a generation. Yet the Reagan-Thatcher moment, for all its success, failed to touch the depths of the political culture in America and Britain. Confronted by a university system devoted almost exclusively to socialist and liberal theorizing, their movement at no point commanded the resources needed to revive Anglo-American conservatism as a genuine force in fundamental arenas such as jurisprudence, political theory, history, philosophy, and education—disciplines without which a true restoration was impossible. Throughout the conservative revival of the 1980s, academic training in government and political theory, for instance, continued to maintain its almost complete boycott of conservative thinkers such as Fortescue, Coke, Selden, and Hale, just as it continued its boycott of the Bible as a source of English and American political principles. Similarly, academic jurisprudence remained a subject that is taught as a contest among abstract liberal theories. Education of this kind meant that a degree from a prestigious university all but guaranteed one’s ignorance of the Anglo-American conservative tradition, but only a handful of conservative intellectual figures, most visibly Russell Kirk and Irving Kristol, seem to have been alert to the seriousness of this problem. On the whole, the conservative revival of those years remained resolutely focused on the pressing policy issues of the day, leaving liberalism virtually unchallenged as the worldview that conservatives were taught at university or when they picked up a book on the history of ideas. (…) There may have been genuine advantages to soft-pedaling differences between conservatives and liberals until the 1980s, when all the strength that could be mustered had to be directed toward defeating Communism abroad and socialism at home. But we are no longer living in the 1980s. Those battles were won, and today we face new dangers. The most important among these is the inability of countries such as America and Britain, having been stripped of the nationalist and religious traditions that held them together for centuries, to sustain themselves while a universalist liberalism continues, year after year, to break down these historic foundations of their strength. Under such conditions of internal disintegration, there is a palpable danger that liberal rationalism, having established itself in a monopoly position in the state, will drive a broad public that cannot accept its regimented view of the world into the hands of genuinely authoritarian movements. Liberals of various persuasions have, in their own way, sought to warn us about this, from Fareed Zakaria’s “The Rise of Illiberal Democracy” in Foreign Affairs (1997) to the Economist’s “Illiberalism: Playing with Fear” (2016) and Commentary’s “Illiberalism: The Worldwide Crisis,” mentioned earlier. These and many other publications have made intensive use of the term illiberal as an epithet to describe those who have strayed from the path of Lockean liberalism. In so doing, they divide the political universe into two: there are liberals—those decent persons who are willing to exercise reason in the universally accepted manner and come to the appropriate liberal conclusions; and there are those others—the “illiberals,” who, out of ignorance, resentment, or some atavistic hatred, will not get with the program. When things are divided up this way, the latter group ends up including everyone from Brexiteers, Trump supporters, Evangelical Christians, and Orthodox Jews to dictators, Iranian ayatollahs, and Nazis. Once things are framed in this way, it is hard to avoid the conclusion that everyone in that second group is in some degree a threat that must be combated. We conservatives, however, have our own preferred division of the political universe: one in which Anglo-American conservatism appears as a distinct political category that is obviously neither authoritarian nor liberal. With the rest of the Anglo-American conservative tradition, we uphold the principles of limited government and individual liberties. But we also see clearly (again, in keeping with our conservative tradition) that the only forces that give the state its internal coherence and stability, holding limited government in place while staving off authoritarianism, are our nationalist and religious traditions. These nationalist and religious principles are not liberal. They are prior to liberalism, in conflict with liberalism, and presently being destroyed by liberalism. Our world desperately needs to hear a clear conservative voice. Any continued confusion of conservative principles with the liberalism on our Left, or with the authoritarianism on our Right, can only do harm. The time has arrived when conservatives must speak in our own voice again. In doing so, we will discover that we can provide the political foundations that so many now seek, but have been unable to find.
In our own day, we recognize the clash between conservatism and liberalism in the following areas, among others (here described only very briefly, and so in overly simple terms): Liberal Empire. Because liberalism is thought to be a dictate of universal reason, liberals tend to believe that any country not already governed as a liberal democracy should be pressed—or even coerced—to adopt this form of government. Conservatives, on the other hand, recognize that different societies are held together and kept at peace in different ways, so that the universal application of liberal doctrines often brings collapse and chaos, doing more harm than good. International Bodies. Similarly, liberals believe that, since liberal principles are universal, there is little harm done in reassigning the powers of government to international bodies. Conservatives, on the other hand, believe that such international organizations possess no sound governing traditions and no loyalty to particular national populations that might restrain their spurious theorizing about universal rights. They therefore see such bodies as inevitably tending to arbitrariness and autocracy. Immigration. Liberals believe that, since liberal principles are accessible to all, there is nothing to be feared in large-scale immigration from countries with national and religious traditions very different from ours. Conservatives see successful large-scale immigration as possible only where the immigrants are strongly motivated to integrate and assisted in assimilating the national traditions of their new home country. In the absence of these conditions, the result will be chronic intercultural tension and violence. Law. Liberals regard the laws of a nation as emerging from the tension between positive law and the pronouncements of universal reason, as expressed by the courts. Conservatives reject the supposed universal reason of judges, which often amounts to little more than their succumbing to passing fashion. But conservatives also oppose an excessive regard for written documents, which leads, for example, to the liberal mythology of America as a “creedal nation” (or a “propositional nation”) created and defined solely by the products of abstract reason that are supposedly found in the American Declaration of Independence and Constitution. Economy. Liberals regard the universal market economy, operating without regard to borders, as a dictate of universal reason and applicable equally to all nations. They therefore recognize no legitimate economic aims other than the creation of a “level field” on which all nations participate in accordance with universal, rational rules. Conservatives regard the market economy and free enterprise as indispensable for the advancement of the nation in its wealth and wellbeing. But they see economic arrangements as inevitably varying from one country to another, reflecting the particular historical experiences and innovations of each nation as it competes to gain advantage for its people. Education. Liberals believe that schools should teach students to recognize the Lockean goods of liberty and equality as the universal aims of political order, and to see America’s founding political documents as having largely achieved these aims. Conservatives believe education should focus on the particular character of the Anglo-American constitutional and religious tradition, with its roots in the Bible, and on the way in which this tradition has given rise to a unique family of nations with a distinctive political thought and practice that has influenced the world. Public Religion. Liberals believe that universal reason is the necessary and sufficient basis for just and moral government. This means that the religious traditions of the nation, which had earlier been the basis for a public understanding of justice and right, can be replaced in public discourse by universal reason itself. In its current form, liberalism asserts that all governments should embrace a Jeffersonian “wall separating church and state,” whose purpose is to banish the influence of religion from public life, relegating it to the private sphere. Conservatives hold that none of this is true. They see human reason as producing a constant profusion of ever-changing views concerning justice and morals—a fact that is evident today in the constant assertion of new and rapidly multiplying human rights. Conservatives hold that the only stable basis for national independence, justice, and public morals is a strong biblical tradition in government and public life. They reject the doctrine of separation of church and state, instead advocating an integration of religion into public life that also offers broad toleration of diverse religious views.
Hazony reviews the history of the conflict between nationalism and imperialism, from the Tower of Babel to the latest anti-Israeli U.N. resolution. The political concept of the independent national state, as an alternative to empire and tribalism, begins with the Hebrew Bible. Ancient Israel was a national state posed against empires in Egypt, Babylonia, Assyria, Persia, and Rome. Hazony de­clares that the Israelite nation was not based on race but on a “shared understanding of history, language, and religion.” He cites Exodus, noting that some Egyptians joined the Hebrews in fleeing Pharaoh, and points out that other foreigners joined the Jewish people once they had accepted “Israel’s God, laws, and understanding of history.” In Hazony’s telling, after the fall of the Roman imperium, the ideal of a universal empire lived on in the papacy and in the German-led Holy Roman Empire. The emergence of Protestantism resurrected the Hebrew Bible’s concept of the national state. For example, Dutch Protestant rebels in their war with imperial Spain modeled themselves on ancient Israelis fighting for national freedom against the Egyptian and Babylonian empires. The Thirty Years’ War was not simply a religious conflict but a struggle that pitted nationalism against imperialism, with the states of France (Catholic), the Netherlands (Calvinist), and Sweden (Lutheran) fighting against the German-Spanish Hapsburg empire.  Hazony describes a new “Protestant construction” of the West inspired by the Hebrew Bible. It was based on two core principles: national self-determination and a “moral minimum” order, roughly corresponding to recognizing the Ten Commandments as natural law. This Protestant construction has been challenged by a “liberal construction” based on individual rights and a universal order. Beginning in the Enlightenment with Locke and Kant, but particularly since World War II, the liberal construction has largely replaced the Protestant construction among Western elites, though Hazony optimistically remarks that the ideas of the Protestant construction are still strong in the U.S. and Britain. Further, the liberal construction has proved to be illiberal, leading to the suppression of free speech, “public shaming” campaigns, and “heresy hunts.” Hazony laments that “Western democracies are rapidly becoming one big university campus.” Hazony asserts that the “neutral state is a myth.” While the national state has historically been successful, a purely “neutral” or “civic” state based only on formal law and abstract principles and without attachments to a particular culture, language, religion, tradition, history, or shared sacrifice is unable to inspire the necessary mutual loyalty and national cohesion required for a free society to survive. He identifies the United States, Britain, and France as national, as opposed to neutral or civic, states.  One of Hazony’s most powerful insights is his understanding of the role that hatred plays in the conflict between nationalists and globalists. One hears repeatedly that nationalism means hatred of the “other.” Hazony, however, successfully flips the argument. He notes that “anti-nationalist hate” is as great as or greater than the hatred emanating from nationalists. In fact, the forces supporting universalism hate the particular, especially when particularist resistance to globalist homogenization “proves itself resilient and enduring.” Thus, “liberal internationalism is not merely a positive agenda. . . . It is an imperialist ideology that incites against . . . nationalists, seeking their delegitimization wherever they appear” throughout the West. Nowhere is this clearer than in the intense antipathy such liberal internationalists feel towards Israel. (…) He concludes that since World War II, and particularly since the 1990s, in elite circles in the West, a Kantian post-national moral paradigm has replaced the old liberal-nationalist paradigm of a world of independent states in which the Zionist dream was born.  This new paradigm insists that national states should increasingly cede sovereignty to supranational institutions, especially in matters of war and peace. In the new paradigm, Israel’s use of force to defend itself is seen as morally illegitimate. The leadership of the European Union and American progressives, for the most part, adheres to the new post-national paradigm; hence, they constantly excoriate Israeli attempts at self-defense.  Hazony declares that “the European Union has caused severe damage to the principle that originally granted legitimacy to Israel as an independent national state: the principle of national freedom and self-determination.” (There is also a faction of Americans, Hazony writes, who favor a different, more muscular type of imperialist project: the establishment of a pax Americana in which America would serve as a contemporary Roman empire, providing peace and security for the entire world and policing the internal affairs of recalcitrant national states that are insufficiently liberal.)  For the EU and Western progressives, Hazony explains, the horror of Auschwitz was the result of atrocities committed by a national state, Germany, infused with a fanatical nationalism. But, as Hazony argues, Hitler’s genocide was inspired by a belief in Aryan racial superiority and imperialism. Hitler cared little for the German nation per se. For example, near the end of World War II, he told his confidant Albert Speer not to “worry” about the “German people”; they might as well perish, for “they had proven to be the weaker [nation] and the future belongs solely to the stronger eastern nation.” Not exactly the sentiments of a true nationalist. On the other hand, Hazony says, for Israelis, Auschwitz was the result of powerlessness: Jews did not have their own national state and the requisite military capability to protect themselves. (…) It is exactly this very human aspiration for national independence hailed by the liberal nationalists of yesteryear (e.g., Garibaldi, Kossuth, Herzl) that the new imperialists of 21st-century globalism (Merkel, Juncker, Soros) scorn. Hazony writes that other nations too have been subject to campaigns of vilification from European and transnational elites when they have ignored supranational authority and acted as independent national states. The United States, in particular, has been excoriated (since long before the Trump administration) for refusing to join the Interna­tional Criminal Court and the Kyoto Protocol and for deciding for itself when its national interest requires the use of force. Recently, globalist wrath “has been extended to Britain” because it returned “to a course of national independence and self-determination and to nations such as Czechia, Hungary, and Poland that insist on maintaining an immigration policy of their own that does not conform to the European Union’s theories concerning refugee resettlement. John Fonte
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler n’était pas le moins du monde nationaliste. Il était même tout le contraire: Hitler méprisait la vision nationaliste, et il appelle dans Mein Kampf à détruire les autres Etats-nations européens pour que les Allemands soient les maîtres du monde. Dès son origine, le nazisme est une entreprise impérialiste, pas nationaliste. Quant à la Première Guerre mondiale, le nationalisme est loin de l’avoir déclenchée à lui seul! Le nationalisme serbe a fourni un prétexte, mais en réalité c’est la visée impérialiste des grandes puissances européennes (l’Allemagne, la France, l’Angleterre) qui a transformé ce conflit régional en une guerre planétaire. Ainsi, le principal moteur des deux guerres mondiales était l’impérialisme, pas le nationalisme. (…) Le nationalisme est en effet en vogue en ce moment: c’est du jamais-vu depuis 1990, date à laquelle Margaret Thatcher a été renversée par son propre camp à cause de son hostilité à l’Union européenne. Depuis plusieurs décennies, les principaux partis politiques aux Etats-Unis et en Europe, de droite comme de gauche, ont souscrit à ce que l’on pourrait appeler «l’impérialisme libéral», c’est-à-dire l’idée selon laquelle le monde entier devrait être régi par une seule et même législation, imposée si besoin par la contrainte. Mais aujourd’hui, une génération plus tard, une demande de souveraineté nationale émerge et s’est exprimée avec force aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Italie, en Europe de l’Est et ailleurs encore. Avec un peu de chance et beaucoup d’efforts, cet élan nationaliste peut aboutir à un nouvel ordre politique, fondé sur la cohabitation de nations indépendantes et souveraines. Mais nous devons aussi être lucides: les élites «impérialistes libérales» n’ont pas disparu, elles sont seulement affaiblies. Si, en face d’eux, le camp nationaliste ne parvient pas à faire ses preuves, elles ne tarderont pas à revenir dans le jeu. (…) Historiquement, le «nationalisme» décrit une vision du monde où le meilleur système de gouvernement serait la coexistence de nations indépendantes, et libres de tracer leur propre route comme elles l’entendent. On l’oppose à «l’impérialisme», qui cherche à apporter au monde la paix et la prospérité en unifiant l’humanité, autant que possible, sous un seul et même régime politique. Les dirigeants de l’Union européenne, de même que la plupart des élites américaines, croient dur comme fer en l’impérialisme. Ils pensent que la démocratie libérale est la seule forme admissible de gouvernement, et qu’il faut l’imposer progressivement au monde entier. C’est ce que l’on appelle souvent le «mondialisme», et c’est précisément ce que j’entends par «nouvel empire libéral». (…) En Europe, on se désolidarise du militarisme américain: les impérialistes allemands ou bruxellois préfèrent d’autres formes de coercition… mais leur objectif est le même. Regardez comment l’Allemagne cherche à imposer son programme économique à la Grèce ou à l’Italie, ou sa vision immigrationniste à la République tchèque, la Hongrie ou la Pologne. En Italie, le budget a même été rejeté par la Commission européenne! (…) Le conflit entre nationalisme et impérialisme est aussi vieux que l’Occident lui-même. La vision nationaliste est l’un des enseignements politiques fondamentaux de la Bible hébraïque: le Dieu d’Israël fut le premier qui donna à son peuple des frontières, et Moïse avertit les Hébreux qu’ils seraient punis s’ils tentaient de conquérir les terres de leurs voisins, car Yahvé a donné aussi aux autres nations leur territoire et leur liberté. Ainsi, la Bible propose le nationalisme comme alternative aux visées impérialistes des pharaons, mais aussi des Assyriens, des Perses ou, bien sûr, des Babyloniens. Et l’histoire du Moyen Âge ou de l’époque moderne montre que la plupart des grandes nations européennes – la France, l’Angleterre, les Pays-Bas… – se sont inspirées de l’exemple d’Israël. Mais le nationalisme de l’Ancien Testament ne fut pas tout de suite imité par l’Occident. La majeure partie de l’histoire occidentale est dominée par un modèle politique inverse: celui de l’impérialisme romain. C’est de là qu’est né le Saint Empire romain germanique, qui a toujours cherché à étendre sa domination, tout comme le califat musulman. Les Français aussi ont par moments été tentés par l’impérialisme et ont cherché à conquérir le monde: Napoléon, par exemple, était un fervent admirateur de l’Empire romain et n’avait pour seul but que d’imposer son modèle de gouvernement «éclairé» à tous les pays qu’il avait conquis. Ainsi a-t-il rédigé de nouvelles constitutions pour nombre d’entre eux: les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne… Son projet, en somme, était le même que celui de l’Union européenne aujourd’hui : réunir tous les peuples sous une seule et même législation. (…) [le modèle nationaliste] permet à chaque nation de décider ses propres lois en vertu de ses traditions particulières. Un tel modèle assure une vraie diversité politique, et permet à tous les pays de déployer leur génie à montrer que leurs institutions et leurs valeurs sont les meilleures. Un tel équilibre international ressemblerait à celui qui s’est établi en Europe après les traités de Westphalie signés en 1648, et qui ont permis l’existence d’une grande diversité de points de vue politiques, institutionnels et religieux. Ces traités ont donné aux nations européennes un dynamisme nouveau: grâce à cette diversité, les nations sont devenues autant de laboratoires d’idées dans lesquels ont été expérimentés, développés et éprouvés les théories philosophiques et les systèmes politiques que l’on associe aujourd’hui au monde occidental. À l’évidence, toutes ces expériences ne se valent pas et certaines n’ont bien sûr pas été de grands succès. Mais la réussite de l’une seule d’entre elles – la France, par exemple – suffit pour que les autres l’imitent et apprennent grâce à son exemple. Tandis que, par contraste, un gouvernement impérialiste comme celui de l’Union européenne tue toute forme de diversité dans l’œuf. Les élites bruxelloises sont persuadées de savoir déjà avec exactitude la façon dont le monde entier doit vivre. Il est pourtant manifeste que ce n’est pas le cas… (…) La diversité des points de vue, et, partant, chacun de ces désaccords, sont une conséquence nécessaire de la liberté humaine, qui fait que chaque nation a ses propres valeurs et ses propres intérêts. La seule manière d’éviter ces désaccords est de faire régner une absolue tyrannie – et c’est du reste ce dont l’Union européenne se rend peu à peu compte: seules les mesures coercitives permettent d’instaurer une relative uniformité entre les États membres. (…) Mais nous devons alors reconnaître, tout aussi humblement, que les mouvements universalistes ne sont pas exempts non plus d’une certaine inclination à la haine ou au sectarisme. Chacun des grands courants universels de l’histoire en a fait montre, qu’il s’agisse du christianisme, de l’islam ou du marxisme. En bâtissant leur empire, les universalistes ont souvent rejeté les particularismes nationaux qui se sont mis en travers de leur chemin et ont refusé d’accepter leur prétention à apporter à l’humanité entière la paix et la prospérité. Cette détestation du particulier, qui est une constante dans tous les grands universalismes, est flagrante aujourd’hui dès lors qu’un pays sort du rang: regardez le torrent de mépris et d’insultes qui s’est répandu contre les Britanniques qui ont opté pour le Brexit, contre Trump, contre Salvini, contre la Hongrie, l’Autriche et la Pologne, contre Israël… Les nouveaux universalistes vouent aux gémonies l’indépendance nationale. (…) un nationaliste ne prétend pas savoir ce qui est bon pour n’importe qui, n’importe où dans le monde. Il fait preuve d’une grande humilité, lui, au moins. N’est-ce pas incroyable de vouloir dicter à tous les pays qui ils doivent choisir pour ministre, quel budget ils doivent voter, et qui sera en droit de traverser leurs frontières? Face à cette arrogance vicieuse, je considère en effet le nationalisme comme une vertu. (…) le nationaliste est vertueux, car il limite sa propre arrogance et laisse les autres conduire leur vie à leur guise. (…) Si les différents gouvernements nationalistes aujourd’hui au pouvoir dans le monde parviennent à prouver leur capacité à diriger un pays de manière responsable, et sans engendrer de haine ou de tensions, alors ils viendront peut-être à bout de l’impérialisme libéral. Ils ont une chance de restaurer un ordre du monde fondé sur la liberté des nations. Il ne tient désormais qu’à eux de la saisir, et je ne peux prédire s’ils y parviendront: j’espère seulement qu’ils auront assez de sagesse et de talent pour cela. Yoram Hazony

Après l’école, Supermanl’humourla fête nationale, Thanksgiving, les droits civiques, les Harlem globetrotters et le panier à trois points, le soft power, l’Amérique, le génocide et même eux-mêmes  et sans parler des chansons de Noël et de la musique pop ou d’Hollywood, la littérature, les poupées Barbie… le look WASP, … la nation  !

Y a-t-il une élite intellectuelle trumpiste?
Alexis Carré

FIGAROVOX/TRIBUNE – La tenue de la National Conservatism Conference réunissant des intellectuels conservateurs américains invite le politologue Alexis Carré à se demander s’il existe une élite intellectuelle représentative des idées de Donald Trump.

Alexis Carré est doctorant en philosophie politique à l’École normale supérieure. Il travaille sur les mutations de l’ordre libéral. Suivez-le sur Twitter et sur son site.


La victoire de Donald J. Trump ne fut pas exactement celle d’un intellectuel. Contrairement à celle de Ronald Reagan, elle n’a pas non plus été précédée par la création ou la mobilisation de think tanks et autres organismes de recherche qui structurent habituellement la discussion publique aux États-Unis, tout en servant d’écurie de formation pour les futurs cadres gouvernementaux. À bien des égards, ce que l’on pourrait appeler la classe intellectuelle conservatrice s’est trouvée à la traîne et même parfois à contre-courant de la dernière campagne. Le Weekly Standard, hebdomadaire néoconservateur fondé par Bill Kristol — l’une des voix de droite les plus violemment critiques de l’administration —, en a payé le prix en cessant il y a peu de paraître.

Une fois Trump élu, le pragmatisme a toutefois dominé l’attitude de cette galaxie d’institutions vis-à-vis de la Maison Blanche. Ne leur devant pas sa victoire ni son programme, le président a, quant à lui, su utiliser leurs ressources et leurs compétences quand elles lui étaient utiles. L’illustration la plus frappante de cette relation fut la place centrale qu’il donna aux recommandations de la Heritage Foundation (le plus grand think tank conservateur à Washington) et de la Federalist Society (une association influente rassemblant plus de 40 000 juristes conservateurs) pour la nomination des juges à la Cour Suprême (Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh) et dans les degrés inférieurs du système judiciaire. Malgré un style de gouvernement indéniablement nouveau, Trump ne semblait donc pas avoir profondément affecté l’infrastructure institutionnelle d’où s’élaborent la majorité des politiques publiques aux États-Unis. Envisagé comme un phénomène personnel qui disparaîtrait avec lui, certains pouvaient encore penser qu’il ne laisserait avec son départ pas d’héritage profond sur les plans institutionnels et intellectuels. Une conférence comme il s’en organise pourtant des dizaines chaque année à Washington DC vient peut-être de changer la donne. Et si, de manière pour le moins inattendue, Trump s’avérait être depuis Reagan le président ayant eu le plus d’impact sur la fabrique des idées et des élites dans son pays?

Une force de frappe en devenir

Le chercheur israélien à l’origine de l’événement, Yoram Hazony, s’est fait connaître à l’automne dernier en publiant The Virtue of Nationalism [La vertu du nationalisme], un livre où il s’emploie à critiquer l’idéal post-national qui a dominé l’éducation politique des élites ces dernières décennies. En organisant ce rassemblement d’intellectuels, de journalistes et d’hommes politiques, il entend désormais jeter les bases d’un mouvement intellectuel, le «conservatisme national», dont il propagera les idées au travers de la Edmund Burke Foundation — créée en janvier en vue de préparer l’événement.

Le programme mélange des invités prestigieux (l’entrepreneur Peter Thiel, le présentateur de Fox News Tucker Carlson), des étoiles montantes (le jeune sénateur Josh Hawley et J. D. Vance, l’auteur du best-seller Hillbilly Elegy) et des figures établies (Rusty Reno de la revue First Things ou encore Christopher DeMuth, l’ancien responsable du think tank AEI). S’il est évident que de nombreuses divergences existent entre ces invités, notamment sur les questions de politique étrangère, ils s’accordent assez largement autour de certains points fondamentaux qui constituent à des degrés divers des changements d’orientation profonds par rapport au consensus conservateur antérieur.

La fin du consensus libéral et conservateur à droite 

Ce consensus, aussi connu sous le nom de «fusionnisme», reposait sur la compatibilité de la défense du marché et du libre-échange avec celle des valeurs familiales et religieuses. Libertariens et conservateurs pouvaient ainsi agir côte à côte afin de laisser d’un côté l’État hors de l’entreprise et de l’autre, hors de la famille — attitude résumée par la formule lapidaire de Reagan: «Le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes. Le gouvernement

est le problème.» Pour les tenants du «conservatisme national» le danger vient non plus principalement de l’État mais du secteur privé, et plus particulièrement des GAFA et de Wall Street. C’est également à l’État qu’ils s’en remettent pour préserver l’existence nationale de l’ingérence croissante des institutions supranationales. Étonnante dans le paysage politique américain, cette défense de l’État réaffirme la primauté du politique et avec lui du vecteur d’action collective qu’est la nation.

La question n’est plus de savoir si l’intervention de l’État est intrinsèquement mauvaise et la liberté du marché intrinsèquement bonne, mais de déterminer dans chaque cas laquelle des deux correspond à l’intérêt et à la volonté de la nation. Le critère permettant de juger une mesure politique n’est plus sa conformité à l’intérêt économique ou aux droits de l’homme mais sa capacité à protéger et renforcer la citoyenneté. Car les normes au fondement de l’État de droit, les principes économiques du capitalisme, n’ont de validité pratique qu’en raison des sentiments communs et des qualités partagées qui constituent les modes de vie des populations qui les adoptent.

En déconnectant l’individu de ses solidarités concrètes, une pratique aveugle du libéralisme a selon eux dépossédé les citoyens de ce mode de vie et de leur capacité d’action sur les plans individuels et collectifs. L’objectif du «conservatisme national» est de leur restituer ces deux choses. Or, des hommes que ne relie rien d’autre que le fait d’être porteurs des mêmes droits ne suffisent pas à faire une nation. Et c’est parce que l’existence de cette dernière ne peut plus être prise pour acquis que le danger qui pèse sur elle nécessite une action politique spécifique en rupture avec le consensus des libéraux et conservateurs traditionnels.

Vers une nouvelle élite?

Les réflexions sur le devenir des nations ne sont pas nouvelles, surtout en France, où des auteurs comme Pierre Manent ont depuis les années 90 mené une critique écoutée des conservateurs américains à l’égard du projet post-national. Ce qui est inédit, c’est qu’une action aussi structurée émerge en vue de former une nouvelle classe dirigeante sur le fondement de ces constats. Adversaires ou alliés de l’actuel président feraient bien de surveiller cette initiative. Si elle réalise son ambition la Edmund Burke Foundation pourrait parvenir à associer au changement immédiat impulsé par Donald Trump une éducation politique susceptible d’affecter sur le long terme la formation des élites américaines, ce à quoi son style de gouvernement et les techniques de communication qui le caractérisent ne sauraient parvenir à eux seuls.

Le sénateur Josh Hawley, âgé de 39 ans (ancien procureur général de l’état du Missouri), fait figure de symbole de cette classe politique en devenir: «Une nation républicaine requiert une économie républicaine […] Une économie fondée sur les échanges monétaires à Wall Street ne bénéficie en dernier ressort qu’à ceux qui possèdent déjà de l’argent. Une telle économie ne saurait soutenir une grande nation.» Hostile à l’inflation des diplômes universitaires et aux multinationales, favorable aux droits de douane, défenseur de «l’Amérique moyenne», il représente peut-être ce que pourrait devenir le «trumpisme» sans Trump.

Voir aussi:

Yoram Hazony : «Les nouveaux universalistes vouent aux gémonies l’indépendance nationale»
Paul Sugy
Le Figaro

21/12/2018

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le nationalisme est sur toutes les lèvres, et pourtant, affirme Yoram Hazony, ce concept n’a jamais été aussi mal compris. Le philosophe entend réhabiliter la «vertu du nationalisme», qu’il oppose à la «tentation impérialiste», et promouvoir la vision d’un monde fondé sur l’indépendance et la liberté des nations.

Yoram Hazony est spécialiste de la Bible et docteur en philosophie politique.

https://en.wikipedia.org/wiki/Yoram_Hazony

Il a fondé le Herzl Institute et enseigne la philosophie et la théologie à Jérusalem.

Ce penseur de la droite israélienne est également auteur de nombreux articles publiés dans les journaux américains les plus prestigieux, du New York Times au Wall Street Journal.

Presque inconnu en France, son livre The Virtue of Nationalism a suscité un vif débat aux Etats-Unis.

LE FIGARO MAGAZINE. – Le 11 novembre dernier, Emmanuel Macron déclarait aux chefs d’Etat du monde entier: «Le nationalisme est la trahison du patriotisme.» Qu’en pensez-vous?

Yoram HAZONY. –

Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah.

Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante.

J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes.

De sorte qu’à mes yeux, Hitler n’était pas le moins du monde nationaliste.

Il était même tout le contraire: Hitler méprisait la vision nationaliste, et il appelle dans Mein Kampf à détruire les autres Etats-nations européens pour que les Allemands soient les maîtres du monde.

Dès son origine, le nazisme est une entreprise impérialiste, pas nationaliste.

Quant à la Première Guerre mondiale, le nationalisme est loin de l’avoir déclenchée à lui seul!

Le nationalisme serbe a fourni un prétexte, mais en réalité c’est la visée impérialiste des grandes puissances européennes (l’Allemagne, la France, l’Angleterre) qui a transformé ce conflit régional en une guerre planétaire.

Ainsi, le principal moteur des deux guerres mondiales était l’impérialisme, pas le nationalisme.

Donald Trump, lui, avait déclaré il y a quelques semaines: «Je suis nationaliste.» Y a-t-il aujourd’hui un retour du nationalisme?

Le nationalisme est en effet en vogue en ce moment: c’est du jamais-vu depuis 1990, date à laquelle Margaret Thatcher a été renversée par son propre camp à cause de son hostilité à l’Union européenne.

Depuis plusieurs décennies, les principaux partis politiques aux Etats-Unis et en Europe, de droite comme de gauche, ont souscrit à ce que l’on pourrait appeler «l’impérialisme libéral», c’est-à-dire l’idée selon laquelle le monde entier devrait être régi par une seule et même législation, imposée si besoin par la contrainte.

Mais aujourd’hui, une génération plus tard, une demande de souveraineté nationale émerge et s’est exprimée avec force aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Italie, en Europe de l’Est et ailleurs encore.

Avec un peu de chance et beaucoup d’efforts, cet élan nationaliste peut aboutir à un nouvel ordre politique, fondé sur la cohabitation de nations indépendantes et souveraines.

Mais nous devons aussi être lucides: les élites «impérialistes libérales» n’ont pas disparu, elles sont seulement affaiblies.

Si, en face d’eux, le camp nationaliste ne parvient pas à faire ses preuves, elles ne tarderont pas à revenir dans le jeu.

Quel est ce «nouvel empire libéral» dont vous parlez? Et qu’entendez-vous exactement par «impérialisme»?

Historiquement, le «nationalisme» décrit une vision du monde où le meilleur système de gouvernement serait la coexistence de nations indépendantes, et libres de tracer leur propre route comme elles l’entendent.

On l’oppose à «l’impérialisme», qui cherche à apporter au monde la paix et la prospérité en unifiant l’humanité, autant que possible, sous un seul et même régime politique.

Les dirigeants de l’Union européenne, de même que la plupart des élites américaines, croient dur comme fer en l’impérialisme.

Ils pensent que la démocratie libérale est la seule forme admissible de gouvernement, et qu’il faut l’imposer progressivement au monde entier.

C’est ce que l’on appelle souvent le «mondialisme», et c’est précisément ce que j’entends par «nouvel empire libéral».

Bien sûr, tous les «impérialistes libéraux» ne sont pas d’accord entre eux sur la stratégie à employer!

L’impérialisme américain a voulu imposer de force la démocratie dans un certain nombre de pays, comme en Yougoslavie, en Irak, en Libye ou en Afghanistan.

En Europe, on se désolidarise du militarisme américain: les impérialistes allemands ou bruxellois préfèrent d’autres formes de coercition… mais leur objectif est le même.

Regardez comment l’Allemagne cherche à imposer son programme économique à la Grèce ou à l’Italie, ou sa vision immigrationniste à la République tchèque, la Hongrie ou la Pologne.

En Italie, le budget a même été rejeté par la Commission européenne!

Est-ce que, selon vous, le nationalisme et l’impérialisme sont deux visions de l’ordre mondial qui s’affrontaient déjà dans la Bible?

Le conflit entre nationalisme et impérialisme est aussi vieux que l’Occident lui-même.

La vision nationaliste est l’un des enseignements politiques fondamentaux de la Bible hébraïque: le Dieu d’Israël fut le premier qui donna à son peuple des frontières, et Moïse avertit les Hébreux qu’ils seraient punis s’ils tentaient de conquérir les terres de leurs voisins, car Yahvé a donné aussi aux autres nations leur territoire et leur liberté.

Ainsi, la Bible propose le nationalisme comme alternative aux visées impérialistes des pharaons, mais aussi des Assyriens, des Perses ou, bien sûr, des Babyloniens.

Et l’histoire du Moyen Âge ou de l’époque moderne montre que la plupart des grandes nations européennes – la France, l’Angleterre, les Pays-Bas… – se sont inspirées de l’exemple d’Israël.

Mais le nationalisme de l’Ancien Testament ne fut pas tout de suite imité par l’Occident.

La majeure partie de l’histoire occidentale est dominée par un modèle politique inverse: celui de l’impérialisme romain.

C’est de là qu’est né le Saint Empire romain germanique, qui a toujours cherché à étendre sa domination, tout comme le califat musulman.

Les Français aussi ont par moments été tentés par l’impérialisme et ont cherché à conquérir le monde: Napoléon, par exemple, était un fervent admirateur de l’Empire romain et n’avait pour seul but que d’imposer son modèle de gouvernement «éclairé» à tous les pays qu’il avait conquis.

Ainsi a-t-il rédigé de nouvelles constitutions pour nombre d’entre eux: les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne…

Son projet, en somme, était le même que celui de l’Union européenne aujourd’hui : réunir tous les peuples sous une seule et même législation.

Pourquoi le modèle nationaliste est-il meilleur, selon vous?

Parce que ce modèle permet à chaque nation de décider ses propres lois en vertu de ses traditions particulières.

Un tel modèle assure une vraie diversité politique, et permet à tous les pays de déployer leur génie à montrer que leurs institutions et leurs valeurs sont les meilleures.

Un tel équilibre international ressemblerait à celui qui s’est établi en Europe après les traités de Westphalie signés en 1648, et qui ont permis l’existence d’une grande diversité de points de vue politiques, institutionnels et religieux.

Ces traités ont donné aux nations européennes un dynamisme nouveau: grâce à cette diversité, les nations sont devenues autant de laboratoires d’idées dans lesquels ont été expérimentés, développés et éprouvés les théories philosophiques et les systèmes politiques que l’on associe aujourd’hui au monde occidental.

À l’évidence, toutes ces expériences ne se valent pas et certaines n’ont bien sûr pas été de grands succès.

Mais la réussite de l’une seule d’entre elles – la France, par exemple – suffit pour que les autres l’imitent et apprennent grâce à son exemple.

Tandis que, par contraste, un gouvernement impérialiste comme celui de l’Union européenne tue toute forme de diversité dans l’œuf.

Les élites bruxelloises sont persuadées de savoir déjà avec exactitude la façon dont le monde entier doit vivre.

Il est pourtant manifeste que ce n’est pas le cas…

Mais ce «nouvel ordre international» n’a-t-il pas permis, malgré tout, un certain nombre de progrès en facilitant les échanges marchands ou en créant une justice pénale internationale, par exemple?

Peut-être, mais nous n’avons pas besoin d’un nouvel impérialisme pour permettre l’essor du commerce international ou pour traîner en justice les criminels.

Des nations indépendantes sont tout à fait capables de se coordonner entre elles.

Alors, certes, il y aura toujours quelques désaccords à surmonter, et il faudra pour cela un certain nombre de négociations.

Et je suis tout à fait capable de comprendre que d’aucuns soient tentés de se dire que, si on crée un gouvernement mondial, on s’épargne toutes ces frictions.

Mais c’est là une immense utopie.

La diversité des nations rend strictement impossible de convenir, universellement, d’une vision unique en matière de commerce et d’immigration, de justice, de religion, de guerre ou de paix.

La diversité des points de vue, et, partant, chacun de ces désaccords, sont une conséquence nécessaire de la liberté humaine, qui fait que chaque nation a ses propres valeurs et ses propres intérêts.

La seule manière d’éviter ces désaccords est de faire régner une absolue tyrannie – et c’est du reste ce dont l’Union européenne se rend peu à peu compte: seules les mesures coercitives permettent d’instaurer une relative uniformité entre les États membres.

Ne redoutez-vous pas la compétition accrue à laquelle se livreraient les nations dans un monde tel que vous le souhaitez? Au risque de renforcer le rejet ou la haine de ses voisins?

Dans mon livre, je consacre un chapitre entier à cette objection qui m’est souvent faite.

Il arrive parfois qu’à force de vouloir le meilleur pour les siens, on en vienne à haïr les autres, lorsque ceux-ci sont perçus comme des rivaux.

Mais nous devons alors reconnaître, tout aussi humblement, que les mouvements universalistes ne sont pas exempts non plus d’une certaine inclination à la haine ou au sectarisme.

Chacun des grands courants universels de l’histoire en a fait montre, qu’il s’agisse du christianisme, de l’islam ou du marxisme. En bâtissant leur empire, les universalistes ont souvent rejeté les particularismes nationaux qui se sont mis en travers de leur chemin et ont refusé d’accepter leur prétention à apporter à l’humanité entière la paix et la prospérité.

Cette détestation du particulier, qui est une constante dans tous les grands universalismes, est flagrante aujourd’hui dès lors qu’un pays sort du rang: regardez le torrent de mépris et d’insultes qui s’est répandu contre les Britanniques qui ont opté pour le Brexit, contre Trump, contre Salvini, contre la Hongrie, l’Autriche et la Pologne, contre Israël…

Les nouveaux universalistes vouent aux gémonies l’indépendance nationale.

En quoi le nationalisme est-il une «vertu»?

Dans le sens où un nationaliste ne prétend pas savoir ce qui est bon pour n’importe qui, n’importe où dans le monde.

Il fait preuve d’une grande humilité, lui, au moins.

N’est-ce pas incroyable de vouloir dicter à tous les pays qui ils doivent choisir pour ministre, quel budget ils doivent voter, et qui sera en droit de traverser leurs frontières?

Face à cette arrogance vicieuse, je considère en effet le nationalisme comme une vertu.

Le nationaliste, lui, dessine une frontière par terre et dit au reste du monde: «Au-delà de cette limite, je renonce à faire imposer ma volonté. Je laisse mes voisins libres d’être différents.»

Un universaliste répondra que c’est immoral, car c’est la marque d’une profonde indifférence à l’égard des autres.

Mais c’est en réalité tout l’inverse: le nationaliste est vertueux, car il limite sa propre arrogance et laisse les autres conduire leur vie à leur guise.

Que vous inspirent les difficultés qu’ont les Britanniques à mettre en œuvre le Brexit? N’est-il pas déjà trop tard pour revenir en arrière?

Non, il n’est pas trop tard.

Si les différents gouvernements nationalistes aujourd’hui au pouvoir dans le monde parviennent à prouver leur capacité à diriger un pays de manière responsable, et sans engendrer de haine ou de tensions, alors ils viendront peut-être à bout de l’impérialisme libéral.

Ils ont une chance de restaurer un ordre du monde fondé sur la liberté des nations.

Il ne tient désormais qu’à eux de la saisir, et je ne peux prédire s’ils y parviendront: j’espère seulement qu’ils auront assez de sagesse et de talent pour cela.

Voir également:

In Defense of Nations
John Fonte
National Review
September 13, 2018

The Virtue of Nationalism, by Yoram Hazony (Basic, 304 pp., $18.99)

If the great struggle of the 20th century was between Western liberal democracy and totalitarianism, the major fault line of the 21st century is within the democratic family, pitting those who believe nations should be self-governing and sovereign against powerful forces advancing “global governance” by supranational authorities.

In a new book that will become a classic, Israeli political philosopher Yoram Hazony identifies this conflict as one “between nationalism and imperialism,” which he describes as “two irreconcilably opposed ways of thinking about political order.” Further, “the debate between nationalism and imperialism is upon us.” This “fault line” at “the heart of Western public life is not going away,” and one must “choose.”

Hazony poses the question: What would the best political order for the world look like? A universal empire with global law? A collection of autonomous tribes? Or an order of independent national states? He chooses the last model over universalism (i.e., empire, including the soft “global governance” variety) and tribalism. He explains that, first, unlike the rule of tribes, the national state establishes internal security and order and reduces the threat of violence. Second, unlike empire, the scope of the national state is limited, because it is confined to exercising authority within its borders.

Third, it provides for what Bill Buckley’s Yale mentor Willmoore Kendall called the greatest right of all, national freedom, the collective right of a free people to rule themselves. Fourth, national freedom permits nations to develop their own institutions “that may be tested through painstaking trial and error over centuries.” Thus, what might be called the sovereigntist option tends toward a realistic empirical style of governance as opposed to a utopian rationalist outlook. Hazony contrasts Margaret Thatcher’s empirical approach to economics, for example, with an overly rationalistic perspective that often leads to unworkable utopianism (e.g., socialist economics in practice).

Fifth, Hazony, quoting John Stuart Mill, argues that, historically, individual rights have been protected best in national states, particularly in England and America. He maintains that in a “universal political order . . . in which a single standard of right is held to be in force everywhere, tolerance for diverse political and religious standpoints must necessarily decline.” This is exactly what has happened as transnational progressive elites, including organs of the EU, the U.N., and, significantly, the American Bar Association, have promoted a “global rule of law” that is intolerant of longstanding religious and patriotic beliefs.

Hazony boldly declares that we should resist all efforts to establish supranational global institutions: “We should not let a hairbreadth of our freedom be given over to foreign bodies under any name whatsoever, or to foreign systems of law that are not determined by our own nations.” 

Hazony reviews the history of the conflict between nationalism and imperialism, from the Tower of Babel to the latest anti-Israeli U.N. resolution. The political concept of the independent national state, as an alternative to empire and tribalism, begins with the Hebrew Bible. Ancient Israel was a national state posed against empires in Egypt, Babylonia, Assyria, Persia, and Rome. Hazony de­clares that the Israelite nation was not based on race but on a “shared understanding of history, language, and religion.” He cites Exodus, noting that some Egyptians joined the Hebrews in fleeing Pharaoh, and points out that other foreigners joined the Jewish people once they had accepted “Israel’s God, laws, and understanding of history.”

In Hazony’s telling, after the fall of the Roman imperium, the ideal of a universal empire lived on in the papacy and in the German-led Holy Roman Empire. The emergence of Protestantism resurrected the Hebrew Bible’s concept of the national state. For example, Dutch Protestant rebels in their war with imperial Spain modeled themselves on ancient Israelis fighting for national freedom against the Egyptian and Babylonian empires. The Thirty Years’ War was not simply a religious conflict but a struggle that pitted nationalism against imperialism, with the states of France (Catholic), the Netherlands (Calvinist), and Sweden (Lutheran) fighting against the German-Spanish Hapsburg empire.

Hazony describes a new “Protestant construction” of the West inspired by the Hebrew Bible. It was based on two core principles: national self-determination and a “moral minimum” order, roughly corresponding to recognizing the Ten Commandments as natural law. This Protestant construction has been challenged by a “liberal construction” based on individual rights and a universal order. Beginning in the Enlightenment with Locke and Kant, but particularly since World War II, the liberal construction has largely replaced the Protestant construction among Western elites, though Hazony optimistically remarks that the ideas of the Protestant construction are still strong in the U.S. and Britain. Further, the liberal construction has proved to be illiberal, leading to the suppression of free speech, “public shaming” campaigns, and “heresy hunts.” Hazony laments that “Western democracies are rapidly becoming one big university campus.”

Hazony asserts that the “neutral state is a myth.” While the national state has historically been successful, a purely “neutral” or “civic” state based only on formal law and abstract principles and without attachments to a particular culture, language, religion, tradition, history, or shared sacrifice is unable to inspire the necessary mutual loyalty and national cohesion required for a free society to survive. He identifies the United States, Britain, and France as national, as opposed to neutral or civic, states. 

One of Hazony’s most powerful insights is his understanding of the role that hatred plays in the conflict between nationalists and globalists. One hears repeatedly that nationalism means hatred of the “other.” Hazony, however, successfully flips the argument. He notes that “anti-nationalist hate” is as great as or greater than the hatred emanating from nationalists. In fact, the forces supporting universalism hate the particular, especially when particularist resistance to globalist homogenization “proves itself resilient and enduring.”

Thus, “liberal internationalism is not merely a positive agenda. . . . It is an imperialist ideology that incites against . . . nationalists, seeking their delegitimization wherever they appear” throughout the West. Nowhere is this clearer than in the intense antipathy such liberal internationalists feel towards Israel.

As a proud nationalist, Hazony de­clares, “My first concern is for Israel.” He examines the hostility directed at the Jewish state by “many” in Europe and, increasingly, in America. He concludes that since World War II, and particularly since the 1990s, in elite circles in the West, a Kantian post-national moral paradigm has replaced the old liberal-nationalist paradigm of a world of independent states in which the Zionist dream was born. 

This new paradigm insists that national states should increasingly cede sovereignty to supranational institutions, especially in matters of war and peace. In the new paradigm, Israel’s use of force to defend itself is seen as morally illegitimate. The leadership of the European Union and American progressives, for the most part, adheres to the new post-national paradigm; hence, they constantly excoriate Israeli attempts at self-defense.

Hazony declares that “the European Union has caused severe damage to the principle that originally granted legitimacy to Israel as an independent national state: the principle of national freedom and self-determination.” (There is also a faction of Americans, Hazony writes, who favor a different, more muscular type of imperialist project: the establishment of a pax Americana in which America would serve as a contemporary Roman empire, providing peace and security for the entire world and policing the internal affairs of recalcitrant national states that are insufficiently liberal.)

For the EU and Western progressives, Hazony explains, the horror of Auschwitz was the result of atrocities committed by a national state, Germany, infused with a fanatical nationalism. But, as Hazony argues, Hitler’s genocide was inspired by a belief in Aryan racial superiority and imperialism. Hitler cared little for the German nation per se. For example, near the end of World War II, he told his confidant Albert Speer not to “worry” about the “German people”; they might as well perish, for “they had proven to be the weaker [nation] and the future belongs solely to the stronger eastern nation.” Not exactly the sentiments of a true nationalist.

On the other hand, Hazony says, for Israelis, Auschwitz was the result of powerlessness: Jews did not have their own national state and the requisite military capability to protect themselves. Hazony quotes David Ben-Gurion’s famous World War II address in November 1942. He noted that there was “no Jewish army” and declared: Give us the right to fight and die as Jews. . . . We demand the right . . . to a homeland and independence.” It is exactly this very human aspiration for national independence hailed by the liberal nationalists of yesteryear (e.g., Garibaldi, Kossuth, Herzl) that the new imperialists of 21st-century globalism (Merkel, Juncker, Soros) scorn. 

Hazony writes that other nations too have been subject to campaigns of vilification from European and transnational elites when they have ignored supranational authority and acted as independent national states. The United States, in particular, has been excoriated (since long before the Trump administration) for refusing to join the Interna­tional Criminal Court and the Kyoto Protocol and for deciding for itself when its national interest requires the use of force. Recently, globalist wrath “has been extended to Britain” because it returned “to a course of national independence and self-determination and to nations such as Czechia, Hungary, and Poland that insist on maintaining an immigration policy of their own that does not conform to the European Union’s theories concerning refugee resettlement.”

A serious scholar, Hazony is a consistent thinker and is intellectually honest to a fault. As a result, many potential allies in the political-ideological struggle against transnational progressivism might well object to his critical portrayal of, for example, Friedrich Hayek, Ludwig von Mises, Ayn Rand, John Locke, Immanuel Kant, Konrad Adenauer, Charles Krauthammer, the British Empire, a pax Americana, the papacy, and medieval Christianity, to say nothing of the World Trade Organi­zation and President George H. W. Bush’s “new world order.”

My only serious substantive difference with Hazony concerns his interpretation of John Locke and natural rights, a subject directly related to the American Founding and, therefore, to the crux of American nationalism. Hazony presents Locke as overly focused on individual autonomy and detached from the national state and the culture necessary to sustain it. However, in his famous Second Treatise, Locke explicitly favors the nationalist over the imperialist perspective, lauding “an entire, free, independent society, to be governed by its own laws” and decrying “the delivery . . . of the people into the subjection of a foreign power, either by the prince or the legislature.”

Locke in his other writing also emphasizes the centrality of morality, religion, and family, as well as individual rights, thereby supporting Hazony’s “moral minimum” for the well-being of any independent commonwealth. In any case, it should be stressed that the philosophical basis of the American Founding is much more than the theories of John Locke (as Hazony agrees). Leo Strauss, Harry Jaffa, and, recently, Thomas G. West in his brilliant and definitive work The Political Theory of the American Founding have argued that from the beginning, the American regime has contained pre-Enlighten­ment, pre-liberal, non-rational elements that are essential to its vitality and success.

Further, the law of nature and the natural rights envisioned by the American Founders were held to be accompanied by an equal set of duties and virtues commensurate with those rights, including the republican virtue of patriotism. Neither Locke nor, certainly, the Founders were utopian, but instead they balanced a belief in reason with an empirical outlook and a realistic view of human nature.

Caveats aside, Yoram Hazony has written a magnificent affirmation of democratic nationalism and sovereignty. The book is a tour de force that has the potential to significantly shape the debate between the supporters of supranational globalism and those of national-state democracy. The former will attempt to marginalize Hazony. Crucial will be the response of the Western (particularly American) center-right intelligentsia. Will mainstream conservatives embrace Hazony’s core thesis (with requisite qualifications) and recognize that they have been given a powerful intellectual and moral argument, or will this opportunity be squandered in sectarian squabbling over exactly what Locke meant and how to redefine “liberalism” in the 21st-century global world? 

Voir de plus:

What Is Conservatism?

May 20, 2017

The year 2016 marked a dramatic change of political course for the English-speaking world, with Britain voting for independence from Europe and the United States electing a president promising a revived American nationalism. Critics see both events as representing a dangerous turn toward “illiberalism” and deplore the apparent departure from “liberal principles” or “liberal democracy,” themes that surfaced repeatedly in conservative publications over the past year. Perhaps the most eloquent among the many spokesmen for this view has been William Kristol, who, in a series of essays in the Weekly Standard, has called for a new movement to arise “in defense of liberal democracy.” In his eyes, the historic task of American conservatism is “to preserve and strengthen American liberal democracy,” and what is needed now is “a new conservatism based on old conservative—and liberal—principles.” Meanwhile, the conservative flagship Commentary published a cover story by the Wall Street Journal’s Sohrab Ahmari entitled “Illiberalism: The Worldwide Crisis,” seeking to raise the alarm about the dangers to liberalism posed by Brexit, Trump, and other phenomena.

These and similar examples demonstrate once again that more than a few prominent conservatives in America and Britain today consider themselves to be not only conservatives but also liberals at the same time. Or, to get to the heart of the matter, they see conservatism as a branch or species of liberalism—to their thinking, the “classical” and most authentic form of liberalism. According to this view, the foundations of conservatism are to be found, in significant measure, in the thought of the great liberal icon John Locke and his followers. It is to this tradition, they say, that we must turn for the political institutions—including the separation of powers, checks and balances, and federalism—that secure the freedoms of religion, speech, and the press; the right of private property; and due process under law. In other words, if we want limited government and, ultimately, the American Constitution, then there is only one way to go: Lockean liberalism provides the theoretical basis for the ordered freedom that conservatives strive for, and liberal democracy is the only vehicle for it.

Many of those who have been most outspoken on this point have been our long-time friends. We admire and are grateful for their tireless efforts on behalf of conservative causes, including some in which we have worked together as partners. But we see this confusion of conservatism with liberalism as historically and philosophically misguided. Anglo-American conservatism is a distinct political tradition—one that predates Locke by centuries. Its advocates fought for and successfully established most of the freedoms that are now exclusively associated with Lockean liberalism, although they did so on the basis of tenets very different from Locke’s. Indeed, when Locke published his Two Treatises of Government in 1689, offering the public a sweeping new rationale for the traditional freedoms already known to Englishmen, most defenders of these freedoms were justly appalled. They saw in this new doctrine not a friend to liberty but a product of intellectual folly that would ultimately bring down the entire edifice of freedom. Thus, liberalism and conservatism have been opposed political positions in political theory since the day liberal theorizing first set foot in England.

Today’s confusion of conservative political thought with liberalism is in a way understandable, however. In the great twentieth-century battles against totalitarianism, conservatives and liberals were allies: They fought together, along with the Communists, against Nazism. After 1945, conservatives and liberals remained allies in the war against Communism. Over these many decades of joint struggle, what had for centuries been a distinction of vital importance was treated as if it were not terribly important, and in fact, it was largely forgotten.

But since the fall of the Berlin Wall in 1989, these circumstances have changed. The challenges facing the Anglo-American tradition are now coming from other directions entirely. Radical Islam, to name one such challenge, is a menace that liberals, for reasons internal to their own view of the political world, find difficult to regard as a threat and especially difficult to oppose in an effective manner. But even more important is the challenge arising from liberalism itself. It is now evident that liberal principles contribute little or nothing to those institutions that were for centuries the bedrock of the Anglo-American political order: nationalism, religious tradition, the Bible as a source of political principles and wisdom, and the family. Indeed, as liberalism has emerged victorious from the battles of the last century, the logic of its doctrines has increasingly turned liberals against all of these conservative institutions. On both of these fronts, the conservative and liberal principles of the Anglo-American tradition are now painfully at cross-purposes. The twentieth-century alliance between conservatism and liberalism is proving increasingly difficult to maintain.

Among the effects of the long alliance between conservatism and liberalism has been a tendency of political figures, journalists, and academics to slip back and forth between conservative terms and ideas and liberal ones as if they were interchangeable. And until recently, there seemed to be no great harm in this. Now, however, it is becoming obvious that this lack of clarity is crippling our ability to think about a host of issues, from immigration and foreign wars to the content of the Constitution and the place of religion in education and public life. In these and other areas, America, Britain, and their allies can neither recognize the difficulties ahead nor develop appropriate responses to them without a strong and intellectually capable conservatism. But to have a strong and intellectually capable conservatism, we must be able to see clearly what the Anglo-American conservative tradition is and what it is about. And to do this, we have to disentangle it from its old opponent—liberalism.

In this essay, we seek to clarify the historical and philosophical differences between the two major Anglo-American political traditions, conservative and liberal. We will begin by looking at some important events in the emergence of Anglo-American conservatism and its conflict with liberalism. After that, we will use these historical events as a basis for drawing some political distinctions that will be highly relevant for our own political context.

Fortescue and the Birth of Anglo-American Conservatism

The emergence of the Anglo-American conservative tradition can be identified with the words and deeds of a series of towering political and intellectual figures, among whom we can include individuals such as Sir John Fortescue, Richard Hooker, Sir Edward Coke, John Selden, Sir Matthew Hale, Sir William Temple, Jonathan Swift, Josiah Tucker, Edmund Burke, John Dickinson, and Alexander Hamilton. Men such as George Washington, John Adams, and John Marshall, often hastily included among the liberals, would also have placed themselves in this conservative tradition rather than with its opponents, whom they knew all too well.

Living in very different periods, these individuals nevertheless shared common ideas and principles and saw themselves as part of a common tradition of English, and later Anglo-American, constitutionalism. A politically traditionalist outlook of this kind was regarded as the mainstream in both England and America up until the French Revolution and only came to be called “conservative” during the nineteenth century, as it lost ground and became one of two rival camps.

Because the name conservative dates from this time of decline, it is often wrongly asserted that those who continued defending the Anglo-American tradition after the revolution—men such as Burke and Hamilton—were the “first conservatives.” But one has to view history in a peculiar and distorted way to see these men as having founded the tradition they were defending. In fact, neither the principles they upheld nor the arguments with which they defended them were new. They read them in the books of earlier thinkers and political figures such as Fortescue, Coke, Selden, and Hale. These men, the intellectual and political forefathers of Burke and Hamilton, are conservatives in just the same way that John Locke is a liberal. The term was not yet in use, but the ideas that it designates are easily recognizable in their writings, their speeches, and their deeds.

Where does the tradition of Anglo-American conservatism begin? Any date one chooses will be somewhat arbitrary. Even the earliest surviving English legal compilations, dating from the twelfth century, are arguably recognizable as forerunners of this conservative tradition. But we will not make the case for this claim here. Instead, we will begin on what seems to us indisputable ground—with the writings of Sir John Fortescue, which date from the late fifteenth century. Fortescue (c. 1394–1479) occupies a position in the Anglo-American conservative tradition somewhat analogous to Locke in the later liberal tradition: although not the founder of this tradition, he is nonetheless its first truly outstanding expositor and the model in light of which the entire subsequent tradition developed.1 It is here that any conservative should begin his or her education in the Anglo-American tradition.

For eight years during the Wars of the Roses, beginning in 1463, John Fortescue lived in France with the court of the young prince Edward of Lancaster, the “Red Rose” claimant to the English throne, who had been driven into exile by the “White Rose” king Edward IV of York. Fortescue had been a member of Parliament and for nearly two decades chief justice of the King’s Bench, the English Supreme Court. In the exiled court, he became the nominal chancellor of England. While in exile, Fortescue composed several treatises on the constitution and laws of England, foremost among them a small book entitled Praise of the Laws of England.

Although Praise of the Laws of England is often mischaracterized as a work on law, anyone picking it up will immediately recognize it for what it is: an early great work of English political philosophy. Far from being a sterile rehearsal of existing law, it is written as a dialogue between the chancellor of England and the young prince he is educating, so that he may wisely rule his realm. It offers a theorist’s explanation of the reasons for regarding the English constitution as the best model of political government known to man. (Those who have been taught that it was Montesquieu who first argued that, of all constitutions, the English constitution is the one best suited for human freedom will be dismayed to find that this argument is presented more clearly by Fortescue nearly three hundred years earlier, in a work with which Montesquieu was probably familiar.)

According to Fortescue, the English constitution provides for what he calls “political and royal government,” by which he means that English kings do not rule by their own authority alone (i.e., “royal government”), but together with the representatives of the nation in Parliament and in the courts (i.e., “political government”). In other words, the powers of the English king are limited by the traditional laws of the English nation, in the same way—as Fortescue emphasizes—that the powers of the Jewish king in the Mosaic constitution in Deuteronomy are limited by the traditional laws of the Israelite nation. This is in contrast with the Holy Roman Empire of Fortescue’s day, which was supposedly governed by Roman law, and therefore by the maxim that “what pleases the prince has the force of law,” and in contrast with the kings of France, who governed absolutely. Among other things, the English law is described as providing for the people’s representatives, rather than the king, to determine the laws of the realm and to approve requests from the king for taxes.

In addition to this discussion of what later tradition would call the separation of powers and the system of checks and balances, Fortescue also devotes extended discussion to the guarantee of due process under law, which he explores in his discussion of the superior protections afforded to the individual under the English system of trial by jury. Crucially, Fortescue consistently connects the character of a nation’s laws and their protection of private property to economic prosperity, arguing that limited government bolsters such prosperity, while an absolute government leads the people to destitution and ruin. In another of his writings, The Difference between an Absolute and a Limited Monarchy (also known as The Governance of England, c. 1471), he starkly contrasts the well-fed and healthy English population living under their limited government with the French, whose government was constantly confiscating their property and quartering armies in their towns—at the residents’ expense—by unilateral order of the king. The result of such arbitrary taxation and quartering is, as Fortescue writes, that the French people have been “so impoverished and destroyed that they may hardly live. . . . Verily, they live in the most extreme poverty and misery, and yet they dwell in one of the most fertile parts of the world.”

Like later conservative tradition, Fortescue does not believe that either scripture or human reason can provide a universal law suitable for all nations. We do find him drawing frequently on the Mosaic constitution and the biblical “Four Books of Kings” (1–2 Samuel and 1–2 Kings) to assist in understanding the political order and the English constitution. Nevertheless, Fortescue emphasizes that the laws of each realm reflect the historic experience and character of each nation, just as the English common law is in accord with England’s historic experience. Thus, for example, Fortescue argues that a nation that is self-disciplined and accustomed to obeying the laws voluntarily rather than by coercion is one that can productively participate in the way it is governed. This, Fortescue proposes, was true of the people of England, while the French, who were of undisciplined character, could be governed only by the harsh and arbitrary rule of absolute royal government. On the other hand, Fortescue also insisted, again in keeping with biblical precedent and later conservative tradition, that this kind of national character was not set in stone, and that such traits could be gradually improved or worsened over time.

Fortescue was eventually permitted to return to England, but his loyalty to the defeated House of Lancaster meant that he never returned to power. He was to play the part of chancellor of England only in his philosophical dialogue, Praise of the Laws of England. His book, however, went on to become one of the most influential works of political thought in history. Fortescue wrote in the decades before the Reformation, and as a firm Catholic. But every page of his work breathes the spirit of English nationalism—the belief that through long centuries of experience, and thanks to a powerful ongoing identification with Hebrew Scripture, the English had succeeded in creating a form of government more conducive to human freedom and flourishing than any other known to man. First printed around 1545, Fortescue’s Praise of the Laws of England spoke in a resounding voice to that period of heightened nationalist sentiment in which English traditions, now inextricably identified with Protestantism, were pitted against the threat of invasion by Spanish-Catholic forces aligned with the Holy Roman Emperor. This environment quickly established Fortescue as England’s first great political theorist, paving the way for him to be read by centuries of law students in both England and America and by educated persons wherever the broader Anglo-American conservative tradition struck root.

The Greatest Conservative: John Selden

We turn now to the decisive chapter in the formation of modern Anglo-American conservatism: the great seventeenth-century battle between defenders of the traditional English constitution against political absolutism on one side, and against the first advocates of a Lockean universalist rationalism on the other. This chapter in the story is dominated by the figure of John Selden (1584–1654), probably the greatest theorist of Anglo-American conservatism.

Under the reign of Elizabeth Tudor, Fortescue’s account of the virtues of England’s traditional institutions had become an integral part of the self-understanding of a politically independent English nation. But in 1603, Elizabeth died childless and was succeeded by her distant relative, the king of Scotland, James Stuart. The Stuart kings had little patience for English theories of “political and royal rule.” In fact, James, himself a thinker of some ability, had four years earlier penned a political treatise of his own, in which he explained that kings rule by divine right and the laws of the realm are, as the title of his book suggested, a Basilikon Doron (Greek for “Royal Gift”). In other words, the laws are the king’s freely given gift, which he can choose to make or revoke as he pleases. James was too prudent a man to openly press for his absolutist theories among his English subjects, and he insisted that he meant to respect their traditional constitution. But the English, who had bought thousands of copies of the king’s book when he ascended to their throne, were never fully convinced. Indeed, the policies of James and, later, his son Charles I constantly rekindled suspicions that the Stuarts’ aim was a creeping authoritarianism that would eventually leave England as bereft of freedom as France.

When this question finally came to a head, most of the members of the English Parliament and common lawyers proved willing to risk their careers, their freedom, and even their lives in the defense of Fortescue’s “political and royal rule.” Among these were eminent names such as Sir John Eliot and the chief justice of the King’s Bench, Sir Edward Coke. But in the generation that bore the full brunt of the new absolutist ideas, it was John Selden who stood above all others. The most important common lawyer of his generation, he was also a formidable political philosopher and polymath who knew more than twenty languages. Selden became a prominent leader in Parliament, where he joined the older Coke in a series of clashes with the king. In this period, Parliament denied the king’s right to imprison Englishmen without showing cause, to impose taxes and forced loans without the approval of Parliament, to quarter soldiers in private homes, and to wield martial law in order to circumvent the laws of the land.

In 1628, Selden played a leading role in drafting and passing an act of Parliament called the Petition of Right, which sought to restore and safeguard “the divers rights and liberties of the subjects” that had been known under the traditional English constitution. Among other things, it asserted that “your subjects have inherited this freedom, that they should not be compelled to contribute to any tax . . . not set by common consent in Parliament”; that “no freeman may be taken or imprisoned or be disseized of his freehold or liberties, or his free customs . . . but by the lawful judgment of his peers, or by the law of the land”; and that no man “should be put out of his land or tenements, nor taken, nor imprisoned, nor disinherited nor put to death without being brought to answer by due process of law.”

In the Petition of Right, then, we find the famous principle of “no taxation without representation,” as well as versions of the rights enumerated in the Third, Fourth, Fifth, Sixth, and Seventh Amendments of the American Bill of Rights—all declared to be ancient constitutional English freedoms and unanimously approved by Parliament, before Locke was even born. Although not mentioned in the Petition explicitly, freedom of speech had likewise been reaffirmed by Coke as “an ancient custom of Parliament” in the 1590s and was the subject of the so-called Protestation of 1621 that landed Coke, then seventy years old, in the Tower of London for nine months.

In other words, Coke, Eliot, and Selden risked everything to defend the same liberties that we ourselves hold dear in the face of an increasingly authoritarian regime. (In fact, John Eliot was soon to die in the king’s prison.) But they did not do so in the name of liberal doctrines of universal reason, natural rights, or “self-evident” truths. These they explicitly rejected because they were conservatives, not liberals. Let’s try to understand this.

Selden saw himself as an heir to Fortescue and, in fact, was involved in republishing the Praise for the Laws of England in 1616. His own much more extensive theoretical defense of English national traditions appeared in the form of short historical treatises on English law, as well as in a series of massive works (begun while Selden was imprisoned on ill-defined sedition charges for his activities in the 1628–29 Parliament) examining political theory and law in conversation with classical rabbinic Judaism. The most famous of these was his monumental Natural and National Law (1640). In these works, Selden sought to defend conservative traditions, including the English one, not only against the absolutist doctrines of the Stuarts but also against the claims of a universalist rationalism, according to which men could simply consult their own reason, which was the same for everyone, to determine the best constitution for mankind. This rationalist view had begun to collect adherents in England among followers of the great Dutch political theorist Hugo Grotius, whose On the Law of War and Peace (1625) suggested that it might be possible to do away with the traditional constitutions of nations by relying only on the rationality of the individual.

Then as now, conservatives could not understand how such a reliance on alleged universal reason could be remotely workable, and Selden’s Natural and National Law includes an extended attack on such theories in its first pages. There Selden argues that, everywhere in history, “unrestricted use of pure and simple reason” has led to conclusions that are “intrinsically inconsistent and dissimilar among men.” If we were to create government on the basis of pure reason alone, this would not only lead to the eventual dissolution of government but to widespread confusion, dissention, and perpetual instability as one government is changed for another that appears more reasonable at a given moment. Indeed, following Fortescue, Selden rejects the idea that a universally applicable system of rights is even possible. As he writes in an earlier work, what “may be most convenient or just in one state may be as unjust and inconvenient in another, and yet both excellently as well framed as governed.” With regard to those who believe that their reasoning has produced the universal truths that should be evident to all men, he shrewdly warns that

custom quite often wears the mask of nature, and we are taken in [by this] to the point that the practices adopted by nations, based solely on custom, frequently come to seem like natural and universal laws of mankind.

Selden responds to the claims of universal reason by arguing for a position that can be called historical empiricism. On this view, our reasoning in political and legal matters should be based upon inherited national tradition. This permits the statesman or jurist to overcome the small stock of observation and experience that individuals are able to accumulate during their own lifetimes (“that kind of ignorant infancy, which our short lives alone allow us”) and to take advantage of “the many ages of former experience and observation,” which permit us to “accumulate years to us, as if we had lived even from the beginning of time.” In other words, by consulting the accumulated experience of the past, we overcome the inherent weakness of individual judgement, bringing to bear the many lifetimes of observation by our forebears, who wrestled with similar questions under diverse conditions.

This is not to say that Selden is willing to accept the prescription of the past blindly. He pours scorn on those who embrace errors originating in the distant past, which, he says, have often been accepted as true by entire communities and “adopted without protest, and loaded onto the shoulders of posterity like so much baggage.” Recalling the biblical Jeremiah’s insistence on an empirical study of the paths of old (Jer. 6:16), Selden argues that the correct method is that “all roads must be carefully examined. We must ask about the ancient paths, and only what is truly the best may be chosen.” But for Selden, the instrument for such examination and selection is not the wild guesswork of individual speculation concerning various hypothetical possibilities. In the life of a nation, the inherited tradition of legal opinions and legislation preserves a multiplicity of perspectives from different times and circumstances, as well as the consequences for the nation when the law has been interpreted one way or another. Looking back upon these varied and changing positions within the tradition, and considering their real-life results, one can distinguish the true precepts of the law from the false turns that have been taken in the past. As Selden explains:

The way to find out the Truth is by others’ mistakings: For if I [wish] to go to such [and such] a place, and [some]one had gone before me on the right-hand [side], and he was out, [while] another had gone on the left-hand, and he was out, this would direct me to keep the middle way that peradventure would bring me to the place I desired to go.

Selden thus turns, much as the Hebrew Bible does, to a form of pragmatism to explain what is meant when statesmen and jurists speak of truth. The laws develop through a process of trial and error over generations, as we come to understand how peace and prosperity (“what is truly best,” “the place I desired to go”) arise from one turn rather than another.

Selden recognizes that, in making these selections from the traditions of the past, we tacitly rely upon a higher criterion for selection, a natural law established by God, which prescribes “what is truly best” for mankind in the most elementary terms. In his Natural and National Law, Selden explains that this natural law has been discovered over long generations since the biblical times and has come down to us in various versions. Of these, the most reliable is that of the Talmud, which describes the seven laws of the children of Noah prohibiting murder, theft, sexual perversity, cruelty to beasts, idolatry and defaming God, and requiring courts of law to enforce justice. The experience of thousands of years has taught us that these laws frame the peace and prosperity that is the end of all nations, and that they are the unseen root from which the diverse laws of all the nations ultimately derive.

Nonetheless, Selden emphasizes that no nation can govern itself by directly appealing to such fundamental law, because “diverse nations, as diverse men, have their diverse collections and inferences, and so make their diverse laws to grow to what they are, out of one and the same root.” Each nation thus builds its own unique effort to implement the natural law according to an understanding based on its own unique experience and conditions. It is thus wise to respect the different laws found among nations, both those that appear right to us and those that appear mistaken, for different perspectives may each have something to contribute to our pursuit of the truth. (Selden’s treatment of the plurality of human knowledge is cited by Milton as a basis for his defense of freedom of speech in Areopagitica.)

Selden thus offers us a picture of a philosophical parliamentarian or jurist. He must constantly maintain the strength and stability of the inherited national edifice as a whole—but also recognize the need to make repairs and improvements where these are needed. In doing so, he seeks to gradually approach, by trial and error, the best that is possible for each nation.

Selden’s view of the underlying principles of what was to become the Anglo-American traditional constitution is perhaps the most balanced and sophisticated ever written. But neither his intellectual powers nor his personal bravery, nor that of his colleagues in Parliament, were enough to save the day. Stuart absolutism eventually pressed England toward civil war and, finally, to a Puritan military dictatorship that not only executed the king but destroyed Parliament and the constitution as well. Selden did not live to see the constitution restored. The regicide regime subsequently offered England several brand-new constitutions, none of which proved workable, and within eleven years it had collapsed.

In 1660, two eminent disciples of Selden, Edward Hyde (afterward Earl of Clarendon) and Sir Matthew Hale, played a leading role in restoring the constitution and the line of Stuart kings. When the Catholic James II succeeded to the throne in 1685, fear of a relapse into papism and even of a renewed attempt to establish absolutism moved the rival political factions of the country to unite in inviting the next Protestants in line to the throne. The king’s daughter Mary and her husband, Prince William of Orange, the Stadtholder of the Dutch Republic, crossed the channel to save Protestant England and its constitution. Parliament, having confirmed the willingness of the new joint monarchs to protect the English from “all other attempts upon their religion, rights and liberties,” in 1689 established the new king and queen on the throne and ratified England’s famous Bill of Rights. This new document reasserted the ancient rights invoked in the earlier Petition of Right, among other things affirming the right of Protestant subjects to “have arms for their defense” and the right of “freedom of speech and debates” in Parliament, and that “excessive bail ought not to be required, nor excessive fines imposed, nor cruel and unusual punishments inflicted”—the basis for the First, Second, and Eighth Amendments of the American Bill of Rights. Freedom of speech was quickly extended to the wider public, with the termination of English press licensing laws a few years later.

The restoration of a Protestant monarch and the adoption of the Bill of Rights were undertaken by a Parliament united around Seldenian principles. What came to be called the “Glorious Revolution” was glorious precisely because it reaffirmed the traditional English constitution and protected the English nation from renewed attacks on “their religion, rights and liberties.” Such attacks came from absolutists like Sir Robert Filmer on the one hand, whose Patriarcha (published posthumously, 1680) advocated authoritarian government as the only legitimate one, and by radicals like John Locke on the other. Locke’s Two Treatises of Government (1689) responded to the crisis by arguing for the right of the people to dissolve the traditional constitution and reestablish it according to universal reason.

The Challenge from Locke and Liberalism

Over the course of the seventeenth century, English conservatism was formed into a coherent and unmistakable political philosophy utterly opposed both to the absolutism of the Stuarts, Hobbes, and Filmer (what would later be called “the Right”), as well as to liberal theories of universal reason advanced first by Grotius and then by Locke (“the Left”). The centrist conservative view was to remain the mainstream understanding of the English constitution for a century and a half, defended by leading Whig intellectuals in works from William Atwood’s Fundamental Constitution of the English Government (1690) to Josiah Tucker’s A Treatise of Civil Government (1781), which strongly opposed both absolutism and Lockean theories of universal rights. This is the view upon which men like Blackstone, Burke, Washington, and Hamilton were educated. Not only in England but in British America, lawyers were trained in the common law by studying Coke’s Institutes of the Lawes of England (1628–44) and Hale’s History of the Common Law of England (1713). In both, the law of the land was understood to be the traditional English constitution and common law, amended as needed for local purposes.

Because Locke is today recognized as the decisive figure in the liberal tradition, it is worth looking more carefully at why his political theory was so troubling for conservatives. We have described the Anglo-American conservative tradition as subscribing to a historical empiricism, which proposes that political knowledge is gained by examining the long history of the customary laws of a given nation and the consequences when these laws have been altered in one direction or another. Conservatives understand that a jurist must exercise reason and judgment, of course. But this reasoning is about how best to adapt traditional law to present circumstances, making such changes as are needed for the betterment of the state and of the public, while preserving as much as possible the overall frame of the law. To this we have opposed a standpoint that can be called rationalist. Rationalists have a different view of the role of reason in political thought, and in fact a different understanding of what reason itself is. Rather than arguing from the historical experience of nations, they set out by asserting general axioms that they believe to be true of all human beings, and that they suppose will be accepted by all human beings examining them with their native rational abilities. From these they deduce the appropriate constitution or laws for all men.

Locke is known philosophically as an empiricist. But his reputation in this regard is based largely on his Essay concerning Human Understanding (1689), which is an influential exercise in empirical psychology. His Second Treatise of Government is not, however, a similar effort to bring an empirical standpoint to the theory of the state. Instead, it begins with a series of axioms that are without any evident connection to what can be known from the historical and empirical study of the state. Among other things, Locke asserts that, (1) prior to the establishment of government, men exist in a “state of nature,” in which (2) “all men are naturally in a state of perfect freedom,” as well as in (3) a “state of perfect equality, where naturally there is no superiority or jurisdiction of one over another.” Moreover, (4) this state of nature “has a law of nature to govern it”; and (5) this law of nature is, as it happens, nothing other than human “reason” itself, which “teaches all mankind, who will but consult it.” It is this universal reason, the same among all mankind, that leads them to (6) terminate the state of nature, “agreeing together mutually to enter into . . . one body politic” by an act of free consent. From these six axioms, Locke then proceeds to deduce the proper character of the political order for all nations on earth.

Three important things should be noticed about this set of axioms. The first is that the elements of Locke’s political theory are not known from experience. The “perfect freedom” and “perfect equality” that define the state of nature are ideal forms whose relationship with empirical reality is entirely unclear. Nor can the identity of natural law with reason, or the assertion that the law dictated by reason “teaches all mankind,” or the establishment of the state by means of purely consensual social contract, be known empirically. All of these things are stipulated as when setting out a mathematical system.

The second thing to notice is that there is no reason to think that any of Locke’s axioms are in fact true. Faced with this mass of unverifiable assertions, empiricist political theorists such as Hume, Smith, and Burke rejected all of Locke’s axioms and sought to rebuild political philosophy on the basis of things that can be known from history and from an examination of actual human societies and governments.

Third, Locke’s theory not only dispenses with the historical and empirical basis for the state, it also implies that such inquiries are, if not entirely unnecessary, then of secondary importance. If there exists a form of reason that is accessible to “all mankind, who will but consult it,” and that reveals to all the universal laws of nature governing the political realm, then there will be little need for the historically and empirically grounded reasoning of men such as Fortescue, Coke, and Selden. All men, if they will just gather together and consult with their own reason, can design a government that will be better than anything that “the many ages of experience and observation” produced in England. On this view, the Anglo-American conservative tradition—far from having brought into being the freest and best constitution ever known to mankind—is in fact shot through with unwarranted prejudice and an obstacle to a better life for all. Locke’s theory thus pronounces, in other words, the end of Anglo-American conservatism, and the end of the traditional constitution that conservatives still held to be among the most precious things on earth.

While Locke’s rationalist theories made limited headway in England, they were all the rage in France. Rousseau’s On the Social Contract (1762) went where others had feared to tread, embracing Locke’s system of axioms for correct political thought and calling upon mankind to consent only to the one legitimate constitution dictated by reason. Within thirty years, Rousseau, Voltaire, and the other French imitators of Locke’s rationalist politics received what they had demanded in the form of the French Revolution. The 1789 Declaration of the Rights of Man and of the Citizen was followed by the Reign of Terror for those who would not listen to reason. Napoleon’s imperialist liberalism rapidly followed, bringing universal reason and the “rights of man” to the whole of continental Europe by force of arms, at a cost of millions of lives.2

In 1790, a year after the beginning of the French Revolution, the Anglo-Irish thinker and Whig parliamentarian Edmund Burke composed his famous defense of the English constitutional tradition against the liberal doctrines of universal reason and universal rights, entitled Reflections on the Revolution in France. In one passage, Burke asserted that

Selden, and the other profoundly learned men, who drew this petition of right, were as well acquainted, at least, with all the general theories concerning the “rights of men” [as any defenders of the revolution in France]. . . . But, for reasons worthy of that practical wisdom which superseded their theoretic science, they preferred this positive, recorded, hereditary title to all which can be dear to the man and the citizen, to that vague speculative right, which exposed their sure inheritance to be scrambled for and torn to pieces by every wild, litigious spirit.

In this passage, Burke correctly emphasizes that Selden and the other great conservative figures of his day had been quite familiar with the “general theories concerning the ‘rights of men’” that had now been used to overthrow the state in France. He then goes on to endorse Selden’s argument that universal rights, since they are based only on reason rather than “positive, recorded, hereditary title,” can be said to give everyone a claim to absolutely anything. Adopting a political theory based on such universal rights has one obvious meaning: that the “sure inheritance” of one’s nation will immediately be “scrambled for and torn to pieces” by “every wild litigious spirit” who knows how to use universal rights to make ever new demands.

Burke’s argument is frequently quoted today by conservatives who assume that his target was Rousseau and his followers in France. But Burke’s attack was not primarily aimed at Rousseau, who had few enthusiasts in Britain or America at the time. The actual target of his attack was contemporary followers of Grotius and Locke—individuals such as Richard Price, Joseph Priestley, Charles James Fox, Charles Grey, Thomas Paine, and Thomas Jefferson. Price, who was the explicit subject of Burke’s attack in the first pages of Reflections on the Revolution in France, had opened his Observations on the Nature of Civil Liberty (1776) with the assertion that “the principles on which I have argued form the foundation of every state as far as it is free; and are the same with those taught by Mr. Locke.” And much the same could be said of the others, all of whom followed Locke in claiming that the only true foundation for political and constitutional thought was precisely in those “general theories concerning the rights of men” that Burke believed would bring turmoil and death to one country after another.

The carnage taking place in France triggered a furious debate in England. It pitted supporters of the conservatism of Coke and Selden (both Whigs and Tories) against admirers of Locke’s universal rights theories (the so-called New Whigs). The conservatives insisted that these theories would uproot every traditional political and religious institution in England, just as they were doing in France. It is against the backdrop of this debate that Burke reportedly stated in Parliament that, of all the books ever written, the Second Treatise was “one of the worst.”

 Liberalism and Conservatism in America

Burke’s conservative defense of the traditional English constitution enjoyed a large measure of success in Britain, where it was continued after his death by figures such as Canning, Wellington, and Disraeli. That this is so is obvious from the fact that institutions such as the monarchy, the House of Lords, and the established Church of England, not to mention the common law itself, were able to withstand the gale winds of universal reason and universal rights, and to this day have their staunch supporters.

But what of America? Was the American revolution an upheaval based on Lockean universal reason and universal rights? To hear many conservatives talk today, one would think this were so, and that there never were any conservatives in the American mainstream, only liberals of different shades. The reality, however, was rather different. When the American English, as Burke called them, rebelled against the British monarch, there were already two distinct political theories expressed among the rebels, and the opposition between these two camps only grew with time.

First, there were those who admired the English constitution that they had inherited and studied. Believing they had been deprived of their rights under the English constitution, their aim was to regain these rights. Identifying themselves with the tradition of Coke and Selden, they hoped to achieve a victory against royal absolutism comparable to what their English forefathers had achieved in the Petition of Right and Bill of Rights. To individuals of this type, the word revolution still had its older meaning, invoking something that “revolves” and would, through their efforts, return to its rightful place—in effect, a restoration. Alexander Hamilton was probably the best-known exponent of this kind of conservative politics, telling the assembled delegates to the constitutional convention of 1787, for example, that “I believe the British government forms the best model the world ever produced.” Or, as John Dickinson told the convention: “Experience must be our only guide. Reason may mislead us. It was not reason that discovered the singular and admirable mechanism of the English constitution…. Accidents probably produced these discoveries, and experience has given a sanction to them.” And it is evident that they were quietly supported behind the scenes by other adherents of this view, among them the president of the convention, General George Washington.

Second, there were true revolutionaries, liberal followers of Locke such as Jefferson, who detested England and believed—just as the French followers of Rousseau believed—that the dictates of universal reason made the true rights of man evident to all. For them, the traditional English constitution was not the source of their freedoms but rather something to be swept away before the rights dictated by universal reason. And indeed, during the French Revolution, Jefferson and his supporters embraced it as a purer version of what the Americans had started. As he wrote in a notorious letter in 1793 justifying the revolution in France: “The liberty of the whole earth was depending on the issue of the contest. . . . [R]ather than it should have failed, I would have seen half the earth desolated.”

The tension between these conservative and liberal camps finds rather dramatic expression in America’s founding documents: The Declaration of Independence, drafted by Jefferson in 1776, is famous for resorting, in its preamble, to the Lockean doctrine of universal rights as “self-evident” before the light of reason. Similarly, the Articles of Confederation, negotiated the following year as the constitution of the new United States of America, embody a radical break with the traditional English constitution. These Articles asserted the existence of thirteen independent states, at the same time establishing a weak representative assembly over them without even the power of taxation, and requiring assent by nine of thirteen states to enact policy. The Articles likewise made no attempt at all to balance the powers of this assembly, effectively an executive, with separate legislative or judicial branches of government.

The Articles of Confederation came close to destroying the United States. After a decade of disorder in both foreign and economic affairs, the Articles were replaced by the Constitution, drafted at a convention initiated by Hamilton and James Madison, and presided over by a watchful Washington, while Jefferson was away in France. Anyone comparing the Constitution that emerged with the earlier Articles of Confederation immediately recognizes that what took place at this convention was a reprise of the Glorious Revolution of 1689. Despite being adapted to the American context, the document that the convention produced proposed a restoration of the fundamental forms of the English constitution: a strong president, designated by an electoral college (in place of the hereditary monarchy); the president balanced in strikingly English fashion by a powerful bicameral legislature with the power of taxation and legislation; the division of the legislature between a quasi-aristocratic, appointed Senate and a popularly elected House; and an independent judiciary. Even the American Bill of Rights of 1789 is modeled upon the Petition of Right and the English Bill of Rights, largely elaborating the same rights that had been described by Coke and Selden and their followers, and breathing not a word anywhere about universal reason or universal rights.

The American Constitution did depart from the traditional English constitution, however, adapting it to local conditions on certain key points. The Americans, who had no nobility and no tradition of hereditary office, declined to institute these now. Moreover, the Constitution of 1787 allowed slavery, which was forbidden in England—a wretched innovation for which America would pay a price the framers could not have imagined in their wildest nightmares.

Another departure—or apparent departure—was the lack of a provision for a national church, enshrined in the First Amendment in the form of a prohibition on congressional legislation “respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof.” The English constitutional tradition, of course, gave a central role to the Protestant religion, which was held to be indispensable and inextricably tied to English identity (although not incompatible with a broad measure of toleration). But the British state, in certain respects federative, permitted separate, officially established national churches in Scotland and Ireland. This British acceptance of a diversity of established churches is partially echoed in the American Constitution, which permitted the respective states to support their own established churches, or to require that public offices in the state be held by Protestants or by Christians, well into the nineteenth century. When these facts are taken into account, the First Amendment appears less an attempt to put an end to established religion than a provision for keeping the peace among the states by delegating forms of religious establishment to the state level.

As early as 1802, however, Jefferson, now president, announced  that the First Amendment’s rejection of a national church in fact should be interpreted as an “act of the whole American people . . . building a wall of separation between church and state.” This characterization of the American Constitution as endorsing a “separation of church and state” was surely overwrought, and more compatible with French liberalism—which regarded public religion as abhorrent to reason—than with the actual place of state religion among “the whole American people” at the time. Yet on this point, Jefferson has emerged victorious. In the years that followed, his “wall of separation between church and state” interpretation was increasingly considered to be an integral part of the American Constitution, even if one that had not been included in the actual text.

Lockean liberalism grew increasingly dominant in America after Jefferson’s election. Hamilton’s death in a duel in 1804, at the age of 47, was an especially heavy blow that left American conservatism without its most able spokesman. Nevertheless, the tradition of Selden and Burke was taken up by Americans of the next generation, including two of the country’s most prominent jurists, New York chancellor James Kent (1763–1847) and Supreme Court justice Joseph Story (1779–1845). Story’s influence was especially significant. Although appointed to the Supreme Court by Jefferson in the hope of undermining Chief Justice John Marshall, Story’s opinions almost immediately displayed the opposite inclination, and continued to do so throughout his thirty-four-year tenure on the court. Perhaps Story’s greatest contribution to the American conservative tradition is his famous Commentaries on the Constitution (3 vols., 1833), which were dedicated to Marshall and went on to be the most important and influential interpretation of the American constitutional tradition in the nineteenth century. These were overtly conservative in spirit, citing Burke with approval and repeatedly criticizing not only Locke’s theories but Jefferson himself. Among other things, Story forcefully rejected Jefferson’s claim that the American founding had been based on universal rights determined by reason, emphasizing that it was the rights of the English traditional law that Americans had always recognized and continued to recognize. As he wrote:

[This] has been the uniform doctrine in America ever since the settlement of the colonies. The universal principle (and the practice has conformed to it) has been, that the common law is our birthright and inheritance, and that our ancestors brought hither with them upon their emigration all of it, which was applicable to their situation. The whole structure of our present jurisprudence stands upon the original foundations of the common law.

Regarding the American Constitution’s deviation from English tradition in the matter of a national religion, Story’s view was appropriately balanced. On the one hand, he confirmed “the right of private judgment in matters of religion, and of the freedom of public worship according to the dictates of one’s conscience” as an integral part of the nation’s constitutional heritage. At the same time, he asserted the traditional Anglo-American conservative view that “the right of a society or government to interfere in matters of religion will hardly be contested by any persons, who believe that piety, religion, and morality are intimately connected with the well-being of the state, and indispensable to the administration of civil justice.” For this reason, he was confident that the ongoing circumstances of his day, in which some of the states continued to “support and sustain, in some form, the Christian religion,” as being “without the slightest suspicion that it was against the principles of public law or republican liberty.” Story thus recognized no wall of separation between the government and religion at the state level as being either required by the American constitution or desirable.

As for the breach in conservative principles that had opened up with the barring of an establishment of religion at the national level, Story wrote with prescient concern:

It yet remains a problem to be solved in human affairs, whether any free government can be permanent, where the public worship of God, and the support of religion, constitute no part of the policy or duty of the state in any assignable shape.

Principles of the Conservative Tradition

As we have seen, the period between John Selden and Edmund Burke gave rise to two highly distinct and conflicting Anglo-American political traditions, conservative and liberal. Both were opposed to royal absolutism and devoted to freedom. But they were bitterly divided on theoretical grounds, as well as on a wide range of policy matters. Indeed, many of the principal issues that divided these two traditions continue to divide liberals and conservatives today.

What is the substance of the Anglo-American conservative political tradition? We can summarize the principles of conservatism as they appeared in the writings and deeds of the early architects of this tradition as follows:

(1) Historical Empiricism. The authority of government derives from constitutional traditions known, through the long historical experience of a given nation, to offer stability, well-being, and freedom. These traditions are refined through trial and error over many centuries, with repairs and improvements being introduced where necessary, while maintaining the integrity of the inherited national edifice as a whole. Such empiricism entails a skeptical standpoint with regard to the divine right of the rulers, the universal rights of man, or any other abstract, universal systems. Written documents express and consolidate the constitutional traditions of the nation, but they can neither capture nor define this political tradition in its entirety.

(2) Nationalism. The diversity of national experiences means that different nations will have different constitutional and religious traditions. The Anglo-American tradition harkens back to principles of a free and just national state, charting its own course without foreign interference, whose origin is in the Bible. These include a conception of the nation as arising out of diverse tribes, its unity anchored in common traditional law and religion. Such nationalism is not based on race, embracing new members who declare that “your people is my people, and your God is my God” (Ruth 1:16).

(3) Religion. The state upholds and honors the biblical God and religious practices common to the nation. These are the centerpiece of the national heritage and indispensable for justice and public morals. At the same time, the state offers wide toleration to religious and social views that do not endanger the integrity and well-being of the nation as a whole.

(4) Limited Executive Power. The powers of the king (or president) are limited by the laws of the nation, which he neither determines nor adjudicates. The powers of the king (or president) are limited by the representatives of the people, whose advice and consent he must obtain both respecting the laws and taxation.

(5) Individual Freedoms. The security of the individual’s life and property is mandated by God as the basis for a society that is both peaceful and prosperous, and is to be protected against arbitrary actions of the state. The ability of the nation to seek truth and conduct sound policy depends on freedom of speech and debate. These and other fundamental rights and liberties are guaranteed by law, and may be infringed upon only by due process of law.

These principles can serve as a useful summary of the conservative political tradition as it existed long before Locke and long before liberalism, serving as the basis for the restoration of the English constitution in 1689, and for the restoration that was the ratification of the American Constitution of 1787. Moreover, we see them as principles that we can affirm today, and which can serve as a sound basis for political conservatism in Britain, America, and other countries in our time.

Conservatism versus Liberalism in Current Affairs

How do these conservative principles conflict with those of liberalism? We understand the crucial differences between ourselves and our liberal friends in the following way:

Liberalism is a political doctrine based on the assumption that reason is everywhere the same and accessible, in principle, to all individuals; and that one need only consult reason to arrive at the one form of government that is everywhere the best, for all mankind. In its current form, liberalism asserts that this one best form of government is “liberal democracy.” This is a term popularized in the 1920s to describe a type kind of government that borrows certain principles from the earlier Anglo-American conservative tradition, including those limiting executive power and guaranteeing individual freedoms (Principles 4 and 5 above). But liberalism regards these principles as stand-alone entities, detachable from the broader Anglo-American tradition in which they arose. Liberals thus tend to have few, if any, qualms about discarding the national and religious foundations of Anglo-American government (Principles 2 and 3), regarding these as unnecessary, if not simply contrary to universal reason.

With Selden, we believe that, in their campaign for universal “liberal democracy,” liberals have confused certain historical-empirical principles of the traditional Anglo-American constitution, painstakingly developed and inculcated over centuries (Principle 1), for universal truths that are equally accessible to all human beings, regardless of historical or cultural circumstances. This means that, like all rationalists, they are engaged in applying local truths, which may hold good under certain conditions, to quite different situations and circumstances, where they often go badly wrong. For conservatives, these failures—for example, the repeated collapse of liberal constitutions in places such as Mexico, France, Germany, Italy, Nigeria, Russia, and Iraq, among many others—suggest that the principles in question have been overextended and should be regarded as true only within a narrower range of conditions. Liberals, on the other hand, explain such failures as a result of “poor implementation,” leaving liberal democracy as a universal truth that remains untouched by experience and unassailable, no matter what the circumstances.

The liberal assertion that Principles 4 and 5 are universal truths that are readily recognized by all human beings has had far-reaching consequences even in the United States and Britain. The fact is that what is now called “liberal democracy” refers not to the traditional Anglo-American constitution but to a rationalist reconstruction of it that has been entirely detached from the Protestant religion and the Anglo-American nationalist tradition.  Far from being a time-tested form of government, this liberal-democratic ideal is something new to both America and Britain, dating only from the mid-twentieth century. The claim that liberal-democratic regimes of this kind can be maintained for long without the conservative principles they have blithely discarded is a hypothesis now being tested for the first time. Those who believe that a favorable outcome of this experiment is assured draw this conclusion not from historical or empirical evidence, for we have none. Rather, their confidence derives from the closed Lockean-rationalist system that holds them captive, preventing them from being able to anticipate any of the other quite possible outcomes before us.

These pronounced differences between conservatives and liberals do not, of course, remain at the rarified level of political theory. They quickly lead to disagreements over proposed policy, expressed in somewhat different ways from one generation to the next. In our own day, we recognize the clash between conservatism and liberalism in the following areas, among others (here described only very briefly, and so in overly simple terms):

Liberal Empire. Because liberalism is thought to be a dictate of universal reason, liberals tend to believe that any country not already governed as a liberal democracy should be pressed—or even coerced—to adopt this form of government. Conservatives, on the other hand, recognize that different societies are held together and kept at peace in different ways, so that the universal application of liberal doctrines often brings collapse and chaos, doing more harm than good.

International Bodies. Similarly, liberals believe that, since liberal principles are universal, there is little harm done in reassigning the powers of government to international bodies. Conservatives, on the other hand, believe that such international organizations possess no sound governing traditions and no loyalty to particular national populations that might restrain their spurious theorizing about universal rights. They therefore see such bodies as inevitably tending to arbitrariness and autocracy.

Immigration. Liberals believe that, since liberal principles are accessible to all, there is nothing to be feared in large-scale immigration from countries with national and religious traditions very different from ours. Conservatives see successful large-scale immigration as possible only where the immigrants are strongly motivated to integrate and assisted in assimilating the national traditions of their new home country. In the absence of these conditions, the result will be chronic intercultural tension and violence.

Law. Liberals regard the laws of a nation as emerging from the tension between positive law and the pronouncements of universal reason, as expressed by the courts. Conservatives reject the supposed universal reason of judges, which often amounts to little more than their succumbing to passing fashion. But conservatives also oppose an excessive regard for written documents, which leads, for example, to the liberal mythology of America as a “creedal nation” (or a “propositional nation”) created and defined solely by the products of abstract reason that are supposedly found in the American Declaration of Independence and Constitution.

Economy. Liberals regard the universal market economy, operating without regard to borders, as a dictate of universal reason and applicable equally to all nations. They therefore recognize no legitimate economic aims other than the creation of a “level field” on which all nations participate in accordance with universal, rational rules. Conservatives regard the market economy and free enterprise as indispensable for the advancement of the nation in its wealth and wellbeing. But they see economic arrangements as inevitably varying from one country to another, reflecting the particular historical experiences and innovations of each nation as it competes to gain advantage for its people.

Education. Liberals believe that schools should teach students to recognize the Lockean goods of liberty and equality as the universal aims of political order, and to see America’s founding political documents as having largely achieved these aims. Conservatives believe education should focus on the particular character of the Anglo-American constitutional and religious tradition, with its roots in the Bible, and on the way in which this tradition has given rise to a unique family of nations with a distinctive political thought and practice that has influenced the world.

Public Religion. Liberals believe that universal reason is the necessary and sufficient basis for just and moral government. This means that the religious traditions of the nation, which had earlier been the basis for a public understanding of justice and right, can be replaced in public discourse by universal reason itself. In its current form, liberalism asserts that all governments should embrace a Jeffersonian “wall separating church and state,” whose purpose is to banish the influence of religion from public life, relegating it to the private sphere. Conservatives hold that none of this is true. They see human reason as producing a constant profusion of ever-changing views concerning justice and morals—a fact that is evident today in the constant assertion of new and rapidly multiplying human rights. Conservatives hold that the only stable basis for national independence, justice, and public morals is a strong biblical tradition in government and public life. They reject the doctrine of separation of church and state, instead advocating an integration of religion into public life that also offers broad toleration of diverse religious views.

The Restoration of Conservatism?

Burke and Hamilton belonged to a generation that was still educated in the significance of the Anglo-American tradition as a whole. Only a few decades later, this had begun to change, and by the end of the nineteenth century, conservative views were increasingly in the minority and defensive both in Britain and America. But conservatism was really only broken in a decisive way by Franklin Roosevelt in America in 1932, and by Labour in Britain in 1945. At this point, socialism displaced liberalism as the worldview of the parties of the “Left,” driving some liberals to join with the last vestiges of the conservative tradition in the parties of the “Right.” In this environment, new leaders and movements did arise and succeed from time to time in raising the banner of Anglo-American conservatism once more. But these conservatives were living on a shattered political and philosophical landscape, having lost much of the chain of transmission that had connected earlier conservatives to their forefathers. Thus their roots remained shallow, and their victories, however impressive, brought about no long-term conservative restoration.

The most significant of these conservative revivals was, of course, the one that reached its peak in the 1980s under Prime Minister Margaret Thatcher and President Ronald Reagan. Thatcher and Reagan were genuine and instinctive conservatives, displaying traditional Anglo-American conservative attachments to nation and religion, as well as to limited government and individual freedom. They also recognized and gave voice to the profound “special relationship” that binds Britain and America together. Coming to power at a time of deep crisis in the struggle against Communism, their renewed conservatism succeeded in winning the Cold War and freeing foreign nations from oppression, in addition to liberating their own economies, which had long been shackled by socialism. In both countries, these triumphs shifted political discourse rightward for a generation.

Yet the Reagan-Thatcher moment, for all its success, failed to touch the depths of the political culture in America and Britain. Confronted by a university system devoted almost exclusively to socialist and liberal theorizing, their movement at no point commanded the resources needed to revive Anglo-American conservatism as a genuine force in fundamental arenas such as jurisprudence, political theory, history, philosophy, and education—disciplines without which a true restoration was impossible. Throughout the conservative revival of the 1980s, academic training in government and political theory, for instance, continued to maintain its almost complete boycott of conservative thinkers such as Fortescue, Coke, Selden, and Hale, just as it continued its boycott of the Bible as a source of English and American political principles. Similarly, academic jurisprudence remained a subject that is taught as a contest among abstract liberal theories. Education of this kind meant that a degree from a prestigious university all but guaranteed one’s ignorance of the Anglo-American conservative tradition, but only a handful of conservative intellectual figures, most visibly Russell Kirk and Irving Kristol, seem to have been alert to the seriousness of this problem. On the whole, the conservative revival of those years remained resolutely focused on the pressing policy issues of the day, leaving liberalism virtually unchallenged as the worldview that conservatives were taught at university or when they picked up a book on the history of ideas.

This is why conservative discourse today is so often just a pastiche of liberal themes and principles, with the occasional reference to Burke or Hamilton thrown in as a rhetorical ornament. We have not made the effort necessary to understand the intellectual and political heritage for which these great Anglo-American conservatives stood their ground, to know what it was and what it was about. As a consequence, conservatives remain uprooted from the wisdom of past generations and speak so unpersuasively when they talk of passing the tradition to future generations. For one cannot pass on what one does not have.

There may have been genuine advantages to soft-pedaling differences between conservatives and liberals until the 1980s, when all the strength that could be mustered had to be directed toward defeating Communism abroad and socialism at home. But we are no longer living in the 1980s. Those battles were won, and today we face new dangers. The most important among these is the inability of countries such as America and Britain, having been stripped of the nationalist and religious traditions that held them together for centuries, to sustain themselves while a universalist liberalism continues, year after year, to break down these historic foundations of their strength. Under such conditions of internal disintegration, there is a palpable danger that liberal rationalism, having established itself in a monopoly position in the state, will drive a broad public that cannot accept its regimented view of the world into the hands of genuinely authoritarian movements.

Liberals of various persuasions have, in their own way, sought to warn us about this, from Fareed Zakaria’s “The Rise of Illiberal Democracy” in Foreign Affairs (1997) to the Economist’s “Illiberalism: Playing with Fear” (2016) and Commentary’s “Illiberalism: The Worldwide Crisis,” mentioned earlier. These and many other publications have made intensive use of the term illiberal as an epithet to describe those who have strayed from the path of Lockean liberalism. In so doing, they divide the political universe into two: there are liberals—those decent persons who are willing to exercise reason in the universally accepted manner and come to the appropriate liberal conclusions; and there are those others—the “illiberals,” who, out of ignorance, resentment, or some atavistic hatred, will not get with the program. When things are divided up this way, the latter group ends up including everyone from Brexiteers, Trump supporters, Evangelical Christians, and Orthodox Jews to dictators, Iranian ayatollahs, and Nazis. Once things are framed in this way, it is hard to avoid the conclusion that everyone in that second group is in some degree a threat that must be combated.

We conservatives, however, have our own preferred division of the political universe: one in which Anglo-American conservatism appears as a distinct political category that is obviously neither authoritarian nor liberal. With the rest of the Anglo-American conservative tradition, we uphold the principles of limited government and individual liberties. But we also see clearly (again, in keeping with our conservative tradition) that the only forces that give the state its internal coherence and stability, holding limited government in place while staving off authoritarianism, are our nationalist and religious traditions. These nationalist and religious principles are not liberal. They are prior to liberalism, in conflict with liberalism, and presently being destroyed by liberalism.

Our world desperately needs to hear a clear conservative voice. Any continued confusion of conservative principles with the liberalism on our Left, or with the authoritarianism on our Right, can only do harm. The time has arrived when conservatives must speak in our own voice again. In doing so, we will discover that we can provide the political foundations that so many now seek, but have been unable to find.

This article originally appeared in American Affairs Volume I, Number 2 (Summer 2017): 219–46.

Notes

Fortescue is now available in an easily readable edition, transcribed in modern English spelling. See John Fortescue, On the Laws and Governance of England, ed. Shelley Lockwood (Cambridge: Cambridge University Press, 1997).2 Our account diverges here from that of Leo Strauss, who presents Rousseau as a critic of Locke and asserts that “the first crisis of modernity occurred in the thought of Jean-Jacques Rousseau.” See Natural Right and History (Chicago: University of Chicago Press, 1953), 252. Strauss is right in seeing Rousseau, especially in his Discourses, as demanding a return to the cohesive community of classical antiquity, as well as to the virtues that are required to maintain such social cohesion and to wage wars in defense of the community. But it is a mistake to regard this demand as initiating “the first crisis of modernity.” What is now regarded as political modernity is more accurately regarded as emerging from the conservative tradition represented by Fortescue, Coke, and Selden. The first crisis of modernity is that which universalist-rationalists such as Grotius and Locke initiate against this conservative tradition. In certain ways, Rousseau does side with earlier conservative tradition, which likewise held that Lockean rationalism would make social cohesion impossible and destroy the possibility of virtue. But while Rousseau believed he could revive social cohesion and virtue while retaining Locke’s liberal axioms as a point of departure, Anglo-American conservatism regards this entire effort as futile. The intractable contradictions in Rousseau’s thought derive from the fact that there is no way to square this circle. Once liberal axioms are accepted, there is neither any need for, nor any possibility of, the social cohesion and virtue that Rousseau insists are necessary. Rousseau’s “civil religion” and his nation-state have no hope of playing the role that the traditional religion and nation play in conservative thought. These are ersatz creations of the Lockean universe, in which Rousseau’s thought remains imprisoned.

Voir par ailleurs:

Why America Needs New Alliances

Yoram Hazony and Ofir Haivry
Wal Street Journal
June 11, 2019

President Trump is often accused of creating a needless rift with America’s European allies. The secretary-general of the North Atlantic Treaty Organization, Jens Stoltenberg, expressed a different view recently when he told a joint session of Congress: “Allies must spend more on defense—this has been the clear message from President Trump, and this message is having a real impact.”

Mr. Stoltenberg’s remarks reflect a growing recognition that strategic and economic realities demand a drastic change in the way the U.S. conducts foreign policy. The unwanted cracks in the Atlantic alliance are primarily a consequence of European leaders, especially in Germany and France, wishing to continue living in a world that no longer exists. The U.S. cannot serve as the enforcer for the Europeans’ beloved “rules-based international order” any more. Even in the 1990s, it was doubtful the U.S. could indefinitely guarantee the security of all nations, paying for George H.W. Bush’s “new world order” principally with American soldiers’ lives and American taxpayers’ dollars.

Today a $22 trillion national debt and the voting public’s indifference to the dreams of world-wide liberal empire have depleted Washington’s ability to wage pricey foreign wars. At a time of escalating troubles at home, America’s estimated 800 overseas bases in 80 countries are coming to look like a bizarre misallocation of resources. And the U.S. is politically fragmented to an extent unseen in living memory, with uncertain implications in the event of a major war.

This explains why the U.S. has not sent massive, Iraq-style expeditionary forces to defend Ukraine’s integrity or impose order in Syria. If there’s trouble on Estonia’s border with Russia, would the U.S. have the will to deploy tens of thousands of soldiers on an indefinite mission 85 miles from St. Petersburg? Although Estonia joined NATO in 2004, the certainties of 15 years ago have broken down.

On paper, America has defense alliances with dozens of countries. But these are the ghosts of a rivalry with the Soviet Union that ended three decades ago, or the result of often reckless policies adopted after 9/11. These so-called allies include Turkey and Pakistan, which share neither America’s values nor its interests, and cooperate with the U.S. only when it serves their purposes. Other “allies” refuse to develop a significant capacity for self-defense, and are thus more accurately regarded as American dependencies or protectorates.

Liberal internationalists are right about one thing, however: America cannot simply turn its back on the world. Pearl Harbor and 9/11 demonstrated that the U.S. can and will be targeted on its own soil. An American strategic posture aimed at minimizing the danger from rival powers needs to focus on deterring Russia and China from wars of expansion; weakening China relative to the U.S. and thereby preventing it from attaining dominance over the world economy; and keeping smaller hostile powers such as North Korea and Iran from obtaining the capacity to attack America or other democracies.

To attain these goals, the U.S. will need a new strategy that is far less costly than anything previous administrations contemplated. Mr. Trump has taken a step in the right direction by insisting that NATO allies “pay their fair share” of the budget for defending Europe, increasing defense spending to 2% of gross domestic product in accordance with NATO treaty obligations.

But this framing of the issue doesn’t convey the problem’s true nature or its severity. The real issue is that the U.S. can no longer afford to assume responsibility for defending entire regions if the people living in them aren’t willing and able to build up their own credible military deterrent.

The U.S. has a genuine interest, for example, in preventing the democratic nations of Eastern Europe from being absorbed into an aggressive Russian imperial state. But the principal interested parties aren’t Americans. The members of the Visegrád Group—the Czech Republic, Hungary, Poland and Slovakia—have a combined population of 64 million and a 2017 GDP of $2 trillion (about 50% of Russia’s, according to CIA estimates). The principal strategic question is therefore whether these countries are willing to do what is necessary to maintain their own national independence. If they are—at a cost that could well exceed the 2% figure devised by NATO planners—then they could eventually shed their dependent status and come to the table as allies of the kind the U.S. could actually use: strong frontline partners in deterring Russian expansion.

The same is true in other regions. Rather than carelessly accumulate dependencies, the U.S. must ask where it can develop real allies—countries that share its commitment to a world of independent nations, pursue democratic self-determination (although not necessarily liberalism) at home, and are willing to pay the price for freedom by taking primary responsibility for their own defense and shouldering the human and economic costs involved.

Nations that demonstrate a commitment to these shared values and a willingness to fight when necessary should benefit from relations that may include the supply of advanced armaments and technologies, diplomatic cover in dealing with shared enemies, preferred partnership in trade, scientific and academic cooperation, and the joint development of new technologies. Fair-weather friends and free-riding dependencies should not.

Perhaps the most important candidate for such a strategic alliance is India. Long a dormant power afflicted by poverty, socialism and an ideology of “nonalignment,” India has become one of the world’s largest and fastest-expanding economies. In contrast to the political oppression of the Chinese communist model, India has succeeded in retaining much of its religious conservatism while becoming an open and diverse country—by far the world’s most populous democracy—with a solid parliamentary system at both the federal and state levels. India is threatened by Islamist terrorism, aided by neighboring Pakistan; as well as by rapidly increasing Chinese influence, emanating from the South China Sea, the Pakistani port of Gwadar, and Djibouti, in the Horn of Africa, where the Chinese navy has established its first overseas base.

India’s values, interests and growing wealth could establish an Indo-American alliance as the central pillar of a new alignment of democratic national states in Asia, including a strengthened Japan and Australia. But New Delhi remains suspicious of American intentions, and with good reason: Rather than unequivocally bet on an Indian partnership, the U.S. continues to play all sides, haphazardly switching from confrontation to cooperation with China, and competing with Beijing for influence in fanaticism-ridden Pakistan. The rationalizations for these counterproductive policies tend to focus on Pakistan’s supposed logistical contributions to the U.S. war in Afghanistan—an example of how tactical considerations and the demands of bogus allies can stand in the way of meeting even the most pressing strategic needs.

A similar confusion characterizes America’s relationship with Turkey. A U.S. ally during the Cold War, Turkey is now an expansionist Islamist power that has assisted the Muslim Brotherhood, Hamas, al Qaeda and even ISIS; threatened Greece and Cyprus; sought Russian weapons; and recently expressed its willingness to attack U.S. forces in Syria. In reality, Turkey is no more an ally than Russia or China. Yet its formal status as the second-largest military in NATO guarantees that the alliance will continue to be preoccupied with pretense and make-believe, rather than the interests of democratic nations. Meanwhile, America’s most reliable Muslim allies, the Kurds, live under constant threat of Turkish invasion and massacre.

The Middle East is a difficult region, in which few players share American values and interests, although all of them—including Turkey, Iraq, Egypt, Saudi Arabia and even Iran—are willing to benefit from U.S. arms, protection or cash. Here too Washington should seek alliances with national states that share at least some key values and are willing to shoulder most of the burden of defending themselves while fighting to contain Islamist radicalism. Such natural regional allies include Greece, Israel, Ethiopia and the Kurds.

A central question for a revitalized alliance of democratic nations is which way the winds will blow in Western Europe. For a generation after the Berlin Wall’s fall in 1989, U.S. administrations seemed willing to take responsibility for Europe’s security indefinitely. European elites grew accustomed to the idea that perpetual peace was at hand, devoting themselves to turning the EU into a borderless utopia with generous benefits for all.

But Europe has been corrupted by its dependence on the U.S. Germany, the world’s fifth-largest economic power (with a GDP larger than Russia’s), cannot field more than a handful of operational combat aircraft, tanks or submarines. Yet German leaders steadfastly resist American pressure for substantial increases in their country’s defense capabilities, telling interlocutors that the U.S. is ruining a beautiful friendship.

None of this is in America’s interest—and not only because the U.S. is stuck with the bill. When people live detached from reality, they develop all sorts of fanciful theories about how the world works. For decades, Europeans have been devising “transnationalist” fantasies to explain how their own supposed moral virtues, such as their rejection of borders, have brought them peace and prosperity. These ideas are then exported to the U.S. and the rest of the democratic world via international bodies, universities, nongovernmental organizations, multinational corporations and other channels. Having subsidized the creation of a dependent socialist paradise in Europe, the U.S. now has to watch as the EU’s influence washes over America and other nations.

For the moment, it is hard to see Germany or Spain becoming American allies in the new, more realistic sense of the term we have proposed. France is a different case, maintaining significant military capabilities and a willingness to deploy them at times. But the governments of these and other Western European countries remain ideologically committed to transferring ever-greater powers to international bodies and to the concomitant degradation of national independence. That doesn’t make them America’s enemies, but neither are they partners in defending values such as national self-determination. It is difficult to foresee circumstances under which they would be willing or able to arm themselves in keeping with the actual security needs of an emerging alliance of independent democratic nations.

The prospects are better with respect to Britain, whose defense spending is already significantly higher, and whose public asserted a desire to regain independence in the Brexit referendum of 2016. With a population of more than 65 million and a GDP of $3 trillion (75% of Russia’s), the U.K. may yet become a principal partner in a leaner but more effective security architecture for the democratic world.

Isolationists are also right about one thing: The U.S. cannot be, and should not try to be, the world’s policeman. Yet it does have a role to play in awakening democratic nations from their dependence-induced torpor, and assisting those that are willing to make the transition to a new security architecture based on self-determination and self-reliance. An alliance including the U.S., the U.K. and the frontline Eastern European nations, as well as India, Israel, Japan and Australia, among others, would be strong enough to exert sustained pressure on China, Russia and hostile Islamist groups.

Helping these democratic nations become self-reliant regional actors would reduce America’s security burden, permitting it to close far-flung military installations and making American military intervention the exception rather than the rule. At the same time, it would free American resources for the long struggle to deny China technological superiority, as well as for unforeseen emergencies that are certain to arise.

Voir aussi:

Jaco Gericke’s ‘The Hebrew Bible and Philosophy of Religion’

Yoram Hazony
Jerusalem letters
November 7, 2013

The universities are no “ivory tower.” They are more like radio towers, broadcasting certain ways of looking at the world into the society we live in. Of course, radio waves are difficult to detect. If you don’t know what to look for, you’ll think there’s nothing going on at all. And the same thing is true for the academic transmission of ideas, which takes place through the medium of our children. While at university, our children are immersed in a particular range of ideas, and it is ideas within this range that they usually end up seeing as normal and legitimate. Show me the ideas that are ascendant in the universities of America and Europe today, and I will show you the thoughts that will dominate public discourse throughout the Western world—including Israel, of course—a generation or two from now.

That’s why I like to keep track of trends in ideas at the universities, even in disciplines far removed from the things I am presently writing about myself. I like to know what is going to happen in the world. I like to know what everyone is going to be thinking a generation from now.

Perhaps surprisingly, one of the most important intellectual trends taking place in the universities right now is a pronounced shift toward a greater openness to the Hebrew Bible (“Tanach”), belief in God, and religion generally. This is happening slowly, but the indicators are clear. In a previous letter, I wrote about the rise of Christian theology as a legitimate discipline in mainstream philosophy departments. In this letter, I want to touch on another significant indicator in the same direction.

As is well known, university treatments of the Bible have for generations focused on attempts at reconstructing the compositional histories of various biblical texts. The devotion of vast resources to this project over the last two hundred years has yielded little in the way of firm answers as to how the Bible was really composed. But what it has done is to divert attention from what I take to be the most interesting and important parts of Biblical Studies: Figuring out the ideas that the Hebrew Scriptures were meant to bring into the world, and working out their place in the intellectual history of mankind down to our own day.

In the last generation, however, there has been a growing interest in academic scholarship aimed at trying to understand the ideas of the Bible—the metaphysics, theory of knowledge, ethics, and political thought that are in fact characteristic of the biblical worldview. Among the most recent entries in this project are my own The Philosophy of Hebrew Scripture(Cambridge 2012)which has just won the second place award for best book in Theology and Religion in 2012 given by the Association of American Publishers, academic division; Dru Johnson’s Biblical Knowing (Wipf and Stock, 2013); and Jaco Gericke’s The Hebrew Bible and Philosophy of Religion (Society of Biblical Literature, 2012). The interest in such books by leading academic presses, at academic conferences, in academic journals, and on prize committees is a clear indication that something new and potentially quite significant is taking place.

Below is a review of Gericke’s book that I wrote at the request of the German theological journal Theologische Literaturzeitung, and which appeared in print a few weeks ago. But before getting into my thoughts on the book itself, I’d like to say a few words about its author, Jaco Gericke. Jaco (pronounced “Yaku”) is a young Old Testament scholar at North-West University in South Africa. He entered a graduate program in theology in order to become a Christian minister, but academic Bible study ended up destroying his Christian faith rather than deepening it. When he finished his Ph.D. in 2003, Jaco added an appendix to his doctoral dissertation called “Autobiography of a Died-Again Christian,” in which he declared the end of his allegiance with Christianity.

It is fascinating and painful reading. But perhaps more fascinating is what happened afterward. Over the next decade, Jaco gradually constructed a new agenda for his intellectual life. Boldly declaring that university “biblical scholars have not made a beginning in coming to terms with the conceptual content” of the Hebrew Scriptures—an assessment that is surely right—Jaco remade himself into an intellectual historian of the ideas of the Bible. His aim now is to try to initiate a “new era” in academic research and instruction into the Hebrew Bible by seeking an objective clarification of the philosophy explicit and implicit in the biblical texts.

I very much admire this fellow, whom I met this summer for the first time at a Bible conference organized by my new institute, the Herzl Institute / Machon Herzl in Jerusalem. I admire the fact that, unlike others who have broken with Christianity, Jaco has rebuilt his life so as to try and contribute something truly positive to our understanding of the Bible. He is back in the game, lecturing with a winning gentleness that masks an extraordinary passion to understand what the Bible really was all about.

Moved by his life’s journey and his academic work, I invited Jaco over for Shabbat and had him tell his story to my children. Changing what the Western world thinks of the Bible is a prodigious undertaking. It means moving a mountain. Yet in face to face conversation, you get the feeling that despite the disappointments he has experienced, or perhaps because of them, Jaco Gericke is someone who may be able to pull this off.

So here is my review of Gericke’s book, The Hebrew Bible and the Philosophy of Religion. His next book is going to be about the biblical God.

II.

In academia, philosophy and Bible studies tend to react to one another like oil and water. Each discipline possesses a finely tuned repertoire of arguments for why the other is not really relevant to its concerns. Some of these arguments go back centuries and speak to deeply held premises that guide scholars in each field. But Jacko Gericke wants to change all that, and his new book The Hebrew Bible and Philosophy of Religion presents a compelling case for why we would be better off if the wall separating the study of Hebrew Scripture from philosophical investigation were torn down.

Gericke’s book is in two parts: The first argues that philosophy (or more exactly, “philosophy of religion”) is crucial to the study of the Hebrew Bible. The second consists of case studies in the theology, metaphysics, epistemology and ethics of Hebrew Scripture, which seek to show that the theoretical discussion in the first half of the book is more than just talk. Both parts reflect a staggering quantity of reading in the relevant disciplines, and Gericke’s careful citations are going to be a crucial roadmap for anyone approaching the question of the relationship between Bible and philosophy from now on.

Are philosophical tools really crucial for the study of the Hebrew Bible? Gericke’s argument is refreshingly candid: The biblical texts, he says, are riddled with concepts and assumptions—“metaphysical, epistemological, and ethical assumptions about the nature of reality, existence, life, knowledge, truth, belief, good and evil, value, and so on”—that are different from our own. Without a conscious effort to reconstruct these concepts and assumptions, we cannot “prevent ourselves from reading our own anachronistic philosophical-theological assumptions into and onto the biblical discourse.” Tools for engaging in such philosophical reconstruction are familiar and are commonly employed by scholars who seek to describe the views of other ancient philosophies and religions, but “for a number of historical reasons, the study of ancient Israelite religion has been one of the few” such areas of study that have remained “utterly lacking in a philosophical approach.” Consequently, there exists a “yawning philosophical gap in research on the Hebrew Bible.”

Gericke believes that Old Testament scholars have frequently expended their energies on anachronistic readings that have forced the texts to express late theological conceptions that were entirely unknown to the biblical authors. His hope is that with the introduction of philosophical techniques for reconstructing the actual ideas found in the biblical texts, we can enter into a “new era” in the academic study of the Bible—“one in which both believer and skeptic can together read the ancient texts” from a “relatively neutral” perspective such as that which is normally accepted when approaching the study of Greek philosophy or any other ancient culture.

Gericke is at his best when he is cataloguing and demolishing various anachronisms that have been dragged into current readings of the Hebrew Bible from medieval or modern theology. Among these are “dualist metaphysical assumptions,” including the distinctions between supernatural and naturaltranscendent and immanentreality and appearance,religious and secular. The absence of such oppositions means, for example, that the Bible knows of no “other” world, and that gods, far from being “ineffable,” are for the biblical authors a “natural kind.” Similarly, Gericke turns time and again to debunking the claims of “perfect being” theology to be describing the God of Hebrew Scripture. He shows that medieval conceptions of God’s perfection are responsible for creating the so-called “problem of evil,” and that theodicy in the modern sense is unknown in the Hebrew Scriptures because the biblical God is not assumed to be all-powerful, all-knowing, or all-good. Gericke also questions whether the biblical authors would have recognized a distinction between “revelation” and “nature,” and suggests that in biblical narrative, worldly events may have been accepted as evidence that God has “spoken.”

Gericke offers some powerful constructive arguments, especially in the area of ethics. He rejects the common belief that the biblical ethics is a form of “divine command theory” (i.e., that God’s will defines what is morally right), and shows convincingly that the Bible assumes a standard of right that is independent of God’s will. But he is not as confident in his claims about biblical metaphysics and epistemology. For instance, Gericke makes a great case for the need for a careful clarification of the biblical concept of a “god,” but the results of his study on the subject are inconclusive. His tentative suggestion that the authors of the biblical narratives may have known that what they were writing was fiction covers old ground, and I don’t think Gericke’s version of this proposal is any more persuasive than its predecessors. A more credible and interesting suggestion, also presented tentatively, is that the biblical texts tend to rely on an evidentialist theory of knowledge—that is, the view that one’s beliefs can only be justified by evidence.

Overall, Gericke’s case studies are more successful in clarifying what the Bible does not say than in reconstructing what it does. I don’t see this as an objection to the book. Gericke says his constructive proposals are preliminary. His principal aim is to propose a research agenda that will introduce profound changes in the way the Hebrew Bible is studied and taught in the university setting, and to describe methods by which this agenda can be pursued. And this he does in a manner that is compelling and much needed.

I do have some questions about the way Gericke frames his vision for a “new era” in Bible scholarship. In particular, I wonder at Gericke’s references to the “folk philosophical presuppositions” of the biblical texts, and to their “precritical” or “prephilosophical” character. Occasionally, he will also mention that the texts are “naïve” or “primitive” as well. All of this makes it sound as though the authors of the Bible were only capable of dim premonitions concerning the metaphysical or ethical issues that we later readers are fortunate enough to have firmly in our grasp.

But if Gericke is right that modern “biblical scholars have not made a beginning in coming to terms with the conceptual content” of the Hebrew Bible, then all these judgments about the supposedly naïve and uncritical nature of biblical thought may be premature. Perhaps an impartial philosophical elucidation of the Hebrew Bible such as Gericke proposes will lead to the conclusion that the prophets and scholars who assembled these texts were in fact quite conscious of the positions they were advancing in opposition to their surroundings and to one another? Perhaps what Gericke is calling the “philosophical assumptions” of the biblical texts, or at least some of them, are actually the intended philosophical teachings of these works? Indeed, the fact that such a possibility is so foreign to so many scholars may be a consequence of the very same prejudices that Gericke is at such pains to combat.

This is a wonderful book, brimming with intellectual energy. I cannot help marveling at the love of the Hebrew Bible that Gericke continues to exhibit, given the pain and disappointments in his personal spiritual life, which he is trusting enough to mention to his readers in passing. I have no doubt that there will be others who will be moved by the vision he articulates, and who will wish to take part in pursuing it.

Voir enfin:

Trump’s Tweetstorm Correctly Linked Anti-Americanism to Antisemitism
President Donald Trump’s tweets on Sunday drew predictable condemnation. But aside from the partisan debate about whether they were racist, they contained an important truth: hatred of Jews and hatred of America are linked
Caroline Glick
Breitbart
17 Jul 2019

Trump told the so-called “squad” of radical Democrats — Reps. Ilhan Omar (D-MN), Rashida Tlaib (D-MI), Ayanna Pressley (D-MA), and Alexandria Ocasio-Cortez (D-NY) — they could leave the country if they hate it so much. He drew criticism because he said that they came from foreign countries; in fact, only Omar did.

But Trump also highlighted a basic fact about the nature of leftist ideology. Just as the Iranian regime views the United States and Israel as two sides of the same coin, with the ayatollahs dubbing the U.S. “the Great Satan” and Israel, “the Little Satan,” so the radical left views the U.S. and Israel – the most powerful democracy in the world and the only democracy in the Middle East – as states with no moral foundation for existing.

Although other presidents have spoken out against hatred of Jews and Israel on the one hand and hatred of America on the other, it is hard to think of another example of a U.S. leader making the case that the two hatreds are linked as Trump did this week.

This is important, because they are linked. The haters see both America and the Jews as all-powerful forces who use their power to bend the world to their nefarious, avaricious, greedy aims. They stereotype both Americans and pro-Israel and traditional Jews as vulgar and fascist.

Pew Research Center studies of European perspectives on Jews and Americans show a massive overlap between anti-Semitic attitudes and anti-American ones. As the American left has become more radical, it has also become more aligned with those toxic European attitudes towards both the United States and Israel.

One example is evident at the U.S.-Mexico border. The left’s opposition to enforcing American immigration laws goes hand-in-hand with the view that the Jewish people have no right to national self-determination in their homeland and that the Jewish state has no right to exist. As political philosopher Yoram Hazony argued in his book, The Virtue of Nationalism, nationalism — and, indeed, the concept of a nation itself — is a biblical concept. The nation of Israel is the first nation. And the American Founding Fathers’ conception of the United States and the American nation was rooted in the biblical concept of nationhood and nationalism of the Jews.

Hazony contends that anti-nationalism is both inherently antisemitic and anti-American. And it is also imperialist. Anti-nationalists support international and transnational legal constructs and institutions that deny distinct nations large and small the ability to determine their own unique course in the world. As repositories of the concept of distinct nations, nation-states are, in Hazony’s view, inherently freer and more cohesive societies than imperialist societies that insist that one-size-fits-all and that there are people better equipped than the people themselves to decide what is good for them.

As Trump tweeted, the four sirens of the socialist revolution are a dire threat to the Democratic Party. By embracing the likes of Reps. Omar and Tlaib with their repeated statements against the United States, Jews and Israel and their tolerance for terrorist groups and terrorists, and by embracing Ocasio-Cortez who likens America to Nazi Germany, replete with “concentration camps,” the Democratic Party is indeed embracing anti-Americanism and anti-Semitism.

And, as Trump tweeted, it is the Democrats, not the Republicans — and certainly not the president — who are making Israel a partisan issue. They are doing so by abandoning Israel and embracing antisemitic conceptions of nationalism and of the Jewish and American nations.

Trump’s tweet storm, however controversial, showed that he is personally committed to fighting hatred of Jews and Israel. As he was being targeted as a racist by Democrats, the Department of Justice was holding a conference on combatting antisemitism. The conference, which placed a spotlight on campus antisemitism, did not shy away from discussing and condemning antisemitism on the left as well as on the right, and Islamic antisemitism.

In his remarks before the conference, Attorney General Willian Barr discussed the galloping hostility Jewish students face in U.S. universities today.

In his words, “On college campuses today, Jewish students who support Israel are frequently targeted for harassment, Jewish student organizations are marginalized, and progressive Jewish students are told they must denounce their beliefs and their heritage in order to be part of ‘intersectional’ causes.”

He added: “We must ensure for the future of our country and our society – that college campuses remain open to ideological diversity and respectful of people of all faiths.”

In her remarks at the Justice Department conference, Secretary of Education Betsy DeVos championed Israel, and discussed actions her department is taking to combat campus antisemitism and specifically the so-called “boycott, divestment, sanctions” (BDS) movement against Israel and its American supporters.

In DeVos’s words, the BDS campaign is “one of the most pernicious threats” of antisemitism on college campuses.

“These bullies claim they stand for human rights, but we all known that BDS stands for antisemitism,” she said.

She noted that education department intervention forced Williams College to cancel an antisemitic ruling against a Jewish campus group, and that the department is currently investigating the use of federal funds by Duke University and the University of North Carolina to finance a conference featuring antisemitic and pro-terror speakers.

It is a testament to the left’s increasing embrace of anti-Jewish bigotry, and its rejection of America’s right to borders, — and through them, to self-government and self-determination — that Trump is being branded a racist for standing up to these distressing trends.

And it is a testament to Trump’s moral courage that he is willing to speak the truth about antisemitism and anti-Americanism even at the cost of wall-to-wall calumny by Democrats and the media.


Populisme: Avez-vous lu Lasch ? (Uprootedness uproots everything except the need for roots)

23 juillet, 2019

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Yoram Hazony (2) : les impérialistes de l’UE contre les nationalistes européens
Toi qui as fixé les frontières, dressé les bornes de la terre, tu as créé l’été, l’hiver !  Psaumes 74: 17
La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action.Frère Laurent (Roméo et Juliette, Shakespeare)
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de toutes les conditions sociales, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux stables et figés, avec leur cortège de conceptions et d’idées traditionnelles et vénérables, se dissolvent ; les rapports nouvellement établis vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout élément de hiérarchie sociale et de stabilité d’une caste s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont enfin forcés d’envisager leur situation sociale, leurs relations mutuelles d’un regard lucide. Karl Marx (Manifeste du parti communiste, 1848)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Condamner le nationalisme parce qu’il peut mener à la guerre, c’est comme condamner l’amour parce qu’il peut conduire au meurtre. C.K. Chesterton
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. George Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Nous apprenons à nous sentir responsable d’autrui parce que nous partageons avec eux une histoire commune, un destin commun. Robert Reich
Sade imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n’importe qui ; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d’échange. Elle incorporait également et poussait jusqu’à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celle-ci. Dans l’état d’anarchie qui en résultait, le plaisir devenait la seule activité vitale, comme Sade fut le premier à le comprendre — un plaisir qui se confond avec le viol, le meurtre et l’agression sans freins. Dans une société qui réduirait la raison à un simple calcul, celle-ci ne saurait imposer aucune limite à la poursuite du plaisir, ni à la satisfaction immédiate de n’importe quel désir, aussi pervers, fou, criminel ou simplement immoral qu’il fût. En effet, comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n’a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises. Christopher Lasch
Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. Pierre Bergé
Il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant, au Canada. Il y a des valeurs partagées — ouverture, compassion, la volonté de travailler fort, d’être là l’un pour l’autre, de chercher l’égalité et la justice. Ces qualités sont ce qui fait de nous le premier État postnational. Justin Trudeau
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
. Pour la première fois de ma vie d’adulte, je suis fière de mon pays. Michelle Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron (2017)
Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est sa trahison. Emmanuel Macron
Les démocrates radicaux veulent remonter le temps, rendre de nouveau le pouvoir aux mondialistes corrompus et avides de pouvoir. Vous savez qui sont les mondialistes? Le mondialiste est un homme qui veut qu’il soit bon de vivre dans le monde entier sans, pour dire le vrai, se soucier de notre pays. Cela ne nous convient pas. (…) Vous savez, il y a un terme devenu démodé dans un certain sens, ce terme est « nationaliste ». Mais vous savez qui je suis? Je suis un nationaliste. OK? Je suis nationaliste. Saisissez-vous de ce terme! Donald Trump
I think it’s very unfortunate. (…) it’s almost like they’re embarrassed at the achievement coming from America. I think it’s a terrible thing. (…) because when you think of Neil Armstrong and when you think about the landing on the moon, you think about the American flag. And I understand they don’t do it. So for that reason I wouldn’t even want to watch the movie. (…) I don’t want to get into the world of boycotts. Same thing with Nike. I wouldn’t say you don’t buy Nike because of the Colin Kaepernick. I mean, look, as much as I disagree, as an example, with the Colin Kaepernick endorsement, in another way, I wouldn’t have done it. In another way, it is what this country is all about, that you have certain freedoms to do things that other people may think you shouldn’t do. So you know, I personally am on a different side of it, you guys are probably too, I’m on a different side of it. Donald Trump
Nous n’avons pas besoin de visages basanés qui ne veulent pas être une voix basanée. Nous n’avons pas besoin de visages noirs qui ne veulent pas être une voix noire. Nous n’avons pas besoin de musulmans qui ne veulent pas être une voix musulmane. Nous n’avons pas besoin d’homos qui ne veulent pas être une voix homo. Si vous craignez d’être marginalisé et stéréotypé, ne vous présentez même pas, nous n’avons pas besoin de vous pour représenter cette voix. Ayanna Pressley (représentante démocrate, Massachusetts)
So apparently Donald Trump wants to make this an election about what it means to be American. He’s got his vision of what it means to be American, and he’s challenging the rest of us to come up with a better one. In Trump’s version, “American” is defined by three propositions. First, to be American is to be xenophobic. The basic narrative he tells is that the good people of the heartland are under assault from aliens, elitists and outsiders. Second, to be American is to be nostalgic. America’s values were better during some golden past. Third, a true American is white. White Protestants created this country; everybody else is here on their sufferance. When you look at Trump’s American idea you realize that it contradicts the traditional American idea in every particular. In fact, Trump’s national story is much closer to the Russian national story than it is toward our own. It’s an alien ideology he’s trying to plant on our soil. ​ Trump’s vision is radically anti-American.​ The real American idea is not xenophobic, nostalgic or racist; it is pluralistic, future-oriented and universal. America is exceptional precisely because it is the only nation on earth that defines itself by its future, not its past. America is exceptional because from the first its citizens saw themselves in a project that would have implications for all humankind. America is exceptional because it was launched with a dream to take the diverse many and make them one — e pluribus unum.​ (…) Trump’s campaign is an attack on that dream. The right response is to double down on that ideal. The task before us is to create the most diverse mass democracy in the history of the planet — a true universal nation. It is precisely to weave the social fissures that Trump is inclined to tear. David Brooks
In the matter of immigration, mark this conservative columnist down as strongly pro-deportation. The United States has too many people who don’t work hard, don’t believe in God, don’t contribute much to society and don’t appreciate the greatness of the American system. They need to return whence they came. I speak of Americans whose families have been in this country for a few generations. Complacent, entitled and often shockingly ignorant on basic points of American law and history, they are the stagnant pool in which our national prospects risk drowning.​ (…) Bottom line: So-called real Americans are screwing up America. Maybe they should leave, so that we can replace them with new and better ones: newcomers who are more appreciative of what the United States has to offer, more ambitious for themselves and their children, and more willing to sacrifice for the future. In other words, just the kind of people we used to be — when “we” had just come off the boat.​ O.K., so I’m jesting about deporting “real Americans” en masse. (Who would take them in, anyway?) But then the threat of mass deportations has been no joke with this administration.​ On Thursday, the Department of Homeland Security seemed prepared to extend an Obama administration program known as Deferred Action for Childhood Arrivals, or DACA, which allows the children of illegal immigrants — some 800,000 people in all — to continue to study and work in the United States. The decision would have reversed one of Donald Trump’s ugly campaign threats to deport these kids, whose only crime was to have been brought to the United States by their parents. Yet the administration is still committed to deporting their parents, and on Friday the D.H.S. announced that even DACA remains under review — another cruel twist for young immigrants wondering if they’ll be sent back to “home” countries they hardly ever knew, and whose language they might barely even speak.​ Beyond the inhumanity of toying with people’s lives this way, there’s also the shortsightedness of it. We do not usually find happiness by driving away those who would love us. Businesses do not often prosper by firing their better employees and discouraging job applications. So how does America become great again by berating and evicting its most energetic, enterprising, law-abiding, job-creating, idea-generating, self-multiplying and God-fearing people?​ Because I’m the child of immigrants and grew up abroad, I have always thought of the United States as a country that belongs first to its newcomers — the people who strain hardest to become a part of it because they realize that it’s precious; and who do the most to remake it so that our ideas, and our appeal, may stay fresh.​ That used to be a cliché, but in the Age of Trump it needs to be explained all over again. We’re a country of immigrants — by and for them, too. Americans who don’t get it should get out.​ Bret Stephens
Très intéressant de voir des élues démocrates du Congrès, “progressistes”, qui viennent originellement de pays dont les gouvernements sont des catastrophes complètes et absolues, les pires, les plus corrompus et les plus ineptes du monde (si tant est qu’on puisse parler de gouvernement) et qui maintenant clament férocement au peuple des États-Unis, la plus grande et la plus puissante nation du monde, comment notre gouvernement doit être dirigé. Pourquoi ne retournent-elles pas d’où elles viennent, pour aider à réparer ces lieux totalement dévastés et infestés par le crime ? Puis, qu’elles reviennent et qu’elles nous montrent comment elles ont fait. Ces endroits ont bigrement besoin de votre aide, vous n’y partirez jamais trop vite. Je suis sûr que Nancy Pelosi serait très heureuse d’organiser rapidement un voyage gratuit ! Donald Trump
N’en déplaise aux chiens de garde de la pensée unique, il n’y a rien de choquant dans ce texte. Trump ne critique ni des peuples ni des cultures, mais des gouvernements. Il mentionne des « élues démocrates », mais sans les citer nommément. Quant à ce qu’elles partent à l’étranger redresser ces pays qui sont à les entendre tellement mieux que les États-Unis, il ne s’agit pas d’un exil, puisqu’il mentionne explicitement qu’elles en reviennent. La seule flèche réelle est à l’encontre de Mme Pelosi, qui a le plus grand mal à tenir les rênes de ses troupes démocrates à la Chambre des Représentants. (…) Quatre élues démocrates se sentirent donc indignées par ces tweets: Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan), et Alexandria Ocasio-Cortez (New York). Trois d’entre elles ne correspondent même pas au portrait brossé par Trump puisqu’elles sont nées aux États-Unis, mais qu’importe, les médias se chargent de tous les raccourcis. (…) Ayanna Pressley déclencha une polémique il y a quelques jours par une vision de la société uniquement basée sur l’appartenance raciale, religieuse ou sexuelle, soit l’exact opposé du melting pot américain (…) Pour Mme Pressley, quelqu’un est blanc ou noir avant d’être Américain. Rashida Tlaib, qui grandit dans le paradis socialiste du Nicaragua, devint la première élue musulmane du Michigan. Ce qui n’est pas en soi un problème, si ce n’est qu’elle se fit remarquer dès son arrivée au Congrès par de nombreuses attaques antisémites. Elle traita également Trump de « fils de pute » dans sa première déclaration officielle, ce qui donne le niveau de finesse de la dame. Sur la carte du monde dans son bureau, elle recouvrit Israël avec un Post-It sur lequel il était marqué « Palestine ». Elle soutient l’organisation de promotion de l’islam CAIR, proche des Frères Musulmans. Bref, elle affiche clairement son allégeance (…) Ilhan Omar est née en Somalie et avoua en public son allégeance somalienne. Son statut civil est délicat: des rumeurs persistantes affirme qu’aurait pu être mariée à son propre frère pour s’installer aux États-Unis. Elle est en délicatesse avec le fisc américain pour de fausses déclarations fiscales. Politiquement, elle se fit remarquer par son indifférence à l’égard des attentats du 11 septembre 2001 (rien de plus pour elle que « des gens ont fait quelque chose ») mais surjoua son émotion à l’évocation de l’opération de secours « Black Hawk Down » où des soldats américains virent libérer un des leurs dans un hélicoptère abattu dans une mission de maintien de la paix. Enfin, elle refuse toujours de condamner publiquement Al-Qaeda (…) Alexandria Ocasio-Cortez est la plus souvent mise en avant par les médias, au point d’avoir son abréviation AOC. Issue d’une riche famille de New-York, elle travailla brièvement comme serveuse (permettant de donner corps à ses « humbles débuts » dans son récit personnel) avant d’embrasser la carrière politique. Depuis son élection, son radicalisme de gauche et ses délires utopiques montrent à quel point elle est coupée de la réalité. Ses sorties plongent régulièrement les responsables démocrates dans l’embarras. Elle réussit à faire fuir Amazon qui envisageait de s’installer à New York, perdant ainsi l’opportunité de créer 25’000 emplois, un exploit remarqué. Sans-frontiériste convaincue et imbue de son image, elle se fit aussi photographier dans une poignante séquence où elle pleure face à une clôture grillagée… Le tout étant en fait une mise en scène dans un parking vide. (…) Avec des rivales comme celles-ci, Trump pourrait dormir sur ses deux oreilles pour 2020. Leur bêtise et leur extrémisme fait fuir les électeurs centristes et provoque des remous jusque dans le camp démocrate. (…) Trump n’a que faire des accusations de racisme ; il est traité de raciste cent fois par semaine depuis qu’il est Président. De leur côté, les stratèges démocrates sont on ne peut plus embarrassés par leurs « étoiles montantes ». Nancy Pelosi essayait depuis plusieurs semaines de diminuer leur exposition médiatique dans l’espoir de restaurer un semblant de crédibilité au Parti Démocrate pour l’échéance de 2020 ; tout vient de voler en éclat. Les médias ne s’intéressent même plus aux candidats à l’investiture présidentielle. Seules comptent les réactions et les invectives des élues d’extrême-gauche. Pire encore, par réaction, les autres Démocrates ont été contraints de s’aligner avec elles pour prendre leur défense – augmentant encore l’alignement du parti avec ces extrémistes repoussantes pour qui n’est pas un militant d’extrême-gauche. En poussant le Parti Démocrate dans les cordes de l’extrême-gauche comme il le fait, Trump s’assure que les Démocrates passent pour des fous et des illuminés sans la moindre crédibilité. Les glapissements hystériques d’AOC, la vulgarité antisémite de Rashida Tlaib, l’obsession raciale de Ayanna Pressley et la sympathie affichée d’Ilhan Omar pour les islamistes auront tôt fait de détourner les Américains modérés de se rendre aux urnes pour chasser « l’ignoble Trump » du pouvoir – lui sur lequel il n’y a plus grand-chose à ajouter tant les médias lui envoient quotidiennement du fumier depuis trois ans. Stéphane Montabert
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
We want our country back ! Marion Maréchal
La jeune génération n’est pas encouragée à aimer notre héritage. On leur lave le cerveau en leur faisant honte de leur pays. (…) Nous, Français, devons nous battre pour notre indépendance. Nous ne pouvons plus choisir notre politique économique ou notre politique d’immigration et même notre diplomatie. Notre liberté est entre les mains de l’Union européenne. (…) Notre liberté est maintenant entre les mains de cette institution qui est en train de tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80%, vous m’avez bien entendu, 80% des lois sont imposées par l’Union européenne. Après 40 ans d’immigration massive, de lobbyisme islamique et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Eglise à petite nièce de l’islam. On entend maintenant dans le débat public qu’on a le droit de commander un enfant sur catalogue, qu’on a le droit de louer le ventre d’une femme, qu’on a le droit de priver un enfant d’une mère ou d’un père. (…) Aujourd’hui, même les enfants sont devenus des marchandises (…) Un enfant n’est pas un droit (…) Nous ne voulons pas de ce monde atomisé, individualiste, sans sexe, sans père, sans mère et sans nation. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) La Tradition n’est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu. (…)Je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Donald Trump dire ‘l’Amérique d’abord’. En fait, je veux l’Amérique d’abord pour le peuple américain, je veux la Grande-Bretagne d’abord pour le peuple britannique et je veux la France d’abord pour le peuple français. Comme vous, nous voulons reprendre le contrôle de notre pays. Vous avez été l’étincelle, il nous appartient désormais de nourrir la flamme conservatrice. Marion Maréchal
Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
« Pourquoi la Suède est-elle devenue la Corée du Nord de l’Europe ? » C’est la question qu’un Danois avait posée sous forme de demi-boutade au caricaturiste suédois Lars Vilks lors d’une conférence à laquelle j’ai participé en 2014. En guise de réponse qui n’avait d’ailleurs pas convaincu, Vilks avait marmonné en disant que la Suède avait une prédilection pour le consensus. Aujourd’hui, il existe à cette question une réponse plus convaincante qui nous est donnée par Ryszard Legutko, professeur de philosophie et homme politique polonais influent. Traduit en anglais par Teresa Adelson sous le titre The Demon in Democracy: Totalitarian Temptations in Free Societies (Le démon de la démocratie : les tentations totalitaires au sein des sociétés libres), son livre paru chez Encounter montre de façon méthodique les similitudes surprenantes mais réelles entre le communisme de type soviétique et le libéralisme moderne tel qu’il est conçu par la Suède, l’Union européenne ou Barack Obama. (Avant d’analyser son argumentation, je tiens toutefois à préciser que là où Legutko parle de démocratie libérale, un concept trop complexe selon moi, je préfère parler de libéralisme.) Legutko ne prétend pas que le libéralisme ressemble au communisme dans ce que celui-ci a de monstrueux et encore moins que les deux idéologies sont identiques. Il reconnaît pleinement le caractère démocratique du libéralisme d’une part et la nature brutale et tyrannique du communisme d’autre part. Mais une fois établie cette distinction nette, il met le doigt sur le point sensible commun aux deux idéologies. C’est dans les années 1970 au cours d’un voyage effectué en Occident qu’il s’est rendu compte pour la première fois de ces similarités. Il s’est alors aperçu que les libéraux préféraient les communistes aux anti-communistes. Par après, avec la chute du bloc soviétique, il a vu les libéraux accueillir chaleureusement les communistes mais pas leurs opposants anticommunistes. Pourquoi ? Car selon lui le libéralisme partage avec le communisme une foi puissante en l’esprit rationnel propre à trouver des solutions. Cela se traduit par une propension à améliorer le citoyen, à le moderniser et à le façonner pour en faire un être supérieur, une propension qui conduit les deux idéologies à politiser, et donc à dévaloriser, tous les aspects de la vie dont la sexualité, la famille, la religion, les sports, les loisirs et les arts. (…) Les deux idéologies recourent à l’ingénierie sociale de façon à créer une société dont les membres seraient « identiques dans les mots, les pensées et les actes ». L’objectif serait d’obtenir une population en grande partie interchangeable et dépourvue de tout esprit dissident susceptible de causer des ennuis. Chacune des deux idéologies assume complètement le fait que sa vision particulière constitue le plus grand espoir pour l’humanité et représente la fin de l’histoire, l’étape finale de l’évolution de l’humanité. Le problème, c’est que de tels plans d’amélioration de l’humanité conduisent inévitablement à de terribles déceptions. En réalité, les êtres humains sont bien plus têtus et moins malléables que ne le souhaitent les rêveurs. Quand les choses vont mal (disons la production alimentaire pour les communistes, l’immigration sans entraves pour les libéraux), apparaissent deux conséquences néfastes. La première est le repli des idéologues dans un monde virtuel qu’ils cherchent ardemment à imposer à des sujets réfractaires. Les communistes déploient des efforts colossaux pour convaincre leurs vassaux qu’ils prospéreront bien plus que ces misérables vivant dans des pays capitalistes. Les libéraux transforment les deux genres – masculin et féminin – en 71 genres différents ou font disparaître la criminalité des migrants. Quand leurs projets tournent au vinaigre, les uns et les autres répondent non pas en repensant leurs principes mais, contre toute logique, en exigeant l’application d’un communisme ou d’un libéralisme plus pur et en s’appuyant fortement sur le complotisme : les communistes blâment les capitalistes et les libéraux blâment les entreprises pour expliquer par exemple pourquoi San Francisco détient aux États-Unis le record d’atteintes à la propriété ou pourquoi la ville de Seattle est gangrenée par une mendicité épidémique. La deuxième conséquence survient quand les dissidents apparaissent immanquablement. C’est alors que les communistes comme les libéraux font tout ce qu’ils peuvent pour étouffer les opinions divergentes. Autrement dit, les uns comme les autres sont prêts à forcer leurs populations ignorantes « à la liberté » selon les termes de Legutko. Ce qui signifie, bien entendu, le contrôle voire, la suppression de la liberté d’expression. Dans le cas du communisme, les bureaux de la censure du gouvernement excluent toute opinion négative vis-à-vis du socialisme et les conséquences sont fâcheuses pour quiconque ose persister. Dans le cas du libéralisme, les fournisseurs d’accès à Internet, les grands réseaux sociaux, les écoles, les banques, les services de covoiturage, les hôtels et les lignes de croisière font le sale boulot consistant à mettre hors-jeu les détracteurs qui tiennent ce qui est appelé un discours de haine consistant notamment à affirmer l’idée scandaleuse selon laquelle il n’y a que deux genres. Bien entendu l’islam est un sujet insidieux : ainsi le fait de se demander si Mahomet était un pédophile, est passible d’une amende, et une caricature, d’une peine de prison. Résultat : en Allemagne à peine 19% des citoyens ont l’impression qu’ils peuvent exprimer leur opinion librement en public. Daniel Pipes
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…) C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
Comment expliquer que les ouvriers constituent toujours le groupe social le plus important de la société française et que leur existence passe de plus en plus inaperçue ? Stéphane Beaud et Michel Pialoux (Retour sur la condition ouvrière, 1999)
J’ai regardé les premières cartes qui avaient été faites par l’IFOP concernant les ronds-points occupés par les Gilets jaunes. Ce qui était frappant, c’était la parfaite corrélation avec celle de la France périphérique, développée autour d’un indicateur de fragilité sociale. Ce qui est très intéressant c’est que cette carte fait exploser toutes les typologies traditionnelles : la division est-ouest entre la France industrielle et la France rurale par exemple. En réalité, le mouvement est parti de partout, aussi bien dans le sud-ouest que dans le nord-est, on voit donc quelque chose qui correspond exactement à la France périphérique, c’est-à-dire à la répartition des catégories modestes et populaires dans l’espace. Cette typologie casse celle de la France du vide qui n’est plus pertinente et cela nous montre bien les effets d’un modèle économique nouveau qui est celui de la mondialisation. C’est pour cela que je dis que le mouvement des Gilets jaunes n’est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l’impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l’ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne, ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c’est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l’impression de faire partie d’un tout, peu importe qu’il y ait des inégalités de salaires. (…) Ce qui était malsain dans l’analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l’on a dit « en réalité, ils ne sont pas pauvres ». On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l’échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n’est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c’est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C’est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement. (…) Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une dysfonction entre l’économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l’économie faisait société, c’était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l’ensemble de la société. Là, nous avons un modèle qui peut créer de la richesse mais qui ne fait pas société. Le modèle économique mondialisé, parce qu’il n’a pas de limites, frappe les catégories sociales les unes après les autres. Après les employés, il y a les professions intermédiaires, les jeunes diplômés, et après nous aurons les catégories supérieures. La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu’elles vivent aujourd’hui dans des citadelles. C’est ce qui fait aussi que la baisse du soutien des Français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n’empêche pas que le socle électoral d’Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique. Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d’emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu’ils n’auraient plus d’augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d’insécurité sociale qui s’est généralisée à l’ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral. Je n’aurais aucun problème à adhérer au modèle néolibéral, s’il fonctionnait. On a vu comment cela avait commencé, ouvriers d’abord, paysans etc.. Et aujourd’hui, des gens que l’on pensait finalement sécurisés sont touchés ; petite fonction publique et retraités. Or, ce sont les gens qui ont, in fine, élu Emmanuel Macron. Son effondrement vient de ces catégories-là. Mais les classes populaires n’ont rien contre les riches, ils jouent au loto pour devenir riches, la question est simplement de pouvoir vivre décemment avec son salaire et d’être respecté culturellement. Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d’ostracisation, d’insultes en direction du peuple. (…) C’est ce que ne comprennent pas les libéraux. Je crois que le débat –libéral-pas libéral- est vain. Si je dis qu’il y a un problème avec ce modèle dans ces territoires, alors on me dit que je suis pour la suppression des métropoles ou que je suis favorable à un retour à une économie administrée. Et surtout, ce qui est intolérable, c’est que je cliverais la société en termes de classes sociales. En relisant récemment une biographie de Margaret Thatcher, je me suis rendu compte que le plus gros reproche fait aux travaillistes et aux syndicats dans les années 70 était justement de cliver la société à partir des classes sociales. L’argument était de dire qu’ils sont de mauvais Anglais parce qu’ils fracturent l’unité nationale. Ce qui est génial, c’est que nous voyons aujourd’hui exactement les mêmes réactions avec la France périphérique. Une arme sur la tempe, on vous dit d’arrêter de parler des inégalités. Ils veulent bien que l’on parle de pauvres mais cela ne va pas plus loin. Mais quand on regarde finement les choses, Emmanuel Macron n’aurait pas pu être élu sans le niveau de l’État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu’il fait le front des bourgeoisies et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C’est ce qui explique qu’il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l’absence d’un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme. (…) J’en veux à la production intellectuelle et universitaire parce qu’à partir du moment ou on met les marges en avant, les journalistes vont suivre cette représentation en allant voir une femme isolée dans la Creuse qui vit avec 500 euros, en se disant qu’elle est Gilet jaune, tout cela pour se rendre finalement compte qu’elle ne manifeste pas. Parce que quand on est pauvre, on n’a même pas l’énergie de se mobiliser, le but est de boucler la journée. Historiquement, les mouvements sociaux n’ont jamais été portés par les pauvres, et cela ne veut pas dire qu’ils ne soutiennent pas le mouvement. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s’ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brule une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C’est la première fois que l’on fait les poches des manifestants pour savoir s’ils ont de l’argent ou pas, et s’il y en a, on considère que cela n’est pas légitime. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd’hui, cela ne va pas aller demain. L’élite n’a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J’ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs… Et là encore, on voit bien que l’antiracisme et l’antifascisme sont devenus une arme de classe. (…) Nicolas Mathieu vient d’avoir le prix Goncourt avec son livre « Leurs enfants après eux », dont il dit qu’il s’agissait du roman de la France périphérique. Le combat culturel est en cours. Cela gagne le champ littéraire, culturel et médiatique. Les Gilets jaunes ont gagné l’essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n’existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu’il faut espérer, c’est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles. Le mouvement réel de la société, que nous constatons partout dans le monde occidental, et que nous ne pourrons pas arrêter, continue d’avancer, de se structurer, et que cela est de la responsabilité des élites d’y répondre. Ils n’ont pas d’autre choix, celui de l’atterrissage en douceur. Je crois que ce qui vient d’arriver, c’est que le rapport de force vient de changer, la peur a changé de camp. Aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Europe, maintenant, ils ont le peuple sur le dos. Et puis il y a une vertu à tout cela, prendre en compte les aspirations des plus modestes, c’est pour moi le fondement de la démocratie, c’est-à-dire donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas plutôt que de renforcer le pouvoir de ceux qui l’ont déjà. (…) Nous avons eu en direct ce qui essentiel pour moi ; la fracture culturelle gigantesque entre tout le monde d’en haut au sens large et la France périphérique. Ce qui s’est déployé sous nos yeux, ce n’est pas seulement la fracture sociale et territoriale mais plus encore cette fracture culturelle. L’état de sidération de l’intelligentsia française rappelle clairement celle de l’intelligentsia britannique face au Brexit, et cela est la même chose aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump. Cette sidération a déclenché immédiatement l’emploi des armes de l’antifascisme, parce qu’ils n’ont rien d’autre. Ils ont découvert la dernière tribu d’Amazonie et – incroyable -elle est potentiellement majoritaire. C’est un mouvement très positif, contraire à toute l’analyse intellectuelle qui voit le peuple dans le repli individualiste, qui refuse le collectif, ou dans des termes comme celui de la « droitisation de la société française » alors que les gens demandent des services publics et un État providence. Après, on pointe le fait qu’ils sont contre l’immigration, ce à quoi on peut répondre « comme tout le monde », soit une très large majorité de Français. Le plus important est que nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans « No Society » (Flammarion). C’est un moment de rupture historique entre un monde d’en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu’ils méprisent. C’est la thèse de Christopher Lasch de la « sécession des élites ». On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d’invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n’étaient traitées qu’au travers des banlieues et ils payent aujourd’hui ce positionnement. C’est un mouvement fondamentalement collectif et du XXI siècle. Ce qui est très nouveau, c’est que c’est un mouvement social du « No Society », c’est-à-dire sans représentants, sans intellectuels, sans syndicats, etc. Cela n’est jamais arrivé. Tout mouvement social est accompagné par des intellectuels mais pour la première fois nous ne voyons personne parler en leur nom. Cela révèle 30 ans de sécession du monde d’en haut. Le peuple dit « votre modèle ne fait pas société », tout en disant « nous, majorité, avec un large soutien de l’opinion malgré les violences, voulons faire société ». Et en face, le monde d’en haut, après le mépris, prend peur. Alors que les gens ne font que demander du collectif. (…) Les politiques pensent qu’en agglomérant des minorités ils font disparaître une majorité. Or, les minorités restent des minorités, on peut essayer de les agglomérer, mais cela ne fait pas un tout. Il est très intéressant de suivre l’évolution de la popularité de Donald Trump et d’Emmanuel Macron à ce titre. Trump garde son socle électoral alors que Macron s’est effondré, comme Hollande s’est effondré avant lui. Cela veut dire que l’on peut être élu avec un agglomérat de minorités, cadres supérieurs, minorités ethniques ou sexuelles -c’est à dire la stratégie Terra Nova – et cela peut éventuellement passer avec un bon candidat d’extrême droite en face. Mais cela ne suffit pas. Cela est extrêmement fragile. Quel rapport entre les catégories supérieures boboïsées de Paris et les banlieues précarisées et islamisées qui portent un discours traditionnel sur la société ? Quel rapport entre LGBT et Islam ? Et cela, c’est pour longtemps. Ils n’ont pas compris que les pays occidentaux, précisément parce qu’ils sont devenus multiculturels, vont de plus en plus s’appuyer sur un socle qui va être celui de la majorité relative. L’électorat de Donald Trump est une majorité relative mais cela est malgré tout ce que l’on appelait la classe moyenne dans laquelle des minorités peuvent aussi se reconnaitre. On a présenté les Gilets jaunes comme étant un mouvement de blancs « Ah..ils sont blancs », comme si cela était une surprise de voir des blancs dans les zones rurales françaises. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que beaucoup de Français issus de l’immigration participent à ce mouvement et qu’ils ne revendiquent aucune identité, ils sont totalement dans l’assimilation. Ils font partie d’un tout qui s’appelle la classe moyenne, ou l’ancienne classe moyenne. Le mouvement a été très fort à la Réunion, on voit donc bien que cela n’est pas ethnique. Mais cela a été présenté comme cela parce que cela permettait d’avoir le discours sur l’antiracisme et l’antifascisme. Il y a eu une ostracisation des Gilets jaunes par la gauche bienpensante parce que trop blancs, mais il y aussi eu une mise à l’écart et un mépris très fort de la part de la bourgeoisie de droite. C’est la même posture que vis-à-vis du White Trash américain : ils sont pauvres et ils sont blancs, c’est la honte de la société. (…) La question culturelle et ethnique existe, je veux bien que l’on clive, mais ce qui est intéressant c’est de voir que par exemple qu’un juif de Sarcelles rejette le CRIF ou Bernard-Henri Levy. C’est fondamental parce que cela dé-essentialise la communauté juive. C’est la même fracture que l’on retrouve dans toute la société. De la même manière, les musulmans ne se retrouvent absolument pas plus dans les instances musulmanes que dans Jamel Debbouze. Et à ce propos, ce que l’on voit le plus souvent, c’est que le destin des gens issus des classes populaires qui parviennent à s’élever, c’est de trahir. C’est banalement ce qui se passe parce que cette trahison permet l’adoubement. Edouard Louis fait son livre en ciblant sa propre famille, alors il fait la une des magazines. On a vu le même phénomène aux Etats-Unis avec le livre de J.D. Vance (Hillbilly Elegy), qui est quand même plus intéressant, mais il décrit aussi le « White Trash » en disant que la classe ouvrière américaine n’est quand même pas terrible, qu’ils sont fainéants, qu’ils boivent et qu’ils se droguent, et cela lui a permis d’accéder au New York Times. En rejetant son propre milieu. Je n’ai pas de jugement moral sur les classes populaires, je prends les Français tels qu’ils sont. Je ne demande à personne d’arrêter de penser ce qu’il pense, notamment sur l’immigration. De toute façon cette question va être réglée parce que 80% des Français veulent une régulation, et qu’on ne peut pas penser cette question comme on le faisait dans les années 60, parce que les mobilités ont évolué. La question n’est même plus à débattre. Les gens que je rencontre en Seine Saint Denis qui sont majoritairement d’origine maghrébine ou sub-saharienne veulent l’arrêt de l’immigration dans leurs quartiers. C’est une évidence. Il ne faut pas oublier que les deux candidats de 2017 rejetaient le clivage gauche droite. Les gens se positionnent par rapport à des thématiques comme la mondialisation ou l’État providence, et de moins en moins sur un clivage gauche droite. Aujourd’hui, des gens comme ceux qui sont avec Jean-Luc Mélenchon ou avec Laurent Wauquiez veulent réactiver ce clivage. En faisant cela, ils se mettent dans un angle mort. Gauche et droite sont minoritaires. Jean-Luc Mélenchon a derrière lui la gauche identitaire qui dit – »nous sommes de gauche »- mais cela lui interdit de rayonner sur ce monde populaire. La question est donc celle du débouché politique, mais tout peut aller très vite. L’Italie a basculé en 6 mois. (…) À la fin des années 90, j’avais fait une analyse croisée sur la relance de politique de la ville et les émeutes urbaines. On voyait bien que toutes les émeutes urbaines génèrent une relance des politiques de la ville. La réalité est ce que cela marche. Et surtout, le mouvement des Gilets jaunes n’existerait pas en France et dans le monde sans les violences aux Champs-Élysées. Le New York Times a fait sa Une parce qu’il y avait cela, parce que cela est parfaitement corrélé à ce qu’est la communication aujourd’hui. Il y a cette violence et il faut la condamner. Mais cela veut aussi dire que nous ne sommes plus au XXe siècle. C’est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu’à Bastille avant qu’ils ne rentrent chez eux, c’est fini. C’est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser. Christophe Guilluy
La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier. La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas. (…) [Avec la Catalogne] Le point commun, c’est l’usure des vieux partis, un système représentatif qui ne l’est plus et l’implosion du clivage droite/gauche. Pour le reste, la Catalogne, c’est l’exact inverse de la Corse. Il ne s’agit pas de prendre en charge le bien commun d’une population fragilisée socialement, mais de renforcer des positions de classes et territoriales dans la mondialisation. La Catalogne n’est pas l’Espagne périphérique, mais tout au contraire une région métropole. Barcelone représente ainsi plus de la moitié de la région catalane. C’est une grande métropole qui absorbe l’essentiel de l’emploi, de l’économie et des richesses. Le vote indépendantiste est cette fois le résultat de la gentrification de toute la région. Les plus modestes sont peu à peu évincés d’un territoire qui s’organise autour d’une société totalement en prise avec les fondamentaux de la bourgeoisie mondialisée. Ce qui porte le nationalisme catalan, c’est l’idéologie libérale libertaire métropolitaine, avec son corollaire : le gauchisme culturel et l’« antifascisme » d’opérette. Dans la rhétorique nationaliste, Madrid est ainsi présentée comme une « capitale franquiste » tandis que Barcelone incarnerait l’« ouverture aux autres ». La jeunesse, moteur du nationalisme catalan, s’identifie à la gauche radicale. Le paradoxe, c’est que nous assistons en réalité à une sécession des riches, qui ont choisi de s’affranchir totalement des solidarités nationales, notamment envers les régions pauvres. C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch appliquée aux territoires. L’indépendance nationale est un prétexte à l’indépendance fiscale. L’indépendantisme, un faux nez pour renforcer une position économique dominante. Dans Le Crépuscule de la France d’en haut (*), j’ironisais sur les Rougon-Macquart déguisés en hipsters. Là, on pourrait parler de Rougon-Macquart déguisés en « natios ». Derrière les nationalistes, il y a les lib-lib. (…) L’exemple de la Catalogne préfigure peut-être, en effet, un futur pas si lointain où le processus de métropolisation conduira à l’avènement de cités-Etats. En face, les défenseurs de la nation apparaîtront comme les défenseurs du bien commun. Aujourd’hui, la seule critique des hyperriches est une posture trop facile qui permet de ne pas voir ce que nous sommes devenus, nous : les intellectuels, les politiques, les journalistes, les acteurs économiques, et on pourrait y ajouter les cadres supérieurs. Nous avons abandonné le bien commun au profit de nos intérêts particuliers. Hormis quelques individus isolés, je ne vois pas quelle fraction du monde d’en haut au sens large aspire aujourd’hui à défendre l’intérêt général. (…) [Pour Macron] Le point le plus intéressant, c’est qu’il s’est dégagé du clivage droite/gauche. La comparaison avec Trump n’est ainsi pas absurde. Tous les deux ont l’avantage d’être désinhibés. Mais il faut aussi tenir à l’esprit que, dans un monde globalisé dominé par la finance et les multinationales, le pouvoir du politique reste très limité. Je crois davantage aux petites révolutions culturelles qu’au grand soir. Trump va nous montrer que le grand retournement ne peut pas se produire du jour au lendemain mais peut se faire par petites touches, par transgressions successives. Trump a amené l’idée de contestation du libre-échange et mis sur la table la question du protectionnisme. Cela n’aura pas d’effets à court terme. Ce n’est pas grave car cela annonce peut-être une mutation à long terme, un changement de paradigme. La question est maintenant de savoir qui viendra après Trump. La disparition de la classe moyenne occidentale, c’est-à-dire de la société elle-même, est l’enjeu fondamental du XXIe siècle, le défi auquel devront répondre ses successeurs. (…) On peut cependant rappeler le mépris de classe qui a entouré le personnage de Johnny, notamment via « Les Guignols de l’info ». Il ne faut pas oublier que ce chanteur, icône absolue de la culture populaire, a été dénigré pendant des décennies par l’intelligentsia, qui voyait en lui une espèce d’abruti, chantant pour des « déplorables », pour reprendre la formule de Hillary Clinton. L’engouement pour Johnny rappelle l’enthousiasme des bobos et de Canal+ pour le ballon rond au moment de la Coupe du monde 1998. Le foot est soudainement devenu hype. Jusque-là, il était vu par eux comme un sport d’ « ouvriers buveurs de bière ». On retrouve le même phénomène aux États-Unis avec le dénigrement de la figure du white trash ou du redneck. Malgré quarante ans d’éreintement de Johnny, les classes populaires ont continué à l’aimer. Le virage à 180 degrés de l’intelligentsia ces derniers jours n’est pas anodin. Il démontre qu’il existe un soft power des classes populaires. L’hommage presque contraint du monde d’en haut à ce chanteur révèle en creux l’importance d’un socle populaire encore majoritaire. C’est aussi un signe supplémentaire de l’effritement de l’hégémonie culturelle de la France d’en haut. Les classes populaires n’écoutent plus les leçons de morale. Pas plus en politique qu’en chanson. Christophe Guilluy
En Europe comme aux Etats-Unis, la contestation émerge sur les territoires les plus éloignés des métropoles mondialisées. La « France périphérique » est celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. En Grande-Bretagne, c’est aussi la « Grande-Bretagne périphérique » qui a voté pour le Brexit. Attention : il ne s’agit pas d’un rapport entre « urbains » et « ruraux ». La question est avant tout sociale, économique et culturelle. Ces territoires illustrent la sortie de la classe moyenne des catégories qui en constituaient hier le socle : ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants. Ces catégories ont joué le jeu de la mondialisation, elles ont même au départ soutenu le projet européen. Cependant, après plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie-monde, elles font le constat d’une baisse ou d’une stagnation de leur niveau de vie, de la précarisation des conditions de travail, du chômage de masse et, in fine, du blocage de l’ascenseur social. Sans régulation d’un libre-échange qui défavorise prioritairement ces catégories et ces territoires, le processus va se poursuivre. C’est pourquoi la priorité est de favoriser le développement d’un modèle économique complémentaire (et non alternatif) sur ces territoires qui cumulent fragilités socio-économiques et sédentarisation des populations. Cela suppose de donner du pouvoir et des compétences aux élus et collectivités de ces territoires. En adoptant le système économique mondialisé, les pays développés ont accouché de son modèle sociétal : le multiculturalisme. En la matière, la France n’a pas fait mieux (ni pire) que les autres pays développés. Elle est devenue une société américaine comme les autres, avec ses tensions et ses paranoïas identitaires. Il faut insister sur le fait que sur ces sujets, il n’y a pas d’un côté ceux qui seraient dans l’ouverture et de l’autre ceux qui seraient dans le rejet. Si les catégories supérieures et éduquées ne basculent pas dans le populisme, c’est parce qu’elles ont les moyens de la frontière invisible avec l’Autre. Ce sont d’ailleurs elles qui pratiquent le plus l’évitement scolaire et résidentiel. La question du rapport à l’autre n’est donc pas seulement posée pour les catégories populaires. Poser cette question comme universelle – et qui touche toutes les catégories sociales – est un préalable si l’on souhaite faire baisser les tensions. Cela implique de sortir de la posture de supériorité morale que les gens ne supportent plus. J’avais justement conçu la notion d’insécurité culturelle pour montrer que, notamment en milieu populaire, ce n’est pas tant le rapport à l’autre qui pose problème qu’une instabilité démographique qui induit la peur de devenir minoritaire et de perdre un capital social et culturel très important. Une peur qui concerne tous les milieux populaires, quelles que soient leurs origines. C’est en partant de cette réalité qu’il convient de penser la question du multiculturalisme. Christophe Guilluy
Pour la première fois, le modèle mondialisé des classes dominantes, dont Hillary Clinton était le parangon, a été rejeté dans le pays qui l’a vu naître. Fidèles à leurs habitudes, les élites dirigeantes déprécient l’expression de la volonté populaire quand elles en perdent le contrôle. Ainsi, les médias, à travers le cas de la Pennsylvanie – l’un des swing states qui ont fait le succès de Trump -, ont mis l’accent sur le refus de mobilité de la working class blanche, les fameux « petits Blancs », comme cause principale de la précarité et du déclassement. Le « bougisme », qui est la maladie de Parkinson de la mondialisation, confond les causes et les conséquences. Il est incapable de comprendre que, selon la formule de Christopher Lasch, « le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines ». L’élection de Trump, c’est le cri de révolte des enracinés du local contre les agités du global. (…) La gauche progressiste n’a eu de cesse, depuis les années 1980, que d’évacuer la question sociale en posant comme postulat que ce n’est pas la pauvreté qui interdit d’accéder à la réussite ou à l’emploi, mais uniquement l’origine ethnique. Pourtant, l’actuelle dynamique des populismes ne se réduit pas à la seule révolte identitaire. En contrepoint de la protestation du peuple-ethnos, il y a la revendication du peuple-démos, qui aspire à être rétabli dans ses prérogatives de sujet politique et d’acteur souverain de son destin. Le populisme est aussi et peut-être d’abord un hyperdémocratisme, selon le mot de Taguieff, une demande de démocratie par quoi le peuple manifeste sa volonté d’être représenté et gouverné selon ses propres intérêts. Or notre postdémocratie oscille entre le déni et le détournement de la volonté populaire. (…) Au XIXe siècle, la bourgeoisie a eu recours à la loi pour imposer le suffrage censitaire. Aujourd’hui, les classes dominantes n’en éprouvent plus la nécessité, elles l’obtiennent de facto : il leur suffit de neutraliser le vote populiste en l’excluant de toute représentation par le mode de scrutin et de provoquer l’abstention massive de l’électorat populaire, qui, convaincu de l’inutilité du vote, se met volontairement hors jeu. Ne vont voter lors des élections intermédiaires que les inclus, des fonctionnaires aux cadres supérieurs, et surtout les plus de 60 ans, qui, dans ce type de scrutin, représentent autour de 35 % des suffrages exprimés, alors qu’ils ne sont que 22 % de la population. Ainsi, l’écosystème de la génération de 68 s’est peu à peu transformé en un egosystème imposé à l’ensemble de la société. Dans notre postdémocratie, c’est le cens qui fait sens et se traduit par une surreprésentation des classes favorisées aux dépens de la France périphérique, de la France des invisibles. (…) On est arrivé à une situation où la majorité n’est plus une réalité arithmétique, mais un concept politique résultant d’une application tronquée du principe majoritaire. Dans l’Assemblée élue en 2012 avec une participation de 55 %, la majorité parlementaire socialiste ne représente qu’un peu plus de 16 % des inscrits. La majorité qui fait et défait les lois agit au nom d’à peine plus de 1 Français sur 6 ! Nous vivons sous le régime de ce qu’André Tardieu appelait déjà avant-guerre le « despotisme d’une minorité légale ». On assiste, avec le système de l’alternance unique entre les deux partis de gouvernement, à une privatisation du pouvoir au bénéfice d’une partitocratie dont la légitimité ne cesse de s’éroder. (…) Plus les partis ont perdu en légitimité, plus s’est imposée à eux l’obligation de verrouiller le système de crainte que la sélection des candidats à l’élection présidentielle ne leur échappe. Avec la crise de la représentation, le système partisan n’a plus ni l’autorité ni la légitimité suffisante pour imposer ses choix sans un simulacre de démocratie. Les primaires n’ont pas d’autre fonction que de produire une nouvelle forme procédurale de légitimation. En pratique, cela revient à remettre à une minorité partisane le pouvoir de construire l’offre politique soumise à l’ensemble du corps électoral. Entre 3 et 4 millions de citoyens vont préorienter le choix des 46 millions de Français en âge de voter. Or la sociologie des électeurs des primaires à droite comme à gauche ne fait guère de doute : il s’agit des catégories supérieures ou moyennes, qui entretiennent avec la classe politique un rapport de proximité. Les primaires auront donc pour effet d’aggraver la crise de représentation en renforçant le poids politique des inclus au moment même où il faudrait rouvrir le jeu démocratique. (…) D’un tel processus de sélection ne peuvent sortir que des produits de l’endogamie partisane, des candidats façonnés par le conformisme de la doxa et gouvernés par l’économisme. Des candidats inaccessibles à la dimension symbolique du pouvoir et imperméables aux legs de la tradition et de l’Histoire nationale. Sarkozy et Hollande ont illustré l’inaptitude profonde des candidats sélectionnés par le système à se hisser à la hauteur de la fonction. Dans ces conditions, il est à craindre que, quel que soit l’élu, l’élection de 2017 ne soit un coup à blanc, un coup pour rien. D’autant que les hommes de la classe dirigeante n’ont ni les repères historiques ni les bases culturelles pour défendre les sociabilités protectrices face aux ravages de la mondialisation. En somme, ils ne savent pas ce qu’ils font parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils défont. Quant au FN, privé de toute espérance du pouvoir, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, il offre un repoussoir utile à la classe dirigeante, qui lui permet de se survivre à bon compte. Il est à ce jour encore la meilleure assurance-vie du système. Patrick Buisson
Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard  va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner. Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire. Il faut bien avouer que nos élites du PS comme des Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. (…) Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
With their politicization of their victory, their expletive-filled speech, and their publicly expressed contempt for half their fellow citizens, the women of the U.S. women’s soccer team succeeded in endearing themselves to America’s left. But they earned the rest of the country’s disdain, which is sad. We really wanted to love the team. What we have here is yet another example of perhaps the most important fact in the contemporary world: Everything the left touches, it ruins. Dennis Prager
The San Francisco Board of Education recently voted to paint over, and thus destroy, a 1,600-square-foot mural of George Washington’s life in San Francisco’s George Washington High School. Victor Arnautoff, a communist Russian-American artist and Stanford University art professor, had painted “Life of Washington” in 1936, commissioned by the New Deal’s Works Progress Administration. A community task force appointed by the school district had recommended that the board address student and parent objections to the 83-year-old mural, which some viewed as racist for its depiction of black slaves and Native Americans. Nike pitchman and former NFL quarterback Colin Kaepernick recently objected to the company’s release of a special Fourth of July sneaker emblazoned with a 13-star Betsy Ross flag. The terrified Nike immediately pulled the shoe off the market. The New York Times opinion team issued a Fourth of July video about “the myth of America as the greatest nation on earth.” The Times’ journalists conceded that the United States is “just OK.” During a recent speech to students at a Minnesota high school, Rep. Ilhan Omar (D-Minn.) offered a scathing appraisal of her adopted country, which she depicted as a disappointment whose racism and inequality did not meet her expectations as an idealistic refugee. Omar’s family had fled worn-torn Somalia and spent four-years in a Kenyan refugee camp before reaching Minnesota, where Omar received a subsidized education and ended up a congresswoman. The U.S. Women’s National Soccer Team won the World Cup earlier this month. Team stalwart Megan Rapinoe refused to put her hand over heart during the playing of the national anthem, boasted that she would never visit the “f—ing White House” and, with others, nonchalantly let the American flag fall to the ground during the victory celebration. The city council in St. Louis Park, a suburb of Minneapolis, voted to stop reciting the Pledge of Allegiance before its meeting on the rationale that it wished not to offend a “diverse community.” The list of these public pushbacks at traditional American patriotic customs and rituals could be multiplied. They follow the recent frequent toppling of statues of 19th-century American figures, many of them from the South, and the renaming of streets and buildings to blot out mention of famous men and women from the past now deemed illiberal enemies of the people. Such theater is the street version of what candidates in the Democratic presidential primary have been saying for months. They want to disband border enforcement, issue blanket amnesties, demand reparations for descendants of slaves, issue formal apologies to groups perceived to be the subjects of discrimination, and rail against American unfairness, inequality, and a racist and sexist past. In their radical progressive view — shared by billionaires from Silicon Valley, recent immigrants and the new Democratic Party — America was flawed, perhaps fatally, at its origins. Things have not gotten much better in the country’s subsequent 243 years, nor will they get any better — at least not until America as we know it is dismantled and replaced by a new nation predicated on race, class and gender identity-politics agendas. In this view, an “OK” America is no better than other countries. As Barack Obama once bluntly put it, America is only exceptional in relative terms, given that citizens of Greece and the United Kingdom believe their own countries are just as exceptional. In other words, there is no absolute standard to judge a nation’s excellence. About half the country disagrees. It insists that America’s sins, past and present, are those of mankind. But only in America were human failings constantly critiqued and addressed. (…) The traditionalists see American history as a unique effort to overcome human weakness, bias and sin. That effort is unmatched by other cultures and nations, and explains why millions of foreign nationals swarm into the United States, both legally and illegally. (…) If progressives and socialists can at last convince the American public that their country was always hopelessly flawed, they can gain power to remake it based on their own interests. These elites see Americans not as unique individuals but as race, class and gender collectives, with shared grievances from the past that must be paid out in the present and the future. Victor Davis Hanson
There is a ‘try a hijab on’ booth at my college campus. So you’re telling me that it’s now just a fashion accessory and not a religious thing? Or are you just trying to get women used to being oppressed under Islam? I said that it was (getting women used to) being oppressed because there are so many women in Middle Eastern countries that are being punished and stoned for refusing to wear a hijab. Nobody is talking about that in the West because all they see is everyone being at peace, but that is the beauty of America. Kathy Zhu
Did you know the majority of black deaths are caused by other blacks? Fix problems within your own community before blaming others. (…) This applies for every community. If there is a problem, fix things in your own community before lashing out at others and trying to find an issue there. That is all I wanted to say. It is not a problem against black people. Obviously I am not racist or stuff like that. Kathy Zhu
My first act will be to ask Megan Rapinoe to be my secretary of State and thus return “love rather than hate” to the center of America’s foreign policy. Jay Inslee (Washington governor)
The progressive agenda is America’s agenda, and we need to get out there and fight for it! Elizabeth Warren
America is changing. By 2043, we’ll be a nation [that’s] majority people of color, and that’s — that is the game here — that’s what folks don’t want to understand what’s happening in this country. Roland Martin (African-American journalist)
How’d we lose the working class? Ask yourself, what did we do for them? You called them stupid. You marginalized them, took them for granted and you didn’t talk to them. For 20 years, the right wing has invested tremendous amounts of money in talk radio, in television, in every possible platform to be in their ears, before their eyes, and on their minds. And they don’t call them stupid. Rick Smith (talk-show host)
On several polarizing issues, Democrats are refusing to offer the reassurances to moderate opinion that they once did. They’re not saying: We will secure the border and insist on an orderly asylum process, but do it in a humane way; we will protect the right to abortion while working to make it less common; we will protect gun rights while setting sensible limits on them. The old rhetorical guardrails — trust us, there’s a hard stop on how far left we’ll go — are gone. Ramesh Ponnuru
This month, Netroots Nation met in Philadelphia. The choice was no accident. Pennsylvania will probably be the key swing state in 2020. Donald Trump won it by only 44,000 votes or seven-tenths of a percentage point. He lost the prosperous Philadelphia suburbs by more than Mitt Romney did in 2012 but more than made up for it with new support in “left behind” blue-collar areas such as Erie and Wilkes-Barre. You’d think that this history would inform activists at Netroots Nation about the best strategy to follow in 2020. Not really. Instead, Netroots events seemed to alternate between pandering presentations by presidential candidates and a bewildering array of “intersectionality” and identity-politics seminars. Senator Elizabeth Warren pledged that, if elected, she would immediately investigate crimes committed by border-control agents. Julian Castro, a former Obama-administration cabinet member, called for decriminalizing illegal border crossings. But everyone was topped by Washington governor Jay Inslee. “My first act will be to ask Megan Rapinoe to be my secretary of State,” he promised. Naming the woke, purple-haired star of the championship U.S. Women’s Soccer team, he said, would return “love rather than hate” to the center of America’s foreign policy. It is true that a couple of panels tried to address how the Left could appeal to voters who cast their ballots for Barack Obama in 2012 but switched to Trump in 2016. (…)  But that kind of introspection was rare at Netroots Nation. Elizabeth Warren explicitly rejected calls to keep Democrats from moving too far to the left in the next campaign (…) Warren and her supporters point to polls showing that an increasing number of Americans are worried about income inequality, climate change, and America’s image around the world. But are those the issues that actually motivate people to vote, or are they peripheral issues that aren’t central to the decision most voters make? Consider a Pew Research poll taken last year that asked respondents to rank 23 “policy priorities” from terrorism to global trade in order of importance. Climate change came in 22nd out of 23. There is a stronger argument that Democrats will have trouble winning over independent voters if they sprinting so far to the left that they go over a political cliff. (…) Many leftists acknowledge that Democrats are less interested than they used to be in trimming their sails to appeal to moderates. Such trimming is no longer necessary, as they see it, because the changing demographics of the country give them a built-in advantage. Almost everyone I encountered at Netroots Nation was convinced that President Trump would lose in 2020. (…) It’s a common mistake on both the right and the left to assume that minority voters will a) always vote in large numbers and b) will vote automatically for Democrats. Hillary Clinton lost in 2016 in part because black turnout fell below what Barack Obama was able to generate. There is no assurance that black turnout can be restored in 2020. As for other ethnic groups, a new poll by Politico/Morning Consult this month found that Trump’s approval among Hispanics is at 42 percent. An Economist/YouGov poll showed Trump at 32 percent among Hispanics; another poll from The Hill newspaper and HarrisX has it at 35 percent. In 2016, Trump won only 29 to 32 percent of the Hispanic vote. Netroots Nation convinced me that progressive activists are self-confident, optimistic about the chances for a progressive triumph, and assured that a Trump victory was a freakish “black swan” event. But they are also deaf to any suggestion that their PC excesses had anything to do with Trump’s being in the White House. That is apt to be the progressive blind spot going into the 2020 election. John Fund
The immigrant is the pawn of Latin American governments who view him as inanimate capital, someone who represents thousands of dollars in future foreign-exchange remittances, as well as one less mouth to feed at home — if he crosses the border, legality be damned. If that sounds a cruel or cynical appraisal, then why would the Mexican government in 2005 print a comic booklet (“Guide for the Mexican Migrant”) with instructions to its citizens on how best to cross into the United States — urging them to break American law and assuming that they could not read? Yet for all the savagery dealt out to the immigrant — the callousness of his government, the shakedowns of the coyotes and cartels, the exploitation of his labor by new American employers — the immigrant himself is not entirely innocent. He knows — or does not care to know — that by entering the U.S., he has taken a slot from a would-be legal immigrant, one, unlike himself, who played by the rules and waited years in line for his chance to become an American. He knowingly violates U.S. immigration law. And when the first act of an immigrant is to enter the U.S. illegally, the second to reside there unlawfully, and the third so often to adopt false identities, he undermines American law on the expectation that he will receive exemptions not accorded to U.S. citizens, much less to other legal immigrants. In terms of violations of federal law, and crimes such as hit-and-run accidents and identity theft, the illegal immigrant is overrepresented in the criminal-justice system, and indeed in federal penitentiaries. Certainly, no Latin American government would allow foreigners to enter, reside, and work in their own country in the manner that they expect their own citizens to do so in America. Historically, the Mexican constitution, to take one example, discriminates in racial terms against both the legal and illegal immigrants, in medieval terms of ethnic essence. Some $30 billion in remittances are sent back by mostly illegal aliens to Central American governments and roughly another $30 billion to Mexico. But the full implications of that exploitation are rarely appreciated. Most impoverished illegal aliens who send such staggering sums back not only entered the United States illegally and live here illegally, but they often enjoy some sort of local, state, or federal subsidy. They work at entry-level jobs with the understanding that they are to scrimp and save, with the assistance of the American taxpayer, whose laws they have shredded, so that they can send cash to their relatives and friends back home. In other words, the remitters are like modern indentured servants, helots in hock to their governments that either will not or cannot help their families and are excused from doing so thanks to such massive remittances. In sum, they promote illegal immigration to earn such foreign exchange, to create an expatriate community in the United States that will romanticize a Guatemala or Oaxaca — all the more so,  the longer and farther they are away from it. Few of the impoverished in Mexico paste a Mexican-flag sticker on their window shield; many do so upon arrival in the United States. Illegal immigration is a safety valve, by which dissidents are thanked for marching north rather than on their own nations’ capitals. Latin American governments really do not care that much that their poor are raped while crossing the Mexican desert, or sold off by the drug cartels, or that they drown in the Rio Grande, but they suddenly weep when they reach American detention centers — a cynicism that literally cost hundreds their lives. America is increasingly becoming not so much a nonwhite nation as an assimilated, integrated, and intermarried country. Race, skin color, and appearance, if you will, are becoming irrelevant. The construct of “Latino” — Mexican-American? Portuguese? Spanish? Brazilian? — is becoming immaterial as diverse immigrants soon cannot speak Spanish, lose all knowledge of Latin America, and become indistinguishable in America from the descendants of southern Europeans, Armenians, or any other Mediterranean immigrant group. In other words, a Lopez or Martinez was rapidly becoming as relevant or irrelevant in terms of grievance politics, or perceived class, as a Pelosi, Scalise, De Niro, or Pacino. If Pelosi was named “Ocasio-Cortez” and AOC “Pelosi,” then no one would know, or much care, from their respective superficial appearance, who was of Puerto Rican background and who of Italian ancestry. Such a melting-pot future terrifies the ethnic activists in politics, academia, and the media who count on replenishing the numbers of unassimilated “Latinos,” in order to announce themselves the champions of collective grievance and disparity and thereby find careerist advantage. When 1 million of some of the most impoverished people on the planet arrive without legality, a high-school diploma, capital, or English, then they are likely to remain poor for a generation. And their poverty then offers supposed proof that America is a nativist or racist society for allowing such asymmetry to occur — a social-justice crime remedied best the by Latino caucus, the Chicano-studies department, the La Raza lawyers association, or the former National Council of La Raza. Yet, curb illegal immigration, and the entire Latino race industry goes the way of the Greek-, Armenian-, or Portuguese-American communities that have all found parity once massive immigration of their impoverished countrymen ceased and the formidable powers of the melting pot were uninterrupted. Democrats once were exclusionists — largely because they feared that illegal immigration eroded unionization and overtaxed the social-service resources of their poor citizen constituents. Cesar Chavez, for example, sent his thugs to the border to club illegal aliens and drive them back into Mexico, as if they were future strike breakers. Until recently, Barack Obama and Hillary Clinton called for strict border enforcement, worried that the wages of illegal workers were driving down those of inner-city or barrio American youth. What changed? Numbers. Once the pool of illegal aliens reached a likely 20 million, and once their second-generation citizen offspring won anchor-baby legality and registered to vote, a huge new progressive constituency rose in the American Southwest — one that was targeted by Democrats, who alternately promised permanent government subsidies and sowed fears with constant charges that right-wing Republicans were abject racists, nativists, and xenophobes. Due to massive influxes of immigrants, and the flight of middle-class citizens, the California of Ronald Reagan, George Deukmejian, and Pete Wilson long ago ceased to exist. Indeed, there are currently no statewide Republican office-holders in California, which has liberal supermajorities in both state legislatures and a mere seven Republicans out of 53 congressional representatives. Nevada, New Mexico, and Colorado are becoming Californized. Soon open borders will do the same to Arizona and Texas. No wonder that the Democratic party has been willing to do almost anything to become the enabler of open borders, whether that is setting up over 500 sanctuary-city jurisdictions, suing to block border enforcement in the courts, or extending in-state tuition, free medical care, and driver’s licenses to those who entered and reside in America illegally. If most immigrants were right-wing, middle-class, Latino anti-Communists fleeing Venezuela or Cuba, or Eastern European rightists sick of the EU, or angry French and Germans who were tired of their failed socialist governments, the Democratic party would be the party of closed borders and the enemy of legal, meritocratic, diverse, and measured immigration. Employers over the past 50 years learned fundamental truths about illegal immigrants. The impoverished young male immigrant, arriving without English, money, education, and legality, will take almost any job to survive, and so he will work all the harder once he’s employed. For 20 years or so, young immigrant workers remain relatively healthy. But once physical labor takes its toll on the middle-aged immigrant worker, the state always was expected to step in to assume the health care, housing, and sustenance cost of the injured, ill, and aging worker — thereby empowering the employer’s revolving-door use of a new generation of young workers. Illegality — at least until recently, with the advent of sanctuary jurisdictions — was seen as convenient, ensuring asymmetry between the employee and the employer, who could always exercise the threat of deportation for any perceived shortcoming in his alien work force. Note that those who hire illegal aliens claim that no Americans will do such work, at least at the wages they are willing to, or can, pay. That is the mea culpa that employers voice when accused of lacking empathy for out-of-work Americans. If employers were fined for hiring illegal aliens, or held financially responsible for their immigrant workers’ health care and retirements, or if they found that such workers were not very industrious and made poor entry-level laborers, then both the Wall Street Journal and the Chamber of Commerce would be apt to favor strict enforcement of immigration laws.  Wealthy progressives favor open borders and illegal immigration for a variety of reasons. The more immigrants, the cheaper, more available, and more industrious are nannies, housekeepers, caregivers, and gardeners — the silent army that fuels the contemporary, two-high-income, powerhouse household. Championing the immigrant poor, without living among them and without schooling one’s children with them or socializing among them, is the affluent progressive’s brand. And to the degree that the paradox causes any guilt, the progressive virtue-signals his loud outrage at border detentions, at separations between parents in court and children in custody, and at the contrast between the burly ICE officers and vulnerable border crossers. In medieval fashion, the farther the liberal advocate of open borders is from the objects of his moral concern, the louder and more empathetic he becomes. Most progressives also enjoy a twofer: inexpensive immigrant “help” and thereby enough brief exposure to the Other to authenticate their 8-to-5 caring. If border crossers were temporarily housed in vacant summer dorms at Stanford, Harvard, or Yale, or were accorded affordable-housing tracts for immigrant communities in the vast open spaces of Portola Valley and the Boulder suburbs, or if immigrant children were sent en masse to language-immersion programs at St. Paul’s, Sidwell Friends, or the Menlo School, then the progressive social-justice warrior would probably go mute. Victor Davis Hanson
Libéralisme économique et libéralisme culturel sont les deux faces d’une même monnaie. Les libertaires favorables à l’extension infinie des droits individuels et à la destruction des « structures » traditionnelles (famille, nation) font le jeu du libéralisme économique, puisque celui-ci se déploie sur et par la dilution des sentiments d’appartenances (nation, famille, corporations) qui laisse l’individu isolé. À l’inverse, la recherche permanente du profit amène à marchandiser ce qui, dans la philosophie kantienne, ne devait pas l’être dans la mesure où l’objet avait une dignité – Pour Emmanuel Kant, « tout a un prix ou une dignité » alors que pour Adam Smith « tout a un prix ». Le marché, quand il n’est pas contenu, fait partout son intrusion et remodèle les structures selon ses besoins. Dans leurs livres, Christopher Lasch et, après lui, Jean-Claude Michéa – s’en sont donc logiquement pris à la gauche, et à la matrice dont elle est issue, la philosophie des Lumières dont le programme d’émancipation individuelle par la Raison universelle se fait au mépris de la tradition. (…) Le détachement aussi bien social, économique que géographique, qui est aujourd’hui celui des élites par rapport aux modes de vie et aux préoccupations populaires, met en péril la démocratie américaine. La méritocratie leur sert à justifier leur pouvoir et leur isolement. Le populisme, au contraire, offre selon Christopher Lasch une alternative à la fois à l’État-providence et au Marché. Il s’appuie sur les communautés, fondements de la démocratie américaine, plutôt que sur les individus. (…) La vie civique est détériorée parce que l’ »art de la controverse » a été perdu : le journalisme est devenu « objectif », le milieu universitaire s’est coupé du réel et l’école a été isolée de ce qui enflamme les imaginations (religion, politique). Les lieux-tiers comme les quartiers, situés entre la famille et le monde extérieur, ont subi les assauts du marché et les intrusions de l’État. (…) La religion est reléguée dans la « coulisse du débat public », ce qui signifie pour Christopher Lasch la sécularisation des États-Unis. Les élites américaines estiment que notre époque est sortie de l’enfance de l’humanité, associée à la religion – elle-même confondue avec la superstition. Elles se signalent par leur refus des limites. Elles vivent dans l’ »illusion de la maîtrise » de son destin et du monde. Substituts à la religion, la psychanalyse – bien qu’utilisée par Christopher Lasch dans ses travaux -, la médecine contemporaine qui promet de guérir tous les maux, ou encore la politique multiculturaliste, souhaitent toutes en finir avec la honte et la culpabilité au nom de « l’estime de soi ». La maladie a remplacé le péché dans la nouvelle « religion » des élites qui ne mérite pas ce nom. Christopher Lasch préfère la désigner comme un « pharisianisme laïc » (…) Comme Christopher Lasch l’écrit lui-même : « d’une façon ou d’une autre, l’essentiel de mes travaux récents tourne autour de la question de l’avenir possible de la démocratie ». La parution de La révolte des élites est postérieure à la théorie de Francis Fukuyama selon laquelle la chute de l’URSS acte la fin de l’Histoire et provoquerait l’extension du modèle de la démocratie libérale au monde. Plutôt que de réfléchir à l’extension ou non de ce modèle, Christopher Lasch interroge cette démocratie américaine telle qu’elle est ou, plutôt, telle qu’elle est dévoyée à ses yeux, en s’appuyant sur la tradition états-unienne (les Pères fondateurs, le populisme, Abraham Lincoln etc.). La thèse de Christopher Lasch – le lecteur s’en rend très rapidement compte – s’applique aussi à l’Europe occidentale. Le constat fait par l’historien au début de son essai nous est familier : « le déclin de l’activité industrielle et la perte d’emplois qui en résulte ; le recul de la classe moyenne ; l’augmentation du nombre des pauvres ; le taux de criminalité qui monte en flèche ; le trafic de stupéfiants en plein essor ; la crise urbaine ». Il n’est pas anodin que l’on ait parlé de révolte des peuples contre les élites quand les partisans du Brexit ont gagné le référendum, et après l’élection de Donald Trump – la géographie électorale a alors montré combien les votes étaient corrélés au niveau de diplômes. La trahison des élites est une expression qui a aussi servi à qualifier la ratification en 2007 par les parlementaires français du traité de Lisbonne, alors que le projet pour une Constitution européenne (TCE) avait été rejeté par référendum en 2005. Le taux d’abstention aux élections est aussi compris comme un détachement des élites des préoccupations des gens ordinaires, soit exactement l’analyse faite par Christopher Lasch dans son livre. « Jamais, selon lui, la classe privilégiée n’a été aussi dangereusement isolée de son environnement ». Il décrit le « fatal éloignement du côté physique de la vie » des classes intellectuelles. « Leur seul rapport avec le travail productif, déplore Christopher Lasch, est en tant que consommateur ». L’historien et sociologue définit ces élites comme les personnes qui « contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignements supérieurs (…) gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public » (directeurs de journaux, hommes politiques, dirigeants de grandes entreprises, universitaires etc.). Elles travaillent aussi bien dans le public que dans le privé et concentrent les avantages financiers, d’éducation et de pouvoir. La bourgeoisie aisée constitue le cœur de ces élites. Pour l’ancien marxiste qu’est Christopher Lasch, la lutte des classes est encore une réalité. L’ambition politique défendue dans son livre correspond à ce qui est d‘après lui l’idéal originel américain d’une société sans classe. Il est étonnant, néanmoins, de ne pas trouver dans cet essai un long développement sur ce que Jacques Ellul, l’un des « maîtres » de Christopher Lasch, appelait le « système technicien »¹¹. L’historien et sociologue, dans son analyse, met bien plus l’accent sur les modes de vie et les évolutions urbaines. (…) Les élites américaines ciblées par Christopher Lasch se définissent moins par leur idéologie, que par leur mode de vie distinctif. Sans vision politique commune, elles ne peuvent pas, d’après lui, être qualifiées de « classe dirigeante ». Elles cherchent moins à commander qu’à « échapper au sort commun » et à la « vie commune ». Elles vivent repliées sur elles-mêmes. Alors qu’ils contribuaient auparavant – souvent de façon intéressée, certes- au financement des équipements de la communauté (bibliothèques, hôpitaux, universités etc.), les 20% les plus riches de la population se rendent aujourd’hui indépendants « non seulement des grandes villes industrielles en pleine déconfiture », du fait notamment de la globalisation, « mais des services publics en général », qu’ils n’utilisent plus. Ils investissent en masse dans l’éducation et l’information plutôt que dans la propriété. Leur argent leur permet de se constituer des ghettos volontaires : ils monopolisent les collèges et universités les plus célèbres où est encore transmise la culture humaniste et ils ont recours à des services de ramassage de déchets ainsi qu’à des sociétés de sécurité privées. Coupées de la solidarité nationale économique (la fraude fiscale des entreprises dites « multinationales » en est un exemple), les élites le sont aussi de la solidarité politique. La plupart des personnes qui font partie des élites ont « cessé de se penser américains » ou de se sentir « impliquées dans le destin de l’Amérique pour le meilleur et pour le pire ». Le sujet central du livre de Christopher Lasch, la démocratie, se confond en fait en bonne partie avec celui de la nation, dont les élites pensent qu’elle est un cadre obsolète et contraignant. Un tel détachement des élites, de la nation et du peuple, implique une dangereuse déresponsabilisation. Il en est la cause directe. (…) Comme l’homme-masse de Ortega y Gasset, les élites sont inconséquentes à l’égard des générations futures, elles exigent des droits plutôt que d’être exigeantes envers elles-mêmes. En se disant « citoyens du monde », elles séparent la citoyenneté de la nationalité et se déchargent donc de leurs obligations civiques. La fracture sociale décrite et analysée par l’auteur est aussi une fracture géographique. Aux yeux des élites, qui vivent majoritairement sur les côtes du pays, l’« Amérique du milieu », est un fardeau obscurantiste, rétrograde car rétif à l’esprit émancipateur des Lumières, en tout cas à l’idée qu’elles s’en font. (…) Si les élites s’emploient à « créer des institutions parallèles ou alternatives », c’est parce qu’elles ne cherchent pas à « imposer leurs valeurs à la majorité (qu’elles perçoivent comme incorrigiblement raciste, sexiste, provinciale et xénophobe) » et « encore moins à (la) persuader au moyen d’un débat public rationnel » (puisque la majorité, selon les élites, n’est pas raisonnable ni rationnelle). Ici est la limite de leur optimisme progressiste. La vie de la majorité n’en est pas moins, évidemment, bouleversée par les décisions prises par les élites politique, médiatique, universitaire et économique. Christopher Lasch qualifie de « touristique » la vision du monde des élites qu’il décrit. « Ce qui, ajoute-t-il, a peu de chances d’encourager un amour passionné pour la démocratie ». Leur idéal est celui de la mobilité. Elles se meuvent dans les réseaux internationaux, plutôt qu’elles ne s’inscrivent dans des lieux. « Jamais, souligne l’auteur, la réussite n’a été plus étroitement associée à la mobilité ». Elles participent ainsi, malgré elles, à faire surgir en réaction ce que Christopher Lasch appelle un nouveau « tribalisme ». Vingt ans après la parution de la Révolte des élites, ce constat est plus vrai que jamais. Les infra-nationalismes, dont la Catalogne est une des illustrations, relèvent de ce même processus de fragmentation. (…) S’il relativise exagérément le danger islamiste, Christopher Lasch s’inquiète cependant du multiculturalisme promu par les élites. Elles en ont une image là aussi touristique, celle du « bazar » qui met à leur portée les vêtements et cuisines les plus diverses du monde. Une telle conception biaise leur approche de la démocratie. L’État, selon les élites, a pour mission de démocratiser « l’estime de soi ». Des mesures dites « tolérantes », comme la discrimination positive, sont prises au nom de la diversité pour réparer le préjudice qu’auraient subi dans l’histoire les minorités, qu’elles soient ethniques ou sexuelles. Le « sociétal » efface les rapports de classe. Selon Christopher Lasch, une telle politique déresponsabilise et assiste ces minorités au lieu de les inciter à gagner « le respect ». Elle favorise la formation de parodies de communautés, caractérisées par un « entre-soi » sectaire. Des critères comme l’ethnie et le sexe y conditionnent les opinions. Si une personne en dévie, elle devient un traître à sa cause – elle est par exemple accusée de « penser blanc ». Christopher Lasch a ce mot terrible : « nous sommes devenus aujourd’hui une nation de minorités ». Il note très justement que ces communautés, substituts pour la gauche à la classe ouvrière, « ne cherchent plus à transformer révolutionnairement les rapports sociaux mais à intégrer les structures dominantes ». Ladite classe ouvrière a été sacrifiée sur l’autel du libéralisme promu par les élites américaines. Elles sont libérales, dans les deux sens du mot : pour la marchandisation croissante du monde et pour une prétendue « libération » sur le plan des mœurs. Un tel programme idéologique affaiblit l’État-nation « par le haut », au sens où par exemple la globalisation transfère le pouvoir du politique vers les multinationales, et par « le bas », les discours différentialistes générant du communautarisme. La fragilisation de l’État-nation provoque, d’une part, une unification du monde par le marché et le droit, et, d’autre part, une fragmentation identitaire et ethnique. Christopher Lasch estime qu’elle est profondément liée à l’effondrement de la classe moyenne sans laquelle il n’y aurait pas eu d’État-nation. C’est pourquoi ce qui reste de la classe moyenne aux États-Unis, au moment où Christopher Lasch écrit, est l’ « élément le plus patriote, pour ne pas dire chauvin et militariste de la société ». Laurent Ottavi
Lasch n’a jamais fait mystère de sa dette envers l’héritage protestant et l’étude de la théologie protestante dans la formulation de sa philosophie de l’espérance. Ce que lui ont apporté des théologiens comme Jonathan Edwards ou Reinhold Niebuhr, et des penseurs comme Emerson ou William James peut être résumé dans l’idée que l’espérance est la prédisposition mentale de ceux qui persistent à vouloir croire, envers et contre tout, dans l’infinie bonté de la vie, même en présence des preuves du contraire, et «dans la justice, la conviction que l’homme mauvais souffrira, que les hommes mauvais retrouveront le droit chemin, que l’ordre qui sous-tend le cours des évènements n’a rien à voir avec l’impunité». Et il n’est pas anodin que, se sachant condamné, Lasch ait consacré les deux derniers chapitres de son dernier livre à la religion dans lesquels il rappelle que, face à l’hybris technologique et l’illusion de la maîtrise totale, seule une vision religieuse de l’existence nous rappelle à notre nature divisée d’être «dépendant de la nature et en même temps incapable de la transcender», d’ «humanité oscill[ant] entre une fierté transcendante et un sentiment humiliant de faiblesse et de dépendance». À l’opposé de l’obsession de la certitude au détriment de la réalité du monde des démiurges de la Silicon Valley ou des gnostiques New Age, Lasch écrit que c’est «à la croyance douillette d’une coïncidence entre les fins du Tout-Puissant et nos fins purement humaines que la foi religieuse nous demande de renoncer». Seul ce sens des limites peut nous amener à réinvestir le monde par une «activité pratique qui lie l’homme à la nature en qualité de cultivateur soigneux». En d’autres termes, en fondant une éthique de l’attention au monde, comme nous y exhorte Matthew Crawford, sans doute le continuateur le plus juste de l’œuvre de Lasch. (…) Lasch avait très bien analysé avant la lettre le phénomène Trump au travers de la nouvelle droite, ou conservatisme de mouvement, incarnés successivement par Barry Goldwater ou Reagan. Tout comme ces derniers, Trump est parvenu à formuler un récit bien plus cohérent qu’il n’y paraît à partir de questions comme la crise des opiacés, les délocalisations, l’immigration, la menace chinoise et à s’en servir pour «diriger le ressentiment “petit bourgeois” à l’endroit des riches vers une “nouvelle classe” parasitaire constituée par des spécialistes de la résolution des problèmes et des relativistes moraux», afin d’en appeler aux «producteurs de l’Amérique» à se mobiliser autour de leur «intérêt économique commun» pour «limiter le développement de cette nouvelle classe non productive, rapace». Ainsi, concluait Lasch, le grand génie de la nouvelle droite était d’avoir retourné à son profit «les classifications sociales imprégnées de la tradition populiste – producteurs et parasitaires- et à les mettre au service de programmes sociaux et politiques directement opposés à tout ce que le Populisme avait toujours signifié». La différence est que Reagan est arrivé à la Maison Blanche au début de la contre-révolution monétariste, qui inaugurait la spécialisation de l’économie US dans le recyclage des surplus de la planète, alors que Trump arrive à un moment ou cette politique ininterrompue depuis la fin des années 1970 ne laisse qu’un champ de ruines, ce qui explique leurs divergences sur la question du commerce international. L’élection de Reagan était concomitante de l’entrée des États-Unis dans la période d’exubérance financière que connaissent tous les centres de l’économie-monde lorsqu’ils entament une phase de financiarisation, alors que celle de Trump est intervenue près de 10 ans après le début de la crise terminale de ce que Giovanni Arrighi appelait le long vingtième siècle ou siècle américain. Mais sur le fond, Trump n’est qu’un avatar actualisé de Reagan, allant d’ailleurs jusqu’à reprendre exactement le même slogan que ce dernier dans sa campagne victorieuse de 1980. (..) Récupéré sélectivement par des idéologues aux marges du parti républicain, comme Steve Bannon, qui a fait de La révolte des élites un de ses livres de chevet, Lasch est pour l’essentiel absent du paysage intellectuel engagé à gauche, à l’exception de The Baffler dans lequel officient des auteurs comme George Scialabba ou Thomas Frank. Il est tout aussi ignoré par les mouvements regroupés autour de Sanders, en raison de sa critique du progrès, qui le rend inaudible à leurs oreilles, et de leur tropisme en faveur d’une social-démocratie scandinave. C’est regrettable, car Lasch incarne un vrai socialisme à l’américaine, une sorte de proudhonisme américain, qui exhorte la gauche à chercher à s’allier, non pas avec les «médias de masse et les autres entreprises d’homogénéisation culturelle, ni avec la vision d’une société sans pères, et sans passé […] mais avec les forces qui, dans la vie moderne, résistent à l’assimilation, au déracinement et à la “modernisation forcée”». Mais, paraphrasant Simon Leys à propos d’Orwell, la gauche américaine, en persistant dans sa béatitude progressiste et sa perception simpliste et commode du capitalisme comme un système patriarcal, vertical et autoritaire, ne fait au fond que reproduire avec Lasch les mêmes erreurs qui l’ont poussée régulièrement à se laisser scandaleusement confisquer ses plus puissants penseurs. Renaud Beauchard
Comment se fait-il que des gens sérieux continuent encore à croire au Progrès alors que les évidences les plus massives auraient dû, une fois pour toutes, les conduire à abandonner cette idée ? Christopher Lasch
N’ayant pas l’espoir d’améliorer leur vie de manière significative, les gens se sont convaincus que ce qui comptait, c’était d’améliorer leur psychisme. L’atmosphère actuelle n’est pas religieuse, mais thérapeutique. Ce que les gens recherchent avec ardeur aujourd’hui, ce n’est pas le salut personnel, encore moins le retour d’un âge d’or antérieur, mais la santé, la sécurité psychique, l’impression, l’illusion momentanée d’un bien-être personnel… De fait, le narcissisme semble représenter la meilleure manière d’endurer les tensions et anxiété de la vie moderne. (…) Vivre dans l’instant est la passion dominante – vivre pour soi-même, et non pour ses ancêtres ou la postérité. Nous sommes en train de perdre le sens de la continuité historique, le sens d’appartenir à une succession de générations qui, nées dans le passé, s’étendent vers le futur. Christopher Lasch
Naguère, c’était “la révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses. Christopher Lasch

Attention: une menace peut en cacher une autre !

A l’heure où après les multiples et vite oubliés non aux référendums européens …

Nos belles âmes et nos médias n’ont de cesse de stigmatiser comme menaces populistes tant le Brexit que l’élection de dirigeants nationalistes comme Donald Trump …

Et où après le déni initial, digne des plus belles années de l’utopie communiste, d’une crise migratoire désormais planétaire …

Nos élites, des gouvernements des pays de départ aux partis de gauche, employeurs, militants ethniques et milliardaires progressistes, en sont à célèbrer d’une manière toujours plus irresponsable et intéressée la mise en cause de la loi des pays d’accueil …

Et où confondant ethnicisation et gauchisation et grisé par l’ethnicisation inévitable de la démographie américaine …

Un parti démocrate américain prépare entre radicalisation délirante et mépris de plus en plus affiché de leur adversaire et surtout de son électorat

Rien de moins que sa propre extinction aux présidentielles de l’an prochain …

Comment ne pas voir avec l’historien américain Christopher Lasch

Récemment redécouvert grace à certains, de Jean-Claude Michéa à Christophe Guilluy, de nos plus lucides analystes de la situation actuelle …

La logique réaction à la première sécession, jusque dans les concours de beauté, le football féminin ou la marche sur la Lune, de nos élites que celui-ci avait prédite dès les années 70 …

Et la confirmation de l’une de ses principales intuitions …

A savoir que « le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines » ?

Pour comprendre le moment populiste actuel, il faut lire Christopher Lasch

Montée des mouvements identitaires d’extrême droite dans les pays occidentaux, Brexit, élection de Donald Trump, défaites de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Manuel Valls lors des primaires… Les analystes politiques ont de plus en plus de mal à comprendre les votes populaires. L’œuvre de Christopher Lasch, sociologue et historien américain décédé il y a vingt-trois ans, anticipait déjà largement ce moment populiste que nous vivons actuellement.

Le 14 février 1994, Christopher Lasch décède d’une leucémie, dix jours seulement après avoir achevé son testament politique, La révolte des élites et la trahison de la démocratie (Climats, 1996), qui sera publié à titre posthume. Le sociologue américain, héritier du marxisme de l’école de Francfort (Theodor W. Adorno, Max Horkheimer, etc.) et lecteur de George Orwell, y critique durement les nouvelles élites du capitalisme, coupables selon lui d’avoir trahi l’idéal démocratique.

Lasch analyse le fossé qui se creuse alors entre le haut et le bas de l’échelle sociale aux États-Unis, phénomène qui s’est reproduit presque à l’identique dans les pays d’Europe de l’Ouest. Mais si l’œuvre de Lasch est intéressante, c’est pour son caractère visionnaire. Lire La révolte des élites et les livres qui l’ont précédé permet de comprendre la séquence politique que nous vivons, caractérisée par un rejet des élites par les classes populaires.

La démocratie mise en danger par ses élites

Pour Lasch, notre époque est déterminée par un phénomène social inédit: la révolte des élites. Composée de «ceux qui contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignement supérieur, gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public», cette «nouvelle classe» se distingue par «l’investissement réalisée dans l’éducation et l’information». Il précise cependant que «mis à part ses revenus en hausse rapide, la bourgeoisie aisée, le cœur de ces nouvelles élites, se définit moins par son idéologie que par son mode de vie, qui la distingue, d’une manière de moins en moins équivoque, du reste de la population».

D’après Lasch, les nouvelles élites, c’est-à-dire «les personnes qui se situent dans les 20% supérieurs en terme de revenus», grâce à leurs richesses considérables et à la mondialisation, qui permet la mobilité totale des capitaux et des personnes les plus fortunées, ne vivent plus réellement dans le même monde que leurs concitoyens. En cela, elles s’opposent à la vieille bourgeoisie des XIXe et XXe siècles, qui était contrainte par sa stabilité spatiale à un minimum d’enracinement et d’«obligations civiques». Ainsi, «bibliothèques, musées, parcs publics, orchestres, universités, hôpitaux et autres aménagement publics […] étaient autant de monuments à la magnificence des classes supérieures». La mondialisation, d’après le sociologue, a transformé les élites en touristes dans leurs propres pays. Les membres de cette nouvelle classe, qui se rêvent «citoyen[s] du monde» mais qui n’acceptent «aucune des obligations que la citoyenneté dans une forme de cité sous-entend normalement», se sont «retirés de la vie commune et ne veulent plus payer pour ce qu’ils ont cessé d’utiliser».

C’est ce qui amène Christopher Lasch à conclure, en référence à La révolte des masses (1929) du philosophe espagnol José Ortega y Gasset: «Naguère, c’était la “révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social […]. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses.» Car cette «révolte des élites» détruit le débat démocratique. Le marxiste explique que «l’isolement croissant des élites signifie entre autre chose que les idéologies politiques perdent tout contact avec les préoccupations du citoyen ordinaire». La conséquence est que «le débat politique se restrei[nt] la plupart du temps aux “classes qui détiennent la parole”».

Or, ces dernières demeurent protégées des nouveaux problèmes qui touchent les classes populaires. Elles «ont perdu tout contact avec le peuple». Celui-ci vit «le déclin de l’activité industrielle et la perte d’emploi qui en résulte; le recul de la classe moyenne; l’augmentation du nombre des pauvres; le taux de criminalité qui monte en flèche; le trafic de stupéfiants en plein essor; la crise urbaine».

Le résultat de cette scission du haut de l’échelle est que «personne n’a de solution vraisemblable à apporter à ces problèmes inextricables» et qu’on «assiste à des batailles idéologiques furieuses sur des questions annexes». Dans le même temps, «ceux qui fabriquent l’opinion cultivée» perçoivent les «gens ordinaires» comme «désespérément minables, ringards et provinciaux, […] peu au fait des évolutions du goût ou des modes intellectuelles, […] obnubilés par la littérature de gare, les romans d’amour ou d’action, et abrutis par une surdose de télévision». Ainsi, «bon nombre des gens de bien, selon l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes, ont toujours été sceptiques quant à la capacité des citoyens ordinaires à saisir des problèmes complexes et à produire des jugements critiques». Or, «la démocratie demande un échange vigoureux d’idées et d’opinions».

De la révolte des élites à la révolte des masses

Cette séparation de la nouvelle classe supérieure s’accompagne d’une panne de l’ascenseur social. Celle-ci est notamment alimentée par la crise que traverse l’école publique, à laquelle réussissent à échapper les couches aisées de la société, grâce aux écoles privées notamment. Pour être efficace, le mythe de la méritocratie doit laisser croire à un semblant de justice. Ainsi, «quoique les avantages héréditaires jouent un rôle important pour l’obtention d’un statut dans les professions intellectuelles ou les cercles dirigeants de l’entreprise, la classe nouvelle doit préserver la fiction selon laquelle son pouvoir repose sur la seule intelligence».

C’est pour cela que «l’évolution générale de l’histoire récente ne va plus dans le sens d’un nivellement des distinctions sociales, mais de plus en plus vers une société en deux classes où un petit nombre de privilégiés monopolisent les avantages de l’argent, de l’éducation et du pouvoir». Cette tendance est tellement visible que les «gens ordinaires» ne croient plus du tout en cette méritocratie. C’est pour cela que le repli des élites sur elles-mêmes finit par provoquer son symétrique dans les classes populaires, à commencer par la classe moyenne déclassée, qui est «devenue l’élément le plus patriote, pour ne pas dire chauvin et militariste, de la société». Ne se reconnaissant pas dans le type de société promise par ses élites, les classes moyennes rejoignent les classes populaires, déjà entrées en révolte. L’opposition s’opère de manière douce dans les urnes. Comme l’expliquait récemment l’historien français Jacques Julliard dans La gauche et le peuple (Flammarion, 2014), «le populisme du peuple n’est donc que la réplique à l’élitisme des élites».

Après avoir grossi les rangs de l’abstention, les classes populaires des deux côtés de l’Atlantique ont décidé de «voter mal». Si elles ne sont pas toujours en mesure d’imposer leurs choix politiques, elles ont compris qu’elles avaient la capacité de sanctionner leurs dirigeants. Après avoir presque failli empêcher la signature du traité de Maastricht en 1992, les classes populaires françaises ont massivement rejeté dans les urnes le traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE) en 2005. En effet, si le «non» l’a emporté par 54,68%, ce vote était plébiscité, selon un sondage sortie des urnes de l’institut Ipsos, par 67% des employés, 70% des agriculteurs, 79% des ouvriers et 71% des chômeurs.

Le constat vaut également au Royaume-Uni pour le Brexit: en juin 2016, 64% des ouvriers britanniques ont choisi le retrait de leur pays de l’Union européenne. De même, si les métropoles plus favorisées, comme Londres, ont voté pour rester dans l’Union, les green belts, ces ceintures vertes encerclant les grandes villes, et les Midlands, régions du centre du pays, ainsi que les zones autour de certaines vieilles villes industrielles ont majoritairement fait le choix inverse. Aux États-Unis, l’élection de Donald Trump, en novembre dernier, a été portée par le centre du pays, tandis que les côtes, plus favorisées, ont choisi Hillary Clinton. Nous pouvons ajouter au tableau le fait que les perdants de la mondialisation se réfugient de plus en plus dans le vote identitaire d’extrême droite, comme en témoignent par exemple la progression du vote Front national depuis trente ans maintenant et, plus récemment, de l’AFD en Allemagne, du Parti pour la liberté aux Pays-Bas ou de l’Ukip au Royaume-Uni.

Le «populisme de gauche» comme solution

Mais Lasch ne s’arrête pas au constat: il tente également de proposer une solution. Le sociologue prend parti pour la majorité qui possède peu. Il plaide pour un populisme, terme remis à la mode à gauche ces dernières années par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, inspirateurs du mouvement espagnol Podemos et de Jean-Luc Mélenchon.

Dès les années 1990, Lasch veut rétablir une opposition politique entre peuple et élite plutôt qu’entre électeurs de gauche et électeurs de droite. Il estime que «si nous pouvons surmonter les fausses polarisations que suscite aujourd’hui la politique dominée par les questions de sexe et de race, peut-être découvrirons-nous que les divisions réelles restent celles de classes». L’Américain prend appui sur le mouvement populiste américain, initié par le People’s party au XIXe siècle. Fondé en 1891, ce parti «à la fois progressiste, de tradition rurale et structuré par un programme de transformation économique ambitieux et précis», selon les mots du directeur du Monde diplomatique Serge Halimi, dénonce le monde de la finance, la corruption des élus, la trahison de l’idéal démocratique américain et se fait l’avocat des paysans, des ouvriers et des petits producteurs.

Dans Le seul et vrai paradis (Champs-Flammarion, 2002), rédigé en 1991, Lasch fait remonter les prémices du populisme à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, avec des penseurs aussi divers que Ralph Waldo Emerson, William Cobbett, Orestes Brownson voire Thomas Paine, et dans «une certaine tradition qui se distingue par son scepticisme quant aux bénéfices du progrès commercial, et plus particulièrement par la crainte que la spécialisation sape les fondations sociales de l’indépendance morale». Dans La Révolte des élites, il prolonge l’histoire du populisme jusqu’au mouvement antiraciste des droits civiques des années 1960, mené par Martin Luther King. Pour le sociologue, «un peuple rabaissé s’est métamorphosé en citoyens actifs, fiers d’eux-mêmes, qui, tout en défendant leurs droits constitutionnels, ont atteint une dignité nouvelle».

Lasch voit dans le populisme à la fois un mode de contestation du capitalisme, mais également un retour au républicanisme caractérisé par un attachement aux traditions et aux vertus de la communauté, une défense de l’autonomie des individus et un certain sens des limites. Dans La révolte des élites, il explique que la promotion du «principe du respect» et de la responsabilisation des individus sont les conditions sine qua non au rétablissement d’un vrai civisme. Les règles communes doivent s’enraciner «dans le sens commun du peuple au lieu de l’être dans les idéologies qui séduisent les élites». Enfin, selon lui, «en s’approchant en gros de l’égalité économique», «le populisme est la voie authentique de la démocratie», car «une société démocratique ne peut autoriser une accumulation illimitée du capital». Pour cela, il faut «limiter le champ du marché et le pouvoir des grandes compagnies sans les remplacer pour une bureaucratie étatique centralisée» et rétablir des institutions permettant un vrai débat pluraliste. Lasch perçoit dans ces solutions un moyen de mettre fin à la nostalgie d’un passé idéalisé, au ressentiment et à l’individualisme qui gangrènent notre société.

Anticipant la déliquescence de nos démocraties, l’œuvre de Lasch reste plus que jamais d’actualité. Avec La révolte des élites, l’Américain a tenté de nous avertir que le pire pourrait arriver si rien ne changeait. Il a également tenté de tracer une voie de sortie de crise. Malgré un constat très sombre, le sociologue ne versait pas pour autant dans une forme de pessimisme et croyait que l’espoir était une vertu qui permettait de se battre.

Voir aussi:

« Pour Christopher Lasch, l’alternative au capitalisme destructeur est un populisme vertueux »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le professeur Renaud Beauchard consacre un essai stimulant à l’inclassable sociologue américain Christopher Lasch. Il montre comment le penseur avait su démasquer les impostures de notre temps et présente l’issue que Lasch recommandait, celle d’un républicanisme civic conscient des limites qui s’imposent à l’homme.


Renaud Beauchard est professeur associé à l’American University Washington College of Law à Washington, DC. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier Christopher Lasch. Un populisme vertueux, vient de paraître aux éditions Michalon.

Historien et sociologue américain connu pour sa critique du progrès, Christopher Lasch (1932-1994) a publié notamment La Culture du narcissisme, Le Seul et Vrai Paradis: Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques et La Révolte des élites et la trahison de la démocratie, tous trois traduits en français aux éditions Climats.


LE FIGARO.- Vous consacrez un essai à l’historien et sociologue Christopher Lasch, connu pour sa critique fondamentale du progressisme. Qu’est-ce que reproche Lasch à l’idée de Progrès?

Renaud BEAUCHARD.– Lasch concevait le progrès comme le chas d’aiguille par lequel la rationalité abstraite du capitalisme est venue envahir tous les aspects de notre existence pour nous placer en état de banqueroute émotionnelle. Selon lui, l’idée de progrès se caractérise par deux composantes appartenant indissolublement à la même séquence historique engagée depuis le XVIIIe siècle. D’un côté, il implique la levée de la condamnation morale de l’insatiabilité des désirs humains en tant que garantie de l’émancipation des liens de dépendance étroits des communautés familiales, claniques, villageoises ou de quartier, qui corsetaient ces désirs. De l’autre, cette offensive contre toutes les formes d’autorité traditionnelle, qui encourageait, tout au moins au début, l’esprit critique et l’émancipation individuelle, s’est trouvée accompagnée de la création d’un marché universel de marchandises censé garantir le développement d’un progrès technique sans horizon temporel limité et l’accès de tous à un éventail de choix jadis réservé aux privilégiés. Mais, par une ruse de la raison, loin d’aboutir à un raffinement sans cesse croissant des goûts et des plaisirs, les effets de ce marché universel furent au contraire un rétrécissement de l’imaginaire émancipateur et une homogénéisation des modes de vie dans une société de plus en plus soumise au règne de l’abstraction capitaliste.

Lasch concevait le progrès comme le chas d’aiguille par lequel la rationalité abstraite du capitalisme est venue envahir tous les aspects de notre existence.

En conclusion, le progrès a produit une catastrophe anthropologique en sécrétant un type de personnalité, le Narcisse, un type d’être à la mentalité servile et foncièrement dépendant du marché – nourricier- à la consommation. En somme, c’est sur la pente d’une nouvelle société hétéronome que nous a conduits le progrès.

Quelles sont les caractéristiques de cette nouvelle personnalité issue des sociétés progressistes?

La culture du narcissisme est une métaphore de la situation de l’individu contemporain aux prises avec un monde qu’il ne comprend plus et dont l’effondrement ne cesse de le préoccuper quotidiennement. Comme l’enfant en bas âge qui développe des défenses inconscientes contre les sentiments de dépendance impuissante de la petite enfance, au moment où celui-ci réalise qu’il est séparé de son environnement et que les êtres qui l’entourent sont dotés d’une existence séparée de la sienne et frustrent ses désirs autant qu’ils les satisfont, Narcisse est inconsciemment tenté de se réfugier dans un déni de la réalité du monde extérieur qui peut prendre deux formes: soit une tentative de retour à un sentiment primitif d’union avec le monde (symbiose régressive ou fusion avec la nature du gnosticisme New Age), soit une illusion solipsiste d’omnipotence qui procède d’un refus de reconnaître la moindre limite à sa toute-puissance et dégénère dans le solutionisme technologique pour paraphraser Evgueni Morozov. La culture du narcissisme fait donc référence à la culture sécrétée par la société, la façon dont les institutions (la famille, l’école, la psychothérapie, la justice, le journalisme etc.) se spécialisent dans la production de la personnalité narcissique en tout point nécessaire au capitalisme contemporain et qui le soutient en retour.

Il faut bien se garder d’analyser le narcissisme comme une affirmation du moi, mais au contraire, comme un moi minimal, «un moi de plus en plus vidé de tout contenu, qui est venu à définir ses buts dans la vie dans les termes les plus restrictifs possible, en termes de survie pure et simple, de survie quotidienne.». Il s’agit d’une véritable aliénation au sens où l’entend Renaud Garcia, d’«une forme totale de dépossession de la subjectivité vivante, qui intervient lorsque les différents «savoirs de la vie» [aimer, dialoguer, habiter, manger, cuisiner, jouer, se soigner etc.] se trouvent transférés sur un plan abstrait, où seule compte la logique d’accumulation de la valeur en fonction de procédures techniques normées» (indicateurs de performance, bilan de santé etc.). Ainsi, tout comme le travailleur de l’industrie a été resocialisé pour que la belle ouvrage n’existe plus dans sa conscience, pour qu’il perde de vue le rapport entre la tâche qu’il accomplit dans le processus de production et le résultat final et n’ait plus à se soucier que du regard du contremaître ou des moyens d’enregistrement de plus en plus sophistiqués de sa performance, l’individu contemporain est exproprié de sa capacité à faire usage de ses sens pour trouver la moindre cohérence au monde qui l’entoure. Le narcissisme est donc l’appauvrissement de la vie intérieure qui survient après l’effondrement du monde commun.

Quelle est la conséquence de cette «culture du narcissisme»?

La conséquence la plus problématique de l’apparition de ce type de personnalité réside dans le déclin du surmoi entraîné par la dévalorisation des figures traditionnelles de l’autorité et son remplacement par une forme de surmoi archaïque et sévère qui n’est plus tempéré par des figures des parents, de la famille élargie ou du quartier auxquelles l’individu peut s’identifier. Narcisse intègre directement dans sa psyché la figure de l’État surpuissant en guise de représentation de l’autorité et celle du marché nourricier à la consommation en tant que représentation de l’amour. De façon encore plus dérangeante, la disparition du surmoi convoque une violence autrefois enfermée dans des rituels, comme l’ont très bien montré l’affaire Weinstein et les tueries de masse qui ponctuent l’actualité .

Lasch a parlé de «révolte des élites». Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il entendait par là?

S’inspirant de La révolte des masses d’Ortega Y Gasset, Lasch estimait que les élites technocratiques contemporaines présentent les mêmes traits que ceux qu’Ortega avait identifiés chez l’homme de masse: optimisme béat dans l’avenir d’un monde promettant toujours plus d’abondance matérielle, culte de la forme physique, haine mortelle de tout ce qui n’est pas lui-même, incapacité d’émerveillement ou de respect, obsession de la santé mentale…

Selon Lasch, l’apparition de ces nouvelles élites est l’aboutissement du choix funeste qu’a fait l’Amérique, dès la fin du XIXe siècle lorsque, se convertissant au salariat, elle a abandonné l’idéal d’une société sans classe, reposant sur la propriété individuelle des moyens de production et l’idéal d’individus aptes à l’autogouvernement, au profit de la mobilité sociale ascendante et la méritocratie, reposant sur la maîtrise du savoir. Lasch voyait en effet dans le salariat l’institution qui séparait le savoir, désormais devenu le monopole d’une «minorité civilisée», de la vie ordinaire et partant, consacrait le renoncement à un idéal de démocratisation de l’intelligence. En somme, il s’agissait de la répétition au Nouveau Monde des systèmes de dépendance européens que les colons avaient fui en choisissant l’émigration.

Les élites placées du bon côté de ces cartes rebattues n’ont alors eu de cesse de refaçonner les institutions (administration publique, éducation et enseignement supérieur, services sociaux, journalisme, bureaucratie des grandes entreprises, définition du succès social etc.) dans le sens d’un séparatisme croissant entre elles et le reste de la population jusqu’à aboutir à deux mondes hermétiquement cloisonnés par des diplômes, des codes culturels abstraits et sans cesse changeants, et de plus en plus géographiquement ségrégués (les communautés de succès situées le long des côtes et l’Amérique au milieu avec des zones tampons en périphérie des grands centres urbains). Dénonçant «l’esprit de clocher» de cette élite mondialisée repliée sur elle-même, Lasch distingue ses premiers signes de sécession dès la conclusion de l’ère «progressiste» (1880-1920), lorsqu’elle a commencé à entretenir vis-à-vis des classes populaires une sorte de posture de ressentiment, allant du style de la satire sociale et anthropologique initié par H.L. Mencken dans les années 1920, dans lequel l’intellectuel «libéral» se pensait comme le représentant d’une «minorité civilisée», traitant la vox populi comme le «braiment d’un âne», jusqu’à Hillary Clinton et son «ramassis d’abrutis» (basket of deplorables). L’exemple le plus frappant de cette séparation est sans doute donné par Thurman Arnold, le grand juriste du New Deal, qui encourageait à penser l’État providence sur le modèle d’un asile d’aliénés devant traiter les gouvernés comme des «malades mentaux», et qui encourageait les administrateurs à prendre des décisions pour eux sans égard à «leurs effets sur le caractère des bénéficiaires».

Vous définissez de «populisme vertueux» l’alternative, fondée sur un renouvellement de la tradition du républicanisme civique, proposée par Lasch, à la modernité libérale. En quoi «populisme» et «vertu» sont-ils dans l’esprit de Lasch, liés?

Tout comme, paraphrasant Castoriadis, «le capitalisme n’a pu fonctionner que parce qu’il a hérité d’une série de types anthropologiques [et de valeurs] qu’il n’a pas créés et n’aurait pas pu créer lui-même», Lasch estime que la modernité libérale a vécu à crédit sur un capital emprunté à une vieille tradition de Républicanisme civique héritée d’Aristote, des cités italiennes du Moyen Âge et de la Renaissance et qui tenait le haut du pavé au moment de la fondation de la nation américaine. Elle postule que la liberté politique ne se résume pas à de bons arrangements institutionnels mais exige aussi des bonnes mœurs, c’est-à-dire des citoyens dénués d’une mentalité servile et aptes à former des communautés autogouvernées. Or, en fondant une société indifférente au «caractère» de l’individu démocratique, la logique libérale a invalidé tout autre contenu éthique que la tolérance et a fini par rendre impossible tout questionnement public sur les qualités intrinsèques de l’individu démocratique et ce qu’est un mode de vie démocratique. Il en résulte «une forme rudimentaire de vie commune incompatible avec les ambitions élevées des pères fondateurs d’hommes capables de se gouverner eux-mêmes», un «souci obsessionnel de l’estime de soi» et une «approche touristique de la morale» fondée sur un culte de la victime.

Seule une tradition «populiste» comprenant les mouvements de petits producteurs de la seconde moitié du XIXe siècle en lutte contre le salariat, les premiers mouvements féministes et le mouvement des droits civiques ont tenté de perpétuer une conception exigeante de la démocratie faisant des valeurs de gratification différée, d’esprit de sacrifice, d’éthique protestante, d’ardeur au débat, etc., sur lesquelles étaient basées le respect de soi, les piliers de la démocratie américaine. Mais tout comme la destruction créatrice a fini par avoir raison du seul type anthropologique créé par le capitalisme, l’entrepreneur schumpetérien, l’éthique de la tolérance, en prônant un droit de tous sur tout, a entraîné la dégénérescence de la culture de l’individualisme compétitif dans la recherche effrénée de plaisir psychique pour nous ramener au point de départ que la modernité s’est employée à conjurer: la guerre de tous contre tous. Face à cette situation, Lasch en appelle à une revalorisation de la conception populiste de la démocratie fondée sur le respect, valeur ancrée dans l’héritage civique, «que nous éprouvons en présence de réussites admirables, de caractères admirablement formés, de dons naturels mis à bon usage» et qui implique «l’exercice d’un jugement discriminant et non d’une acceptation indiscriminée».

Quelle place tient la culture protestante dans ce populisme vertueux? Est-il possible de renouer avec cet esprit dans une société fermée à toute forme de transcendance?

Lasch n’a jamais fait mystère de sa dette envers l’héritage protestant et l’étude de la théologie protestante dans la formulation de sa philosophie de l’espérance. Ce que lui ont apporté des théologiens comme Jonathan Edwards ou Reinhold Niebuhr, et des penseurs comme Emerson ou William James peut être résumé dans l’idée que l’espérance est la prédisposition mentale de ceux qui persistent à vouloir croire, envers et contre tout, dans l’infinie bonté de la vie, même en présence des preuves du contraire, et «dans la justice, la conviction que l’homme mauvais souffrira, que les hommes mauvais retrouveront le droit chemin, que l’ordre qui sous-tend le cours des évènements n’a rien à voir avec l’impunité».

Et il n’est pas anodin que, se sachant condamné, Lasch ait consacré les deux derniers chapitres de son dernier livre à la religion dans lesquels il rappelle que, face à l’hybris technologique et l’illusion de la maîtrise totale, seule une vision religieuse de l’existence nous rappelle à notre nature divisée d’être «dépendant de la nature et en même temps incapable de la transcender», d’ «humanité oscill[ant] entre une fierté transcendante et un sentiment humiliant de faiblesse et de dépendance». À l’opposé de l’obsession de la certitude au détriment de la réalité du monde des démiurges de la Silicon Valley ou des gnostiques New Age, Lasch écrit que c’est «à la croyance douillette d’une coïncidence entre les fins du Tout-Puissant et nos fins purement humaines que la foi religieuse nous demande de renoncer». Seul ce sens des limites peut nous amener à réinvestir le monde par une «activité pratique qui lie l’homme à la nature en qualité de cultivateur soigneux». En d’autres termes, en fondant une éthique de l’attention au monde, comme nous y exhorte Matthew Crawford, sans doute le continuateur le plus juste de l’œuvre de Lasch.

Lasch est mort en 1994. Y avait-il dans ses écrits quelque prescience de l’émergence d’un populisme trumpiste qui serait le retour de balancier du progressisme et de la sécession des élites?

Lasch avait très bien analysé avant la lettre le phénomène Trump au travers de la nouvelle droite, ou conservatisme de mouvement, incarnés successivement par Barry Goldwater ou Reagan. Tout comme ces derniers, Trump est parvenu à formuler un récit bien plus cohérent qu’il n’y paraît à partir de questions comme la crise des opiacés, les délocalisations, l’immigration, la menace chinoise et à s’en servir pour «diriger le ressentiment “petit bourgeois” à l’endroit des riches vers une “nouvelle classe” parasitaire constituée par des spécialistes de la résolution des problèmes et des relativistes moraux», afin d’en appeler aux «producteurs de l’Amérique» à se mobiliser autour de leur «intérêt économique commun» pour «limiter le développement de cette nouvelle classe non productive, rapace».

Ainsi, concluait Lasch, le grand génie de la nouvelle droite était d’avoir retourné à son profit «les classifications sociales imprégnées de la tradition populiste – producteurs et parasitaires- et à les mettre au service de programmes sociaux et politiques directement opposés à tout ce que le Populisme avait toujours signifié». La différence est que Reagan est arrivé à la Maison Blanche au début de la contre-révolution monétariste, qui inaugurait la spécialisation de l’économie US dans le recyclage des surplus de la planète, alors que Trump arrive à un moment ou cette politique ininterrompue depuis la fin des années 1970 ne laisse qu’un champ de ruines, ce qui explique leurs divergences sur la question du commerce international. L’élection de Reagan était concomitante de l’entrée des États-Unis dans la période d’exubérance financière que connaissent tous les centres de l’économie-monde lorsqu’ils entament une phase de financiarisation, alors que celle de Trump est intervenue près de 10 ans après le début de la crise terminale de ce que Giovanni Arrighi appelait le long vingtième siècle ou siècle américain. Mais sur le fond, Trump n’est qu’un avatar actualisé de Reagan, allant d’ailleurs jusqu’à reprendre exactement le même slogan que ce dernier dans sa campagne victorieuse de 1980.

Comment est-reçu Lasch aujourd’hui aux États-Unis? Le mouvement «sanderiste» qui prône le retour à une forme de socialisme démocratique, l’invoque-t-il?

Récupéré sélectivement par des idéologues aux marges du parti républicain, comme Steve Bannon, qui a fait de La révolte des élites un de ses livres de chevet, Lasch est pour l’essentiel absent du paysage intellectuel engagé à gauche, à l’exception de The Baffler dans lequel officient des auteurs comme George Scialabba ou Thomas Frank. Il est tout aussi ignoré par les mouvements regroupés autour de Sanders, en raison de sa critique du progrès, qui le rend inaudible à leurs oreilles, et de leur tropisme en faveur d’une social-démocratie scandinave. C’est regrettable, car Lasch incarne un vrai socialisme à l’américaine, une sorte de proudhonisme américain, qui exhorte la gauche à chercher à s’allier, non pas avec les «médias de masse et les autres entreprises d’homogénéisation culturelle, ni avec la vision d’une société sans pères, et sans passé […] mais avec les forces qui, dans la vie moderne, résistent à l’assimilation, au déracinement et à la “modernisation forcée”». Mais, paraphrasant Simon Leys à propos d’Orwell, la gauche américaine, en persistant dans sa béatitude progressiste et sa perception simpliste et commode du capitalisme comme un système patriarcal, vertical et autoritaire, ne fait au fond que reproduire avec Lasch les mêmes erreurs qui l’ont poussée régulièrement à se laisser scandaleusement confisquer ses plus puissants penseurs.

Voir également:

Contre nos élites et pour la démocratie : le populisme selon Christopher Lasch
Laurent Ottavi
Revue des deux mondes
16 mai 2018

Vingt-trois ans après sa parution, la Révolte des élites¹ (1995) de l’historien Christopher Lasch constitue toujours une grille d’analyse pertinente pour décrypter le malaise dans la démocratie américaine et, plus généralement, dans les nations occidentales. D’où ses rééditions successives. L’élection de Donald Trump, revanche de cette « Amérique du milieu » brocardée par les élites vivant sur les côtes du pays, a été analysée comme une victoire du populisme par les médias occidentaux. De même que le Brexit. Les dix plaies d’Égypte ont été promises à ces mal-votants accusés de faire leur propre malheur.

Le populisme, pourtant, n’est pas qu’une injure pour caractériser ce qui soulève « les bas instincts du peuple » contre les élites, prétendument rationnelles et éclairées, et qui sont, en réalité, déconnectées des préoccupations populaires. Christopher Lasch, en prenant appui sur l’histoire du populisme, le considère comme la « voie authentique de la démocratie » au sens où il est le moyen d’accomplir l’idéal américain d’une société sans classes. Un livre indispensable pour comprendre le monde contemporain.


Le danger ne viendrait plus d’ »en bas », mais d’ »en haut ». Plus d’un demi-siècle après la publication de la Révolte des masses du grand philosophe espagnol Ortega Y Gasset, l’historien et sociologue américain Christopher Lasch (1932-1994) écrit son grand livre-testament, la Révolte des élites ou la trahison de la démocratie (1995). « Naguère, estime-t-il, c’était “la révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses ».

Les travaux de Christopher Lasch ont précédemment porté sur l’histoire de la famille et des femmes², le progressisme, la consommation de masse et le populisme américain, tradition politique dont il se réclame. Ils ont surtout été portés à l’attention du public français par le philosophe Jean-Claude Michéa qui, comme Christopher Lasch, met l’accent dans son œuvre sur l’unité du libéralisme³.

« Dans leurs livres, Christopher Lasch et, après lui, Jean-Claude Michéa – s’en sont pris à la gauche, et à la matrice dont elle est issue, la philosophie des Lumières. »

Libéralisme économique et libéralisme culturel sont les deux faces d’une même monnaie. Les libertaires favorables à l’extension infinie des droits individuels et à la destruction des « structures » traditionnelles (famille, nation) font le jeu du libéralisme économique, puisque celui-ci se déploie sur et par la dilution des sentiments d’appartenances (nation, famille, corporations) qui laisse l’individu isolé. À l’inverse, la recherche permanente du profit amène à marchandiser ce qui, dans la philosophie kantienne, ne devait pas l’être dans la mesure où l’objet avait une dignité – Pour Emmanuel Kant, « tout a un prix ou une dignité » alors que pour Adam Smith « tout a un prix ». Le marché, quand il n’est pas contenu, fait partout son intrusion et remodèle les structures selon ses besoins.

Dans leurs livres, Christopher Lasch et, après lui, Jean-Claude Michéa – s’en sont donc logiquement pris à la gauche⁴, et à la matrice dont elle est issue, la philosophie des Lumières dont le programme d’émancipation individuelle par la Raison universelle se fait au mépris de la tradition.

Un livre très dense

L’ouvrage est divisé en trois grandes parties. Le style y est simple, agréable et direct, exceptions faites de quelques passages très lourds en citations d’ouvrages.

– « L’intensification des divisions sociales »⁵. Le détachement aussi bien social, économique que géographique, qui est aujourd’hui celui des élites par rapport aux modes de vie et aux préoccupations populaires, met en péril la démocratie américaine. La méritocratie leur sert à justifier leur pouvoir et leur isolement. Le populisme, au contraire, offre selon Christopher Lasch une alternative à la fois à l’État-providence et au Marché. Il s’appuie sur les communautés, fondements de la démocratie américaine, plutôt que sur les individus.

– « Le déclin du discours démocratique »⁶. La vie civique est détériorée parce que l’ »art de la controverse » a été perdu : le journalisme est devenu « objectif », le milieu universitaire s’est coupé du réel et l’école a été isolée de ce qui enflamme les imaginations (religion, politique). Les lieux-tiers comme les quartiers, situés entre la famille et le monde extérieur, ont subi les assauts du marché et les intrusions de l’État.

– « L’âme dans sa nuit obscure »⁷ est la partie la plus complexe du livre. La religion est reléguée dans la « coulisse du débat public », ce qui signifie pour Christopher Lasch la sécularisation des États-Unis. Les élites américaines estiment que notre époque est sortie de l’enfance de l’humanité, associée à la religion – elle-même confondue avec la superstition. Elles se signalent par leur refus des limites. Elles vivent dans l’ »illusion de la maîtrise » de son destin et du monde. Substituts à la religion, la psychanalyse – bien qu’utilisée par Christopher Lasch dans ses travaux⁸ -, la médecine contemporaine qui promet de guérir tous les maux, ou encore la politique multiculturaliste, souhaitent toutes en finir avec la honte et la culpabilité au nom de « l’estime de soi ». La maladie a remplacé le péché dans la nouvelle « religion » des élites qui ne mérite pas ce nom. Christopher Lasch préfère la désigner comme un « pharisianisme laïc ».

La survie de la démocratie en question

Un tel plan rend parfois difficile la distinction entre ce qui relève de la cause, de la conséquence ou du symptôme. Le sous-titre de la Révolte des élites clarifie davantage le propos : « la trahison de la démocratie ». C’est le sujet central de cet essai⁹, ouvert par une introduction qui donne elle aussi le ton : « malaise dans la démocratie », en référence bien sûr au Malaise dans la civilisation de Freud. La révolte des élites s’inscrit dans le prolongement des précédents travaux de l’auteur, parmi lesquels Le seul et vrai Paradis10, ouvrage contre l’idéologie du Progrès.

Comme Christopher Lasch l’écrit lui-même : « d’une façon ou d’une autre, l’essentiel de mes travaux récents tourne autour de la question de l’avenir possible de la démocratie ». La parution de La révolte des élites est postérieure à la théorie de Francis Fukuyama selon laquelle la chute de l’URSS acte la fin de l’Histoire et provoquerait l’extension du modèle de la démocratie libérale au monde. Plutôt que de réfléchir à l’extension ou non de ce modèle, Christopher Lasch interroge cette démocratie américaine telle qu’elle est ou, plutôt, telle qu’elle est dévoyée à ses yeux, en s’appuyant sur la tradition états-unienne (les Pères fondateurs, le populisme, Abraham Lincoln etc.).

« Christopher Lasch décrit le “fatal éloignement du côté physique de la vie” des classes intellectuelles. »

La thèse de Christopher Lasch – le lecteur s’en rend très rapidement compte – s’applique aussi à l’Europe occidentale. Le constat fait par l’historien au début de son essai nous est familier : « le déclin de l’activité industrielle et la perte d’emplois qui en résulte ; le recul de la classe moyenne ; l’augmentation du nombre des pauvres ; le taux de criminalité qui monte en flèche ; le trafic de stupéfiants en plein essor ; la crise urbaine ». Il n’est pas anodin que l’on ait parlé de révolte des peuples contre les élites quand les partisans du Brexit ont gagné le référendum, et après l’élection de Donald Trump – la géographie électorale a alors montré combien les votes étaient corrélés au niveau de diplômes.

La trahison des élites est une expression qui a aussi servi à qualifier la ratification en 2007 par les parlementaires français du traité de Lisbonne, alors que le projet pour une Constitution européenne (TCE) avait été rejeté par référendum en 2005. Le taux d’abstention aux élections est aussi compris comme un détachement des élites des préoccupations des gens ordinaires, soit exactement l’analyse faite par Christopher Lasch dans son livre. « Jamais, selon lui, la classe privilégiée n’a été aussi dangereusement isolée de son environnement ». Il décrit le « fatal éloignement du côté physique de la vie » des classes intellectuelles. « Leur seul rapport avec le travail productif, déplore Christopher Lasch, est en tant que consommateur ».

« L’ambition politique défendue dans son livre correspond à ce qui est d‘après lui l’idéal originel américain d’une société sans classe. »

L’historien et sociologue définit ces élites comme les personnes qui « contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignements supérieurs (…) gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public » (directeurs de journaux, hommes politiques, dirigeants de grandes entreprises, universitaires etc.). Elles travaillent aussi bien dans le public que dans le privé et concentrent les avantages financiers, d’éducation et de pouvoir. La bourgeoisie aisée constitue le cœur de ces élites.

Pour l’ancien marxiste qu’est Christopher Lasch, la lutte des classes est encore une réalité. L’ambition politique défendue dans son livre correspond à ce qui est d‘après lui l’idéal originel américain d’une société sans classe. Il est étonnant, néanmoins, de ne pas trouver dans cet essai un long développement sur ce que Jacques Ellul, l’un des « maîtres » de Christopher Lasch, appelait le « système technicien »¹¹. L’historien et sociologue, dans son analyse, met bien plus l’accent sur les modes de vie et les évolutions urbaines.

Christopher Lasch contre Ortega Y Gasset ?

Les caractéristiques que Christopher Lasch associe aux élites américaines sont proches de celles qu’Ortega Y Gasset attribuait à l’« homme-masse ». Le philosophe espagnol le portraitise comme un homme satisfait de lui, conformiste, vulgaire, fermé à la transcendance et incapable de se dépasser. Il est haineux envers ce qui n’est pas comme lui. L’homme-masse ne songe qu’à son « bon plaisir ». La recherche du bien-être l’emporte chez lui sur le besoin que peut ressentir tout homme de dévouer sa vie à un idéal. L’homme-masse est l’« enfant gâté de l’histoire humaine » puisqu’il connaît une sécurité et une abondance inconnues des siècles passés – ou strictement réservées à un petit nombre – sans témoigner de gratitude à l’égard de ceux qui l’ont précédé et qui ont donc rendu possible le confort matériel dont il jouit.

En opposant dans son livre la révolte des masses à la révolte des élites, Christopher Lasch commet cependant un raccourci excessif. Ortega Y Gasset prend soin de souligner que « l’homme-masse » désigne « une manière d’être », celle de l’homme moyen, médiocre, « qui se manifeste aujourd’hui dans toutes les classes sociales », et non pas strictement dans les classes les plus pauvres. Le philosophe considère d’ailleurs que le « barbare spécialiste » est un homme-masse.

« La “révolte des masses” telle qu’Ortega y Gasset l’entendait et la “révolte des élites” telle qu’elle est pensée par Christopher Lasch ne sont pas deux thèses strictement opposées. »

« Reclus dans l’étroitesse de son champ visuel », « ce savant-ignorant » n’est pas intelligent au sens où il ne sait pas relier les choses entre elles. Il  « ignore complètement, écrit Ortega Y Gasset, tout ce qui n’est pas dans sa spécialité ». De même, dans la Révolte des masses, « l’homme d’élite » ou « homme-minorité » n’est pas celui qui se trouve « en haut » de l’échelle sociale, mais celui pour qui « noblesse oblige ». Singulier, il a le sens de l’héritage, du tragique et de l’effort sans lesquels il n’est pas de civilisation possible.

La « révolte des masses » telle qu’Ortega y Gasset l’entendait et la « révolte des élites » telle qu’elle est pensée par Christopher Lasch ne sont donc pas deux thèses strictement opposées. Christopher Lasch, dans sa démonstration, se permet quelques simplifications commodes pour introduire et rendre plus facilement compréhensible son argumentation.

Les modes de vie plus que l’idéologie

Les élites américaines ciblées par Christopher Lasch se définissent moins par leur idéologie, que par leur mode de vie distinctif. Sans vision politique commune, elles ne peuvent pas, d’après lui, être qualifiées de « classe dirigeante ». Elles cherchent moins à commander qu’à « échapper au sort commun » et à la « vie commune ». Elles vivent repliées sur elles-mêmes.

Alors qu’ils contribuaient auparavant – souvent de façon intéressée, certes- au financement des équipements de la communauté (bibliothèques, hôpitaux, universités etc.), les 20% les plus riches de la population se rendent aujourd’hui indépendants « non seulement des grandes villes industrielles en pleine déconfiture », du fait notamment de la globalisation, « mais des services publics en général », qu’ils n’utilisent plus. Ils investissent en masse dans l’éducation et l’information plutôt que dans la propriété. Leur argent leur permet de se constituer des ghettos volontaires : ils monopolisent les collèges et universités les plus célèbres où est encore transmise la culture humaniste et ils ont recours à des services de ramassage de déchets ainsi qu’à des sociétés de sécurité privées.

« En se disant “citoyens du monde”, les élites séparent la citoyenneté de la nationalité et se déchargent de leurs obligations civiques. »

Coupées de la solidarité nationale économique (la fraude fiscale des entreprises dites « multinationales » en est un exemple), les élites le sont aussi de la solidarité politique. La plupart des personnes qui font partie des élites ont « cessé de se penser américains » ou de se sentir « impliquées dans le destin de l’Amérique pour le meilleur et pour le pire ». Le sujet central du livre de Christopher Lasch, la démocratie, se confond en fait en bonne partie avec celui de la nation, dont les élites pensent qu’elle est un cadre obsolète et contraignant.

Un tel détachement des élites, de la nation et du peuple, implique une dangereuse déresponsabilisation. Il en est la cause directe. « Nous apprenons à nous sentir responsable d’autrui, écrit en effet Robert Reich cité par Christopher Lasch, parce que nous partageons avec eux une histoire commune, un destin commun ». Comme l’homme-masse de Ortega y Gasset, les élites sont inconséquentes à l’égard des générations futures, elles exigent des droits plutôt que d’être exigeantes envers elles-mêmes. En se disant « citoyens du monde », elles séparent la citoyenneté de la nationalité et se déchargent donc de leurs obligations civiques.

« La philosophe Chantal Delsol a montré dans son essai, Le populisme, les demeurés de l’histoire, combien les élites actuelles considèrent les classes populaires comme des “idiots” au sens grec du terme. »

La fracture sociale décrite et analysée par l’auteur est aussi une fracture géographique. Aux yeux des élites, qui vivent majoritairement sur les côtes du pays, l’« Amérique du milieu », est un fardeau obscurantiste, rétrograde car rétif à l’esprit émancipateur des Lumières, en tout cas à l’idée qu’elles s’en font. La philosophe Chantal Delsol a montré dans son essai, Le populisme, les demeurés de l’histoire¹², combien les élites actuelles considèrent les classes populaires comme des « idiots » au sens grec du terme, c’est-à-dire enfermées dans le particulier, incapables de s’élever à la Raison universelle.

Si les élites s’emploient à « créer des institutions parallèles ou alternatives », c’est parce qu’elles ne cherchent pas à « imposer leurs valeurs à la majorité (qu’elles perçoivent comme incorrigiblement raciste, sexiste, provinciale et xénophobe) » et « encore moins à (la) persuader au moyen d’un débat public rationnel » (puisque la majorité, selon les élites, n’est pas raisonnable ni rationnelle). Ici est la limite de leur optimisme progressiste. La vie de la majorité n’en est pas moins, évidemment, bouleversée par les décisions prises par les élites politique, médiatique, universitaire et économique.

Une vision touristique du monde

Christopher Lasch qualifie de « touristique » la vision du monde des élites qu’il décrit. « Ce qui, ajoute-t-il, a peu de chances d’encourager un amour passionné pour la démocratie ». Leur idéal est celui de la mobilité. Elles se meuvent dans les réseaux internationaux, plutôt qu’elles ne s’inscrivent dans des lieux. « Jamais, souligne l’auteur, la réussite n’a été plus étroitement associée à la mobilité ». Elles participent ainsi, malgré elles, à faire surgir en réaction ce que Christopher Lasch appelle un nouveau « tribalisme ». Vingt ans après la parution de la Révolte des élites, ce constat est plus vrai que jamais. Les infra-nationalismes, dont la Catalogne est une des illustrations, relèvent de ce même processus de fragmentation. En revanche, Christopher Lasch est aveugle face au danger de l’islamisme. Il le sous-estime très clairement. Le 11 Septembre 2001 n’a pas encore eu lieu.

« Christopher Lasch a ce mot terrible : “nous sommes devenus aujourd’hui une nation de minorités”. »

S’il relativise exagérément le danger islamiste, Christopher Lasch s’inquiète cependant du multiculturalisme promu par les élites. Elles en ont une image là aussi touristique, celle du « bazar » qui met à leur portée les vêtements et cuisines les plus diverses du monde. Une telle conception biaise leur approche de la démocratie.

L’État, selon les élites, a pour mission de démocratiser « l’estime de soi ». Des mesures dites « tolérantes », comme la discrimination positive, sont prises au nom de la diversité pour réparer le préjudice qu’auraient subi dans l’histoire les minorités, qu’elles soient ethniques ou sexuelles. Le « sociétal » efface les rapports de classe. Selon Christopher Lasch, une telle politique déresponsabilise et assiste ces minorités au lieu de les inciter à gagner « le respect ». Elle favorise la formation de parodies de communautés, caractérisées par un « entre-soi » sectaire. Des critères comme l’ethnie et le sexe y conditionnent les opinions. Si une personne en dévie, elle devient un traître à sa cause – elle est par exemple accusée de « penser blanc ». Christopher Lasch a ce mot terrible : « nous sommes devenus aujourd’hui une nation de minorités ». Il note très justement que ces communautés, substituts pour la gauche à la classe ouvrière, « ne cherchent plus à transformer révolutionnairement les rapports sociaux mais à intégrer les structures dominantes ».

Des élites libérales

Ladite classe ouvrière a été sacrifiée sur l’autel du libéralisme promu par les élites américaines. Elles sont libérales, dans les deux sens du mot : pour la marchandisation croissante du monde et pour une prétendue « libération » sur le plan des mœurs. Un tel programme idéologique affaiblit l’État-nation « par le haut », au sens où par exemple la globalisation transfère le pouvoir du politique vers les multinationales, et par « le bas », les discours différentialistes générant du communautarisme.

La fragilisation de l’État-nation provoque, d’une part, une unification du monde par le marché et le droit, et, d’autre part, une fragmentation identitaire et ethnique. Christopher Lasch estime qu’elle est profondément liée à l’effondrement de la classe moyenne13, sans laquelle il n’y aurait pas eu d’État-nation. C’est pourquoi ce qu’il reste de la classe moyenne aux États-Unis, au moment où Christopher Lasch écrit, est l’ « élément le plus patriote, pour ne pas dire chauvin et militariste de la société ».

[1] LASCH (Christopher), La révolte des élites ou la trahison de la démocratie (The Revolt of the Elites : And the Betrayal of Democracy), Flammarion, Paris, 2007. Le livre a initialement été traduit en France en 1996 aux éditions Climats.
[2] Les Femmes et la vie ordinaire, Amour, mariage et féminisme, Climats, 2006. Un refuge dans ce monde impitoyable : la famille assiégée, François Bourin Editeur, 2012.
[3] Parmi les ouvrages de Jean-Claude Michéa : Orwell, anarchiste tory, Climats, Paris, 2008 ; Impasse Adam Smith, brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Flammarion, 2010 ; Notre ennemi, le capital, Flammarion, Paris, 2017.
[4] Christopher Lasch critique la new left, la nouvelle gauche américaine dans Le moi assiégé, Climats, 2008. Voir aussi : LASCH (Christopher), The Agony of the American Left, Knopft, 1969. Concernant Jean-Claude Michéa, voir notamment : Les mystères de la gauche, de l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, Climats, 2013.
[5] Constitué des chapitres : « La révolte des élites », « Opportunités dns la terre promise : mobilité sociale ou démocratisation de la compétence ? », « La démocratie mérite-t-elle de survivre ? », « Communautarisme ou populisme ?“, “Ethique de la compassion et éthique du respect ».
[6] « La conversation et les arts de la cité », « Politique et race à New York : la remise en cause des critères communs », « Les écoles pour tous ; Horace Mann et la guerre à l’imagination », « L’art perdu de la controverse », « Le pseudo-radicalisme universitaire : la pantalonnade de la « subversion ».
[7] « L’abolition de la honte », « Philippe Rieff et la religion de la culture », « L’âme humaine sous le règne de la laïcité ».
[8] C’est particulièrement le cas dans son autre grand livre, La culture du narcissisme, La vie américaine à un âge de déclin des espérances, Climats, 2000. « L’individu narcissique moderne » dont parle Christopher Lasch n’est, comme l’écrit Jean-Claude Michéa « rien d’autre que l’expression psychologique et culturelle de ce compromis libéral-libertaire devenu avec le temps historiquement réalisable ».
[9] La quatrième de couverture de l’édition de 2007, met l’accent sur le fait que les élites produisent des normes alors qu’elles se veulent elles-mêmes « hors-normes ». Elle est décalée, de même d’ailleurs que la courte préface de Jean-Claude Michéa, par rapport à ce qui nous paraît constituer le sujet central de ce livre.
[10] Le seul et vrai paradis : Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques, Climats, 2002. Il est paru en 1991 aux États-Unis.
[12] DELSOL (Chantal), Populisme, les demeurés de l’histoire, Editions du Rocher, 2015. Christopher Lasch est cité dans le livre.
[13] On trouve ici en germe les analyses du géographe Christopher Guilluy sur la fin
[11] Les innovations technologiques sont rapidement évoquées, pour constater qu’elles n’accomplissent pas la promesse de création de nombreux emplois qualifiés et de suppression des emplois pénibles, ni celle d’élever le niveau de l’intelligence du public. « Leur effet est le plus important, écrit-il, est d’élargir le fossé entre la classe de la connaissance et le reste de la population ».

Voir de plus:

Pour en finir avec le XXIe siècle

Préface à l’édition française de The Culture of Narcissism de Christopher Lasch
Jean-Claude Michéa
Transatlantica 2002

Résumé

Culture of Narcissism: American Life in An Age of Diminishing Expectations a été publié aux États-Unis en 1979. Christopher Lasch (1932–1994) qui avait déjà écrit plusieurs ouvrages de sociologie, en particulier de la famille (Haven in a Heartless World : The Family Besieged, 1977), y fait un portrait psycho-social d’une société américaine absorbée dans la contemplation et l’adoration de sa propre image, construite en particulier par les sciences sociales. Ce livre militant suscita à l’époque nombre de controverses et popularisa le terme « national malaise », version post-freudienne du malaise dans la civilisation.

Une traduction française a paru en 1981 chez Robert Laffont dans la collection Libertés 2000 dirigée par Georges Liébert et Emmanuel Todd, sous le titre du Complexe de Narcisse. Cette traduction, devenue rapidement introuvable, a été republiée en 2001, augmentée d’une postface inédite de l’auteur, par les éditions Climats.

Nous avons choisi de proposer dans TransatlanticA la préface originale à cette édition, rédigée par le philosophe Jean-Claude Michéa. Sa lecture engagée de Lasch nous a paru propre à susciter débats et réactions autour d’une oeuvre foisonnante, polémique et parfois datée aussi. Nous encourageons les lecteurs à poursuivre l’échange en nous écrivant. Nous publierons les principaux commentaires dans le numéro 3 de TransatlanticA.

Notes de la rédaction

Ce texte est publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur et de l’auteur. © J.-Cl. Michéa et Éditions Climats.

Au début de son merveilleux petit livre sur George Orwell, Simon Leys fait observer, avec raison, que nous avons là un auteur qui « continue de nous parler avec plus de force et de clarté que la plupart des commentateurs et politiciens dont nous pouvons lire la prose dans le journal de ce matin »1..Toutes proportions gardées, ce jugement s’applique parfaitement à l’œuvre de Christopher Lasch et plus particulièrement à La Culture du narcissisme, qui est sans doute son chef-d’œuvre. Voici, en effet, un ouvrage écrit il y a déjà plus de vingt ans2 et qui demeure, à l’évidence, infiniment plus actuel que la quasi-totalité des essais qui ont prétendu, depuis, expliquer le monde où nous avons à vivre.

Par sa formation intellectuelle initiale (le « marxisme occidental » et, plus particulièrement, l’École de Francfort) Lasch s’est, en effet, trouvé assez vite immunisé contre ce culte du « Progrès » (ou, comme on dit maintenant, de la « modernisation ») qui constitue , de nos jours, le catéchisme résiduel des électeurs de Gauche et donc également un des principaux ressorts psychologiques qui les retient encore à cette étrange Église malgré son évidente faillite historique. Présentant, quelques années plus tard, la logique de son itinéraire philosophique, Lasch ira jusqu’à écrire que le point de départ de sa réflexion avait toujours été cette « question faussement simple : comment se fait-il que des gens sérieux continuent encore à croire au Progrès alors que les évidences les plus massives auraient dû, une fois pour toutes, les conduire à abandonner cette idée ? »3. Or, le simple fait d’accepter de poser cette question sacrilège ne permet pas seulement de renouer avec plusieurs aspects oubliés du socialisme origine4. Il contribue également à lever un certain nombre d’interdits théoriques qui, en se solidifiant avec le temps, avaient fini par rendre pratiquement inconcevable toute mise en cause un peu radicale de l’utopie capitaliste. C’est ainsi, par exemple, que la question soulevée par Lasch rend à nouveau possible l’examen critique de l’identification devenue traditionnelle — par le biais d’une forme quelconque de la théorie des « ruses de la raison » — entre le mouvement, posé comme inéluctable, qui soumet toutes les sociétés au règne de l’Économie et le processus d’émancipation effective des individus et des peuples. En d’autres termes, si l’on consent à traduire les concepts a priori de l’entendement progressiste, devant le tribunal de la Raison, si, par conséquent, on cesse de tenir pour auto-démontrée l’idée que n’importe quelle modernisation de n’importe quel aspect de la vie humaine constitue, par essence, un bienfait pour le genre humain, alors plus rien ne peut venir garantir théologiquement que le système capitaliste — sous le simple effet magique du « développement des forces productives » — serait historiquement voué à construire, « avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature » (Marx), la célèbre « base matérielle du socialisme », autrement dit l’ensemble des conditions techniques et morales de son propre « dépassement dialectique ». Cela signifie en clair — pour s’en tenir à quelques nuisances bien connues — que le développement d’une agriculture génétiquement modifiée, la destruction méthodique des villes et des formes d’urbanité correspondantes ou encore l’abrutissement médiatique généralisé et ses cyberprolongements, ne peuvent, de quelque façon que ce soit, être sérieusement présentés comme un préalable historique nécessaire, ou simplement favorable, à l’édification d’une société « libre, égalitaire et décente »5. Ce sont là, au contraire, autant d’obstacles évidents à l’émancipation des hommes, et plus ces obstacles se développeront et s’accumuleront (qu’on songe par exemple à certaines lésions probablement irréversibles de l’environnement), plus il deviendra difficile de remettre en place les conditions écologiques et culturelles indispensables à l’existence de toute société véritablement humaine. Ceci revient à dire, le capitalisme étant ce qu’il est, que le temps travaille désormais essentiellement contre les individus et les peuples, et que plus ceux-ci se contenteront d’attendre la venue d’un monde meilleur, plus le monde qu’ils recevront effectivement en héritage sera impropre à la réalisation de leurs espérances — y compris les plus modestes. Or cette idée constitue la négation même du dogme progressiste, lequel pose par définition que la Raison finit toujours par l’emporter et qu’ainsi, il est d’ores-et-déjà acquis que le XXIe siècle sera grand et l’avenir radieux. C’est pourquoi la critique de l’aliénation progressiste doit devenir le premier présupposé de toute critique sociale. Et malheureusement c’est une critique qui, jusqu’à présent, n’a guère dépassé le stade des commencements6.

Si l’admirable clairvoyance de Lasch a un secret, il n’est par conséquent pas très difficile à découvrir. Il réside dans l’articulation originale qui a toujours sous-tendu son œuvre entre, d’une part, une imperméabilité absolue aux mythologies modernistes et de l’autre une fidélité jamais démentie au point de vue des travailleurs et des simples gens, c’est-à-dire de ceux qui, par la force des choses, ont l’habitude de déchiffrer une société en la considérant sous le seul angle approprié, à savoir de bas en haut. Le bénéfice le plus tangible d’une telle position — qui est à la fois politique et épistémologique — est de rendre aussitôt perceptible l’illusion qui confère à la Gauche moderne, dans sa dérisoire « pluralité », le peu de cohérence intellectuelle dont elle a encore besoin pour s’assurer de ce semblant d’autonomie qui est indispensable à sa survie électorale.

Cette illusion, pour ainsi dire transcendantale, c’est l’idée bien connue selon laquelle le système capitaliste représenterait par nature un ordre social conservateur, autoritaire et patriarcal, fondé sur la répression permanente du Désir et de la Séduction, répression qu’exigerait la discipline du Travail et dont la Famille, l’Église et l’Armée seraient les agents privilégiés7. Cette représentation est certainement très reposante pour un esprit moderne. Elle exige cependant qu’on oublie que, dès 1848, Marx avait pris la précaution d’invalider par avance une interprétation des faits aussi furieuse qu’invraisemblable. « La bourgeoisie — rappelait-il ainsi — ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux », alors que « le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence ». C’est pourquoi — ajoutait-il — au fur et à mesure que le système capitaliste progresse, « tous les rapports sociaux stables et figés, avec leur cortège de conceptions et d’idées traditionnelles et vénérables, se dissolvent ; les rapports nouvellement établis vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout élément de hiérarchie sociale et de stabilité d’une caste s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané ». L’un des plus grands mérites théoriques de Lasch est, assurément, d’avoir toujours su prendre au sérieux cette hypothèse de Marx et d’avoir cherché à en éprouver le pouvoir éclairant sur tous les aspects de la société américaine. Naturellement, à partir du moment où l’on reconnaît que le système capitaliste porte en lui — comme la nuée l’orage — le bouleversement perpétuel des conditions existantes, un certain nombre de conséquences indésirables ou iconoclastes ne peuvent manquer de se présenter. Sous ce rapport, l’un des passages les plus dérangeants de La Culture du narcissisme demeure, de toute évidence, celui où Lasch développe l’idée que le génie spécifique de Sade — l’une des vaches sacrées de l’intelligentsia de gauche — serait d’être parvenu, « d’une manière étrange », à anticiper dès la fin du XVIIIe siècle toutes les implications morales et culturelles de l’hypothèse capitaliste, telle qu’elle avait été formulée pour la première fois par Adam Smith, il est vrai dans un tout autre esprit. « Sade — écrit ainsi Lasch — imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n’importe qui ; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d’échange. Elle incorporait également et poussait jusqu’à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celle-ci. Dans l’état d’anarchie qui en résultait, le plaisir devenait la seule activité vitale, comme Sade fut le premier à le comprendre — un plaisir qui se confond avec le viol, le meurtre et l’agression sans freins. Dans une société qui réduirait la raison à un simple calcul, celle-ci ne saurait imposer aucune limite à la poursuite du plaisir, ni à la satisfaction immédiate de n’importe quel désir, aussi pervers, fou, criminel ou simplement immoral qu’il fût. En effet, comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n’a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises. »

Si nous acceptons cette analyse, il devient d’un seul coup plus facile de saisir les liens métaphysiques essentiels qui unissent, dès l’origine, bien que de façon évidemment inconsciente, les deux moments théoriques de l’idéal capitaliste : d’un côté l’exhortation prétendument « libertaire » à émanciper l’individu de tous les « tabous » historiques et culturels qui sont supposés faire obstacle à son fonctionnement comme pure « machine désirante », de l’autre, le projet libéral d’une société homogène dont le Marché auto-régulateur constituerait l’instance à la fois nécessaire et suffisante pour ordonner au profit de tous, le mouvement brownien des individus « rationnels », c’est-à-dire enfin libérés de toute autre considération philosophique que celle de leur intérêt bien compris. Ce que Lasch appelle « l’individu narcissique moderne », avec sa peur de vieillir et son immaturité si caractéristique — dont l’américain des classes moyennes n’a été que la préfiguration burlesque — n’est, en définitive, rien d’autre que l’expression psychologique et culturelle de ce compromis libéral-libertaire devenu avec le temps historiquement réalisable. Et tout l’art de Lasch est d’établir avec rigueur comment cette rencontre, à première vue surprenante, a fini par trouver dans les métamorphoses du capitalisme contemporain ses conditions pratiques de possibilité. Quand la consommation est célébrée comme une forme de culture à part entière — avec son imaginaire et ses conventions spécifiques — plus rien ne s’oppose, en effet, à ce que les deux faces métaphysiquement complémentaires du paradigme libéral — faces qui, pour des raisons historiques, avaient dû, jusqu’à présent, se développer de façon indépendante et antagoniste — se réconcilient, et même fusionnent, dans l’unité d’une sensibilité aussi cohérente que moderne. On conçoit naturellement qu’une telle analyse ait pu choquer — aux États-Unis comme en Europe — les bonnes consciences progressistes. Elle les obligeait à reconnaître que l’ingénieuse hypothèse capitaliste — la « commercial society » imaginée par Adam Smith en réponse aux problèmes politiques du temps — n’empruntait pas ses principes (Individu, Raison, Liberté) aux anciennes barbaries ou au « ténébreux Moyen âge », mais bien à l’axiomatique des Lumières, c’est-à-dire, si on y réfléchit, à la même matrice culturelle que celle dont la Gauche est issue8.

Il n’est guère besoin de souligner l’intérêt politique majeur de l’hypothèse défendue par Lasch. Elle éclaire, par exemple, d’une lumière particulièrement cruelle le destin d’une époque qui aura vu, sans rire, le drapeau de la révolte tomber progressivement des mains de Rosa Luxembourg dans celles d’une Ségolène Royal.

La Gauche traditionnelle, en effet, malgré sa foi simpliste dans le mythe bourgeois du « Progrès », avait toujours conservé — notamment à travers le contrôle des bureaucraties syndicales et de nombreuses municipalités ouvrières — un minimum d’enracinement dans les milieux populaires et donc de compréhension envers leurs cultures et leurs sensibilités. C’est pourquoi ses programmes politiques, et parfois même ses luttes, maintenaient généralement un certain nombre d’aspects anticapitalistes, qui étaient autant de survivances tangibles des compromis historiques autrefois passés entre la Gauche et le socialisme ouvrier.

À partir des années soixante, au contraire, la convergence — rétrospectivement tout à fait logique — de différents processus « modernisateurs » — qui, sur le moment, pouvaient sembler indépendants les uns des autres — acheva rapidement de décomposer le peu d’esprit « anti-capitaliste » qui habitait encore les instances dirigeantes de l’ancienne Gauche. D’abord, le déclin accéléré des capacités de séduction de l’Empire soviétique, c’est-à-dire de la triste imitation d’État du progrès capitaliste ; ensuite, et de manière infiniment plus décisive, l’entrée de l’Europe occidentale dans l’ère du capitalisme de consommation, et donc l’installation inévitable au centre même du spectacle de cette « culture jeune » qui est chargée d’en légitimer l’imaginaire et d’assurer sans fin la circulation, sous mille emballages différents, de la même agréable pacotille ; enfin, et surtout, la destruction de la classe ouvrière elle-même, c’est-à-dire non pas, bien sûr, la disparition réelle des ouvriers (qui est, en partie, un artifice statistique) mais celle de la conscience de classe qui les unissait, disparition obtenue d’une part par la liquidation méthodique des quartiers populaires et, de l’autre, par les nouvelles formes d’organisation du travail dans l’entreprise modernisée et les techniques de management « anti-autoritaires » qui ont permis de les imposer9. Ce qui, en ces temps baptismaux, a été désigné comme la « nouvelle Gauche » n’est en définitive rien d’autre que l’écho politique de ces différents processus. Il faut donc également voir dans ce courant multicolore une des traductions politiques privilégiées de la montée en puissance de ces nouvelles classes moyennes — si bien décrites, à l’époque, par Georges Perec — qui, parce qu’elles sont préposées à l’encadrement technique, managérial ou « culturel »10 des formes les plus modernes du capitalisme, sont condamnées à asseoir leur pauvre image d’elles-mêmes sur leur seule aptitude à courber l’échine devant n’importe quelle innovation, « flexibilité » humaine pathétique qui en fait la proie rêvée des psychothérapeutes et le gibier électoral de prédilection de toute gauche « citoyenne » et progressiste. C’est seulement à la faveur de cette configuration culturelle très particulière que l’occasion historique put être enfin offerte aux représentants les plus ambitieux de la nouvelle sensibilité libérale-libertaire de confisquer à leur usage exclusif les derniers instruments de lutte ou d’influence dont les classes populaires avaient encore la disposition.

Si La Culture du narcissisme apparaît comme un livre si prophétique, c’est donc, en vérité, parce qu’en décrivant avec une précision remarquable, sur la base des données empiriques déjà disponibles à l’époque, les formes d’individualisation requises par le capitalisme de consommation (cet « homme psychologique de notre temps qui est le dernier avatar de l’individualisme bourgeois »), Lasch délimitait en même temps par avance11 le cadre psychologique et intellectuel très étroit à l’intérieur duquel devraient dorénavant se débattre les militants « pluriels » de toute gauche moderne, et d’une façon plus générale, les représentants de ces nouvelles classes moyennes dont la fausse conscience est devenue l’esprit du temps. Ainsi s’éclaire le curieux destin — qui n’est, bien sûr, paradoxal qu’en apparence — d’une gauche occidentale qui a, partout, en se modernisant, « renoncé à l’émancipation sociale et se contente d’aménager une infirmerie pour accueillir les blessés de la guerre économique »12, quand, encore, elle ne prend pas sur elle de diriger cette guerre avec l’enthousiasme des néophytes et le zèle des parvenus. De leur côté, pour s’être laissés déposséder du peu d’autonomie politique qui leur restait, par ces bienveillants tuteurs à l’esprit si ouvert (et dont — cela va de soi — la plupart des membres avaient fait leurs classes du bon côté des barricades), les vaincus du monde moderne — c’est-à-dire, comme toujours, les travailleurs et les simples gens — finissent par se retrouver, pour des raisons symétriques, dans la même situation d’impuissance que les ouvriers du XIXe siècle, lorsqu’ils ne s’étaient pas encore dotés d’organisations politiques indépendantes. « À ce stade — écrivait Marx (qui n’imaginait pas qu’en théorisant ainsi le passé il théorisait aussi le futur) — les ouvriers forment une masse disséminée à travers le pays et atomisée par la concurrence. S’il arrive que les ouvriers se soutiennent dans une action de masse, ce n’est pas encore là le résultat de leur propre union, mais de celle de la bourgeoisie qui, pour atteindre ses fins politiques propres, doit mettre en branle le prolétariat tout entier, et qui possède encore provisoirement le pouvoir de le faire. Durant cette phase, les prolétaires ne combattent donc pas leurs propres ennemis, mais les ennemis de leurs ennemis, c’est-à-dire les vestiges de la monarchie absolue, propriétaires fonciers, bourgeois non industriels, petits bourgeois. Tout le mouvement historique est de la sorte concentré entre les mains de la bourgeoisie ; toute victoire remportée dans ces conditions est une victoire bourgeoise. « Manifeste communiste ») Telle est la raison historique principale qui fait que, depuis vingt ans, chaque victoire de la Gauche correspond obligatoirement à une défaite du Socialisme.

Parvenu à ce point, j’imagine sans peine que le type de révolution intellectuelle auquel l’œuvre de Lasch nous invite ne pourra être que très mal accueillie par le public « éclairé », c’est-à-dire par celui qui se sait, par droit divin, situé à jamais dans le camp du Bien et de la Vérité. Pour un lecteur qui est avant tout soucieux de la correction politique de ses idées (sans doute parce que, pour lui, une idée n’est pas tant un moyen de comprendre le monde que celui d’apaiser ses propres inquiétudes), il ne peut, en effet, y avoir aucun doute sur ce qui donne son sens à l’époque présente : l’affrontement titanesque entre, d’un côté, les faibles forces qu’essaient de rassembler à grand-peine les guérilleros héroïques de la modernité et, de l’autre, les hordes déferlantes et puissamment organisées de la « Réaction » et du terrible passé. Dans cette vision, à coup sûr très touchante, de l’Histoire, il va de soi que ceux qui s’obstineraient à prétendre qu’il existe toujours des classes dirigeantes (mondialisées de surcroît) et qu’elles ont bien pour premier souci de façonner une humanité nouvelle conforme à leurs intérêts égoïstes, doivent être considérés comme les victimes d’une évidente prédisposition à la paranoïa. Quant à vouloir combattre la domination de ces puissances en prenant appui sur la dignité et les vertus des classes populaires, voilà qui témoigne au mieux d’une nostalgie déplacée pour un monde « disparu », au pire d’une fascination coupable pour ce « populisme » dont les médias unanimes ont le bon goût de nous rappeler quotidiennement de quelle bête immonde son ventre est toujours fécond. En prenant le risque de rééditer La Culture du narcissisme il n’entrait pas dans nos intentions — ni, certes, dans nos possibilités — de troubler le repos intellectuel de cette partie du public. Il n’est pas impossible, malgré tout, que même parmi ces lecteurs il s’en trouve quelques uns pour reconnaître au livre de Lasch la vertu de déranger leurs habitudes intellectuelles (ce qui pour tout moderniste est normalement une qualité) et donc d’appeler, par son caractère provocant, la réfutation en règle qu’il mérite. Il faudra par conséquent que de tels lecteurs aient aussi le courage d’aller jusqu’à la question suivante. Comment se fait-il qu’un ouvrage si stimulant — et, pour cette raison, discuté dans le monde entier — ait pu être publié en France dès 1981, s’y trouver rapidement épuisé grâce à ce « bouche à oreille » qui est devenu le samizdat des régimes libéraux — cela sans que la perspicace critique officielle se soit sentie tenue de lui consacrer une seule analyse sérieuse, c’est-à-dire à la mesure des enjeux réels du livre — pour ne rien dire ici, évidemment, de la pourtant si bavarde sociologie d’État ?

Il est vrai que cette manière d’opérer est, depuis assez longtemps, la marque de fabrique du paysage intellectuel français et que tout livre qui dérange réellement l’ordre établi et sa bonne conscience « citoyenne », est ordinairement condamné à paraître soit dans un silence de plomb soit sous un déluge de calomnies. Mais ceci est justement une raison supplémentaire pour que chacun s’interroge sur ce curieux état de fait et s’efforce à tout le moins d’en dégager les implications principales. Cela signifierait-il, par exemple, qu’à force de se « moderniser » les intellectuels officiels et les médiatiques en sont revenus aux mœurs d’une époque où — selon les mots de Marx — « désormais il ne s’agit plus de savoir si tel théorème est vrai, mais s’il est bien ou mal sonnant, agréable ou non à la police, utile ou nuisible au capital » et où de ce fait « la recherche désintéressée fait place au pugilat payé, l’investigation consciencieuse à la mauvaise conscience, aux misérables subterfuges de l’apologétique » ? (Marx, Postface à la deuxième édition allemande du Capital). Si tel était le cas, la situation aurait, bien sûr, quelque chose de profondément désespérant. À moins, au contraire, qu’on y lise précisément, comme jadis Hegel, le signe irrécusable que « tout continue » et que, par conséquent, nul n’est encore en mesure de prétendre que la vieille taupe creuse ses galeries en vain. Choisir la bonne interprétation n’est peut-être, après tout, qu’une affaire de tempérament. Mais ce qui est sûr, et quoi qu’il puisse advenir, c’est que Christopher Lasch aura été de ceux qui ont le plus aidé ce sympathique mammifère à poursuivre sa tâche ingrate. Et en ces temps étranges et difficiles, je ne connais pas de meilleure manière de recommander un livre.

Bibliographie

De Christopher Lasch :

The World of Nations ; Reflections on American History, Politics, and Culture (New York : Knopf, 1973).

Culture of Narcissism: American Life in An Age of Diminishing Expectations (New York : Norton, 1991 [1979]).

The True and Only Heaven : Progress and Its Critics (New York : Norton, 1991).

Bibliographie d’articles de et sur Ch. Lasch dans la New York Review of Books : http://www.nybooks.com/authors/2391

Notes

1 Simon Leys, Orwell ou l’horreur de la politique (Paris : Hermann, 1984).
2 La Culture du narcissisme a été publiée aux États-Unis en 1979. Une traduction française a paru en 1981 chez Robert Laffont dans la collection « Libertés 2000 » dirigée par Georges Liébert et Emmanuel Todd, sous le titre du Complexe de Narcisse. C’est cette traduction, devenue rapidement introuvable, et par ailleurs excellente, que nous republions aujourd’hui, augmentée d’une postface inédite de l’auteur.
3 The True and Only Heaven : Progress And its Critics (New York : Norton, 1991).
4 S’il y a, dans l’historiographie des révoltes populaires contre l’industrialisation capitaliste, un épisode qui a toujours été soit censuré, soit profondément dénaturé voire diabolisé, c’est bien le combat des Luddites anglais, au début du xixe siècle, contre les fanatiques du Progrès industriel et sa « meurtrière idolâtrie de l’avenir qui anéantit des espèces vivantes, abolit les langues, étouffe les diverses cultures et risque même de faire périr le monde naturel tout entier. » (John Zerzan, Aux sources de l’aliénation, L’insomniaque, 1999.) Si l’on veut redécouvrir le noyau rationnel de cette révolte fondatrice, il faut lire la remarquable étude de Kirkpatrick Sale, Rebels Against the Future — The Luddites and Their War on the Industrial Revolution. Lessons for the Computer Age (Quartet Books, 1995).
5 « The free, equal and decent society », telle est la formulation la plus exacte de l’idéal politique de G. Orwell. Voir l’introduction de Sonia Orwell aux « Essais, Articles, Lettres » (Ivrea-Encyclopédie des Nuisances, Tome i ; p. 8.)
6 Sur les conditions historiques et philosophiques de la formation du paradigme progressiste, entre 1680 et 1730, on lira l’excellente étude de Frédéric Rouvillois, L’Invention du Progrès (Éd. Kimé, 1996).
7 On reconnaît, dans cette audacieuse analyse, le décor philosophique quotidien que l’industrie du divertissement impose aux différents secteurs de la « culture jeune » et de la rebellion rentable.
8 La distinction moderne entre la « Droite » et la « Gauche » (qui est une transposition française de l’opposition, née en Angleterre, des Tories et des Whigs) correspond tout au long du XIXe siècle au conflit entre les défenseurs de l’« Ancien Régime » — c’est-à-dire d’une société agraire et théologico-militaire — et les partisans du « Progrès », pour qui la révolution industrielle et scientifique (forme pratique du triomphe de la Raison) conduira, par sa seule logique, à réconcilier l’humanité avec elle-même. Le socialisme originel, au contraire, est, dans son principe, parfaitement indépendant de ce clivage. Il constitue avant tout la traduction en idées philosophiques des premières protestations populaires (luddites et chartistes anglais, canuts de Lyon, tisserands de Silésie, etc.) contre les effets humains et écologiques désastreux de l’industrialisation libérale. On ne trouvera par conséquent pas, chez Fourier ou chez Marx, de vibrants appels à unir un mystérieux « peuple de gauche » contre l’ensemble des forces supposées « hostiles au changement ». Et durant tout le xixe siècle, les socialistes les plus radicaux sont d’abord attentifs à ne pas compromettre la précieuse autonomie politique des travailleurs lors des différentes alliances éphémères qu’ils sont obligés de nouer, tantôt contre les puissances de l’Ancien régime, tantôt contre les industriels libéraux. Ce n’est qu’après l’Affaire Dreyfus, — et non sans débats passionnés — que s’opérera véritablement pour le meilleur et pour le pire, l’inscription massive du mouvement socialiste dans le camp de la Gauche…/…défini comme celui des « forces de Progrès ». Pour valider cette opération historique, à la fois féconde et ambiguë, il sera d’ailleurs nécessaire (Durkheim jouant ici un rôle important) d’accentuer autrement la généalogie du projet socialiste. On choisira d’y voir désormais moins le produit de la créativité ouvrière qu’un développement « scientifique » de la philosophie des Lumières, rendu possible par l’œuvre du Comte de Saint-Simon, et importé ensuite « de l’extérieur » dans la classe ouvrière.
9 Sur cette destruction programmée de la classe ouvrière, on lira avec intérêt le livre de Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière (Fayard, 1999). Cette enquête minutieuse commence par une question de bon sens (donc, de nos jours, éminemment subversive) : « Comment expliquer que les ouvriers constituent toujours le groupe social le plus important de la société française et que leur existence passe de plus en plus inaperçue ? ».
10 Dans la mesure où l’imaginaire de la consommation possède une fonction de plus en plus décisive dans le développement du capitalisme contemporain, la diffusion et la célébration de cet imaginaire deviennent une exigence économique prioritaire. À l’ère de la communication de masse, cela signifie donc nécessairement que le mensonge médiatique, la manipulation publicitaire, et l’abrutissement spectaculaire (assuré par le showbiz et ses artistes citoyens) tendent à devenir une force productive directe.
11 Lasch ne pouvait évidemment pas, à l’époque, prendre en compte les nouvelles contraintes politiques, économiques et technologiques (mises en place sous le nom de « mondialisation ») que le Capital imposerait bientôt à la planète entière pour essayer de contrecarrer, en élargissant brutalement le champ et les modalités de la guerre économique, la baisse tendancielle de son taux de profit, devenue manifeste au début des années 70. Toutefois, d’un point de vue philosophique, ces modifications sont, en fin de compte, relativement secondaires. Contre le discours positiviste ambiant, il faut, en effet, rappeler que des « nouvelles technologies » ne peuvent développer leurs effets principaux sur les rapports humains, que dans un monde qui est déjà culturellement préparé à les recevoir. Le principe de la machine à vapeur, par exemple, était parfaitement connu dans l’Alexandrie du iie siècle. Pour autant, dans les conditions culturelles de l’époque, aucune révolution industrielle n’aurait pu s’ensuivre ; et le téléphone mobile n’a pu généraliser tous ses effets d’incivilité que dans un monde où les formes autistiques de l’individualisme, tout comme l’effacement des frontières de la vie privée (« tout est politique ») avaient déjà atteint un degré de développement appréciable pour des raisons tout à fait indépendantes de cette technologie moderne, même si celle-ci, bien sûr, ne peut qu’amplifier en retour ces effets qui la précèdent. Le lecteur qui désirerait compléter utilement l’analyse de Lasch sur tous ces points, trouvera une mine de renseignements précis et d’analyses intelligentes dans l’ouvrage appelé à faire date de Luc Boltanski et Eve Chiappello, Le Nouvel esprit du capitalisme (Gallimard, 1999).
12 Selon la formule de Philippe Cohen, Protéger ou disparaître (Gallimard, 1999).

Auteur

Jean-Claude Michéa

Jean-Claude Michéa, agrégé de philosophie, enseigne à Montpellier. Il est l’auteur de quatre ouvrages parus aux Éditions Climats : Orwell, anarchiste Tory (1995, 2ème ed. 2000), Les Intellectuels, le peuple et le ballon rond (1998), L’enseignement de l’ignorance (1999). Son dernier livre, Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche (2002) a été salué par la presse pour son originalité et sa tonicité de pensée.

Voir encore:

Christopher Lasch : Narcisse, nouvelle figure du capitalisme

Pierre ANSAY

Politique

28 avril 2009

Bon nombre d’auteurs contemporains insistent sur la vitalité du capitalisme comme culture : non plus une société non marchande, qui subsisterait à côté d’une économie de marché, mais une société de marché indissociable d’une économie de marché et mieux encore une société animée, cultivée par l’esprit du capitalisme, arôme spirituel du monde contemporain. Certains ont en quelque sorte ausculté nos psychismes pour (dé)montrer le formatage de nos consciences, de nos désirs, de nos valeurs par « l’éthique » et les cultures du capitalisme. Certains ont poussé le bouchon plus loin et redonné vie à un courant que l’on croyait enterré, un surgeon du freudo-marxisme qui critique autant la culture du capitalisme que les pratiques de ses opposants. Si certains ouvrages scrutent le psychisme des « capitalistants », (les metteurs en scène et en œuvre du capitalisme), Christopher Lasch en entomologiste social examine plutôt nos psychismes de « capitalistés », autant la classe ouvrière sans plus de conscience de classe que la classe moyenne qui découvre avec effroi que la vie n’est plus un long fleuve tranquille.

L’avènement des nouveaux Narcisse

Adieu les bonnes névroses freudiennes et place aux pathologies narcissiques, autant nouvelles postures des sujets que phénomène social global. « N’ayant pas l’espoir d’améliorer leur vie de manière significative, les gens se sont convaincus que, ce qui comptait, c’était d’améliorer leur psychisme » Christopher Lasch, La Culture du narcissisme, Climats, Castelneau-le-Lez, 2000, p. 31. Les mentions entre guillemets et graphies italiques sont, sauf exceptions, des citations de l’auteur. L’auteur poursuit : « L’atmosphère actuelle n’est pas religieuse, mais thérapeutique. Ce que les gens recherchent avec ardeur aujourd’hui, ce n’est pas le salut personnel, encore moins le retour d’un âge d’or antérieur, mais la santé, la sécurité psychique, l’impression, l’illusion momentanée d’un bien-être personnel… De fait, le narcissisme semble représenter la meilleure manière d’endurer les tensions et anxiété de la vie moderne ». Pour Lasch, les mutations du capitalisme engendrent en écho des mutations profondes du psychisme individuel et social. Un système social existe toujours sous une double forme Le lecteur désireux d’approfondir cette liaison « psychisme-société » pourra lire avec intérêt De notre servitude volontaire d’Alain Accardo (Agone, 2001) ; d’un côté, les institutions, les appareils médiatiques, les entreprises, les codes et réglementations, et de l’autre, des dispositions individuelles façonnées, tels les habitus de Bourdieu, les inclinations personnelles, les modes intellectuelles et vestimentaires, les motivations personnelles érigées ou non en système. « Ainsi donc, lorsque nous proclamons notre hostilité au ‘système capitaliste’, et que toutes les critiques que nous formulons s’adressent exclusivement à ses structures économico-politiques objectivées, il est clair que notre analyse s’est arrêtée à mi-chemin et que nous avons oublié de nous interroger sur la partie intériorisée du système, c’est-à-dire sur tout ce qui contribue à faire fonctionner ces structures, causes de tant de dégâts autour de nous » A. Accardo, op.cit.. On croirait lire, 60 ans après, le philosophe italien Gramsci évoquant la nécessité, pour un changement social révolutionnaire, d’effectuer au préalable, une réforme culturelle et morale, sans quoi ce qui a été éradiqué repousse avec plus de force.

Pas de passé et no future

Sans doute qu’à la racine, il y a l’évidement du moi et le sentiment d’impuissance qui l’habite. Les thérapeutes qui s’allongent sur le divan du philosophe convergent dans le constat : impression tenace et douloureuse, chez leurs patients, d’un sentiment de vide imprégné d’une angoisse sourde. Narcisse est un individu a-historique, soumis à l’auto-dictature du présent. Le peu d’intérêt pour l’histoire et le passé viennent sans doute qu’il a tiré un constat cynique et désabusé sur la perte de légitimité des grands récits : la croissance conduit aux désastres écologiques, le socialisme au goulag, la grande culture allemande à Auschwitz et le progrès technologique à Hiroshima. Quant à l’avenir, mieux vaut ne pas y penser car, de toutes manières, y penser ne changera rien. Le Narcisse se vit comme impuissant devant les apocalypses mondiales et collectives que lui ressassent les médias annonçant autant les catastrophes que notre impuissance à les éviter : on est passé sans y prendre garde de la lutte finale aux catastrophes finales. « Vivre dans l’instant est la passion dominante – vivre pour soi-même, et non pour ses ancêtres ou la postérité. Nous sommes en train de perdre le sens de la continuité historique, le sens d’appartenir à une succession de générations qui, nées dans le passé, s’étendent vers le futur ». Narcisse a perdu tout espoir « de changer la société et même de la comprendre ». L’observation le confirme : les nouveaux militants, quant il y en a, recherchent autant leur accomplissement personnel « réparateur du moi » que la victoire sur des enjeux autant éphémères que territorialisés : ce sont des « je ici maintenant » qui montent sur des barricades temporaires vite désertées en cas d’épreuve sérieuse. Nos compatriotes qui ont vécu en Amérique savent bien qu’il n’y a pas là-bas de construction d’un projet social et culturel sans une multiplicité de gratifications, de décorations, de mercis, l’employé du mois, la meilleure vendeuse de la semaine, le vestiairiste le plus aimable, le meilleur monsieur caca et la meilleure cuisinière, tous y passent et sont estampillés « on the best ». L’émotion partagée règne à tous les étages de la pyramide sociale.

Publicité et médias y sont pour quelque chose

« A une époque moins complexe, la publicité se contentait d’attirer l’attention sur un produit… Maintenant, elle fabrique son propre produit : le consommateur, être perpétuellement insatisfait, agité, anxieux, blasé. La publicité sert moins à lancer un produit qu’à promouvoir la consommation comme style de vie. Elle éduque les masses à ressentir un appétit insatiable… Elle vante la consommation, remède universel aux maux familiers que sont la solitude, la maladie, la fatigue, l’insatisfaction sexuelle… » Votre travail vous donne-t-il un sentiment de fatigue et de futilité ? Percevez-vous votre existence comme un vide ? « Consommez donc, cela comblera un vide douloureux ». Le travail publicitaire est sans doute, dans l’esprit de l’auteur, bien davantage qu’une démarche annexée à la production et pousse à la consommation : une immense et puissante rhétorique, une pseudo-sagesse de vie, une instillation subtile d’impératifs et de diktats discrets. La mode publicisée indique ce qu’il faut porter et la consommation se comprend dès lors comme solution de remplacement à la protestation et à la rébellion. Bien plus, la publicité intègre le mal être et la désolation spirituelle (désolation, être privé de sol) dans un paquet global dont la consommation est le remède immédiat et temporaire. La rhétorique publicitaire est lue par Lasch comme un instrument essentiel de l’éducation des masses : « L’éducation des masses a altéré l’équilibre des forces au sein de la famille, affaiblissant l’autorité du mari vis-à-vis de sa femme, et celle des parents vis-à-vis des enfants. Mais si elle émancipe femmes et enfants de l’autorité patriarcale, ce n’est que pour mieux les assujettir au nouveau paternalisme de la publicité, des grandes entreprises industrielles et de l’État ». Quant aux médias, ils sont interprétés comme des « opérateurs d’impuissantement » Que le lecteur me pardonne ce néologisme : « impuissanter », rendre impuissant en privant de moyens d’action , voire comme une véritable drogue : ouf, je ne suis pas « membre de la catastrophe », oui, « ce héros me ressemble », suspense, « qui va gagner ici ou perdre là-bas ? », « je suis branché, donc je participe » et surtout, « je ne meurs pas, je renais à chaque nouveau moment », et « je suis épargné de ma mort par la mort des autres », renaissant à chaque nouvelle dans un éternel présent juvénile des plus rassurants. Quant au narcissisme des journalistes et des animateurs, la mesure des évènements est rabattue sur le quantum d’émotions qui les affecte. La dictature des émotions immédiates a pris le pas sur l’analyse avec prise de distance et la jouissance perverse se complaît à mêler subtilement les traces de la réalité dans le « documenteur » : « L’interpénétration croissante de la fiction, du journalisme et de l’autobiographie montre de façon indéniable que de nombreux écrivains parviennent de plus en plus malaisément à atteindre le détachement indispensable à l’art ». La Belgique journalistique a connu récemment des dérapages déontologiques portés aux nues par les émotions légitimes qu’ils ont suscitées.

Le détachement ironique comme moyen d’évasion

L’œuvre narcisissée à l’excès de Woody Allen assortie des dérapages médiatisés de sa vie privée constitue sans doute la mise en scène parfaite de l’affaire. « Dans notre société, la surveillance anxieuse de soi, (à ne pas confondre avec l’auto-analyse critique) ne sert pas seulement à régulariser le courant d’information destiné à autrui et à interpréter les signaux reçus : elle établit également une distanciation ironique par rapport à la routine mortelle de la vie quotidienne ». C’est là une manière de désarmer à l’avance les critiques : mieux vaut rire de soi-même à l’avance qu’endurer l’ironie blessante de nos alter ego : « Narcisse tente de transformer le rôle qu’il joue en une élévation symbolique de la vie quotidienne et se réfugie dans la plaisanterie, la moquerie et le cynisme. Si on lui demande d’exécuter une tâche désagréable, il établit clairement qu’il ne croit pas aux objectifs de l’organisation (Lasch aurait du être engagé pour auditer les administrations belges)… s’il se rend à une réception, son comportement tend à montrer que tout n’est qu’un jeu, faux, artificiel, dénué de sincérité, une mascarade grotesque de la sociabilité… en démythifiant la vie quotidienne, il se donne à lui-même et transmet aux autres l’impression qu’il la sublime, même quand il s’y plie et fait ce qu’on attend de lui ». Sans doute qu’il convient de comprendre cette auto-ironie comme une résistance susceptible d’être dépassée positivement : je ne suis pas ce que vous croyez, je ne joue qu’apparemment dans vos combines, je ne suis pas pris dans cette situation médiocre où vous tentez de m’inscrire. A la force du capitalisme mondialisé, qui joue sur sa plasticité, son éthique à géographie variable et sa mobilité géographique, (Papa à la multinationale, mamy à Amnesty international ou l’inverse) répondrait la fluidité, l’insaisissable déracinement du moi : je suis ailleurs que là où vous prétendez me trouver. La dérobade comme art de vivre, finis les agrégats de prolétaires agglutinés derrière les drapeaux rouges : les nouveaux résistants sont-ils des truites insaisissables, des savonnettes encore plus glissantes que l’annonce publicitaire qui les magnifie ?

Les autres doivent être mes miroirs

Le Narcisse est en quête incessante de valorisation de soi. Et dans cette perspective, Narcisse rêve d’une vie grandiose, en admirant les vedettes fabriquées par les opérateurs de vedettariat : ainsi de cette fille de milliardaire américain dont les frasques, pourtant si humaines et si banales, sont élevées et transmutées en épopée : est célèbre qui est (rendu) célèbre, non pas par des mérites personnels mais par l’intervention performative des médias. La séduction joue dans ce déploiement relationnel un rôle essentiel : les autres doivent m’aimer et m’admirer et je ne reculerai devant aucune manipulation affective pour y parvenir, je contrôlerai les impressions que je donne de moi à autrui, je feindrai la compréhension même si autrui est aussi fatiguant, il importe moins de le convaincre par des arguments rationnels que par une approche charmeuse. Mais Narcisse en vient à mépriser ceux dont il attend de l’amour et qu’il s’est plu à manipuler : une généralisation sociale des impasses du donjuanisme ? Et en plus, ça ne marche pas toujours : « Si Narcisse admire ‘un gagneur’ et s’identifie à lui, c’est parce qu’il a peur d’être rangé parmi les perdants. Il espère refléter quelque lumière de son astre : mais une forte proportion d’envie se mêle à ses sentiments et son admiration tourne en haine si l’objet de son attachement fait quoi que ce soit qui lui rappelle sa propre insignifiance ». Voilà un client rêvé pour le marché, en constante expansion, des thérapies car la désillusion est au bout de la rencontre fort probable entre deux individus carburant au narcissisme : je (lui) découvrirai(ra) vite ma (sa) médiocrité microscopique, je (lui) ne peux (peut) même pas être une vedette mondiale durant un quart d’heure. Les critiques ravageuses de Michel Houellebecq sur le narcissisme soixante-huitard dans Les particules élémentaires ne sont pas loin. Narcisse est convaincu qu’il convient d’améliorer constamment son psychisme et de vivre pleinement ses émotions : il convient de « se nourrir convenablement, prendre des leçons de ballet ou de danse du ventre, s’immerger dans la sagesse de l’Orient, faire de la marche ou de la course à pied, apprendre à établir des rapports authentiques avec autrui, surmonter la peur du plaisir ». Ce qui est recherché n’est plus le salut personnel ou le mieux-être collectif, mais un tropisme thérapeutique avec l’équivalent moderne de la résurrection, la santé mentale promue par les nouveaux curés du bien-vivre.

Philosopher à coups de marteau

Lasch ne fait certainement pas dans la dentelle : sa critique est radicale au sens premier car elle va chercher des poux et planter des grenades dans les racines, dans les évidences structurantes et dans les organisations systémiques de notre vie. Elle travaille autant à partir de la description des grands ensembles qu’elle réfute (l’État providence et sa bureaucratie tentaculaire, le système de santé et les thérapies, l’entreprise et la nuée de travailleurs sociaux de tout bord) que dans l’analyse de notre vie quotidienne. C’est un conflit entre le David qui pense et le Goliath sociétal dont les critiques radicaux ne sont même pas épargnés : les pages corrosives sur les mouvements étudiants et radicaux des États-Unis des années 1960 et 1970 et leur composante narcissique réservent de bonnes surprises aux lecteurs opiniâtres. L’autorité familiale est dissoute de multiples manières : le pouvoir patriarcal est miné par le féminisme qui, selon l’auteur, n’est pas absout, bien au contraire, de diverses formes de récupération marchande, l’autorité familiale est minée par l’introduction subreptice (la première parution est de 1979) des verdicts technologiques et scientifiques, désappropriée des compétences éducatives par les experts de tout bord et les travailleurs sociaux. L’incapacité à rencontrer l’autre dans sa différence, l’anorexie relationnelle ne font que renforcer le sentiment du vide et laissent l’individu apeuré et éviscéré faire face à ses pulsions agressives : comment encore se structurer avec un papa copain et adolescent ? Où placer ma haine constitutive ? A poursuivre ainsi, certains malins esprits rangeraient vite l’auteur dans une galaxie bizarre de critiques réactifs. Certes, Lasch pointe l’érosion de l’autorité, la dilution des normes à l’école et la généralisation de l’attitude permissive, « mais elle (la critique des conservateurs) refuse d’établir le moindre rapport entre ces phénomènes et la montée du capitalisme monopolistique, entre la bureaucratie de l’Etat et celle de l’industrie ». L’auteur nous réserve de bonnes pages sur le déclin de l’esprit sportif, la peur de vieillir et le jeunisme et ce qu’il nomme « la banalité de la pseudo-connaissance de soi ». Le sport devient une industrie du divertissement et perd son ancrage local et ses envolées et héros mythiques : qui a pu, lors d’un séjour au Canada ou aux États-Unis, assister au triste spectacle de joueurs de hockey professionnel boxant, rouant de coups un adversaire à terre, sous l’œil à moitié complaisant des arbitres, pourrait aisément conclure que les conventions de l’honneur sportif disparaissent pour faire place à des jeux du cirque fréquemment interrompus par les mantras publicitaires. L’extension du régime de la marchandise et le triomphe de la société du spectacle rappellent ces fameuses phrases du Manifeste du Parti communiste rappelant la dimension révolutionnaire de la bourgeoisie capitaliste. C’est bien de cette révolution là que nous entretient Lasch, n’est pas ou n’est plus révolutionnaire celui qu’on croît. Certes, si l’analyse de l’auteur cible prioritairement la middle-class blanche américaine, la pathologie n’a cessé de s’étendre à d’autres couches sociales et a, avec la crise que nous connaissons, de beaux jours devant elle : « Il faut cependant comprendre que ce n’est pas par complaisance mais par désespoir que les gens s’absorbent en eux-mêmes, et que ce désespoir n’est pas l’apanage de la classe moyenne… L’effondrement de la vie personnelle ne provient pas de tourments spirituels réservés aux riches, mais de la guerre de tous contre tous, qui a toujours fait rage dans les couches inférieures de la population et qui s’étend à présent au reste de la société… le narcissisme se révélant essentiellement une défense contre les pulsions agressives plutôt qu’un amour de soi ». Ouïe.

Voir enfin:

Combattre le repli sur la sphére privée

Entretien C. Lasch – C. Castoriadis
 5 septembre 2009
Collectif lieux communs

Retranscription partielle de l’entretien entre C. Lasch et C.Castoriadis diffusée en 1986 sur Channel four dans la série Voices et partiellement retranscrit (scan ci-dessous). Traduction de nous.

CC-Lash-BBC

Depuis (ne dites pas merci), le texte a été repris dans son intégralité avec une nouvelle traduction (par Myrto Gondicas) dans « La Culture de l’égoïsme » agrémenté d’une postface de Jean-Claude Michéa, chez Climats/Flammarion 2012.

On lira un extrait (pdf) ici : http://www.edenlivres.fr/o/51/p/227…

Mickael Ignatieff (I) s’entretient de « La culture du narcissisme » avec le psychanalyste Cornelius Castoriadis (CC) et le critique culturel Christophe Lasch (L)


I : peut-être que la perte de communauté et de voisinage est le coût le plus douloureux de la modernité. Dans un monde d’étrangers, nous semblons battre en retraite de plus en plus sur la famille et la maison, notre « paradis dans un monde sans cœur » . Nos plus vieilles traditions politiques nous disent qu’un sens de la communauté est une nécessité humaine, que nous ne pouvons devenir complètement humains que lorsque nous appartenons les uns aux autres en tant que citoyens ou voisins. Sans une telle vie publique nos moi commencent à rétrécir en un noyau privé et creux. Qu’est-ce que la modernité fait à nos identités ? Devenons nous plus égoïstes, moins capable d’engagement politique, plus prompts à relever le pont-levis devant nos voisins ? Cornelius, comment pourriez-vous décrire le changement de nos vies privées ?

CC : Pour moi, le problème survint pour la première fois à la fin des années 50 avec l’effritement du mouvement ouvrier et du projet révolutionnaire qui était lié à ce mouvement. J’ai été obligé de constater un changement dans la société capitaliste qui était en même temps un changement du type d’individus que cette société produisait de plus en plus. Le changement des individus était causé par la banqueroute des organisations ouvrières traditionnelles – syndicats, partis etc. – par le dégoût de ce qui arrivait mais aussi par la capacité, durant cette période de capitalisme, de garantir une élévation du niveau de vie et d’entrer dans la période du consumérisme. Les gens tournaient le dos, pour ainsi dire, aux intérêts communs, aux activité communes, aux activités publiques – refusant de prendre leur responsabilité. Cela eut pour effet un retranchement – un retrait dans une sorte de, entre guillemets, « monde privé », qu’est la famille et quelques rares relations. Je dis entre guillemets car nous devons éviter ici les malentendus.

I : Quels malentendus ?

CC : Et bien rien n’est jamais totalement privé. Même lorsque vous rêvez , vous avez des mots et ces mots vous les tenez du langage. Et ce que nous appelons l’individu est en un certain sens une construction sociale.

I : Un sceptique dirait que la critique de l’égoïsme et de l’individualisme dans une société capitaliste est aussi vieille que la société capitaliste elle-même. Alors que diriez vous à ce sceptique ? Comment les convaincriez vous que le moi moderne, le moi moderne et post guerre dans une société de consommation capitaliste, est un moi d’un autre type, qu’il y a un nouveau type d’individus, un nouveau genre d’égoïsme même ?

Lasch : Ce que nous avons n’est pas tant l’ancien individualisme animé par la volonté d’agrandissement et d’acquisition à des fins personnelles, qui, comme vous le dites, a été sujet à critique à partir du moment où ce nouveau type de personnalité individualiste apparut aux 17 et 18 eme siècle. Mais ce type d’individualisme semble avoir donné naissance au retranchement dont parlait Cornelius il y a quelques instants. J’ai parlé d’un moi minimal, ou encore d’un moi narcissique, comme un moi qui est de plus en plus vidé de tout contenu et qui a à trouver des buts à la vie dans les termes les plus étroits. C’est à dire, de plus en plus en terme de survie brute, de survie quotidienne, comme si la vie quotidienne était si problématique, comme si le monde était si menaçant et incertain que ce que vous pouvez espérer de mieux à faire serait simplement de vous débrouiller. De vivre un jour à la fois. Et en effet c’est le slogan thérapeutique dans le pire sens, que les gens reçoivent dans notre monde.

I : Mais, la survie, Christopher – n’allez vous pas un peu loin là ? Je veux dire, des gens peuvent ne pas le reconnaître, ils peuvent penser la survie appliquée aux victimes de quelque terrible tragédie. Mais vous parlez de la vie quotidienne dans la société la plus riche du monde. Pourquoi la survie ?

Lasch : C’est une façon de définir ce qui est nouveau je crois. Alors que la survie a toujours été une préoccupation, une occupation essentielle pour la plupart des gens, c’est seulement à notre époque qu’elle semble avoir acquis un sorte de statut moral. Si l’on retournait chez les Grecs, Je pense que l’on verrait clairement la différence avec les Grecs, avec Aristote en particulier. La pré condition d’une vie morale, d’une vie pleinement vécue, est la libération de la nécessité matérielle. Qu’en plus les grecs associaient avec le royaume privé, avec le foyer, le domaine qui est sujet aux contraintes biologiques et matérielles. C’est seulement lorsque vous allez au-delà de cela que vous pouvez vraiment, en un sens, parler d’un sens du Moi, d’une identité personnelle de la vie civique. Une vie morale est une vie qui est vécue en public.

I : Donc nous n’avons pas de vie vécue dans le domaine public. Nous avons une vie réduite à l’essentiel, à la survie. Or Castoriadis, vous êtes un psychanalyste en exercice. Est-ce que ce portrait du moi moderne fait écho chez vous qui rencontrez le moi moderne sur le divan du lundi au vendredi ?

CC : Je pense que ce qui est en jeu dans tout cela ce sont des choses très variées. « Un jour à la fois », si je prends cette belle expression, est ce que j’appelle l’absence de projet – à la fois chez l’individu et dans la société elle même. 30 ans plus tôt, 60 ans plus tôt, les gens de gauche vous parlaient du grand soir de la révolution, et les gens de droite du progrès infini etc. Et maintenant personne n’ose exprimer un projet grandiose ou même modérément raisonnable qui dépasse le budget ou les prochaines élections. Il y a donc un horizon temporel. Or la « survie » est une expression que vous pouvez critiquer, parce que, bien sûr tout le monde pense à sa retraite et pense aussi à l’éducation de ses enfants. Mais cet horizon temporel est privé. Personne ne participe à un horizon temporel public, de la même façon que personne ne participe à un espace public. Je veux dire, on participe toujours à l’espace publique, mais prenez la place de la Concorde ou Picadilly Circus à l’heure de pointe. Vous avez là un million de personnes qui sont noyées dans un océan de choses sociales, qui sont des êtres sociaux, et elles sont absolument isolées. Ils se haïssent les uns les autres et s’ils pouvaient se libérer la route en neutralisant les voitures devant eux, ils le feraient. Qu’est ce que l’espace public aujourd’hui ? c’est à l’intérieur de chaque maison avec la TV. Mais quel est cet espace public ?

I : Il est vide.

CC : Il est vide ou pire. C’est de l’espace public surtout pour la publicité , pour la pornographie – et je ne veux pas dire seulement la pornographie directe, je veux dire qu’il y a des philosophes qui sont en fait des pornographes.

I : C’est une cause ou une conséquence de la chute de l’espace public ? Quelle est la relation ici entre le moi et l’espace public dans sa crise ?

Lasch : Ce qui me frappe, c’est que nous ne vivons pas dans un monde solide. Il est souvent dit que la société de consommation nous abreuve de biens et nous encourage à accorder trop d’attention aux choses, mais dans un sens je crois que c’est aussi trompeur. Nous vivons dans un monde qui semble extrêmement instable, qui consiste en images fugaces. Un monde qui de plus en plus, en partie à cause, je pense, des technologies de communications de masse, semble acquérir un caractère d’hallucination. Une sorte de monde fantastique d’images, opposé à un monde d’objets solides que l’on peut espérer nous survivre. Ce qui a décliné, peut-être, c’est le sens de vivre dans un monde qui nous pré existe et qui nous survivra. Ce sens de la continuité historique – qui est fourni entre autres choses, simplement par un solide sens des choses matérielles palpables – semble être de plus en plus médiatisé par l’attaque des images, et souvent celles-là même qui en appelle par dessein à notre fantaisie. Même la science, je pense, qui passait dans une période précédente pour être un des principaux moyens de promouvoir une vue plus rationnelle et pleine de bon sens du monde, nous apparaît dans la vie quotidienne comme une succession de miracles technologiques qui rendent tout possible. Dans un monde où tout est possible dans un sens plus rien n’est possible.

I : Ce que je vous entends dire là est presque une définition de la sphère publique. Une des choses que vous dites est que la sphère publique est le domaine de la continuité historique. En fait, dans notre culture, c’est maintenant beaucoup plus le domaine des media. Les media nous donne le domaine public, un monde d’images hallucinantes dont les structures temporelles sont très courtes. Elles vont et viennent. Leur correspondance avec la réalité est très problématique et la vie publique ressemble à une sorte de conte fantastique, une sorte de monde de rêves. Mais cela ne répond pas à la question que j’ai posée, qui concernait les causes et les conséquences.

CC : Je ne pense pas qu’il soit pertinent de chercher une cause et une conséquence. Je pense que les deux vont ensemble. Le développement et les changements dans la société sont ipso facto des changements dans la structure des individus, leur façon d’agir et de se comporter. Après tout, tout est social. Mais la société en tant que telle n’a pas d’adresse. Je veux dire par là que vous ne pouvez pas la rencontrer. Elle est en vous, en moi, dans le langage, dans les livres etc. Mais je voudrais souligner une chose à cet égard : c’est la disparition des conflits et luttes sociales et politiques.

I : Quelle disparition ? Cela me semble faux.

CC : Je n’en vois pas. Je vois ce qui se passe aux USA, où, pour prendre l’exemple classique, les jeunes noirs des années 60 qui atteindraient les centres des villes brûleraient les magasins etc. Mais alors à la fin des années 70, au début de l’ère Reagan, vous avez 10 pourcent de chômage général, ce qui signifie 20 pourcent pour les noirs et 48 pourcent pour les jeunes noirs, et ces jeunes noirs ne réagissent pas. Vous avez la même situation en France maintenant où les gens se font licencier de leur travail, ils ne réagissent pas. En Angleterre, vous avez la tragédie des mineurs- le dernier feu de quelque chose qui est manifestement en train de mourir. Et ce n’est pas difficile à comprendre, je pense, parce que les gens pensent, à juste titre, que les idées politiques qui se trouvent sur le marché politique tel qu’il existe aujourd’hui ne valent pas que l’on se batte pour elles. Et ils pensent que les syndicats sont plus ou moins des bureaucraties qui se servent elles-même ou des lobbies. C’est comme si les gens tiraient la conclusion qu’il n’y a rien à faire, et par conséquent nous nous retranchons. Et cela correspond au mouvement intrinsèque du capitalisme – marchés en expansion, consommation, obsolescence incorporée etc. et plus généralement l’extension du contrôle sur les gens, non seulement comme producteurs, mais aussi comme consommateurs.

Lasch : Dans ces conditions la politique devient de plus en plus une question de groupes d’intérêt, chacun présentant des revendications adverses tout en réclamant leur part de l’Etat-providence, définissant leur intérêt dans les termes les plus proches possibles et ignorant délibérément toute revendication plus large, toute volonté d’établir les revendications d’un groupe dans des termes universels. Un des exemples que vous avez mentionnés plus tôt Cornelius, la lutte des noirs aux USA, offre un bon exemple de cela, et aussi un exemple de la façon dont souvent des idéologies qui paraissent radicales, militantes, révolutionnaires dans notre époque ont en fait contribué à ce processus. Le mouvement pour les droits civiques des années 50 et 60 était de beaucoup de façons un retour à une ancienne conception de la démocratie. Il articulait les objectifs des noirs d’une façon qui parlait à tout le monde. Il attaquait le racisme. Pas seulement le racisme blanc, mais le racisme. Le mouvement du black power qui apparut dans le milieu des années 60, qui semblait beaucoup plus militant et qui attaqua Martin Luther King et d’autres leaders de la première époque en les traitant de réactionnaires bourgeois, a en réalité redéfini les objectifs du mouvement noir, black power, en une attaque contre le racisme blanc, comme si le racisme était seulement un phénomène blanc, en fait cela a permis de redéfinir beaucoup plus facilement sur le long terme les noirs en Amérique comme étant essentiellement un autre groupe d’intérêts réclamant leur part de gâteau et ne faisant aucune revendication plus large du tout. Je pense que c’est une des raisons du déclin du militantisme chez les noirs américains.

I : Christopher a exprimé le sentiment que la politique était fracturée en groupes d’intérêt, et si nous parlons d’une crise du domaine public, c’est ce que nous voulons dire. Pourquoi cela se produit-il ?

Lasch : Et bien cela a à voir avec le déclin de n’importe quel langage public. Une partie a à voir avec l’élévation morale des victimes et l’augmentation tendancielle de se réclamer de la victimisation comme le seul standard de justice reconnaissable. Si vous prouvez que vous avez été « victimisé », discriminé – le plus longtemps est le mieux – cela devient la fondation d’une revendication faite par des groupes très spécifiques qui assument que leur histoire est très spécifique, n’a que peu de rapport avec celle d’autres groupes, ou avec la société dans son ensemble, qui ne figure pas du tout dans ce langage et qui en plus ne peut même pas être compris par les autres groupes. Encore une fois, l’exemple du mouvement noir est instructif, parce que, pour ne pas le dater trop précisément, au milieu des années 60, les noirs et leurs porte-paroles en Amérique, commencèrent à insister comme un article de foi, sur le fait que personne d’autre ne pouvait même comprendre leur histoire.

CC : Les féministes aussi.

Lasch : Oui, cela me semble être un parallèle tout à fait exact. Et quand cela arrive la possibilité d’un langage qui est compris par tous et qui constitue la base de la vie publique et des conversations politiques est à peu près par définition détruit.

CC : Aristote dans sa Politique mentionne une loi athénienne merveilleuse, à mon sens, qui est que lorsqu’une discussion à l’assemblée portait sur des questions qui pouvaient déboucher sur une guerre avec une cité voisine, les habitants de la zone frontière respective étaient exclus du vote. Or, c’est la conception grecque de la politique, et cette conception je la soutiens toujours.

I : Une des conséquences de ce genre de débat qui se poursuivent depuis au moins le début des années 60 est une très intense discussion à propos de savoir jusqu’où la liberté de choisir vous-même, de faire vous-même, de choisir vos propres valeurs, peut aller, jusqu’à quel point il faut donner un sens aux obligations sociales collectives, en un sens de ce que les êtres humains ont à faire.

CC : La liberté n’est pas une chose aisée ni un concept facile. Si vous parlez de la liberté véritable c’est, je dirais, un concept tragique. Comme la démocratie est un système tragique. Car il n’y a pas de limites externes ni de théorème mathématique qui vous disent où vous arrêtez. La démocratie est un système où nous disons : « nous faisons nos propres lois sur la base de nos propres esprits, notre moralité commune ». Mais cette moralité, même si elle coïncide avec les lois de Moïse, ou de l’évangile, n’existe pas parce qu’elle est dans les lois de l’évangile, elle existe parce que nous, en tant que communauté politique, l’acceptons, l’endossons et disons par exemple, on ne doit pas tuer. Même si 90 pourcent de la société est croyante et croit que l’autorité du commandement vient de Dieu, pour la communauté politique l’autorité ne vient pas de Dieu. Elle vient de la décision des citoyens. Le parlement britannique peut décider demain que les blonds n’ont pas le droit de vote. Rien ne peut les empêcher de faire ça. Il n’y a pas de limites externes et c’et pourquoi la démocratie peut périr et a péri plusieurs fois dans l’histoire, comme un héros tragique. Un héros tragique dans la tragédie grecque ne périssait pas parce qu’il y avait une limite et qu’il l’avait transgressé. Ça c’est le péché. C’est la conception chrétienne du péché. Le héros tragique périt à cause de l’hubris. C’est à dire, parce qu’il transgresse dans un domaine où il n’y a pas de limites connues au préalable. Et c’est notre triste situation.

Extrait de « voices »

Voir de plus:

Le racisme, moteur politique des anti-Trump

Stéphane Montabert

Suisse naturalisé, Conseiller communal UDC, Renens
Les Observateurs

Dans une série de tweets lancés dimanche, Donald Trump fit une nouvelle fois la preuve de son habileté politique en amenant ses adversaires droit dans son piège. Dire qu’ils auraient mordu à l’hameçon est un euphémisme.

Commençons par les mots du Président par qui le scandale arrive:

Très intéressant de voir des élues démocrates du Congrès, “progressistes”, qui viennent originellement de pays dont les gouvernements sont des catastrophes complètes et absolues, les pires, les plus corrompus et les plus ineptes du monde (si tant est qu’on puisse parler de gouvernement) et qui maintenant clament férocement au peuple des États-Unis, la plus grande et la plus puissante nation du monde, comment notre gouvernement doit être dirigé.
Pourquoi ne retournent-elles pas d’où elles viennent, pour aider à réparer ces lieux totalement dévastés et infestés par le crime ? Puis, qu’elles reviennent et qu’elles nous montrent comment elles ont fait. Ces endroits ont bigrement besoin de votre aide, vous n’y partirez jamais trop vite. Je suis sûr que Nancy Pelosi serait très heureuse d’organiser rapidement un voyage gratuit !

N’en déplaise aux chiens de garde de la pensée unique, il n’y a rien de choquant dans ce texte. Trump ne critique ni des peuples ni des cultures, mais des gouvernements. Il mentionne des « élues démocrates », mais sans les citer nommément. Quant à ce qu’elles partent à l’étranger redresser ces pays qui sont à les entendre tellement mieux que les États-Unis, il ne s’agit pas d’un exil, puisqu’il mentionne explicitement qu’elles en reviennent.

La seule flèche réelle est à l’encontre de Mme Pelosi, qui a le plus grand mal à tenir les rênes de ses troupes démocrates à la Chambre des Représentants.

L’inénarrable Le Temps rend évidemment son verdict sans hésitation: ces tweets sont « racistes », point barre. Et il s’inquiète même de ce que les médias américains n’osent pas le clamer assez fort au goût du journaliste de service. Il y a pourtant une raison. Les médias américains savent encore qu’en qualifiant ouvertement ces tweets de « racistes » dans les titres de leurs articles, ils assènent au lecteur un jugement de valeur. Ce faisant, ils quittent la sphère de l’information pour celle de la propagande. Ils ont beau être anti-Trump jusqu’au bout des ongles, ils essayent encore de préserver les apparences.

Le Temps, lui, ne s’embarrasse plus de ces détails depuis longtemps…

Les égéries de la gauche

Quatre élues démocrates se sentirent donc indignées par ces tweets: Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan), et Alexandria Ocasio-Cortez (New York). Trois d’entre elles ne correspondent même pas au portrait brossé par Trump puisqu’elles sont nées aux États-Unis, mais qu’importe, les médias se chargent de tous les raccourcis.

Quand on se sent morveux on se mouche, dit l’adage. Pourquoi ces quatre femmes se sont senties visées?

Ayanna Pressley déclencha une polémique il y a quelques jours par une vision de la société uniquement basée sur l’appartenance raciale, religieuse ou sexuelle, soit l’exact opposé du melting pot américain: « nous n’avons pas besoin de visages basanés qui ne veulent pas être une voix basanée. Nous n’avons pas besoin de visages noirs qui ne veulent pas être une voix noire. Nous n’avons pas besoin de musulmans qui ne veulent pas être une voix musulmane. Nous n’avons pas besoin d’homos qui ne veulent pas être une voix homo. Si vous craignez d’être marginalisé et stéréotypé, ne vous présentez même pas, nous n’avons pas besoin de vous pour représenter cette voix. » Pour Mme Pressley, quelqu’un est blanc ou noir avant d’être Américain.

Rashida Tlaib, qui grandit dans le paradis socialiste du Nicaragua, devint la première élue musulmane du Michigan. Ce qui n’est pas en soi un problème, si ce n’est qu’elle se fit remarquer dès son arrivée au Congrès par de nombreuses attaques antisémites. Elle traita également Trump de « fils de pute » dans sa première déclaration officielle, ce qui donne le niveau de finesse de la dame. Sur la carte du monde dans son bureau, elle recouvrit Israël avec un Post-It sur lequel il était marqué « Palestine ». Elle soutient l’organisation de promotion de l’islam CAIR, proche des Frères Musulmans. Bref, elle affiche clairement son allégeance:

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(Bon, techniquement ce n’est pas l’allégeance à un autre pays puisque la Palestine n’en est pas un.)

Ilhan Omar est née en Somalie et avoua en public son allégeance somalienne. Son statut civil est délicat: des rumeurs persistantes affirme qu’aurait pu être mariée à son propre frère pour s’installer aux États-Unis. Elle est en délicatesse avec le fisc américain pour de fausses déclarations fiscales. Politiquement, elle se fit remarquer par son indifférence à l’égard des attentats du 11 septembre 2001 (rien de plus pour elle que « des gens ont fait quelque chose ») mais surjoua son émotion à l’évocation de l’opération de secours « Black Hawk Down » où des soldats américains virent libérer un des leurs dans un hélicoptère abattu dans une mission de maintien de la paix. Enfin, elle refuse toujours de condamner publiquement Al-Qaeda, ce qui permet à un internaute de résumer sa dernière interview en utilisant le mème du PNJ:

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– Tump est raciste en disant que je soutiens Al-Qaeda.
– Vous soutenez Al-Qaeda?
– …

Alexandria Ocasio-Cortez est la plus souvent mise en avant par les médias, au point d’avoir son abréviation AOC. Issue d’une riche famille de New-York, elle travailla brièvement comme serveuse (permettant de donner corps à ses « humbles débuts » dans son récit personnel) avant d’embrasser la carrière politique. Depuis son élection, son radicalisme de gauche et ses délires utopiques montrent à quel point elle est coupée de la réalité. Ses sorties plongent régulièrement les responsables démocrates dans l’embarras. Elle réussit à faire fuir Amazon qui envisageait de s’installer à New York, perdant ainsi l’opportunité de créer 25’000 emplois, un exploit remarqué. Sans-frontiériste convaincue et imbue de son image, elle se fit aussi photographier dans une poignante séquence où elle pleure face à une clôture grillagée… Le tout étant en fait une mise en scène dans un parking vide.

Une belle brochette de championnes, comme on dit. Voilà les « étoiles montantes du parti démocrate » selon nos médias toujours aussi clairvoyants…

Le piège de Trump

Avec des rivales comme celles-ci, Trump pourrait dormir sur ses deux oreilles pour 2020. Leur bêtise et leur extrémisme fait fuir les électeurs centristes et provoque des remous jusque dans le camp démocrate.

Alors, pourquoi ne pas rajouter une bûche au feu?

C’est exactement ce que fit Trump en trois tweets dimanche dernier.

Depuis, la manœuvre – prévisible, prévue et même dénoncée – a réussi au-delà de toute espérance. Trump n’a que faire des accusations de racisme ; il est traité de raciste cent fois par semaine depuis qu’il est Président.

De leur côté, les stratèges démocrates sont on ne peut plus embarrassés par leurs « étoiles montantes ». Nancy Pelosi essayait depuis plusieurs semaines de diminuer leur exposition médiatique dans l’espoir de restaurer un semblant de crédibilité au Parti Démocrate pour l’échéance de 2020 ; tout vient de voler en éclat. Les médias ne s’intéressent même plus aux candidats à l’investiture présidentielle. Seules comptent les réactions et les invectives des élues d’extrême-gauche. Pire encore, par réaction, les autres Démocrates ont été contraints de s’aligner avec elles pour prendre leur défense – augmentant encore l’alignement du parti avec ces extrémistes repoussantes pour qui n’est pas un militant d’extrême-gauche.

En poussant le Parti Démocrate dans les cordes de l’extrême-gauche comme il le fait, Trump s’assure que les Démocrates passent pour des fous et des illuminés sans la moindre crédibilité. Les glapissements hystériques d’AOC, la vulgarité antisémite de Rashida Tlaib, l’obsession raciale de Ayanna Pressley et la sympathie affichée d’Ilhan Omar pour les islamistes auront tôt fait de détourner les Américains modérés de se rendre aux urnes pour chasser « l’ignoble Trump » du pouvoir – lui sur lequel il n’y a plus grand-chose à ajouter tant les médias lui envoient quotidiennement du fumier depuis trois ans.

Le site parodique Babylon Bee résume ce qui semble être la stratégie gagnante de Trump:

Voir encore:


Bret Stephens
The New York Times
June 16, 2017

In the matter of immigration, mark this conservative columnist down as strongly pro-deportation. The United States has too many people who don’t work hard, don’t believe in God, don’t contribute much to society and don’t appreciate the greatness of the American system.

In the matter of immigration, mark this conservative columnist down as strongly pro-deportation. The United States has too many people who don’t work hard, don’t believe in God, don’t contribute much to society and don’t appreciate the greatness of the American system. They need to return whence they came. I speak of Americans whose families have been in this country for a few generations. Complacent, entitled and often shockingly ignorant on basic points of American law and history, they are the stagnant pool in which our national prospects risk drowning.​
On point after point, America’s nonimmigrants are failing our country. Crime? A study by the Cato Institute notes that nonimmigrants are incarcerated at nearly twice the rate of illegal immigrants, and at more than three times the rate of legal ones. Educational achievement? Just 17 percent of the finalists in the 2016 Intel Science Talent Search — often called the “Junior Nobel Prize” — were the children of United States-born parents. At the Rochester Institute of Technology, just 9.5 percent of graduate students in electrical engineering were nonimmigrants. Religious piety — especially of the Christian variety? More illegal immigrants identify as Christian (83 percent) than do Americans (70.6 percent), a fact right-wing immigration restrictionists might ponder as they bemoan declines in church attendance. Business creation? Nonimmigrants start businesses at half the rate of immigrants, and accounted for fewer than half the companies started in Silicon Valley between 1995 and 2005. Overall, the share of nonimmigrant entrepreneurs fell by more than 10 percentage points between 1995 and 2008, according to a Harvard Business Review study. Nor does the case against nonimmigrants end there. The rate of out-of-wedlock births for United States-born mothers exceeds the rate for foreign-born moms, 42 percent to 33 percent. The rate of delinquency and criminality among nonimmigrant teens considerably exceeds that of their immigrant peers. A recent report by the Sentencing Project also finds evidence that the fewer immigrants there are in a neighborhood, the likelier it is to be unsafe. And then there’s the all-important issue of demographics. The race for the future is ultimately a race for people — healthy, working-age, fertile people — and our nonimmigrants fail us here, too. “The increase in the overall number of U.S. births, from 3.74 million in 1970 to 4.0 million in 2014, is due entirely to births to foreign-born mothers,” reports the Pew Research Center. Without these immigrant moms, the United States would be faced with the same demographic death spiral that now confronts Japan.​
Bottom line: So-called real Americans are screwing up America. Maybe they should leave, so that we can replace them with new and better ones: newcomers who are more appreciative of what the United States has to offer, more ambitious for themselves and their children, and more willing to sacrifice for the future. In other words, just the kind of people we used to be — when “we” had just come off the boat.​
O.K., so I’m jesting about deporting “real Americans” en masse. (Who would take them in, anyway?) But then the threat of mass deportations has been no joke with this administration.​
On Thursday, the Department of Homeland Security seemed prepared to extend an Obama administration program known as Deferred Action for Childhood Arrivals, or DACA, which allows the children of illegal immigrants — some 800,000 people in all — to continue to study and work in the United States. The decision would have reversed one of Donald Trump’s ugly campaign threats to deport these kids, whose only crime was to have been brought to the United States by their parents. Yet the administration is still committed to deporting their parents, and on Friday the D.H.S. announced that even DACA remains under review — another cruel twist for young immigrants wondering if they’ll be sent back to “home” countries they hardly ever knew, and whose language they might barely even speak.​
Beyond the inhumanity of toying with people’s lives this way, there’s also the shortsightedness of it. We do not usually find happiness by driving away those who would love us. Businesses do not often prosper by firing their better employees and discouraging job applications. So how does America become great again by berating and evicting its most energetic, enterprising, law-abiding, job-creating, idea-generating, self-multiplying and God-fearing people?​
Because I’m the child of immigrants and grew up abroad, I have always thought of the United States as a country that belongs first to its newcomers — the people who strain hardest to become a part of it because they realize that it’s precious; and who do the most to remake it so that our ideas, and our appeal, may stay fresh.​
That used to be a cliché, but in the Age of Trump it needs to be explained all over again. We’re a country of immigrants — by and for them, too. Americans who don’t get it should get out.​
Voir enfin:

Donald Trump Hates America
The rest of us can love America well.
David Brooks
NYT
July 18, 2019

So apparently Donald Trump wants to make this an election about what it means to be American. He’s got his vision of what it means to be American, and he’s challenging the rest of us to come up with a better one.

In Trump’s version, “American” is defined by three propositions. First, to be American is to be xenophobic. The basic narrative he tells is that the good people of the heartland are under assault from aliens, elitists and outsiders. Second, to be American is to be nostalgic. America’s values were better during some golden past. Third, a true American is white. White Protestants created this country; everybody else is here on their sufferance.
When you look at Trump’s American idea you realize that it contradicts the traditional American idea in every particular. In fact, Trump’s national story is much closer to the Russian national story than it is toward our own. It’s an alien ideology he’s trying to plant on our soil.

Trump’s vision is radically anti-American.

The real American idea is not xenophobic, nostalgic or racist; it is pluralistic, future-oriented and universal. America is exceptional precisely because it is the only nation on earth that defines itself by its future, not its past. America is exceptional because from the first its citizens saw themselves in a project that would have implications for all humankind. America is exceptional because it was launched with a dream to take the diverse many and make them one — e pluribus unum.

The Puritans settled this continent with visions of creating a future city on a hill. They had an eschatological dream of completing God’s plan for this earth. By the time of the revolution it was well understood that America was the land of futurity, the vanguard nation that would lead all of humanity to a dignified and democratic future.

“I always consider the settlement of America with reverence and wonder,” John Adams declared, “as the opening of a grand scene and design in providence, for the illumination of the ignorant and the emancipation of the slavish part of mankind all over the earth.”

American life is so raucous and dynamic because people are inflamed by visions of creating a heaven on earth. As George Santayana put it, Americans often don’t make a distinction between the sacred and the profane. In building material wealth, they see themselves creating a country that will redeem humanity, that will become the last best hope of earth.

This sense of mission has often made Americans arrogant, and somewhat dangerous to be around. But it has also made us anxious. The country was built amid a wail of jeremiads: Providence assigned us a mission to serve the whole planet, but we, in our greed and sin, are blowing it! “Ah my country!” Ralph Waldo Emerson lamented, “In thee is the reasonable hope of mankind not fulfilled.”
But the American mission survived its failures. Herman Melville summarized the ethos in his novel “White Jacket”: “God has predestined, mankind expects, great things from our race; and great things we feel in our souls. … We are the pioneers of the world; the advance-guard, sent on through the wilderness of untried things, to break a new path.”

Again and again, Americans have felt called upon to launch off into new frontiers — to design a democracy, to create a new kind of democratic person, to settle the West, to industrialize, to pioneer new technologies, to explore space, to combat prejudice, to fight totalitarianism and spread democracy. The mission was always the same: to leap into the future, to give life meaning and shape by extending opportunity and dignity to all races and nations.

This American idea is not a resentful prejudice; it’s a faith and a dream. The historian Sacvan Bercovitch put it best: “Only ‘America,’ of all national designations, took on the combined force of eschatology and chauvinism. Many forms of nationalism have laid claims to a world-redeeming promise; many Christian sects have sought, in open or secret heresy, to find the sacred in the profane; many European Protestants have linked the soul’s journey and the way to wealth.

“But only the ‘American Way,’ of all modern symbologies, has managed to circumvent the contradictions inherent in these approaches. Of all symbols of identity, only ‘American’ has succeeded in uniting nationality with universality, civic and spiritual selfhood, sacred and secular history, the country’s past and the paradise to be, in a single transcendent ideal.”

Trump’s campaign is an attack on that dream. The right response is to double down on that ideal. The task before us is to create the most diverse mass democracy in the history of the planet — a true universal nation. It is precisely to weave the social fissures that Trump is inclined to tear.
Americans have always been divided on where they came from, but united in their vision of their common future. They’ve been bonded by the vision of creating a pluralistic home in which everybody can belong and be seen. Or as Langston Hughes wrote: “America never was America to me/And yet I swear this oath/America will be!”

Voir par ailleurs:

Le démon du libéralisme
Daniel Pipes
Washington Times
14 juillet 2019

Version originale anglaise: The Demon in Liberalism

« Pourquoi la Suède est-elle devenue la Corée du Nord de l’Europe ? » C’est la question qu’un Danois avait posée sous forme de demi-boutade au caricaturiste suédois Lars Vilks lors d’une conférence à laquelle j’ai participé en 2014. En guise de réponse qui n’avait d’ailleurs pas convaincu, Vilks avait marmonné en disant que la Suède avait une prédilection pour le consensus.

Aujourd’hui, il existe à cette question une réponse plus convaincante qui nous est donnée par Ryszard Legutko, professeur de philosophie et homme politique polonais influent. Traduit en anglais par Teresa Adelson sous le titre The Demon in Democracy: Totalitarian Temptations in Free Societies (Le démon de la démocratie : les tentations totalitaires au sein des sociétés libres), son livre paru chez Encounter montre de façon méthodique les similitudes surprenantes mais réelles entre le communisme de type soviétique et le libéralisme moderne tel qu’il est conçu par la Suède, l’Union européenne ou Barack Obama.

(Avant d’analyser son argumentation, je tiens toutefois à préciser que là où Legutko parle de démocratie libérale, un concept trop complexe selon moi, je préfère parler de libéralisme.)

Legutko ne prétend pas que le libéralisme ressemble au communisme dans ce que celui-ci a de monstrueux et encore moins que les deux idéologies sont identiques. Il reconnaît pleinement le caractère démocratique du libéralisme d’une part et la nature brutale et tyrannique du communisme d’autre part. Mais une fois établie cette distinction nette, il met le doigt sur le point sensible commun aux deux idéologies.

C’est dans les années 1970 au cours d’un voyage effectué en Occident qu’il s’est rendu compte pour la première fois de ces similarités. Il s’est alors aperçu que les libéraux préféraient les communistes aux anti-communistes. Par après, avec la chute du bloc soviétique, il a vu les libéraux accueillir chaleureusement les communistes mais pas leurs opposants anticommunistes. Pourquoi ?

Car selon lui le libéralisme partage avec le communisme une foi puissante en l’esprit rationnel propre à trouver des solutions. Cela se traduit par une propension à améliorer le citoyen, à le moderniser et à le façonner pour en faire un être supérieur, une propension qui conduit les deux idéologies à politiser, et donc à dévaloriser, tous les aspects de la vie dont la sexualité, la famille, la religion, les sports, les loisirs et les arts. (Ce qui par ailleurs suscite une question certes malicieuse mais on ne peut plus sérieuse : quel est le type d’art le plus affreux ? L’art communiste ou l’art libéral ? L’art de Staline ou celui de la Biennale de Venise ?)

Les deux idéologies recourent à l’ingénierie sociale de façon à créer une société dont les membres seraient « identiques dans les mots, les pensées et les actes ». L’objectif serait d’obtenir une population en grande partie interchangeable et dépourvue de tout esprit dissident susceptible de causer des ennuis. Chacune des deux idéologies assume complètement le fait que sa vision particulière constitue le plus grand espoir pour l’humanité et représente la fin de l’histoire, l’étape finale de l’évolution de l’humanité.

Le problème, c’est que de tels plans d’amélioration de l’humanité conduisent inévitablement à de terribles déceptions. En réalité, les êtres humains sont bien plus têtus et moins malléables que ne le souhaitent les rêveurs. Quand les choses vont mal (disons la production alimentaire pour les communistes, l’immigration sans entraves pour les libéraux), apparaissent deux conséquences néfastes.

La première est le repli des idéologues dans un monde virtuel qu’ils cherchent ardemment à imposer à des sujets réfractaires. Les communistes déploient des efforts colossaux pour convaincre leurs vassaux qu’ils prospéreront bien plus que ces misérables vivant dans des pays capitalistes. Les libéraux transforment les deux genres – masculin et féminin – en 71 genres différents ou font disparaître la criminalité des migrants. Quand leurs projets tournent au vinaigre, les uns et les autres répondent non pas en repensant leurs principes mais, contre toute logique, en exigeant l’application d’un communisme ou d’un libéralisme plus pur et en s’appuyant fortement sur le complotisme : les communistes blâment les capitalistes et les libéraux blâment les entreprises pour expliquer par exemple pourquoi San Francisco détient aux États-Unis le record d’atteintes à la propriété ou pourquoi la ville de Seattle est gangrenée par une mendicité épidémique.

La deuxième conséquence survient quand les dissidents apparaissent immanquablement. C’est alors que les communistes comme les libéraux font tout ce qu’ils peuvent pour étouffer les opinions divergentes. Autrement dit, les uns comme les autres sont prêts à forcer leurs populations ignorantes « à la liberté » selon les termes de Legutko. Ce qui signifie, bien entendu, le contrôle voire, la suppression de la liberté d’expression. Dans le cas du communisme, les bureaux de la censure du gouvernement excluent toute opinion négative vis-à-vis du socialisme et les conséquences sont fâcheuses pour quiconque ose persister.

Dans le cas du libéralisme, les fournisseurs d’accès à Internet, les grands réseaux sociaux, les écoles, les banques, les services de covoiturage, les hôtels et les lignes de croisière font le sale boulot consistant à mettre hors-jeu les détracteurs qui tiennent ce qui est appelé un discours de haine consistant notamment à affirmer l’idée scandaleuse selon laquelle il n’y a que deux genres. Bien entendu l’islam est un sujet insidieux : ainsi le fait de se demander si Mahomet était un pédophile, est passible d’une amende, et une caricature, d’une peine de prison. Résultat : en Allemagne à peine 19% des citoyens ont l’impression qu’ils peuvent exprimer leur opinion librement en public.

L’analyse faite par Legutko ne constitue pas un plan d’action pour les conservateurs. Néanmoins l’argumentation qu’elle développe devrait servir de point d’appui à ces derniers quand ils mettent en évidence les éléments répressifs du libéralisme, vantent les beautés de la liberté du conservatisme et s’attèlent à cette grande œuvre qui consiste à sortir du gouffre des pays comme la Suède. Si l’Union soviétique, qui a tué 62 millionsde personnes de son propre peuple et a menacé toute l’humanité avec ses missiles balistiques intercontinentaux, a fini par imploser, il est plausible de voir s’effondrer les bastions du libéralisme avec en perspective, l’analyse inspirante de Legutko


Présidence Trump: Le pire des présidents (What if Trump’s very flaws were his strengths and his unpresidentiality the very quality needed to bring long-overdue changes to America and the world ?)

13 juillet, 2019

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Là où le péché abonde, la grâce surabonde. Paul (Romains 5 : 20)
Où est le péril, croît, le salutaire aussi. Hölderlin
La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action. Frère Laurent (Roméo et Juliette, Shakespeare)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Comme une réponse, les trois slogans inscrits sur la façade blanche du ministère de la Vérité lui revinrent à l’esprit. La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. 1984 (George Orwell)
La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. George Orwell (1984)
Il est des idées d’une telle absurdité que seuls les intellectuels peuvent y croire. George Orwell
Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires. George Orwell
Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. George Orwell
Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. George Orwell
I suppose if I had lost the war, I would have been tried as a war criminal. General Curtis LeMay
La démocratie est le pire système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire. Winston Churchill (1947)
To label him a great or good or even a weak president misses the point. He was merely necessary. Herbert Parmet (Eisenhower, 1972)
Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. Christophe Guilluy
Madame Hidalgo persécute l’artisan qui roule dans une vieille camionnette, mais elle rêve d’attirer toujours plus de touristes dont les autocars font trembler les pavés parisiens, elle veut une ville verte et cycliste pour accueillir des foules livrées par Airbus. Bref, elle psalmodie avec la même conviction l’urgence écologique et l’impératif touristique, ce qui est à hurler de rire. (…) On ne cesse de nous rappeler que la planète n’est pas renouvelable, mais les vieilles pierres, les églises, les temples ne le sont pas non plus. Il est tout de même curieux qu’on trouve normal de pénaliser un travailleur qui n’a pas les moyens de se payer une voiture propre mais qu’on refuse toute mesure de restriction touristique au prétexte que les classes moyennes brésiliennes ou indiennes ont aussi le droit de visiter Chambord. Du reste, cet argument est d’une rare hypocrisie: si nous nous mettons en quatre pour recevoir le touriste, même modeste, ce n’est évidemment pas par esprit démocratique mais parce que, pauvre ou pas, nous pourrons le soulager de quelques devises. Rassurez-vous, je ne prétends pas qu’il faudrait interdire le tourisme, mais au moins le réguler. On somme les Chinois de modérer leurs émissions de carbone, pourquoi serait-il intolérable de leur demander de réduire leurs voyages? Alors oui, peut-être faudra-t-il à l’avenir attendre plus longtemps et payer plus cher pour visiter nos monuments. Mais si on ne restreint pas les flux, ces générations futures pour lesquelles on nous demande de changer nos habitudes n’auront plus rien à visiter. (…) On a (…) vendu la mobilité, la flexibilité, la désaffiliation comme des idéaux à des classes populaires ou moyennes qui non seulement n’ont pas les moyens financiers et culturels de passer leur vie à sauter les frontières ou à s’installer ailleurs que dans l’endroit où ils ont acheté une maison invendable, mais qui, en plus, semblent assez largement rétives aux beautés du nomadisme. (…) Le tourisme éthique et citoyen inventé par les marchands de voyages et le «guide du Roublard» (encore Muray) n’étaient pas mal non plus. Encore une fois, le tourisme écologique est un oxymore. Ou pour le dire autrement, une vaste blague. Cependant, aujourd’hui, certains écolos (et les technos du ministère) rêvent de «valoriser» la nature et d’en faire à son tour un patrimoine touristique bien plus profitable que l’élevage qui occupe actuellement les déserts français. Les promoteurs de ce Yellowstone à la française, sur lequel Causeur publie une enquête, aimeraient donc se débarrasser du pastoralisme, cette activité humaine ancestrale, pour implanter des loups et des ours. Le calcul est simple: des touristes fortunés susceptibles de payer pour voir des prédateurs, il y en a beaucoup, alors que ces éleveurs nous coûtent un pognon de dingue. En somme, cette écologie de l’ensauvagement lutte contre l’homme et pour le touriste. (…) Je ne me moque nullement de ces bénéfices, je me désole que nous acceptions de n’être plus qu’un pays où on vient passer ses vacances ou, pire encore, un pays qu’on traverse pour aller en Italie ou en Espagne. Nous sommes fiers de notre médaille d’or du nombre de touristes mais ce chiffre masque le fait que beaucoup ne dépensent chez nous que le prix de deux pleins et de trois sandwiches. Par ailleurs, on oublie toujours, quand on parle des recettes du tourisme, de compter le coût des nuisances qu’il occasionne et des investissements qu’il nécessite, dont une partie notable est à la charge de la collectivité. Cela dit, je ne me désole pas que des milliards d’étrangers rêvent de visiter Paris, je me désole du fait que «la ville de demain», comme dit la maire, soit d’abord conçue pour eux et si peu pour ceux qui y vivent. Et aussi que nous renoncions à être une grande nation industrielle pour être la première destination touristique du monde. Comme si nous n’avions plus rien d’autre à vendre que notre passé débité en visites guidées et produits dérivés. (…) Quand Paris a «gagné» les JO, – contre personne car il n’y avait pas d’autres candidats – nous avons été les seuls à dénoncer cette catastrophe. On nous disait: vous n’aimez rien, ce sera formidable pour la ville, la grande fête du sport, et tout ce baratin. Plus l’échéance approche et plus on se rend compte que ce sera, comme toujours, la grande fête du business, de la pub, de la vente de bière, de la fête obligatoire et du bruit. Paris va se transformer en ville-sandwich mais joue les vertueuses en refusant Total, un peu comme une prostituée qui refuserait les hommes mariés. Et je ne vous parle même pas des retards dans les chantiers et des dépassements de budget qui s’annoncent. Dans quatre ans, tous ceux qui nous sommaient hier de nous enthousiasmer hurleront au scandale. (…) Muray était un prophète, il a deviné toutes les potentialités diaboliques et comiques de notre époque sans autre et sans ailleurs bien avant qu’elles soient accomplies. Autant dire que les occasions de lui rendre hommage ne manquent pas. Il est impossible de comprendre ce qui se joue dans l’arraisonnement touristique du monde sans le lire. Elisabeth Lévy
I don’t believe only in reproductive freedom, I believe in reproductive justice. And what that means is just because a woman, or let’s also not forget someone in the trans community — a trans female — is poor, doesn’t mean they shouldn’t exercise that right to choose. So I absolutely would cover that right to have an abortion. Julian Castro
Let me just be very clear: we have to have a secure border. But I am in favor of saying that we’re not going to treat people who are undocumented [and] cross the borders as criminals, that is correct. What we cannot do is have any more policy like we have under this current president that is about inhumane conduct, that is about putting babies in cages, that is about separating children from their parents and we have got to have policy that is about passing comprehensive immigration reform with a pathway toward citizenship. I would not make it punishable by jail. It should be a civil enforcement issue, but not a criminal enforcement issue. Sen. Kamala Harris (D-Calif.)
I’ve been to that facility, where they talk about cages. That facility was built under President Obama under (Homeland Security) Secretary Jeh Johnson. I was there because I was there when it was built. The kids are being house in the same facility built under the Obama administration.’ If you want to call them cages, call them cages. But if the left wants to call them cages and the Democrats want to call them cages then they have to accept the fact that they were built and funded in FY 2015. It’s chain link dividers that keeps children separate from unrelated adults. It’s about protecting children. Thomas Homan (Obama’s executive associate director of Immigration and Customs Enforcement)
Ne fermez pas les portes à ceux qui frappent. Le monde des migrants et des réfugiés est la croix de l’humanité. Pape François
Des associations comme SOS Méditerranée et Sea Watch nous honorent et nous obligent face à l’inertie des gouvernements européens. Carola Rackete et Pia Klemp sont les emblèmes de ce combat, porteuses des valeurs européennes auxquelles la Ville de Paris appelle une nouvelle fois notre continent à rester fidèle. Patrick Klugman (adjoint à la maire de Paris chargé des Relations internationales)
L’Eglise est dans son rôle quand elle fait preuve de compassion et de charité pour les plus vulnérables. Elle sort de ses fonctions quand elle fait de la politique, par son opposition aux Etats qui entendent contrôler leurs frontières. Une chose est d’aider des migrants qui risquent la mort. Une autre est de rester indifférent aux peuples d’Europe qui voient l’immigration de masse comme une force potentielle de déstabilisation de leur civilisation fatiguée. François se comporte comme s’il avait déjà tiré un trait sur la vieille Europe infertile et décadente, pour lui préférer la plus prolifique clientèle du tiers-monde. Et se plaçant en chef de file des humanitaires, sans manifester de curiosité particulière pour leurs arrangements avec les passeurs en Méditerranée, le Pape est en train de transformer l’Eglise catholique en une super-ONG à la George Soros. Il est également en train de vider de sa substance le subtil message religieux, qui s’adresse à chaque croyant soucieux de sa rédemption, au profit de lourds slogans humanitaires culpabilisant les Etats. Le plus grave est que François ne semble pas vouloir mesurer la force conquérante de l’islam au contact de l’Occident, et la faiblesse de l’Europe oublieuse de ses propres racines. Le cardinal Robert Sarah remarque avec justesse : « L’Europe veut s’ouvrir à toutes les cultures – ce qui peut être louable et source de richesse – et à toutes les religions du monde, mais elle ne s’aime plus« . Le pape, non plus, n’aime pas l’Europe. Ivan Rioufol
Arrêtée par la police italienne, le capitaine du bateau Sea Watch, Carola Rackete, semble être devenue l’héroïne de toute une gauche européenne dont l’activisme humanitaire et victimiste pro-migrants sert en réalité une idéologie anti-nationale, anti-frontières et viscéralement hostile à la civilisation européenne-occidentale assimilée au Mal et dont les « fautes » passées et présentes ne pourraient être expiées qu’en acceptant l’auto-submersion migratoire et islamique… Rappelons que le Sea-Watch 3, navire de 600 tonnes battant pavillon hollandais et cofinancé par les fonds de George Soros et autres riches contributeurs, a non seulement « récupéré » des migrants illégaux acheminés par des passeurs nord-africains, ce qui est en soi un viol de la loi, mais a délibérément forcé le blocus des eaux territoriales italiennes, donc violé la souveraineté de ce pays. De ce fait, son capitaine, l’Allemande Carola Rackete, va être présentée à un juge en début de semaine, à Agrigente, dans le sud de la Sicile, puis répondra des faits « d’aide à l’immigration clandestine » (punie de prison par la loi italienne et le « décret-sécurité » (decreto-sicurezza) du gouvernement / Ligue (5 étoiles de Rome), puis de « résistance à un bateau de guerre ». Quant aux 42 migrants clandestins de la Sea Watch 3 débarqués après l’arrestation de la capitaine-activiste allemande (11 migrants plus « vulnérables » avaient déjà été débarqués légalement), ils ont fini par débarquer à Lampedusa après que la France, l’Allemagne, le Portugal, le Luxembourg et la Finlande ont accepté un plan de répartition visant à en accueillir chacun quelques-uns. (…) Pendant ce temps, des petites embarcations moins identifiables et qui ne font pas la une des médias continuent d’arriver chaque jour à Lampedusa et au sud d’Agrigente (200 ces derniers jours). Et d’autres navires affrétés par des ONG pro-migrants continuent de défier les autorités italiennes ou d’autres pays (Malte, Espagne, Grèce, etc.) dans l’indifférence générale et en violation banalisée de la loi et du principe de protection des frontières. On peut citer par exemple l’ONG espagnole Proactiva open arms, qui patrouille au large de la Libye malgré la menace d’une amende de 200 000 à 900 000 euros brandie par les autorités espagnoles. « Si je dois payer par la prison ou par une amende le fait de sauver les vies de quelques personnes, je le ferais », a d’ailleurs assuré Oscar Camps, fondateur de l’ONG. Utilisant la même rhétorique de « résistance » et de « désobéissance civile » face à une autorité étatique « répressive », Carola Rackette expliquait elle aussi au Spiegel, quelques jours seulement avant d’accoster à Lampedusa : « Si nous ne sommes pas acquittés par un tribunal, nous le serons dans les livres d’histoire. » (…) La stratégie d’intimidation psychologique des ONG et lobbies subversifs pro-migrants consiste en fait à adopter une rhétorique victimaire et hautement culpabilisatrice qui a pour but de faire passer pour des horribles racistes / fascistes les défenseurs des frontières et des lois sécuritaires pourtant démocratiquement adoptées. Carola Rackete a ainsi déclaré au journal italien La Repubblica : « J’ai la peau blanche, j’ai grandi dans un pays riche, j’ai le bon passeport, j’ai pu faire trois universités différentes et j’ai fini mes études à 23 ans. Mon obligation morale est d’aider les gens qui n’ont pas bénéficié des mêmes conditions que moi (…). Les pauvres, ils ne se sentent pas bienvenus, imaginez leur souffrance (…), j’ai voulu accoster de force car beaucoup risquaient de se suicider sur la bateau et étaient en danger depuis 17 jours d’immobilisation ». (…) Très fier de lui et de son « coup », Chris Grodotzki, le président de l’ONG Sea Watch, se réjouit que « dans toute l’Europe, Carole est devenue un symbole. Nous n’avons jamais reçu autant de dons », indiquant qu’en Italie une cagnotte a recueilli dimanche 400 000 euros. Samedi, en Allemagne, deux stars de la télévision, Jan Böhmermann et Klaas Heufer-Umlauf, ont lancé quant à eux une cagnotte et 500 000 euros ont été récoltés en moins de vingt-quatre heures. En fait, l’aide aux migrants clandestins est une activité lucrative pour les ONG, et pas seulement pour les passeurs et les établissements payés pour offrir le gîte et l’accueil avec les deniers publics. (…) D’après Matteo Salvini, Carola Rackete serait une « criminelle » qui aurait tenté de « tuer des membres des forces de l’ordre italienne ». Il est vrai que la vedette de la Guarda della Finanza, (12 mètres), très légère, n’aurait pas résisté au choc du navire de la Sea Watch (600 tonnes) si elle ne s’était pas retirée. Inculpée par le procureur d’Agrigente, la capitaine de la Sea Watch risque jusqu’à dix ans de prison pour « résistance ou violence envers un navire de guerre ». En fait, bien moins que dans de nombreux autres pays du monde, y compris démocratiques comme l’Australie, les Etats-Unis ou la Hongrie. Le procureur d’Agrigente, Luigi Patronaggio, qui est pourtant connu pour ne pas être du tout favorable à la Ligue de Matteo Salvini, a d’ailleurs qualifié le geste de Carola Rackete de « violence inadmissible » et placé la capitaine du navire humanitaire aux « arrêts domiciliaires » (contrôle judiciaire avec assignation à résidence), avant le lancement d’une procédure de flagrant délit. L’intéressée a répondu via le Corriere della Sera, en affirmant que « ce n’était pas un acte de violence, seulement de désobéissance ». (…) Depuis, de Rome à Berlin, et au sein de toute la gauche et l’extrême-gauche européenne, « Carola » est devenue une nouvelle « héroïne de la désobéissance civile », le concept clef de la gauche marxiste ou libertaire pour justifier moralement le fait de bafouer délibérément les règles des Etats et de violer les lois démocratiques qui font obstacle à leur idéologie anti-nationale. Et la désinformation médiatique consiste justement à faire passer l’appui que Carola Rackete a reçu – de la part de stars de TV, de politiques bien-pensants et de lobbies pro-migrants chouchoutés par les médias – pour un « soutien de l’Opinion publique ». En Allemagne, du président de l’Église évangélique, Heinrich Bedford-Strohm, au PDG de Siemens, Joe Kaeser, de nombreuses voix se sont élevées pour prendre sa défense comme si elle était une nouvelle Pasionaria « antifasciste / antinazie », 90 ans plus tard… (…) En Italie, outre la figure de Leo Luca Orlando, le maire de Palerme, qui accorde régulièrement la « citoyenneté d’honneur » de sa ville aux dirigeants d’ONG pro-migrants et qui assimile les « cartes de séjours » et contrôles aux frontières à des « instruments de torture », l’ensemble de la gauche (hors le parti 5 étoiles allié de la Ligue), et surtout le parti démocrate, (PD), jouent cette carte de « l’illégalité légitime » et appuie les ONG anti-frontières. « Par nécessité, vous pouvez enfreindre la loi », ont déclaré aux membres de la Sea Watch les députés de gauche montés à bord du bateau Sea Watch 3 avant l’arrestation de Carole Rackete. Premier à être monté à bord du Sea Watch 3, l’élu du PD Graziano Delrio ose lancer : « Dans certains cas, vous ne pouvez pas respecter les lois et vous pouvez même au contraire, dans des cas de nécessité, enfreindre les lois. » (..;) Détail stupéfiant, les représentants du PD venus manifester leur solidarité avec la capitaine (étrangère) d’un navire (étranger) faisant le travail de passeurs / trafiquants d’êtres humains, n’ont pas même condamné ou regretté le fait que la « militante humanitaire Carole » a failli tuer les policiers de la vedette de la Guardia di Finanza qui bloquait le Sea Watch 3. Estimant qu’il ne pouvait manquer ce « coup médiatique » afin de complaire aux lobbies et médias immigrationnistes dominant, l’ex-Premier ministre (PD) Matteo Renzi était lui aussi sur le pont du Sea Watch 3 lorsque Carola Rackete a décidé de forcer le blocus. Avec lui, d’autres parlementaires de gauche (Matteo Orfini, Davide Faraone, Nicola Fratoianni et Riccardo Magi) ont carrément « béni » cette action illégale et violente qui a pourtant mis en danger les membres des forces de leur propre pays. (..;) Étaient également venus applaudir la capitaine allemande et son action illégale : le curé de Lampedusa, Don Carmelo La Magra ; l’ancien maire de l’île Giusi Nicolini, le médecin et député européen Pietro Bartolo, et le secrétaire local du parti PD Peppino Palmeri, lequel a déclaré pompeusement que « l’humanité a gagné, (…). Je pense que oui, nous devons être unis dans une fraternité universelle »… Plutôt que de respecter la légalité des lois approuvées démocratiquement par le Parlement de leur propre pays dont ils sont élus, ces représentants de la gauche ont accusé le gouvernement Ligue / 5 étoiles d’avoir « laissé au milieu de la mer pendant 16 jours un bateau qui avait besoin d’un refuge » (Matteo Orfini), alors qu’en réalité, sur les 53 migrants illégaux au départ présents sur le Sea Watch 3, onze avaient été débarqués en Italie en raison de leur état vulnérable, les autres étant nourris et auscultés par des médecins envoyés par l’Etat italien. (..;) Dès qu’elle est descendue du navire accompagnée des policiers italiens venus l’arrêter, Carola Rackete a été saluée par les ovations d’un groupe d’activistes ainsi que par le curé de la paroisse de Lampedusa, Carmelo La Magra, lequel dormait dans le cimetière de sa paroisse depuis une semaine « en signe de solidarité ». Rivalisant avec les plus virulents pro-migrants d’extrême-gauche, le curé de Lampedusa a exulté : « Noël vient quand il arrive. Bienvenue aux migrants à Porto Salvo di Lampedusa. » Le prêtre de l’église de San Gerlando di Lampedusa s’est ainsi joint à l’appel de l’Action catholique italienne « à permettre le débarquement immédiat des 42 personnes à bord du Sea Watch ». (..;) Au début du mois de mai dernier, lors de son voyage en Bulgarie, le Pape avait donné le ton et répondu ainsi à la politique des « ports fermés » de Matteo Salvini : « Ne fermez pas les portes à ceux qui frappent. Le monde des migrants et des réfugiés est la croix de l’humanité. » Preuve que les curés pro-migrants et l’Église catholique de plus en plus immigrationniste sont, comme la gauche anti-nationale post-ouvrière, totalement déconnectés des peuples et de leurs ouailles : rappelons qu’à Lampedusa la Ligue de Salvini est arrivée en tête avec 45 % des voix aux dernières élections européennes ; que plus de 65 % des Italiens (catholiques) approuvent ses lois et actions visant à combattre l’immigration clandestine ; et que le Pape François, certes populaire auprès des médias quand il défend les migrants, exaspère de plus en plus et a même rendu antipapistes des millions d’Italiens qui se sentent trahis par un souverain Pontife qui semble préférer les musulmans aux chrétiens et les Africains aux Européens. A tort ou à raison d’ailleurs. (…) Il est vrai que la Sicile et en particulier Lampedusa sont plus que jamais en première ligne face à l’immigration clandestine : rien que pendant les deux dernières semaines durant lesquelles le Sea Watch est resté bloqué au large de l’île, Lampedusa a assisté impuissante, malgré la politique des « ports fermés » de Matteo Salvini et de son nouveau « décret sécurité », plus de 200 clandestins (majoritairement tunisiens et aucunement des « réfugiés » politiques syriens) acheminés par des barques de fortunes plus difficiles à repérer que les navires des ONG. Depuis des années, la ville est littéralement défigurée, l’arrivée de migrants entraînant des faits quotidiens de violences, d’agressions, de vols et destructions de commerces. (…) Malgré cela, le médiatique curé de Lampedusa, grand adepte du pape François, martèle qu’il faut « accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés ». Dans une autre ville de Sicile, Noto, où nous nous sommes rendus le 27 juin dernier, une immense croix en bois a été construite à partir de morceaux d’une embarcation de migrants et a été carrément érigée dans l’entrée de la plus grande église du centre-ville. A Catania, ville très catholique-conservatrice et de droite – où se déroule chaque année début février la troisième plus grande fête chrétienne au monde, la Santa Agata – la cathédrale a été prise d’assauts par des sit-in pro-migrants en défense de Carola Rackete et de la Sea Watch. (…) Quant à Palerme, l’alliance entre l’Église catholique et le maire de la Ville, Leo Luca Orlando, chef de file de la lutte contre la politique migratoire de Matteo Salvini, est totale, alors même que Orlando est un anticlérical patenté à la fois islamophile et pro-LGBT. Sa dernière trouvaille a consisté à proposer d’éliminer le terme même de « migrant », puisque « nous sommes tous des personnes ». D’après lui, le terme « migrants » devrait être supprimé, tout comme la gauche a réussi à faire supprimer celui de « clandestin », remplacé dans le jargon journalistique par celui, trompeur, mais plus valorisant, de « migrant ». Cette manipulation sémantique visant à abolir la distinction migrant régulier / illégal est également très présente dans le pacte de Marrakech des Nations-unies. (..;) Récemment, à l’occasion de la rupture du jeûne du ramadan, le médiatique maire palermitain s’est affiché en train de prier avec une assemblée de musulmans, consacrant même une « journée consacrée à l’islam » en rappelant le « glorieux passé arabo-islamique » de la Sicile (en réalité envahie et libérée deux siècles plus tard par les Normands). Orlando utilise lui aussi à merveille l’arme de la culpabilisation lorsqu’il ne cesse de justifier l’immigration illimitée au nom du fait que les Siciliens « ont eu eux aussi des grands-parents qui ont décidé d’aller vivre dans un autre pays en demandant à être considérés comme des personnes humaines ». Bref, « on est tous des migrants ». Une musique bien connue aussi en France. (…) A chaque nouvelle affaire de blocage de bateaux d’ONG pro-migrants par les autorités italiennes obéissant à la politique de la Ligue, le maire de Palerme se déclare prêt à accueillir des navires dans le port de Palerme. Lors de notre visite, le 26 juin dernier, Orlando nous a d’ailleurs remis une brochure consacrée à l’accueil des migrants, « chez eux chez nous ». Comme le Pape ou l’ex-maire de Lampedusa, Leoluca Orlando est depuis quelques années tellement obsédé par « l’impératif d’accueil » des migrants, alors que la Sicile connaît encore une grande pauvreté et un chômage de masse, qu’il suscite une réaction de rejet et d’exaspération, d’autant que de nombreuses initiatives en faveur des migrants sont financées par des citoyens italiens-siciliens hyper-taxés et précarisés. (…) Le 28 juin, lorsque nous avons parlé de la question migratoire au maire de la seconde ville de Sicile, Catania, Salvatore Pogliese, ex-membre d’Alleanza nazionale élu député européen et maire sous les couleurs de Forza Italia, celui-ci nous confiait qu’il jugeait absurdes et extrêmes les vues du maire de Palerme ou du curé de Lampedusa. Et il rappelait que lorsque des maires pro-migrants jouent aux « héros » en réclamant l’ouverture sans limites des ports pour accueillir les « réfugiés » du monde entier, ils mentent puisque l’ouverture des ports relève, comme en France, non pas des maires, mais de l’Etat central (ministères des Transports et de l’Intérieur). (..;) Une autre alliance de forces « progressistes » / pro-migrants n’a pas manqué de surprendre les analystes de la vie politique italienne, notamment à l’occasion de la Gay Pride, organisée à Milan le 28 juin, par le maire de gauche, Beppe Sala, champion de la « diversité » et des minorités en tout genre : l’alliance de la gauche et des multinationales et des Gafam. C’est ainsi que certains journaux italiens de droite ont relevé le fait que les sponsors de la Gay Pride, officiellement indiqués sur le site de l’événement – Google, Microsoft, eBay, Coca-Cola, PayPal, RedBull, Durex, Benetton, etc. – ont tenu et obtenu que soient associées à la cause des gays celle des migrants afin de « prendre en compte toutes les différences, pas seulement liées à l’identité et à l’orientation sexuelle (immigration, handicap, appartenance ethnique, etc.) ». (..;) Les « migrants » illégaux et autres faux réfugiés secourus par les ONG immigrationnistes, adeptes des « ports ouverts », ont donc eu droit à un traitement de faveur et ont pu officiellement venir « exprimer toute sa solidarité avec le capitaine du navire (Sea Watch 3) Carola Rackete, avec les membres de l’équipage et avec toutes les personnes à bord », écrit sur Facebook « Ensemble sans murs », qui « participera avec enthousiasme au défilé de mode de Milan ». L’idéologie diversitaire est si puissante, et l’accueil des migrants est tellement devenu la « cause des causes » capable de surpasser les autres, qu’elle s’invite même chez les lobbies LGBT, pourtant la « minorité » la plus directement persécutée – avec les juifs – par l’islamisme. (..;) Or, une grande majorité d’immigrés clandestins est de confession musulmane : Subsahariens, Erythréens, Soudanais, Égyptiens, Syriens, Turcs, Maghrébins ou Pakistanais et Afghans qui émigrent en masse dans la Vieille Europe de façon tant légale (regroupement familial, migrations économiques, visas étudiants, mineurs non-accompagnés…) qu’illégale. (..;) Pour bien comprendre « d’où parlent » les défenseurs des migrants clandestins qui ne cessent d’apostropher Victor Orban, Matteo Salvini ou encore le « diable en chef » Donald Trump pour leurs politiques de contrôle de l’immigration, il suffit de constater le deux poids deux mesures et l’indignation sélective de la gauche et de l’Église catholique qui dénoncent les « populistes européens xénophobes / islamophobes / racistes » mais très peu le néo-Sultan Erdogan et encore moins les pays d’Afrique, du Maghreb, d’Amérique latine ou d’Asie qui répriment extrêmement sévèrement et violemment l’immigration clandestine et / ou l’islamisme. (…) Deux exemples flagrants suffiront à s’en convaincre : l’ONU a récemment condamné « l’islamophobie » européenne et occidentale, notamment de la France et de l’Italie, mais pas les massacres de masse de musulmans en Chine ou en Inde. Ensuite, le 5 septembre 2018, lorsque la marine marocaine a fait tirer sur une embarcation de migrants clandestins, faisant un mort et un blessé grave, puis fait arrêter le capitaine espagnol du bateau, l’ONU n’a pas bronché. Pas plus dans de nombreux cas de mauvais traitements, persécutions de migrants subsahariens ou de chrétiens dans l’ensemble des pays d’Afrique du Nord et arabes. (..;) Les Etats européens et les « militants » antifascistes hostiles aux « populistes » n’ont pas manifesté la moindre indignation face à ces phénomènes récurrents. Pas plus que les antiracistes français et leurs alliés féministes et pro-LGBT ne dénoncent la misogynie et l’homophobie islamiques, de facto exonérées par primat xénophile et auto-racisme anti-occidental. Ce dernier exemple est significatif : loin de se laisser culpabiliser, les autorités marocaines ont pourtant assumé le fait qu’une « unité de combat de la Marine royale » a ouvert le feu sur l’embarcation (un « go-fast » léger) en tuant une passagère. Comme Carola Rackete, le capitaine de la vedette de clandestins n’avait pas obéi aux ordres des militaires marocains l’intimant de stopper sa course. (..;) Morale de l’histoire : l’immigrationnisme des ONG comme la Sea Watch et autres « No Borders » est – comme l’antiracisme à sens unique – une arme subversive tournée contre les seuls peuples blancs-judéo-chrétiens-occidentaux et leurs Etats-Nations souverains. D’évidence, les forces cosmopolitiquement correctes (gauche internationaliste-marxiste ; libéraux-multiculturalistes ; multinationales / Mc Word ; Église catholique ; fédéralistes européens et autres instances onusiennes) veulent détruire en premier lieu les vieilles nations européennes culpabilisées et vieillissantes, sorte de terra nullius en devenir conçue comme le laboratoire de leurs projets néo-impériaux / mondialistes respectifs. (..) Ces différentes forces ne sont pas amies, mais elles convergent dans un même projet de destruction des Etats-souverains occidentaux. Voilà d’où parlent les No Borders. Et à l’aune de ce constat, le fait que le milliardaire Soros et les multinationales précitées sponsorisent des opérations pro-migrants, pourtant exécutées par des ONG et forces de gauche et d’extrême-gauche ou chrétiennes / tiersmondistes, en dit long sur la convergence des forces cosmopolitiquement correctes hostiles à l’Etat-Nation et à la défense de l’identité occidentale. Alexandre del Valle
Cela s’inscrit dans la ligne politique engagée par l’Iran depuis quarante ans. Ils déploient une politique de chantage sans pour autant l’assumer. Ils déploient une politique de chantage sans pour autant l’assumer. Ils jettent de l’huile sur le feu, mais de manière modérée. La seule chose qui leur reste, c’est leur pouvoir de nuisance. Mahnaz Shirali
Le Président américain Donald Trump est présenté comme un abruti erratique guidé par ses impulsions, ignorant et dangereux. Bien que le rapport Mueller ait montré qu’il n’y a jamais eu aucune «collusion» entre Trump et la Russie, les journalistes français en leur grande majorité se refusent à le dire explicitement et à reconnaître qu’ils ont pratiqué la désinformation à dose intensive pendant deux ans. Les résultats obtenus par ­Trump, tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur, sont à peine notés et ne le sont parfois pas du tout. Quand ils le sont, le nom de Trump est le plus souvent omis, comme si le citer positivement, ne serait-ce qu’une seule fois, était absolument impensable. Ce n’est, en soi, pas grave: ­Trump gouverne sans se préoccuper de ce que diront des journalistes français. Cela contribue néanmoins à entraver la compréhension des choses de tous ceux qui ne s’informeraient que grâce à la presse française, et nombre de gens seront dès lors surpris lorsque Trump sera réélu en novembre 2020 (car tout l’indique: il sera réélu). On leur expliquera sans doute que c’est parce que le peuple américain est lui-même ignorant et dangereux. Cela contribue aussi à empêcher de voir que l’action et les idées de Trump ont un impact beaucoup plus vaste, et qui excède de beaucoup les frontières des États-Unis. La politique économique menée par Donald Trump – qui ajoute à une forte baisse des impôts et à une déréglementation radicale, un refus de se soumettre aux lubies écologistes et un nationalisme économique basé sur la renégociation de tous les accords internationaux antécédemment négociés et sur la création de rapports de force – porte ses fruits et mène divers gouvernements sur la planète à adopter des mesures allant dans la même direction. Sa politique intérieure – basée sur un retour à une immigration strictement contrôlée et sur la réaffirmation des valeurs qui fondent la civilisation occidentale – porte, elle aussi, ses fruits, même si elle est, dans plusieurs États du pays, entravée par les décisions délétères de la gauche américaine qui entend protéger les immigrants illégaux (criminels compris). Plusieurs gouvernements sur la planète adoptent des mesures allant dans le même sens. Au Proche-Orient, Donald ­Trump conduit une asphyxie du régime iranien qui progresse et, n’en déplaise à ceux qui refusent de le voir, diminue la dangerosité de celui-ci. Il met en place un rapprochement entre les pays du monde arabe sunnite et Israël qui modifie profondément la donne régionale et, n’en déplaise là encore à ceux qui refusent de le voir, fait apparaître pour la première fois des espoirs réels qu’émerge une paix durable. L’anéantissement de l’État islamique permet de juguler le terrorisme islamique sur les cinq continents. L’action d’endiguement de la Chine communiste déstabilise celle-ci et freine les ambitions hégémoniques nourries par Xi Jinping. La Corée du Nord n’est plus une menace pour la Corée du Sud et le Japon. L’arrivée au pouvoir de Jaïr Bolsonaro au Brésil est au cœur d’un changement majeur dans toute l’Amérique latine. En Europe, Trump ne cesse d’appuyer les dirigeants «populistes» d’Europe centrale contre les orientations anti-démocratiques et islamophiles de l’Union européenne, et la perspective d’une Europe des nations souveraines fait son chemin. L’ère Trump est en son aurore. La grande presse du monde qui parle anglais le dit explicitement. Ne comptez pas sur la grande presse française pour vous le dire! Guy Millière
Trump ne voulait pas du rôle de policier mondial, mais il se trouve obligé de l’assumer, puisqu’il n’y a aucune puissance capable de remplacer les États-Unis dans ce domaine-clé. C’est l’Amérique, pas l’ONU impotente et corrompue, qui maintient les routes commerciales, et le monde entier en profite, gratuitement – comme si cela allait de soi. Or, non seulement, cela ne va pas de soi, mais beaucoup d’obligés geignent contre un pseudo «impérialisme américain», sans jamais se remettre en question. Si l’Amérique trouve certes son compte dans ce service planétaire assuré à grands frais par sa flotte et ses services de surveillance, ce n’est pas elle qui en a le plus besoin, mais ses alliés qui, eux, ne sont pas sevrés du brut que leur vend l’OPEP. C’est aussi l’Amérique qui en assume les risques comme on vient de voir avec la descente en flammes d’un drone de 100 millions de dollars, heureusement sans pilote, qui croisait dans l’espace international et non iranien. Cela, après des attaques iraniennes, sans raison non plus, sur des pétroliers norvégien et japonais. Alors, «l’opinion internationale» (c’est-à-dire la gauche mondialiste et ses médias désinformateurs) se dit «soulagée» que Trump n’ait pas poursuivi «son escalade», mais tous ces trolls qui renversent ignominieusement les responsabilités, déplorent à présent son «manque de stratégie». Qu’est-ce que des anti-américains et anti-militaristes primaires peuvent comprendre aux questions de stratégie avec leur logiciel bloqué? La véritable question est: pourquoi l’ayatollah Khamenei décide-t-il maintenant de provoquer Trump? Les sanctions asphyxient son économie de rente, d’autant que l’aide concoctée par les Européens cupides, hypocrites et lâches, tarde à se matérialiser. Les dirigeants de l’UE, qui mar­chent au pas de l’oie avec Merkel, entretiennent une cécité criminelle vis-à-vis de l’Iran. Sous Merkel, l’Allemagne oublie qu’elle doit tout aux États-Unis. Elle remercie par une politique teigneuse de tarifs douaniers. Elle se targue cyniquement d’être la plus mauvaise payeuse de l’OTAN, achète le gaz de la Russie et refuse le gaz américain. Et voici qu’elle pactise avec les ayatollahs contre les USA. L’Allemagne et l’UE illustrent tout ce qui est inacceptable pour Trump: l’archétype de l’allié félon aux prétentions disproportionnées au vu de la réalité. Et elles sont coupables de négligence inadmissible envers notre sécurité collective en dissimulant le danger pour l’Occident qu’est la République islamique, nullement différente (dans ses visées hégémoniques et ses méthodes internes brutales) de l’État islamique que l’Iran aidait et que Trump a éradiqué. L’Iran n’a jamais cessé l’enrichissement d’uranium et continue d’alimenter le terrorisme islamique. Les sanctions ne sont que justice et, malgré leur dureté renforcée, Trump espère des Iraniens éclairés un énième et décisif soulèvement contre ses dirigeants. Car il n’en a qu’après ce régime meurtrier et sympathise avec les Iraniens, mais il leur rappelle qu’il ne peut intervenir militairement, sauf attaque avec victimes américaines, auquel cas la réponse serait foudroyante. Loin de vouloir la guerre, il veut «redonner à l’Iran sa grandeur». Khamenei sait qu’à la Maison Blanche, Trump s’est entouré volontairement de conseillers aux vues opposées qui représentent chacun une partie de la base de Trump et qui constituent un «brain-trust». Il table sur le fait que Trump est tenu par l’impératif de sa réélection. Les « deux côtés de l’équation », comme Trump les appelle, sont parfaitement honorables et défendent des arguments que l’on ne peut négliger. Pour le moment, le côté «colombe» exulte, les isolationnistes, les libertariens, et toute la mouvance du «The American Conservative». Les «faucons» comprennent que l’heure de l’action militaire n’est pas venue. Mais ce serait mal connaître ­Trump que de penser qu’il ne va pas trouver le moyen de faire payer aux criminels de Téhéran leurs méfaits. Il doit, seul, parvenir à empêcher les ayatollahs d’accéder au nucléaire et faire cesser leur financement du terrorisme, sans engager de troupes et sans dépenser des milliards. C’est une tâche de police mondiale à laquelle les Européens devraient participer. La stratégie de Trump, c’est de voir venir, de ne pas dévoiler son jeu et de se tenir prêt à frapper. Ceux qui lui font confiance ne sont pas inquiets et savourent un divertissement politique quotidien de qualité. Evelyne Joslain
Critics describe President Donald Trump’s foreign policy as a muddled, unpredictable collection of impulses, with the one organizing principle being the coddling of like-minded, ruthless dictators. But there is, in fact, a defining diplomatic strategy: He is cleaning up the messes left by his predecessors. Trump, regularly derided as the most irresponsible of presidents, is actually taking ownership of the most terrifying problems the country faces and trying to solve them in a direct way that his recent predecessors avoided. With respect to Iran, China, North Korea and even Russia, Trump is taking tough stances. He is getting cozy with dictators because the man who considers himself an artist of the deal understands that those are the people he must strike bargains with. Under Trump, China has finally been recognized as a long-term strategic opponent and potential enemy, rather than a nation of billions yearning for democracy. Capitalism has indeed taken hold in China — though without economic nor political liberalization. Instead, authoritarian China is using its newfound riches to expand its economic, political and military influence. Since Clinton permanently normalized trade relations with China in 2000, American manufacturing has relocated to China for its cheap labor, the Chinese have consistently cheated on trade and the annual U.S. trade deficit with China has soared from $83 billion to a record $419 billion in 2018. Recognizing that placating China and quietly nudging it to play fair is not going to work; Trump has taken a more direct approach and assessed tariffs on Chinese imports while threatening even more. The Chinese are now at the table, talking, and Washington may at last secure a more equitable deal. After two and a half decades of Washington dithering, by 2017 the North Koreans were on the cusp of being able to load their bombs on missiles that could reach the continental United States. So Trump decided to try something different. (…) Trump likely cannot succeed in disarming Kim of his weapons by disarming him personally. The North Korean dictator is probably just buying more time. But Trump is at least taking an unconventional approach rather than re-enacting the failures of the past. Since Clinton, administrations have fostered quixotic illusions of reasonable moderates within the Tehran leadership. But there was little change in that country’s behavior — which has included supporting terrorist groups like Hezbollah and killing more than 600 U.S. troops in Iraq through militia surrogates. Obama’s 2015 Iran deal was the ultimate can-kicking exercise, granting Iran sanctions relief in return for limits on its nuclear program that would expire over the next dozen years. The arrangement could have given Iran the cash it would need to complete its nuclear ambitions once sunset clauses allowing it to enrich more uranium were invoked. (…) But Trump has reasoned the time to get tough with Iran is now, not in a dozen years when they are stronger and have perfected technologies related to nuclear weapons. U.S. policy toward Russia pre-Trump had also been marked by years of complacency — remember Russian President Vladimir Putin convincing Bush there was a soul behind his eyes? During the 2012 presidential campaign, Obama dismissed Republican nominee Mitt Romney’s concerns about Russia with a quip about the 1980s wanting its foreign policy back. Obama was also caught on an open mic whispering to Russia’s then-President Dmitri Medvedev that he’d have more “flexibility” after the election. (…) Trump’s administration, Foreign Policy explained, “has held a tough line on Russia, building on his predecessor’s policies by layering on further sanctions, expelling dozens of Russian diplomats, and providing lethal weapons support to Ukraine — a step that former President Barack Obama had been unwilling to take.” Trump’s demand that European nations pay their North Atlantic Treaty Organization obligations — another can regularly kicked down the road — might seem hostile toward long-time allies, but ensures they have skin in the game when it comes to confronting Russia. The Washington establishment, so used to conventional ways, is aghast. But business as usual has strengthened our enemies. Trump’s iconoclasm is worth a try. Keith Koffler
Presidents are drawn to intellectuals — thinkers who can elevate their impulses, distill coherence from chaos and sometimes write the very history they helped shape. It is not always a fruitful partnership. John F. Kennedy had wordsmiths and chroniclers in Ted Sorensen and Arthur Schlesinger Jr., as well as the whiz kids who authored Vietnam. George W. Bush met with historians, philosophers and theologians during dark times in his presidency, when the fiasco of Iraq weighed heavy. Ronald Reagan leaned on the governing plans of the Heritage Foundation, while Bill Clinton combined endless policy salons with the centrist blueprints of the Democratic Leadership Council. Barack Obama had, well, himself. And recall how Jimmy Carter took inspiration from the writings of Christopher Lasch for his ill-fated “malaise” speech in 1979. Yes, surrounding yourself with the brightest does not always prove best. Being a Trump intellectual is an entirely different task. Donald Trump won the White House campaigning against established expertise. He doesn’t like to read beyond a page or so. His brain trust is more “Fox & Friends” than American Enterprise Institute, his influences more Bannon than Buckley. (…) Presidents and intellectuals are always an awkward love affair, especially so when one side seems desperate and the other indifferent. Trump has seemed more concerned about retaining the affections of conservative media figures such as Fox News host Sean Hannity or commentator Ann Coulter, whose 2015 book “Adios, America” likely inspired his attack on Mexican immigrants in the speech announcing his presidential bid. Yet, for all their declared high principle, Trump’s intellectuals have tied themselves to the whims and feuds of their leader, captive minds to that indefinable mix of ideology, impulse and invective known as Trumpism. Hanson, to his credit, attempts to define it in broad terms. Trumpism, he concludes, “was the idea that there were no longer taboo subjects. Everything was open for negotiation; nothing was sacred.” A useful interpretation, but a partial one. Even if nothing is sacred, must everything be profane? (…)  In September 2016, Michael Anton, a former aide in the George W. Bush White House, published “The Flight 93 Election,” a pseudonymous essay that previewed this adversarial fixation in melodramatic terms. Voting for Trump, he wrote in the Claremont Review of Books, was like charging the cockpit of a hijacked plane on Sept. 11, 2001. You might die, but if you do nothing, death is certain. A Hillary Clinton presidency would constitute an extinction-level event for American freedom and true conservatism; it would be “pedal-to-the-metal on the entire progressive-Left agenda.” Or, as Anton put it in an excess of metaphor, “Russian Roulette with a semi-auto.” The essay drew criticism for its imagery, anonymity and hostility toward conventional conservatives as well as immigrants — Anton decried America’s “ceaseless importation of Third World foreigners” — thus making the writer a perfect candidate for a job in the Trump White House. Anton, whose identity was revealed by the late Weekly Standard, served for 14 months as a National Security Council official. Then-White House chief strategist Stephen Bannon dubbed him “one of the most significant intellects in this nationalist movement.” So with his new book, “After the Flight 93 Election,” Anton would seem well-positioned to move beyond the election and argue a more concrete case for the president, drawing on the administration’s first two years and on the author’s experience in the Trump White House. Except Anton doesn’t even try; the “After” of his title is an afterthought. Instead, he reprints his original essay, plus a follow-up “restatement” that was posted a week later, arguing that Trump constituted “the first serious national-political defense of the Constitution in a generation” and that concerns over despotism were pointless because the candidate was more “buffoon” than tyrant. Also, Hillary was still way worse. The book’s only new material is the preface and a lengthy rumination (titled “Pre-Statement on Flight 93”) that purports to explain “the essences of conservatism, Americanism, and Western civilization, and to review the main threats to their survival.” The system of federalism, separation of powers and limited government bequeathed to us by the founders is under siege, Anton writes, and the barbarians rattling the gate are the latest iteration of early-20th-century progressives and 1960s radicals, justifying an ever-expanding administrative state with social-justice mantras of personal identity. “The post-1960s Left co-opts the language of ‘justice’ and ‘rights’ as a rhetorical device to get what it wants: the transfer of power, honor, and wealth between groups as retribution for past offenses.” The result, Anton contends, is crime, family dissolution, weak foreign policy, limitless government and restricted speech. (…) In “The Case for Trump,” historian Victor Davis Hanson also treats 2016 as a reaction by voters tired of progressive orthodoxy, globalization and left-wing identity politics. “Trump did not create these divides,” Hanson writes. “He simply found existing sectarianism politically useful.” Trump’s insults, vile language and incessant denigration of opponents are just part of his “uncouth authenticity,” which appeals to supporters and enrages the rest. From the start of his campaign, Trump displayed “an uncanny ability to troll and create hysteria among his media and political critics,” Hanson marvels. “In their anti-Trump rage, they revealed their own character flaws.” Hanson relishes those flaws, and, despite the title, his book focuses less on the case for Trump than on the case against everyone else. Hillary Clinton’s infamous “basket of deplorables” line typified the “toxic venom” with which liberals regard the nation’s interior, he writes, while Clinton’s past misdeeds, real or alleged, provided “scandal vaccination” for Trump’s bankruptcies, sexual misconduct and endless lawsuits. Clinton’s problem, Hanson explains, was threefold: She lied so much that her various deceptions could not be reconciled; she never learned from her past scandals; and she thought herself exempt from accountability. The fact that this trifecta nicely describes Trump’s behavior while in office does not seem to occur to Hanson. He’d rather indulge in casual sexism, criticizing Clinton’s “shrill” voice and her “signature off-putting laugh,” and inexplicably suggesting that while “Trump’s bulk fueled a monstrous energy; Hillary’s girth sapped her strength.” Hanson, a senior fellow with Stanford University’s Hoover Institution, assails the “deep state,” even while acknowledging that Trump’s use of the term is so vague as to be meaningless. He praises the “inspired” and “impressive” Cabinet members Trump has assembled, largely forgetting their high-profile scandals, conflicts of interest, obeisance and resignations. “The Case for Trump” is notable for such omissions. (…) Stephen Moore and Arthur Laffer disagree with some of Trump’s hard-line positions on immigration and worry about his trade protectionism. “To say the least, Donald Trump is a work in progress on trade,” they admit. “He is playing a high-stakes game of poker here with a big upside. But if it doesn’t work, the ramifications scare us to death.” So why did the veteran conservative economists sign on as advisers for Trump’s 2016 campaign, and why did they write a book — titled “Trumponomics” and published late last year — enthusiastically defending the economic policies and instincts of a leader who thinks trade wars are good and easy to win? The answer is simple: “We liked his tax plan.” Forget single-issue voters; Moore and Laffer are single-issue thinkers. Cutting taxes is the siren that lured them to Trump, and for which they appear willing to make any substantive or intellectual sacrifices. The authors recount their role in helping shape the 2017 tax bill — they’re especially proud of their op-eds, which they quote extensively in the book, along with praise thereof — and reiterate their belief that tax cuts and deregulation will unleash so much economic activity that hard choices melt away. “We have always believed that the shrewdest way to make entitlement programs solvent is to restore rapid growth,” they write. And they swoon over Trump’s “unyielding optimism” about the nation’s economic potential, even when he embraces growth projections that the two economists consider unrealistic. Washington Post
Hanson himself calls Trump “flawed,” but his presidency exemplary. Hanson is a retired classics professor from California State University, Fresno, and senior fellow in military history at the Hoover Institution at Stanford University, and he has written two dozen books on topics ranging from the ancient world to the Second World War. He lives on a working farm in a multiracial, rural area in the interior of California, southeast of San Francisco. He doesn’t live in an Ivory Tower. He also uses his hometown of Selma as a classic example of why America elected Trump. Once prosperous with family-run farms and food-processing plants and other manufacturing jobs, now most jobs are gone, unemployment high, crime and drug abuse commonplace. “In 1970, we did not have keys for our outside doors; in 2018, I have six guard dogs,” he writes.  While he is a conservative with an upfront agenda, his critics come from the left and the right. One of the nastiest attacks upon Hanson comes from a Republican who worked on Mitt Romney’s 2012 presidential campaign and calls him a “Nazi sympathizer,” “racist enabler” and a “treasonous sophist.” A liberal writer says it’s oxymoronic to call Hanson a “pro-Trump intellectual.” If his ideas are ticking off both ends of the spectrum, they must have some merit, or, at the very least, be interesting. In defending his book, Hanson’s tone is civil. He tells stories from antiquity to make a point; or he acknowledges that Trump is a blowhard like the character Rodney Dangerfield played in the movie Caddyshack. But that doesn’t mean Trump’s policies aren’t working, he says. When one defends a position with reasoned thought, instead of rants and personal attacks like so many Trump supporters and detractors, it’s a welcome change. Some of Hanson’s observations are disagreeable, others are worthy of pointing out and giving Trump his due.  For example, Trump’s stand towards China and its murky trade practices is a reprieve from the appeasement of recent years. His support of the Catholic and Jewish faiths is also admirable. Ultimately, though, The Case for Trump crumbles on two fundamental points. It is disingenuous to separate the man from the presidency, but Hanson does. “Trump’s own uncouthness,” he writes, “was in its own manner contextualized by his supporters as a long overdue pushback to the elite disdain and indeed hatred shown them.”  Hanson also points out character flaws in former presidents as somehow a reason to hand Trump a “get-out-of-jail-free-card” for his extracurricular activities with hookers and porn stars. “It doesn’t mean Donald Trump is a saint,” Hanson said during a recorded book tour event, “but he’s not an aberration either.” My mother often said “two wrongs don’t make a right” and that applies here, along with Trump’s penchant to surround himself with hucksters, grifters, con men, liars and felons. Then there are the relentless and often vicious personal tweets and attacks on the Constitution. Sorry, but these character cancers cannot be ignored simply because one likes Trump’s tax cuts and deregulation that may or may not have boosted economic growth. Besides, Hanson doesn’t make the case — with hard facts — that Trump’s policies are actually working. Has picking on allies like Canada really helped Wisconsin dairy farmers? Has he really tamed Kim Jong Un and his nuclear aspirations? Have Trump policies really boosted growth more than simply the cyclical nature of the economy itself? The list goes on and on. Trump opponents probably won’t read the book, but it’s not your regular right-wing diatribe camouflaged as a book. It’s readable and, at times, highly entertaining in how he skewers Trump’s adversaries. But, in the end, the book can’t make a case that electing a status quo disruptor like Donald Trump is any more than a Pyrrhic victory in the classical tragic sense. Bob Brehl
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
What makes such men and women both tragic and heroic is their knowledge that the natural expression of their personas can lead only to their own destruction or ostracism from an advancing civilization that they seek to protect. And yet they willingly accept the challenge to be of service . . . Yet for a variety of reasons, both personal and civic, their characters not only should not be altered, but could not be, even if the tragic hero wished to change . . . In the classical tragic sense, Trump likely will end in one of two fashions, both not particularly good: either spectacular but unacknowledged accomplishments followed by ostracism . . . or, less likely, a single term due to the eventual embarrassment of his beneficiaries. Victor Davis Hanson
Trump’s own uncouthness was in its own manner contextualized by his supporters as a long overdue pushback to the elite disdain and indeed hatred shown them. (…) Trumpism was the idea that there were no longer taboo subjects. Everything was open for negotiation; nothing was sacred. Victor Davis Hanson
The very idea that Donald Trump could, even in a perverse way, be heroic may appall half the country. Nonetheless, one way of understanding both Trump’s personal excesses and his accomplishments is that his not being traditionally presidential may have been valuable in bringing long-overdue changes in foreign and domestic policy. Tragic heroes, as they have been portrayed from Sophocles’ plays (e.g., Ajax, Antigone, Oedipus Rex, Philoctetes) to the modern western film, are not intrinsically noble. Much less are they likeable. Certainly, they can often be obnoxious and petty, if not dangerous, especially to those around them. These mercurial sorts never end well — and on occasion neither do those in their vicinity. Oedipus was rudely narcissistic, Hombre’s John Russell (Paul Newman) arrogant and off-putting. Tragic heroes are loners, both by preference and because of society’s understandable unease with them. Ajax’s soliloquies about a rigged system and the lack of recognition accorded his undeniable accomplishments are Trumpian to the core — something akin to the sensational rumors that at night Trump is holed up alone, petulant, brooding, eating fast food, and watching Fox News shows. Outlaw leader Pike Bishop (William Holden), in director Sam Peckinpah’s The Wild Bunch, is a killer whose final gory sacrifice results in the slaughter of the toxic General Mapache and his corrupt local Federales. A foreboding Ethan Edwards (John Wayne), of John Ford’s classic 1956 film The Searchers, alone can track down his kidnapped niece. But his methods and his recent past as a Confederate renegade make him suspect and largely unfit for a civilizing frontier after the expiration of his transitory usefulness. These characters are not the sorts that we would associate with Bob Dole, Paul Ryan, Mitch McConnell, or Mitt Romney. The tragic hero’s change of fortune — often from good to bad, as Aristotle reminds us — is due to an innate flaw (hamartia), or at least in some cases an intrinsic and usually uncivilized trait that can be of service to the community, albeit usually expressed fully only at the expense of the hero’s own fortune. The problem for civilization is that the creation of those skill sets often brings with it past baggage of lawlessness and comfortability with violence. Trump’s cunning and mercurialness, honed in Manhattan real estate, global salesmanship, reality TV, and wheeler-dealer investments, may have earned him ostracism from polite Washington society. But these talents also may for a time be suited for dealing with many of the outlaws of the global frontier. (…) So what makes such men and women both tragic and heroic is their full knowledge that the natural expression of their personas can lead only to their own destruction or ostracism. Yet for a variety of reasons, both personal and civic, their characters not only should not be altered but could not be, even if the tragic hero wished to change, given his megalomania and Manichean views of the human experience. Clint Eastwood’s Inspector “Dirty” Harry Callahan cannot serve as the official face of the San Francisco police department. But Dirty Harry alone has the skills and ruthlessness to ensure that the mass murderer Scorpio will never harm the innocent again. So, in the finale, he taunts and then shoots the psychopathic Scorpio, ending both their careers, and walks off — after throwing his inspector’s badge into the water. Marshal Will Kane (Gary Cooper) of High Noon did about the same thing, but only after gunning down (with the help of his wife) four killers whom the law-abiding but temporizing elders of Hadleyville proved utterly incapable of stopping. (…) In other words, tragic heroes are often simply too volatile to continue in polite society. In George Stevens’s classic 1953 western Shane, even the reforming and soft-spoken gunslinger Shane (Alan Ladd) understands his own dilemma all too well: He alone possesses the violent skills necessary to free the homesteaders from the insidious threats of hired guns and murderous cattle barons. (And how he got those skills worries those he plans to help.) Yet by the time of his final resort to lethal violence, Shane has sacrificed all prior chances of reform and claims on reentering the civilized world of the stable “sodbuster” community. (…) Trump could not cease tweeting, not cease his rallies, not cease his feuding, and not cease his nonstop motion and unbridled speech if he wished to. It is his brand, and such overbearing made Trump, for good or evil, what he is — and will likely eventually banish him from establishment Washington, whether after or during his elected term. His raucousness can be managed, perhaps mitigated for a time — thus the effective tenure of his sober cabinet choices and his chief of staff, the ex–Marine general, no-nonsense John Kelly — but not eliminated. His blunt views cannot really thrive, and indeed can scarcely survive, in the nuance, complexity, and ambiguity of Washington. Trump is not a mannered Mitt Romney, who would never have left the Paris climate agreement. He is not a veteran who knew the whiz of real bullets and remains a Washington icon, such as John McCain, who would never have moved the American embassy to Jerusalem. Marco Rubio or Jeb Bush certainly would never have waded into no-win controversies such as the take-a-knee NFL debacle and unvetted immigration from suspect countries in the Middle East and Africa, or called to account sanctuary cities that thwarted federal law. Our modern Agamemnon, Speaker Paul Ryan, is too circumspect to get caught up with Trump’s wall or a mini-trade war with China. Trump does not seem to care whether he is acting “presidential.” The word — as he admits — is foreign to him. He does not worry whether his furious tweets, his revolving-door firing and hiring, and his rally counterpunches reveal a lack of stature or are becoming an embarrassing window into his own insecurities and apprehensions as a Beltway media world closes in upon him in the manner that, as the trapped western hero felt, the shrinking landscape was increasingly without options in the new 20th century. The real moral question is not whether the gunslinger Trump could or should become civilized (again, defined in our context as becoming normalized as “presidential”) but whether he could be of service at the opportune time and right place for his country, crude as he is. After all, despite their decency, in extremis did the frontier farmers have a solution without Shane, or the Mexican peasants a realistic alternative to the Magnificent Seven, or the town elders a viable plan without Will Kane? Perhaps we could not withstand the fire and smoke of a series of Trump presidencies, but given the direction of the country over the last 16 years, half the population, the proverbial townspeople of the western, wanted some outsider, even with a dubious past, to ride in and do things that most normal politicians not only would not but could not do — before exiting stage left or riding off into the sunset, to the relief of most and the regrets of a few. The best and the brightest résumés of the Bush and Obama administrations had doubled the national debt — twice. Three prior presidents had helped to empower North Korea, now with nuclear-tipped missiles pointing at the West Coast. Supposedly refined and sophisticated diplomats of the last quarter century, who would never utter the name “Rocket Man” or stoop to call Kim Jong-un “short and fat,” nonetheless had gone through the “agreed framework,” “six-party talks,” and “strategic patience,” in which three administrations gave Pyongyang quite massive aid to behave and either not to proliferate or at least to denuclearize. And it was all a failure, and a deadly one at that. For all of Obama’s sophisticated discourse about “spread the wealth around” and “You didn’t build that,” quantitative easing, zero interest rates, massive new regulations, the stimulus, and shovel-ready, government-inspired jobs, he could not achieve 3 percent annualized economic growth. Half the country, the more desperate half, believed that the remedy for a government in which the IRS, the FBI, the DOJ, and the NSA were weaponized, often in partisan fashion and without worry about the civil liberties of American citizens, was not more temporizing technicians but a pariah who cleaned house and moved on. Certainly Obama was not willing to have a showdown with the Chinese over their widely acknowledged cheating and coerced expropriation of U.S. technology, with the NATO allies over their chronic welching on prior defense commitments, with the North Koreans after they achieved the capability of hitting U.S. West Coast cities, or with the European Union over its mostly empty climate-change accords. Moving on, sometimes fatally so, is the tragic hero’s operative exit. Antigone certainly makes her point about the absurdity of small men’s sexism and moral emptiness in such an uncompromising way that her own doom is assured. Tom Doniphon (John Wayne), in John Ford’s The Man Who Shot Liberty Valance, unheroically kills the thuggish Liberty Valance, births the career of Ranse Stoddard and his marriage to Doniphon’s girlfriend, and thereby ensures civilization is Shinbone’s frontier future. His service done, he burns down his house and degenerates from feared rancher to alcoholic outcast. (…) He knows that few appreciate that the tragic heroes in their midst are either tragic or heroic — until they are safely gone and what they have done in time can be attributed to someone else. Worse, he knows that the tragic hero’s existence is solitary and without the nourishing networks and affirmation of the peasant’s agrarian life. (…) By his very excesses Trump has already lost, but in his losing he might alone be able to end some things that long ago should have been ended. Victor Davis Hanson
That is how human nature is. (…) if you talk to people in the military, the diplomatic corps, the academic world, and, just to take one example, China, they will tell you in the last two years they have had an awakening. They feel that Chinese military superiority is now to deny help to America’s allies. They believe that the trade deficit is unsustainable. They will tell you all of that, and you are almost listening to Donald Trump in 2015, but they won’t mention the word “Trump,” because to do so would contaminate that argument. What I am getting at is he looked at the world empirically. (…) he said, “This is what’s wrong, and this is what we would have to do to address this problem.” And he said it in such a way—whether he wanted to say it in that way or whether he was forced to say it in that way, I don’t know—but he said it in such a way that was designed to grab attention, to be polarizing, to get through bureaucratic doublespeak. So now he succeeded, but if I were to ask anybody at Stanford University, or anybody that I know is a four-star general or a diplomat, “What caused your sudden change about China?,” they would not say Donald Trump, and yet we know who it was. [Like a hero out of Greek myth] as long as we understand the word “hero.” Americans don’t know what that word means. They think it means you live happily ever after or you are selfless. Whether it is Achilles or Sophocles’s Ajax or Antigone, they can act out of insecurity, they can act out of impatience—they can act out of all sorts of motives that are less than what we say in America are heroic. But the point that they are making is, I see a skill that I have. I see a problem. I want to solve that problem, and I want to solve that problem so much that the ensuing reaction to that solution may not necessarily be good for me. And they accept that. (…) I tried to use as many examples as I could of the classic Western, whether it was “Shane” or “High Noon” or “The Magnificent Seven.” They all are the same—the community doesn’t have the skills or doesn’t have the willpower or doesn’t want to stoop to the corrective method to solve the existential problem, whether it is cattle barons or banditos. So they bring in an outsider, and immediately they start to be uneasy because he is uncouth—his skills, his attitude—and then he solves the problem, and they declare to him, whether it is Gary Cooper in “High Noon” or Alan Ladd in “Shane,” “I think it’s better you leave. We don’t need you anymore. We feel dirty that we ever had to call you in.” I think that is what is awaiting Trump. (…) I think Trump really did think that there were certain problems and he had particular skills that he could solve. Maybe in a naïve fashion. But I think he understood, for all the emoluments-clause hysteria, that he wasn’t going to make a lot of money from it or be liked for it. (…) I look at everything empirically. I know what the left said, and the media said, but I ask myself, “What actually happened?” There are a billion Muslims in the world, and he has, I think, six countries who were not able to substantiate that their passports were vetted. [Trump’s final travel plan limits or prevents travel from seven countries.] We didn’t even, in the final calibration, base it on religion. I think we have two countries that are not predominantly Muslim. (…) As far as separation, I remember very carefully that the whole child separation was started during Barack Obama. (…) It was unapologetically said this came from Obama and we are going to continue to practice deterrence. As someone who lives in a community that is ninety per cent Hispanic, probably forty per cent undocumented, I can tell you that it’s a very different world from what people are talking about in Washington. I have had people knock on my door and ask me where the ob-gyn lives, because they got her name in Oaxaca. And the woman in the car is six months pregnant and living across the border and given the name of a nice doctor in Selma, California, that will deliver the baby. (…) It has happened once, but I know people who come from Mexico with the names of doctors and clinics in Fresno County where they know they will get, for free, twenty to thirty thousand dollars of medical care and an anchor baby. I know that’s supposed to be an uncouth thing to say. (…) As I am talking right now, I have a guy, a U.S. citizen, tiling my kitchen, and he does not like the idea that people hire people illegally for twelve dollars an hour in cash, when he should be getting eighteen, nineteen, twenty dollars. But, when you make these arguments, they are just brushed aside by the left or the media, by saying, oh, these are anecdotal or racist or stereotype. (…) [Trump saying there were good people on both sides] was very clumsy (…) But there wasn’t a monolithic white racist protest movement. There were collections of people. Some of them were just out there because maybe they are deluded and maybe they are not. I don’t know what their hearts are like, but they did not want statues torn down or defaced. (…) You can argue that what was O.K. in 2010 suddenly was racist in 2017. But, in today’s polarized climate, Trump should have said, “While both groups are demonstrating, we can’t have a group on any side that identifies by race.” He should have said that. He just said there were good people on both sides. It was clumsy. (…) I was trying to look at Trump in classical terms, so words like eirôneia, or irony—how could it be that the Republican Party supposedly was empathetic, but a millionaire, a billionaire Manhattanite started using terms I had never heard Romney or McCain or Paul Ryan say? He started saying “our.” Our miners. And then, on the left, every time Hillary Clinton went before a Southern audience, she started speaking in a Southern accent. And Barack Obama, I think you would agree, when he gets before an inner-city audience, he suddenly sounded as if he spoke in a black patois. When Trump went to any of these groups, he had the same tie, the same suit, the same accent. What people thought was that, whatever he is, he is authentic. (…) I read a great deal about the Mar-a-Lago project, and I was shocked that the people who opposed that on cultural and social grounds were largely anti-Semitic. Trump had already announced that he was not going to discriminate against Jews and Mexicans and other people. He said, “I want wealthy people.” I went to Palm Beach and talked to wealthy Jewish donors and Cubans, and they said the same thing to me—“He likes rich people. He doesn’t care what you look like.” (…) I don’t know what the driving force was, but I found that he was indifferent. And I think the same thing is true of blacks and Hispanics. (…)  [using birtherism as a way of discrediting Obama]  was absurd. I think it was demonstrable that Obama was born in the United States. The only ambiguity was that two things gave rise to the conspiracy theorists. One was—and I think this is a hundred-per-cent accurate—an advertising group that worked in concert with his publisher put on a booklet that Obama was born in Kenya. That gave third-world cachet to “Dreams from My Father.” And he didn’t look at it or didn’t change it. [In 1991, four years before Obama’s first book was published, his literary agency incorrectly stated on a client list that Obama was born in Kenya.] And he left as a young kid and went to Indonesia and applied when he came back as a Fulbright Fellow, and I don’t know if this is substantiated or just rumor, but he probably was given dual citizenship. [The claim that Obama was a Fulbright Fellow from Indonesia, and therefore had Indonesian citizenship, originated in a hoax e-mail, from April 1, 2009, and has been discredited.] (…) What I am getting at is, here you have a guy named Barack Obama, who grew up in Hawaii, and there were indications in his past that there was ambiguity. (…) I think Trump was doing what Trump does, which is trying to sensationalize it. I don’t think it was racial. I think it was political. (…) I mean carefully calibrated in a political sense. That’s my point. Not that it was careful in the sense of being humane or sympathetic. By that I mean, there were elements in Ted Cruz’s personality that offended people. And he got Ted Cruz really angry, and Ted Cruz doesn’t come across well. (…) if you go back and look at the worst tweets, they are retaliatory. What he does is he waits like a coiled cobra until people attack him, and then he attacks them in a much cruder, blunter fashion. And he has an uncanny ability to pick people that have attacked him, whether it’s Rosie O’Donnell, Megyn Kelly—there were elements in all those people’s careers that were starting to bother people, and Trump sensed that out. I don’t think he would have gotten away with taking on other people that were completely beloved. Colin Kaepernick. People were getting tired of him, so he took him on. All that stuff was calibrated. Trump was replying and understood public sympathy would be at least fifty-fifty, if not in his favor. Victor Davis Hanson

Et si, à l’instar de la démocratie selon Churchill, Donald Trump était le pire des présidents – à l’exception de tous les autres ?

En ces temps proprement orwelliens

Où des élus démocrates assimilent aux camps nazis les camps de rétention pour migrants clandestins …

Ou, entre deux subventions de l’avortement à quasi-terme ou des transsexuels, des candidats du même parti proposent de décriminaliser l’immigration illégale …

Pendant que de l’autre côté de l’Atlantique, on célèbre avec le maître-démagoque du Vatican et une Mairie de Paris plus touristophile que jamais le trafic d’êtres humains …

Et après 30 ou 40 ans de tolérance …

D’une Corée du nord finalement capable d’atteindre avec ses missiles nucléaires la totalité du territoire américain

D’un Iran menaçant un de ses voisins de rayage de la carte et mettant l’ensemble de la région à feu et à sang …

D’une Chine empilant les surplus commerciaux grâce au pillage des secrets industriels de ses partenaires tout en militarisant les eaux territoriales de ses voisins

D’une Allemagne accumulant elle aussi les excédents commerciaux tout en réduisant à 1,25% sa contribution à ses défenses militaires …

Comment brusquement ne pas voir …

Avec l’historien américain Victor Davis Hanson

Ou les politologues français Guy Millière ou Evelyne Joslain

Et avec ses électeurs de 2016 comme probablement de 2020 …

La véritable force finalement des si nombreuses faiblesses …

D’un président aussi peu « présidentiel » que l’actuel président américain ?

Donald Trump, Tragic Hero
His very flaws may be his strengths
Victor Davis Hanson
April 12, 2018

The very idea that Donald Trump could, even in a perverse way, be heroic may appall half the country. Nonetheless, one way of understanding both Trump’s personal excesses and his accomplishments is that his not being traditionally presidential may have been valuable in bringing long-overdue changes in foreign and domestic policy.

Tragic heroes, as they have been portrayed from Sophocles’ plays (e.g., Ajax, Antigone, Oedipus Rex, Philoctetes) to the modern western film, are not intrinsically noble. Much less are they likeable. Certainly, they can often be obnoxious and petty, if not dangerous, especially to those around them. These mercurial sorts never end well — and on occasion neither do those in their vicinity. Oedipus was rudely narcissistic, Hombre’s John Russell (Paul Newman) arrogant and off-putting.

Tragic heroes are loners, both by preference and because of society’s understandable unease with them. Ajax’s soliloquies about a rigged system and the lack of recognition accorded his undeniable accomplishments are Trumpian to the core — something akin to the sensational rumors that at night Trump is holed up alone, petulant, brooding, eating fast food, and watching Fox News shows.

Outlaw leader Pike Bishop (William Holden), in director Sam Peckinpah’s The Wild Bunch, is a killer whose final gory sacrifice results in the slaughter of the toxic General Mapache and his corrupt local Federales. A foreboding Ethan Edwards (John Wayne), of John Ford’s classic 1956 film The Searchers, alone can track down his kidnapped niece. But his methods and his recent past as a Confederate renegade make him suspect and largely unfit for a civilizing frontier after the expiration of his transitory usefulness. These characters are not the sorts that we would associate with Bob Dole, Paul Ryan, Mitch McConnell, or Mitt Romney.

The tragic hero’s change of fortune — often from good to bad, as Aristotle reminds us — is due to an innate flaw (hamartia), or at least in some cases an intrinsic and usually uncivilized trait that can be of service to the community, albeit usually expressed fully only at the expense of the hero’s own fortune. The problem for civilization is that the creation of those skill sets often brings with it past baggage of lawlessness and comfortability with violence. Trump’s cunning and mercurialness, honed in Manhattan real estate, global salesmanship, reality TV, and wheeler-dealer investments, may have earned him ostracism from polite Washington society. But these talents also may for a time be suited for dealing with many of the outlaws of the global frontier.

At rare times, a General George S. Patton (“Give me an army of West Point graduates and I’ll win a battle. Give me a handful of Texas Aggies and I’ll win a war”) could be harnessed to serve the country in extremis. General Curtis LeMay did what others could not — and would not: “I suppose if I had lost the war, I would have been tried as a war criminal. . . . Every soldier thinks something of the moral aspects of what he is doing. But all war is immoral and if you let that bother you, you’re not a good soldier.” Later, the public exposure given to the mentalities and behaviors of such controversial figures would only ensure that they would likely be estranged from or even caricatured by their peers — once, of course, they were no longer needed by those whom they had benefited. When one is willing to burn down with napalm 75 percent of the industrial core of an often-genocidal wartime Japan, and thereby help bring a vicious war to an end, then one looks for sorts like Curtis LeMay and his B-29s. In the later calm of peace, one is often shocked that one ever had. A sober and judicious General Omar Bradley grows on us in peace even if he was hardly Patton in war.

So what makes such men and women both tragic and heroic is their full knowledge that the natural expression of their personas can lead only to their own destruction or ostracism. Yet for a variety of reasons, both personal and civic, their characters not only should not be altered but could not be, even if the tragic hero wished to change, given his megalomania and Manichean views of the human experience. Clint Eastwood’s Inspector “Dirty” Harry Callahan cannot serve as the official face of the San Francisco police department. But Dirty Harry alone has the skills and ruthlessness to ensure that the mass murderer Scorpio will never harm the innocent again. So, in the finale, he taunts and then shoots the psychopathic Scorpio, ending both their careers, and walks off — after throwing his inspector’s badge into the water. Marshal Will Kane (Gary Cooper) of High Noon did about the same thing, but only after gunning down (with the help of his wife) four killers whom the law-abiding but temporizing elders of Hadleyville proved utterly incapable of stopping.

The out-of-place Ajax in Sophocles’ tragedy of the same name cannot function apart from the battlefield. Unlike Odysseus, he lacks the tact and fluidity to succeed in a new world of nuanced civic rules. So he would rather “live nobly, or nobly die” — “nobly” meaning according to an obsolete black-and-white code that is no longer compatible with the ascendant polis.

In other words, tragic heroes are often simply too volatile to continue in polite society. In George Stevens’s classic 1953 western Shane, even the reforming and soft-spoken gunslinger Shane (Alan Ladd) understands his own dilemma all too well: He alone possesses the violent skills necessary to free the homesteaders from the insidious threats of hired guns and murderous cattle barons. (And how he got those skills worries those he plans to help.) Yet by the time of his final resort to lethal violence, Shane has sacrificed all prior chances of reform and claims on reentering the civilized world of the stable “sodbuster” community. As Shane tells young Joey after gunning down the three villains of the film and thereby saving the small farming community: “Can’t break the mold. I tried it, and it didn’t work for me. . . . Joey, there’s no living with . . . a killing. There’s no going back from one. Right or wrong, it’s a brand. A brand sticks. There’s no going back.”

Trump could not cease tweeting, not cease his rallies, not cease his feuding, and not cease his nonstop motion and unbridled speech if he wished to. It is his brand, and such overbearing made Trump, for good or evil, what he is — and will likely eventually banish him from establishment Washington, whether after or during his elected term. His raucousness can be managed, perhaps mitigated for a time — thus the effective tenure of his sober cabinet choices and his chief of staff, the ex–Marine general, no-nonsense John Kelly — but not eliminated. His blunt views cannot really thrive, and indeed can scarcely survive, in the nuance, complexity, and ambiguity of Washington.

Trump is not a mannered Mitt Romney, who would never have left the Paris climate agreement. He is not a veteran who knew the whiz of real bullets and remains a Washington icon, such as John McCain, who would never have moved the American embassy to Jerusalem. Marco Rubio or Jeb Bush certainly would never have waded into no-win controversies such as the take-a-knee NFL debacle and unvetted immigration from suspect countries in the Middle East and Africa, or called to account sanctuary cities that thwarted federal law. Our modern Agamemnon, Speaker Paul Ryan, is too circumspect to get caught up with Trump’s wall or a mini-trade war with China.

Trump does not seem to care whether he is acting “presidential.” The word — as he admits — is foreign to him. He does not worry whether his furious tweets, his revolving-door firing and hiring, and his rally counterpunches reveal a lack of stature or are becoming an embarrassing window into his own insecurities and apprehensions as a Beltway media world closes in upon him in the manner that, as the trapped western hero felt, the shrinking landscape was increasingly without options in the new 20th century.

The real moral question is not whether the gunslinger Trump could or should become civilized (again, defined in our context as becoming normalized as “presidential”) but whether he could be of service at the opportune time and right place for his country, crude as he is. After all, despite their decency, in extremis did the frontier farmers have a solution without Shane, or the Mexican peasants a realistic alternative to the Magnificent Seven, or the town elders a viable plan without Will Kane?

Perhaps we could not withstand the fire and smoke of a series of Trump presidencies, but given the direction of the country over the last 16 years, half the population, the proverbial townspeople of the western, wanted some outsider, even with a dubious past, to ride in and do things that most normal politicians not only would not but could not do — before exiting stage left or riding off into the sunset, to the relief of most and the regrets of a few.

The best and the brightest résumés of the Bush and Obama administrations had doubled the national debt — twice. Three prior presidents had helped to empower North Korea, now with nuclear-tipped missiles pointing at the West Coast. Supposedly refined and sophisticated diplomats of the last quarter century, who would never utter the name “Rocket Man” or stoop to call Kim Jong-un “short and fat,” nonetheless had gone through the “agreed framework,” “six-party talks,” and “strategic patience,” in which three administrations gave Pyongyang quite massive aid to behave and either not to proliferate or at least to denuclearize. And it was all a failure, and a deadly one at that.

For all of Obama’s sophisticated discourse about “spread the wealth around” and “You didn’t build that,” quantitative easing, zero interest rates, massive new regulations, the stimulus, and shovel-ready, government-inspired jobs, he could not achieve 3 percent annualized economic growth. Half the country, the more desperate half, believed that the remedy for a government in which the IRS, the FBI, the DOJ, and the NSA were weaponized, often in partisan fashion and without worry about the civil liberties of American citizens, was not more temporizing technicians but a pariah who cleaned house and moved on. Certainly Obama was not willing to have a showdown with the Chinese over their widely acknowledged cheating and coerced expropriation of U.S. technology, with the NATO allies over their chronic welching on prior defense commitments, with the North Koreans after they achieved the capability of hitting U.S. West Coast cities, or with the European Union over its mostly empty climate-change accords.

Moving on, sometimes fatally so, is the tragic hero’s operative exit. Antigone certainly makes her point about the absurdity of small men’s sexism and moral emptiness in such an uncompromising way that her own doom is assured. Tom Doniphon (John Wayne), in John Ford’s The Man Who Shot Liberty Valance, unheroically kills the thuggish Liberty Valance, births the career of Ranse Stoddard and his marriage to Doniphon’s girlfriend, and thereby ensures civilization is Shinbone’s frontier future. His service done, he burns down his house and degenerates from feared rancher to alcoholic outcast.

The remnants of The Magnificent Seven would no longer be magnificent had they stayed on in the village, settled down to age, and endlessly rehashed the morality and utility of slaughtering the outlaw Calvera and his banditos. As Chris rides out, he sums up to Vin their dilemma: “The old man was right. Only the farmers won. We lost. We always lose.” He knows that few appreciate that the tragic heroes in their midst are either tragic or heroic — until they are safely gone and what they have done in time can be attributed to someone else. Worse, he knows that the tragic hero’s existence is solitary and without the nourishing networks and affirmation of the peasant’s agrarian life.

John Ford’s most moving scene in his best film, The Searchers, is Ethan Edwards’s final exit from a house of shadows, swinging open the door and walking alone into sunlit oblivion. If he is lucky, Trump may well experience the same self-inflicted fate.

By his very excesses Trump has already lost, but in his losing he might alone be able to end some things that long ago should have been ended.

Voir aussi:

Q & A
The Classicist Who Sees Donald Trump as a Tragic Hero
Isaac Chotiner
The New Yorker
February 20, 2019

Many of the books written in support of Donald Trump’s Presidency have been authored by Trump family hangers-on or charlatans looking to make a buck. (Examples include “Trump’s Enemies: How the Deep State Is Undermining the Presidency,” by Corey Lewandowski and David N. Bossie, and “The Russia Hoax: The Illicit Scheme to Clear Hillary Clinton and Frame Donald Trump,” by Gregg Jarrett.) “The Case for Trump,” by Victor Davis Hanson, is different. (There isn’t even a subtitle.) Hanson, a senior fellow at Stanford’s Hoover Institution, is a classicist and military historian, who was awarded the National Humanities Medal by George W. Bush, in 2007. His previous book, “The Second World Wars,” was respectfully reviewed by the Times and The New Yorker.

But Hanson has another side, one that is well suited for the age of Trump. A longtime contributor to the National Review, he has a history of hostility to undocumented Mexican and Central American immigrants, who he claims are undermining American culture, and to African-Americans who speak about the persistence of racism, including Barack Obama, whom he has described as a leading member of “the new segregationists.” In his new book, which will be published by Basic Books, in March, Hanson explains why he thinks Trump was elected, and why he views the President as akin to a classically tragic hero, whom America needs but will never fully appreciate.

I recently spoke by phone with Hanson, who was in his home, in California. During our conversation, which has been edited and condensed for clarity, we discussed whether Trump should be compared to heroes of Greek myth, Hanson’s view of the Charlottesville protesters, and whether the President is carefully choosing the people he attacks.

I want to start with a quote from your book. You compare the President to others you admire in American history, writing, “What makes such men and women both tragic and heroic is their knowledge that the natural expression of their personas can lead only to their own destruction or ostracism from an advancing civilization that they seek to protect. And yet they willingly accept the challenge to be of service . . . Yet for a variety of reasons, both personal and civic, their characters not only should not be altered, but could not be, even if the tragic hero wished to change . . . In the classical tragic sense, Trump likely will end in one of two fashions, both not particularly good: either spectacular but unacknowledged accomplishments followed by ostracism . . . or, less likely, a single term due to the eventual embarrassment of his beneficiaries.” I wonder how your training as a classicist informs this passage, but I also want to ask, is our flawed, sinful country not worthy of Donald Trump?

No, I don’t mean that, as to the latter. I mean that that is how human nature is. So, if you talk to people in the military, the diplomatic corps, the academic world, and, just to take one example, China, they will tell you in the last two years they have had an awakening. They feel that Chinese military superiority is now to deny help to America’s allies. They believe that the trade deficit is unsustainable. They will tell you all of that, and you are almost listening to Donald Trump in 2015, but they won’t mention the word “Trump,” because to do so would contaminate that argument. What I am getting at is he looked at the world empirically.

Empirically?

Yes, empirically, and he said, “This is what’s wrong, and this is what we would have to do to address this problem.” And he said it in such a way—whether he wanted to say it in that way or whether he was forced to say it in that way, I don’t know—but he said it in such a way that was designed to grab attention, to be polarizing, to get through bureaucratic doublespeak. So now he succeeded, but if I were to ask anybody at Stanford University, or anybody that I know is a four-star general or a diplomat, “What caused your sudden change about China?,” they would not say Donald Trump, and yet we know who it was.

Do you feel that in some ways he is a hero out of Greek myth?

Yeah, as long as we understand the word “hero.” Americans don’t know what that word means. They think it means you live happily ever after or you are selfless. Whether it is Achilles or Sophocles’s Ajax or Antigone, they can act out of insecurity, they can act out of impatience—they can act out of all sorts of motives that are less than what we say in America are heroic. But the point that they are making is, I see a skill that I have. I see a problem. I want to solve that problem, and I want to solve that problem so much that the ensuing reaction to that solution may not necessarily be good for me. And they accept that.

It reminds me of Trump saying that people will get sick of winning. It seems like you are saying we have gotten sick of it, and that is the tragedy of Trump.

I think so. I tried to use as many examples as I could of the classic Western, whether it was “Shane” or “High Noon” or “The Magnificent Seven.” They all are the same—the community doesn’t have the skills or doesn’t have the willpower or doesn’t want to stoop to the corrective method to solve the existential problem, whether it is cattle barons or banditos. So they bring in an outsider, and immediately they start to be uneasy because he is uncouth—his skills, his attitude—and then he solves the problem, and they declare to him, whether it is Gary Cooper in “High Noon” or Alan Ladd in “Shane,” “I think it’s better you leave. We don’t need you anymore. We feel dirty that we ever had to call you in.” I think that is what is awaiting Trump.

How does this fit, in a Greek sense, with the man we are often confronted with—constantly tweeting, spending much of his day watching cable news, obsessed with small slights. Do these things, allowing for the modern context, also remind you of great heroes of myth?

Have you read Sophocles’s Ajax ever? It’s one of his best plays.

No, I haven’t.

You have a neurotic hero who cannot get over the fact that he was by all standards the successor to Achilles and deserves Achilles’s armor, and yet he was outsmarted by this wily, lesser Odysseus, who rigged the contest and got the armor. All he does is say, “This wasn’t fair. I’m better. Doesn’t anybody know this?” It’s true, but you want to say to Ajax, “Shut up and just take it.” Achilles has elements of a tragic hero. He says, at the beginning of the Iliad, “I do all the work. I kill all the Trojans. But when it comes to assigning booty, you always give it to mediocrities—deep-state, administrative nothings.” So he stalks off. And the gods tell him, “If you come back in, you will win fame, but you are going to end up dead.” So he makes a tragic, heroic decision that he is going to do that.

I think Trump really did think that there were certain problems and he had particular skills that he could solve. Maybe in a naïve fashion. But I think he understood, for all the emoluments-clause hysteria, that he wasn’t going to make a lot of money from it or be liked for it.

You don’t have much to say about child separation, the ban on certain Muslims, Charlottesville—the more controversial aspects of his Presidency. Are these nicks on a glorious record, or are they actually accomplishments?

I look at everything empirically. I know what the left said, and the media said, but I ask myself, “What actually happened?” There are a billion Muslims in the world, and he has, I think, six countries who were not able to substantiate that their passports were vetted. [Trump’s final travel plan limits or prevents travel from seven countries.] We didn’t even, in the final calibration, base it on religion. I think we have two countries that are not predominantly Muslim.

It was very clever how they did that.

Yeah. And so that’s one thing. As far as separation, I remember very carefully that the whole child separation was started during Barack Obama.

The policy of separating was a Trump thing.

It was used by Trump. It was unapologetically said this came from Obama and we are going to continue to practice deterrence. As someone who lives in a community that is ninety per cent Hispanic, probably forty per cent undocumented, I can tell you that it’s a very different world from what people are talking about in Washington. I have had people knock on my door and ask me where the ob-gyn lives, because they got her name in Oaxaca. And the woman in the car is six months pregnant and living across the border and given the name of a nice doctor in Selma, California, that will deliver the baby.

This has happened once? More than once?

It has happened once, but I know people who come from Mexico with the names of doctors and clinics in Fresno County where they know they will get, for free, twenty to thirty thousand dollars of medical care and an anchor baby. I know that’s supposed to be an uncouth thing to say.

Just a bit.

And they will be here. As I am talking right now, I have a guy, a U.S. citizen, tiling my kitchen, and he does not like the idea that people hire people illegally for twelve dollars an hour in cash, when he should be getting eighteen, nineteen, twenty dollars. But, when you make these arguments, they are just brushed aside by the left or the media, by saying, oh, these are anecdotal or racist or stereotype.

Right, people hear a story about someone knocking on your door wanting an ob-gyn and they say that is anecdotal. Charlottesville was the last one you are going to address, Trump saying there were good people on both sides.

That was very clumsy to say. But there wasn’t a monolithic white racist protest movement. There were collections of people. Some of them were just out there because maybe they are deluded and maybe they are not. I don’t know what their hearts are like, but they did not want statues torn down or defaced.

History buffs, really.

Yeah. You can argue that what was O.K. in 2010 suddenly was racist in 2017. But, in today’s polarized climate, Trump should have said, “While both groups are demonstrating, we can’t have a group on any side that identifies by race.” He should have said that. He just said there were good people on both sides. It was clumsy.

This is what you were saying about Greek heroes. You don’t get the perfect person who will phrase everything or do everything perfectly.

You don’t. You don’t. I was trying to look at Trump in classical terms, so words like eirôneia, or irony—how could it be that the Republican Party supposedly was empathetic, but a millionaire, a billionaire Manhattanite started using terms I had never heard Romney or McCain or Paul Ryan say? He started saying “our.” Our miners. And then, on the left, every time Hillary Clinton went before a Southern audience, she started speaking in a Southern accent. And Barack Obama, I think you would agree, when he gets before an inner-city audience, he suddenly sounded as if he spoke in a black patois. When Trump went to any of these groups, he had the same tie, the same suit, the same accent. What people thought was that, whatever he is, he is authentic.

Honest, authentic.

I don’t know about honest, but authentic and genuine. Honest in the sense that . . .

The larger sense.

Yeah.

Race has been a big part of Trump’s Presidency. There is not a lot of that in your book. The index contains an entry for “blacks,” which just says, when you turn to the page, that “African-Americans increasingly began to control big-city governments.” But there wasn’t a larger discussion of race. Where do you think Trump stands on racial issues?

When I wrote the book, I was interested, so I actually looked at things. I read a great deal about the Mar-a-Lago project, and I was shocked that the people who opposed that on cultural and social grounds were largely anti-Semitic. Trump had already announced that he was not going to discriminate against Jews and Mexicans and other people. He said, “I want wealthy people.” I went to Palm Beach and talked to wealthy Jewish donors and Cubans, and they said the same thing to me—“He likes rich people. He doesn’t care what you look like.”

Egalitarian, yeah.

I don’t know what the driving force was, but I found that he was indifferent. And I think the same thing is true of blacks and Hispanics.

What did you think about him using birtherism as a way of discrediting Obama?

You mean when he was a private citizen? He dropped that.

Well, what do you think about it?

I think it was absurd. I think it was demonstrable that Obama was born in the United States. The only ambiguity was that two things gave rise to the conspiracy theorists. One was—and I think this is a hundred-per-cent accurate—an advertising group that worked in concert with his publisher put on a booklet that Obama was born in Kenya. That gave third-world cachet to “Dreams from My Father.” And he didn’t look at it or didn’t change it. [In 1991, four years before Obama’s first book was published, his literary agency incorrectly stated on a client list that Obama was born in Kenya.] And he left as a young kid and went to Indonesia and applied when he came back as a Fulbright Fellow, and I don’t know if this is substantiated or just rumor, but he probably was given dual citizenship. [The claim that Obama was a Fulbright Fellow from Indonesia, and therefore had Indonesian citizenship, originated in a hoax e-mail, from April 1, 2009, and has been discredited.]

Rumors are fine.

Yeah. While in Indonesia. What I am getting at is, here you have a guy named Barack Obama, who grew up in Hawaii, and there were indications in his past that there was ambiguity.

You don’t think Trump was using it as a racially—

No, no, I think Trump was doing what Trump does, which is trying to sensationalize it. I don’t think it was racial. I think it was political.

You write, “Trump picked his targets carefully. His epithets even more carefully.” On the other hand, you have him making fun of Mika Brzezinski’s looks or saying that Ted Cruz’s dad had a role in the J.F.K. assassination.

I mentioned how that was crude in the book.

O.K., so do we think he picks his targets carefully, or maybe not?

If you go back and look at that, I mean carefully calibrated in a political sense. That’s my point. Not that it was careful in the sense of being humane or sympathetic. By that I mean, there were elements in Ted Cruz’s personality that offended people. And he got Ted Cruz really angry, and Ted Cruz doesn’t come across well.

Right, if someone accused your dad of killing J.F.K., or said that your wife was unattractive, you might get a little—

I think so. But if you go back and look at the worst tweets, they are retaliatory.

What he does is he waits like a coiled cobra until people attack him, and then he attacks them in a much cruder, blunter fashion. And he has an uncanny ability to pick people that have attacked him, whether it’s Rosie O’Donnell, Megyn Kelly—there were elements in all those people’s careers that were starting to bother people, and Trump sensed that out. I don’t think he would have gotten away with taking on other people that were completely beloved. Colin Kaepernick. People were getting tired of him, so he took him on. All that stuff was calibrated. Trump was replying and understood public sympathy would be at least fifty-fifty, if not in his favor.

No, I mean, if you are going to attack a woman as ugly you want to make sure you at least have public sympathy on your side.

I think so. There are certain women that may be homely.

Voir également:

Book paints Trump as tragic hero
Robert Brehl
The Catholic register
March 26, 2019

In a new book, The Case for Trump, scholarly classicist Victor Davis Hanson paints the U.S. president as a tragic hero like Achilles or Ajax from classic Greek literature.

“What makes such men and women both tragic and heroic is their knowledge that the natural expression of their personas can lead only to their own destruction or ostracism from an advancing civilization that they seek to protect. And yet they willingly accept the challenge to be of service,” Hanson writes.

“Yet for a variety of reasons, both personal and civic, their characters not only should not be altered, but could not be, even if the tragic hero wished to change. … In the classical tragic sense, Trump likely will end in one of two fashions, both not particularly good: either spectacular but unacknowledged accomplishments followed by ostracism … or, less likely, a single term due to the eventual embarrassment of his beneficiaries.”

Donald Trump, with metaphorical sword and shield in hand, slaying 21st century dragons like illegal immigrants or foreign despots threatening America; all the while, his selfless bravery misunderstood. It’s quite an image.

But it would be wrong to swiftly dismiss Hanson’s ideas and his book, especially by those opposed to the president and his policies. Hanson himself calls Trump “flawed,” but his presidency exemplary.

Hanson is a retired classics professor from California State University, Fresno, and senior fellow in military history at the Hoover Institution at Stanford University, and he has written two dozen books on topics ranging from the ancient world to the Second World War. He lives on a working farm in a multiracial, rural area in the interior of California, southeast of San Francisco. He doesn’t live in an Ivory Tower.

He also uses his hometown of Selma as a classic example of why America elected Trump. Once prosperous with family-run farms and food-processing plants and other manufacturing jobs, now most jobs are gone, unemployment high, crime and drug abuse commonplace. “In 1970, we did not have keys for our outside doors; in 2018, I have six guard dogs,” he writes. 

While he is a conservative with an upfront agenda, his critics come from the left and the right. One of the nastiest attacks upon Hanson comes from a Republican who worked on Mitt Romney’s 2012 presidential campaign and calls him a “Nazi sympathizer,” “racist enabler” and a “treasonous sophist.” A liberal writer says it’s oxymoronic to call Hanson a “pro-Trump intellectual.”

If his ideas are ticking off both ends of the spectrum, they must have some merit, or, at the very least, be interesting.

In defending his book, Hanson’s tone is civil. He tells stories from antiquity to make a point; or he acknowledges that Trump is a blowhard like the character Rodney Dangerfield played in the movie Caddyshack. But that doesn’t mean Trump’s policies aren’t working, he says. When one defends a position with reasoned thought, instead of rants and personal attacks like so many Trump supporters and detractors, it’s a welcome change.

Some of Hanson’s observations are disagreeable, others are worthy of pointing out and giving Trump his due. 

For example, Trump’s stand towards China and its murky trade practices is a reprieve from the appeasement of recent years. His support of the Catholic and Jewish faiths is also admirable.

Ultimately, though, The Case for Trump crumbles on two fundamental points.

It is disingenuous to separate the man from the presidency, but Hanson does. “Trump’s own uncouthness,” he writes, “was in its own manner contextualized by his supporters as a long overdue pushback to the elite disdain and indeed hatred shown them.” 

Hanson also points out character flaws in former presidents as somehow a reason to hand Trump a “get-out-of-jail-free-card” for his extracurricular activities with hookers and porn stars. 

“It doesn’t mean Donald Trump is a saint,” Hanson said during a recorded book tour event, “but he’s not an aberration either.”

My mother often said “two wrongs don’t make a right” and that applies here, along with Trump’s penchant to surround himself with hucksters, grifters, con men, liars and felons. Then there are the relentless and often vicious personal tweets and attacks on the Constitution. 

Sorry, but these character cancers cannot be ignored simply because one likes Trump’s tax cuts and deregulation that may or may not have boosted economic growth.

Besides, Hanson doesn’t make the case — with hard facts — that Trump’s policies are actually working. Has picking on allies like Canada really helped Wisconsin dairy farmers? Has he really tamed Kim Jong Un and his nuclear aspirations? Have Trump policies really boosted growth more than simply the cyclical nature of the economy itself? The list goes on and on.

Trump opponents probably won’t read the book, but it’s not your regular right-wing diatribe camouflaged as a book. It’s readable and, at times, highly entertaining in how he skewers Trump’s adversaries.

But, in the end, the book can’t make a case that electing a status quo disruptor like Donald Trump is any more than a Pyrrhic victory in the classical tragic sense.

Voir de même:

Trump’s policies on Iran, North Korea and Russia are cleaning up messes left by Obama, Bush and Clinton

Business as usual has strengthened our enemies for decades. Trump’s iconoclasm is worth a try.
Keith Koffler

Trump, however, has decided a nuclear Iran is not acceptable — neither now nor 12 years from now. He withdrew from the deal and re-invoked sanctions in the hope that the Iranians will renegotiate the terms that legally could have put them on a path toward nuclear weapons.

Of course, this path too has drawbacks — Iran responded by claiming it will increase its uranium enrichment. But Trump has reasoned the time to get tough with Iran is now, not in a dozen years when they are stronger and have perfected technologies related to nuclear weapons.

U.S. policy toward Russia pre-Trump had also been marked by years of complacency — remember Russian President Vladimir Putin c