Journée de la déclaration des droits/225e: Ces dons de Dieu sont antérieurs et supérieurs à toute législation humaine (Happy Bill of Rights Day !)

15 décembre, 2016
christy-four-freedomsCrédits Photo: Sébastien SORIANO/LE FIGARO
Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm. Mais je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Jésus (Luc 4:23-24)
Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre,  il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Préambule de la Déclaration d’indépendance (le 4 juillet 1776)
 Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article premier, 1789)
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et qu’Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu’en conséquence l’on peut écrire n’importe quoi aussi bien que quoi que ce soit. L’artiste doit tout élever ; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas.Gustave Flaubert (lettre à Louise Colet, 25 juin 1853
La bonne et la mauvaise société doivent être étudiées. La vérité est dans tout. Flaubert (à Ernest Chevalier. 24 février 1842)
Il n’y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. Flaubert (à Louise Colet, 16 janvier 1852)
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
La Révolution n’a fait que catalyser un tricolore qui était déjà dans l’air du temps, porté depuis plusieurs années par ceux qui se revendiquaient de la révolution américaine. Michel Pastoureau
En fait, la Révolution française n’est qu’un aspect d’une révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a commencé dans les colonies anglaises d’Amérique peu après 1763, s’est prolongée par les révolutions de Suisse, des Pays-Bas, d’Irlande avant d’atteindre la France en 1787 et 1789. Jacques Godechot
La Révolution américaine qui précéda la Révolution française, a influencé les débats de l’Assemblée constituante française autour de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. Parmi les députés siégeaient en effet treize hommes qui sont allés en Amérique du Nord ou qui admirent la Révolution américaine : ce groupe informel des « Américains » est constitué des nobles envoyés en Amérique, comme officiers, par le Roi Louis XVI pour soutenir la guerre d’indépendance américaine. Il comprenait le marquis de La Fayette, le vicomte de Noailles (qui proposa la fin des privilèges et des droits seigneuriaux le 4 août 1789), les frères Lameth, le marquis de Ségur, le comte Mathieu de Montmorency, le duc de la Rochefoucauld d’Enville (qui traduit la Constitution américaine de 1787 en français) ; on peut ajouter le marquis de Condorcet qui publia De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe. (…), l’influence américaine est surtout l’exemple de la mise en œuvre de principes révolutionnaires énoncés dans sa déclaration d’indépendance, Condorcet admettant, en introduction, que ces principes sont issus des philosophes Européens. La Déclaration des Droits américaine est l’un des éléments ayant pu inspirer la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen ; La Fayette fut le premier à présenter un projet de Déclaration en France, projet qui avait été discuté avec Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des États-Unis. Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Wikipedia
They preached equality because they believed in the fatherhood of God and the brotherhood of man. They justified freedom by the text that we are all created in the divine image, all partakers of the divine spirit.  From this teaching flowed the emerging American rejection of monarchy and our bold embrace of democratic self-government. (…) If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it. (…) Equality, liberty, popular sovereignty, the rights of man . . . are ideals. They have their source and their roots in the religious convictions. . . . Unless the faith of the American people in these religious convictions is to endure, the principles of our Declaration will perish. (…) We live in an age of science and of abounding accumulation of material things. These did not create our Declaration. Our Declaration created them. The things of the spirit come first. . . . If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it.  President Calvin Coolidge (150th anniversary of the Declaration of Independence, 1926)
Like Tocqueville, who attributed America’s strength to its unique fusion of the spirit of liberty and the spirit of religion, Coolidge is rightly concerned about what will happen to the sturdy tree of liberty should its cultural roots decay. It is a question worth some attention as we eat our barbecue and watch the fireworks. Leon Kass
 ‘Le genre humain avait perdu ses titres: Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus’ (Voltaire). Mais il ne suffit pas qu’ils soient écrits dans les livres des philosophes et dans le coeur des hommes vertueux, il faut que l’homme ignorant ou faible puisse les lire dans l’exemple d’un grand peuple. L’Amérique nous a donné cet exemple. (…) Le spectacle d’un grand peuple où les droits de l’homme sont respectés, est utile à tous les autres, malgré la différence des climats, des moeurs et des constitutions. Il apprend que ces droits sont partout les mêmes. (…)  Tels sont les biens que l’humanité entière doit attendre de l’exemple de l’Amérique, et nous serions surpris qu’on regardât comme chimériques ces avantages, parce qu’ils n’ont pas une influence immédiate et physique sur le sort des individus. Ce serait ignorer que le bonheur des hommes réunis en société dépend presque uniquement des bonnes lois, et que, s’ils doivent leur premier hommage au législateur qui réunit à la sagesse de les concevoir la volonté et le pouvoir de les prescrire, ceux qui, par leur exemple ou par leurs leçons, indiquent à chaque législateur les lois qu’il doit faire, deviennent après lui les premiers bienfaiteurs des peuples. Condorcet (1786
Il n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre. Alexis de Tocqueville
Il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. Louis XVI
En me replongeant dans les écrits de Bastiat, j’ai découvert une défense de la liberté et de l’autonomie individuelle à la fois élégante et puissante. (…) Bastiat nous a rappelé que le sens du pouvoir va des individus vers le haut, et non de l’État vers le bas. C’est un message de tous les temps. Margaret Thatcher
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Beaucoup d’entre vous connaissent certainement le nom de l’économiste français Fréderic Bastiat et sa célèbre Pétition des marchands de chandelles, qui est devenue un texte connu et aujourd’hui déjà classique dans les manuels démontrant l’absurdité de l’ingérence politique dans l’économie. Le 14 novembre 2008, la Commission européenne a exaucé la pétition réelle et non fictive des marchands de chandelles en grevant les chandelles importées de Chine de droits de douane de 66%. Je ne croyais pas qu’un texte littéraire écrit il y a 160 ans puisse devenir une réalité, mais cela est arrivé. Václav Klaus (président de la République tchèque, devant le Parlement européen, le 20 février 2009)
Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Le vocable de libéralisme fait son apparition au début du XIXe siècle (on trouve le mot dans le Journal de Maine de Biran en 1818, et le terme de liberalism se trouve dans le New English Dictionary dès 1819). Les racines du libéralisme sont plus anciennes. L’opposition à la dictature de l’absolutisme du souverain est développée au fil des siècles notamment par la montée du scepticisme face au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), mais aussi auparavant par la scolastique de l’École de Salamanque (XVIe siècle) faisant obligation morale au souverain de respecter les droits fondamentaux de chaque être humain au motif de sa nature de créature de Dieu, ou plus anciennement par les chartes médiévales (telles la Magna Carta) introduisant des droits fondamentaux dont le respect est exigé du souverain, ou encore par certains pans de la philosophie thomiste. La date des débuts formels du libéralisme ou de ses composantes politiques, économiques ou religieuses diffère selon les auteurs. De nombreux auteurs font débuter le libéralisme avec la Lettre sur la tolérance de John Locke (1689) qui complète les racines préexistantes.  Sur le plan politique, le libéralisme ne cherche pas à déterminer qui doit détenir le pouvoir : il fixe des limites à l’autorité politique, les moyens qu’elle peut ou ne peut pas utiliser. Cela a d’abord été une réponse à l’absolutisme des régimes de droit divin qui octroyait tous les pouvoirs aux monarques; par la suite, même la démocratie a vu émerger des structures politiques qui pouvaient aussi restreindre les prérogatives individuelles. Le libéralisme politique est consécutivement la doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’État pour ramener celui-ci à la protection des droits et libertés individuelles. Sur le plan économique le libéralisme économique donne une grande place au principe de propriété individuelle et s’oppose aux pouvoirs qui perturbent le libre jeu de la concurrence. C’est tout autant l’étatisme ou l’État-providence qui instaurent des barrières au commerce, que la constitution de conglomérats ou ententes industriels qui acquièrent une position hégémonique sur le marché. L’accusation contemporaine la plus commune qui est portée contre le concept de libéralisme[1] comme pour sa pratique est qu’il n’accorderait quasiment aucune valeur à la réduction des inégalités et considérerait les politiques de solidarité comme dangereuses. Pour les libéraux, il s’agit de distinguer le fonctionnement de l’économie de la politique sociale, deux domaines ayant leurs propres objectifs. Ils considèrent que les mélanger crée des confusions, opacités et effets pervers au détriment des deux.(…) Ces droits, selon les libéraux, ne découlent pas d’une définition législative, ce sont des droits inhérents à la nature humaine et dont la légitimité est supérieure à toute loi. Le libéralisme économique n’en est qu’une conséquence directe, depuis le « laissez faire, laissez passer », mot d’ordre des physiocrates français au XVIIIe siècle en faveur de la libre circulation des biens et des marchandises, jusqu’à l’École autrichienne d’économie au XXe siècle. Les libéralismes social et moral sont aussi des conséquences, même si on les sépare du libéralisme économique car tout le monde n’adhère pas forcément simultanément aux trois. La thèse des droits naturels (droit à la vie, à la liberté et à la propriété) est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l’homme qui a fourni historiquement la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française, sans pour autant préconiser la démocratie, de crainte que la « tyrannie de la majorité » (selon l’expression de Tocqueville) ne vienne limiter les droits individuels. Plusieurs libéraux contestent la thèse des droits naturels, et affirment que ces droits ne sont que des valeurs politiques (voir libéralisme politique). Les libéraux classiques soutiennent qu’en ce cas la société (via la démocratie) peut très bien limiter ou supprimer complètement la liberté de l’individu de façon tout à fait légale et démocratique (ce qui s’est produit par exemple avec l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir). Pour les tenants de la thèse des droits naturels (qualifiés également d’imprescriptibles dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen), il est clair que ces droits sont antérieurs et supérieurs à tout droit politique ainsi qu’à la démocratie. Il subsiste ainsi une différence marquée entre libéraux partisans du jusnaturalisme (la Raison comme source du droit : le droit naturel), et libéraux partisans du droit positif (l’État comme source du droit), les premiers étant parfois accusés de faire de la métaphysique, les derniers étant taxés de relativisme ou de soumission à l’État. Toutefois, tous les libéraux admettent l’insuffisance du seul droit positif : Hayek distingue la loi et la « règle de la loi » ; Bastiat affirme que « Personnalité, Liberté, Propriété (…) sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.» Ces droits ont un caractère universel, applicable à tous les hommes, sans égard au lieu ni à l’époque, ce qui les distingue de « droits » arbitraires fictifs : par exemple un droit au logement ne saurait être un droit naturel, car il est impossible à réaliser sans prendre aux uns pour donner aux autres, ce qui lui ôte tout caractère universel. Les droits des uns ne peuvent s’exercer aux dépens des droits des autres, plus précisément un droit ne peut s’exercer aux dépens d’une personne non consentante. Il faut noter que ces droits étaient déjà reconnus sous la monarchie : « il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. » (Louis XVI) L’éthique libérale découle des droits naturels, elle se ramène au principe de non-agression : ne pas voler autrui, ne pas utiliser la coercition ou la violence envers autrui, sauf pour se défendre d’une agression. C’est donc une éthique de tolérance, contraire au relativisme moral du collectivisme (selon lequel la fin justifie les moyens ou l’intérêt général doit prévaloir sur les options individuelles) La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu’au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce. Au XVIe siècle, l’école de Salamanque, Montaigne, La Boétie et d’autres humanistes. Au XVIIe siècle, les levellers de la révolution anglaise, John Locke (qui fonde la philosophie libérale moderne). Au XVIIIe siècle, Montesquieu, Voltaire, les physiocrates, Turgot, Adam Smith, David Hume. La révolution américaine est riche d’auteurs libéraux, de Benjamin Franklin à Thomas Paine. Durant la Révolution française, les Girondins représentent le courant libéral, victimes de la Terreur étatique des Jacobins, et parmi ceux-là des factions de la Montagne. Quand ils ne sont pas combattus par la révolution ou par Napoléon, les libéraux sont dans l’opposition pacifique : Destutt de Tracy, Benjamin Constant (qui formalise l’essence du libéralisme). Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat (le classique par excellence), Gustave de Molinari; en Angleterre, Richard Cobden, John Stuart Mill, Lord Acton. Au XXe siècle, l’école autrichienne culmine avec Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, l’objectiviste Ayn Rand cristallise les valeurs libérales, Murray Rothbard popularise le libertarianisme; on citera aussi Henry Hazlitt, Leonard Read, David Friedman, Antony de Jasay, etc.; en France, Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean-François Revel, Pascal Salin, Henri Lepage, etc. Il n’y a pas une école unique du libéralisme, d’autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill. Friedrich Hayek écrit ainsi que : « Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées et recourir le moins possible à la coercition. » Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu’il engendre les organisations sociales les plus efficaces d’un point de vue économique. Le libéralisme politique, expression qui est pour certains libéraux un oxymore, désigne une réalité variable selon les pays. Aujourd’hui aux États-Unis le liberalism désigne une tradition politique militant pour la démocratie et le régime constitutionnel, favorable en général aux libertés civiles et à l’économie de marché, mais souvent aussi interventionniste, et qui s’oppose à celle des conservateurs ou des socialistes ; dans ce sens le terme anglais liberal équivaut à centre-gauche, réformiste, démocrate ou social-démocrate (Jean-François Revel emploie le terme de progressiste), ce qui a peu de choses à voir avec le sens premier. Originellement, le libéralisme politique est le courant de pensée qui, depuis Locke, Hobbes et Montesquieu, est attaché à circonscrire l’action du pouvoir et de l’État, et à définir les rapports de la sphère politique avec l’individu (séparation des pouvoirs, « contre-pouvoirs », etc.). En général est préconisée la démocratie libérale, que l’on connaît depuis le XIXe siècle dans la plupart des états occidentaux. Les libéraux les plus radicaux, les anarcho-capitalistes, affirment que la sphère des attributions légitimes du pouvoir politique est vide. Les libéraux plus modérés, les minarchistes, pensent qu’il existe des fonctions légitimes de l’État, qu’ils identifient souvent aux fonctions régaliennes: sécurité, police, justice, défense du territoire. La plupart des libéraux ne se posent pas ces questions de principes ; leur opinion est que le pouvoir politique est bien trop étendu, et s’étend sans cesse. Ils cherchent donc les moyens de restreindre et d’inverser cette expansion de l’État, la question de savoir où on s’arrêtera étant prématurée. Wikilibéral
Le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté. John Dewey (1935)
Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme? Alexis Feertchak
Jean Tirole rappelle aussi que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc. Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie. Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral… (…) le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique… (…) ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances. (…) Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux. (…) Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III. Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen. (…) Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie. (…) ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique.  (…) Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence. Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun. (…) Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect French intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme. Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États-Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet. (…) Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même». Françoise Melonio
Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l’école anglaise ou américaine. Frédéric Bastiat
Et cette grande chimère, nous l’avons placée, pour l’édification du peuple, au frontispice de la Constitution. Voici les premiers mots du préambule: « La France s’est constituée en République pour… appeler tous les citoyens à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumière et de bien-être. »  Ainsi, c’est la France ou l’abstraction, qui appelle les Français ou les réalités à la moralité, au bien-être, etc. N’est-ce pas abonder dans le sens de cette bizarre illusion qui nous porte à tout attendre d’une autre énergie que la nôtre? N’est-ce pas donner à entendre qu’il y a, à côté et en dehors des Français, un être vertueux, éclairé, riche, qui peut et doit verser sur eux ses bienfaits? N’est-ce pas supposer, et certes bien gratuitement, qu’il y a entre la France et les Français, entre la simple dénomination abrégée, abstraite, de toutes les individualités et ces individualités mêmes, des rapports de père à fils, de tuteur à pupille, de professeur à écolier?(…) Les Américains se faisaient une autre idée des relations des citoyens avec l’État, quand ils placèrent en tête de leur Constitution ces simples paroles: « Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général et assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons, etc. » Ici point de création chimérique, point d’abstraction à laquelle les citoyens demandent tout. Ils n’attendent rien que d’eux-mêmes et de leur propre énergie. Si je me suis permis de critiquer les premières paroles de notre Constitution, c’est qu’il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’une pure subtilité métaphysique. Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions. Bastiat
Je ne désire pas pour mon pays autant le free-trade que l’esprit du free-trade. Le free-trade, c’est un peu plus de richesse ; l’esprit du free-trade, c’est la réforme de l’intelligence même, c’est-à-dire la source de toutes les réformes. Frédéric Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 mars 1847)
La cause que nous servons ne se renferme pas dans les limites d’une nation. Elle est universelle et ne trouvera sa solution que dans l’adhésion de tous les peuples. (…) Les difficultés s’accumulent autour de nous ; nous n’avons pas pour adversaires seulement des intérêts. L’ignorance publique se révèle maintenant dans toute sa triste étendue. En outre, les partis ont besoin de nous abattre. (…) Tous aspirent au même but : la Tyrannie. Ils ne diffèrent que sur la question de savoir en quelles mains l’arbitraire sera déposé. Aussi, ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’esprit de la vraie liberté. (…) Ce qui m’afflige surtout, moi qui porte au cœur le sentiment démocratique dans toute son universalité, c’est de voir la démocratie française en tête de l’opposition à la liberté du commerce. Bastiat (Lettre à Cobden, 9 novembre 1847)
De grands obstacles nous viennent aussi de votre côté de la Manche. Mon cher Cobden, il faut que je vous parle en toute franchise. En adoptant le Libre-Echange, l’Angleterre n’a pas adopté la politique qui dérive logiquement du Libre-Échange. Le fera-t-elle ? Je n’en doute pas ; mais quand ? (…) On dit souvent qu’il ne faut pas confondre les nations avec leurs gouvernements. Il y a du vrai et du faux dans cette maxime ; et j’ose dire qu’elle est fausse à l’égard des peuples qui ont des moyens constitutionnels de faire prévaloir l’opinion. Considérez que la France n’a pas d’instruction économique. Lors donc qu’elle lit l’histoire, lorsqu’elle y voit les envahissements successifs de l’Angleterre, quand elle étudie les moyens diplomatiques qui ont amené ces envahissements, quand elle voit un système séculaire suivi avec persévérance, soit que les wighs ou les torys tiennent le timon de l’État, quand elle lit dans vos journaux qu’en ce moment l’Angleterre a 34,000 marins à bord des vaisseaux de guerre, comment voulez-vous qu’elle se fie, pour un changement dans votre politique, à la force d’un principe que d’ailleurs elle ne comprend pas ?  Bastiat (Lettre à Cobden, 15 octobre 1847)
Mon ami, l’ignorance et l’indifférence dans ce pays, en matière d’économie politique, dépassent tout ce que j’aurais pu me figurer. Ce n’est pas une raison pour se décourager, au contraire, c’en est une pour nous donner le sentiment de l’utilité, de l’urgence même de nos efforts. Mais je comprends aujourd’hui une chose : c’est que la liberté commerciale est un résultat trop éloigné pour nous. Heureux si nous pouvons déblayer la route de quelques obstacles. — Le plus grand n’est pas le parti protectionniste, mais le socialisme avec ses nombreuses ramifications. — S’il n’y avait que les monopoleurs, ils ne résisteraient pas à la discussion. — Mais le socialisme leur vient en aide. Celui-ci admet la liberté en principe et renvoie l’exécution après l’époque où le monde sera constitué sur le plan de Fourier ou tout autre inventeur de société. — Et, chose singulière, pour prouver que jusque-là la liberté sera nuisible, ils reprennent tous les arguments des monopoleurs : balance du commerce, exportation du numéraire, supériorité de l’Angleterre, etc., etc. D’après cela, vous me direz que combattre les monopoleurs, c’est combattre les socialistes. — Non. — Les socialistes ont une théorie sur la nature oppressive du capital, par laquelle ils expliquent l’inégalité des conditions, et toutes les souffrances des classes pauvres. Ils parlent aux passions, aux sentiments, et même aux meilleurs instincts des hommes. Ils séduisent la jeunesse, montrant le mal et affirmant qu’ils possèdent le remède. Ce remède consiste en une organisation sociale artificielle de leur invention, qui rendra tous les hommes heureux et égaux, sans qu’ils aient besoin de lumières et de vertus. — Encore si tous les socialistes étaient d’accord sur ce plan d’organisation, on pourrait espérer de le ruiner dans les intelligences. Mais vous comprenez que, dans cet ordre d’idées, et du moment qu’il s’agit de pétrir une société, chacun fait la sienne, et tous les matins nous sommes assaillis par des inventions nouvelles. Nous avons donc à combattre une hydre à qui il repousse dix têtes quand nous lui en coupons une. Le malheur est que cette méthode a un puissant attrait pour la  (jeunesse. On lui montre des souffrances ; et par là on commence par toucher son cœur. Ensuite on lui dit que tout peut se guérir, au moyen de quelques combinaisons artificielles ; et par là on met son imagination en campagne. Bastiat (Lettre à Cobden, 5 juillet 1847)
On nous accuse, dans le parti démocratique et socialiste, d’être voués au culte des intérêts matériels et de tout ramener à des questions de richesses. J’avoue que lorsqu’il s’agit des masses, je n’ai pas ce dédain stoïque pour la richesse. Ce mot ne veut pas dire quelques écus de plus ; il signifie du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui ont froid, de l’éducation, de l’indépendance, de la dignité. — Mais, après tout, si le résultat du libre-échange devait être uniquement d’accroître la richesse publique, je ne m’en occuperais pas plus que de toute autre question agricole ou industrielle. Ce que je vois surtout dans notre agitation, c’est l’occasion de combattre quelques préjugés et de faire pénétrer dans le public quelques idées justes. C’est là un bien indirect cent fois supérieur aux avantages directs de la liberté commerciale (…) Si la liberté était proclamée demain, le public resterait dans l’ornière où il est sous tous les autres rapports ; mais, au début, je suis obligé de ne toucher qu’avec un extrême ménagement à ces idées accessoires, afin de ne pas heurter nos propres collègues. Aussi je consacre mes efforts à élucider le problème économique. Ce sera le point de départ de vues plus élevées. Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 avril 1847)
La révolution de février a été certainement plus héroïque que celle de juillet ; rien d’admirable comme le courage, l’ordre, le calme, la modération de la population parisienne. Mais quelles en seront les suites ? Depuis dix ans, de fausses doctrines, fort en vogue, nourrissent les classes laborieuses d’absurdes illusions. Elles sont maintenant convaincues que l’État est obligé de donner du pain, du travail, de l’instruction à tout le monde. Le gouvernement provisoire en a fait la promesse solennelle ; il sera donc forcé de renforcer tous les impôts pour essayer de tenir cette promesse, et, malgré cela, il ne la tiendra pas. Je n’ai pas besoin de te dire l’avenir que cela nous prépare. (…) Il est évident que toutes ces promesses aboutiront à ruiner la province pour satisfaire la population de Paris ; car le gouvernement n’entreprendra jamais de nourrir tous les métayers, ouvriers et artisans des départements, et surtout des campagnes. (…) Pauvre peuple ! que de déceptions on lui a préparées ! Il était si simple et si juste de le soulager par la diminution des taxes ; on veut le faire par la profusion, et il ne voit pas que tout le mécanisme consiste à lui prendre dix pour lui donner huit, sans compter la liberté réelle qui succombera à l’opération (…) Comment, comment lutter contre une école qui a la force en main et qui promet le bonheur parfait à tout le monde ? Ami, si l’on me disait : Tu vas faire prévaloir ton idée aujourd’hui, et demain tu mourras dans l’obscurité, j’accepterais de suite ; mais lutter sans chance, sans être même écouté, quelle rude tâche ! Adieu, les élections sont prochaines, nous nous verrons alors ; en attendant, dis-moi si tu remarques quelques bonnes dispositions en ma faveur. Bastiat (Lettre à M. Félix Coudroy, 29 février 1848)
We hold from God the gift which includes all others. This gift is life — physical, intellectual, and moral life. But life cannot maintain itself alone. The Creator of life has entrusted us with the responsibility of preserving, developing, and perfecting it. In order that we may accomplish this, He has provided us with a collection of marvelous faculties. And He has put us in the midst of a variety of natural resources. By the application of our faculties to these natural resources we convert them into products, and use them. This process is necessary in order that life may run its appointed course. Life, faculties, production — in other words, individuality, liberty, property — this is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. Bastiat
Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale. Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner. Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné. Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme. C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine. Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois. Bastiat

Et si on relisait Bastiat ?

En ce 225e anniversaire de la Déclaration des droits américaine …

Qui inspira largement la nôtre …

Au lendemain de la disparition  d’un des pires dictateurs de la planète qui a donné lieu aux ignominies que l’on sait …

Et à l’heure où, sur fond de réveil des peuples contre leurs élites mais aussi de manoeuvres d’intimidation des forces de la réaction …

Recule déjà une droite qui venait tout juste de commençait enfin à s’assumer comme telle …

Refuse toujours l’obstacle une gauche qui n’a toujours pas réussi à faire son aggiornamento …

Et continue à se gauchiser une extrême-droite toujours plus tentée par l’étatisme et l’interventionnisme …

Retour avec le récent entretien du Figaro de l’historienne des idées Françoise Mélonio …

Sur cette difficulté si particulière, catholicisme et monarchie absolue obligent, avec le libéralisme …

Dont ne semble décidément vouloir se défaire la terre de Tocqueville, Constant et Bastiat …

Et redécouverte justement avec le fameux texte de Bastiat sur la loi …

De cette si farouche volonté de maintenir hors de portée humaine comme don divin, la précédence et la prééminence de la liberté sur le politique …

Les Français ont-ils un problème avec le libéralisme ?
Alexis Feertchak
Le Figaro
16/09/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu contre la loi Travail, l’historienne des idées Françoise Mélonio a accordé au FigaroVox un entretien fleuve pour éclairer le rapport ambigu des Français avec le libéralisme.

Docteur d’État et agrégée de Lettres, normalienne, Françoise Mélonio est professeur de Littérature à l’Université Paris-Sorbonne. Ancienne directrice adjointe (Lettres) de l’École normale supérieure (Ulm), elle a été doyenne du Collège universitaire puis directrice des Études et de la Scolarité de Sciences Po Paris. Spécialiste de Tocqueville, elle a notamment dirigé la collection d’Histoire culturelle de la France publiée aux éditions du Seuil.

FIGAROVOX. – Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme?

Françoise MELONIO. – Jean Tirole rappelle aussi (1) que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc.

Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie.

Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral…

N’a-t-on pas aussi tendance à oublier que le libéralisme n’est pas d’abord une doctrine économique de «laisser-aller», mais qu’il est au départ une doctrine philosophique, politique et juridique relative au rapport entre les individus, la société et l’État?

En effet le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique…

John Dewey estimait en 1935 que «le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté» (2). L’adaptation est-elle la première force du libéralisme?

Oui sans doute, parce que ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances.

N’existe-t-il pas aujourd’hui un libéralisme culturel ou sociétal, qui s’ajoute à la division traditionnelle entre libéralismes économique et politique? Quel est le lien entre libéralisme et progressisme?

Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux.

Se référant à Tocqueville, Lucien Jaume estime qu’historiquement, les Français sont davantage attachés à l’égalité qu’à la liberté. Cela peut-il expliquer un certain antilibéralisme de l’Hexagone?

En effet Lucien Jaume met très vigoureusement ce point en lumière dans ses travaux sur l’histoire du libéralisme. Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III.

Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen.

La France est l’un des plus anciens États centralisés au monde, tradition que la Révolution française n’a fait qu’amplifier. Cet attachement à l’État participe-t-il du même mouvement de méfiance à l’endroit du libéralisme?

Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie.

Historiquement, la France est aussi un pays de petits propriétaires, très attachés à leur liberté par rapport à l’État, mais aussi par rapport aux différentes «puissances», qu’elles soient économiques, politiques ou financières. Comment expliquer la conjonction entre ce phénomène et l’attachement à un État fort?

La glorification de la petite propriété (rurale surtout) est un lieu commun libéral. Locke en fait le moyen pour chacun d’assurer sa conservation et son indépendance ; en France les petits propriétaires ayant bénéficié de la vente des biens nationaux et de l’abolition des droits féodaux, la petite propriété apparaît comme une conquête révolutionnaire. Jusque sous la troisième république, on trouve des éloges de la moralité des petits propriétaires, qui tient justement à leur indépendance. Mais c’est de l’État que le petit propriétaire attend la garantie dans ses transactions – et aussi le maintien de l’ordre qui assure le respect de la propriété. Guizot et Tocqueville sont protectionnistes et très attachés à l’ordre social… Je ne vois donc pas de contradiction entre le goût de l’indépendance et l’attachement aux garanties apportées par un État fort.

Ne retrouve-t-on pas aujourd’hui cette ambivalence au sein du Front national entre une vision étatiste et interventionniste dans les anciens territoires ouvriers et une vision davantage poujadiste parmi les artisans, les commerçants, les indépendants et les petits patrons, notamment dans le sud de la France?

Je ne m’aventurerai pas dans un commentaire sur les électeurs du Front national sur lesquels il y a d’excellentes études (Dominique Reynié, Pascal Perrineau).

Au-delà du cas spécifique de cet électorat, ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique. J’aime à citer cette phrase de L’ancien régime et la Révolution: «ll n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre».

Il y a quelques années, la loi française anti-Burka déclenchait un tollé dans les pays anglo-saxons, ce qui est arrivé derechef avec les arrêtés anti-burkini cet été. Le modèle républicain à la française vient-il se heurter au libéralisme politique?

La question est compliquée par la menace terroriste, et le disgracieux burkini n’est pas, je crois, l’objet le plus adéquat pour s’interroger sur la place du religieux dans nos démocraties libérales.

Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence.

Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun.

Alexis de Tocqueville, Benjamin Constant, Germaine de Staël, Victor Cousin, Hippolyte Taine, etc. la France a compté parmi les premiers intellectuels libéraux. Comment expliquer l’antilibéralisme qui siège aujourd’hui depuis longtemps parmi les «intellectuels» français?

Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect french intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme.

Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet.

Donald Trump aux États-Unis, victoire du Brexit aux États-Unis, succès des partis populistes partout en Europe, éclosion de «démocratures» dans de nombreux pays émergents, le libéralisme ne connaît-il pas une crise profonde en tant que modèle politique? Dans Suis-je un libéral (1925), John Maynard Keynes écrivait: «Il nous faut inventer une nouvelle sagesse pour une époque nouvelle». N’est-ce pas aujourd’hui le défi du libéralisme pour se réinventer?

Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même».


(1) Jean TIROLE, Économie du bien commun, p. 58, éd. PUF, 2016.

(2) John DEWEY, The future of liberalism, éd. Later Works, 1935

Voir aussi:

« The Law »
A selected essay reprint
Frédéric Bastiat
Bastiat, Frédéric
(1801-1850)
Introduction

Walter E. Williams*

I must have been forty years old before reading Frederic Bastiat’s classic The Law. An anonymous person, to whom I shall eternally be in debt, mailed me an unsolicited copy. After reading the book I was convinced that a liberal-arts education without an encounter with Bastiat is incomplete. Reading Bastiat made me keenly aware of all the time wasted, along with the frustrations of going down one blind alley after another, organizing my philosophy of life. The Law did not produce a philosophical conversion for me as much as it created order in my thinking about liberty and just human conduct.

Many philosophers have made important contributions to the discourse on liberty, Bastiat among them. But Bastiat’s greatest contribution is that he took the discourse out of the ivory tower and made ideas on liberty so clear that even the unlettered can understand them and statists cannot obfuscate them. Clarity is crucial to persuading our fellowman of the moral superiority of personal liberty.

Like others, Bastiat recognized the greatest single threat to liberty is government. Notice the clarity he employs to help us identify and understand evil government acts such as legalized plunder. Bastiat says, « See if the law takes from some persons what belongs to them, and gives it to other persons to whom it does not belong. See if the law benefits one citizen at the expense of another by doing what the citizen himself cannot do without committing a crime. » With such an accurate description of legalized plunder, we cannot deny the conclusion that most government activities, including ours, are legalized plunder, or for the sake of modernity, legalized theft.

Frederic Bastiat could have easily been a fellow traveler of the signers of our Declaration of Independence. The signers’ vision of liberty and the proper role of government was captured in the immortal words: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain Unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness. That to secure these rights, governments are instituted among Men…. » Bastiat echoes the identical vision, saying, « Life, faculties, production—in other words individuality, liberty, property—that is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. » Bastiat gave the same rationale for government as did our Founders, saying, « Life, liberty and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it is the fact that life, liberty and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. » No finer statements of natural or God-given rights have been made than those found in our Declaration of Independence and The Law.

Bastiat pinned his hopes for liberty on the United States saying, « …look at the United States. There is no country in the world where the law is kept more within its proper domain: the protection of every person’s liberty and property. As a consequence of this, there appears to be no country in the world where the social order rests on a firmer foundation. » Writing in 1850, Bastiat noted two areas where the United States fell short: « Slavery is a violation, by law, of liberty. The protective tariff is a violation, by law, of property. »

If Bastiat were alive today, he would be disappointed with our failure to keep the law within its proper domain. Over the course of a century and a half, we have created more than 50,000 laws. Most of them permit the state to initiate violence against those who have not initiated violence against others. These laws range from anti-smoking laws for private establishments and Social Security « contributions » to licensure laws and minimum wage laws. In each case, the person who resolutely demands and defends his God-given right to be left alone can ultimately suffer death at the hands of our government.*1

Bastiat explains the call for laws that restrict peaceable, voluntary exchange and punish the desire to be left alone by saying that socialists want to play God. Socialists look upon people as raw material to be formed into social combinations. To them—the elite— »the relationship between persons and the legislator appears to be the same as the relationship between the clay and the potter. » And for people who have this vision, Bastiat displays the only anger I find in The Law when he lashes out at do-gooders and would-be rulers of mankind, « Ah, you miserable creatures! You who think that you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That task would be sufficient enough. »

Bastiat was an optimist who thought that eloquent arguments in defense of liberty might save the day; but history is not on his side. Mankind’s history is one of systematic, arbitrary abuse and control by the elite acting privately, through the church, but mostly through government. It is a tragic history where hundreds of millions of unfortunate souls have been slaughtered, mostly by their own government. A historian writing 200 or 300 years from now might view the liberties that existed for a tiny portion of mankind’s population, mostly in the western world, for only a tiny portion of its history, the last century or two, as a historical curiosity that defies explanation. That historian might also observe that the curiosity was only a temporary phenomenon and mankind reverted back to the traditional state of affairs—arbitrary control and abuse.

Hopefully, history will prove that pessimistic assessment false. The worldwide collapse of the respectability of the ideas of socialism and communism suggests that there is a glimmer of hope. Another hopeful sign is the technological innovations that make it more difficult for government to gain information on and control its citizens. Innovations such as information access, communication and electronic monetary transactions will make government attempts at control more costly and less probable. These technological innovations will increasingly make it possible for world citizens to communicate and exchange with one another without government knowledge, sanction or permission.

Collapse of communism, technological innovations, accompanied by robust free-market organizations promoting Bastiat’s ideas, are the most optimistic things I can say about the future of liberty in the United States. Americans share an awesome burden and moral responsibility. If liberty dies in the United States, it is destined to die everywhere. A greater familiarity with Bastiat’s clear ideas about liberty would be an important step in rekindling respect and love, and allowing the resuscitation of the spirit of liberty among our fellow Americans.


Notes for this chapter

Walter E. Williams, John M. Olin Distinguished Professor of Economics and Chairman of the Economics Department at George Mason University, Fairfax, Virginia.

Death is not the stated penalty for disobedience; however, death can occur if the person refuses to submit to government sanctions for his disobedience.The Law

Foreword

Sheldon Richman

The state is that great fiction by which everyone tries to live at the expense of everyone else.

—Frederic Bastiat

Frederic Bastiat (1801-1850) holds a special place in the hearts and minds of the friends of liberty. There is no mystery here to be solved. The key to Bastiat’s appeal is the integrity and elegance of his message. His writing exhibits a purity and a reasoned passion that are rare in the modern world. He always wrote to be understood, to persuade, not to impress or to obfuscate.

Through the device of the fable, Bastiat deftly shattered the misconceptions about economics for his French contemporaries. When today, in modern America, we continue to be told, by intellectuals as well as by politicians, that the free entry of foreign-made products impoverishes us or that destructive earthquakes and hurricanes create prosperity by creating demand for rebuilding, we are seeing the results of a culture ignorant of Frederic Bastiat.

But to think of Bastiat as just an economist is to insufficiently appreciate him. Bastiat was a legal philosopher of the first rank. What made him so is The Law. Writing as France was being seduced by the false promises of socialism, Bastiat was concerned with law in the classical sense; he directs his reason to the discovery of the principles of social organization best suited to human beings.

He begins by recognizing that individuals must act to maintain their lives. They do so by applying their faculties to the natural world and transforming its components into useful products. « Life, faculties, production—in other words, individuality, liberty, property—this is man, » Bastiat writes. And since they are at the very core of human nature, they « precede all human legislation, and are superior to it. » Too few people understand that point. Legal positivism, the notion that there is no right and wrong prior to the enactment of legislation, sadly afflicts even some advocates of individual liberty (the utilitarian descendants of Bentham, for example). But, Bastiat reminds us, « Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. »

For Bastiat, law is a negative. He agreed with a friend who pointed out that it is imprecise to say that law should create justice. In truth, the law should prevent injustice. « Justice is achieved only when injustice is absent. » That may strike some readers as dubious. But on reflection, one can see that a free and just society is what results when forcible intervention against individuals does not occur; when they are left alone.

The purpose of law is the defense of life, liberty, and property. It is, says Bastiat, « the collective organization of the individual right of lawful defense. » Each individual has the right to defend his life, liberty, and property. A group of individuals, therefore, may be said to have « collective right » to pool their resources to defend themselves. « Thus the principle of collective right—its reason for existing, its lawfulness—is based on individual right. And this common force that protects this collective right cannot logically have any other purpose or any other mission than that for which it acts as a substitute. » If the very purpose of law is the protection of individual rights, then law may not be used—without contradiction—to accomplish what individuals have no right to do. « Such a perversion of force would be… contrary to our premise. » The result would be unlawful law.

A society based on a proper conception of law would be orderly and prosperous. But unfortunately, some will choose plunder over production if the former requires less effort than the latter. A grave danger arises when the class of people who make the law (legislation) turns to plunder. The result, Bastiat writes, is « lawful plunder. » At first, only the small group of lawmakers practices legal plunder. But that may set in motion a process in which the plundered classes, rather than seeking to abolish the perversion of law, instead strive to get in on it. « It is as if it were necessary, before a reign of justice appears, for everyone to suffer a cruel retribution—some for their evilness, and some for their lack of understanding. »

The result of generalized legal plunder is moral chaos precisely because law and morality have been set at odds. « When law and morality contradict each other, the citizen has the cruel alternative of either losing his moral sense or losing his respect for the law. » Bastiat points out that for many people, what is legal is legitimate. So they are plunged into confusion. And conflict.

As long as it is admitted that the law may be diverted from its true purpose-that it may violate property instead of protecting it-then everyone will want to participate in making the law, either to protect himself against plunder or to use it for plunder. Political questions will always be prejudicial, dominant, and all-absorbing. There will be fighting at the door of the Legislative Palace, and the struggle within will be no less furious.

Sound familiar?

Bastiat finds another motive—besides the desire for booty—behind legal plunder: « false philanthropy. » Again, he sees a contradiction. If philanthropy is not voluntary, it destroys liberty and justice. The law can give nothing that has not first been taken from its owner. He applies that analysis to all forms of government intervention, from tariffs to so-called public education.

Bastiat’s words are as fresh as if they were written today. He explains that one can identify legal plunder by looking for laws that authorize that one person’s property be given to someone else. Such laws should be abolished « without delay. » But, he warns, « the person who profits from such law will complain bitterly, defending his acquired rights, » his entitlements. Bastiat’s advice is direct: « Do not listen to this sophistry by vested interests. The acceptance of these arguments will build legal plunder into a whole system. In fact, this has already occurred. The present-day delusion is an attempt to enrich everyone at the expense of everyone else. »

The world view that underlies the distortion of law, Bastiat writes, holds man as a passive entity, lacking a motor of his own and awaiting the hand and plan of the wise legislator. He quotes Rousseau: « The legislator is the mechanic who invents the machine. » Saint-Just: « The legislator commands the future. It is for him to will the good of mankind. It is for him to make men what he wills them to be. » And the razor-sharp Robespierre: « The function of government is to direct the physical and morale powers of the nation toward the end for which the commonwealth has come into being. »

Bastiat echoes Adam Smith’s condemnation of the « man of system, » who sees people as mere pieces to be moved about a chessboard. To accomplish his objectives, the legislator must stamp out human differences, for they impede the plan. Forced conformity (is there any other kind?) is the order of the day. Bastiat quotes several writers in this vein, then replies:

Oh, sublime writers! Please remember sometimes that this clay, this sand, and this manure which you so arbitrarily dispose of, are men! They are your equals! They are intelligent and free human beings like yourselves! As you have, they too have received from God the faculty to observe, to plan ahead, to think, and to judge for themselves!

After quoting several of those writers who are so willing to devote themselves to reinventing people, Bastiat can no longer control his outrage: « Ah, you miserable creatures! You think you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That would be sufficient enough. »

Nor does Bastiat allow unrestrained democracy to escape his grasp. With his usual elegance, he goes right to the core of the issue. The democrat hails the people’s wisdom. In what does that wisdom consist? The ability to pick all-powerful legislators—and that is all. « The people who, during the election, were so wise, so moral, so perfect, now have no tendencies whatever; or if they have any, they are tendencies that lead downward to degradation …. If people are as incapable, as immoral, and as ignorant as the politicians indicate, then why is the right of these same people to vote defended with such passionate insistence? » And « if the natural tendencies of mankind are so bad that it is not safe to permit people to be free, how is it that the tendencies of these organizers are always good? »

Bastiat closes his volume with a clarion call for freedom and a rejection of all proposals to impose unnatural social arrangements on people. He implores all « legislators and do-gooders [to] reject all systems, and try liberty. »

In the years since The Law was first published, little has been written in the classical liberal tradition that can approach its purity, its power, its nearly poetic quality. Alas, the world is far from having learned the lessons of The Law. Bastiat would be saddened by what America has become. He warned us. He identified the principles indispensable for proper human society and made them accessible to all. In the struggle to end the legalized plunder of statism and to defend individual liberty, how much more could be asked of one man?

—SHELDON RICHMAN,

November 1995

Voir enfin:

La Loi
Frédéric Bastiat
Œuvres complètes, vol. 4, p. 342.
Juin 1850.

La loi pervertie ! La loi — et à sa suite toutes les forces collectives de la nation, — la Loi, dis-je, non seulement détournée de son but, mais appliquée à poursuivre un but directement contraire ! La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités, au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle-même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir ! Certes, c’est là un fait grave, s’il existe, et sur lequel il doit m’être permis d’appeler l’attention de mes concitoyens.

Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale.

Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner.

Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné.

Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme.

C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.

Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois.

Qu’est-ce donc que la Loi ? Ainsi que je l’ai dit ailleurs, c’est l’organisation collective du Droit individuel de légitime défense.

Chacun de nous tient certainement de la nature, de Dieu, le droit de défendre sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, puisque ce sont les trois éléments constitutifs ou conservateurs de la Vie, éléments qui se complètent l’un par l’autre et ne se peuvent comprendre l’un sans l’autre. Car que sont nos Facultés, sinon un prolongement de notre Personnalité, et qu’est-ce que la Propriété si ce n’est un prolongement de nos Facultés ?

Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le Droit de se concerter, de s’entendre, d’organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense.

Le Droit collectif a donc son principe, sa raison d’être, sa légitimité dans le Droit individuel ; et la Force commune ne peut avoir rationnellement d’autre but, d’autre mission que les forces isolées auxquelles elle se substitue.

Ainsi, comme la Force d’un individu ne peut légitimement attenter à la Personne, à la Liberté, à la Propriété d’un autre individu, par la même raison la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes.

Car cette perversion de la Force serait, en un cas comme dans l’autre, en contradiction avec nos prémisses. Qui osera dire que la Force nous a été donnée non pour défendre nos Droits, mais pour anéantir les Droits égaux de nos frères ? Et si cela n’est pas vrai de chaque force individuelle, agissant isolément, comment cela serait-il vrai de la force collective, qui n’est que l’union organisée des forces isolées ?

Donc, s’il est une chose évidente, c’est celle-ci : La Loi, c’est l’organisation du Droit naturel de légitime défense ; c’est la substitution de la force collective aux forces individuelles, pour agir dans le cercle où celles-ci ont le droit d’agir, pour faire ce que celles-ci ont le droit de faire, pour garantir les Personnes, les Libertés, les Propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la Justice.

Et s’il existait un peuple constitué sur cette base, il me semble que l’ordre y prévaudrait dans les faits comme dans les idées. Il me semble que ce peuple aurait le gouvernement le plus simple, le plus économique, le moins lourd, le moins senti, le moins responsable, le plus juste, et par conséquent le plus solide qu’on puisse imaginer, quelle que fût d’ailleurs sa forme politique.

Car, sous un tel régime, chacun comprendrait bien qu’il a toute la plénitude comme toute la responsabilité de son Existence. Pourvu que la personne fût respectée, le travail libre et les fruits du travail garantis contre toute injuste atteinte, nul n’aurait rien à démêler avec l’État. Heureux, nous n’aurions pas, il est vrai, à le remercier de nos succès ; mais malheureux, nous ne nous en prendrions pas plus à lui de nos revers que nos paysans ne lui attribuent la grêle ou la gelée. Nous ne le connaîtrions que par l’inestimable bienfait de la Sûreté.

On peut affirmer encore que, grâce à la non-intervention de l’État dans les affaires privées, les Besoins et les Satisfactions se développeraient dans l’ordre naturel. On ne verrait point les familles pauvres chercher l’instruction littéraire avant d’avoir du pain. On ne verrait point la ville se peupler aux dépens des campagnes, ou les campagnes aux dépens des villes. On ne verrait pas ces grands déplacements de capitaux, de travail, de population, provoqués par des mesures législatives, déplacements qui rendent si incertaines et si précaires les sources mêmes de l’existence, et aggravent par là, dans une si grande mesure, la responsabilité des gouvernements.

Par malheur, il s’en faut que la Loi se soit renfermée dans son rôle. Même il s’en faut qu’elle ne s’en soit écartée que dans des vues neutres et discutables. Elle a fait pis : elle a agi contrairement à sa propre fin ; elle a détruit son propre but ; elle s’est appliquée à anéantir cette Justice qu’elle devait faire régner, à effacer, entre les Droits, cette limite que sa mission était de faire respecter ; elle a mis la force collective au service de ceux qui veulent exploiter, sans risque et sans scrupule, la Personne, la Liberté ou la Propriété d’autrui ; elle a converti la Spoliation en Droit, pour la protéger, et la légitime défense en crime, pour la punir.

Comment cette perversion de la Loi s’est-elle accomplie ? Quelles en ont été les conséquences ?

La Loi s’est pervertie sous l’influence de deux causes bien différentes : l’égoïsme inintelligent et la fausse philanthropie.

Parlons de la première.

Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible.

Mais il est une autre disposition qui leur est aussi commune. C’est de vivre et de se développer, quand ils le peuvent, aux dépens les uns des autres. Ce n’est pas là une imputation hasardée, émanée d’un esprit chagrin et pessimiste. L’histoire en rend témoignage par les guerres incessantes, les migrations de peuples, les oppressions sacerdotales, l’universalité de l’esclavage, les fraudes industrielles et les monopoles dont ses annales sont remplies.

Cette disposition funeste prend naissance dans la constitution même de l’homme, dans ce sentiment primitif, universel, invincible, qui le pousse vers le bien-être et lui fait fuir la douleur.

L’homme ne peut vivre et jouir que par une assimilation, une appropriation perpétuelle, c’est-à-dire par une perpétuelle application de ses facultés sur les choses, ou par le travail. De là la Propriété.

Mais, en fait, il peut vivre et jouir en s’assimilant, en s’appropriant le produit des facultés de son semblable. De là la Spoliation.

Or, le travail étant en lui-même une peine, et l’homme étant naturellement porté à fuir la peine, il s’ensuit, l’histoire est là pour le prouver, que partout où la spoliation est moins onéreuse que le travail, elle prévaut ; elle prévaut sans que ni religion ni morale puissent, dans ce cas, l’empêcher.

Quand donc s’arrête la spoliation ? Quand elle devient plus onéreuse, plus dangereuse que le travail.

Il est bien évident que la Loi devrait avoir pour but d’opposer le puissant obstacle de la force collective à cette funeste tendance ; qu’elle devrait prendre parti pour la propriété contre la Spoliation.

Mais la Loi est faite, le plus souvent, par un homme ou par une classe d’hommes. Et la Loi n’existant point sans sanction, sans l’appui d’une force prépondérante, il ne se peut pas qu’elle ne mette en définitive cette force aux mains de ceux qui légifèrent.

Ce phénomène inévitable, combiné avec le funeste penchant que nous avons constaté dans le cœur de l’homme, explique la perversion à peu près universelle de la Loi. On conçoit comment, au lieu d’être un frein à l’injustice, elle devient un instrument et le plus invincible instrument d’injustice. On conçoit que, selon la puissance du législateur, elle détruit, à son profit, et à divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l’esclavage, la Liberté par l’oppression, la Propriété par la spoliation.

Il est dans la nature des hommes de réagir contre l’iniquité dont ils sont victimes. Lors donc que la Spoliation est organisée par la Loi, au profit des classes qui la font, toutes les classes spoliées tendent, par des voies pacifiques ou par des voies révolutionnaires, à entrer pour quelque chose dans la confection des Lois. Ces classes, selon le degré de lumière où elles sont parvenues, peuvent se proposer deux buts bien différents quand elles poursuivent ainsi la conquête de leurs droits politiques : ou elles veulent faire cesser la spoliation légale, ou elles aspirent à y prendre part.

Malheur, trois fois malheur aux nations où cette dernière pensée domine dans les masses, au moment où elles s’emparent à leur tour de la puissance législative !

Jusqu’à cette époque la spoliation légale s’exerçait par le petit nombre sur le grand nombre, ainsi que cela se voit chez les peuples où le droit de légiférer est concentré en quelques mains. Mais le voilà devenu universel, et l’on cherche l’équilibre dans la spoliation universelle. Au lieu d’extirper ce que la société contenait d’injustice, on la généralise. Aussitôt que les classes déshéritées ont recouvré leurs droits politiques, la première pensée qui les saisit n’est pas de se délivrer de la spoliation (cela supposerait en elles des lumières qu’elles ne peuvent avoir), mais d’organiser, contre les autres classes et à leur propre détriment, un système de représailles, — comme s’il fallait, avant que le règne de la justice arrive, qu’une cruelle rétribution vînt les frapper toutes, les unes à cause de leur iniquité, les autres à cause de leur ignorance.

Il ne pouvait donc s’introduire dans la Société un plus grand changement et un plus grand malheur que celui-là : la Loi convertie en instrument de spoliation.

Quelles sont les conséquences d’une telle perturbation ? Il faudrait des volumes pour les décrire toutes. Contentons-nous d’indiquer les plus saillantes.

La première, c’est d’effacer dans les consciences la notion du juste et de l’injuste.

Aucune société ne peut exister si le respect des Lois n’y règne à quelque degré ; mais le plus sûr, pour que les lois soient respectées, c’est qu’elles soient respectables. Quand la Loi et la Morale sont en contradiction, le citoyen se trouve dans la cruelle alternative ou de perdre la notion de Morale ou de perdre le respect de la Loi, deux malheurs aussi grands l’un que l’autre et entre lesquels il est difficile de choisir.

Il est tellement de la nature de la Loi de faire régner la Justice, que Loi et Justice, c’est tout un, dans l’esprit des masses. Nous avons tous une forte disposition à regarder ce qui est légal comme légitime, à ce point qu’il y en a beaucoup qui font découler faussement toute justice de la Loi. Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à beaucoup de consciences. L’esclavage, la restriction, le monopole trouvent des défenseurs non seulement dans ceux qui en profitent, mais encore dans ceux qui en souffrent. Essayez de proposer quelques doutes sur la moralité de ces institutions. « Vous êtes, dira-t-on, un novateur dangereux, un utopiste, un théoricien, un contempteur des lois ; vous ébranlez la base sur laquelle repose la société. » Faites-vous un cours de morale, ou d’économie politique ? Il se trouvera des corps officiels pour faire parvenir au gouvernement ce vœu :

« Que la science soit désormais enseignée, non plus au seul point de vue du Libre-Échange (de la Liberté, de la Propriété, de la Justice), ainsi que cela a eu lieu jusqu’ici, mais aussi et surtout au point de vue des faits et de la législation (contraire à la Liberté, à la Propriété, à la Justice) qui régit l’industrie française. »

« Que, dans les chaires publiques salariées par le Trésor, le professeur s’abstienne rigoureusement de porter la moindre atteinte au respect dû aux lois en vigueur

, etc. »

En sorte que s’il existe une loi qui sanctionne l’esclavage ou le monopole, l’oppression ou la spoliation sous une forme quelconque, il ne faudra pas même en parler ; car comment en parler sans ébranler le respect qu’elle inspire ? Bien plus, il faudra enseigner la morale et l’économie politique au point de vue de cette loi, c’est-à-dire sur la supposition qu’elle est juste par cela seul qu’elle est Loi.

Un autre effet de cette déplorable perversion de la Loi, c’est de donner aux passions et aux luttes politiques, et, en général, à la politique proprement dite, une prépondérance exagérée.

Je pourrais prouver cette proposition de mille manières. Je me bornerai, par voie d’exemple, à la rapprocher du sujet qui a récemment occupé tous les esprits : le suffrage universel.

Quoi qu’en pensent les adeptes de l’École de Rousseau, laquelle se dit très avancée et que je crois reculée de vingt siècles, le suffrage universel (en prenant ce mot dans son acception rigoureuse) n’est pas un de ces dogmes sacrés, à l’égard desquels l’examen et le doute même sont des crimes.

On peut lui opposer de graves objections.

D’abord le mot universel cache un grossier sophisme. Il y a en France trente-six millions d’habitants. Pour que le droit de suffrage fût universel, il faudrait qu’il fût reconnu à trente-six millions d’électeurs. Dans le système le plus large, on ne le reconnaît qu’à neuf millions. Trois personnes sur quatre sont donc exclues et, qui plus est, elles le sont par cette quatrième. Sur quel principe se fonde cette exclusion ? sur le principe de l’Incapacité. Suffrage universel veut dire : suffrage universel des capables. Restent ces questions de fait : quels sont les capables ? l’âge, le sexe, les condamnations judiciaires sont-ils les seuls signes auxquels on puisse reconnaître l’incapacité ?

Si l’on y regarde de près, on aperçoit bien vite le motif pour lequel le droit de suffrage repose sur la présomption de capacité, le système le plus large ne différant à cet égard du plus restreint que par l’appréciation des signes auxquels cette capacité peut se reconnaître, ce qui ne constitue pas une différence de principe, mais de degré.

Ce motif, c’est que l’électeur ne stipule pas pour lui, mais pour tout le monde.

Si, comme le prétendent les républicains de la teinte grecque et romaine, le droit de suffrage nous était échu avec la vie, il serait inique aux adultes d’empêcher les femmes et les enfants de voter. Pourquoi les empêche-t-on ? Parce qu’on les présume incapables. Et pourquoi l’Incapacité est-elle un motif d’exclusion ? Parce que l’électeur ne recueille pas seul la responsabilité de son vote ; parce que chaque vote engage et affecte la communauté tout entière ; parce que la communauté a bien le droit d’exiger quelques garanties, quant aux actes d’où dépendent son bien-être et son existence.

Je sais ce qu’on peut répondre. Je sais aussi ce qu’on pourrait répliquer. Ce n’est pas ici le lieu d’épuiser une telle controverse. Ce que je veux faire observer, c’est que cette controverse même (aussi bien que la plupart des questions politiques) qui agite, passionne et bouleverse les peuples, perdrait presque toute son importance, si la Loi avait toujours été ce qu’elle devrait être.

En effet, si la Loi se bornait à faire respecter toutes les Personnes, toutes les Libertés, toutes les Propriétés, si elle n’était que l’organisation du Droit individuel de légitime défense, l’obstacle, le frein, le châtiment opposé à toutes les oppressions, à toutes les spoliations, croit-on que nous nous disputerions beaucoup, entre citoyens, à propos du suffrage plus ou moins universel ? Croit-on qu’il mettrait en question le plus grand des biens, la paix publique ? Croit-on que les classes exclues n’attendraient pas paisiblement leur tour ? Croit-on que les classes admises seraient très-jalouses de leur privilége ? Et n’est-il pas clair que l’intérêt étant identique et commun, les uns agiraient, sans grand inconvénient, pour les autres ?

Mais que ce principe funeste vienne à s’introduire, que, sous prétexte d’organisation, de réglementation, de protection, d’encouragement, la Loi peut prendre aux uns pour donner aux autres, puiser dans la richesse acquise par toutes les classes pour augmenter celle d’une classe, tantôt celle des agriculteurs, tantôt celle des manufacturiers, des négociants, des armateurs, des artistes, des comédiens ; oh ! certes, en ce cas, il n’y a pas de classe qui ne prétende, avec raison, mettre, elle aussi, la main sur la Loi ; qui ne revendique avec fureur son droit d’élection et d’éligibilité ; qui ne bouleverse la société plutôt que de ne pas l’obtenir. Les mendiants et les vagabonds eux-mêmes vous prouveront qu’ils ont des titres incontestables. Ils vous diront : « Nous n’achetons jamais de vin, de tabac, de sel, sans payer l’impôt, et une part de cet impôt est donnée législativement en primes, en subventions à des hommes plus riches que nous. D’autres font servir la Loi à élever artificiellement le prix du pain, de la viande, du fer, du drap. Puisque chacun exploite la Loi à son profit, nous voulons l’exploiter aussi. Nous voulons en faire sortir le Droit à l’assistance, qui est la part de spoliation du pauvre. Pour cela, il faut que nous soyons électeurs et législateurs, afin que nous organisions en grand l’Aumône pour notre classe, comme vous avez organisé en grand la Protection pour la vôtre. Ne nous dites pas que vous nous ferez notre part, que vous nous jetterez, selon la proposition de M. Mimerel, une somme de 600,000 francs pour nous faire taire et comme un os à ronger. Nous avons d’autres prétentions et, en tout cas, nous voulons stipuler pour nous-mêmes comme les autres classes ont stipulé pour elles-mêmes ! »

Que peut-on répondre à cet argument ? Oui, tant qu’il sera admis en principe que la Loi peut être détournée de sa vraie mission, qu’elle peut violer les propriétés au lieu de les garantir, chaque classe voudra faire la Loi, soit pour se défendre contre la spoliation, soit pour l’organiser aussi à son profit. La question politique sera toujours préjudicielle, dominante, absorbante ; en un mot, on se battra à la porte du Palais législatif. La lutte ne sera pas moins acharnée au-dedans. Pour en être convaincu, il est à peine nécessaire de regarder ce qui se passe dans les Chambres en France et en Angleterre ; il suffit de savoir comment la question y est posée.

Est-il besoin de prouver que cette odieuse perversion de la Loi est une cause perpétuelle de haine, de discorde, pouvant aller jusqu’à la désorganisation sociale ? Jetez les yeux sur les États-Unis. C’est le pays du monde où la Loi reste le plus dans son rôle, qui est de garantir à chacun sa liberté et sa propriété. Aussi c’est le pays du monde où l’ordre social paraît reposer sur les bases les plus stables. Cependant, aux États-Unis même, il est deux questions, et il n’en est que deux, qui, depuis l’origine, ont mis plusieurs fois l’ordre politique en péril. Et quelles sont ces deux questions ? Celle de l’Esclavage et celle des Tarifs, c’est-à-dire précisément les deux seules questions où, contrairement à l’esprit général de cette république, la Loi a pris le caractère spoliateur. L’Esclavage est une violation, sanctionnée par la loi, des droits de la Personne. La Protection est une violation, perpétrée par la loi, du droit de Propriété ; et certes, il est bien remarquable qu’au milieu de tant d’autres débats, ce double fléau légal, triste héritage de l’ancien monde, soit le seul qui puisse amener et amènera peut-être la rupture de l’Union. C’est qu’en effet on ne saurait imaginer, au sein d’une société, un fait plus considérable que celui-ci : La Loi devenue un instrument d’injustice. Et si ce fait engendre des conséquences si formidables aux États-Unis, où il n’est qu’une exception, que doit-ce être dans notre Europe, où il est un Principe, un Système ?

M. de Montalembert, s’appropriant la pensée d’une proclamation fameuse de M. Carlier, disait : Il faut faire la guerre au Socialisme. — Et par Socialisme, il faut croire que, selon la définition de M. Charles Dupin, il désignait la Spoliation.

Mais de quelle Spoliation voulait-il parler ? Car il y en a de deux sortes. Il y a la spoliation extra-légale et la spoliation légale.

Quant à la spoliation extra-légale, celle qu’on appelle vol, escroquerie, celle qui est définie, prévue et punie par le Code pénal, en vérité, je ne pense pas qu’on la puisse décorer du nom de Socialisme. Ce n’est pas celle qui menace systématiquement la société dans ses bases. D’ailleurs, la guerre contre ce genre de spoliation n’a pas attendu le signal de M. de Montalembert ou de M. Carlier. Elle se poursuit depuis le commencement du monde ; la France y avait pourvu, dès longtemps avant la révolution de février, dès longtemps avant l’apparition du Socialisme, par tout un appareil de magistrature, de police, de gendarmerie, de prisons, de bagnes et d’échafauds. C’est la Loi elle-même qui conduit cette guerre, et ce qui serait, selon moi, à désirer, c’est que la Loi gardât toujours cette attitude à l’égard de la Spoliation.

Mais il n’en est pas ainsi. La Loi prend quelquefois parti pour elle. Quelquefois elle l’accomplit de ses propres mains, afin d’en épargner au bénéficiaire la honte, le danger et le scrupule. Quelquefois elle met tout cet appareil de magistrature, police, gendarmerie et prison au service du spoliateur, et traite en criminel le spolié qui se défend. En un mot, il y a la spoliation légale, et c’est de celle-là sans doute que parle M. de Montalembert.

Cette spoliation peut n’être, dans la législation d’un peuple, qu’une tache exceptionnelle et, dans ce cas, ce qu’il y a de mieux à faire, sans tant de déclamations et de jérémiades, c’est de l’y effacer le plus tôt possible, malgré les clameurs des intéressés. Comment la reconnaître ? C’est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d’un citoyen et au détriment des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime. Hâtez-vous d’abroger cette Loi ; elle n’est pas seulement une iniquité, elle est une source féconde d’iniquités ; car elle appelle les représailles, et si vous n’y prenez garde, le fait exceptionnel s’étendra, se multipliera et deviendra systématique. Sans doute, le bénéficiaire jettera les hauts cris ; il invoquera les droits acquis. Il dira que l’État doit Protection et Encouragement à son industrie ; il alléguera qu’il est bon que l’État l’enrichisse, parce qu’étant plus riche il dépense davantage, et répand ainsi une pluie de salaires sur les pauvres ouvriers. Gardez-vous d’écouter ce sophiste, car c’est justement par la systématisation de ces arguments que se systématisera la spoliation légale.

C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme.

Or le Socialisme, ainsi défini, formant un corps de doctrine, quelle guerre voulez-vous lui faire, si ce n’est une guerre de doctrine ? Vous trouvez cette doctrine fausse, absurde, abominable. Réfutez-la. Cela vous sera d’autant plus aisé qu’elle est plus fausse, plus absurde, plus abominable. Surtout, si vous voulez être fort, commencez par extirper de votre législation tout ce qui a pu s’y glisser de Socialisme, — et l’œuvre n’est pas petite.

On a reproché à M. de Montalembert de vouloir tourner contre le Socialisme la force brutale. C’est un reproche dont il doit être exonéré, car il a dit formellement : il faut faire au Socialisme la guerre qui est compatible avec la loi, l’honneur et la justice.

Mais comment M. de Montalembert ne s’aperçoit-il pas qu’il se place dans un cercle vicieux ? Vous voulez opposer au Socialisme la Loi ? Mais précisément le Socialisme invoque la Loi. Il n’aspire pas à la spoliation extra-légale, mais à la spoliation légale. C’est de la Loi même, à l’instar des monopoleurs de toute sorte, qu’il prétend se faire un instrument ; et une fois qu’il aura la Loi pour lui, comment voulez-vous tourner la Loi contre lui ? Comment voulez-vous le placer sous le coup de vos tribunaux, de vos gendarmes, de vos prisons ?

Aussi que faites-vous ? Vous voulez l’empêcher de mettre la main à la confection des Lois. Vous voulez le tenir en dehors du Palais législatif. Vous n’y réussirez pas, j’ose vous le prédire, tandis qu’au-dedans on légiférera sur le principe de la Spoliation légale. C’est trop inique, c’est trop absurde.

Il faut absolument que cette question de Spoliation légale se vide, et il n’y a que trois solutions.

Que le petit nombre spolie le grand nombre.

Que tout le monde spolie tout le monde.

Que personne ne spolie personne.

Spoliation partielle, Spoliation universelle, absence de Spoliation, il faut choisir. La Loi ne peut poursuivre qu’un de ces trois résultats.

Spoliation partielle, — c’est le système qui a prévalu tant que l’électorat a été partiel, système auquel on revient pour éviter l’invasion du Socialisme.

Spoliation universelle, — c’est le système dont nous avons été menacés quand l’électorat est devenu universel, la masse ayant conçu l’idée de légiférer sur le principe des législateurs qui l’ont précédée.

Absence de Spoliation, — c’est le principe de justice, de paix, d’ordre, de stabilité, de conciliation, de bon sens que je proclamerai de toute la force, hélas ! bien insuffisante, de mes poumons, jusqu’à mon dernier souffle.

Et, sincèrement, peut-on demander autre chose à la Loi ? La Loi, ayant pour sanction nécessaire la Force, peut-elle être raisonnablement employée à autre chose qu’à maintenir chacun dans son Droit ? Je défie qu’on la fasse sortir de ce cercle, sans la tourner, et, par conséquent, sans tourner la Force contre le Droit. Et comme c’est là la plus funeste, la plus illogique perturbation sociale qui se puisse imaginer, il faut bien reconnaître que la véritable solution, tant cherchée, du problème social est renfermée dans ces simples mots : la Loi, c’est la Justice organisée.

Or, remarquons-le bien : organiser la Justice par la Loi, c’est-à-dire par la Force, exclut l’idée d’organiser par la Loi ou par la Force une manifestation quelconque de l’activité humaine : Travail, Charité, Agriculture, Commerce, Industrie, Instruction, Beaux-Arts, Religion ; car il n’est pas possible qu’une de ces organisations secondaires n’anéantisse l’organisation essentielle. Comment imaginer, en effet, la Force entreprenant sur la Liberté des citoyens, sans porter atteinte à la Justice, sans agir contre son propre but ?

Ici je me heurte au plus populaire des préjugés de notre époque. On ne veut pas seulement que la Loi soit juste ; on veut encore qu’elle soit philanthropique. On ne se contente pas qu’elle garantisse à chaque citoyen le libre et inoffensif exercice de ses facultés, appliquées à son développement physique, intellectuel et moral ; on exige d’elle qu’elle répande directement sur la nation le bien-être, l’instruction et la moralité. C’est le côté séduisant du Socialisme.

Mais, je le répète, ces deux missions de la Loi se contredisent. Il faut opter. Le citoyen ne peut en même temps être libre et ne l’être pas. M. de Lamartine m’écrivait un jour : « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme ; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Je lui répondis : « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds.

La Spoliation légale a deux racines : l’une, nous venons de le voir, est dans l’Égoïsme humain ; l’autre est dans la fausse Philanthropie.

Avant d’aller plus loin, je crois devoir m’expliquer sur le mot Spoliation.

Je ne le prends pas, ainsi qu’on le fait trop souvent, dans une acception vague, indéterminée, approximative, métaphorique : je m’en sers au sens tout à fait scientifique, et comme exprimant l’idée opposée à celle de la Propriété. Quand une portion de richesses passe de celui qui l’a acquise, sans son consentement et sans compensation, à celui qui ne l’a pas créée, que ce soit par force ou par ruse, je dis qu’il y a atteinte à la Propriété, qu’il y a Spoliation. Je dis que c’est là justement ce que la Loi devrait réprimer partout et toujours. Que si la Loi accomplit elle-même l’acte qu’elle devrait réprimer, je dis qu’il n’y a pas moins Spoliation, et même, socialement parlant, avec circonstance aggravante. Seulement, en ce cas, ce n’est pas celui qui profite de la Spoliation qui en est responsable, c’est la Loi, c’est le législateur, c’est la société, et c’est ce qui en fait le danger politique.

Il est fâcheux que ce mot ait quelque chose de blessant. J’en ai vainement cherché un autre, car en aucun temps, et moins aujourd’hui que jamais, je ne voudrais jeter au milieu de nos discordes une parole irritante. Aussi, qu’on le croie ou non, je déclare que je n’entends accuser les intentions ni la moralité de qui que ce soit. J’attaque une idée que je crois fausse, un système qui me semble injuste, et cela tellement en dehors des intentions, que chacun de nous en profite sans le vouloir et en souffre sans le savoir. Il faut écrire sous l’influence de l’esprit de parti ou de la peur pour révoquer en doute la sincérité du Protectionnisme, du Socialisme et même du Communisme, qui ne sont qu’une seule et même plante, à trois périodes diverses de sa croissance. Tout ce qu’on pourrait dire, c’est que la Spoliation est plus visible, par sa partialité, dans le Protectionnisme

, par son universalité, dans le Communisme ; d’où il suit que des trois systèmes le Socialisme est encore le plus vague, le plus indécis, et par conséquent le plus sincère.

Quoi qu’il en soit, convenir que la spoliation légale a une de ses racines dans la fausse philanthropie, c’est mettre évidemment les intentions hors de cause.

Ceci entendu, examinons ce que vaut, d’où vient et où aboutit cette aspiration populaire qui prétend réaliser le Bien général par la Spoliation générale.

Les socialistes nous disent : puisque la Loi organise la justice, pourquoi n’organiserait-elle pas le travail, l’enseignement, la religion ?

Pourquoi ? Parce qu’elle ne saurait organiser le travail, l’enseignement, la religion, sans désorganiser la Justice.

Remarquez donc que la Loi, c’est la Force, et que, par conséquent, le domaine de la Loi ne saurait dépasser légitimement le légitime domaine de la Force.

Quand la loi et la Force retiennent un homme dans la Justice, elles ne lui imposent rien qu’une pure négation. Elles ne lui imposent que l’abstention de nuire. Elles n’attentent ni à sa Personnalité, ni à sa Liberté, ni à sa Propriété. Seulement elles sauvegardent la Personnalité, la Liberté et la Propriété d’autrui. Elles se tiennent sur la défensive ; elles défendent le Droit égal de tous. Elles remplissent une mission dont l’innocuité est évidente, l’utilité palpable, et la légitimité incontestée.

Cela est si vrai qu’ainsi qu’un de mes amis me le faisait remarquer dire que le but de la Loi est de faire régner la Justice, c’est se servir d’une expression qui n’est pas rigoureusement exacte. Il faudrait dire : Le but de la Loi est d’empêcher l’Injustice de régner. En effet, ce n’est pas la Justice qui a une existence propre, c’est l’Injustice. L’une résulte de l’absence de l’autre.

Mais quand la Loi, — par l’intermédiaire de son agent nécessaire, la Force, — impose un mode de travail, une méthode ou une matière d’enseignement, une foi ou un culte, ce n’est plus négativement, c’est positivement qu’elle agit sur les hommes. Elle substitue la volonté du législateur à leur propre volonté, l’initiative du législateur à leur propre initiative. Ils n’ont plus à se consulter, à comparer, à prévoir ; la Loi fait tout cela pour eux. L’intelligence leur devient un meuble inutile ; ils cessent d’être hommes ; ils perdent leur Personnalité, leur Liberté, leur Propriété.

Essayez d’imaginer une forme de travail imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Liberté ; une transmission de richesse imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Propriété. Si vous n’y parvenez pas, convenez donc que la Loi ne peut organiser le travail et l’industrie sans organiser l’Injustice.

Lorsque, du fond de son cabinet, un publiciste promène ses regards sur la société, il est frappé du spectacle d’inégalité qui s’offre à lui. Il gémit sur les souffrances qui sont le lot d’un si grand nombre de nos frères, souffrances dont l’aspect est rendu plus attristant encore par le contraste du luxe et de l’opulence.

Il devrait peut-être se demander si un tel état social n’a pas pour cause d’anciennes Spoliations, exercées par voie de conquête, et des Spoliations nouvelles, exercées par l’intermédiaire des Lois. Il devrait se demander si, l’aspiration de tous les hommes vers le bien-être et le perfectionnement étant donnée, le règne de la justice ne suffit pas pour réaliser la plus grande activité de Progrès et la plus grande somme d’Égalité, compatibles avec cette responsabilité individuelle que Dieu a ménagée comme juste rétribution des vertus et des vices.

Il n’y songe seulement pas. Sa pensée se porte vers des combinaisons, des arrangements, des organisations légales ou factices. Il cherche le remède dans la perpétuité et l’exagération de ce qui a produit le mal.

Car, en dehors de la Justice, qui, comme nous l’avons vu, n’est qu’une véritable négation, est-il aucun de ces arrangements légaux qui ne renferme le principe de la Spoliation ?

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de richesses, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas une mamelle qui se remplisse d’elle-même, ou dont les veines lactifères aillent puiser ailleurs que dans la société. Il n’entre rien au trésor public, en faveur d’un citoyen ou d’une classe, que ce que les autres citoyens et les autres classes ont été forcés d’y mettre. Si chacun n’y puise que l’équivalent de ce qu’il y a versé, votre Loi, il est vrai, n’est pas spoliatrice, mais elle ne fait rien pour ces hommes qui manquent de richesses, elle ne fait rien pour l’égalité. Elle ne peut être un instrument d’égalisation qu’autant qu’elle prend aux uns pour donner aux autres, et alors elle est un instrument de Spoliation. Examinez à ce point de vue la Protection des tarifs, les primes d’encouragement, le Droit au profit, le Droit au travail, le Droit à l’assistance, le Droit à l’instruction, l’impôt progressif, la gratuité du crédit, l’atelier social, toujours vous trouverez au fond la Spoliation légale, l’injustice organisée.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de lumières, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas un flambeau répandant au loin une clarté qui lui soit propre. Elle plane sur une société où il y a des hommes qui savent et d’autres qui ne savent pas ; des citoyens qui ont besoin d’apprendre et d’autres qui sont disposés à enseigner. Elle ne peut faire que de deux choses l’une : ou laisser s’opérer librement ce genre de transactions, laisser se satisfaire librement cette nature de besoins ; ou bien forcer à cet égard les volontés et prendre aux uns de quoi payer des professeurs chargés d’instruire gratuitement les autres. Mais elle ne peut pas faire qu’il n’y ait, au second cas, atteinte à la Liberté et à la Propriété, Spoliation légale.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de moralité ou de religion, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi c’est la Force, et ai-je besoin de dire combien c’est une entreprise violente et folle que de faire intervenir la force en ces matières ?

Au bout de ses systèmes et de ses efforts, il semble que le Socialisme, quelque complaisance qu’il ait pour lui-même, ne puisse s’empêcher d’apercevoir le monstre de la Spoliation légale. Mais que fait-il ? Il le déguise habilement à tous les yeux, même aux siens, sous les noms séducteurs de Fraternité, Solidarité, Organisation, Association. Et parce que nous ne demandons pas tant à la Loi, parce que nous n’exigeons d’elle que Justice, il suppose que nous repoussons la fraternité, la solidarité, l’organisation, l’association, et nous jette à la face l’épithète d’individualistes.

Qu’il sache donc que ce que nous repoussons, ce n’est pas l’organisation naturelle, mais l’organisation forcée.

Ce n’est pas l’association libre, mais les formes d’association qu’il prétend nous imposer.

Ce n’est pas la fraternité spontanée, mais la fraternité légale.

Ce n’est pas la solidarité providentielle, mais la solidarité artificielle, qui n’est qu’un déplacement injuste de Responsabilité.

Le Socialisme, comme la vieille politique d’où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État ; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État ; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc., etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État.

Comment a pu prévaloir, dans le monde politique, l’idée bizarre de faire découler de la Loi ce qui n’y est pas : le Bien, en mode positif, la Richesse, la Science, la Religion ?

Les publicistes modernes, particulièrement ceux de l’école socialiste, fondent leurs théories diverses sur une hypothèse commune, et assurément la plus étrange, la plus orgueilleuse qui puisse tomber dans un cerveau humain.

Ils divisent l’humanité en deux parts. L’universalité des hommes, moins un, forme la première ; le publiciste, à lui tout seul, forme la seconde et, de beaucoup, la plus importante.

En effet, ils commencent par supposer que les hommes ne portent en eux-mêmes ni un principe d’action, ni un moyen de discernement ; qu’ils sont dépourvus d’initiative ; qu’ils sont de la matière inerte, des molécules passives, des atomes sans spontanéité, tout au plus une végétation indifférente à son propre mode d’existence, susceptible de recevoir, d’une volonté et d’une main extérieures, un nombre infini de formes plus ou moins symétriques, artistiques, perfectionnées.

Ensuite chacun d’eux suppose sans façon qu’il est lui-même, sous les noms d’Organisateur, de Révélateur, de Législateur, d’Instituteur, de Fondateur, cette volonté et cette main, ce mobile universel, cette puissance créatrice dont la sublime mission est de réunir en société ces matériaux épars, qui sont des hommes.

Partant de cette donnée, comme chaque jardinier, selon son caprice, taille ses arbres en pyramides, en parasols, en cubes, en cônes, en vases, en espaliers, en quenouilles, en éventails, chaque socialiste, suivant sa chimère, taille la pauvre humanité en groupes, en séries, en centres, en sous-centres, en alvéoles, en ateliers sociaux, harmoniques, contrastés, etc., etc.

Et de même que le jardinier, pour opérer la taille des arbres, a besoin de haches, de scies, de serpettes et de ciseaux, le publiciste, pour arranger sa société, a besoin de forces qu’il ne peut trouver que dans les Lois ; loi de douane, loi d’impôt, loi d’assistance, loi d’instruction.

Il est si vrai que les socialistes considèrent l’humanité comme matière à combinaisons sociales, que si, par hasard, ils ne sont pas bien sûrs du succès de ces combinaisons, ils réclament du moins une parcelle d’humanité comme matière à expériences : on sait combien est populaire parmi eux l’idée d’expérimenter tous les systèmes, et on a vu un de leurs chefs venir sérieusement demander à l’assemblée constituante une commune avec tous ses habitants, pour faire son essai.

C’est ainsi que tout inventeur fait sa machine en petit avant de la faire en grand. C’est ainsi que le chimiste sacrifie quelques réactifs, que l’agriculteur sacrifie quelques semences et un coin de son champ pour faire l’épreuve d’une idée.

Mais quelle distance incommensurable entre le jardinier et ses arbres, entre l’inventeur et sa machine, entre le chimiste et ses réactifs, entre l’agriculteur et ses semences !… Le socialiste croit de bonne foi que la même distance le sépare de l’humanité.

Il ne faut pas s’étonner que les publicistes du dix-neuvième siècle considèrent la société comme une création artificielle sortie du génie du Législateur.

Cette idée, fruit de l’éducation classique, a dominé tous les penseurs, tous les grands écrivains de notre pays.

Tous ont vu entre l’humanité et le législateur les mêmes rapports qui existent entre l’argile et le potier.

Bien plus, s’ils ont consenti à reconnaître, dans le cœur de l’homme, un principe d’action et, dans son intelligence, un principe de discernement, ils ont pensé que Dieu lui avait fait, en cela, un don funeste, et que l’humanité, sous l’influence de ces deux moteurs, tendait fatalement vers sa dégradation. Ils ont posé en fait qu’abandonnée à ses penchants l’humanité ne s’occuperait de religion que pour aboutir à l’athéisme, d’enseignement que pour arriver à l’ignorance, de travail et d’échanges que pour s’éteindre dans la misère.

Heureusement, selon ces mêmes écrivains, il y a quelques hommes, nommés Gouvernants, Législateurs, qui ont reçu du ciel, non-seulement pour eux-mêmes, mais pour tous les autres, des tendances opposées.

Pendant que l’humanité penche vers le Mal, eux inclinent au Bien ; pendant que l’humanité marche vers les ténèbres, eux aspirent à la lumière ; pendant que l’humanité est entraînée vers le vice, eux sont attirés par la vertu. Et, cela posé, ils réclament la Force, afin qu’elle les mette à même de substituer leurs propres tendances aux tendances du genre humain.

Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du Socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse ; ou bien, ce qui est encore pis, que d’elle-même l’humanité tend vers sa dégradation et n’est arrêtée sur cette pente que par la main mystérieuse du Législateur. Partout le Conventionalisme classique nous montre, derrière la société passive, une puissance occulte qui, sous les noms de Loi, Législateur, ou sous cette expression plus commode et plus vague de on, meut l’humanité, l’anime, l’enrichit et la moralise.

Bossuet. — « Une des choses qu’on (qui ?) imprimait le plus fortement dans l’esprit des Égyptiens, c’était l’amour de la patrie… Il n’était pas permis d’être inutile à l’État ; la Loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils. On ne pouvait ni en avoir deux ni changer de profession… Mais il y avait une occupation qui devait être commune, c’était l’étude des lois et de la sagesse. L’ignorance de la religion et de la police du pays n’était excusée en aucun état. Au reste, chaque profession avait son canton qui lui était assigné (par qui ?)… Parmi de bonnes lois, ce qu’il y avait de meilleur, c’est que tout le monde était nourri (par qui ?) dans l’esprit de les observer… Leurs mercures ont rempli l’Égypte d’inventions merveilleuses, et ne lui avaient presque rien laissé ignorer de ce qui pouvait rendre la vie commode et tranquille. »

Ainsi, les hommes, selon Bossuet, ne tirent rien d’eux-mêmes : patriotisme, richesses, activité, sagesse, inventions, labourage, sciences, tout leur venait par l’opération des Lois ou des Rois. Il ne s’agissait pour eux que de se laisser faire. C’est à ce point que Diodore ayant accusé les Égyptiens de rejeter la lutte et la musique, Bossuet l’en reprend. Comment cela est-il possible, dit-il, puisque ces arts avaient été inventés par Trismégiste ?

De même chez les Perses :

« Un des premiers soins du prince était de faire fleurir l’agriculture… Comme il y avait des charges établies pour la conduite des armées, il y en avait aussi pour veiller aux travaux rustiques… Le respect qu’on inspirait aux Perses pour l’autorité royale allait jusqu’à l’excès. »

Les Grecs, quoique pleins d’esprit, n’en étaient pas moins étrangers à leurs propres destinées, jusque-là que, d’eux-mêmes, ils ne se seraient pas élevés, comme les chiens et les chevaux, à la hauteur des jeux les plus simples. Classiquement, c’est une chose convenue que tout vient du dehors aux peuples.

« Les Grecs, naturellement pleins d’esprit et de courage, avaient été cultivés de bonne heure par des Rois et des colonies venues d’Égypte. C’est de là qu’ils avaient appris les exercices du corps, la course à pied, à cheval et sur des chariots… Ce que les Égyptiens leur avaient appris de meilleur était à se rendre dociles, à se laisser former par des lois pour le bien public. »

Fénelon. — Nourri dans l’étude et l’admiration de l’antiquité, témoin de la puissance de Louis XIV, Fénelon ne pouvait guère échapper à cette idée que l’humanité est passive, et que ses malheurs comme ses prospérités, ses vertus comme ses vices lui viennent d’une action extérieure, exercée sur elle par la Loi ou celui qui la fait. Aussi, dans son utopique Salente, met-il les hommes, avec leurs intérêts, leurs facultés, leurs désirs et leurs biens, à la discrétion absolue du Législateur. En quelque matière que ce soit, ce ne sont jamais eux qui jugent pour eux-mêmes, c’est le Prince. La nation n’est qu’une matière informe, dont le Prince est l’âme. C’est en lui que résident la pensée, la prévoyance, le principe de toute organisation, de tout progrès et, par conséquent, la Responsabilité.

Pour prouver cette assertion, il me faudrait transcrire ici tout le Xme livre de Télémaque. J’y renvoie le lecteur, et me contente de citer quelques passages pris au hasard dans ce célèbre poème, auquel, sous tout autre rapport, je suis le premier à rendre justice.

Avec cette crédulité surprenante qui caractérise les classiques, Fénelon admet, malgré l’autorité du raisonnement et des faits, la félicité générale des Égyptiens, et il l’attribue, non à leur propre sagesse, mais à celle de leurs Rois.

« Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvrent tous les ans d’une moisson dorée, sans se reposer jamais ; des prairies pleines de troupeaux ; des laboureurs accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein ; des bergers qui faisaient répéter les doux sons de leurs flûtes et de leurs chalumeaux à tous les échos d’alentour. Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage Roi.

« Ensuite Mentor me faisait remarquer la joie et l’abondance répandues dans toute la campagne d’Égypte, où l’on comptait jusqu’à vingt-deux mille villes ; la justice exercée en faveur du pauvre contre le riche ; la bonne éducation des enfants qu’on accoutumait à l’obéissance, au travail, à la sobriété, à l’amour des arts et des lettres ; l’exactitude pour toutes les cérémonies de la religion, le désintéressement, le désir de l’honneur, la fidélité pour les hommes et la crainte pour les dieux, que chaque père inspirait à ses enfants. Il ne se lassait point d’admirer ce bel ordre. Heureux, me disait-il, le peuple qu’un sage Roi conduit ainsi. »

Fénelon fait, sur la Crète, une idylle encore plus séduisante. Puis il ajoute, par la bouche de Mentor :

« Tout ce que vous verrez dans cette île merveilleuse est le fruit des lois de Minos. L’éducation qu’il faisait donner aux enfants rend le corps sain et robuste. On les accoutume d’abord à une vie simple, frugale et laborieuse ; on suppose que toute volupté amollit le corps et l’esprit ; on ne leur propose jamais d’autre plaisir que celui d’être invincibles par la vertu et d’acquérir beaucoup de gloire… Ici on punit trois vices qui sont impunis chez les autres peuples, l’ingratitude, la dissimulation et l’avarice. Pour le faste et la mollesse, on n’a jamais besoin de les réprimer, car ils sont inconnus en Crète… on n’y souffre ni meubles précieux, ni habits magnifiques, ni festins délicieux, ni palais dorés. »

C’est ainsi que Mentor prépare son élève à triturer et manipuler, dans les vues les plus philanthropiques sans doute, le peuple d’Ithaque, et, pour plus de sûreté, il lui en donne l’exemple à Salente.

Voilà comment nous recevons nos premières notions politiques. On nous enseigne à traiter les hommes à peu près comme Olivier de Serres enseigne aux agriculteurs à traiter et mélanger les terres.

Montesquieu. — « Pour maintenir l’esprit de commerce, il faut que toutes les lois le favorisent ; que ces mêmes lois, par leurs dispositions, divisant les fortunes à mesure que le commerce les grossit, mettent chaque citoyen pauvre dans une assez grande aisance pour pouvoir travailler comme les autres, et chaque citoyen riche dans une telle médiocrité qu’il ait besoin de travailler pour conserver ou pour acquérir… »

Ainsi les Lois disposent de toutes les fortunes.

« Quoique dans la démocratie l’égalité réelle soit l’âme de l’État, cependant elle est si difficile à établir qu’une exactitude extrême à cet égard ne conviendrait pas toujours. Il suffit que l’on établisse un cens qui réduise ou fixe les différences à un certain point. Après quoi c’est à des lois particulières à égaliser pour ainsi dire les inégalités, par les charges qu’elles imposent aux riches et le soulagement qu’elles accordent aux pauvres… »

C’est bien là encore l’égalisation des fortunes par la loi, par la force.

« Il y avait dans la Grèce deux sortes de républiques. Les unes étaient militaires, comme Lacédémone ; d’autres étaient commerçantes, comme Athènes. Dans les unes on voulait que les citoyens fussent oisifs ; dans les autres on cherchait à donner de l’amour pour le travail. »

« Je prie qu’on fasse un peu d’attention à l’étendue du génie qu’il fallut à ces législateurs pour voir qu’en choquant tous les usages reçus, en confondant toutes les vertus, ils montreraient à l’univers leur sagesse. Lycurgue, mêlant le larcin avec l’esprit de justice, le plus dur esclavage avec l’extrême liberté, les sentiments les plus atroces avec la plus grande modération, donna de la stabilité à sa ville. Il sembla lui ôter toutes les ressources, les arts, le commerce, l’argent, les murailles : on y a de l’ambition sans espérance d’être mieux ; on y a les sentiments naturels, et on n’y est ni enfant, ni mari, ni père ; la pudeur même est ôtée à la chasteté. C’est par ce chemin que Sparte est menée à la grandeur et à la gloire… »

« Cet extraordinaire que l’on voyait dans les institutions de la Grèce, nous l’avons vu dans la lie et la corruption des temps modernes. Un législateur honnête homme a formé un peuple où la probité parait aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue, et quoique le premier ait eu la paix pour objet comme l’autre a eu la guerre, ils se ressemblent dans la voie singulière où ils ont mis leur peuple, dans l’ascendant qu’ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu’ils ont vaincus, dans les passions qu’ils ont soumises. »

« Le Paraguay peut nous fournir un autre exemple. On a voulu en faire un crime à la Société, qui regarde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie ; mais il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant plus heureux… »

« Ceux qui voudront faire des institutions pareilles établiront la communauté des biens de la République de Platon, ce respect qu’il demandait pour les dieux, cette séparation d’avec les étrangers pour la conservation des mœurs, et la cité faisant le commerce et non pas les citoyens ; ils donneront nos arts sans notre luxe, et nos besoins sans nos désirs. »

L’engouement vulgaire aura beau s’écrier : c’est du Montesquieu, donc c’est magnifique ! c’est sublime ! j’aurai le courage de mon opinion et de dire :

Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ! *

Mais c’est affreux ! abominable ! et ces extraits, que je pourrais multiplier, montrent que, dans les idées de Montesquieu, les personnes, les libertés, les propriétés, l’humanité entière ne sont que des matériaux propres à exercer la sagacité du Législateur.

Rousseau. — Bien que ce publiciste, suprême autorité des démocrates, fasse reposer l’édifice social sur la volonté générale, personne n’a admis aussi complètement que lui l’hypothèse de l’entière passivité du genre humain en présence du Législateur.

« S’il est vrai qu’un grand prince est un homme rare, que sera-ce d’un grand législateur ? Le premier n’a qu’à suivre le modèle que l’autre doit proposer. Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine, celui-là n’est que l’ouvrier qui la monte et la fait marcher. »

Et que sont les hommes en tout ceci ? La machine qu’on monte et qui marche, ou plutôt la matière brute dont la machine est faite !

Ainsi entre le Législateur et le Prince, entre le Prince et les sujets, il y a les mêmes rapports qu’entre l’agronome et l’agriculteur, l’agriculteur et la glèbe. À quelle hauteur au-dessus de l’humanité est donc placé le publiciste, qui régente les Législateurs eux-mêmes et leur enseigne leur métier en ces termes impératifs :

« Voulez-vous donner de la consistance à l’État ? rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible. Ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux.

« Le sol est-il ingrat ou stérile, ou le pays trop serré pour les habitants, tournez-vous du côté de l’industrie et des arts, dont vous échangerez les productions contre les denrées qui vous manquent… Dans un bon terrain, manquez-vous d’habitants, donnez tous vos soins à l’agriculture, qui multiplie les hommes, et chassez les arts, qui ne feraient qu’achever de dépeupler le pays… Occupez-vous des rivages étendus et commodes, couvrez la mer de vaisseaux, vous aurez une existence brillante et courte. La mer ne baigne-t-elle sur vos côtes que des rochers inaccessibles, restez barbares et ichthyophages, vous en vivrez plus tranquilles, meilleurs peut-être, et, à coup sûr, plus heureux. En un mot, outre les maximes communes à tous, chaque peuple renferme en lui quelque cause qui les ordonne d’une manière particulière, et rend sa législation propre à lui seul. C’est ainsi qu’autrefois les Hébreux, et récemment les Arabes, ont eu pour principal objet la religion ; les Athéniens, les lettres ; Carthage et Tyr, le commerce ; Rhodes, la marine ; Sparte, la guerre, et Rome, la vertu. L’auteur de l’Esprit des Lois a montré par quel art le législateur dirige l’institution vers chacun de ces objets… Mais si le législateur, se trompant dans son objet, prend un principe différent de celui qui naît de la nature des choses, que l’un tende à la servitude et l’autre à la liberté ; l’un aux richesses, l’autre à la population ; l’un à la paix, l’autre aux conquêtes, on verra les lois s’affaiblir insensiblement, la constitution s’altérer, et l’État ne cessera d’être agité jusqu’à ce qu’il soit détruit ou changé, et que l’invincible nature ait repris son empire.

Mais si la nature est assez invincible pour reprendre son empire, pourquoi Rousseau n’admet-il pas qu’elle n’avait pas besoin du Législateur pour prendre cet empire dès l’origine ? Pourquoi n’admet-il pas qu’obéissant à leur propre initiative les hommes se tourneront d’eux-mêmes vers le commerce sur des rivages étendus et commodes, sans qu’un Lycurgue, un Solon, un Rousseau s’en mêlent, au risque de se tromper ?

Quoi qu’il en soit, on comprend la terrible responsabilité que Rousseau fait peser sur les inventeurs, instituteurs, conducteurs, législateurs et manipulateurs de Sociétés. Aussi est-il, à leur égard, très exigeant.

« Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine, de transformer chaque individu qui, par lui-même, est un tout parfait et solitaire, en partie d’un plus grand tout, dont cet individu reçoive, en tout ou en partie, sa vie et son être ; d’altérer la constitution de l’homme pour la renforcer, de substituer une existence partielle et morale à l’existence physique et indépendante que nous avons tous reçue de la nature. Il faut, en un mot, qu’il ôte à l’homme ses propres forces pour lui en donner qui lui soient étrangères… »

Pauvre espèce humaine, que feraient de ta dignité les adeptes de Rousseau ?

Raynal. — « Le climat, c’est-à-dire le ciel et le sol, est la première règle du législateur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Une peuplade jetée sur les côtes maritimes aura des lois relatives à la navigation… Si la colonie est portée dans les terres, un législateur doit prévoir et leur genre et leur degré de fécondité… »

« C’est surtout dans la distribution de la propriété qu’éclatera la sagesse de la législation. En général, et dans tous les pays du monde, quand on fonde une colonie, il faut donner des terres à tous les hommes, c’est-à-dire à chacun une étendue suffisante pour l’entretien d’une famille… »

« Dans une île sauvage qu’on peuplerait d’enfants, on n’aurait qu’à laisser éclore les germes de la vérité dans les développements de la raison… Mais quand on établit un peuple déjà vieux dans un pays nouveau, l’habileté consiste à ne lui laisser que les opinions et les habitudes nuisibles dont on ne peut le guérir et le corriger. Veut-on empêcher qu’elles ne se transmettent, on veillera sur la seconde génération par une éducation commune et publique des enfants. Un prince, un législateur, ne devrait jamais fonder une colonie sans y envoyer d’avance des hommes sages pour l’instruction de la jeunesse… Dans une colonie naissante, toutes les facilités sont ouvertes aux précautions du Législateur qui veut épurer le sang et les mœurs d’un peuple. Qu’il ait du génie et de la vertu, les terres et les hommes qu’il aura dans ses mains inspireront à son âme un plan de société, qu’un écrivain ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner… »

Ne semble-t-il pas entendre un professeur d’agriculture dire à ses élèves : « Le climat est la première règle de l’agriculteur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Est-il sur un sol argileux, il doit se conduire de telle façon. A-t-il affaire à du sable, voici comment il doit s’y prendre. Toutes les facilités sont ouvertes à l’agriculteur qui veut nettoyer et améliorer son sol. Qu’il ait de l’habileté, les terres, les engrais qu’il aura dans ses mains lui inspireront un plan d’exploitation, qu’un professeur ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner. »

Mais, ô sublimes écrivains, veuillez donc vous souvenir quelquefois que cette argile, ce sable, ce fumier, dont vous disposez si arbitrairement, ce sont des Hommes, vos égaux, des êtres intelligents et libres comme vous, qui ont reçu de Dieu, comme vous, la faculté de voir, de prévoir, de penser et de juger pour eux-mêmes !

Mably. — (Il suppose les lois usées par la rouille du temps, la négligence de la sécurité, et poursuit ainsi :)

« Dans ces circonstances, il faut être convaincu que les ressorts du gouvernement se sont relâchés. Donnez-leur une nouvelle tension (c’est au lecteur que Mably s’adresse), et le mal sera guéri… Songez moins à punir des fautes qu’à encourager les vertus dont vous avez besoin. Par cette méthode vous rendrez à votre république la vigueur de la jeunesse. C’est pour n’avoir pas été connue des peuples libres qu’ils ont perdu la liberté ! Mais si les progrès du mal sont tels que les magistrats ordinaires ne puissent y remédier efficacement, ayez recours à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin alors d’être frappée… »

Et tout dans ce goût durant vingt volumes.

Il a été une époque où, sous l’influence de tels enseignements, qui sont le fond de l’éducation classique, chacun a voulu se placer en dehors et au-dessus de l’humanité, pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à sa guise.

Condillac. — « Érigez-vous, Monseigneur, en Lycurgue ou en Solon. Avant que de poursuivre la lecture de cet écrit, amusez-vous à donner des lois à quelque peuple sauvage d’Amérique ou d’Afrique. Établissez dans des demeures fixes ces hommes errants ; apprenez-leur à nourrir des troupeaux… ; travaillez à développer les qualités sociales que la nature a mises en eux… Ordonnez-leur de commencer à pratiquer les devoirs de l’humanité… Empoisonnez par des châtiments les plaisirs que promettent les passions, et vous verrez ces barbares, à chaque article de votre législation, perdre un vice et prendre une vertu. »

« Tous les peuples ont eu des lois. Mais peu d’entre eux ont été heureux. Quelle en est la cause ? C’est que les législateurs ont presque toujours ignoré que l’objet de la société est d’unir les familles par un intérêt commun. »

« L’impartialité des lois consiste en deux choses : à établir l’égalité dans la fortune et dans la dignité des citoyens… À mesure que vos lois établiront une plus grande égalité, elles deviendront plus chères à chaque citoyen… Comment l’avarice, l’ambition, la volupté, la paresse, l’oisiveté, l’envie, la haine, la jalousie agiteraient-elles des hommes égaux en fortune et en dignité, et à qui les lois ne laisseraient pas l’espérance de rompre l’égalité ? » (Suit l’idylle.)

« Ce qu’on vous a dit de la République de Sparte doit vous donner de grandes lumières sur cette question. Aucun autre État n’a jamais eu des lois plus conformes à l’ordre de la nature et de l’égalité. »

Il n’est pas surprenant que les dix-septième et dix-huitième siècles aient considéré le genre humain comme une matière inerte attendant, recevant tout, forme, figure, impulsion, mouvement et vie d’un grand Prince, d’un grand Législateur, d’un grand Génie. Ces siècles étaient nourris de l’étude de l’Antiquité, et l’Antiquité nous offre en effet partout, en Égypte, en Perse, en Grèce, à Rome, le spectacle de quelques hommes manipulant à leur gré l’humanité asservie par la force ou par l’imposture. Qu’est-ce que cela prouve ? Que, parce que l’homme et la société sont perfectibles, l’erreur, l’ignorance, le despotisme, l’esclavage, la superstition doivent s’accumuler davantage au commencement des temps. Le tort des écrivains que j’ai cités n’est pas d’avoir constaté le fait, mais de l’avoir proposé, comme règle, à l’admiration et à l’imitation des races futures. Leur tort est d’avoir, avec une inconcevable absence de critique, et sur la foi d’un conventionalisme puéril, admis ce qui est inadmissible, à savoir la grandeur, la dignité, la moralité et le bien-être de ces sociétés factices de l’ancien monde ; de n’avoir pas compris que le temps produit et propage la lumière ; qu’à mesure que la lumière se fait, la force passe du côté du Droit et la société reprend possession d’elle-même.

Et en effet, quel est le travail politique auquel nous assistons ? Il n’est autre que l’effort instinctif de tous les peuples vers la liberté

. Et qu’est-ce que la Liberté, ce mot qui a la puissance de faire battre tous les cœurs et d’agiter le monde, si ce n’est l’ensemble de toutes les libertés, liberté de conscience, d’enseignement, d’association, de presse, de locomotion, de travail, d’échange ; d’autres termes, le franc exercice, pour tous, de toutes les facultés inoffensives ; en d’autres termes encore, la destruction de tous les despotismes, même le despotisme légal, et la réduction de la Loi à sa seule attribution rationnelle, qui est de régulariser le Droit individuel de légitime défense ou de réprimer l’injustice ?

Cette tendance du genre humain, il faut en convenir, est grandement contrariée, particulièrement dans notre patrie, par la funeste disposition, — fruit de l’enseignement classique, — commune à tous les publicistes, de se placer en dehors de l’humanité pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à leur guise.

Car, pendant que la société s’agite pour réaliser la Liberté, les grands hommes qui se placent à sa tête, imbus des principes des dix-septième et dix-huitième siècles, ne songent qu’à la courber sous le philanthropique despotisme de leurs inventions sociales et à lui faire porter docilement, selon l’expression de Rousseau, le joug de la félicité publique, telle qu’ils l’ont imaginée.

On le vit bien en 1789. À peine l’Ancien Régime légal fut-il détruit, qu’on s’occupa de soumettre la société nouvelle à d’autres arrangements artificiels, toujours en partant de ce point convenu : l’omnipotence de la Loi.

Saint-Just. — « Le Législateur commande à l’avenir. C’est à lui de vouloir le bien. C’est à lui de rendre les hommes ce qu’il veut qu’ils soient. »

Robespierre. « La fonction du gouvernement est de diriger les forces physiques et morales de la nation vers le but de son institution. »

Billaud-Varennes. « Il faut recréer le peuple qu’on veut rendre à la liberté. Puisqu’il faut détruire d’anciens préjugés, changer d’antiques habitudes, perfectionner des affections dépravées, restreindre des besoins superflus, extirper des vices invétérés ; il faut donc une action forte, une impulsion véhémente… Citoyens, l’inflexible austérité de Lycurgue devint à Sparte la base inébranlable de la République ; le caractère faible et confiant de Solon replongea Athènes dans l’esclavage. Ce parallèle renferme toute la science du gouvernement. »

Lepelletier. « Considérant à quel point l’espèce humaine est dégradée, je me suis convaincu de la nécessité d’opérer une entière régénération et, si je puis m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple. »

On le voit, les hommes ne sont rien que de vils matériaux. Ce n’est pas à eux de vouloir le bien ; — ils en sont incapables, — c’est au Législateur, selon Saint-Just. Les hommes ne sont que ce qu’il veut qu’ils soient.

Suivant Robespierre, qui copie littéralement Rousseau, le Législateur commence par assigner le but de l’institution de la nation. Ensuite les gouvernements n’ont plus qu’à diriger vers ce but toutes les forces physiques et morales. La nation elle-même reste toujours passive en tout ceci, et Billaud-Varennes nous enseigne qu’elle ne doit avoir que les préjugés, les habitudes, les affections et les besoins que le Législateur autorise. Il va jusqu’à dire que l’inflexible austérité d’un homme est la base de la république.

On a vu que, dans le cas où le mal est si grand que les magistrats ordinaires n’y peuvent remédier, Mably conseillait la dictature pour faire fleurir la vertu. « Ayez recours, dit-il, à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin d’être frappée. » Cette doctrine n’a pas été perdue. Écoutons Robespierre :

« Le principe du gouvernement républicain, c’est la vertu, et son moyen, pendant qu’il s’établit, la terreur. Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole, misérable ; c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie. »

À quelle hauteur au-dessus du reste de l’humanité se place ici Robespierre ! Et remarquez la circonstance dans laquelle il parle. Il ne se borne pas à exprimer le vœu d’une grande rénovation du cœur humain ; il ne s’attend même pas à ce qu’elle résultera d’un gouvernement régulier. Non, il veut l’opérer lui-même et par la terreur. Le discours d’où est extrait ce puéril et laborieux amas d’antithèses avait pour objet d’exposer les principes de morale qui doivent diriger un gouvernement révolutionnaire. Remarquez que, lorsque Robespierre vient demander la dictature, ce n’est pas seulement pour repousser l’étranger et combattre les factions ; c’est bien pour faire prévaloir par la terreur, et préalablement au jeu de la Constitution, ses propres principes de morale. Sa prétention ne va à rien moins que d’extirper du pays, par la terreur, l’égoïsme, l’honneur, les usages, les bienséances, la mode, la vanité, l’amour de l’argent, la bonne compagnie, l’intrigue, le bel esprit, la volupté et la misère. Ce n’est qu’après que lui, Robespierre, aura accompli ces miracles, — comme il les appelle avec raison, — qu’il permettra aux lois de reprendre leur empire. — Eh ! misérables, qui vous croyez si grands, qui jugez l’humanité si petite, qui voulez tout réformer, réformez-vous vous-mêmes, cette tâche vous suffit.

Cependant, en général, messieurs les Réformateurs, Législateurs et Publicistes ne demandent pas à exercer sur l’humanité un despotisme immédiat. Non, ils sont trop modérés et trop philanthropes pour cela. Ils ne réclament que le despotisme, l’absolutisme, l’omnipotence de la Loi. Seulement ils aspirent à faire la Loi.

Pour montrer combien cette disposition étrange des esprits a été universelle, en France, de même qu’il m’aurait fallu copier tout Mably, tout Raynal, tout Rousseau, tout Fénelon, et de longs extraits de Bossuet et Montesquieu, il me faudrait aussi reproduire le procès-verbal tout entier des séances de la Convention. Je m’en garderai bien et j’y renvoie le lecteur.

On pense bien que cette idée dut sourire à Bonaparte. Il l’embrassa avec ardeur et la mit énergiquement en pratique. Se considérant comme un chimiste, il ne vit dans l’Europe qu’une matière à expériences. Mais bientôt cette matière se manifesta comme un réactif puissant. Aux trois quarts désabusé, Bonaparte, à Sainte-Hélène, parut reconnaître qu’il y a quelque initiative dans les peuples, et il se montra moins hostile à la liberté. Cela ne l’empêcha pas cependant de donner par son testament cette leçon à son fils : « Gouverner, c’est répandre la moralité, l’instruction et le bien-être. »

Est-il nécessaire maintenant de faire voir par de fastidieuses citations d’où procèdent Morelly, Babeuf, Owen, Saint-Simon, Fourier ? Je me bornerai à soumettre au lecteur quelques extraits du livre de Louis Blanc sur l’organisation du travail.

« Dans notre projet, la société reçoit l’impulsion du pouvoir ». (Page 126.)

En quoi consiste l’impulsion que le Pouvoir donne à la société ? À imposer le projet de M. L. Blanc.

D’un autre coté, la société, c’est le genre humain.

Donc, en définitive, le genre humain reçoit l’impulsion de M. L. Blanc.

Libre à lui, dira-t-on. Sans doute le genre humain est libre de suivre les conseils de qui que ce soit. Mais ce n’est pas ainsi que M. L. Blanc comprend la chose. Il entend que son projet soit converti en Loi, et par conséquent imposé de force par le pouvoir.

« Dans notre projet, l’État ne fait que donner au travail une législation (excusez du peu), en vertu de laquelle le mouvement industriel peut et doit s’accomplir en toute liberté. Il (l’État) ne fait que placer la liberté sur une pente (rien que cela) qu’elle descend, une fois qu’elle y est placée, par la seule force des choses et par une suite naturelle du mécanisme établi. »

Mais quelle est cette pente ? — Celle indiquée par M. L. Blanc. — Ne conduit-elle pas aux abîmes ? — Non, elle conduit au bonheur. — Comment donc la société ne s’y place-t-elle pas d’elle-même ? — Parce qu’elle ne sait ce qu’elle veut et qu’elle a besoin d’impulsion. — Qui lui donnera cette impulsion ? — Le pouvoir. — Et qui donnera l’impulsion au pouvoir ? — L’inventeur du mécanisme, M. L. Blanc.

Nous ne sortons jamais de ce cercle : l’humanité passive et un grand homme qui la meut par l’intervention de la Loi.

Une fois sur cette pente, la société jouirait-elle au moins de quelque liberté ? — Sans doute. — Et qu’est-ce que la liberté ?

« Disons-le une fois pour toutes : la liberté consiste non pas seulement dans le Droit accordé, mais dans le Pouvoir donné à l’homme d’exercer, de développer ses facultés, sous l’empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi. »

« Et ce n’est point là une distinction vaine : le sens en est profond, les conséquences en sont immenses. Car dès qu’on admet qu’il faut à l’homme, pour être vraiment libre, le Pouvoir d’exercer et de développer ses facultés, il en résulte que la société doit à chacun de ses membres l’instruction convenable, sans laquelle l’esprit humain ne peut se déployer, et les instruments de travail, sans lesquels l’activité humaine ne peut se donner carrière. Or, par l’intervention de qui la société donnera-t-elle à chacun de ses membres l’instruction convenable et les instruments de travail nécessaires, si ce n’est par l’intervention de l’État ? »

Ainsi la liberté, c’est le pouvoir. — En quoi consiste ce Pouvoir ? — À posséder l’instruction et les instruments de travail. — Qui donnera l’instruction et les instruments de travail ? — La société, qui les doit. — Par l’intervention de qui la société donnera-t-elle des instruments de travail à ceux qui n’en ont pas ? — Par l’intervention de l’État. — À qui l’État les prendra-t-il ?

C’est au lecteur de faire la réponse et de voir où tout ceci aboutit.

Un des phénomènes les plus étranges de notre temps, et qui étonnera probablement beaucoup nos neveux, c’est que la doctrine qui se fonde sur cette triple hypothèse : l’inertie radicale de l’humanité ; l’omnipotence de la Loi ; l’infaillibilité du Législateur ; soit le symbole sacré du parti qui se proclame exclusivement démocratique.

Il est vrai qu’il se dit aussi social.

En tant que démocratique, il a une foi sans limite en l’humanité.

Comme social, il la met au-dessous de la boue.

S’agit-il de droits politiques, s’agit-il de faire sortir de son sein le Législateur, oh ! alors, selon lui, le peuple a la science infuse ; il est doué d’un tact admirable ; sa volonté est toujours droite, la volonté générale ne peut errer. Le suffrage ne saurait être trop universel. Nul ne doit à la société aucune garantie. La volonté et la capacité de bien choisir sont toujours supposées. Est-ce que le peuple peut se tromper ? Est-ce que nous ne sommes pas dans le siècle des lumières ? Quoi donc ! Le peuple sera-t-il éternellement en tutelle ? N’a-t-il pas conquis ses droits par assez d’efforts et de sacrifices ? N’a-t-il pas donné assez de preuves de son intelligence et de sa sagesse ? N’est-il pas arrivé à sa maturité ? N’est-il pas en état de juger pour lui-même ? Ne connaît-il pas ses intérêts ? Y a-t-il un homme ou une classe qui ose revendiquer le droit de se substituer au peuple, de décider et d’agir pour lui ? Non, non, le peuple veut être libre, et il le sera. Il veut diriger ses propres affaires, et il les dirigera.

Mais le Législateur est-il une fois dégagé des comices par l’élection, oh ! alors le langage change. La nation rentre dans la passivité, dans l’inertie, dans le néant, et le Législateur prend possession de l’omnipotence. À lui l’invention, à lui la direction, à lui l’impulsion, à lui l’organisation. L’humanité n’a plus qu’à se laisser faire ; l’heure du despotisme a sonné. Et remarquez que cela est fatal ; car ce peuple, tout à l’heure si éclairé, si moral, si parfait, n’a plus aucunes tendances, ou, s’il en a, elles l’entraînent toutes vers la dégradation. Et on lui laisserait un peu de Liberté ! Mais ne savez-vous pas que, selon M. Considérant, la liberté conduit fatalement au monopole ? Ne savez-vous pas que la liberté c’est la concurrence ? et que la concurrence, suivant M. L. Blanc, c’est pour le peuple un système d’extermination, pour la bourgeoisie une cause de ruine ? Que c’est pour cela que les peuples sont d’autant plus exterminés et ruinés qu’ils sont plus libres, témoin la Suisse, la Hollande, l’Angleterre et les États-Unis ? Ne savez-vous pas, toujours selon M. L. Blanc, que la concurrence conduit au monopole, et que, par la même raison, le bon marché conduit à l’exagération des prix ? Que la concurrence tend à tarir les sources de la consommation et pousse la production à une activité dévorante ? Que la concurrence force la production à s’accroître et la consommation à décroître ; d’où il suit que les peuples libres produisent pour ne pas consommer ; qu’elle est tout à la fois oppression et démence, et qu’il faut absolument que M. L. Blanc s’en mêle ?

Quelle liberté, d’ailleurs, pourrait-on laisser aux hommes ? Serait-ce la liberté de conscience ? Mais on les verra tous profiter de la permission pour se faire athées. La liberté d’enseignement ? Mais les pères se hâteront de payer des professeurs pour enseigner à leurs fils l’immoralité et l’erreur ; d’ailleurs, à en croire M. Thiers, si l’enseignement était laissé à la liberté nationale, il cesserait d’être national, et nous élèverions nos enfants dans les idées des Turcs ou des Indous, au lieu que, grâce au despotisme légal de l’université, ils ont le bonheur d’être élevés dans les nobles idées des Romains. La liberté du travail ? Mais c’est la concurrence, qui a pour effet de laisser tous les produits non consommés, d’exterminer le peuple et de ruiner la bourgeoisie. La liberté d’échanger ? Mais on sait bien, les protectionistes l’ont démontré à satiété, qu’un homme se ruine quand il échange librement et que, pour s’enrichir, il faut échanger sans liberté. La liberté d’association ? Mais, d’après la doctrine socialiste, liberté et association s’excluent, puisque précisément on n’aspire à ravir aux hommes leur liberté que pour les forcer de s’associer.

Vous voyez donc bien que les démocrates-socialistes ne peuvent, en bonne conscience, laisser aux hommes aucune liberté, puisque, par leur nature propre, et si ces messieurs n’y mettent ordre, ils tendent, de toute part, à tous les genres de dégradation et de démoralisation.

Reste à deviner, en ce cas, sur quel fondement on réclame pour eux, avec tant d’instance, le suffrage universel.

Les prétentions des organisateurs soulèvent une autre question, que je leur ai souvent adressée, et à laquelle, que je sache, ils n’ont jamais répondu. Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? Ils disent que la société, abandonnée à elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers. Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction. Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité ; qu’ils montrent leurs titres. Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable.

Remarquez que ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par l’intermédiaire de la Loi, c’est-à-dire des forces et des contributions publiques.

Je demande que les Cabétistes, les Fouriéristes, les Proudhoniens, les Universitaires, les Protectionistes renoncent non à leurs idées spéciales, mais à cette idée qui leur est commune, de nous assujettir de force à leurs groupes et séries, à leurs ateliers sociaux, à leur banque gratuite, à leur moralité gréco-romaine, à leurs entraves commerciales. Ce que je leur demande, c’est de nous laisser la faculté de juger leurs plans et de ne pas nous y associer, directement ou indirectement, si nous trouvons qu’ils froissent nos intérêts, ou s’ils répugnent à notre conscience.

Car la prétention de faire intervenir le pouvoir et l’impôt, outre qu’elle est oppressive et spoliatrice, implique encore cette hypothèse préjudicielle : l’infaillibilité de l’organisateur et l’incompétence de l’humanité.

Et si l’humanité est incompétente à juger pour elle-même, que vient-on nous parler de suffrage universel ?

Cette contradiction dans les idées s’est malheureusement reproduite dans les faits, et pendant que le peuple français a devancé tous les autres dans la conquête de ses droits, ou plutôt de ses garanties politiques, il n’en est pas moins resté le plus gouverné, dirigé, administré, imposé, entravé et exploité de tous les peuples.

Il est aussi celui de tous où les révolutions sont le plus imminentes, et cela doit être.

Dès qu’on part de cette idée, admise par tous nos publicistes et si énergiquement exprimée par M. L. Blanc en ces mots : « La société reçoit l’impulsion du pouvoir ; » dès que les hommes se considèrent eux-mêmes comme sensibles mais passifs, incapables de s’élever par leur propre discernement et par leur propre énergie à aucune moralité, à aucun bien-être, et réduits à tout attendre de la Loi ; en un mot, quand ils admettent que leurs rapports avec l’État sont ceux du troupeau avec le berger, il est clair que la responsabilité du pouvoir est immense. Les biens et les maux, les vertus et les vices, l’égalité et l’inégalité, l’opulence et la misère, tout découle de lui. Il est chargé de tout, il entreprend tout, il fait tout ; donc il répond de tout. Si nous sommes heureux, il réclame à bon droit notre reconnaissance ; mais si nous sommes misérables, nous ne pouvons nous en prendre qu’à lui. Ne dispose-t-il pas, en principe, de nos personnes et de nos biens ? La Loi n’est-elle pas omnipotente ? En créant le monopole universitaire, il s’est fait fort de répondre aux espérances des pères de famille privés de liberté ; et si ces espérances sont déçues, à qui la faute ? En réglementant l’industrie, il s’est fait fort de la faire prospérer, sinon il eût été absurde de lui ôter sa liberté ; et si elle souffre, à qui la faute ? En se mêlant de pondérer la balance du commerce, par le jeu des tarifs, il s’est fait fort de le faire fleurir ; et si, loin de fleurir, il se meurt, à qui la faute ? En accordant aux armements maritimes sa protection en échange de leur liberté, il s’est fait fort de les rendre lucratifs ; et s’ils sont onéreux, à qui la faute ?

Ainsi, il n’y a pas une douleur dans la nation dont le gouvernement ne se soit volontairement rendu responsable. Faut-il s’étonner que chaque souffrance soit une cause de révolution ?

Et quel est le remède qu’on propose ? C’est d’élargir indéfiniment le domaine de la Loi, c’est-à-dire la Responsabilité du gouvernement.

Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse ; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse ; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples, » et qu’il échoue ; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas ! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?

Je reprends ma thèse et je dis : immédiatement après la science économique et à l’entrée de la science politique

, se présente une question dominante. C’est celle-ci :

Qu’est-ce que la Loi ? que doit-elle être ? quel est son domaine ? quelles sont ses limites ? où s’arrêtent, par suite, les attributions du Législateur ?

Je n’hésite pas à répondre : La Loi, c’est la force commune organisée pour faire obstacle à l’Injustice — et pour abréger, la Loi, c’est la Justice.

Il n’est pas vrai que le Législateur ait sur nos personnes et nos propriétés une puissance absolue, puisqu’elles préexistent et que son œuvre est de les entourer de garanties.

Il n’est pas vrai que la Loi ait pour mission de régir nos consciences, nos idées, nos volontés, notre instruction, nos sentiments, nos travaux, nos échanges, nos dons, nos jouissances.

Sa mission est d’empêcher qu’en aucune de ces matières le droit de l’un n’usurpe le droit de l’autre.

La Loi, parce qu’elle a pour sanction nécessaire la Force, ne peut avoir pour domaine légitime que le légitime domaine de la force, à savoir : la Justice.

Et comme chaque individu n’a le droit de recourir à la force que dans le cas de légitime défense, la force collective, qui n’est que la réunion des forces individuelles, ne saurait être rationnellement appliquée à une autre fin.

La Loi, c’est donc uniquement l’organisation du droit individuel préexistant de légitime défense.

La Loi, c’est la Justice.

Il est si faux qu’elle puisse opprimer les personnes ou spolier les propriétés, même dans un but philanthropique, que sa mission est de les protéger.

Et qu’on ne dise pas qu’elle peut au moins être philanthropique, pourvu qu’elle s’abstienne de toute oppression, de toute spoliation ; cela est contradictoire. La Loi ne peut pas ne pas agir sur nos personnes ou nos biens ; si elle ne les garantit, elle les viole par cela seul qu’elle agit, par cela seul qu’elle est.

La Loi, c’est la Justice.

Voilà qui est clair, simple, parfaitement défini et délimité, accessible à toute intelligence, visible à tout œil, car la Justice est une quantité donnée, immuable, inaltérable, qui n’admet ni plus ni moins.

Sortez de là, faites la Loi religieuse, fraternitaire, égalitaire, philanthropique, industrielle, littéraire, artistique, aussitôt vous êtes dans l’infini, dans l’incertain, dans l’inconnu, dans l’utopie imposée, ou, qui pis est, dans la multitude des utopies combattant pour s’emparer de la Loi et s’imposer ; car la fraternité, la philanthropie n’ont pas comme la justice des limites fixes. Où vous arrêterez-vous ? Où s’arrêtera la Loi ? L’un, comme M. de Saint-Cricq, n’étendra sa philanthropie que sur quelques classes d’industriels, et il demandera à la Loi qu’elle dispose des consommateurs en faveur des producteurs. L’autre, comme M. Considérant, prendra en main la cause des travailleurs et réclamera pour eux de la Loi un minimum assuré, le vêtement, le logement, la nourriture et toutes choses nécessaires à l’entretien de la vie. Un troisième, M. L. Blanc, dira, avec raison, que ce n’est là qu’une fraternité ébauchée et que la Loi doit donner à tous les instruments de travail et l’instruction. Un quatrième fera observer qu’un tel arrangement laisse encore place à l’inégalité et que la Loi doit faire pénétrer, dans les hameaux les plus reculés, le luxe, la littérature et les arts. Vous serez conduits ainsi jusqu’au communisme, ou plutôt la législation sera… ce qu’elle est déjà : — le champ de bataille de toutes les rêveries et de toutes les cupidités.

La Loi, c’est la Justice.

Dans ce cercle, on conçoit un gouvernement simple, inébranlable. Et je défie qu’on me dise d’où pourrait venir la pensée d’une révolution, d’une insurrection, d’une simple émeute contre une force publique bornée à réprimer l’injustice. Sous un tel régime, il y aurait plus de bien-être, le bien-être serait plus également réparti, et quant aux souffrances inséparables de l’humanité, nul ne songerait à en accuser le gouvernement, qui y serait aussi étranger qu’il l’est aux variations de la température. A-t-on jamais vu le peuple s’insurger contre la cour de cassation ou faire irruption dans le prétoire du juge de paix pour réclamer le minimum de salaires, le crédit gratuit, les instruments de travail, les faveurs du tarif, ou l’atelier social ? Il sait bien que ces combinaisons sont hors de la puissance du juge, et il apprendrait de même qu’elles sont hors de la puissance de la Loi.

Mais faites la Loi sur le principe fraternitaire, proclamez que c’est d’elle que découlent les biens et les maux, qu’elle est responsable de toute douleur individuelle, de toute inégalité sociale, et vous ouvrez la porte à une série sans fin de plaintes, de haines, de troubles et de révolutions.

La Loi, c’est la Justice.

Et il serait bien étrange qu’elle pût être équitablement autre chose ! Est-ce que la justice n’est pas le droit ? Est-ce que les droits ne sont pas égaux ? Comment donc la Loi interviendrait-elle pour me soumettre aux plans sociaux de MM. Mimerel, de Melun, Thiers, Louis Blanc, plutôt que pour soumettre ces messieurs à mes plans ? Croit-on que je n’aie pas reçu de la nature assez d’imagination pour inventer aussi une utopie ? Est-ce que c’est le rôle de la Loi de faire un choix entre tant de chimères et de mettre la force publique au service de l’une d’elles ?

La Loi, c’est la Justice.

Et qu’on ne dise pas, comme on le fait sans cesse, qu’ainsi conçue la Loi, athée, individualiste et sans entrailles, ferait l’humanité à son image. C’est là une déduction absurde, bien digne de cet engouement gouvernemental qui voit l’humanité dans la Loi.

Quoi donc ! De ce que nous serons libres, s’ensuit-il que nous cesserons d’agir ? De ce que nous ne recevrons pas l’impulsion de la Loi, s’ensuit-il que nous serons dénués d’impulsion ? De ce que la Loi se bornera à nous garantir le libre exercice de nos facultés, s’ensuit-il que nos facultés seront frappées d’inertie ? De ce que la Loi ne nous imposera pas des formes de religion, des modes d’association, des méthodes d’enseignement, des procédés de travail, des directions d’échange, des plans de charité, s’ensuit-il que nous nous empresserons de nous plonger dans l’athéisme, l’isolement, l’ignorance, la misère et l’égoïsme ? S’ensuit-il que nous ne saurons plus reconnaître la puissance et la bonté de Dieu, nous associer, nous entraider, aimer et secourir nos frères malheureux, étudier les secrets de la nature, aspirer aux perfectionnements de notre être ?

La Loi, c’est la Justice.

Et c’est sous la Loi de justice, sous le régime du droit, sous l’influence de la liberté, de la sécurité, de la stabilité, de la responsabilité, que chaque homme arrivera à toute sa valeur, à toute la dignité de son être, et que l’humanité accomplira avec ordre, avec calme, lentement sans doute, mais avec certitude, le progrès, qui est sa destinée.

Il me semble que j’ai pour moi la théorie ; car quelque question que je soumette au raisonnement, qu’elle soit religieuse, philosophique, politique, économique ; qu’il s’agisse de bien-être, de moralité, d’égalité, de droit, de justice, de progrès, de responsabilité, de solidarité, de propriété, de travail, d’échange, de capital, de salaires, d’impôts, de population, de crédit, de gouvernement ; à quelque point de l’horizon scientifique que je place le point de départ de mes recherches, toujours invariablement j’aboutis à ceci : la solution du problème social est dans la Liberté.

Et n’ai-je pas aussi pour moi l’expérience ? Jetez les yeux sur le globe. Quels sont les peuples les plus heureux, les plus moraux, les plus paisibles ? Ceux où la Loi intervient le moins dans l’activité privée ; où le gouvernement se fait le moins sentir ; où l’individualité a le plus de ressort et l’opinion publique le plus d’influence ; où les rouages administratifs sont les moins nombreux et les moins compliqués ; les impôts les moins lourds et les moins inégaux ; les mécontentements populaires les moins excités et les moins justifiables ; où la responsabilité des individus et des classes est la plus agissante, et où, par suite, si les mœurs ne sont pas parfaites, elles tendent invinciblement à se rectifier ; où les transactions, les conventions, les associations sont le moins entravées ; où le travail, les capitaux, la population, subissent les moindres déplacements artificiels ; où l’humanité obéit le plus à sa propre pente ; où la pensée de Dieu prévaut le plus sur les inventions des hommes ; ceux, en un mot, qui approchent le plus de cette solution : dans les limites du droit, tout par la libre et perfectible spontanéité de l’homme ; rien par la Loi ou la force que la Justice universelle.

Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle.

On me dira : Vous vous en occupez bien, vous qui parlez. C’est vrai. Mais on conviendra que c’est dans un sens et à un point de vue bien différents, et si je me mêle aux réformateurs c’est uniquement pour leur faire lâcher prise.

Je m’en occupe non comme Vaucanson de son automate, mais comme un physiologiste de l’organisme humain : pour l’étudier et l’admirer.

Je m’en occupe, dans l’esprit qui animait un voyageur célèbre.

Il arriva au milieu d’une tribu sauvage. Un enfant venait de naître et une foule de devins, de sorciers, d’empiriques l’entouraient, armés d’anneaux, de crochets et de liens. L’un disait : cet enfant ne flairera jamais le parfum d’un calumet, si je ne lui allonge les narines. Un autre : il sera privé du sens de l’ouïe, si je ne lui fais descendre les oreilles jusqu’aux épaules. Un troisième : il ne verra pas la lumière du soleil, si je ne donne à ses yeux une direction oblique. Un quatrième : il ne se tiendra jamais debout, si je ne lui courbe les jambes. Un cinquième : il ne pensera pas, si je ne comprime son cerveau. Arrière, dit le voyageur. Dieu fait bien ce qu’il fait ; ne prétendez pas en savoir plus que lui, et puisqu’il a donné des organes à cette frêle créature, laissez ses organes se développer, se fortifier par l’exercice, le tâtonnement, l’expérience et la Liberté.

Dieu a mis aussi dans l’humanité tout ce qu’il faut pour qu’elle accomplisse ses destinées. Il y a une physiologie sociale providentielle comme il y a une physiologie humaine providentielle. Les organes sociaux sont aussi constitués de manière à se développer harmoniquement au grand air de la Liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs ! Arrière leurs anneaux, leurs chaînes, leurs crochets, leurs tenailles ! arrière leurs moyens artificiels ! arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme, leur centralisation, leurs tarifs, leurs universités, leurs religions d’État, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées, leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur égalisation par l’impôt ! Et puisqu’on a vainement infligé au corps social tant de systèmes, qu’on finisse par où l’on aurait dû commencer, qu’on repousse les systèmes, qu’on mette enfin à l’épreuve la Liberté, — la Liberté, qui est un acte de foi en Dieu et en son œuvre.

: Conseil général des manufactures, de l’agriculture et du commerce. (Séance du 6 mai 1850.)

: Si la protection n’était accordée, en France, qu’à une seule classe, par exemple, aux maîtres de forges, elle serait si absurdement spoliatrice qu’elle ne pourrait se maintenir. Aussi nous voyons toutes les industries protégées se liguer, faire cause commune et même se recruter de manière à paraître embrasser l’ensemble du travail national. Elles sentent instinctivement que la Spoliation se dissimule en se généralisant.

: Ici, l’éditeur renvoie à cette ébauche tirée des manuscrits de Bastiat.

: L’économie politique précède la politique ; celle-là dit si les intérêts humains sont naturellement harmoniques ou antagoniques ; ce que celle-ci devrait savoir avant de fixer les attributions du gouvernement.

Bastiat.org Le Libéralisme, le vrai Un site par François-René Rideau

 


Pauvreté: C’est notre tolérance qui diminue, imbécile ! (Contrary to much of the public perception, liberalization and globalization have not led to an increase in poverty rates)

3 décembre, 2016

aime-morot-le-bon-samaritainpoverty

poverty2Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite. Jésus (Matthieu 6: 3)
Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 44-45)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
La carte de juin (1967) est pour nous synonyme d’insécurité et de danger. Je n’exagère pas quand je dis que c’est pour nous comme une mémoire d’Auschwitz. Abba Eban (1969)
L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. France diplomatie
Le règlement n° 1169/2011 du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires prévoit que les mentions d’étiquetage doivent être loyales. Elles ne doivent pas risquer d’induire le consommateur en erreur, notamment sur l’origine des produits. Aussi, les denrées alimentaires en provenance des territoires occupés par Israël doivent-elles porter un étiquetage reflétant cette origine. En conséquence, la DGCCRF attire l’attention des opérateurs sur la communication interprétative relative à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967, publiée au Journal officiel de l’Union européenne le 12 novembre 2015. Celle-ci précise notamment qu’en vertu du droit international le plateau du Golan et la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est, ne font pas partie d’Israël. En conséquence, l’étiquetage des produits alimentaires, afin de ne pas induire en erreur le consommateur, doit indiquer de manière précise l’exacte origine des produits, que leur indication soit obligatoire en vertu de la réglementation communautaire ou qu’elle soit volontairement apposée par l’opérateur. En ce qui concerne les produits issus de Cisjordanie ou du plateau du Golan qui sont originaires de colonies de peuplement, une mention limitée à « produit originaire du plateau du Golan » ou « produit originaire de Cisjordanie » n’est pas acceptable. Bien que ces expressions désignent effectivement la zone ou le territoire au sens large dont le produit est originaire, l’omission de l’information géographique complémentaire selon laquelle le produit est issu de colonies israéliennes est susceptible d’induire le consommateur en erreur quant à la véritable origine du produit. Dans de tels cas, il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression « colonie israélienne » ou des termes équivalents. Ainsi, des expressions telles que « produit originaire du plateau du Golan (colonie israélienne) » ou « produit originaire de Cisjordanie (colonie israélienne) » peuvent être utilisées. Journal officiel de la République française (Avis aux opérateurs économiques relatif à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967, 24 novembre 2016)
[cette nouvelle bourgeoisie] se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu. (…) Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés.(…) Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où. (…) Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe. [Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne] (…)  Ce qui m’a frappé, c’est que ce mouvement est parti de petites villes, de zones rurales et non pas de Rennes, Brest ou Nantes. Pourquoi ça part de là ? Parce ce que vous avez là des gens qui sont dans une fragilité sociale extrême. Quand ils ont du travail, ils ont peur de le perdre car il y a très peu de création d’activité. Le problème, c’est que tous les spécialistes des territoires pensent toujours à partir de la métropole.(…) C’est vrai que l’on nous parle toujours de la métropolisation comme d’un système très ouvert. On dit que par « ruissellement », les autres territoires vont en profiter. C’est tout l’argumentaire depuis 20 ans mais il faut bien constater qu’il n’y a pas de créations d’emplois sur ces territoires de la France périphérique. Certes, il y a de la redistribution à travers notamment les dotations mais ce n’est pas ça qui fait société. Les gens n’ont pas envie de tendre la main et attendre un revenu social. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la thématique du revenu universel est aussi bien portée par des libéraux de droite que de gauche. Il y a derrière l’idée que les gens ne retrouveront jamais du boulot.(…) On ne peut pas dire que le modèle économique ne marche pas. Il crée même beaucoup de richesses mais il ne fait plus société, il n’intègre pas le plus grand nombre. On est dans un temps particulier aujourd’hui, qui est le temps de la sortie de la classe moyenne. Les ouvriers et les employés, qui étaient le socle de la classe moyenne, sont pourtant majoritaires. Quand vous ajoutez villes moyennes, petites villes et zones rurales, vous arrivez à 60 % de la population. Il y a certes beaucoup de retraités sur ces territoires mais aussi plein de jeunes de milieux populaires qui sont bloqués, qui n’ont pas accès à la grande ville. Pendant un moment, la création d’emplois de fonctionnaires territoriaux a pu compenser ce phénomène mais aujourd’hui c’est fini. (politiquement) On le voit déjà. Trump aux États-Unis, c’est le vote de cette classe moyenne qui est en train de disparaître. Le Brexit, c’est exactement la Grande-Bretagne périphérique des petites villes et des zones rurales où vous avez l’ancienne classe ouvrière, qui paie l’adaptation au modèle économique mondialisé. Tout ça est très rationnel. On analyse toujours ces votes comme un peu irrationnels, protestataires. Il y a de la colère mais il y a surtout un diagnostic. On oublie toujours de dire que les gens des milieux populaires ont joué le jeu de la mondialisation et de l’adaptation mais pour rien. À la fin ils ont toujours de petits salaires avec des perspectives pour leurs enfants qui se réduisent. C’est ça qui se joue électoralement. On a des partis politiques qui ont été inventés pour représenter la classe moyenne qui n’existe plus aujourd’hui. Et le Front national n’a pas grand-chose à faire pour ramasser la mise. Il n’a même pas besoin de faire campagne. (…) Je fais vraiment un distinguo entre les élus d’en bas et ceux d’en haut. Les élus d’en bas comprennent très bien ce qui se passe. Ils connaissent leurs territoires. Mais il y a une classe politique d’en haut qui est complètement hors sol. Le clivage est vraiment à l’intérieur des partis. Christophe Guilluy
À l’heure où les plus diplômés accèdent au sommet de la pyramide de répartition des revenus et s’en sortent mieux que jamais, ceux qui n’ont pas suivi d’études au-delà du lycée sont confrontés au déclin de leurs revenus, de leur niveau de vie, et à l’assombrissement des perspectives qui sont les leurs et celles de leurs enfants. En effet, la classe moyenne américaine est aujourd’hui profondément affectée. (…) Le problème de fond réside en ce que les nouvelles technologies, au premier rang desquelles les technologies de l’information, ont véritablement transformé la nature du travail. Comme l’expliquent David Autor et David Dorn, de nombreux emplois moyennement qualifiés, moyennement rémunérés, et bénéficiant à la classe moyenne, ont aujourd’hui disparu. Les emplois nouvellement apparus sont désormais généreusement rémunérés pour les plus diplômés, et très faiblement rétribués pour ceux qui n’ont étudié que jusqu’au lycée. L’un des symptômes majeurs de cette évolution, parmi tant d’autres, réside dans la disparition des métiers d’usine correctement rémunérés. Le secteur manufacturier a perdu plus de deux millions d’emplois entre 2004 et 2014, et ne représente aujourd’hui qu’un peu plus de 8 % de l’emploi total – poursuivant sa longue descente observée depuis les années 1950. Cette tendance associée aux technologies se trouve par ailleurs accentuée par la baisse des coûts liés aux transports et à la communication, qui rend plus abordable la possibilité de transporter des marchandises sur de longues distances.  Le développement de réseaux de fournisseurs complexes facilite la délocalisation d’activités manufacturières en direction de pays au sein desquels les salaires sont moins élevés. Nombre de sociétés américaines ont fait de cette démarche l’une des principales composantes de leur stratégie d’entreprise, avec pour conséquence le déclin du secteur manufacturier américain, qui va de pair avec un déclin de la syndicalisation. Lorsqu’un salarié perd un emploi syndiqué à salaire et à avantages relativement élevés, il est bien souvent remplacé par un salarié moins bien payé, qui ne bénéficiera pas du même niveau d’avantages. Si la crise financière de 2008 a exacerbé les inégalités de revenus et la précarité économique, c’est notamment parce qu’elle a accéléré la disparition des emplois manufacturiers. Les arguments selon lesquels il s’avérait nécessaire, voire « optimal », de concentrer les aides financières publiques sur les banques et leurs dirigeants sont en réalité peu convaincants (du moins ailleurs qu’à Wall Street). Certes, les Américains les plus fortunés ont subi une perte considérable de richesse lorsque les prix des actifs se sont effondrés. Pour autant, ils ont depuis bénéficié d’une reprise solide du prix de leurs actions et de leurs biens immobiliers haut de gamme. (…) Autre perspective inquiétante, la prochaine vague technologique, qui verra par exemple se développer les véhicules sans conducteur, promet d’impacter considérablement les revenus et les opportunités de tous ceux qui aujourd’hui vivent de la livraison de marchandises ou du transport de passagers au moyen d’un véhicule. Par ailleurs, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et de la robotique signifient que même si la production manufacturière américaine se stabilise, voire se redynamise, elle ne renouera jamais plus avec le volume d’emplois moyennement qualifiés observé autrefois. De même, cette automatisation annonce une diminution du nombre d’emplois actuellement bien rémunérés dans le secteur des services. Simon Johnson

Pour moi, le RMI était le retour de l’État à ses devoirs. Autant je pouvais admirer la charité chrétienne de l’abbé Pierre et la solidarité laïque de Coluche, autant j’étais convaincu que, dans un pays riche, c’est du devoir de l’État qu’aucun citoyen ne meure de froid ni de faim. Tel était l’objet du RMI, ouvert à tous sans condition de statut. En outre, fixé à un niveau évidemment inférieur au smic pour respecter la primauté du travail, le RMI ne coûte presque rien : une goutte d’eau dans l’océan des dépenses sociales, même avec un million de bénéficiaires. Cela dit, il ne nous avait pas échappé, dès sa création, que le RMI poserait deux problèmes. Le «I», tout d’abord, ce «I» de «insertion». Mis dans la loi pour rassurer les députés obsédés par le «délit de fainéantise», le dispositif d’insertion n’avait pas les moyens de traiter individuellement tous les RMIstes, ou alors le «I» de l’insertion aurait coûté beaucoup plus cher que le «RM» du revenu minimum. En outre, et surtout, il y avait une sorte de contradiction conceptuelle entre l’idée que tout citoyen a droit de manger et l’obligation d’insertion. Pour quelqu’un qui veut consacrer sa vie à écrire des poèmes ou à peindre des toiles qui ne se vendent pas, et qui se satisfait du RMI, que signifie l’insertion ? Si le RMI avait existé, peut-être que Van Gogh et Verlaine auraient un peu moins souffert ! Le revenu minimum, ensuite. Ma proposition personnelle n’était pas celle-là. C’était celle de l’impôt négatif : plus un citoyen est riche, plus il paie d’impôt positif ; plus un citoyen est pauvre, plus il reçoit d’impôt négatif. Il y a une échelle progressive, sans discontinuité. Le revenu minimum, lui, n’a pas cette qualité : on le donne à celui qui n’a rien et on l’enlève entièrement à celui qui retrouve un travail et un revenu. Dès qu’il gagne 100 € par son activité, il perd 100 € de son RMI. C’est évidemment fort peu motivant pour aller travailler. Une nouvelle étape du RMI est donc nécessaire, c’est le RSA, revenu de solidarité active, et c’est le grand mérite de Martin Hirsch, à partir de quelques expériences menées en région, d’avoir su proposer une réforme d’ensemble du système actuel vers un dispositif proche de l’impôt négatif, c’est-à-dire un dispositif où, comme pour tout impôt, on a toujours intérêt à gagner plus, car, comme on dit, «il en reste toujours quelque chose», ce qui n’était pas le cas du RMI. Mais, voilà le hic, le RSA est coûteux. Jusqu’à présent, on n’accompagne les bénéficiaires que jusqu’au moment où ils gagnent l’équivalent du RMI. Avec le RSA, on les accompagne au-delà du RMI et, compte tenu des besoins des travailleurs pauvres, non seulement jusqu’au smic, mais vraisemblablement un peu au-dessus du smic. Le calcul n’est pas sorcier : si on veut maintenir, par exemple, 50 € d’aide à celui qui gagne 100 € de plus, cela veut dire qu’on l’accompagne jusqu’à ce qu’il gagne deux fois le RMI, ce qui fait plus que le smic. Or il y a beaucoup de Français qui, à temps partiel ou à temps plein, sont à 20 ou 25 % autour du smic, au-dessus ou au-dessous. Même si le RSA ne donne à chacun qu’un petit complément, cela fait quand même un gros montant total, d’où le débat budgétaire actuel. Ce qu’on semble oublier dans ce débat, c’est que la totalité du RSA, je dis bien la totalité, va aux chômeurs ou aux travailleurs pauvres. C’est donc, à partir du RMI, la plus importante action de lutte contre la pauvreté jamais faite en France (et aussi dans l’Union européenne). (…) Il lui restera alors un dernier obstacle à franchir : la complexité. Moins simple par nature que le RMI, il devra, pour être efficace, être compréhensible et être compris. Contrairement à la prime pour l’emploi dont aucun bénéficiaire n’a jamais compris ni pourquoi, ni comment, ni quand il la touche, il faut que le salarié «s’approprie» le RSA en sachant à quels avantages il a droit et ce qu’il en garde chaque fois qu’il parvient à augmenter son revenu. C’est alors, et seulement alors, qu’il saura se bâtir un projet de réinsertion dans la société. Le «I» du RMI était passif, le «A» du RSA est actif, voilà ce qui fait toute la différence. Lionel Stoleru (2008)

Mr. Trump secured the White House in part by vowing to bring manufacturing jobs back to American shores. The president-elect has fixed on China as a symbol of nefarious trade practices while threatening to slap 45 percent punitive tariffs on Chinese imports. But many existing American manufacturing jobs depend heavily on access to a broad array of goods drawn from a global supply chain — fabrics, chemicals, electronics and other parts. Many of them come from China. (…) In short, Mr. Trump’s signature trade promise, one ostensibly aimed at protecting American jobs, may well deliver the reverse: It risks making successful American manufacturers more vulnerable by raising their costs. It would unleash havoc on the global supply chain, prompting some multinationals to leave the United States and shift manufacturing to countries where they can be assured of buying components at the lowest prices. (…) Trade experts dismiss Mr. Trump’s threat of tariffs as campaign bluster that will soon give way to pragmatic concerns about growth and employment. Between 1998 and 2006, the imported share of components folded into American manufacturing rose to 34 percent from 24 percent, according to one widely cited study. International law also limits the scope of what the Trump administration can do. Under the rules of the World Trade Organization, the United States cannot willy-nilly apply tariffs. It must develop cases industry by industry, proving that China is damaging American rivals through unfair practices. (…) But Mr. Trump has suggested taking the extraordinary step of abandoning the W.T.O. to gain authority to dictate terms. His successful strong-arming of Carrier, the air-conditioner company, which agreed to keep 1,000 jobs at a plant in Indiana rather than move them to Mexico, attests to his priorities in delivering on his trade promises. The people advising Mr. Trump on trade have records of advocating a pugnacious response to what they portray as Chinese predations. (…) But Mr. Navarro also cast the threat of tariffs as an opening gambit in a refashioning of trade positions. (…) Even if factory work does return to the United States, though, that is unlikely to translate into many paychecks. As automation spreads, robots are primed to secure most of the jobs. (…) In threatening tariffs, Mr. Trump is wielding a blunt instrument whose impacts are increasingly easy to evade by sophisticated businesses with operations across multiple borders. The geography of global trade is perpetually being redrawn. In China, factory owners, casting a wary eye on Mr. Trump, are accelerating their exploration of alternative locales with lower-wage workers across Southeast Asia and even as far away as Africa. In Vietnam, entrepreneurs are preparing for a potential surge of incoming investment from China should Mr. Trump take action. In Europe, factories that sell manufacturing equipment to China are watching to see if Mr. Trump will unleash trade hostilities that will damage global growth. (…) Seven years ago, the Obama administration accused China of unfairly subsidizing tires. It imposed tariffs reaching 35 percent. A subsequent analysis by the Peterson Institute for International Economics, a nonpartisan think tank, calculated the effect: Some 1,200 American tire-making jobs were preserved, but American consumers paid $1.1 billion extra for tires. That prompted households to cut spending at retailers, resulting in more than 2,500 net jobs lost. (…) The TAL Group claims to make one of every six dress shirts sold in the United States. It produces finished goods for Brooks Brothers, Banana Republic and J. Crew, operating 11 factories worldwide. If Mr. Trump places tariffs on China, the company will accelerate its shift to Vietnam, said TAL’s chief executive, Roger Lee. If that trade is disrupted, the work would flow to other low-cost countries like Bangladesh, India and Indonesia. Mr. Lee can envision no situation in which the physically taxing, monotonous work of making garments will go to the United States. “Where are you going to find the work force in the U.S. that is willing to work at factories?” Mr. Lee said. (…) The American textile industry is small and increasingly dominated by robots. The rest of the world holds billions of hands willing to work cheaply. (…) But the textile and apparel trades are relatively simple businesses. If the cost of making trousers becomes less appealing in China, a room full of sewing machines in Cambodia can quickly be filled with low-wage seamstresses. Industries involving precision machinery are not so easily reassembled somewhere else. An abrupt change to the economics would devastate factories that could not quickly line up alternative suppliers. American automakers are especially dependent on the global supply chain. Between 2000 and 2011, the percentage of imported components that went into exported American-made vehicles grew to 35 percent, from 24 percent, according to the Organization for Economic Cooperation and Development. The NYT
La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d’or… qui n’a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition. Ce qui semblait impossible s’est finalement produit. Donald Trump a gagné l’élection présidentielle américaine la plus détestable et la plus inquiétante de l’ère moderne. Elle a marqué l’irruption du populisme à une échelle sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine. Cette dernière n’est plus immunisée contre une maladie qui a ravagé l’Europe il y a quatre-vingt ans et a fait son retour dans l’ensemble du monde occidental et bien au-delà. Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité. Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps. On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée? Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam. Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé. La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…». Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique. Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain. Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés. Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser… et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion. (…) La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition. Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière. Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas. Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus… La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il (…) L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%. Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013. En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer. En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L’air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu’au début de la révolution industrielle et les forêts s’étendent à nouveau en Europe. (…) Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. (…) Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail. Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir. La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l’économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d’emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…». La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations. C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services. Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps. Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S’ils ne le font pas, les marchands d’illusion ne sont pas prêts de disparaître. Eric Leser
In 1981, the year Ronald Reagan became America’s 40th President, 44.3 percent of the world lived in extreme poverty (i.e., less than $1.90 per person per day). Last year, it was 9.6 percent. That’s a decline of 78 percent. In East Asia, a region of the world that includes China, 80.6 percent of people lived in extreme poverty. Today, 4.1 percent do—a 95 percent reduction. Even in sub-Saharan Africa, a relatively under-performing region, the share of the population living on less than $1.9 per day dropped by 38 percent. When talking about U.S. poverty rates, it is important to keep in mind that extreme poverty in America is vanishingly rare. According to both the Nobel Prize-winning economist Angus Deaton and Cato’s Michael Tanner (who relied on U.S. Census Bureau data), the American poverty rate has moved between 15.2 and 11.3 percent over the last four decades. On three occasions (1983, 1993 and 2010) it reached over 15 percent of the population. Those were post-recession peaks that disappeared as soon as the economy recovered. In fact, America experienced her lowest poverty rate since 1974 in 2000, when openness of the American economy, as measured by the Fraser Institute’s Economic Freedom of the World index, was at its highest. Marian Tupy
More Americans believe in astrology and reincarnation than in progress. But poverty, malnutrition, illiteracy, child labour and infant mortality are falling faster than at any other time in human history. The risk of being caught up in a war, subjected to a dictatorship or of dying in a natural disaster is smaller than ever. Part of our problem is one of success. As we get richer, our tolerance for global poverty diminishes. So we get angrier about injustices. Charities quite rightly wish to raise funds, so they draw our attention to the plight of the world’s poorest. But since the Cold War ended, extreme poverty has decreased from 37 per cent to 9.6 per cent — in single digits for the first time in history. (…) The idea of the environment as a clean canvas being steadily spoilt by humanity is simplistic and wrong. As we become richer, we have become cleaner and greener. The quantity of oil spilt in our oceans has decreased by 99 per cent since 1970. Forests are reappearing, even in emerging countries like India and China. And technology is helping to mitigate the effects of global warming. (…) Conflicts always make the headlines, so we assume that our age is plagued by violence. We obsess over new or ongoing fights, such as the horrifying civil war in Syria — but we forget the conflicts that have ended in countries such as Colombia, Sri Lanka, Angola and Chad. We remember recent wars in Afghanistan and Iraq, which have killed around 650,000. But we struggle to recall that two million died in conflicts in those countries in the 1980s. The jihadi terrorist threat is new and frightening — but Islamists kill comparatively few. Europeans run a 30 times bigger risk of being killed by a ‘normal’ murderer — and the European murder rate has halved in just two decades. (…) In almost every way human beings today lead more prosperous, safer and longer lives — and we have all the data we need to prove it. So why does everybody remain convinced that the world is going to the dogs? Because that is what we pay attention to, as the thoroughbred fretters we are. The psychologists Daniel Kahneman and Amos Tversky have shown that people do not base their assumptions on how frequently something happens, but on how easy it is to recall examples. This ‘availability heuristic’ means that the more memorable an incident is, the more probable we think it is. And what is more memorable than horror? What do you remember best — your neighbour’s story about a decent restaurant which serves excellent lamb stew, or his warning about the place where he was poisoned and threw up all over his boss’s wife? (…) Bad news now travels a lot faster. Just a few decades ago, you would read that an Asian city with 100,000 people was wiped out in a cyclone on a small notice on page 17. We would never have heard about Burmese serial killers. Now we live in an era with global media and iPhone cameras everywhere. Since there is always a natural disaster or a serial murderer somewhere in the world, it will always top the news cycle — giving us the mistaken impression that it is more common than before. (…) Nostalgia, too, is biological: as we get older, we take on more responsibility and can be prone to looking back on an imagined carefree youth. It is easy to mistake changes in ourselves for changes in the world. Quite often when I ask people about their ideal era, the moment in world history when they think it was the most harmonious and happy, they say it was the era they grew up in. They describe a time before everything became confusing and dangerous, the young became rude, or listened to awful music, or stopped reading books in order to just play Pokémon Go. (…) The cultural historian Arthur Freeman observed that ‘virtually every culture, past or present, has believed that men and women are not up to the standards of their parents and forebears’. Is it a coincidence that the western world is experiencing this great wave of pessimism at the moment that the baby-boom generation is retiring? Johan Norberg
Le cercle des personnes que nous respectons et de qui nous nous soucions ne cesse de s’étendre. Traditionnellement, seule la tribu octroyait une dignité face aux autres. Puis ce sentiment s’est étendu aux villes et à la nation. Aujourd’hui, il nous arrive même, dans nos bons jours, de penser à l’humanité [rires]. Dans les années 1980, les hommes répondaient encore à ces questions comme si hommes et femmes étaient une tout autre espèce. Mais, plus les femmes ont fait la même chose que les hommes dans le monde du travail, plus il est devenu difficile de penser qu’ils leur sont supérieurs. (…) Il y a deux cents ans, il y avait plus d’égalité dans le monde, mais c’est parce que l’immense majorité d’entre nous était pauvre. L’indice de Gini était donc très bas. Puis, dans une minorité de pays, les gens ont commencé à avoir plus de libertés, ils sont devenus beaucoup plus riches : leur PIB par habitant a été multiplié par 20. Evidemment, vous introduisez ainsi une énorme inégalité dans le monde. Mais serait-il préférable que tout le monde soit resté pauvre ? Prenez la Chine. Il y a trente ans, c’était un pays très égalitaire, mais 90% de la population vivait dans l’extrême pauvreté, contre 10% aujourd’hui. Si vous ne vous concentrez que sur les inégalités, vous aurez l’impression que ça a empiré. Le progrès n’est jamais égalitaire. Il se concentre plus sur les régions côtières, dans les grandes villes. Cela dit, l’inégalité peut devenir un problème, surtout quand certains groupes commencent à se garantir des privilèges et prennent le contrôle du pouvoir. C’est ce qui s’est passé en Russie, où un petit groupe a pris en otage le gouvernement, faute de transparence. (…) Cette augmentation des inégalités est en partie le résultat de la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce fut facile, car toute la technologie était à notre disposition. Mais cette croissance s’est essoufflée dans les années 1970 et il a fallu de nouvelles ressources de productivité, car il ne s’agissait plus simplement de mettre des briques au bon endroit, mais de développer des technologies de l’information et de ressources humaines. Cela a favorisé ceux qui étaient bons dans ces domaines par rapport aux travailleurs manuels. En même temps, il est utile de rappeler que, plus que votre salaire, l’important est ce que vous pouvez acheter. Même si vous n’avez pas augmenté vos revenus de manière importante depuis les armées 1980, vous avez eu accès à des technologies et à des services qui n’existaient pas dans le passé. Avant, seuls les riches pouvaient s’acheter une encyclopédie. Maintenant, on y a tous accès pour rien ! Comment chiffrer ça ? Ça n’apparaît pas dans les statistiques. Sans parler de la médecine, qui nous a donné près de dix années supplémentaires de vie. Les taux de criminalité se sont réduits, l’accès à la technologie a augmenté pour tout le monde. Bill Gates voyage de manière luxueuse et boit sans doute du meilleur vin que moi. Mais il utilise le même téléphone, il n’a pas un meilleur accès au savoir, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Et son espérance de vie n’est pas supérieure à la mienne. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes en fait de plus en plus égaux. (…)  [l’dentité] C’est effectivement un facteur plus important que les données économiques. Si vous regardez les supporteurs de Donald Trump, ils ne sont pas au chômage, mais ils appartiennent à une classe blanche qui pense que son identité est en déclin car menacée par les minorités. Cela explique en grande partie l’essor des populismes en Europe et aux Etats-Unis. Les psychologues parlent d’un réflexe d’autorité. C’est un besoin de protection qui touche aussi l’éducation, la liberté sexuelle, les droits des minorités. C’est l’idée qu’on doit se reprendre en main. Je comprends ce sentiment, mais les conséquences en seraient terrifiantes, car tout le progrès dont nous parlons est dépendant de notre ouverture au monde. (…) Si nous construisons des murs, nous n’empêcherons pas le reste du monde d’innover et d’avoir de nouvelles idées. Ce serait se tirer une balle dans le pied. On a vu ça dans l’Histoire. Les civilisations qui, se sentant menacées, ont commencé à mettre des barrières sont celles qui ont entamé leur déclin. Les Arabes étaient très en avance sur l’Europe en matière de science et technologie, la Chine avait les caractères, de la poudre à canon et la boussole. Mais la dynastie Ming, qui a pris le pouvoir au XIVe siècle, était hostile à la technologie et aux étrangers, tandis que le monde islamique s’est refermé après les invasions mongoles, différant l’utilisation de l’imprimerie de trois cents ans. (…) Selon les sondages, dans les pays occidentaux, plus de personnes croient aux fantômes ou à l’astrologie qu’au progrès. Cette idée que l’âge d’or est dans le passé est une forme de nostalgie qui nous a toujours accompagnés. Quand je demande aux gens quelle était la meilleure période à leurs yeux, la plupart évoquent les années au cours desquelles ils ont grandi. A l’époque, ils n’avaient ni enfants ni responsabilités et ne se préoccupaient pas de toutes les choses qui peuvent mal tourner. Le monde, quand on est jeune, semble plus sûr. En grandissant, on appréhende le danger. Et il y a le déclin physique. Comme l’explique l’historien culturel Arthur Herman, il existe une fréquente confusion entre la détérioration à l’intérieur de votre corps et celle qui se produit à l’extérieur. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si nous sommes précisément au moment où la génération du baby-boom prend sa retraite. Aux Etats-Unis, beaucoup de gens sont persuadés que les années 1960 étaient une période d’harmonie. Mais n’y a-t-il pas eu la crise des missiles à Cuba, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, ainsi que des conflits raciaux dans chaque grande ville américaine ? Pourtant, aujourd’hui, la période fait figure de paradis perdu. (…) Il y a toujours un danger contre la raison. Cette explosion de peur contre le vaccin, l’un des plus grands sauveurs de vies de l’Histoire, montre qu’un recul peut arriver n’importe où. Quand les personnes ont l’impression que leur monde est chaotique et complexe, elles ne savent plus à qui faire confiance, donc il devient plus facile pour les complotistes et les religions de prospérer. (…) Quelle que soit leur cause, les critiques du progrès demandent à l’Etat plus de contrôle pour figer la situation. A gauche, il faut garder l’économie comme elle était ; à droite, c’est la culture qu’il faut préserver et, pour les écologistes, c’est l’environnement. Ils veulent tout stopper. Mais même le plus convaincu des réactionnaires ne voudrait pas revenir aux famines d’il y a deux cents ans. Quant aux écologistes, ils devraient être d’accord sur le fait que les plus grands problèmes environnementaux sont ceux qui ont tué des millions de personnes, parce qu’on n’avait pas d’électricité, qu’on était empoisonné par un mauvais air intérieur, qu’on polluait de façon traditionnelle l’eau et qu’on en mourait. Tous ces gens pensent qu’à ce moment précis de notre évolution on ne peut plus aller plus loin et qu’il faut tout préserver. (…) Les risques sont là et ils sont bien plus dangereux quand les gens ne comprennent pas ce que l’espèce humaine peut réaliser quand elle est libre. Je suis très effrayé par cette demande d’autorité, à droite comme à gauche, pour s’opposer à la mondialisation. Un grand pays européen peut élire un populiste, ce qui signifierait la fin de l’Union européenne telle qu’on l’a connue. Je suis donc un optimiste soucieux. Cela dit, je reste optimiste, car l’humanité a traversé dans l’Histoire des choses bien pires et est arrivée à les surmonter. L’humanité est résiliente et a beaucoup de pouvoirs. Johan Norberg
Attention: une ignorance peut en cacher une autre !

Au lendemain de la mort du mort du père du RMI Lionel Stoleru

Et accessoirement homme politique, économiste (polytechnique, Mines et Stanford) et chef d’orchestre français et victime, on s’en souvient du fait de ses origines juives roumaines, de l’antisémite Jean-Marie Le Pen

Alors qu’après l’accident industriel des années Obama mais aussi, technologie oblige, les risques de déclassement d’une bonne partie des classes moyennes …

Nombre de responsables politiques semblent tentés par un protectionnisme qui pourrait, si appliqué à l’instar de celle des années 30, nous ramener à la pire des grandes dépressions …

Pendant qu’au sein d’une Europe en train elle-même de remettre en question sa propre suppression des fontières internes face à la montée du terrorisme islamique et de l’immigration illégale. le Pays auto-proclamé des droits de l’homme ne ménage pas sa peine …

Pour imposer, au seul Etat israélien et par ailleurs allié revendiqué via la diplomatie et des mesures de marquage économique rappelant selon la formule consacrée « les heures les plus sombres de notre histoire », le retour à des frontières notoirement indéfendables face à des entités appelant explicitement à son annihilation …

Comment ne pas s’émerveiller …

Avec le dernier livre de l’historien de l’économie suédois Johan Norberg

Derrière en fait l’incroyable réduction de la pauvreté que connait notre monde depuis une cinquantaine d’années …

De cette étrange propension qui semble être la nôtre …

A mesure qu’augmentent notre niveau de richesse  …

Comme notre intolérance à la pauvreté …

Mais aussi certes les périls et les risques de régression …

A croire que tout va toujours plus mal dans le pire des mondes ?

Non, ce n’était pas mieux avant !

Enquête. Malgré les crises actuelles, l’humanité n’a jamais vécu aussi longtemps, avec autant de richesse, de liberté et de sécurité.

Thomas Mahler
Le Point
03/11/2016

En 2013, la fondation Gapminder proposa ce QCM à un panel d’Américains : « Durant les vingt dernières années, la proportion de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté… : 1) a presque doublé ; 2) est restée la même ; 3) s’est presque réduite de moitié ». Alors que deux tiers penchèrent pour l’hypothèse la plus pessimiste, seuls 5 % optèrent pour la réponse 3. Un sondage mené en 2016 par le cabinet d’études néerlandais Motivaction montre que 92 % des Français pensent eux aussi que la pauvreté a augmenté ou est restée stable depuis vingt ans. Les faits ? Selon la Banque mondiale…

Historien économique, membre de l’Institut Cato, Johan Norberg, 43 ans et allure de pop star, avait connu un succès international avec « Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste » en 2003, une réponse aux mouvements altermondialistes. Avec « Progress : Ten Reasons to Look Forward to the Future » (Oneworld), c’est contre le pessimisme de l’époque que l’auteur s’élève.

Le Point : Daech, Alep, le réchauffement climatique ou les robots qui tuent nos emplois font la une des journaux. Pourquoi alors affirmer que notre âge d’or, c’est maintenant ?

Johan Norberg : Je sais que l’époque a l’air horrible, mais c’a toujours été le cas quand vous regardez les problèmes dans le monde. Il y a cinquante ans, c’était le risque d’un désastre nucléaire imminent, les usines japonaises menaçant les nôtres, un niveau de crime élevé dans les villes… Le rôle des médias est d’en parler et de nous effrayer un peu. Mais nous avons aussi besoin d’une perspective historique plus longue, de statistiques, pour voir à quel point nous venons de loin. Objectivement, on n’a jamais vécu si longtemps, avec autant de richesse, de liberté et de sécurité.

Ça va vraiment mieux partout ?

Certains indicateurs baissent un peu et il y a de nouveaux risques. Le progrès n’a rien d’automatique. Le réchauffement climatique est un problème récent. L’essor du terrorisme sous cette forme est aussi inédit. Du point de vue du nombre de victimes, avec les groupes séparatistes et révolutionnaires, c’était pire dans les années 1970 en Europe occidentale. Aujourd’hui, Daech ne cible pas des officiels mais frappe au hasard. C’est ce qui nous terrifie. Face à ça, nous avons d’autant plus besoin de données objectives qui nous permettent de saisir que, même si les attentats sont terribles, c’est un petit risque pour notre vie comparé à d’autres. II faut vaincre les terroristes, mais ne pas paniquer.

Votre livre s’ouvre sur la nutrition. De 1950 à aujourd’hui, la population mondiale est passée de 2,5 à plus de 7 milliards d’habitants. Les néomalthusiens prédisaient alors des famines immenses…

Oui, ils ne pensaient pas qu’on pourrait augmenter les rendements agricoles, ce qui est arrivé avec la révolution verte. Puis ils nous ont expliqué que ces gens auraient d’autant plus d’enfants, les considérant comme des lapins tout juste bons à se reproduire. Ils ont totalement oublié l’intelligence humaine et notre capacité d’adaptation. Dans les années 1950, il y avait en moyenne 5 enfants par mère dans les pays en développement. Aujourd’hui, c’est environ 2,5. Ce qui est moins qu’à cette époque dans les pays riches !

Le pape François explique que, si la richesse globale a augmenté, la mondialisation n’a fait qu’accroître la pauvreté…

Le pape devrait faire relire ses discours [rires]. Il y a cette idée commune que les choses vont de mal en pis. J’ai demandé à des gens ce qu’ils pensent de la pauvreté et de la faim dans le monde. Chaque fois, la majorité se trompe. Ce n’est pas uniquement de l’ignorance, c’est une mauvaise idée préconçue qu’ils tirent de quelque part. Cette vue fataliste provient non seulement des néomalthusiens, mais aussi des écologistes, des anticapitalistes et des conservateurs, à droite, qui martèlent que les choses ont empiré. Tout est imputé à la mondialisation et au capitalisme. Mais, d’un point de vue statistique, on a réduit l’extrême pauvreté de 1,2 5 milliard de personnes depuis vingt-cinq ans, alors même que la population mondiale a augmenté de 2 milliards de personnes. A chaque minute où nous parlons, 100 personnes en sortent.

Certes, mais n’est-ce pas essentiellement dû à la Chine sortant du cauchemar maoïste?

La Chine a eu un impact formidable, mais il y a aussi l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam, le Bangladesh, l’Amérique latine et aujourd’hui des pays de l’Afrique subsaharienne, qu’on considérait pourtant comme le continent sans espoir. Pour la première fois, l’extrême pauvreté est passée en Afrique subsaharienne au-dessous des 50%. Aujourd’hui, on en est à 35 %.

Le Niger, Haïti ou la République démocratique du Congo sont cependant plus pauvres qu’il y a cinquante ans…

C’est choquant. On doit se demander comment c’est possible dans un monde où le savoir, la technologie et la science croissent. Ces pays n’ont pas accès à l’économie mondiale. Certains ont été touchés par des guerres dévastatrices ; des régimes brutaux, comme au Zimbabwe, ont sciemment détruit tout ce qui était productif. Ce sont les pays les moins globalisés et les moins ouverts. C’est ça, le problème !

Dans tous les pays du monde, sans exception, les gens vivent plus longtemps qu’il y a cinquante ans. Comment l’expliquez-vous ?

Cela montre que la richesse et le PIB ne sont pas tout. Certains pays ont stagné ou régressé sur le plan économique, mais même eux ont connu des avancées considérables en termes de santé. Le plus grand facteur derrière le progrès, ce n’est pas l’augmentation des salaires, mais des prix plus bas permettant une vie meilleure et plus longue, ainsi qu’une diffusion des savoirs et de la technologie. Il est difficile d’inventer un vaccin contre la rougeole, mais, une fois créé, il est facile de l’utiliser à travers le monde. En 1800, pas un seul pays au monde n’avait une espérance de vie supérieure à 40 ans. Aujourd’hui, pas un seul pays n’a une espérance de vie inférieure. En Afrique, c’est d’autant plus encourageant que, après les dégâts des guerres, de la malaria et du VIH, l’espérance de vie est plus élevée que jamais. L’Ouganda, le Botswana ou le Kenya ont eu un gain de dix ans ces dix dernières années. C’est hallucinant !

En 1950, Il y avait 10,5 millions de lépreux. Il n’y a aujourd’hui plus que 200 000 cas chroniques.

C’est intéressant d’un point de vue psychologique. On s’est inquiété pour la lèpre, la rougeole. Récemment, c’était Ebola. Or, une fois qu’on a résolu un problème, on l’oublie et on se dit que le monde est pire que jamais lorsque apparaît un nouveau virus. Pourtant, Ebola a prouvé à quel point la science, une coopération internationale et les populations pouvaient réagir rapidement. Un scénario catastrophe prévoyait 1,4 million de morts au Libéria et en Sierra Leone. Mais, là encore, il se fondait sur l’idée néo-malthusienne, avec un fond raciste, que puisque ce sont des Africains ils sont comme des enfants, incapables de changer leurs habitudes. Alors que ces gens ont des téléphones portables et s’informent! Ils ont ainsi adapté leurs rites funéraires et le nombre de morts s’est limité à 30.000.

En matière d’environnement, on se dit qu’il ne peut pas y avoir de bonnes nouvelles…

Mon éditeur non plus ne pensait pas que ce chapitre fonctionnerait [rires], car c’est le plus contre-intuitif. Oui, tous ces problèmes environnementaux qui nous préoccupent sont réels : réchauffement climatique, éradication des espèces… Mais je me suis aussi intéressé à d’autres problèmes environnementaux complètement oubliés. En décembre 1952, le grand smog a tué près de 12.000 personnes à Londres. Aujourd’hui, l’air londonien est aussi propre qu’au Moyen Age. Depuis 1990, la forêt européenne croît à un rythme annuel de 0,3 %. La déforestation continue en Indonésie ou au Brésil, mais le taux mondial de déforestation annuel a ralenti, passant de 0,18 à 0,0009% depuis les années 1990. On a mesuré que, grâce à l’évolution des techniques agricoles, on a pu sauvegarder une surface forestière de deux fois l’Amérique du Sud depuis les années 1960. Bien sûr, on crée de nouveaux problèmes. Mais comment y faire face ? Plus un pays est riche, mieux il peut développer des technologies propres. Dans le classement des indices de performance environnementale, les pays Scandinaves sont en tête, alors que la Somalie, le Niger ou Haïti sont en queue. Les problèmes environnementaux dans ces pays ne proviennent pas de la technologie, mais de l’absence de technologie. Autrement dit, nous devons accélérer le progrès plutôt qu’adopter la décroissance, qui signifierait un retour à la pauvreté pour des millions de personnes, mais serait plus néfaste pour l’environnement. Car le pire qui puisse arriver, c’est l’utilisation de vieilles technologies, ce qui se pratique dans des pays africains ou en Asie. Il faut accélérer le processus pour qu’eux aussi y aient accès. Nous devons trouver de meilleures façons d’utiliser nos ressources, mais je rappelle que la plus importante est le cerveau humain, qui, très heureusement, est renouvelable.

En 1900, seulement 21 % de la population mondiale savaient lire. Aujourd’hui, c’est 86%…

Parmi tous ces chiffres, voilà la meilleure nouvelle ! Car cela concerne notre capacité à affronter les problèmes du futur. Si vous êtes illettrés, vous ne recevrez pas les informations en cas d’épidémie, vous ne saurez pas comment prendre le mieux possible soin de vos enfants et vous ne gagnerez pas plus d’argent. L’incroyable essor de ce taux d’alphabétisme stimule toutes les autres tendances. Mais c’est aussi ce qui, parfois, peut nous effrayer dans le monde occidental. Avant, nous étions les meneurs de revue. Nous étions les seuls à avoir la richesse, le savoir et la technologie, mais on a connu une sorte de révolution copernicienne. Nous pensions être au centre du monde, ce n’est plus le cas. Des enfants qui, simplement parce qu’ils étaient nés au mauvais endroit, n’auraient pas pu être le prochain Léonard de Vinci ou le prochain Bill Gates peuvent désormais mettre leur cerveau à contribution pour penser un nouveau médicament ou la prochaine technologie. C’est un immense espoir pour l’humanité.

L’esclavage est officiellement partout aboli. Mais, pour l’extrême gauche, le capitalisme a créé de nouvelles servitudes…

C’est parce que ces gens-là pensent que toute personne qui doit travailler est un esclave. Ce qui est l’opposé de la conception traditionnelle de l’esclavage, où, par la coercition, on volait la vie de la personne. Les pauvres qui occupent des emplois dont nous ne voudrions pas le font parce que c’est leur meilleure option. J’ai interrogé des travailleurs dans ces usines asiatiques qui produisent pour les marchés occidentaux. Evidemment, ils expliquent qu’ils préféreraient avoir des salaires plus élevés et de meilleures conditions, mais ils veulent aussi que leurs proches puissent y travailler, car les revenus sont supérieurs et les conditions moins difficiles que dans l’agriculture de subsistance ou que travailler comme domestique. C’est un tremplin pour sortir de la pauvreté, comme nous l’avons fait il y a cent cinquante ans et comme cela se passe au Bangladesh, où, avec l’industrie textile, la pauvreté a été diminuée de moitié depuis quinze ans.

Et le travail des enfants ?

Si vous pensez que le travail des enfants est quelque chose de nouveau, consultez les tapisseries et les témoignages du Moyen Age, où les enfants font partie intégrante de l’économie. Aujourd’hui, ça paraît bénin, car nous avons une représentation romantique de la ferme, comme si c’était un plaisir. Mais je peux vous assurer que cela n’était pas le cas à l’époque. Le travail des enfants a continué sous la révolution industrielle, mais à travers des œuvres comme celle de Dickens il y a eu une prise de conscience qui marqua le début du déclin. Aujourd’hui, en Inde comme au Vietnam, le travail des enfants baisse rapidement. Entre 1993 et 2006, la proportion des 10-14 ans travaillant au Vietnam est passé de 45 % à moins de 10 %. Au moment où les parents deviennent plus riches, la première chose qu’ils font est de ne plus envoyer leurs enfants travailler, car ils ne le faisaient pas par plaisir sadique, mais pour survivre. Historiquement, le capitalisme a donc permis de mettre un terme au travail des enfants, pas l’inverse.

Vous illustrez aussi les progrès en matière de racisme, de misogynie ou d’homophobie. En 1987, un Américain sur deux seulement pensait qu’il était mal de battre sa femme avec une ceinture ou un bâton. Dix ans plus tard, ils étalent 86 %…

Le cercle des personnes que nous respectons et de qui nous nous soucions ne cesse de s’étendre. Traditionnellement, seule la tribu octroyait une dignité face aux autres. Puis ce sentiment s’est étendu aux villes et à la nation. Aujourd’hui, il nous arrive même, dans nos bons jours, de penser à l’humanité [rires]. Dans les années 1980, les hommes répondaient encore à ces questions comme si hommes et femmes étaient une tout autre espèce. Mais, plus les femmes ont fait la même chose que les hommes dans le monde du travail, plus il est devenu difficile de penser qu’ils leur sont supérieurs.

Pour Angus Deaton, le progrès crée toujours des inégalités. Depuis 1980, celles-ci sont grandissantes dans les pays de l’OCDE…

Deaton a raison. Il y a deux cents ans, il y avait plus d’égalité dans le monde, mais c’est parce que l’immense majorité d’entre nous était pauvre. L’indice de Gini était donc très bas. Puis, dans une minorité de pays, les gens ont commencé à avoir plus de libertés, ils sont devenus beaucoup plus riches : leur PIB par habitant a été multiplié par 20. Evidemment, vous introduisez ainsi une énorme inégalité dans le monde. Mais, comme l’explique Deaton, ce n’est pas toujours une mauvaise chose. Serait-il préférable que tout le monde soit resté pauvre ? Prenez la Chine. Il y a trente ans, c’était un pays très égalitaire, mais 90% de la population vivait dans l’extrême pauvreté, contre 10% aujourd’hui. Si vous ne vous concentrez que sur les inégalités, vous aurez l’impression que ça a empiré. Le progrès n’est jamais égalitaire. Il se concentre plus sur les régions côtières, dans les grandes villes. Cela dit, l’inégalité peut devenir un problème, surtout quand certains groupes commencent à se garantir des privilèges et prennent le contrôle du pouvoir. C’est ce qui s’est passé en Russie, où un petit groupe a pris en otage le gouvernement, faute de transparence.

Thomas Piketty explique que la croissance a été mieux partagée après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’aux années 1970. Après, les inégalités de revenus se sont creusées…

Je suis l’un des rares à avoir lu son livre en entier [rires]. Cette augmentation des inégalités est en partie le résultat de la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce fut facile, car toute la technologie était à notre disposition. Mais cette croissance s’est essoufflée dans les années 1970 et il a fallu de nouvelles ressources de productivité, car il ne s’agissait plus simplement de mettre des briques au bon endroit, mais de développer des technologies de l’information et de ressources humaines. Cela a favorisé ceux qui étaient bons dans ces domaines par rapport aux travailleurs manuels. En même temps, il est utile de rappeler que, plus que votre salaire, l’important est ce que vous pouvez acheter. Même si vous n’avez pas augmenté vos revenus de manière importante depuis les armées 1980, vous avez eu accès à des technologies et à des services qui n’existaient pas dans le passé. Avant, seuls les riches pouvaient s’acheter une encyclopédie. Maintenant, on y a tous accès pour rien ! Comment chiffrer ça ? Ça n’apparaît pas dans les statistiques. Sans parler de la médecine, qui nous a donné près de dix années supplémentaires de vie. Les taux de criminalité se sont réduits, l’accès à la technologie a augmenté pour tout le monde. Bill Gates voyage de manière luxueuse et boit sans doute du meilleur vin que moi. Mais il utilise le même téléphone, il n’a pas un meilleur accès au savoir, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Et son espérance de vie n’est pas supérieure à la mienne. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes en fait de plus en plus égaux.

Au-delà des chiffres, il y a les questions culturelles. La mondialisation et l’immigration font craindre à certains de perdre leur identité.

C’est effectivement un facteur plus important que les données économiques. Si vous regardez les supporteurs de Donald Trump, ils ne sont pas au chômage, mais ils appartiennent à une classe blanche qui pense que son identité est en déclin car menacée par les minorités. Cela explique en grande partie l’essor des populismes en Europe et aux Etats-Unis. Les psychologues parlent d’un réflexe d’autorité. C’est un besoin de protection qui touche aussi l’éducation, la liberté sexuelle, les droits des minorités. C’est l’idée qu’on doit se reprendre en main. Je comprends ce sentiment, mais les conséquences en seraient terrifiantes, car tout le progrès dont nous parlons est dépendant de notre ouverture au monde.

D’où les oppositions aux traités de libre-échange…

Si nous construisons des murs, nous n’empêcherons pas le reste du monde d’innover et d’avoir de nouvelles idées. Ce serait se tirer une balle dans le pied. On a vu ça dans l’Histoire. Les civilisations qui, se sentant menacées, ont commencé à mettre des barrières sont celles qui ont entamé leur déclin. Les Arabes étaient très en avance sur l’Europe en matière de science et technologie, la Chine avait les caractères, de la poudre à canon et la boussole. Mais la dynastie Ming, qui a pris le pouvoir au XIVe siècle, était hostile à la technologie et aux étrangers, tandis que le monde islamique s’est refermé après les invasions mongoles, différant l’utilisation de l’imprimerie de trois cents ans.

Alors qu’un pays comme le Nigeria se montre très optimiste, les Occidentaux sont de plus en plus pessimistes. Comment l’expliquer ?

Selon les sondages, dans les pays occidentaux, plus de personnes croient aux fantômes ou à l’astrologie qu’au progrès. Cela vous rend un peu inquiet pour votre civilisation [rires]. Cette idée que l’âge d’or est dans le passé est une forme de nostalgie qui nous a toujours accompagnés. Quand je demande aux gens quelle était la meilleure période à leurs yeux, la plupart évoquent les années au cours desquelles ils ont grandi. A l’époque, ils n’avaient ni enfants ni responsabilités et ne se préoccupaient pas de toutes les choses qui peuvent mal tourner. Le monde, quand on est jeune, semble plus sûr. En grandissant, on appréhende le danger. Et il y a le déclin physique. Comme l’explique l’historien culturel Arthur Herman, il existe une fréquente confusion entre la détérioration à l’intérieur de votre corps et celle qui se produit à l’extérieur. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si nous sommes précisément au moment où la génération du baby-boom prend sa retraite. Aux Etats-Unis, beaucoup de gens sont persuadés que les années 1960 étaient une période d’harmonie. Mais n’y a-t-il pas eu la crise des missiles à Cuba, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, ainsi que des conflits raciaux dans chaque grande ville américaine ? Pourtant, aujourd’hui, la période fait figure de paradis perdu.

Les religions ou les superstitions peuvent-elles menacer le progrès ? Seuls 52 % des Français pensent que les vaccins ont des effets positifs…

Il y a toujours un danger contre la raison. Cette explosion de peur contre le vaccin, l’un des plus grands sauveurs de vies de l’Histoire, montre qu’un recul peut arriver n’importe où. Quand les personnes ont l’impression que leur monde est chaotique et complexe, elles ne savent plus à qui faire confiance, donc il devient plus facile pour les complotistes et les religions de prospérer.

Aujourd’hui, seuls les libéraux et quelques réformistes à gauche osent encore vanter le progrès…

Quelle que soit leur cause, les critiques du progrès demandent à l’Etat plus de contrôle pour figer la situation. A gauche, il faut garder l’économie comme elle était ; à droite, c’est la culture qu’il faut préserver et, pour les écologistes, c’est l’environnement. Ils veulent tout stopper. Mais même le plus convaincu des réactionnaires ne voudrait pas revenir aux famines d’il y a deux cents ans. Quant aux écologistes, ils devraient être d’accord sur le fait que les plus grands problèmes environnementaux sont ceux qui ont tué des millions de personnes, parce qu’on n’avait pas d’électricité, qu’on était empoisonné par un mauvais air intérieur, qu’on polluait de façon traditionnelle l’eau et qu’on en mourait. Tous ces gens pensent qu’à ce moment précis de notre évolution on ne peut plus aller plus loin et qu’il faut tout préserver.

Etes-vous confiant pour le futur ?

Parce que j’ai écrit un livre sur le progrès, je devrais être optimiste, mais je ne l’ai pas écrit pour dire : « Regardez, tout est génial, on peut être relax.» Non, je l’ai fait parce que j’ai un peu peur. Les risques sont là et ils sont bien plus dangereux quand les gens ne comprennent pas ce que l’espèce humaine peut réaliser quand elle est libre. Je suis très effrayé par cette demande d’autorité, à droite comme à gauche, pour s’opposer à la mondialisation. Un grand pays européen peut élire un populiste, ce qui signifierait la fin de l’Union européenne telle qu’on l’a connue. Je suis donc un optimiste soucieux. Cela dit, je reste optimiste, car l’humanité a traversé dans l’Histoire des choses bien pires et est arrivée à les surmonter. L’humanité est résiliente et a beaucoup de pouvoirs.

Propos recueillis par Thomas Mahler, Le Point du 3 novembre 2016

Voir aussi:

Combattre les réactionnaires

La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d’or… qui n’a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition.

Ce qui semblait impossible s’est finalement produit. Donald Trump a gagné l’élection présidentielle américaine la plus détestable et la plus inquiétante de l’ère moderne. Elle a marqué l’irruption du populisme à une échelle sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine. Cette dernière n’est plus immunisée contre une maladie qui a ravagé l’Europe il y a quatre-vingt ans et a fait son retour dans l’ensemble du monde occidental et bien au-delà.

Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité. Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps. On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée?

Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam. Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé.

«La trahison des élites est centrale…»

La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…».

Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique. Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain. Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés. Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser… et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion.

Il faut appeler un chat un chat. Cette illusion a des relents fascistes, même si elle ne va pas jusqu’au rejet de la démocratie. Elle s’en rapproche «dans son opposition virulente… au libéralisme, dans sa suspicion envers le capitalisme et surtout dans la croyance que la nation, souvent définie en termes religieux et raciaux, représente la plus importante source d’identité des vrais citoyens», écrit le professeur Sheri Berman, de la Columbia University, dans Foreign Affairs:

«Comme leurs prédécesseurs, les extrémistes de droite d’aujourd’hui dénoncent les dirigeants démocratiquement élus comme inefficaces, impotents et faibles. Ils promettent de soutenir leur nation, la protéger de ses ennemis et redonner une raison d’être à des gens qui se sentent en butte à des forces qui les dépassent…»

Il n’y a pas d’effondrement moral, économique et politique

La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition.

Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière. Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas. Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus…

La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il.

Quelques exemples, parmi d’autres…

L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%.

Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013.

En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer.

En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L’air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu’au début de la révolution industrielle et les forêts s’étendent à nouveau en Europe.

Rupture technologique et repli identitaire

Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. «Aucun journaliste ne sait plus ce qu’est une bonne nouvelle», faisait remarquer il y a quelques années le Dalaï-Lama.

Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail.

Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir.

La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l’économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d’emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…». La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations.

C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services. Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps. Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S’ils ne le font pas, les marchands d’illusion ne sont pas prêts de disparaître.

Globalization and Poverty
The last forty years have seen a massive and historically unprecedented decline in global poverty
Marian Tupy
Reason
November 22, 2016

Remember the good life during the 1970s? If you do, your experience is not likely to have been a typical one. In fact, the economic liberalization and globalization that started in the late 1970s and accelerated in the 1980s, has led to a massive and historically unprecedented decline in global poverty. Contrary to much of the public perception, liberalization and globalization have not led to an increase in U.S. poverty rates, which continue to fluctuate within a comparatively narrow and, by historical standards, low, band.

Let us look at the global picture first. In 1981, the year Ronald Reagan became America’s 40th President, 44.3 percent of the world lived in extreme poverty (i.e., less than $1.90 per person per day). Last year, it was 9.6 percent. That’s a decline of 78 percent. In East Asia, a region of the world that includes China, 80.6 percent of people lived in extreme poverty. Today, 4.1 percent do—a 95 percent reduction. Even in sub-Saharan Africa, a relatively under-performing region, the share of the population living on less than $1.9 per day dropped by 38 percent.

Have those advances come at the expense of the American worker? They have certainly led to economic dislocation, but America’s poverty rate has remained relatively steady. When talking about U.S. poverty rates, it is important to keep in mind that extreme poverty in America is vanishingly rare. Instead, our poverty rate is determined by the U.S. Census Bureau « by comparing pre-tax cash income against a threshold that is set at three times the cost of a minimum food diet in 1963, updated annually for inflation using the Consumer Price Index. It’s also adjusted for family size, composition, and age of householder. »

According to both the Nobel Prize-winning economist Angus Deaton and Cato’s Michael Tanner (who relied on U.S. Census Bureau data), the American poverty rate has moved between 15.2 and 11.3 percent over the last four decades. On three occasions (1983, 1993 and 2010) it reached over 15 percent of the population. Those were post-recession peaks that disappeared as soon as the economy recovered.

In fact, America experienced her lowest poverty rate since 1974 in 2000, when openness of the American economy, as measured by the Fraser Institute’s Economic Freedom of the World index, was at its highest. Since then, America’s economy has become less free. Could that be the reason why the American recovery from the Great Recession was so sluggish and why America’s poverty rate has not retreated as fast as it did on previous occasions?

Voir encore:

Le RMI a 20 ans, place au revenu de solidarité active 
Pour Lionel Stoleru, l’ancien ministre, fondateur du revenu minimum d’insertion (RMI), revient sur les circonstances dans lesquelles celui-ci a été créé et se réjouit de voir le revenu de solidarité active (RSA) prendre forme.
Lionel Stoleru
Le Figaro
06/06/2008

D’une session de travail de six mois à la Brookings Institution à Washington en 1974, je revins avec une thèse en faveur de l’impôt négatif qui fit l’objet d’un livre Vaincre la pauvreté dans les pays riches. Quinze ans plus tard, en mai 1988, dans la «Lettre à tous les Français», le candidat Mitterrand écrivit que, s’il était élu, il «mettrait en œuvre le revenu minimum proposé par Lionel Stoleru». Effectivement, dès son élection, je fus appelé au gouvernement comme secrétaire d’État au Plan auprès de Michel Rocard, et, en six semaines, le projet de loi créant le RMI fut préparé. Au Parlement, il fut voté événement rare à l’unanimité (moins 3 voix) et, depuis, aucun gouvernement ne l’a jamais remis en cause.

Pour moi, le RMI était le retour de l’État à ses devoirs. Autant je pouvais admirer la charité chrétienne de l’abbé Pierre et la solidarité laïque de Coluche, autant j’étais convaincu que, dans un pays riche, c’est du devoir de l’État qu’aucun citoyen ne meure de froid ni de faim. Tel était l’objet du RMI, ouvert à tous sans condition de statut. En outre, fixé à un niveau évidemment inférieur au smic pour respecter la primauté du travail, le RMI ne coûte presque rien : une goutte d’eau dans l’océan des dépenses sociales, même avec un million de bénéficiaires.

Cela dit, il ne nous avait pas échappé, dès sa création, que le RMI poserait deux problèmes.

Le «I», tout d’abord, ce «I» de «insertion». Mis dans la loi pour rassurer les députés obsédés par le «délit de fainéantise», le dispositif d’insertion n’avait pas les moyens de traiter individuellement tous les RMIstes, ou alors le «I» de l’insertion aurait coûté beaucoup plus cher que le «RM» du revenu minimum. En outre, et surtout, il y avait une sorte de contradiction conceptuelle entre l’idée que tout citoyen a droit de manger et l’obligation d’insertion. Pour quelqu’un qui veut consacrer sa vie à écrire des poèmes ou à peindre des toiles qui ne se vendent pas, et qui se satisfait du RMI, que signifie l’insertion ? Si le RMI avait existé, peut-être que Van Gogh et Verlaine auraient un peu moins souffert !

Le revenu minimum, ensuite. Ma proposition personnelle n’était pas celle-là. C’était celle de l’impôt négatif : plus un citoyen est riche, plus il paie d’impôt positif ; plus un citoyen est pauvre, plus il reçoit d’impôt négatif. Il y a une échelle progressive, sans discontinuité.

Le revenu minimum, lui, n’a pas cette qualité : on le donne à celui qui n’a rien et on l’enlève entièrement à celui qui retrouve un travail et un revenu. Dès qu’il gagne 100 € par son activité, il perd 100 € de son RMI. C’est évidemment fort peu motivant pour aller travailler.

Une nouvelle étape du RMI est donc nécessaire, c’est le RSA, revenu de solidarité active, et c’est le grand mérite de Martin Hirsch, à partir de quelques expériences menées en région, d’avoir su proposer une réforme d’ensemble du système actuel vers un dispositif proche de l’impôt négatif, c’est-à-dire un dispositif où, comme pour tout impôt, on a toujours intérêt à gagner plus, car, comme on dit, «il en reste toujours quelque chose», ce qui n’était pas le cas du RMI.

Mais, voilà le hic, le RSA est coûteux. Jusqu’à présent, on n’accompagne les bénéficiaires que jusqu’au moment où ils gagnent l’équivalent du RMI. Avec le RSA, on les accompagne au-delà du RMI et, compte tenu des besoins des travailleurs pauvres, non seulement jusqu’au smic, mais vraisemblablement un peu au-dessus du smic. Le calcul n’est pas sorcier : si on veut maintenir, par exemple, 50 € d’aide à celui qui gagne 100 € de plus, cela veut dire qu’on l’accompagne jusqu’à ce qu’il gagne deux fois le RMI, ce qui fait plus que le smic.

Or il y a beaucoup de Français qui, à temps partiel ou à temps plein, sont à 20 ou 25 % autour du smic, au-dessus ou au-dessous. Même si le RSA ne donne à chacun qu’un petit complément, cela fait quand même un gros montant total, d’où le débat budgétaire actuel.

Ce qu’on semble oublier dans ce débat, c’est que la totalité du RSA je dis bien la totalité va aux chômeurs ou aux travailleurs pauvres. C’est donc, à partir du RMI, la plus importante action de lutte contre la pauvreté jamais faite en France (et aussi dans l’Union européenne). On pourrait penser que la gauche applaudirait ! Non, elle ne supporte pas que ce soit la droite qui le fasse et encore moins Martin Hirsch au sein de la droite. Puis-je rappeler que, quand nous avons créé le RMI, c’était un gouvernement de gauche, où, moi, je venais de la droite et où, «néanmoins», les députés de droite ont voté pour ? Qu’on se le dise !

Cela dit, à l’unanimité ou à la majorité, le RSA sera voté. Il lui restera alors un dernier obstacle à franchir : la complexité. Moins simple par nature que le RMI, il devra, pour être efficace, être compréhensible et être compris. Contrairement à la prime pour l’emploi dont aucun bénéficiaire n’a jamais compris ni pourquoi, ni comment, ni quand il la touche, il faut que le salarié «s’approprie» le RSA en sachant à quels avantages il a droit et ce qu’il en garde chaque fois qu’il parvient à augmenter son revenu. C’est alors, et seulement alors, qu’il saura se bâtir un projet de réinsertion dans la société. Le «I» du RMI était passif, le «A» du RSA est actif, voilà ce qui fait toute la différence.

Un écrivain désabusé disait : «Je ne laisserai personne dire que 20 ans, c’est le plus bel âge de la vie». Pour le RMI, ce sera le plus bel âge si, adulte, il devient le RSA.

Voir de même:

Propos recueillis par Yvon Corre
Qu’est-ce qui caractérise cette nouvelle bourgeoisie. Est-elle différente de l’ancienne ?
Elle se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu. Que voulez-vous dire par brouillage de classe ?
Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés. La mixité sociale, le vivre ensemble c’est donc pour vous un mythe ?
Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où. On assiste donc à une recomposition des territoires ?
Oui. Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe. Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne était-il une réaction à ce modèle ?

Complètement. Ce qui m’a frappé, c’est que ce mouvement est parti de petites villes, de zones rurales et non pas de Rennes, Brest ou Nantes. Pourquoi ça part de là ? Parce ce que vous avez là des gens qui sont dans une fragilité sociale extrême. Quand ils ont du travail, ils ont peur de le perdre car il y a très peu de création d’activité. Le problème, c’est que tous les spécialistes des territoires pensent toujours à partir de la métropole.

Vous êtes très critique sur la métropolisation. On dit pourtant qu’elle va profiter à tous les territoires ?
C’est vrai que l’on nous parle toujours de la métropolisation comme d’un système très ouvert. On dit que par « ruissellement », les autres territoires vont en profiter. C’est tout l’argumentaire depuis 20 ans mais il faut bien constater qu’il n’y a pas de créations d’emplois sur ces territoires de la France périphérique. Certes, il y a de la redistribution à travers notamment les dotations mais ce n’est pas ça qui fait société. Les gens n’ont pas envie de tendre la main et attendre un revenu social. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la thématique du revenu universel est aussi bien portée par des libéraux de droite que de gauche. Il y a derrière l’idée que les gens ne retrouveront jamais du boulot.

Mais n’est-ce pas plutôt le modèle économique qui ne fonctionne pas bien ?
On ne peut pas dire que le modèle économique ne marche pas. Il crée même beaucoup de richesses mais il ne fait plus société, il n’intègre pas le plus grand nombre. On est dans un temps particulier aujourd’hui, qui est le temps de la sortie de la classe moyenne. Les ouvriers et les employés, qui étaient le socle de la classe moyenne, sont pourtant majoritaires. Quand vous ajoutez villes moyennes, petites villes et zones rurales, vous arrivez à 60 % de la population. Il y a certes beaucoup de retraités sur ces territoires mais aussi plein de jeunes de milieux populaires qui sont bloqués, qui n’ont pas accès à la grande ville. Pendant un moment, la création d’emplois de fonctionnaires territoriaux a pu compenser ce phénomène mais aujourd’hui c’est fini.

Comment cela peut-il se traduire politiquement ?
On le voit déjà. Trump aux États-Unis, c’est le vote de cette classe moyenne qui est en train de disparaître. Le Brexit, c’est exactement la Grande-Bretagne périphérique des petites villes et des zones rurales où vous avez l’ancienne classe ouvrière, qui paie l’adaptation au modèle économique mondialisé. Tout ça est très rationnel. On analyse toujours ces votes comme un peu irrationnels, protestataires. Il y a de la colère mais il y a surtout un diagnostic. On oublie toujours de dire que les gens des milieux populaires ont joué le jeu de la mondialisation et de l’adaptation mais pour rien. À la fin ils ont toujours de petits salaires avec des perspectives pour leurs enfants qui se réduisent. C’est ça qui se joue électoralement. On a des partis politiques qui ont été inventés pour représenter la classe moyenne qui n’existe plus aujourd’hui. Et le Front national n’a pas grand-chose à faire pour ramasser la mise. Il n’a même pas besoin de faire campagne.

Les politiques ne voient-ils pas ce qui se passe ou ne veulent-ils pas le voir ?
Je fais vraiment un distinguo entre les élus d’en bas et ceux d’en haut. Les élus d’en bas comprennent très bien ce qui se passe. Ils connaissent leurs territoires. Mais il y a une classe politique d’en haut qui est complètement hors-sol. Le clivage est vraiment à l’intérieur des partis.

Voir de plus:

Lexington
The American Dream, RIP?
An economist asks provocative questions about the future of social mobility
The Economist
Sep 21st 2013

COULD America survive the end of the American Dream? The idea is unthinkable, say political leaders of right and left. Yet it is predicted in “Average is Over”, a bracing new book by Tyler Cowen, an economist. Mr Cowen is no stranger to controversy. In 2011 he galvanised Washington with “The Great Stagnation”, in which he argued that America has used up the low-hanging fruit of free land, abundant labour and new technologies. His new book suggests that the disruptive effects of automation and ever-cheaper computer power have only just begun to be felt.

It describes a future largely stripped of middling jobs and broad prosperity. An elite 10-15% of Americans will have the brains and self-discipline to master tomorrow’s technology and extract profit from it, he speculates. They will enjoy great wealth and stimulating lives. Others will endure stagnant or even falling wages, as employers measure their output with “oppressive precision”. Some will thrive as service-providers to the rich. A few will claw their way into the elite (cheap online education will be a great leveller), bolstering the idea of a “hyper-meritocracy” at work: this “will make it easier to ignore those left behind”.

Mr Cowen’s vision is neither warm nor fuzzy. In his future, mistakes and even mediocrity will be hard to hide: eg, an ever-expanding array of ratings will expose so-so doctors and also patients who do not take their medicines or otherwise spell trouble. Young men will struggle in a labour market that rewards conscientiousness over muscle. With incomes squeezed, many Americans will head to the sort of cheap, sun-baked sprawling exurbs that give the farmers’-market-and-bike-lanes set heartburn. Many will accept rotten public services in exchange for low taxes. This may sound a bit grim, but it reflects real-world trends: 60% of employers already check the credit ratings of job candidates; young male unemployment is high and migrants have been flooding to low-tax, low-service Texas for years.

The left is sure that inequality is a recipe for riots. Mr Cowen doubts it. The have-nots will be too engrossed in video games to light real petrol bombs. An ageing population will be rather conservative, he thinks. There will be lots of Tea-Party sorts among the economically left-behind. Aid for the poor will be slashed but benefits for the old preserved. He does not fear protectionism, as most jobs that can be sent overseas have already gone. He notes that the late 1960s, when society was in turmoil, was a golden age of income equality, while some highly unequal moments in history, including in medieval times, were rather stable.

Even if only a fraction of Mr Cowen’s vision comes to pass, he is too sanguine about the politics of polarisation. Inter-generational tensions fuelled 1960s unrest and would be back with a vengeance, this time in the form of economic competition for scarce resources. The Middle Ages were stable partly because peasants could not vote; an unhappy modern electorate, by contrast, would be prey to demagogues peddling simple solutions, from xenophobia to soak-the-rich taxes, or harsh, self-defeating crime policies. Yet Mr Cowen’s main point is plausible: gigantic shifts are under way, and they may be unstoppable.

Politicians are skittish about admitting this. Barack Obama calls America’s wealth gap “our great unfinished business”, describing a crisis of inequality decades in the making. Think of technology, he tells audiences, and how it has thinned the ranks of travel agents, bank clerks and other middle-class gateway jobs. At the same time, global competition has reduced workers’ bargaining power. People have “lost trust in the capacity of government to help them”, he sorrows. But then Mr Obama implies that political villainy is the real culprit. He accuses entrenched interests of working for years to spread a “great untruth”: that government intervention is either harmful or a plot to grab tax dollars from the squeezed middle and shower them on the undeserving poor. Politics risks becoming a “zero-sum game where a few do very well while struggling families of every race fight over a shrinking economic pie.”

Republicans are just as partisan. Senator Marco Rubio of Florida, a son of Cuban immigrants, likes to say that had he not been born in post-war America in an era of high social mobility, he would probably be a very opinionated bartender. At a “Defending the American Dream Summit” on August 30th he accused Mr Obama of smothering economic opportunity with a big-government nightmare of debts, “class-warfare” taxes, innovation-smothering regulation and over-generous welfare. While most are working harder than ever and barely keeping up, Mr Rubio growls, “some people” shun work because they can make almost as much from government benefits. In short, both sides never tire of explaining how the other is destroying the American Dream. Alas, neither can explain, convincingly, how to revive it.

What, Tyler, no revolt?

Asked about the limits of his power, Mr Obama mutters about “pushing back against the trends” squeezing middle America, rather than resolving them entirely. That, he argues, is better than the Republican right, who “want to accelerate” such trends.

For their part Republican leaders offer long-cherished shrink-the-government schemes, rebranded as plans to save the American Dream. They say that tax cuts and deregulation would trigger a private-sector investment boom. In truth, the links between investment and government policy are rarely so neat, and even such a boom might do little for middle-class wage stagnation.

Many voters remember a time when hard work was reliably rewarded with economic security. This was not really true in the 1950s and 60s if you were black or female, but the question still remains: what if Mr Cowen is right? What if the bottom 85% today are mostly doomed to stay there? In a country founded on hope, that would require something like a new social contract. Politicians cannot duck Mr Cowen’s conundrum for ever.

Voir de plus:

L’Amérique confrontée à la polarisation des emplois

Simon Johnson

Project Syndicate
Nov. 27, 2016

WASHINGTON, DC – L’un des problèmes majeurs de l’Amérique d’aujourd’hui – confirmé par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle de début novembre – réside dans ce sentiment d’impuissance et d’insécurité que de nombreux Américains éprouvent face à la polarisation des emplois, laquelle résulte de la mondialisation et de l’avènement des nouvelles technologies. À l’heure où les plus diplômés accèdent au sommet de la pyramide de répartition des revenus et s’en sortent mieux que jamais, ceux qui n’ont pas suivi d’études au-delà du lycée sont confrontés au déclin de leurs revenus, de leur niveau de vie, et à l’assombrissement des perspectives qui sont les leurs et celles de leurs enfants. En effet, la classe moyenne américaine est aujourd’hui profondément affectée.

Si Trump l’a emporté, c’est en grande partie parce qu’il a su persuader les électeurs de Pennsylvanie, du Michigan, du Wisconsin, et d’ailleurs, que ses mesures politiques produiraient de meilleurs résultats au sein des communautés confrontées à la déliquescence du secteur manufacturier. En réalité, il faut s’attendre à ce que son administration, soutenue par les majorités républicaines des deux chambres du Congrès américain, ne parvienne qu’à aggraver la situation des Américains les plus éprouvés.

Le problème de fond réside en ce que les nouvelles technologies, au premier rang desquelles les technologies de l’information, ont véritablement transformé la nature du travail. Comme l’expliquent David Autor et David Dorn, de nombreux emplois moyennement qualifiés, moyennement rémunérés, et bénéficiant à la classe moyenne, ont aujourd’hui disparu. Les emplois nouvellement apparus sont désormais généreusement rémunérés pour les plus diplômés, et très faiblement rétribués pour ceux qui n’ont étudié que jusqu’au lycée. L’un des symptômes majeurs de cette évolution, parmi tant d’autres, réside dans la disparition des métiers d’usine correctement rémunérés. Le secteur manufacturier a perdu plus de deux millions d’emplois entre 2004 et 2014, et ne représente aujourd’hui qu’un peu plus de 8 % de l’emploi total – poursuivant sa longue descente observée depuis les années 1950.

Cette tendance associée aux technologies se trouve par ailleurs accentuée par la baisse des coûts liés aux transports et à la communication, qui rend plus abordable la possibilité de transporter des marchandises sur de longues distances.  Le développement de réseaux de fournisseurs complexes facilite la délocalisation d’activités manufacturières en direction de pays au sein desquels les salaires sont moins élevés. Nombre de sociétés américaines ont fait de cette démarche l’une des principales composantes de leur stratégie d’entreprise, avec pour conséquence le déclin du secteur manufacturier américain, qui va de pair avec un déclin de la syndicalisation. Lorsqu’un salarié perd un emploi syndiqué à salaire et à avantages relativement élevés, il est bien souvent remplacé par un salarié moins bien payé, qui ne bénéficiera pas du même niveau d’avantages.

Si la crise financière de 2008 a exacerbé les inégalités de revenus et la précarité économique, c’est notamment parce qu’elle a accéléré la disparition des emplois manufacturiers. Les arguments selon lesquels il s’avérait nécessaire, voire « optimal », de concentrer les aides financières publiques sur les banques et leurs dirigeants sont en réalité peu convaincants (du moins ailleurs qu’à Wall Street). Certes, les Américains les plus fortunés ont subi une perte considérable de richesse lorsque les prix des actifs se sont effondrés. Pour autant, ils ont depuis bénéficié d’une reprise solide du prix de leurs actions et de leurs biens immobiliers haut de gamme.

Dans un tel contexte, étant donné l’inquiétude qui régnait parmi de si nombreux Américains concernant leurs perspectives économiques, les efforts fournis par l’administration du président Barack Obama en direction du Partenariat transpacifique (TPP) n’ont clairement pas entendu la voix du peuple américain. Le gouvernement a fait valoir que le TPP permettrait la création d’un certain nombre d’emplois décents, et que ceux qui perdraient leur emploi en raison cet accord percevraient une « compensation ». Or, cette prétendue compensation se révèle systématiquement minime, considérée par beaucoup comme insignifiante. Ceci explique pourquoi Trump est parvenu à mobiliser d’importantes majorités au sein de si nombreux bastions ouvriers auparavant favorables à Obama.

Malheureusement, demain s’annonce encore plus difficile qu’aujourd’hui pour ces électeurs. Grâce à un contrôle sur la présidence et le Congrès, il faut s’attendre à ce que les républicains entreprennent trois démarches économiques majeures. La réduction de l’imposition des ménages et des entreprises favorisera principalement les Américains les plus fortunés. L’abrogation de la réforme de santé élaborée par Obama risque d’impacter sévèrement de nombreux Américains à faibles revenus, puisqu’ils ne pourront plus accéder à une couverture maladie abordable. Enfin, la déréglementation financière favorisera essentiellement les grandes banques internationales, encouragera la prise de risques, et pourrait bien poser les base d’une nouvelle crise à grande échelle. De même, les mesures commerciales agressives qu’envisage Donald Trump risquent d’aggraver la situation de l’emploi.

Dans le même temps, l’impact de toute relance efficace pour l’économie ne pourra être que très limité. Surchauffer l’économie – en engendrant au passage une plus forte inflation et des taux d’intérêts plus élevés – se révèle rarement bénéfique pour les individus les moins fortunés (songez aux années 1970).

L’une des promesses les plus substantielles de Trump consiste à rapatrier aux États-Unis les emplois de la classe moyenne, notamment dans le secteur manufacturier. Or, aucune composante de ses politiques, ou plus largement du programme des républicains, ne vient appréhender cette problématique sous-jacente que constitue le changement technologique. Autre perspective inquiétante, la prochaine vague technologique, qui verra par exemple se développer les véhicules sans conducteur, promet d’impacter considérablement les revenus et les opportunités de tous ceux qui aujourd’hui vivent de la livraison de marchandises ou du transport de passagers au moyen d’un véhicule.

Par ailleurs, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et de la robotique signifient que même si la production manufacturière américaine se stabilise, voire se redynamise, elle ne renouera jamais plus avec le volume d’emplois moyennement qualifiés observé autrefois. De même, cette automatisation annonce une diminution du nombre d’emplois actuellement bien rémunérés dans le secteur des services.

Dans la mesure où les technologies conduisent au déplacement des travailleurs, les mesures protectionnistes de type dénonciation d’accords commerciaux et imposition de tarifs douaniers sur les produits chinois et mexicains ne permettront pas de rapatrier des emplois manufacturiers à rémunération élevée. Or, Donald Trump n’a pas prévu de plan B, ce qui signifie que cette polarisation américaine qui a conduit Donald Trump au pouvoir ne pourra qu’aller en s’aggravant.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir enfin:

HOLLAND, Mich. — While much of the American political class has been consumed with recriminations over the wrenching loss of manufacturing jobs, Chuck Reid has been quietly adding them.

His company, First Class Seating, makes recliner seats for movie theaters here at a factory on the shores of Lake Michigan. Since he bought the business three years ago, its work force has grown to 40 from 15.

But those jobs will be in jeopardy if President-elect Donald J. Trump follows through on his combative promises to punish countries he deems guilty of unfair trade.

Mr. Trump secured the White House in part by vowing to bring manufacturing jobs back to American shores. The president-elect has fixed on China as a symbol of nefarious trade practices while threatening to slap 45 percent punitive tariffs on Chinese imports.

In short, Mr. Trump’s signature trade promise, one ostensibly aimed at protecting American jobs, may well deliver the reverse: It risks making successful American manufacturers more vulnerable by raising their costs. It would unleash havoc on the global supply chain, prompting some multinationals to leave the United States and shift manufacturing to countries where they can be assured of buying components at the lowest prices.

“If you do this tomorrow, you would have a lot of disruption,” said Susan Helper, an economist at the Weatherhead School of Management at Case Western Reserve University in Cleveland. “The stuff that China now makes and the way they make it, it’s not trivial to replicate that.”

Mr. Reid takes pride in using American products. His designers here in Michigan dreamed up his sleek recliner. Local hands construct the frames using American-made steel, then affix molded foam from a factory in nearby Grand Rapids. They staple upholstery to hunks of wood harvested by timber operations in Wisconsin. They do all this inside a former heating and cooling equipment factory that shut down a decade ago when the work shifted to Mexico.

But the fabric for Mr. Reid’s seats arrives from China. So do the electronics in the “magic box” that enables moviegoers to control the recliner. Ditto, the plastic cup holders and the bolts and screws that hold the parts together. The motor is the work of a German company that makes it in Hungary, almost certainly using electronics from China.

Mr. Reid estimates that a 45 percent tariff on Chinese wares would raise the costs of making a recliner here by 20 percent.

Tariffs would give his factory an edge against American competitors that import even more from China. But his company would be vulnerable to competitors in Mexico, Colombia and Australia. They would be free to draw on China’s supply chain and sell their wares into the American market unhindered.

“Our chair would be priced out of the market,” Mr. Reid said. “If it impacts our sales, that puts jobs at risk.”

Trade experts dismiss Mr. Trump’s threat of tariffs as campaign bluster that will soon give way to pragmatic concerns about growth and employment. Between 1998 and 2006, the imported share of components folded into American manufacturing rose to 34 percent from 24 percent, according to one widely cited study.

International law also limits the scope of what the Trump administration can do. Under the rules of the World Trade Organization, the United States cannot willy-nilly apply tariffs. It must develop cases industry by industry, proving that China is damaging American rivals through unfair practices.

Talk of across-the-board tariffs is “pure theater,” said Marc L. Busch, an expert on international trade policy at Georgetown University in Washington. “It’s impossible to do. It violates the rule of law.”

But Mr. Trump has suggested taking the extraordinary step of abandoning the W.T.O. to gain authority to dictate terms. His successful strong-arming of Carrier, the air-conditioner company, which agreed to keep 1,000 jobs at a plant in Indiana rather than move them to Mexico, attests to his priorities in delivering on his trade promises.

The people advising Mr. Trump on trade have records of advocating a pugnacious response to what they portray as Chinese predations.

There is Dan DiMicco, the former chief executive of the American steel giant Nucor, who has long advocated punitive tariffs on Chinese goods. There is Peter Navarro, a senior policy adviser and co-author of a book titled “Death by China: Confronting the Dragon — A Global Call to Action.”

In an email on Friday, Mr. Navarro, the Trump transition team’s economic adviser, said that imposing steep tariffs on China was an essential step to begin to address the American trade deficit with China, which reached $365 billion last year. He blamed Chinese trade practices for “destroying entire industries, hollowing out entire communities” and “putting millions out of work.”

But Mr. Navarro also cast the threat of tariffs as an opening gambit in a refashioning of trade positions.

“Tariffs are not an end game but merely one of several negotiating tools to bring our trade back into balance,” he said, adding that Mr. Trump’s administration would do so “in a measured way.”

Mr. Navarro’s co-author, Greg Autry, a professor at the University of Southern California, said he assumed the Trump camp was dead serious about its threats to impose tariffs on China. The goal is to force manufacturers to come back to the United States as a condition of selling into the American market.

A full-on trade war between the world’s two largest economies would cost American jobs in the immediate term, Mr. Autry said, but eventually millions of new ones would be created as the United States again hummed with factory work.

“We moved our supply chain to Asia in about two decades,” he said. “You certainly can do it in the U.S. a whole lot faster. It’s going to take a few years, but it’s going to be a much better America.

Even if factory work does return to the United States, though, that is unlikely to translate into many paychecks. As automation spreads, robots are primed to secure most of the jobs.

At Mr. Reid’s factory, talk of a bountiful future through trade barriers resonates as dangerous nonsense. Mr. Reid has a business to run in the here and now. His customers are waiting for product. He must be able to tap the supply chain.

“You can’t just turn your ship around and bring that stuff back,” he said.

In threatening tariffs, Mr. Trump is wielding a blunt instrument whose impacts are increasingly easy to evade by sophisticated businesses with operations across multiple borders. The geography of global trade is perpetually being redrawn.

In China, factory owners, casting a wary eye on Mr. Trump, are accelerating their exploration of alternative locales with lower-wage workers across Southeast Asia and even as far away as Africa.

In Vietnam, entrepreneurs are preparing for a potential surge of incoming investment from China should Mr. Trump take action.

In Europe, factories that sell manufacturing equipment to China are watching to see if Mr. Trump will unleash trade hostilities that will damage global growth.

“Money and goods will always find their way, regardless of what barriers you put up,” said Ernesto Maurer, chairman of SSM, a Swiss maker of textile machinery that operates a factory in China. “You just make it more difficult and more expensive.”

The China Supply

In the southern Chinese city of Guangzhou, Jiang Jiacheng exudes confidence that China will continue to serve as the factory floor for the world — with tariffs or otherwise.

His company, the Guangzhou Shuqee Digital Tech Company, makes movie chairs, exporting about 20 percent of its wares to the United States. It is an exemplar both of China’s manufacturing prowess and of the conditions that make it a competitive threat.

Mr. Jiang pays his factory workers $290 a month. They work six days a week. Lax environmental rules allow him to dispose of pollutants cheaply.

The total cost of making one of his best-selling products, a cloth-lined movie chair, runs $72. He sells it for $116 to wholesalers who export to the United States.

Back in September, Mr. Jiang gathered with other Chinese movie chair manufacturers to discuss the alarming statements coming from Mr. Trump. The consensus view was not to worry.

“Once he takes up the post, he will certainly return things to the normal state,” Mr. Jiang said.

Still, he has a backup plan. Even before President Trump entered the lexicon, Mr. Jiang was exploring a transfer of some of his work to lower-cost places like Vietnam.

His company would not be the first to make the journey.

A dozen years ago, the United States Commerce Department accused China of dumping wooden bedroom furniture at below cost. It imposed protective tariffs.

For Lawrence M. D. Yen, who had a furniture factory in southern China, that was the impetus to move to Vietnam. Labor costs were cheaper.

Today, Mr. Yen’s company, Woodworth Wooden Industries, operates a factory in Cu Chi, on the outskirts of Ho Chi Minh City, a district best known for the elaborate tunnels used by Vietcong guerrillas in their battles against American forces.

This former hive of combat is now the workplace for 5,000 people making sofa beds, recliner chairs and bedroom furniture. Three-fourths of the products are destined for the United States, including Las Vegas casino resorts like Mandalay Bay and the MGM Grand.

Woodworth’s plant churns out more than 10,000 three-seater sofas each month. This year, the company opened a second Vietnam factory.

Arithmetic gives Mr. Yen confidence that Mr. Trump’s talk will be muted by the realities of the marketplace. Brands that deliver factory-made goods to American retailers have leaned heavily on Asian suppliers to secure low prices.

In pledging to bring manufacturing back, Mr. Trump is effectively pitting the interests of a relatively small group of people — those who work in factories — against hundreds of millions of consumers.

“The retail industry now employs an awful lot more people than apparel industries ever did,” said Pietra Rivoli, a trade expert at Georgetown.

Seven years ago, the Obama administration accused China of unfairly subsidizing tires. It imposed tariffs reaching 35 percent. A subsequent analysis by the Peterson Institute for International Economics, a nonpartisan think tank, calculated the effect: Some 1,200 American tire-making jobs were preserved, but American consumers paid $1.1 billion extra for tires. That prompted households to cut spending at retailers, resulting in more than 2,500 net jobs lost.

The TAL Group claims to make one of every six dress shirts sold in the United States. It produces finished goods for Brooks Brothers, Banana Republic and J. Crew, operating 11 factories worldwide. If Mr. Trump places tariffs on China, the company will accelerate its shift to Vietnam, said TAL’s chief executive, Roger Lee.

If that trade is disrupted, the work would flow to other low-cost countries like Bangladesh, India and Indonesia. Mr. Lee can envision no situation in which the physically taxing, monotonous work of making garments will go to the United States.

“Where are you going to find the work force in the U.S. that is willing to work at factories?” Mr. Lee said.

Supplying the Suppliers

Horgen, a Swiss village on the shores of Lake Zurich, seems far removed from the gritty industrial zones of Asia. With its gingerbread homes and mountain views, it looks more like a resort.

But Horgen is home to SSM, a company that has become an important supplier to Asia. Its machines turn polyester and other synthetic fibers into custom-designed threads. If the rise of textiles in Asia has been a gold rush, this Swiss company has been among those cashing in by making the picks and shovels.

Workers at the factory earn roughly 6,000 Swiss francs ($5,940) a month — some 10 times what SSM pays its workers at its Chinese factory. It makes its most sophisticated components in Switzerland and at another plant in Italy. It uses China for lower-grade machines.

The company sells virtually all of its products abroad, chiefly in Asia. It buys metal parts from the Czech Republic and Poland, electronic components from Malaysia, and electric motors from an American company that makes them at a factory in India. Another American company supplies software.

If the United States were to impose trade barriers on China, that might slow Chinese demand for Swiss-made textile machinery. That would potentially reduce Swiss purchases of American goods and services.

But Mr. Maurer struggles to see how this would create any jobs in the United States. The American textile industry is small and increasingly dominated by robots. The rest of the world holds billions of hands willing to work cheaply.

“Someone else will pick up the business,” Mr. Maurer said. “These markets are very fast.”

But the textile and apparel trades are relatively simple businesses. If the cost of making trousers becomes less appealing in China, a room full of sewing machines in Cambodia can quickly be filled with low-wage seamstresses.

Industries involving precision machinery are not so easily reassembled somewhere else. An abrupt change to the economics would devastate factories that could not quickly line up alternative suppliers.

American automakers are especially dependent on the global supply chain. Between 2000 and 2011, the percentage of imported components that went into exported American-made vehicles grew to 35 percent, from 24 percent, according to the Organization for Economic Cooperation and Development.

At EBW Electronics in Holland, Mich., workers in lab coats tend boxy soldering machines as they make circuitry for LED lights that go into cars. It buys tiny parts and slots them into circuit boards, which are sold to major automakers. Some 80 percent of the components are imported from China.

Even that number fails to capture the degree to which the company — and its 240 workers — depend on unfettered trade.

Pat LeBlanc, the chairman, pointed to a nib of metal on a circuit board. The silicon was extracted at a plant in Minnesota, then processed into a thin wafer at another factory in Massachusetts. The wafer was shipped to China for testing, cut into pieces at another Chinese factory, and then delivered to the Philippines for a chemical process. Then it went back to China to be put onto a reel that can be inserted into soldering machines here in Michigan.

“It literally is a global supply chain,” Mr. LeBlanc said.

Mr. Reid, the owner of the theater seating company, could not imagine having to buy everything from American suppliers.

Buying upholstery domestically would raise his fabric costs as much as 40 percent.

“All the componentry, all the cords, it all comes from China,” he said. “I don’t know that you could ever get all of that made in the United States. Some of these industries have just been abandoned.”

He wandered into the paint shop, where a worker was spraying chair backs. He picked up a can of paint and read the label: “Made in the U.S.A., with Global Materials.”

Voir par ailleurs:

En application d’une décision européenne, le ministère français de l’Economie a demandé aux distributeurs d’ajouter « colonie israélienne » sur les produits en provenance des colonies de Cisjordanie et du Golan.

L’Express/AFP

25/11/2016

Le boycott des produits des colonies alimente le courroux israélien envers Paris. La France a demandé aux distributeurs d’appliquer une décision de l’UE sur un étiquetage différencié des produits en provenance des territoires occupés par Israël, et l’Etat hébreu l’accuse de favoriser les boycotts anti-israéliens.

« Il est nécessaire d’ajouter l’expression ‘colonie israélienne' »

Le ministère français de l’Economie a avisé, jeudi, les opérateurs économiques qu’ils devaient ajouter « colonie israélienne » ou une mention équivalente sur les produits alimentaires fabriqués dans les colonies de Cisjordanie et du plateau du Golan occupés par Israël depuis 1967, selon Légifrance. Une étiquette disant seulement « produit originaire du plateau du Golan » ou de Cisjordanie « n’est pas acceptable », indique le document. « Il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression ‘colonie israélienne’ ou des termes équivalents »..

Le ministère français est l’un des tout premiers, sinon le premier, à mettre en oeuvre les consignes passées en novembre 2015 par l’Union européenne.

La Commission européenne avait alors approuvé l’application de l’étiquetage qui impose à tous les pays membres d’étiqueter les marchandises venues des colonies. Pour l’UE, comme la communauté internationale, elles ne font pas partie du territoire israélien, puisque « la colonisation est illégale au regard du droit international », comme le note le Quai d’Orsay qui précise que « L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. »

Au moment de l’annonce de la décision européenne, déjà, la mesure, qui concerne principalement des produits alimentaires (fruits, légumes, vins) et cosmétiques, avait provoqué la fureur du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu.

« Deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël »

Jeudi, le ministère israélien des Affaires étrangères a réagi dans un communiqué: « le gouvernement israélien condamne la décision » française. Le ministère juge encore « incompréhensible et même inquiétant que la France ait décidé de pratiquer deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël » alors qu’il y a 200 querelles territoriales dans le monde.

Voir enfin:

Israël / Palestine : 9 clés pour comprendre la position de la France

France diplomatie
La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.

Qui la France soutient-elle ?

1. La France est l’amie d’Israël et de la Palestine.

La France partage avec Israël des liens historiques, culturels et humains forts. La France a été l’un des premiers pays à reconnaître le nouvel État et à établir avec lui des relations diplomatiques, dès 1949. Depuis 65 ans, elle défend le droit d’Israël à exister, à vivre en sécurité et sa pleine appartenance à la communauté des nations souveraines. La relation bilatérale franco-israélienne se nourrit également de la présence en Israël d’une importante communauté française et francophone et en France de la première communauté juive d’Europe.

La France plaide de longue date en faveur de la création d’un État palestinien. Le 22 novembre 1974, la France a voté en faveur de la reconnaissance de l’OLP au sein de l’ONU en tant que membre observateur, réaffirmant les droits inaliénables du peuple palestinien. François Mitterrand a été le premier président français à exprimer devant la Knesset, en 1982, l’objectif de création d’un Etat palestinien. En 2010, la France a rehaussé le statut de la Délégation générale de Palestine en France, devenue la Mission de Palestine, avec à sa tête un Ambassadeur. Elle a voté en faveur du statut d’État observateur non-membre de la Palestine aux Nations Unies en novembre 2012, et en faveur de l’érection du drapeau palestinien à l’ONU en septembre 2015.

2. La France condamne sans réserve les actes terroristes qui visent à saboter les espoirs de paix.

La France condamne avec la plus grande fermeté tous les actes de violence et de terrorisme et appelle toutes les parties à combattre toutes les formes d’incitation à la haine. Aux côtés de ses partenaires européens, elle a engagé à plusieurs reprises l’ensemble des parties à s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver la situation, que ce soit par incitation ou par provocation, et leur a demandé de condamner tout attentat qui serait perpétré et de respecter rigoureusement les principes de nécessité et de proportionnalité dans l’usage de la force.

Elle est indéfectiblement attachée à la sécurité d’Israël, c’est un principe cardinal de sa politique dans la région. C’est pourquoi elle appelle le Hamas, avec lequel elle n’entretient aucun contact et qui figure sur la liste européenne des organisations terroristes, à respecter les conditions posées par le Quartet : renonciation à la violence, reconnaissance du droit d’Israël à exister, reconnaissance des accords signés entre Israël et l’OLP.

La France a également appelé Israël au plein respect du droit international humanitaire et à faire preuve d’un « usage proportionné de la force », notamment lors de la guerre à Gaza de l’été 2014, qui a fait plus de 2 100 victimes.

3. La France condamne la colonisation, illégale en droit international.

L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. La colonisation est illégale au regard du droit international (notamment au regard de la IVe Convention de Genève et de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies), elle menace la viabilité de la solution des deux Etats et constitue un obstacle à une paix juste et durable. Entre 2002 et 2014, le nombre d’habitants dans les colonies israéliennes a augmenté en moyenne de 14 600 personnes par an. Entre 2004 et 2014, on a recensé en moyenne plus de nouvelles 2300 mises en chantier par an dans les colonies. Aujourd’hui, ce sont plus de 570 000 colons qui vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Des mesures concrètes ont été prises au niveau européen face à l’accélération de la colonisation. Les lignes directrices de l’UE adoptées en juillet 2013 excluent de tout financement européen depuis le 1er janvier 2014 les entités israéliennes actives dans les colonies. De nombreux Etats-membres, dont la France, ont publié des recommandations mettant en garde contre les risques financiers, juridiques et de réputation liés à la poursuite d’activités dans les colonies. L’Union européenne a également adopté, en novembre 2015, une notice interprétative sur l’étiquetage des produits des colonies, afin d’informer les consommateurs européens de la provenance des produits importés.

Quelle solution la France défend-elle ?

4. La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.

La solution de deux Etats est la seule à même de répondre aux aspirations légitimes des Israéliens et des Palestiniens à la sécurité, a l’indépendance, à la reconnaissance et à la dignité. Dans cette perspective, la France a défini, avec ses partenaires européens, les paramètres qui doivent présider à une résolution du conflit :

  • des frontières basées sur les lignes de 1967 avec des échanges agréés de territoires équivalents ;
  • des arrangements de sécurité préservant la souveraineté de l’Etat palestinien et garantissant la sécurité d’Israël ;
  • une solution juste, équitable et agréée au problème des réfugiés ;
  • un arrangement faisant de Jérusalem la capitale des deux Etats.

5. La France considère que Jérusalem doit devenir la capitale des deux Etats, Israël et le futur Etat de Palestine.

Depuis 1967 et la conquête de la partie orientale de la ville par Israël lors de la guerre des six jours, Jérusalem est entièrement contrôlée par Israël. Dans l’attente d’un règlement négocié du conflit et en vertu de la légalité internationale, la France, comme l’ensemble de la communauté internationale, ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem. La France appelle à l’apaisement des tensions et en particulier au respect du statu quo sur les Lieux Saints. Toute remise en cause de ce statu quo serait porteuse de risques de déstabilisation importants.

Quelle est l’action de la France ?

6. La France plaide en faveur d’une mobilisation urgente et renouvelée de la communauté internationale.

Prenant acte de l’impasse actuelle du processus de paix, la France appelle à une mobilisation active de la communauté internationale afin de préserver la solution des deux Etats et de relancer une nouvelle dynamique de paix. Les acteurs internationaux, en particulier le Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations Unies), les membres permanents du Conseil de sécurité et les partenaires européens et régionaux, ont un rôle à jouer pour rétablir un horizon politique.

7. La France a lancé une initiative pour relancer le processus de paix.

La France a lancé une initiative en deux temps. Une réunion ministérielle a tout d’abord eu lieu à Paris le 3 juin, sans les Israéliens et les Palestiniens, pour réaffirmer l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution des deux Etats. Les principaux acteurs internationaux ainsi réunis se sont montrés prêts à s’engager pour créer un cadre et des incitations, afin de permettre la reprise de négociations crédibles. Une conférence internationale, à laquelle les parties seront invitées, sera organisée au second semestre 2016 à cette fin.

8. La France apporte son soutien à l’Autorité palestinienne et à Mahmoud Abbas qui défend le camp de la paix.

La France contribue activement au développement économique palestinien et à la consolidation des institutions du futur Etat palestinien. Elle consacre des sommes considérables (près de 400 M€ sur la période 2008-2014, et 40 M€ en 2015) à l’aide à la Palestine, dont environ un tiers en faveur de Gaza. La Palestine demeure le premier bénéficiaire de l’aide budgétaire française.

9. La France encourage la réconciliation inter-palestinienne.

Elle le fait en vue, notamment, de favoriser le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza, qui fera partie intégrante de l’Etat palestinien. Elle soutient le gouvernement d’entente nationale, sous l’autorité de Mahmoud Abbas, qui n’inclut aucun ministre du Hamas (placé par l’UE en 2003 sur la liste des organisations terroristes), et respecte les trois critères fixés par le Quartet : reconnaissance d’Israël, refus de la violence et acceptation des accords passés.


Livres: Les sionistes ont même inventé l’école ! (2,000 years of schooling and they put you on the day shift: History confirms De Gaulle’s « elite, domineering people » qualification of the Jewish people)

16 novembre, 2016
Un livre aux éditions Albin Michel
Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
 Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes enfants. Deutéronome 6: 6-7
Fais de l’étude de la Torah ta principale occupation. ShammaÏ (10 avant JC)
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. De Gaulle (conférence de presse du 27 novembre 1967)
Twenty years of schoolin’ And they put you on the day shift. Bob Dylan
You who build these altars now to sacrifice these children, you must not do it anymore. Leonard Cohen
And what can I tell you my brother, my killer What can I possibly say? I guess that I miss you, I guess I forgive you I’m glad you stood in my way.If you ever come by here, for Jane or for me Well your enemy is sleeping, and his woman is free.  Yes, and thanks, for the trouble you took from her eyes I thought it was there for good so I never tried. Leonard Cohen
The problem with that song is that I’ve forgotten the actual triangle. Whether it was my own – of course, I always felt that there was an invisible male seducing the woman I was with, now whether this one was incarnate or merely imaginary I don’t remember, I’ve always had the sense that either I’ve been that figure in relation to another couple or there’d been a figure like that in relation to my marriage. I don’t quite remember but I did have this feeling that there was always a third party, sometimes me, sometimes another man, sometimes another woman. It was a song I’ve never been satisfied with. It’s not that I’ve resisted an impressionistic approach to songwriting, but I’ve never felt that this one, that I really nailed the lyric. I’m ready to concede something to the mystery, but secretly I’ve always felt that there was something about the song that was unclear. So I’ve been very happy with some of the imagery, but a lot of the imagery. Leonard Cohen
Now I’ve heard there was a secret chord that David played, and it pleased the Lord. Leonard Cohen
Je suis juif… un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des émotions, des passions ? N’est-il pas nourri de même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même été, le même hiver, comme un chrétien ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Shakespeare (Le Marchand de Venise)
Combattez ceux qui rejettent Allah et le jugement dernier et qui ne respectent pas Ses interdits ni ceux de Son messager, et qui ne suivent pas la vraie Religion quand le Livre leur a été apporté, (Combattez-les) jusqu’à ce qu’ils payent tribut de leurs mains et se considèrent infériorisés.Coran 9:29
Des théologiens absurdes défendent la haine des Juifs… Quel Juif pourrait consentir d’entrer dans nos rangs quand il voit la cruauté et l’hostilité que nous manifestons à leur égard et que dans notre comportement envers eux nous ressemblons moins à des chrétiens qu’à des bêtes ? Luther  (1519).
Nous ne devons pas […] traiter les Juifs aussi méchamment, car il y a de futurs chrétiens parmi eux. Luther
Si les apôtres, qui aussi étaient juifs, s’étaient comportés avec nous, Gentils, comme nous Gentils nous nous comportons avec les Juifs, il n’y aurait eu aucun chrétien parmi les Gentils… Quand nous sommes enclins à nous vanter de notre situation de chrétiens, nous devons nous souvenir que nous ne sommes que des Gentils, alors que les Juifs sont de la lignée du Christ. Nous sommes des étrangers et de la famille par alliance; ils sont de la famille par le sang, des cousins et des frères de notre Seigneur. En conséquence, si on doit se vanter de la chair et du sang, les Juifs sont actuellement plus près du Christ que nous-mêmes… Si nous voulons réellement les aider, nous devons être guidés dans notre approche vers eux non par la loi papale, mais par la loi de l’amour chrétien. Nous devons les recevoir cordialement et leur permettre de commercer et de travailler avec nous, de façon qu’ils aient l’occasion et l’opportunité de s’associer à nous, d’apprendre notre enseignement chrétien et d’être témoins de notre vie chrétienne. Si certains d’entre eux se comportent de façon entêtée, où est le problème? Après tout, nous-mêmes, nous ne sommes pas tous de bons chrétiens. Luther (Que Jésus Christ est né Juif, 1523)
Les Juifs sont notre malheur (…) .Les Juifs sont un peuple de débauche, et leur synagogue n’est qu’une putain incorrigible. On ne doit montrer à leur égard aucune pitié, ni aucune bonté. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer! Luther
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister.Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
Parmi eux, nous pouvons compter les grands guerriers de ce monde, qui bien qu’incompris par le présent, sont néanmoins préparés à combattre pour leurs idées et leurs idéaux jusqu’à la fin. Ce sont des hommes qui un jour seront plus près du cœur du peuple, il semble même comme si chaque individu ressent le devoir de compenser dans le passé pour les péchés que le présent a commis à l’égard des grands. Leur vie et leurs œuvres sont suivies avec une gratitude et une émotion admiratives, et plus particulièrement dans les jours de ténèbres, ils ont le pouvoir de relever les cœurs cassés et les âmes désespérées. Parmi eux se trouvent non seulement les véritables grands hommes d’État, mais aussi tous les autres grands réformateurs. À côté de Frédéric le Grand, se tient Martin Luther ainsi que Richard Wagner. Hitler (« Mein Kampf », 1925)
Le 10 novembre 1938, le jour anniversaire de la naissance de Luther, les synagogues brûlent en Allemagne. Martin Sasse (évêque protestant de Thuringe)
Avec ses actes et son attitude spirituelle, il a commencé le combat que nous allons continuer maintenant; avec Luther, la révolution du sang germanique et le sentiment contre les éléments étrangers au Peuple ont commencé. Nous allons continuer et terminer son protestantisme; le nationalisme doit faire de l’image de Luther, un combattant allemand, un exemple vivant « au-dessus des barrières des confessions » pour tous les camarades de sang germanique. Hans Hinkel (responsable du magazine de la Ligue de Luther Deutsche Kultur-Wacht, et de la section de Berlin de la Kampfbund, discours de réception à la tête de la Section Juive et du département des films de la Chambre de la Culture et du ministère de la Propagande de Goebbels)
Là, vous avez déjà l’ensemble du programme nazi. Karl Jaspers
Tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui est la faute des sionistes. Les Juifs Américains sont derrière la crise économique mondiale qui a aussi frappé la Grèce.Mikis Theodorakis (2011)
Les enfants de Trump doivent reprendre l’entreprise avec le conflit d’intérêt, ils pourront vendre des gratte-ciels au gouvernement israélien. Des immeubles luxueux à construire dans les territoires occupés, que le Président des États-Unis les aidera à occuper et il leur enverra des Mexicains pour nettoyer les chiottes. Charline Vanhoenacker
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans.Emmanuel Sivan
Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux..Christophe Lebold
Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il faut cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire…(…) Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… [Ma chanson préférée ?] serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne (…) La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… (…) C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen…Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel.  (…) Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère…Christophe Lebold
Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année. Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Jonathan Aleksandrowicz
Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009. Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste. (…) Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008. Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons. Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley. Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir. RFI
Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… (…) De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ». Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »… Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination. Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher. (…) « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ». Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions). Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité). Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte » Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions). Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret. Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions). Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2). Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse. Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)… Dominique Cerbelaud
C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire (Article « Tolérance »)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu …Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel, disciple de Fourier, 1845
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
De même que pour les juifs, ce sont les mêmes qui dénoncent les sorcières et qui recourent à leurs services. Tous les persécuteurs attribuent à leurs victimes une nocivité susceptible de se retourner en positivité et vice versa. René Girard
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. Jacques Attali
Nobel Prizes have been awarded to over 850 individuals, of whom at least 22% (without peace prize over 24%) were Jews, although Jews comprise less than 0.2% of the world’s population (or 1 in every 500 people). Overall, Jews have won a total of 41% of all the Nobel Prizes in economics, 28% in medicine, 26% in Physics, 19% in Chemistry, 13% in Literature and 9% of all peace awards… Wikipedia
Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
 L’Âge moderne est l’Âge des Juifs, et le XXe siècle est le Siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d’entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. Il ne s’agit plus de cultiver les champs ou de surveiller les troupeaux, mais de cultiver les hommes et de veiller sur les symboles […] En d’autres termes, la modernité, c’est le fait que nous sommes tous devenus juifs. Yuri Slezkine
The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.) (…) By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium. Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so. All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route. This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars. Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War). And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away. Steven Weiss
Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem. You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South? Paul Solman
The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings. (…) the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets: capital already accumulated as craftsmen and trade networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors. Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage. They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East. Maristella Botticini
The chief editor of the Journal des économistes (…) claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. (…) The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals. The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. (…) Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. (…) The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers. Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity. (…) Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance. 1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence. 2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles? 3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it. Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions. Cristiana Facchini
What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?” Botticini and Eckstein (…) systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce. The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. (…) As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah. Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine. It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm. Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.”  The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. (…) Botticini and Eckstein (…) On the contrary (…) insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending. Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization. The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles (…) Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses. They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.
Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity (…) Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E. This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E. Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel. There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate. If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water. (…) Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. » This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and EugenicsDiana Muir Appelbaum and Paul S. Appelbaum
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay. So how exactly have the Jews survived? According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality. Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner. Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics. If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education. If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed. The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews. When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles. The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe. European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews. If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing. Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved. Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school. Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492. Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews. The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries. With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild. Eggpen
Why has education been so important to the Jewish people? Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population. (…) Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.” (…) In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education. (…) From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers. “During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.” Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities. (…) The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says. “When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.” Jewish News Service
En fait, ce que nous avons voulu démontrer, ma collègue Maristella Botticini, de la Bocconi, et moi, c’est que l’obligation d’étudier a un coût, et oblige donc l’individu rationnel à rechercher une compensation pour obtenir un retour sur investissement. Dans le cas des juifs, le problème se pose après la destruction du Temple de Jérusalem, en 70 de l’ère courante. La caste des prêtres qui constituait alors l’élite perd le pouvoir au profit de la secte des pharisiens, qui accorde une grande importance à l’étude. C’est de cette secte que vont sortir les grands rabbis, ceux qui vont pousser les juifs à se concentrer sur l’étude de la Torah, un texte dont la tradition veut qu’elle ait été écrite par Moïse sous la dictée de Dieu. Vers l’an 200, obligation est ainsi faite aux pères de famille d’envoyer leurs fils dès l’âge de 6 ans à l’école rabbinique pour apprendre à lire et étudier la fameuse Torah. Or l’essentiel des juifs sont des paysans, et pour les plus pauvres, cette obligation pèse très lourd car elle les prive de bras pour travailler aux champs. Beaucoup vont alors préférer se convertir au christianisme, d’où, on le voit dans les statistiques de l’époque, une baisse drastique de la population juive au Proche-Orient à partir du IIIe siècle alors que, jusqu’à la destruction du Temple, cette religion était en augmentation constante et multipliait les convertis. Pour ceux qui ont accepté le sacrifice financier que représente la dévotion, il va s’agir de valoriser leur effort. Or autour d’eux, ni les chrétiens ni, plus tard, les musulmans n’imposent à leurs enfants d’apprendre à lire et à écrire. Les juifs bénéficient donc d’un avantage compétitif important. C’est ainsi un juif converti à l’islam qui a servi de scribe à Mahomet et aurait mis par écrit pour la première fois le Coran. (…) Notre étude, fondée sur l’évolution économique et démographique du peuple juif, de l’Antiquité à la découverte de l’Amérique, remet en cause en fait la plupart des théories avancées jusqu’ici. Si les juifs sont médecins, juristes ou banquiers plus souvent qu’à leur tour, ce n’est pas parce qu’ils sont persécutés et condamnés à s’exiler régulièrement, comme l’a avancé l’économiste Gary Becker, ou parce qu’ils n’avaient pas le droit d’être agriculteurs, comme l’a soutenu Cecil Roth. Car si dans certains pays, on les a empêchés de posséder des terres, c’était bien après qu’ils aient massivement abandonné l’agriculture, et s’ils ont pu être persécutés, cela ne justifie pas qu’ils soient devenus médecins ou juristes : les Samaritains, très proches des juifs et eux aussi traités comme des parias, sont demeurés paysans. De même, contrairement à ce que dit Max Weber, ce n’est pas parce qu’un juif ne peut pas être paysan du fait des exigences de la Loi juive. Les juifs du temps du Christ la respectaient alors qu’ils étaient majoritairement occupés à des travaux agricoles et à la pêche. C’est dans l’Orient musulman, sous les Omeyyades et les Abbassides, à un moment où ils sont particulièrement valorisés, que les juifs s’installent massivement dans les villes et embrassent des carrières citadines. Pourquoi ? Parce qu’ils peuvent alors tirer parti du fait d’être lettrés. D’un point de vue purement économique, il est alors beaucoup plus rentable de devenir marchand ou scientifique que de labourer la terre. D’où notre théorie : si les juifs sont devenus citadins et ont occupé des emplois indépendants de l’agriculture, c’est d’abord parce qu’ils étaient formés. Et s’ils étaient formés, c’est que leur religion exigeait qu’ils le soient. (…) ces professions étaient beaucoup plus rentables que le travail de paysan. Pour un juif du Moyen Âge, l’apprentissage de la Torah allait de pair avec le fait de faire des affaires. Rachi, le grand commentateur du Talmud, était un entrepreneur qui possédait des vignes. Ses quatre fils, tous érudits, se sont installés dans quatre villes différentes où ils ont tous fait du business, notamment de prêts d’argent, tout en étant rabbins. Grâce à leur connaissance des langues et leurs réseaux familiaux, les juifs ont pu rentabiliser leur formation, le fait de savoir lire et écrire, mais aussi raisonner, plus aisément que d’autres communautés. (…) Il est essentiel que la culture fasse partie intégrante de l’éducation quotidienne. Et en cela, la mère joue un rôle essentiel, toutes les études le montrent. C’est elle qui transmet les valeurs fondamentales. La probabilité que vous alliez à l’université est plus importante si votre mère a été elle-même à l’université. Donc, le fait que la mère ait un minimum d’éducation a représenté très tôt un avantage compétitif par rapport aux autres communautés religieuses où la femme n’en recevait pas. Nous étudions actuellement la période allant de la Renaissance à l’Holocauste. Et nous avons déjà découvert ceci : en Pologne, au XVIIe siècle, la population juive a fortement progressé par rapport à la population chrétienne. Pourquoi ? Tout simplement parce que la mortalité infantile y était plus faible. Conformément à l’enseignement du Talmud, les enfants bénéficiaient en effet d’un soin tout particulier. Les femmes gardaient leur enfant au sein plus longtemps que les chrétiennes, et elles s’en occupaient elles-mêmes. Voilà un exemple tout simple des effets que peut avoir l’éducation. Zvi Eckstein
Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc… (…) S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté.  (…) c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir. (…) C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée. André Burguière

Vous avez dit « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » ?

Et si de Gaulle ou le premier Mohamed venu de nos banlieues avaient vu juste ?

Thanksgiving, le panier à trois points, l’Amérique, Superman, les droits civiques, le soft power, le génocide, la fête nationale, l’humour, la musique populaire, le désir, l’école …

Isaiah Berlin, Jerome Kern, Richard Rodgers, Harold Arlen, Hammerstein, Gershwin, Bernstein, Copland, Glass, Robert Zimmerman (alias Bob Dylan), Leonard Cohen, Elvis Presley, David Marks (Beach boys), Simon & Garfunkel, Jefferson Airplane, The Mamas & the Papas, Robby Krieger, Phil Spector, Melanie (Safka), Joey Ramone, Randy Meisner, Randy Newman, Lou Reed, Iggy Pop, (né James Osterberg) Beastie Boys, Pat Benatar (née Patricia Mae Andrzejewski), Blood, Sweat & Tears, David Lee Roth, Blue Öyster Cult, Kiss, Guns N’ Roses, The Cars, Harry Connick, Jr., Country Joe and the Fish, Neil Diamond, Chris Isaak, Janis Ian, Billy Joel, Carole King (née Carole Klein), Carly Simon, Linda Ronstadt, Courtney Love, Juice Newton (née Judith Kay Cohen), Pink, Barbra Streisand, Leonard Cohen, Abel Meeropol (« Strange fruit » pour Billie Holliday), Benny Goodman …

Goldwyn, Mayer, Warner, Cohn (Columbia), Zukor (Paramount), Fritz Lang, Ernst Lubitsch, Erich von Stroheim, Greorge Cukor, Cecil B. DeMille, Stanley Donen, Otto Preminger, Hedy Lamarr, frères Marx, Douglas Fairbanks (né Douglas Ullman), Fred Astaire (né Frederick Austerlitz), Danny Kaye, Paulette Goddard, Kirk Douglas, Michael Douglas, Dustin Hoffman, Robert Wise, Jerry Lewis, Mel Brooks, Sydney Pollack, Milos Forman, Stanley Kubrick, Steven Spielberg, Oliver Stone, Woody Allen, Scarlett Johansson, Natalie Portman, Sarah Michelle Gellar, Kate Hudson, Gwyneth Paltrow, Joaquin Phoenix, Winona Ryder, Alicia Silverstone, Tori Spelling, Patricia Arquette, Lisa Bonet, Phoebe Cates, Robert Downey Jr., David Duchovny, Daryl Hannah, Lisa Kudrow, Jennifer Jason Leigh, ulia Louis-Dreyfus, Cindy Margolis, Sarah Jessica Parker , Sean Penn, Adam Sandler, Rob Schneider, Ben Stiller, Rosanna Arquette, Jamie Lee Curtis, Carrie Fisher, Jerry Seinfeld, Howard Stern, Debra Winger , James Caan, Richard Dreyfuss, Harrison Ford, Goldie Hawn, Henry Winkler, Elliott Gould, Harvey Keitel, Leonard Nimoy, Gene Wilder, Lauren Bacall, Lenny Bruce, Tony Curtis, Paul Newman, Shelley Winters, Peter Falk, Lee J. Cobb, Sammy Davis, Jr., Marilyn Monroe (par conversion)…

Joe Shuster et Jerome Siegel (Superman), Joe Simon (Captain America), Bill Finger et Bob Kane (Batman), Stan Lee (Spider-Man, X-Men, The Hulk, Fantastic Four), Jack Kirby (Captain America, Hulk), Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Ralph Bakshi (Fritz the Cat), Art Spiegelman (Maus), Harvey Kurtzman, Al Jaffee, Al Feldstein, Will Elder et William Gaines (MAD) …

Capa, Man Ray, Fischer, Kasparov, Houdini, « Bugsy » Siegel

Einstein, Bohr, Hertz, Charpak, Cohen-Tanoudji, Bergson, Pasternak, Bellow, Singer, Canetti, Brodsky, Gordimer, Kertész, Pinter, Modiano, Dylan, Samuelson, Leontief, Friedman, Solow, Becker, Stieglitz, Kaufman, Cassin, Kissinger, Begin, Wiesel, Rabin, Peres …

Mahler, Mendelssohn, Schoenberg, Bernstein, Glass, Offenbach, Strauss …

Kafka, Proust, Heine, Zweig, Salinger, Rand, Miller, Heller, Mailer, Roth, Asimov, Auster, Hitchens …

Disraeli, Goldwater, Blum, Mendes-France, Mandel, Bloomberg, Miliband, Bernanke, Emanuel, Weiner …

Pissaro, Chagall, Modigliani, Soutine, Rivera, Kahlo, Lichtenstein, Rothko, Freud …

Marx, Freud, Spinoza, Ricardo, Trotsky, Chomsky, Arendt, Adorno, Jonas, Aron, Cassirer, Derrida, Durkheim, Lévi-Strauss, Fromm, Husserl, Benjamin, Wittgenstein, Jankelevitch, Levinas, Finkielkraut …

Rothschild, Rockerfeller, Levi Strauss, Zuckerberg, Ellison, Dell, Calvin Klein, Ralf Lauren,  Madoff,  Soros, Ivanka Trump …

Abraham, Moïse, Salomon, Jésus, Saul de Tarse (alias Paul)  …

A l’heure où, entre le prix Nobel de Bob Dylan et l’hommage planétaire à Léonard Cohen, la chanson populaire reçoit littéralement ses lettres de noblesse …

Et où l’ONU comme nos premiers humoristes venus n’ont que les juifs à la bouche …

Comment ne pas voir …

Derrière la forêt que cachent ces deux formidables arbres …

A savoir sans compter notre Jean-Jacques Goldman national contraint devant le trop-plein de célébrité (et d’imposition ?) de s’exiler à Londres …

La confirmation – sans parler des prix Nobel de science (24% pour moins de 0.2% de la population mondiale) – dans un domaine de plus …

Du fameux mot du général de Gaulle comme, de nos banlieues aux territoires dits « occupés », de l’intution des nouveaux damnés de la terre …

Surtout lorsque l’on comprend avec l’éclairant ouvrage de Maristella Botticini et Zvi Eckstein …

L’avance plus que millénaire suite à la destruction de leur Temple par les Romains et, abandonnant peu à peu l’agriculture, le réinvestissement dans l’étude de la « patrie portable » qu’était devenue leur Torah …

Qu’ils avaient prise dans l’alphabétisation de leurs enfants et, la surinstruction aidant, dans la spécialisation dans les professions les plus profitables (artisanat, commerce, prêt et médecine) …

D’où aussi la multimillénaire et souvent meurtrière jalousie que, comme plus tard leurs cousins protestants, ils ont inévitablement suscitée tout au long de leur histoire dans les sociétés où ils avaient le malheur de prospérer… ?

Comment l’éducation a façonné l’histoire juive
André Burguière
Mediapart
16 mars 2016

Avec leur remarquable « La poignée d’élus », les historiens Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui dédramatise la dispersion du peuple juif. Dans le sillage de Marc Bloch, ils montrent que la  religion concerne aussi l’infrastructure des sociétés, pas seulement leur superstructure.

Une avalanche de livres récents sur l’histoire du peuple juif a mis à mal l’image romantique du juif errant cherchant vainement, à travers le monde, un refuge et un toit loin de la Terre Sainte, après la destruction du Grand Temple de Jérusalem par Titus, le fils de l’Empereur Vespasien. Armés d’une solide connaissance des sources, Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui finit de dédramatiser la dispersion du peuple juif.

Au début de l’ère chrétienne, la population juive, présente en Palestine, en Mésopotamie et sur la rive africaine de la Méditerranée compte  prés de 6 millions d’âmes. Cinq siècles plus tard, il n’en reste à peine plus d’un million. La désintégration du monde urbain et la peste justinienne (au VI° et VII° siècles) ont provoqué un fort recul du peuplement dans tout le bassin méditerranéen mais pas au point d’expliquer un tel effondrement. En réalité, l’anéantissement des activistes juifs (les résistants de Massada) par l’intervention romaine, la disparition des zélotes ainsi que des notables religieux qui assuraient le service du Grand Temple, avaient fortifié en Palestine le pouvoir de la seule élite juive épargnée, les Pharisiens, c’est-à-dire les lettrés. Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc…

A partir du IX° siècle, la diaspora juive se reconstitue mais avec une répartition géographique différente. Toujours très présente en Mésopotamie et bientôt dans tout le monde musulman, elle commence à s’installer dans l’Europe chrétienne où elle tisse un réseau de plus en plus dense de petites communautés juives qui recouvre le réseau urbain en plein réveil. Les « juiveries » sont de taille modeste car les juifs craignent de se faire concurrence dans ces métiers très spécialisés. En revanche, le grand nombre de ces implantations qui peuvent se mettre en réseau, fait leur force. Dans un espace où la circulation est difficile, risquée, le fait d’avoir des correspondants, à l’autre bout du monde connu, en qui l’on peut avoir pleine confiance parce que la moindre irrégularité commerciale ou financière les exclurait de leur communauté, a donné aux juifs un avantage considérable.

S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté. A part quelques cas assez rares d’intolérance religieuse, comme dans l’Espagne wisigothique, les juifs n’ont guère été l’objet de persécutions religieuses avant le XII° siècle. L’historien Berhard Blumenkranz avait daté les premiers pogroms de juifs en Occident (par exemple dans la vallée du Rhin) de la mise en mouvement des premières croisades.

Mais c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir.

Ce sont paradoxalement les mongols, pourtant eux-mêmes assez éclectiques au plan religieux et parfois tentés par le judaïsme, qui ont interrompu ce premier âge d’or de la diaspora juive, à partir du milieu du XIII° siècle, en ravageant le monde musulman. L’effondrement des principales villes a ruiné l’activité des juifs qui animaient les circuits d’échanges économiques et financiers. Ruinés, les juifs sont redevenus paysans et, ne pouvant plus assumer l’investissement scolaire exigé par le rabbinat, ils se sont assez vite islamisés. Cet effondrement a créé un véritable court circuit avec le réseau des implantations juives de l’Europe chrétienne. Il y aura, à l’époque moderne, un nouveau cycle de la diaspora juive qui va même gagner le Nouveau Monde ; mais un cycle au rythme heurté, perturbé par les expulsions, les procès de l’Inquisition et d’autres manifestations de l’intolérance chrétienne, en attendant des horreurs bien pires encore.

La façon dont Maristella Botticini et Zvi Eckstein ont rebattu les cartes de l’histoire, ô combien singulière, du peuple juif en lui appliquant un modèle inspiré par la réflexion économique, sera peut-être critiquée par certains spécialistes pour son schématisme démonstratif. Mais elle est fascinante. Marc Bloch, voulant critiquer le réductionnisme de certaines interprétations marxistes du rôle de l’Eglise au Moyen-Âge, affirmait que pour comprendre certaines époques, il fallait renoncer  à considérer que la  religion concerne toujours la superstructure et l’économie l’infrastructure. C’est parfois l’inverse. Ce livre nous en fournit une magnifique démonstration.

C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée.

* Maristella Botticini et Zvi Eckstein, La poignée d’élus. Comment l’éducation a façonné l’histoire juive 70-1492 , Albin Michel, 425 p., 30 euros.

Voir aussi:

Pourquoi les Juifs sont-ils plus souvent médecins que paysans ?

Dans « Une poignée d’élus », deux économistes expliquent les heureuses conséquences de l’apprentissage des textes sacrés par les enfants. Interview.

Catherine Golliau

Le Point
05/04/2016

Bob Dylan, le juif errant prix Nobel de littérature

Jonathan Aleksandrowicz

Actualité juive

13/10/2016

Enorme surprise ! Bob Dylan, l’auteur-compositeur-interprète qui a traversé la musique populaire de la seconde moitié du XXè siècle, vient d’être récompensé par le prix Nobel de littérature.

On attendait le Syrien Adonis, le Japonais Murakami, voire le Norvégien Jon Fosse. Le jury du prix Nobel de littérature a choisi de prendre tout son monde à contrepied pour 2016 en faisant d’un chanteur populaire mais grand poète le récipiendaire de la distinction. Bien sûr, certain regretteront avec justesse que Philip Roth n’ait encore une fois pas été récompensé, mais la retraite du vieux patron des lettres américaines l’a probablement écarté pour toujours des débats tenus secrets durant 50 ans des jurés du Nobel. Quant au très vendeur Murakami, la réputation de « superficialité » de ses textes selon le petit monde du livre remet aux calendes grecques la figuration de son nom au palmarès, même s’il est chaque année le grandissime favori des bookmakers.

Bob Dylan, donc. Le sale gosse de la folk-music, celui qui donne désormais des concerts où il assure le strict minimum, limitant ses interactions avec le public. Un choix fort pour le jury du Nobel, le désignant « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique ». Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année.

Hobboes

Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Les Etats-Unis sortent de peu de la Seconde guerre mondiale et la crise des années 1930 est derrière elle, mais son imaginaire collectif est encore tributaire des Hobboes, ces vagabonds, clochards célestes, que le « Jeudi noir » a mis sur les routes et les rails en quête d’un travail plus à l’ouest. La conquête de l’ouest au XIXe siècle s’est poursuivie avec l’espoir à l’ouest. Les lecteurs de John Steinbeck se souviendront des « Raisins de la colère ». Ces Hobboes, donc, figures mythiques du rêve américain, sans le sou mais les yeux dans les étoiles, affamés mais libres, ont souvent une guitare à la main et la bouche pleine de chansons pour rythmer les nuits de leur infortune. Ils deviennent la source d’inspiration principale de Bob Dylan qui à l’origine chante des reprises. Suivre cette tradition, la dépoussiérer, mais rien n’y ajouter.

Pourtant, le jeune homme écrit déjà des poèmes, de longs poèmes qu’il met en musique. Ecrite dix minutes dans un café, « Blowin’ in the wind » devient l’une des premières Protest Songs qui portent les luttes d’émancipation aux Etats-Unis. Car Bob Dylan, c’est d’abord la figure de la contre-culture américaine. Avant Woodstock, son Flower Power et son Summer of Love, Bob Dylan est le chantre des Beatniks : un artiste engagé, le « prophète-poète » de cette jeune génération d’après-guerre, chantant même avec sa grande complice de l’époque Joan Baez à la Marche de Washington. Encore cette idée de mouvement, la marche, cette impossibilité de tenir en place qui force à l’errance. Mais « The times they are a changin’ », car il opère dès 1965 un tournant plus rock, que le monde Folk dont il est issu ne lui pardonne pas. Exit la guitare sèche et l’harmonica, « Highway 61 revisited », plus musclé, résonne de guitares électriques, et comporte notamment la célébrissime « Like a rolling stone », élue morceau rock du XXe siècle ! D’une durée de presque sept minutes, Bob Dylan raconte dans ses « Chroniques » qu’elle comportait bien plus de strophes à l’origine. Situation identique pour l’ultra-repris « Knocking on heaven’s door » qui fait partie de la bande-originale du film de Sam Peckinpah « Pat Garrett and Billy the Kid » dans lequel il tient un rôle muet de lanceur de couteaux pas malhabile de ses mains.

Audace

Des chansons à rallonge, des poèmes aux strophes sans fin, Bob Dylan pourtant admet lui-même que l’inspiration a tendance à se tarir et qu’il lui faut user de moyens intenses pour la faire jaillir du rocher. Ses « Chroniques » évoquent d’ailleurs avec intensité son errance lorsqu’il dut enregistrer deux albums à Nashville. Une véritable traversée du désert, d’autant que le « poète-prophète » est bientôt surnommé le « poète-profit » à cause d’un style jugé commercial. Qu’importe, encore un contrepied : sa voix usée le pousse à chaque fois à réinterpréter ses chansons et le fan distrait serait bien incapable de reconnaître ses titres préférés lors d’un concert s’il n’est pas capable d’attention. Les strophes qui s’étiraient en longueur se brisent en même temps que sa voix comme si chaque nouvelle scène portait la possibilité d’errer autour d’une chanson comme autour d’un idéal que l’on n’atteint jamais. Détresse à cause d’un horizon de sens toujours fuyant ? Une réponse peut-être, dans la conversion au christianisme évangélique à la fin des années 1970 : le beatnik assagi par la grâce d’une nouvelle naissance ! Les fans sont déçus, les musiciens le raillent ? Lui n’en a cure ! Que les filles et « les garçons ne pleurent pas », parce que même le chant demeure pour lui une aventure personnelle, et la Bible abonde en prophètes qui se mirent le peuple à dos. L’errance ne s’achève pas là, puisqu’il fait son retour au judaïsme. Enfin la terre promise ? Pas sûr, tant pour lui, tout vient à se faner…

Le choix des jurés du Nobel est donc extrêmement audacieux. C’est une icône populaire qui se trouve récompensée, un chanteur avant que d’être un poète, un homme qui a su sans cesse se poser des questions. On a désormais hâte d’entendre son discours de réception du prix qui sera sans nul doute la curiosité des soirées de remise.

Voir encore:

Leonard Cohen et son Dieu
Dominique Cerbelaud
La Croix
22/10/2016

À l’occasion de la sortie du nouvel album de Leonard Cohen, « You want it darker », le théologien Dominique Cerbelaud évoque la quête spirituelle du chanteur canadien.

Vendredi 21 octobre 2016, Leonard Cohen, 82 ans, offre un nouvel album à son public, intitulé You want it darker (« Tu voudrais qu’il fasse plus sombre »). C’est l’occasion de revenir sur son œuvre de chanteur, entreprise voici un demi-siècle. C’est à 1967, en effet, que remonte le premier disque du Montréalais, Songs of Leonard Cohen (« Chansons de Leonard Cohen »), qui comportait notamment le titre Suzanne – une chanson qui devait assurer à tout jamais sa notoriété.

De fait, le public français connaît Cohen surtout comme chanteur (rappelons cependant son œuvre de poète et de romancier), mais il ne garde souvent mémoire que des compositions les plus anciennes, sans guère prêter attention à l’œuvre ultérieure – sinon pour quelques chansons cultes comme Hallelujah ou Closing Time. Ce corpus, qui compte aujourd’hui environ cent cinquante titres, mérite pourtant qu’on s’y arrête : il s’agit, comme on dit si bien, de « chansons à textes », longuement mûries et soigneusement composées, d’une densité et d’une richesse rares. On se propose de le survoler ici sous l’angle des thématiques religieuses, qui représentent à n’en pas douter l’une des grandes préoccupations de Leonard Cohen.

D’autres thèmes y apparaissent avec insistance, et en tout premier lieu celui de la relation amoureuse, décliné inlassablement : « À cause de ces quelques chansons/dans lesquelles j’évoque leur mystère/ les femmes ont été d’une gentillesse exceptionnelle /envers mon grand âge » (Because of, album Dear Heather). Ainsi parlait le septuagénaire, avec une belle modestie : en réalité, c’est dans bon nombre de textes qu’il célèbre le mystère de la femme, sous toutes ses figures et dans tous ses états. Et les femmes, de toute évidence, lui en savent gré.

Qu’elle soit nommée (depuis les mythiques Suzanne, Nancy et Marianne jusqu’aux plus récentes Heather et Alexandra), ou que, le plus souvent, elle reste anonyme, la femme est en effet omniprésente du début à la fin du corpus cohénien.

Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… Laissons aux biographes le soin de faire la liste de celles qu’a pu connaître le Canadien errant… si tant est que cela ait de l’importance dans son parcours de créateur.

Des allusions très précises à la tradition juive

Et nous voilà déjà dans le texte biblique !

De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ».

Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »…

Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination.

Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher.

Ajoutons que depuis de longues années, l’auteur-compositeur s’intéresse au bouddhisme zen, et qu’il a effectué à ce titre de longs séjours au monastère de Mount Baldy, près de Los Angeles. Cependant, les thèmes religieux extrême-orientaux n’apparaissent guère dans le corpus des chansons, sinon à l’état de traces…

Un ton élégiaque

Mais au-delà de ces contenus, il faut tenter d’évoquer le ton, ou plutôt les tons dont il use pour les décliner.

Nous avons déjà rencontré la modulation élégiaque : c’est celle de la célébration de l’amour, toujours recommencée. Des paysages s’ébauchent ici, ou plutôt des évocations, où l’on trouve bon nombre de clairs de lune, de cloches qui carillonnent et de chants d’oiseaux. Sans oublier le fleuve, souvent présent chez ce natif de Montréal…

Nous avons également capté au passage les accents mystiques.

Rappelons à cet égard que l’emblème juif le plus communément répandu s’appelle « sceau de Salomon » ou « bouclier de David ». Il se constitue de deux triangles entrelacés qui dessinent une étoile à six branches. C’est celui qui figure par exemple sur le drapeau de l’État d’Israël.

Or Leonard s’est confectionné, au fil du temps, son propre « sceau » à partir non pas de deux triangles, mais de deux cœurs.

Comment interpréter un tel logo ? On peut voir dans l’assemblage de ces deux cœurs l’union du masculin et du féminin, une sorte de yin-yang judaïsé.

Mais on peut aussi en proposer une autre lecture car ce dessin est apparu pour la première fois sur la couverture de la deuxième édition du Book of Mercy (Livre de la Miséricorde), le recueil de prières juives composé par Leonard. Aujourd’hui enrichi et compliqué d’éléments adventices, il s’accompagne parfois de la légende « Order of the Unified Heart », ce qui renvoie clairement à l’univers religieux. Dès lors, les deux cœurs ne représentent-ils pas celui de l’homme… et celui de Dieu ? Cet Ordre religieux d’un nouveau genre, Leonard en est d’ores et déjà le grand prêtre : n’est-ce pas la fonction primordiale du prêtre d’assurer ainsi la double médiation, de la terre vers le ciel et du ciel vers la terre ? Or « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ».

Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions).

Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité).

Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte ».

Une compassion intense envers les souffrants

Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions).

Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret.

Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions).

Mystique et critique

Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems).

Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2).

Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse.

Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)…

Qu’il me soit permis de citer pour finir un souvenir personnel. Lors de ma première rencontre avec Leonard (une après-midi entière dans le jardin d’un hôtel particulier parisien), je lui ai posé la question : « Leonard, tu es juif ; tu es en train de parler avec un prêtre catholique ; on sait que tu t’intéresses beaucoup au bouddhisme : comment tout cela tient-il ensemble ? »

Réponse : « Oui, je suis juif, et cela a beaucoup d’importance pour moi ; j’ai des amis catholiques, et j’ai grand plaisir à parler avec eux ; je fais des séjours au monastère de Mount Baldy. Mais tu vois, pour moi, tout cela ce sont des chemins. Ce qui importe, c’est le but. La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu »…

Y a-t-il beaucoup de célébrités, dans le monde du show-biz, qui pourraient dire en toute vérité : « La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu » ?

Voir enfin:

Leonard Cohen, mort d’un artiste légendaire

Le poète et chanteur canadien Leonard Cohen s’est éteint à l’âge de 82 ans, a annoncé son entourage ce 10 novembre. Amoureux des mots, monstre sacré de la musique, il laisse derrière lui une carrière de plus de cinquante ans de succès qui ont traversé les générations. « Tu nous manqueras », a dit le Premier ministre canadien Justin Trudeau, dans un vibrant hommage au musicien disparu.

Leonard Cohen est mort, a annoncé son entourage ce 10 novembre 2016, quelques jours après la sortie de son dernier album You want it darker, hanté par la mort. L’homme, au visage d’acteur qui ne se défaisait que rarement de son chapeau et de sa guitare ou de son harmonica, avait 82 ans.

Né à Montréal le 21 septembre 1934, Leonard Cohen se met à la guitare dès l’adolescence et forme, quelques années plus tard le groupe de country music Buckskin Boys. Etudiant à l’université de Montréal, le musicien, qui est aussi homme de lettres, publie ses premiers poèmes dans une revue étudiante. Il n’a que 18 ans quand est édité un recueil de ses poésies. Le nom de Leonard Cohen commence à se répandre.

Le jeune homme ne cache pas son amour pour les romanciers français comme Camus et Sartre, pour le poète espagnol Federico Garcia Lorca, l’Irlandais William Butler Yeats, et pour la Bible, « les poésies de la Bible », confiait-il.

Leonard Cohen s’envole pour Londres à la fin des années 1960 puis décide de s’installer sur une île grecque, Hydra, lieu propice à l’inspiration, en 1960. Là-bas, il acquiert une maison qu’il gardera quarante ans et continue d’écrire des poèmes et des romans. En 1966, à la publication de Beautiful Losers même si le nombre de ventes n’est pas énorme, le Boston Globe déclare que « James Joyce n’est pas mort. Il vit sous le nom de Leonard Cohen ».

« Suzanne »

Puis Leonard Cohen se lance dans la chanson. Il côtoie Joan Baez, Bob Dylan, Lou Reed, etc. C’est grâce au titre très minimaliste « Suzanne », l’ex-épouse d’un de ses amis, qu’il parvient à fouler les planches de la scène musicale en 1967, aux Etats-Unis où il s’est installé. La même année il sort son premier album, Songs of Leonard Cohen, salué par la critique européenne.

Mais il faut attendre Songs from a Room (1969), pour que la future star planétaire soit reconnue, avec, entre autres, les titres « Bird on the Wire », « Story of Isaac » et « The Partisan ». Leonard Cohen va ensuite composer plus d’une dizaine d’albums, et sortir de nombreux live. Son très spirituel et mystique (et planétairement connu) « Hallelujah » sort en 1984 sur l’album Various Positions. Le changement de ton apparaît, ainsi que les synthétiseurs, en 1988 sur I’m Your Man. Pour ses 80 printemps sort Popular Problems, un album empreint de blues encensé par la critique internationale. Le charme inconditionnel de Leonard Cohen opère, encore et toujours.

Durant toute sa carrière d’écrivain, de musicien, de compositeur, Leonard Cohen n’aura presque écrit et chanté que les mêmes thèmes. L’amour et la passion bien sûr et l’espoir, mais aussi religion, la rédemption, la sexualité, la drogue, l’imperfection de la condition humaine et la solitude, un sujet dont il ne se défait que rarement, lui qui avouait être chroniquement en dépression.

Un homme mystique et charismatique

Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009.

Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste.

En 1996, Leonard Cohen est ordonné moine zen, il porte le nom de Jikan, « le silencieux ». Il faudra attendre 2001 pour retrouver le chanteur et poète, avec le sublime Ten New Songs, coécrit avec Sharon Robinson. Le compositeur, toujours très énigmatique, avoue devoir prendre son temps pour écrire, il est en quête perpétuelle de réflexion… et de perfection.

Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008.

Des centaines de reprises et une influence sur de nombreuses générations

Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons.

Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley.

Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir.

Le 29 juillet 2016, Marianne Ihlen, la muse norvégienne de Leonard Cohen pour qui il compose « So, long, Marianne » disparaît à l’âge de 81 ans. Leonard Cohen, deux jours avant la mort de « la plus belle femme qu’il ait jamais connue », lui écrit une lettre. « Eh bien, Marianne, voici venu le temps où nous sommes vraiment si vieux que nos corps partent en morceaux, et je crois que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi qu’en tendant ta main, tu peux toucher la mienne (…) Je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons. » So long, Leonard Cohen.

Voir par ailleurs:

The Chosen Few
Has an emphasis on education been bad for the Jewish population?
Steven Weiss
Slate
Nov. 9 2012

Jews, as a whole, have done very well for themselves in the West since World War II: Besides the aforementioned Nobel prizes, American Jews, according to one of the largest studies, are nearly twice as likely to have a college degree as the average American and more than four times as likely to have a graduate degree. This translates into a serious economic advantage: American Jews are roughly 33 percent more likely to be employed in a high-status job category, and Jewish households here report around 25 percent higher income than the average American household.

While examining such a phenomenon would have been unthinkable a few decades ago—when Jews generally tended to be more frightened of raising the kinds of topics anti-Semites like to talk about—the past decade or so has seen a wellspring of effort devoted to tackling what’s variously described as Jewish « literacy, » « superiority, » or any number of other things, including « chosenness. »

The core theory usually derives from a mix of two themes that stand out in Jewish history: an emphasis on education and a tendency to be persecuted. For the former, the rabbis of the Talmud and thereafter were fierce advocates of universal primary education, with the best-known example being a Jewish boy indicating his achievement of Jewish adulthood by reading publicly from the Torah at a bar mitzvah. (Universal primary education was boys-only until at least the late 19th century.) In regard to persecution, a common notion is that Jews weren’t allowed to own land throughout much of their history in exile and thus were forced to invest in a form of personal capital that could be of value across geographies. There are other theories, too, some even including a notion of simple genetic superiority, by way of an idea that Jewish communities modified natural selection through upholding scholars as examples of the proper way to be, providing them the choicest wives and expecting them to have many children.

The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.)

Maristella Botticini and Zvi Eckstein started jawing over the issue of the Jews’ economic history in the Boston University cafeteria 12 years ago, and the resulting research, conferences, and communication since has produced the first of a two-volume work, The Chosen Few, that tackles these issues in a way no one has before, taking an interdisciplinary approach to this basic question.

By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium.

Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so.

All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route.

This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars.

Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War).

And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away.

The astonishing theory presented here has great implications for both the Jewish community and the broader world today. For an American Jewish community in which more than 75 percent of day school students are now Orthodox and the top concern for most Orthodox families in repeated surveys is finding a way to pay for ever-increasing tuition costs, the price of admission to the highly affiliated Jewish community is not just a large amount of ritual observance but also a basic need to join the 1 percent—or nearly so. Frequently, one can hear Orthodox Jews joke that $250,000 a year is « minimum wage » for the community; certainly, this overstates things but only by so much. In the New York area, elementary school often carries a price tag of $15,000-$25,000 in post-tax dollars per year; at the high-school level, some tuition rates are well into the $30,000 range. Outside of the New York area, tuition is generally lower, but so is the average income. And as Botticini and Eckstein predicted for their medieval models, modern American Jews who are fiercely devoted but without high incomes will endure significant financial sacrifice to maintain their Jewish lifestyles: The ultra-Orthodox enclave of Kiryas Joel, N.Y., is the poorest city in the country, and ultra-Orthodox communities broadly are frequently both poor and heavy recipients of government assistance.

And for most of the 80 to 90 percent of families representing the non-Orthodox portion of the Jewish community in America, the cost of Jewish education has simply meant great numbers growing up without the ability to read Hebrew or engage with the Bible and other Jewish texts.

Here we see precisely the same dichotomy that Eckstein and Botticini saw in the early years of post-Temple rabbinic Judaism: The especially devoted and wealthy provide their children with a Jewish education, but many others see too high a price in either or both of time and money and so choose a different path.

And yet, so many of today’s unlettered Jews have been able to retain at least some sense of Jewish identity, where their predecessors 1,500 years ago could not. A majority of American Jews today are unaffiliated with the synagogues the Pharisaic rabbis emphasized, and yet 79 percent report feeling « very positive » about being Jewish. In part, Botticini and Eckstein would likely argue, that’s because of America’s unique tolerance of Jews, which removes the economic disincentive of maintaining an identity as a Jewish minority even when one doesn’t have a very strong connection to Judaism.

At the same time, today’s unaffiliated Jews no longer face an economic disadvantage relative to those attending Jewish schools: The aim for universal literacy in America broadly, and increasingly in all corners of the world, has led to the same kinds of professional opportunities for many people in the way that Jews used to have largely to themselves. Or, as Eckstein put it in an interview with me, « Almost everybody has become Jewish, because almost everybody is literate. »

Voir aussi:

Maristella Botticini

April 18, 2013

A note from Paul Solman: Nine years ago, someone sent me an academic paper that put forward a radically new explanation of why Jews have been so successful economically. Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem.

You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South?

Botticini and Eckstein have spent their careers studying not Christianity, but Judaism. And they have now come out with a book elaborating on their novel thesis: “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492,” published by the Princeton University Press.


Maristella Botticini and Zvi Eckstein: Imagine a dinner conversation in a New York or Milan or Tel Aviv restaurant in which three people–an Israeli, an American, and a European — ask to each other: “Why are so many Jews urban dwellers rather than farmers? Why are Jews primarily engaged in trade, commerce,
entrepreneurial activities, finance, law, medicine, and scholarship? And why have the Jewish people experienced one of the longest and most scattered diasporas in history, along with a steep demographic decline?”


Most likely, the standard answers they would suggest would be along these lines: “The Jews are not farmers because their ancestors were prohibited from owning land in the Middle Ages.” “They became moneylenders, bankers, and financiers because during the medieval period Christians were banned from lending money at interest, so the Jews filled in that role.” “The Jewish population dispersed worldwide and declined in numbers as a result of endless massacres.”

Imagine now that two economists (us) seated at a nearby table, after listening to this conversation, tell the three people who are having this lively debate: “Are you sure that your explanations are correct? You should read this new book, ours, “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History,” and you would learn that when one looks over the 15 centuries spanning from 70 C.E. to 1492, these oft-given answers that you are suggesting seem at odds with the historical facts. This book provides you with a novel explanation of why the Jews are the people they are today — a comparatively small population of economically successful and intellectually prominent individuals.”

Suppose you are like one of the three people in the story above and you wonder why you should follow the advice of the two economists. There are many books that have studied the history of the Jewish people and have addressed those fascinating questions. What’s really special about this one?

To understand the spirit of the study we’ve undertaken, one should borrow two tools: a magnifying glass and a telescope. With the magnifying glass, the reader will be like a historian, who focuses on a place and a time period, painstakingly digs through the sources, and carefully documenting the historical trajectory of the Jews there. A thousand such scholars will offer a detailed description of the history of the Jews in hundreds of locales throughout history.

But with the telescope, the reader will be like an economist, who assembles and painstakingly compares the information offered by the works of the historians, creates a complete picture of the economic and demographic history of the Jewish people over 15 centuries, and then uses the powerful tools of economic reasoning and logic to address one of the most fundamental questions in Jewish history:

Why are the Jews, a relatively small population, specialized in the most skilled and economically profitable occupations?

In doing so, the “alliance” of the historians and the economists offers a completely novel interpretation of the historical trajectory of the Jews from 70 to 1492. In turn, this may help us understand several features of the history of the Jewish people from 1500 up to today, including the successful performance of the Israeli economy despite the recent economic crisis.

The journey of “The Chosen Few” begins in Jerusalem, following the destruction of the Second Temple in the year 70, continues in the Galilee during the first and second centuries, moves to Babylon in Mesopotamia during the fourth and fifth centuries, and then to Baghdad in the second half of the first millennium when the Muslim Abbasid empire reaches its economic and intellectual apex.

At the turn of the millennium, the historical voyage reaches Cairo, Constantinople, and Cordoba, and soon after the whole of western and southern Europe, then turns back to Baghdad in the 1250s during the Mongol conquest of the Middle East before ending in Seville in 1492.

During these 15 centuries, a profound transformation of Judaism coupled with three
historic encounters of the Jews — with Rome, with Islam, and with the Mongol Conquest — shaped the economic and demographic history of the Jewish people in a unique and long-lasting way up to today.

Let’s first start describing the profound transformation of Judaism at the beginning of the first millennium, which has been amply documented by scholarly works. In the centuries before 70, the core of Judaism was centered around two pillars: the Temple in Jerusalem, in which sacrifices were performed by a small elite of high priests, and the reading and the study of the Written Torah, which was also restricted to a small elite of rabbis and scholars. (It was the power of this elite that the Jew Yeshua ben Josef, later know as Jesus Christ, so often decried.)

The destruction of the Temple in 70 at the end of the first Jewish-Roman war was the first of the three external events which permanently shaped the history of the Jewish people. Momentously, it canceled one of the two pillars of Judaism, shifting the religious leadership within the Jewish community from the high priests in Jerusalem to a much more widely dispersed community of rabbis and scholars. In so doing, it transformed Judaism into a religion whose main norm required every Jewish man to read and to study the Torah in Hebrew himself and, even more radically, to send his sons from the age of six or seven to primary school or synagogue to learn to do the same.

In the world of universal illiteracy, as it was the world at the beginning of the first millennium, this was an absolutely revolutionary transformation. At that time, no other religion had a similar norm as a membership requirement for its followers, and no state or empire had anything like laws imposing compulsory education or universal literacy for its citizens. The unexpected consequences of this change in the religious norm within Judaism would unfold in the subsequent centuries.

To understand what happened to the Jewish people in the eight centuries after 70, “The Chosen Few” asks the reader to travel back in time to a village in the Galilee around the year 200. What would the reader see?

They would see Jewish farmers, some rich, some poor who have to decide whether to send their children to primary school as their rabbis tell them to do. Some farmers are very attached to Judaism and willing to obey the norms of their religion, others are not very devout and consider whether or not to convert to another religion. In this rural economy, educating the children as Judaism requires is a cost, but brings no economic benefits because literacy does not make a
farmer more productive or wealthier.

Given this situation, what would economic logic predict? What would likely happen to Judaism and the Jewish people? Given a high preference for religious affiliation, some Jews will educate their children and will keep their attachment to their religion. Other Jews, however, will prefer their material well-being and will not educate their children. Furthermore, a portion of this latter group will likely convert to other religions with less demanding requirements. And so, over time, even absent wars or other demographic shocks, the size of the Jewish population will shrink because of this process of conversions.

But are the predictions of the economic theory consistent with what really happened to the Jews during the first millennium? The historical evidence assembled in our book says yes. The implementation of this new religious norm within Judaism during the Talmud era (third to sixth centuries) determined two major patterns from 70 C.E. to the early 7th century.

The first of these trends was the growth and spread of literacy among the predominantly rural Jewish population. The second: a slow but significant process of conversion out of Judaism (mainly into Christianity) which, caused a significant fall in the Jewish population — from 5 to 5.5 million circa 65 to roughly 1.2 million circa 650. War-related massacres and epidemics contributed to this drastic drop, but they cannot by themselves explain it.

At the beginning of the 7th century, the Jews experienced their second major historic
encounter — this time with Islam. In the two centuries after the death of Mohammed, in 632, the Muslim Umayyad and, later, Abbasid caliphs, established a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India and China, with a common language (Arabic), religion (Islam), laws, and institutions. Concomitant with the ascent of this empire, agricultural productivity grew, new industries developed, commerce greatly expanded, and new cities and towns developed. These changes vastly increased the demand for skilled and literate occupations in the newly established urban empire.

How did this affect world Jewry? Between 750 and 900, almost all the Jews in Mesopotamia and Persia — nearly 75 percent of the world’s remaining 1.2 million Jews — left agriculture, moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire, and entered myriad skilled occupations that provided higher earnings than as farmers. Agriculture, the typical occupation of the Jewish people in the days of Josephus in the first century, was no longer their typical occupation seven to eight centuries later.

This occupational transition occurred at a time in which there were no legal restrictions on Jewish land ownership. The Jews could and did own land in the many locations of the vast Abbasid Muslim Empire. And yet, Jews moved away from farming. This is of vital importance.

Modern explanations of why the Jews became a population of craftsmen, traders, shopkeepers, bankers, scholars, and physicians have relied on supposed economic or legal restrictions. But these do not pass the test of the historical evidence.

This is one of our main and novel messages: mass Jewish literacy was key. It enabled Jews — incentivized Jews — to abandon agriculture as their main occupation and profitably migrate to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb.

The tide of migrations of Jews in search of business opportunities also reached Christian Europe. Migrations of Jews within and from the lands of the Byzantine Empire, which included southern Italy, may have set the foundations, via Italy, for much of European Jewry. Similarly, Jews from Egypt and the Maghreb settled in the Iberian Peninsula, and later, in Sicily and parts of southern Italy.

The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings.

Once the Jews were engaged in these occupations, there was no economic pressure to convert, which is consistent with the fact that the Jewish population, which had shrunk so dramatically in earlier times, grew slightly from the 7th to the 12th centuries.

Moreover, this comparative advantage fostered the voluntary diaspora of the Jews during the early middle ages in search of worldwide opportunities in crafts, trade, commerce, moneylending, banking, finance, and medicine.

This in turn would explain why the Jews, at this point in history, became so successful in occupations related to credit and financial markets. Already during the 12th and 13th centuries, moneylending was the occupation par excellence of the Jews in England, France, and Germany, and one of the main professions of the Jews in the Iberian Peninsula, Italy, and other locations in western Europe.

A popular view contends that both their exclusion from craft and merchant guilds and usury bans on Muslims and Christians segregated European Jews into moneylending during the Middle Ages. But our study shows, with evidence we have come upon during more than a decade of research, that this argument is simply untenable.

Instead, we have been compelled to offer an alternative and new explanation, consistent with the historical record: the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets:

  • capital already accumulated as craftsmen and traders,
  • networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and
  • literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors.

With these assets, small wonder that a significant number of Jews specialized in the most profitable occupation that depended on literacy and numeracy: finance. In this sector they worked for many centuries. As they specialized, just as Adam Smith would have predicted, they honed their craft, giving them a competitive advantage, right up to the present.

But what if the economy and society in which the Jews lived, suddenly ceased being urban and commercially-oriented and turned agrarian and rural, reverting to the environment in which Judaism had found itself centuries earlier?

The third historic encounter of the Jews — this time with the Mongol conquest of the Middle East — offers the possibility to answer this question. The Mongol invasion of Persia and Mesopotamia began in 1219 and culminated in the razing of Baghdad in 1258. It contributed to the demise of the urban and commercial economy of the Abbasid Empire and brought the economies of Mesopotamia and Persia back to an agrarian and pastoral stage for a long period.

As a consequence, a certain proportion of Persian, Mesopotamian, and then Egyptian, and Syrian Jewry abandoned Judaism. Its religious norms, especially the one requiring fathers to educate their sons, had once again become a costly religious sacrifice with no economic return. And so a number of Jews converted to Islam.

Once again, persecutions, massacres, and plagues (e.g., the Black Death of 1348) took a toll on the Jewish population in these regions and in western Europe. But the voluntary conversions of Jews in the Middle East and North Africa, we argue, help explain why world Jewry reached its lowest level by the end of the 15th century.

The same mechanism that explains the decline of the Jewish population in the six centuries after the destruction of the Second Temple, that is, accounts for the decline of the Jewish communities of the Middle East in the two centuries following the Mongol shock.

None of this was planned. The rabbis and scholars who transformed Judaism into a religion of literacy during the first centuries of the first millennium, could not have foreseen the profound impact of their decision to make every Jewish man capable of reading and studying the Torah (and, later, the Mishna, the Talmud, and other religious texts).

However, an apparently odd choice of religious norm–the enforcement of literacy in a mostly illiterate, agrarian world, potentially risky in that the process of conversions could make Judaism too costly and thus disappear–turned out to be the lever of the Jewish economic success and intellectual prominence in the subsequent centuries up to today. This is the overall novel message of “The Chosen Few.”


Maristella Botticini is professor of economics, as well as director and fellow of the Innocenzo Gasparini Institute for Economic Research (IGIER), at Bocconi University in Milan.

Zvi Eckstein is the Mario Henrique Simonson Chair in Labor Economics at Tel Aviv University and professor and dean of the School of Economics at IDC Herzliya in Herzliya, Israel.

Their current book, “The Chosen Few,” won the National Jewish Book Award for scholarship. Addressing the puzzles that punctuate Jewish history from 1492 to today is the task of the next journey, which the authors will take in their next book, “The Chosen Many.”

Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492

Maristella Botticini, Zvi Eckstein

Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2012, pp. xvii-323 (Kindle Edition).
(Heb. Transl. Haim Rubin, Tel Aviv, 2012; It. Transl. Università Bocconi Editore, Milano, 2013)

Cristiana Facchini

The Return of the Grand Narrative

In 1899, Henry Dagan published a short collection of interviews under the title Enquête sur l’antisemitisme.1 All the most prominent French and Italian intellectuals of socialist beliefs were asked a few questions about the rise and spread of anti-Semitism. Amongst the many different answers given for it, a particular one emerged.

Most likely owing to a common socialist culture, the intellectuals that took part in this project explained that the rise of new forms of anti-Semitism could be better understood through the economic prism, therefore presenting anti-Semitism as a response to the economic struggle intensified by capitalism, and ultimately as a form of resentment that spread amongst impoverished middle classes. The chief editor of the Journal des économistes established a parallel that was almost a myth. He claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. Surprisingly enough, this explanation was grounded in seventeenth century Jewish thought, an argument that was originally elaborated by Simone Luzzatto, a learned and sophisticated Venetian rabbi, in an attempted plea for tolerance of the Jews according to the doctrine of raison d’état.2 The decline of Catholic countries was later to be explained as the result of the expulsion of Jews and the rise of new mercantile nations that preached religious tolerance, namely, those of Protestant leaning. How these arguments developed since the early modern period cannot be explored here. Nevertheless, they provide an ideal framework for the understanding of recent trends in historiography of the Jews and Judaism.

Religion and economy have been at the core of scholarly debate and public discussion since the inception of modernity as such. The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals.3 Ever since, historians have been debating the relationship between religion and economy, with each historiographical tradition opposing, criticizing, supporting or correcting Weber’s hypothesis.4

Scholarly research on the economic behavior of religious minorities, and more precisely of merchant communities, has attracted a lot of attention. Works such as Yuri Slezkin and Francesca Trivellato, to mention just a few, analyzed the role of religious and ethnic minorities and the services they provided for their host communities from different angles.5 Historiography on port-cities has suggested that religious minorities – and Jews especially – offered highly specialized services, which added to shaping a certain path to modernity.6

While the above-mentioned works dealt with early modern and modern Jewish history, certainly providing  a ‘grand narrative,’ works that embrace the long sweep of Jewish history, or even the whole notion of Judaism, are much rarer in the context of postmodern narratives. In this sense, the book of Maristella Botticini and Zvi Eckstein is a novelty in the recent historiographical setting, and therefore calls for a short commentary.

The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. Attempts to write a comprehensive history of Judaism are very rare: there are a few excellent exceptions, with the most outstanding examples being sociologist Shemuel N. Eisenstadt’s Jewish Civilization and Judaism by Catholic theologian Hans Kung. Both perspectives are culturally charged, the first one being from a Jewish standpoint, and the second from a Christian stance. Nevertheless, both are interesting as they convey modes of understanding Judaism in its extraordinary long history and in holistic terms: as a complex religious system, and subsequently, as a civilization that coped with many challenges of various natures.

Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. More precisely, the authors are interested in reassessing some tenets of Jewish history, from late antiquity to the early Renaissance, as they claim in their book.

The Chosen Few is divided into ten chapters, each one dealing with a specific topic: the first one introduces the general theme of the book, and particularly deals with the issue of demography; the second aims at assessing whether or not the Jews were a persecuted minority; the third chapter progresses through a chronological path and deals with the introduction of new rules related to religious literacy as a feature of ancient Judaism; chapter  four is mainly theoretical, whereas chapter five delves into the consequences of literacy from 200-650. The sixth chapter follows up on and analyzes the transformation of Jews from farmers into merchants (750-1150); the seventh deals with migration and the eighth with the key issue of segregation and money-lending (1000-1500); the ninth introduces a lesser-known topic, which is the impact of the Mongol conquest, and finally, the last chapter summarizes the results and offers new insight into future research.

The table of contents clearly reflects major trends in historiography of the latest decades, although both authors address one of the main issues that have been on the agenda of historians and social scientist since the nineteenth century, when historiography on Jews and Judaism developed into a more or less professional discipline. How and why did Jews turn to certain specific professions, namely money-lending, medicine, trade, and a few other specialized urban occupations? The debate over Jews, Judaism and economy is an important part of Western thought, not to mention the very problematic essay composed by Marx on the “Jewish Question”, which fired, along with other writings on religion, the scholarly and public debate on religion and its role in society. These questions reflected a different problem as well, which was related to the process of political emancipation of the Jews in European society. The issue over role of the Jews in the past was twofold, and reflected changes in the process of Jewish integration throughout the nineteenth and early twentieth century. On one hand, supporters of Jewish emancipation suggested that the Jewish economic structure and specialization should also be changed, and that Jews must be permitted to practice professions that they were previously barred from, due to religious hatred. Political emancipation and reforms, like the ones implemented in the Hapsburg Empire, contributed to a great extent in shifting the professional position of the Jews. These achievements and their relatively successful integration into the fabric of modern society incited resentment and new forms of anti-Semitism.

Historians and Jewish historiography in particular underlined how Jews were pushed by legal restrictions and impediments into despised and risky professions, namely to the performance of what was considered “polluted activities.” This was especially true in Christian societies where, though often with a certain ambivalence, some economic activities were forbidden for specific social groups. Authors of The Chosen Few challenge a set of these historical explanations, and expressly claim that they are retroactive historiographical answers that may not be applicable to the history of the Jews in late antiquity and the medieval period. Let us briefly follow the authors on their journey.

The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers.7 Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity.8 We will not discuss the issue extensively; suffice it to note that literacy was not one of the primary interests of other religious groups, which preserved, transmitted and elaborated religious memory in different ways and through other means.

Compulsory Jewish education, the goal of which was primarily religious and not universal, contributed to redefining the borders of Judaism when the “religious market” was fluid and very diverse. In chapter four, the authors apply some known theories based on choice analysis and economic behavior. Moreover, they highlight how a religious system is defined according to its appeal and capability to attract or sustain its members. Religion is one of the many commodities that are available on a relative free market, and it is likely to attract or reject on the basis of its appeal. Men and women will choose according to their expectations and needs. “Religious affiliation typically requires some costly signal of belonging to a club or network,”9 and rabbinic Judaism required literacy and education. According to this norm, Jewish farmers had to send their children to school where the teaching of the Torah was enforced. In other words, it meant they had to invest time and resources in religious literacy, rather than having the help of their children in working the land. Any farming society would be well-acquainted with this problem.

On the basis of this assumption, the authors elaborate a model, which aims to explain the demographic crisis of Judaism between the first and seventh century, and the pattern of conversion. According to the model, the high cost of the norm was likely to drive away Jewish families that were unwilling to receive such low benefits or that were not wealthy enough to support such a request. The idealized Galilean village of around 200 CE, as it is envisioned by the authors, depicts several situations that are likely to provide an explanation for patterns of conversion in late antiquity. The religious farmer, whether wealthy or less so, would perform the norm because the benefits of belonging to the group were higher than the cost of literacy. Yet both the wealthy and the less affluent farmer might also choose to not obey the norm for a number of reasons, and thus would have to accept the social stigma that came with the label of am ha-aretz.10 Ultimately, they might decide to convert and join a different religious group, especially one of the many Christian sects that proliferated in the late antiquity period, and that were quite familiar, particularly those still following certain Jewish rules (as the Ebionites did). Rich and poor were likely to pay the cost of compulsory religious literacy and belong to the group; or, they might avoid the cost and live on the margin of the religious group, ultimately deciding to convert to another religion.

This theory is fascinating and offers new insight into what can be termed self-segregation rules, focusing, in this case for example, on literacy more than the laws of purity. It also provides an explanatory theory for conversion that is applicable to societies that are relatively open and pluralistic in their religious organization. Examples of microhistory, which are not provided for this period, might shed light on the opportunities, constraint and options made available to a small or larger group of Jews. Their choices would be determined by a number of factors that would influence their actions and practice.

The implementation of the rule of religious education spread during the Talmudic period (200-650) when the society of farmers became literate. Talmudic literature, Gaonic responsa and archeological evidence from synagogues indicate a strong emphasis on universal education.

The implementation of rule over education coincides with the demographic decline detected by scholars. Although figures vary, there is a scholarly consensus on the dramatic drop of the Jewish population between the fall of the temple and the end of the Talmudic period. The causes of this decline were usually attributed to the impact of wars, famine, plague and changes in fertility rates. However, Botticini and Eckstein claim that these explanations are not supported by evidence, and the only explanation for the demographic demise of the Jewish population is conversion. As the theory suggests, conversion of Jews to Christianity escalated as a result of religious rules that enforced increased literacy in the framework of a farming society.

In the following centuries major changes took place in the religion and culture of the Jews, and the structure of the Jewish Diaspora was reconfigured. What were the consequences of this process? From chapter six onward, the theory defined in the previous chapters is used to explain the main, though inadvertent, changes in the social structure of Judaism. The world of literate farmers was destined to develop into a world of urban professionals composed of merchants, doctors, craftsmen, and artisans. As a part of the old Diaspora vanished in highly Hellenized areas, a new Diaspora rose in those regions that underwent a religious revolution around the seventh century CE. The majority of Jews now lived in Mesopotamia and Persia, where they slowly abandoned agriculture and moved to villages in order to practice new professions. This transformation reached its apex after the establishment of the Abbasid Empire.11 “This occupational transition took about 150 years: by 900 the overwhelming majority of the Jews in Mesopotamia and Persia were engaged in a wide variety of crafts, trade, moneylending and medicine.”12

The rise of Islam and the establishment of a world-wide, highly urbanized and dynamic empire offered the ideal setting for the benefits enhanced by literacy. The authors claim that, in the changing context of the Muslim caliphate, religious literacy had “spillover effects,” meaning that skills acquired by learning to read and write might improve the ability to count, write contracts and letters, and therefore bolster practices of law-enforcement. The improvement in technology, science and art that accompanied the development of a sophisticated empire contributed to the dissemination of literacy at large, and these main changes in society contributed to reinforcing literacy among Jews. Using ample evidence from the Cairo Geniza and specifically Shelomo Goitein’s research, the authors highlight that literacy was spread among Jewish communities of the Muslim world, where, one should add, seventy percent of Jewry lived.

Following Avner Greif, the authors stress how rabbinic Judaism, with Talmudic and responsa literature, were able to build a system of legal protection which operated as a contract-enforcement mechanism, even in the absence of a state. In this sense, a common language and high literacy contributed to transforming Jewish settlements and their professional landscape radically, prompting a change that, according to Botticini and Eckstein, would continue in the following centuries.

The following chapters are devoted to describing the formation of a voluntary Diaspora, and focus on the rise of Western European Jewry. How did Jews arrive to the Christian countries of Western Europe?

Chapter seven and eight address the question of how the Diaspora came into being, and how Jews willingly moved from different areas – mainly to cities – in search of better social conditions and professional options. The arrival of Jews into the diverse and parceled Christian kingdoms of the Middle Ages suggests that Jews were invited, in small groups, to offer their highly specialized services. A parallel development in the cultural and religious milieu took place in the same period, with the emergence of the great rabbinic centers of France and Ashkenaz that contributed to normalizing support for these new settlements. By the year 1000, charters show that Jews could own land, and were involved in the fields of craft, trade and medicine in general, with highly specialized urban professions. However, money-lending was not a distinctively Jewish occupation. How did Jews become involved in money-lending?

The answer follows the path of argumentation which was set forth earlier. The authors explore different historical explanations, according to which Jews were pushed into money-lending: one suggests that they were thrust into it because of the exclusive membership of Christian guilds (Roth); another one emphasizes persecutions and portable capital as driving forces that produced this professional specialization, and the last explanation is given by Haym Soloveitchik, which regards the laws on buying and selling wine in medieval Europe. Because wine was a profitable commodity, Jewish involvement with this business needed to be formally and legally sanctioned from within the Jewish community. According to Soloveitchik, laws regulating wine trade and consumption were gradually softened by eminent rabbis – particularly Rashi –    and the strict rules that forbade Jews to drink, buy and sell wine produced by Gentiles was slowly lifted.

Botticini and Eckstein offer some historical examples of a Jewish preference for money-lending. Both English and French cases illustrate how Jews became preeminent in money-lending and how later, between the thirteen and the fourteenth century, they were slowly replaced by Christians, especially Lombards and Florentines. Jews were expelled from England in 1290, more than a century after the appearance of ritual murder libels. In France, after reaching a key role in money-lending, Jews were expelled at the end of fourteenth century, and the same pattern is traceable throughout German lands and elsewhere, with the exception of the Italian states and the Iberian Peninsula.

“We show that the entry and then specialization of the Jews in lending money at interest can be explained by their comparative advantage in the four assets that were and still are the pillars of the financial intermediation: capital, networking, literacy and numeracy, and contract enforcement institutions.”13 This is the leitmotif that supports the whole narrative, which is a grand narrative on Judaism: literacy and economic performances. An inadvertent revolution was launched by rabbis in the midst of a great trauma, and with the collapse of the ancient politeia, and through compulsory religious education of male children, a great transformation that would subsequently be well-suited for the social and economic integration in developed empires and economies was triggered. The theory is certainly intriguing and attractive, and at times very convincing. “Lachrymose history” is not part of this story, which instead highlights the positive and creative effort of Judaism in Muslim and Christian lands. Moreover, a number of historical certainties are challenged and a different explanation is offered, on the basis of microanalysis or detailed accounts of historical material. A wide and impressive amount of secondary literature is described and thoroughly discussed, along with a number of primary sources.

Ultimately, as I have already said, the book is both a historical account of Judaism, and a history of the Jews covering a relatively long historical period and which offers a fairly new interpretation through the lens of economic history. Such an undertaking indicates a certain interest in the return of grand narratives, after a period of postmodern historical practices that made a narrative of any kind impossible.

Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance.

1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence.

2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles?

3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it.

Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions.

Cristiana Facchini, Alma Mater Studiorum Università di Bologna


[1] Enquête sur l’antisemitisme, ed. Henry Dagan, (Paris: Stock 1899).
[2] See Simone Luzzatto, Scritti politici e filosofici di un ebreo scettico nella Venezia del Seicento, a cura di Giuseppe Veltri (Milan: Bompiani, 2013); Jonathan Karp, The Politics of Jewish Commerce. Economic Thought and Emancipation in Europe, 1638-1848 (Cambridge: Cambridge University Press, 2008).
[3] Max Weber, Ancient Judaism (New York: Free Press, 1952).
[4] I refer, for example, to Catholic scholars who have tried to show how Catholicism fueled economic modernity, following Weber’s path but attempting to amend it. Trevor Roper offered a different interpretation of Weber’s theory, claiming that modernity and capitalism were initiated by merchant communities who practiced a form of “erasmianism.” Sombart opposed his interpretation of capitalism as a byproduct of Judaism, although with an anti-Semitic twist.
[5] Yuri Slezkine, The Jewish Century (Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2004); Francesca Trivellato, The Familiarity of Strangers: The Sephardic Diaspora, Livorno, and Cross-cultural Trade in the Early Modern Period (New Haven: Yale University Press, 2009).
[6] For a more complex view on minorities and port-cities see: Tullia Catalan, “The Ambivalence of a Port-City. The Jews of Trieste from the 19th to the 20th Century,” Quest. Issues in Contemporary Jewish History 2/2011: 69-98.
[7] These ritual settings relating to different religious systems appeared in the ancient world (chap. 3).
[8] For a brief introduction to these themes: Guy G. Stroumsa, The End of Sacrifice: Religious Transformations of Late Antiquity (Chicago: Chicago University Press, 2009).
[9] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, pos. 2334.
[10] There is a lot of literature on ammei ha-aretz, “people of the land.” Botticini and Eckstein affirm that they are those people/Jews unwilling to perform the norm of learning the Torah.
[11] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, Chapter 5.
[12] Chapter 5, pos. 3326.
[13] Chapter 8, pos. 6131.
Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492
By Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Princeton University Press, 323 pages, $39.50

What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein.

Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?”

Botticini and Eckstein could not agree more, and in the book they systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce.

The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. Their demolition job is not an end in itself, however. Rather, it affords them with an opportunity to advance their own unifying theory of Jewish history to fill the explanatory void.

As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah.

Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine.

It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm.

Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.” And thus they remained up to the present day.

Botticini and Eckstein’s argument seems tailor-made for the present American environment of stagnant, if not declining, economic resources. In an age where steep day school tuition has (unintentionally) become a form of birth control in modern Orthodox circles and contributed to sluggish enrollment rates among the non-Orthodox, Jewish practice is once again in danger of becoming unsustainable. American Jewish assimilation is often understood as a function of Jewish apathy, but perhaps part of the problem is that Judaism is pricing itself out of the market.

The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. Many of these same defenders of Jewish honor have been quick to insist that nothing particular to Judaism itself promoted moneylending.

Botticini and Eckstein have little patience for this sort of apologetics. On the contrary, they insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending.

Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization.

The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles, as evidenced by the recent brouhaha over Republican presidential candidate Mitt Romney’s remarks about the differences in wealth between Israel and the Palestinian territories being the result of cultural differences. Most scholars would probably dismiss Romney’s argument as “dangerously out of date,” as Jared Diamond recently wrote in The New York Times. At the same time, Diamond and others warn against mono-causal explanations for socioeconomic historical trends, and such concern is warranted for “The Chosen Few” as well.

Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses.

They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.

To be fair, the history of Jewish education remains an understudied subject, leaving Botticini and Eckstein relatively few secondary sources from which to draw evidence. One can say that their economic theory is plausible, particularly if it is advanced in conjunction with other factors.

But the jury must remain out in the absence of more conclusive hard evidence. Hopefully, the fascinating and elegant argument set forth in “The Chosen Few” will encourage historians to interrogate literary sources and archaeological evidence in search of a clearer picture about Jewish educational norms, Jewish literacy and its impact on the demographics and socioeconomic trajectory of Jewish life in the Middle Ages.

Jonathan B. Krasner is Associate Professor of the American Jewish Experience at Hebrew Union College – Jewish Institute of Religion, in New York.

 Voir encore:

TROUBLESOME INDEED: JEWS, GENES & INTELLIGENCE
Paul S. Appelbaum, Diana Muir Appelbaum

GeneWatch 27-2
May-July 2014
Jews play a disproportionate role in A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, an extended argument by Nicholas Wade for the impact on modern life of genetic differences among races. Why are Jews so important to the story? Because, well, says Wade, Jews are such a really smart race. Of course, there’s an irony here. The last time genes were used to explain why some whole peoples prosper and others don’t – during the Progressive Era’s eugenics movement – Jews were held up as a people of innately low physical, moral, and intellectual capacity. Now, Wade and others tell us that Jews are endowed by evolution with superior verbal and mathematical ability (albeit not spatial intelligence; in Wade’s view, Jews stopped hunting so long ago that Jewish genes can’t find their way out of a paper bag).

Wade, a respected science writer, casts himself as a new Darwin, announcing that « human evolution has been recent, copious and regional. » He points out that natural selection for certain genes has enabled human groups in the Himalayas, Andes and the Ethiopian plateau to evolve capacities to thrive at high altitudes. Moreover, other genetically transmitted traits, such as the ability to tolerate the lactose in cow’s milk, have spread across geographic regions. So far, so good, but note that this is pretty much as far as the really solid evidence for recent, regional human evolution goes.

Wade is after bigger game. He wants to argue that events like the bifurcation of the world into farmers and hunter-gatherers, which began about 10,000 B.C.E., or the « rabbinical requirement for universal male literacy » may have produced genetic adaptations favoring specific kinds of social and emotional intelligence within particular ethnic or racial groups. And for Wade that includes « a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[1]

Operating on a global scale, Wade argues that the regional (or if you prefer, racial) evolution of mental capacities can answer such big questions as: Why is European civilization more prosperous than other cultures?  Max Weber fingered the Protestant Ethic as the cause, while Jared Diamond argued for environment in Guns, Germs and Steel.  Wade relies on the thesis of a remarkable 2007 book by economic historian Gregory Clark, A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the World, which was reviewed for the New York Times by… Nicholas Wade. Clark suggested that the Industrial Revolution happened when « [t]hrift, prudence, negotiation and hard work were becoming values for communities that previously had been spendthrift, impulsive, violent and leisure loving. » Then he startled the academic world by proposing a novel causative mechanism for this shift.

Clark proposes that most English girls from successful families married men less prosperous than their fathers, and that these children of prosperity out-reproduced the offspring of the poor, giving England bumper crops of penniless youth endowed with the virtues that created the industrial revolution. Clark acknowledges that this was a cultural phenomenon – modestly fixed parents taught their children the virtues that had made grandpapa rich – but he argues that an overlooked key to success lay in upscale genes.

Reviewers asked for evidence, and Clark produces it in a new book, The Son Also Rises, in which a multi-lingual phalanx of research assistants mine a diverse array of data seeking out peculiar surnames. It turns out that everyone from banking moguls to registered paupers can bear surnames shared by a mere handful of people. By tracing rare surnames over time, Clark demonstrates that when a man with an odd surname owned substantial property in England in the 1300s, or was a Swedish intellectual in the 1600s, or passed the Imperial Chinese examinations to become a Mandarin during the Song Dynasty, people with that surname were more successful than average for the next 400 or even 1,000 years.

Clark finds more social mobility in the 1400s than you probably imagine, and less today than you probably wish.  Accomplishment, he thinks, runs in families, and high status « is actually genetically determined. »[2] Whether he proves his case is a different matter.

After all, the child of successful parents is likely to be taught real skills, such as good grammar, vocabulary, and a « proper » accent, and he or she may also benefit from ineffable advantages. Given that even in egalitarian Sweden, people from old families with aristocratic names like Rosenkrantz and Guildenstern or Latin ones like Linnaeus do better than Swedes with « peasant » names like Johnsson, it could be that just having an impressive surname contributes to success. Moreover, a growing body of data supports the idea that success is largely dependent on believing that success is possible. Amy Chua and Jeff Rubenfeld tap into something like this in The Triple Package: How Three Unlikely Traits Explain the Rise and Fall of Cultural Groups in America, proposing that a sort of superiority complex accounts in part for the success of certain immigrant groups, including Jews and Chinese.

But Nicholas Wade’s just-so story about Ashkenazi success relies on a bold 2012 book, The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Here he finds evidence that Jews « adapted genetically to a way of life that requires higher than usual cognitive capacity, » representing « a striking example of natural selection’s ability to change a human population in just a few centuries. »[3]

Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity, a dramatic selection event that Wade describes as possibly « the first step toward a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[4] And so it might be if there were evidence that it happened – and if there actually is a gene for diligence.

It is not clear why we should assume that families with « low-ability sons » converted to Christianity while those with « smart and diligent » sons paid for an expensive Torah education not calculated to lead to a high-earning career.[5] Why not assume that parents of smart and diligent sons would have improved their prospects by converting (see late 19th-century Germany, for example), or by having them taught Greek or Latin?  After all, that is what almost everybody else in the Roman Empire did. The first and second centuries teemed with now-forgotten religions: the cult of Isis, the Dionysian Mysteries and Mithraism were wildly popular and growing fast. The real question is why a million or so Jews remained Jewish in a late Roman world where persecution of non-Christians and the advantages of joining the new imperial church drove other, more popular religions to extinction?

Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E.[6] This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E.

Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel.

There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate.

If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water.

But Wade is a man in search of data to support his theory of recent, regional evolution.  Ashkenazi Jews are among the most intensively studied of ethnic genetic clusters, and he tracks them down the Rhine Valley like a bloodhound. The Ashkenazi Jewish community was founded by a mere handful of Jews living along the Rhine about a thousand years ago, and founder effects can be genetically powerful.  It is not absurd to regard Ashkenazim as a large cousinhood – something like the Darwins and Wedgwoods, two intertwined families that have produced generation after generation of accomplished offspring.  Because the number of founders was so small, and Jews married one another, genetic characteristics could have been amplified within the community.

However, Clark does not flag the founder effect as the cause of Ashkenazi success. He posits a centuries-long selection, beginning as described by Botticini and Eckstein and continuing because only the successful could afford to pay the punitive taxes imposed on Jews by Muslim and Christian governments. « There must have been some selection based on talent. »[8]

Perhaps there was.  The actual evidence, however, is spotty, and the sources for the event provided by Botticini and Eckstein are sometimes downright creepy.  Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. »[9] This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and Eugenics.

There are good reasons to be suspicious of arguments suggesting powerful selection effects over brief time frames for cognitive abilities. To be sure, intelligence – at least the form most frequently measured by psychologists – has a clear genetic component. But years of research have failed to identify any genes that account for this effect. The dominant explanation is that intelligence, like height, may be determined by the cumulative effect of scores, perhaps hundreds of genes, each of which makes an incremental contribution to cognitive ability. To further complicate things, those genes may interact to amplify or negate their influences on intelligence, and it is certain that environment plays a key role. Indeed, recent evidence indicates that genetic effects on intelligence are stronger in high socioeconomic circumstances, which presumably allow maximization of individual potential, but fade away in poor families.

With scores of genes likely involved, most distributed widely in the population, selection for or against particular genes becomes more difficult and time-consuming. The rapid selection event on which Wade (following Botticini and Eckstein) relies hence strains credulity from a biological perspective. Although some guesses about how the Jews got their disproportionate share of Nobel prizes put forward in these books could be right (after all, it’s awfully hard to disprove an untestable theory), there is very little evidence to support them and good reasons to doubt their validity.

Diana Muir Appelbaum is an author and historian.

Paul S. Appelbaum is Dollard Professor of Psychiatry, Medicine & Law at Columbia University, where he directs a center on the ethical, legal and social implications of advances in genetics.

ENDNOTES

1. A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, by Nicholas Wade, Penguin Press, 2014, p. 212.

2. The Son Also Rises: Surnames and the History of Social Mobility, by Gregory Clark, Princeton University Press, 2014, p. 281.

3. The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by Maristella Botticini and Zvi Eckstein, Princeton University Press, 2012, p. 199.

4. Wade, p. 211.

5. Botticini and Eckstein, p. 93 and p. 82.

6. Ibid., p. 103-4.

7. Ibid., p. 274.

8. Clark, p. 230.

9. Ibid., p. 231.

Voir de plus:

 10/07/2013
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay.

So how exactly have the Jews survived?

According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality.

Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner.

Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics.
If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education.

If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed.

The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews.

When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles.

The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe.

European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews.

If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing.

Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved.

Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school.

Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492.

Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews.

The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries.

With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild.

The poet Ogden Nash once wrote, “How odd of God/To choose the Jews.” If you’ve ever wondered how the Chosen People survived the vagaries of history, reading The Chosen Few will give you answers you cannot find anywhere else.

Voir enfin:

Authors examine education’s impact on Jewish history

August 8, 2014

Why has education been so important to the Jewish people?

Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population.

“Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage,” Botticini tells JNS.org. “They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East.”

Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.”

An economic historian, Botticini earned a B.A. in Economics from Università Bocconi in Milan and a Ph.D. in Economics from Northwestern University. After working at Boston University, she returned to Italy and works at her alma mater. An economist, Eckstein received his B.A. from Tel Aviv University and his Ph.D. from the University of Minnesota. He spent five years as the Bank of Israel’s deputy governor, and is now dean of the School of Economics at the Interdisciplinary Center in Herzylia.

In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education.

“Our book begins with the profound and well-documented transformation of the Jewish religion after the destruction of the Second Temple in 70 [AD] at the end of the first Jewish-Roman war,” Eckstein tells JNS.org. “Judaism permanently lost one of its two pillars—the Temple in Jerusalem—and consequently the religious leadership shifted from the high priests, who were in charge of the Temple service, to the rabbis and scholars, who had always considered the study of the Torah, the other pillar of Judaism, the paramount duty of any Jewish individual.”

The Jews’ new religious leadership set their people on a path to become “a literate religion, which required every Jewish man to read and study the Torah and every father to send his sons to a primary or synagogue school to learn to do the same,” says Eckstein.

From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers.

“During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.”

Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities.

“These developments in Mesopotamia increased the demand for literate and educated people—the very skills Jews had acquired as a spillover effect of their religious heritage of study,” Eckstein says.

Between 750 and 900, almost all Jews in Mesopotamia and Persia—nearly 75 percent of world Jewry—left agriculture and moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire to engage in skilled occupations. Many also migrated to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb; to, from, and within the Byzantine Empire; and later to Christian Europe in search of business opportunities.

“Once the Jews were engaged in these skilled and urban occupations, they rarely converted to other religions, and hence, the Jewish population remained stable or grew between the 8th and the 13th centuries,” Botticini says.

The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says.

“When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.”

Botticini says the key message of the book “is that even in very poor communities or countries, individuals and families should invest in education and human capital even when it is costly and it seems to bring no economic returns in the short-run.”

“Education and human capital endow those individuals and those communities that invest in them with skills and a comparative advantage that pays off and can bring economic well-being and intellectual achievements in many dimensions,” she says.

“A motto in which we strongly believe [is] go to the local public library and borrow a book and read it,” adds Botticini. “Even when you end up disagreeing with or not liking a book, it is never a waste of time reading a book. Reading and studying are precious gifts. This is the bottom line message of ‘The Chosen Few.’”

Christophe Lebold, une vie de Léonard…

Salon littéraire

Maître de conférences à l’Université de Strasbourg et metteur en scène de théâtre, Christophe Lebold a une autre corde vibrante à son arc zen : il est l’auteur d’une somme monumentale consacrée à Leonard Cohen.

En janvier 2012, un poète de soixante-dix-huit ans sortait de sa retraite et renouait avec une renommée internationale de rock star distraitement abandonnée au seuil d’un monastère zen : serial séducteur notoire vivant en ermite et « chanteur sans voix » réputé plutôt « déprimant », l’immense Leonard Cohen venait de publier un nouvel album haut de gamme nourri de poésie délicatement ciselée et de grâce, Old Ideas. Un retour en majesté qui fait passer sur le monde, une fois encore, en sombres mélopées infiniment hypnotiques, comme un frisson de beauté – celle-là même que toute sa vie il a cherché à voir de près, jusqu’à s’y brûler parfois sans pour autant être carbonisé…

Broyer du noir pour faire advenir la lumière ?

Leonard Cohen a son biographe à Strasbourg. Un de plus ? Le 15 mai dernier, Christophe Lebold proposait à l’auditorium de l’espace culturel de Vendenheim une soirée autour du film d’Armelle Brusq. La documentariste brosse une manière de portrait intimiste du célébrissime auteur-compositeur et chanteur canadien (dont chacune des chansons depuis 1967 est devenue un grand « classique ») suspendu entre la discipline de son monastère zen et l’appel obsédant d’une œuvre à accomplir encore – serait-ce pour de pressantes raisons fiscales…

Auteur de la dernière biographie en date de Leonard Cohen, la plus complète aussi, Christophe Lebold confie les raisons d’une attirance pour un pessimiste radical réputé « déprimant » dont l’œuvre se veut un « manuel pour vivre avec la défaite » : « Léonard Cohen a changé fondamentalement quelque chose à ma manière de voir le monde et de vivre. Ses chansons, sa poésie et ses romans m’accompagnent depuis vingt ans. Il nous révèle que la noirceur est au centre du processus de création. Il se fait alchimiste pour nous apprendre à changer le noir en lumière. Broyer du noir pour faire advenir la lumière… C’est ce qu’il nous rappelle : si nos cœurs semblent destinés à être brisés, c’est parce la lumière du monde ne peut entrer que par cette brisure… ».

 L’amour libérateur

Le père de Christophe Lebold était un cheminot voyageur passionné de rock et de littérature fantastique. L’année de la naissance de son fils, il achète New skin for the old ceremony, le dernier album du poète-crooner canadien qui venait de sortir. L’enfance du petit Chris se passe à La Walck-Pfaffenhoffen, chez ses grands-parents dans une plénitude semi-bucolique baignée par les mélodies envoûtantes de Leonard, ses inflexions de poésie véritable et ses colonnes de mots envoyées vers le ciel : « J’ai ressenti très tôt tout le pouvoir de la musique des mots et l’attrait pour le Verbe, bien avant d’avoir le vocabulaire pour le formuler : le langage a une capacité à illuminer nos vies. J’ai perçu très tôt un appel dans son œuvre, qui me ramenait au plus profond de moi-même. Mais c’est à l’âge de quatorze ans, au collège, que je me suis véritablement immergé dans l’œuvre de Leonard, en étudiant l’anglais. Depuis, ça ne m’a plus jamais quitté. D’abord, c’est une voix de plus en plus grave et caverneuse au fil de ses douze albums qui dépose des prières pleines d’humour noir, d’abord sur un rock acoustique épuré puis sur fond de synthétiseurs. Immédiatement, j’ai su que lorsqu’il serait question d’écrire sur quelqu’un ou de faire des recherches approfondies, ce serait sur lui et personne d’autre…».

Après avoir succombé à une irrésistible attirance pour la littérature dite « classique » puis russe et japonaise ainsi que pour les mystiques rhénans, Christopher Lebold voyage beaucoup (en train…) et se découvre cet autre point commun avec ce Léonard Cohen dont l’immense ombre poétique s’étend sur lui depuis sa naissance : « C’est un grand arpenteur de villes, un mélange de juif errant et de passant baudelairien, un artiste du passage qui réintroduit de la légèreté et un passeur de lumière… ».

Différents stades de gravité jusqu’à cette ardente profondeur…

En 1995, le magazine Les Inkorruptibles consacrait (après bien d’autres…) sa Une à Léonard Cohen : le journaliste Gilles Tordjman l’avait visité dans son monastère zen sur le Mount Baldy (le « mont chauve » en Californie) pour nous le révéler en « guerrier de la spiritualité » voire comme « l’un des derniers grands mystiques de notre époque ».

Son nom ne signifie-t-il pas « prêtre » en hébreu ? Leonard n’était pas né pour la futilité mais pour la lutte avec l’ange ou l’abîme – et pour nous apprendre à jouer de tous les registres de la gravité comme le rappelle son biographe enthousiaste : « Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux...».

 Dans les concerts de ce grand initié, dit-on, il se fait un tel silence que l’on entendrait « une métaphore tomber » – l’on y sent même s’ouvrir, à la manière d’une fleur japonaise dans l’eau, quelque chose comme une ardente profondeur…

Convertir le monde à Leonard ?

En 1997, Christophe Lebold fait un mémoire de master sur Beautiful Loosers (Les Perdants magnifiques), le second roman de Léonard Cohen, « écrit sous acide » sur l’île d’Hydra et paru en 1966.

Un septennat plus tard, alors qu’il est attaché temporaire d’enseignement et de recherche, il soutient sa thèse intitulée Ecritures, masques et voix pour une poétique des chansons de Léonard Cohen et de Bob Dylan. La différence entre ces deux créateurs ? « Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire… ».

Maître de conférences depuis 2005, il enseigne la littérature américaine et anime un cours consacré à la poétique des singer-songwriters. Il confie le tiercé gagnant des œuvres du Canadien errant qu’il préfère : « Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… ». Sa chanson préférée ? « Ce serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne »…

A ce jour, le créateur de Suzanne (1967) a publié douze albums – mais il y a aussi ceux tirés de ses huit tournées mondiales, sans oublier ses deux romans et ses neuf recueils de poèmes depuis Let Us Compare Mythologies paru en 1956.

Si Christophe Lebold dévore les grandes œuvres de la littérature mondiale (notamment Proust et Dostoïevski, des « révélations absolues »), il ne franchit pas pour autant le pas vers l’écriture personnelle et fait l’acteur au sein de la compagnie de théâtre La compagnie des gens : « Je n’ai pas ressenti l’appel de la page blanche comme absolu : cela m’amuse plus de dire des textes sur scène…La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… ».

En mai 2013 et 2014, la troupe a donné des représentations du spectacle Saint François d’Assise, paroles d’oiseaux, de saints et de fous – qui doit beaucoup aux textes d’un autre troubadour de chevet de Christophe Lebold, le héraut de La grande vie Christian Bobin dont il a adapté les textes : « J’ai voulu faire évoluer Saint-François d’Assise sous le regard de Jean-Claude Van Damme… ».

Un pessimisme lumineux

Sur les traces de Leonard Cohen, il étudie depuis l’an 2000 la voie du zen : « Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… ».

Mais à quoi tient l’immense succès planétaire d’un poète aussi profond qui s’est toujours refusé aux veuleries en vogue et dont chacun des chansons pourtant nous est si instantanément familière ? « C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen… ».

Le biographe de Leonard Cohen l’a rencontré une fois dans sa vie pendant trois minutes, en tout et pour tout : « Nous avions convenu par mail des rendez-vous qui n’ont jamais abouti car il est très pris… Un soir, j’étais à Liverpool pour un colloque sur la musique populaire où je faisais une intervention sur mon sujet de prédilection. En sortant de l’université, je marche et à un moment je lève les yeux et je vois ledit sujet venir à ma rencontre… C’était bien Leonard, avec son regard à la fois perçant et si bienveillant, et nous n’avions pas  rendez-vous ! C’était hautement surréaliste et ça s’est passé comme dans une de ses chansons : le « hasard » a tellement bien fait les choses qu’il a mis la ville où j’allais parler de lui sur sa liste de concerts planétaires… ».

Un poète venait de passer – le mot de la fin s’éternise dans une histoire sans fin… « Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel. Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère… ». Et si dans l’immense et fervente communauté des inconditionnels entrés dans le cercle de lumière du très paradoxal Leonard Cohen se levait, au bord de l’absolu vertige, une armée d’éveilleurs à son image ?

Une première version de cet article a paru dans Les Affiches-Moniteur

Christophe Lebold, Leonard Cohen, l’homme qui voyait tomber les anges, éditions Camion Blanc, 720 p., 36 €


Affaire David Hamilton: It’s no rock ‘n’ roll show (Looking back at the dark side of rock music’s magnetism)

26 octobre, 2016

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Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. Proust
There’s only three of us in this business. Nabokov penned it, Balthus painted it, and I photographed it. David Hamilton
Had I done to Dolly, perhaps, what Frank Lasalle, a fifty-year-old mechanic, had done to eleven-year-old Sally Horner in 1948? Vladimir Nabokov
I found myself maturing amid a civilization which allows a man of twentyfive to court a girl of sixteen but not a girl of twelve. Humbert Humbert (Lolita, Vladimir Nabokov, 1955)
Ici, on vous met en prison si vous couchez avec une fille de 12 ans alors qu’en Orient, on vous marie avec une gamine de 11 ans. C’est incompréhensible! Klaus Kinski (1977)
Did you hear about the midnight rambler Well, honey, it’s no rock ‘n’ roll show (…) Well you heard about the Boston… It’s not one of those Well, talkin’ ’bout the midnight…sh… The one that closed the bedroom door  I’m called the hit-and-run raper in anger  The knife-sharpened tippie-toe…  Or just the shoot ’em dead, brainbell jangler  You know, the one you never seen before. Mick Jagger
Young teacher, the subject of schoolgirl fantasy She wants him so badly Knows what she wants to be Inside her there’s longing This girl’s an open page Book marking – she’s so close now This girl is half his age (…) Don’t stand so close to me (…) Strong words in the staffroom The accusations fly It’s no use, he sees her He starts to shake and cough Just like the old man in That book by Nabokov. Sting
Sweet Little Sixteen. She’s got the grown-up blues tight dresses and lipstick. She’s sportin’ high-heel shoes. Oh but tomorrow morning, she’ll have to change her trend and be sweet sixteen. And back in class again. Chuck Berry (“Sweet Little Sixteen”)
I slept with Sable when she was 13. Her parents were too rich to do anything, She rocked her way around L.A., ‘Til a New York Doll carried her away. Iggy Pop (Look away)
I can see that you’re fifteen years old No I don’t want your I.D. And I can see that you’re so far from home But it’s no hanging matter It’s no capital crime Oh yeah, you’re a strange stray cat. Mick Jagger-Keith Richards
Long ago, and, oh, so far away I fell in love with you before the second show Your guitar, it sounds so sweet and clear But you’re not really here, it’s just the radio Don’t you remember, you told me you loved me baby? You said you’d be coming back this way again baby Baby, baby, baby, baby, oh baby I love you, I really do Loneliness is such a sad affair And I can hardly wait to be with you again. Leon Russell and Bonnie Bramlet
From the window of your rented limousine, I saw your pretty blue eyes One day soon you’re gonna reach sixteen, Painted lady in the city of lies. (…) Lips like cherries and the brow of a queen, Come on, flash it in my eyes Said you dug me since you were thirteen, then you giggle as you heave and sigh. Robert Plant-Jimmy Page (Sick again, Led Zeppelin)
It’s a shame to see these young chicks bungle their lives away in a flurry and rush to compete with what was in the old days the goodtime relationships we had with the GTOs and people like that. When it came to looning, they could give us as much of a looning as we could give them. It’s a shame, really. If you listen to ‘Sick Again,’ a track from Physical Graffiti, the words show I feel a bit sorry for them. ‘Clutching pages from your teenage dream in the lobby of the Hotel Paradise/Through the circus of the L.A. queen how fast you learn the downhill slide.’ One minute she’s 12 and the next minute she’s 13 and over the top. Such a shame. They haven’t got the style that they had in the old days… way back in ’68. Robert Plant
Tomorrow brings another town, another girl like you. Have you time before you leave to greet another man. Richard Wright
Yeah! You’re a star fucker (…) Yeah, I heard about your Polaroids Now that’s what I call obscene Your tricks with fruit was kind a cute I bet you keep your pussy clean (…) Yeah, Ali McGraw got mad with you For givin’ head to Steve McQueen, Yeah, and me we made a pretty pair Fallin’ through the Silver Screen Yeah, I’m makin’ bets that you gonna get John Wayne before he dies. Mick Jagger
People always give me this bit about us being a macho band, and I always ask them to give me examples. « Under My Thumb »… Yes, but they always say Starf–ker, and that just happened to be about someone I knew. There’s really no reason to have women on tour, unless they’ve got a job to do. The only other reason is to f–k. Otherwise they get bored, they just sit around and moan. It would be different if they did everything for you, like answer the phones, make the breakfast, look after your clothes and your packing, see if the car was ready, and f–k. Sort of a combination of what (road manager) Alan Dunn does and a beautiful chick. Mick Jagger
Some girls take my money Some girls take my clothes Some girls get the shirt off my back And leave me with a lethal dose French girls they want Cartier Italian girls want cars American girls want everything in the world You can possibly imagine English girls they’re so prissy I can’t stand them on the telephone Sometimes I take the receiver off the hook I don’t want them to ever call at all White girls they’re pretty funny Sometimes they drive me mad Black girls just wanna get fucked all night I just don’t have that much jam Chinese girls are so gentle They’re really such a tease You never know quite what they’re cookin’ Inside those silky sleeves  (…) Some girls they’re so pure Some girls so corrupt Some girls give me children I only made love to her once Give me half your money Give me half your car Give me half of everything I’ll make you world’s biggest star So gimme all your money Give me all your gold Let’s go back to Zuma beach I’ll give you half of everything I own. Mick Jagger
Goodbye Ruby Tuesday Who could hang a name on you? When you change with every new day Still I’m gonna miss you. Brian Jones
She’s my little rock ‘n’ roll My tits and ass with soul baby Keith Richards
The plaster’s gettin’ harder and my love is perfection A token of my love for her collection, her collection Plaster caster, grab a hold of me faster And if you wanna see my love, just ask her And my love is the plaster And yeah, she’s the collector. Gene Simmons
Come on, babe on the round about, ride on the merry-go-round We all know what your name is, so you better lay your money down. Led Zeppelin
Like to tell ya about my baby You know she comes around She about five feet four A-from her head to the ground Van Morrison
Well, she was standing by my dressing room after the show Asking for my autograph and asked if she could go Back to my motel room But the rest is just a tragic tale Because five short minutes of lovin’ Done brought me twenty long years in jail Well, like a fool in a hurry I took her to my room She casted me in plaster while I sang her a tune. Jim Croce
This girl is easy meat I seen her on the street See-through blouse an’ a tiny little dress Her manner indiscreet…i knew she was Easy, easy, easy meat (…) She wanna take me home Make me sweat and moan Rub my head and beat me off With a copy of rollin’ stone Frank Zappa
Hey all you girls in these Industrial towns I know you’re prob’ly gettin’ tired Of all the local clowns They never give you no respect They never treat you nice So perhaps you oughta try A little friendly advice And be a CREW SLUT Hey, you ‘ll love it Be a CREW SLUT It’s a way of life Be a CREW SLUT See the world Don’t make a fuss, just get on the bus CREW SLUT Add water, makes its own sauce Be a CREW SLUT So you don’t forget, call before midnite tonite The boys in the crew Are fust waiting for you. Frank Zappa
I was an innocent girl, but the way it happened was so beautiful. I remember him looking like God and having me over a table. Who wouldn’t want to lose their virginity to David Bowie? Lorie Maddox
It’s not about being physically mature. It’s emotional maturity that matters. I don’t think most 16-year-olds are ready. I think the age of consent should be raised to 18 at a minimum, and some girls aren’t even ready then. I know, I know. People will find that odd, coming from me. But I think I do know what I’m talking about here. You are still a child, even at 16. You can never get that part of your life, your childhood, back. I never could. Mandy Smith
Sable Starr (born Sable Hay Shields; August 15, 1957 – April 18, 2009) was a noted American groupie, often described as the « queen of the groupie scene » in Los Angeles during the early 1970s. She admitted during an interview published in the June 1973 edition of Star Magazine that she was closely acquainted with Iggy Pop, Mick Jagger, Rod Stewart, Alice Cooper, David Bowie, and Marc Bolan. Starr first attended concerts around Los Angeles with older friends who had dropped out of school in late 1968. She lost her virginity at age 12 with Spirit guitarist Randy California after a gig at Topanga, California. She had a younger sister, Corel Shields (born 1959), who was involved with Iggy Pop at age 11, although he was also acquainted with Starr. Iggy Pop later immortalized his own involvement with Starr, in the 1996 song « Look Away » (…) Starr became one of the first « baby groupies » who in the early 1970s frequented the Rainbow Bar and Grill, the Whiskey A Go Go, and Rodney Bingenheimer’s English Disco; these were trendy nightclubs on West Hollywood’s Sunset Strip. The girls were named as such because of their young age. She got started after a friend invited her to the Whiskey A Go Go at the age of 14. (…) In 1973 she gave a candid interview for the short-lived Los Angeles-based Star Magazine, and boasted to the journalist that she considered herself to be « the best » of all the local groupies. She also claimed that she was closely acquainted with some of rock music’s leading musicians such as Jeff Beck, David Bowie, Mick Jagger, Rod Stewart, Marc Bolan, and Alice Cooper, adding that her favorite rock star acquaintance was Led Zeppelin’s lead singer, Robert Plant. When asked how she attracted the attention of the musicians, she maintained it was because of the outrageous glam rock clothing she habitually wore. She was often photographed alongside well-known rock musicians; these photos appeared in American rock magazines such as Creem and Rock Scene. (…) She ran away from home when she was 16 after meeting Johnny Thunders, guitarist in the glam rock band the New York Dolls. Wikipedia
Pamela Des Barres, connue comme groupie des groupes rock dans les années 1960 et 1970, est une femme de lettres, née Pamela Ann Miller à Reseda, Californie le 9 septembre 1948. (…) Lorsqu’elle était encore enfant, elle idolâtrait les Beatles et Elvis Presley, et fantasmait à l’idée de rencontrer son Beatle favori, Paul McCartney. Un amie du secondaire a introduit Des Barres auprès de Don Van Vliet, mieux connu sous le pseudonyme de Captain Beefheart, un musicien et ami de Frank Zappa. Vliet l’a, à son tour, introduite auprès de Charlie Watts et Bill Wyman des Rolling Stones, qui l’ont conduite à la scène rock au Sunset Strip de Los Angeles. Pamela a donc ensuite commencé à passer son temps avec The Byrds et quelques autres groupes. Quand elle est diplômée du secondaire, en 1966, elle multiplie les petits boulots qui lui permettent d’habiter près du Sunset Strip et d’entretenir plus de relations avec des musiciens rock : Nick St. Nicholas, Mick Jagger, Keith Moon, Jim Morrison, Jimmy Page, Chris Hillman, Noel Redding, Jimi Hendrix, Ray Davies, Frank Zappa et l’acteur Don Johnson. Membre des GTO’s (Girls Together Outrageously), un groupe uniquement constitué de chanteuses, formé par Frank Zappa. Le groupe a commencé sous le nom de Laurel Canyon Ballet Company, et a commencé par des premières parties des concerts de Zappa et des Mothers of Invention. Le spectacle était principalement constitué par des « performances », mélange de musique et de paroles parlées, puisqu’aucun de ses membres ne savait chanter ou jouer correctement d’un instrument. Elles ont sorti un album, Permanent Damage en 1969, couvertes par Zappa et Jeff Beck. Le groupe a été dissous par Zappa un mois après le lancement de l’album parce que quelques-uns de ses membres avaient été arrêtés pour possession de drogue. Elle se marie avec Michael Des Barres, chanteur principal de Power Station et de Detective, le 29 octobre 1977. Ils ont un enfant, Nicholas Dean Des Barres, né le 30 septembre 1978. Le couple divorce en 1991, en raison des infidélités répétées de Michael Des Barres. Des Barres a écrit deux livres à propos de son expérience de groupie : I’m With The Band (1987) (publié en Allemagne sous le titre anglophone Light my fire) et Take Another Little Piece of My Heart: A Groupie Grows Up (1993), ainsi qu’un autre livre, Rock Bottom: Dark Moments in Music Babylon.Wikipedia
Annie aime les sucettes Les sucett’s à l’anis Les sucett’s à l’anis D’Annie Donn’nt à ses baisers Un goût ani-Sé lorsque le sucre d’orge Parfumé à l’anis Coule dans la gorge d’Annie Elle est au paradis Pour quelques pennies Annie A ses sucettes à L’anis Ell’s ont la couleur de ses grands yeux La couleur des jours heureux … Serge Gainsbourg (Les Sucettes, 1966)
Les Sucettes est une chanson écrite par Serge Gainsbourg pour France Gall en 1966. Cette chanson est principalement connue pour ses deux niveaux de lecture : l’un décrit la scène innocente d’une fillette, Annie, friande de sucettes qu’elle va acheter au drugstore, l’autre décrit implicitement d’une fellation. Wikipedia
Je n’en compre­nais pas le sens et je peux vous certi­fier qu’à l’époque personne ne compre­nait le double sens. (…) Avant chaque disque (…), Serge me deman­dait de lui racon­ter ma vie (…) ce que vous avez fait pendant les vacances. Alors, je lui ai dit que j’avais été à Noir­mou­tier chez mes parents. Là-bas, il n’y a pas grand-chose à faire, sauf que, tous les jours, j’al­lais m’ache­ter une sucette à l’anis…(….) Et quand il a écrit la petite chan­son, je me voyais aller ache­ter ma sucette. C’était l’his­toire d’une petite fille qui allait ache­ter ses sucettes à l’anis, et quand elle n’en avait plus, elle allait retourner en acheter… Mais en même temps, je sentais que ce n’était pas clair… C’était Gainsbourg quand même !  (…) Mais (…) il me l’a jouée au piano, comme ça, et je l’ai tout de suite trou­vée très jolie, je lui ai dit : Serge, j’adore ta chanson !  (…) Et puis, je pars au Japon et là j’apprends qu’il y a tout un truc là-dessus, c’était horrible. (…) Ça a changé mon rapport aux garçons. (…) Ça m’a humiliée, en fait. France Gall
La mort a pour moi le visage d’une enfant Au regard transparent Son corps habile au raffinement de l’amour Me prendra pour toujours Elle m’appelle par mon nom Quand soudain je perds la raison Est-ce un maléfice Ou l’effet subtil du cannabis? (…) La mort ouvrant sous moi ses jambes et ses bras S’est refermée sur moi Son corps m’arrache enfin les râles du plaisir Et mon dernier soupir. Serge Gainsbourg (Cannabis, 1970)
Avoir pour premier grand amour un tel homme fait que le retour à la réalité est terrible. A seize ans je découvrais des sommets et ne pouvais ensuite que tomber de ce piédestal. Constance Meyer
Pendant les cinq dernières années de sa vie, de 1985 à 1991, Serge Gains­bourg a fréquenté une jeune femme alors qu’il vivait avec Bambou. Elle s’ap­pelle Cons­tance Meyer, avait à l’époque 16 ans, soit quarante-et-un de moins que le chan­teur, et raconte tout dans un livre qui paraît demain, La Jeune Fille Et Gains­bourg, aux éditions de L’Ar­chi­pel.En 1985, cette fan de l’homme à la tête de chou se pointe comme de nombreux, et surtout nombreuses, fans au domi­cile du chan­teur pour y dépo­ser une lettre accom­pa­gnée de son numéro de télé­phone. Visi­ble­ment touché, Gains­bourg appelle la jeune fille et l’in­vite à dîner. Suivront cinq années d’une histoire d’amour qui durera presque jusqu’au décès de l’ar­tiste en 1991. Cons­tance Meyer précise que Bambou, qui parta­geait la vie de Gains­bourg à l’époque, était au courant de la situa­tion et s’en accom­mo­dait : à elle les week-ends, à Cons­tance le reste de la semaine. Gala (2010)
The suggestion that I’d slept with Tony Leung on set was a disgusting allegation. Jean-Jacques Annaud had a lot to do with that – he was trying to promote the film. Now, I would handle things very differently, but back then – when I was in the middle of it, and a kid, really – it was very, very hard. I felt exploited by him. He never dispelled the rumours. He would walk into a room and be ambiguous, which ignited the fire. Everywhere I went in the world, the rumour followed me. Jane March
L’Indochine, dans les années 1930. Une Française de 15 ans et demi vit avec sa mère, une institutrice besogneuse, et ses deux frères, pour lesquels elle éprouve un étrange mélange de tendresse et de mépris. Sur le bac qui la conduit vers Saïgon et son pensionnat, elle fait la connaissance d’un élégant Chinois au physique de jeune premier. L’homme a l’air sensible à son charme et le lui fait courtoisement savoir. Elle accepte de le revoir régulièrement. Dans sa garçonnière, elle découvre le vertige des sens. Il est follement épris, elle prétend n’en vouloir qu’à son argent. La mère de la jeune fille tolère tant bien que mal cette liaison… Télérama
She was only 18 when she made the movie, after being spotted by Annaud on the cover of Just Seventeen. He said he was captivated by ‘this little girl with a faintly bored air and the look of revolt in her eyes’. It was a look he set out to exploit. Within days of the film’s release in 1992, rumours abounded that Jane had actually made love on the set with her co-star Tony Leung during steamy scenes. To add fuel to the fire, Annaud suggested that his young star had been a virgin, but had gained experience before filming began. Jane was pursued on a worldwide promotional tour by the question: ‘Did she or didn’t she?’ Annaud did absolutely nothing to put an end to the speculation and Jane was dubbed ‘the Sinner from Pinner’, after the rather dreary London suburb in which she grew up. Meanwhile, those who had known her in Pinner became rich on stories sold to tabloid newspapers and Annaud grew in stature on the back of Jane’s ignominy, which generated huge publicity for the film. Jane says she felt violated, prostituted and abandoned by Annaud. She sobbed herself into a nervous breakdown and couldn’t bring herself to speak to the director for ten years. The Daily Mail
The elements in the story are the basic stuff of common erotic fantasies: Sex between strangers separated by age, race and social convention, and conducted as a physical exercise without much personal communication. (…) Jean-Jacques Annaud’s film treats them in much the same spirit as « Emmanuelle » or the Playboy and Penthouse erotic videos, in which beautiful actors and elegant photography provide a soft-core sensuality. As an entry in that genre, « The Lover » is more than capable, and the movie is likely to have a long life on video as the sort of sexy entertainment that arouses but does not embarrass. (…) Annaud and his collaborators have got all of the physical details just right, but there is a failure of the imagination here; we do not sense the presence of real people behind the attractive facades of the two main actors. (…) Like classic pornography, it can isolate them in a room, in a bed: They are bodies that have come together for our reveries. Roger Ebert
Smooth, hard and satiny-brown, the two bodies mesh with color-coordinated seamlessness, like a pants-shirt combo purchased at the Gap. The camera looks on from a respectful middle distance, lingering with discreet languor over the puddingy smoothness of breasts, buttocks, and bellies, the whole scene bathed in a late-afternoon haze of sunlight and shadow. Sex! Passion! Voluptuous calendar-art photography! It’s time, once again, for the highfalutin cinema tease — for one of those slow-moving European-flavored specials that promise to be not merely sexy but ”erotic,” that keep trying to turn us on (but tastefully, so tastefully), that feature two beautiful and inexpressive actors doing their best to look tortured, romantic, obsessed. (…) The Lover isn’t exactly Emmanuelle — the characters do appear to be awake when they’re coupling — yet it’s one more movie that titillates us with the prospect of taking sex seriously and then dampens our interest by taking it too seriously. Why do so many filmmakers insist on staging erotic encounters as if they were some sort of hushed religious ritual? The answer, of course, is that they’re trying to dignify sex. But sex isn’t dignified — it’s messy and playful and abandoned. In The Lover, director Jean-Jacques Annaud gives us the sweating and writhing without the spontaneity and surprise. (…) In The Lover, these two are meant to be burning their way through a thicket of taboos. Yet as characters, they’re so thinly drawn that it’s hard to see anything forbidden in what they’re doing. We’re just watching two perfect bodies intertwine in solemn, Calvin Klein rapture (which, admittedly, has its charm). Owen Gleiberman
Sur un sujet dérangeant – la prostitution d’une lycéenne des beaux quartiers –, le réalisateur signe un film élégant qui s’appuie sur le talent de Marine Vacth. La Croix (2013)
François Ozon’s new film is a luxurious fantasy of a young girl’s flowering: a very French and very male fantasy, like the pilot episode of the world’s classiest soap opera. There’s some softcore eroticism and an entirely, if enjoyably, absurd final scene with Charlotte Rampling, whose cameo lends a grandmotherly seal of approval to the drama’s sexual adventure. The Guardian
Palme d’Or à Cannes, le cinquième film d’Abdellatif Kechiche, secoué par plusieurs polémiques, évoque le devenir de deux jeunes femmes traversées par une passion amoureuse. (…) Au début du récit, Emma est étudiante aux Beaux-Arts, désireuse de s’inventer un avenir d’artiste-peintre ; Adèle, lycéenne, se rêve institutrice. L’une a les cheveux bleus, de l’assurance, de l’ambition et assume son orientation sexuelle. L’autre, plus jeune, plus terrienne, moins égocentrée, se découvre, reçoit de plein fouet cette passion « hors norme » qui la plonge dans un indicible trouble, au milieu de ses amis comme de sa famille.  La quête de jouissance qui accompagne cette relation donne lieu à deux longues scènes particulièrement explicites qui, elles aussi, ont suscité et susciteront la discussion. On peut les trouver crues, extrêmement appuyées, choquantes (le film, en salles, est interdit aux moins de 12 ans). Il en va ainsi du cinéma – aussi intransigeant que dérangeant – d’Abdellatif Kechiche, expérience émotionnelle, sensorielle, travail d’imprégnation progressive du spectateur, plutôt que de suggestion ou de démonstration. La Croix (2013)
Quand on a vu le film mercredi en public, quand on a découvert les scènes de sexe sur grand écran, on a été… choquées. On les a pourtant tournées. Mais, j’avoue, c’était gênant. (…) [Les conditions de tournage] C’était horrible. Léa Seydoux
C’était… bestial ! Il y a un truc électrique, un abandon… c’est chaud franchement ! (…) Je ne savais pas que la scène de cul allait durer 7 minutes, qu’il n’y aurait pas de musique. Là, il n’y a que nos respirations et le claquement de nos mains sur nos fesses ». (…) Il y avait parfois une sorte de manipulation, qu’il était difficile de gérer. Mais c’était une bonne expérience d’apprentissage, en tant qu’actrice. Adèle Exarchopoulos
Léa: The thing is, in France, it’s not like in the States. The director has all the power. When you’re an actor on a film in France and you sign the contract, you have to give yourself, and in a way you’re trapped.
Adèle: He warned us that we had to trust him—blind trust—and give a lot of ourselves. He was making a movie about passion, so he wanted to have sex scenes, but without choreography—more like special sex scenes. He told us he didn’t want to hide the character’s sexuality because it’s an important part of every relationship. So he asked me if I was ready to make it, and I said, “Yeah, of course!” because I’m young and pretty new to cinema. But once we were on the shoot, I realized that he really wanted us to give him everything. Most people don’t even dare to ask the things that he did, and they’re more respectful—you get reassured during sex scenes, and they’re choreographed, which desexualizes the act.
Léa: For us, it’s very embarrassing.
Adèle: At Cannes, all of our families were there in the theater so during the sex scenes I’d close my eyes. [Kechiche] told me to imagine it’s not me, but it’s me, so I’d close my eyes and imagined I was on an island far away, but I couldn’t help but listen, so I didn’t succeed in escaping. The scene is a little too long.
Léa: No, we had fake pussies that were molds of our real pussies. It was weird to have a fake mold of your pussy and then put it over your real one. We spent 10 days on just that one scene. It wasn’t like, “OK, today we’re going to shoot the sex scene!” It was 10 days.
Adèle: One day you know that you’re going to be naked all day and doing different sexual positions, and it’s hard because I’m not that familiar with lesbian sex.
Léa: The first day we shot together, I had to masturbate you, I think?
Adèle: [Laughs] After the walk-by, it’s the first scene that we really shot together, so it was, “Hello!” But after that, we made lots of different sex scenes. And he wanted the sexuality to evolve over the course of the film as well, so that she’s learning at the beginning, and then becomes more and more comfortable. It’s really a film about sexual passion—about skin, and about flesh, because Kechiche shot very close-up. You get the sense that they want to eat each other, to devour each other.
Adèle: (…) And the shoot was very long in general.
Léa: Five-and-a-half months. What was terrible on this film was that we couldn’t see the ending. It was supposed to only be two months, then three, then four, then it became five-and-a-half. By the end, we were just so tired.
Adèle: For me, I was so exhausted that I think the emotions came out more freely. And there was no makeup artist, stylist, or costume designer. After a while, you can see that their faces are started to get more marked. We shot the film chronologically, so it helped that I grew up with the experiences my character had.
Léa: It was horrible.
Adèle: In every shoot, there are things that you can’t plan for, but every genius has his own complexity. [Kechiche] is a genius, but he’s tortured. We wanted to give everything we have, but sometimes there was a kind of manipulation, which was hard to handle. But it was a good learning experience for me, as an actor.
Marlowe Stern: Would you ever work with Kechiche again?
Léa: Never.
Adèle: I don’t think so.
Adèle: Yeah, because you can see that we were really suffering. With the fight scene, it was horrible. She was hitting me so many times, and [Kechiche] was screaming, “Hit her! Hit her again!”
Léa: In America, we’d all be in jail.Adèle: (…) She was really hitting me. And once she was hitting me, there were people there screaming, “Hit her!” and she didn’t want to hit me, so she’d say sorry with her eyes and then hit me really hard.
Léa: [Kechiche] shot with three cameras, so the fight scene was a one-hour continuous take. And during the shooting, I had to push her out of a glass door and scream, “Now go away!” and [Adèle] slapped the door and cut herself and was bleeding everywhere and crying with her nose running, and then after, [Kechiche] said, “No, we’re not finished. We’re doing it again.”
Adèle: She was trying to calm me, because we shot so many intense scenes and he only kept like 10 percent of the film. It’s nothing compared to what we did. And in that scene, she tried to stop my nose from running and [Kechiche] screamed, “No! Kiss her! Lick her snot!” The Daily Beast
Nous devrions, a priori, nous réjouir (…) Hélas, et indépendamment de la qualité artistique du film, nous ne pourrons pas participer de cet enthousiasme : nos collègues ayant travaillé sur ce film nous ont rapporté des faits révoltants et inacceptables. La majorité d’entre eux, initialement motivés, à la fois par leur métier et le projet du film en sont revenus écœurés, voire déprimés. (…)  Certains ont abandonné « en cours de route », « soit parce qu’ils étaient exténués, soit qu’ils étaient poussés à bout par la production, ou usés moralement par des comportements qui dans d’autres secteurs d’activités relèveraient sans ambiguïté du harcèlement moral ». Le Spiac-CGT
On ne vient pas faire la promo à L.A quand on a un problème avec le réalisateur. Si Léa n’était pas née dans le coton, elle n’aurait jamais dit cela. Léa n’était pas capable d’entrer dans le rôle. J’ai rallongé le tournage pour elle. Léa Seydoux fait partie d’un système qui ne veut pas de moi, car je dérange. Abdellatif Kechiche
Je n’ai pas critiqué Abdel Kechiche, j’ai parlé de son approche. On ne travaillera plus ensemble. Léa Seydoux
Les cinéastes et auteurs français, européens, américains et du monde entier, tiennent à affirmer leur consternation. Il leur semble inadmissible qu’une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l’un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier. Forts de leur extraterritorialité, les festivals de cinéma du monde entier ont toujours permis aux œuvres d’être montrées et de circuler et aux cinéastes de les présenter librement et en toute sécurité, même quand certains États voulaient s’y opposer. L’arrestation de Roman Polanski dans un pays neutre où il circulait et croyait pouvoir circuler librement jusqu’à ce jour, est une atteinte à cette tradition: elle ouvre la porte à des dérives dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les effets. Pétition pour Romain Polanski (28.09.09)
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même. Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
J’étais chaque fois avec des gens de mon âge ou de cinq ans de moins. (…) Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a pas commis ce genre d’erreur. Parmi tous les gens qui nous regardent ce soir, quel est celui qui n’aurait pas commis ce genre d’erreur au moins une seule fois ? (…) Ce n’est ni un roman, ni des Mémoires. J’ai préféré laissé les choses dans le vague. C’est un récit, mais au fond, pour moi, c’est un tract : une manière de raconter une vie qui ressemble à la mienne, mais aussi à celles de beaucoup d’autres gens. Frédéric Mitterrand
C’est pas vrai. Quand les gens disent les garçons, on imagine alors les petits garçons. Ça fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit qui fait que l’on veut toujours noircir le tableau, ça n’a aucun rapport. (…) Evidemment, je cours le risque de ce genre d’amalgame. Je le cours d’autant plus facilement ce risque-là puisqu’il ne me concerne pas. (…) Il faudrait que les gens lisent le livre et ils se rendraient compte qu’en vérité c’est très clair. Frédéric Mitterrand (émission « Culture et dépendances », le 6 avril 2005)
J’aurai raconté des histoires avec des filles, personne n’aurait rien remarqué. Frédéric Mitterrand
En tant que ministre de la Culture, il s’illustre en prenant la défense d’un cinéaste accusé de viol sur mineure et il écrit un livre où il dit avoir profité du tourisme sexuel, je trouve ça a minima choquant (…) On ne peut pas prendre la défense d’un cinéaste violeur au motif que c’est de l’histoire ancienne et qu’il est un grand artiste et appartenir à un gouvernement impitoyable avec les Français dès lors qu’ils mordent le trait. (…) Au moment où la France s’est engagée avec la Thaïlande pour lutter contre ce fléau qu’est le tourisme sexuel, voilà un ministre du gouvernement qui explique qu’il est lui-même consommateur. Benoît Hamon (porte-parole du Parti socialiste)
On ne peut pas donner le sentiment qu’on protège les plus forts, les connus, les notables, alors qu’il y a les petits qui subissent la justice tous les jours. Ce sentiment qu’il y a deux justices est insupportable.Manuel Valls (député-maire PS)
Qu’est-ce qu’on peut dire aux délinquants sexuels quand Frédéric Mitterrand est encore ministre de la Culture? Marine Le Pen (vice-présidente du FN)
A ce propos d’ailleurs, nous n’avons rien contre les homosexuels à Rue89 mais nous aimerions savoir comment Frédéric Mitterrand a pu adopter trois enfants, alors qu’il est homosexuel et qu’il le revendique, à l’heure où l’on refuse toujours le droit d’adopter aux couples homosexuels ? Pourquoi cette différence de traitement? Rue 89
C’est une affaire très française, ou en tout cas sud-européenne, parce que dans les cultures politiques protestantes du nord, Mitterrand, âgé de 62 ans, n’aurait jamais décroché son travail. Son autobiographie sulphureuse, publiée en 2005, l’aurait rendu impensable. (…) Si un ministre confessait avoir fréquenté des prostituées par le passé, peu de gens en France s’en offusquerait. C’est la suspicion de pédophilie qui fait toute la différence. (…) Sarkozy, qui a lu livre en juin [et] l’avait trouvé  » courageux et talentueux » (…) s’est conformé à une tradition bien française selon laquelle la vie privée des personnes publiques n’est généralement pas matière à discussion. Il aurait dû se douter, compte tenu de la médiatisation de sa vie sentimentale, que cette vieille règle qui protège les élites avait volé en éclats. Charles Bremmer (The Times)
David Bowie was a musical genius. He was also involved in child sexual exploitation. In the 1970s, David Bowie, along with Iggy Pop, Jimmy Page, Bill Wyman, Mick Jagger and others, were part of the ‘Baby Groupies’ scene in LA. The ‘Baby Groupies’ were 13 to 15 year old girls who were raped by male rock stars. The names of these girls are easily searchable online but I will not share them here as all victims of rape deserve anonymity. The ‘Baby Groupie‘ scene was about young girls being prepared for sexual exploitation (commonly refereed to as grooming) and then sexually assaulted and raped. Even articles which make it clear that the music industry ” ignor(ed), and worse enabl(ed), a culture that still allows powerful men to target young girls” celebrate that culture and minimise the choices of adult men to rape children and those who chose to look away. This is what male entitlement to sexual access to the bodies of female children and adults looks like. It is rape culture. David Bowie is listed publicly as the man that one teenage girl ‘lost her virginity’ too.* We need to be absolutely clear about this, adult men do not ‘have sex’ with 13 to 15 year old girls. It is rape. Children cannot consent to sex with adult men – even famous rock stars. Suggesting this is due to the ‘context’ of 70s LA culture is to wilfully ignore the history of children being sexually exploited by powerful men. The only difference to the context here was that the men were musicians and not politicians, religious leaders, or fathers. David Bowie was an incredible musician who inspired generations. He also participated in a culture where children were sexually exploited and raped. This is as much a part of his legacy as his music. Louise Pennington
When we treat public figures like gods, we enable the dangerous dynamic in which famous men prey on women and girls. Bowie is part of a long line of male stars who have used their fame to take advantage of vulnerable women. Among the many celebrities who have allegedly slept with girls under the age of consent are Elvis Presley (Priscilla Beaulieu, 14), Marvin Gaye (Denise Gordy, 15), Iggy Pop (Sable Starr, 13) and Chuck Berry (Janice Escalanti, 14). R. Kelly, Woody Allen and Roman Polanski, have all been accused or convicted of sexually assaulting minors, which differs from statutory rape in that it involves force. And of course, celebrities’ sexual crimes are not limited to teenagers. The cases of Bill Cosby and Jian Ghomeshi, who both allegedly used their high profiles to sexually abuse women, are currently before the legal system. Obviously, Bowie is not in the same league as Bill Cosby, if only because Mattix, known as one of the famous “baby groupies,” doesn’t seem remotely unhappy about her experiences with Bowie. They were both part of the ‘70s rock star scene on L.A’s Sunset Strip, where blowjobs and quaaludes were given out like handshakes. Mattix looks back fondly on the experience, calling it “beautiful” in a recent interview with Thrillist. She looks back less fondly on her relationship with Jimmy Page, who allegedly kidnapped and locked her up in a hotel room. But it’s still important to acknowledge that what Bowie did was illegal. Consent laws are in place because, unlike Mattix, too many underage girls end up traumatized by the sexual experiences they have with older men. Many of those who “consented” as teens realize later that they were exploited and controlled by their older lovers. It’s incredibly hard for any victim of sexual assault to come forward, but when your perpetrator is a beloved public figure, your story becomes even more unbelievable. We know rapists don’t fit one mould, yet we’re incredulous when a person’s crimes don’t match our image of them. This phenomenon is particularly heightened with celebrities. (…) You can both write a catchy pop song and like underage sex. But too often we mistake a person’s talent for who they are as people. Celebrities know this and take advantage of the protection that comes with being a beloved public figure. As a result, their victims suffer in silence. We should acknowledge that Bowie slept with an underage woman to acknowledge his humanity. Yes, his talent was exceptional. No, he was not a monster. But we should never glorify celebrities to the point that we refuse to acknowledge that they’re capable of ugly acts. Otherwise, we send a message to the alleged victims of Roman Polanski, R. Kelly and Jian Ghomeshi that entertainment is more valuable than justice. Angelina Chapin
Since the death of David Bowie on January 10th, fans and media have dissected much of his musical and cultural legacy. Bowie stands as a towering figure over the last 45 years of music, and as a celebrity famous for an ever-changing, enigmatic approach to his life and art, there is much to be analyzed in the wake of his passing. But not all of it is pleasant or even musical. One uncomfortable facet of the iconic rocker’s past has suddenly been thrust into the center of the dialogue, and it’s raised questions about both Bowie and the world that has enabled him and so many others. The high-profile controversies surrounding contemporary stars like R. Kelly (who was famously accused of statutory rape and taken to court on child pornography charges in the early 2000s) and the backlash against rapper Tyga (following his relationship with a then-underage Kylie Jenner) have led to a broader discussion surrounding legal consent and adult male stars who engage in predatory behavior. And since his death, more fans and commentators have had to question Bowie’s own past with teen girls as well. (…) Rock star escapades from that period have been glamorized for decades with no regard for how disturbing or illegal the behavior was. It became a part of the mythos—a disgusting testament to how little the writers documenting the happenings of the day cared about taking their heroes to task. And it was right there in the music itself: The Rolling Stones sang about underage girls in “Stray Cat Blues” and Chuck Berry glorified the teenage “groupie” in “Sweet Little Sixteen” a decade earlier. But we can’t look at it with those same eyes today—not if we are sincere about protecting victims and holding celebrities accountable. It’s convenient to go after Tyga and R. Kelly when we see hashtags or trending stories, and their behavior warrants every bit of scrutiny and criticism it’s gotten. But we cannot write off the alarming behavior of superstars past just because they’re now older, greyer or in the case of Bowie, newly-departed. Because this behavior didn’t start with contemporary hip-hop and R&B acts. In addition to her time with Bowie, Mattix was also statutory raped by Led Zeppelin guitarist Jimmy Page. In the book Hammer Of the Gods, former Zeppelin road manager Richard Cole claimed that the rocker tasked him with kidnapping the teen girl. He allegedly escorted her from a nightclub and thrust her into the back of Page’s limo with the warning of stay put or “I’ll have your head.” Page kept Mattix hidden for three years to avoid legal trouble. Mattix still romanticizes her experiences with these very adult men (“It was magnificent. Can you believe it? It was just like right out of a story! Kidnapped, man, at 14!” she stated in Hammer Of the Gods) but there is no doubt that what both Page and Bowie did was unacceptable. That it was glamorized in magazines like Creem and glossed over in films like Almost Famous speaks to cultural irresponsibility. So much of our culture turns a blind eye or gleefully endorses the hypersexualizing of teen girls. And when the stories are anecdotal as opposed to ripped from the headlines, it can be easy to dismiss and minimize the acts of artists like Bowie and Page as something “of the time.” But statutory rape laws existed even in the coke-fueled hedonism of the 1970s—because someone had to be protective of young girls who were susceptible to predators with big hair and loud guitars. But as it turns out, no one cared about protecting these girls; they were too busy mythologizing the rockers who were abusing them. Early rock ‘n’ rollers Chuck Berry and Jerry Lee Lewis both saw their careers sullied by headlines involving underage girls: Lewis revealed that he was married to his 13-year-old cousin in 1958 and was subsequently blacklisted from radio, while Berry was arrested and found guilty of transporting an underage girl across state lines for immoral purposes, spending two years in jail in 1960. Eagles drummer and vocalist Don Henley was arrested in 1980 in Los Angeles and charged with contributing to the delinquency of a minor after paramedics were called to his home to save a naked 16-year-old girl who was overdosing on cocaine and Quaaludes. He was fined $2,000, given two years’ probation, and ordered into a drug counseling program. Rocker turned right-wing caricature Ted Nugent sought out underage girls, going so far as to become the legal guardian of Pele Massa when she was 17 just to be able to duck kidnapping charges. Prince kept Anna Garcia, aka “Anna Fantastic,” with him at his Paisley Park compound when she was a teenager. She would ultimately become the subject of several of his late ‘80s/early ‘90s works, like “Vicki Waiting” and “Pink Cashmere,” which he wrote for Anna on her 18th birthday. (…) Prince dated Mayte Garcia shortly thereafter, a dancer he met when she was 16. “When we met I was a virgin and had never been with anybody,” she told The Mirror last year. The two would marry in 1996, when Mayte was 22. Unlike Anna, Mayte insists Prince didn’t pursue her seriously until she was 18. (…) There have been varying stories surrounding the relationship between a young Aretha Franklin and the late Sam Cooke. She has indicated in interviews that things between them became romantic, but in his unauthorized biography, David Ritz indicated that their first encounter occurred when she was only 12 years old and visited Cooke in his motel room in Atlanta. In the Sam Cooke Legends television documentary, Aretha recalled an incident involving her being in Cooke’s room, but indicated that her father interrupted what was likely going to be a sexual encounter. (…) Marvin Gaye met Janis Hunter around the time of her 17th birthday, and the still-married Motown star pursued the teenager immediately. According to Hunter’s 2015 memoir After The Dance, Gaye took her to an Italian restaurant in Hollywood and bribed the waiter $20 to bring the underage girl apricot sours. He had sex with her shortly thereafter, and the two began a relationship, despite a 17-year age difference and the fact that Marvin was still legally married to his first wife, Anna Gordy. Gaye would famously write “Let’s Get It On” in tribute to his lust for Jan. Shortly after giving birth to a daughter, Nona, Jan and Marvin were featured in a November 1974 issue of Ebony when she was 18. They would marry in 1977, after Marvin’s divorce from Anna was finalized; but Janis would leave the singer in 1981. We can dismiss all of this as just the “way things were back then.” We can pretend that we haven’t heard countless songs about young “Lolitas” who were “just seventeen—you know what I mean.” We can ignore the racial implications in the mainstream media’s relative silence on rockers’ histories of statutory rape and its glorification. But the next time you watch Almost Famous, take note of how much younger most of the Band Aids seem compared to the world-weary rockers that are repeatedly shown taking them to bed (Kate Hudson’s Penny Lane says she’s 16 in the film). Note how the movie casually nods to Page and Mattix in a scene at the infamous Hyatt “Riot House” on Sunset Strip. And think about how many girls would’ve been better off had someone given a damn way back when, as opposed to just fawning over a guitarist with some hit songs. Former Rolling Stones bassist Bill Wyman infamously began seeing 13-year-old Mandy Smith in 1983. According to Smith, Wyman had sex with her when she was 14. They married when she turned 18 in 1989; they divorced in 1991. She spoke about her time with the ex-Stone in an interview with The Daily Mail in 2010. “It’s not about being physically mature. It’s emotional maturity that matters,” she stated, after making it clear that she regrets what happened to her. “I don’t think most 16-year-olds are ready. I think the age of consent should be raised to 18 at a minimum, and some girls aren’t even ready then.” The Daily Beast
While the UK in 2015 inexplicably draws a line at girlhood sexuality on screen, it’s San Francisco in the 1970s that provides the film’s own context – with all the temptation for nostalgic glaze that this could offer a contemporary mindset. But elsewhere in California in those years, certain teenage girls went way beyond a cut-out-and-keep relationship to the frenzied rock scene’s most desirable. They hung out on Sunset Boulevard, L.A. There you’d find the self-dubbed foxy ladies, better known in the backstage of our cultural consciousness as baby groupies: the group of teenage high schoolers who ruled over a particular mile of Sunset Boulevard in the early 70s. The queens of the scene were close confidantes Sable Starr and Lori Lightning, who, along with other teen-aged names like Shray Mecham and Queenie Glam, slept with and dated the likes of David Bowie, Jimmy Page, Mick Jagger, Jeff Beck, Marc Bolan, Alice Cooper, Robert Plant and Iggy Pop. They were, in news that will destroy your idols, very young: Starr was 14 years old when she started hanging out on the Strip, with a 13 year old Lori Lightning (real name Mattix) joining the now established gang soon afterwards. The hangouts of choice were spots like the Rainbow Bar and Grill, Whiskey a Go Go and the E Club ­– later renamed Rodney Bingenheimer’s English Disco. The latter club was the preferred enclave for the era’s strange new musical breed – where, as Bowie would later enthuse to Details magazine, glam rock stars and their devotees could parade their “sounds of tomorrow” dressed in “clothes of derision.” The scene was documented by the controversial, short-lived publication Star, a tome that took teenage magazine tropes to their extreme: inside, you’ll find all the usual short stories, style guides and “How to approach your crush” articles, except in this case the stories tell of romantic backstage fantasies, how to dress to catch your “superfox”, and even a step-by-step nose-job diary (in the mag’s own words, “no dream is too far-out”). Beloved by adolescent aficionados everywhere, it wasn’t long, of course, before concerned parents were knocking the publisher’s door down – five issues long, in fact. Thanks to dedicated archive digger Ryan Richardson you can gape at every single issue online – including an interview with Starr and Queenie, in the final issue, that records for posterity the startling, angsty conviction of these ultimate mean girls. (…) But even more striking than the magazine’s laugh out loud, irreverent take on the scene – in its own words, “relief from all that moral-spiritual-ethical-medical-advice” – are the clothes. (…) Star was, needless to say, a heavily glamorised chronicle of the teenage groupie girls who frequented its pages – wilfully ignoring, and worse enabling, a culture that still allows powerful men to target young girls. But like any history that plays out in the margins – in the backstage of rock music’s mythmaking – there are conflicting accounts as to how well or badly off the girls were. Lori Lightning, who claims to have fallen in love with Jimmy Page aged 14, has no regrets. As she tells fellow ex-groupie Pamela des Barres in the latter’s book, “It was such a different time – there was no AIDS – and you were free to experiment.” Nobody can ask Starr, now – the ballsy queen of the babies eventually got clean and had kids, but died aged 51 in 2009. Even now, there’s a kind of power to be found somewhere amid the gushing interviews and romanticised editorials of Star. Addressing its teen readers without patronising them, Star cut straight to the heart of the sexual desires of girlhood like no other magazine would dare. Sexually forward in their dress and their attitude, the groupies adopted acceptable male traits to go out and get what they wanted. By channelling the stars of the Sunset Strip, the magazine empowered readers to approach humdrum high school life with the same fearlessness. Though not exactly feminist in its boy-getting tips – “I’d scratch any girl’s eyes out for a guy I want” – the message that boys shouldn’t have all the fun is loud and clear. As one reader writes in of the frustrating sexual double standard, “Guys can take their going steady rings and rules and shove it up their noses!” (…) Iggy Pop (…) slept with Starr when she was just 13, and, horribly, later wrote a song about it. His words are worryingly relevant to our own fetish for history’s visuals without their story – style divorced from context, worth a fleeting Instagram like and then on to the next. Our preference for rose-tinted glasses – especially de rigour heart-shaped ones, fit for a foxy lady – is hugely problematic. But flicking through Star magazine, you begin to see its role as a link between the innocent teenyboppers of the 60s, and the rise of badass female frontwomen in the 70s and beyond. Joan Jett was first spotted on the Boulevard, outside the Rainbow Grill. Later on, Grace Jones and Courtney Love are just two examples of powerful artists who were sexually upfront in their fashion, and did things entirely on their own terms. Dazed (Aug. 10, 2015)
The dregs of the sexual revolution were what remained, and it was really sort of a counterrevolution (guys arguing that since sex was beautiful and everyone should have lots everything goes and they could go at anyone; young women and girls with no way to say no and no one to help them stay out of harmful dudes’ way). The culture was sort of snickeringly approving of the pursuit of underage girls (and the illegal argument doesn’t carry that much weight; smoking pot is also illegal; it’s about the immorality of power imbalance and rape culture). It was completely normalized. Like child marriage in some times and places. Which doesn’t make it okay, but means that, unlike a man engaged in the pursuit of a minor today, there was virtually no discourse about why this might be wrong. It’s also the context for what’s widely regarded as the anti-sex feminism of the 1980s: those women were finally formulating a post-sexual-revolution ideology of sex as another arena of power and power as liable to be abused; we owe them so much. Lori Maddox
For San Francisco in particular and for California generally, 1978 was a notably terrible year, the year in which the fiddler had to be paid for all the tunes to which the counterculture had danced. The sexual revolution had deteriorated into a sort of free-market free-trade ideology in which all should have access to sex and none should deny access. I grew up north of San Francisco in an atmosphere where once you were twelve or so hippie dudes in their thirties wanted to give you drugs and neck rubs that were clearly only the beginning, and it was immensely hard to say no to them. There were no grounds. Sex was good; everyone should have it all the time; anything could be construed as consent; and almost nothing meant no, including “no.” “It was the culture,” she wrote. “Rock stars were open about their liaisons with underage groupies.” It doesn’t excuse these men to note that there was an overwhelming, meaningful, non-dismissible sense in this decade that sex with young female teenagers was if not explicitly desirable then certainly OK. Louis Malle released “Pretty Baby” in 1978, in which an 11-year-old and sometimes unclothed Brooke Shields played a child prostitute; in Manhattan, released the following year, director Woody Allen paired his middle-aged character with a 17-year old; color photographer David Hamilton’s prettily prurient photographs of half-undressed pubescent girls were everywhere…at the end of the decade Playboy attempted to release nude photographs of a painted, vamping Shields at the age of 10 in a book titled Sugar and Spice. […] In 1977, Roman Polanski’s implicit excuse for raping a 13-year-old girl he had plied with champagne and quaaludes was that everyone was doing it. Polanski had sequestered his victim at Jack Nicholson’s Bel Air house on the grounds that he was going to take pictures of her for French Vogue. Polanski’s victim pretended she had asthma to try to get out of his clutches. It didn’t work. Afterward, he delivered the dazed, glassy-eyed child to her home, he upbraided her big sister for being unkind to the family dog. Some defended him on the grounds that the girl looked 14. Reading Solnit on this, you can understand how Lori Maddox could have possibly developed not just a sincere desire to fuck adult men but the channels to do it basically in public; why an entire scene encouraged her, photographed her, gave her drugs that made all of it feel better, loved her for it, celebrated her for it, for years. (…) It is Maddox who interests me, in the end, not Bowie. But if there’s an argument for labeling Bowie a rapist that gets me, it’s how much I owe to the inflexible spirit that calls for it. Look, what a miracle; we are talking about this, when out of all the interviews Bowie gave in his life, he seems to never have been asked on the record about Maddox or any of the other “baby groupies,” or to have said a thing about Wanda Nichols after the case was dismissed. Jezabel

Attention, un scandale peut en cacher bien d’autres  !

En ces temps étranges …

Où l’on dénonce d’un côté comme le plus rétrograde les mutilations sexuelles que l’on prône de l’autre comme summum du progrès

Où l’on fustige chez certains les mariages forcés d’enfants tout en imposant par la loi à d’autres le mensonge et l’aberration de l’imposition de « parents de même sexe »

Où le long silence coupable sur la pédophilie que l’on condamne dans l’Eglise catholique se mue en complaisance douteuse pour les relations proprement incestueuses de certains de nos happy few, responsables politiques compris  …

l’irresponsabilité la plus débridée dans l’habillement comme dans le comportement ou le langage cotoie la pudibonderie la plus rétrograde dans les relations hommes-femmes …

Et à l’heure où la vérité semble enfin sortir sur les pratiques supposées du photographe David Hamilton

Alors que dans la plupart des pays les plus problématiques de ses oeuvres continuent à être publiées …

Qui rappelle …

Dans le climat général qui a permis de tels actes …

Et notamment dans la tant célébrée révolution sexuelle des années 60 …

La part de la musique et du cinéma qui l’ont si fièrement portée …

De ces Rolling Stones ou Bowie (ou notre propre Gainsbourg), Woodie Allen ou Malle, De Niro,  Kinski ou Annaud

Qu’oubliant leurs multiples Lorie Maddox ou Sheryl Brookes on continue de fêter ou d’enterrer royalement …

Et surtout la vérité suggérée dans tant de chansons …

Mais explicitée dans le célèbre « Midnight rambler » des Rolling Stones …

Et d’ailleurs déjà envisagée dans le non moins célèbre « Lolita » de Nabokov …

Derrière le rock ‘n’ roll show …

A savoir, outre l’évidente apologie de la pédophilie, la violence sexuelle, voire le viol ?

Chapin: David Bowie’s magnetism had a dark side

Propos recueillis par Marie-France Chatrier

Il y a vingt-cinq ans, Constance Meyer a vécu une histoire avec le chanteur qu’elle raconte dans un livre paru récemment, « La jeune fille et Gainsbourg » (éd. l’Archipel). Nous avons rencontré cette jeune femme aujourd’hui amoureuse et mère de famille. A peine assise, avant que l’on pose la première question, elle s’inquiète : « Surtout ne faites pas un papier trash sur notre relation qui ne ressemblait en rien à cela »… Extraits.

La rencontre

En 1985, Constance a 16 ans. Ses parents sont professeurs de faculté, elle est bonne élève au lycée Victor Duruy. « Je deviens adulte doucement auprès de ma mère, divorcée, entourée de mes frères. Un jour, sur mon Walkman, j’entends « Love on the Beat ». Le choc. Vacances en Californie l’été qui suit, je ne fais qu’écouter ce titre qui, pour moi, est une révolution. »

A la rentrée des classes, elle découvre que Gainsbourg chante au Casino de Paris. « J’enfourne mon Ciao, une heure avant le concert, il reste quelques places dans le fond de la salle. Je prends. Quand la lumière s’éteint, je rampe jusqu’au premier rang, jusqu’à toucher la scène. » « Pour moi ce type sur scène c’est une évidence, il m’est familier. On est comme cela à l’adolescence, entier. » Elle retourne le voir quatre fois.

Un signe du destin

« Ma prof d’italien nous dit qu’elle habite rue de Lille, à côté de chez Serge… Je suis dubitative, je le lui dis. « Allez donc au 5 bis, rue de Verneuil si vous ne me croyez pas », me répond-t-elle. Je m’y précipite, la maison, les tags, aucun doute. Je sonne. Pas de réponse… Sur le trottoir d’en face, j’ouvre mon sac à dos et je lui écris. Cinq pages pour dire toute ma passion, mon engouement pour sa musique, je donne mon numéro de téléphone et je termine par « Quelle folie !»  »

Il est 14 h 30 à quand elle glisse la lettre sous la porte. Elle rentre chez elle faire ses devoirs.

17 h, le téléphone sonne, elle répond.

– Pourrais-je parler à Constance ?

– C’est moi…

– C’est l’homme qui a reçu la lettre… Elle est bien écrite, elle m’a touché. J’aimerais bien te rencontrer. Tu veux venir dîner avec moi ce soir?

Elle lui propose le lendemain, sa mère doit sortir….

Le RDV

5 décembre, 20 heures: elle sonne trois fois chez lui (c’est le code).

« Si je suis intimidée , il l’est plus que moi encore. Les silences s’enchaînent, il me propose d’écouter le dernier disque de Jane « Quoi ». Il met la musique à fond. Il m’emmène Chez Ravi, un indien délicieux rue de Verneuil. Tout le monde le connaît. En entrant dans le restaurant je repère un garçon qui est dans ma classe : Bertil Scali. Au restaurant, Serge, toujours timide, me raconte une foule d’histoires drôles parce qu’il ne sait trop quoi me dire. Moi je le trouve irrésistible. A la fin du repas, je lui avoue que je ne comprends pas ce que veut dire « Je t’aime moi non plus ». Une Chanson devenue un film. Il me propose de venir le voir chez lui, en cassette.

Je découvre l’étage de son hôtel particulier: moquette noire au sol avec de gros motifs blancs. Je visite sa petite bibliothèque : livres précieux, objets et sa vieille machine à écrire Remington… Il y a aussi sa collection de poupées anciennes, la salle de bain de Jane restée intacte depuis leur séparation… Serge me dit de m’installer sur le lit et je découvre les merveilles d’une technique ultra inconnue de moi : un écran descend du plafond, il lance le film et s’en va téléphoner, vaquer à ses occupations. Quand le film est terminé, il me propose de voir « Equateur », son second long-métrage…

Je suis épuisée quand le film se termine. Serge me propose de rester dormir, nous dormons ensemble. Au matin, Fulbert son homme de ménage a préparé du café… Serge a du travail … on se quitte… Sur le pas de la porte, il me fait un signe de la main quand je démarre mon Ciao .

Ils deviennent amants

Mars 1986 : « Je passe chez lui, sonne trois fois, pas de réponse. J’écris sur son mur un poème pour qu’il le voit… Il me rappelle… Me propose notre second dîner. Après le restaurant créole, cette fois, rue de Verneuil, on rentre, on parle, on se rapproche. Je découvre sa gentillesse, sa douceur, sa faculté à mettre en valeur la personne avec laquelle il se trouve… D’une certaine façon il me rend plus belle, plus importante en me mettant tellement en valeur… Sa chambre, son film préféré « Les sentiers de la gloire » de Kubrick, le lit gigantesque recouvert de vison, les bouteilles de parfum Guerlain. Je me sens bien, déjà familière en ce lieu. Après le film, il me demande si je veux faire « dodo avec lui »… J’en meurs d’envie. C’est tendre… »

« J’ai presque 17 ans, une vraie maturité, Serge ne fait pas son âge, il n’a pas d’âge. »

L’histoire se poursuit cinq ans « régulièrement », dit-elle. Beaucoup de lettres (il n’y a pas de portable à l’époque), beaucoup de télégrammes.

« Je le retrouve en fin d’après-midi, chez lui, en studio, en tournage, à l’hôtel. On reste toute la nuit ensemble, on dort peu, on parle énormément… Il me raconte sa vie, me parle de sa solitude, de ses moments de déprime, de ses doutes. »

«Il dit ne pas connaître le bonheur… Il a un stock d’anecdotes incroyables que j’adore écouter… Quand il parle de sa mère, il pleure. Il parle de sa première femme, de ses enfants, de Jane et de sa rencontre avec Bambou… et aussi de Charlotte et de Lulu. »

Elle assiste à de nombreux épisodes connus, souvent cachée dans les coulisses. Elle est ainsi présente sur le plateau de Michel Drucker quand il dit à Whitney Houston « I want to fuck you ». Malgré, ou peut-être à cause de l’éducation stricte qu’il a reçu, Serge adore la trangression. Sur « Tenue de Soirée » , elle est en studio avec Bertrand Blier, Serge compose sur un clavier électronique. Elle dit l’avoir vu dicter d’une traite le synopsis de « Charlotte Forever » à une dactylo.

Au fur et à mesure que leur histoire avance, Serge la transforme physiquement, lui demande de s’habiller autrement, de ne plus porter de vêtements informes, de se couper les cheveux.

Elle dit n’avoir que très peu connu Gainsbarre… Ce qu’elle a vu elle c’est un homme qui n’a jamais cessé d’être un enfant, timide, doux. Jamais blasé.. Quand un gamin de six ans le reconnaît dans la rue, cela le met en joie, de même lorsqu’il entend ses chansons à la radio.

« De ma vie je n’ai jamais rencontré un homme aussi généreux, attentionné et drôle. Dépourvu de vulgarité, de méchanceté. Un dandy, avec une allure folle et unique. Depuis je n’ai jamais cessé de chercher un tel homme. Si je pense à Serge , je pense à son eau de toilette Van Cleef &Arpels pour homme , bouteille noire. Il a en six exemplaires, la même veste, le même jean, les mêmes Repetto. Et détail important: il relève toujours le col de sa veste ou de sa chemise.

Il a beaucoup souffert de sa laideur; d’elle il dit : « Elle a ceci de supérieur sur la beauté c’est qu’elle dure. » Les deux dernière années, Serge fume de plus en plus, des Gitanes qu’il allume avec un Zippo, boit de l’alcool, beaucoup de pastis.

C’est en tournant « Charlotte For Ever » que la fille de Gainsbourg rencontre Constance. Celle-ci est couchée dans une chambre de l’hôtel Raphaël où elle a dormi avec Serge. « J’ai beaucoup attendu les appels de Serge pendant toutes ces années. Je ne sais jamais quand je vais le revoir. »

Dernier Acte

1989 à 1991: Plusieurs hospitalisations. Serge doit arrêter de fumer, de boire. Il est déprimé, il a peur de perdre la vue. Il se referme sur lui-même.

Dernier appel en décembre 1990… Il fume et boit à nouveau. Parle de la mort en blaguant. Dit qu’il faudrait faire un musée de sa maison, après.

« Il est mort avant de vieillir, tu es encore jeune, tu as 62 ans », lui dit-elle.

« Avoir pour premier grand amour un tel homme fait que le retour à la réalité est terrible. A seize ans je découvrais des sommets et ne pouvais ensuite que tomber de ce piédestal. »

« La jeune fille et Gainsbourg », de Constance Meyer, éd. de l’Archipel, 160 pages. 14,95 euros.

Voir de même:

Masterpiece

The Stars of ‘Blue is the Warmest Color’ On the Riveting Lesbian Love Story
It’s the interview that sparked a huge fight between director Abdellatif Kechiche and actress Léa Seydoux. The 10-minute graphic lesbian sex scene in the masterful French Drama ‘Blue is the Warmest Color,’ winner of the Palme d’Or, stunned Cannes. At Telluride, Marlow Stern spoke to the film’s two onscreen lovers about ‘that scene’ and why they’ll never work with Kechiche again.
Marlow Stern
The Daily Beast
09.01.13

Film festival reviews are, as is their wont, often prone to hyperbole. Even the most weathered of movie critics can get swept up in the wonder of it all.

But make no mistake about it: the French drama Blue is the Warmest Color is filmmaking—and acting—of the highest order.

Directed by Abdellatif Kechiche, and based on a graphic novel by Julie Maroh, Blue tells the story of Adèle (Adèle Exarchopoulos), an awkward but beautiful 15-year-old girl whose initial sexual forays leave much to be desired. All that changes when she crosses paths with Emma (Léa Seydoux), a blue-haired college student studying art. It’s love—or is it lust?—at first sight, and before long, the two are inseparable. But, like any first love, the pair’s hidden quirks and desires begin to reveal themselves, and they struggle to remain afloat.

In a Cannes Film Festival first, the Palme d’Or was awarded to the entire Blue is the Warmest Color team—Kechiche, Exarchopoulos, and Seydoux—and the three-hour film has received universal praise from critics and audiences alike for its honest and poignant portrayal of first love.

The film’s two stars, who deliver two of the best performances of the year, sat down with Marlow Stern at the Telluride Film Festival to discuss the hellish-sounding making of the film, including why they’re embarrassed by the film’s talked-about 10-minute sex scene, and how they were terrorized on set by Kechiche. 

Do you remember the first time you thought you were in love?

Léa: For me, I was maybe ten years old. I was in love with my cousin, I remember. Every time he came in, I could feel my heart beating so fast. At the time, I was crazy about Barbie but I was kind of a tomboy, so I was hiding my passion for Barbie’s because he said, “I hate girls who like Barbies.” I told him my favorite color was blue, even though it was pink. Once, I remember he came in and saw me playing with my Barbies and I turned red and felt so embarrassed.

Adèle: The first people that I started to feel something for in that way were my cousins, too. You go on vacation with them, spend a lot of time with them, and they’re a little bit older than you. But when I really fell in love and discovered how stupid you can be and everything, I was about 14. But it was a bad story. I regret it.

This is a very immersive role that demanded a lot from both of you. You must have had a lot of trust in Kechiche before signing on to this.

Léa: The thing is, in France, it’s not like in the States. The director has all the power. When you’re an actor on a film in France and you sign the contract, you have to give yourself, and in a way you’re trapped.

Adèle: He warned us that we had to trust him—blind trust—and give a lot of ourselves. He was making a movie about passion, so he wanted to have sex scenes, but without choreography—more like special sex scenes. He told us he didn’t want to hide the character’s sexuality because it’s an important part of every relationship. So he asked me if I was ready to make it, and I said, “Yeah, of course!” because I’m young and pretty new to cinema. But once we were on the shoot, I realized that he really wanted us to give him everything. Most people don’t even dare to ask the things that he did, and they’re more respectful—you get reassured during sex scenes, and they’re choreographed, which desexualizes the act.

Right. They pause the action for new camera angles, etc.

Adèle: Exactly. I didn’t know [Léa] in the beginning, and during the first sex scene, I was a little bit ashamed to touch her where I thought I wanted, because he didn’t tell us what to do. You’re free, but at the same time you’re embarrassed because I didn’t really know her that well.

Wait. You two didn’t meet at all before filming?

Adèle: We met once for a camera test before, since she was already cast, but that was it until the shoot.

And was it difficult to shoot that 10-minute sex scene? I don’t remember the last time I’ve seen a sex scene that long in a movie—gay or hetero.

Léa: For us, it’s very embarrassing.

Adèle: At Cannes, all of our families were there in the theater so during the sex scenes I’d close my eyes. [Kechiche] told me to imagine it’s not me, but it’s me, so I’d close my eyes and imagined I was on an island far away, but I couldn’t help but listen, so I didn’t succeed in escaping. The scene is a little too long.

Were the sex scenes between you two unsimulated? They look so real.

Léa: No, we had fake pussies that were molds of our real pussies. It was weird to have a fake mold of your pussy and then put it over your real one. We spent 10 days on just that one scene. It wasn’t like, “OK, today we’re going to shoot the sex scene!” It was 10 days.

Adèle: One day you know that you’re going to be naked all day and doing different sexual positions, and it’s hard because I’m not that familiar with lesbian sex.

Me either.

Léa: The first day we shot together, I had to masturbate you, I think?

Adèle: [Laughs] After the walk-by, it’s the first scene that we really shot together, so it was, “Hello!” But after that, we made lots of different sex scenes. And he wanted the sexuality to evolve over the course of the film as well, so that she’s learning at the beginning, and then becomes more and more comfortable. It’s really a film about sexual passion—about skin, and about flesh, because Kechiche shot very close-up. You get the sense that they want to eat each other, to devour each other.

So are you two really good friends now? You know each other a lot more intimately than I know most of my friends.

Adèle: Yeah! [Laughs] Thankfully we’re friends.

And the shoot was very long in general.

Léa: Five-and-a-half months. What was terrible on this film was that we couldn’t see the ending. It was supposed to only be two months, then three, then four, then it became five-and-a-half. By the end, we were just so tired.

Adèle: For me, I was so exhausted that I think the emotions came out more freely. And there was no makeup artist, stylist, or costume designer. After a while, you can see that their faces are started to get more marked. We shot the film chronologically, so it helped that I grew up with the experiences my character had.

And same-sex marriage wasn’t legalized in France until May—well before you finished shooting the film. This is an important film. It’s rare to see such an honest depiction of the love between two young women onscreen.

Léa: It is amazing. In France, it’s not out yet but at Cannes it was huge, and I think this is one of the reasons. This film is very modern. It’s a new way to make films. We never saw a film like this before—a love story this realistic. And it says a lot about the youth of today. It’s a film about love. I don’t really think it’s a film about homosexuality—it’s more than that. Homosexuality is not taboo anymore—even if it isn’t considered “moral” by everyone—which is how it should be.

Adèle: Without being a militant, Adèle was already very partial towards this movement because of how she was brought up. So for her, it’s just normal. There are some things that you can’t control, so she thinks it’s very bizarre when people say it’s against nature, and has no idea why anybody would give a fuck. Before gay marriage was legalized in France, there were huge demonstrations in France with even mothers with small children shouting terrible insults.

Right. I grew up around plenty of gay people, so it’s all about experience. People are afraid of what they aren’t familiar with, or don’t understand. But sex scenes aside, what was the toughest scene for you two to film? 

Léa: Any emotional scenes. [Kechiche] was always searching, because he didn’t really know what he wanted. We spent weeks shooting scenes. Even crossing the street was difficult. In the first scene where we cross paths and it’s love at first sight, it’s only about thirty seconds long, but we spent the whole day shooting it—over 100 takes. By the end of it, I remember I was dizzy and couldn’t even sit. And by the end of it, [Kechiche] burst into a rage because after 100 takes I walked by Adele and laughed a little bit, because we had been walking by each other doing this stare-down scene all day. It was so, so funny. And [Kechiche] became so crazy that he picked up the little monitor he was viewing it through and threw it into the street, screaming, “I can’t work under these conditions!”

Adèle: We were like, “Sorry, we’ve shot this 100 times and we just laughed once.” And it was a Friday and we wanted to go to Paris and see our families, but he wouldn’t let us. But me, I always took trains in secret to see my boyfriend.

So… was this filmmaking experience enjoyable for you at all? It doesn’t sound like it.

Léa: It was horrible.

Adèle: In every shoot, there are things that you can’t plan for, but every genius has his own complexity. [Kechiche] is a genius, but he’s tortured. We wanted to give everything we have, but sometimes there was a kind of manipulation, which was hard to handle. But it was a good learning experience for me, as an actor.

Would you ever work with Kechiche again?

Léa: Never.

Adèle: I don’t think so.

But you don’t think that the proof is in the pudding at all? It is such a brilliant film.

Adèle: Yeah, because you can see that we were really suffering. With the fight scene, it was horrible. She was hitting me so many times, and [Kechiche] was screaming, “Hit her! Hit her again!”

Léa: In America, we’d all be in jail.

You were really hitting her?

Adèle: Of course! She was really hitting me. And once she was hitting me, there were people there screaming, “Hit her!” and she didn’t want to hit me, so she’d say sorry with her eyes and then hit me really hard.

Léa: [Kechiche] shot with three cameras, so the fight scene was a one-hour continuous take. And during the shooting, I had to push her out of a glass door and scream, “Now go away!” and [Adèle] slapped the door and cut herself and was bleeding everywhere and crying with her nose running, and then after, [Kechiche] said, “No, we’re not finished. We’re doing it again.”

It’s funny that you mention the runny nose, because watching the scene with you two in the diner, I was really worried that the stream of snot was going to go into your mouth.

Adèle: She was trying to calm me, because we shot so many intense scenes and he only kept like 10 percent of the film. It’s nothing compared to what we did. And in that scene, she tried to stop my nose from running and [Kechiche] screamed, “No! Kiss her! Lick her snot!”

So this was clearly a grueling shoot. What was the first thing you did when shooting wrapped?

Léa: Well, thank god we won the Palme d’Or, because it was so horrible. So now it’s cool that everyone likes the film and it’s a big success. But I took five days off and did like… three films in a row.

Adèle: I went to Thailand with my boy with no cellphone, no one to tell me “do this” and “do that” and “hit her again.” I was like [flips two birds], smoking weed, massages, woo!

Voir enfin:

Des techniciens racontent le tournage difficile de « La Vie d’Adèle »

Sept intermittents du spectacle, embauchés sur le  film d’Abdellatif Kechiche, décrivent un climat lourd et des comportements proches du « harcèlement moral ».

Clarisse Fabre

Le Monde

24.05.2013

Il faut parler, vider son sac, fouiller dans sa mémoire pour que certains détails finissent par revenir, enfin. Le tournage de La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, sélectionné en compétition officielle à Cannes, est fini depuis neuf mois. Les souvenirs se sont estompés. Mais ils ont été ravivés subitement, jeudi 23 mai, par la publication d’un communiqué musclé du Spiac-CGT. Le Syndicat des professionnels de l’industrie de l’audiovisuel et du cinéma a dénoncé tous les manquements au Code du travail durant les cinq de mois de tournage, de mars à août 2012.

Il a aussi déploré un climat lourd, des comportements proches du « harcèlement moral », au point que certains ouvriers et techniciens auraient abandonné le navire en cours de route. Chose rare, et terriblement frustrante. Le syndicat a choisi de taper fort le jour où l’équipe du film montait les marches du Palais des festivals pour la « première mondiale ».

Hier, sur la Croisette, Abdellatif Kechiche savourait les critiques dithyrambiques, tandis qu’à l’autre bout du pays, dans la région Nord-Pas-de-Calais, certains se repassaient le film du tournage. « Une grosse, grosse galère », témoigne ce salarié. « On n’a même pas été invités à la projection. Il paraît, aussi, qu’il n’y a pas de générique de fin. C’est comme si nos noms avaient été effacés, on n’existe plus ! », s’indigne un autre. Dans un communiqué, l’association regroupant les techniciens et ouvriers du cinéma du Nord-Pas-de-Calais, l’Atocan, fait cette remarque grinçante : « Si ce long-métrage devait devenir une référence artistique, nous espérons qu’il ne devienne jamais un exemple en termes de production. »

Bien sûr, un tournage n’est jamais un fleuve tranquille. Il y a toujours des moments de tension. Mais, bien souvent, il reste le sentiment joyeux d’avoir participé à une belle aventure. C’est le plus important, et ça permet d’oublier le reste. Visiblement, tout le monde n’a pas réussi à sublimer le tournage de La Vie d’Adèle. Des intermittents du spectacle, embauchés sur le tournage, ont accepté de témoigner, sous couvert d’anonymat, car ils tiennent à retrouver du travail. L’un d’eux résume : « Le tournage était prévu pour deux mois et demi. Finalement il a duré le double, à budget constant. Et pour faire du Kechiche, il faut être là à 100 %. Sur cinq mois, c’est pas tenable. »

Commençons par les tarifs au rabais, et autres entorses au droit social. Certes, La Vie d’Adèle ne sera pas le premier tournage à avoir contourné les règles. La future convention collective du cinéma, quelle qu’elle soit, est d’ailleurs censée mettre de l’ordre dans les contrats de travail. Mais, dans La Vie d’Adèle, « les choses sont allées beaucoup trop loin », constate ce technicien, rompu à tous les arrangements sur les films d’auteurs fauchés. Figurants embauchés à l’arrache, au coin d’une rue, devant le magasin d’un disquaire lillois ; planning modifiés avec des cycles de travail sur six jours payés cinq jours, etc.

BEAUCOUP DE STAGIAIRES…

La Vie d’Adèle a pourtant bénéficié d’une enveloppe de 4 millions d’euros, ce qui n’est pas rien. Mais le tournage s’est éternisé. Est arrivé le moment où il n’y avait plus d’argent : du moins, c’est ce que disait la personne chargée de la paie, issue de la société Quat’ Sous du réalisateur. Abdellatif Kechiche est aussi coproducteur du film, ce qui n’a pas arrangé les choses. « Il avait tout pouvoir », comme le dit un technicien. Il ne restait plus qu’à faire le bras de fer pour obtenir son chèque, quand une journée déclarée huit heures avait été « oubliée ». Du travail bénévole a même été proposé à certains sur le thème : travailler auprès de Kechiche est une si belle carte de visite. « C’est vrai qu’il s’entoure de jeunes, leur confie des responsabilités. On apprend énormément. Mais c’est aussi parce qu’il cherche des gens malléables. Pour lui, quelqu’un qui a trop d’expérience est formaté. » Il y avait donc beaucoup de stagiaires…

Certains, en revanche, n’ont eu « aucun problème d’argent » avec la production. Tous leurs frais ont été payés. Mais ils gardent un sentiment mêlé : l’atmosphère sur le tournage n’était « pas humaine ». « Il y a eu un mépris pour les conditions de travail, pour le repos de l’équipe, et sa vie privée, je n’ai jamais vu ça », dit cet ancien collaborateur. C’est ce qui le rend le plus mélancolique. « Kechiche peut être chaleureux avec l’équipe, demander aux uns et aux autres s’ils vont bien. Il travaille au plus près des comédiens, il y passe un temps fou. Il peut filmer un repas de famille pendant une heure et demie, en laissant improviser les acteurs, pour capter des éclats du réel, de l’intime. Le résultat est magnifique. Mais quand on connaît l’envers du décor, on se demande vraiment : ‘Elle est où cette beauté ?’ C’est à désespérer de tout. »

Le style Kechiche est mal passé, et même a fait souffrir. Sa « méthode », si l’on peut dire, consiste souvent à improviser. Le souci de privilégier l’instant est très important pour ce cinéaste qui recherche par-dessus tout l’authenticité. « Le soir, quand on quittait le plateau, parfois tard, vers 23 heures, on ne savait pas ce qui allait se passer le lendemain. » Il est arrivé à l’équipe de recevoir un courriel, dans la foulée, annonçant l’heure de la reprise. Parfois, c’est un SMS qui arrivait pendant la nuit…

Les proches du réalisateur, qui le placent très haut dans leur estime, et qui pour rien au monde ne rateraient l’aventure, se sont accommodés de ce rythme foutraque. Un technicien du Nord raconte : « Dès que Kechiche demande quelque chose, ils rappliquent autour de lui. C’est une véritable cour, ils supportent tout ! » Quitte à reporter le stress sur les autres. « Un jour, Kechiche a renvoyé une de ses fidèles. Tu es trop nerveuse, tu empêches tout le monde de travailler. Rentre chez toi ! » Une image vient à l’esprit de ce témoin : « On ne nous donnait pas les moyens de travailler. C’est comme si on vous demandait de repeindre un immense hangar avec un petit pinceau. »

« C’EST INCROYABLE LE TEMPS QU’ON A GÂCHÉ »

La nécessité de tout faire « à l’arrache » est en cause, une fois de plus. Le décor ne plaît plus à Kechiche, ou l’empêche de faire le plan dont il rêve ? Une heure avant le « prêt à tourner », le PAT, il faut démolir le mur. Autre exemple , un jour de tournage au lycée Pasteur, à Lille. « Il pleuvait, et bizarrement les costumes des comédiennes traînaient par terre. Pourquoi ? Tout simplement parce que quelqu’un a décidé d’emprunter le camion qui transportait les costumes. Et les vêtements ont été posés là, par terre, sans prévenir. Et tant pis pour ceux qui doivent ramasser ! »

Le mépris pour les techniciens revient comme un refrain. « L’histoire de la montre » est restée dans les esprits. Voici la scène : Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos sont habillées, assises sur un banc, prêtes à jouer. Soudain Kechiche dit à l’une d’elles : « Dans la scène, tu dois regarder l’heure, alors il te faut une montre. Allez chercher une montre ! », ordonne-t-il. Dans ces cas-là, il faut courir comme un lapin, partir toute affaire cessante. Quelqu’un fonce, donc. A son retour, il y a comme un malaise : Kechiche ne regarde même pas la montre qui vient d’être achetée. Car entre-temps, il a changé d’avis. Une autre fois, l’équipe a attendu huit heures que le tournage commence. Kechiche n’était pas prêt, ou réfléchissait. Mais personne n’avait été prévenu et tout le monde tournait en rond. « C’est incroyable le temps qu’on a gâché », se remémore un ancien salarié.

Parfois, le témoignage vire à la rigolade, ou au rire nerveux, tellement c’est gros. Cette fois-ci, l’équipe est sur le plateau. Les deux comédiennes principales ont puisé dans le stock de costumes et ont choisi elles-mêmes leurs vêtements. De toute façon, il n’y avait pas de consigne. Mais la tenue ne plaît pas au réalisateur. « Kechiche a dévisagé tous les membres de l’équipe, détaillant la façon dont chacun était habillé. Soudain, il a dit : ‘Le pull rouge, là, je le veux !' » Quelqu’un est allé négocier, demandant à la fille en question de bien vouloir prêter son pull le temps de la scène.

Morale de l’histoire ? « Je pense que Kechiche a un immense respect pour les comédiens. Mais pas pour les techniciens. » La preuve, poursuit-il, « c’était un jour de tournage dans un appartement. On était persuadés qu’on allait filmer. Au lieu de ça, Kechiche s’est assis à table, dans le décor de la cuisine, avec Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Il a demandé à l’un de ses proches d’aller chercher des huîtres et du champagne. Et ils se sont mis à manger. Nous autres, on attendait ». Heureusement, l’espace était suffisamment grand pour que chacun vaque à ses occupations, ailleurs que dans la cuisine. « On n’était pas collés devant la table, à les regarder manger ! Mais il régnait un sentiment bizarre. »

L’heure tourne. Ce technicien pourrait passer la nuit au téléphone à raconter « des tonnes d’anecdotes ». Une dernière avant de raccrocher. C’était un jour où Wild Bunch, producteur principal du film, venait assister au tournage, avec d’autres responsables. Il fallait faire bonne figure, donner l’impression que tout était sous contrôle. Il a donc été décidé de filmer quelques scènes bien ciblées, au lycée Pasteur, ou de refaire des prises qui avaient déjà été faites. A la fin de la journée, un des visiteurs a lâché : « Ben, ça se passe plutôt bien en fait… »

Voir par ailleurs:

Les 25 groupies qui ont marqué le rock

“Un rocker peut se sentir une vraie star quand il a au moins une groupie” : le succès des stars du rock s’évalue avec des applaudissements, des ventes d’albums et la plupart du temps avec le nombre de groupies qu’ils possèdent. Ces divas fanatiques représentent le glamour d’une époque. Certaines d’entre elles ont survécu aux excès de ce temps révolu. Voici les plus célèbres reines des coulisses…

1. Pamela Des Barres –  Mick Jagger, Gram, Parsons, Jimmy Page

Pamela était connue pour sa beauté, sa personnalité captivante. Pamela a été la groupie de Mick Jagger des Rolling Stones, Gram Parsons, Jimmy Page, Keith Moon et bien d’autres…

2. Tawny Kitaen – David Coverdale, Tommy Lee

Tawny a eu une relation avec David Coverdale, Tommy Lee du groupe Motley Crue, Robbin “Ratt” Crosby et John Taylor de Duran Duran. Elle a été introduite sur la scène glam metal par son petit ami du lycée, Robbin Crosby, fondateur du groupe Ratt.

3. “Cynthia Plaster Caster” Albritton – Frank Zappa, Eric Burdon

Cynthia Albritton a obtenu son nom parce qu’elle a plâtré les membres des musiciens avec lesquels elle a couché. Albritton a couché avec beaucoup de musiciens et a même un plâtre des parties génitales de Jimi Hendrix. Le groupe KISS à dédié une chanson à Cynthia Plaster Caster. Cette chanson est intitulée à juste titre “Caster Plaster”.

4. “Sweet Connie” Connie Hamzy – David Lee Roth,  Alice Cooper

Connie Hamzy était aussi connue comme “Sweet Connie” parmi les musiciens pour être une groupie très entreprenante… Elle a même été immortalisée dans une chanson de Grand Funk Railroad appelée “We’re An American Band”.

5. Bebe Buell – Steven Tyler

Bebe Buell est connue pour être l’une des plus belles et célèbres groupies, mais aussi pour être la mère de Liv Tyler. Buell lui a dit la vérité sur son vrai père (le chanteur d’Aerosmith, Steven Tyler) quand elle était adolescente. Bebe est tombée enceinte de Liv en 1977. Mais avant cela, elle était groupie et muse de nombreuses stars du rock dans les années 70.

6. Roxana Shirazi – Steven Adler, Dizzy Reed

Roxana Shirazi a détaillé ses exploits en tant que groupie dans son livre The Last Living Slut. Née en Iran, mais scolarisée en Angleterre, elle a couché avec Steven Adler, Dizzy Reed et Matt Sorum de Guns