Vandalisme: Il est inadmissible que l’art subisse l’obscurantisme de quelques-uns (How about a giant penis on Washington’s Mall shooting semen right across the Lincoln Memorial ?)

Anish-Kapoor-“Dirty-Corner”

Indian-born British artist Anish Kapoor's "Shooting into the Corner" creation is seen in the Jeu de Paume at the Chateau de Versailles, in Versailles, France, June 5, 2015. The "Kapoor Versailles" exhibition of the artist's work runs from June 9 to November 1. REUTERS/Charles Platiau

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Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Tout est parti d’une plaisanterie : à l’origine, je trouvais que le plug anal avait une forme similaire aux sculptures de Brancusi. Après, je me suis rendu compte que cela ressemblait à un arbre de Noël. Mais c’est une œuvre abstraite. Les gens peuvent être offensés s’ils veulent se référer au plug, mais pour moi, c’est plus proche d’une abstraction. Paul McCarthy 
Bien sûr que cette œuvre est polémique, qu’elle joue sur l’ambiguïté entre un arbre de Noël et un plug : ce n’est ni une surprise, ni un secret. Mais il n’y a aucune offense au public, et suffisamment d’ambiguïté pour ne pas choquer les enfants. Cette œuvre a d’ailleurs reçu toutes les autorisations nécessaires : de la Préfecture de police, de la mairie de Paris, et du ministère de la Culture, en lien avec le Comité Vendôme qui regroupe les commerçants de la place. A quoi sert l’art si ce n’est de troubler, de poser des questions, de révéler des failles de la société ?  Jennifer Flay (directrice artistique de la Fiac)
La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son oeuvre, quel que soit le regard que l’on pouvait porter sur elle. Nous devons toujours respecter le travail des artistes. François Hollande
Mais il y a peut-être pire que la bonne conscience suintante: l’exploitation à mauvais escient de la mauvaise conscience. (…) Et si une fois de plus, ceux qui donnent aujourd’hui, profitant de l’effet de sidération qui interdit la réflexion, une leçon de morale humaine n’étaient pas les premiers responsables en Europe du malheur des migrants et de l’impossibilité de leur apporter toute l’aide souhaitée? Les braves gens, qui pleurent sans pudeur sur le sort des Syriens. Pendant des décennies, la presse convenue n’estimait pas convenable de critiquer, sauf à être raciste ou islamophobe, la radicalité arabo – islamique. Ni celle du nationalisme alaouite des Assad qui gazaient déjà sans problèmes les malheureux kurdes et qui bombardent à présent les quartiers rebelles à coups de barils de dynamite, ni celle plus récente d’un islamisme dont l’usage du mot même était jusqu’à peu tabou pour cause de préfixe amalgamant. Depuis le début d’une guerre qui a fait près de 300 000 morts, aucune manifestation d’ampleur n’a été organisée en France en solidarité avec les populations qui souffrent en Syrie. Le sort du peuple kurde, encore moins son destin national, n’a jamais intéressé qui que ce soit en France. Comment se fait-il qu’alors que des milliers de djihadistes français partent en Syrie, aucun jeune et généreux rebelle progressiste , aucun aventurier du macadam parisien, aucun juste de la 25e heure, n’ait seulement l’idée de former une brigade internationale qui irait combattre les premiers responsables de la mort du petit kurde, aux côtés des forces kurdes à Kobané ou ailleurs? La réponse est facile: nos donneurs de leçons de morale se moquent comme d’une guigne du sort des Syriens en Syrie. La seule chose qui les intéresse, sans qu’ils s’en rendent compte eux-mêmes, c’est de pouvoir fustiger les Européens en Europe et les Français en France qui osent, les égoïstes, les rabougris, s’inquiéter que leur pays ne devienne dans une décennie une nouvelle Syrie. (…) Se préoccuper de son pays, de sa sécurité, de sa cohésion, de son identité (et oui, le mot-dit, le mot est dit) du sort de ses enfants, et de la possibilité d’accueil et d’intégration des populations étrangères n’est pas un signe particulier d’indifférence. Il vaut peut-être mieux que les élans du coeur irréfléchis, ou le suivisme conformiste sur fond de parallèle historique hystérique. Car les Français ont payé très cher pour apprendre et ne plus croire le discours des apprentis sorciers. Les déclarations extatiques sur l’immigration «chance pour la France» ou sur l’islam, forcément , toujours et encore «religion de paix». La manière dont on moqua les «fantasmes» de bouleversements démographiques pour expliquer un beau matin qu’il était trop tard pour regarder en arrière la France des clochers, puisque la France était devenue «multiculturelle». Alors oui, les Français ne croient plus dans les paroles verbales de la gauche gauchisante. Ils savent qu’à côté de populations terriblement souffrantes-et à qui ils veulent apporter assistance-se trouvent d’autres populations qui aspirent à profiter d’une Europe aujourd’hui saturée et appauvrie. Ils savent que tous les réfugiés ne sont pas des résistants anti-islamistes, et que certains même sont des djihadistes envoyés par l’État Islamique, comme ces quatre arrêtés il y a quelques jours à la frontière bulgare, et qui pourront peut-être aussi causer des morts à immortaliser sur papier glacé. Ils savent-exactement comme les forceurs de clôtures- l’Europe faible, et ses frontières totalement battues en brèche, enfoncées, niées . Ils savent qu’en dépit ou à cause des quotas accordés (qui en eux-mêmes seraient supportables), les déboutés du droit d’asile, piétineront les frontières délibérément violées et outragées. Ils savent, que les politiciens tétanisés et les fonctionnaires émasculés, n’exécutent plus ou presque les arrêtés d’expulsion qui s’imposent pourtant, précisément pour autoriser, valider et légitimer l’arrivée légale des bénéficiaires du droit au refuge. Ainsi donc, les premiers responsables de l’impossibilité d’accueillir tous ceux qui le mériteraient sont à rechercher chez ceux qui ont fait échouer une immigration bien tempérée et une intégration nécessaire. Ils l’ont fait échouer, parce qu’au fond d’eux-mêmes, même s’ils se refusent encore à le reconnaître, ils récusent la notion éculée à leurs yeux de nation, et obscène d’État-nation disposant de frontières, et de sa corollaire légale, le droit existentiel pour un peuple souverain de réguler souverainement les flux migratoires. (…) Un dernier mot: l’ONU, à l’efficacité bien connue , voudrait imposer à l’Europe l’accueil de 200 000 migrants. Curieusement, elle ne demande aucun effort aux pays arabes du golfe. Depuis deux ans, et notamment dans ces colonnes, je m’épuise régulièrement, mais bien seul, a demander pour quelles raisons ces pays désertiques et richissimes n’accueillent pas chez eux des populations souffrantes avec lesquels les unissent des liens ethniques, linguistiques, religieux et culturels fraternels. Ils devraient être à d’autant plus enclins à le faire, que leur responsabilité dans la montée de l’islamisme est certainement plus grande que tout ce que les esprits les plus torturés en Europe pourraient reprocher aux occidentaux. Gilles-William Goldnadel
Les romans et le cinéma ont déjà tendance à «coller à l’actu» d’une façon qui rend leur propos poisseux de ces sentiments qu’on appelle vendeurs, mais le clip composé par le chanteur Lalanne sous le titre ultra-original «plus jamais ça» (on se demande pourquoi il n’a pas ajouté «Madame Michu») mérite d’être considéré comme le symptôme d’une décadence artistique liée à la tyrannie de l’information. (…) C’est du «sampling» affectif. L’auteur «mixe». Il s’agit de prolonger une émotion déjà éprouvée au lieu de la fabriquer de toutes pièces en utilisant les plus petites briques du grand Lego de la création.Normalement la mission de l’artiste est justement de bâtir un palais inconnu à partir de presque rien, pas d’assembler la maison de Barbie, pas de commenter ce qu’a dit le journal, pas de colorier un album imprimé. Dans le cas qui nous occupe, l’auteur de la chanson plante son drapeau sur une construction déjà prête, fournie par les médias trois jours avant, et dont on a lieu de penser qu’elle a rendu le public réceptif au thème choisi. En termes de marketing on dit que c’est «chaud», ou «chaud-bouillant». Profiter de la noyade d’un enfant syrien, et de l’émotion qu’elle suscite, pour ajouter son filet de voix à la clameur générale, c’est à la fois facile et navrant. Il y a, dans cette hâte, dans cette tentation permanente du scoop émotionnel , quelque chose d’obscène au sens propre . C’est impudique, les intentions cachées dépassent de partout, on voit toutes les coutures, on imagine le producteur téléphonant «c’est bon ça, c’est porteur, mais il faut faire vite, tu vas te faire piquer le sujet». On a beau ménager la part de sincérité de l’artiste, sincérité reconnue même si elle est assez lourdaude, on se dit que le système quant à lui n’en a aucune et qu’il fait feu de tout bois. En tout cas la vigueur des commentaires que suscite ce détournement émotionnel témoigne que les gens n’ont plus aucune patience à l’égard des apitoiements sur ordonnance. Christian Combaz
Les élus socialistes du conseil municipal de Versailles sont profondément indignés par les dégradations commises sur l’œuvre d’Anish Kapoor. Il est inadmissible que l’art, vecteur d’émancipation, subisse l’obscurantisme de quelques-uns. La liberté d’expression est une valeur fondamentale de notre République et toute atteinte qui lui est portée doit être condamnée avec la plus grande fermeté. Isabelle Saint-Jean
Mes racines sont multiples. Je suis Irakien et juif par ma mère, hindou par mon père, Britannique par ma culture, ma vie, ma pratique. Et soudain, on me ramène à une catégorie; Je suis convaincu qu’il ne faut rien retirer de ces insultes, de ces mots propres à l’antisémitisme que l’on voudrait aussitôt oublier. Désormais, ces mots infamants font partie de mon oeuvre, la dépassent, la stigmatisent au nom de nos principes universels (…) « Dirty Corner » restera donc ainsi, de notre décision commune, et se montrera ainsi aux visiteurs et aux touristes de Versailles. Voilà ce qui conduit à l’exclusion de nos frères et soeurs syriens. Honte sur la France du seul fait d’une minorité pleine de haine!  Anish Kapoor
Les œuvres d’art sont parfois des catalyseurs pour de plus grands malaises de la société. Mon Dirty Corner de Versailles a subi ce destin. Il a été rabaissé dans la presse en «Vagin de la Reine» ou «Vagin sur le Gazon» et a, semble-il, offensé une frange de l’extrême droite française. En art, ce que vous voyez n’est pas ce que pensez voir. La ressemblance exacte de l’objet d’art nous trompe; Ceci n’est pas une pipe de René Magritte nous rappelle qu’une bonne œuvre d’art a quantité d’interprétations et pas une seule. La voix malveillante de quelques-uns a trop dominé le débat et même attiré dans leur camp des gens de bonne volonté. Cela a résulté en un acte de vandalisme. J’hérite d’un débat personnel: comment dois-je réagir? Doit-on retirer la peinture qui a été jetée sur l’ensemble de l’œuvre? Ou doit-elle rester et devenir une part de l’œuvre? Est-ce que cette violence politique qui s’exprime à travers le vandalisme rend plus sale mon Dirty Corner (Coin sale, en anglais)? Est-ce que ce sale acte politique reflète les sales politiques d’exclusion, de marginalisation, d’élitisme, de racisme, d’islamophobie, etc … La question que je me pose est la suivante: Est-ce que moi, artiste, je peux transformer un vil acte de vandalisme politique en acte créatif, esthétique et public? Ne serait-ce pas la meilleure vengeance? En posant cette question, je suis conscient du pouvoir de l’art et de toutes les capacités qu’il offre. Dirty Corner est par certains aspects un acte de violence artistique. Il tente de mettre à nu la surface ordonnée du Versailles de Le Nôtre. Il engage un dialogue qui bouscule la géométrie rigide de Versailles. Il regarde sous le tapis de Le Nôtre, sous son Tapis Vert, et nous permet de voir ce qui y est d’inconfortable, de sexuel. La violence politique n’est pas la même que la violence artistique. Ce vandalisme politique se sert d’un «matériel artistique» (la peinture) pour en faire une violence bien réelle. Cela aurait pu être une bombe ou une cagoule jetée sur la tête de quelqu’on kidnappe. La violence artistique entend générer quelque chose , la violence politique détruit. la violence artistique peut heurter de ses cris la tradition des générations antérieures. Cela peut retourner violemment ce qui existait au préalable , mais en ce faisant, suit une longue tradition de régénération. Toujours, elle fait avancer le langage de l’art. La violence politique cherche à effacer. Son argument est d’effacer une idée offensante, une personne offensante, une pratique offensante ou une chose offensante. Les visions politiques simplistes sont offensées par le désordre de l’art. Dans ce contexte, l’art est vu comme obscène et doit être détruit. Anish Kapoor
 It is as if an unmade bed by Tracey Emin had been installed in this anniversary year at Runnymede with an angled phallus pointing in the presumed direction of Magna Carta’s mediating Archbishop, the thoughtful Stephen Langton, and ejaculating shaving foam every twenty minutes to symbolise pressure from each of the obstreperous barons. (…) I do not accept Kapoor’s argument that Le Nôtre’s master design was itself intrusive on the landscape and so he, Kapoor, is forcing us to recognise Le Nôtre’s art by being monumentally intrusive into Le Nôtre’s own creation. Unlike Le Nôtre, Kapoor is working within a master-design, flanked by classicising white statues of Artemis and the personified figure of Revelry. That design was brilliantly conceived as a unity by Le Nôtre. “VQ” is an execrable intruder, not a forcible wake-up call. Robin Lane Fox
Cette fois, l’Art dit contemporain, l’AC, celui qui est officiel et financier, est pris à son propre piège. Car l’artiste affirme refuser qu’on enlève ces graffitis qui font désormais partie de l’œuvre. Le ministère entend respecter la liberté de création de l’artiste. Voilà donc un artiste qui crée par vandalisme interposé, ce qui est courant dans l‘AC où tout peut devenir art, du moment qu’un artiste le proclame et qu’une autorité ratifie. Nombre de ses confrères, habiles au jeu de la provocation institutionnalisée, ont pris l’habitude de considérer que l’œuvre du vandale complète la leur. Kapoor, star de l’AC, est ici logique: ayant déclaré vouloir semer le chaos à Versailles, il a récolté deux tempêtes peinturlurées. Une agression bien gérée rapporte des dividendes: un acte de vandalisme brandi comme un trophée attire les médias, donc donne de la notoriété qui renforce la cote… Christine Sourgins

Attention: un vandalisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, en une Europe submergée par une véritable invasion de migrants irréguliers criant Allah akbar …

Ou en un Etat dont on propose de financer l’annihilation, au nom du même Allah,  par l’un de ses voisins …

Il est désormais considéré raciste et malséant, pour le cobayes forcés que nous sommes, de s’inquiéter des conséquences de plus en plus désastreuses des expériences de sociologie à ciel ouvert de nos apprentis-sorciers de dirigeants …

Comment ne pas voir avec la sociologue Christine Sourgins et la critique d’art du Financial Times Robin Lane Fox …

Le véritable vandalisme d’un art contemporain …

Qui jouant les victimes et la carte de la provocation institutionnalisée pour faire accessoirement monter sa cote …

« Réveille non seulement les vieux démons pour le plaisir de les exhiber » …

Mais profane en fait, à travers le saccage certes temporaire des oeuvres d’un le Nôtre ou d’un Jules Hardouin-Mansart face à la salle du Serment du jeu de paume ou au Ministère de la Justice

(Imagine-t-on la réaction de nos amis anglais ou américains si un pénis géant venait à cracher son sperme sur Buckingham palace ou le Lincoln Memorial ? )

Le passé et les valeurs partagées de tout un peuple  ?

Kapoor à Versailles : le jackpot du scandale
Christine Sourgins
Le Figaro

11/09/2015

Christine Sourgins estime que les inscriptions qui ont défiguré l’installation d’Anish Kapoor à Versailles permettent de faire grimper la cote d’un artiste à qui le scandale bénéficie.
Christine Sourgins est historienne de l’art et médiéviste.

A nouveau la sculpture monumentale d’Anish Kapoor à Versailles «Dirty corner» a été vandalisée. Dans la nuit du 5 septembre, des inscriptions «à caractère antisémite» ont maculé cette trompe d’acier, s’en prenant aussi aux «tradis», tandis que les capitales de «Sacrifice Sanglant» exhibent le sigle SS de sinistre mémoire… Mais cette fois, l’Art dit contemporain, l’AC, celui qui est officiel et financier, est pris à son propre piège.

Car l’artiste affirme refuser qu’on enlève ces graffitis qui font désormais partie de l’œuvre. Le ministère entend respecter la liberté de création de l’artiste. Voilà donc un artiste qui crée par vandalisme interposé, ce qui est courant dans l‘AC où tout peut devenir art, du moment qu’un artiste le proclame et qu’une autorité ratifie. Nombre de ses confrères, habiles au jeu de la provocation institutionnalisée, ont pris l’habitude de considérer que l’œuvre du vandale complète la leur. Kapoor, star de l’AC, est ici logique: ayant déclaré vouloir semer le chaos à Versailles, il a récolté deux tempêtes peinturlurées. Une agression bien gérée rapporte des dividendes: un acte de vandalisme brandi comme un trophée attire les médias, donc donne de la notoriété qui renforce la cote…

Tout cela ne se déroule pas dans le parc d’un milliardaire capricieux et cynique: dans un espace privé on pourrait, à la rigueur, tolérer des entorses à la loi commune (et encore, la jurisprudence ne l’entend pas ainsi). Mais à Versailles, nous sommes dans un monument national, géré par des fonctionnaires au nom du peuple français, lui-même régi par des lois. Dont la loi Gayssot qui réprime fortement toute incitation à la haine raciale ou antisémite: il est donc inimaginable qu’un Etat de droit laisse à la vue de tous des inscriptions qu’il déclare infamantes. Et ce ne sont pas les «panneaux explicatifs», promis par le ministère, qui transmuteront, par la magie du nominalisme, l’offense en pédagogie.

Par conséquent, si on reconnait à l’artiste le droit de continuer à compléter son œuvre en y incorporant des propos punis par la loi, «Dirty corner» doit être immédiatement démontée car elle offense et les citoyens et la loi: elle doit quitter Versailles. Ou bien une palissade pourrait dissimuler le délit, et donc cacher l’œuvre de Kapoor qui s’en fait le support. On voit dans quelle pétaudière juridique se sont mis les organisateurs de ce supposé dialogue entre un certain art contemporain, l’AC, et le patrimoine.

Mais allons plus loin. Quand on nous dit que des actes de vandalismes prouvent qu’une œuvre est réussie car elle fait réagir et donne à penser. «Dirty corner» démontre le contraire: elle réveille les vieux démons pour le plaisir de les exhiber. L’AC sécrète des réactions idiotes, viscérales, chez certains détracteurs mais tout autant chez certains partisans: cet art contemporain-là hystérise la vie sociale. On peine à rapporter qu’un des admirateurs de Kapoor ait osé comparer des injures verbales avec le saccage de Palmyre! Rappelons que Kapoor a encore la tête sur les épaules, tandis que le malheureux archéologue qui défendait le patrimoine antique contre Daech l’a payé de sa vie. Ce genre de comparaison outrancière montre que l’AC est un incitateur à l’exaltation extrémiste. L’artiste lui-même, en déclarant «honte sur la France», sombre dans ce qu’il est convenu d’appeler l’amalgame, jugeant des millions de personnes d’après l’acte d’un seul ou d’une poignée. L’AC nous emporte vers un gouffre de bêtise, grondant comme le vortex que l’artiste a installé dans les jardins du Roi.

Finalement, une profanation fonctionne comme un bon plan média, Kapoor, vandalisé le 5 septembre, démarre une nouvelle exposition le 10 au couvent de la Tourette dans la cadre de la Biennale d’art contemporain de Lyon. Lors de la Fiac 2014, le Plug de McCarthy avait été vandalisé place Vendôme et le brouhaha médiatique avait judicieusement lancé son exposition à la Monnaie…où McCarthy avait, lui aussi, transformé l’attaque en oeuvre.

Invectives et indignations sur-jouées serviraient-elles à cacher les vraies questions? Après le premier acte de vandalisme, l’Etat avait renforcé la surveillance. Il est bizarre qu’un vandale ait pu écrire autant d’inscriptions, car il y en a beaucoup, sans être inquiété dans un pays qui est en alerte rouge avec le plan vigipirate. Cela pose un sérieux problème de sécurité.

Autre question gênante, qu’un artiste désormais martyr de l’AC s’empressera de trouver indécente: celle des conditions de réalisation de l’exposition versaillaise qui semble avoir été ouverte sans autorisation. Kapoor a imposé d’amples travaux de terrassements: une plainte pour dégradation de monument historique a été déposée, une enquête préliminaire est en cours…Vraiment ce second acte de vandalisme tombe à pic. Comment demander des comptes à un malheureux artiste «agressé»? Il serait temps aussi que toutes ces expositions d’AC, dans lesquelles l’argent du contribuable est engagé puisqu’on touche à un monument national, soient accomplies en toute transparence financière…historiens de l’art et sociologues le réclament en vain depuis des années.

Voir aussi:

Le Nôtre’s masterpiece vs Anish Kapoor’s ‘Dirty Corner’
Robin Lane Fox

The Financial Times
July 10, 2015

The artist’s Versailles exhibition caps a bad year for the greatest of landscape gardeners

Ihereby found a Society for the Protection of André Le Nôtre. It has been an awful year for the greatest of landscape designers. He has just been slandered in film. An item crucial to one of his masterpieces is at risk of disfigurement by a car-park. Another has been inaccurately restored in “honour” of the tri-centenary of his death. His most famous vista is being wrecked by misplaced contemporary art. Le Nôtre’s great gardens include many V-words, words such as Versailles or Vaux le Vicomte. Not until this summer’s cultural patronage have they been disfigured by another, an intruder which politely, for reasons explained below, I will abbreviate as VQ.

First, the ordeal by film. In English cinemas it was entitled A Little Chaos, but in French, tellingly, Les Jardins du Roi. Maybe you would smile if you too were represented at the age of 40 when you were actually over 65 and then shown as seducing Kate Winslet at the height of her acting powers. You would, however, sue if you were at the summit of your talent, recently returned from Italy, about to design two brilliant royal bosquets at Versailles but were presented to millions of film-goers as if you needed the inspiration of a pushy young lady designer whose only achievement, a little back garden, intrigued you by resembling a yard in Los Angeles three hundred years after your death.

Patricia Dechin is the celebrated expert on Le Nôtre’s life. She confirms to me that female gardeners did indeed have important official roles in parts of Versailles’s garden, but Le Nôtre would never have delegated to them the right to design for the King. “A missed opportunity,” she magnanimously concludes, while observing that bits of the film were shot at Blenheim Park but not in its formal parterre garden. “Dommage,” she remarks, as the parterre at Blenheim was modelled on designs at Versailles.

At Sceaux, near Paris, the “anniversary restoration” of a Le Nôtre design in 2013 has been much publicised, but it is based on its architect’s reworking of an 18th-century melange and is not the master’s design at all. At Chantilly, the commune has just floated a plan of consummate philistinism, a parking-lot in the remains of Le Nôtre’s original reservoir, an integral part of the original water systems that enabled his beautiful landscape. Above all, consider, but this year, avoid, Versailles.

©Fabrice Seixas‘C-Curve’ (2007), by Anish Kapoor
I fear artworks by Sir Anish Kapoor will be in situ here until November. On the way up to the château, the former Tennis Court, the Jeu de Paume, is one of the holy spaces in all political experience. There, on June 20, 1789, more than six hundred French deputies of the “Third Estate” swore their oath that as a new National Assembly they would continue to reassemble “until the constitution of the Kingdom is established”. Like Magna Carta, this oath was a check on royal power. Like that Charter, its fame increased far beyond the participants’ aims. Push open the Tennis Court door in homage this year, however, and you will find a sort of gun which Kapoor has himself called “phallic”. It is shooting red wax across the floor to symbolise human blood and entrails. It is as if an unmade bed by Tracey Emin had been installed in this anniversary year at Runnymede with an angled phallus pointing in the presumed direction of Magna Carta’s mediating Archbishop, the thoughtful Stephen Langton, and ejaculating shaving foam every twenty minutes to symbolise pressure from each of the obstreperous barons.

The Tennis Court is not the garden. However, on the garden’s main terrace, blocking the view of the greatest royal façade in the world, Kapoor has installed “C-Curve”, a semicircular strip of shining mirror, one side of which makes spectators look as if they are upside down, the other as if they are taller. In my youth, we paid 6d to look into “fat” and “thin” mirrors, never on the terrace of Windsor Castle but at the merry old English circus. Seen from the garden, Kapoor’s gleaming “C-Curve” looks as if GCHQ has installed a dish to monitor rumours that the King’s former mistress, Mme de Pompadour, has been tweeting an Ottoman Turk.

©Fabrice Seixas/Kapoor Studio‘Descension’ (2014), by Anish Kapoor
On Versailles’s main axial view Kapoor is concerned not to detract but to jolt us by ugliness and incongruity so that we think and see differently. Until November 1, his now-infamous installation, “Dirty Corner” will be ruining the line and perspective of this sublime landscape. In an interview, Kapoor is reported as referring to this artwork as “vagina of the Queen”, or “VQ”. Perhaps queens’ v-words were differently shaped before the shock of 1792, but this monstrous metal trumpet is backed by a rusty-coloured drainpipe and flanked by huge heaps of earth and rocks and red plastic blocks to signify yet more entrails. Its fluted entry-point looks like the gramophone-trumpet by which that white dog used to sit in the adverts for old HMV. I doubt if un fox-terrier blanc ever sat by the French queen’s V with an ear cocked, even on a chilly night beneath the blankets while the King was busied elsewhere in Versailles. I do not accept Kapoor’s argument that Le Nôtre’s master design was itself intrusive on the landscape and so he, Kapoor, is forcing us to recognise Le Nôtre’s art by being monumentally intrusive into Le Nôtre’s own creation. Unlike Le Nôtre, Kapoor is working within a master-design, flanked by classicising white statues of Artemis and the personified figure of Revelry. That design was brilliantly conceived as a unity by Le Nôtre. “VQ” is an execrable intruder, not a forcible wake-up call.

Two days after my visit vandals threw paint all over the trumpet. I swear, with a Tennis-court oath, that I did not do it. Vandalism is not the right response to the rape of a defenceless genius. Beyond Kapoor’s dirty tunnel stretches Le Nôtre’s superb pond with a fountain of Apollo in his chariot. In the distance shines his formal sheet of water, but as never before this holy place is thunderously noisy. The rumpus is all Kapoor’s, with his “Descension”, an insolently placed pool of water, swirled around by power as if it is gurgling down a bath plug. The worst of the noise comes from the nearby generator that has to power it. Join my new society and you can ballot for the chance after November 1 to feed bits of the Queen’s V down the bath plug and block it into silence. Meanwhile, give Versailles a miss until 2016.

Read Jackie Wullschlager’s review of Anish Kapoor at Versailles at ft.com/kapoor

Voir également:

Anish Kapoor vandalisé à Versailles: sa «profession de foi»
Valérie Duponchelle
Le Figaro
19/06/2015
INFO LE FIGARO – Alors que l’artiste anglo-indien est venu aujourd’hui de Londres à Versailles pour constater les dégâts causés par les vandales sur son oeuvre Dirty Corner, il fait part au Figaro de son «Statement», une lettre ouverte et une réflexion sur l’art, ses polémiques et leur symbolique.

Anish Kapoor était aujourd’hui à Versailles, comme Le Figaro l’a annoncé hier en exclusivité sur son site. L’artiste anglo-indien dont l’oeuvre polémique Dirty Corner a été vandalisée, vraisemblablement très tôt mercredi matin, est venu constater lui-même les dégâts.

D’après les premières photos prises sur le vif, ces dégâts semblent importants et induisent une quantité non négligeable de peinture jaune qui a maculé une sculpture pourtant gigantesque. Comment est-elle entrée dans le Domaine royal? Sous quelle forme? Par quelles mains et par combien de personnes? L’enquête qui découlera de la plainte déposée par Catherine Pégard, présidente de l’établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles, devra établir ces faits.

L’artiste, qui nous avait répondu dès mercredi soir, dans un entretien spontané, mesuré quoique sous le choc de la nouvelle, a décidé d’écrire plus au calme ce que lui inspire ce fait français devenu un fait divers qui interroge le monde de l’art et fait le tour des capitales, du New York Times à The Guardian. Voici donc, en avant-première, ce «Statement» d’un artiste britannique passionné de politique, une expression sacro-sainte chère à l’art contemporain et à ses codes. Une profession de foi, en somme . La voici, in extenso:

«Les œuvres d’art sont parfois des catalyseurs pour de plus grands malaises de la société. Mon Dirty Corner de Versailles a subi ce destin. Il a été rabaissé dans la presse en «Vagin de la Reine» ou «Vagin sur le Gazon» et a, semble-il, offensé une frange de l’extrême droite française.

En art, ce que vous voyez n’est pas ce que pensez voir («What you see is not What you get», littéralement en anglais, NDLR). La ressemblance exacte de l’objet d’art nous trompe; Ceci n’est pas une pipe de René Magritte nous rappelle qu’une bonne œuvre d’art a quantité d’interprétations et pas une seule.

«Est-ce que moi, artiste, je peux transformer un vil acte de vandalisme politique en acte créatif, esthétique et public ? Ne serait-ce pas la meilleure vengeance ?»

Anish Kapoor
La voix malveillante de quelques-uns a trop dominé le débat et même attiré dans leur camp des gens de bonne volonté. Cela a résulté en un acte de vandalisme. J’hérite d’un débat personnel: comment dois-je réagir? Doit-on retirer la peinture qui a été jetée sur l’ensemble de l’œuvre? Ou doit-elle rester et devenir une part de l’œuvre? Est-ce que cette violence politique qui s’exprime à travers le vandalisme rend plus sale mon Dirty Corner (Coin sale, en anglais)? Est-ce que ce sale acte politique reflète les sales politiques d’exclusion, de marginalisation, d’élitisme, de racisme, d’islamophobie, etc …

La question que je me pose est la suivante: Est-ce que moi, artiste, je peux transformer un vil acte de vandalisme politique en acte créatif, esthétique et public? Ne serait-ce pas la meilleure vengeance?

En posant cette question, je suis conscient du pouvoir de l’art et de toutes les capacités qu’il offre. Dirty Corner est par certains aspects un acte de violence artistique. Il tente de mettre à nu la surface ordonnée du Versailles de Le Nôtre. Il engage un dialogue qui bouscule la géométrie rigide de Versailles. Il regarde sous le tapis de Le Nôtre, sous son Tapis Vert, et nous permet de voir ce qui y est d’inconfortable, de sexuel.

La violence politique n’est pas la même que la violence artistique. Ce vandalisme politique se sert d’un «matériel artistique» (la peinture) pour en faire une violence bien réelle. Cela aurait pu être une bombe ou une cagoule jetée sur la tête de quelqu’on kidnappe.

La violence artistique entend générer quelque chose , la violence politique détruit. la violence artistique peut heurter de ses cris la tradition des générations antérieures. Cela peut retourner violemment ce qui existait au préalable , mais en ce faisant, suit une longue tradition de régénération. Toujours, elle fait avancer le langage de l’art.

La violence politique cherche à effacer. Son argument est d’effacer une idée offensante, une personne offensante, une pratique offensante ou une chose offensante. Les visions politiques simplistes sont offensées par le désordre de l’art. Dans ce contexte, l’art est vu comme obscène et doit être détruit».

Anish Kapoor, 19 juin 2015

Voir encore:

Versailles : cinq choses à savoir sur Anish Kapoor
Valérie Duponchelle
Le Figaro

08/06/2015

Portrait en cinq indices de l’artiste star dont l’œuvre Dirty Corner a déclenché le scandale à Versailles en osant mettre au jour le souterrain de l’inconscient au cœur du domaine royal.
De notre envoyée spéciale à Londres

1. Un melting pot à lui tout seul

Anish Kapoor est né à Bombay (aujourd’hui Mumbaï) en 1954 d’un père hindou et d’une mère juive dont la famille a quitté Bagdad, en Irak, lorsqu’elle n’avait que quelques mois. Son grand-père maternel, cantor de la synagogue à Pune (Maharashtra), chantait la liturgie. Le jeune Anish a voyagé en Israël au début des années 1970 avec l’un de ses deux frères et fait l’expérience du kibboutz.

Après avoir commencé des études d’ingénieur, il s’est réorienté vers une vie d’artiste. Il a été recalé aux Beaux-Arts en Israël, d’où son départ pour Londres en 1973 où il a suivi les cours du Hornsey College of Art et de la Chelsea School of Art and Design. Sa rencontre avec l’artiste d’origine roumaine, Paul Neagu, a été déterminante. Il vit à Londres depuis lors et, parfait gentleman, parle d’une belle voix profonde avec un accent «upper class». En 2013, il a été anobli par SM la Reine et est devenu sir Anish Kapoor.

2. Un homme tenace que rien n’arrête

«Ce qui m’étonne quand je vais dans l’atelier d’Anish Kapoor, c’est qu’il y a presque toujours des oeuvres nouvelles, parfois extrêmement désarmantes et mauvaises, comme en 2008, ces petits tas infects de ciment qui me laissaient perplexe. Je lui disais: «c’est raté!». Il me répondait: «oui, ce n’est pas du tout réussi». Et ces petits tas informes sont devenus des sculptures incroyables, des concrétions qui avaient l’air extraites de la nature même. Anish Kapoor, c’est cela, chercher, chercher encore, jusqu’à ce que son idée prenne forme», nous raconte son grand ami Jean de Loisy, PDG du Palais de Tokyo, commissaire de sa rétrospective à la Royal Academy of Arts de Londres en 2009 et de son «Kapoor Monumenta» au Grand Palais en 2011. «Aujourd’hui, il est dans une phase intense de peinture d’une intensité bouleversante, presque charnelle. Au début, c’étaient juste des amas de pâtes rouges. Aujourd’hui, ce sont des toiles admirables, une expression nouvelle qui n’est pas de l’ordre de la peinture ou de la sculpture, mais vraiment de la chair».

3 – Un artiste à double face

Tout artiste, surtout s’il a une vision et l’envergure dévorante qui l’accompagne, est un personnage complexe. Anish Kapoor fait partie de ces Janus surprenants et, soudain, presque inquiétants. Il passe ainsi de la séduction millimétrée d’un disque concave scintillant comme une illusion… au plus organique, au plus souterrain, au plus chaotique des mondes. On le vérifie à Versailles! Son exposition commence par un C-Curve, 2007, un mur miroir posé sur la terrasse du château, et un Sky Mirror, 2013, campé sur le Parterre d’eau, qui reflètent l’architecture et les jardins, le ciel et la terre, les milliers de touristes et leurs selfies. Elle devient plus agressive avec son Dirty Cornerqui «écorche le Tapis Vert» par son savant gigantisme, avec son canon à cire Shooting in the Corner qui met le fracas des armes dans la Salle du Jeu de Paume, avec son Sectional Body Preparing for Monadic Singularity, 2015, dans le Bosquet de l’Etoile, labyrinthe vertical et petit frère cubique du Leviathan monumental au Grand Palais en 2011.

4 – Un infatigable conquistador

Anish Kapoor a représenté la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise en 1990. Il a remporté le prestigieux Turner Prize en 1991. Son Cloud Gate monumental a marqué la ville de Chicago et son Leviathan au Grand Palais a décroché un succès record pour «Monumenta» en 2011 (500 000 visiteurs!). Le marché de l’art se l’arrache. Au dîner de gala dimanche soir à l’Orangerie de Versailles, quatre galeries pour le représenter et le revendiquer: Kamel Mennour, son allié français qui l’a soutenu, jour après jour pendant un montage digne des Travaux d’Hercule, mais aussi la galerie Continua qui va fêter ses 25 ans en septembre, la Lisson Gallery, référence de Londres, et la galerie Barbara Gladstone, référence de New York. «Anish dit toujours: «I want to go for it!», et il le fait, il ne recule jamais devant l’obstacle. Il est gai, courtois, drôle, séduisant, gourmet… et, soudain, terrible!», nous raconte Jean de Loisy. «J’aime son insistance et son sourire de coquin lorsqu’il a gagné». Les remerciements insistants qu’il a faits dans ses deux discours, lors de la conférence de presse puis lors du dîner de gala, tendent à faire croire que les équipes de Versailles, comme celles de son studio londonien ,ont éprouvé tous les scenario d’un ogre d’artiste. Le syndrome Picasso?

5 – Gloire aux héros de l’art

Outre l’artiste Paul Neagu, guide spirituel du jeune artiste (1938-2004) , Anish Kapoor réitère son admiration pour l’artiste américain de l’Expressionnisme abstrait, Barnett Newman (1905-1970), pour le grand visionnaire italien, Lucio Fontana (1899-1968), et pour le plasticien et théoricien américain du minimalisme, Donald Judd (1928-1994). La rencontre de ce passionné d’architecture et de philosophie avec la philologue, psychanalyste, féministe, et écrivaine française, Julia Kristeva, a débouché sur un entretien sans tabous dans le catalogue «Kapoor Versailles», petite bombe toujours à paraître. Une nouvelle polémique en vue?

Voir enfin:

Les réfugiés premières victimes du fiasco de notre politique d’immigration
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

08/09/2015

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Pour Gilles-William Goldnadel, l’échec de notre politique d’immigration et d’intégration explique que beaucoup de Français soient opposés à l’accueil de nouvelles populations.

Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.

En principe, la gauche interdit formellement de réagir à chaud au plus dramatique des événements. C’est ainsi, qu’elle fustige ordinairement toute tentative de durcir les lois pénales à la défaveur d’un assassinat atroce. Elle hurle immédiatement à «l’instrumentalisation politicienne», au cynisme et au populisme primaire.

Mais la gauche, on le sait, piétine allègrement ses propres principes lorsque cela l’arrange.

Ainsi en a aura- t-il été de l’exploitation politique de la photographie du petit corps inerte et solitaire d’un malheureux petit kurde échoué sur une plage turque et dont la vue soulève le coeur et l’âme d’une pitié infinie.

Mais il y a peut-être pire que la bonne conscience suintante: l’exploitation à mauvais escient de la mauvaise conscience. Conscience: le «sursaut des consciences endormies» en Europe qu’imposerait la mort du petit Aylan. Une majorité de Français s’opposeraient à l’accueil sans frein des migrants venus de Syrie et d’ailleurs. Salauds de Français indifférents. Et pendant qu’on y est, salauds de polonais, de hongrois , de tchèques , de slovaques ,de canadiens et d’australiens.

Vive l’Allemagne! Vive l’Autriche! Mme Merkel, hier encore reine des boches, bourreau du peuple grec, héroïne de la nouvelle Europe antinazie.

Heureusement, des milliers de résistants et de justes se dressent, pour que plus jamais ça!

Les braves gens, qui pleurent sans pudeur sur le sort des Syriens. Pendant des décennies, la presse convenue n’estimait pas convenable de critiquer, sauf à être raciste ou islamophobe, la radicalité arabo – islamique.
Chiche. Et si une fois de plus, ceux qui donnent aujourd’hui, profitant de l’effet de sidération qui interdit la réflexion, une leçon de morale humaine n’étaient pas les premiers responsables en Europe du malheur des migrants et de l’impossibilité de leur apporter toute l’aide souhaitée?

Les braves gens, qui pleurent sans pudeur sur le sort des Syriens. Pendant des décennies, la presse convenue n’estimait pas convenable de critiquer, sauf à être raciste ou islamophobe, la radicalité arabo – islamique. Ni celle du nationalisme alaouite des Assad qui gazaient déjà sans problèmes les malheureux kurdes et qui bombardent à présent les quartiers rebelles à coups de barils de dynamite, ni celle plus récente d’un islamisme dont l’usage du mot même était jusqu’à peu tabou pour cause de préfixe amalgamant.

Depuis le début d’une guerre qui a fait près de 300 000 morts, aucune manifestation d’ampleur n’a été organisée en France en solidarité avec les populations qui souffrent en Syrie.

Le sort du peuple kurde, encore moins son destin national, n’a jamais intéressé qui que ce soit en France. Comment se fait-il qu’alors que des milliers de djihadistes français partent en Syrie, aucun jeune et généreux rebelle progressiste , aucun aventurier du macadam parisien, aucun juste de la 25e heure, n’ait seulement l’idée de former une brigade internationale qui irait combattre les premiers responsables de la mort du petit kurde, aux côtés des forces kurdes à Kobané ou ailleurs?

La réponse est facile: nos donneurs de leçons de morale se moquent comme d’une guigne du sort des Syriens en Syrie. La seule chose qui les intéresse, sans qu’ils s’en rendent compte eux-mêmes, c’est de pouvoir fustiger les Européens en Europe et les Français en France qui osent, les égoïstes, les rabougris, s’inquiéter que leur pays ne devienne dans une décennie une nouvelle Syrie.

Se préoccuper de son pays, de sa sécurité, de sa cohésion, de son identité (et oui, le mot-dit, le mot est dit) du sort de ses enfants, et de la possibilité d’accueil et d’intégration des populations étrangères n’est pas un signe particulier d’indifférence. Il vaut peut-être mieux que les élans du coeur irréfléchis, ou le suivisme conformiste sur fond de parallèle historique hystérique.
Et c’est là aussi, que nos donneurs de leçons feraient bien de méditer les conséquences des leçons que leur bêtise inouïe, leur arrogance insondable nous donnaient au détour des années 80.

Peine perdue, je sais, car leur mémoire sélective, n’enregistre jamais les malheurs qu’ils peuvent faire.

Mais une majorité de Français, s’en souvient, raison pourquoi, et en dépit de tous les matraquages médiatiques et idéologiques, on ne leur fera plus prendre des vessies pour des lanternes, ou l’immigration forcée pour une bénédiction.

Écrivons le nettement: les Français qui manifestent leur opposition à l’accueil sans limite ni réserve de nouvelles populations ne sont certainement pas plus racistes ou égoïstes que ceux, qui de manière extatique, voudraient les accueillir sans compter.

Se préoccuper de son pays, de sa sécurité, de sa cohésion, de son identité (et oui, le mot-dit, le mot est dit) du sort de ses enfants, et de la possibilité d’accueil et d’intégration des populations étrangères n’est pas un signe particulier d’indifférence. Il vaut peut-être mieux que les élans du coeur irréfléchis, ou le suivisme conformiste sur fond de parallèle historique hystérique.

Car les Français ont payé très cher pour apprendre et ne plus croire le discours des apprentis sorciers. Les déclarations extatiques sur l’immigration «chance pour la France» ou sur l’islam, forcément , toujours et encore «religion de paix». La manière dont on moqua les «fantasmes» de bouleversements démographiques pour expliquer un beau matin qu’il était trop tard pour regarder en arrière la France des clochers, puisque la France était devenue «multiculturelle».

Les premiers responsables de l’impossibilité d’accueillir tous ceux qui le mériteraient sont à rechercher chez ceux qui ont fait échouer une immigration bien tempérée et une intégration nécessaire.
Alors oui, les Français ne croient plus dans les paroles verbales de la gauche gauchisante. Ils savent qu’à côté de populations terriblement souffrantes-et à qui ils veulent apporter assistance-se trouvent d’autres populations qui aspirent à profiter d’une Europe aujourd’hui saturée et appauvrie.

Ils savent que tous les réfugiés ne sont pas des résistants anti-islamistes, et que certains même sont des djihadistes envoyés par l’État Islamique, comme ces quatre arrêtés il y a quelques jours à la frontière bulgare, et qui pourront peut-être aussi causer des morts à immortaliser sur papier glacé.

Ils savent-exactement comme les forceurs de clôtures- l’Europe faible, et ses frontières totalement battues en brèche, enfoncées, niées . Ils savent qu’en dépit ou à cause des quotas accordés (qui en eux-mêmes seraient supportables), les déboutés du droit d’asile, piétineront les frontières délibérément violées et outragées.

Ils savent, que les politiciens tétanisés et les fonctionnaires émasculés, n’exécutent plus ou presque les arrêtés d’expulsion qui s’imposent pourtant, précisément pour autoriser, valider et légitimer l’arrivée légale des bénéficiaires du droit au refuge.

Ainsi donc, les premiers responsables de l’impossibilité d’accueillir tous ceux qui le mériteraient sont à rechercher chez ceux qui ont fait échouer une immigration bien tempérée et une intégration nécessaire.

Ils l’ont fait échouer, parce qu’au fond d’eux-mêmes, même s’ils se refusent encore à le reconnaître, ils récusent la notion éculée à leurs yeux de nation, et obscène d’État-nation disposant de frontières, et de sa corollaire légale, le droit existentiel pour un peuple souverain de réguler souverainement les flux migratoires.

Les Français qui ont conscience de voir leurs droits foulées aux pieds, sont -ils sans conscience?

Un dernier mot: l’ONU, à l’efficacité bien connue , voudrait imposer à l’Europe l’accueil de 200 000 migrants. Curieusement, elle ne demande aucun effort aux pays arabes du golfe.

Depuis deux ans, et notamment dans ces colonnes, je m’épuise régulièrement, mais bien seul, a demander pour quelles raisons ces pays désertiques et richissimes n’accueillent pas chez eux des populations souffrantes avec lesquels les unissent des liens ethniques, linguistiques, religieux et culturels fraternels. Ils devraient être à d’autant plus enclins à le faire, que leur responsabilité dans la montée de l’islamisme est certainement plus grande que tout ce que les esprits les plus torturés en Europe pourraient reprocher aux occidentaux.

« Je veux que les gouvernements arabes, pas les pays européens, voient ce qui est arrivé à mes enfants et, en leur nom, qu’ils apportent leur aide »

Le père du petit Aylan Kurdi
Mais les malheureux réfugiés ne songent pas un seul instant à frais à frapper à une porte qu’ils savent de bois massif.

On ne voit d’ailleurs pas pourquoi royaumes et émirats se feraient violence, puisque les Européens eux-mêmes préfèrent se fustiger plutôt que de les inviter à l’hospitalité.

Et ceux qui ici osent en France le faire remarquer sont durement rappelés à l’ordre et aux convenances.

C’est ainsi qu’un prénommé Bruno-Roger, que je ne nommerai pas, petit journaliste mais grand dresseur de listes, m’a maudit sur un site, précisément parce que j’avais commis, à la télévision, ce crime de lèse-majesté envers ces potentats manquant d’humanité.

Me traitant d’«avocat réactionnaire» (sans doute pour me plaire) et même de «droitard»… Rien à faire, ce garçon écrit comme un gauchon.

Sur le fond, je me contenterai de citer quelqu’un que j’estime plus qualifié que lui. Le père du petit Aylan Kurdi: «je veux que les gouvernements arabes, pas les pays européens, voient ce qui est arrivé à mes enfants et, en leur nom, qu’ils apportent leur aide» (TF1, reportage de Laurent Hauben le 4 septembre 20h , le Figaro le 5 septembre page5)

Ce vœu d’un père éploré, devant la tombe de son petit , n’accablant pas les seuls occidentaux, n’était sans doute pas suffisamment pieux pour intéresser le reste de cette presse bien-pensante et consciencieuse qui ne pratique que la religion de mortifier les consciences européennes.

Voir par ailleurs:

Le clip de Francis Lalanne pour les réfugiés ou le naufrage du Charity-business
Christian Combaz
Le Figaro

16/09/2015

FIGAROVOX/HUMEUR – Christian Combaz voit dans le tollé suscité par le clip opportuniste de Francis Lalanne à propos de l’enfant syrien noyé, un symptôme de la dérive de l’art qui «colle à l’actu».

Christian Combaz est écrivain et essayiste, auteur des Gens de Campagnol (Flammarion). Son dernier livre, Les Ames douces, paraît ces jours-ci aux éditions Télémaque. Lire également ses chroniques sur son blog.

Les romans et le cinéma ont déjà tendance à «coller à l’actu» d’une façon qui rend leur propos poisseux de ces sentiments qu’on appelle vendeurs, mais le clip composé par le chanteur Lalanne sous le titre ultra-original «plus jamais ça» (on se demande pourquoi il n’a pas ajouté «Madame Michu») mérite d’être considéré comme le symptôme d’une décadence artistique liée à la tyrannie de l’information. Les amateurs de littérature se sont déjà aperçus depuis longtemps que l’art du roman devient de moins en moins abstrait, de moins en moins imaginaire, et qu’il inclut des éléments entiers de la réalité la plus immédiate pêchés à l’épuisette, voire au chalut, avec leur lot de drames récents, d’affaires connues, de commentaires tombés du journal télévisé comme chez Houellebecq. C’est du «sampling» affectif. L’auteur «mixe». Il s’agit de prolonger une émotion déjà éprouvée au lieu de la fabriquer de toutes pièces en utilisant les plus petites briques du grand Lego de la création.

Normalement la mission de l’artiste est justement de bâtir un palais inconnu à partir de presque rien, pas d’assembler la maison de Barbie, pas de commenter ce qu’a dit le journal, pas de colorier un album imprimé. Dans le cas qui nous occupe, l’auteur de la chanson plante son drapeau sur une construction déjà prête, fournie par les médias trois jours avant, et dont on a lieu de penser qu’elle a rendu le public réceptif au thème choisi. En termes de marketing on dit que c’est «chaud», ou «chaud-bouillant». Profiter de la noyade d’un enfant syrien, et de l’émotion qu’elle suscite, pour ajouter son filet de voix à la clameur générale, c’est à la fois facile et navrant. Il y a, dans cette hâte, dans cette tentation permanente du scoop émotionnel , quelque chose d’obscène au sens propre . C’est impudique, les intentions cachées dépassent de partout, on voit toutes les coutures, on imagine le producteur téléphonant «c’est bon ça, c’est porteur, mais il faut faire vite, tu vas te faire piquer le sujet». On a beau ménager la part de sincérité de l’artiste, sincérité reconnue même si elle est assez lourdaude, on se dit que le système quant à lui n’en a aucune et qu’il fait feu de tout bois. En tout cas la vigueur des commentaires que suscite ce détournement émotionnel témoigne que les gens n’ont plus aucune patience à l’égard des apitoiements sur ordonnance.

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